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Full text of "Dictionnaire d'histoire et de géographie ecclésiastiques"

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DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE  ET  DE  GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 


TOME  DOUZIÈME 
CATULINUS  -CLINCHAMP 


DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE  ET  DE  GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 

COMMENCÉ    SOUS    LA    DIRECTION  DE 

S.  Ém.  le  cardinal  Alfred  BAUDRILLART 

RECTEUR    DE    L'INSTITUT    CATHOLIQUE    DE    PARIS    —    DE    L'aCADÉMIE  FRANÇAISE 

CONTINUÉ  PAR 

A.  De  MEYER  et  Ét.  Van  CAUWENBERGH 

PROFESSEURS    A    L'UNIVERSITÉ    DE  LOUVAIN 

AVEC    LE    CONCOURS    D'UN    GRAND    NOMBRE    DE  COLLABORATEURS 

TOME  DOUZIÈME 
CATULINUS  -  CLINCHAMP 


PARIS-VI 

LIBRAIRIE    LETOUZEY    ET  ANÉ 
87,  Boulevard   Raspail,  87 

1953 

TOUS     DROITS  RÉSERVÉS 
PRINTEO    IN  FRANCE 


LISTE  DES  COLLABORATEURS  DU  TOME  XII 


Alamo  (Dom  M.),  bénédictin  à  Silos  (Espagne). 
Allemang  (Rév.  P.  G.),  oblat  de  Marie,  à  Augny  (Moselle). 
Backmund  (Rév.  P.  N.),  prémontré,  abbaye  d'averbode 

(Belgique). 
Hardy  (Clian.  G.),  à  Dijon. 

Bernard-Maître  (Rév.  P.  H.),  S.  .1.,  à  Paris. 
Berthier  (A.),  conservateur  du  musée  de  Constantine. 
BossuAT  (A.),  professeur  ù  la  Faculté  des  lettres  de  Cler- 
mont. 

Bréhier  (L.),  de  l'Institut,  professeur  honoraire  à  la 

Faculté  des  lettres  de  Clermont. 
BuNDERVoiîT  (Rév.  P.  A.),  missionnaire  du  S.  C,  à  Lou- 

vain. 

Calendini  (P.),  doyen  honoraire  à  Hyères  (Var). 
Canivez  (Dom  .1.),  cistercien,  à  Forges-lez-Chimay  (Belgi- 
que). 

Cappuy.ns  (Dom  M.),  bénédictin  de  l'abbaye  de  Mont- 
César,  à  Louvain. 

Carreyre  (.J.),  directeur  au  séminaire  S.-Sulpice,  à  Paris. 

Chauvin  (P.),  bénédictin,  à  Quarr-Abbey  (Angleterre). 

CoLOMBAS  (Dom  G.-M.),  bénédictin,  de  l'abbaye  du 
Montserrat  (Espagne). 

CooLEN  (Chan.  G.),  à  S.-Omer  (Pas-de-Calais). 

Courtois  (Ch.),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  d'Alger. 

Dauphin  (Dom  H.),  bénédictin,  à  Quarr-Abbey  (.\ngle- 
terre). 

David  (P.),  professeur  à  Coïmbre  (Portugal). 
De  BiL  (Rév.  P.  A.),  S.  .1.,  à  Louvain. 
Debongnie  (Rév.  P.  P.),  rédemptoriste,  à  Namur. 
Delaporte  (Chan.  Y.),  à  Chartres. 

De  Meulemeester  (Rév.  P.  M.),  rédemptoriste,  à  Bruxelles. 
De  Meyer  (.a.),  professeur  à  l'université  de  Louvain. 
Dereine  (Ch.),  à  Moustier-sur-Sambre  (Belgique). 
De  Smet  (.J.-M.),  professeur  à  Louvain. 
DiMiER  (Dom  A.),  cistercien,  à  Forges-lez-Chimay  (Bel- 
gique). 

Drioux  (Chan.  G.),  professeur  aux  Facultés  catholiques,  à 
Lille. 

Dumas  (Auguste),  professeur  honoraire  à  la  F'aculté  de 

droit  d'Aix-en-Provence. 
Erens  (Chan.  M. -A.),  prémontré,  à  Tongerloo  (Belgique). 
Ferron  (Rév.  T".  .1.),  des  Pères  Blancs,  directeur  du  musée 

Lavigerie,  à  Carthage. 
Feuille  (G.-L.),  à  Carthage. 

FoREViLLE  (Mlle  R.),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  de 
Rennes. 

FossiER  (R.),  à  Meudon  (Seine-et-Oise). 

Garitte  (G.),  professeur  à  l'Université  de  Louvain. 

f'iRAs  (P.),  bibliothécaire  de  l'Université  de  Dijon. 

Grumel  (Rév.  P.  V.),  de  l'Assomption,  à  Paris. 

Halkin  (L.  E.),  professeur  à  l'Université  de  Liège. 

HouRLiER  (Dom  .1.),  bénédictin,  à  Solcsmes  (Sarthe). 

Jadin  (L.),  professeur  à  Louvain; 

.Tanin  (Rév.  P.  R.),  de  l'Assomption,  à  Paris. 

.Jean  (Rév.  P.  E.),  de  l'Assomption,  à  Paris. 


Laplatte  (C),  conseiller  à  la  Cour,  à  Colmar. 
Laurent  (Rév.  P.  M.-H.),  O.  P.,  scriltore  de  la  Bibliothèque 
Vaticane. 

Laurent  (Rév.  P.  V.),  de  l'Assomption,  à  Paris. 

Lefebvre  (Ch.),  professeur  à  la  Faculté  de  droit  cano- 
nique de  Paris  et  aux  Facultés  catholiques  de  Lille. 

Leflon  (Chan.  .1.),  professeur  à  l'Institut  catholique  de 
Paris. 

Levesque  (E.),  directeur  au  séminaire  S.-Sulpicc,  à  Paris. 
Maisonneuve  (H.),  professeur  aux  Facultés  catholiques,  à 
Lille. 

Melchior  de  S.\inte-Marie  (Rév.  P.),  carme  déchaussé, 
à  Rome. 

Mens  (Rév.  P.  A.),  capucin,  à  Louvain. 

Meysztowicz  (Mgr  X.-W.),  à  Rome. 

Molien  (Rév.  P.  A.),  de  l'Oratoire,  à  Amiens. 

MoLLAT  (G.),  professeur  honoraire  à  la  Faculté  de  théo- 
logie catholique  de  Strasbourg. 

MoLS  (Rév.  P.  Roger),  S.  .1.,  collège  théologique  S.-Albert 
de  Louvain,  à  Louvain. 

MoREMBERT  (T.  de),  archiviste  de  la  ville,  à  Metz. 

O  Briain  (Rév.  P.  F.),  franciscain,  professeur  à  l'Univer- 
sité nationale  d'Irlande,  à  Galway. 

OsTRowsKi  (Dom  ,J.),  bénédictin,  à  Lublin  (Pologne). 

Perez  (Dom  Fl.),  bénédictin,  abbaye  de  Silos  (Espagne). 

Plinval  (G.  de),  professeur  à  l'Université  de  Fribourg 
(Suisse). 

Préclin  (E.),  professeur  à  la  Faculté  des  lettres  do  Be- 
sançon. 

Prévost  (M.),  conservateur  honoraire  i»  la  Bibliothèque 
Nationale,  à  Paris. 

RoisiN  (Rév.  .Sœur  S.),  Institut  de  l'Iinfant  Jésus,  à  Ni- 
velles (Belgique). 

ScHMiTZ  (Dom  P.),  directeur  de  la  /Jeune  bénédictine,  biblio- 
thécaire de  l'abbaye  de  Maredsous. 

Stefanic  (V.),  professeur  à  Zagreb  (Yougoslavie). 

SzALAY  (Dom  .1.),  bénédictin,  à  Paris. 

Van  Cauwenbergh  (Mgr),  professeur  à  l'Université  de 
Louvain. 

Van  den  Wyngaert  (Rév.  P.  A.),  franciscain,  à  Turnhout 
(Belgique). 

Van  Doren  (Dom  R.),  bénédictin  de  l'abbaye  du  Mont- 
César,  à  Louvain. 

Van  Hee  (Rév.  P.  L.),  S.  .J.,  à  Louvain. 

Van  Lantschoot  (Chan.  A.),  vice-préfet  de  la  Biblio- 
thèque Vaticane. 

Van  Meerbeeck  (Mlle  L.),  conservatrice-adjoint  aux  Ar- 
chives générales  du  Royaume,  à  Bruxelles. 

VoLK  (Dom  P.),  bénédictin,  abbaye  de  Maria-Laach 
(.Allemagne). 

Waquet  (H.),  archiviste  honoraire  du  l'inistcre,  à  Quini- 
per. 

Warbilow  (Dom  J.),  bénédictin,  à  Quarr-.Vbbey  (.Angle- 
terre). 

Zeiller  (.1.),  professeur  à  l'École  des  Hautes  Études,  Paris. 


DICTIONNAIRE 

D'HISTOIRE  ET  DE  GÉOGRAPHIE 

ECCLÉSIASTIQUES 


C  ( Suite ) 


1.  CATULINUS  (Saint),  ou  Gat(d)ulinus, 
martyr  africain,  mentionné  au  martyrologe  liiérony- 
mien  le  19  mars. 

A.  S.,  mars,  m,  28  et  29.  —  Mort.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et 
Duchesne,  34;  éd.  Deletiaye  et  Quentin,  152  et  153.  — 
De  Hossi,  Bull,  di  arch.crist.,  Rome,  1S7G,  tav.  iv-v;  1877, 
p.  113-17. 

J.  Ferron. 

2.  CATULINUS  (Saint), •  figure  au  martyro- 
loge hiéronymien  le  23  avr.,  à  la  tête  d'un  groupe  de 
martyrs  africains,  dont  l'un  porte  le  nom  de  Félix. 
Est-ce  le  même  que  celui  de  la  basilique  de  Fauste  à 
Carthage  mentionné  le  15  juillet? 

A.  S.,  avr.,  m,  166.  —  Mort.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et 
Duchesne,  47.  —  De  Rossi,  Bull,  di  arch.  crist.,  Rome, 
1876,  tav.  iv-v;  1877,  p.  113-17. 

J.  Ferron. 

3.  CATULINUS,  un  des  quatre  sous-diacres 
qui  entouraient  l'évêque  de  Cirta-Constantine,  Pau- 
lus,  pendant  les  perquisitions  et  saisies  opérées  dans 
la  «  maison  des  réunions  chrétiennes  »,  le  19  mai  303, 
pour  se  conformer  à  l'édlt  persécuteur  de  Dioclétien, 
par  le  curateur  de  la  colonie  cirtéenne,  Munatius  Félix, 
flamine  perpétuel,  assisté  des  exceptores  (greffiers) 
Edusius  et  Junius  ainsi  que  de  servi  publici.  Catulinus 
fut  du  nombre  des  nombreux  traditeurs  de  cette 
communauté,  puisque  le  procès-verbal  rapporte  qu'il 
livra  pour  sa  part  le  seul  livre  liturgique  qu'il  eût  en 
sa  possession  et  dont  on  sait  seulement  qu'il  était 
assez  volumineux,  codicem  unum  pernimium  maiorem. 
Il  convient  d'ajouter  à  sa  décharge  qu'il  refusa,  ainsi 
qu'un  autre  sous-diacre,  Marcuclius,  de  faire  connaître 
les  noms  de  ceux  qui  détenaient  la  majorité  des  livres 
saints,  les  lecteurs,  en  déclarant  net  qu'ils  préféraient 
la  mort  à  pareille  trahison.  On  les  arrête  sur-le-champ. 
Là  finit  leur  histoire,  sur  laquelle  nous  renseigne  un 
précieux  document  recueilli  par  S.  Optât  pour  la 
constitution  de  son  dossier  antidonatiste  et  conservé 
aujourd'hui  dans  l'appendice  de  ses  oeuvres  :  Acta 
Munati  Felicis,  dans  les  Gesta  apud  Zenophilum,  éd. 
Dupin,  Paris,  1702,  p.  167-74;  éd.  Ziwsa  (t.  xxvi  du 
C.  S.  E.  L.),  p.  186-88,  cit.  d'après  Monceaux;  P.  L., 
VIII,  726-42;  S.  Augustin,  Epist.,  lui,  c.  11,  4;  éd. 
Barreau,  iv,  445-46;  P.  L.,  xxxiii,  197;  Contra 
Cresconium,  III,  c.  xxix,  33;  IV,  c.  lvi,  66;  éd.  Bar- 
reau, xxix,  172-73,  269-70;  P.  L.,  xLin,  512-14, 
583-84,  y  fait  plusieurs  allusions. 

De  Rossi,  Epigrafe  votioa  dei  Caiullini  Epijanii,  dans 
Bull,  di  arch.  crist.,  1877,  Rome,  p.  113-17  (1876,  tav. 

DiCT.  d'hist.  et  de  oéogr.  ecclés. 


iv-v).  —  p.  Monceaux,  Hist.  lift.,  m,  Paris,  1905,  p.  93-96 
et  chap.  préc,  passim. 

J.  Ferron. 

4.  CATULINUS  (Saint),  Cat(h)olinus,  peut- 
être  Catullinus,  diacre  de  Carthage,  inscrit  seul  le  15 
juill.  dans  le  Kalendarium  Carthaginense  (Ruinart, 
Acta  martyrum  sincera,  "Vérone,  1731,  p.  542),  et  avec 
quatre  autres  martyrs  au  martyrologe  romain,  qui 
s'est  manifestement  inspiré  des  textes  d'Adon  et 
d'Usuard.  L'inhumation  de  lanuarius,  Florentins, 
Iulia  et  lusta  avec  Catulinus  dans  la  basilique  de 
Fauste,  appelée  par  erreur  basilique  de  Fausta  dans 
l'hiéronymien,  est  une  hypothèse  toute  gratuite  de  ces 
deux  auteurs;  l'hiéronymien  dit  seulement:  In  At(f) 
rica,  civitate  Karlagine,  natale  sanctorum  Catholini 
diaconi  et  reliquorum  martyrum  qui  requiescunt  in 
basilica  sanctae  Faustae,  lanuari,  Florenti,  Pollutanae, 
Iuliae  et  lustae;  ils  ont  cru  pouvoir  regarder  les  noms 
qui  suivent  les  reliqui  martyres  comme  l'énumération 
de  ces  derniers.  Une  seule  chose  est  certaine,  c'est 
l'inhumation  de  Catulinus  dans  cette  basilique  avec 
toute  une  troupe  de  chrétiens  martyrisés  le  même 
jour;  l'un  de  ces  martyrs  est  connu,  Félix,  évêque  de 
Thibiuca  (Hr.  Zouitina),  grâce  à  la  relation  partielle- 
ment authentique  appelée  Passio  ou  Acta  Felicis, 
dans  Ruinart,  op.  cit.,  313-14,  ou  dans  A.  S.,  oct., 
X,  625-28  (cf.  P.  Monceaux,  Hisl.  litt.,  m,  Paris, 
1905,  p.  136-40  ou  La  Passio  Felicis,  dans  Revue 
archéol.,  1905,  i,  p.  335-40).  C'est  en  partant  de  ce  do- 
cument que  H.  Delehaye  {La  Passion  de  S.  Félix  de  Ttii- 
biuca,  dans  Anal.  Bo//.,  xxxix,  1921,  p.  265-66  et  p.  270, 
n.  29  et  31)  estime  pouvoir  fixer  la  date  du  martyre  de 
S.  Catulin  et  de  ses  compagnons  au  15  juill.  303,  au 
début  donc  de  la  persécution  de  Dioclétien.  Le  rôle 
de  premier  plan  qu'y  tient  Catulinus  malgré  la  dignité 
de  Félix  s'expliquerait  par  son  appartenance  au  siège 
métropolitain,  ou  peut-être  par  l'éclat  de  son  témoi- 
gnage. La  basilique  de  Fauste,  très  connue  par  les 
textes  de  S.  Augustin  (Serm.,  xxiii,  cclxi;  P.  L., 
xxxviii,  155,  1202)  et  de  Victor  de  Vite  (Hist.  persec. 
vandal.,  I,viii,25;  II,vi,  17;  III,ix,34),  semble  avoireu 
le  privilège  de  recueillir  les  restes  de  tous  les  martyrs 
de  cette  journée  particulièrement  sanglante;  ils  durent 
être  très  nombreux,  puisque  la  lettre  des  évêques  afri- 
cains au  pape  Jean  II  {Epist.  afr.  episcop.  ad  loan- 
nem  P.,  dans  Hardouin,  Concilia,  u,  1154-55  ou  dans 
Mansi,  viii,  808)  insiste  sur  le  grand  nombre  de  corps 
de  martyrs  inhumés  dans  cette  église.  Ce  fut  sans  doute 
dans  cet  édifice  si  vénérable  que  S.  Augustin  i)rononça 

H.  —  XII.  —  1  — 


3 


CATl  LINIJS 


—  CATCHON 


4 


le  panégyrique  de  S.  Catulin  signalé  par  Possidius 
{Indiculus,  ix;  P.  L.,  xlvi,  19),  mais  dont  le  texte 
n'a  pas  encore  été  retrouvé.  Une  inscription  chré- 
tienne (C.  /.  L.,  VIII,  5669;  Additani.,  p.  964:  Rec.  de 
Constanline,  xvni,  1876-77,  p.  535-36),  exhumée  à 
l'Aïn  Abid,  à  35  km.  sud-est  de  Constantine,  dans  la 
direction  de  Guelma,  mentionne  élogieusement  les 
Catullini.  Il  n'est  pas  possible  de  dire  si  notre  Catu- 
linus  appartenait  à  cette  famille,  encore  moins,  si  la 
dédicace  se  rapporte  au  moins  partiellement  à  lui. 
D'ailleurs  il  n'est  même  pas  certain  que  l'inscription 
veuille  rendre  hommage  à  des  mérites  provenant 
de  la  vertu  ou  du  martyre,  comme  on  l'a  pensé  géné- 
ralement à  la  suite  de  Rossi  (Epigrafe  votiva  dei 
Catullini  Epifanii,  dans  Bull,  di  arch.  crisL,  1877, 
Rome,  p.  113-17;  pl.,  ibid.,  1876,  tav.  iv-v).  Monceaux 
(Enquête,  dans  Mémoires  présentés  à  l'Acad.,  Paris. 
1907,  n.  291,  p.  101-02)  n'a  pas  tort  de  suggérer  l'hypo- 
thèse d'une  dédicace  destinée  à  flatter  la  vanité  par  le 
rappel  de  l'origine  aristocratique  des  bienfaiteurs 
d'une  église. 

Propylaeum  ad  A.  S.  dec,  p.  288-90,  §  4.  —  A.  S., 
juin.,  IV,  27-28, 119.  —  Mari.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et  Duchesne, 
91  ;  éd.  Delehaye  et  Quentin,  375-77.  —  Pétin,  Dict. 
hagiogr.,  dans  Migne,  XL,  p.  546-47,  au  mot  Catulin.  — 
P.  Monceaux,  Hist.  tilt.,  m,  Paris,  1905,  p.  110-11,  530, 
537.  —  Dom  Quentin,  Les  martyrologes  hist.,  Paris,  1908, 
p.  336  et  482.  —  H.  Delehaye,  Les  orig.  du  culte  des  martyrs, 
Bruxelles,  1933,  p.  388. 

J.  Ferron. 

CATULLA  (Sainte),  matrone  à  Paris,  9  oct. 
Personnage  créé  par  les  actes  apocryphes  de  S.  Denys 
(B.  H.  L.,  2172-2175).  Après  leur  supplice,  elle  aurait 
sauvegardé  de  la  profanation  les  corps  de  l'évêque 
et  de  ses  compagnons.  Bien  que  rappelée  dans  cer- 
tains martyrologes  récents  au  31  mars,  elle  n'a  jamais 
joui  d'un  culte  ecclésiastique. 

A.  S.,  oct.,  IV,  564,  711,  794.  —  Mort.  Rom.,  443. 

R.  Van  Doren. 

CATUM  (Saint),  martyr  à  Pergé  sous  Dioclé- 
tien  (?),  X"  août.  Le  martyrologe  romain  cite  après 
Leontius,  martyr  de  Pergé  en  Pamphylie,  un  Attus.  Ce 
nom  provient  du  synaxaire  de  Constantinople  qui 
mentionne  un  Korroûvr).  Le  synaxaire  lui-même  s'est 
inspiré  d'une  Passion,  perdue  aujourd'hui,  mais  qui 
devait  être  correcte,  à  en  juger  d'après  les  quelques 
passages  que  nous  avons  gardés. 

.4.  S.,  août,  I,  21-22.  —  Synax.  Eccl.  Constant.,  éd. 
Delehaye,  860-62.  —  Mart.  Rom.,  318. 

R.  Van  Doren. 

CATUIVISYRITUS  (Jean-Baptiste),  théolo- 
gien italo-grec  (xvii«  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2013- 
2014. 

CAUCAUBARDITES.  Voir  Condobaudites, 
dans  D.  T.  C,  m,  814. 

CAUCHÈNE  (Saint-Martin),  Caucana,  ab- 
baye de  bénédictins  au  diocèse  de  Narbonne.  A  cet 
endroit  existait  déjà,  en  840,  un  prieuré  dépendant  de 
S. -Laurent  de  Cabreresse.  Élevé  au  rang  d'abbaye,  il 
fut  uni  à  l'Église  de  Narbonne  et  cédé  en  1004 
par  l'archevêque  Ermengaudus  à  S. -Michel  de  Cuxa. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'ancienne  France, 
IV,  126.  —  Cottineau,  632.  —  Gall.  christ.,  vi,  1.38.  — 
Mabillon,  Annales,  ii,  648. 

R.  Van  Doren. 
GAUCHIE  (Alfred),  né  à  Haulchin  le  26  oct. 
1860,  t  à  Rome  le  2  févr.  1922,  professeur  d'histoire 
ecclésiastique  à  l'université  de  Louvain  (1890-1922), 
exerça  à  l'université  une  influence  profonde  en  y 
renouvelant  les  méthodes  d'enseignement.  Il  fonda, 
avec  P.  Ladeuze,  la  Revue  d'histoire  ecclésiastique 


j  (1900)  et  donna  une  grande  impulsion  au  Recueil  de 
I  travaux,  publié  par  des  professeurs  de  la  Faculté  des 
lettres.  Après  la  guerre  de  1914-18,  il  devint  directeur 
de  l'Institut  historique  belge  de  Rome  (1919-22),  dont 
il  avait  prôné  et  obtenu  l'érection  en  1900.  Il  réussit  à 
î  imposer  ses  réformes  grâce  à  son  caractère  combattif 
I  et  mordant.  Son  dévouement  sans  bornes,  sa  piété  et  sa 
!  grande  charité  lui  valurent  l'admiration  et  l'attache- 
[  ment  durable  de  ses  disciples.  Sa  dissertation  docto- 
i  raie  :  La  querelle  des  investitures  dans  tes  diocèses  de 
■Liège  et  de  Cambrai  (2  vol.,  1890),  garde  encore 
aujourd'hui  une  grande  valeur. 

L.  \'an  der  Essen,  A.  C,  l'initiateur,  le  savant,  l'homme, 
dans  Bev.  d'hist.  eccl.,  xviii,  1922,  p.  213-39.  —  F.  Baix, 
.4.  C,  dans  La  Terre  wallonne,  vi,  1922,  p.  73-101.  — 
U.  Berlière,  A.  C,  dans  Ann.  de  l'Ac.  roy.  de  Belgique, 
xci,  1925,  p.  199-252  (avec  liste  des  publications  de  C). 

A.  De  Meyer. 
CAUCHON    (Pierre)  (1371-1442),  évêque  de 
Beauvais,  puis  de  Lisieux,  surtout  connu  par  sa  par- 
ticipation au  procès  de  Jeanne  d'Arc,  naquit  à  Reims, 
ou  aux  environs,  vers  1371.   Il  étudia  à  Paris,  y 
conquit  les  grades  de  maître  ès  arts  et  de  licencié  en 
décret,  et  devint,  en  1403,  recteur  de  l'Université. 
Promu  successivement  au  conseil  du  duc  de  Bour- 
gogne (8  févr.  1409),  au  chapitre  de  Reims  (1409)  et 
à  celui  de  Beauvais,  il  est  nommé  (1410)  vidame  de 
l'Église  de  Reims,  fonction  qu'il  gardera  jusqu'à  son 
i  élévation  au  siège  de  Beauvais  (1420).  L'agitation 
I  cabochienne  va  le  précipiter  dans  la  politique.  Après 
\  la  défaite  des  cabochiens,  Cauchon,  banni,  trouve 
asile  auprès  du  duc  de  Bourgogne,  son  patron,  qui  va 
l'envoyer  au  concile  de  Constance,  avec  mission  de 
défendre  la  thèse  de  Jean  Petit  sur  la  licéité  du 
tyrannicide.  Cauchon  resta  à  Constance  3  ans  et 
!  3  mois.  Kn  févr.  1419,  il  se  retrouve  à  Paris,  où  la 
situation  s'est  retournée  en  faveur  des  Bourgui- 
gnons :  il  est  chargé  par  son  maître  d'une  mission 
auprès  du  Parlement.  Auparavant,  il  avait  pris  part 
aux  négociations  du  monastère  de  la  Tombe  qui 
s'étaient  déroulées  entre  délégués  du  roi  et  délégués 
I  de  la  reine.  Mais  c'est  surtout  lors  de  la  conclusion  du 
I  fatal  traité  de  Troyes  (1420)  que  son  activité  de  diplo- 
mate trouva  à  s'exercer  :  Cauchon  fut  l'un  des  sept 
délégués  de  l'Université  qui  prirent  part  à  la  négocia- 
j  tion.  .\i)rès  le  traité  de  'Troyes,  Cauchon  négocie,  au 
nom  de  Henri  V  cette  fois,  avec  le  chapitre  de  Paris, 
l'élection   d'un   évêque   favorable   aux  Anglais.  Il 
échoue  d'ailleurs,  mais,  surtout  grâce  à  la  pression 
du  duc  de  Bourgogne,  il  est  élu,  le  4  sept.  1420,  évêque 
de  Beauvais. 

On  lui  a  reproché  de  n'avoir  pas  observé  la  rési- 
dence :  cependant  on  trouve  la  trace  de  deux  visites 
effectuées  par  lui  à  Gerberois,  en  1424  et  1425.  Il  est 
certain  qu'il  fît  de  fréquents  séjours  à  Rouen  et  que 
sa  promotion  à  l'épiscopat  ne  mit  pas  fin  à  son  acti- 
vité politique  et  diplomatique  :  en  1422,  à  la  mort  de 
Charles  \l,  il  est  désigné  comme  l'un  de  ses  exécuteurs 
testamentaires;  en  1423,  il  se  qualifie  «  conseiller  du 
roi  Henri  VI  et  chancelier  de  la  reine  d'Angleterre  »; 
lors  du  siège  du  Crotoy,  défendu  par  Jacques  d'Har- 
court,  il  fit  partie  de  la  délégation  chargée  de  se 
rendre  près  de  ce  capitaine  pour  l'inciter  à  capituler; 
en  mars  1423,  il  remplit  une  mission  auprès  du  duc  de 
Bretagne;  en  1425,  à  la  demande  du  régent  Bedford, 
il  intervient  dans  les  négociations  qui  préparent  l'or- 
donnance du  26  nov.  1425  :  on  sait  que,  d'après  cette 
ordonnance,  Bedford  se  résigna  à  octroyer  à  la  Cour 
pontificale  la  collation  des  évèchés,  la  collation  des 
trois  quarts  des  bénéfices,  le  rétablissement  des  ré- 
serves, des  annales  et  des  expectatives;  Cauchon  est 
encore  chargé  de  négocier  la  promulgation  et  l'accep- 
tation de  cette  ordonnance,  si  défavorable  à  l'épisco- 


CAUCHON 


6 


pat,  et  qui,  d'ailleurs,  n'est  acceptée  qu'après  avoir 
subi  des  remaniements,  et  sous  les  plus  expresses 
réserves.  En  1426,  Cauchon  négocie  avec  le  chapitre 
de  Rouen,  au  sujet  des  difTicultés  que  soulevait  la 
promotion  au  cardinalat  de  Jean  de  la  Rochetaillée, 
archevêque  de  cette  métropole.  En  1428,  il  préside 
une  commission  générale  instituée  par  Bedford  en 
Champagne  pour  rallier  les  capitaines  bourguignons. 
Enfin,  plus  délicate  est  la  mission  que  lui  confie  Bed- 
ford de  lever  sur  tout  le  clergé  de  la  province  de  Nor- 
mandie trois  décimes,  un  pour  le  pape  et  deux  pour 
Bedford  qui  devait  les  employer  «  à  la  défense  du 
pays...  ».  Cette  «  corvée  »  le  met  en  conflit  avec  les 
contribuables  et  lui  vaut  des  inimitiés. 

En  1429,  Jeanne  d'Arc  intervient  dans  sa  vie  :  la 
marche  victorieuse  de  l'armée  qu'elle  conduit  à  Reims 
l'oblige  à  déguerpir  de  la  Champagne  où  il  se  trouve 
alors  et  même  de  Beauvais;  il  se  réfugie  à  Rouen. 
L'année  suivante,  on  le  trouve  en  Angleterre,  en 
compagnie  du  cardinal  de  Winchester  et  de  l'abbé  du 
Mont-S. -Michel,  Robert  Jollivet.  Survient  la  capture 
de  Jeanne,  aux  portes  de  Compiègne.  11  est  mainte- 
nant établi,  de  façon  indiscutable,  que  l'endroit  où 
Jeanne  a  été  prise  était  situé  sur  le  territoire  du 
diocèse  de  Beauvais. 

Tous  les  historiens  de  Jeanne  d'Arc  racontent  son 
procès  et  portent  une  appréciation  du  rôle  de  Cau- 
chon dans  cette  affaire.  Elle  est  généralement  très 
sévère  :  la  thèse  de  M.  de  Rigné,  qui  s'est  efforcé  de 
réhabiliter  Cauchon,  n'a  guère  trouvé  d'écho.  Per- 
sonnellement, nous  avons  cru  pouvoir  plaider  en  sa 
faveur  des  circonstances  atténuantes;  mais  nos  argu- 
ments n'ont  sans  doute  pas  convaincu  M.  Calmette 
car,  tout  en  citant  notre  travail,  il  s'en  tient  à  l'opi- 
nion traditionnelle.  Nous  estimons  que  le  procès 
fut  régulier  en  la  forme,  qu'on  ne  doit  pas  imputer 
à  Cauchon  la  responsabilité  des  institutions  et  des 
mœurs  du  temps  et  surtout  que,  pour  un  personnage 
rallié  à  l'État  anglo-français  issu  du  traité  de  Troyes, 
Jeanne  d'Arc  ne  pouvait  être  qu'une  rebelle  et,  comme 
elle  se  prétendait  inspirée  de  Dieu,  une  sorcière 
fréquentant  le  démon.  Avant  de  condamner  Cauchon, 
il  faut  tenir  compte  du  grand  nombre  d'avis  dont  il 
s'entoura,  des  interventions  pressantes  de  l'université 
de  Paris,  qui  fut  l'âme  du  procès,  de  l'attitude  de 
Jeanne  d'Arc  et  surtout  de  ses  réponses  qui  esqui- 
vaient les  diflBcultés  et  étaient  bien  faites  pour  «  indis- 
poser le  tribunal  ».  Lors  du  procès  de  réhabilitation, 
Cauchon  était  mort;  on  sait  que  dans  les  procédures 
criminelles  les  absents  et  les  morts  ont  toujours  «  bon 
dos  »... 

On  a  dit  que  Cauchon  avait  déployé  un  grand  zèle 
dans  le  procès  de  Jeanne  d'Arc  pour  obtenir  le  siège 
de  Rouen.  Or,  il  n'eut  pas  Rouen,  mais  Lisieux,  qui 
ne  valait  guère  mieux  que  Beauvais  et  où  il  ne  fut 
transféré  que  le  8  août  1432. 

Après  sa  nomination,  Cauchon  résida  plus  souvent 
à  Rouen  qu'à  Lisieux  (il  existait  d'ailleurs  au  sein 
de  la  ville  de  Rouen  une  enclave  du  diocèse  de  Li- 
sieux :  S.-Cande-le-Vieux).  Il  se  montra  zélé  dans  la 
répression  de  l'hérésie  et  poursuivit  inlassablement 
son  activité  politique  et  diplomatique.  En  1433,  il 
fut  désigné  pour  assister  à  l'entrevue  de  Calais,  que  le 
duc  d'Orléans,  prisonnier  des  Anglais  depuis  la  ba- 
taille d'Azincourt,  avait  préparée  secrètement  avec 
Henri  VI  en  vue  de  la  paix  et  dans  l'espoir  d'obtenir 
sa  libération,  mais  l'entrevue  n'eut  pas  lieu,  les  am- 
bassadeurs de  Charles  VII  ne  s'étant  pas  présentés. 
En  août  1434,  il  fut  chargé  par  Henri  VI  de  soutenir 
les  intérêts  anglais  au  concile  de  Bâle;  il  ne  fit  que 
paraître  à  Bâle  et  on  ne  voit  pas  qu'il  se  soit  jamais 
prononcé  publiquement  en  faveur  de  l'antipape  :  il 
avait  sur  la  papauté  les  idées  de  l'université  de  Paris. 


I  L'excommunication  qu'il  encourut  n'a  aucun  rapport 
avec  son  attitude  à  Bâle  :  c'est  parce  qu'il  n'avait 
pas  payé  les  400  florins  d'or  dont  il  était  redevable 
envers  le  S. -Siège,  au  titre  des  annales,  à  l'occasion 
de  son  transfert  à  Lisieux,  qu'il  fut  frappé  de  cette 
peine,  qui  semble  bien,  d'ailleurs,  être  restée  lettre 
morte.  En  1435,  il  prend  part  aux  négociations  d'Ar- 
ras.  En  1436,  on  le  trouve  à  Paris,  où  il  organise  la 
défense  de  la  ville,  assiégée  par  les  troupes  de 
Charles  VII.  Cette  même  année,  il  est  de  nouveau 
candidat  au  siège  de  Rouen,  mais  il  essuie  un  nouvel 
échec  :  le  clergé  ne  lui  pardonnait  pas  son  rôle  dans 
l'affaire  de  la  collation  des  bénéfices  et  dans  celle 
de  la  perception  des  trois  décimes.  En  1439,  il  est 
encore  chargé  de  missions  diplomatiques.  Avant  de 
mourir,  il  assista  aux  progrès  de  l'armée  royale  qui 
resserrait  son  étreinte  autour  de  la  capitale  nor- 
mande :  prise  de  Louviers  et  de  Couches,  fin  de  1440; 
prise  d'Évreux,  11  sept.  1441. 

Ces  événements  changèrent-ils  les  dispositions  de 
Cauchon?  On  a  prononcé  à  son  sujet  le  mot  de 
repentir,  et  une  tradition  —  assez  récente  —  prétend 
voir  dans  la  chapelle  de  la  Vierge  que  Cauchon  fît 
ériger  à  cette  époque  (1441),  à  la  cathédrale  de  Lisieux, 
le  gage  de  ses  sentiments  nouveaux.  Cette  tradition 
repose,  selon  toute  vraisemblance,  sur  une  formule 
de  style  qui  se  trouvait  sans  doute  dans  la  charte  de 
fondation  («  ayant  piteux  regard  et  considération  de 
son  âme  »),  mais  cette  formule  passe-partout  ne 
suffit  pas  pour  justifier  la  thèse  du  repentir  du  prélat. 
Cauchon  mourut  le  18  déc.  1442  (et  non  1444,  comme 

I  l'indique,  par  erreur,  la  Gallia),  en  son  hôtel  S.-Cande 
de  Rouen,  et  fut  inhumé  à  Lisieux  dans  la  chapelle 
de  la  Vierge.  Il  laissait  à  sa  mort  de  nombreuses 
fondations  pieuses  et  d'importantes  libéralités. 

A  sa  mort,  Cauchon  était  un  prélat  bien  considéré. 
Après  le  procès  de  réhabilitation,  l'opinion  tourne  et 
il  joue  le  rôle  de  bouc  émissaire,  au  point  qu'on  a  fait 
de  lui  une  «  figure  de  gargouille  »  (M.  Champion)  et 
qu'on  a  été  jusqu'à  soutenir  que  son  nom  était  devenu 
celui  du  porc  (Intermédiaire  des  chercheurs  et  des 
curieux,  1865,  col.  711).  Cependant,  G.  Hanotaux 
reconnaît  que  «  le  rôle  de  Cauchon  n'a  pas  été  étudié 
dans  son  ensemble  ».  Il  reste  beaucoup  d'inconnues 
dans  sa  personne  :  nous  ne  savons  rien  de  sa  vie  sacer- 
dotale; si  l'on  n'a  jamais  rien  trouvé  contre  ses 
mœurs.  Champion  lui  reproche  (Introduct.  au  Procès, 
p.  xxxix)  de  n'avoir  pas  été  dans  son  diocèse  de 
Beauvais  un  «  strict  réformateur  des  mœurs  »;  mais 
les  faits  qu'il  cite  (et  qui  ne  compromettent  pas  per- 
sonnellement l'évêque)  ne  prouvent  pas  grand'chose 
et  on  les  retrouve  à  l'époque  en  bien  des  endroits. 
Quant  à  Hanotaux,  il  lui  fait  grief  d'événements  qui 
se  passèrent  à  Compiègne,  alors  que  cette  ville  ne 
faisait  même  pas  partie  du  diocèse  de  Beauvais.  De 
tous  les  historiens  qui  l'ont  jugé,  Quicherat  nous 
paraît  le  plus  équitable.  A  notre  avis,  Cauchon  fut, 
à  sa  façon,  un  «  collaborateur  »  qui,  pour  justifier  sa 
conduite,  put  invoquer  bien  des  circonstances  atté- 
nuantes. 

Chevalier,  B.  B.,  i,  819.  —  Quicherat,  Aperçus  nouveaux 
sur  l'hist.  de  Jeanne  d'Arc,  Paris,  1850,  p.  98  sq.  —  For- 
meville,  Hist.  de  l'ancien  évêché-comié  de  Lisieux,  ii,  Li- 
sieux, 1873,  p.  172.  —  Longnon,  Paris  sous  la  domination 
anglaise,  Paris,  1878,  passim.  —  De  Beaurepaire,  Notes  sur 
les  juges  et  assesseurs  du  procès  de  Jeanne  d'Arc,  dans 
Précis  de  l'académie  de  Rouen,  1890.  —  A.  Coville,  L'or- 
donnance cabochienne,  Paris,  1891,  Introd.,  p.  m.  — 
Denifle  et  Châtelain,  L'université  de  Paris  et  le  procès  de 
Jeanne  d'Arc,  dans  Mémoires  de  la  Soc.  d'Mst.  de  Paris, 
XXIV,  1897,  p.  14.  —  Chan.  Cerf,  Pierre  Cauchon  de 
Sommièvre...,  son  origine,  ses  dignités,  dans  Travaux  de 
l'acad.  de  lieims,  ci,  1898,  p.  363.  —  A.  Sarrazin,  Pierre 
Cauchon,  Rouen,  1901  ;  Notes  complémentaires,  dans  Précis 


7  CAIT.  IION 

de  l'académie  de  Rouen,  1904-1905  (paru  en  1908),  p.  171.  —  j 
Ch.  Engelhard,  Pierre  Cauchon,  son  prétendu  repentir...  j 
Réfutation  de  la  tradition  lexovienne,  dans  Bulletin  du  ; 
congres  des  sociétés  savantes  de  Normandie  tenu  au  Havre 
en  juin.  1905,  Le  Havre,  1906,  tiré  à  part.  —  Ph.  Dunand, 
De  l'évêque  de  Beauvais,  Pierre  Cauchon,  «  schismatique  et 
excommunié  »,  dans  Rev.  pratique  d'apologétique,  l"  avr. 
1910,  p.  41.  —  E.  Deslandes,  Deux  fondations  de  Pierre 
Cauchon  à  la  cathédrale  de  Lisieux,  dans  Recueil  Baiocana, 
1910,  p.  210.  —  G.  Hanotaux,  Jeanne  d'Arc,  Paris,  1911, 
passim.  —  Mirot,  Autour  de  la  paix  d'Arras,  dans  Biblioth. 
de  l'Ecole  des  chartes,  1914,  p.  25.S  sq.  —  V.  Hardy,  La 
cathédrale  S.-Pierre  de  Lisieux,  Paris,  1917,  p.  93-96.  — 
P.  Champion,  Procès  de  .Jeanne  d'Arc  (longue  introd.), 
Paris,  1921.  —  R.  de  Rigné,  La  clef  de  l'erreur  judiciaire  de 
Mgr  P.  Cauchon,  Paris,  1928  (cf.  compte  rendu  dans 
Rei).  histor.,  CLXi,  1929,  p.  160);  Jehanne  d'Arc,  héroïne  du 
droit;  les  véritables  causes  de  son  abandon  et  de  sa  condam- 
nation, Paris,  1928;  La  vraie  hist.  de  Jehanne  la  Pucelle, 
Paris,  1929-1930,  2  vol.  —  Chan.  Gauroy,  Jeanne  d'Arc  à 
Chàlons-sur-Marne,  Châlons,  1929.  —  P.  Chirol,  Rouen, 
ville  de  Jeanne  d'Arc,  dans  Le  Correspondant,  10  juin  1931. 
—  P.  Le  Cacheux,  Rouen  au  temps  de  Jeanne  d'Arc,  Paris, 

1931,  passim.  —  Coville,  Jean  Petit,  Paris,  1932,  passim.  — 
Colonel  Billard,  Jehanne  d'Arc  devant  ses  juges,  Paris, 

1932.  —  H.  Labrosse,  Compte  rendu  des  fêles  du  cente- 
naire de  Jeanne  d'Arc  à  Rouen,  Rouen,  1932,  p.  46,  85-99, 
100.  —  Pellerin,  Découverte  de  la  sépulture  de  Cauchon,  dans 
Bull,  de  la  Soc.  des  antiquaires  de  Normandie,  xxxix, 

1932,  p.  490.  —  P.  Marie-Cardine,  Lisieux,  Grenohle, 

1933,  p.  34,  35  (favorable  à  Cauchon).  —  Mlle  L.  Annet, 
La  condamnation  de  Jeanne  d'Arc,  Paris,  1935.  —  .J.  Bé- 
reux,  art.  Beauvais,  dans  D.  H.  G.  E.,  vu,  277  (renvoie  à 
abbé  Delettre,  Hist.  du  dioc.  de  Beauvais,  1842,  3  vol.).  — 
C.  Laplatte,  Le  procès  de  Jeanne  d'Arc  vu  par  les  juristes, 
dans  Bull,  de  la  Soc.  d'émul.  des  Vosges,  Épinal,  1936, 
p.  45  sq.  —  D'Avoust,  La  querelle  des  Armagnacs  et  tles 
Bourguignons,  Paris,  1943,  passim. 

Communication  de  M.  P.  Marie-Cardine.  —  Archives 
de  la  Côte-d'Or,  Dijon  :  B  1570;  B  1594,  fol.  216. 

C.  Laplatte. 

1.  CAULET  (François-Étienne  de)  (1610- 
IG80),  né  à  Toulouse  le  19  mai  1610,  fit  ses  études 
chez  les  jésuites  du  collège  de  La  Flèclie;  il  choisit 
comme  directeur  le  P.  de  Condren  et  fut  associé  à 
M.  Olier  pour  la  fondation  du  séminaire  de  S.-Sul- 
pice  à  Vaugirard.  En  1627,  il  fut  pourvu  de  l'abbaye 
de  S.-Voluzien  de  Foix  (dioc.  de  Pamiers);  n'ayant 
1)U  réformer  cette  abbaye,  il  donna  sa  démission.  Il 
fut  nommé  à  l'évèché  de  Pamiers,  le  4  juin  1644,  sur 
la  i)roposition  de  S.  Vincent  de  Paul.  Il  s'appliqua 
aussitôt  à  le  réformer,  par  des  mesures  parfois  austères, 
et  il  commença  par  la  réforme  du  chapitre.  Deux 
grandes  afiaires  rendirent  Caulet  célèbre  :  l'aflaire  du 
jansénisme  et  l'affaire  de  la  régale,  et  il  joua  un  rôle 
capital  jusqu'à  sa  mort  (7  août  1680). 

1°  A  la  suite  du  P.  Rapin,  on  a  accusé  Caulet  d'avoir 
suivi  aveuglément  Nicolas  Pavillon,  évèque  d'Alet, 
son  voisin,  qui  était  très  attaché  à  la  doctrine  de 
Jansénhis  :  en  fait,  Caulet  ne  signa  point  la  requête 
des  S8  évêques  cjui  demandaient  à  Rome  la  condam- 
nation des  cinq  propositions  de  Jansénius,  mais  il 
publia  dans  son  diocèse  la  bulle  Cum  occasionc  qui, 
en  16.53,  condamnait  ces  propositions.  Lorsque  les 
jansénistes,  avec  Arnauld,  acceptèrent  la  condamna- 
tion des  cinq  propositions  en  droit,  mais  non  en  fait, 
Caulet,  avec  les  évêques  réunis  à  Paris,  demanda  que 
les  évêques  fissent  observer  dans  leurs  diocèses  les 
résolutions  de  l'assemblée  du  clergé  touchant  la  sou- 
mission aux  bulles  d'Innocent  X  et  d'Alexandre  VII 
contre  le  jansénisme;  il  était  toujours  très  attaché  à 
M.  Vincent  et  à  M.  Olier.  Mais,  après  la  mort  de  ses 
deux  amis,  il  se  laissa  entraîner  par  Pavillon  dans  la 
question  du  Formulaire,  qu'il  refusa  de  signer;  lorsque 
Alexandre  VII  condamna  de  nouveau  les  cinq  propo- 
sitions et  ordonna  la  signature  du  Formulaire  (15  févr. 
1665),  Caulet,  avec  les  évêques  d'Alet  (Pavillon),  de 
Beauvais  (Buzenval)  et  d'Angers  (Henri  Arnauld), 


—  CAULET  8 

j  n'accorda  qu'une  signature  équivoque  :  ces  évêques 
!  s'inclinaient  respectueusement  sur  le  fait,  en  déclarant 
qu'en  cette  matière  l'Église  peut  être  surprise...  Sur 
ce  point,  Caulet  était  d'accord  avec  les  jansénistes  et 
avec  Arnauld,  à  qui  d'ailleurs  on  attribua  la  rédaction 
du  mandement  des  quatre  évêques.  Le  mandement 
de  Caulet  porte  la  date  du  1"  juin  et,  après  un  arrêt 
du  Conseil  d'État  du  20  juill.,  Caulet  publia  le  31  juill. 
un  second  mandement  qui  condanniait  la  signature 
pure  et  simple  du  Formulaire.  Alexandre  VII  nomma 
une  commission  pour  examiner  le  mandement  des 
quatre  évêques,  niais  il  mourut  le  22  mai  1667.  Son 
successeur.  Clément  IX,  reçut  une  lettre  des  quatre 
évêques  (28  août  1667);  ils  se  plaignaient  de  l'in- 
gérence des  assemblées  du  clergé  qui  avaient  enve- 
nimé la  question  du  Formulaire  :  il  suffisait  de 
condamner  les  cinq  propositions  hérétiques,  sans  déci- 
der si  ces  propositions  se  trouvaient  en  fait  dans 
l'Auguslinus;  d'autres  évêques  se  joignirent  aux 
quatre  premiers  et,  après  des  démarches  assez  longues, 
on  aboutit  à  la  i)aix  de  Clément  IX.  La  soumission 
de  Caulet  fut-elle  sincère?  Vidal  (op.  infra  cit.) 
décrit  Caulet  toujours  flottant  entre  Arnauld  et  S.- 
Sulpice  et  il  termine  (p.  396)  :  «  Pour  la  doctrine, 
Caulet  fut  suspect  tour  à  tour  aux  orthodoxes  et  à 
leurs  adversaires.  Il  donna  l'impression  d'un  homme 
toujours  en  communion  d'idées  avec  son  interlo- 
cuteur pourvu  que  cet  interlocuteur  s'imposât  à  lui, 
par  la  science,  le  raisonnement,  l'éloquence  persua- 
sive. »  Les  jésuites  l'ont  toujours  regardé  comme 
janséniste  et  les  jansénistes  le  tiennent  pour  un  de 
leurs  partisans.  I.e  pape  Innocent  XI,  dans  sa  lettre 
du  23  sept.  168(»  adressée  aux  vicaires  généraux  et 
au  chapitre  de  I^imiers  (Vidal,  p.  397,  398),  fait  un 
très  bel  éloge  de  Caulet,  et  M.  Bertrand  (Bibliotlièque 
.siilpicienne,  m,  22-55)  s'ajiplique  à  montrer  que 
Caulet  ne  fut  jamais  vraiment  janséniste,  mais  que, 
par  des  mesures  disciplinaires  très  sévères,  il  provo- 
qua de  multiples  oppositions  qui  ne  désarmèrent  pas 
même  après  sa  mort. 

2°  La  régale  était  un  droit  en  vertu  duquel  le  roi 
disposait  du  revenu  des  évêchés  durant  leur  vacance 
(régale  temporelle)  et  conférait  les  bénéfices  sans 
charge  d'âmes  à  la  collation  de  l'évêque  défunt  (régale 
spirituelle),  et  cela  jusqu'à  ce  tjue  le  serment  du  nouvel 
élu  fût  enregistré.  Sous  l'influence  des  légistes  et  mal- 
gré les  protestations  des  évêques,  ce  droit  tendait  à 
devenir  universel  et  une  déclaration  royale  de 
Louis  XIV,  le  10  févr.  1673,  le  rendait  en  fait  uni- 
versel. Les  uns  après  les  autres,  les  évêques  cédèrent; 
seuls,  Pavillon  et  Caulet  résistèrent,  mais,  comme 
Pavillon  mourut  le  8  déc.  1677,  Caulet  resta  seul 
opposant.  Malgré  les  conseils  du  P.  de  La  Chaise,  Caulet 
refusa  de  faire  enregistrer  le  serment  qu'il  avait  fait, 
le  12  mars  1645,  lors  de  sa  nomination  épiscopale. 
Dès  lors,  il  se  trouvait  sous  le  coup  de  la  déclaration 
royale  de  1673.  Il  n'accorda  pas  la  mise  en  possession 
d'un  bénéfice  accordé  à  un  bachelier  du  diocèse  de 
Laon,  Pierre  Poucet;  celui-ci  lit  appel  à  l'archevêque 
de  Toulouse,  le  métropolitain,  qui  ordonna  de  recevoir 
Poncet  (1"'  sept.  1679),  mais  Caulet  déclara  nulle 
la  sentence  de  l'archevêque  (26  oct.)  et  fit  appel  à 
Rome  de  la  décision.  Innocent  XI  accueillit  favora- 
blement la  requête  de  Caulet.  Cet  apjiel  provoqua 
la  colère  des  régalistes  et  les  biens  de  la  mense  épisco- 
pale de  Pamiers  furent  séquestrés.  Plusieurs  brefs 
(18  janv.  et  21  déc.  1()79)  approuvèrent  la  conduite 
de  (iaulet.  C'est  à  cette  occasion  que  fut  rédigé  le 
Traité  de  la  régale,  i)ublié  (1680)  ))ar  ordre  de  l'évêque 
de  Pamiers.  Indomptable  pour  défendre  les  immunités 
de  l'Église,  Caulet  publia,  le  31  mars  1680,  un  man- 
dement qui  excommuniait  ceux  qui  postuleraient  la 
régale,  ceux  qui  accepteraient  de  prendre  possession 


9 


CAULET 


—  CAULIANA 


10 


du  bénéfice  ou  en  percevraient  les  fruits,  et  même  les 
personnes  qui  leur  prêteraient  conseil.  L'archevêque 
de  Toulouse  cassa  cette  ordonnance  et  le  Parlement, 
par  un  arrêt  du  l«f  mai  1680,  condamnait  le  mande-  ' 
ment. 

Après  la  mort  de  Caulet,  le  7  août  1680,  les  polé- 
miques continuèrent  dans  le  diocèse  de  Pamiers,  (jui 
resta  vacant  jusqu'à  la  nomination  de  Jean-Baptiste 
de  Verthamon,  le  8  sept.  1693.  L'afïaire  de  la  régale 
eut  son  contre-coup  à  l'assemblée  du  clergé  de  1682  : 
on  mit  en  doute  la  suprématie  du  pape  sur  le  souve-  \ 
rain,  sur  l'épiscopat  et  la  suprématie  des  canons  de 
l'Église  universelle  sur  les  libertés  de  l'Église  galli- 
cane. Les  quatre  articles  de  1682  sont  la  charte  du 
gallicanisme  politique  et  religieux. 

Durant  son  épiscopat,  Caulet  s'occupa  des  proies-  j 
tants  de  son  diocèse,  il  poursuivit  l'œuvre  de  son  pré- 
décesseur, Henri  Sponde,  et  s'éleva  contre  la  condes- 
cendance de  Louis  XIII.  Par  les  mémoires  qu'il  rédi- 
gea, il  prépara  les  documents  qui  serviront  plus  tard  à 
la  révocation  de  i'Édlt  de  Nantes.  En  fait,  cet  Édit  n'é-  ! 
tait  plus  respecté  à  Pamiers  sous  l'épiscopat  de  Caulet.  I 

Les  œuvres  de  Caulet  ont  toutes  pour  objet  plus  ou 
moins  direct  l'administration  de  son  diocèse  :  Ordon- 
nance faisant  défense  aux  ecclésiastiques  de  son  diocèse 
de  jouer,  manger  on  boire  dans  tes  tavernes  de  teurs 
résidences,  24  janv.  1649;  Mandement  de  Mgr  t'évêque 
de  Pamiers  sur  ta  signature  du  Formutaire.  31  juill. 
1665;  Lettre  circulaire  à  tous  Nosseigneurs  les  pré-  1 
lats  de  France  sur  l'affaire  des  jésuites  de  son  diocèse  i 
qu'il  a  excommuniés,  21  févr.  1668;  Lettre  circulaire  de 
Mgr  l'évêque  de  Pamiers  qu'il  a  adressée  à  tous  les  prélats 
du  royaume  en  leur  envoyant  la  relation  qui  suit  :  Rel(dion 
de  ce  qui  s'est  passé  entre  Mgr  l'évêque  de  Pomiers  et  les  jé- 
suites du  collège  de  la  même  ville,  12  mai  1668;  Ordon- 
nances synod(des  pour  le  diocèse  de  Pamiers,  faites  ou 
renouvelées  et  publiées  dans  le  synode,  le  'J  et  le  10  nov. 
1672,  Toulouse,  1673,  in-12,  réimprimées  par  le  succes- 
seur de  Caulet,  Mgr  .Jean-Haptiste  de  Verthamon, 
Toulouse,  1702.  in-12;  Inventaire  des  pièces  concernant  j 
l'affaire  de  V f:gtise  de  Pamiers,  s.  1.,  1681,  in-4»  : 
cet  inventaire  contient  les  actes  de  Caulet  dans  l'af- 
faire de  la  régale,  depuis  l'ordonnance  du  27  août  1677 
jusqu'à  celle  du  14  juill.  1680;  Traité  général  de  la 
régate,  s.  1.,  1681,  in-4o  :  cet  écrit  qui.  d'après  Besoigne, 
se  trouvait  dans  les  papiers  de  Caulet,  allait  paraître, 
lorsqu'il  mourut;  il  fut  traduit  en  italien,  Trattalo 
générale  delta  rcgalia,  s.  1..  1680,  in-4»  (autre  éd.  en 
1682),  et  en  latin,  Tractatus  generalis  de  regalia  in 
quatuor  libros  distributus.  qui  primus  gallico  sermone 
prodiit;  nunc  latino  donatus  auctior  et  correctior 
editur  cum  aliis  opusculis  ad  eamdem  materiam  speclan- 
libus,  s.  1.,  1689,  in-4o.  Le  Traité  de  la  régale  fut 
probablement  mis  au  point  par  Charlas.  grand  vicaire 
de  Caulet.  qui  se  retira  à  Rome  après  la  mort  du 
prélat  et  y  mourut  le  7  avr.  1698.  Le  Testament  de 
Caulet  a  été  publié  dans  l'opuscule  intitulé  :  lîelation 
de  ce  qui  s'est  passé  durant  la  dernière  maladie  et  à  tu 
mort  de  défunt  Messire  François- Etienne  de  Caulet, 
évêque  de  Pamiers,  s.  1.,  s.  d.,  p.  37-47,  in-Pi.  \ 

Outre  les  dictionn.  qui,  pour  la  plupart,  donnent  la  | 
biogr.  de  I".-É.  de  Caulet,  on  peut  citer  les  ouvrages  de  \ 
G.  Doublet  qui  fut  professeur  au  collège  de  Foi.x  :  Lci  1 
protestants  sous  l'épiscopat  de  Caulet  (1644-1680),  Toulouse, 

1895,  in-8»  (extrait  des  Annales  du  Midi,  vu,  1895);  Un 
prélat  janséniste,  F.  de  Caulet,  réformateur  des  chapitres 
de  Foix  et  de  Pamiers,  Paris,  1895,  in-8°;  F.  de  Caulet, 
évêque  de  Pamiers,  et  la  vie  ecclésiastique  dans  un  dioc.  \ 
ariégeois  sous  Louis  XIV,  Foix,  1896,  in-8°;  Un  dioc.  I 
pyrénéen  sous  Louis  XIV;  la  vie  populaire  dans  la  vallée 
de  l'Ariège  sous  l'épiscopat  de  F.-É.  de  Caulet,  Toulouse, 

1896,  in-S";  Documents  complémentaires  sur  l'épiscopat 
de  F.  de  Caulet  à  Pamiers,  dans  La  Semaine  catholique  de 
Pamiers,  1897-1898.  —  Besoigne,  Vie  des  quatre  éuêques 


engagés  dans  la  cause  de  Port-Royal,  pour  servir  de  supplé- 
ment à  l'hist.  de  Port-Royal  en  six  vol.,  Cologne,  1756, 
in-8''.  —  Laliondes,  Annales  de  Pamiers,  u,  Toulouse, 
1884,  p.  1.35-77,  209-26,  in-8<>.  —  L.  Bertrand,  Bibliolh. 
sulpicienne  ou  Hist.  littér.  de  la  Compagnie  de  S.-Sulpice, 
III,  Paris,  1900,  p.  19-61,  3  vol.  in-8°.  —  Le  P.  Dubruel, 
dans  Bull,  de  littér.  ecclés.,  Toulouse,  années  1911,  1917, 
1923;  Rev.  des  questions  hist.,  1907,  1910,  1922;  Recherches 
de  science  relig.,  1917-18;  Rev.  d'hist.  de  l'Ëglise  de  France, 
1923,  1926,  1927.  —  J.-M.  Vidal,  Hist.  des  évoques  de  Pa- 
miers, t.  V,  F.-Ê.  de  Caulet,  évêque  de  Pamiers  (1610-1680), 
Paris,  1939,  639  p.,  in-S".  —  La  biblioth.  municipale  de 
Toulouse,  n.  730,  possède  un  ms..  De  vita  et  geslis  reli- 
giosissimi  ac  Reverendissimi  Domini  Stephani  Francisci 
Cauleti  episcopi  Apamiensis,  56  feuillets. 

J.  Carrkyul:. 

2.  CAULET  (Jean  du)  (1693-1771),  petit- 
neveu  de  François  de  Caulet,  devint  en  172()  évêque 
de  Grenoble.  A  ce  titre,  il  fut  mêlé  aux  controverses 
jansénistes  alors  encore  très  ardentes;  quoique  parti- 
san de  la  bulle  Unigenilus,  il  travailla  très  activement 
à  pacifier  les  esprits  :  au  concile  d'Embrun  (1727-28), 
il  prêta  son  concours  à  l'archevêque  Tencin  pour  la 
condamnation  de  l'évêque  de  Senez,  Soanen  ;  très 
gallican  au  début  de  son  épiscopat,  peu  à  peu,  il 
modéra  ses  tendances,  tout  en  défendant  jalousement 
les  iirérogatives  de  l'épiscopat  et  son  indépendance. 
Bref,  il  contribua  à  maintenir  la  paix  dans  son  diocèse 
qu'il  ne  quitta  guère.  Il  mourut  à  Grenoble,  le 
27  sept.  1771. 

En  tant  que  secrétaire  de  l'assemblée  du  clergé,  au 
couvent  des  augustins  en  1725.  Caulet  a  rédigé,  avec 
Machéco  de  Prémeaux,  le  procès-verbal  de  cette  assem- 
blée. On  a  conservé  de  lui  quelques  discours.  Il 
publia  en  outre  :  Instruction  pastorale  sur  le  sacre- 
ment de  pénitence  et  sur  la  comnmnion,  Grenoble, 
1749,  2  vol.  in-4°  :  c'est  une  réponse  à  l'instruction 
pastorale  de  Mgr  de  Rastignac  sur  la  même  question 
et  sur  le  livre  de  P.  Pichon;  Lettres  sur  les  immunités 
ecclésiastiques,  s.  1.,  1751,  in-4'';  Lettres  contre  les 
Lettres  «  Se  repugnate»,  s.  1.,  1751-1752,  3  vol.  in-4»; 
Lettres  de  l'évêque  de  ...  à  l'archevêque  de  8  sept. 
1761,  Avignon,  1762,  in-12  (sur  les  jésuites);  Disser- 
tation à  l'occasion  des  actes  de  l'assemblée  générale  du 
clergé  de  France  de  1765  sur  la  religion,  s.  1.,  1767, 
in-4''. 

Annales  du  départ,  de  l'Isère,  3  avr.  1808.  —  L.  Bassctle, 
Jean  Caulet,  évêque  et  prince  de  Grenoble  (1693-1771), 
Grenoble,  1946,  in-S". 

J.  Carkeyri;. 

CAULIANA,  Cauliancnse,  Caulinianense,  mo- 
nastère wisigothique  situé  dans  la  province  de  Bada- 
joz,  mentionné  dans  les  Vilae  Patrum  Emeritensiuni 
(P.  L.,  Lxxx,  19)  et  dans  l'épître  du  moine  Tarra  au 
roi  Récarède  (ibid.,  122).  Son  nom  est  rapporté  dans  les 
mss.  avec  imprécision  :  à  côté  de  Cauliana  ou  Caiili- 
niana,  on  trouve  Colona,  Coloniana  et  même,  d'aprc.s 
Sandoval  {Fundae,  n.  3,  fol.  11),  Careliana.  Moreno 
Vargas  (  op.  infra  cit.,  239-241)  suppose  que  les  Ro- 
mains l'appelaient  Caularanae  (caulae  =  pâtures,  du 
Guadiana,  Anas),  les  Goths  Cauliniana,  et  les  Maures 
(hibitlana.  D'autres  auteurs,  avec  moindre  fonde- 
ment, font  dériver  Crniliana  ou  C.otomana  du  latin 
colonia  Emeriln  Auguslana  et  marquent  son  site  à 
Calamonle  (Badajoz).  Quoi  qu'il  en  soit,  il  est  sûr 
qu'il  était  constitué  par  un  groupe  de  cellac,  qu'il 
avait  un  jardin  avec  des  vignes  et  une  école  pour 
enfants.  Parmi  ses  abbés  on  connaît  Renovatus,  plus 
tard  métropolitain  de  Mérida,  vers  612;  on  connaît 
aussi  le  moine  que  décrit  le  Pseudo-Paul  dans  les  Vitae, 
c.  II.  Tout  ce  qu'ont  ajouté  à  ces  maigres  renseigne- 
ments les  dilïérents  auteurs  rappelés  par  P.  N.  Garvin 
(Tlie  vitae,  312-314)  manque  de  fondement  solide. 

Flôrez,  XIII,  241-42,  415.  —  Mabillon,  Annales,  i,  70, 
202,  368.  —  B.  Moreno  Vargas,  Ilistoria  de  In  Ciudad  de 


11  CAULIANA  —  CAUNES  12 


Mérida,  Madrid,  1633  et  1892,  p.  221-41.  —  P.  Pérez  de 
Urbel,  Los  Monjes  espanoles  en  la  Edad  Media,  Madrid, 
1933,  p.  257-59.  —  P.  N.  Garvin,  The  vitœ  SS.  Patrum 
Emeritensium,  Washington,  1946,  p.  312-14. 

M.  Alamo. 

/  1.  CAUMARTIN  (François  Le  Febvre  de), 
évêque  d'Amiens  (1618-1652).  II  était  coadjuteur  de 
Geoffroy  de  la  Martlionie  depuis  1613,  avec  le  titre 
d'évêque  in  partibus  d'HiérapoIis;  il  eut  un  des  pon- 
tificats les  plus  longs  de  ce  diocèse  et  des  plus  féconds 
en  œu^Tes. 

L'épiscopat  de  C.  fut  marqué  d'abord  par  la  fonda- 
tion de  nouvelles  maisons  ou  la  réforme  des  anciens 
ordres  religieux  (v.  H.  Breinond,  Hist.  litl.  du  senti- 
ment religieux...,  surtout  t.  ii,  L'invasion  mystique, 
c.  IV,  vi).  Furent  établis  dans  le  diocèse  :  1.  les  ursu- 
lines  à  Abbeville  (1615),  à  Amiens  (1616)  et  à  Montdi- 
dier  (1623);  —  2.  les  feuillants  à  Amiens  (1620);  les 
capucins  à  Montreuil  (1621)  et  à  Montdidier  (1624)  ;  — 

3.  les  Mères  minimes  ou  Minimesses,  fondées  à  Abbe- 
ville (1621-1624)  (v.  P.  Simon  Martin,  Vie  de  la  Véné- 
rable Mère  Catherine  de  Vis,  Paris,  1650,  in-12);  — 

4.  les  Filles  dévotes,  bientôt  appelées  Filles  de  la  Croix, 
fondées  à  Roye  (1625)  (v.  abbé  Corblet,  Les  origines 
royennes  de  l'institut  des  Filles  de  la  Croix,  dans  Mé- 
moires de  la  Soc.  des  antiquaires  de  Picardie,  xxii, 
1869,  p.  317-343;  A.  de  Salinis,  S.  J.,  Madame  de 
Villeneuve...,  fondatrice  et  institutrice  de  la  société  de 
la  Croix,  Paris,  1918;  H.  Bremond,  op.  cit.,  t.  xi.  Le 
procès  des  mystiques,  c.  iv,  Les  illuminés  de  Picardie, 
p.  103-113);  —  5.  les  brigittins  à  Auxi-le-Chàteau 
(1627);  —  6.  les  prêtres  de  l'Oratoire  à  Amiens  (1628); 

—  7.  les  célestins,  qui  reçurent  en  1634  l'abbaye 

5.  -Martin-aux- Jumeaux,  unie  en  1564  à  la  mense 
épiscopale  (v.  D.  H.  G.  E.,  ii,  1258;  Mantel,  L'abbaye 
de  S. -Martin-aux- Jumeaux,  Amiens,  1934,  p.  206-276); 

—  8.  les  religieuses  de  l'ordre  de  Fontevrault,  qui  se 
réfugient  à  Amiens  (1636),  de  même  que  les  visitan- 
dines  (1640)  et  les  cisterciennes  (1647);  —  9.  les  carmes 
déchaussés  à  Abbeville  (1640)  et  à  Amiens  (1648);  — 
10.  les  carmélites  à  Amiens  (1636);  —  11.  les  visitan- 
dines  à  Amiens  (1649).  En  1625  et  1635,  Gaumartin 
est  député  de  la  province  de  Reims  à  l'assemblée  géné- 
rale du  clergé  de  France.  Le  4  sept.  1629,  est  érigée 
dans  l'église  des  augustins  une  confrérie  de  N.-D.  de 
F'oi  dont  Louis  XIII  et  ses  successeurs  firent  partie. 
En  1634-1635,  Gaumartin  eut  de  graves  difTicultés  à  la 
suite  de  la  translation  d'une  partie  des  reliques  de 
S.  Vulphy  (v.  abbé  Gorblet,  Hagiographie  du  diocèse 
d'Amiens,  iv,  102,  et  Actes  de  l'Église  d'Amiens).  Il 
encouragea  les  missions  populaires  prêchées  par  les 
oratoriens  ou  M.  Olier  (v.  Faillon,  Vie  de  M.  Olier, 
1,  1873,  p.  232),  de  même  que  la  fondation  d'instituts 
de  charité.  En  1625,  il  reçut  à  Amiens  Henriette  de 
France,  reine  d'Angleterre,  et  sa  suite.  Louis  XIII  y 
séjourna  en  1632  et  1640.  Gaumartin  mourut  le 
27  nov.  1652.  Il  est  le  premier  des  évêques  d'Amiens 
qui  ait  porté  la  croix  pectorale. 

En  dehors  des  ouvrages  cités  dans  l'art.  :  Daire,  Hisl. 
de  la  ville  d'Amiens,  u,  Paris,  1757,  p.  432.  —  Darsy, 
Bénéfices  de  l'Église  d'Amiens,  Amiens,  i,  1862,  p.  103, 
120  sq.  (2  vol.  in-4».)  —  Gall.  christ.,  x,  1209.  —  La  Mor- 
llère.  Les  antiquilés  de  la  ville  d'Amiens,  Paris,  1642, 
p.  106  sq.,  250  sq.,  in-fol.  (vers  en  son  honneur).  —  Ed. 
Soyez,  Notices  sur  les  évêques  d'Amiens,  p.  204.  —  Actes 
de  l'Église  d'Amiens,  t.  i,  p.  Lxu,  219,  238  sq.  —  Decourt, 
Mém.  cliron.,  mss.  d'Amiens,  802-03,  t.  i,  p.  825. 

A.  MOLIEN. 

2.  CAUMARTIN  (Jean-François-Paul  Le 
FÈvRE  DK),  évêque  de  Vannes  (1717),  de  Blois  (1719, 
t  1733).  Né  le  16  déc.  1668,  il  devint  successivement 
abbé  de  N.-D.  de  Buzay  (dioc.  de  Nantes)  (1676), 
membre  de  l'Académie  française  (1694),  docteur  en 
théologie  (1097),  doyen  du  chapitre  de  Tours  (1713). 


évêque  de  Vannes  (17  sept.  1717),  enfin  évêque  de 
Blois  (1719).  Après  sa  nomination  à  Vannes,  Gaumar- 
tin résigna  son  décanat  tourangeau  en  faveur  d'An- 
toine Cyprien  de  Pechpeirou  de  Guitaud.  Ensuite 
il  alla  se  faire  sacrer  à  Dinan  (17  juill.  1718)  par 
l'évêque  de  S.-Malo,  Vincent-François  Desmarets, 
neveu  de  Colbert.  Ge  choix  du  consécrateur  démon- 
trait amplement  combien  le  nouvel  évêque  de  Vannes 
versait  déjà  dans  les  idées  de  Port-Royal  :  Desmarets 

j  était  ouvertement  favorable  au  jansénisme.  A  Vannes, 
Gaumartin  n'eut  pas  à  s'inquiéter  longtemps  de  son 

j  nouveau  poste,  car  le  cardinal  de  Noailles,  qui  le  vou- 
lait plus  près  de  lui,  obtint  pour  lui  en  1719  le  siège 
de  Blois,  devenu  vacant  par  la  mort  du  premier  évêque 
de  ce  diocèse  fondé  depuis  peu,  David-Nicolas  de 
Bertier.  Celui-ci,  pendant  ses  vingt  et  un  ans  d'épisco- 
pat,  avait  cherché  avant  tout  à  reprendre  en  mains 
ses  diocésains  au  point  de  vue  spirituel.  Gaumartin 
voulut  plutôt  compléter  l'organisation  de  son  diocèse 
et  ainsi  le  séparer  tout  à  fait  de  son  ancien  chef-lieu, 

I  Ghartres.  En  1730,  il  publia  un  rituel  spécial  à  Blois. 
et  plus  tard  un  bréviaire  aussi  blésois.  L'église  cathé- 
drale choisie  par  de  Bertier  était  l'église  S.-Solemne; 
Gaumartin  voulut  la  consacrer  et  en  même  temps 
changer  le  patronage;  il  la  consacra  le  9  juill.  1730, 
en  lui  donnant  comme  patron  S.  Louis.  Gaumartin  se 
montra  favorable  aux  jansénistes;  s'il  ne  fut  pas 
appelant  lui-même,  il  ménagea  vraiment  trop,  au  dire 
de  tous  ses  contemporains,  les  opposants  à  la  bulle 
Unigenitus.  D'ailleurs,  le  concile  d'Embrun  eut  en  lui 
un  opposant  acharné  et  il  ne  changea  de  conduite  que 
lorsque  le  cardinal  de  Noailles  adhéra  à  la  bulle. 
Gependant,  il  laissa  des  convulsionnaires  s'installer 
dans  le  diocèse  et  faire  grand  bruit.  La  faveur  qu'il 
montra  au  jansénisme  sembla,  à  un  moment  donné, 
gagner  le  clergé  lui-même,  mais  cela  ne  dura  pas. 
Le  Nécrologe  des  amis  de  la  Vérité  (c.-à-d.  des  jansé- 
nistes) mentionne  son  nom.  II  mourut  le  30  août  1733. 
Auparavant,  dès  1729,  il  avait  obtenu  l'union  de 
l'abbaye  bénédictine  N.-D.  de  Pontlevoy  à  son  évêché. 

Armand  Jean,  Les  évêques  et  archevêques  de  France 
depuis  1682  jusqu'à  1801,  1891,  p.  293-94,  455.  —  Gall. 
christ.,  XIV,  1856,  col.  151,  864,  938.  —  Abbé  Gaudron, 
Essai  histor.  sur  le  dioc.  de  Blois  et  le  départ,  de  Loir-et- 
Cher,  Blois,  1870,  p.  298-304.  —  Abbé  Tresvaux,  L'Église 
de  Bretagne,  1839,  p.  173-74,  245,  554. 

P.  Galendini. 
CAUMONT,  Calmontnm,  couvent  de  moniales 
de  l'ordre  de  Prémontré,  situé  au  dioc.  de  Laon,  près 
de  N.-D.  de  Liesse  et  de  Marie,  départ,  de  l'Aisne, 
relevant  de  la  circarie  de  Floreffe  et  filiale  de  The- 
nailles.  Ce  monastère  fut  fondé  entre  1131  et  1134  et 
remonte  probablement  aux  origines  de  l'ordre,  car  il 
fut  doté  par  Barthélémy  de  Joux,  évêque  de  Laon. 
Déjà  en  1087  la  maison  servait  de  résidence  à  des 
ermites.  Elle  passa  aux  Prémontrés  avec  l'approba- 
tion de  l'archevêque  .Salmon  de  Reims  et  du  pape 
Eugène  III  en  1147.  On  raconte  qu'au  début  une 
;   fille  de  chevalier  fut  introduite  de  force  dans  la  maison 
j  par  son  père.  L'abbé  Walfride  de  Thenailles  la  ren- 
I  voya  dans  sa  famille,  mais  celle-ci  se  vengea  en  ruinant 
les  possessions  du  monastère.  Le  pape  Alexandre  III 
approuva  (18  mars  1160)  la  décision  prise  à  ce  sujet 
par  l'abbé  et  par  le  chapitre  général  de  l'ordre.  Le 
monastère  cessa  d'exister  quelques  années  plus  tard 
par  suite  de  la  décision  de  l'ordre  de  ne  plus  recevoir 
i  de  moniales. 

î  C.-L.  Hugo,  Annales  Praem.,  i,  537.  — -  Gall.  christ., 
I,  567.  —  R.  Van  Waefelghem,  Répertoire,  52. 

M. -A.  Erens. 
CAUNES,  ancienne  abbaye  se  trouvant  dans  la 
commune  de  Cannes  (départ,  de  l'Aude,  anc.  dioc.  de 
Narbonne,  act.   dioc.   de  Carcassonne).  .\  ne  pas 


13 


C  A  U  N  E  S 


14 


confondre  avec  le  prieuré  S.-Étienne  de  Cannes  (éga- 
lement dép.  de  l'Aude,  mais  sur  la  commune  de 
Fonties-d'Aude),  qui  relevait  de  La  Grasse.  L'église 
monastique  est  devenue  paroissiale.  La  nef  date 
du  xiv«  s.,  mais  le  transept,  les  absides  et  le  clocher- 
porche  au  nord  de  la  nef  remontent  au  dernier  tiers 
«lu  xii";  le  mobilier,  très  riche,  est  l'œuvre  du  xviii"  s. 

Les  documents  conservés  aux  archives  départ,  de 
l'Aude  ou  transcrits  au  xvii'  s.  nous  renseignent  bien 
sur  l'histoire  du  monastère,  et  plus  d'un  nous  donne 
des  détails  intéressants  sur  la  vie  des  religieux. 
L'abbaye  d'ailleurs,  tout  en  tenant  une  place  im- 
portante dans  la  région,  n'a  jamais  joué  un  rôle  de 
premier  plan. 

L'abbaye  de  Cannes  doit  son  origine  à  deux  monas- 
tères fondés  vers  775.  L'un,  sous  le  titre  des  SS.-Pierre- 
et-Paul,  commençait  à  être  construit  par  l'abbé  Da- 
niel, au  lieu  même  de  Caunes,  dit  Businlis.  L'autre, 
appelé  S. -Jean  in  Exlorio,  ou  Exequariensis,  se  trou- 
vait un  peu  au  Nord,  sans  doute  près  de  Citou;  il  était 
dirigé  par  l'abbé  Anian,  qui  gouvernait  également  le 
monastère  S. -Laurent  in  Otibeyio.  Il  règne  quelque 
obscurité  sur  l'identilication  de  ce  dernier  monastère  : 
le  mieux  semble  être  de  le  situer  à  S. -Laurent  de  Ver- 
Mosoubre,  près  de  S.-Chinian  (Hérault);  son  impor- 
tance minime  l'aurait  fait  dépendre,  après  897,  de 
l'abbaye  S.-Aignan  de  S.-Chinian  (fondée  en  826);  il 
lui  aurait  été  uni  par  une  union  personnelle,  avant 
899,  puis  par  une  union  réelle  :  en  effet,  à  partir  de 
cette  dernière  date,  le  monastère  de  S.-Chinian  porte 
le  titre  des  SS.-Laurent-et-Aignan,  tandis  que  S. -Lau- 
rent de  Vernosoubre  n'a  plus  d'abbé  propre. 

L'abbé  Daniel  ne  tarda  pas  à  placer  SS.-Pierre-el - 
Paul  sous  l'autorité  d'Anian,  qui  gouverna  ainsi  trois 
monastères,  comme  le  montrent  les  documents  de  la 
fin  du  VIII*'  s.  Mais  SS.-Pierre-et-Paul  fusionna  avec 
S.-Jean;  et  Citou  ne  fut  plus  qu'une  dépendance,  le 
monastère  principal  étant  à  Caunes  (Cnunae,  de 
Caunis),  dans  l'ancienne  villa  de  Busintis,  ou  Buftnlis. 
L'ensemble  du  terroir  de  Caunes  est  donné  à  Anian,  en 
791,  par  Milon,  comte  de  Narbonne.  Le  10  juill.  794, 
Anian  était  à  Francfort,  où  il  se  plaçait  sous  le  maim- 
bour  royal,  tandis  que  Charlemagne  confirmait  les 
biens,  déjà  importants,  du  monastère.  En  817.  Louis  le 
Débonnaire  n'en  comptera  pas  moins  Caunes  parmi 
les  monastères  qui  ne  doivent  que  des  prières  ])our  le 
roi.  Anian  était  un  ])ersoiinage  assez  considérable,  en 
relation  avec  S.  lîenoît  d'Aniane  et  Théodulphe  d'Or- 
léans. Un  de  ses  premiers  soins  avait  été  d'achever  la 
construction  du  monastère;  la  dédicace  de  l'église  se 
jilace  un  13  novembre. 

On  ne  saurait  entrer  dans  le  détail  des  actes  d'ad- 
ministration, qu'on  trouvera  indiqués  soit  par  le 
Gullia  ou  par  de  Vie  et  Vaissete,  soit  mieux  par  Mahul 
ou  par  Béziat.  Pendant  tout  le  ix""  s.  et  le  x"",  Caunes 
étend  ses  possessions,  non  seulement  aux  environs  de 
la  vallée  de  l'Argentdouble,  mais  bien  au  delà,  ce  qui 
amènera  parfois  les  abbés  à  faire  des  échanges  avec 
d'autres  Églises.  Ainsi  se  constitue  un  territoire  homo- 
gène, qui  n'est  d'ailleurs  pas  toujours  à  l'abri  des 
fléprédations  et  des  usurpations,  comme  en  témoi- 
gnent plusieurs  plaids  (802,  821,  852,  873)  et  des 
chartes  de  conlirniation.  Ils  sont  nombreux  ceux  qui 
cherchent  à  se  constituer  un  domaine  et  à  se  bâtir  une 
forteresse  aux  dépens  des  biens  du  monastère,  qni 
linira  par  prendre  un  avoué. 

C'est  au  cours  du  x''  s.  que  les  saints  de  (faunes  font 
leur  apparition  dans  l'histoire  :  une  charte  de  983  les 
mentionne  pour  la  première  fois.  On  ne  les  retrouve 
pas  ensuite  avant  1080.  Ils  sont  quatre  :  Aniand. 
I.uce,  Alexandre,  Audalde.  La  légende  fait  découvrir 
leurs  corps  dans  un  champ,  par  un  laboureur.  L'his- 
toire de  ces  saints,  fêtés  le  5  juin,  est  très  obscure. 


Leurs  Actes  peuvent  avoir  un  fond  authentique  :  ils 
auraient  été  martyrisés  à  Nivedunum,  sans  doute 
près  de  Genève.  Mais  rien  ne  permet  de  savoir  com- 
ment leur  culte  a  pu  s'établir  à  Caunes. 
;  Au  début  du  xi<=  s.,  l'avouerie  de  Caunes  appartient 
;  au  comte  de  Carcassonne,  sans  doute  depuis  un  certain 
temps;  elle  passera  bientôt  à  l'évêque  de  Girone,  qui, 
en  1034,  la  transmettra  à  son  neveu  Roger  \",  comte 
de  Foix.  L'évêque  de  Girone  avait  sans  doute  d'autres 
droits  sur  l'abbaye,  puisque  c'est  lui  qui,  en  1021, 
confirme  l'élection  de  Guillaume,  moine  de  La  Grasse. 
Cette  élection  fut  d'ailleurs  attaquée,  comme  simo- 
niaque,  par  l'archevêque  de  Narbonne,  Guifred  de 
Cerdagne,  ou  plutôt  par  ses  tuteurs;  et  Guillaume  ne 
fut  reconnu  qu'en  1059.  Il  n'en  avait  pas  moins  régi 
son  monastère  et  reconstruit  son  église.  En  1067, 
l'abbaye  est  possédée  par  le  comte  de  Rouergue  :  dans 
l'échange  du  comté  de  Carcassonne,  Raymond  Bé- 
renger  la  cède  en  fief  à  Raymond-Bernard  Trencavel 
et  à  sa  femme  qui,  en  1070,  s'engagent  à  ne  la  vendre 
ni  aliéner  en  faveur  de  qui  que  ce  soit. 

Les  départs  pour  la  croisade  furent  l'occasion  de 
nouvelles  donations,  ou  de  restitutions.  De  leur  côté, 
les  abbés  rachetaient  des  biens  et  droits  tombés  en 
mains  séculières.  On  voit,  au  début  du  xii''  s.,  un  effort 
I  de  l'abbaye  pour  consolider  sa  situation  et  se  libérer 
I  de  tutelles  gênantes  :  la  bulle  de  Gélase  II,  confirmant 
j  en  1119  les  biens  du  monastère,  couronne  cet  effort. 
;  En  même  temps,  les  moines  fortifient  leur  monastère 
!  et  ses  dépendances.  Et  en  1136,  Roger,  comte  de 
!  Carcassonne,  accorde  des  lettres  de  sauvegarde.  A  la 
fin  du  siècle,  le  comte  abandonnera  l'abbaye  à  l'abbé 
et  aux  moines.  Au  cours  de  la  même  époque,  d'autre 
part,  les  habitants  de  Caunes  s'organisent  et  ob- 
tiennent des  moines  le  rachat  de  certains  droits  (1149). 
Le  xin<=  s.  a])porte  île  grands  changements  dans  le 
!   Midi  toulousain.  Ils  ont  leur  répercussion  à  Caunes, 
'  où  les  abbés  règlent  leur  conduite  d'après  les  événe- 
ments. Leur  tendance  générale  est  de  prendre  le  parti 
du  roi,  et  d'en  profiter  pour  augmenter  leurs  do- 
maines, recevant  leur  part  des  biens  confisqués  aux 
hérétiques.  Ces  accroissements  sont  loin  de  compenser 
la  diminution  de  valeur  des  anciennes  possessions, 
ruinées  i)ar  la  guerre.  En  1236,  le  monastère  compte 
!  quatorze  religieux,  chacun  pourvu  de  bénéfices,  ce 
qui  ne  favorisait  guère  la  |)auvreté  dans  une  maison 
relativement  riche  et  peu  nombreuse,  .\ussi,  lorsque 
i  l'abbé  Pierre  Raymond  voulut  imposer  une  vie  plus 
I  sévère,  se  heurta-t-il  à  une  vive  résistance,  qui  fut 
assez  longue  à  se  calmer.  Le  monastère  a,  en  même 
temps,   des  difiicultés   avec  l'archevêque  de  Nar- 
bonne, à  propos  des  églises  à  lui  données.  De  leur  côté, 
,  les  habitants  de  Caunes,  et  d'autres  villages,  ob- 
tiennent, en  1239,  la  suppression  des  droits  de  main- 
morte. Sous  des  dehors  brillants,  le  monastère  de 
Caunes  subit  donc  une  crise,  que  les  fluctuations  de  la 
situation  politique  sont  loin  d'apaiser.  Les  difficultés 
'  qu'il  vient  de  traverser  pendant  la  première  moitié 
du  xiiC  s.  se  renouvellent,  sur  d'autres  points,  pen- 
dant la  seconde  :  les  rapports  avec  les  différentes 
autorités,  religieuses  ou  laïques,  sont  souvent  l'occa- 
i  sion  de  contestations.  On  assiste  au  développement  de 
la  puissance  royale  dans  le  Minervois,  tandis  que  la 
|)apauté  adresse,  de  loin,  ses  témoignages  de  bien- 
veillance et  de  protection.  U  faudrait,  en  regard  des 
bulles  peu  nombreuses,  mettre  la  longue  liste  des 
hommages,  sentences  arbitrales,  assemblées  des  ordres 
de  la  sénéchaussée,  ventes  domaniales,  lettres  royaux. 
J      Et  la  vie  intérieure  semblera  assez  terne,  si  on  la 
juge  par  le  seul  document  qui  nous  la  fasse  connaître 
i  pour  ce  siècle  :  un  règlement  culinaire,  augmentant 
j  les  rations  afin  d'encourager  la  conventualité.  La 
succession  de  Sicard  de   Montignac,  en   1301,  est 


15 


CAU 


NES 


16 


l'occasion  d'une  véritable  compétition  entre  Isarn  de 
.Monlignac  et  Arnaud  de  Sobiraa;  on  alla  même 
jusqu'aux  violences  et  à  l'excommunication.  La  paix 
revient  en  1308,  mais  pour  faire  bientôt  place  à  une 
opposition  entre  la  communauté  et  l'abbé.  Finale- 
ment, l'archevêque  de  Narbonne  envoie  l'abbé  «  vac- 
quer  à  ses  études  »  durant  six  ans  et  nomme  des 
administrateurs  :  trois  ans  plus  tard,  un  nouvel  abbé 
est  institué  par  Jean  XXII.  Aux  privilèges,  aux 
concessions  de  bulles,  aux  confirmations  de  règle- 
ments, la  papauté  ajoute  la  nomination  du  supérieur 
en  1.323,  en  135.5,  et  sans  doute  en  1405;  elle  multiplie 
les  interventions.  De  leur  côté,  les  agents  du  roi 
témoignent  d'un  zèle  probablement  intempestif, 
puisque  Philippe  VI  intervient  plusieurs  fois  en  faveur 
du  monastère.  La  communauté  s'est  d'ailleurs  accrue 
depuis  un  siècle,  car  une  bulle  de  1346  fixe  son  effectif 
à  26  profès  et  4  prêtres  séculiers  établis  à  perpétuité 
pour  célébrer  l'office  avec  les  religieux.  Tous  les  reli- 
gieux ne  sont  peut-être  pas  exemplaires,  mais  tous, 
surtout,  sont  très  préoccupés  de  leurs  bénéfices  et  de 
leur  subsistance  :  le  dernier  quart  du  xiv«  s.  nous  a 
laissé  plusieurs  accords  entre  l'abbé  et  le  couvent  à  ce 
sujet.  Mentionnons  de  plus  une  bulle  de  1366,  enle- 
vant Caunes  à  la  juridiction  de  l'archevêque  de  Nar- 
bonne, au  profit  de  S. -Victor  de  Marseille  :  cette 
bulle  d'Urbain  V  ne  semble  pas  avoir  reçu  exécution. 

La  tenue  des  chapitres  provinciaux  de  moines  noirs 
ne  paraît  pas  avoir  eu  grande  influence  sur  la  vie 
intérieure  de  Caunes,  pas  plus  que  l'envoi  aux  univer- 
sités, à  partir  de  1376,  de  deux  religieux  étudiants. 
Les  abbés,  souvent  absents,  administrent  par  des 
vicaires  généraux;  la  scission  est  profonde  entre 
l'abbaye  et  le  convent  :  celui-ci  se  fait  représenter,  en 
face  des  vicaires  généraux,  par  des  procurateurs.  Les 
abbés  ne  sont  pas  pris  dans  le  sein  de  la  communauté  : 
choisis  par  elle,  ou  indiqués  à  elle  de  façon  plus  ou 
moins  impérative,  ils  sont  étrangers  à  la  maison,  jus- 
qu'à résigner  leur  charge  ou  à  permuter  avec  d'autres 
abbés.  Le  nombre  des  religieux  diminue  ;  15  en  1416, 
7  en  1547.  l-"t  en  1467  la  commende  est  définitivement 
implantée  à  Caunes  :  le  Souverain  pontife  nomme  les 
abbés,  en  attendant  de  céder  ce  droit  au  roi  de  P'rance 
par  le  concordat  de  Bologne.  Les  religieux  n'essaye- 
ront guère  qu'en  1467  et  1591  d'élire  un  candidat,  qui 
ne  pourra  que  s'incliner  devant  le  commendataire.  La 
discipline  se  relâche,  au  point  que  le  parlement  de 
Toulouse  ordonne,  en  1577,  la  reformation  des  reli- 
gieux par  le  vicaire  de  l'archevêque  et  par  l'abbé. 
Quant  aux  biens  du  monastère,  les  guerres  de  reli- 
gion leur  nuisirent  considérablement,  surtout  dans 
certains  prieurés,  qui  demeurèrent  ruinés. 

Au  début  du  xvii«  s.,  le  commendataire  Jean  d'Ali- 
bert.  natif  de  Caunes  et  moine  du  lieu,  semble  remettre 
un  peu  de  vie  dans  ce  monastère  qui  s'en  va.  11  est 
supérieur  de  la  congrégation  des  Exempts,  et  préside, 
en  cette  qualité,  les  chapitres  généraux  de  1623  et 
1625.  Ses  deux  successeurs  ne  reçurent  pas  leurs 
bulles  :  un  moine,  Étienne  de  Maurel,  fut  alors  élu 
vicaire  général  en  1655.  Avec  le  prieur  claustral,  Jean 
Saluze,  il  fit  admettre  par  les  treize  autres  religieux 
leur  affiliation  à  la  congrégation  de  S.-Maur.  L'alTaire, 
commencée  en  juin  1659,  reçut  son  exécution  en  1663; 
mais  la  transaction  entre  l'abbé  de  (;aunes  et  la 
congrégation  ne  date  que  de  1695.  Plusieurs  anciens 
cédèrent  leurs  bénéfices  pour  une  pension.  A  l'excep- 
tion de  l'église  et  du  chapitre  (qui  semble  avoir  été 
une  nef  basse,  à  l'ouest  de  l'église),  les  bâtiments 
étaient  dans  un  état  lamentable;  les  grands  travaux 
de  reconstruction  furent  commencés  en  1696,  en 
même  temi)s  que  l'église  recevait  un  magnifique 
mobilier. 

l'ar  ailleurs,  les  actes  d'administration  sont  ceux 


que  la  congrégation  pratique  en  toutes  ses  maisons, 
avec  ce  souci  qu'elle  a  toujours  eu  de  l'ordre  dans  ses 
affaires  temporelles,  quitte  à  être  un  peu  exigeante  à 
l'occasion.  En  1747,  les  religieux  obtenaient  de  l'abbé 
une  nouvelle  répartition  des  biens  du  monastère  entre 
les  deux  menses  abbatiale  et  conventuelle  :  jusqu'alors, 
abbé  et  religieux  possédaient  tout  en  indivis,  l'abbé 
percevant  les  deux  tiers  des  revenus  et  acquittant  les 
charges  et  réparations;  dorénavant,  il  y  aura  deux 
menses  égales  et  indépendantes.  C'est  toujours  le 
même  souci  d'ordre  et  de  sécurité.  Mais  il  ne  garan- 
tissait pas  l'avenir.  Les  religieux  ne  paraissent  pas 
avoir  exercé  au  xviii''  s.  de  rôle  social;  on  se  plaignait 
même  qu'ils  ne  donnassent  plus  les  aumônes  accoutu- 
mées. Qu'on  fasse  la  part  d'une  propagande  antireli- 
gieuse, dont  on  trouve  l'écho  en  telle  diatribe  du 
maire  de  Caunes,  il  n'en  reste  pas  moins  que  les  der- 
niers mauristes,  au  nombre  de  sept,  vivaient  complè- 
tement indifférents  à  la  population.  Le  monastère  fut 
supprimé  en  1791,  et  vendu  au  citoyen  Cathala,  à 
l'exception  de  l'église,  réservée  à  la  commune. 

D'après  d'Hozier,  le  couvent  de  religieux  avait  pour 
armes,  en  1696  :  de  vair  à  un  pal  fuselé  d'or  et  de 
sinople.  Vers  la  même  époque,  la  gravure  du  Monasli- 
con  indique  :  de  ...à  deux  clefs  en  sautoir  et  une  épée 
en  pal,  accompagnées  de  trois  fleurs  de  lis  en  chef, 
l'une  en  pal  au-dessus  de  l'épée  et  les  deux  autres 
dans  le  prolongement  des  clefs. 

Liste  des  abbés  :  Anian,  779-808.  —  Jean  I",  820-21. 

—  Azenarius,  823.  —  Jean  II,  825-32.  —  Gonzalve, 
843-52.  —  Donnadieu,  853-56.  —  Godescalc,  858-63.  — 
Egika,  865-69.  —  Daniel,  873-74.  —  Hildéric,  875- 
920.  —  Baldemarus,  923-27.  —  Robert,  931-45.  — 
Elianus,  948-61.  —  Giscafred,  971-77.  —  Aimery, 
979-83.  —  Radulphe,  987.  —  Udalgarius,  993.  — 
Guillaume  I",  1021.  —  Isarn,  1083-98.  —  Gérard  l", 
1101.  —  Arnaud  I",  1108.  —  Pierre  I"  de  Siran, 
1124-1147.  —  Castus,  1152.  —  Raymond  I"  de  Ca- 
pellan,  1157-63.  — Bérenger  de  Hrugairolles,  1164.  — 
Pierre  II  de  Villalier,  1177.  —  Bernard  I",  1185.  — 
Arnaud  II  d'Espéraza,  1187-89.  —  Hugues  I'"'  de  La 
Livinière,  1194-1211.  —  Gérard  II  de  \'illeneuve, 
1212-28.  —  Pierre  III  Ravmond,  1231.  —  Pierre  IV, 
1240.  —  Hugues  II  du  Pont,  1285-96.  —  Sicard  de 
Montignac,  1298.  —  Arnaud  III  de  Sobiran,  1301.  — 
Guillaume  II  d'Olargues,  1323.  —  Bernard  II  de 
Meynard,  1339.  —  Embrin  de  Durban,  1351.  — 
Jean  III  de  Castelpers,  1380.  —  Raymond  II  de  Ras, 
1405-1409.  —  Salomon  de  Monasti'es,  1416.  —  Ber- 
trand de  Roqueville,  1416.  —  Jean  IV  de  Gosis, 
1420.  —  Pierre  V  de  Gaudiac,  1429-32.  —  Guarin  de 
Tournel,  1437-1449.  —  Rigauld  d'Albignac,  1450-65. 

—  Guillaume  III  de  Bousquet,  1466. 
Commendataires  :  Jean  de  Geoffroy,  1467-73.  — 

Étienne  de  Blosset,  1474-1505.  —  Antoine  le  \'eneur, 
1506.  —  Gabriel  le  Veneur,  1511.  —  Jean  de  Vesc, 
1519-24.  —  Antoine  de  \'esc,  1525.  —  Ponce  Drogon 
de  Pompeirenc,  1534-45.  —  Augustin  de  La  Tré- 
moille,  1546.  —  Nicolas  de  Pessaiio,  1547-49.  — 
Marc-Antoine  de  Saulis,  1551.  —  Bertrand  de  S.- 
Martin-le-Vieux,  1566-91.  —  Jean  d'AIibert,  1598- 
1626.  —  Saturnin  de  Narbonne,  1627-53.  —  Hugues  de 
Terlon,  1661.  —  Marc-Antoine  de  Brisay  de  Denon- 
ville,  1689.  —  .Jean  Dubois.  1723.  —  Bernardin- 
François  F'ouquet,  1727.  —  Esprit-Joseph  de  Vcrnon, 
1769-90. 

Inventaire  des  arch.  départ.,  i,  243-345.  —  Bibl.  Nat., 
coll.  Doat,  vol.  Lviii,  lit.  dcclxxxvu-mcdlxviii;  ms. 
lat.  12760  (D.  Estiennot),  fol.  186;  12664  (Uulaura),  272; 
11818,  398;  11831,  109.  —  A.  S.,  juin,  i.  —  Baichère,  A'o/cs 
sur  les  droits  et  prérogatives  de  l'abbé  et  des  bénédictins  de 
Caunes  dans  les  lieux  de  leurs  seigneuries  respectives  au 
XV/H' s.,  dans  Mémoires  de  la  Soc.  des  arts  de  Carcassonne, 


17 


CAUNES  — 


CAUSSIN 


18 


X,  1904,  p.  192-204.  —  Baluze,  Capitularia...,  ii,  399  sq.  —  1 
Beaunier-Besse,  iv,  123.  —  L.  Béziat,  Hist.  de  l'abbaye  de 
Caunes  au  dioc.  de  Narbonne,  d'après  les  documents  origi-  [ 
naux,  Paris,  1880.  —  Calvet,  Notice  sur  les  saints  martyrs 
de  Cannes...,  Toulouse,  1894.  —  Congrès  archéologique,  i 
Lxxiii,  52-54.  —  Douet  d'Arcq,  m,  8587.  —  Galinier,  i 
La  paroisse  de  Caunes  pendant  la  Révolution,  dans  Mémoires 
de  la  Soc.  des  sciences  de  Carcassonne,  xi,  1905,  p.  228-304. 
—  Gall.  christ.,  vi,  155.  —  Jallé,  6670.  —  Layettes  du  trésor 
des  chartes,  iv,  444,  447.  —  Mabillon,  Annales,  ii,  m,  iv, 
VI ;  De  re  diplomatica,  396.  —  Mahul,  Cartulaire  de... 
Carcassonne,  iv,  67-135.  —  Martène-Charvin,  Hist.  de  la 
Congr.  de  S.-Maur,  i,  106.  —  Martène,  Thésaurus  Anec, 
I,  250...  —  Montfaucon,  Bibl.  bibl.  mss.,  ii,  1240.  — 
P.  L.,  xcvii,  980;  CLxni,  521.  —  Potthast,  Reg.,  10509, 
14763,  15096,  17348.  —  A.  Sabarthès,  art.  Amand  (S.), 
dans  D.  H.  G.  E.,  ii,  935.  —  Von  Sickel,  Die  Urkunden 
der  Karolinger,  ii,  57,  374,  363.  —  Stein,  808-809.  —  De 
Vic-Vaissete,  éd.  Privât,  i,  734;  ii,  327-29;  iv,  464-71. 

J.  HOURLIER. 

CAUNOS  (KaOvos),  évêché  de  Lycie,  dépendant 
de  Myre.  Les  ruines  de  la  ville  de  Caunos  ont  été  iden- 
tifiées près  du  village  de  Daylan,  sur  la  rive  droite  du 
Calbis  (auj.  Dalyan  Tcliai),  à  5  km.  environ  de  la  mer. 
La  forme  du  nom  varie  beaucoup  suivant  les  listes 
épiscopales;  on  a  Kàvvoç,  Kàvos,  Kéva,  mais  le  vocable 
authentique  est  certainement  KaOvoç.  On  connaît 
quatre  titulaires  du  siège  à  l'époque  romano-byzan- 
tine.  Basile  assista  au  concile  de  Séleucie  en  351 
(Mansi,  m,  321  B).  Antipatros  prit  part  à  celui  de 
Chalcédoine  et  en  signa  les  actes  (451)  (Mansi,  vi, 
576  A,  948  C,  981  B,  1058  A,  1085  G;  vu,  124  B, 
153  C).  Il  eut  probablement  comme  successeur  Nico- 
las, qui  figure  parmi  les  évêques  de  la  province  de 
Lycie  qui  écrivirent  à  l'empereur  Léon  I"  à  propos 
du  meurtre  de  Protèrius  d'Alexandrie  (458)  (Mansi, 
VII,  580  C).  Étienne  prit  part  au  second  concile  de 
Nicée  (787)  (Mansi,  xii,  998  B,  1106  E;  xni,  145  E, 
369  E).  Il  est  probable  que  l'évêché  de  Caunos  ne  sub- 
sista pas  longtemps  après  l'installation  des  Turcs 
vers  la  lin  du  xii<^  s.,  si  même  il  dura  jusque-là. 

Le  titre  de  Caunos  n'a  encore  été  conféré  qu'une 
seule  fois  dans  l'Église  romaine,  en  faveur  de  Mgr  Ju- 
vence  Hospital,  des  Ermites  de  S. -Augustin,  élu  le 
18  sept.  1911  vicaire  apostolique  du  Hounan  septen- 
trional. Démissionnaire  de  son  vicariat  apostolique 
en  mars  1917,  le  prélat  est  entré  à  la  chartreuse 
d'Aula  Dei,  près  de  Saragosse,  dont  il  est  devenu 
prieur  en  1924. 

Le  Qulen,  i,  1740,  col.  981-82.  —  Smith,  Dictionary  of 
Greek  and  Roman  geography,  i,  p.  576.  —  Pauly-Wissowa, 
XI',  85-88.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  384;  1936,  p.  365. 

R.  .Janin. 

CAUSSADE  (Jean-Pierre),  jésuite,  né  en 
1675,  t  à  Toulouse  le  8  déc.  1751.  Entré  au  noviciat 
en  1693,  il  était  en  1696  professeur  de  grammaire  à 
Auch,  résida  à  Perpignan  et  à  Toulouse  et  fut  recteur 
du  collège  d'Albi.  Sa  célébrité  fut  plutôt  posthume. 
En  1741  parut  à  Perpignan  un  livre  intitulé  :  Instruc- 
tions spirituelles  en  forme  de  dialogues  sur  les  divers 
états  d'oraison  suivant  la  doctrine  de  M.  Bossuet, 
évesque  de  Meaux,  par  un  Père  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  docteur  en  théologie.  L'imprimatur  i)our  ce  livre 
est  donnée  par  le  P.  C.  de  Lamotte,  provincial  de 
Champagne,  au  P.  Paul-Gabriel  Antoine  qui  s'en  est 
fait  l'éditeur;  le  livre  est  approuvé  par  deux  docteurs 
de  Perpignan  et  le  permis  d'imprimer  accordé  par  le 
procureur  général  du  roi  au  Conseil  souverain  du 
Roussillon.  L'éditeur,  le  P.  .Antoine,  est  le  célèbre 
moraliste  antiprobabiliste,  auteur  de  la  Tfieologia 
moralis  universa  qui  avec  Gonet  et  Bailly  fut  long- 
temps classique  dans  les  séminaires  français.  Les 
Mémoires  de  Trévoux,  en  présentant  un  peu  tard  le 
nouvel  ouvrage  (nov.  1745,  p.  2085),  disent  que 
l'auteur  en  est  le  P.  Caussade,  jésuite  —  «  du  moins  le 


privilège  l'annonce  ainsi  ».  Dans  la  première  édition 
de  1741  il  n'est  trace  ni  du  privilège  ni  du  nom  de 
l'auteur.  En  1752,  les  Nouvelles  ecclésiastiques  parlent 
d'abord  vaguement  du  livre  (3  avr.),  puis  l'attaquent 
perfidement  (23  avr.).  Ces  attaques  intimidèrent  peut- 
être  les  supérieurs  de  la  Compagnie  et  eurent  |)0ur 
effet  qu'on  se  contenta  de  donner  la  deuxièir.e  partie 
pratique  de  l'œuvre  en  laissant  de  côté  l'exposé  théo- 
rique (éd.  de  1758).  Une  édition  complète  parut 
en  1825  chez  Se^in  aîné.  Puis,  en  1895,  sur  les  obser- 
vations du  P.  Louis  de  Besse,  le  chanoine  Bussenot, 
qui  avait  donné  deux  éditions  de  la  partie  pratique 
faute  de  connaître  la  première,  fit  paraître  aussi 
celle-ci,  donc  l'œuvre  entière,  avec  une  introduction 
du  P.  L.  de  Besse.  L'abbé  Bremond  en  donna  une 
nouvelle  édition  en  1931,  Bossuet,  maître  d'oraison 
(avec  introd.  et  notes).  Il  est  probable  que  le  P.  An- 
toine avait  retouché  le  texte  de  Caussade  et  que  c'est 
de  lui  que  vient  l'ajouté  :  Manière  courte  et  facile  pour 
faire  l'oraison  en  foi  et  de  simple  présence  de  Dieu, 
par  Mgr  Bossuet,  évêque  de  Meaux.  Cet  exercice 
d'oraison  avait  été  composé  par  Bossuet  à  l'inten- 
tion des  religieuses  de  la  Visitation  de  Meaux,  et 
Mme  de  Bassompierre  en  apporta  une  copie  à  Nancy. 

L'alïaire  du  quiétisine  et  la  controverse  Bossuet- 
Fénelon  n'avait  pas  seulement  discrédité  la  fausse 
mystique  mais  jeté  la  suspicion  sur  la  vraie  mystique. 
Le  P.  Caussade,  dans  ses  Instructions,  présente  une 
apologie  hardie  de  la  mystique,  mais  il  a  l'habileté 
d'emprunter  ses  arguments  à  V Instruction  pastorale 
sur  les  états  d'oraison  de  Bossuet.  Avec  une  candeur 
qui  ne  manque  peut-être  pas  d'une  jiointe  de  malice, 
Caussade  déclare  que  c'est  Bossuet  qui  l'a  prévenu  en 
faveur  des  mystiques.  De  là  son  ouvrage,  dont  Bos- 
suet a  fourni  le  «  sujet  du  premier  livre  et  le  dessein 
du  second  ».  Le  P.  Caussade  avait  envoyé  une  série 
de  lettres  à  une  religieuse,  sans  évidemment  les  desti- 
ner à  l'impression  ni  à  former  un  corps  d'ouvrage. 
On  les  groupa  en  une  copie  manuscrite  attestant  leur 
origine,  sous  le  titre  assez  peu  signiticatif  :  Traité  où 
l'on  découvre  la  vraie  doctrine  de  la  perfection  du  salut. 
L'ordonnance  en  était  confuse  et  les  en-têtes  des 
onze  chapitres  n'en  exprimaient  guère  le  contenu.  Le 
ms.  se  trouvait,  après  la  grande  Révolution,  au  troi- 
sième monastère  de  la  Visitation  à  Paris,  d'où  il 
passa  aux  mains  du  P.  Roger,  S.  .].,  fondateur  de  la 
congrégation  des  religieuses  de  Nazaretli.  Celles-ci 
en  furent  les  dé])Ositaires  et  leur  supérieure,  Mme  de 
Vaux,  le  comnmniqua  au  P.  IL  Ramière.  Ce  dernier 
en  établit  ingénieusement  et  pourtant  objectivement 
le  plan,  afin  d'en  tirer  un  corps  de  doctrine  exposé 
dans  un  ordre  logique.  Les  différentes  i)arties  de 
l'ouvrage  étant  le  développement  d'une  seule  grande 
pensée,  l'abandon  à  l'action  de  la  Providence  divine, 
il  lui  donna  comme  litre  :  L'abandon  à  la  Providence 
divine  envisagée  comme  le  moyen  le  plus  facile  de  sancti- 
fication. Les  éditions  se  suivirent  et  la  dernière,  la  20<^, 
date  de  1928. 

Sommervogel,  ii,  900-02.  —  Ramière,  Introd.  de  l'éd. 
de  l'Abandon  à  la  Providence  divine,  1861.  —  Éd.  des 
Instructions,  Paris,  Lecoffre,  1895;  De  l'oraison.  Instruc- 
tions spirituelles...  suivant  la  doctrine  de  Bossuet...,  par  le 
R.  P.  de  Caussade...,  I"  part.,  Inlrod.  du  P.  Ludovic  de 
Besse.  —  Bremond,  éd.  des  Instructions,  1931,  dans  Bossuet, 
maître  d'oraison,  Introd.  —  Poiu^rat,  La  spiritualité  chré- 
tienne, t.  IV,  Les  temps  modernes,  2"  part..  Du  jansénisme 
à  nos  jours,  1928,  p.  341-46.  —  Bremond,  Ilist.  littér. 
du  sentiment  religieux  en  France,  i,  394;  ii,  159,  597-600^ 
602;  IV,  571;  viii,  178,  322,  357;  xi,  59;  Suppl.,  96  et  341. 

A.  !)!■.  Bu.. 

CAUSSIN  (Nicolas),  jésuite,  né  à  Troyes  le 
28  mars  1583,  f  à  Paris  le  2  juill.  1651.  Maître  ès  arts 
à  vingt  ans,  il  poursuivit  ses  études,  mais  entra  au 
noviciat,  avant  de  recevoir  la  prêtrise,  le  23  sept.  1607. 


19 


CAUSSIN 


20 


Successivement  professeur  d'humanités,  puis  de  rhé- 
torique au  collège  de  Rouen  (1609-14),  de  rhétorique 
au  collège  de  Clermont  à  Paris,  il  composa  plusieurs 
ouvrages  de  poésie  et  de  rhétorique.  En  oct.  1620,  il 
fut  appliqué  à  la  prédication  à  la  maison  professe  de 
Paris,  et  prêcha  avec  grand  succès.  C'est  de  cette 
époque  que  datent  plusieurs  de  ses  ouvrages  d'élo- 
quence sacrée  et  d'ascétisme.  Son  œuvre  la  plus  im- 
portante, qui  eut  de  son  vivant  14  éditions  et  qui  fut 
traduite  en  plusieurs  langues,  est  La  cour  sainte. 
Déjà  fort  en  vue,  il  fut,  sur  le  conSfeil  de  Richelieu, 
désigné  en  1637  pour  prendre  la  place  du  P.  Gordon 
comme  confesseur  du  roi  Louis  XIII.  Le  23  mars,  le 
P.  Caussin  reçut  un  billet  de  la  main  du  cardinal  qui 
le  priait  de  vouloir  confesser  le  roi  le  2.5  mars,  mais 
de  passer  le  24  par  Rueil,  où  séjournait  le  cardinal. 
Dans  cette  entrevue,  Richelieu  accabla  le  P.  Caussin 
de  bons  conseils  ressemblant  beaucoup  à  des  direc- 
tives. Il  lui  parla  de  l'afïection  du  roi  pour  Mlle  de  La 
Fayette,  bien  innocente  sans  doute,  mais  que  le 
Père  devrait  tâcher  de  découdre.  Le  P.  Caussin  se 
tint  sur  la  réserve.  Le  25,  il  entendit  la  confession  du 
roi  et,  rentré  à  Rueil,  apprit  que  le  roi  le  prenait 
pour  confesseur  ordinaire.  La  décision  qu'avait  prise 
Mlle  de  La  Fayette  d'entrer  en  religion  valut  au 
P.  Caussin  de  nombreux  ennuis,  mais  ce  fut  surtout 
la  politique  de  Richelieu  qui  lui  causa  des  dilTicultés. 
Déjà  au  moment  où  il  prit  la  succession  du  P.  Gor- 
don, celui-ci  lui  avait  remis  une  lettre  anonyme  où 
l'on  menaçait  le  confesseur  du  roi  des  jugements  de 
Dieu,  s'il  n'éclairait  la  conscience  de  son  pénitent  sur 
son  devoir  de  «  remédier  à  la  misère  du  peuple,  à 
l'oppression  de  tous  les  ordres  de  l'État,  à  l'exil  de 
la  reine  mère  et  aux  divisions  de  la  famille  royale  ». 
Lors  de  la  prise  de  voile  de  Mlle  de  La  Fayette,  la 
reine  Anne  d'Autriche  lui  avait  parlé  dans  le  même 
sens.  Sans  entrer  en  discussion,  le  P.  Caussin  avait 
répondu  qu'il  ne  craindrait  jamais  d'éclairer  le  roi 
sur  tout  ce  qui  intéressait  sa  conscience.  A  ces  appels, 
à  ceux  aussi  de  Sœur  Louise-Angélique,  d'autres 
vinrent  se  joindre.  Le  P.  Mutins  Vitelleschi,  général 
de  la  Compagnie  de  Jésus,  qui  était  sans  aucun  doute 
le  porte-parole  de  la  Curie  pontificale,  lui  dépeignait 
les  misères  de  tant  de  nations  qui  soupiraient  après 
la  paix.  11  recommandait  cependant  au  confesseur 
d'user  d'une  grande  prudence.  Une  lettre  du  P.  Caus- 
sin nous  révèle  que,  sous  l'impulsion  de  ces  conseils, 
il  était  résolu  à  proposer  au  roi  la  paix  de  la  chré- 
tienté, le  soulagement  de  ses  peuples  réduits  à  la 
dernière  misère,  l'union  de  la  maison  royale,  une 
sainte  et  cordiale  affection  pour  la  reine  «  dans  l'es- 
poir que  Dieu  verserait  ses  bénédictions  sur  son 
mariage  ».  Le  bruit  d'une  nouvelle  alliance  turque 
projetée  par  Richelieu  et  le  P.  Joseph  précipita 
l'exécution.  Résolu  à  représenter  au  roi  qu'il  chargeait 
sa  conscience  de  tous  les  désordres  du  gouvernement, 
il  sollicita  le  8  décembre  un  entretien  avant  d'en- 
tendre la  confession  du  roi.  Celui-ci  parut  fort  troublé 
de  ces  représentations.  Richelieu,  rapidement  informé, 
riposta  par  une  lettre  où  il  chargeait  le  confesseur. 
Louis  XIII  conçut  alors  le  projet  de  concilier  les 
directions  de  son  confesseur  avec  les  maximes  de 
son  ministre.  Il  proposa  à  Caussin  de  faire  une 
démarche  auprès  de  Richelieu,  sans  trahir  toutefois 
qu'elle  était  concertée  avec  le  roi.  Celui-ci,  survenant, 
appuierait  les  vues  que  Caussin  se  chargeait  d'intro- 
duire à  propos  dans  l'entretien.  Caussin  se  doutait 
fort  bien  des  risques  qu'il  courait.  Il  partit  pourtant 
pour  Rueil,  bien  décidé  à  faire  ce  qu'il  considérait  de 
son  devoir.  Richelieu  esquiva  adroitement  l'entrevue 
à  trois  et  congédia  le  confesseur  avant  l'arrivée  du 
roi.  Caussin  cei)endant  était  resté  à  Rueil,  s'attendant 
à  être  rappelé.  Quand  le  roi  s'informa  du  Père,  Riche- 


lieu lui  répondit  qu'il  était  parti.  Cette  apparente 
dérobade  devait  donner  au  roi  l'impression  que  Caus- 
sin n'était  pas  trop  assuré  de  ses  principes.  Richelieu 
mit  enfin  le  roi  devant  l'alternative  :  ou  son  ministre 
ou  son  confesseur.  Louis  XIII  se  déclara  prêt  à 
sacrifier  ce  dernier,  à  condition  qu'on  ne  lui  fît  aucun 
mal.  Quand,  le  lendemain,  le  roi  dit  au  P.  Caussin  : 
«  On  ne  vous  a  point  vu  à  Rueil  »,  celui-ci  répondit  : 
«  J'y  ai  été.  Sire,  mais  M.  le  Cardinal  me  fit  retirer  à 
votre  arrivée.  »  L'explication  demeura  sans  résultat, 
car,  dès  le  10  déc,  une  lettre  de  cachet  exilait  le 
P.  Caussin  à  Rennes,  lui  défendait  toute  communi- 
cation même  par  écrit,  lui  interdisait  toute  visite  à 
j  un  couvent  de  religieuses,  soit  à  Paris,  soit  pendant 
j  le  voyage.  La  rigueur  de  cet  ordre  fit  croire  au  pro- 
j  vincial,  le  Père  Binet,  que  le  confesseur  s'était  rendu 
coupable  d'une  faute  grave,  et  redouter  que  l'irrita- 
tion du  cardinal  n'eût  les  conséquences  les  plus 
désastreuses  pour  les  établissements  de  la  Compagnie 
en  France.  Le  supérieur  de  la  résidence,  peut-être 
quelque  peu  prévenu  contre  le  P.  Caussin,  ne  manqua 
i  pas  d'accentuer  ces  impressions.  Bref,  le  Père  fut 
expédié  sans  pouvoir  se  défendre  et  cette  version  de 
l'affaire  transmise  à  Rome,  où  d'ailleurs  Richelieu, 
lui  aussi,  agissait.  De  là  aussi  vinrent  des  blâmes  et 
des  sanctions,  tant  de  l'assistant  de  France,  le  P.  Char- 
let,  que  du  général,  Mutins  Vitelleschi.  Richelieu 
eût  même  voulu  qu'on  expédiât  le  P.  Caussin  au 
Canada.  On  lui  fit  observer  que  l'envoi  à  cette  mission 
eût  passé  pour  une  marque  de  faveur.  L'exil  à  Rennes 
s'aggrava  bientôt  en  relégation  à  Quimper-Corentin. 
Le  P.  Caussin  fut  en  outre  privé  du  droit  de  voix 
active  et  passive.  Il  ne  se  fit  pas  faute  de  se  défendre 
en  plusieurs  lettres  dont  des  copies  se  trouvent  dans 
un  ms.  de  la  bibliothèque  de  Louviers  (fol.  58,  483). 
On  peut  estimer  que  le  confesseur  manqua  de  doigté 
dans  sa  façon  d'agir,  qu'il  a  peut-être  inconsciemment 
manœuvré,  avec  les  meilleures  intentions,  dans  un 
milieu  pétri  d'intrigues.  Il  serait  injuste,  comme  le 
fait  Richelieu,  de  lui  reprocher  d'avoir  manqué  aux 
devoirs  essentiels  de  sa  charge,  aux  instructions  de 
Claude  Aquaviva  pour  les  confesseurs  des  princes 
j  et  aux  can.  12  de  la  5°  et  13  de  la  7«  congrégation 
!  générale.  Une  autre  accusation  plus  injuste  encore  est 
!  celle  d'avoir  intrigué  contre  Richelieu  et  d'avoir 
I  machiné  sa  perte  en  accord  avec  le  P.  Monod,  une 
autre  victime  des  rancunes  du  grand  ministre.  Les 
démarches  du  P.  Caussin,  lettres  au  général,  au  pape 
Urbain  VIII  même,  restèrent  vaines  jusqu'après  la 
mort  de  Richelieu  en  1643.  Il  dut  aux  instances  de  la 
régente  Anne  d'Autriche  d'être  rappelé  à  la  résidence 
de  Paris.  En  réponse  à  sa  lettre  du  12  août  1643,  par 
laquelle  il  annonçait  au  général  son  retour  à  Paris,  il 
reçut  une  lettre  pleine  d'amabilité  qui  lui  rendait 
tous  ses  droits  et  levait  toutes  les  sanctions. 

Quand  parut  la  Théologie  morale  des  Jésuites  d'An- 
toine Arnauld,  le  P.  Caussin,  sur  la  demande  de  son 
;  provincial,  y  répliqua  par  la  Réponse  au  libelle  inti- 
\  lulé  la  «  Tliéologie  morale  des  Jésuites  «,  qui  devint 
VApologie  des  religieux  de  la  Compagnie  de  Jésus. 
L'université  de  Paris  déféra  cet  écrit  au  Parlement 
pour  en  faire  condamner  la  doctrine  pernicieuse. 
En  1644,  l'Apologie  du  P.  Caussin  eut  trois  éditions 
à  Paris  et  deux  réimpressions  à  Rome  et  à  Liège. 
Comme  fruit  de  son  exil,  le  P.  Caussin  donna  la  même 
année  une  édition  complètement  remaniée  de  La  cour 
sainte.  Il  publia  en  outre  quelques  traites  de  piété  et 
un  livre  De  regno  et  domo  Dei  (1650)  qui  lui  attira 
]  une  nouvelle  disgrâce.  Le  P.  général  Piccolomini  y 
blâmait  les  dissertations  XLII  et  XLIII  où  certains 
I  passages  étaient  de  nature  à  blesser  le  cardinal 
j  Mazarin;  Caussin,  à  la  demande  de  la  reine  sur 
!  plaintes  de  Mazarin,  subit  un  second  exil  à  Eu.  Il  n'y 


21 


CAUSSIN 


—  GAVA 


22 


resta  que  deux  mois.  Pour  les  autres  écrits,  v.  Som- 
mervogel. 

L'affaire  du  P.  Caussin  a  été  travestie  par  les  polé- 
miques protestante  et  portugaise  du  xviii«  s.,  au 
point  d'^attribuer  sa  disgrâce  au  P.  Piccolomini  qui 
aurait  châtié  de  la  sorte  le  refus  du  P.  Caussin  de 
divulguer  les  confessions  du  roi  Louis  XIIL 

De  Rochemonteix,  Nicolas  Caussin  et  le  cardinal  de  Ri- 
chelieu, 1911  (avec  blbliogr.  jusqu'à  cette  date).  — •  Fou- 
queray,  S.  J.,  Hist.  de  la  Compagnie  en  France,  v,  p.  80- 
106.  —  B.  Duhr,  S.  J.,  Jesuiten-Fabeln,  éd.  de  1899, 
p.  635  sq.  —  Sommervogel,  ii,  902-927. 

A.  De  Bil. 

1.  CAVA,  S.  Maria  Magdalena  alla  Cava,  an- 
cienne abbaye  cistercienne  sur  la  rive  gauche  du  Pô, 
non  loin  de  Crémone,  en  Lombardie.  En  1229,  le 
chapitre  général  de  Cîteaux  déléguait  les  abbés  de 
Columba  et  de  Fontevivo  pour  aller  prendre  connais- 
sance de  la  situation  de  l'abbaye  de  Cava  qui  était 
offerte;  des  chanoines  réguliers  l'avaient  précédem- 
ment occupée.  Le  résultat  de  l'enquête  fut  satisfai- 
sant et  l'abbaye  de  Cerredo  envoya  une  colonie  de 
ses  moines;  la  vie  régulière  commençait  en  1231. 
Cava  entra  dans  la  congrégation  de  S. -Bernard  d'Ita- 
lie créée  momentanément  par  les  bulles  d'Alexandre  VI 
en  1497  et  définitivement  en  1511  par  Jules  II.  En 
1565,  l'abbaye,  assez  pauvre,  était  taxée  par  le  cha- 
pitre général  pour  la  somme  de  trois  écus.  Cava  dis- 
parut avec  tant  d'autres  institutions  au  début  du 
xix«  siècle. 

Cottineau,  635.  —  Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne, 
1877,  p.  233.  —  Lubin,  Abbatiarum  liai,  brevis  notifia, 
Rome,  1693,  p.  95.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  Cisterc, 
éd.  Canivez,  Louvain,  1933-41,  i-viii,  passim. 

J.-M.  Canivez. 

2.  CAVA  (SS.  Trinita  di),  abbaye  nullius  de 
bénédictins,  dans  la  province  de  Salerne  (Italie  méri- 
dionale). En  1011,  un  ermite,  Alfler,  se  retirait  avec 
deux  compagnons  dans  une  grotte  voisine  de  Sa- 
lerne, à  Cava.  Proche  parent  des  princes  lombards  de 
Salerne,  Alfler  avait  été  envoyé  auparavant  en  am- 
bassade en  F'rance.  Tombé  malade  en  route,  il  s'était 
arrêté  à  l'abbaye  de  S. -Michel  de  la  Chiuse  (prov.  de 
Cuneo,  en  Piémont)  et  y  avait  demandé  l'habit  mo- 
nastique. S.  Odilon  de  Cluny  s'y  trouvait  alors;  il  em- 
mena le  novice  à  Cluny.  Après  quelques  années,  Alfler 
fut  rappelé  en  Italie  par  le  prince  de  Salerne,  dans  le 
dessein  de  réformer  les  monastères  de  sa  principauté. 
A  cette  époque,  l'Italie  méridionale,  hellénisée  depuis 
les  victoires  de  Bélisaire,  était  encore  grecque  en 
grande  partie  et  semée  d'ermitages  et  de  laures,  où 
s'abritaient  d'innombrables  moines  orientaux,  basi- 
liens  pour  la  plupart,  que  les  hérésies  et  les  troubles 
d'Orient  chassaient  vers  des  terres  plus  hospitalières. 
La  principauté  de  Salerne  cependant  était  demeurée 
latine  et  possédait  quelques  modestes  maisons  béné- 
dictines, assez  peu  prospères.  Les  efforts  d'Alfier  pour 
les  réformer  demeurèrent  infructueux,  à  cause  des 
difficultés  que  lui  opposèrent  les  avoués  de  ces  mo- 
nastères. Alfler,  renonçant  à  son  mandat,  se  fit 
ermite.  Des  disciples  lui  arrivèrent.  Il  construisit  un 
monastère  sous  la  grotte  qu'il  habitait  et  le  dédia  à  la 
Ste  Trinité.  Il  mourut  en  1050.  (Sur  les  origines  de 
Cava,  et  ses  quatre  i)remicrs  abbés,  v.  surtout  les 
Vilae  quatuor  priorum  abbatum  Cavensium,  auctorc 
Hugone  abbate  Venusino,  dans  Rerum  Italicarum 
medii  aevi  scriptores,  t.  vi,  pars  V»,  Bologne,  1941.) 

Sous  son  successeur,  Léon  (1050-1079),  les  dona- 
tions, nombreuses  déjà  sous  Alfler,  se  multiplièrent. 
Cava  reçut  une  quantité  de  petits  monastères  aban- 
donnés, les  restaura,  les  repeupla.  Tous  ceux  qui  se 
trouvaient  dans  le  Cilento  entrèrent  dans  son  patri- 
moine et  passèrent  sous  sa  juridiction. 


Sur  ces  entrefaites,  les  Normands  avaient  conquis 
le  sud  de  l'Italie  et  s'étaient  emparés  des  principautés 
de  Capoue  et  de  Salerne.  Ils  allaient  coopérer  acti- 
vement à  la  fortune  de  Cava,  en  favorisant  à  la  fois 
les  évêques  et  les  moines  latins.  Une  sage  politique 
leur  commandait  de  s'attacher  les  abbayes  par  des 
liens  très  étroits  et  durables,  d'user  des  monastères 
comme  de  précieux  auxiliaires  pour  affermir  leur  auto- 
rité dans  cette  région  encore  mal  soumise.  Mais  quelle 
observance  doimer  au  monachisme  latin,  naguère 
inexistant  et  qui  promettait  une  si  grande  prospérité? 
En  Normandie,  on  le  sait,  les  abbayes  s'étaient  refu- 
sées à  se  soumettre  à  Cluny,  tout  en  vivant  d'un  esprit 
assez  semblable.  En  Italie  également,  les  elTorts  des 
abbés  clunisiens  n'avaient  pas  réussi  à  y  établir 
l'empire  de  l'abbaye  bourguignonne.  La  solution  vint 
tout  naturellement  des  circonstances.  Alfler  avait 
reçu  sa  formation  monastique  à  Cluny;  le  successeur 
de  Léon,  Pierre  Pappacarbone  (1079-1123),  avait 
lui  aussi  vécu  à  Cluny  :  il  fit  de  Cava  une  réplique  de 
Cluny,  en  y  introduisant  les  Consuetudines  Clunia- 
censes  selon  la  rédaction  du  moine  Bernard.  Mais  il  les 
adapta  aux  temps  et  aux  lieux  et  n'établit  aucun  lien 
entre  son  monastère  et  celui  de  Bourgogne.  Gré- 
goire VII  prit  Cava  sous  sa  «  protectio  »  et  lui  recon- 
nut la  juridiction  exclusive  sur  toutes  les  maisons  (12) 
du  Cilento.  On  peut  voir  dans  cet  acte  pontifical  la 
charte  de  fondation  de  la  congrégation  de  Cava 
(Kehr,  It.  pont.,  viii,  316).  L'ordo  Cavensis,  ainsi  créé, 
s'organisa  sur  le  modèle  de  l'ordo  Cluniacensis,  tout 
en  n'admettant  pas  les  chapitres  généraux.  L'autorité 
du  chef  suprême  lui  suffisait.  La  politique  des  princes 
normands  servit  à  souhait  le  nouvel  ordre.  Princes, 
seigneurs,  évêques  (latins)  donnèrent  à  Cava,  sans 
compter,  des  églises  et  des  monastères  de  leurs  posses- 
sions ou  de  leurs  diocèses,  qu'ils  fussent  latins  ou 
grecs.  Le  nombre  de  ces  derniers  qui  furent  soumis  à 
Cava  est  considérable.  Ils  étaient  concentrés  surtout 
en  Calabre  (L.  Mattei  Cerasoli,  La  badia  di  Cava  e  i 
monasteri  greci  délia  Calabria  superiore,  dans  Archivio 
slorico  per  la  Calabria  et  la  Lucania,  vin,  1938,  p.  167- 
182,  265-285;  ix,  1939,  p.  279-318).  Durant  son  long 
abbatiat,  P.  Pappacarbone  reçut  40  abbayes,  35  prieu- 
rés et  plus  de  60  églises.  Il  donna  l'habit  monastique, 
dit-on,  à  plus  de  3  000  religieux. 

Parallèlement  à  cet  accroissement  spirituel,  le  pou- 
:  voir  féodal  de  l'abbé  de  Cava  s'affirmait  et  grandis- 
j  sait  (Rivisla  storica  benedettina,  1908,  p.  201;  M.  Mar- 
I  tini,  Feudalità  e  monachismo  cavense  in  Puglia,  Mar- 
:  tina  Franca,  1915;  [Senatore  G.],  //  lerritorio  giuris- 
j  dizionale  délia  badia  di  Cava,  Salerne,  1894).  L'in- 
j  fluence  économique  de  la  congrégation  se  développait, 
i  et  l'ordre  prenait  flgure,  en  Italie  méridionale,  d'agent 
I  commercial  et  maritime  important  (A.  Cafaro,  Dell' 
\  altiuità  commerciale...  di  Cava,  dans  Rivisla  storica 
benedettina,  1921,  p.  65-87,  181-204;  1922,  p.  41-62; 
j  J.  La  Bolina,  La  marina  dell'  ordine  monastico  di 
S.  Benedetto,  dans  Rassegna  nazionale,  xxxvii,  1915, 
!  p.  123-28;  GuiWaume,  Le  navi  cavensi  net  Mediterraneo, 
j  Cava,  1876). 

!  En  1092,  le  pape  Urbain  II  consacra  l'église  abba- 
tiale et  accorda  à  l'abbé  la  juridiction  ordinaire  (épi- 
scopale)  sur  le  monastère  et  ses  dépendances,  ainsi 
que  d'amples  privilèges,  tels  que  le  droit  d'administrer 
la  conflrmation. 

!  Ces  faveurs  des  papes  et  des  princes,  la  sainteté  des 
premiers  abbés  (douze  d'entre  eux  furent  canonisés 
ou  béatifiés)  expliquent  la  rapidité  extrême  des 
accroissements  de  l'ordre,  au  i^'  s.  de  son  existence. 
L'épiscopat  également  s'y  est  montré  favorable.  Les 
moines  de  Cava,  en  efiet,  construisaient  et  desser- 
vaient de  nombreuses  églises  dans  les  campagnes, 

[  subvenant  ainsi  aux  nécessités  de  l'apostolat  rural. 


23 


CAVA 


24 


Chaque  monastère  exerçait  la  cura  animarum.  Si  l'on 
compte  que  la  congrégation  groupa  environ  400  mai- 
sons et  églises,  on  se  fera  une  idée  de  son  importance 
pour  la  vie  religieuse  et  le  ministère  des  âmes  dans 
le  sud  de  la  péninsule  à  cette  époque.  L'aire  de  la 
domination  de  Gava  couvrait  le  territoire  compris  au 
sud  d'une  ligne  partant  de  Naples  vers  Capoue,  Béné- 
vent,  Luceria  et  le  mont  Gargano,  jusques  et  y  com- 
pris la  Sicile.  Dans  l'île,  Gava  occupa  les  églises  de 
Paternô,  de  Petralia,  de  Tramutola.  En  1176,  Guil- 
laume II  lui  donna  la  splendide  abbaye  de  Montréal 
qu'il  venait  de  fonder  et  qui  fut  élevée,  dès  1182,  à  la 
dignité  de  siège  archiépiscopal.  Sur  toutes  ces  pro- 
vinces, Gava  régna  sans  rival,  tandis  que  le  Mont- 
Gassin  dominait  au  nord  de  la  ligne  susdite,  surtout 
dans  le  Capouan  et  le  Bénéventain. 

L'ordo  Cavensis  était  organisé  à  peu  près  comme 
celui  de  Gluny,  avec  quelques  divergences.  Il  n'avait 
pas  dû,  en  efl'et,  passer  par  les  tâtonnements  qui  mar- 
quèrent les  origines  de  l'ordre  clunisien.  Il  avait  pu 
profiter  des  expériences  faites  par  son  modèle.  Moins 
étendu,  concentré  en  une  seule  région,  il  recevait  plus 
régulièrement  les  visites  de  son  chef.  Il  formait  un 
corps  plus  homogène,  dont  les  éléments  lui  étaient 
pacifiquement  soumis.  Sans  doute,  les  avantages 
civils  et  économiques  dont  jouissaient  les  maisons  de 
Gava  contribuaient-ils  à  cette  heureuse  harmonie  et 
resserraient-ils  les  liens  qui  les  unissaient.  Ges  maisons 
l)ou valent  se  partager  en  trois  groupes  :  les  prieurés  et 
les  celles  qui  ne  formaient  qu'une  famille  monastique 
avec  la  communauté  de  Gava;  les  monastères  soumis 
à  Gava,  mais  qui  gardaient  leur  autorité  sur  leurs 
propres  dépendances  et  recevaient  des  novices  pour 
leur  propre  compte;  enfin,  les  abbayes  qui  n'avaient 
avec  Gava  que  la  communauté  d'observance;  c'était 
le  cas,  entre  autres,  de  Montréal. 

Pendant  près  de  trois  siècles,  la  congrégation  de 
Gava  prospéra.  Elle  représente,  en  somme,  la  seule 
réussite  durable  de  l'idée  ckinisienne,  hors  de  Gluny 
même.  Son  développement  coïncida  avec  la  formation 
de  la  féodalité  dans  l'Italie  méridionale,  résultat  de  la 
conquête  normande,  résultat  si  différent  de  ce  qui  se 
passa  dans  les  autres  régions  de  la  péninsule. 

Déjà,  en  1260,  les  guerres  entre  les  maisons  d'Anjou 
et  de  Souabe  furent  désastreuses  pour  les  possessions 
de  Gava  et  la  discipline  monastique  de  ses  monastères. 
L'abbé  Léon  (1268-95)  parvint  heureusement  à  ré))a- 
rer  les  désastres.  Plus  graves  furent  les  coups  portés, 
sous  les  papes  d'Avignon,  par  les  conflits  qui  mirent 
aux  mains  les  princes  d'Aragon  et  ceux  d'Anjou. 
L'ordre  s'eûrite;  il  perd  de  nombreuses  maisons  et 
églises,  des  possessions  étendues.  Plusieurs  monas- 
tères deviennent  des  bénéfices  ciue  le  pape  confère 
directement  à  ses  créatures,  à  des  séculiers.  L'abbaye 
elle-même  en  donne  à  des  étrangers,  voire  à  des  fran- 
ciscains. Avec  le  système  bénéficiai,  le  faste  et  la 
mondanité  s'introduisent  dans  la  congrégation.  Les 
avantages  temporels  l'emportent  sur  les  intérêts  spi- 
rituels. L'abbé  Mainerius  (1340-1366)  est  plus  séculier 
qu'ecclésiastique.  Tout  annonce  le  proche  déclin.  Le 
7  août  1394,  Boniface  IX,  sur  les  instances  du  roi  de 
Naples,  Ladislas,  élève  l'abbaye  au  rang  d'évêché,  et 
Gava  aura  à  sa  tête  quatre  abbés-évêques  (1394- 
1431).  Le  dernier,  Angelotto  de  Fosco,  créé  cardinal 
en  1431,  retint  en  commende  l'évêché  de  Gava.  Ge  fut 
le  début  de  l'ère  des  commendataires  (1431-97).  Dé- 
sormais, on  ne  ])eut  plus  guère  parlèr  de  la  congréga- 
tion de  Gava.  A  Gava,  vivaient  une  douzaine  de  reli- 
gieux stipendiés  par  les  commendataires;  au  dehors, 
quelques  moines,  disséminés  dans  les  prieurés  et  les 
paroisses,  y  vivaient  en  bénéficiers.  La  juridiction 
spirituelle  et  temporelle  était  exercée  par  les  cvêques 
nommés  par  les  commendataires. 


Le  dernier  cardinal  qui  eut  la  commende  de  Gava, 
Olivier  Garafa  (1485-1497),  était  un  prélat  sincèrement 
j  pieux.  Il  offrit  aux  moines  de  Gava  d'y  faire  refleurir 
!  la  vie  religieuse.  G'est  grâce  à  lui  que  l'abbaye,  avec 
toutes  ses  dépendances,  finit  par  être  incorporée  à  la 
congrégation  de  Ste- Justine  de  Padoue;  le  cardinal 
résigna  sa  commende  et  l'évêché  fut  supprimé  (1497). 

L'église  paroissiale  de  Gorpo  di  Gava  ayant  été 
déclarée  siège  du  nouvel  évèché  de  Gava,  en  1513,  il 
s'ouvrit  une  période,  longue  de  près  de  deux  siècles, 
remplie  de  conflits  incessants  entre  l'abbaye  d'une 
part  et  soit  la  Gurie  romaine,  soit  la  cour  de  Naples 
d'autre  part.  L'abbaye  voulait  qu'on  reconnût  ses 
droits  et  ses  privilèges,  tout  spécialement  son  exemp- 
tion, et  sa  juridiction  d'Ordinaire  sur  ses  dépendances 
et  les  quelques  paroisses  qui  constituaient  son  petit 
diocèse. 

Aux  xvie  et  xvii"  s.,  l'union  à  la  congrégation  de 
Ste-Justine,  dite  peu  après  cassinienne,  se  révéla  très 
profitable  pour  Gava,  jusqu'à  la  fin  du  xviii«  s.  Les 
sécularisations  causées  par  l'invasion  des  troupes 
françaises  révolutionnaires  faillirent  supprimer  l'ab- 
baye. Mais  le  nouveau  roi  de  Naples,  Joseph  Bona- 
parte, fit  pour  Gava  ce  qui  avait  été  décrété  pour  le 
Mont-Cassin  et  Montevergine  :  il  déclara  le  monument 
«  Archives  du  royaume  »,  lui  donnant  le  nom  d'éta- 
blissement national.  Les  moines  en  habit  laïque  en 
étaient  les  gardiens,  avec  une  rente  annuelle  de  dix- 
sept  mille  lires.  Restaurée  en  1825,  l'abbaye  recouvra 
la  majorité  de  ses  biens,  grâce  à  Pie  VII.  En  1866,  la 
loi  de  suppression  des  couvents  atteignit  Gava.  Cette 
fois  encore,  les  moines  purent  y  demeurer  en  qualité 
de  gardiens  du  monument  national  et  l'abbé  fut 
reconnu  comme  Ordinaire  diocésain.  En  1867,  l'abbaye 
ouvrit  un  collège  pour  jeunes  gens  laïques;  peu  après, 
elle  rouvrit  le  séminaire  pour  jeunes  ecclésiastiques. 

Rappelons  qu'en  1830  trois  bénédictins  espagnols  de 
la  congrégation  de  Valladolid  supprimée  se  réfu- 
gièrent à  Gava  où  ils  firent  profession.  Deux  d'entre 
eux  partirent  ])our  les  missions  d'Australie  dont  ils 
furent  les  pionniers  célèbres  :  c'étaient  doin  Rudesinde 
Salvado  et  Joseph  Serra,  qui  fondèrent  le  territoire 
de  Nuova  Norcia.  Salvado  devint  évèque  de  Porto 
Vittorio;  Serra  fut  évêque  de  Perth. 

Liste  des  abbés  perpétuels  de  Cava,  jusqu'à  l'union  à 
la  congrégation  de  Ste-Justine  qui  n'admettait  que 
des  abbés  temporaires  :  S.  Alferio  Pappacarbone, 
1011-50.  —  S.  Leone,  1050-79.  —  S.  Pietro  Pappa- 
carbone, 1079-1123.  —  S.  Costabile,  1123-24.  — 
B.  Simeone,  1124-41.  —  B.  Falcoiie,  1141-46.  — 
B.  Marino,  1146-70.  —  B.  Benincasa,  1171-94.  — 
B.  Pietro  II,  1191-1208.  —  B.  Balsamo,  1208r32.  — 
B.  Leonardo,  1232-55.  —  Tommaso,  1255-64.  — 
Giacomo,  1264-66.  —  Americo  ou  Amico,  1266-68. 

—  B.  Leone  II,  1268-95.  —  Rainaldo,  1295-1300.  — 
l'.oberto,  1301-11.  —  Bernardo  de  Starreri,  1311-16. 

—  Filippo  de  Laia,  1316-31.  —  Guttardo,  1332-40.  — 
Mainerio,  1340-66.  —  Golferio,  1366-74.  —  Antonio, 
1374-83.  —  Ligorio  de  Maiorini,  1383-94. 

Abbés-évêques  :  Francesco  de  Aiello,  1394-1407.  — 
Francesco  Mormille,  1407-19.  —  Sagace  dei  Conti, 
1419-26.  —  Angelotto  de  Fusco,  1426-31. 

Cardinaux  commendataires  :  Angelotto  de  Fusco, 
1431-44.  —  Luigi  Scarampa,  1444-65.  —  Giovanni 
d'Aragon,  1465-85.  —  Oliviero  Garafa,  1485-97. 

Annales  Cauenses,  dans  M.  G.  H.,  SS.,  m,  185-97.  — 
Morcaldi,  Synopsis  historico-diplorQatica  monasterii  et  tabu- 
larii...,  t.  i  du  Codex  diplomaticus  Cavensis,  Naples-Mllan, 
1873-93,  8  vol.  —  Clironicon  Cavense,  dans  Muratori, 
Rev.  liai,  medii  aei>i  script.,  vu.  —  Leone  Mattci  Cerasoli, 
La  badia  delta  SS.  Trinitù  di  Cava  (1011-1928),  dans 
j  Ullalia  benedettina,  Rome,  1929,  p.  155-227.  —  La  badia 
I  délia  SS.  Trinità  di  Cava.  Cenni  storici,  Cava,  1942.  — 


25 


GAVA  — 


CAVALCA 


26 


G.  Colavolpe,  La  coiigregazione  cauense.  Gava,  1923.  — 
P.  Guillaume,  Essai  histor.  sur  l'abbaye  de  Cava,  Gava, 
1877.  —  Z.  Spiotta,  La  storia  letteraria  délia  badia  di  Cava, 
Valle  di  Pompei,  1019. 

Ph.  Schmitz. 

CAVAGNIS  (Félix),  canoniste  italien,  cardi- 
nal (1841-190G).  Voir  D.  D.  Can.,  m,  124. 

CAVAILLON,  commune  du  Vaucluse  (France), 
située  en  face  de.s  cscariiemcnts  ouest  du  Lubéron, 
entre  la  rive  droite  de  la  Durance  et  le  Coulon,  au 
jjied  sud  du  mont  S. -Jacques.  Son  diocèse,  supiirimé 
en  1801,  correspondait  à  l'ancienne  civitas  Cabellico- 
nim.  L'existence  en  est  attestée  dès  396,  date  à  laquelle 
Genialis,  qui  est  considéré  comme  le  fondateur  du 
siège,  prit  part  au  concile  de  Nîmes.  A  l'époque  de  la 
Révolution,  l'évêché  de  Cavaillon,  qui  avait  dépendu 
autrefois  d'Arles  puis  avait  été  rattaché  à  Avignon, 
comprenait  17  paroisses,  dont  13  étaient  situées  dans 
le  Comtat,  et  4  en  Provence.  L'évèque,  coseigneur  de 
la  \'ille,  en  partageait  les  revenus  avec  la  Chambre 
apostolique.  La  cathédrale,  rebâtie  au  xii^'-xiii^  s., 
avait  été  consacrée,  en  1251,  par  Innocent  IV.  Son 
chapitre  se  composait  d'un  prévôt,  d'un  archidiacre 
et  de  douze  chanoines.  Le  diocèse  possédait  en  outre 
deux  collégiales,  établies  l'une  à  L'Isle-sur-la-Sorgue 
(fondée  en  1212  par  l'évèque  Bertrand  de  Durfort), 
l'autre  à  Oppède  (fondée  par  Jean  de  Meynier,  baron 
d'Oppède). 

Avec  l'abbaye  cistercienne  de  Sénanque  (fondée  en 
1148  par  l'évèque  Alfant),  Cavaillon  ou  son  diocèse 
posséda  des  maisons  de  templiers,  de  bénédictines 
(établies  à  Aiguillères,  puis  à  Sénas,  finalement  à 
Cavaillon,  à  la  suite  des  guerres  de  religion),  de  domi- 
nicains (couvent  fondé,  en  1526,  par  le  baron  de 
Ceyreste  :  Gaucher  de  Brancas),  de  capucins  (1594, 
hors  Cavaillon),  de  Pères  de  la  Doctrine  chrétienne 
(1611,  dont  le  fondateur.  César  de  Bus,  était  origi- 
naire de  Cavaillon,  1544-1607),  de  bernardines  (1641), 
de  carmélites  (fondées  en  1566  par  C.  de  Bus)  et  de 
pénitents  (noirs,  1539;  blancs,  1540;  gris,  1619). 

Liste  des  évêques  :  Genialis,  fondateur  du  siège,  396. 

—  Asclepius,  449,  451.  —  Philagrius,  517,  533.  —  Prae- 
textatus,  549,  554.  —  S.  Veranus,  patron  de  Cavaillon, 
585,  mentionné  par  Grégoire  de  Tours  pour  des  faits 
dont  la  série  atteint  589.  —  Lupus,  788.  —  Réginard, 
906-16.  —  Héribert,  951.  —  Thierry,  c.  965.  —  Desi- 
derius,  c.  972.  —  Gauchard,  976-c.  980.  —  Thierry, 
982.  —  Engelran,  991-1014.  —  Pierre,  c.  1031-32.  — 
Clément,  1040-56.  —  Radulfus,  1070-75.  —  Désiré, 
1082-95.  —  Jean,  1103.  —  Alfant,  1148-54.  ~  Benoît, 
1156-78.  —  Pons,  1179.  —  Bermond,  1184-c.  1204.  — 
Bertrand  de  Durfort,  c.  1205-23.  —  Rostan  Belinger, 
1224-61.  —  Giraud,  1261-78.  —  André  (?),  1278  (?).  — 
Bertrand,  c.  1282.  —  Imbert,  1284,88.  —  Ponce 
Augier  de  Laneis,  1311-17.  —  GeolTroy,  1322-26.  — 
Philippe  de  Cabassole,  1334-66.  —  François  de  Car- 
daillac,  1366-87.  —  André,  1395-1403.  —  Pierre,  1405. 

—  Guillaume,  c.  1408.  —  Nicolas  de  Johannac, 
c.  1409-21.  —  Guillaume,  1421-c.  1427.  —  Bernard 
Carbonet  de  Riez,  1427-30.  —  Ferrier  Galbert,  c.  1432. 

—  Jean  de  la  Roche,  1434-36.  —  Barthélémy,  1437- 
39.  —  Pierre  Porcher,  1439-47.  —  Palamède  de  Car- 
rète,  1447-76.  —  Toussaint  de  Villeneuve,  c.  1484.  — 
Jean  Passert,  c.  1496.  —  Louis  Passert,  c.  1501.  — 
Bernardin  Camberia,  c.  1504.  —  Jean-Baptiste  Palla- 
vicini,  c.  1510-24.  —  Marius  MafTei,  1525-37.  —  Jé- 
rôme Ghinucci  (administrateur),  1541.  —  Pierre 
Ghinucci,  1541-68.  —  Christophe  Scotti,  1569-84.  — 
Dominique  Grimaldi,  1585.  —  Pompeius  Rocchi, 
1585-91.  —  Jean-François  Bordini,  1592-97.  —  Jé- 
rôme Centelli,  1597-1608.  —  Octave  Mancini,  1610- 
16.  —  Fabricius  de  la  Bourdaisière,  1616-46.  —  Louis 


de  Fortia,  1646-57.  —  François  Hallier,  1657-59.  — 
Richard  de  Sade,  1660-63.  —  Jean-Baptiste  de  Sade  de 
Mazan,  1666-1707.  —  Joseph  de  Guyon  de  Crochans. 
1709-42.  —  François-Marie  de  Manzi,  1742-57.  — 
Pierre-Joseph  Artaud,  1757-60.  —  Louis  Crispin 
des  Achard  de  la  Baume,  1761-93. 

J.-M.  Basse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'anc.  France,  ii,  Paris- 
Ligugé,  1909,  p.  153-56.  —  E.  Clouzot,  Fouillés  des  prou. 
d'Aix,  d'Arles  et  d'Embrun,  Paris,  1923,  p.  xciv-xcviii, 
209-12.  —  Duchesne,  i,  262.  —  Eubel,  i,  178;  ii,  123;  m, 
176;  IV,  143.  —  J.-J.  Expilly,  Dictionn.  des  Gaules  et  de 
la  France,  ii,  Amsterdam,  1764,  p.  128-32.  —  Gall.  chrisl., 
I,  939-64;  Append.,  p.  155-58.  —  Gams,  p.  531-32.  — 
H.  Labande,  Les  chartes  de  l'évêché  et  les  évêques  de  C.  au 
XIII"  s.,  dans  Rev.  d'hist.  de  l'Église  de  France,  i,  1910, 
p.  82-104,  188-209,  316-28;  ii,  1911,  p.  576-91,  734-42.  — 
G.  De  Manteyer,  Les  chartes  du  pays  d'Avignon,  Mâcon, 
1914,  n.  62,  69,  74,  85,  95,  102,  110.  —  Richard  et  Giraud, 
Biblioth.  sacrée,  xxviii,  Paris,  1827,  p.  221-23.  —  H.  Ho- 
berg,  Taxae  pro  communibus  serviliis...,  Vatican,  1949, 
p.  33. 

M. -H.  Laurent. 
CAVALCA  (DoMENico),  dominicain,  né  à  Vico 
Pisano  (prov.  de  Pise)  vers  1270.  11  prit  l'habit  des 
frères  i)rêcheurs,  à  une  date  qui  ne  nous  est  pas 
connue,  au  couvent  de  Ste-Catherine  de  Pise,  où  il 
passa  la  plus  grande  partie  de  son  existence.  Conseiller 
de  Bonagiunta  de  Pise  en  1300,  il  fut,  la  même  année, 
nommé  confesseur  des  Dames  de  la  Miséricorde.  En 
1342,  il  fonde  le  couvent  de  Ste-Marie,  pour  y  recevoir 
les  pécheresses  publiques  désireuses  de  se  réhabiliter. 
Cavalca  mourut  à  Pise  durant  les  derniers  mois 
de  1342. 

Par  son  abondante  production  littéraire  (de  1320 
à  1342),  Cavalca  prend  place  parmi  les  meilleurs 
écrivains  de  langue  toscane  de  la  première  moitié 
du  xiv"  s.  Parmi  ses  ouvrages  en  prose,  souvent  im- 
primés et  dont  nous  ne  signalerons  ici  que  la  meilleure 
édition,  les  uns  sont  des  œuvres  originales,  tels  par 
ex.  :  Medicina  del  cuore  ovvero  trallato  délia  pazienza, 
éd.  Bottari,  Rome,  1756;  Lo  specchio  délia  croce,  éd. 
Bottari,  Rome,  1738;  Trallato  délie  trenta  stoltizie  et 
Disciplina  degli  spirituali,  éd.  Bottari,  Rome,  1756; 
Specchio  de'peccati,  éd.  Del  F'uria,  Florence,  1829; 
Frulti  delta  lingua.  Milan,  1837,  etc.;  les  autres  sont 
des  traductions  en  toscan  de  traités  composés  en 
latin,  tels  par  ex.  :  Le  Vite  dei  SS.  Padri  volgarizzate 
da  Fr.  D.  Cavalca,  éd.  Sorio-Racheli,  Trieste,  1858; 
éd.  Naselli,  Turin,  1926;  Volgarizzamento  del  Dialogo 
di  S.  Gregorio  e  dell'epistola  di  S.  Girolamo  a  Eusto- 
chio,  éd.  Bottari,  Rome,  1764;  Volgarizzamento  degli 
Atti  degli  Aposloli,  Florence,  1837;  Pungilingua,  éd. 
Bottari,  Rome,  1751,  etc.  Ses  compositions  en  vers 
(sonnets,  laudes,  sirventes)  ont  peu  de  valeur  (cf. 
L.  Simoneschi,  Saggio  di  poésie  di  Fr.  D.  C,  Florence, 
1888). 

On  a,  d'autre  part,  sans  fondement  attribué  à 
Cavalca  divers  ouvrages,  tels  par  ex.  une  version  de 
l'Apocalypse  en  langue  toscane  (éd.  Beschi,  Pisloie, 
1842),  un  Trallato  delta  Spirito  Santo  (éd.  Zambrini, 
Imola,  1886).  Par  contre,  on  a  tenté  de  refuser  à  notre 
dominicain  la  paternité  d'un  certain  nombre  d'œuvres 
dont  l'authenticité  est  des  plus  certaines  (N.  Mattioli, 
Fra  Giovanni  da  Salerno...  e  le  sue  opère  votgari  iné- 
dite, Rome,  1901  p.  165-320),  pour  les  attribuer  soit  à 
,Iean  de  Salerne,  soit  à  Simon  de  Cascia;  contre  sem- 
blable hypothèse,  cf.  G.  Volpi,  La  questione  del 
Cavalca,  dans  Archivio  storico  italiano,  sér.  V,  xxxvi, 
1905,  p.  302-18. 

Cronaca  del  convento  di  Santa  Caterina...  in  Pisa,  dans 
Arcliivio  storico  italiano,  vi,  2'  part.,  Florence,  1848, 
p.  508-14.  —  E.  Falco,  Domenico  Cavalca  moralista, 
Lucques,  1892.  —  C.  Naselli,  Domenico  Cavalca,  Gittà  di 
Gastello,  1925.  —  Quétif-Échard,  i,  Paris,  1719,  p.  878.  — 


27 


CAVALCA 


—  CAVEIRAC 


28 


N.  Sapegno,  Storia  letteraria  d'Italia,  Il  Trecento,  Milan, 
1934,  p.  549-54. 

M. -H.  Laurent. 
CAVALCA  NT  I  (Aldobrandino),  dominicain, 
né  à  Florence  vers  1217,  reçut  l'habit  des  frères  prê- 
cheurs des  mains  du  B.  Jean  de  Salerne,  au  couvent  de 
Santa  Maria  Novella  (1230  ou  1231).  Inquisiteur  en 
Toscane,  il  fut  en  relation  avec  S.  Pierre  de  "Vérone; 
prieur  du  couvent  de  Florence  en  1245,  1250,  1256,  il 
fut  désigné  comme  socius  du  défmiteur,  puis  du  pro- 
vincial de  la  province  romaine  lors  des  chapitres  géné- 
raux de  1255  et  1262.  Prieur  du  couvent  de  Lucques, 
il  fut  élu  en  1262  provincial  de  sa  province,  charge 
qu'il  devait  conserver  jusqu'en  1268.  Nommé  évêque 
d'Orvieto  par  Grégoire  X  (1272),  le  même  Souverain 
pontife  le  désigna,  le  20  août  1273,  pour  être  son 
vicaire  dans  la  Campanie,  les  Marches  d'Ancône,  le 
duché  de  Spolète  et  la  Toscane  (Potthast,  Reg., 
n.  19845,  20753).  En  1274,  Cavalcanti  fut  choisi  par 
le  pape  pour  remplir  le  même  office  dans  le  diocèse  de 
Rome.  S'étant  démis  du  siège  d'Orvieto,  Cavalcanti 
se  retira  à  Florence  où  il  mourut  le  20  août  1279. 

V.  Fineschi,  Memorie  istoriche  degli  uomini  illustri  di  S. 
Maria  Novella,  i,  Florence,  1790,  p.  121-59.  —  T.  Masetti, 
Monumenta  el  antiquiiates...  in  provincia  Romana,  i,  Rome, 
1864,  p.  224-28.  —  H.-C.  Scheeben,  Accessiones  ad  histo- 
riam  Romanae  provinciae  saec.  XIII,  dans  Archivum  Fr. 
praedicatorum,  iv,  1934,  p.  132  (avec  bibliogr.).  —  G.  Bucco- 
linî,  Série  critica  dei  vescoi'i...  di  Orvieto,  Pérouse,  1941, 
p.  44-5. 

M. -H.  Laurent. 
CAVALCANTI  (Augustin),  religieux  théatin, 
polémiste  (f  1748).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2044. 

CAVALIERI  (Joseph-Michel),  augustin  ita- 
lien et  liturgiste  (f  1757).  Voir  D.  A.  CL.,  u,  2687- 
2690. 

CAVALLA,  métropole  provisoire  de  Macé- 
doine. La  ville  maritime  de  Cavalla  se  trouve  sur  la 
côte  de  Macédoine,  en  face  de  l'île  de  Thasos.  Elle 
occupe  le  site  de  l'antique  Néapolis.  Les  Byzantins  la 
nommèrent  Christopolis,  mais  elle  fut  plus  tard  appelée 
Cavalla,  mot  dont  l'étymologie  est  contestée.  Les  uns 
prétendent  que  les  Génois  lui  donnèrent  ce  nom  parce 
qu'elle  présente  l'aspect  d'un  cheval  (caballo),  d'au- 
tres parce  qu'elle  fut  réoccupée  par  des  gens  qui 
venaient  de  l'ancienne  localité  dite  Scavalla  (auj. 
Eski-Cavalla).  C'est  une  ville  industrielle  et  commer- 
çante de  plus  de  50  000  hab.  Au  début  d'oct.  1924,  le 
Saint  Synode  de  Constantinople  y  fonda  une  métro- 
pole sous  le  nom  de  Cavalla  et  Nestos  (KagâAAaç  Kai 
NÉCTTOu),  mais  le  désir  de  faire  revivre  l'antique  titre 
de  Philippes  lui  a  fait  substituer  celui  de  Philippes, 
Néapolis  et  Nestos  (décision  du  Saint  Synode  du 
3  déc.  1939).  Voir  à  Christopolis  et  Philippes. 

G.  N.  Nicotsaras,  au  mot  KogàX^a,  dans  MsyàAri  éXAT|viKf| 
ÉyKUKAoïraiSEÎa,  xiii,  418-420.  —  'OpSoSo^ia,  i,  128;  iv, 
541;  V,  34. 

R.  Janin. 

CAVANYHAC  (Jean  de),  chancelier  du  car- 
dinal de  Givry,  évêque  de  Langres.  Prieur  d'Aubi- 
gny  (Hte-Marne)  en  1532,  curé  de  diverses  paroisses, 
chanoine  de  Langres  de  1551  à  1568,  il  meurt  en  1570. 
Il  est  l'auteur  d'une  Historia  brevis  Lingonensium 
episcoporum,  ms.  qui  semble  perdu. 

Lelong,  Biblioth.  hist.  de  la  France,  i,  9001.  —  Abbé 
Roussel,  Le  dioc.  de  Langres,  i,  1873-99,  p.  162;  ii,  415, 
431,  443;  m,  141;  iv,  100.  —  L.-E.  Marcel,  Le  cardinal 
de  Givry,  i,  1926,  table;  n,  259. 

G.  Drioux. 

CAVE  (William),  historien  ecclésiastique  an- 
glais (1637-1713).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2044-45. 


CAVEDONI  (Venance-Célestin),  prélat  et 
archéologue  italien  (1795-1865).  Voir  D.  A.  C.  L., 
II,  2703-10. 

CAVEIRAC  (Jean  Novi  de)  (1713-1782),  na- 
quit à  Nîmes  le  6  mars  1713;  après  avoir  fait  de  fortes 
études  théologiques,  il  embrassa  l'état  ecclésiastique 
et  eut  une  grande  autorité  en  Languedoc;  il  fut  le 
confident  de  plusieurs  évêques  de  la  province.  Lors- 
que, en  1752,  Voyer  d'Argenson  projeta  d'adoucir  le 
sort  des  protestants,  Caveirac  appuya,  en  de  nom- 
breux écrits,  les  décisions  prises  par  les  évêques  contre 
le  projet  du  ministre;  il  semble  d'ailleurs  que  Caveirac 
ait  été  l'inspirateur  de  ces  décisions.  Il  approuva  et 
défendit  la  révocation  de  l'Édit  de  Nantes,  car  il  était 
convaincu  que  la  religion  catholique  et  le  protestan- 
tisme ne  pouvaient  pas  coexister  dans  un  état  monar- 
chique, et,  plus  tard,  il  prit  la  défense  des  jésuites 
contre  les  parlements.  L'ouvrage  qu'il  publia  contre 
la  décision  approuvée  par  l'autorité  royale  lui  valut 
des  poursuites.  Caveirac  se  réfugia  en  Italie,  à  Li- 
vourne,  et  fut  condamné  par  contumace,  au  Châtelet, 
en  1764.  Il  ne  revint  en  France  qu'après  la  disgrâce 
de  Choiseul  et  la  dissolution  du  parlement  qui  avait 
condamné  les  jésuites.  Pendant  son  séjour  en  Italie, 
il  publia  un  Éloge  chrétien  du  dauphin  présenté  à 
Clément  XIII  (Rome,  1766,  in-8'>).  L'abbé  de  Caveirac 
mourut  en  1782. 

La  plupart  des  écrits  de  Caveirac  ont  pour  objet  la 
question  des  protestants  :  La  vérité  vengée  ou  Réponse 
à  la  dissertation  sur  la  tolérance  des  protestants,  Paris, 
1756,  in-12;  Mémoire  politico-critique  où  l'on  examine 
s'il  est  de  l'intérêt  de  l'Église  et  de  l'État  d'établir 
pour  les  calvinistes  du  royaume  une  nouvelle  forme  de 
se  marier  et  où  l'on  réfute  l'écrit  qui  a  pour  titre  : 
«  Mémoire  théologique  et  politique  sur  les  mariages 
clandestins  des  protestants  de  France  »,  Paris,  1756, 
in-80;  Apologie  de  Louis  XIV  et  de  son  Conseil  sur  la 
révocation  de  l'Édit  de  Nantes,  pour  servir  de  réponse 
à  la  lettre  d'un  patriote  (Antoine  Court)  sur  la  tolé- 
rance civile  des  protestants,  avec  une  dissertation  sur 
la  journée  de  la  S. -Barthélémy,  s.  1.,  1758,  in-8°  : 
dans  cet  écrit,  Caveirac  affirme  que  la  religion  n'eut 
aucune  part  aux  massacres  des  protestants;  les  mas- 
sacres d'ailleurs  ne  furent  point  prémédités;  d'autre 
part,  la  révocation  de  l'Édit  de  Nantes  s'imposait, 
car,  dans  un  État  monarchique  qui  veut  l'unité, 
deux  religions  ne  peuvent  coexister;  l'Apologie  parut, 
à  la  même  date,  sous  un  titre  différent  :  Paradoxes 
intéressants  sur  la  cause  et  les  effets  de  la  révocation  de 
l'Édit  de  Nantes;  la  dépopulation  et  la  repopulation 
du  royaume,  l'intolérance  civile  et  rigoureuse  d'un 
gouvernement,  s.  1.,  1758,  in-8°;  la  Dissertation  sur  la 
journée  de  la  S. -Barthélémy  a  été  publiée  avec  des 
notes  historiques  par  M.  Roisselet  de  Sauclières, 
Montpellier,  1841,  in-16. 

L'abbé  de  Caveirac  prit  la  défense  des  jésuites  dans 
l'Appel  à  la  raison  des  écrits  publiés  contre  les  jésuites 
de  France,  Bruxelles,  1762,  in-12;  réédité  et  augmenté 
de  plusieurs  choses  intéressantes,  parmi  lesquelles 
deux  extraits  de  lettres  de  M.  le  cardinal  de  Fleury, 
Bruxelles,  1762,  in-12,  et  un  Nouvel  appel  à  la  raison 
des  écrits  et  libelles  publiés  par  la  passion  contre  les 
jésuites  de  France,  Bruxelles,  1762,  in-8". 

Caveirac  répondit  au.^c  attaques  de  J.-J.  Rousseau 
dans  la  Lettre  du  Visigoth  à  M.  Fréron  sur  sa  dispute 
harmonique  avec  M.  Rousseau,  Septimaniopolis,  1754, 
in-8'>,  et  dans  Nouvelle  lettre  ù  M.  Rousseau  de  Genève, 
s.  1.,  1754,  in-12.  Il  eut  aussi  une  discussion  avec  Vol- 
taire, dans  la  Lettre  du  docteur  Chlévalès  à  M.  de  Vol- 
taire, en  lui  envoyant  la  copie  manuscrite  d'une  autre 
lettre  à  laquelle  il  ne  paraît  pas  qu'il  ait  répondu,  post- 
scriptum  du  morceau  de  prose  que  M.  de  Voltaire 


29 


CAVEIRAC 


—  CAYLUS 


30 


avait  fait  imprimer  à  la  suite  de  la  première  édition 
qu'il  donna  de  son  Ode  sur  la  mort  de  la  princesse  de 
Bareth;  seconde  lettre  à  M.  de  Voltaire,  Paris  et 
Genève,  1772,  in-8». 

Comme  l'abbé  de  Caveirac  publiait  la  plupart  de 
ses  écrits  d'une  manière  anonyme,  on  lui  a  attribué 
quelques  écrits  dont  il  n'est  peut-être  pas  l'auteur, 
par  ex.  L'accord  de  la  religion  et  de  l'humanité  sur  la 
religion,  s.  1.,  1762,  in-12,  attribué  aussi  à  l'abbé  de 
Malvaux,  et  Réponse  aux  recherches  historiques  concer- 
nant les  droits  du  pape  sur  la  ville  et  l'État  d' Avignon, 
avec  les  pièces  justificatives  (de  Cl.  F.  Pfeffel  von 
Kriegelstein),  s.  1.,  1769,  in-8°. 

Michaud,  Biogr.  universelle,  vu,  271-72.  —  La  nouvelle 
biogr.  générale,  ix,  292.  —  Quérard,  La  France  littéraire, 
II,  90.  —  De  Feller-Weiss,  Biogr.  universelle,  ii,  466. 

*J  Ca.rreyre 

CAVELIER  DE  LA  SALLE  (Jean),  né  à 
Rouen  le  27  oct.  1636,  entra  au  séminaire  S.-Sulpice 
le  15  févr.  1659.  On  le  qualifie  souvent  de  docteur 
en  théologie.  Il  avait  été  reçu  maître  ès  arts  le 
3  juin  1657,  mais  son  nom  ne  figure  ni  sur  la  liste 
des  licenciés,  ni  sur  celle  des  docteurs.  Il  partit  pour 
le  Canada,  où  il  arriva  le  7  sept.  1666.  Au  bout  de 
dix  années  de  séjour,  il  revint  en  France.  M.  Tronson, 
en  1682,  l'envoya  au  séminaire  de  Viviers.  En  1685,  il 
retourne  au  Canada,  avec  son  frère  Robert  Cavelier 
de  La  Salle,  le  célèbre  explorateur.  Il  emmenait  avec 
lui  deux  de  ses  neveux,  Jean-Nicolas  Crevel  de  Mo- 
ranger  et  François  de  Chefdeville,  entrés  au  sémi- 
naire S.-Sulpice  en  1680.  Cette  expédition  pour  la 
découverte  de  l'embouchure  du  Mississipi  avait  été 
encouragée  par  M.  Tronson  qui  avait  la  pensée  de 
fonder  dans  la  Louisiane  une  colonie  chrétienne  sur  le 
modèle  de  Montréal  et  un  séminaire.  L'assassinat  de 
Robert  de  La  Salle  au  cours  du  voyage  par  un  de  ses 
compagnons  ruina  cette  entreprise.  Jean  Cavelier 
avec  ses  compagnons  fidèles  traversa  l'Amérique  à 
travers  mille  dangers  et  rentra  au  Canada.  Après 
avoir  liquidé  la  succession  de  son  frère  assez  obérée, 
il  revint  en  France  en  oct.  1688  et  se  retira  à  Rouen 
chez  une  de  ses  nièces.  Le  19  mars  1719,  le  maréchal 
d'Estrées  lui  demanda  les  mémoires,  journaux  et 
cartes  des  pays  découverts  par  son  frère  Robert  de 
La  Salle.  Il  répondit  que  pour  la  plupart  ils  avaient 
été  perdus  après  la  mort  violente  du  chef  de  l'expédi- 
tion et  il  lui  annonçait  l'envoi  de  tout  ce  qui  lui 
restait  (Bibl.  nat.,  fr.  n.  acq.  9301).  Il  a  écrit  lui-même 
une  relation  de  son  voyage  qui  a  été  éditée,  sous  le 
titre  Relation  du  voyage  entrepris  par  feu  M.  Robert 
Cavelier,  sieur  de  La  Salle,  pour  découvrir  dans  le 
golfe  du  Mexique  l'embouchure  du  fleuve  Mississipy, 
par  son  frère,  M.  Cavelier,  prêtre  de  S.-Sulpice,  l'un 
des  compagnons  de  ce  voyage  (à  Manato,  1858,  petit 
in-8").  Jean  Cavelier  mourut  à  Rouen,  le  24  nov.  1722, 
et  fut  inhumé  dans  le  chœur  de  Ste-Croix-S.-Ouen. 

L.  Bertrand,  Bibliolh.  sulpicienne,  i,  211-12.  —  Registres 
du  séminaire  S.-Sulpice,  Lettres  de  M.  Tronson.  —  Bibl. 
nat.,  Papiers  Margry,  Nouv.  acq.,  fr.,  9088-9093.  —  Jour- 
nal hist.  du  dernier  voyage  que  feu  A/,  de  La  Salle  fit  dans 
le  golfe  du  Mexique...,  par  M.  Joutel,  l'un  des  compagnons 
de  ce  voyage,  rédigé  par  M.  de  Michel,  Paris,  1713,  in-12. 
—  P.  Margry,  Mémoires  et  documents  pour  servir  à  l'hist. 
des  pays  d'outre-mer,  m.  —  Ch.  de  la  Roncière,  Le  père  de 
la  Louisiane,  Cavelier  de  La  Salle,  Tours-Paris,  1936,  jn-8°. 

E.  Levesque. 

CAVELLUS  (Hugh),  Mac  Cawell,  frère  mi- 
neur irlandais,  théologien,  archevêque  d'Armagh  (v. 
1575-t  1626).  Voir  D.  T.  C,  u,  2045-46. 

CAVOUR  (Sainte-Marie),  Caburro,  Caburrensis, 
abbaye  de  bénédictins  au  diocèse  de  Turin.  Fondée 
par  l'évêque  Landulphe  (f  1037),  elle  dépendit  de 


S. -Michel  de  Chiusa  et  fut  placée  en  commende  en 
1590. 

F.  Alessio,  Cavour  e  la  sua  abazia,  dans  Boit.  sior.  bibl. 
subalp.,  XIV,  1909,  p.  279-95.  —  Cavour,  abazia,  vescovado, 
plebania  e  vicaria,  Pignerol,  1911.  —  B.  Bandi,  Cartario 
délie  abazia  di  Cavour,  dans  Bibl.  soc.  stor.  subalp.,  m, 
[  1900,  p.  1.  —  Cottineau,  638.  —  Kehr,  //.  pont.,  vi,  n,  95. 
—  Mabillon,  Annales,  iv,  214-16.  — -  A.  Peyron,  L'abazia 
di  S.  Maria  di  Cavour,  dans  Boll.  soc.  Piem.  arch.,  xiii, 
1929,  p.  58-61.  —  G.  B.  Semeria,  Storia  délia  Chiesa  metro- 
pol.  di  Torino,  453.  —  Ughelli,  iv,  1443. 

R.  Van  Doren. 
CAVVADIOS  (Macaire),  Kabadios,  théologien 
grec  (xviii^  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2046. 

CAXAL  (Antonio),  Taxai,  Quechal,  A.  de  Mer- 
cede,  religieux  mercédaire,  né  à  Tarragone  en  1360  (?), 
général  de  son  ordre  en  1406,  fut  chargé  par  le  roi 
d'Aragon  d'ambassades  auprès  de  divers  souverains 
et  de  Benoît  XIII.  Représentant  de  Ferdinand  I^', 
puis  d'Alphonse  V,  au  concile  de  Constance,  il  prit 
une  part  importante  aux  délibérations  et  s'y  fit  le 
champion  de  l'union.  On  a  conservé  le  texte  de  cer- 
tains de  ses  discours  (Finke,  op.  cit.).  Il  mourut  à 
Constance  en  1417,  entre  le  mois  d'avr.,  lorsqu'il 
participait  encore  aux  négociations  avec  les  Castillans, 
et  le  26  juill.,  date  de  la  déposition  de  Benoît  XIII. 

Finke,  Acta  conc.  Constanc.,  ii-iv.  Munster,  1923-28, 
passim.  — ■  B.  Fromme,  Die  span.  Nation  und  dos  Konst. 
Konzil,  Munster,  1896.  —  N.  Antonio,  Bibl.  hisp.  vet.,  ii, 
204-05.  —  Enc.  eur.-amer.,  xn,  717-18. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CAXIAS,  évêché  du  Brésil,  dans  l'État  de  Rio 
Grande  do  Sul,  érigé  le  8  sept.  1934,  dépendant  de  la 
métropole  de  Porto  Alegre.  La  cathédrale  est  dédiée 
à  Ste  Thérèse  de  l'Enfant- Jésus.  Évêque  :  Joseph 
Barea,  1935. 

Acta  Ap.  Sedis,  xxvii,  1935,  p.  359-61,  441.  —  Ann. 
pont.,  19.36,  p.  191;  1937-39,  p.  141;  1948,  p.  104. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CAXIAS  DE  MARANHAO,  évêché  du 
Brésil,  érigé  le  22  juill.  1939,  par  le  démembrement  du 
diocèse  de  San  Luis  de  Maranhao,  dont  il  devint 
suffragant.  L'église  paroissiale  de  N.-D.  dos  Remedios 
devint  cathédrale.  Évêque  :  Luis  de  G.  Marelim,  1941. 

Acta  Ap.  Sedis,  xxxir,  1940,  p.  109-12.  —  Ann.  pont., 
1948,  p.  104. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CAYES  (Les),  Les  Caies,  évêché  d'Haïti  (An- 
tilles). A  la  suite  du  concordat  conclu  en  1860  entre 
le  S. -Siège  et  la  république  d'Haïti,  la  province  ecclé- 
siastique de  Port-au-Prince  fut  établie  avec  quatre 
évêchés  sufïragants,  dont  Les  Cayes,  érigé  par  bref 
de  Pie  IX,  du  3  oct.  1861.  Le  diocèse  fut  administré 
par  l'archevêque  de  Port-au-Prince  jusqu'en  1893. 

Évêques  :  J.-M.-A.  Morice,  1893,  dém.  1914.  — 
I.-M.  Le  Ruzic,  adm.  ap.,  év.  1916,  déni.  1919.  — 
J.-V.-M.  Pichon,  1919,  dém.  1941.  —  Fr.-J.  Person, 
coadj.  1937,  év.  30  août  1941,  f  24  sept.  1941.  — 
J.-L.  Collignon,  30  sept.  1942. 

Louvet,  Miss,  caih.,  Lyon,  [1894],  p.  306.  —  Ann. 
pont.,  1948,  p.  96. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CAYET    (Piehre-Victor-Palma),  polygraphe 
français  (1525-1610).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2046-48. 

CAYLUS  (Daniel-Charles-Gabriel  de  Pes- 
TEL  DE  Levis  DE  TuBiÈRES  DE)  (1669-1754),  naquît 
à  Paris  le  20  avr.  1669,  devint  docteur  de  Sorbonne, 
puis  aumônier  du  roi,  vicaire  général  du  cardinal  de 
Noailles,  enfin,  le  l'"'mars  1705,  évêque  d'.A.uxerre.  En 
1714,  il  fut  un  des  quarante  prélats  qui  acceptèrent 
la  bulle  Unigenitus,  mais,  dès  1717,  il  suivit  Noailles 


31 


CAYLUS  —  CAYRON 


32 


et  fit  appel  de  la  bulle.  A  cette  occasion,  il  eut  de  vives 
discussions  avec  sou  chapitre  et  il  devint  désormais 
un  des  plus  ardents  adversaires  de  la  Constitution 
Unigenitus  :  il  refusa  de  signer  raccommodement  de 
1720  et,  en  1727,  fut  l'un  des  douze  prélats  qui  s'éle- 
vèrent contre  la  condanniation  de  l'évêque  de  Senez 
par  le  concile  d'Embrun.  Gallican  convaincu,  il  pro- 
testa contre  la  légende  de  Grégoire  VII  et,  en  1730, 
contre  la  déclaration  royale  qui  regardait  la  bulle 
Unigenitm  comme  une  loi  de  l'Église  universelle. 
Il  engagea  de  longues  disputes  contre  son  métropo- 
litain Languet,  archevêque  de  Sens,  et  condamna 
plusieurs  propositions  enseignées  par  les  jésuites  de 
son  diocèse.  11  fut  partisan  des  miracles  de  S.-Médard, 
mais  rejeta  le  fanatisme  de  certains  convulsionnaires. 
Il  mourut  à  Rennes  le  3  avr.  1754. 

Principaux  écrits.  —  Harangue  au  roi,  pour  la 
clôture  de  l'assemblée  du  clergé  le  13  avr.  1707,  et  le 
30  oct.  1715.  A  partir  de  1717,  les  œuvres  de  Caylus  se 
rapportent  toutes,  plus  ou  moins  directement,  aux 
polémiques  soulevées  en  France  par  la  publication  de 
la  bulle  Unigenitus  le  8  sept.  1713;  il  avait  d'abord 
accepté  cette  bulle,  mais  il  en  fut  bientôt  l'adversaire 
le  plus  ardent  :  Lettre  à  un  chanoine  de  son  église  cathé- 
drale au  sujet  d'une  conclusion  du  chapitre  du  14  mai 
1714,  pour  la  réception  de  la  Constitution  «  Unigenitus  », 

17  avr.  1717;  Réponse  à  Mgr  l'évêque  de...,  qui  lui 
avait  écrit  au  sujet  de  son  mandement  du  4  oct.  1718, 
Paris,  1719,  in-4";  Lettre  à  Son  Éminence  Mgr  le 
cardinal  de  Noailtes,  archevêque  de  Paris,  où  il  lui 
expose  les  motifs  pressants  qui  l'obligent  à  partir  pour 
son  diocèse  sans  prendre  congé  de  S.  É.  et  à  ne  point 
prendre  part  à  l'accommodement  de  1720,  6  juill.  1720, 
s.  1.,  in-4°;  Lettre  ù  Mgr  l'évêque  de  Soissons  [Languet], 
à  l'occasion  de  ce  que  ce  prélat  dit  de  lui  dans  sa  première 
lettre  à  Mgr  l'évêque  de  Boulogne,  1722,  s.  1.,  in-4°; 
Seconde  lettre  ù  Mgr  l'évêque  de  Soissons  au  sujet  de 
l'infaillibilité  que  ce  prélat  attribue  aux  jugements 
de  Rome,  1722,  s.  1.,  in-4°  (lettre  condamnée  par  un 
décret  du  S.-OfTice,  du  14  juill.  1723);  Lettre  au  roi 
au  sujet  du  refus  que  lui  a  fait  M.  le  Garde  des  sceaux 
d'une  continuation  de  privilège  pour  l'impression  des 
livres  ù  l'usage  de  son  diocèse,  12  déc.  1729,  s.  1.  n.  d.  ; 
Lettre  au  roi  au  sujet  du  bref  qui  condamne  son  man- 
dement sur  la  légende  de  Grégoire  VII,  11  févr.  1730, 
s.  1.,  111-4°;  Lettre  à  Mgr  l'archevêque  de  Paris,  prési- 
dent de  l'assemblée   générale  du   clergé  de  France, 

18  août  1730,  et  Lettre  à  Messeigneurs  les  archevêques 
et  autres  députés  de  l'assemblée  générale  du  clergé  de 
France,  18  août  1730,  s.  1.  n.  d.,  in-4'>;  Lettre  à 
M.  Chambon,  4  mai  1732,  s.  1.  n.  d.,  in-4o;  Lettre 
pastorale  adressée  au  clergé  et  aux  fidèles  de  son  diocèse 
au  sujet  de  la  seconde  lettre  pastorale  que  M.  l'arche- 
vêque de  Sens  [Languel]  lui  a  écrite  en  date  du  25  déc. 
1732,  s.  1.  n.  d.,  in-4o;  cette  lettre  est  la  première  des 
six  lettres  qu'il  écrivit,  de  1732  à  1750,  à  son  métropo- 
litain, rarchevêque  de  Sens  Languet  de  Gergy,  an- 
cien évèque  de  Soissons,  et  toujours  pour  des  ques- 
tions soulevées  par  le  jansénisme. 

Avec  les  jésuites  de  son  diocèse,  Caylus  eut  des 
discussions  plutôt  vives  qui  durèrent  assez  long- 
temps. Voir  l'Ordonnance  et  instruction  pastorale  por- 
tant condamnation  de  plusieurs  propositions  extraites 
des  cahiers  dictés  au  collège  d'Auxerre  par  le  P.  Le 
Moyne,  de  la  Compagnie  de  Jésus,  18  sept.  1725;  une 
Réponse  à  cette  ordonnance  fut  publiée,  Cologne,  1725, 
in-4'',  et  une  Remontrance  au  sujet  de  cette  ordonnance, 
Paris,  1726,  in-4''.  Caylus  répliqua  par  une  Instruction 
pastorale  au  sujet  des  remontrances  que  les  jésuites 
lui  ont  adressées  pour  la  défense  des  propositions  ex- 
traites des  cahiers  du  P.  Le  Moijne,  que  ce  prélat  a 
condamnées  par  l'ordonnance  du  18  sept.  1725,  Paris, 
1727,  in-4°.  Plus  tard,  Caylus  publia  une  Ordonnance 


au  sujet  des  entreprises  de  quelques  jésuites,  régents  du 
collège  d'Auxerre,  contre  la  hiérarchie  et  les  droits  des 
curés,  25  avr.  1733,  in-4''. 

Caylus  fut  également  mêlé  à  des  questions  litur- 
giques qui  intéressaient  le  jansénisme;  il  publia,  en 
1729,  un  Rituel  qui  souleva  quelques  discussions,  mais 
c'est  surtout  l'afïaire  de  la  légende  de  Grégoire  VII 
qui  eut  un  grand  retentissement,  même  en  dehors 
du  diocèse  :  Mandement  qui  défend  de  suivre  l'office 
imprimé  dans  une  feuille  volante  qui  commence  par 
ces  mots  :  Die  XSV  maii,  in  festo  S.  Gregorii  VII, 
24  juill.  1729,  in-4''.  Ce  mandement,  où  Caylus  dis- 
tingue les  deux  puissances  et  s'élève  contre  la  Cour 
de  Rome,  provoqua  de  vives  polémiques;  il  fut 
condamné  par  un  bref  du  17  sept.  1729;  Caylus  publia 
une  longue  Requête  au  Parlement  contre  ce  bref  avec 
une  consultation  de  plus  de  cent  avocats  (14  févr.  1730), 
une  Lettre  au  roi  (17  févr.  1730)  et  une  Lettre  à  l'as- 
semblée générale  du  clergé  de  1730  (8  août  1730);  enfin 
une  Lettre  à  l'archevêque  de  Paris,  le  3  mars  1733, 
lorsque  fut  imprimée  la  déclaration  de  l'assemblée  du 
clergé. 

Les  curés  du  diocèse  d'Auxerre  s'élevèrent  aussi 
contre  leur  évêque  dans  les  Très  humbles  remontrances 
au  sujet  de  la  doctrine  du  catéchisme  qu'il  vient  de 
donner  dans  son  diocèse,  29  mai  1735,  in-4'';  Caylus 
répondit  par  une  Instruction  pastorale,  30  déc.  1735, 
et  publia  les  Très  humbles  et  très  respectueuses  remon- 
trances au  sujet  d'un  arrêt  du  Conseil  d'État  du  18  déc. 
1735  qui  supprime  son  catéchisme,  27  avr.  1736, 
in-l".  Un  anonyme  publia  les  Lettres  d'un  théologien 
à  M.  d'Auxerre  au  sujet  de  sa  dernière  Instruction 
pastorale;  les  quatre  lettres  portent  les  dates  des 
9  avr.,  9  mai,  17  juill.  1736,  et  9  févr.  1737,  in-4o. 

A  M.  de  Charancy,  successeur  de  son  ami  Colbert 
de  Croissy,  évêque  de  Montpellier,  Caylus  écrivit 
deux  lettres  assez  vives  :  la  première,  à  l'occasion  de 
ce  que  ce  prélat  dit  de  lui  dans  son  mandement  du 
i'"'  juill.  1742,  1743,  in-4'';  et  la  seconde  à  l'occasion 
de  sa  réponse  à  ce  prélat,  1"  avr.  1744,  1745,  in-4''. 
Les  ouvrages  de  Caylus  ont  été  publiés  de  1750  à  1752, 
en  10  vol.  in-12. 

Les  dernières  années  de  ce  prélat  batailleur  furent 
plus  calmes;  d'ailleurs  tous  ses  amis  qui  avaient 
combattu  la  bulle  Unigenitus  étaient  morts  les  uns 
après  les  autres. 

La  Constitution  «  Unigenitus  »  déférée  à  l'Église  univer- 
selle ou  Recueil  général  des  actes  d'appel  interjetés  au 
futur  concile,  ii,  Cologne,  1757,  p.  613-76,  4  vol.  in-fol.  — 
Abbé  Dettey,  Vie  de  M.  de  Caylus,  Paris,  1765,  2  vol. 
m-12,  et  Nouvelles  ecclésiastiques  des  26  juin  et  14  août  1766, 
p.  105-08,  134-36.  —  Tous  ces  écrits  sont  remplis  d'éloges 
et  les  Nouvelles  ecclésiastiques  en  particulier  ont  cinq  pages 
recensées  à  la  Table  des  matières,  i,  155-60. 

J.  Carreyre. 

CAYRON  (Pierre-Jean),  jésuite,  né  à  Rodez  en 
1672,  t  à  Toulouse  le  31  janv.  1754.  Entré  au  noviciat 
de  Toulouse  le  7  déc.  1687,  il  enseigna  la  philosophie 
à  Carcassonne,  à  Tournon  et  à  Rodez,  la  rhétorique 
à  Toulouse;  il  fut  recteur  du  noviciat  de  cette  ville  et 
maître  des  novices,  recteur  du  collège  de  Toulouse, 
supérieur  de  la  maison  professe  et  instructeur  du 
troisième  an.  Grand  dévot  de  S.  François  Régis,  il  se 
fit  le  promoteur  infatigable  de  son  culte;  il  adressa 
en  1708  un  mémoire  aux  États  du  Languedoc  réunis 
à  Narbonne  pour  promouvoir  l'introduction  de  la 
cause  du  saint,  et  un  rapport  à  l'assemblée  générale 
du  clergé;  il  fut  vice-postulateur  de  la  cause  intro- 
duite à  Toulouse  et  à  Rome.  Après  la  béatification, 
il  poursuivit  ses  démarches  en  vue  de  la  canonisa- 
tion, s'adressant  à  la  cour,  au  clergé  et  aux  assem- 
blées des  États  et  des  provinces  ecclésiastiques  avec 
lesquelles  François  Régis  avait  eu  des  rapports,  et 


33 


CAYRON  — 


CEAD WALA 


34 


obtint  des  lettres  de  Louis  XV  et  de  Marie  Leczinsl<a 
en  faveur  de  la  canonisation,  qui  fut  prononcée  en 
1737.  Il  ne  cessa  de  travailler  à  répandre  le  culte  du 
saint  et  obtint  des  guérisons  merveilleuses  par  son 
intercession.  Sa  vie  pleine  de  vertus  et  d'initiatives 
charitables  lui  valut  la  réputation  d'un  saint.  Sa 
cause  a  été  introduite. 

Em.  Bouniol,  S.  J.,  Le  serviteur  de  Dieu  Pierre-Jean 
Cayron,  S.  J.,  Toulouse,  1886.  —  J.-B.  Couderc,  S.  J., 
Le  R.  P.  Jean-Pierre  Cayron,  S.  J.,  sa  vie  d'après  le  P.  Jean 
Sérane,  Paris,  1904.  —  Kempf,  Die  Heiligkeit  der  Gesell- 
schaft  Jesu,  Einsiedeln,  1922. 

A.  De  Bil. 

CAZ,  Casensis,  Caxiensis,  Katsis,  couvent  de 
moniales  de  l'ordre  de  Prémontré,  situé  au  diocèse 
de  Coire  (Suisse),  relevant  de  la  circarie  de  Souabe  et 
placé  sous  le  patronage  de  S.  Luzi  (S.  Lucius). 
Il  fut  fondé  en  1154  ou  1156  et  disparut  au  début  de 
la  Réforme  au  xvi«  s.  Il  n'est  pas  certain  qu'il  ait 
appartenu  à  l'ordre  de  Prémontré.  Quoi  qu'il  en  soit, 
les  sœurs  suivaient  la  règle  de  S.  Augustin.  En  1537, 
leur  couvent  fut  laïcisé;  la  communauté  ne  comptait 
plus  alors  que  deux  sœurs. 

C.  L.  Hugo,  Annales  Praem.,  i,  497.  —  A.  Brackmann, 
Helvetia  ponlificia,  101-03.  —  A.  Eichorn,  Episcopatus 
Curiensis  in  Rhetia,  S.-Blaise,  1797,  p.  342-47.  —  H.  J.  Leu, 
Allgemeines  helvetisches  Lexicon,  ix,  55-57  (avec  liste  des 
abbesses  et  prieures).  —  J.  G.  Mayer,  Die  Inscbrift  der 
Stifter  des  Kloslers  Cazis,  dans  Kath.  Schweizer  Blatter, 
VII,  1891,  p.  504  sq.  ;  Geschichte  des  Bisiums  Chur,  ii, 
727  sq.  (avec  liste  des  abbesses  et  prieures).  —  E.  F.  von 
MUlinen,  Helvetia  sacra,  Berne,  1858-61,  ii,  75.  —  A.  Nu- 
cheler.  Die  Gotteshauser  der  Schweiz,  i,  p.  96.  —  J.  Simo- 
net,  Geschichte  des  Klosters  Cazis,  127-83.  —  R.  Van 
Waefelghem,  Répertoire,  52-53.  —  Diverses  archives  de 
cette  maison  se  trouvent  à  l'évèché  de  Coire. 

M. -A.  Erens. 

CAZALÈS  (Edmond  de)  (1804-1876),  né  le 
3  août  1804  à  Grenade-sur-Garonne  (Hte-Garonne), 
était  le  fils  de  l'orateur  illustre  qui,  sous  la  Révolu- 
tion, fut  le  défenseur  de  la  monarchie  et  de  la  foi 
chrétienne.  Il  fit  d'abord  ses  études  de  droit  et  exerça 
la  fonction  de  juge  auditeur  à  Provins  (1827-29),  puis 
s'intéressa  au  mouvement  des  idées  religieuses  sous 
la  monarchie  de  Juillet  (1830);  il  fut  un  des  membres 
fondateurs  du  Correspondant  en  1843  et  il  collabora 
à  la  Revue  européenne  et  à  l' Université  catholique 
fondée  en  1835  par  Bonnetty.  Nommé  professeur  à 
l'université  catholique  de  Louvain,  il  publia,  en  par- 
tie, dans  la  revue  de  Bonnetty,  ses  leçons  sur  l'histoire 
générale  de  la  littérature.  Ordonné  prêtre  en  1843,  il 
devint  vicaire  général  et  supérieur  du  séminaire  de 
Montauban.  Lorsque  éclata  la  révolution  de  févr.  1848, 
l'abbé  de  Cazalès  fut  élu  député  du  Tarn-et-Garonne; 
à  l'Assemblée  nationale,  il  fut  un  zélé  défenseur  des 
droits  de  l'Église  et  de  la  liberté  d'enseignement,  à 
côté  de  Falloux  et  de  l'abbé  Dupanloup.  Puis  il 
rentra  dans  la  retraite  et  mourut  le  21  janv.  1876. 

Cazalès  n'a  publié  que  deux  ouvrages  personnels  : 
Études  historiques  et  politiques  sur  l'Allemagne  contem- 
poraine, Paris,  1853,  in-8°,  et  Nos  erreurs  et  leurs 
remèdes,  Paris,  1876,  in-8".  Il  traduisit  de  l'allemand 
plusieurs  écrits  traitant  de  Anne-Catherine  Emme- 
rich.  Il  collabora  activement  aux  20  premiers  volumes 
(jusqu'en  déc.  1845)  de  l'Université  catholique  de 
Bonnetty,  et  publia  de  nombreux  articles  dans  la 
Revue  des  Deux  Mondes  et  dans  Le  Correspondant. 

Hoefer,  Nouvelle  biogr.  générale,  ix,  319-20.  —  Feller- 
Weiss-Busson,  Biogr.  universelle,  ir,  468-69.  —  De  Cham- 
pigny.  L'abbé  de  Cazalès,  dans  Le  Correspondant  dxi  10  févr. 
1876,  CH.  371-74. 

J.  Carrevue. 
CEADDA   (Saint),  ou  Chad,  évêque  de  Mercia, 
t  672.  Il  naquit  en  Northumbrie,  devint  disciple  de 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


S.  Aidan,  abbé  de  Lindisfarne,  et  reçut  sa  formation  en 
Irlande,  au  monastère  de  Rathmaelisa.  Avec  son  frère 
S.  Cedd,  il  travailla  beaucoup  à  la  conversion  des  Mer- 
ciens  et  des  Saxons  de  l'est  de  l'Angleterre.  II  succéda 
à  son  frère  Cedd  dans  le  gouvernement  du  monastère 
de  Lastingham,  près  de  Whitby.  Sur  les  instances  du 
roi  Oswy,  il  fut  promu  au  siège  d'York,  mais,  après 
qu'il  eut  gouverné  cet  évêché  pendant  quelque  temps, 
des  doutes  surgirent  sur  la  validité  de  son  sacre,  ou 
bien  parce  que  Wilfrid  avait  été  élevé  au  même  siège, 
ou  bien  —  raison  plus  probable  —  parce  qu'il  avait 
été  sacré  par  des  évêques  scots  et  bretons.  A  cette 
époque,  en  effet,  les  Scots  et  les  Bretons  s'écartaient 
de  la  discipline  et  de  la  liturgie  romaines,  et  dès  le 
vii«  s.  les  ordinations,  comme  d'ailleurs  tous  les  sacre- 
ments administrés  par  eux,  étaient  tenues  pour  sus- 
pectes en  Angleterre.  Pour  éviter  la  communion  avec 
des  évêques  scots,  Wilfrid  alla  se  faire  sacrer  en  pays 
franc,  à  Compiègne.  Ceadda  vit  la  validité  de  son 
ordination  contestée  par  Théodore,  archevêque  de 
Canterbury,  à  cause  probablement  de  la  part  qu'y 
avaient  prise  deux  évêques  bretons.  Ceadda  fit  preuve 
d'une  grande  humilité  :  «  Si  vous  croyez,  dit-il,  que  je 
n'ai  pas  été  canoniquement  consacré,  je  suis  tout  prêt 
à  résigner  une  fonction  dont  je  ne  me  suis  jamais  senti 
digne  et  que  je  n'ai  acceptée  que  par  obéissance.  » 
Il  se  retira  au  monastère  de  Lastingham.  A  la  mort  de 
Jaruman,  évêque  de  Mercie,  Théodore  transféra 
Ceadda  à  ce  siège,  mais  le  soumit  à  une  réordination 
per  omnes  gradus.  Ceadda  fixa  son  siège  à  Lichfield, 
bâtit  une  cathédrale  et  fonda  pour  ses  prêtres  un 
régime  de  vie  commune.  Il  mourut  en  672,  d'une  peste 
qui  dévastait  la  région,  et  fut  enterré  près  de  sa  cathé- 
drale. Aussitôt  il  devint  objet  d'un  culte  très  répandu. 
Bède  le  Vénérable,  presque  l'unique  source  de  nos 
renseignements  au  sujet  de  Ceadda,  nous  en  a  laissé  un 
portrait  génial.  Sa  fête  tombe  le  2  mars.  On  conserve 
encore  à  la  bibliothèque  de  la  cathédrale  de  Lichfield 
«  le  livre  de  S.  Chad  »,  que  la  tradition  attribua  au 
premier  évêque  de  Lichfield.  C'est  un  évangéliaire  qui 
date  du  viii«  ou  du  ix«  s.,  en  écriture  demi-onciale 
scotte,  mais  l'attribution  à  Ceadda  est  certainement 
fausse. 

B.  H.  L.,  n.  1716-1717.  —  D.  N.  Biogr.,  ix,  391-93.  — 
R.-H.  Warner,  The  life  and  legends  of  St  Chad,  Londres, 
1872.  —  Eddius,  Vita  Wilfridi,  dans  The  historians  of  the 
Church  of  York,  éd.  J.  Raine,  Londres,  1879,  p.  18,  22,  etc. 
—  J.  Kenney,  Sources  for  the  early  history  of  Ireland,  t.  i, 
Ecclesiastical,  New- York,  1929,  p.  639,  n.  468.  —  Bède, 
Hist.  eccles.,  éd.  C.  Plummer,  Oxford,  1896,  passim;  voir 
index.  —  F.  Masai,  Essai  sur  les  origines  de  la  miniature 
dite  irlandaise,  Bruxelles,  1947,  pl.  xix,  etc. 

F.  O'Briain. 

CEADWALLA,  ou  Cadwallon,  roi  des  Galles 
du  Nord,  f  634,  est  fréquemment  confondu,  même  par 
Bède  dans  son  H.  E.,  avec  Caedwalla,  roi  de  Wessex  en 
Grande-Bretagne  (D.  H.  G.  E.,  xi,  136).  Quoique 
chrétien,  il  mit  plusieurs  obstacles  à  l'évangélisation 
des  Saxons  de  l'Ouest.  Fils  de  Cadvan,  Ceadwalla  fut 
le  dernier  roi  des  Galles  à  réclamer  le  droit  de  régner 
sur  la  Grande-Bretagne,  droit  qu'il  ne  réussit  pas  à 
faire  respecter.  Il  lutta  contre  Éduin,  roi  des  royaumes 
unis  de  Deira  et  Bernicia,  lui  infligea  une  défaite  à  la 
bataille  de  Hatfield  (632)  et,  menaçant  de  chasser  tous 
les  Anglais  hors  de  Bretagne,  il  ravagea  la  Northum- 
brie, tua  Éduin  et  ses  deux  flls,  Osric  et  Eànfrid,  et 
prit  possession  d'YorI<.  Mais  S.  Oswald,  rex  clxristiu- 
nissimus,  mit  en  déroute  l'armée  de  Ceadwalla  à  la 
bataille  de  Denisesburn,  en  634,  au  cours  de  laquelle 
périt  le  roi  gallois. 

Bède,  Hist.  eccles.,  éd.  C.  Plummer,  ii,  Oxford,  1896, 
p.  93.  114-15. 1279.  —  D.  C.  Biogr.,  i,  371-72. 

F.  O'Bhiain. 

H.  —  XIL  —  2  — 


35 


CE  AD  WALL  A 


—  CÉCILE  (SAINTE) 


36 


CEADWALLA.  Voir  Caedwalla,  D.  H.  G.  E., 
XI,  136. 

CE  ARA,  arclievèché  du  Brésil.  Voir  l-'om  aleza. 

CEBU,  ou  Nom  de  Jésus,  évêché  puis  archievèché 
dans  l'île  et  la  province  du  même  nom,  aux  Philippines. 
Magellan  découvrit  l'île  en  1.521,  mais  mourut,  avec  la 
plupart  de  ses  compagnons,  dans  l'île  voisine  de  Mac- 
tan.  Les  survivants,  dont  le  P.  Urdaneta,  augustin, 
regagnèrent  l'Espagne  par  la  voie  de  l'Ouest,  réalisant 
ainsi  le  premier  périple  du  monde.  Urdaneta  revint  en 
avr.  1565  à  Cebu,  qui  devint  le  berceau  du  christia- 
nisme aux  Philippines,  et  y  construisit  un  monastère. 
Les  Jésuites  y  arrivèrent  en  1595  et  y  édifièrent  des 
forts  et  même  des  églises  fortifiées,  comme  défense 
contre  les  incursions  des  Morus.  -  Lorsque,  le 
14  août  1595,  la  province  ecclésiastique  de  Manille  fut 
érigée,  Cebu  fut  parmi  les  évèchés  sutîragants;  le 
25  mai  1865,  Rome  en  détachait  une  partie  qui  deve- 
nait le  nouveau  diocèse  de  Jaro;  enfin,  le  28  avr.  1934, 
une  Constitution  apostolique  démembrait  la  province 
de  Manille  :  Cebu  devenait  métropole,  avec  cinq 
évêchés  sufTragants. 

Évêques.  —  Pedro  de  Agurto,  1595.  —  P.  M.  de  An- 
drade,  1611.  --  P.  Arce,  1612.  —  J.  Vêlez,  1653.  — 
J.  Lopez,  1664.  —  D.  de  Aguilar,  1680.  —  M.  Bayot, 
1696.  —  P.  S.  de  la  Vega,  ne  prit  point  poss.  —  Seb. 
de  Foronda,  1723  (ou  1724).  —  M.  A.  de  Osio  y  Ocam- 
po,  1733.  —  P.  Cabezas,  1741.  —  M.  L.  de  Espeleta, 
1759.  —  M.  J.  Rubio  de  Arevalo,  1775.  —  I.  de  Sala- 
manca,  1789.  —  J.  E.  de  la  Virgen  de  Sopeteran  y 
Ruiz,  1805.  —  Fr.  Genoves,  1826.  —  S.  G.  Maranon, 
1830  (ou  1831).  —  J.  Gil  y  Orduna,  1842.  — -  R.  Ji- 
meno,  1847.  —  B.  R.  de  Madridejos  ô  del  Rosario, 
1876.  —  M.  G.  Alcocer,  1887.  -  Ph.  A.  Hendrick 
(1"  év.  de  nat.  amér.),  1903.  —  J.  P.  Gorordo,  1910. 
—  G.  M.  Reyes,  1932;  archev.,  28  avr.  1934. 

Arm.  pont.,  1936,  p.  191  ;  1948,  p.  104.  —  Acta  Ap.  sedis, 
1935,  XVII,  263-64.  —  Off.  calh.  direclory,  New- York,  1943, 
p.  773-74.  —  Cath.  Enc,  m,  471  ;  suppl.  i,  1 69  sq.  —  L.  T.  K., 
it,  801.  —  Gams,  113. 

É.    V.\N  CAU\VENBKK(iH. 

CEBULKA  (Nicolas),  Czechoivski,  chanoine  de 
Sandomierz,  apparaît  en  1410  comme  nularius  duc.alis 
de  Witold,  grand-duc  de  Lithuanie,  qu'il  devait  servir 
jusqu'à  la  mort  de  ce  prince.  En  1410,  il  est  envoyé  à 
Prague  auprès  du  roi  de  Bohème,  Wenceslas  IV  ; 
en  1412,  il  est  promu  chanoine  de  la  collégiale  de  San- 
domierz; en  1415,  il  assiste  au  concile  de  Constance  et 
y  obtint  la  confirmation  de  Pi^re,  nouvel  évêque  de 
Wilno.  Il  remplit  encore  plusieurs  autres  légations, 
auprès  du  roi  de  Pologne,  auprès  du  grand-maître  de 
l'Ordre  teutonique,  auprès  de  l'empereur  Sigismond 
(en  1420)  et  est  chargé  de  la  rédaction  des  lettres  les 
plus  secrètes  adressées  à  divers  souverains.  On  ignore 
s'il  a  reçu  les  ordres;  en  1428  il  est  mentionné  comme 
«  le  chevalier  sévère  ».  Son  rôle  politique  prit  fin  à  la 
mort  de  Witold.  La  date  de  sa  mort  est  incertaine. 

J.  Dlugosz,  Historiae  Poloniae,  iv,  Cracovie,  1877,  p.  246, 
247,  253.  —  J.  Caro,  Liber  cancellariae  Stanislai  Ciolek, 
dans  Archiv  jiir  ôsterr.  Gesch.,  Vienne,  1871,  p.  45.  — 
Varsovie,  Bibl.  nation.,  ms.  Q.  /.  13.  —  K.  Piotrowicz, 
Cebulka,  dans  Polski  sloumik  hiografteznij,  m,  Cracovie, 
1937,  p.  212-13. 

J.  OSTROWSKI. 

CECARDUS  (Saint),  évêque  de  Luni,  est  placé 
par  Ughelli,  qui  en  fait  un  martyr,  en  600  (16  juin  ou 
16  juin.).  Mais  les  bollandistes,  à  cause  de  son  nom 
lombard,  le  reculent  jusqu'en  892.  On  n'a  aucun  détail 
biographique  sur  ce  saint,  dont  les  reliques  sont 
conservées  à  Carria.  Il  y  eut  une  reconnaissance  au 
xvii*  siècle. 


A.  S.,  juin,  IV,  118;  oct.,  xii,  802.  —  Gams,  817.  — 
Lanzoni,  588.  —  Ughelli,  i,  834. 

R.  Van  Doren. 
CECCANO,  noble  famille  originaire  de  Terracine 
(prov.  de  Rome),  a  fourni  trois  cardinaux  à  l'Église, 
trois  cisterciens  et  tous  trois  d'abord  abbés  de  Fossa- 
nova.  Jordan,  créé  cardinal-diacre  par  Clément  III  le 
12  mai  1188,  devint  cardinal-prêtre  du  titre  de  Ste- 
Pudentienne;  t  23  mars  1206  (ms.  132,  de  Bruges,  bibl. 
ville,  fol.  110  \°).  — Son  neveu  Éiienne,  créé  cardinal- 
diacre  de  S. -Ange  in  Pescheria  par  Innocent  III  en 
1212, cardinal-prêtre  du  titre  des  XII  Apôtres  en  1213; 
ami  de  S.  Dominique  et  homme  de  «  grande  science  », 

j  il  mourut  le  23  sept.  1227  et  reçut  la  sépulture  à  Ste- 
Marie-Majeure.  —  Thibaud,  créé  cardinal  par  Gré- 
goire X,  mourut  à  50  ans  en  1279  et  fut  inhumé  près 

'  de  S.  Thomas  d'Aquin,  décédé,  lui  aussi,  à  Fossanova. 

I  Eubel,  I,  4.  —  Jaffé,  870,  886.  —  Potthast,  Reg.,  1558, 
1609, 14958.  —  Dom  Willi,  Papsie,  Knrdinàle  imd  Bischôfe... 
cisterc,  Bregenz,  1912. 

J.-M.  Canivez. 
CECCO  D'ASCOLI   (Slabili  Francesco  dit), 
hérétique  italien  brûlé  à  Florence  en    1327.  Voir 
D.  r.  C.  II,  2048-49. 

CECERITA.  Voir  Caeciritana  (Ecclesia). 
D.  H.  G.  E.,  XI,  134-35. 

CÉCILE.  Voir  aussi  Caecilia. 

1.  CÉCILE,  C  ecilia,  Ceciria,  martyre  à  Sir- 
mium  (S  juill.),  est  mentionnée  par  le  martyrologe 
hiéronymien  comme  compagne  de  Sostrate.  Il  s'agit 
de  Gliceria,  martyre  d'Héraclée. 

!      A.  S.,  .juin.,  11,  578.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  358-59. 

R.  \'an  Doren. 
I      2.  CÉCILE  (Sainte),  martyre  romaine,  fêtée  le 
[  22  nov.  «  Ste  Cécile  est  si  célèbre  dans  l'Église,  sa 
I  légende  a  été  si  souvent  racontée,  que  beaucoup  de 
I  personnes  ne  peuvent  se  faire  à  l'idée  qu'il  règne 
quelque  obscurité  dans  l'histoire  de  son  martyre  et  des 
origines  de  son  culte;  que  le  dernier  mot  n'ait  pas  été 
:  dit  à  ce  sujet  dans  de  gros  livres  et  que  la  critique  ait 
encore  le  droit  de  discuter  des  questions  définitivement 
résolues.  Pourtant,  actuellement  encore,  il  est  permis 
d'affirmer  qu'il  n'y  a  peut-être  pas  de  sujet  plus  em- 
brouillé dans  toute  l'hagiograpliie  romaine.  »  H.  De- 
lehaye, l'Aude  sur  le  léijetidier  romain  :  les  saints  de 
nonembre  et  de  décembre.  Bruxelles,  1936,  p.  73-74. 
La  légende  de  Ste  Cécile  est  bien  connue;  on  peut  se 
1  contenter  de  la  résumer  en  quelques  lignes.  Cécile, 
!  vierge  illustre,  est  fiancée  à  Valérien  ;  mais  elle  a  consa- 
cré à  Dieu  sa  virginité;  et  la  nuit  de  ses  noces  elle 
déclare  à  son  époux  qu'un  ange  veille  sur  elle  et  la 
défendra  contre  toute  atteinte.  Valérien  désire  voir 
cet  ange.  Cécile  lui  répond  qu'il  le  verra  aussi  s'il  se 
fait  baptiser  et  elle  l'envoie  à  l'rbain.  qu'il  trouvera  au 
troisième  mille  de  la  voie  Appienne.  Valérien  trouve 
l'évêque  au  lieu  indiqué,  reçoit  le  baptême  et,  lorsqu'il 
revient  à  la  maison,  il  voit  l'ange  qui  converse  avec 
Cécile  et  qui  remet  aux  époux  une  couronne  de  lys  et 
une  couronne  de  roses. 

Là-dessus,  Tiburce,  frère  de  Valérien,  est  à  son  tour 
converti  à  la  suite  d'une  exhortation  de  Cécile  et  bap- 
tisé par  Urbain.  Or  le  préfet  de  Rome,  Turcius  .\lma- 
chius,  tourmente  à  ce  moment  les  chrétiens.  Il  apprend 
que  Valérien  et  Tiburce  sont  baptisés  et  il  les  fait 
arrêter.  Les  deux  frères  ne  tardent  pas  à  être  mis  à 
mort  ainsi  que  le  corniculaire  Maxime  qui  a  été 
converti  par  leur  exemple  et  leurs  enseignements. 

Cécile  à  son  tour  est  arrêtée  par  ordre  d'Almachius, 
mais  elle  obtient  un  sursis  et  demande  à  l'évêque  Ur- 
bain de  venir  dans  sa  maison  :  il  y  baptise  plus  de 


37 


CÉCILE 


(SAINTE) 


38 


quatre  cents  personnes,  entre  autres  le  clarissime 
Gordianus,  qui  érige  la  maison  de  Cécile  en  titre,  sous 
son  nom.  Cette  maison  devient  ainsi  une  église  et  le 
pape  Urbain  y  célèbre  chaque  jour  les  saints  mystères. 

Cependant  Cécile  finit  par  comparaître  devant  le 
tribunal  d'Almachius  :  après  un  long  dialogue,  elle  est 
condamnée  à  mort.  On  essaie  d'abord  de  la  tuer  dans 
l'eau  chaude  de  son  bain;  mais  elle  n'y  éprouve  qu'une 
douce  fraîcheur.  Finalement,  le  préfet  ordonne  de  la 
décapiter  :  après  trois  coups,  le  bourreau  ne  réussit 
pas  à  séparer  la  tête  du  tronc  et  la  laisse  à  moitié 
morte.  Cécile  survit  encore  trois  jours  au  supplice  et 
peut,  avant  de  mourir,  faire  don  au  pape  de  ses  biens 
et  de  sa  maison.  Lorsqu'elle  est  morte,  Urbain  ense- 
velit son  corps  parmi  ses  collègues  les  évêques,  les 
martyrs  et  les  confesseurs. 

La  légende  de  Ste  Cécile  nous  est  parvenue  dans  un 
grand  nombre  de  manuscrits,  dont  l'étude  critique  est 
à  peine  commencée.  Toutefois,  on  en  sait  assez  pour 
être  assuré  que  partout  on  retrouve  le  même  récit 
sans  modifications  notables.  Certains  manuscrits  ren- 
ferment des  interpolations,  d'autres  des  abréviations 
ou  des  suppressions  :  il  n'y  a  là  rien  de  plus  que  les 
accidents  habituels  de  la  littérature  hagiographique, 
et  l'on  n'a  pas  le  droit  de  dire  que  l'un  ou  l'autre  de 
ces  manuscrits  est  particulièrement  digne  de  créance. 
Tous  ont  exactement,  du  point  de  vue  historique,  la 
même  valeur,  qui  est  nulle. 

Il  est  admis,  en  effet,  que  le  premier  rédacteur  des 
Actes  de  Ste  Cécile  s'est  inspiré  de  l'Histoire  de  la  per- 
sécution vandale  de  "Victor  de  Vite,  qui  écrivait  en  486. 
Nous  lisons  dans  cette  Histoire  qu'un  chef  vandale, 
pour  s'attacher  davantage  deux  esclaves  dont  le  ser- 
vice lui  était  particulièrement  précieux,  Martinianus 
et  Maxima,  s'était  avisé  de  les  marier.  Martinianus 
s'était  prêté  non  sans  empressement  aux  désirs  de  son 
maître;  mais  Maxima,  qui  avait  voué  à  Dieu  sa  virgi- 
nité, avait  déclaré  à  son  fiancé  qu'elle  avait  choisi  le 
Christ  pour  époux  et  l'avait  engagé  à  se  consacrer  lui- 
même  à  son  service.  Martinianus  se  laissa  convaincre; 
il  amena  même  ses  trois  frères  à  l'imiter,  et  tous  les 
quatre  allèrent  s'enfermer  dans  le  même  monastère. 
Maxima,  de  son  côté,  entra  dans  un  couvent  de  reli- 
gieuses où  elle  vivait  encore  lorsque  Victor  de  Vite 
écrivit  son  Histoire.  Ressemblances  littéraires  et  ana- 
logies des  situations,  rien  ne  manque  pour  que  nous 
ayons  le  droit  d'affirmer  que  les  Actes  sont  postérieurs 
au  récit  de  Victor  de  Vite  et  qu'ils  s'en  inspirent.  On  a 
encore  signalé  des  emprunts  faits  par  les  Actes  à  Ter- 
tullien,  Apolog.,  ii;  à  S.  Augustin,  De  Trinitate,  x,  14. 
Si  intéressants  que  soient  ces  derniers  rapprochements, 
ils  sont  secondaires.  Le  fait  capital  est  celui  de  l'em- 
prunt à  Victor  de  Vite,  qui  a  fourni  le  thème  de  la 
narration. 

Tous  les  détails  ajoutés  à  ce  thème  sont  des  lieux 
communs  de  la  littérature  hagiographique  :  discours 
sur  la  virginité,  conversions  nombreuses  et  baptêmes 
donnés  à  des  infidèles,  maison  transformée  en  église, 
exécution  de  la  martyre  dans  sa  maison,  etc.  Il  n'était 
pas  difficile  à  un  fabricant  de  romans  hagiographiques 
de  combiner  toutes  ces  données,  de  manière  à  faire  un 
récit  émouvant  et  varié. 

X'y  a-t-il  donc  rien  d'historique  dans  les  Actes  de 
Ste  Cécile?  Si,  il  y  a  les  noms  de  ses  compagnons  de 
martyre  :  Tiburce,  Valérien  et  Maxime  sont  des  mar- 
tyrs authentiques  du  cimetière  de  Prétextât  sur  la 
voie  Appienne,  inscrits  au  martyrologe  hiéronymien 
le  14  avr.  Sans  doute,  on  retrouve  à  la  date  du  11  août 
Tiburce  associé  à  Valérien  en  même  temps  qu'à  Cécile, 
mais  c'est  le  fait  d'un  interpolateur  maladroit  qui 
avait  lu  la  Passion,  et  qui  confond  le  Tiburce  de  la  voie 
Appienne  avec  celui  de  la  Via  Lavicana  inter  duas 
lauros.  Les  trois  martyrs  de  Prétextât  sont  bien  réels; 


leur  rapprochement  de  Ste  Cécile  est  l'œuvre  d'un 
pieux  romancier.  Quant  à  leur  histoire,  elle  est  tota- 
lement inconnue. 

Le  nom  de  l'évêque  Urbain,  qui  figure  dans  les 
Actes  de  Ste  Cécile,  pose  une  série  de  problèmes  sur 
lesquels  il  n'y  a  pas  lieu  d'insister  ici.  Le  rédacteur  des 
Actes  n'hésite  pas  à  identifier  Urbain  au  pape  de  ce 
nom,  le  successeur  de  Calliste  sur  le  siège  pontifical. 
Deux  Urbains  reposaient  sur  la  voie  Appienne,  l'un  au 
cimetière  de  Calliste  et  l'autre  au  cimetière  de  Pré- 
textât. Le  premier  n'est  pas  nécessairement  le  pape  de 
ce  nom,  en  dépit  des  premières  apparences,  car  la  liste 
de  Sixte  III  le  range  parmi  les  évêques  étrangers,  et  le 
second  pourrait  l'être,  puisque  le  Liber  pontiflcalis, 
dans  sa  notice  sur  Urbain,  assure  que  celui-ci  a  été  ense- 
veli au  cimetière  de  Prétextât.  Il  nous  suffit  de  souli- 
gner le  fait  que  les  Actes  ont  mis  Ste  Cécile  en  rapport 
avec  le  pape  Urbain. 

Le  préfet  de  Rome,  Turcius  Almachius,  qui  figure 
dans  les  Actes,  est  parfaitement  inconnu  :  on  cite  des 
Turcii  au  iV  s.,  un  Amachius  en  Phrygie  à  la  même 
époque;  ce  sont  des  rapprochements  sans  intérêt  et 
sans  valeur.  I-e  rédacteur  a  donné  au  persécuteur  un 
nom  quelconque,  sans  aucun  souci  de  l'histoire.  D'ail- 
leurs il  ne  se  préoccupe  pas  du  tout  de  la  chronologie; 
il  ne  cherche  même  pas  à  signaler  un  empereur  ou  un 
consul;  et  lorsque  les  historiens  ont  essayé  de  fixer  une 
date  quelconque  pour  le  martyre  de  Cécile,  ils  se  sont 
attaqués  à  un  problème  insoluble.  Le  règne  de  Marc- 
Aurèle  a  rencontré  assez  souvent  la  faveur  des  érudits, 
parce  qu'Adon  prétend  placer  la  mort  de  Ste  Cécile  au 
temps  de  Marc-Aurèle  et  de  Commode;  mais  le  rensei- 
gnement fourni  par  Adon  résulte  d'une  combinaison 
artificielle  dont  la  Chronique  de  Bède  a  donné  les  élé- 
ments et  n'a  aucune  valeur.  H.  Quentin,  Les  martyro- 
loges historiques  du  Moyen  Age,  p.  496-502.  Pas  davan- 
tage n'a  de  valeur  l'indication  du  Liber  pontificalis,  qui 
place  le  pontificat  d'Urbain  temporibus  Diocletiani,  ce 
qui,  par  voie  de  conséquence,  nous  amènerait  à  placer 
le  martyre  de  Ste  Cécile  à  l'époque  de  la  grande  persé- 
cution. «  Définitivement,  Cécile  nous  apparaît  comme 
une  figure  idéale,  au-dessus  des  contingences  de  la 
durée.  »  H.  Delehaye,  op.  cit.,  p.  83. 

Le  problème  de  la  depositio  de  Ste  Cécile  n'est  pas 
moins  complexe.  Les  Actes  restent  très  vagues  à  ce 
sujet;  ils  se  contentent  de  dire  que  S.  Urbain  déposa 
son  corps  parmi  ses  collègues  les  évêques,  là  où  sont 
placés  tous  les  confesseurs  et  les  martyrs.  Dès  le  v^  s., 
les  pèlerins  comprirent  qu'il  s'agissait  de  la  catacombe 
de  Calliste  et  c'est  là  qu'a  été  d'abord  localisé  le  culte 
de  Ste  Cécile. 

En  même  temps,  ce  culte  a  été  localisé  à  l'église 
Ste-Cécile  du  Transtévère.  On  lit  en  effet  dans  les 
Actes,  et  à  deux  reprises,  que  la  maison  de  la  sainte  a 
été  convertie  en  église  :  une  première  fois,  un  clarissime 
du  nom  de  Gordien  intervient  pour  y  établir  un  titre; 
plus  loin,  Cécile  elle-même  donne  sa  maison  à  Urbain 
qui  est  chargé  d'en  faire  une  église.  On  a  supposé  que 
l'église  en  question  avait  commencé  par  porter  le 
nom  de  titulus  Gordiani  (P.  Franchi  de'  Cavalieri, 
Recenti  studi  iniorno  a  S.  Cecilia,  p.  10).  Cela  est  pos- 
sible. En  toute  hypothèse,  il  reste  probable  que 
l'église  Ste-Cécile  est  bâtie  sur  la  maison  de  la  sainte, 
et  même  qu'avant  d'être  appelée  titulus  sanctae  Caeci- 
liae,  elle  a  porté  le  nom  de  titulus  Caeciliae.  On  peut 
dès  lors  se  représenter  les  choses  de  la  façon  suivante  : 
«  Cécile,  qui  appartenait  probablement  à  l'illustre 
famille  des  Caecilii,  représentée  par  plus  d'un  de  ses 
membres  dans  la  catacombe  de  Calliste,  s'était  acquis 
par  ses  libéralités  des  titres  spéciaux  à  la  reconnais- 
sance de  l'Église.  Le  privilège  d'être  ensevelie  à  côté 
des  papes  et  des  martyrs  attira  sur  sa  tombe  l'atten- 
tion des  fidèles  et  lui  valut  des  honneurs  que  son  titre 


39 


CÉCILP:  (SAINTE) 


—  CÉCILE  COPPOLI 


40 


seul  de  fondatrice  ne  suffit  pas  à  expliquer.  Il  est  pos- 
sible, probable  même,  que  cette  tombe,  placée  au 
milieu  de  tant  de  sépultures  illustres,  passa  bientôt 
pour  être  celle  d'une  martyre  et  que  l'hagiographe  ne 
lit  qu'exploiter  une  idée  déjà  répandue  dans  les  mi- 
lieux populaires.  Qu'on  ne  s'étonne  pas  d'une  jiareille 
transformation.  Le  titre  de  martyr  jouissait  d'un  tel 
prestige  qu'on  croyait  souvent  ne  pas  pouvoir  le 
refuser  à  des  saints  entourés  d'honneurs  exceptionnels, 
et  plus  d'une  fois  les  hagiographes  se  sont  chargés 
d'opérer  cette  sorte  de  promotion  ou  de  la  consacrer.  » 
H.  Delehaye,  op.  cit.,  p.  86. 

L'histoire  des  reliques  de  Ste  Cécile  n'est  pas  plus 
claire  que  celle  de  sa  depositio.  Nous  venons  de  le 
rappeler  :  le  corps  de  Ste  Cécile  a  commencé  par  être 
vénéré  au  cimetière  de  Calliste,  et  nous  savons  déjà 
qu'au  cimetière  de  Prétextât  reposaient  les  corps  des 
martyrs  "Valérien,  Tiburce  et  Maxime.  Or  il  arriva 
qu'au  ix''  s.  le  pape  Pascal  1"^  (817-24)  voulut  recons- 
truire l'église  de  Ste-Cécile  qui  tombait  en  ruines.  Il 
désirait  vivement  enrichir,  une  fois  la  restauration 
achevée,  cette  église  des  reliques  de  sa  patronne.  Mais 
le  bruit  courait  à  Rome  que  ces  reliques  avaient  été 
emportées  à  Pavie  en  756  par  le  roi  Astaulfe,  avec 
beaucoup  d'autres  d'ailleurs,  si  bien  que  le  pape 
renonça  à  des  recherches  qu'il  jugeait  inutiles.  Cepen- 
dant, un  jour,  il  eut  un  songe  :  s'étant  endormi  au 
chœur  par  suite  de  sa  grande  fatigue,  il  vit  Cécile  lui 
apparaître  et  lui  déclarer  que  les  Lombards  n'avaient 
pas  réussi  à  enlever  son  corps,  parce  qu'ils  ne  l'avaient 
pas  trouvé,  qu'il  fallait  donc  reprendre  et  poursuivre 
les  recherches.  Là-dessus,  le  pape  Pascal  I'^"'  fit  fouiller 
dans  le  cimetière  de  Prétextât;  et  il  y  trouva  en  effet 
le  corps  de  la  sainte,  avec  ceux  de  Valérien,  de  Tiburce, 
de  Maxime  et  des  papes  Urbain  et  Lucius.  Tel  est, 
dans  ses  grandes  lignes,  le  récit  du  Liber  pontiftcalis. 

Ce  récit  est  assez  extraordinaire,  car  on  se  demande 
comment  on  a  pu  retrouver  à  Prétextât  un  corps  qui 
avait  été  été  enseveli  et  honoré  à  Calliste.  Les  histo- 
riens ont  parlé  souvent  d'une  translation;  mais  cette 
translation  est  purement  hypothétique  et  nul,  dans 
l'antiquité,  n'en  a  conservé  le  souvenir.  Il  n'est  pas 
plus  facile  d'admettre  le  transfert  de  Cécile  à  Prétex- 
tât que  celui  de  Valérien  et  des  autres  à  Calliste,  et 
c'est  bien  à  Prétextât  qu'ont  été  faites  les  recherches 
de  Pascal.  Le  problème  reste  intact.  Le  R.  P.  De- 
lehaye. op.  cit.,  p.  91  sq.,  suppose,  il  est  vrai,  que 
les  reliques  de  Ste  Cécile,  conservées  à  Calliste, 
auraient  été  réellement  enlevées  par  Astaulfe,  et  que 
Pascal,  qui  savait,  par  les  Actes,  l'ensevelissement  de 
Valérien  à  Prétextât,  a  naturellement  fait  des 
recherches  dans  cette  catacombe.  Il  y  a  trouvé  des 
corps  saints,  et  il  s'est  imaginé  que  c'étaient  ceux  qu'il 
souhaitait.  Cette  solution  reste  hypothétique  et  elle  a 
l'inconvénient  de  ruiner  toute  l'histoire  postérieure 
des  reliques  de  Cécile. 

Le  Liber  pontiftcalis  ajoute  que  Pascal  I^'',  après 
l'invention  des  restes  sacrés,  détacha  du  corps  la  tête 
de  la  sainte  martyre  et  la  fit  placer  dans  un  reliquaire 
d'argent.  Sous  le  pape  Léon  IV  (847-855),  la  tête  de 
Ste  Cécile  figure  au  nombre  des  reliques  conservées 
dans  l'église  des  Quatre-Couronnés. 

On  sait  qu'en  1599  le  cardinal  Sfondrati  fit  faire  la 
reconnaissance  des  reliques  conservées  à  Ste-Cécile-du- 
Transtévère.  Les  procès-verbaux  de  la  cérémonie 
furent  rédigés  par  deux  témoins  oculaires,  Baronius 
et  Bosio,  et  la  statue  de  Maderno  est  censée  résumer 
les  constatations  de  ceux  qui  assistèrent  à  l'ouverture 
de  la  châsse.  11  faut  avouer  tpie  de  nouveau  ces  consta- 
tations sont  assez  troublantes,  car  les  témoins  de  1599 
retrouvèrent  un  corps  intact,  avec  la  tête  inclinée, 
tandis  que,  nous  l'avons  vu,  la  tête  de  la  sainte  avait 
été  mise  à  part  par  le  pape  Pascal  I'''  et  transportée 


j  ailleurs.  D'ailleurs,  la  lecture  des  procès-verbaux 
j  suffit  à  prouver  qu'en  réalité  les  témoins  n'examinèrent 
pas  les  reliques  avec  l'attention  voulue  et  qu'on  ne 
!  peut  s'appuyer  sur  leurs  déclarations,  en  dépit  de 
i  leur  apparente  précision. 

Concluons  de  tout  cela  que  la  popularité  de  Ste 
Cécile  doit  dater  du  v«  s.  Au  sortir  des  persécutions, 
l'Église  romaine  ne  célèbre  pas  encore  de  vierge  mar- 
tyre qui  porte  ce  nom.  Ni  Damase,  ni  Ambroise,  ni 
Jérôme,  ni  Prudence,  si  ardents  à  louer  les  saintes 
vierges  de  la  capitale,  ne  la  signalent.  Au  vi«  s.,  au 
contraire,  son  culte  est  définitivement  installé  et  le 
22  nov.  est  le  jour  consacré  à  honorer  sa  mémoire  : 
en  545,  le  pape  Vigile  fut  enlevé  ce  jour-là  par  un 
officier  impérial,  durant  la  célébration  de  son  anni- 
I  versaire.  On  peut  admettre  que  la  fondatrice  du 
iitulus  Caeciliae  fut  transformée  en  martyre  par  la 
piété  populaire.  Encore  n'y  a-t-il  là  qu'une  hypothèse. 

La  blbliograpliie  de  Ste  Cécile  est  immense.  Nous  ne 
citerons  que  quelques  titres  :  J.-B.  de  Rossi,  Roma  sotter- 
ranea,  ii,  p.  xxxii-XLin.  —  Erbes,  Die  hl.  Caecilia  im 
Zusammenhang  mit  der  Papstl<rypta,  dans  Zeitschrift  fiir 
Kirchengescinchte,  1888,  p.  1-66.  —  J.-P.  Kirsch,  Die  hl. 
Caecilia  in  der  roniischen  Kirche,  Paderborn,  1910;  Id., 
Die  rôniische  Titelkirchen  im  Altertum,  Paderborn,  1918, 
p.  113-16,  155,  156.  —  H.  Quentin,  Cécile  (sainte),  dans 
D.A.C.  L.,  Il,  2712-2738.  —  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Recenti 
studi  intorno  a  S.  Cecilia,  dans  Note  aijiograflche,  iv,  Rome, 
1912,  p.  3-38.  —  F.  Lanzoni,  I  titoli  presbiterali  di  Roma 
antica,  dans  Rivista  di  arctieologia  cristiana,  ii,  220-24.  — 
H.  Delehaye,  Étude  sur  le  légendier  romain  :  les  saints  de 
novembre  et  de  décembre,  Bruxelles,  1936,  p.  73  sq.  Je  dois 
beaucoup  à  cette  dernière  étude. 

G.  B.\RDY. 

3.  CÉCILE  (Use).  Cécile,  que  l'on  a  longtemps 
considérée  sans  preuve  comme  ayant  appartenu  à  la 
famille  romaine  des  CESAR  INI,  naquit  dans  les  pre- 
mières années  du  xiii'^s.  Moniale  de  Santa  Maria  in  lem- 
pulo  (Rome),  où  l'on  suivait  la  règle  de  S.  Benoît,  elle 
fit  partie  du  groupe  de  religieuses  qui,  sous  la  direction 
de  S.  Dominique,  constituèrent  la  communauté  pri- 
mitive de  S. -Sixte  (carême  1220).  Envoyée  vers  1223 
au  monastère  de  Ste-Agnès  à  Bologne,  elle  eut  l'occa- 
sion d'y  raconter  les  faits  merveilleux  que  l'on  attri- 
buait au  fondateur  des  Frères  Prêcheurs  et  dont  elle 
avait  entendu  parler  à  Rome.  Quelques-uns  de  ces 
récits,  plus  ou  moins  transformés,  furent  consignés 
par  écrit  par  sœur  Angélique,  et  cela  entre  1264  et 
1288,  date  à  laquelle  Fr.  Gérard  d'Allemagne,  de  pas- 
sage à  Bologne,  en  lit  faire  une  copie  qu'il  commu- 
niqua à  Thierry  d'Apolda  (éd.  I.  B.  Melloni,  Alti  e 
memorie  delli  uomini  illiistri...  in  Bologna,  ii,  1,  Bo- 
logne, 1788,  p.  392-403;  I.  Taurisano,  Fontes  selecti... 
$.  Dominici,  Rome  [s.  d.],  42-53,  etc.).  La  Bse  Cécile 
serait  morte  à  Bologne,  vers  1290. 

B.  Altaner,  Der  lit.  Dominikus,  Untersuchungen  und 
Tex<e,Breslau,1922,p.l65-70. —  I.  Taurisano,  Fon<essc/ecti... 
S.  Dominici,  Rome  [s.  d.],  38-40.  —  H.-Cli.  Scheeben,  Der 
hl.  Dominikus,  Fribourg-en-Br.,  1927,  p.  329-31.  — 
D.  Delalande,  Fr.  Dominique,  père  des  Prêcheurs,  .luvisy, 
1934,  p.  85-88. 

M. -H.  Laiirent. 

4.  CÉCILE  COPPOLI,  née  à  Pérouse  en 
1426  de  la  noble  famille  des  Coppoli,  reçut  une  éduca- 
tion classique  soignée.  Elle  fut  donnée  en  mariage  à 
Robert  de'  Signorelli,  sans  partager  pourtant  la  vie 
commune  avec  celui-ci.  F.n  1444  ou  1115,  elle  s'enfuit 
de  la  maison  paternelle  jiour  se  faire  Clarisse  à  P'oligno. 
En  1448,  elle  fut  vicaire  du  couvent  cl,  en  cette  qua- 
lité, envoyée  à  Pérouse  pour  reformer  le  monastère 
des  clarisses.  I^n  1449  elle  retourna  à  Foligno  où  elle 
fut  élue  abbcsse.  Six  ans  après,  les  S(rurs  de  Pérouse 
l'appelèrent  pour  présider  leur  communauté.  De  1460 
à  1475,  elle  gouverna  le  monastère  de  Foligno  où, 


41 


CÉCILE  COPPOLI 


—  CEDD 


42 


abandonnant  la  règle  mitigée  par  Urbain  IV,  elle  fit 
adopter  la  règle  primitive  de  Ste  Claire.  Déposée  de 
sa  fonction  d'abbesse  en  juill.  1475,  elle  fut  reléguée 
au  monastère  d'Urbino,  où  l'on  observait  la  règle  pri- 
mitive des  clarisses  et  où  elle  fut  élue  abbesse  (nov. 
1475).  Elle  devint  encore  deux  fois  abbesse  de  Foligno 
en  1485  et  en  1489.  Elle  mourut  en  odeur  de  sainteté 
à  Foligno,  le  2  janv.  1500. 

Jacobilli,  Vite  de'  sanli  e  beali  deW  Umbria,  i,  Foligno, 
1647,  p.  12-15.  —  Wadding,  Ann.  Min.,  x,  Quaracchi,  1932, 
p.  115  ;xn,  1932,  p.  749;  xiv,  1933,  p.  553  ;xv,  1933,  p.  247- 
48.  —  Sbaralea,  Stipplemenlum  et  castigaiio,  i,  Rome,  1908, 
p.  196.  —  Faloci-Pulignani,  Notizia  délia  b.  Cecilia  Coppoli 
di  Perugia,  Pérouse,  1891.  —  Ciro  da  Pesaro,  Nell'  Umbria 
verde...  Notizie  storiclie  sulla  b.  Cecilia  Coppoli,  Rome,  1908. 

—  Fantozzi,  Documenti  intorno  alla  b.  Cecilia  Coppoli 
clarissa  (1426-1500) ,  dans  Arch.  franc,  histor.,  xix,  1926, 
p.  194-225,  334-84. 

.\.  \'an  den  Wyngaert. 

1.  CECILIANUS,  martyr  à  Saragosse,  fêté  le 
16  avr. ,  est  déjà  cité  avec  dix-sept  autres  martyrs  par 
Prudence  (Perisfeph.,  iv).  Mentionné  par  l'hiérony- 
mien,  il  est  repris  par  le  martyrologe  romain  qui,  après 
Usuard,  le  place  sous  le  préfet  Dacien. 

A.  S.,  avril,  ii,  406-10.  —  Férotin,  Le  Liber  ordiniini, 
460-61  ;  Id.,  Le  Liber  mnzarabicus  sacramentorum,  272-78. 

—  Hubner,  Inscr.  Hisp.  christ.,  152.  —  Mari.  Hier., 
éd.  Delehaye,  55.  —  Mari.  Hom.,  140-41. 

R.  Van  Doren. 

2.  CECILIANUS,  évèque  de  Spolèle  vers  354. 
Les  fragments  d'œuvres  historiques  de  S.  Hilaire, 
dont  on  admet  généralement  l'authenticité,  con- 
tiennent une  lettre  que  le  pape  Libère,  avant  de  partir 
en  exil,  envoya  à  Cécilien,  évêque  de  Spolète. 

D.  T.  C,  VI,  2404-408.  —  Gams,  727,  —  P.  L.,  x,  688. 

R.  Van  Doren. 
CECILIANUS,    Cécilien.   Voir    aussi  Caeci- 

LIANUS. 

CECI  L  lus.  Voir  Caecilius. 
CECIRIA.  Voir  Cécile. 

CECRA  (Saint  ou  Sainte),  figure  au  martyro- 
loge hiéronymien  le  16  oct.;  mais  les  mss.  ne  sont 
d'accord  ni  sur  sa  patrie,  l'Afrique  ou  l'Asie,  ni  sur  son 
nom  exact,  puisqu'ils  l'appellent  encore  :  Caecrae, 
Cereae,  Cacrae,  Caere,  Carre;  les  commentateurs 
hésitent  même  sur  son  sexe.  270  ou  260  martyrs  lui 
sont  adjoints;  il  est  impossible  de  dire  si  c'est  à  tort 
ou  à  raison.  La  date  de  la  Passion  est  tout  aussi 
incertaine. 

Propylaeum  ad  A.  S.  dec,  p.  456-57.  —  A.  S.,  oct., 
VII,  p.  797.  —  Mort.  Hier.,  éd.  de  Rossl  et  Duchesne, 
dans  A.  S.,  nov.,  ii,  pars  I',  p.  132;  éd.  Delehaye  et  Quen- 
tin, pars  II»,  p.  558. 

J.  Ferron. 

CECROPIUS,  évêque  de  Nicomédie.  C'était  un 
semi-arien  que  l'empereur  Constance  transféra  de  Lao- 
dicée  à  ce  siège.  Nous  le  connaissons  surtout  par 
S.  Athanase.  Celui-ci  l'accuse,  ainsi  qu'Auxence  de 
Milan  et  Épictète,  d'avoir  calomnié  les  orthodoxes. 
Cecropius  assista  au  concile  de  Sirmium  et  fut  l'un  des 
auteurs  de  la  déposition  de  Photinus,  Hisloria  ariano- 
rum  ad  monachos;  P.  G.,  xxvi,  784  B;  Epistola  ad 
episcopox  Aegypti  et  Lihyae,  7;  P.  G.,  xxvi,  55.3  B. 
>sous  savons  aussi  qu'il  ]irit  part  à  la  consécration  de 
l'église  construite  par  Basile  d'.\ncyre  dans  sa  ville 
épiscopale  (358).  Il  fut  un  des  évêques  à  qui  Georges 
de  Laodicée  adressa  une  lettre  contre  Eudoxe  (Sozo- 
inène,  Hisl.  eccl.,  IV,  xiii;  P.  G.,  lxvii,  1145  A). 
Constance  lui  envoya  Aétius  et  plusieurs  de  ses  parti- 
sans pour  se  justifier  des  accusations  portées  contre 
eux,  ibid.,ÏW,  xxiv;  col.  1189  C.  Il  mourut  écrasé  lors 


du  tremblement  de  terre  qui  dévasta  Nicomédie  en 
358,  ibid.,  IV,  xvi;  col.  1156  A. 

W.  Smith  et  H.  Wace,  A  Diclionary  oj  Christian  bioijnt- 
phy,  i,  429-30. 

R.  Janin. 

CEDAMUSA,  évêché  de  la  Maurétanie  siti- 
fienne.  C'est  la  notice  de  484,  Notitia  prov.  et  civ. 
Africae,  Maurilania  sitifensis,  29;  Victor  de  Vite,  éd. 
Petschenig,  p.  133;  P.  L.,  lviii,  275,  352,  qui  révèle 
son  existence  :  un  Monlanus  Cedanmaensis  est  placé  le 
29"  sur  la  liste  de  cette  province.  Il  y  a  unanimité  pour 
rapprocher  ce  nom  de  Cedamousa  des  Koi5atJioÛCTioi, 
KîiéocpioÛCTioi  ou  Ki5a|ioûaioi,  mentionnés  par  Ptolé- 
mée,  Claudii  Ptolemaci  Geographia,  IV,  ii,  §  21, 
éd.  Nobbe,  i,  Leipzig,  1843,  p.  231  (cf.  le  tableau  des 
principaux  noms  donnés  par  les  Romains  aux  Berbères, 
Cdt.  Chaligne,  Occupation  romaine  de  l' Afrique,  dans 
Rcc.  de  Conslanline,  1921-22,  p.  8);  l'emplacement  de  ce 
siège  épiscopal  est  donc  à  chercher  dans  la  petite  Kaby- 
lie,  à  l'ouest  et  sur  le  cours  moyen  de  l'Amsaga  des  ins- 
criptions, l'Ampsaga  des  textes,  l'actuel  Oued-el-Kbir 
et  l'actuel  Oued-bou-Merzouq  (cf.  J.  Bosco,  dans  Rec.  de 
Comst.,  XLViii,  1914,  p.  230-39).  S'il  faut  aussi  rappro- 
cher, comme  c'est  probable,  Cedamusa  du  nom  de  la 
grande  tribu  berbère  des  Ketama  ou  Kotânia,  dont 
nous  connaissons  l'existence  certaine  et  l'extension  à 
l'époque  arabe  du  Moyen  Age  (Ibn-Khaldoun,  Histoire 
des  Berbères  et  des  dynasties  musulmanes  de  l'Afr.  .sept., 
trad.  de  Slane,  i,  Alger,  1856,  p.  291-93;  cf.  aussi 
appendice,  p.  575;  Berbrugger,  Les  époques  militaires 
de  la  grande  Kabilie,  Alger-Paris,  1857,  p.  231;  de 
Slane,  trad.  de  Al-Bakri,  DescrifA.  de  l'Afr.  sept., 
Alger,  1913,  p.  115,  note  1  ;  G.  Marçais,  Les  Arabes  en 
Berbér  ie  du  XI  au  XI  v  s.,  dans  Rec.  de  Const.,-Ki.\\\,  1913, 
le  mot  Kotâma  à  l'index,  etc.),  le  champ  des  recherches 
s'élargit  à  toute  la  région  de  l'ancienne  Sitifienne 
comprise  entre  Bougie,  Sétif  et  l'Amsaga.  Même  si 
elle  doit  s'interpréter  des  Kotâma,  ce  qui  n'est  pas  sûr 
du  tout,  l'inscription,  C.  /.  L.,  viii,  8379  =  20216, 
d'époque  chrétienne  (vi-vii«),  trouvée  à  «  Souk-el-Ké- 
dim  »,  à  250  m.  environ  au  sud  du  col  de  Fdoulès, 
n'apporte  comme  renseignement  que  celui  de  la  pré- 
sence des  Cédamousiens-Kétamiens  en  cet  endroit, 
sous  la  domination  byzantine  (Cat,  Maurétanie  césa- 
rienne, Paris,  1891,  p.  71;  Tissot,  Géogr.  comparée, 
I,  1884,  p.  462;  Féraud,  Histoire  des  villes  de  la  province 
de  Constantine,  dans  Rec.  de  Const.,  xiv,  1870,  p.  96). 

Morcelli,  Africa  clir.,  i,  Brixen,  1816,  clxh,  p.  132.  — 
Notitia  dignit.,  éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  annot. 
p.  630,  653.  —  L.-Ch.  Féraud,  loc.  cit.,  p.  31-32.  —  Gams, 
465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés  de  l'Afr.  sept., 
dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  93;  Trésor  de  chro- 
nologie, Paris,  1889,  p.  1871.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de 
l'Afr.  cliréi.,  Maurétanies,  Montreuil-sur-mer,  1894,  Sitif.,  ix, 
p.  196.  —  St.  GseU,  Allas  arch.  de  l'Algérie,  Alger-Paris, 
1911,  f.  8,  Phillppeville,  102.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét., 
Paris,  1912,  p.  412.  — •  H.  Jaubert,  Anciens  évêchés  de  lu 
Numidie  et  de  la  Sitif.,  dans  Rec.  de  Const.,  xlvi,  1912, 
p.  114-15,  §  9. 

J.  Ferron. 

CEDD,  saint  anglais,  évêque  des  Saxons  de  l'est 
de  l'Angleterre,  f  664.  Lui  et  ses  trois  autres  frères, 
Ceadda,  Celin  et  Cynibill,  jouèrent  un  très  grand 
I  rôle  dans  la  conversion  des  Anglo-Saxons  au  viii^  s. 
Cedd,  originaire  de  Northumbrie,  trouva  sa  formation 
ascétique  et  littéraire  au  monastère  scot  de  Lindis- 
farne,  fondé  par  S.  Aidan,  alors  le  foyer  d'influence 
I  religieuse  le  plus  puissant  de  l'Angleterre.  Après  la 
I  mort  d'Aidan  en  651,  un  autre  Scot,  Finan,  lui  succéda 
comme  abbé  et  évêque  de  Lindisfarne,  et  contribua  à 
la  diffusion  du  christianisme  hors  des  frontières  de  la 
Northumbrie.  II  baptisa  deux  rois  païens,  Peada,  roi 
des  .Middle  Angles,  et  Sigbert,  roi  des  Saxons  de  l'Est. 
Finan  envoya  quatre  prêtres  chez  les  Middle  Angles, 


43 


CEDD 


—  CEDRENUS 


44 


au  nombre  desquels  figura  Cedd,  qui  travailla  chez  le 
peuple  de  ce  pays  avec  un  grand  succès.  Finan  lui 
confia  ensuite  la  mission  d'extirper  le  paganisme  du 
royaume  des  Saxons  de  l'Est  sous  le  patronage  du  roi 
Sigbert.  Après  un  tour  apostolique  fructueux,  Cedd 
retourna  à  Lindisfame  et  fut  élevé,  à  l'instance  de 
Finan,  à  l'épiscopat,  et  se  vit  confier  comme  évêché 
toute  la  province  du  roi  Sigbert.  Grâce  à  son  génie 
apostolique,  les  Saxons  de  l'Est  embrassèrent  la  reli- 
gion chrétienne.  Sorti  de  l'école  austère  de  Lindis- 
farne,  Cedd  ne  prenait,  au  dire  de  Bède,  durant  toute 
l'année,  en  dehors  des  dimanches,  aucune  nourriture 
avant  l'heure  des  vêpres,  et  son  unique  repas  consis- 
tait en  un  peu  de  pain,  un  œuf  de  poule,  et  un  peu  de 
lait  mélangé  d'eau.  C'était,  disait-il,  une  coutume 
qu'il  tenait  de  ceux  qui  lui  avaient  appris  la  discipline 
régulière,  c.-à-d.  des  Scots.  Il  travailla  à  bâtir  des 
églises  dans  son  diocèse,  à  former  des  candidats  pour 
la  prêtrise  et  à  ériger  des  monastères.  Il  fonda  une 
abbaye  à  Ythancester,  une  autre  à  Tillaburg,  aujour- 
d'hui Tilbury,  et  encore  le  monastère  de  Lestingay, 
dans  lequel  il  plaça  des  moines  sous  le  régime  d'un 
abbé  choisi  parmi  les  Scots  de  Lindisfarne.  La  fonda- 
tion de  ce  monastère  date  de  658.  Le  roi  Sigbert  ayant 
été  assassiné  en  661,  Suidhelm,  encore  païen,  lui 
succéda.  Il  fut  vite  converti  par  Cedd  et  peu  à  peu  le 
christianisme  s'affermit  dans  le  royaume. 

Cedd  assista  à  la  conférence  célèbre  de  Streneshalch 
(Whitby),  en  664,  tenue  pour  régler  les  différends  entre 
les  Scots  et  les  romanisants  au  sujet  de  la  tonsure  et  de 
la  célébration  de  la  Pâque.  Le  roi  Oswy,  lui-même 
éduqué  en  Irlande,  disciple  spirituel  des  Scots,  et 
favorable  à  leur  manière  de  voir,  présida.  Colnian, 
abbé  et  évêque  de  Lindisfarne,  expliqua  la  tradition 
scotte,  tandis  que  Wilfrid  soutint  la  tradition  romaine. 
Le  roi,  la  majorité  de  l'assemblée,  l'évèque  Cedd,  lui- 
même  élevé  par  les  Scots  à  l'épiscopat  et  qui  servit  en 
la  circonstance  d'interprète  à  Colman,  se  rangèrent 
du  côté  de  Wilfrid.  Cette  même  année  Cedd  fut  la 
victime  d'une  peste  qui  ravagea  la  région  et  il  mourut 
le  26  oct.  dans  le  monastère  de  Lestingay.  Sa  fête  fut 
fixée  plus  tard  au  7  janvier. 

Bède,  Hist.  eccles.,  III,  ch.  xxi-xxiii,  éd.  C.  Plummer, 
Oxford,  1896,  i,  p.  170-76;  ii,  p.  48,  133,  178.  —  B.  H.  L., 
n.  1718.  —  A.  S.,  janv.,  i,  p.  373-75.  —  D.  N.  Biogr.,  m, 
1322-23. 

¥.  O'  Briain. 

CEDIAS,  localité  de  la  province  romaine  de 
Numidie.  Elle  existe  à  l'état  de  municipe  sous  les  règnes 
simultanés  de  Dioclétien  et  de  Maximien,  ou  du  moins 
comme  sallus,  pagus,  civilas.  castellum  (le  fort  qu'on  y 
a  trouvé  ne  remonte  qu'à  l'époque  byzantine)  ayant 
reçu  le  droit  de  s'administrer  lui-même  {G.  I.  L., 
VIII,  10727  =  17655,10728  =  17656,10729  =  17657, 
2212  =  10730  =  17654,  10731  =  17662,  10732  = 
17664).  Masqueray,  Ruines  anciennes  de  Khenchela 
(Mascula)  à  Besseriani  (Ad  maiores),  dans  Rev.  Afr., 
xxii,  1878,  p.  456-57,  a  réussi  à  trancher  la  question  de 
son  identification  avec  l'Henchir  Um  Kîf,  situé  à 
17  km.  au  S.-E.  de  Khenchela,  peut-être  sur  une  voie 
qui  venait  de  Mascula  pour  se  continuer  dans  la  direc- 
tion de  la  plaine  de  Guert  (St.  Gsell,  Atlas  arch., 
f.  28,  Ain  Beida,  138,  p.  8,  col.  1,  route  4  et  f.  39, 
Chéria,  52).  Le  nom  de  Cedias  se  lit  Cezas,  Chezas,  et 
même  Adhezas,  Accedias,  Acedius,  Quida,  KapivSîaç 
sur  certains  mss.,  bel  exemple  de  la  manière  dont  les 
copistes  peuvent  déformer  un  mot.  L'ethnique  se 
disait  Cediensis. 

L'existence  du  christianisme  et  d'un  évêché  en  ce 
lieu  est  établie  à  partir  de  256  :  Secundinus  a  Cedias,  qui 
devait  être  martyrisé  en  259  à  Lambèse  avec  l'évèque 
.\gapius,  le  diacre  Jacques  et  le  lecteur  Marien  (La 
passio  SS.  Mariani  et  lacobi,  3,  éd.  P.  Franchi  de' 


Cavalieri,  dans  Sludi  e  testi,  Rome,  1900,  p.  58;  trad. 
dans  Monceaux,  La  vraie  légende  dorée,  Paris,  1928, 
p.  202-19;  cf.  H.  Delehaye,  Les  origines  du  culte  des 
martyrs,  Bruxelles,  1933,  p.  382;  voir  aussi  D.H.  G.  E., 
au  mot  Secundinus),  donne  son  avis  le  11*  sur  la  ques- 
tion du  baptême  des  hérétiques  dans  le  concile  le  plus 
important  qu'ait  réuni  S.  Cyprien,  Sententiae  episco- 
porum,  11,  éd.  Hartel,  p.  442;  P.  L.,  ui,  1089-90  (cf. 
aussi  S.  Augustin,  De  bapt.  contra  Donat.,  vi,  18,  éd. 
Barreau,  xxviii,  p.  294-95;  P.  L.,  xliii,  209). 

Oubliant  ses  glorieuses  origines,  Cedias  devient, 
dans  la  suite,  un  fief  du  donatisme,  puisqu'elle  n'est 
représentée  à  la  conférence  de  411  que  par  l'évèque 
!  schismatique  Fortis  (Gesta  coll.  Carth.,  i,  163;  P.  L.. 
XI,  1323;  cf.  P.  Monceaux,  Hist.  litt.,  iv.  Paris,  1912, 
p.  135).  L'épigraphie  (Gsell,  Bull.  Com.,  1907, 
p.  cLXxxvi,  et  Atlas  arch.,  1911,  f.  39,  Chéria,  43; 
suppl.,  p.  25-26)  a  livré  le  nom  d'un  autre  pasteur  du 
lieu,  Secundus;  son  appartenance  à  la  secte  ne  paraît 
pas  douteuse  à  P.  Monceaux,  L'épigraphie  donatiste, 
dans  Rev.  de  philol.,  xxxiii,  1909,  p.  129-30,  ou  même 
texte  dans  Hist.  litt.,  t.  cit.,  p.  454,  étant  donné  que  les 
auteurs  de  la  dédicace  où  le  nom  se  lit  s'intitulent 
orgueilleusement  sancti  et  décernent  le  qualificatif  de 
pater  à  leur  évêque;  l'inscription  n'a  pas  permis  de 
déterminer  la  date  à  laquelle  siégeait  Secundus, 
bâtisseur  d'église,  line  autre  trace  de  donatisme  a  été 
révélée  par  l'épigraphie  :  C.  /.  L.,  viii,  2223,  el  Bull. 
Com.,  1887,  p.  80,  n.  165  :  sur  un  débris  d'architecture 
est  gravée  l'acclamation  Deo  laudes  au-dessous  d'un  X 
et  d'un  agneau.  Les  catholiques  paraissent  cependant 
avoir  toujours  été  rejjrésentés  à  Cedias  par  un  groupe 
plus  ou  moins  important,  comme  en  témoigne  l'ins- 
cription où  ils  se  qualifient,  par  réaction  contre  les 
donatistes,  de  Cedienses  peccatores,  C.  /.  L..  viii, 
2309  =  17759,  et  P.  Monceaux,  op.  cit.,  p.  457. 

{-omme  témoins  du  christianisme,  Cedias  peut  en- 
core montrer  une  église  à  trois  nefs,  des  morceaux 
d'architecture  et  de  sculpture,  des  colonnes  avec  le 
monogramme  du  Christ,  une  pierre  ornée  d'un  calice 
avec  deux  cerfs  et  un  oiseau.  Des  fouilles  dans  les 
hypogées  que  l'on  a  découverts  sous  l'église  (A.  Bi- 
geard,  Notice  archéologique  sur  Henchir  Ounikif,  dans 
Rec.  de  Constant.,  1907,  p.  12)  permettraient  de  juger 
si  l'on  est  vraiment  en  présence  de  catacombes  dans  le 
genre  de  celles  qui  sont  situées  à  9  km.  N.-O.  de  là,  sur 
le  versant  est  du  Djaafa  (Ch.  Vars,  Inscriptions  iné- 
dites, dans  Rec.  de  Const.,  1898,  p.  362-70,  et  Mgr  Ley- 
naud.  Les  catacombes  africaines,  Alger,  1937,  p.  459-62). 

Morcelli,  Africa  c/ir.,  i,  Brixen,  1816,  clxiii,  p.  132-33. 

—  Notitia  dignitatum,  éd.  Bôcking,  ir,  Bonn,  1839-53, 
annot.,  p.  654-55.  —  Payen,  Inscript,  inédites  de  la  subdivi- 
sion de  Batna,  dans  Annuaire  de  Const.,  1858-59,  p.  102-03. 

—  E.  Dewulf,  Inscript,  trouvées  dans  le  cercle  d'Aïn-Beîda 
en  1S66,  dans  Rec.  de  Const.,  1867,  p.  218-19.  —  Gams, 
465.  —  Masqueray,  Bull,  de  corr.  afr.,  i,  1882-83,  p.  326. 

—  Farges,  Bull.  d'Hippone,  xxii,  1886  (en  réalité  1887), 
p.  116.  —  J.  Hérald,  Comptes  rendus  de  l'Acad.  d'Hippone, 
1889,  p.  xvni.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  cbrét., 
Numidie,  Rennes-Paris,  1894,  xli,  p.  103-05.  —  A.  Bigeard, 
toc.  cit.,  p.  11-19.  —  H.  Jaubert,  Notes  d'Iiist.  et  d'arch., 
Bône,  1911,  p.  29.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  clxrél.,  Paris,  1912, 
p.  346-47.  —  H.  Jaubert,  Anciens  évêchés,  dans  Bec.  de 
Const.,  XLVi,  1912,  p.  29-30,  §  39. 

J.  Ferron. 

CEDMON.  Voir  Caedmon. 

CEDRENUS  (Georges),  fecopyios  ô  Ke5pr|v6s, 

chroniqueur  byzantin,  dont  la  biographie  est  ignorée 
et  qu'on  suppose  avoir  été  moine  (première  moitié  du 
xii^  s.).  Il  est  l'auteur  d'une  chronique  universelle, 
Zûvovfiiç  iCTTopicôv,  de  la  création  du  monde  à  l'avè- 
j  nement  d'Isaac  Comnène  (25  août  1057).  Cette  chro- 
i  nique  n'est  d'ailleurs  qu'une  compilation  de  chro- 


45 


CE DRE NUS 


—  CEFALU 


46 


niques  antérieures  :  Georges  le  Syncelle,  Tiiéophanes 
(d'après  un  ms.  apparenté  à  Cod.  Paris.  1711,  xi^  s.), 
la  rédaction  B  de  VEpitome  du  pseudo-Syméon  Ma- 
gister,  Georges  le  Moine,  une  source  inconnue,  qui  lui 
est  commune  avec  Zonaras.  Enfin,  de  l'année  811  à 
1057,  il  reproduit  mot  à  mot  le  texte  de  Skylitzès,  y 
compris  une  partie  de  la  préface  de  cet  historien.  I.a 
chronique  de  Cedrenus  n'a  donc  aucune  valeur  en  elle- 
même,  mais  ses  mss.  sont  utiles  à  l'examen  critique  des 
textes  qu'il  emploie.  Il  continuera  surtout  à  être  d'une 
grande  utilité  tant  qu'on  ne  se  décidera  pas  à  i)ublier 
une  édition  du  texte  grec  de  Skylitzès. 

C'est  ce  qui  explique  que  la  chronique  de  Cedrenus 
ait  paru  très  commode  aux  historiens  postérieurs. 
.Michel  Glykas  s'en  sert  du  vivant  même  de  l'auteur 
(avant  1059,  date  de  son  horrible  supplice)  et  le  succès 
de  Cedrenus  est  attesté  |)ar  ses  9  mss.,  copiés  du  xii« 
au  xvii<!  s.  Comme  l'a  montré  Karl  Schweinburg 
{Hyzant.  Zeitschrijt,  1930),  comme  il  est  arrivé  à  toutes 
les  chroniques  universelles,  la  chronique  de  Cedrenus 
fut  interpolée  à  diverses  reprises  au  cours  des  siècles  : 
1"  du  vivant  de  l'auteur,  dans  le  Brilish  Mus.  udd. 
26112,  ms.  le  plus  ancien,  branche  principale  de  la 
tradition.  —  2°  Le  Paris,  gr.  1713  et  1713  a,  fin  du 
xii"  s.,  constitue  une  autre  branche.  —  3"  Le  Vatic.  gr. 
7903,  xiiif  s., rejirésente  le  texte  primitif;  les  additions 
sont  en  marge.  Ot  archétype  représente  un  groupe 
dont  font  ])artie  le  Marcianus  gr.  cl.  vir,  12  et  le 
Coislin  135  (xin»-xivf  s.),  qui  contiennent  de  nom- 
breuses interpolations  non  reproduites  dans  les  autres 
mss.  (groupe  1,  co).  —  4°  Le  groupe  U,  vf  est  formé  du 
Paris,  gr.  1713  et  1713  a,  déjà  cité  (fin  du  xii"  s.),  du 
Paris,  gr.  .S'i/p/i.  115S  (xiii<^  s.),  du  Coislin  313  (xiv- 
xv*  s.)  qui  est  le  plus  récent  et  qui  se  rapproche  des 
mss.  du  groupe  I,  co.  ce  qui  lui  donne  une  grande 
valeur.  —  5''  Un  ms.  perdu  du  groupe  II,  >f  a  été  utilisé 
par  l'édition  princeps  de  1566,  que  les  autres  éditeurs 
ont  reproduite.  Ce  sont  là  des  prolégomènes  à  une 
édition  critique  qui  n'existe  pas  encore. 

Éditions.  —  Xylander,  chez  Fugger,  Bâle,  1566.  - 
Fabrot  (Byzantine  du  Louvre),  1647,  commentaire  de 
Goar  et  traduction  latine.  —  Bekker,  Bonn,  2  vol., 
1838-18,39  (collation  du  Cod.  Coislianus  137):  repro- 
duction dans  la  P.  G.,  cxxi-cxxii. 

Krumbacher,  Gesch.  d.  bgz.  Literalur,  Municli,  2«  éd.. 
1897,  p.  368-.369.  —  Giulya  Moravcslk,  Byzantino-turcica, 
I,  Die  byzanfiniscben  Quellen...,  Budapest,  1942,  p.  143-45. 
—  K.  Schweinburg,  Die  urspriinyliche  Form  der  Kedrenkro- 
nik,  dans  Buz.  Zeilschrift,  xxx,  1930,  p.  68  sq. 

Louis  Bréhieh. 

CEFALENSIS  (Ecclesia),  ou  Caefalensis.  lue 
par  erreur  Caesalensis,  appartient  à  la  Proconsulaire, 
puisque,  au  concile  de  Carthage  de  646,  un  Crescis 
Caefalensis  souscrit,  avec  les  évêques  de  cette  province, 
le  libelle  contre  le  monothélisme  adressé  à  Paul, 
patriarche  de  Constantinople,  Hardouin,  Collect.  con- 
ril.,  III,  750.  Ce  qui  confirme  cette  attribution,  c'est 
qu'un  évêque  du  même  endroit,  Fidentius,  déclare,  à  la 
conférence  de  411,  n'avoir  plus  de  rival  depuis  la  dis- 
parition toute  récente  d'un  homonyme  donatiste  (  Gesla 
coll.  Carth.,  i,  133;  P./..,  xt.  1302),  surtout  s'il  fait 
allusion  ainsi  à  sa  propre  conversion,  comme  paraît 
l'indiquer  la  réflexion  très  amère  de  Valentinien, 
diacre  du  primat  schismatique  de  Carthage,  Primia- 
nus.  Mais  une  simple  équivalence  de  sons  ne  paraît 
pas  un  motif  suffisant  pour  identifier  cet  évêché, 
comme  le  font  Toulotte  et  Mesnage,  avec  la  Cephali- 
lana  Possessio  de  la  Passio  .SS.  Maximae,  Secundae  et 
Donatillae,  dans  Anal,  boll.,  ix,  1890,  p.  110-16  (cf. 
DoNATiLLA,  dans  D.  H.  G.  E.)..A  plus  forte  raison 
n'est-il  pas  permis  de  s'appuyer  sur  la  seule  identité  de 
sens  des  mots  en  grec  et  en  latin  pour  assimiler  la 
Cefalensis  à  la  Promontoriensis  ecclesia  dont  il  est 


I  question  dans  le  De  miraculis  S.  Stephani,  1.  I, 
!  c.  vu;  P.  L.,  xLi,  838. 

Morcelli,  Africa  clir.,  i,  Brixen,  1816,  clxiv,  p.  133.  — • 
Notilia  dignitatum,  éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  annot. 
p.  640.  —  Gams,  465.  — ■  Ch.  Tissot,  Géographie  comparée, 
II,  Paris,  1888,  p.  773.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés 
de  l'Afr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  86; 
Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  p.  1868.  —  Mgr  Tou- 
lotte, Géogr.  de  l'Afr.  chrét..  Proconsulaire,  Rennes-Paris, 
1892,  xxxiv,  p.  159-60.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris, 
1912,  p.  189-90. 

J.  Ferron. 

CEFALU,  ville  de  la  Sicile  septentrionale  (pro- 
:  vince  de  Païenne),  située  le  long  de  la  côte,  au  pied 
d'un  vaste  promontoire.  Son  diocèse,  qui  comptait, 
en  1948,  environ  140  000  âmes  réparties  en  32  pa- 
:  roisses,  est,  depuis  Pie  IX,  sufîragant  de  Palerme.  La 
i  date  de  fondation  de  ce  siège  est  inconnue.  A  l'époque 
i  byzantine,  il  dépendait  de  l'éparchie  de  Syracuse,  et 
\  c'est  comme  tel  qu'il  figure  dans  la  troisième  Notifia 
'  episcoporum,  composée  vraisemblablement  au  début 
de  la  querelle  iconoclaste.  Au  ix"  s.,  le  clerc  arménien 
Basile  le  mentionne  de  même  dans  sa  \otitia,  écrite 
■  vers  840.  On  en  perd  ensuite  la  trace,  et  il  ne  figure 
I  plus  dans  le  Diatopsis  de  Léon  VI.  Kii  838  et  en  858, 
'  Cefalù  eut  à  subir  deux  longs  sièges  et  se  rendit  aux 
,  Arabes.  Toutefois,  en  869,  un  Nicétas,  évêque  de 
i  Cefalù,  figure  parmi  les  |)rélats  qui  s'opposèrent  à 
l'intrusion  de  Photius,  lors  du  concile  de  Constanti- 
iioi)le.  Libérée  du  joug  musulman  en  1063,  Cefalù  ne 
!  re(levint  ville  épiscopale  qu'en  1131  (lettres  d'Ana- 
I  clet  11  dans  Jafîé-Loew.,  n.  8421.  8422).  Grâce  à 
'  Huggiero  11,  le  nouveau  siège  fut  doté  d'un  chapitre, 
qui  comprend  de  nos  jours  douze  chanoines,  six 
,  inansioniiaires  et  huit  bénéficiers.  La  construction 
;  d'une  vaste  cathédrale  fut  entreprise  par  les  soins  du 
;  même  souverain.  Fn  1223,  cédant  aux  injonctions  de 
Frédéric  II,  l'évèque  de  Cefalù  dut  abandonner  la 
Sicile.  Il  ne  put  recouvrer  ses  droits  sur  la  ville  et  le 
:  château  que  sous  le  pontificat  d'Alexandre  IV  et 
grâce  à  l'intervention  de  ce  pape.  Au  cours  des  âges, 
1  nombreux  furent  les  ordres  religieux  (bénédictins, 
I  dominicains,  frères  mineurs  [conventuels,  observants, 
observants  réformés,  capucins],  augustins,  frères  de 
S.  ,Jean  de  Dieu,  bénédictines,  ursulines)  qui  s'éta- 
blirent à  Cefalù  ou  dans  diverses  villes  du  diocèse, 
j  telles  que  Gratteri,  Polizzi,  ou  Santo  Stefano  de 
I  Camastra, 

IJ sic  des  évêques.  -  Gaucelme,  1 131-50.  —  Ardouin, 
1 150-59.  —  Bosson  de  Gorra,  1160-73.  —  Gui  d'Ana- 
gni,  1177-1193.  -  Benoît,  1193-95.  —  Jean,  1196- 
1215.  Ardouin,  1217-c.  1239.  —  Gaucelme,  1240.  — 
Richard  Grizetta,  1249-53.  —  Thomas  de  Butero, 
1253-54.  -  Jean  de  Stefano,  1254-59.  —  Jean  Fran- 
gigena,  1266.  —  Pierre.  1260-74.  —  Jean  de  Rome, 

j  1274-après  juin  1284.  —  Giunta  de  Palerme,  1284- 
déposé  en  1290.  -  -  Jacques  de  Nernia,  1304-23.  — 
Ruggiero  de  San  Giovanni,  1324.  —  Pierre  de  Caltagi- 
rone.  1342-'?  Galgano  de  Florence,  1342-51.  — 
Nicolas  de  Bocello,  1353.  —  Guillaume  de  Salomone, 
1388-97.  —  Julien  de  Mileto,  1406-10.  -  André  de 
Campisio,  1411-'?  —  (Antoine  de  Florence,  nommé  en 

j  1412  par  Jean  XXIII,  et  Philippe,  en  1414,  par 
Benoît  XIII].  —  Antoine  de  Ponticorona,  1422-1445. 
Luc  de  Sarzana,  1445-71.  —  Jean  Gatti,  1472- 

\  1475.  —  Bernard  Margarit,  1475-79.  —  Jean  Gatti, 
1479-84.  —  François  de  Noia,  1484-92.  François 
Orsini,  1492-'?  —  Paul  de  Cavalleria,  1495-96.  — 
Lazare,  1496.  —  Raynald  de  Montoro,  1496-1512.  — 

i  Jean  de  Requesens.  1512-17.  —  Jean  Sanchez,  1517- 
18.  —  Guillaume  Raymond  de  Vich,  card.  adminis- 

j  trateur,  1518-25.    -  François  d'Aragon,  1525-61.  - 

I  Antoine  Faraon,  1562-69.  —  Rodrigucz  de  Vadillo, 


47 


CEFALU  — 


CELANOVA 


4 


1569-78.  —  Octavien  Preconi  (ou  Premi),  1578-87.  — 
l'Yançois  Gonzague.  1587-94.  —  Nicolas  Stizzia,  1594- 
95.  —  Emmanuel  Quero  Turillo,  1596-1606.  —  Martin 
.Mira,  1607-20.  —  Étienne  Muniera,  1621-32.  —  Octave 
Braccioforte.'  1633-1638.  —  Pierre  Corsetto,  1638-44. 

—  Marc-Antoine  Gussio,  1644-50.  —  François  Gri- 
solfo,  1650-60.  —  Jean  Roano,  1660-73.  —  Matthieu 
Orlancii,  1673-95.  —  .Joseph  Saur,  1696-98.  —  Mat- 
thieu Muscella,  1702-23.  —  Dominique  Valguarnera, 
1732-51.  —  .\gatino  Riggio,  1751-55.  —  Joachim 
Castelli,  1755-88.  ~  François  Vanni,  1789-1803.  — 
Dominique  Spoto,  1804-09.  —  Jean  Sergio,  1814-27. 

—  Pierre  Tasca,  1827-39.  —  Visconte  Marie  Proto, 
1844-54.  —  Ruggiero  Blundo,  1854-88.  —  Gaétan 
d'Alessandro,  1888-1906.  —  Anselme  Ev.  Sansoni, 
1907-21.  —  Jean  Pulvicenti,  1922-33.  —  Émilien 
Cagnoni,  1934. 

V.  Amico  [trad.  G.  Dimarzo],  Dizionario  topografico 
délia  Sicilia,  Palerme,  1855,  i,  309-12.  —  CappeUetti,  xxi, 
540-47.  —  Carandino,  Descriptio  ecclesiae  Cefalaeditanae, 
Mantoue,  1592.  —  I.  Carini,  Un  codice  siilla  fondazione  del 
duomo  di  Cefalù,  dans  Arch.  st.  siciliano,  1883,  viii,  137- 
39.  —  M.  Gallina,  Chiesa  di  Cefalù,  série  cronologica  de' 
suoi  vescovi  dalla  fine  del  sec.  XVII  al  1900,  dans  La 
Sicilia  sacra,  1901,  lu,  241-49,  449-54;  1902,  iv,  75-78, 
264-73,  424-27.  —  H.  Gelzer,  Ungedruckte  und  ungenûgend 
verôffenllichte  Texte  der  Notitiae  episcopatuiim,  dans  Abh. 
der  k.  bayer.  Akad.  der  Wiss.,  1901,  xxi,  5.50-51,  553.  — 
G.  Parthey,  Hierocles  Synecdenios  et  notitiae  graecae  epi- 
scopatuum,  Berlin,  1866,  p.  178.  —  F.  Pirri,  Sicilia  sacra, 
.3«  éd.,  Palerme,  1733,  ii,  792-840.  —  A.  Salinas,  Di  alcune 
iscrizioni  cefal.  del  s.  XIII,  dans  Arch.  st.  siciliano,  1879, 
IV,  328-37.  —  G.  Samona,  Il  duomo  di  Cefalii,  Rome, 
1939.  —  R.  Starrabba,  I  diplomi  di  fondcczione  di  chiese 
episcopali  di  Sicilia,  dans  Arch.  st.  siciliano,  1893,  xviii, 
131-33. 

M. -H.  Laurent. 
CEIÇA,  Ceyza,  Sejicia,  Sertia,  Sazeta,  etc.,  an- 
cienne abbaye  située  au  diocèse  de  Coïmbre,  Portugal, 
près  de  l'embouchure  du  Mondego.  A  l'origine,  simple 
oratoire  dédié  à  une  Vierge  miraculeuse;  le  roi 
Alphonse  I'"''  y  crée  une  abbaye  qu'occupent  d'abord 
les  moines  bénédictins  venus  de  Lorban,  et  que  rem- 
placent en  1195  des  cisterciens  d'AIcobaça  appelés 
|)ar  Sanche  I".  Dès  1198,  l'abbé  recevait  des  déléga- 
tions pontificales.  Dans  la  suite,  le  nom  des  abbés  de 
Ceiça  fut  rappelé  plus  d'une  fois  dans  les  décrets 
capitulaires  et  pas  toujours  de  façon  laudative.  En 
1565  les  abbés  de  Ceiça  et  de  Tamarès  sont  nommés 
visiteurs  et  réformateurs  pour  les  maisons  cister- 
ciennes du  Portugal;  une  lettre  du  chapitre  général  les 
faisait  accréditer  à  ce  titre  auprès  du  pouvoir  civil. 
L'abbaye  disparut  au  début  du  liiK^  siècle. 

Archives,  cf.  Erdmann,  Papsturkunden  in  Portugal, 
Berlin,  1927,  p.  85,  130.  —  Ant.  Brandào,  Monarchia 
Lusitana,  Lisbonne,  1632,  m,  p.  201;  iv,  p.  55.  —  Cisterc. 
Chronik,  1910,  p.  187  (texte  d'une  supplique  du  20  juill. 
1347).  —  D'Achery,  Spicilegium,  m,  Paris,  1723,  p.  558. 

—  Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  199.  — 
Potthast,  Reg.,  217,  218.  —  Statttta  cap.  gen.  ord.  cisterc, 
éd.  Canivez,  Louvain,  1933-41,  i-viii,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CE  ILLIER    (Dom   Remy),   bénédictin   de  S.- 
Vanne,  théologien  et  historien  français  (1688-1763). 
Voir  D.  T.  C,  ii,  2049-51. 

CEITINN  (Geoffkkv),,  Keaiing  Sealhrùn, 
prêtre,  poète,  historien,  et  écrivain  irlandais.  II  naquit 
à  Burges,  dans  le  comté  de  Tipperary,  d'une  famille 
d'origine  normande  (fils  d'Étienne),  vers  1570.  A  cause 
de  la  persécution  qui  sévissait  alors  contre  les  catho- 
liques, Ceitinn  alla  étudier  sur  le  continent  et  conquit, 
à  Bordeaux,  le  doctorat  en  théologie.  Vers  1610,  il 
regagna  l' Irlande  où  il  travailla  pendant  une  quaran- 
taine d'années  dans  des  circonstances  dilTiciles,  obligé 


qu'il  fut  de  se  déguiser  pour  échapper  aux  persécute»  i 
protestants.  Il  composa  plusieurs  œuvres  de  poésii 
d'ascétique,  de  prédication  en  langue  irlandaise  don. 

le  style  reste  un  modèle  pour  la  prose  irlandaise.  >i 

Entre  1628  et  1640,  il  rédigea  un  ouvrage  historique  64 
de  toute  première  importance  pour  l'histoire  primitive 

d'Irlande,  qui  va  de  l'antiquité  au  règne  de  Henri  II  C 

d'Angleterre.  Ceitinn  s'y  révèle  comme  un  compila-  lif 

teur  diligent  mais  manquant  de  sens  critique.  'Tou-  «' 

tefois  il  a  utilisé  des  mss.  maintenant  perdus,  et  de  ce  rei 

chef  son  témoignage  est  très  précieux.  Il  mourut  un  pc 

peu  avant  1650  et  fut  enterré  à  Tubrid  dans  une  tii 

église  qu'il  avait  lui-même  érigée.  ui 

On  possède  des  travaux  de  Ceitinn  plusieurs  édi-  sii 

fions  avec  traduction  anglaise.  Ses  poèmes  religieux  ff 

ont  été  édités  par  le  R.  P.  J.  Mac  Erlean,  Dânla  m 

amhrâin  is  caointe  Sheathrûin  Ceitinn,  Dublin,  1900.  0 

Sa  Défense  de  la  messe  ( Eochair-sgiath  an  aijrinn)  fut  1( 

publiée  par  P.  O'  Brien,  Dublin,  1898;  un  autre  ^ 

ouvrage  ascétique  très  populaire.  Les  trois  dards  de  la  S 

mort,  a  été  édité  par  R.  Atkinson  (Tri  bior-qhaoithe  V 

nn  bhàis.  Dublin,  1890)  et  plus  récemment  par  O.  Ber-  p 

gin,  Dublin,  1931.  Son  ouvrage  sur  l'histoire  de  l'Ir-  î 

lande  a  été  traduit  en  anglais  par  Dermot  O'  Connor  ) 
(Dublin,  1723)  et  par  John  O'  Mahony  (New- York, 

1868).  La  meilleure  édition  a  été  faite  par  D.  Comyn  e 

et   P.   Dinneen  avec  traduction  anglaise,   Dublin,  ( 

Irish  Texts  Society,  en  4  vol.,  1902-14.  | 

Pour  la  bibliographie,  voir  R.-I.  Best,  Bibliography  of 
Irish  philology  and  of  printed  and  manuscript  literature,  ' 
Dublin,  I,  202,  248,  255;  n,  n.  758,  1696,  1702,  2041, 
2042,  2116-2118. 

F.  O'  Briain. 
CÉLADION,  évèque  d'Alexandrie  au  ii^  s.  I 
Eusèbe,  H.  E.,  IV,  xi,  6,  nous  apprend  que  Céladion 
succéda  à  Marc  sur  le  siège  épiscopal  d'Alexandrie;  et 
il  ajoute,  un  peu  plus  loin,  H.  E.,  IV,  xix,  qu'après 
un  épiscopat  de  quatorze  ans  il  fut  remplacé  par 
Agrippinus.  II  place  l'élection  d'Agrippinus  la  huitième 
année  de  Marc-Aurèle,  soit  en  167-68;  l'élection  de 
Céladion  serait  donc  à  placer  en  153-54.  On  ne 
connaît  rien  de  son  épiscopat. 

G.  Bardy. 

CELANOVA  (S.  Salvador),  Cella  nova,  Caelum 
novum  (?),  abbaye  bénédictine  du  diocèse  d'Orense 
(Espagne).  Ses  origines  sont  bien  connues  :  elle  fut 
fondée  par  S.  Rudesind,  évêque  de  Mondoiiedo,  vers 
937,  dans  la  localité  de  Villar,  située  dans  l'une  des 
plus  belles  régions  de  la  Galice  et  donnée  au  fonda- 
teur par  son  frère,  Froilân  Gutiérrez,  par  diplôme  daté 
du  12  sept.  936.  Ses  premiers  habitants,  avec  son 
premier  abbé  Franquila,  vinrent  de  S. -Étienne  de 
Rivas  de  Sil.  Dès  le  commencement,  elle  fut  richement 
dotée  par  la  famille  Gutiérrez  et,  durant  tout  le  bas 
Moyen  Age,  par  les  rois  de  Galice,  de  Léon  et  de 
Castille.  Elle  devint  ainsi  une  des  plus  importantes 
abbayes  d'Espagne,  et  son  abbé  exerçait  la  juridic- 
tion sur  plus  de  50  monastères,  ainsi  que  sur  un  grand 
nombre  d'églises  et  d'hôpitaux,  tant  en  qualité  d'abbé 
de  Celanova  qu'en  celle  d'archidiacre  d'Orense.  Ses 
domaines  étaient  considérables  et  ses  serfs  si  nom- 
breux que  la  charge  d'avoué  ou  Pertiguero  fut,  pendant 
plusieurs  siècles,  très  sollicitée  par  les  principales  fa- 
milles de  la  région  :  Arjona,  Ulloa,  Noboa,  Maceda, 
etc. 

Le  monastère  dépendait  d'abord  de  l'évêquc 
d'Orense,  puis  fut  placé  sous  la  juridiction  directe  du 
S. -Siège.  Avec  VEncomienda.  C.  perdit  beaucoup  de 
son  importance;  pour  se  soustraire  à  ce  fléau,  il  s'unit 
le  28  juill.  1506  à  la  congrégation  de  Valladolid.  Le 
dernier  abbé  commeiidataire  fut  le  cardinal  Jean 
de  Colonna. 

Dans  la  congrégation  de  Valladolid,  il  joua  aussi  un 


49 


CELANOVA 


—  CELE 


50 


rôle  important;  en  1538,  il  devint  le  siège  d'un  des 
collèges  de  la  congrégation;  d'après  le  chapitre,  il 
compta,  en  1563,  40  moines  et  ses  dépenses  annuelles 
s'élevèrent  à  600  000  maravedis;  en  1614,  il  avait 
64  moines  et  en  1785  environ  71. 

Une  pieuse  tradition  nous  parle  de  la  translation  à 
C.  du  corps  de  S.  Torquatus,  l'un  des  varones  aposlô- 
licos  et  premier  évèque  de  Guadix  (v.  P.  David,  op. 
cit.,  235);  sous  Philippe  II,  les  habitants  de  Guadix 
reçurent  des  reliques  de  ce  saint.  D'autre  part,  l'abbaye 
posséda  quelques  lettrés  de  renom.  Ses  archives  men- 
tionnent un  Egeredus  Magister,  un  JuUanus  Magister, 
un  Argimirus  Magister,  etc.;  une  donation  de  1087 
signale  l'abbé  Pelayo  qui  était  Abbas  doclorum  mona- 
ctiorum;  en  1189  le  prieur  Ordono  termina  son  Expo- 
mogeron  ou  Rational  des  ofTices  divins;  ce  même 
Ordono  composa  la  Vie  de  S.  Rudesind.  Parmi  ses  fils 
les  plus  renommés  à  l'époque  moderne,  il  faut  citer 
Alvaro  de  Sotomayor,  Rosendo  Mùjica  et  Ferdinand 
Sotomayor,  tous  trois  abbés  généraux  de  la  Congr.  de 
Valladolid;  l'écrivain  Benoît  Uria,  général  lui  aussi, 
puis  évêque  de  Ciudad  Rodrigo,  Maure  de  Somoza  et 
Pierre  Blanco,  enfin  Antoine  de  Sotomayor,  abbé  de 
Montserrat  de  Praga  et  évèque. 

Liste  des  abbés.  —  Après  beaucoup  de  recherches 
dans  VArchivo  de  la  congr.  de  Valladolid,  dans  les 
Capitulas  générales  et  les  Visitas  de  la  même  congré- 
gation, qui  se  trouvent  aujourd'hui  au  monastère  de 
Silos  (Burgos),  nous  avons  pu  reconstruire  la  liste 
presque  complète  des  abbés  de  C.  depuis  1508.  La  série 
des  abbés  antérieurs  à  cette  date  est  empruntée  à  la 
Coronica  de  Yepes.  —  Franquila  (937-59).  —  S.  Ru- 
desind (959-77).  —  Manilano  (977-1002).  —  Diego 
(986,  1006).  —  Hermenegildo  (1006-30).  —  Aloito  I 
(1030-54).  —  Arriano  I  (1054-65).  —  Pelavo  I  (1076). 

—  Gonzalo  (1080).  —  Pelayo  II  (1086-87)  .—  Pedro  I 
(1090-1118).  —  Aloito  II  (1126-34).  —  Pelayo  III 
(1140-56).  —  Arriano  II  (1156-58).  —  Pedro  II 
(t  1165).  —  Pelayo  IV  (1196).  —  Gômez  (1216).  — 
Pedro  III  (1226).  —  Fernân  Lôpez  (f  1239).  — 
Alonso  Arias  (1262-82).  —  Esteban  Femândez  (1312). 

—  Munio  (1321).  —  Pedro  IV  (1328).  —  Juan  Pérez 
(1342).  —  Fernân  Pérez  (t  1362).  —  Alvaro  (f  1391). 

—  Martin  de  Orozco  (1508).  —  Rodrigo  Campuzano 
(1524;  1528).  —  Juan  de  Peiialver  (1532).  —  Francisco 
de  Valladolid  (1538).  —  Dionisio  de  Hontiberos  (1541  ; 
1544).  —  Alfonso  de  Valladolid  (1548).  —  Miguel  de 
Guimeranes  (1550).  —  Diego  de  Lerma  (1552).  — 
Andrés  de  Zamora  (1553).  —  Miguel  de  Zamora 
(1556).  —  Rosendo  de  San  Martin  (1561)  —  Juan 
Sarmiento  (1562;  1588)  —  Antonio  de  Chantada 
(1565;  1568;  1577).  —  Francisco  del  Campo  (1580; 
1583).  —  Pedro  de  Castro  (1585).  —  Juan  de  Aren- 
zana?  (1589).  —  Jerônimo  de  Gante  (1592).  —  Clau- 
dio Tenorio  (1595).  —  Alonso  de  Santalla  (1598).  — 
Francisco  Gutiérrez  (1601;  1610).  —  Diego  de  Estre- 
miaiia  (1604).  —  Pedro  de  Hoyos  (1607;  1617;  1625). 

—  Alvaro  de  Sotomayor  (1613;  1621).  —  Pedro  Deza 
(1629).  —  Gabriel  de  Puga  (1633).  —  Torcuato  Ortiz 
(1637;  1645).  —  Leandro  Salvador  (1641;  1657).  — 
Leandro  Noguerol  (1649).  —  Rosendo  Mùjica  (1653; 
1661;  1673;  1681;  1685).  —  Mauro  Velâzquez  (1665). 

—  Jeronimo  de  Solis  (1669).  —  Mauro  de  la  Parra 
(1677).  —  Francisco  de  Lamadrid  (1689).  —  José  de 
Arriaga  (1693;  1709).  —  Manuel  de  Pimentel  (1697). 

—  Benito  Pazos  (1701).  —  José  Sotelo  (1705:  1713; 
1721).  —  Antonio  Ecuejo  (1717).  —  Juan  de  Villa- 
marin  (1725;  1745).  —  Pedro  Blanco  (1729;  1737).  — 
Pablo  Monroy  (1733).  —  Benito  Gesto  (1745).  — 
Antonio  Sanz  (1749;  1757).  —  Juan  de  Puga  (1753).  — 
Miguel  Francos  (1761;  1777).  —  Fulgencio  Bovles 
(1765).  —  Benito  Uria  (1769).  —  Simôn  Robles 
(1773).  —  Anselme  Bara  (avant  1781).  —  Fernando 


Monténégro  (1781).  —  José  Lanza  (1785).  —  José 
Albareda  (1789).  —  Manuel  Caballero  (1793).  — 
Mauro  Campo  (1797).  —  Lorenzo  Feijôo  (1801;  1814). 

—  Félix  Vitorero  (1805;  1827).  —  Aniceto  Pastor 
(1818).  —  Vicente  Valcarce  (1824).  —  Bonifacio 
Ruiz  (1832). 

Archive  de  la  congreg.  de  Valladolid,  i,  237,  303;  n, 
33;  XX,  149;  xxil,  222;  .xxv,  87,  448;  xxvi,  204,  230,  349; 
XXIX,  51;  XXXIII,  297;  xxxiv,  258;  xxxv,  584,  607; 
XXXVI,  301.  —  Capit.  gêner,  y  partie,  de  la  Congr.  de  Vall.; 
Visitas  gêner,  de  la  Congr.  de  Vall.;  Mémorial...  Congr.  de 
S.  Benito  de  Vall.,  passim.  — ■  Madoz,  Dicc.,  vi,  1847, 
p.  298.  —  Flôrez,  E.  S.,  xvii,  21-26.  —  Mabillon,  Ann.,  1749, 
iii,  424,  584,  634,  646;  iv,  136;  v,  428.  —  Id.,  Acta 
sanct.  O.  S.  B.,  1733,  vu,  514-35.  —  Chevalier,  T.  B., 
s.  i).  — •  Cottineau,  s.  v.  —  P.  David,  Études  hist.  sur  la 
Galice  et  le  Portugal  du  VI'  au  XII"  s.  (Coll.  portug.  pu- 
bliée sous  le  patron,  de  l'Inst.  fr.  au  Portugal,  7*  vol.), 
Lisbonne  et  Paris,  1947. 

F.  PÉREZ. 

CELE  (Jean).  Un  des  premiers  promoteurs  de  la 
«  Dévotion  moderne  »,  né  à  ZwoUe  (Pays-Bas)  d'une 
famille  notable  de  cette  ville,  entre  1340  et  1345. 
Après  de  bonnes  études  dans  sa  ville  natale,  et  proba- 
blement à  Deventer,  Paris  et  Prague,  il  fut  fait  recteur 
de  l'école  paroissiale  de  Zwolle,  qu'il  sut  développer 
et  rendre  prospère;  sa  renommée  y  attira  jusqu'à  mille 
élèves.  C'était  aussi  un  musicien  qui  fut  maître  de 
chœur  et  organiste.  Gérard  Groote  et  lui  se  rencon- 
trèrent probablement  à  Munikhuzen,  chartreuse  dont 
Eger  Calcar  était  prieur,  en  1374-75,  et  nouèrent  dès 
lors  une  fervente  amitié.  Ensemble  ils  se  rendent  à 
Groenendael  auprès  de  Jean  Ruysbroeck  qui  conquiert 
Cele  à  son  idéal  mystique  et  lui  apprend  que  le 
thiois  peut  servir  à  exprimer  les  plus  hautes  doctrines 
spirituelles.  C'est  sans  doute  à  son  exemple  que  Cele 
abandonne  le  latin  dans  ses  sermons  aux  clercs  et 
devient  ainsi  le  créateur  de  la  langue  dévote  et  le 
propagandiste  de  la  «  Dévotion  moderne  »,  en  accord 
avec  Gérard  Groote.  Il  contribua  à  la  fondation,  en 
1394,  à  Zwolle,  d'une  maison  de  Frères  de  la  Vie  com- 
mune, mais  lui-même  n'en  fit  point  partie.  Tandis  que 
Gérard  Groote  disparaît  de  la  scène,  frappé  de  suspense 
par  l'évêque  d'Utrecht  (1383)  et  enlevé  par  la  mort 
(1384),  Cele  continuait  son  œuvre  de  façon  plus  dis- 
crète et  peut-être  plus  efficace,  dans  la  direction  de  son 
école  et  ses  instructions  dominicales;  Zwolle  compta 
bientôt  deux  maisons  de  Frères  et  cinq  de  Sœurs  de  la 
Vie  commune.  A  la  suite  de  conflits  entre  l'autorité 
religieuse  et  le  magistrat  de  Zwolle,  Cele  dut  quitter 
son  école,  dont  la  ville  se  saisit.  C'était  en  1 115.  Cele 
mourut  peu  après,  au  début  de  mai  1417,  et  fut  enterré 
chez  les  chanoines  réguliers  de  Windesheim,  le  9  mai 
de  cette  même  année. 

Il  laissait  un  ms.  de  ses  sermons,  au  nombre  de  46, 
auxquels  d'autres  s'ajoutèrent,  jusqu'à  un  total  de  59. 
Quoique  anonymes,  leur  authenticité  ne  fait  point  de 
doute.  Ils  correspondent  exactement  à  la  description 
qu'en  a  faite  Jean  Busch  ;  on  y  trouve  détaillés,  à  l'in- 
tention de  ses  élèves,  les  principes  et  les  méthodes 
pratiques  de  la  «  Dévotion  moderne  »,  avec  quelques 
allusions  aux  doctrines  mystiques  de  Ruysbroeck. 

Des  lettres  que  Gérard  Groote  lui  envoya,  on  retire 
l'impression  que  Cele  était  d'un  tempérament  hésitant 
et  porté  au  scrupule. 

Les  sermons  de  Cele  se  trouvent  en  ms.  aux  Archives 
communales  de  Zwolle,  série  11,  ms.  1;  éd.  partielle  par 
Th.-J.  De  Vries,  Duutsche  sermoenen  door  Magister  Joan 
Cele,  Zwolle,  1949.  —  Registrum  Zwollense,  et  Sfadsreke- 
ningen,  mêmes  archives.  —  Thomas  a  Kempis,  Clironicon 
Montis  S.  Agnetis,  éd.  Pohl,  Opéra,  vu,  509  sq.  —  .J.  Busch, 
Clironicon  Windesemense,  éd.  K.  Grube,  i,  29;  ii,  68-71. 

—  Id.,  De  reformatione  monasteriorum,  même  éd.  —  .Jac. 
de  Voecht,  Narratio  de  inchoatione  clericorum  in  Zwollis, 
éd.  Schoengen,  Amsterdam,  1908,  passim.  —  Gerardi 


51 


CELE 


—  CELERINA 


52 


Magni  epistolae,  éd.  Mulders,  Anvers,  1933,  lettres  10,  11, 
13,  14,  18,  32,  33,  34,  48  et  64,  et  passim.  —  Acquoy,  Het 
klooster  te  Windesheim,  Utrecht,  1875-1880, 1. 1,  217,  n.  5  et 
passim.  —  Schoengen,  Die  Scbule  von  Zwolle,  Fribourg-en- 
Br.,  1898,  p.  27  sq.  —  R.  Post,  De  moderne  Devolie,  Amster- 
dam, 1940.  —  Th.-J.  De  Vries,  Gildewoelingen  en  interdUcl, 
dans  VersI.  en  mededel.  van  Overrijs.  Rechi  en  Geschiedenis, 
1945  et  1946,  fasc.  60  et  61  ;  2"  série,  36  et  37.  —  Le  même. 
De  stille  straat,  Zwolle,  1946.  —  Nieuw  Ned.  biogr.  woordenb., 
IV,  407-408. 

P.  Debongnie. 

CELE I A,  aujourd'hui  Cely,  antérieurement  Cillij, 
en  Yougoslavie  (Slovénie),  une  des  cités  de  l'ancien 
Norique,  fut  le  siège  d'un  évêché  dont  on  ignore  la 
date  de  fondation,  mais  dont  l'existence  est  attestée 
au  vi«  s.  par  deux  de  ses  titulaires,  les  seuls  qui  soient 
connus  et  dont  le  second  paraît  avoir  été  le  dernier. 
Le  premier  des  deux,  Gaudentius,  n'est  connu,  et 
depuis  peu  de  temps,  que  par  une  inscription  décou- 
verte dans  le  voisinage  de  la  ville  et  qui  a  été  publiée 
par  Rudolf  Egger  (Eine  altchristliche  Bischofsinschrift, 
dans  les  Milleilungen  des  Vereines  klassischer  Philolo- 
gen  in  W'ien,  iv,  1927).  C'est  une  épitaphe  métrique 
acrostiche,  dont  les  lettres  initiales  des  huit  vers  qui  la 
composent  donnent  le  nom  Oaiidenti.  Elle  présente  de 
lui  un  éloge  assez  banal,  qui  ne  fournit  aucun  rensei- 
gnement utile  sur  sa  personne  et  sa  vie,  ni  même  sur 
l'époque  à  laquelle  celle-ci  doit  être  rapportée.  Seule 
la  paléographie  permet  de  l'attribuer  au  vi^  s.  Comme 
il  n'y  est  fait  aucune  allusion  à  un  événement  de 
quelque  importance  qui  aurait  marqué  l'épiscopat  de 
Gaudentius,  on  peut  penser  qu'il  a  dû  correspondre  à 
la  période  du  vi°  s.  antérieure  aux  troubles  qui  en 
ont  marqué,  pour  les  cvêchés  de  l'Illyricuni  occiden- 
tal, le  dernier  tiers. 

A  cette  ultime  période  au  contraire  se  place  l'épisco- 
pat du  second  titulaire  du  siège  de  Celeia  dont  le  nom 
soit  parvenu  jusqu'à  nous  :  Johannès.  Son  histoire  fut 
assez  mouvementée,  et  le  siège  antique  de  Celeia 
semble  avoir  disparu  avec  lui.  On  lit  la  signature  de 
Johannès  au  bas  des  Actes  d'un  douteux  concile  qui 
se  serait  tenu  à  Grado  en  579  (Mansi,  iv,  923  sq.), 
sous  la  présidence  du  patriarche  Hélie  d'Aquilée  et 
aurait  marqué  une  reprise  des  relations  avec  Rome 
d'une  partie  des  évêques  illyriens  i)articipant  au 
schisme  d'Aquilée,  consécutif  à  la  querelle  des  Trois 
Chapitres;  mais  tous  les  documents  authentiques 
connus  montrent  au  contraire  en  cette  année  Hélie 
encore  en  état  d'hostilité  vis-à-vis  de  Rome  et  il 
devait  en  être  de  même  des  titulaires  des  sièges  qui 
gravitaient  autour  du  sien.  Mais,  lors  du  concile  de 
Marano,  en  589  ou  590,  Johannès  de  Celeia  appuya  le 
successeur  d'Hélie,  Sévère,  rentré  momentanément 
dans  la  communion  romaine,  sous  la  pression  de 
l'exarque  byzantin  Smaragde. 

Il  semble  que  cette  séparation  d'avec  les  schisnia- 
tiques  ait  valu  à  Jean  de  Celeia  l'hostilité  de  ses 
collègues  illyriens  persévérant  dans  leur  opposition  à 
Rome.  Chassé  en  effet  de  son  siège  par  l'invasion 
avare  et  réfugié  à  Citta  Nova  en  Istrie,  il  en  fut 
expulsé  par  r«  évêque  d' Istrie  c.-à-d.  l'évêque  du 
diocèse,  à  moins  que  ce  n'ait  été  par  le  patriarche 
même  d'Aquilée,  métropolitain  d'istrie,  retourné  au 
schisme.  On  ignore  la  suite  de  son  histoire.  Et  l'on  ne 
sait  rien  d'autre  non  plus  sur  la  suite  immédiate  de 
celle  de  Celeia  tombée  sous  la  domination  avare. 

Mais  on  doit  signaler  qu'on  y  a  retrouvé  les  restes 
d'une  basilique  de  32  m.  de  long,  dont  le  sol  portait 
un  pavement  de  mosaïque,  où  quelques  lettres  dessi- 
naient les  noms  de  divers  personnages  de  l'Église 
locale,  le  diacre  .Justinianus,  le  scholaslicus  Léo,  le 
clarissime  Marcellinus  et  un  Syrien  d'origine  nommé 
Abraham.  Ces  inscriptions  semblent  dater  du  V  ou  du 
VI''  s.  Le  monument  lui-même  paraît  avoir  été  détruit 


I  par  le  feu,  vraisemblablement  lors  des  invasions 
avares  qui  dévastèrent  le  Norique  à  la  fin  du  vi^  s.  et 
mirent  fm,  pour  un  temps,  à  la  Celeia  chrétienne. 

Paul  Diacre,  Histor.  Langobardor.,  m,  26.  —  Mansl,  ix, 
155.  —  C.  /.  L.,  m,  14368,  14368',  14368»,  14368".  — 
Sur  tout  ceci,  outre  l'article  cité  de  R.  Egger,  cf.  J.  Zeiller, 
Les  origines  chrétiennes  dans  les  provinces  danubiennes  de 
l'Empire  romain,  Paris,  1906. 

.J.  Zeiller. 
CELENDERIS  (KeAévSepis),  évêché  de  la  pro- 
vince d'Isaurie,  dépendant  de  Séleucie.  Les  Phéniciens 
fondèrent  en  cet  endroit  un  comptoir  fortifié,  mai.s  la 
légende  grecque,  rapportée  par  Apollodore,  III,  iv,  3. 
en  attribue  la  création  à  Sandocos,  fîls  d'Astynous  et 
petit-fils  de  Phaéton.  La  ville  fut  plus  tard  colonisée 
par  les  Samiens.  Elle  n'eut  jamais  une  grande  impor- 
I  tance  et  son  port  servait  surtout  au  cabotage.  A 
l'époque  gréco-romaine,  elle  s'enrichit  de  monuments 
d'une  certaine  élégance,  comme  on  peut  en  juger  par 
les  sarcophages  et  l'arc  de  triomphe  que  l'on  voit  sur 
son  emplacement  à  Kelenderi  (ou  Celendere). 
I  On  ne  sait  à  quelle  époque  Celenderis  fut  doté  d'un 
'  évêché.  Peut-être  ne  fut-ce  qu'au  iv»  s.  On  n'en  con- 
naît que  quatre  titulaires  :  Musonius,  qui  assista  au 
concile  œcuménique  de  Constantinople  en  381  (Mansi, 
III,  570  A);  Julien,  qui  prit  part  à  celui  de  Chalcédoine, 
451  (Mansi,  vi,  569  A,  944  B,  1089  E;  vu,  37  CD, 
121  A,  144  A);  c'est  certainement  le  même  personnage 
qui  signa  en  458  la  lettre  des  évêques  d'Isaurie  à  l'em- 
pereur Léon  après  le  meurtre  de  Protérius  d'Alexan- 
drie, bien  que  le  texte  latin,  le  seul  qui  nous  soit 
jiarvenu,  porte  Jules  (Mansi,  vu,  563  C);  Pierre  fut  un 
des  membres  du  concile  in  Trullo  (691-692)  (Mansi, 
XI,  1000  A);  Eusèbe  prit  part  au  second  concile  de 
Nicée  (787)  (Mansi,  xii,  999  A,  1110  A;  xiii,  149  D. 
373  C,  397  B).  Un  cinquième,  dont  le  nom  est  resté 
inconnu,  fut  sacré  par  Photius  et  traduit  pour  ce  fait 
devant  le  huitième  concile  œcuménique  comme  adver- 
saire d'Ignace  (869). 

Le  titre  de  Celenderis  ne  semble  encore  avoir  été 
conféré  que  deux  fois  dans  l'Église  romaine,  en  fa- 
veur de  :  Mgr  François-Xavier  Vogt,  St-Esp.,  élu  le 
25  juin.  1906,  vicaire  apostolique  de  Bagomoyo  à  la 
même  date,  administrateur  du  vicariat  apostolique  du 
Cameroun  en  avr.  1922,  vicaire  apostolique  du  Came- 
roun (act.  Yaoundé)  le  1"  mai  1923;  t  24  févr.  1943; 
—  Mgr  René-Désiré-Romain  Boisguérin,  vie.  ap.  de 
Suifu,  élu  le  10  janv.  1946. 

V.  Cuinet,  La  Turquie  d'Asie,  ii,  Paris,  1892,  p.  81.  — 
L.-M.  Alishan,  Le  Sissouan,  Venise,  1899,  p.  384-85.  — 
Boite,  Kelenderis,  dans  Realencyclopàdie  (Pauly-Wissowa), 
XI',  137-138,  —  Lequien,  ii,  1015-1016.  —  ^nn.  pon<.,  1916, 
p.  365. 

'  R.  Janin. 

CELER.  Voir  Cehealis. 

CELERINA  (Sainte),  une  des  plus  anciennes 
martyres  de  Carthage,  grand'mère  du  saint  lecteur 
Celerinus  (cf.  plus  loin  ce  mot).  Nous  ne  possédons  ni 
les  Actes  ni  la  date  précise  de  son  martyre;  tous  nos 
renseignements  se  limitent  à  un  passage  nécessaire- 
ment très  laconique  d'une  lettre  de  S.  Cyprien. 
Epist.,  XXXIX,  3,  §  1,  éd.  G.  Budé,  i,  99;  éd.  Hartel, 
p.  583;  P.  L.,  IV,  322-23  (epist.  xxxiv)  :  Avia  eius 
Celer ina  iam  pridem  martyrio  coronala  est.  Item  patruus 
eius  et  avunculus  Laurcntinus  et  Egnatius  in  castris  et 
ipsi  qiiondam  saeciilaribus  militantes,  sed  vert  et  spiri- 
tales  Dei  milites,  dum  diabolum  Christi  confessione 
prosternant,  palmas  Domini  et  coronas  inlustri  passione 
meruerunt.  Sacripcia  pro  eis  semper,  ut  nieministis, 
offerimus,  quoliens  martijrum  passiones  et  dies  anniver- 
saria  commemoratione  celebramus.  Il  faut  écarter,  avec 
les  Bollandistes,  A.  S.,  févr.,  i,  325,  la  persécution  de 


53 


CELERINA  —  CELERINUS 


54 


Dèce,  puisque  c'est  au  cours  de  cette  dernière  que 
l'évêque  rappelle  à  son  clergé  et  à  ses  fidèles  l'habitude 
qu'ils  ont  d'offrir  des  sacrifices  au  jour  anniversaire 
des  passions  de  Celerina  et  des  oncles  de  Celerinus, 
Laurentinus  et  Egnatius.  Dans  l'ensemble  les  historiens 
modernes  placent,  avec  Monceaux  {Hist.  litt.,  ii, 
Paris,  1902,  p.  70),  les  trois  martyres  sous  Septime- 
Sévère.  S.  Cyprien  sépare  pourtant  très  nettement  le 
couronnement  de  Celerina  de  celui  des  deux  autres 
par  l'adverbe  de  temps  iam  pridem,  qui  ne  porte  que 
sur  le  premier.  Ces  trois  morts  glorieuses  ne  peuvent, 
d'autre  part,  trouver  place  qu'entre  les  Scillitains, 
auxquels  Tertullien  {Scap.,  ni)  attribue  la  priorité 
pour  ce  genre  de  combat  en  Afrique,  et  la  persécution 
de  Scapula  (212-13)  sous  Caracalla  :  l'Église  d'Afrique 
connaît  ensuite  une  longue  période  de  paix,  comme  le 
confirment  les  défections  si  nombreuses  provoquées 
par  la  seule  promulgation  de  l'édit  de  Dèce  (Mon- 
ceaux, op.  cit.,  I,  47).  Nous  sommes  par  suite  amenés  à 
mettre  la  passion  de  Laurentinus  et  celle  d'Egnatius 
au  moins  sous  Caracalla.  C'est  à  peine  si  une  dizaine 
d'années  nous  sépare  de  la  mise  en  application  de 
l'édit  de  Septime-Sévère,  durée  qui  ne  paraît  pas 
suffisante  pour  légitimer  l'emploi  du  terme  comparatif 
iam  pridem.  Avant  l'édit  de  202,  les  chrétiens 
d'Afrique,  depuis  le  proconsul  Saturninus  (180),  ne 
sont  mis  à  mort  qu'en  vertu  des  rescrits  des  Antonins; 
les  magistrats  donnent  nettement  l'impression  de 
n'agir  que  lorsqu'ils  ne  peuvent  vraiment  faire  autre- 
ment, comme  on  le  voit  dans  l'affaire  des  Scillitains; 
lorsque  la  populace,  révoltée  contre  les  disciples  du 
Christ,  essaie  de  faire  pression  sur  les  représentants  de 
Rome,  ceux-ci  font  manifestement  traîner  les  choses 
en  longueur,  en  se  contentant  d'emprisonner  un  cer- 
tain nombre  de  chrétiens,  ces  martyres  designati  de 
Tertullien.  Le  cas  «  Celerina  »  paraît  bien  être  une 
répétition  de  celui  des  Scillitains,  et  devoir  se  placer, 
selon  les  exigences  du  iam  pridem,  à  une  date  assez 
rapprochée  de  cette  première  exécution  africaine.  De 
cette  façon  se  trouve  expliquée  aussi  et  surtout  l'asso- 
ciation de  Celerina  aux  Scillitains  comme  patrons 
d'une  basilique  de  Carthage  mentionnée  par  Victor 
de  Vite  (Hist.  perseculionis,  i,  3,  éd.  Petschenig,  p.  5)  : 
Celerinae  vel  Scillitaiiorum,  avec  une  évidente  priorité 
de  Celerina  sur  les  provinciaux  de  Scilli  dans  la  véné- 
ration des  Carthaginois,  ses  concitoyens;  l'hypothèse 
de  la  désignation  de  l'église  par  sa  fondatrice  n'est  pas 
à  écarter  (Comm.  Martyr.  Hieron.,  dans  A.  S.,  nov., 
éd.  Delehaye  et  Quentin,  p.  76;  cf.  aussi  H.  Delehaye, 
Les  origines  du  culte  des  martyrs,  Bruxelles,  1933, 
p.  379);  mais  elle  paraît  peu  probable,  n'étant  d'ail- 
leurs appuyée  sur  rien.  Les  deux  autres  membres  de  la 
famille  de  Celerinus  peuvent  avoir  souffert  sous  Sep- 
time-Sévère; le  iam  pridem  garde  encore  tout  son  sens. 
Il  n'est  d'ailleurs  pas  sûr  qu'ils  appartiennent  l'un  et 
l'autre  à  la  même  persécution. 

Pour  le  reste  de  ce  qui  concerne  Celerina,  ainsi  que  pour 
la  bibliographie,  voir  art.  Celerimis. 

J.  Ferron. 

CELERINENSIS  (Ecclesia)  n'est  pas  connue 
autrement  que  par  la  souscription  d'un  Donatus, 
episcopus  plebis  Celerinensis,  à  la  conférence  de  411 
(Gesta  coll.  Carth.,  i,  180;  P.  L.,xi,  1325).  L'absence  de 
compétiteur  catholique  en  face  de  lui  depuis  le  début 
de  son  épiscopat  favorise  la  localisation  de  ce  siège 
en  Numidie. 

Morcelli,  Afr.  christ.,  i,  Brixen,  1816,  clxv,  p.  133.  — 
Notifia  dlgnit.,  éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  annot. 
p.  655.  —  Gams,  465.  —  Ch.  Tissot,  Géogr.  compar.,  ii, 
Paris,  1888,  p.  781.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêcixés  de 
VAfr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  86;  Tré- 
sor de  chron.,  Paris,  1889,  p.  1868.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr. 
de  l'Afr.  chrét.,  Numidie,  Rennes-Paris,  1894,  xui,  p.105-06. 


—  P.  Mesnage,  L'Afr.  clirét.,  Paris,  1912,  p.  295-96.  — 
H.  Jaubert,  Anciens  évêchés  de  la  Numidie,  dans  Rec.  de 
Constant.,  xlvi,  1912,  p.  30,  §  40. 

J.  Ferron. 

1 .  CELERINUS,  clerc  de  Carthage,l'un  des  plus 
vaillants  confesseurs  de  l'Église  d'Afrique  et  le  pre- 
mier en  date  de  la  persécution  de  Dèce  (3  févr.  250). 
Il  avait  de  qui  tenir  :  son  aïeule  Celerina  (cf.  ce  mot), 
ses  oncles,  paternel  et  maternel,  Laurenti(n)us,  E(Y 
ou  I)gnatius,  avaient  donné  leur  sang  pour  le  Christ. 
Quand  paraît  l'édit  en  janv.  250,  Celerinus,  qui  donne 
l'impression  d'être  plus  souvent  à  Rome  qu'à  Car- 
thage, se  trouve  dans  la  Ville  éternelle;  arrêté  avec 
plusieurs  Romains  des  deux  sexes,  il  endure  une  très 
pénible  captivité  de  dix-neuf  jours;  les  membres 
étroitement  serrés  dans  des  entraves  qui  devaient 
laisser  sur  son  corps  de  glorieuses  cicatrices  et  qui 
l'obligeaient  à  rester  étendu  sur  le  sol  dans  une  posi- 
tion incommode,  il  avait  subi  les  tourments  de  la 
faim  et  de  la  soif;  c'est  avec  une  chair  émaciée  et  toute 
couverte  de  blessures  qu'il  comparaît  ensuite  devant 
l'empereur  lui-même;  nous  ignorons  les  détails  de 
l'interrogatoire;  mais,  au  témoignage  de  S.  Cyprien 
et  de  Lucianus,  l'un  des  confesseurs  de  Carthage, 
Epist.,  XXII,  1  et  Epist.,  xxxix,  4,  éd.  Hartel,  p.  533 
et  583,  éd.  G.  Budé,  i,  60  et  99;  P.  L.,  iv,  280  (epist. 
xxi)  et  323  (epist.  xxxiv),  ce  fut  un  triomphe,  qui 
provoqua  l'admiration  du  persécuteur  et  l'élargisse- 
ment de  l'athlète.  Quelque  temps  après  la  fête  de 
Pâques,  ayant  appris  que  les  confesseurs  de  Carthage 
se  montraient  particulièrement  larges  pour  la  distri- 
bution de  billets  d'indulgence  aux  lapsi,  il  écrit  à  celui 
qui  dirige  le  mouvement,  Lucianus,  pour  obtenir,  par 
son  intermédiaire,  de  ceux  qui  consommeront  les 
premiers  leur  martyre  la  rémission  de  leur  faute  à  deux 
de  ses  sœurs  dans  le  Christ,  Numeria  et  Candida,  dont 
la  première  avait  eu  la  faiblesse  de  se  procurer  un  cer- 
tificat de  sacrifice  et  dont  l'autre  avait  réellement 
sacrifié  (S.  Cy priant  opéra  omnia,  Epist.,  xxi,  Hartel, 
529-32,  Budé,  i,  56-59;  Epist.,  xxii,  iam  cit.,  Hartel, 
533-35,  Budé,  i,  59-61;  P.  L.,  iv,  274-79  [epist.  xx]  et 
279-82);  l'hospitalité  que  ces  deux  Romaines  ont 
donnée  aux  chrétiens  d'Afrique  immigrés  à  Rome  est 
invoquée  à  l'appui  de  la  demande.  Lucianus  fait  droit 
à  sa  requête  aux  conditions  suivantes  :  retour  de  la 
paix  de  l'Église,  examen  de  la  cause  devant  l'évêque 
et  aveu  de  la  faute  par  les  intéressées  et  par  tous  ceux 
qui  sont  ou  seront  dans  le  même  cas.  En  apprenant  la 
chose,  Cyprien,  Epist.,  xxvii,  3,  Hartel,  542-44, 
Budé,  i,  66-67;  P.  L.,  iv,  285-86  (epist.  xxii),  blâme 
l'initiative  de  Lucianus  et  met  en  parallèle  la  modéra- 
tion, la  prudence,  l'humilité  et  la  réserve  dont  té- 
moigne la  lettre  de  Celerinus.  Aussi  est-il  heureux  de 
l'accueillir,  lorsqu'il  vient  lui  apporter  l'assurance  de 
l'approbation  affectueuse  de  Rome,  un  moment  refu- 
sée {Epist.,  xxxvii,  1,  Hartel,  576,  Budé,  i,  92;  P.  L., 
IV,  264-65,  epist.  xv).  Ce  voyage  doit  se  placer  au 
commencement  de  l'année  251  et  non  à  l'automne  250, 
parce  que  Cyprien  dans  sa  lettre  spécifie  bien,  en  liai- 
son avec  les  lignes  précédentes,  toi  veslrae  laudes  quoi 
dies,  quoi  mensium  curricula  tôt  incrementa  meritorum. 
que  les  confesseurs  de  Rome  sont  depuis  plus  d'un  an 
dans  les  fers,  et  qu'ils  n'ont,  par  conséquent,  rien  à 
envier  aux  dignitaires  du  monde,  magistrats  et 
consuls,  dont  la  charge  durait  de  janv.  à  janv.;  tout 
ce  qu'il  dit  ensuite  du  soleil,  de  la  lune  et  des  saisons 
est  d'ordre  mystique  et  n'a  pas  d'autre  but  que  de 
montrer  que  rien  n'a  manqué  à  cette  année  privilégiée 
pour  être  pleine  et  féconde,  comme  le  prouve  la  phrase 
sur  laquelle  s'achève  toute  la  tirade  :  Sic  apud  serves 
Dei  annus  evolvitur.  L'évêque  de  Carthage  manifeste 
à  Celerinus  la  satisfaction  qu'il  éprouve  de  sa  conduite, 
en  l'introduisant  dans  son  clergé  et  en  l'élevant  à  la 


55 


CELERINUS  — 


CÉLESTIN  1er 


56 


dignité  de  lecteur;  les  martyrologes  historiques  parlent 
de  diaconat,  pour  avoir  sans  doute  interprété  ainsi  les 
passages  de  la  missive  épiscopale  où  il  est  question  de 
lecture  de  l'Évangile  (EpisL,  xxxix,  iam  cit.,  Hartel, 
581-85,  Budé,  i,  97-100;  P.  L.,  iv,  320-24;  dom  Quen- 
tin, Les  martyrologes  historiques  du  Moyen  Age,  Paris, 
1908,  p.  288,  n.  5).  Cyprien  réservait  d'ailleurs  Celeri- 
nus  pour  l'honneur  de  la  prêtrise;  mais  nous  ne  savons 
si  celui-ci  vécut  assez  pour  dépasser  le  lectorat,  qu'il 
n'avait  accepté  qu'après  une  indication  surnaturelle 
sous  forme  de  vision  nocturne.  Il  est  très  probable  que 
le  Celerinus  qui  se  laissa  entraîner  de  bonne  foi  dans  le 
schisme  novatien  (Cornelii  papne  epist.  IX  ad  Fabium 
Antiochenum,  i;  P.  L.,  m,  735-36)  doive  s'identifier 
avec  le  nôtre.  11  revint  à  l'Église,  dès  qu'il  s'aperçut 
(le  l'erreur.  En  tout  cas,  après  l'exil  du  pape  à  Centum- 
celles  (253),  les  rapports  de  Celerinus  et  de  Corneille 
sont  assez  chauds,  puisque  Cyprien  transmet  par  son 
lecteur  le  courrier  qu'il  destine  à  l'exilé  (cf.  Tillemont, 
Mémoires  pour  servir  à  l'histoire  eccl.  des  six  premiers 
siècles,  III,  Paris,  1695,  p.  397,  et  aussi  395-400).  Nous 
perdons  ensuite  la  trace  de  l'héroïque  confesseur.  Tous 
les  martyrologes  historiques,  à  la  suite  de  Florus  de 
Lyon,  joignent  le  nom  de  Celerinus  à  celui  de  sa  sainte 
parente,  le  3févr.  ;  mais  il  est  impossible  de  savoir  sur 
quoi  l'initiateur  de  cette  insertion  s'est  basé  et  aussi 
ce  que  représente  au  juste  cette  date. 

Th.  Ruinart,  Acta  martyrum  sincera,  Vérone,  1731, 
p.  175.  —  Propylaeum  ad  A.  S.  dec,  p.  47  et  48.  —  A.  S., 
févr.,  I,  325-32.  —  Mort.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et  Duchesne, 
17;  éd.  Delehaye,  76,  .531.  —  P.  AUard,  Histoire  des  persé- 
cutions pendant  la  1"  moitié  du  III'  s.,  Paris,  1886,  p.  95. 

—  P.  Monceaux,  Hist.  littéraire,  ii,  Paris,  1902,  p.  69-74. 

—  Dom  Quentin,  op.  cit.,  p.  288,  378,  417,  481.  — 
Ch.  Bayard,  S.  Cyprien,  correspondance  (coll.  Budé,  iam 
cit.),  I,  Paris,  1925,  p.  xx-xxii.  —  H.  Delehaye,  Les  ori- 
gines du  culte  des  martyrs,  Bruxelles,  1933,  p.  14  et  379-80. 
— ■  Baudot  et  Chaussin,  Vies  des  saints,  ii,  Paris,  1936, 
p.  59. 

J.  Ferron. 

2.  CELERINUS  est  cité  le  6  mai  au  martyro- 
loge hiéronymien,  comme  martyr  de  Milan.  Ce  saint 
doit  appartenir  à  l'Afrique  et  être  identifié  avec  le 
saint  rappelé  le  3  févr.  L'éloge  que  fit  de  lui  S.  Cy- 
prien a  inspiré  la  notice  du  martyrologe  romain.  Tou- 
tefois Cyprien  dit  que  Celerinus  était  lecteur,  et  non 
diacre,  comme  le  suppose  le  martyrologe. 

A.  S.,  mai,  ii,  101.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  95, 
234.  —  Mart.  Rom.,  47. 

R.  Van  Doren. 

3.  CELERINUS  (Saint).  Deux  martyrs  afri- 
cains de  ce  nom  sont  inscrits  dans  la  très  longue  liste 
que  le  martyrologe  hiéronymien  range  sous  la  rubrique 
in  Africa  le  7  mai.  Ils  ne  semblent  pas  appartenir  au 
même  groupe.  L'un  d'entre  eux  est  qualifié  d'évêque 
et  confesseur  par  Canisius.  Nous  ignorons  la  date  et  le 
lieu  de  leur  martyre. 

A.  S.,  mai,  ii,  136-37.  —  Mari.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et 
Duchesne,  dans  A.  S.,  nov.,  ii,  pars  I»,  p.  56;  éd.  Delehaye 
et  Quentin,  pars  II»,  p.  235-37. 

J.  Perron. 

CÉLESTE.  Voir  Caelestius  et  Celestius. 
CÉLESTIN.  Voir  aussi  Caelestinus. 

1.  CÉLESTIN.  Ce  nom  revient  au  martyrologe 
hiéronymien  les  21  janv.,  17  févr.  et  8  mai.  Mais  les 
personnages  cités  à  ces  endroits  ne  semblent  pas  appar- 
tenir à  l'histoire. 

A.  S.,  janv.,  ii,  703;  févr.,  m,  10;  mai,  ii,  288.  —  Mart. 
Hier.,  éd.  Delehaye,  53-,54,  103,  239. 

R.  Van  Doren. 

2.  CÉLESTIN,  martyr,  2  mai.  A  cette  date  le 
martyrologe  romain  mentionne  comme  martyrs  ro- 


mains Saturninus  et  ses  compagnons  :  Neopolis  — 
dont,  au  début  du  xix<=  s.,  on  fera  le  patron  de  Napo- 
léon —  Germain  et  Célestin,  qui  après  leur  supplice 
furent  jetés  en  prison  et  y  moururent.  Cette  citation 
provient  de  l'hiéronymien,  fort  corrompu  en  cet  en- 
droit (Neopolis,  par  ex. ,  est  le  nom  de  la  ville  de  Naples). 
Il  ne  dit  pas  cependant  que  ces  martyrs  appartiennent 
à  Rome  ou  sont  morts  en  prison.  Germain  et  Célestin 
restent  pour  nous  de  simples  noms. 

A.  S.,  mai,  i,  p.  184;  vu,  not.  37.  —  Mart.  Hier.,  éd.  De- 
lehaye, 216-25.  —  Mart.  Rom.,  68.  —  Delehaye,  La  légende 
de  S.  Napoléon,  Bruxelles,  1926. 

R.  Van  Dorkn. 

3.  CÉLESTIN  I"  (Saint),  pape,  10  sept.  422- 
28  juin.  432.  Selon  le  Liber  ponlificalis,  Célestin  était 
d'origine  romaine  et  avait  pour  père  un  certain 
Priscus.  Nous  ne  possédons  pas  de  renseignements  sur 
son  enfance  ni  sur  son  éducation  qui  fut  exclusive- 
ment latine.  Peut-être  passa-t-il  quelque  temps  à 
Milan  auprès  de  S.  Ambroise  (Arnobe  le  Jeune,  Con  flirt, 
cum  Serap.).  D'assez  bonne  heure,  il  entra  dans  le 
clergé  romain  :  en  416,  S.  Innocent  I"  parle  d'une 
lettre  que  le  diacre  Célestin,  son  fils,  lui  avait  écrite 
touchant  quelques  difilcultés  soulevées  par  Decentius, 
évêque  d'Eugubium.  En  418,  S.  Augustin  écrit  une 
lettre  fort  respectueuse  au  diacre  Célestin,  qui  semble 
bien  être  aussi  le  futur  pape. 

Lorsqu'en  422  le  trône  pontifical  devint  vacant  par 
la  mort  de  S.  Boniface,  Célestin  fut  élu  sans  contesta- 
tion pour  succéder  au  défunt.  Le  parti  eulalien,  qui 
devait,  une  dernière  fois,  faire  parler  de  lui  en  423 
après  la  mort  d'Honorius,  se  tint  tranquille  et  le 
nouvel  élu  entra  pacifiquement  en  possession  de  son 
siège.  Tout  de  suite,  il  fut  évident  qu'il  gouvernerait 
avec  autorité  et  sagesse. 

Ses  premières  décisions  furent  cependant  malheu- 
reuses en  ce  qui  concerne  les  affaires  d'Afrique.  S.  Bo- 
niface avait  accueilli  favorablement  les  plaintes  d'An- 
toine de  Fussala  et  lui  avait  donné  des  lettres  qui  le 
rétablissaient  sur  son  siège.  Il  fallut  que  S.  Augustin 
écrivît  à  Célestin,  tout  nouvellement  élu,  une  lettre 
fort  énergique  où  il  rétablissait  la  vérité  et  menaçait 
de  donner  sa  démission  (Epist.,  ccix)  pour  que  l'his- 
toire n'eût  pas  de  suites.  Célestin,  qui  aurait  pu  être 
instruit  par  ce  précédent,  n'en  reçut  pas  moins  avec 
faveur  Apiarius,  lorsque  celui-ci,  excommunié  pour  la 
seconde  fois,  se  présenta  à  lui.  Il  le  réexpédia  en 
Afrique,  avec  une  lettre  pour  les  évêques  de  ce  pays, et 
le  fit  accompagner  d'un  légat,  Faustin,  déjà  trop  bien 
connu  outre-mer  pour  sa  raideur  maladroite.  L'affaire 
tourna  à  la  confusion  de  Faustin,  car  Apiarius  finit 
par  avouer  ses  crimes  et  le  légat  dut  reprendre  le 
chemin  de  Rome,  emportant  avec  lui  une  lettre  (Cod. 
canon,  écoles.  Afric,  138)  dans  laquelle  le  pape  était 
exhorté  à  ne  plus  admettre  avec  tant  de  facilité  les 
plaignants  venus  d'Afrique  (426).  Cf.  P.  Batiflol,  Le 
catholicisme  de  S.  Augustin,  456-71. 

Célestin  fut  plus  heureux  dans  ses  rapports  avec  les 
Églises  de  Gaule.  Le  25  juill.  428,  il  adressa  aux 
évêques  de  Viennoise  et  de  Narbonnaise  une  lettre 
(Jaffé-Wattenbach,  369)  qui  définit  l'action  du  Siège 
apostolique  dans  leur  pays  :  «  Nous  sommes,  dit-il, 
placé  par  Dieu  dans  un  poste  d'observation  et  nous 
avons  à  prouver  la  diligence  de  notre  vigilance  en  cou- 
pant court  à  ce  qui  doit  être  interdit  et  en  sanction- 
nant ce  qui  doit  être  observé.  »  Partant  de  là,  le  pape 
interdit  aux  évêques  de  se  singulariser  par  un  costume 
spécial;  il  blâme  ceux  d'entre  eux  qui  refuseraient  la 
pénitence  aux  mourants;  il  condamne  les  ordinations 
épiscopales  reçues  par  des  candidats  qui  n'auraient 
pas  auparavant  passé  par  les  degrés  inférieurs  du 
clergé;  il  évoque  devant  son  tribunal  le  cas  d'un 
certain  Daniel,  qui,  après  avoir  longtemps  causé  du 


57 


CÉLESTIN  I"  —  CÉLESTIN  II 


58 


scandale  en  Orient,  a  réussi  à  se  faire  ordonner 
évêque  dans  un  diocèse  de  Gaule.  Il  demande  enfin 
que  chaque  province  ait  son  métropolitain  et  qu'aucun 
métropolitain  n'intervienne  dans  des  provinces  qui  ne 
sont  pas  de  son  ressort. 

Cette  règle  n'empêclie  d'ailleurs  pas  le  pape  de 
confier  à  certains  évêques  des  missions  de  confiance  : 
c'est  ainsi  qu'en  429  Célestin  enverra  S.  Germain 
d'Auxerre  en  Angleterre  pour  y  poursuivre  les  parti- 
sans du  pélagianisme  (Prosper,  Chronic,  ad  aan.  429). 

C'est  encore  à  propos  de  la  Gaule  que  S.  Célestin 
s'occupe  des  controverses  semipélagiennes.  Deux 
moines  de  Marseille,  Hilaire  et  Prosper,  qui  avaient 
déjà  eu  l'occasion  de  défendre,  contre  les  conférences 
de  Cassien,  la  doctrine  de  S.  Augustin,  crurent  devoir, 
en  présence  de  la  persistance  de  leurs  adversaires, 
s'adresser  à  Rome  et  se  rendre  personnellement  auprès 
du  pape.  Ils  obtinrent  de  lui  une  lettre  (Jafîé-Watten- 
bach,  381)  adressée  à  Venerius  de  Marseille,  aux 
évêques  Marinus,  Leontius,  Auxonius,  Arcadius,  Fillu- 
cius  et  autres,  dans  laquelle  est  loué  leur  zèle  pour  la 
vérité.  Sans  faire  de  reproches  à  ses  correspondants, 
le  pape  leur  demande  de  veiller  sur  la  prédication  de 
leurs  prêtres  et  de  rester  fidèles  à  S.  Augustin,  que 
Rome  a  toujours  eu  dans  sa  communion.  A  cette  lettre 
est  annexé  un  syllabus  que  l'on  a  attribué  longtemps 
au  diacre  Léon,  le  futur  S.  Léon,  mais  qui  pourrait 
bien  être  l'œuvre  de  Prosper  lui-même,  selon  l'opinion 
défendue  par  dom  Cappuyns,  dans  Reu.  bénédicl., 
1929,  p.  laG-70. 

En  condamnant  le  semipélagianisme,  S.  Célestin 
restait  fidèle  à  la  position  qu'il  avait  toujours  gardée. 
Au  début  de  son  pontificat,  Celestius  avait  essayé  de 
recommencer  ses  intrigues  :  une  décision  impériale 
avait  ordonné  son  expulsion  d'Italie.  Plus  tard,  Nesto- 
rius  était  intervenu  en  sa  faveur.  Tout  au  moins,  peu 
de  temps  après  son  élection  sur  le  siège  de  Constanti- 
nople,  avait-il  écrit  au  pape  pour  lui  demander  d'ins- 
truire personnellement  l'affaire  de  Julien  d'Éclane  et 
de  trois  autres  évêques  italiens  déposés  pour  cause  de 
pélagianisme,  afin,  disait-il,  que  l'attitude  que  l'on 
pourrait  prendre  à  Constantinople  à  leur  égard  ne  fût 
pas  une  cause  de  division  ou  de  malentendu  avec  Rome 
((Epist.  Fraternas,  dans  F.  Loofs,  Nesturiana,  165-68). 

Cette  lettre  de  Nestorius  demeura  sans  réponse. 
L'évêque  de  Constantinople  revint  à  la  charge  en  se 
plaignant  du  silence  du  pape  et  en  lui  demandant  avec 
insistance  une  solution  (Epist.  Saepe;  ibid.,  170-72). 
Célestin  ne  put,  lorsque  le  11  août  430  il  répondit 
enfin  à  son  correspondant,  que  lui  rappeler  les  justes 
condamnations  portées  à  Rome  et  ailleurs,  voire  à 
Constantinople,  par  Atticus  et  par  Sisinnius  (Jafïé- 
Wattenbach,  374). 

Une  affaire  plus  grave  que  la  controverse  pélagienne 
devait  occuper  les  dernières  années  du  pontificat  de 
S.  Célestin.  Dans  la  lettre  Fraternas,  qui  date  de  429, 
Nestorius  avait  déjà  signalé  au  pape  les  controverses 
soulevées  autour  du  nom  de  Mère  de  Dieu  donné  à  la 
Vierge  Marie  et  marqué  nettement  son  propre  senti- 
ment à  ce  sujet.  Il  était  revenu  sur  la  même  question 
dans  la  lettre  Saepe  scripsi.  Mais  déjà,  à  Rome,  on  était 
renseigné  par  d'autres  que  par  l'évêque  de  Constanti- 
nople. S.  Cyrille  d'Alexandrie,  dès  sa  première  lettre 
à  Nestorius  (Epist.,  ii),  pouvait  assurera  son  corres- 
pondant que  ses  sermons  faisaient  très  mauvaise  im- 
pression au  pape  et  aux  évêques  italiens.  Après  Pâques 
430,  il  écrivit  lui-même  à  S.  Célestin  pour  lui  dénoncer 
l'erreur  de  Nestorius  {Epist. .xi)  et  il  semble  que,  dès 
avant  le  reçu  de  cette  lettre,  Cassien  aurait  reçu  du 
diacre  Léon,  agissant  sans  doute  comme  mandataire 
du  siège  pontifical,  la  mission  d'étudier  les  sermons  de 
Nestorius  et  de  réfuter  les  erreurs  qu'ils  contenaient. 
En  tout  cas,  dès  le  11  août  430,  S.  Célestin  écrivit  plu- 


sieurs lettres  destinées  à  S.  Cyrille  (Jafié-Wattenbach, 

372)  ,  à  Jean  d'Antioche,  à  Juvénal  de  Jérusalem,  à 
Rufus  de  Thessalonique,  à  Flavien  de  Philippes  (ibid.. 

373)  .  à  Nestorius  (ibid.,  374):  aux  prêtres,  diacres, 
clercs,  serviteurs  de  Dieu  et  peuple  catholique  de 
Constantinople  (ibid.,  375).  Toutes  ces  lettres  sont  des 
condamnations  de  Nestorius;  elles  indiquent  en  même 
temps  la  procédure  qui  doit  être  suivie  contre  lui  et 
l'obligation  où  il  est  mis  de  se  soumettre  dans  les  dix 
jours  après  la  réception  de  la  sentence  portée  contre 
lui. 

Nous  n'avons  pas  à  rappeler  ici  le  détail  des  événe- 
ments qui  suivirent.  Lorsque  le  concile  d'Éphèse 
eut  été  convoqué  par  l'empereur,  Célestin  écrivit  à 
Cyrille  le  7  mai  431  (Jafïé-Wattenbach,  377)  pour  lui 
donner  des  conseils  de  modération  et  de  prudence;  et 
le  8  il  adressa  au  futur  concile  ses  instructions  en  même 
temps  qu'il  désignait  ses  légats  et  leur  donnait  ses 
ordres  (ibid.,  378-79).  L'œuvre  du  concile  d'Éphèse 
fut  encore  approuvée  par  S.  Célestin,  qui  ne  mourut 
pas  avant  d'avoir  appris  la  déposition  de  Nestorius  et 
l'élection  de  son  successeur  Maximien.  Des  lettres 
furent  adressées  par  lui  le  15  mars  432  aux  évêques  qui 
avaient  élu  Maximien  (ibid.,  385);  à  l'empereur  Théo- 
dose II  (ibid.,  386);  à  Maximien  lui-même  (ibid.,  387); 
au  clergé  de  Constantinople  (ibid.,  388).  Toutes  ces 
lettres  manifestent  la  conscience  la  plus  claire  du 
danger  que  Nestorius  avait  fait  courir  à  la  foi  catho- 
lique :  elles  s'inquiètent  encore  de  penser  que  l'héré- 
siarque est  insuffisamment  éloigné  pour  être  mis  dans 
l'impuissance  de  nuire;  elles  approuvent  le  choix  de 
Maximien;  elles  rappellent  enfin  la  sagesse  tradition- 
nelle du  Siège  romain,  et  l'autorité  qu'il  possède  pour 
juger  des  causes  de  cette  importance. 

Comme  on  le  voit,  le  pontificat  de  S.  Célestin  fut 
rempli  par  bien  des  préoccupations.  La  condamnation 
du  pélagianisme  et  celle  du  nestoriaiiisme  ont  été  les 
principaux  soucis  du  pape;  mais  elles  n'ont  pas  été 
seules  à  l'intéresser,  et  partout  où  l'autorité  de  son 
siège  était  en  question,  S.  Célestin  est  intervenu  pour 
la  maintenir  et  la  fortifier.  Lorsqu'il  meurt  le  27  juill. 
432,  l'an'aire  iiestorienne  est  loin  d'être  terminée,  mais 
le  pélagianisme  a  cessé  d'être  dangereux;  les  novaliens 
de  Rome  ont  perdu  leurs  églises  (Socrate,  Hisl.  eccles., 
VII,  II)  et  doivent  se  réunir  en  des  maisons  parti- 
culières; les  questions  relatives  à  l'Illyricum  et  aux 
droits  de  l'évêque  de  Thessalonique  ont  été  résolues 
dans  le  sens  traditionnel  (Jaffé-Wattenbach,  366). 
On  peut  dire  que  S.  Célestin  a  bien  servi  l'Église. 

Tillemont,  xiv,  148-157.  —  P.  Batiffol,  Le  siège  aposto- 
lique de  359  à  451,  Paris,  1924;  Le  catholicisme  de  S.  Augus- 
tin, Paris,  1919.  —  A.  Fliche  et  V.  Martin,  Histoire  de  l'Église, 
IV,  Paris,  1937,  p.  256  sq.  —  É.  Amann,  L'affaire  Nesto- 
rius vue  de  Rome,  dans  Rev.  des  sciences  relig.,  xxiii, 
1949,  p.  5-37,  207-244. 

G.  Bardy. 

4.  CÉLESTIN  II.  Après  la  mort  de  Ca- 
lixte  II,  les  cardinaux  et  le  peuple,  réunis  à  l'église 
S. -Pancrace  (16  déc.  1124),  choisirent  pour  lui  succé- 
der le  candidat  des  Pierleoni,  Tebaldo  Buccapecci  ou 
Boccapecora,  cardinal-prêtre  de  Ste-Anastasie  depuis 
déc.  1122  (l'article  Honorius  II  du  D.  T.  C.  lui  donne 
le  prénom  de  Thomas  et  en  fait  un  cardinal  de  Ste- 
Sabine).  L'élu  accepta,  à  contre-cœur  semble-t-il;  il 
prit  le  nom  de  Célestin  et  revêtit  la  chape  rouge;  mais, 
tandis  qu'en  son  honneur  on  chantait  le  Te  Deum, 
Lambert  d'Ostie  fut  élu  à  son  tour,  par  suite  d'une 
manœuvre  des  Frangipani,  et  proclamé  sous  le  nom 
d'Honorius  II.  Spontanément  ou  sur  les  instances  des 
cardinaux,  Buccapecci  s'elïaça  devant  le  nouvel  élu 
qui.  lui  aussi,  offrit  de  résigner  sa  charge  afin  de  per- 
mettre aux  deux  parties  de  se  mettre  d'accord  (voir 
art.  déjà  cité),   (^et   épisode  est   raconté  par  les 


59 


CÉLESTIN  II 


60 


cardinaux  Pandulphe  et  Boso.  On  ignore  la  date  de  la 
mort  de  Buccapecci  (au  plus  tard  1126).  N'ayant  été 
ni  sacré,  ni  intronisé  au  Latran,  son  nom  ne  figure  pas 
sur  la  liste  des  papes  et  le  Célestin  suivant  est  considéré 
comme  le  second  du  nom. 

Jané,  I,  p.  822-824.  —  Pandulfus,  Vita  Honorii,  et  Boso, 
Vita  Honorii,  dans  Watterich,  Pontif.  Roman.  Vilae,  ii, 
157-59.  —  Pétri  Chron.mon.Cassin.,iv,  c.  83,  dans  M.  G.  H., 
Script.,  VI,  804.  —  D.  T.  C,  vu,  132-133.  —  Ann.  pont., 
1928,  p.  121,  n.  12. 

Roger  Mols. 

5.  CÉLESTIN  II,  pape.  Successeur  d'Inno- 
cent II,  élu  le  26  sept.  1143,  f  8  mars  1144. 

Guido  di  Castello  doit  son  nom  à  la  petite  ville  de 
Città  di  Castello  (Tifernum  Tiberinum),  en  Ombrie, 
d'où  il  était  originaire  selon  toute  vraisemblance.  Les 
arguments  en  faveur  de  Macerata,  défendus  par 
R.  Foglietti,  ont  été  définitivement  réfutés  par  A.  Wil- 
mart,  p.  102,  n.  1. 

On  ignore  tout  de  la  date  de  sa  naissance,  ainsi  que 
des  années  de  sa  jeunesse.  Un  nécrologe  le  signale 
comme  chanoine  du  chapitre  cathédral  de  Castello. 
Cf.  G.  Muzi,  Memorie  ecclesiasliche  di  Città  di  Castello, 
Castello,  II,  1842,  p.  55.  Il  est  mentionné  pour  la 
première  fois  à  la  Curie  romaine  dans  un  document 
pontifical  du  6  avr.  1123,  donné  per  mamim  Guidonis 
Romanae  Curiae  camerarii  (P.  L.,  clxiii,  1290).  Le 
titre  de  Magister  qu'on  lui  décerne  parfois  (ex.  Chron. 
Mauriniac,  dans  Recueil  des  hist.  de  la  France,  xii, 
87  b)  rend  hommage  à  sa  science  peu  ordinaire,  due 
en  partie  à  Pierre  Abélard,  dont  il  aurait  suivi  l'en- 
seignement, dont  il  possédait  au  moins  deux  ouvrages 
(le  Sic  et  Non  et  la  Théologie;  cf.  Wilmart,  100)  et 
pour  lequel  il  garda,  sa  vie  durant,  une  profonde 
amitié. 

Il  est  difficile  de  dire  de  quand  datent  ces  relations; 
elles  remontent,  selon  toute  vraisemblance,  au  delà 
des  années  1139-1140,  au  cours  desquelles  Guido  fut 
chargé  d'une  mission  de  plusieurs  mois  en  France. 
Dans  sa  lettre  192,  écrite,  semble-t-il,  peu  après  le 
concile  de  Sens  (1140  ou  1141),  S.  Bernard  le  met  vive- 
ment en  garde  contre  les  dangers  possibles  d'une 
sympathie  profondément  enracinée  pour  l'auteur 
du  Sic  et  Non  (P.  L.,  clxxxii,  358;  voir  aussi  la 
lettre  193).  Avant  cette  date,  la  présence  ininter- 
rompue de  Guido,  soit  auprès  de  la  cour  pontificale 
d'Innocent  II,  soit  en  mission,  oblige  de  remonter  à 
plus  de  dix  ans  en  arrière.  Pourtant,  il  n'y  a  aucune 
preuve  positive  d'un  séjour  de  Guido  en  France  pour  [ 
raisons  d'études,  mais  un  ensemble  convergent  de 
très  légers  indices;  voir  Wilmart,  p.  100,  note  2. 

D'autre  part,  W.  Giesebrecht  (Arnaldo  da  Brescia, 
Munich,  1873,  p.  22  sq.)  et  Bernhardi  {Konrad  III., 
p.  740,  n.  21)  ont  fait  justice  de  l'opinion  de  ceux, 
par  ex.  Gregorovius  {Geschichte  der  Stadt  Rom,  iv, 
457-58),  qui  voyaient  en  lui  le  cardinal  légat  Guido, 
protecteur  d'Arnaud  de  Brescia  et  destinataire  de  la 
lettre  196  de  S.  Bernard  (P.  L.,  clxxxii,  363-64).  Il 
s'agit  d'un  homonyme. 

En  déc.  1127,  Guido  fut  promu  cardinal-diacre  du 
titre  de  Ste-Marie  in  via  Lata.  Lors  de  la  double  élec- 
tion pontificale  de  1130,  il  fit  partie  des  électeurs 
d'Innocent  II  :  son  nom  figure  sur  la  liste  donnée  par 
Boso  dans  sa  Vita  Innocenta  II  (Watterich,  ii,  174), 
et  la  même  conclusion  semble  nettement  présupposée 
par  sa  présence  à  l'entrevue  de  Salerne  (voir  plus 
loin).  Elle  a  été  admise  par  R.  Zoepfi'el,  qui,  dans  son 
ouvrage  Die  Papstwahlen,  369  sq.,  consacre  une  étude 
spéciale  à  l'élection  de  1130.  Toutefois  Bernhardi  ne 
l'admet  qu'avec  réserves  (Lothar,  p.  295-96,  n.  61  et 
p.  778,  n.  60  fin)  :  tout  en  étant  du  parti  d'Innocent  II, 
il  se  pourrait  que  le  cardinal  Guido  n'ait  pas  assisté  à 
l'élection  proprement  dite. 


Guido  accompagna  dans  sa  fuite  en  France  le  pon- 
tife qu'il  avait  élu  et  fit  partie  du  voyage  au  cours 
duquel  Innocent  II  rencontra  l'empereur  Lothaire  à 
Liège  (22  mars-début  avr.  1131;  Chronicon  Mauri- 
niacense,  dans  Recueil  des  historiens  de  la  France, 
1  XII,  80  c,  et  Bernhardi,  Lothar,  356).  Il  n'est  pas 
prouvé  qu'il  fut  de  tous  les  déplacements  entrepris 
par  le  pape  au  cours  de  l'été  suivant;  mais  il  fut  cer- 
tainement présent  au  concile  de  Reims,  où  il  fit  partie 
de  la  commission  spéciale  instituée  par  le  pape  pour 
connaître  de  certaines  plaintes  formulées  par  les 
moines  de  Marmoutiers  (Mansi,  xxi,  467-68). 

A  la  fin  de  la  même  année,  il  est  un  des  trois  cardi- 
naux légats  envoyés  à  Cologne,  à  l'occasion  de  l'élec- 
tion de  l'archevêque  (départ  de  Troyes,  après  le 
23  nov.  1131,  cf.  Pflugk-Harttung,  Acta,  i,  n.  165; 
passage  probable  par  Langres,  cf.  Bachmann,  30; 
séjour  à  Cologne  durant  l'hiver  1131-32,  cf.  Annal. 
Col.  Max.,  2e  recension,  M.  G.  H.,  SS.,  xvii,  756, 
hgne  19,  et  Bachmann,  30-32).  Vers  Pâques,  10  avr. 
1132,  quatre  légats,  dont  Guido  de  Ste-Marie  in  via 
Lala,  sont  présents  à  la  diète  lotharingienne  d'Aix- 
la-Chapelle  (Stumpf,  3267;  Bernhardi,  Lothar,  424); 
après  quoi,  ils  font  route  vers  l'Italie  où  le  pape  les  a 
déjà  devancés.  Leurs  signatures  sur  les  documents 
pontificaux  (Jaffé,  7584  et  7587)  prouvent  qu'ils  doi- 
vent l'avoir  rejoint  probablement  à  Crémone,  avant 
le  15  juillet. 

En  déc.  1133,  Guido  di  Castello  devient  cardinal- 
prêtre  de  S. -Marc.  On  peut  donc  l'identifier  avec 
l'auteur  de  la  signature  presbijter  Guido  indignus 
sacerdos,  qui  figure  sur  les  documents  pontificaux,  du 
12  janv.  1134  au  16  mai  1143,  en  même  temps  que 
disparaît  son  ancienne  signature  (dernière  mention, 
21  déc.  1133).  L'identification  est  d'autant  plus  vrai- 
semblable que  son  successeur  au  titre  de  S. -Marc,  le 
cardinal  Gilbert,  signera  parfois  indignus  sacerdos 
lit.  S.  Marci.  Cf.  Brixius,  p.  87,  n.  52.  Il  s'ensuit,  quoi 
qu'en  disent  Ciacconius  et  ceux  qui  l'ont  suivi,  que  ce 
n'est  pas  lui,  mais  un  homonyme,  qui  fut  nommé  gou- 
verneur de  Bénévent,  en  1137-38,  lorsque  cette  ville 
retomba  sous  l'autorité  du  pape.  Il  s'agit  en  effet  d'un 
cardinal-diacre.  Cf.  Falco  Benevent.,  Chronicon,  dans 
Muratori,  anc.  éd.,  v,  130  D,  131  B. 

En  nov.  1137,  Roger  II  de  Sicile  ayant,  sur  le 
conseil  de  S.  Bernard,  convoqué  à  Salerne  trois  délé- 
gués de  chaque  parti,  témoins  de  l'élection  de  leur 
pape  respectif,  afin  d'examiner  en  une  conférence  la 
!  valeur  de  ces  élections  et  de  mettre  fin  ainsi  au  schisme 
qui  durait  depuis  1130,  Guido  fut  un  des  trois  délégués 
d'Innocent  II.  A  la  suite  de  cette  entrevue,  le  roi 
ayant  demandé  qu'un  cardinal  de  chaque  parti  l'ac- 
compagnât à  Palerme,  où  la  question  serait  à  nouveau 
débattue  vers  la  Noël,  Guido  l'accompagna,  mais  sa 
mission  se  solda  par  un  échec. 

Vers  la  mi-juill.  1138,  il  eut  à  intervenir,  en  présence 
de  l'empereur  Lothaire,  comme  avocat  de  la  cause 
romaine  dans  un  conflit  opposant  le  S. -Siège  et  le 
Mont-Cassin  {Chron.  monast.  Cassin.,  Muratori,  anc. 
éd.,  rv,  566,  573).  Revenu  à  Rome  (avant  le  17  déc), 
il  se  vit  confier  la  mission  en  France  dont  il  a  été 
question  plus  haut. 

Prévoyant  sa  mort  prochaine  et  désireux  d'éviter 
un  schisme.  Innocent  II  désigna  en  1143  le  cardinal 
Guido  parmi  les  cinq  candidats  auxquels  il  accordait 
sa  préférence  pour  lui  succéder  (Chronica  Cisterciens. 
S.  Mariae  di  Ferraria,  éd.  Gaudenzi,  Monum.  slorici 
edit.  dalla  Società  Napolitana  di  Storia  Palria,  sér.  I, 
Chronache,  Naples,  1888,  p.  27). 

L'accord  des  cardinaux  se  fit  sur  la  personne  de 
Guido.  Élu  le  26  sept.,  il  fut  couronné  le  3  oct.  1143. 

Célestin  II  ne  fit  que  passer  sur  la  chaire  de  S.  Pierre. 
Durant  les  cinq  mois  de  son  pontificat,  il  ne  quitta  pas 


61 


CÉLESTIN  II 


—  CÉLESTIN  III 


62 


Rome.  Ses  deux  principaux  actes,  par  lesquels  il  revint 
sur  des  décisions  de  son  prédécesseur,  concernent  la 
France  et  la  Sicile.  Sur  la  demande  de  Suger  et  de 
S.  Bernard,  il  leva  l'interdit  qu'Innocent  II  avait  ful- 
miné contre  le  domaine  royal  français,  parce  que  le  roi 
Louis  VII  avait  opposé  son  propre  candidat  au  siège 
de  Bourges,  un  clerc  nommé  Cadure,  à  Pierre  de  la 
Châtre,  qui  avait  été  régulièrement  élu  par  le  chapitre. 
D'autre  part,  il  se  refusa  à  ratifier  le  traité  de  Mi- 
gniano  que  son  prédécesseur  avait  conclu  avec  Ro- 
ger II;  mais  la  situation  critique  des  frontières  de 
l'État  pontifical,  surtout  de  Bénévent,  l'obligea  à  mo- 
dérer son  intransigeance  initiale  et  à  envoyer,  tout  à  la 
fin  de  sa  vie,  deux  cardinaux  en  ambassade  à  la  cour 
de  Palerme.  Cf.  Chron.  Ferrar.,  27  et  Chalandon, 
II,  112.  La  quasi-totalité  de  ses  autres  actes  sont  des 
mesures  de  faveur  ou  des  confirmations  de  privilèges 
concédés  à  des  monastères. 

En  prévision  de  sa  mort  prochaine,  il  légua  «  pour  le 
rachat  de  son  âme,  à  l'église  de  S.-Floridus  »  (c.-à-d. 
à  la  matrice  de  Città  di  Castello;  Wilmart,  98),  les 
56  volumes  de  sa  bibliothèque  personnelle.  Voir  liste 
dans  Wilmart,  100-01.  Il  avait  contribué  également  à 
enrichir  le  trésor  artistique  de  cette  cathédrale.  Cf. 
Seroux  d'Agincourt,  Hist.de  l'art  par  les  monuments, 
II  (sculpture),  49;  iv  (sculpture),  pl.  xxi,  Paris,  1823, 
et  Rohault  de  Fleury,  La  messe,  i,  212  et  pl.  lxxxviii, 
Paris,  1883. 

Il  mourut  au  monastère  du  Palladium,  le  8  mars 
1 144,  et  fut  inhumé  au  Latran.  Cf.  Johannes  Diaconus, 
Appendix  ad  libellas  Ordinis  Romani,  dans  Mabillon, 
Musaeum  Italicum,  ii,  568. 

Sous  son  pontificat,  il  y  eut  de  nouveaux  cardinaux. 
Mais  les  auteurs  ne  s'accordent  ni  sur  leur  nombre,  ni 
sur  leurs  noms,  ni  sur  la  date  de  leur  promotion. 
Ciacconius,  i,  1011-20,  en  donne  douze  (en  réalité 
onze,  par  suite  d'un  double  emploi),  tous  créés  le  mer- 
credi des  Cendres  1144.  Brixius,  49-50,  en  mentionne 
dix,  tous  créés  le  17  déc.  1143.  La  liste  de  VAnn.  pont., 
1928,  p.  133-35,  en  comprend  douze,  promus  à  des 
dates  différentes. 

On  sait  que,  selon  l'interprétation  habituelle,  c'est 
avec  le  pontificat  de  Célestin  II  que  débute  la  prophé- 
tie des  papes  attribuée  à  S.  Malachie. 

Sources  :  Jallé,  ii',  1-7,  716,  758.  —  P.  L.,  clxxix,  761- 
820.  —  Chevalier,  B.  B.,  i,  830.  —  L.  Pont.,  ii,  385,  449.  — 
Watterich,  Pont.  Rom.  Vitae,  ii,  Leipzig,  1862,  p.  276-78. 
— -  Von  Pflugk-Harttung,  Acta  pontificum  Romanoruni 
inedita,  t,  170-73,  290,  417;  ii,  333-35,  337,  403,  430;  m, 
39-55.  —  Id.,  Iter  Italicum,  463,  851.  —  Kehr,  //.  pont., 
1,  p.  XXI  ;  II,  p.  xxni;  m,  p.  xxxiii-xxxiv;  iv,  p.  xxiv; 
V,  p.  XXXI  ;  vi-1,  p.  xxvi;  vi-2,  p.  xx-xxi;  vii-2,  p.  xx; 
viii,  p.  XLV.  Voir  aussi  les  Nachtràge,  dans  Nachrichten 
V.  d.  kôn.  Gesellsch.  d.  Wiss.  zu  Gôttingen,  Phil.-hist.  Kl.  — 
Kehr,  Germ.  pont.,  i,  p.  xix;  ii-l,  p.  xvi;  m,  p.  xvii.  — 
J.  Ramackers,  Papsturkunden  in  den  Niederlanden, 
Abhandl.  der  Gesellsch.  der  Wiss.  zu  Gôttingen,  Phil.- 
hist.  Kl.,  3»  série,  fasc.  8,  Berlin,  1933,  n.  45-47.  —  Id., 
Papsturkunden  in  Frankreich,  même  coll.,  nouv.  série, 
fasc.  2,  Gœttingue,  1937,  n.  19;  fasc.  4,  1942,  n.  42.  — 
W.  Holtzmann,  Papsturkunden  in  England,  même  coll., 
3«  série,  fasc.  15-2,  Berlin,  1936,  n.  33. 

Travaux  :  J.-M.  Brixius,  Die  Mitglieder  des  Kardinalkol- 
legiums  von  1130  bis  1151,  Diss.,  Strasbourg,  1910.  — 
R.  Zœpffel,  Die  Papstwahlen  und  die  mit  ihnen  in  nâchsten 
Zusammenhang  stehenden  Ceremonien  in  ihrer  Entuiicklung 
vom  11.  bis  zum  14.  Jhdt,  Gœttingue,  1871,  p.  267-395. 
— •  A.  Corietti,  L'intervenzione  del  popolo  nelV  elezione  di 
Celestino  II  (1143),  Velletri,  1920.  —  G.  Mercati,  Quando 
fu  consecrato  papa  Celestino  II  ?,  dans  Quellen  und  Forsch. 
aus  ital.  Arch.  u.  Bibl.,  xni,  1910,  p.  377.  —  Von  Pttugk- 
Harttung,  Die  Bullen  der  Pàpste  bis  zum  Ende  des  zwôlften 
Jahrhunderts,  Gotha,  1901,  p.  342-48.  —  Hefele-Leclercq, 
v-1,  760,  795  sq.  —  Ann.  pont.,  1928,  p.  125,  133-135.  — 
Ciaconius  Oldoiniis,  Vitae  et  res  gestae  pontif.  Roman,  et 
S.  R.  E.  cardlnallum,  t.  i,  Rome,  1677,  p.  967-68,  1011-20. 


—  A.  Certinl,  Vita  di  papa  Celestino  II  da  Città  di  Castello, 
Foligno,  1716.  —  W.  Bernhardi,  Lothar  von  Supplinburg 
(Jahrbûcher  der  deutschen  Geschichte),  Leipzig,  1879.  — 
A.  Wilmart,  Les  livres  légués  par  Célestin  II  à  Città  di  Cas- 
tello, dans  Revue  bénédictine,  xxxv,  1923,  p.  98-102.  —  R. 
Foglietti,  Per  le  origini  di  Macerata  :  Un  papa  maceratese, 
Macerata,  1905.  —  F.  Chalandon,  Histoire  de  la  domination 
normande  en  Italie  et  en  Sicile,  u,  Paris,  1907,  p.  81, 112-13. 

Roger  Mols. 
6.  CÉLESTIN   111,  pape,  successeur  de  Clé- 
ment III;  élu  le  30  mars  (?)  1191,  t  8  janv.  1198. 

I.  Avant  le  cardinalat.  —  Hyacinthe,  fils  de 
Petro  Boboni  et  d'une  délia  Casa  Scotta,  originaire  du 
«  rione  »  romain  d'Arenula,  né  vers  1105-06,  entra  de 
bonne  heure  au  service  de  la  cour  pontificale.  D'après 
une  indication  de  Pierre  de  Blois  (lettre  123,  P.  L., 
ccvn,  366  sq.),  il  aurait  été  sous-diacre  dès  1126. 
Brixius,  52,  l'identifie  au  «  premier  sous-diacre 
Hyacinthe  »  dont  la  signature  figure  encore  plus  an- 
ciennement sur  divers  documents  pontificaux.  Voir 
4  mars  1121  (U.  Robert,  BiiUaire  du  pape  Callixte  II, 
I,  323);  6  mai  1122  (P.  L.,  clxiii,  1247);  16  mai  1122 
(Robert,  op.  cit.,  ii,  46);  21  juill.  1126  (P.  L.,  clxvi, 
1265);  22  avr.  et  1"  mai  1138  (Pflugk-Harttung, 
Acta,  II,  295  et  P.  L.,  clxxix,  362).  Sur  les  membres 
de  sa  famille  à  cette  époque  et  sur  les  rapports  de 
parenté  unissant  les  Boboni  aux  Orsini,  voir  C.  de  Cu- 
pis,  Regesto  degli  Orsini,  dans  Bolletino  délia  Società  di 
Storia  patria  Ant.  Lod.  Antinori  negli  Abruzzi, 
XIV«  année,  2^  série,  1902,  p.  129-52;  voir  aussi  le 
tableau  généal.  IV,  dans  Brezzi,  Roma  e  l'impero 
medioevale,  Bologne,  1947,  appendice. 

Hyacinthe  aurait  séjourné  à  Paris  pour  ses  études  et 
aurait  compté  Abélard  parmi  ses  professeurs.  Ainsi 
s'expliquerait  la  hardiesse  qu'il  mit,  conjointement 
avec  Arnaud  de  Brescia,  à  prendre  sa  défense  au 
concile  de  Sens  (1140  ou  1141;  cf.  Hist.  pont.,  c.  31, 
M.  G.  H.,  SS.,  XX,  537),  attitude  qui  fut  vivement 
déplorée  par  S.  Bernard  dans  sa  lettre  189  à  Inno- 
cent II  (P.  L.,  CLXxxii,  357;  voir  aussi  lettre  338, 
ibid.,  543). 

II.  Le  cardinalat.  —  Hyacinthe  Boboni  fut 
nommé  cardinal-diacre  de  Ste-Marie  in  Cosmedin. 
Cette  promotion  date  soit  du  13  févr.  1144,  sous 
Célestin  II  (Ann.  pont.,  1928,  134,  n.  11  ;  Hofmeister, 

I  142,  n.  3;  Wenck,  445),  soit  du  22  déc.  1144,  sous 
j  Lucius  II  (Leineweber,  9;  Brixius,  104).  La  première 
,  opinion  s'appuie  sur  des  arguments  psychologiques  : 
similitude  des  mentalités  entre  les  deux  Célestin, 
parenté  des  attitudes  dans  l'affaire  d' Abélard,  choix 
du  même  patronyme  pontifical.  La  seconde  repose  sur 
un  sérieux  argument  diplomatique  :  absence  de  sa 
signature  sur  les  documents  pontificaux  avant  le 
27  déc.  1144. 

'      Il  garda  ce  titre  durant  47  années,  sous  neuf  ponti- 
1  flcats  successifs.  En  cette  qualité,  il  signa  de  nom- 
breuses bulles  pontificales;  voir  leur  calendrier  dans 
Jaffé,  II,  7,  20,  90,  103,  146,  431,  493,  528,  536,  repris 
par  l'Ann.  pont.,  1928,  p.  134. 

1°  Première  légation  en  Ibérie  (1154-56).  —  Envoyé 
par  Anastase  IV,  sur  la  demande  d'Alphonse  VII  de 
Castille,  il  part  probablement  en  févr.  1154.  Alors  qu'il 
est  déjà  en  route,  le  pape  lui  fait  parvenir  les  bulles, 
datées  du  8  avr.,  destinées  à  chacun  des  trois  arche- 
vêques de  Braga,  Santiago  de  Compostelle  et  Tarra- 
gone;  il  lui  confie  aussi  la  mission  de  faire  reconnaître 
la  prééminence  du  siège  de  Tolède  par  ces  trois 
archevêques  et  renforcer  ainsi  les  tendances  unifica- 
trices dans  la  péninsule  (cf.  Jaffé,  9901  ;  in  extenso  dans 
Pflugk-Harttung,  Acta,  ii,  149  et  Fita.  Boletin  de  la 
R.  Academia  de  Historia,  xiv,  1889,  p.  546;  la  datation 
de  cette  dernière  pièce,  15  mai  1154,  est  incertaine. 
Cf.  Kehr,  Nachr.  v.  d.  Kôn.  Gesellsch.  der  Wissensch. 
zu  GOltingen,  Phil.-hist.  Kl.,  1902,  p.  429,  n.  9). 


63 


CÉLESTIN  III 


64 


De  nombreux  actes  conserves  aux  archives  per- 
mettent de  retracer  les  étapes  de  sa  légation  (Kehr, 
Abh.  der  preuas.  Akad.  der  Wiss..  1928,  n.  4,  p.  52). 
A  l'aller,  il  passe  par  Narbonne  (31  mars;  Kehr, 
Papsturkunden  in  Spanien,  i,  n.  66),  Tudela  (mai), 
Tarragona,  Calahorra,  Soria.  Au  début  de  juill.,  il  a 
rejoint  le  roi  à  Ségovie  (Boletin  de  la  R.  Acad.  de 
Historia,  viii,  59-61).  Le  8  oct.,  il  est  reçu  procession- 
nellement  à  Coïmbre;  il  séjourne  plus  d'un  mois  dans 
le  nord  du  Portugal.  Vers  la  mi-nov.,  au  cours  d'une 
entrevue  à  Tuy,  il  tente  en  vain  de  régler  à  l'amiable 
les  conflits  de  juridiction  entre  Braga  et  Compostelle 
(Papsturkunden  in  Portugal,  p.  222,  n.  55).  Fin  janv. 
1155,  il  est  présent  au  concile  interprovincial  de 
Valladolid  (Actes  du  concile  et  dépositions  ultérieures 
des  témoins  publ.  par  Erdmann,  dans  Abh.  der  preuss. 
Akad.  der  Wiss.,  Phil.-hist.  Kl.,  1928,  n.  5,  p.  55-63). 
L'archevêque  de  Braga,  Jean  Peculiaris,  n'ayant  pas 
comparu,  malgré  sa  promesse,  le  légat  procède  contre 
lui  à  des  sanctions  canoniques  (Nâjera,  3  mars  1155; 
cf.  Fita,  Boletin  de  la  R.  Acad.  de  Hist.,  xiv,  551  et 
XXIV,  474;  Kehr,  Nachr.  v.  d.  Kôn.  Gesellsch.d  .Wiss. 
zu  Gôttingen,  Phil.-hist.  KL,  1903,  p.  158,  n.  13).  Pas- 
sant ensuite  par  Logrofio,  Estella,  Calahorra,  Tudela, 
Huesca,  il  assiste  à  Lerida,  fin  avril,  à  un  concile 
national  (cf.  F.  Valls  y  Taberner,  Ein  Konzil  zu 
Lerida  im  Jahre  1155,  dans  Papsttum  und  Kaiserium, 
364-68).  Continuant  sa  route  vers  le  Languedoc,  il  y 
séjourna  au  moins  deux  mois  (Narbonne,  8  mai;  S.- 
Gilles-les-Boucheries,  près  de  Nîmes,  22  juin;  Kehr, 
Papsturkunden  in  Spanien,  n,  n.  79).  Il  se  pourrait 
qu'en  automne  il  soit  retourné  en  Catalogne.  Dès  le 
début  de  1156,  il  est  de  retour  à  Rome. 

2"  Légation  auprès  de  Frédéric  Barberousse  (1158). 
—  Désirant  tenter  un  rapjjrochement  avec  l'empe- 
reur, Adrien  lY  chargea  de  cette  mission  délicate  les 
deux  cardinaux  Henri  des  Saints-Nérée-et-Achillée  et 
Hyacinthe  de  Ste-Marie  in  Cosmedin.  Leur  départ  de 
Rome  est  certainement  postérieur  au  18  mars,  le 
premier  des  deux  ayant  encore  signé  un  acte  ce  jour-là 
(Jafîe,  10392;  cf.  Pflugk-Harttung,  Acta,  i,  225); 
contre  Leineweber  (p.  15)  qui  fixe  le  départ  au 
29  janv.  D'ailleurs  la  date  de  la  bulle  adressée  aux 
trois  électeurs  ecclésiastiques  (19  mars,  Jafïé,  10393) 
est  un  indice  de  plus  en  ce  sens,  que  cette  bulle  soit 
fausse  ou  non. 

Arrivés  à  Ferrare  au  cours  de  leur  voyage,  les  légats 
firent  un  détour  par  Modène,  afin  d'y  rencontrer  les 
envoyés  de  l'empereur;  puis  ils  continuèrent  par  Vé- 
rone et  Trente.  Poursuivant  leur  route  à  travers  le 
Trentin,  ils  furent  arrêtés  et  retenus  prisonniers  dans 
le  château  fort  des  comtes  d'Ezza  ou  d'Eppan  et  ne 
recouvrèrent  leur  liberté  que  parce  qu'un  frère 
d'Hyacinthe  Boboni  vint  s'olîrir  en  otage.  Ils  arri- 
vèrent au  camp  impérial  devant  Augsbourg  le 
14  juin  1158  (cf.  Ragewin,  Gest.  Frid.  Imp.,  m,  21-23; 
M.  G.  H.,  SS.,  XX,  429-30).  L'empereur,  mis  en  garde 
contre  eux  par  son  envoyé  en  Italie  Rainald  de  Dassel 
(L.  Sudendorf,  Registrum,  ii,  p.  133,  n.  54),  leur 
réserva  un  accueil  plutôt  froid.  La  réception  dura 
deux  jours.  Leur  message  transmis,  les  légats  entrèrent 
en  ville  où  ils  logèrent  chez  le  doyen,  Roger  de 
Reichersberg  (frère  de  Gerhoh),  qu'ils  réconcilièrent 
avec  l'évêque  (P.L.,  cxciii,  570;  M.  G.  H.,  Libelli, 
III,  499).  Sur  les  autres  traces  de  l'activité  des  légats 
dans  le  diocèse  d'Augsbourg,  durant  leur  séjour  du 
14  juin  jusqu'après  le  21  juill.,  et  sur  les  relations 
qu'ils  nouèrent  avec  Otto  de  Freising,  voir  Kehr, 
Germ.  pont.,  i,  334,  16  a;  337,  1;  365,  7  a;  ii-l,  p.  44, 
n.  56  et  Monumcnta  Boica,  vi,  487. 

Un  mois  plus  tard,  Hyacinthe  est  dans  le  nord  de 
l'Italie  en  compagnie  de  l'empereur  :  fin  août,  il 
assiste  à  Ravenne  à  l'installation  du  nouvel  arche- 


vêque; début  septembre,  il  séjourne  à  Milan.  Sa 
signature  se  retrouve  sur  les  documents  pontificaux 
à  partir  du  14  janv.  1159  (Jaffé,  10534;  Pflugk- 
Harttung,  Acta,  m,  190-91). 

3»  Sous  Alexandre  III  :  en  France  (1162-1165).  — 
A  la  mort  d'Adrien  IV,  le  cardinal  Hyacinthe  fut  du 
parti  d'Alexandre  III  (7  sept.  1159)  contre  l'antipape 
Octavien  (Victor  IV),  ce  qui  lui  valut  d'être  nommé- 
ment excommunié  par  ce  dernier  au  synode  de  Pavie 
(13  févr.  1160;  Watterich,  ii,  472). 

Il  suivit  Alexandre  III  dans  ses  principaux  dépla- 
cements et  fut  chargé  par  lui  de  plusieurs  missions  de 
confiance.  Il  se  pourrait  qu'il  ait  été  légat  à  Gênes, 
en  oct.-nov.  1160.  Cf.  Dunken,  62;  Ohnsorge,  50, 
note  169. 

Peu  après  l'arrivée  du  pape  en  France,  après  une 
première  nomination  rapportée  (Jafïé,  10711;  P.  L., 
ce,  138),  il  fut  envoyé  auprès  du  roi  Henri  Vil  pour  pré- 
parer l'entrevue  de  Souvigny  (entre  le  26  juill.  et  le 
18  août  1162).  Aussitôt  après,  il  fit  partie  du  groupe  de 
cinq  cardinaux  chargés  par  le  pape  d'accompagner  le 
roi  de  France  à  l'entrevue  projetée  avec  l'empereur  et 
l'antipape,  démarche  qui  resta  sans  suite  (S. -Jean 
de  Losne,  29  août).  Voir  le  récit  de  ces  deux  épisodes 
dans  Hugues  de  Poitiers,  Hist.  de  Vézelag,  M.  G.  H., 
SS.,  xxvi,  146  sq.;  le  récit  de  ces  faits  donné  par 
Boso,  Lib.  pont.,  est  inexact. 

Deux  ans  plus  tard,  sur  le  conseil  du  roi  de  France, 
le  pape  fit  une  dernière  tentative  pour  renouer  avec 
Barberousse,  qui  se  trouvait  alors  à  Pavie.  Deux  cardi- 
naux, dont  Hyacinthe,  furent  chargés  de  négocier 
avec  lui.  Mais  leur  ambassade,  se  voyant  refuser  le 
sauf-conduit  impérial,  ne  poussa  pas  plus  loin  que  Suse 
(début  avr.  1164). 

Lors  du  retour  d'Alexandre  III  en  Italie  (15  août 
1165),  le  cardinal  Hyacinthe  fut  envoyé  en  avant 
avec  mission  de  préparer  le  voyage  du  Souverain  pon- 
tife et  de  sa  suite. 

4"  Deuxième  légation  en  Ibérie  (1172-1174).  — 
Chargé  d'aplanir  les  difficultés  entre  le  Portugal  et  la 
Castille-Léon,  il  part  peu  avant  le  19  mai  1172 
(Jafïé,  14291  ;  cf.  Kehr,  Nachr.  v.  d.  Kôn.  Ges.  d.  Wiss. 
zu  Gôttingen,  Phil.-hist.  KL,  1903,  p.  153,  n.  7).  Il 
passe  par  Lérida,  Tudela,  séjourne  à  Coïmbre,  puis  à 
Braga  avec  le  roi  Alphonse  I"  (janv. -févr.  1173).  Il 
assiste  à  Léon  à  un  concile  régional  (mars  1173), 
séjourne  à  Astorga  (fin  mars,  Florez-Saenz,  Espana 
sagrada,  xli,  326),  est  présent  au  concile  de  Lérida 
(juill.  1173;  la  date  du  6  févr.  donnée,  d'après  Florez- 
Saenz,  Espaila  sagrada,  xlviii,  297,  par  beaucoup 
d'auteurs  est  inexacte;  cf.  Erdmann,  p.  44,  n.  3). 
Il  retourne  alors  en  Castille,  où  il  a  convoqué  un 
concile  à  Salamanque;  son  passage  est  signalé  fin 
août  à  Burgos,  fin  oct.  à  Sahagun.  Le  18  janv.  1174,  il 
célèbre,  à  Saragosse,  le  mariage  du  roi  d'Aragon  avec 
une  infante  de  Castille.  Début  mars,  il  est  à  Barcelone, 
sur  le  chemin  du  retour. 

Au  cours  de  cette  légation,  il  procéda  à  la  canonisa- 
tion de  S.  Rosendo  de  Celanova  (1"  sept.  1172)  et  à  la 
translation  des  reliques  des  SS.  Claudius,  Lupercus  et 
Victoriens  (22  avr.  1173),  actes  qu'il  devait  confirmer 
comme  pape  en  1195. 

Comme  dans  la  précédente,  le  cardinal  Hyacinthe 
fit  preuve,  au  cours  de  cette  mission,  d'une  très  grande 
indépendance  d'action  à  l'égard  des  directives  dont  il 
était  porteur  et  dont  il  considérait  sur  place  qu'elles 
étaient  dépassées  par  les  événements.  Une  de  ses 
décisions  concernant  le  monastère  de  San-Salvador  de 
Leire,  en  Navarre,  lui  valut  à  son  retour,  de  la  part 
d'Alexandre  III,  une  remontrance  sévère  et  peu  ordi- 
naire dans  les  habitudes  administratives  de  la  Curie 
(Anagni,  30  juin  1174;  cf.  Kehr,  Papsturkunden  in 
Spanien,  ii,  n.  135). 


65 


CÉLESTIN  III 


60 


5"  Entrevue  de  Venise  (1177).  —  Le  cardinal  Hya- 
cinthe y  fut  une  des  figures  marquantes.  Il  fit  partie 
rtu  groupe  des  six  cardinaux  envoyés  en  avant  pour 
entrer  en  premier  contact  avec  les  personnalités  im- 
périales; ils  partirent  de  Siponto  ou  de  Viesti,  au  plus 
tard  le  28  janv.  1177,  arrivèrent  fm  févr.  à  Ravenne, 
puis  à  Bologne.  Le  pape  ayant  rejoint  Venise  par  mer, 
Hyacinthe  fut  de  toutes  les  commissions  et  déléga- 
tions chargées  de  mettre  sur  pied  un  accord  entre  le 
pape,  l'empereur,  la  Ligue  lombarde  et  les  Siciliens 
(cf.  Romuald  de  Salerne,  Annales,  M.  G.  H.,  SS., 
XIX,  443-58;  comparer  au  récit  de  Boso,  L.  pont., 
II,  435).  Il  participe  aux  délibérations  de  Ferrare  (mi- 
mai 1177),  à  l'entrevue  de  Chioggia.  Il  accueille  l'em- 
pereur à  son  arrivée  à  Venise.  Le  24  juill.,  il  fait  partie 
de  la  députation  pontificale  chargée  de  réconcilier 
Barberousse  avec  l'Église  et  de  lever  les  censures  por- 
tées contre  lui.  Le  1"  août  il  est  présent  à  la  prestation 
de  serment  de  conclusion  de  la  trêve  (M.  G.  H.,  Const., 
1,  367-68).  Fin  sept.,  il  est  un  des  trois  cardinaux 
choisis  par  l'empereur  pour  faire  partie  de  la  com- 
mission chargée  de  trouver  un  accord  au  sujet  des 
questions  territoriales  pendantes  entre  le  pape  et 
l'empereur. 

Durant  les  années  suivantes,  l'activité  du  cardinal, 
devenu  septuagénaire,  se  restreint.  Au  printemps  1181, 
il  est  encore  chargé  d'une  légation  en  Italie  du  Nord;  il 
séjourne  à  Milan,  à  Plaisance  (mai),  à  Viterbe  (19  juin) 
(cf.  Kehr,  Ital.  pont.,  v,  457,  481). 

III.  Le  pontificat.  —  1°  Élection  de  Célestin  III 
et  couronnement  de  l'empereur  Henri  VI  (  30  mars- 
15  avril  1191  ).  —  A  la  mort  de  Clément  III,  le  cardinal 
Hyacinthe  fut  choisi  pour  lui  succéder.  Les  circons- 
tances précises  de  cette  élection  pontificale  restent 
obscures,  de  même  que  sa  chronologie.  Le  désaccord 
des  sources  à  ce  sujet  est  tel  que  les  auteurs  des 
regestes  pontificaux  renoncent  à  se  prononcer  entre 
les  six  dates  données  pour  la  mort  de  Clément  III  et 
les  quatre  dates  données  pour  l'élection  de  son  succes- 
seur, toutes  comprises  entre  le  20  mars  et  le  10  avr. 
1191.  Parmi  elles,  les  plus  précises  sont  celles  des 
Annales  Ratisponenses  (M.  G.  H.,  SS.,  xvii,  590)  : 
élu  le  jour  de  la  fête  de  S.  Benoît  (21  mars),  le  len- 
demain de  la  mort  de  son  prédécesseur;  celles  d'Ans- 
bert,  Hist.  de  exped.  Freder.  Imperat.  (dans  Fontes 
Rer.  Austriac,  Script.,  v,  75)  :  élu  vers  la  mi-carême, 
ordonné  prêtre  le  samedi  Sitientes  (30  mars);  celles  de 
Wagnus  de  Reichersberg  (Chronicon;  M.  G.  H.,  SS., 
xvii,  518)  :  Clément  III  mort  vers  la  mi-carême, 
Célestin  III  élu  le  samedi  Sitientes.  Voir  l'énuméra- 
tion  des  autres  données  dans  Haller,  556,  note  1,  et  557, 
note  4.  La  date  du  30  mars  est  admise  dans  la  plus  ré- 
cente liste  chronologique  des  papes,  établie  par 
A.  Mercati;  cf.  Mediaeval  Studies,  ix,  1947,  p.  71-80. 

Les  seules  dates  certaines  sont  celle  du  dernier 
document  connu  de  Clément  III  (13  mars)  et  celle  de 
la  consécration  de  Célestin  (jour  de  Pâques,  14  avr.), 
laquelle  fut  suivie,  le  lendemain,  du  couronnement  de 
l'empereur  Henri  VI  et  de  l'impératrice  Constance, 
dans  la  basilique  de  S. -Pierre. 

Il  est  certain  aussi  que  des  tractations  eurent  lieu 
entre  les  Romains,  le  nouveau  pape  et  l'empereur, 
concernant  les  conditions  mises  au  couronnement  et 
peut-être  aussi  les  modalités  du  cérémonial  à  adopter. 

En  effet,  celui-ci  semble  s'être  écarté  quelque  peu  de 
l'ancienne  formule  du  Cencius  et  avoir  subi  alors  des 
innovations,  dont  on  n'a  pu  déterminer  jusqu'ici  ni 
l'ampleur  ni  la  paternité. 

S'il  faut  en  croire  Arnold  de  Lubeck  {Chron.  Slav., 
V,  4,  M.  G.  H.,  SS.,  XXI,  181),  ces  tractations  auraient 
même  conduit  le  pontife  élu  à  différer  sa  propre 
consécration,  afin  de  pouvoir  tenir  la  dragée  haute  au 
candidat  empereur.  Peut-être  a-t-il  envisagé  ou  mena- 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


cé  de  le  faire?  En  fait,  la  date  de  Pâques  était  la 
première  date  possible  :  pour  une  cérémonie  d'apparat 
et  pour  des  tractations  à  objet  multiple,  un  délai  de 
deux  semaines  n'était  pas  de  trop. 

L'obscurité  règne  aussi  sur  les  motifs  du  choix 
d'Hyacinthe  Boboni.  Haller  (p.  560)  suppose  que  le 
Sénat  romain,  où  il  comptait  plusieurs  parents,  n'y 
fut  pas  étranger.  Il  est  certain  que  le  cardinal  Hya- 
cinthe jouissait  d'une  très  grande  considération  dans 
tous  les  milieux.  Les  témoignages  de  ses  contempo- 
rains sont  unanimement  louangeurs  à  son  égard 
(voir  références  à  Baldéric  de  Trêves,  Pierre  de  Blois, 
Henri  de  Clairvaux,  dans  Wenck,  p.  443).  S.  Thomas 
Becket,  qui  avait  entretenu  avec  lui  des  relations 
épistolaires,  le  considérait  comme  un  «  ami  spéciale- 
ment cher  »  et  comme  un  des  deux  seuls  membres  in- 
tègres de  la  Curie.  Cf.  Materials  for  the  history  oj  Thomas 
Becket,  éd.  J.  C.  Robertson  {Rer.  Britan.  M.  Aev. 
Script.,  67),  lettres  315  et  444,  vi,  1882,  p.  213,  475; 
voir  aussi  lettre  706,  vu,  372.  En  outre,  les  nombreuses 
légations  dont  il  avait  été  chargé  avaient  enrichi  son 
expérience  des  affaires  d'Église. 

Il  ne  paraît  pas  qu'il  se  soit  heurté  à  un  fort  parti 
d'opposition;  cependant  Radulf  de  Diceto  affirme 
qu'il  n'accepta  son  élection  que  pour  éviter  un  schisme 
(éd.  M.  G.  H.,  SS.,  xxvii,  280;  éd.  Stubbs,  ii,  89). 
Attitude  nullement  étonnante  de  la  part  d'un  vieillard 
qui  avait  vécu  de  près  les  schismes  de  1130  et  1159  et 
comprenait  que,  depuis  la  mort  de  Guillaume  II,  la 
succession  de  Sicile  ne  pouvait  manquer  d'envenimer 
encore  les  divisions  au  sein  du  Sacré-Collège. 

L'élection  d'un  nouveau  pape  venait  mod,ifler,  une 
fois  de  plus,  les  rapports  entre  Rome  et  l'Empire. 
Pour  Henri  VI  qui  justement  s'approchait  en  forces  de 
la  ville,  assuré  d'y  recevoir  enfin  la  couronne  impériale 
promise  dès  1189  par  le  pape  défunt,  elle  était  un 
fâcheux  contretemps.  Les  négociations  furent  menées 
rondement;  mais  il  fallut  passer  par  les  conditions  des 
Romains  qui  exigèrent  que  leur  rivale  haïe,  Tusculum, 
leur  fût  remise,  et  en  signe  de  méfiance  tinrent  fermées 
les  portes  de  leur  ville  durant  toute  la  cérémonie  du 
couronnement.  L'empereur  accepta;  il  fit  évacuer 
Tusculum  par  la  garnison  allemande  qui  l'occupait  et 
rendit  la  ville  au  pape,  qui  la  livra  aux  Romains,  les- 
quels s'empressèrent  de  la  détruire  de  fond  en  comble. 
Nous  suivons  ici  la  version  des  faits  donnée  par  Roger 
de  Hoveden,  M.  G.  H.,  SS.,  xxvii,  155.  D'autres  ver- 
sions diffèrent  quelque  peu,  surtout  celle  d'Arnold  de 
Lubeck,  M.  G.  H.,  SS.,  xxi,  181. 

Les  historiens  anti-romains  ont  essayé  d'attribuer  au 
pape  l'initiative  de  ce  marchandage  peu  reluisant. 
A  tort,  semble-t-il.  Mais  il  reste  que  le  seul  fait  de  s'y 
être  prêté  sans  protester,  et  d'avoir  accepté  que  les 
biens  immobiliers  (tenimenta)  de  la  malheureuse  cité 
fussent  confiés  au  Saint-Siège,  forme  une  tache  dont  il 
est  difficile  de  laver  sa  mémoire. 

2°  Célestin  III  et  Henri  VI.  —  Leurs  deux  règnes 
sont  à  peu  près  contemporains.  Durant  les  sept  années 
qu'ils  se  firent  face,  les  occasions  de  friction  ne  man- 
quèrent pas.  Si  la  rupture  ouverte  put  être  évitée, 
malgré  des  provocations  réitérées  de  Henri  VI,  ce  ne 
fut  que  grâce  à  l'attitude  temporisatrice  de  Célestin. 
Cette  attitude  a  été  diversement  jugée,  ainsi  que  le 
caractère  même  de  ce  pape.  La  plupart  des  historiens 
actuels  lui  reprochent  d'avoir  fait  preuve  d'une  trop 
grande  faiblesse  et  d'une  indécision  plus  grande  en- 
core; ils  ne  font  là  que  répéter  un  jugement  déjà  for- 
mulé par  le  propre  successeur  de  Célestin  III,  Inno- 
cent III,  un  pontife  d'une  tout  autre  trempe  (Toeche, 
173,  n.  1).  S'écartant  de  cette  opinion,  Haller  (p.  658- 
62)  en  a  proposé  une  autre,  voyant  dans  la  temporisa- 
tion pontificale  l'expression  d'une  résistance  passive 
I  voulue  et  calculée  avec  une  énergie  à  toute  épreuve. 

H.  —  XII.  —  3  — 


67 


CÉLRSTIN  III 


68 


Cette  opinion  n'a  pas  été  suivie  et  ne  semble  |ias  devoir 
être  retenue. 

Il  est  certain  que,  mis  en  face  d'un  autocrate  dénué 
de  scrupules,  le  pape  a  tout  fait  pour  ne  pas  devoir 
couper  les  ponts;  dans  ce  but,  il  a  poussé  fort  loin  la 
l)atience.  11  est  certain  aussi  que  Célestin  n'était  pas 
un  homme  de  tempérament  belliqueux,  mais  plutôt 
de  naturel  conciliant,  désireux  d'éviter  à  tout  prix 
une  attitude  capable  d'éteindre  une  lueur  qui  brille- 
rait encore.  L'explication  dernière  du  contraste  entre 
les  deux  attitudes  pourrait  bien  consister  dans  la  diffé- 
rence des  âges  (cf.  NVenck,  p.  443).  Le  vieux  pontife, 
trois  fois  aussi  âgé  que  l'empereur,  crut  sans  doute 
que  le  plus  sage  était  de  s'appuyer  sur  la  force  d'inertie 
en  attendant  les  événements;  il  n'avait  ni  la  force 
de  caractère,  ni  les  forces  |)hysiques  pour  agir  autre- 
ment. 

Aussitôt  après  son  couronnement,  Henri  VI  pour- 
suivit son  expédition  contre  Tancrède  de  Sicile.  Cer- 
taines sources  énumérées  par  Haller  (p.  noteS),  et 
suivies  entre  autres  par  Hauck  (iv,  (i(i4  (691 1),  font  état 
d'une  protestation  pontificale. 

Si  protestation  il  y  eut,  elle  se  borna  sans  doute  à 
quelques  timides  conseils  de  renoncer  à  l'expédition 
projetée,  conseils  dictés  par  la  crainte  de  voir  Rome 
encerclée  par  des  territoires  impériaux.  L'empereur, 
en  passant  outre,  pouvait  en  toute  bonne  foi  s'imagi- 
ner, comme  il  le  lui  dira  dans  une  lettre  un  an  plus  tard 
{M.  G.  H.,  Const.,  i,  490),  qu'il  restait  avec  le  pape  en 
relations  d'amitié. 

Il  se  trompait.  Par  toute  son  altitude,  (Célestin  111  a 
bien  montré  qu'il  ne  désirait  pas,  comme  plusieurs  de 
ses  j)rédécesseurs,  a|)puyer  son  pouvoir  sur  la  protec- 
tion impériale.  Mais  il  ne  désirait  pas  davantage  la 
lutte  ouverte.  S'abstenir  de  tout  engagement;  ne 
reconnaître  aucune  atteinte  directe  aux  droits  de 
l'Église;  ne  se  départir  qu'à  la  dernière  extrémité  de 
son  attitude  de  neutralité  expectante,  tout  en  ap- 
puyant en  sous-niaia  les  forces  anti-impériales,  afin 
d'éviter  tout  encerclement  des  États  pontificaux;  «  ne 
dire  ni  oui  ni  non,  et  dire  cependant  non  à  force  de  ne 
])as  dire  oui  »  (C.  Poulet,  Hist.  du  christiaiiixme.  ii,  .574), 
telle  est  la  ligne  de  conduite  qui  se  dégage  de  ses  actes. 
(;ette  ijolitique  fut-elle  son  œuvre  ])ersonnelle,  ou  lui 
fut-elle  dictée  par  l'une  des  deux  puissantes  factions 
cardinalices?  Impossible  de  le  déterminer. 

3°  Les  années  de  conflit  larvé  (  1191-1 194 ).  -  La 
première  expédition  sicilienne  de  Henri  VI  ayant 
piteusement  échoué  au  siège  de  Naples  (24  août  1 191  ) 
et  Tancrède  ayant  fait  des  offres  alléchantes,  afin  de 
sonder  les  dispositions  pontificales  (M.  G.  H.,  SS.. 
VI,  429),  le  pape  se  rapprocha  du  parti  sicilien.  Pour  la 
punir  de  son  attitude  pro-impériale,  l'abbaye  du  Mont- 
Cassin  fut  mise  en  interdit  et  son  doyen,  Aténolf, 
excommunié  (fin  1191).  Tandis  qu'il  négociait  du  côté 
sicilien,  le  pape  délégua  auprès  de  l'empereur  l'abbé  de 
Casamari  (févr.-mars  1192)  afin  de  lui  proposer  sa  mé- 
diation en  vue  d'un  armistice  avec  Tancrède.  La 
réponse  impériale  (11  mars  1192,  M.  G.  H.,  Const., 
I,  491,  n.  344)  n'étant  qu'un  refus  plein  de  hauteur, 
Célestin  III  fit  activer  les  pourparlers  siciliens  :  ses 
deux  plénipotentiaires,  Albin,  évêque  d'Albano,  et 
Grégoire,  cardinal  de  Sainte-Marie  in  Aquiro,  con- 
clurent avec  Tancrède  le  concordat  de  (Iravina  (juin 
1192.  M.  G.  H.,  Const.,  i,  593-94,  n.  417)  :  le  pape 
reconnaît  Tancrède  comme  roi  de  Sicile  et  obtient  en 
contre-partie  une  prestation  d'hommage  (Alba,  fin 
juin,  M.  G.  H.,  Const.,  i,  592,  n.  416)  et  divers  avan- 
tages d'ordre  ecclésiastique  :  extension  du  droit  d'ap- 
pel à  Rome,  élections  épiscopales,  droit  de  légation 
(cf.  Chalandon,  ii,  465-66).  De  plus,  il  obtient  -  sans 
que  le  concordat  fasse  mention  de  cette  clause  —  que 
'Pancrède  remette  entre  ses  mains  l'impératrice  Cons- 


tance, que  les  habitants  de  Salerne  lui  avaient  livrée 
pour  se  faire  pardonner  leur  défection  initiale. 

Cet  éi)isode  concernant  l'impératrice  a  été  diverse- 
I  ment  raconté  et  expliqué.  Les  deux  récits  les  plus  com- 
j  ])lets  sont  impossibles  à  concilier  :  Annal.  Casinenses, 
:  2'- version,  ann.  1192, M.  G.  H.,SS.,xix,3Ui:—  Annal. 

Ceccanenses, ann.  1193,  M.  G.H.,SS.,xix,  292.  Les  in- 
j  ler|)rétations  de  Chalandon  (ii,  467),  Hampe  (190)  et 
:  Toeche  (314)  ne  tiennent  pas  devant  celle  de  Haller 
:  (578-79)  et  de  Friedlànder  (78-80)  :  ce  gage  précieux 
I  devait  prémunir  le  pape  contre  le  mécontentement 
que  ressentirait  l'empereur  à  la  nouvelle  du  concordat 
sicilien  et  lui  servir  en  même  temps  à  forcer  un  modus 
Vivendi  entre  les  deux  souverains.  Ajoutons  le  désir  de 
ré|)arer  envers  l'impératrice  le  tort  causé  par  l'attitude 
inqualifiable  des  Salernitains. 

La  fuite  de  l'impératrice,  échappant  à  la  vigilance 
de  l'escorte  cardinalice  chargée  de  la  ramener  à  Rome, 
I  dérangea  les  calculs  du  pape  en  le  découvrant  du  côté 
impérial. 

Pourtant  tout  conflit  décisif  fut  évité  :  l'empereur 
se  borna  à  interdire  toute  communication  entre  Rome 
et  le  territoire  impérial.  Le  pape  fit  le  mort  et,  s'il  se 
rapprocha  du  parti  guelfe,  il  mit  le  plus  grand  soin  à  ne 
pas  heurter  l'empereur  de  front. 

Dès  le  5  août  1191,  il  avait  accordé  à  Henri  le  Lion 
le  privilège  de  ne  pouvoir  être  excommunié  que  sur 
son  ordre  exprès  (Jatïé,  16736).  Mais  il  n'intervint  pas 
dans  la  coalition  des  princes  saxons. 

S.  Albert  de  Louvain,  évincé  du  siège  de  Liège  par 
Lothaire  de  Hochstade,  candidat  imposé  par  l'em- 
|)ereur,  étant  venu  à  Rome  pour  en  appeler  au  pape, 
Célestin  III  confirma  son  élection  et  chargea  l'arche- 
vêque de  Cologne  et,  à  son  défaut,  celui  de  Reims  de 
lui  conférer  la  consécration  épiscopale  (Gilles  d'Orval, 
Vita  Alberti,  M.  G.  H.,  SS.,  xxv,  146  sq.).  Mais 
l'assassinat  du  prélat  par  deux  chevaliers  du  parti  im- 
périal (24  nov.  1 192)  ne  provoqua  à  Rome  qu'une 
mesure  de  sanction  contre  l'évêque  intrus  et  rien 
contre  l'empereur,  malgré  la  protection  ouverte  que 
celui-ci  accorda  aux  assassins  (Vita  Alberti,  ibid., 
162-64;  Gisleberl  de  Mons,  Chron.  Hanon..  éd.  Van- 
derkindere,  (^omm.  roy.  d'Hist.,  in-S",  280). 
j  Même  dans  l'aftaire  de  Richard  Coeur  de  Lion,  Cé- 
lestin III  se  départit  à  peine  de  son  mutisme.  A  son 
retour  de  croisade,  le  roi  d'Angleterre,  passant  par 
l'Europe  centrale,  fut  arrêté  et  emprisonné  par  le  duc 
Léopold  d'Autriche  avec  la  complicité  de  l'empereur 
i  (21  déc.  1192;  Toeche,  259).  Malgré  trois  appels  émou- 
I  vants  adressés  à  (Célestin  par  la  reine-mère  Éléonore 
'  (l'authenticité  du  troisième  est  incertaine),  le  pape 
fit  preuve  d'une  modération  frisant  la  pusillanimité. 
Peut-être  a-t-il  brandi  devant  Henri  VI  le  spectre  de 
l'excommunication  et  de  l'interdit  (Roger  de  Hove- 
den,  M.  G.  H.,  SS.,  xxvii,  161)?  Peut-être  a-t-il  prêté 
une  oreille  favorable  aux  projets  impériaux  du  duc  de 
Louvain  (Gislebert  de  Mons.  op.  cit.,  éd.  cit.,  282; 
éd.  M.  G.  H.,  SS.,  xxi,582)?  Il  est  certain  qu'il  n'est 
;  pas  allé  plus  loin. 

Plus  tard  seulement,  bien  ai)rès  la  libération  du  pri- 
sonnier contre  rançon  et  otages,  il  chargea  l'évêque 
de  Vérone  d'intervenir  énergiquement  auprès  du  duc 
Léopold  d'Autriche  (6  juin  1194.  Jatfé,  17119;  P.  1.., 
ccvi,  1036). 

Puis,  Léopold  étant  mort,  il  api)rouva  les  mesures 
énergiques  prises  par  l'archevêque  Adalbert  de  Salz- 
bourg  pour  obtenir  la  libération  des  otages  et  la  resti- 
tution du  reUquat  des  150  000  marcs  touchés  pour 
la  rançon  de  Richard  (22  mars  1195;  Magnus  de 
Reichersberg,  Chronicon,  M.  G.  H.,  SS.,  xvii,  522). 
\'is-à-vis  de  l'empereur,  pas  un  geste. 

Durant  ce  temps,  par  des  mesures  unilatérales, 
l'empereur  empiétait  de  plus  en  plus  sur  les  droits  de 


G9 


CÉLESTIN  III 


70 


l'Église  dans  les  territoires  contestés  (Toscane,  Oni- 
brie,  Marche)  et  jusqu'aux  environs  immédiats  de 
Rome. 

4"  Le  projet  de  croisade  impériale  (1195-1196).  — 
Empereur  et  pape  continuèrent  à  s'ignorer  récipro- 
quement, jusqu'à  la  mort  de  Tancrède  (20  févr.  1194) 
et  l'achèvement  de  la  seconde  campagne  de  Sicile 
(automne  1194-hiver  1194-95). 

Toutefois,  l'empereur  caressait  un  rêve,  pour  lequel 
il  ne  lui  suffisait  pas  d'obtenir  l'assentiment  réticent 
des  seigneurs  impériaux  (diètes  de  Worms,  Mayence, 
Wurzbourg,  déc.  1195-avr.  1196).  Transformer  l'Em- 
pire en  une  monarchie  héréditaire,  et  pour  cela  faire 
recevoir  l'onction  royale,  en  même  temps  que  le  bap- 
tême, à  son  fils  Frédéric-Roger  qui  venait  de  naître; 
c'était  chose  impossible,  sans  le  concours  du  pape.  Il 
s'agissait  donc  de  l'amadouer  et  de  rétablir  les  rela- 
tions normales. 

Dans  ce  but,  il  se  décida  à  jouer  la  carte  de  la  croi- 
sade. Pour  sonder  les  dispositions  romaines,  il  adressa, 
non  directement  au  pape,  mais  aux  cardinaux,  une  mis- 
sive où  il  fit  miroiter  le  mot  magique,  sachant  bien 
qu'il  toucherait  ainsi  au  grand  idéal  de  Célestin  III.  Il 
chargea  Wolfger  de  Passau  d'ouvrir  les  négociations 
(cf.  Kalkoïï,  Wolfger  von  Passau,  1882). 

Alors  le  pape,  ne  pouvant  faire  grise  mine  à  un  pro- 
jet de  croisade,  se  vit  contraint,  bon  gré  mal  gré,  de 
sortir  de  son  silence.  Sa  première  réponse  fut  pour 
s'assurer  des  bonnes  dispositions  de  l'empereur  : 
demandes  de  dédommagement  pour  injustices  subies 
et  leçons  de  morale  sur  les  devoirs  des  princes  chré- 
tiens (texte  dans  Magnus  de  Reichersberg,  Chron., 
M.  G.  H.,  SS.,  XVII,  523,  et  Watterich,  ii,  741  sq.;  in- 
terprétations très  diverses  :  Caro,  Toeche,  Leine- 
weber,  Traub,  Hauck,  Leonhardt,  Haller). 

Wolfger  ayant  rejoint  l'empereur  avec  une  réponse 
qui  n'était  pas  une  fin  de  non  recevoir,  mais  pas  non 
plus  l'acceptation  enthousiaste  que  suppose  Leine- 
weber  (p.  7),  Henri  VI  résolut  de  brusquer  les  événe- 
ments. Le  vendredi  saint,  31  mars  1195,  à  Bari,  au 
cours  d'une  cérémonie  secrète,  en  présence  de  3  cha- 
pelains seulement,  il  se  fit  mettre  la  croix  (cf.  Annal. 
Marbac,  M.  G.  H.,  S.  R.  G.  in  usum  sc/io/.,  65);  le  jour 
de  Pâques  il  proclama  officiellement  la  croisade 
(M.  G.  H.,  Const.,  i,  514)  et  dix  jours  après  il  envoya 
dans  tout  l'empire  une  missive  de  recrutement  (ibid.j. 

Menacé  d'être  battu  de  vitesse  dans  son  projet  le 
plus  cher,  le  pape  prit  l'affaire  en  mains.  Il  envoya 
deux  cardinaux,  dont  Pierre  de  Sainte-Cécile,  en  mis- 
sion vers  l'empereur  (départ  avant  le  29  avr.);  ils 
rejoignirent  Henri  VI  dans  la  Marche  d'Ancône  et 
poursuivirent  leur  route  vers  l'Allemagne  en  prêchant 
la  croisade,  dont  la  bulle  fut  promulguée  par  le  pape, 
le  1"  août  (Jaffé,  17274;  Sudendorf,  Registrum,  i,  82, 
n.  37;  Annal.  Marbac,  éd.  cit.,  85).  La  mission  des 
cardinaux  en  Allemagne  rencontra  un  très  bon  accueil 
(itinéraire  dans  Friedlânder,  89-95;  liste  des  partici- 
pants :  Annal.  Marbac,  éd.  cit.,  p.  66,  1.  15  sq.;  à 
compléter  par  Leonhardt,  p.  10).  Par  ailleurs,  une 
invitation  à  participer  à  la  croisade  fut  aussi  adressée 
au  roi  d'Angleterre  par  l'entremise  de  l'archevêque 
de  Canterbury  (25  juill.  1195.  Jaffé,  17270;  Traub, 
15  sq.).  Le  délai  pour  la  croisade,  fixé  d'abord  à  mars 
1196,  fut  ensuite  reculé  d'un  an. 

Durant  ce  temps,  le  cardinal  Pierre  de  Sainte- 
Cécile,  sa  mission  terminée,  retourna  auprès  de  l'em- 
pereur et  l'accompagna  pendant  plus  d'un  an,  sans  que 
les  négociations  avec  Rome  avançassent  d'un  pas.  Par 
ailleurs,  des  plaintes  très  vives,  adressées  au  pape  par 
l'impératrice  Constance,  chargée  du  gouvernement  de 
la  Sicile,  prouvent  bien  que  Célestin  III  ne  recon- 
naissait pas  le  nouveau  régime  imposé  à  ce  pays  par  le 
pouvoir  impérial  et  continuait  à  revendiquer  les  droits 


octroyés  au  Saint-Siège  par  le  concordat  de  Gravina 
(lettre  du  3  oct.  1195;  Jaffé,  17270,  publ.  par  Kehr 
dans  l'édit.  du  recueil  de  lettres  de  Thomas  de  Gaète, 
Quellen  und  Forsch.,  vu,  1905,  p.  50-52,  n.  9). 

5°  L'offre  mystérieuse  de  Henri  VI  (1196).  —  Dans 
les  relations  entre  Célestin  III  et  Henri  VI,  il  est  un 
épisode  fort  obscur  qui  a  exercé  la  sagacité  des  histo- 
riens :  c'est  celui  des  pourparlers  d'automne  1196. 

On  sait  que  l'empereur,  ayant  franchi  les  Apennins, 
prêt  à  entreprendre  sa  troisième  campagne  sicilienne, 
prit  d'abord  le  chemin  de  Rome;  dès  le  20  oct.,  il 
arrive  aux  environs  de  la  ville;  ensuite,  pendant  plus 
de  six  semaines,  il  décrit  autour  d'elle  un  large  cercle, 
séjournant  en  diverses  localités  :  Tivoli,  Palestrina, 
Ferentino.  Ce  fut  alors  un  va-et-vient  d'ambassadeurs 
impériaux,  pontificaux  et  sénatoriaux.  Finalement, 
l'empereur  poursuivit  sa  route  vers  le  Sud,  après  avoir 
envoyé  au  pape  une  missive  déplorant  vivement  la 
non-réussite  des  négociations,  alors  qu'il  lui  avait 
offert  des  avantages  tels  que  ni  son  père,  Frédéric 
Barberousse,  ni  aucun  de  ses  prédécesseurs  n'en 
avaient  jamais  proposé  de  pareils  au  Saint-Siège. 
Cette  lettre  fut  probablement  envoyée  de  Capoue, 
18  déc.  1196,  M.  G.  H.,  Const.,  i,  525,  n.  376;  la  date 
est  controversée;  l'original  contenait  Capue  xV  kal. 
decembris,  chose  impossible,  Henri  VI  se  trouvant  du  6 
au  26  nov.  à  Tivoli.  Contre  les  interprétations  de 
Haller  (624-27),  Winter  (Erbreichsplan,  78  sq.),  Fried- 
lânder (159),  la  datation  donnée  plus  haut  est  défen- 
due par  Stumpf,  50-53,  et  Pfaff,  56  sq.,  une  erreur  de 
date  étant  plus  admissible  qu'une  erreur  de  lieu. 

Ce  passage  mystérieux  de  la  lettre  impériale  a  trouvé 
bon  nombre  d'exégètes  :  J.  Caro,  Die  Beziehungen 
Heinrichs  VL  zur  Rômischen  Kurie  wàhrend  der 
Jahre  1190-1197,  Rostock,  1902,  p. 43  sq.,  y  voit  une 
offre  de  renonciation  au  droit  de  régale.  Dans  une  étude 
qui  a  renouvelé  le  sujet  {M.  L  Oe.  G.,  xxxv,  647-57) 
et  dans  de  nombreux  ouvrages  qui  suivirent ,  Haller  sup- 
pose que  l'empereur  aurait  proposé  à  Célestin  III  de 
lui  faire  l'hommage  pour  l'Empire.  Son  opinion,  fondée 
surtout  sur  une  interprétation  nouvelle  d'un  passage 
de  la  Deliberalio  super  facto  imperii  de  tribus  electis 
d'Innocent  III,  trouva  peu  d'écho  (Sperling,  Studien 
zur  Geschichte  der  Kaiserkrônung  und  Weihe,  Diss., 
Fribourg,  1918,  p.  44;  Mack,  Die  kirchliche  Steuer- 
freiheit  in  Deutschland  seit  der  Dekretalgeselzgebung, 
dans  Kirchenrechtliche  Abhandlungen,  lxxxviii,  1916, 
p.  42). 

La  réfutation  de  son  argumentation,  faite  coup  sur 
coup  par  É.  Jordan  (Mélanges  Ferdinand  Lot,  1925, 
p.  285-98)  et  par  V.  Pfaff  (Heidelberger  Abhandlungen, 
n.  55,  1927,  p.  19-26),  entraîna  le  rejet  de  l'hypothèse. 
Une  autre  explication  rapproche  le  passage  en  ques- 
tion d'un  chapitre  du  Spéculum  Ecclesiae  de  Girald  de 
Barry,  dit  le  Cambrien.  Dans  ce  chapitre  (dist.  IV, 
ch.  xix;  M.  G.  H.,  SS.,  xxvii,  397),  l'auteur,  dont  les 
rapports  avec  la  Curie  romaine  furent  étroits  durant 
les  premières  années  du  xiii*'  s.,  affirme  ceci  :  Henri  VI, 
se  rendant  compte  des  difficultés  financières  dans  les- 
quelles se  débattait  le  Saint-Siège,  par  suite  des  pertes 
territoriales  toujours  plus  grandes  auxquelles  il  était 
incapable  de  s'opposer  et  auxquelles  l'empereur,  prin- 
cipal bénéficiaire,  ne  voulait  pas  remédier,  proposa  au 
pape  un  arrangement  en  vertu  duquel  le  Saint-Siège  se 
verrait  assuré  de  la  meilleure  prébende  de  chaque 
église  métropolitaine  et  des  plus  riches  églises  épisco- 
pales  dans  tout  le  territoire  impérial;  l'on  proposerait 
ensuite  d'étendre  cet  arrangement  à  toute  la  chrétien- 
té, au  cours  d'un  concile  général.  Ainsi  pensionné  par 
l'ensemble  de  l'Église,  le  pape  pourrait  plus  facilement 
renoncer  à  ses  revendications  territoriales.  De  fait,  en 
1182-83,  Frédéric  Barberousse  avait  proposé  à  Lo- 
thaire  III  un  arrangement  analogue,  mais  s'étcndant 


71 


CÉLESTIN  TII 


72 


seulement  à  2/10  à  percevoir  sur  tous  les  revenus  im- 
périaux d'Italie,  en  échange  d'une  renonciation  aux 
territoires  contestés.  Il  se  peut  qu'il  faille  voir  là  la  i 
grande  ofTre  de  Henri  VT.  (;f.  Hampe,  Meister  dcr 
Politik.  I,  ()(i2  sq.;  Rauer,  (Inlersuchiingen  ziim  Erb- 
reichsplan  Ileinrichs  VI.,  Leipzig,  1921,  \).  lOfi; 
Cambridge  Mediaeval  Hislory.  v,  477;  PfalT,  33-44; 
Jordan,  dans  VHist.  générale  de  G.  Glotz,  Moyen  Age, 
iv-1,  p.  163,  note  31. 

6°  La  dernière  année  (1197).  —  L'insuccès  de  la 
«  grande  olTre  »  impériale  ralentit  les  pourparlers  entre 
Henri  VI  et  Célestin  IIL  Le  délai  de  réflexion  demandé  i 
par  celui-ci  ayant  expiré,  l'empereur  revint  à  la  charge, 
d'abord  par  une  lettre  (10  févr.  1197;  M.  G.  H., 
Const.,  I,  514),  ensuite  par  une  légation  avec  pleins 
pouvoirs  (mars  1197;  cf.  Pfafl,  65).  La  réponse  du 
pape  (M.  G.  H.,  Const.,  i,  525  sq.;  date  probable  fin 
févr.  1197,  Pfalï,  61-64,  contre  Haller,  92)  était,  une 
fois  de  plus,  dilatoire. 

Tandis  que  les  pourparlers  avec  l'empereur  traî- 
naient en  longueur,  la  diplomatie  pontificale  tissait  sa 
toile  sur  toute  l'Italie.  Après  une  première  mission 
pacificatrice  à  Pise  et  à  Gênes  en  mars  1196  (Kehr, 
Ital.  pont.,  III,  363,  n.  47;  vi-2,  341,  n.  90),  le  cardinal- 
légat  Pandulphe  fut  envoyé  une  nouvelle  fois  à  Flo- 
rence (l"mars  1197);  l'objet  officiel  de  sa  mission  était 
de  régler  deux  conflits  mineurs  concernant  San  Marti- 
ne et  Santa  Maria  Novella  ;  mais,  selon  toute  vraisem- 
blance, ce  n'était  là  qu'un  prétexte  :  son  séjour  en 
Toscane  se  prolongea  plus  de  huit  mois  et  fut  couronné 
par  la  conclusion,  en  sa  présence,  de  la  Ligue  toscane 
(San  Genesio,  11  nov.  1197.  Voir  R.  Davidsohn, 
Gescliicfite  von  Florenz,  i,  611-17).  Pise,  qui  s'obstinait 
dans  son  alliance  impériale,  fut  mise  en  interdit. 

Une  autre  réunion  importante  pour  le  regroupement 
des  forces  de  la  résistance  italienne,  sous  l'égide  de 
l'Église,  fut  celle  de  Fonte  Avellana  (31  août  1197).  A 
l'occasion  d'une  consécration  d'église,  treize  évêques 
de  rOmbrie  et  de  la  Marche  s'y  réunirent,  sous  la  pré- 
sidence d'un  légat  pontifical,  Gentile.  Cf.  Kehr,  liai, 
pont.,  IV,  97.  En  nov.  de  la  même  année,  le  pape  félicita 
l'évêque  de  Fermo  et  l'abbé  de  Farfa  pour  leur  zèle 
anti-impérial.  JafTé,  17585. 

Par  contre,  rien  ne  prouve  que  Célestin  III  ait 
trempé  dans  la  conspiration  sicilienne  du  printemps 
1197,  dont  les  auteurs  et  les  complices  devaient  être 
si  inhumainement  châtiés  par  l'empereur.  La  seule 
source  qui  fasse  mention  d'une  soi-disant  complicité 
pontificale  (Annal.  Marbac.,  M.  G.  H.,  S.  R.  G.  in 
usum  sctiol.,  69)  en  parle  comme  d'un  bruit  incer- 
tain. 

Durant  l'été  1197,  le  pape  tomba  sérieusement  ma- 
lade, ce  qui  ralentit  encore  le  rythme  des  négociations 
avec  l'empereur.  Pourtant  ce  ne  fut  pas  le  pape  nona- 
génaire qui  mourut  le  premier.  Le  28  sept.  1197, 
Henri  VI  était  emporté  soudainement  par  la  fièvre,  à 
Messine,  tandis  qu'il  présidait  aux  préparatifs  d'une 
croisade.  Il  laissait  un  testament,  qui  semble  bien  être 
authentique  et  dans  lequel  il  cédait  sur  toute  la  ligne; 
en  particulier,  il  reconnaissait  les  droits  de  l'Église 
sur  les  territoires  contestés.  Sans  s'appuyer  sur  ce 
document  resté  secret,  dont  il  n'eut  jamais  connais- 
sance, le  pape,  aussitôt  parvenue  la  nouvelle  de  la 
mort  de  Henri  VI,  chargea  deux  légats  en  Ombrie  et 
dans  la  Marche  d'exiger  de  la  part  des  autorités  une 
reconnaissance  effective  de  ses  droits,  d'excommunier 
Markward  d'Annweiler  et  tous  les  partisans  d'une 
collaboration  avec  le  parti  impérial  et  ainsi  «  d'établir 
une  paix  perpétuelle  entre  les  fils  de  l'Église  »  (22  et 
23  déc.  1197).  Kehr,  Ital.  pont.,  iv,  118,  138,  150,  154; 
Jaffé,  17585;  publ.  dans  Nachrictiten  der  Gesellschaft 
der  Wissensch.  zu  Gôttingen,  Phil.-liist.  Klasse,  1898, 
fasc.  1,  p.  43-44. 


Sentant  ses  forces  s'affaiblir  et  la  mort  approcher, 
Célestin  III  aurait  risqué  une  tentative  restée  unique 
i  dans  l'histoire  de  la  papauté.  Le  jour  de  Noël  1 197,  il 
aurait  insisté  auprès  des  cardinaux  réunis,  pour  qu'ils 
désignent  comme  son  successeur  le  cardinal  de  Sainte- 
Prisque,  Jean  Colonna,  plus  souvent  appelé  ,Ican  de 
Saint-Paul  (biographie  dans  Wenck,  456-73).  Il  aurait 
même  proposé  d'abdiquer  la  tiare,  au  cas  où  sa  propo- 
sition aurait  été  admise.  Cet  épisode  s'appuie  sur  la 
seule  autorité  de  Roger  de  Hoveden  (éd.  Stubbs,  iv, 
30  sq.;  éd.  M.  G.  H..  SS.,  xxvir,  176).  Winkelmaun 
i  (PlùUpp  von  Scliwaben,  1873),  p.  488-92  en  admet  l'his- 
toricité. Son  avis  a  été  repris  par  la  thèse  de  K.  Holder, 
Die  Désignation  der  Naelijolger  durch  die  Pàpsle,  Fri- 
bourg  (Suisse),  1892,  p.  68-70,  et  par  J.  Hollweck, 
Kann  der  Pupst  seinen  Nachfolger  bestimmen?,  dans 
Arch.  jûr  kath.  Kirchenrectit,  lxxiv,  1895,  p.  123-24.  Ce 
projet  aurait  échoué  devant  le  refus  des  cardinaux. 

7°  Célestin  III  et  les  autres  pays  de  la  chrétienté.  — 
Durant  ce  pontificat,  les  relations  entre  le  S. -Siège  et 
riimpire  ont  occupé  l'avant-plan  de  la  scène.  Avec 
les  autres  pays,  les  rapports  furent  plus  elïacés. 

Envers  Philippe  Auguste  le  pape  fit  montre  de  la 
même  réserve  qu'envers  l'empereur.  A  son  retour  de  la 
croisade  interrompue  (début  nov.  1191),  le  roi  de 
France  fut  reçu  à  Rome  avec  les  honneurs  réservés 
aux  seuls  vrais  croisés  (Cartellieri,  ii,  251-52),  mais  il 
ne  parvint  à  obtenir  du  pape  aucun  acte  inamical  à 
l'égard  du  roi  d'Angleterre,  Richard  Cœur  de  Lion. 
Spécialement  dans  les  conflits  concernant  les  affaires 
normandes,  Célestin  ne  dévia  jamais  de  sa  position  de 
stricte  neutralité. 

Il  fit  preuve  d'une  plus  grande  énergie  dans  la  triste 
affaire  matrimoniale  dont  Isemborg  (Ingeburge)  de 
Danemark  fut  la  malheureuse  victime.  Le  roi  l'avait 
épousée  par  politique  (15  août  1193);  peu  après,  pré- 
tendant n'avoir  pu  consommer  son  mariage,  il  deman- 
da un  divorce,  qui  fut  accordé,  pour  des  motifs  imagi- 
naires, par  une  réunion  de  prélats  français  (Compiègne, 
5  nov.  1193).  Pressé  d'intervenir,  le  pape  fit  défense  au 
roi  de  prendre  une  autre  épouse  (13  mai  1195,  Jaffé, 
17241-17243;  P.  L.,  ccvi,  1095,  1098).  Le  roi  viola  la 
défense  et  épousa  sa  cousine  Agnès  de  Méran.  Dès  lors, 
les  rapports  furent  très  tendus  entre  Rome  et  Paris, 
mais  le  conflit  n'atteignit  son  point  culminant  que 
sous  Innocent  III. 

Avec  les  pays  de  la  péninsule  ibérique,  l'ancien  car- 
dinal Hyacinthe  entretint  des  rapports  excellents,  à 
part  deux  conflits  avec  Alphonse  IX  de  Léon.  Le 
premier  fut  encore  une  affaire  matrimoniale.  Le  roi  de 
Léon  avait  épousé  l'infante  Teresa  de  Portugal,  bien 
qu'elle  fût  sa  parente  à  un  degré  prohibé.  Dans  un 
concile  à  Salamanque,  un  légat  envoyé  par  le  pape  dé- 
clara nul  le  mariage  royal.  Le  roi  s'obstinant,  Célestin 
l'excommunia  et  mit  ses  États  en  interdit.  Le  conflit 
dura  jusqu'en  1 195  et  reprit  un  an  plus  tard  parce  que 
le  roi  de  Léon  avait  traité  avec  les  Sarrasins,  affai- 
blissant ainsi  le  front  commun  des  forces  chrétiennes 
de  la  Reconquista  (31  ocl.  1196,  Jalfé.  17433). 

En  Angleterre,  Célestin  III  dut  intervenir  dans  deux 
questions  très  importantes,  la  i)remière  de  nature  poli- 
tique, l'autre  d'administration  ecclésiastique.  Sur  leurs 
rétroactes,  voir  R.  Foreville,  L'Église  et  la  Royauté 
en  Angleterre  sous  Henri  II  Planlagenet  (  1154-1189) , 
Paris,  1943,  p.  589. 

La  première  opposait  l'évêque  d'Ely,  Guillaume 
Longchamp,  chancelier  du  roi,  grand  justicier  d'An- 
gleterre et  légat  apostolique,  à  un  parti  de  rebelles, 
composé  d'évêques  et  de  grands  féodaux,  soutenus 
par  le  frère  du  roi,  Jean  sans  Terre,  et  dont  le  porte- 
parole  était  l'archevêque  Walter  de  Rouen.  A  la  suite 
d'un  coup  d'État,  Longchamp  fut  déposé  et  expulsé 
en  oct.  1191  ;  les  deux  partis  se  couvrirent  l'un  l'autre 


73 


CÉLESTIN  III 


74 


de  censures  ecclésiastiques  et  vinrent  cliercher  soutien 
à  Rome. 

La  seconde  question  était  celle  de  la  substitution, 
auprès  des  sièges  épiscopaux,  de  chapitres  séculiers  à 
la  place  des  anciens  couvents  bénédictins.  Pendante 
depuis  longtemps,  elle  eut  un  regain  d'actualité  en 
1197,  quand  l'archevêque  de  Canterbury  obtint  du 
pape  l'érection  du  chapitre  séculier  à  Lambeth  près  de 
Londres  (9  juin  1197,  Jaffé,  17564),  malgré  les  efforts 
déployés  en  sens  opposé  par  une  délégation  de  moines. 
Par  contre,  une  solution  identique,  achetée  à  Rome 
sous  Clément  III  par  l'évèque  de  Coventry,  fut  annulée 
par  Célestin  (Jaffé,  17600,  date  probable  nov.  1197). 

Si  tous  les  documents  mentionnant  ces  deux  afïaires 
méritent  créance  (références  dans  Wenck,447-49,notes, 
et460-62, notes),  Célestin  y  aurait  adopté  une  attitude 
fort  louvoyante,  annulant  ses  propres  décisions,  reve- 
nant à  plusieurs  reprises  sur  des  assurances  données  à 
chacun  des  partis  en  présence  et  allant  même  jusqu'à 
refuser  de  reconnaître  ses  propres  actes. 

8°  Célestin  III  el  l'empire  byzantin.  —  Envers  l'em- 
pire d'Orient,  l'attitude  de  Célestin  III  fut  dominée 
par  la  nécessité  d'adopter  une  politique  de  bascule 
entre  l'impérialisme  de  Henri  VI  et  celui  d'Isaac  II 
l'Ange.  Deux  autres  problèmes  tout  aussi  importants 
augmentaient  encore  la  complexité  de  la  situation 
réciproque   :    l'union  des  Églises  et  les  croisades. 

Le  rapprochement  initial  du  pape  avec  Tancrède  de 
Sicile  se  doubla  d'un  rapprochement  avec  Byzance, 
dont  les  troupes  avaient  repris  position  sur  les  rivages 
de  l'Adriatique.  Le  mariage  de  Roger,  fils  de  Tancrède, 
avec  la  princesse  Irène,  mariage  peut-être  suggéré  par 
le  pape,  en  fut  le  couronnement.  Au  cours  des  négo- 
ciations préliminaires  à  ce  mariage.  Isaac  r.\nge  avait 
fait  savoir  au  prince  de  Capoue  (c.-à-d.  |)robablement 
Roger  lui-même;  cf.  Laurent,  30-31)  l'intérêt  qu'il 
portait  à  l'union  des  Églises.  Des])ote  mégalomane  et 
visionnaire  illuminé,  ce  basileus  concevait  cette  union 
sous  un  angle  césaropapiste.  Célestin  III.  averti  par  le 
prince  normand,  envoya  une  première  lettre  au  basi- 
leus, lequel  répondit  iiar  un  véritable  hymne,  accordé 
selon  le  mode  byzantin,  à  l'unité  chrétienne  el  à  l'in- 
divisibilité du  Corps  Mystique  du  Christ  »  (Laurent, 
46;  document  3  décrit  par  Laurent,  29-31,  date  pro- 
bable :  1192.  Cf.  aussi  Festa,  dans  Bessarione,  v,  1899, 
p.  43-44,  note). 

Une  seconde  mis.sive  du  pape  (1192-93?)  devait 
contenir  une  demande  d'aide  au  secours  de  la  croi- 
sade. On  répondit  de  Byzance  par  un  chrysobulle 
d'Isaac  II  et  une  lettre  du  patriarche  Georges  Xiphilin 
(1"  et  2'-  document  décrits  par  Laurent,  27-29  et  29, 
avec  références  ultérieures);  le  chrysobulle  est  pro- 
bablement identique  à  F.  Dôlger,  Regeslen  der  Kaiser- 
itrkunden  des  Ostrômischen  Reiclics,  ii,  n.  1615  {Corpus 
der  griectiisclien  Urltunden  des  Mittelalters  und  der 
Xeueren  Zeit,  série  A,  V  partie).  En  ce  cas,  ces 
documents  furent  remis  au  pape  par  l'ambassade 
byzantine  qui  assista  le  1"  octobre  1193  à  la  canonisa- 
tion de  S.  Jean  Gualbert.  La  lettre  du  patriarche  traite 
avant  tout  de  la  primauté  du  siège  romain.  La  réponse 
de  l'empereur  est,  somme  toute,  une  dérobade  byzan- 
tine assaisonnée  d'assurances  lointaines  et  de  reven- 
dications transparentes.  L'empereur  s'excuse  de  ne 
pouvoir  soutenir  effectivement  les  Latins;  il  estime 
d'ailleurs  que  les  croisades  sont  une  entreprise  sans 
lendemain  à  cause  des  divisions  intestines  des  Occi- 
dentaux; il  signale  non  sans  malice  que  l'activité  paci- 
ficatrice du  pape  a  un  large  champ  d'action  à  l'inté- 
rieur de  la  chrétienté  et  lui  demande  d'intervenir  à 
Buda  pour  faire  évacuer  des  territoires  byzantins 
occupés  par  les  Hongrois. 

Célestin  n'insista  pas,  mais  après  la  conquête  de  la 
Sicile  par  Henri  VI  et  son  couronnement  à  Palerme 


(25déc.  1194),  et  plus  encore  après  la  chute  d'Isaac  li 
et  ses  négociations  avec  l'empereur  allemand  (avr. 
1195),  Byzance  se  sentit  directement  menacée.  Le 
nouveau  basileus,  Alexis  III,  ayant  reçu  un  ultimatum 
comminatoire  de  Henri  VI,  tenta  de  recourir  au  pape. 
Mais  son  message  fut  intercepté  par  la  police  impé- 
riale (été  1196,  Dôlger,  op.  cit.,  u,  n.  1635).  Déjà  la 
diplomatie  pontificale  était  intervenue  spontanément 
en  obtenant  de  l'empereur  qu'il  renonçât  à  toute 
agression  contre  Byzance,  afin  d'assurer  plus  rapi- 
dement les  secours  promis  à  la  Terre  sainte.  Le  juge- 
ment de  Norden  sur  la  politique  byzantine  de  Céles- 
tin III  (Das  Papsttum  und  Byzanz,  Berlin,  1903, 
p.  114-33)  doit  donc  être  corrigé  sur  plusieurs  points. 
Cf.  Laurent,  55-58.  En  particulier,  les  sujets  traités  au 
cours  des  premiers  rapports  épistolaires  montrent  cjue 
le  reproche  fait  au  pape  d'avoir  relégué  dans  l'ombre 
les  questions  religieuses  au  bénéfice  des  tractations 
politiques  est  sans  fondement. 

9°  Célestin  III  et  Rome.  —  Pape  romain,  pouvant 
compter  sur  l'appui  des  Orsini,  dont  les  Boboni  for- 
maient une  lignée  collatérale,  Célestin  III  avait  encore 
renforcé  sa  position  à  l'intérieur  de  la  Ville  Éternelle 
en  souscrivant  dès  l'aube  de  son  pontificat  aux 
demandes  des  Romains  concernant  'Tusculum,  leur 
rivale  haïe,  et  en  concédant,  par  libéralité  spéciale,  les 
presbiteria  aux  sénateurs  surnuméraires  (Brezzi,  378). 
Seul  cet  appui  intra  muros  pouvait  lui  permettre 
d'adopter  vis-à-vis  de  l'empereur  son  attitude  d'indé- 
pendance temporisatrice.  Pourtant  l'instabilité  du 
régime  politique  intérieur  de  Rome  rendait  cet  appui 
fort  précaire.  Durant  son  pontificat,  ce  régime  fut 
modifié  à  trois  reprises  :  au  gouvernement  oligar- 
chique des  56  sénateurs,  dont  une  bonne  part  tout 
dévoués  aux  Orsini,  succéda  en  1191  le  pouvoir  per- 
sonnel d'un  sununus  senator,  dont  les  titulaires  appar- 
tinrent à  des  factions  rivales,  d'abord  populaires  puis 
patriciennes.  Cf.  Halphen,  Études  sur  l'administration 
de  Rome  uu  Moyen  Age  (751-1252),  p.  161. 

(irâce  à  la  diplomatie  du  vieux  pontife,  les  relations 
entre  la  ville  et  le  Saint-Siège  ne  furent  pourtant 
jamais  sérieusement  troublées.  Le  pape  mena  sa  poli- 
tique en  toute  liberté  et,  de  leur  côté,  les  contingents 
romains  vinrent  plus  d'une  fois  renforcer  les  armées 
impériales  {Annal.  Casin.,  M.  G.  H.,  SS.,  xix,  326). 

10°  Activité  spirituelle,  artistique  et  missionnaire.  -  - 
A  l'inlérieur  de  la  chrétienté,  le  vieux  pontife  encoura- 
geait l'évolution  de  la  vie  religieuse,  suivant  des  for- 
mules adaptées  aux  besoins  de  son  temjjs.  Ses  favoris 
furent  les  ordres  militaires.  En  1 191.  il  confirme  l'ordre 
des  Chevaliers  Teutoniques.  A  plusieurs  reprises, 
il  accorde  aux  Frères  du  S. -Sépulcre,  aux  Hospi- 
taliers de  Jérusalem  et  surtout  aux  Templiers,  protec- 
tions et  faveurs  (Jaffé,  16708,  17324;  16868,  17589; 
16722,  16742,  16743,  16769,  16841,  16911,  17042, 
17107  a,  17437,  17446). 

Les  ordres  voués  à  des  travaux  d'utilité  publique 
ou  de  charité,  comme  les  frères  pontifes,  les  hospices 
alpestres,  les  léproseries,  ne  sont  pas  oubliés,  n  encou- 
rage aussi  la  fondation  de  communautés  de  béguines; 
il  exempte  de  la  dîme  diverses  chartreuses  (Jafïé, 
16996,  17012);  il  approuve  le  monastère  bénédictin  de 
Monte  Vergine  et  ses  constitutions  (4  nov.  1191).  11 
accorde  aux  enfants  présentés  dans  les  monastères  dès 
leur  plus  jeune  âge  la  faculté  de  quitter  le  cloître  une 
fois  devenus  adultes. 

Plusieurs  mesures  témoignent  aussi  de  son  intérêt 
pour  la  propagation  de  la  foi  et  pour  son  développe- 
ment dans  les  régions  récemment  christianisées  à  l'est 
et  au  nord-est  de  l'Europe.  Il  félicite  Meinard,  évôque 
de  Livonie,  des  progrès  de  l'apostolat,  accorde  de  très 
larges  facultés  aux  missionnaires  dans  les  pays  Baltes 
(27 avr.  1193,  Jaffé,  16991;  P.L.,  ccvi,995).  En  1197  il 


75  CÉLESTIN  III  76 


soutient  la  croisade  entreprise  par  son  successeur 
Bertold.  Cf.  Heinricus,  Chron.  Livoniae,  M.  G.  H.,SS., 
XXIII,  242-43).  Il  envoie  le  card.  Cynthius  en  légation 
au  Danemark  (1192).  II  intervient  en  Suède  pour  déli- 
miter les  évêchés  de  Linkôping  et  de  Wexjô;  Jaflé, 
16781.  En  Hongrie,  il  confirme  à  l'archevêque  d'Ezs- 
tergom  le  droit  de  couronner  le  roi  (Mon.  Hung.  Hist., 
I,  XI,  182;  Jalïé,  16773.) 

Célestin  III  procéda  à  plusieurs  canonisations. 
Moins  d'un  mois  après  son  élévation  au  pontificat,  il 
faisait  savoir  à  l'Église  qu'il  avait  élevé  sur  les  autels 
Pierre  de  Tarentaise,  cistercien  devenu  évêque 
(10  mai  1191;  A.  .S'.,  mai,  ii,  347;  P.  L.,  ccvi,  869-71). 
Il  décerna  les  mêmes  honneurs  à  l'bald  de  Gubbio 
(4  mars  1192),  Bernward  de  Hildesheim  (8janv.  1193. 
Jaffé,  16943).  Au  cours  d'un  consistoire  du  l"''^  oct. 
1193,  il  canonisa  le  fondateur  de  l'ordre  de  Vallom- 
breuse,  Jean  Gualbert.  Le  27  avr.  1197  il  annonça  la 
canonisation  de  Géraud,  fondateur  et  premier  abbé  du 
monastère  de  Sauvemajeure  (Jafle,  17527).  D'après 
Baronius,  Ladislas,  roi  de  Hongrie,  Gaucher,  chanoine 
de  Limoges,  auraient,  eux  aussi,  été  canonisés  par  lui. 
En  ce  qui  concerne  le  roi  de  Hongrie,  il  y  a  sans  doute 
confusion  avec  une  permission  donnée  en  vue  de  son 
exhumation.  A.  S.,  Propijlaeum  ad  Ada  decembr., 
Martyrologium  Romanum,  259. 

Onze  nouveaux  cardinaux  furent  créés  par  Céles- 
tin III.  Les  détails  donnés  à  ce  sujet  par  Ciacconius  et 
par  Cristofori  sont  souvent  inexacts  et  doivent  être 
corrigés  par  la  nomenclature  donnée  dans  Ann.  pont., 
1928,  p.  157-59.  Ce  sont  :  en  1191,  Nicolas  Boboni,  un 
neveu,  card.  de  Ste-Marie  in  Cosmedin;  Rofïredo,  abbé 
du  Mont-Cassin  (sans  doute  pour  l'encourager  dans  son 
attitude  d'indépendance  vis-à-vis  de  Henri  VI),  card. 
des  SS.-Pierre-et-Marcellin ;  Guy,  card.  de  S. -Marc; 
Jacques  Cesarini,  card.  de  Ste-Praxède.  En  1192, 
S.  Albert  de  Louvain,  lors  de  son  voyage  à  Rome  (mis 
en  doute  par  J.  Heller  dans  son  éd.  des  Gesta  episcopo- 
rum  Leodiensium,  M.  G.  H.,  SS.,  xxv,  136;  de  même 
Schneider,  Hist.  Zeitschr.,  série,  i,  645;  G.  Smets, 
Henri  I",  p.  53);  la  thèse  affirmative  s'appuie  sur  la 
Vita  Alberti,  M.  G.  H.,  SS.,  xxv,  146,  la  bulle  Régis 
aeterni  de  Paul  IV  (9  août  1613)  confirmant  son  culte 
(cette  dernière  lui  donne  par  erreur  le  titre  de  card.  de 
Ste-Croix)  et  sur  d'autres  arguments  exposés  par 
É.  de  Moreau,  Albert  de  Louvain,  Bruxelles.  1945, 
p.  47-48).  En  1193,  Jean  Colonna  dit  de  S. -Paul,  card. 
de  Ste-Prisque,  qui  devint  son  bras  droit  dans  l'exer- 
cice de  sa  charge  et  qu'il  voulut  imposer  à  l'Église 
comme  son  successeur;  Fidantius,  card.  de  S. -Marcel; 
Maître  Pierre  de  Capoue,  card.  de  Ste-Marie /7i  viaLata, 
apôtre  zélé,  excellent  théologien  et  habile  diplomate; 
Bobon,  un  parent,  card.  de  S.- Théodore;  Cencius  Sa- 
velli,  card.  de  Ste-Lucie,  camerlingue  et  vice  chance- 
lier, qui  devint,  en  1216,lepapeHonorius  Ill(financier 
hors  ligne,  il  rédigea  durant  le  pontificat  de  Céles- 
tin III  le  Liber  censuum  de  l'Église  romaine.  Cf. 
P.  Fabre,  Étude  sur  le  Liber  censuum  de  l'Église 
romaine,  Paris,  1892).  En  1194  ou  1195,  Simon  de 
Limbourg,  cousin  de  S.  Albert  le  Grand  et  candidat 
au  siège  de  Liège. 

Parmi  les  œuvres  d'art  dont  Rome  est  redevable  à 
Célestin  III,  figure  en  premier  lieu  l'église  de  S. -Jean 
Porte-Latine.  Complètement  transformée,  coilïée  d'un 
campanile,  enrichie  dans  sa  nef  centrale  d'une  série 
de  fresques  formant  un  des  plus  beaux  ensembles  pic- 
turaux de  cette  époque  (cf.  P.  Styger,  La  decorazione 
a  fresco  del  Xii.  sec.  delta  chiesa  di  S.  Giovanni  ante 
portam  Latinam,  Studi  Romani,  1914,  p.  261  sq.; 
F.  Hermanin,  L'arte  in  Roma  dal  sec.  viii  al  XIV,  Sto- 
ria  di  Roma,  xxvii,  Bologne,  1945,  p.  255-59),  elle  fut 
consacrée  par  le  pape  en  1191  (l'inscription  donne 
par  erreur  1190).  Ensuite  il  faut  mentionner  le  cloître 


et  le  campanile  de  S.  Lorenzo  fuori;  une  série  d'autres 
campaniles  (Hermanin,  op.  cit.,  88-89)  et  les  portes  de 
bronze  de  S. -Jean  de  Latran  (sacristie  et  chapelle  de 
S. -Jean  l'Évangéliste  au  baptistère),  œuvre  des  fon- 
deurs Uberto  et  Pietro  (1196),  dont  le  premier  tra- 
vailla aussi  à  la  Confession  de  S. -Pierre. 

Sources.  —  Jaffé,  ii,  p.  7,  20,  90,  103,  146,  431,  493, 
528,  536  (avant  le  pontificat);  p.  577-644,  727,  771-72 
(n.  16675  à  17679).  —  Pfiugk-Harttung,  Acta  ponliftcum 
Romanorum  inedita,  i,  352-83;  n,  396-402.  —  P.  L.,  ccvi, 
col.  863-1280.  —  Chevalier,  B.  B.,  i,  830.  —  Lib.  pont.,  u, 
405,  406,  423,  439,  443,  451.  —  Watterich,  Pont.  Roman. 
Vitae,  II,  708-48.  —  Kehr,  Germ.  pont.,  i,  p.  xxix-xxx, 
334, 337,  365,  399;  ii-2,  p.  xxii;  ni,  p.  xxii-xxiii.  —  Kehr, 
//.  pont.,  1,  p.  xxv-xxvi;  ii,  p.  xxx;  m,  p.  xlix-lii;  iv, 
p.  xxxii-xxxiv;  V,  p.  L-Liii;  vi-1,  p.  XLii-xnv  et  p.  12; 
vi-2,  p.  xxxiv-xxxvii;  vii-1,  p.xxxii-xxxiv;  vii-2,  p.  xxvi- 
xxvii;  viii,  p.  u-Lii.  —  Kehr,  Nachtràge  zu  den  Papstur- 
kunden  Italiens,  Nacfirictiten  v.  d.  kôn.  Gesellscli.  d.  Wiss. 
zu  Gottingen,  Phil.-liist.  KL,  1908,  295-304.  —  P.  Kehr, 
Papsturkunden  in  Spanien  (Abhandl.  der  Gesellsch.  der 
Wiss.  zu  Gottingen,  Pliil.-hist.  KL,  nouv.  série,  xviii,  2), 
fasc.  1,  Berlin,  1926,  n.  237-275;  fasc.  2,  Berlin,  1928,  p.  37- 
39,  131-36  et  n.  69-71,  73-80,  128,  131,  135.  —  C.  Erdmann, 
Papsturkunden  in  Portugal  (même  coll.,  nouv.  série,  xx,  3), 
Berlin,  1927,  n.  54-56,  68-71,  127-59.  —  H.  Meinert, 
Papsturkunden  in  Frankreich,  fasc.  1  (même  coll.,  3'  série, 
m),  Berlin,  1932,  n.  278-327.  —  J.  Ramackers,  Papstur- 
kunden in  Franlveich,  fasc.  2-4  (même  coll.,  3"  série, 
vol.  xxi,  xxiii,  xxvn),  Gœttingue,  1937-42,  n.  300-344, 
182-87,  335-368.  —  W.  Holtzmann,  Papsturkunden  in  En- 
gland  (même  coll.,  nouv.  série,  xxv,  1  et  3"  série,  xv),  fasc.  1, 
Berlin,  1930,  n.  274-346;  fasc.  2,  Berlin,  1936,  n.  259-92.— 
J.  Ramackers,  Papsturkunden  in  den  Niederlanden  (même 
collection,  3'  série,  viii),  Berlin,  1933,  n.  326-76.  —  F.  Fita, 
Primera  legacion  del  Cardenal  Jacinto  en  Espana.  Butas 
ineditas  de  Anastasio  IV.  Nuevas  luces  sobre  et  concilia 
nacional  de  Valladolid  (1155)  y  otros  datos  ineditos,  dans 
jBof.  de  la  R.  Acad.  de  la  Historia,  xiv,  1889,  p.  530-55.  — 
C.  Erdmann,  Das  Papsltum  und  Portugal  im  ersten  Jahr- 
Itundert  der  portugiesischen  Geschichte,  Abliandl.  der  preuss. 
Akad.  der  Wiss.,  Phil.-hist.  Klasse,  1928,  n.  5.  —  P.  Kehr, 
Das  Papsltum  und  die  Kônigreiclie  Navarra  und  Aragon  bis 
zur  Mille  des  XII.  Jhts,  ibid.,  1928,  n.  4,  p.  45-55.  —  C.  Ma- 
naresi,  Una  bolla  inedita  di  Celestino  III,  dans  Boll.  delta 
Soc.  Pavese  di  Storia  patria,  xxiv,  1924,  p.  221-25.  — 
Arcliivio  delta  Soc.  Romana  di  Storia  patria,  xlvii,  370, 
n.  30-31.  —  R.  Thommen,  dans  Neues  Archiu  der  Gesellsch. 
fur  altère  deutsclie  Gesch.,  xii,  1886,  p.  411-14.  —  P.  Ewald, 
ibid.,  II,  1876,  p.  218.  —  W.  Wattenbach,  ibid.,  xi,  1885, 
p.  398-99.  —  Materials  for  tfie  historg  of  Tliomas  Becket, 
éd.  J.-C.  Robertson  (Rerum  Britannicarum  Medii  aevi 
scriptores,  n.  67),  v,  53,  389  (lettres  33  et  196);  vi,  55,  214, 
475  (lettres  249,  315,  444);  vu,  350,  372  (lettres  694  et  706), 
Londres,  1881-1885. 

Travaux.  —  Ann.  pont.,  1928,  p.  134, 157-59.  —  D.  T.  C, 
II,  2061-62.  —  Ciaconius-Oldoinus,  Vitae  Rom.  pont.,  i, 
1018-19,  1151-166.  —  Hefele-Leclercq,  v-2,  1163-178.  — 
Hauck,  IV,  1-2,  658  sq.  —  J.  Leineweber,  Studien  zur 
Gesctiictite  Papst  Coelestins  III.,  Diss.,  léna,  1905. 

.I.-M.  Brixius,  Die  Mitglieder  des  Kardinalkollegiums 

von  1130  bis  1181,  Diss.,  Strasbourg,  1910,  p.  52.  J.  Bach- 

mann,  Die  pdpstlichen  Legaten  in  Deutschland  und  Skandi- 
navien  (1125-1159),  Hist.  Studien,  115,  Berlin,  1913,  p.  129- 
135.  —  G.  Dunken,  Die  poliliscite  Wirksamkeit  der  pàpstli- 
chen  Legaten  in  der  Zeit  des  Kampfes  zwischen  Kaisertum 
und  Papsltum  in  Oberitalien  unter  Friedrich  I.,  H isl.  Studien, 
209,  Berlin,  1931.  —  R.  Eichner,  Beilràge  zur  Geschichte  des 
Venetianer  Friedens-Kongress  vom  Jahr  1177,  Diss.,  Ber- 
lin, 1886.  —  F.  Fita,  Concilios  nacionales  de  Salamanca  en 
1154  y  de  Valladolid  en  1155,  dans  Boletin  de  la  Real  Acad. 
de  la  Historia,  t.  xxiv,  1894,  p.  449-450,  467-75.  —  A.  Hof- 
meister,  Studien  iiber  Otto  von  Freising,  Neues  Archiv, 
xxxvii,  1912,  142-43.  —  W.  Ohnsorge,  Die  Legaten  Alexan- 
ders  III.  im  erslen  Jalirzehnl  seines  Pontifikats  (1159- 
1169),  Hist.  Studien,  175,  Berlin,  1928,  p.  14,  50,  55-57,  62. 
• —  W.  Ribbeck,  Kaiser  Friedrich  und  die  Rômische  Kurie 
in  die  Jahren  1157-1150,  Diss.,  Berlin,  1886.  —  G.  Saebekow, 
Die  pdpstlichen  Legationen  nach  Spanien  und  Portugal  bis 
zum  Ausgang  des  XII.  Jhts,  Diss.,  Berlin,  1931.  —  E.  Vacan- 
dard,  Vie  de  S.  Bernard,  ii,  Paris,  1910,  p.  142-43.  — 


77 


CÉLESTIN  IH 


—  CÉLKSTIiN  IV 


78 


p.  Brezzi,  Roina  e  l'imperio  medioevale  (Storia  di  Homa,  x). 
Bologne,  1947,  p.  376-81.  —  A.  CarteUieri,  Philipp  H. 
August,  Kônig  von  Frankreich,  ii  et  m.  —  F.  Chalandon, 
Histoire  de  la  domination  normande  en  Italie  et  en  Sicile, 
II,  Paris,  1907,  p.  445-91.  —  I.  Friedlânder,  Die  pàpstlichen 
Legaten  in  Deutschland  und  Italien  am  Ende  des  XII.  Jhts 
(1181-1198),  Hist.  Studien,  177,  Berlin,  1928,  surtout 
p.  148  sq.  — ■  J.  Haller,  Heinrich  VI.  und  die  Romische 
Kurie,  Mitteil.  des  Instil.  fur  ôsterr.  Geschichtslorschunn, 
XXXV,  1914,  p.  545-59.  —  L.  Halphen,  Études  sur  l'admi- 
nistration de  Rome  au  Moyen  Age  (751-1252),  dans  Bibl. 
de  l'Êc.  des  Hautes  Études,  Se.  hist.  et  phil.,  n.  166,  Paris, 
1912.  — •  K.  Hampe,  Zum  Erbkaiserplan  Heinrichs  VI., 
Mitteil.  des  Inst.  fur  ôsterr.  Geschichtsforschung,  xxvii, 
1906.  — •  L.  Homo,  Rome  médiévale  (Bibliothèque  histo- 
rique, 10),  Paris,  1934.  —  É.  Jordan,  Henri  VI  a-t-il  offert 
à  Célestin  III  de  lui  faire  hommage  pour  l'Empire?  dans 
Mélanges  F.  Lot,  1925,  p.  285-306.  —  V.  Laurent,  Rome  et 
Bgzance  sous  le  pontificat  de  Célestin  III  (1191-1198),  dans 
Échos  d'Orient,  xxxix,  1940,  p.  26-58.  —  W.  Leonhardt, 
Der  Kreuzzugsplan  Kaiser  Heinrichs  VI.,  Diss.  Gôttingen, 
Giessen,  1913.  —  E.  PeTeh,Der  Erbreichsplan  Heinrichs  VI., 
Berlin,  1927.  —  V.  PfaH,  Kaiser  Heinrichs  VI.  hôchstes 
Angebot  an  die  Rômische  Kurie  (1196),  Heidelberg.  Abhandl. 
zur  mittleren  und  neueren  Gesch.,  fasc.  55,  1927.  —  Ph.  Ta- 
mizey  de  Larroque,  Célestin  III  et  Philippe  de  Dreux,  dans 
Rev.  des  quest.  hist.,  i,  1866,  p.  275.  —  O.  Thielepape,  Dos 
Verhdltnis  Papst  Coelestins  III.  zu  den  Klôstern,  Diss., 
Greifswald,  1914.  —  Th.  Tœche,  Kaiser  Heinrich  VI.,  dans 
Jahrbiicher  der  deutschen  Gesch.,  Leipzig,  1867.  —  K.Wenck, 
Die  rômischen  Pdpste  zwischen  Alexander  III.  und  Inno- 
cenz  III.  und  der  Designationsversuch  Weihnachten  1197, 
dans  Papsttum  und  Kaisertum,  Kehr-Festschrift,  éd.  A. 
Brackmann,  Munich,  1926,  p.  432-474. 

Roger  Mols. 

7.  CÉLESTIN  IV,  pape,  succède  à  Grégoire  IX 
le  25  oct.  1241,  t  le  10  nov.  1241.  -  Gaufridus 
(Goflredo)  de  Castiglione  était  issu  d'une  noble  famille 
milanaise;  son  père,  Jean,  avait  été  anuuruni  dux  et 
avait  épousé  Cassandre,  la  sœur  d'Hubert  Crivelli, 
lequel  devait  devenir  (9  janv.  1185,  Gams,  796)  arche- 
vêque de  Milan.  Grâce  à  la  protection  de  son  oncle, 
GeolTroy  fut  archiprêtre  de  la  basilique  et  chancelier  de 
l'archevêché  (1185).  A  la  fin  de  la  même  année,  son 
oncle,  devenu  le  pape  l'rbain  III,  chargea  GoU'redo 
d'administrer  son  diocèse  en  son  nom.  Après  la  mort 
d'Urbain  III  (1187),  son  neveu  démissionna  et  se 
retira  à  l'abbaye  cistercienne  de  Hautecombe  en 
Savoie,  l.a  durée  de  son  séjour  là-bas  est  inconnue. 
I,e  31  mars  122(1,  il  assista,  en  l'église  principale  de  Pa- 
(loue,  à  une  cérémonie  en  l'honneur  de  Boncompagims 
de  Florence;  Bôhmer,  Reg.  Imp..  v,  12926  b.  Il  est 
qualifié  alors  de  chancelier  de  Milan.  Le  18  sept.  1227 
(Ann.  pont.,  1929,  p.  117),  il  figura  parmi  la  première 
promotion  cardinalice  de  Grégoire  IX,  avec  le  titre  de 
S. -Marc  (Eubel,  i,  6);  il  le  garda  jusqu'après  le 
24  mars  1239,  et  devint  avant  le  15  avr.  cardinal- 
évêque  de  Sabine. 

.\u  début  de  son  cardinalat,  il  fut  chargé  d'une  léga- 
tion en  Toscane  et  en  Lombardie  (févr.  1228-nov.  1229) 
(cf.  Bôhmer.  Hey.  Imperii.  v,  n.  12985-13041  et 
p.  cxLvin-cxLrx).  En  Toscane,  il  obtient  la  cessation 
des  hostilités  entre  Pise  et  Lacques  (21  mars  1228), 
entre  Florence  et  Pistoie  (25  juin).  En  Lombardie,  son 
activité  se  déploie  dans  une  double  direction  :  resser- 
rement de  l'alliance  avec  la  Ligue  lombarde  et  lutte 
contre  les  hérétiques.  .\  Milan,  le  22  janv.  1229,  il  se 
fait  promettre  par  les  communes  lombardes  l'envoi 
rapide  de  renforts  vers  les  États  pontificaux  (cf.  Ann. 
Plac.  Guelfi,  M.  G.  H.,  SS.,  xviii,  445),  jiromesse  qui 
fut  fort  mal  tenue,  malgré  plusieurs  rappels  du  pape 
(M.  G.  H.,  Epist.  suec.  xii,  i,  n.396,  405).  En  avril-mai 
il  séjourne  à  Brescia,  où  il  reçoit  mission  d'amener 
Padoue  et  Trévise  à  conclure  la  paix  (Bôhmer.  op. cit., 
v,n.6763).  Le  21  mai  1229,  il  est  présent  au  synode  de 
Lodi  (Mansi,  xxiv,  881;  H.  Finke,  Konzilienstudien, 
56;  Bôhmer,  op.  cit.,  v,  n.  13029).  Il  dut  frapper  la 


ville  de  Bergame  de  peines  canoniques  (Bôhmer,  op. 
cit.,  n.  6923  et  13032  a)  pour  non-observation  de  ses 
décrets  concernant  les  hérétiques.  Durant  cette  léga- 
tion, il  se  rendit  aussi  en  Savoie  (10  avr.  1228),  où  il 
reçut  le  serment  de  fidélité  du  comte  de  Savoie  pour  la 
forteresse  d'Avigfiana  qu'il  lui  avait  confiée  en  fief. 
'  Cf.  Theiner,  Cod.  dipl.  dom.  temp.,  i,  ep.  147,  p.  86. 
1-e  dernier  document  de  GofTredo  comme  légat  date 
du  8  sept.  1229  (Bôhmer,  op.  cil.,  v,  n.  13041). 
D'après  plusieurs  sources  littéraires  reprises  par  Mo- 
roni,  XI,  54,  il  se  serait  aussi  rendu  au  Mont-Cassin, 
où  il  aurait  eu  une  entrevue  avec  Frédéric  II  pour 
lui  demander  des  secours  pour  la  Terre  sainte.  Mais 
les  Regestes  de  l'empereur  ne  font  aucune  mention  de 
pareille  visite. 
;      Grégoire  IX  étant  mort  alors  que  l'Yédéric  II  s'ap- 
prochait de  Rome  (22  aoiit  1241),  les  dix  cardinaux  qui 
se  trouvaient  en  ville  tergiversèrent  en  attendant  que 
l'empereur  voulût  bien  libérer  leurs  deux  collègues 
qu'il   tenait    prisonniers.    Des   négociations  furent 
ouvertes  à  cet  effet,  mais  le  sénateur  romain  Matteo 
Rosso  Orsini,  peut-être  sur  les  conseils  du  pape  dé- 
funt (supposition  émise  par  Wenck,  138-39;  voir  ob- 
jections de  E.  RufTini  .Avondo,  Le  origini  del  conclave 
fmpale,  dans  Alli  délia  R.  .\ccad.  délie  Scienze  di 
Torino,  vol.  lxu,   1926-27,  p.  276-79),  brusqua  la 
situation.  Il  enferma  les  cardinaux  dans  un  ancien 
palais  délabré  de  Septime-Sévère,  dénommé  Seplizo- 
niiim,  et  les  mit  en  demeure  de  procéder  sans  tarder 
au  choix  d'un  nouveau  pape, 
j      Pendant  longtemps,  les  détails  partiels  conservés  par 
I  les  chroniqueurs  au  sujet  de  ce  «  premier  conclave  de 
j  l'histoire  »  laissèrent  fort  à  désirer  et  mirent  les  histo- 
!  riens  dans  l'embarras.  La  clarté  s'est  faite,  depuis  la 
j  découverte  à  la  Bibliothèque  municipale  de  Reims 
!  d'une  lettre  écrite  par  un  groupe  de  cardinaux,  après 
j  la  mort  de  Célestin  IV,  pour  justifier  leur  refus  de 
j  retourner  à  Rome  par  la  crainte  de  devoir  subir  une 
!  réédition  de  leur  séjour  au  Seplizonium.  Cette  lettre, 
t  publiée  par  K.  Hampe,  raconte  en  détail  les  épisodes 
!  et  les  conditions  de  vie  inhumaines  de  ce  conclave 
j  forcé  (voir,  en  particulier,  p.  9-10  et  28). 
!      Le  premier  scrutin  (avant  le  26  sept.  1241)  donna 
5  voix  au  cardinal  de  Sabine  contre  3  au  cardinal  de 
Porto.  D'après  Mathieu  Paris,  Chronica  Major,  éd. 
Luard,  iv,  Londres,  1878,  p.  165,  l'empereur  aurait 
approuvé  l'élection  du  premier.  Quoi  qu'il  en  soit,  la 
majorité  des  deux  tiers  n'était  pas  atteinte;  il  fallut 
I  recommencer.  L'accord  ne  parvenant  pas  à  se  faire 
sur  un  membre  du  Sacré-Collège,  les  cardinaux  se 
i  mirent  d'accord  sur  une  personnalité  étrangère  au 
I  Collège,  mais  dont  ils  se  refusèrent  avec  obstination  à 
livrer  le  nom.  Cet  épisode  raconté  par  Albert  de  Stade, 
j  M.  G.  H.,  .SS.,  XVI,  367,  avait  éveillé  certaines  suspi- 
cions hypercritiques.  Le  document  publié  par  Hampe 
'  en  prouve  l'historicité.  Reste  à  déterminer  quel  fut  cet 
extraneus.  Wenck  suppose  qu'il  s'agit  du  prieur  géné- 
ral des  Dominicains,  Humbert  de  Romans.  Il  bâtit 
cette  hypothèse  sur  un  passage  du  Bonum  universale 
de  apibus  de  Thomas  de  Cantimpré  (éd.  de  Douai, 
;   1627,  1.  II,  ch.  i.vii,  §  60)  qu'il  cite  textuellement, 
|).  153,  note  116. 

Mais  le  sénateur  Orsini  déclara  ne  pouvoir  admettre 
pareille  solution,  et  menaça  les  cardinaux  de  leur  faire 
subir  les  pires  sévices  et  de  transformer  Rome  en  un 
I  bain  de  sang,  s'ils  n'élisaient  pas  un  des  leurs. 

Une  tradition,  dont  plusieurs  auteurs  se  font  l'écho 
I  (Jacques  de  Voragine,  Légende  dorée,  éd.  1502  [Argen- 
I  tinae],  cap.  126,  col.  6;  éd.  Graesse,  1850),  c.  130, 
p.  590;  —  Holweck,  Fasti  Mariant.  Fribourg-en-B., 
!  1892,  p.  210),  et  dont  Wenck  (p.  147)  admet  l'histo- 
j  ricitc,  rapporte  que  les  cardinaux,  alïaiblis  par  les  pri- 
vations et  les  mauvais  traitements  et  fortement  im- 


79 


CÉLESTIN  IV 


—  CÉLESTIN  V 


80 


pressionnés  par  la  mort  d'un  des  leurs,  l'Anglais  Robert 
de  Somercote  (2(5  sept.,  Bohmer,  op.  cit.,  v,  7378  e), 
firent  vœu,  s'ils  en  réchappaient,  de  doter  d'une  octave 
la  fête  de  la  Nativité  de  la  Vierge.  Finalement  les  neuf 
cardinaux  survivants  se  mirent  d'accord  :  le  cardinal 
Goffredo  fut  élu  :  sa  santé  fortement  ébranlée  per- 
mettait d'espérer  à  bref  délai  une  nouvelle  vacance 
du  Saint-Siège.  L'événement  répondit  à  leur  attente. 
.Mais  les  cardinaux,  libérés  de  leur  prison,  avaient  mis 
à  profit  les  quelques  jours  de  pontificat  de  Célestin 
IV  pour  quitter  Rome  et  se  réfugier  à  Anagni.  A  la 
mort  du  pape,  comme  nous  le  savons,  ils  se  refusèrent 
à  tenter  de  nouveau  l'expérience.  La  vacance  du 
Saint-Siège  devait  durer  jusqu'au  25  juin  1243. 

L'incertitude  régna  fort  longtemps  au  sujet  de  la 
chronologie  de  cet  épisode.  Les  dates  données  par 
.\rgelati  ne  sont  plus  admises  depuis  longtemps.  Dans 
une  longue  discussion,  Baronius  (Ann.  Eccl. ,ann.  1241, 
n.  85-87)  cite  toutes  les  données  connues  à  son  époque. 
Une  solution,  qui  semble  bien  définitive,  est  exposée 
par  Bohmer,  Regesta  Imperii,  v,  1258  :  le  pontificat  de 
Célestin  IV,  un  des  plus  courts  de  l'histoire,  ne  dura 
que  17  jours,  du  25  oct.  au  10  nov.  1241.  D'ailleurs, 
dès  le  surlendemain  de  son  élection,  si  l'on  en  croit  la 
Chronique  de  S. -Pierre,  p.  259,  il  serait  tombé  malade 
et  n'aurait  donc  pu  exercer  aucune  activité  pontificale. 
Pourtant,  d'après  une  autre  source  (cf.  A.  Mercati, 
Mediaeval  Studies,  ix,  1947,  p.  71  sq.),  il  aurait  été 
couronné  le  28  oct.  et  aurait  officié  le  jour  de  la  Tous- 
saint. Il  fut  inhumé  à  S. -Pierre.  Argelati  donne  la 
reproduction  de  son  épitaphe  et  l'énumération  de  ses 
œuvres  qui  ne  comprend  que  de  la  correspondance 
privée  et  peut-être  quelques  opuscules  spirituels  rédi- 
gés du  temps  de  son  séjour  à  Hautecombe.  Moroni,  54, 
y  ajoute  une  histoire  d'Écosse  écrite  à  la  même  époque. 

Sources.  —  Potthast,  Reg.,  u,  938,  940-41.  —  L.  pont., 
II,  454.  —  Eubel,  i,  6.  —  J.-F.  Bohmer,  .1.  Ficker,  E.  Win- 
kelraann,i?e(;eifa  Imperii,  v,  p.  1258-1259,2229  et  p.  cxlvui- 
cxLix.  —  K.  Hampe,  Ein  iingedruckter  Bericht  iiber  dos 
Conclave  von  1241  im  rômischen  Septizoniiim,  dans  Sitzungs- 
ber.  der  Heidelb.  Akad.,  Phil.-hist.  KL,  1913,  n.  1. 

Travaux.  —  Ann.  pont.,  1929,  p.  117.  —  Argelati,  Bibl. 
Mediol.,  I,  II,  440-442.  —  V.  Castiglione,  Celestino  IV  papa, 
Milanese,  nipote  di  papa  Urbano  III  Crivello  Milanese, 
conservato  alla  famiglia  ed  alla  patria,  Turin,  1661.  — 
F.  Fehling,  Kaiser  Friedrich  II.  imd  die  rômischen  Kardi- 
nale  in  den  J.  1227  bis  1238  (Hist.  Studien,  21),  Berlin, 
1901.  —  H.  Finke,  Konzilienstudien  zur  Geschichte  des 
XIII.  Jhts,  Munster,  1891,  p.  56-58.  —  O.  Joelson,  Die 
Papstivahlen  des  XIII.  Jhts  bis  zur  Einfûhrung  der  Con- 
claveordming  Gregors  X.  (Hist.  Studien,  178),  Berlin,  1928, 
p.  19-37.  —  P.  Litta,  Famiglie  celebri  d'Italia,  ii,  table 
Castiglioni  di  Milano  I.  —  K.  Wenck,  Dos  erste  Konklave 
der  Papstgeschichte.  Rom,  August  bis  Okt.  1241,  Quellen  und 
Forsch.  aus  ital.  Arch.  u.  Bibl.,  xvni,  1926,  p.  101-170.  — 
E.  Winkelmann,  Kaiser  Friedrich  II.,  2'  vol.  :  1228-1233 
(  Jahrbùcher  d.  dt.  Geschichte),  Leipzig,  1897.  —  H.  Zimmer- 
mann,  Die  pâpstliche  Légation  in  der  ersten  Hàlfte  des 
XIII.  Jhts  (1198-1241)  (Gorres-Gesellschaft,  Verôffentl. 
der  Sektion  fûr  Rechts-u.  Sozialwissenschajt,  17),  Paderborn, 
1913. 

Roger  Mols. 

8.  CÉLESTIN  V(S.  Pierre  CÉLKSTiN),  né  entre 
1209  et  1222,  t  19  mai  1296;  ermite;  fondateur  des  Cé- 
lestins;  pape  (élu  5  juill.  1294;  consacré  29  août  1294; 
abdique  13  déc.  1294).  Fête  le  19  mai. 

Sommaire  :  I.  Avant  le  pontificat.  II.  Pontificat  : 
1°  L'élection  et  ses  rétroactes;  2°  De  l'élection  à  la 
consécration  pontificale;  3°  De  la  consécration  ponti- 
ficale à  l'abdication;  4"  L'abdication.  III.  Après  le 
pontificat.  IV.  Canonisation. 

I.  Avant  le  pontificat.  — •  Pierre  Angeleri,  fils  de 
Angelerio  et  de  Maria  de  Leone,  naquit  probablement 
à  Isernia,  dans  les  Abruzzes,  le  onzième  d'une  famille 
très  modeste  de  douze  enfants.  Aucune  date  n'est 


certaine.  Celles  qu'on  a  proposées  vont  de  1209  à  1222. 
En  faveur  de  la  première,  on  trouve  l'indication  de  la 
Vita  C,  c.  XLVii,  p.  431,  qui  le  fait  mourir  dans  sa 
87*  année;  en  faveur  de  1215,  un  document  mentionné 
par  l'art,  de  Jorio.dans  Celeslino  V...,p.  81.  Les  indices 
en  faveur  des  diverses  dates  sont  exposés  dans  Baeth- 
gen,  Beilrâge,  p.  268,  note  3.  —  Le  lieu  semble  prouvé 
par  deux  pièces  d'archives,  de  1289  et  1292,  qui  le 
qualifient  de  «  citoyen  d' Isernia  »  (références,  art.  de  Jo- 
rio,  op.  cit.,  78  sq.;  réserves  formulées  par  Baethgen, 
p.  269,  note  1). 

Pierre  avait  eu  un  frère  plus  âgé  destiné  aux  ordres, 
mais  qui,  au  désespoir  de  sa  mère,  mena  une  vie  trop 
mondaine.  Voyant  les  qualités  de  son  avant-dernier, 
et  malgré  les  sarcasmes  de  ses  autres  fils  qui  estimaient 
que  «  c'était  déjà  bien  assez  d'un  fainéant  dans  la 
famille  »  (Aulob.,  c.  v,  p.  422  C-D),  cette  dévote  chré- 
tienne, devenue  veuve,  entreprit  de  lui  faire  donner 
une  formation  qui  le  préparerait  à  la  cléricature. 

Ses  efforts  furent  couronnés  de  succès  :  Pierre  se 
sentit  rapidement  attiré  par  la  vie  monastique,  par 
celle  surtout  où  il  remarquait  plus  d'austérité.  Agé 
d'un  peu  plus  de  vingt  ans  (Autob.,  c.  v,  p.  422  E),  il 
quitta  sa  famille  et  entra  au  couvent  bénédictin  de 
Ste-Marie  in  Fayfolis,  non  loin  de  sa  ville  natale;  il  y 
prononça  ses  vœux  et  reçut  l'habit  religieux  {Vita  C, 
c.  XV  a,  p.  404;  Potthast,  Reg.,  23976;  en  1231  selon 
une  tradition  locale).  Suivant  une  déposition  au  procès 
de  canonisation  (Seppelt,  Monum.  Celest.,  p.  232, 
n.  23),  il  pouvait  avoir  environ  24  ans  lorsqu'il  se  dé- 
cida à  mettre  à  exécution  son  rêve  de  solitude  et  fit 
choix  d'une  grotte  de  11  m.  x  4,  dont  le  même  témoin 
lui  avait  signalé  l'existence  sur  les  flancs  du  Monte 
Morrone,  non  loin  de  Sulmona. 

Son  Autob.,  c.  vu,  p.  423  B,  parle  de  trois  autres 
années  de  vie  érémitique  passées  à  une  époque  plus 
reculée,  dans  une  solitude  du  Monte  Palleno,  ainsi  que 
d'un  voyage  à  Rome,  où  il  aurait  été  ordonné  prêtre. 
Mais  il  est  malaisé  de  rétablir  la  chronologie  exacte  de 
ces  événements.  La  i>lupart  des  indications  fournies 
par  les  sources  sont  vagues  ou  prêtent  à  suspicion. 
Plusieurs  biographes  modernes,  entre  autres  Celidonio 
(i,  94  sq.;  ii,  20-21),  ont  eu  le  tort  de  les  prendre  pour 
argent  comptant. 

S'il  y  a  peu  à  tirer  des  sources  anciennes  concernant 
les  détails  chronologiques,  elles  sont  par  contre  des 
témoignages  psychologiques  de  premier  ordre.  L'.4.u/o- 
biographie  et,  pour  un  âge  plus  avancé,  les  biographies 
de  ses  disciples  et  les  dépositions  des  témoins  au 
procès  de  canonisation  permettent  facilement  de 
reconstituer  le  portrait  moral  et  psychique  du  saint. 

Pierre  y  apparaît  avant  tout  comme  un  inadapté, 
possédant  une  imagination  très  sensible  aux  rêves  et 
peut-être  douée  de  la  faculté  de  produire  des  images 
éidétiques.  Sa  vie  fourmille  de  preuves  nombreuses 
d'une  simplicité  peu  commune  :  elle  seule  explique 
qu'il  ait  jugé  bon  de  raconter  par  le  menu  comment  il 
fut  libéré  de  certains  scrupules  en  matière  délicate  par 
la  vision  drastique  d'un  âne  accomplissant  ses  besoins 
sur  les  marches  d'un  palais  royal  (Autob..  c.  ix, 
p.  424  C-D). 

Sa  soif  de  prières  et  de  pénitence  dépassait  toute 
mesure  et,  à  en  juger  par  des  signes  extérieurs  relevés 
par  d'abondants  témoignages,  il  devait  avoir  atteint 
un  degré  peu  commun  d'union  à  Dieu.  L'n  de  ses  com- 
pagnons de  vie  érémitique  qui  le  connaissaient  le 
mieux,  Barthélémy  de  Trasacco,  a  laissé  une  descrip- 
tion de  sa  vie  (Vita  C,  c.  i-viii)  et  a  complété  son  récit 
par  sa  déposition  au  procès  de  canonisation  (éd.  Sep- 
pelt, 333).  Il  résulte  de  ce  témoignage  que  Pierre  de 
Morrone  possédait  les  vertus  de  pénitence,  d'humilité 
et  de  charité  à  un  degré  héroïque.  Il  jeûnait  tous  les 
jours,  sauf  le  dimanche,  et  redoublait  ses  austérités 


81 


CÉLESTIN  V 


82 


durant  ses  quatre  carêmes  annuels.  Sa  biographie 
(Vila  C,  c.  vi)  raconte  comment,  à  la  fm  d'un  de  ces 
carêmes  où  la  température  avait  été  particulièrement 
inclémente,  des  visiteurs  montés  à  son  ermitage  n'y 
trouvèrent  plus  qu'un  glaçon  vivant  :  des  dix  pains 
qu'il  avait  emportés  pour  tout  son  carême,  cinq  étaient 
encore  intacts.  Ayant  ainsi  réservé  une  large  part  à 
Dieu,  il  consacrait  le  reste  au  service  du  prochain  ; 
sans  parler  des  conseils  de  vie  spirituelle,  en  vue  des- 
quels il  s'était  constitué  un  florilège  de  textes  scrip- 
turaires  et  patristiques  (les  Opuscula,  voir  infra),  nul 
de  tous  ses  contemporains  n'avait  plus  que  lui  le  souci 
de  soulager  la  misère;  pour  cela,  il  distribuait  jusqu'à 
la  dernière  piécette  toutes  les  aumônes  qu'on  lui 
apportait;  et  plus  tard,  étant  devenu  fondateur 
d'ordre  et  sa  renommée  faisant  aflluer  les  quéman- 
deurs, il  fît  vendre  au  besoin  les  calices  et  les  vêtements 
précieux  des  églises  de  son  ordre;  apprenait-il  que 
dans  quelque  monastère  de  son  ordre  les  troupeaux  de 
moutons  devenaient  plus  nombreux,  il  les  faisait 
vendre  :  ainsi  il  disposait  toujours  d'un  fonds  où  il 
pouvait  puiser  (Vita  C,  c.  xvi).  —  On  ne  peut  nier  non 
plus  qu'il  ait  été  thaumaturge,  même  si  les  récits  et  les 
dépositions  consacrés  à  ses  «  miracles  »  sont  loin  d'avoir 
tous  la  même  valeur  probante. 

Pierre  aurait  passé  environ  cinq  ans  dans  son 
premier  ermitage  du  Morrone;  deux  compagnons 
étaient  venus  partager  sa  vie  solitaire.  Estimant  leur 
retraite  trop  proche  des  lieux  habités,  ils  partirent 
alors  à  la  recherche  d'une  solitude  plus  âpre,  non  loin 
du  sommet  des  Monts  Majella,  à  plus  de  2  000  m.  d'al- 
titude. Ils  y  fondèrent,  autour  d'un  oratoire  dédié  au 
Saint-Esprit,  une  petite  colonie  d'ermites,  VEremum 
S.  Spiritus  de  Magella  (localisation  dans  Celidonio, 
1,111  sq.);  l'oratoire  fut  indulgencié  par  Innocent  IV,  le 
25  févr.  1248. 

La  réputation  du  saint  ascète  attira  vers  son  ermi- 
tage un  alllux  de  curieux,  d'admirateurs  et  finalement 
de  disciples  qui  vinrent  habiter  avec  lui. 

A  partir  de  1251  au  plus  tard,  la  nouvelle  fondation 
se  vit  octroyer  des  donations  de  la  part  de  divers 
seigneurs  et  communautés  des  environs.  (Cf.  Balducci, 
Regesto  délie  pergamene  délia  curia  arcivescovile  di 
Cliieti,  Casalbordino,  1926,  p.  12,  n.  27,  28  et  29; 
Gantera,  Cermi,  p.  11,  n.  1;  p.  14,  n.  4;  Id.,  Nuovi 
documenti,  5;  Marino,  122.) 

Le  5  juin  1259,  l'évêque  de  Sulmona  accorda  l'auto- 
risation de  construire  sur  les  flancs  du  Morrone  une 
petite  église  dédiée  à  la  Vierge  (texte  de  la  bulle  dans 
Marino,  125;  description  de  l'église  :  Celidonio,  ii, 
6  sq.);  elle  fut  élargie  en  1268  et  près  de  son  emplace- 
ment s'éleva  plus  tard  l'abbaye  de  Sulmona.  En  1261, 
les  ermites  auraient  reçu  en  pleine  propriété  le  quart 
du  Monte  Morrone  (date  et  authenticité  douteuses,  cf. 
Baethgen,  272,  note  2). 

Par  une  bulle  du  1"  juin  1263,  Urbain  IV  incorpora 
la  confrérie  érémitique  à  l'ordre  bénédictin  (Potthast, 
Reg.,  18551;  in  extenso  dans  UghelU,  vi,  728;  A.  S., 
mai,  IV,  507  A;  Cantera,  Cenni,  p.  13,  note  1).  Le 
lendemain,  il  prit  tous  ses  biens  sous  sa  protection 
(Balducci,  op.  cit.,  n.  55;  M.  Inguanez,  dans  Gli 
arctiivi  italiani,  v,  1918,  p.  120,  n.  11).  Ces  biens  ne 
consistaient  au  début  qu'en  terres  arides  et  ermitages 
tombés  en  ruine  (Vita  C,  c.  x),  que  les  moines  s'ingé- 
niaient à  restaurer  tant  bien  que  mal.  En  1275,  le 
total  s'élevait  à  15  «  églises  »  (bulle  de  Grégoire  X) 
réparties  sur  cinq  diocèses. 

C'est  sans  doute  à  cette  époque  que  remontent  les 
relations  assez  étroites  que  Pierre  de  Morrone  noua 
avec  les  chefs  des  Franciscains  spirituels  d'Ombrie. 
Ces  relations  ne  firent  que  renforcer  ses  tendances  à 
l'austérité  et  au  détachement.  Peut-être  même  la 
pensée  lui  vint-elle  de  transformer  sa  colonie  d'ermites 


en  ordre  mendiant.  Mais  ce  plan  n'avait  aucune  chance 
de  réalisation.  Une  réaction  très  vive  se  manifestait 
alors  au  sein  de  l'Église  contre  la  multiplication  des 
ordres  religieux,  des  mendiants  en  particulier.  Cette 
réaction  trouva  sa  codiflcation  dans  le  canon  23, 
Religionum  diversilalem  du  concile  de  Lyon  (Hefele- 
Leclercq,  vi-1,  p.  200  sq.). 

Apprenant  la  menace  qui  pesait  sur  son  nouveau 
groupement  de  solitaires,  du  fait  des  décisions  qui  ne 
manqueraient  pas  d'être  prises  à  Lyon,  Pierre  décida 
de  se  rendre  en  personne  au  concile.  Il  fit  le  voyage  à 
pied  avec  deux  confrères  {Vita  C,  c.  xi,  éd.  cit., p.  401) 
et  arriva  à  destination  en  nov.  1274.  A  cette  date,  le 
concile  avait  déjà  terminé  ses  travaux.  Contrairement 
à  une  légende  abondamment  enjolivée  (p.  ex.  Marino, 
139  sq.),  Pierre  ne  parut  donc  jamais  devant  les  Pères 
du  concile  réunis.  Mais  il  fut  reçu  par  Grégoire  X  et 
obtint  de  lui  une  bulle  de  confirmation  de  son  ordre 
suivant  la  règle  de  S.  Benoît  (22  mars  1275;  Potthast, 
J?egr., 21006;  texte  dans  Cantera,  p.  17,  rem.  2;  la  plu- 
part des  auteurs,  n'ayant  pas  tenu  compte  de  la  data- 
tion en  style  florentin,  ont  donné  de  la  suite  de  ces 
événements  un  récit  inexact). 

Rentré  au  pays,  Pierre  de  Morrone  organisa  les 
bases  juridiques  du  nouvel  ordre  d'après  les  directives 
pontificales  :  le  premier  chapitre  général  fut  réuni  à 
S.  Spirito  de  Majella  (description,  Vita  C,  c.  xv).  La 
Règle  de  S.  Benoît  fut  précisée  par  des  constitutions 
dans  le  sens  d'une  plus  grande  austérité,  sans  toutefois 
atteindre  —  surtout  en  matière  de  pauvreté  —  l'idéal 
avec  lequel  Pierre  avait  dû  transiger  à  Lyon.  Bien  que 
la  chose  soit  vraisemblable,  il  n'est  pas  historiquement 
établi  que  Pierre  y  ait  été  chargé  du  gouvernement 
général  de  son  ordre.  Dans  les  documents  qui  lui  sont 
adressés,  il  porte  le  titre  de  uice  prier,  voire  simplement 
A'eremita  (Cantera,  Nuovi  documenti,  p.  7,  n.  4, 
10  févr.  1284,  mandement  de  Charles  II). 

La  confirmation  inatteiulue  d'un  groupement  d'im- 
portance secondaire,  que  tous  considéraient  comme 
condamné,  provoqua  la  plus  vive  surprise  et  attira 
l'attention  sur  les  ermites  du  Majella.  Les  évêques 
s'empressèrent  de  leur  restituer  les  biens  qu'ils  avaient 
déjà  récupérés  à  leurs  dépens.  Seul  celui  de  Chieti  ne 
désarma  que  sur  son  lit  de  mort.  Mais  à  ce  moment 
(1278)  il  leur  accorda  un  privilège  d'exemption 
(Vita  C,  c.  xiv).  Deux  autres  privilèges  semblables 
furent  accordés,  durant  la  décade  suivante,  et  confir- 
més par  une  bulle  de  Nicolas  IV  (20  févr.  1291; 
cf.  Celidonio,  Una  bnlla  ineditu  di  PP.  Nicola  IV, 
dans  Rassegna  Abruz:ese,  i.  1897,  p.  39-40).  Des  per- 
sonnages de  premier  jilan  du  monde  princier  et  ecclé- 
siastique de  la  Péninsule,  Charles  II,  roi  de  Naples,  et 
le  cardinal  dominicain  Latino  Malabranca,  tenaient  à 
honneur  de  les  combler  de  bienfaits. 

La  générosité  des  bienfaiteurs  et  la  popularité  du 
nouvel  ordre  permirent  d'abord  l'incorporation  d'an- 
ciens monastères  bénédictins  menacés  de  ruine,  ensuite 
la  construction  ou  reconstruction  de  monastères  nou- 
veaux. Parmi  la  première  catégorie  figurent  l'abbaye 
de  S.  Maria  in  Fayfolis,  où  le  saint  avait  fait  jadis  ses 
premières  armes,  ainsi  que  celle  de  S.  Giovanni  in 
Piano.  Pierre  devint  abbé  de  Fayfolis  (avant  sept. 
1276)  et  garda  cette  fonction  au  moins  jusqu'à  la  fin 
de  1278  (documents  dans  Cantera,  21-22).  Il  passa  alors 
avec  toute  sa  communauté  à  S.  (iiovanni  in  Piano 
(avant  le  8  mars  1279),  où  son  séjour  ne  dura  pas  plus 
d'un  an.  Après  un  voyage  en  Toscane  et  à  Rome  au 
cours  de  1280,  il  reparaît  en  juin  1281,  comme  prieur 
et  recteur  de  S.  Spirito  di  Majella. 

Son  œuvre  assurée  du  lendemain,  Pierre  crut  pou- 
voir de  nouveau  répondre  à  l'attrait  de  la  solitude.  Il 
se  déchargea  de  l'administration  sur  son  vicaire  Fran- 
cesco  d'Atri  et  reprit,  avec  deux  compagnons,  sa  vie 


83 


CÉLESTIN  V 


84 


d'ermite,  d'abord  à  S.  Bartolomeo  di  Legio,  ensuite 
dans  une  caverne  profonde  mais  spacieuse,  à  Giovanni 
di  Orfante,  près  du  sommet  du  Majella  {Vita  C, 
c.  xxi-xxn). 

A  ce  moment,  il  avait  fondé,  rattaché  ou  restauré 
36  établissements  monastiques,  comptant  quelque 
600  moines,  oblats  y  compris  (  Vila  C,  c.  xxvi),  répartis 
sur  12  diocèses,  formant  un  bloc  dans  le  massif  des 
Abruzzes,  à  cheval  sur  les  confms  des  États  de  l'Église 
et  du  royaume  de  Naples.  En  outre  l'ordre  possédait  à 
Rome  au  moins  un  pied-à-terre  et  une  église,  dès  avant 
1280  (cf.  Baethgen,  276,  note  3). 

Pour  héberger  tout  ce  monde,  de  nouvelles  construc- 
tions et  extensions  étaient  nécessaires.  La  première 
fondation  nouvelle  importante  fut  S.  Maria  di  Colle- 
maggio  près  d'Aquila  (éghse  consacrée  le  25  août  1288; 
cf.  Gam,  41-42). 

Pour  faciliter  l'accès  de  sa  retraite  aux  nombreux 
pèlerins  qui  venaient  le  consulter,  Pierre  décida  de  se 
choisir  une  solitude  plus  rapprochée  des  lieux  habités. 
Il  fit  agrandir  la  construction  qui  s'élevait  depuis 
longtemps  sur  les  flancs  du  Monte  Morrone  dominant 
Sulmona  au  N.-E.  Ce  nouveau  monastère,  dédié  au  ' 
S. -Esprit,  remplaça  celui  de  Majella  comme  abbaye 
principale  en  1293.  Pierre  descendit  alors  de  son  nid 
d'aigle  et  installa  sa  cellule  dans  le  vieux  château- 
fort  de  Segezzano,  perché  un  demi-mille  plus  haut  que 
le  nouveau  monastère  (juin  1293).  Il  s'y  trouvait 
depuis  treize  mois  quand  un  événement  imprévisible 
vint  transformer  sa  vie. 

II.  Pontificat.  —  1°  L'élection  et  ses  rétroactes.  — 
Nicolas  IV  étant  mort  le  4  avr.  1292,  la  rivalité  tra- 
ditionnelle entre  Colonna  et  Orsini  se  manifesta  à  nou- 
veau au  sein  du  Sacré  Collège,  bientôt  réduit  à  onze 
membres  par  la  mort  du  cardinal  Cholet.  Les  péripé- 
ties et  tractations  de  cette  vacance  pontificale  sont 
décrites  tout  au  long  dans  l'Opus  metricum  de  Stefa- 
neschi  (i,  1,  c.  1-7;  éd.  Seppelt,  19-32);  pour  l'arrière- 
plan  diplomatique,  voir  les  ouvrages  mentionnés  par 
Baethgen,  p.  288,  note  1,  et  Digard,  i,  150-72. 

Parmi  les  onze  cardinaux,  les  deux  partis  rivaux 
comptaient  chacun  quatre  adhérents,  ce  qui  rendait 
impossible  toute  majorité  des  deux  tiers.  A  deux 
reprises  déjà  (épidémie  d'été  1292,  troubles  de  1293), 
une  scission  locale  avait  séparé  en  deux  fractions  le 
Sacré  Collège  :  les  uns  restant  à  Rome,  les  autres 
s'étant  dispersés  ou  réunis  à  Rieti. 

En  automne  1293,  les  Colonna  restés  à  Rome,  esti- 
mant l'occasion  favorable,  menacèrent  de  procéder 
tout  seuls  à  l'élection  pontificale,  prétextant  être 
seuls  présents  à  l'endroit  légalement  prévu  pour  ce 
faire.  Devant  la  protestation  du  groupe  Orsini,  les  deux 
partis  s'accordèrent  sur  le  choix  de  Pérouse  comme 
nouveau  lieu  de  réunion  et  décidèrent  de  s'y  retrouver 
à  partir  du  18  octobre. 

La  reprise  des  conversations  durait  depuis  plus  de 
huit  mois  et  l'interrègne  depuis  plus  de  deux  ans,  sans 
que  les  négociations  eussent  avancé  d'un  seul  pas, 
lorsque,  le  5  juill.  1294,  on  apprit  que  l'accord  venait 
d'être  réalisé  en  un  tournemain  sur  la  personne  de 
Pierre  de  Morrone,  bien  qu'il  fût  omnibus  ignotus  facie 
(Opus  metr.,  i,  2,  c.  2;  éd.  Seppelt,  p.  39). 

Comment  expliquer  un  pareil  revirement  que  rien 
ne  faisait  présager?  Deux  thèses  principales  s'af- 
frontent :  coïncidence  fortuite  recouvrant  une  inter- 
vention providentielle;  machinations  et  intrigues 
politiques. 

La  première  est  celle  admise  ofliciellement  dans  le 
décret  d'élection  et  dans  la  missive  des  cardinaux  à  ' 
celui  qu'ils  venaient  d'élire  (5  et  11  juill.  1294;  Ray- 
naldi.  Annal.  Eccl.,  ad  ann.  1294,  §  6  et  7  ;  publiés  à 
nouveau,  avec  fac-similé  du  décret,  reproduction  des 
sceaux  et  indications  bibliographiques,  par  A.  Mer- 


cati,  Bull.  delV  Jsl.  sior.  italiano,  xlvii,  1931,  p.  1  sq.). 
Dans  son  état  pur,  elle  n'est  plus  admise  par  personne. 
Mais,  tout  en  reconnaissant  l'interaction  de  motifs 
humains,  certains  historiens  contemporains  conti- 
nuent à  mettre  l'accent  sur  des  éléments  irrationnels  et 
para-politiques.  Les  deux  principaux  défenseurs  de 
cette  manière  de  voir  sont  H.  Finke,  Aus  den  Tagen, 
24  sq.,  et  Baethgen,  308-12,  ce  dernier  avec  plus  de 
mesure. 

Cette  thèse  suffit  parfaitement  à  rendre  compte  de 
la  suite  des  événements,  tels  qu'ils  sont  racontés  par  le 
cardinal  Stefaneschi  dans  son  Opus  metricum  (i,  2, 
c.  1  et  2;  éd.  Seppelt,  p.  36  sq.).  D'après  ce  récit  —  le 
seul  provenant  d'un  témoin  oculaire,  mais  rédigé  en 
une  langue  manquant  de  clarté  —  les  cardinaux  réunis 
à  Pérouse  auraient  éprouvé  une  forte  émotion  en  ap- 
prenant le  décès  inopiné  du  frère  du  cardinal  Napoléon 
Orsini,  tué  par  une  chute  de  cheval.  Tandis  que  neuf 
d'entre  eux,  au  cours  d'une  réunion,  commentaient 
cette  nouvelle,  le  cardinal  Boccamozza  fit  appel  à  leur 
esprit  d'union.  Alors  le  doyen  du  collège,  le  cardinal 
d'Ostie,  Latino  Malabranca,  se  leva  et  raconta  avoir 
'  reçu  un  message,  dans  lequel  un  saint  ermite  lui  faisait 
part  d'une  vision  où  Dieu  lui  aurait  annoncé  que  son 
bras  s'appesantirait  en  châtiments  terribles  si,  dans  les 
quatre  mois,  la  situation  ne  s'était  pas  éclaircie.  A  une 
question  insidieuse  du  cardinal  Gaetani,  Malabranca 
reconnut  que  l'ermite  en  question  était  Pierre  de 
Morrone.  Tous  furent  d'accord  pour  reconnaître  en  lui 
un  homme  de  Dieu  et  pour  estimer  que  seul  un  saint 
pourrait  calmer  la  colère  divine.  Alors  Latino,  se  levant 
à  nouveau,  déclara  lui  donner  son  suffrage.  Les  autres 
cardinaux,  y  compris  les  deux  absents,  se  ralUèrent 
à  cette  candidature,  les  uns  immédiatement,  les  autres, 
surtout  Matteo  Orsini,  après  quelque  hésitation 
(Baethgen,  294;  Finke,  35-36).  Finalement,  l'unani- 
mité se  fit  sur  le  nom  de  Pierre  de  Morrone. 

Cette  première  thèse  n'exclut  pas  la  seconde.  A  le 
prendre  à  la  lettre,  le  texte  du  décret  ne  fait  appel  à 
une  inspiration  surnaturelle  que  pour  expliquer  l'una- 
nimité recueillie  par  une  candidature  aussi  insolite  et 
nullement  le  fait  qu'elle  ait  été  proposée  à  l'impro- 
viste  :  demum  inter  nos  ex  insperaio  seu  improviso  de 
venerabili  ac  religioso  pâtre  fratre  Petro  de  Murrone  or- 
dinis  S.  Benedicti,  celebris  sanctitatis  viro,  habita  men- 
tione,  omnes.  qui  tune  présentes  eramus  in  consistorio 
supradicto,  ad  personam  eius  intente  considerationis 
intuitum  dirigentes,  in  ipsum  quasi  divinitus  inspirait, 
non  sine  lacrymarum  efjusionc.  nuUo  prorsus  discor- 
dante consensimus  (Raynaldi,  loc.  cit.,  §  6). 

La  seconde  thèse  a  été  surtout  mise  en  avant  par  la 
dissertation  de  Schulz  (19-30).  Depuis  lors,  elle  a 
recueilli,  dans  ses  grandes  lignes,  l'adhésion  de  la  ma- 
jorité des  historiens,  tant  catholiques  que  protestants 
(p.  ex.  Hauck,  Hôsl,  Morghen,  Seppelt).  Elle  met  en 
cause,  avant  tout,  le  roi  de  Naples,  Charles  II  d'An- 
jou. Elle  fait  appel  à  des  faits  historiques  négligés  à 
tort  par  la  thèse  précédente,  ainsi  qu'à  la  conjoncture 
politique  internationale  résultalit  de  la  rivalité  entre 
Anjou  et  Aragon  en  Sicile.  Toutefois,  au  lieu  de  se 
maintenir  sur  cette  base  solide,  certains  auteurs  qui  la 
proposèrent  n'ont  pas  craint  d'édifier  une  construction 
fort  osée  tenant  plus  du  roman  que  de  la  réalité. 

Les  faits  historiques  sont  les  suivants  :  le  7  déc. 
1293,  à  Figueras  (cf.  Jacobi  Aurie,  Annales  Januenses, 
M.  G.  H.,  SS.,  XVIII,  353),  Charles  II  avait  conclu  avec 
Jacques  II  d'Aragon  un  accord  secret  concernant  la 
Sicile  et  devant  entrer  en  vigueur  à  partir  du  l'""'  nov. 
'  1294  (Chantera,  Cenni,  103;  Finke,  Acla  Aragonensia, 
III,  p.  21,  n.  13).  En  vertu  de  la  suzeraineté  pontificale 
sur  la  Sicile,  un  tel  accord  devait  être  approuvé  par  le 
pape  avant  sa  divulgation.  Pour  cela,  il  fallait  qu'il  y 
eût  un  pape  avant  le  délai  fixé  à  Figueras.  Charles  II, 


85 


CÉLESTIN  V 


86 


durant  son  voyage  de  retour,  s'arrêta  donc  à  Pérouse, 
où  il  séjourna  du  21  au  29  mars  1294  (cf.  M.  Schipa, 
Carlo  Martello,  dans  Archivio  storico  per  le  provincie 
Napolefane,  xv,  1890,  p.  83  sq.)-  Il  escomptait  un 
succès  facile  auprès  des  onze  cardinaux  et  annonçait 
ouvertement  la  fin  prochaine  de  l'interrègne  pontifical 
(Baethgen,  292,  note  4)  :  cinq  cardinaux  n'émar- 
geaient-ils pas  à  sa  cassette  pour  un  «  pourboire  »  (pro 
emptione  vint)  annuel  de  100  onces,  et  quatre  autres 
pour  50,  au  titre  de  «  protecteurs  du  royaume  de 
Sicile  »?  (Cf.  C.  Minieri  Riccio,  Studii  storici  sui  fasci- 
coli  Angioini,  Naples,  1863,  p.  45.) 

Mais  les  deux  propositions  qu'il  leur  soumit  étaient 
trop  inacceptables  pour  être  favorablement  accueillies, 
même  par  des  cardinaux  achetés  à  l'avance.  A  cette 
occasion,  le  cardinal  Benoît  Gaetani,  malgré  la  vieille 
amitié  qui  les  unissait  (références  à  des  documents 
privés  des  archives  de  la  famille  Gaetani,  dans  Baeth- 
gen, 292,  n.  1),  eut  avec  le  roi  un  échange  de  mots  très 
vifs  (cf.  Ptolémée  de  Lucques,  Hist.  Eccl.,  xxiv,  c.  28 
et  31  ;  éd.  Muratori,  SS.  rer.  ital. ,anc.  éd.,  xi,  col.  1199- 
1200;  commentaire  de  Finke,  32-33). 

Laissant  auprès  du  Sacré  Collège  le  Provençal 
Guillaume  Agarini  comme  chargé  d'affaires  (Finke, 
Aus  den  Tagen,  p.  25,  ii.  3),  le  roi  quitta  Pérouse, 
assuré  de  l'appui  d'un  groupe  de  cardinaux  auquel  se 
rattachait  le  doyen  du  Sacré  Collège,  Latino  Mala- 
branca,  mais  sans  avoir  réussi  dans  son  projet.  L'iti- 
néraire de  son  retour  vers  Naples  passait  par  Sulmona 
(M.  Schipa,  op.  cit.,  85).  Le  roi  s'y  arrêta  (6  et  7  avr. 
1294),  fit  une  donation  au  monastère  S.  Spirito  (Can- 
tera,  p.  29;  Digard,  i,  174,  note),  et  alla  rendre  visite 
dans  son  ermitage  au  solitaire  du  Morrone  (témoignage 
de  Nicolas  Berardi,  56«  témoin  au  procès  de  canonisa- 
tion; éd.  Seppelt,  258;  preuve  de  la  date  :  Baethgen, 
296-97).  Lui-même,  ainsi  que  son  père  Charles  1", 
connaissaient  l'ermite  de  longue  date  et  comptaient 
parmi  les  bienfaiteurs  insignes  de  son  ordre. 

Quel  fut  l'objet  de  leurs  conversations?  On  en  est 
réduit  aux  conjectures.  Il  est  très  vraisemblable  que 
le  roi  aura  parlé  de  la  question  pontificale,  en  insistant 
sur  la  menace  que  constituait,  pour  la  paix  du  monde 
et  de  l'Église,  une  prolongation  de  l'interrègne.  Qu'il 
réussit  à  émouvoir  fortement  l'ermite,  au  point  d'aler- 
ter son  imagination  visionnaire,  la  démarche  entre- 
prise par  ce  dernier  auprès  de  son  ami,  le  cardinal 
Alalabranca,  en  est  une  preuve. 

En  tout  cas,  le  résultat  de  cette  entrevue  fut  qu'il 
obtint  par  ricochet,  de  la  part  des  cardinaux,  ce  qu'il 
n'avait  pu  obtenir  directement  à  Pérouse  :  la  nomina- 
tion d'un  pape  qui  lui  serait  dévoué. 

.\  eux  seuls,  les  faits  précités  n'expliquent  pas  le 
principal  :  ils  laissent  dans  l'ombre  la  question  de 
savoir  à  qui  revient  l'initiative  de  la  candidature  de 
Pierre  de  .Morrone.  L'ermite  lui-même  n'ayant  pu  la 
suggérer  dans  sa  lettre  au  cardinal  Malabranca,  reste 
le  choix  entre  ce  dernier  et  le  roi  de  Naples. 

Faut-il,  avec  Schulz  (p.  20-30)  et  d'autres,  voir  dans 
tous  ces  événements  un  scénario  combiné  à  l'avance 
par  Charles  II,  avec  la  complicité  de  Latino  et  d'un 
groupe  de  cardinaux  qui  auraient  trempé  dans  ce 
mélodrame?  Trois  arguments  sérieux  rendent  cette 
hypothèse  fort  peu  vraisemblable  :  a>  L'attitude  ini- 
tiale réticente  du  cardinal  Matteo  Rosso,  le  chef  du 
groupe  Orsini.  Si  toute  l'affaire  avait  été  manigancée 
par  le  roi  de  Naples,  celui-ci  n'aurait  pas  manqué  de 
mettre  dans  son  jeu  le  puissant  cardinal  qui  lui  était 
favorable.  Cet  argument  est  bien  mis  en  lumière  par 
-Morghen,  Matleo  Rosso,  320  sq.,  et  repris  par  Baeth- 
gen, 299.  —  6^  Le  caractère  et  l'attitude  du  cardinal 
Latino  lui-même  :  prêtre  pieux  et  zélé,  figurant 
comme  bienheureux  au  calendrier  des  Dominicains,  à 
l'ordre  desquels  il  appartenait,  grand  bienfaiteur  de 


l'ermite  du  Morrone  et  de  ses  confrères  (Ptolémée 
de  Lucques,  Hist.  Eccl.,  xxiv,  c.  30,  éd.  cit., 
col.  1199-1200),  il  n'avait  rien  d'un  intrigant  politique 
ni  d'un  instrument  aveugle  de  la  politique  angevine. 
D'ailleurs,  tant  qu'il  vécut,  il  adopta  la  même  attitude 
que  les  autres  cardinaux  pour  obtenir  du  pape  qu'il  ne 
prolonge  pas  son  séjour  en  dehors  des  États  de  l'Église. 
(Voir  son  portrait  psychologique  dans  Baethgen,  299- 
301  et  Finke,  26.)  —  Le  fait  que,  dans  l'histoire  des 
conclaves  du  xiii*  s.,  il  existait  au  moins  deux  précé- 
dents, où  les  cardinaux,  désunis  et  en  désespoir  de 
cause,  avaient  tenté  de  se  rallier  à  une  candidature 
étrangère  à  leur  corps,  choisie  chaque  fois  parmi  les 
personnalités  jouissant  d'un  grand  prestige  spirituel  : 
Humbert  de  Romans,  durant  le  conclave  du  Septizo- 
nium  en  1241,  et  Phihppe  Benizzi,  et  peut-être  aussi 
S.  Bonaventure,  durant  l'interrègne  de  1268  à  1271 
précédant  l'élection  de  Grégoire  X. 

L'importance  de  cette  interférence  du  point  de  vue 
spiritualisant,  voire  mysticisant,  sur  des  mentalités 
médiévales  qui  n'avaient  rien  de  froidement  machia- 
vélique, a  été  surtout  mise  en  lumière  par  Baethgen 
(op.  cit.,  310  et  Der  Engelpapst,  75-120),  qui  a  bien 
montré  ses  affinités  spirituelles  avec  l'idéal  large- 
ment répandu  d'un  «  pape  angélique  »  ou  d'un  «  pape 
évangélique  ».  Le  témoignage  de  Jacques  Colonna,  un 
des  cardinaux  présents  au  conclave,  est  explicite  :  il 
affirme  que  Pierre  de  Morrone  fut  élu  à  cause  de  sa 
sainteté  {Anal.  Boll.,  xvi,  476). 

Il  semble  donc  plus  vraisemblable  de  s'en  tenir  à 
l'interprétation  de  Ptolémée  de  Lucques  qui,  parlant 
de  Malabranca,  ajoute  :  ex  hac  ergo  familiari  devolionc 
et  confidenlia  bonitatis  fuit  motus  ad  suadendum  de 
ipso,  ut  in  summum  assumeretur  pontiftcem  (loc.  cit., 
col.  1200). 

Si  l'on  veut,  à  tout  prix,  maintenir  une  place  à  une 
considération  politique,  pour  expliquer  la  facilité 
avec  laquelle  la  proposition  de  Latino  recueillit 
l'adhésion  unanime  des  cardinaux,  malgré  leur  riva- 
lité, il  faut  faire  appel  moins  à  une  machination 
ourdie  de  toutes  pièces  par  le  roi  de  Naples  qu'au 
bouleversement  de  la  situation  politique  interne  dont 
les  États  de  l'Église,  Rome  en  particulier,  venaient 
d'être  le  théâtre  :  soulèvement  armé  de  la  commune 
d'Orvieto  et  surtout  coup  d'État  des  popolari  romains 
(mai  ou  juin  1294)  qui  remplacèrent  l'administration 
aristocratique  par  un  sénateur  de  leur  parti  (cf.  Di- 
gard, I,  158-66,  172-73  et  Baethgen,  302-06,  avec  réfé- 
rences aux  sources). 

Ces  événements,  d'une  gravité  exceptionnelle  pour 
eux,  ne  pouvaient  manquer  d'exercer  une  pression  sur 
les  cardinaux.  C'est  ce  qu'a  fort  bien  mis  en  lumière  un 
contemporain  anglais,  Barthélémy  Cotton,  qui  dispo- 
sait d'informations  de  première  main  (Historia  angli- 
cana,  éd.  Luard,  Rer.  Brit.  Script.,  Londres,  1859, 
p.  251  sq.;  éd.  M.  G.  H.,  SS.,  xxviii,  610  sq.). 

C'était  la  discussion  de  cette  situation,  et  nullement 
la  question  pontificale,  qui  figurait  à  l'ordre  du  jour  du 
consistoire  du  5  juill.  (cf.  Guillaume  de  Nangis, 
M.  G.  H.,  SS.,  XXVI,  60  :  cum  cardinales  super  electione 
pape  viderentur  esse  in  sua  discordia  obstinati  et  confir- 
mali,  et  tune  ad  tractnndum  de  electione  non  conve- 
nissenl;  autres  références  dans  Baethgen,  302,  note  5). 
Ainsi  les  cardinaux  furent  pris  de  court  par  la  proposi- 
tion de  Latino,  en  face  de  laquelle  leur  obstination 
psychologique  se  trouvait  temporairement  désarmée. 

2"  De  l'élection  à  la  consécration  pontificale.  — 
L'unanimité  du  Sacré  Collège  ne  dura  que  l'espace 
d'un  matin.  Dès  qu'il  fut  question  de  choisir  une  délé- 
gation pour  notifier  à  Pierre  de  Morrone  son  élection  au 
souverain  pontificat,  les  anciens  tiraillements  reprirent 
de  plus  belle.  Il  fallut  six  jours  pour  se  mettre  d'accord 
sur  une  solution  transactionnelle  :  le  11  juill.,  trois 


87 


CÉLESTIN  V 


88 


émissaires,  choisis  en  dehors  du  Sacré  Collège,  quit- 
tèrent Pérouse  pour  le  Morrone:  l'archevêque  de  Lyon, 
Bérard  de  Goth,  et  les  évêques  d'Orvieto  et  de  Patti. 
Ils  arrivèrent  le  16  au  monastère.  Le  cardinal  Pierre 
Colonna,  venu  en  son  nom  personnel,  les  rejoignit. 

A  ce  moment,  la  nouvelle  de  l'élection  avait  eu  dix 
jours  pour  s'ébruiter;  le  peuple  l'avait  accueilUe  avec 
joie.  Pierre,  mis  au  courant,  aurait  d'abord  songé  à 
prendre  la  fuite  avec  un  compagnon,  le  Bx  Robert 
de  Sala  (  Vita  C,  c.  xxviii  ;  Pétrarque,  De  vita  solitaria, 
11,  c.  xvni;  A.  S.,  mai,  iv,  p.  429,  n.  24).  La  foule,  qui 
déjà  affluait  vers  l'ermitage,  l'en  aurait  empêché. 
Finalement,  sur  les  conseils  de  ses  confrères  et 
d'i'  autres  amis  »,  il  se  serait  résigné  à  ce  qui  était  pour 
lui  la  volonté  de  Dieu;  il  attendit  les  événements. 

Charles  II  se  trouvait  à  la  cour  de  Melfi,  quand  il 
apprit  la  nouvelle.  Sans  tergiverser  un  instant,  il  char- 
gea son  jeune  fds,  le  prince  Philippe  de  Tarente,  de 
l'administration  intérimaire  du  royaume  (12  juill.; 
Schipa,  op.  cit.,  87)  et  accourut,  avec  son  fils  aîné,  à 
bride  abattue  vers  Sulmona.  Il  s'y  trouvait  déjà  quand 
les  cardinaux  arrivèrent  (cf.  A.  L.  Antinori,  Opère 
inédite,  sect.  i,  Annali  degli  Abruzzi,  vol.  x,  1294). 

Le  lendemain  de  leur  arrivée  au  monastère,  les 
émissaires  du  Sacré  Collège,  accompagnés  de  Charles 
Martel,  le  fils  du  roi,  montèrent  jusqu'à  l'ermitage  de 
Pierre.  Arrivés  devant  l'ermite,  tous  se  prosternèrent 
devant  lui,  qui,  lui  aussi,  se  mit  à  genoux  devant  des 
visiteurs  d'un  si  haut  rang.  Alors,  l'archevêque  de 
Lyon  donna  lecture  de  son  message  et  pria  l'élu,  s'il 
acceptait  son  élection,  de  prendre  ses  dispositions  pour 
rejoindre  les  cardinaux  à  Pérouse  (Potthast,  Reg., 
23947;  Ptolémée  de  Lucques,  op.  cit.,  1200).  Après 
s'être  retiré  dans  sa  cellule  pour  y  consulter  Dieu,  Pierre 
répondit  qu'il  acceptait;  après  quoi,  escorté  par  le 
cardinal  Colonna  et  le  prince  Charles  ISIartel,  il  des- 
cendit, au  cré]juscule,  de  son  ermitage  et  logea  au 
monastère  de  S.  Spirito.  La  huitaine  de  jours  qu'il  y 
passa  furent  décisifs  pour  l'orientation  de  son  i)on- 
tiflcat. 

Alors  que  les  cardinaux,  ses  conseillers  naturels, 
étaient  encore  loin,  d'autres  vinrent  prendre  leur 
place.  Un  des  plus  pressés  fut  son  ami  le  roi  de  Naples, 
Charles  II,  bien  décidé  à  ne  plus  le  lâcher  d'une 
semelle,  tant  qu'il  n'en  aurait  pas  fait  un  instrument 
docile  de  ses  intérêts. 

Pierre  de  Morrone  ayant  annoncé  aux  cardinaux  son 
acceptation  (texte  de  la  lettre  dans  Baethgen,  315-16), 
un  échange  de  messages  s'ensuivit  :  les  cardinaux 
insistant  à  nouveau  auprès  du  pajie  pour  qu'il  vînt  les 
rejoindre  à  Pérouse,  ou  du  moins  pour  qu'il  fît  choix 
d'une  résidence  en  territoire  pontifical,  afin  de  sauve- 
garder son  indépendance,  Pierre,  sur  le  conseil  du  roi 
(Ptolémée  de  Lucques,  op.  cit.,  c.  xxx,  col.  1199),  invo- 
qua des  motifs  de  santé  pour  s'excuser.  D'accord  sans 
doute  avec  le  roi,  il  avait  décidé  de  se  fixer  pour  un 
temps  à  Aquila  et  de  s'y  faire  sacrer.  Ceci  ressort 
clairement  de  la  teneur  des  missives  royales  des  22- 
25  juill.  reproduites  dans  Cantera,  Cenni,Y>.  45,  notes. 
Le  choix  de  cette  ville  frontière,  récemment  fondée  et 
aux  portes  de  laquelle  s'élevait  le  monastère  célestin  de 
Colleniaggio,  ne  manquait  pas  d'habileté. 

Partie  de  Sulmona  la  veille  ou  l'avant-veille,  l'es- 
corte pontificale  arriva  le  27  juill.  à  Aquila,  où  elle  fit 
une  entrée  fort  peu  protocolaire  :  le  pape,  revêtu  de  sa 
bure,  était  assis  sur  un  âne,  dont  la  bride  était  tenue 
par  le  roi  et  son  fils;  c'était  la  seule  monture  à  laquelle 
il  fût  accoutumé,  lorsqu'il  ne  se  déplaçait  pas  à  pied; 
mais  cet  accroc  au  protocole  allait  devenir  l'objet  des 
commentaires  les  plus  singuliers. 

De  tout  le  Sacré  Collège,  seuls  deux  cardinaux,  Ay- 
celin  et  Napoléon  Orsini,  vinrent  rejoindre  le  pape 
dans  sa  résidence  des  Abruzzes.  Les  autres  lui  firent 


parvenir  une  nouvelle  invitation  à  poursuivre  son 
voyage.  Elle  n'eut  pas  plus  de  succès  que  les  précé- 
dentes. Bien  au  contraire. 

A  ce  moment,  la  mort  du  cardinal  Malabranca,  sur- 
venue à  Pérouse  le  9  ou  le  10  août  (Schulz,  Zeitschr. 
fur  Kirchengesch.,  374;  Digard,  i,  184;  Ann.  pont., 
1929,  p.  128),  vint  fournir  au  roi  de  Naples  un  atout 
inespéré,  en  faisant  disparaître  la  seule  personne  dont 
la  présence  était  requise  pour  une  consécration  ponti- 
ficale. Le  siège  d'Ostie  devenu  ainsi  vacant,  l'arche- 
vêque de  Bénévent,  présent  à  Aquila,  sacra  le  cardinal 
Aycelin  évêque  d'Ostie,  et  celui-ci,  assisté  du  cardinal 
Napoléon  Orsini,  procéda  sans  tarder  à  l'intronisation 
épiscopale  du  nouveau  pape,  qui  choisit  le  nom  de  Cé- 
lestin. La  date  de  cette  cérémonie  est  incertaine.  Tous 
les  auteurs  contemporains  l'ont  confondue  avec  le 
sacre  du  29  août;  leurs  témoignages  sont  donc  inutili- 
sables. Les  historiens  modernes  ont  été  souvent  induits 
en  erreur  par  leurs  devanciers;  d'autres,  avec  Schulz, 
loc.  cit.,  378,  ont  parlé  d'une  double  consécration  ponti- 
ficale, la  première  ayant  été  déclarée  invalide  par  les 
cardinaux.  La  véritable  suite  des  événements  a  été  ré- 
tablie par  Casti,  dans  Celestino  V...,  161-64,  et  (avec 
une  confusion  de  dates)  par  Digard,  i,  184-85. 

Entre  temps,  sous  couleur  d'aider  le  pape  dans  une 
tâche  trop  nouvelle  pour  lui,  le  roi  réussit  sans  peine  à 
le  circonvenir  et  à  faire  nommer  plusieurs  de  ses  créa- 
tures à  des  postes-clefs  :  Jean  de  (^astrocoeli,  arche- 
vêque de  Bénévent,  homme  plein  de  ruse,  d'avarice  et 
d'ambition,  qui  avait,  cinq  ans  auparavant,  trempé 
dans  une  rébellion  ouverte  contre  Rome,  fut  nommé 
vice-chancelier.  En  outre,  les  postes  de  notaire  apos- 
tolique (Barthélémy  de  Capoue),  d'huissier  de  la 
chambre  pontificale  et  de  capitaine  des  États  de 
l'Église  furent  également  confiés  à  des  fonctionnaires 
napolitains.  Par  autorisation  spéciale  du  roi  de  Naples, 
ces  agents  continuèrent  à  toucher  les  appointements 
attachés  à  leurs  anciennes  fonctions  (Digard,  i,  182, 
note  2,  et  183). 

Ai)i3renant  ce  qui  se  passait  à  A<iuila,  les  sept  cardi- 
naux restés  à  Pérouse  comprirent  qu'il  était  plus  que 
temps  de  rejoindre  le  pajie,  s'ils  voulaient  sauver  l'au- 
torité du  Sacré  Collège.  Après  avoir  obtenu  de 
Charles  II  divers  engagements  de  nature  financière 
(Schulz,  loc.  cit. ,377,  note  2),  ainsi  que  la  promesse  sous 
serment  qu'il  n'exercerait  sur  leurs  allées  et  venues 
aucune  pression,  en  cas  de  vacance  du  S. -Siège  (Cé- 
lestin V  le  délia  de  cette  promesse,  Potthast,  Reg., 
23998),  ils  vinrent  l'un  après  l'autre  à  Aquila;  même 
Benoît  Gaetani  qui,  à  l'étonnement  général,  finit  par 
rejoindre  les  autres  après  avoir  boudé  pendant  plus 
d'un  mois  (Ptolémée  de  Lucques,  op.  cit.,  1200). 

Le  29  août  eut  lieu  la  cérémonie  du  sacre,  devant 
l'église  Ste-Marie  di  Collemaggio,  puis  la  procession  de 
l'église  en  ville  avec  le  décorum  habituel.  Une  foule 
énorme,  dont  Ptolémée  de  Lucques,  témoin  oculaire,  a 
grossi  le  nombre  jusqu'à  200  000  personnes,  avait 
afilué  à  Aquila  pour  assister  à  ce  triomphe  suprême  du 
populaire  ermite  (op.  cit.,  c.  29  et  31,  col.  1199  et  1200). 

3°  De  la  consécration  pontificale  à  l'abdication.  —  Les 
nuages  ne  tardèrent  pas  à  s'amonceler.  Soixante  ans  de 
vie  érémitique  peuvent  préparer  parfaitement  à  rece- 
voir la  couronne  céleste;  pour  ceindre  la  tiare  de 
S.  Pierre,  ce  n'était  pas  la  préparation  idéale.  La  sim- 
plicité de  Célestin  le  dépaysait  devant  les  exigences  du 
protocole  romain.  Son  manque  d'habitude  du  latin  of- 
ficiel n'obligeait-il  pas  les  cardinaux  à  s'exprimer  en 
italien  au  consistoire?  Sa  bonne  foi,  sa  scrupulosité  mé- 
fiante et  son  manque  d'expérience  en  faisaient  une  vic- 
time toute  désignée  pour  tomber  dans  les  pièges  tendus 
par  les  politiciens  roués,  les  bénéflciers  sans  scrupules 
et  les  arrivistes  retors. 

Dans  l'édition  définitive  de  son  Opus  meiriciim  (i,  3, 


89  CÈLES 

c.  10,  cil.  Seppelt.  p.  69),  le  cardinal  Stefaiiesclii  ne  se 
gène  pas  pour  critiquer  ouvertement  les  mesures 
|)rises  par  Cclestin.  Parmi  ces  mesures,  l'histoire 
retient  en  particulier  : 

n)  L'octroi  imprudent  de  noml)reuses  faveurs.  Fa- 
veurs spirituelles  et  autres  furent  distribuées  sans  au- 
cun discernement.  Le  jour  même  de  son  sacre,  il  accor- 
da de  vive  voix  une  indulgence  plénière,  semblable  à  la 
Portioncule,  à  tous  ceux  qui  visiteraient,  aux  condi- 
tions habituelles,  Notre-Dame  de  Collemaggio,  le  jour 
anniversaire  de  cette  solennité.  Après  s'être  fait 
quelque  peu  prier  (témoignage  de  Pietro  Boerio,  dans 
Baluze,  Miscellanea,  i,  480),  il  confirma,  semble-t-il,  sa 
concession  un  mois  plus  tard  par  une  bulle  (Potthast, 
jRe^.,  23981  ;  Raynaldi,  ann.  1294,  §  13,  p.  145;  mise 
au  point  des  questions  d'authenticité,  dans  Moscardi, 
20  sq.  et  Baumgarten,  Miscellanea  diplomatica,  i,  Rô- 
mische  Quartalschrift,  1913,  p.  93*).  Cette  concession 
fut  fort  discutée  dans  la  suite.  Le  18  août  1295  elle  fut 
explicitement  révoquée  par  Boniface  VIII(A.  Thomas, 
Registres  de  Boniface  V'/i/,  n.  815).  Plusieurs  papes  la 
confirmeront  à  nouveau  par  la  suite  (cf.  Galli,  61  ; 
Moscardi,  30-35). 

Cette  première  concession  fut  suivie  de  nombreux 
autres  avantages  et  privilèges  accordés  à  divers 
églises  et  monastères.  Les  communautés  de  son  ordre, 
qui  comptait  alors  18  couvents  et  4  prieurés,  furent 
spécialement  favorisées.  Comme  certains  papes  à 
l'égard  de  leurs  neveux,  ainsi  Célestin  paraissait  réser- 
ver le  plus  clair  de  son  initiative  personnelle  à  les  com- 
bler de  faveurs  (Casti,  dans  Celestino  V...,  170  sq.). 
Ce  népotisme  monastique  transparaît  dans  un  très 
grand  nombre  d'actes  :  il  les  exempte  de  toute  juridic- 
tion extérieure  (Potthast,  Reg.,  23951,  23970,  24002, 
24003,  24011);  leur  accorde  de  riches  indulgences 
allant  jusqu'à  2  000  ans  (Potthast,  Reg.,  23975,  24004, 
23977);  la  maison-mère  du  Morrone  est  déliée  de  toute 
dépendance  envers  S. -Pierre  de  Rome  (Potthast,  Reg., 
23976;  Bullar.  Rom.,  éd.  Turin,  iv,  116);  il  permet  à 
ses  membres  de  porter  le  nom  d' «  ermites  célestins  », 
leur  reconnaît  la  prééminence  honorifique  sur  tous  les 
autres  bénédictins.  Le  pape  caressait  même  le  projet 
de  voir  tous  les  fils  de  S.  Benoît  devenir  des  Célestins. 
Lors  de  son  passage  par  le  Cassin,  il  eut  recours  à  la 
persuasion,  puis  à  la  contrainte,  mais  en  vain,  pour  y 
faire  adopter  leurs  usages  (cf.  Tosti,  Storia  delta  badia 
di  Montecassino,  m,  Rome,  1889,  p.  37  sq.). 

L'amour  de  Célestin  pour  la  vie  austère  se  manifesta 
aussi  dans  la  protection  imprudente  qu'il  accorda  au 
parti  des  Spirituels  franciscains,  dont  il  connaissait  de 
longue  date  les  principaux  meneurs.  Ceux-ci,  en  butte 
aux  tracasseries  de  leurs  confrères  et  poursuivis  égale- 
ment pour  leurs  idées  subversives  par  les  autorités, 
décidèrent  de  tenter  leur  chance  auprès  du  nouveau 
pape.  F.  Pierre  de  Macerata  et  F.  Pierre  de  P'ossom- 
brone  vinrent  trouver  le  pape  à  Aquila  et  lui  deman- 
dèrent «  l'autorisation  d'observer  leur  vœu  à  l'abri  des 
persécutions  et  des  empêchements  de  ceux  qui  se 
laissent  aller  à  renier  la  fidèle  règle  et  la  loyale  obser- 
vance que  S.  François  avait  commandée  dans  son  tes- 
tament et  dans  ses  autres  écrits  »  (Ehrle,  Arch.  fur 
Lit.-und  Kirchengesch.  des  M.  A.,  ii,  308).  «  Dans  sa 
dangereuse  simplicité  »  (Muratori,  Antiq.  ital.,  éd. 
Milan,  1741,  iv,  1020),  Célestin  V  n'y  vit  aucune  ma- 
lice; après  leur  avoir  d'abord  proposé  de  s'adjoindre 
aux  Célestins,  il  permit  à  Pierre  de  Macerata  et  à  son 
groupe  de  se  séparer  des  autres  Frères  Mineurs  sous  le 
nom  de  «  Pauvres  ermites  »  et  chargea  l'abbé  de  son 
ordre  de  leur  indiquer  des  ermitages  où  ils  pourraient 
vivre  (Angelo  Clareno,  Epistota  excusaloria,  publ. 
Ehrle,  Arcli.  fur  Lit.-und  Kirchengesch.,  i,  525-26). 

Plus  avantagé  encore  fut  son  ami  et  protecteur  le 
roi  de  Naples.  Parmi  les  nombreuses  mesures  dont  il 


TIN  V  90 

fut  l'inspirateur  ou  le  bénéficiaire,  il  faut  mentionner  : 
la  confirmation  de  son  traité  de  Figueras  avec  Jacques 
d'Aragon  (1"  oct.,  Potthast,  Reg.,  2,3984;  Raynaldi. 
ann.  1294,  §  15,  iv,  147);  deux  décimes  exceptionnels  à 
lever,  le  premier  sur  les  biens  d'Église  en  France  durant 
un  an,  l'autre  sur  ceux  d'Angleterre  durant  quatre  ans, 
pour  financer  ses  expéditions  militaires  (2  oct.,  Pott- 
hast, Reg.,  23985;  Raynaldi,  ibid.,  149);  la  nomina- 
tion de  son  fils,  âgé  de  21  ans,  comme  archevêque  de 
Lyon  (7  oct.,  Potthast,  Reg.,  23990 ;  Raynaldi,  ibid., 
152);  la  constitution  d'une  province  autonome  sici- 
lienne des  Frères  Prêcheurs  (Potthast,  Reg.,  23953; 
Fontana,  Monumenta  dominicana,  Rome,  16'75,  p.  140). 
Le  roi  aurait  même  eu  l'intention  d'obtenir  du  pape  la 
condamnation  du  cardinal  Gaetani  comme  hérétique 
et  aurait  pressenti  les  cardinaux  Colonna  en  vue  d'un 
appui  éventuel  en  ce  sens.  Mais  ce  renseignement  étant 
fourni  par  les  Colonna  est  suspect  (cf.  Procès  ouvert 
par  Clément  V  contre  la  mémoire  de  Boniface  VIII, 
publ.  C.  Hofler,  Abhandl.  der  Hist.  Kl.  der  Kgl.  bayer. 
Akad.  der  Wiss.,  iii-3,  1843,  p.  60). 

Apprenant  l'ouverture  de  ce  nouveau  Pactole,  les 
quémandeurs  affluaient  de  toutes  parts.  Mais  tous 
n'avaient  pas  également  en  vue  l'enrichissement  de 
leurs  âmes.  Beaucoup  sollicitaient  des  biens  plus  tan- 
gibles. Célestin  accordait  tout,  sans  y  regarder  de  fort 
près,  «car  il  était  simple  et  droit  »  (Vita  C,  c.  xxx). 
Pendant  les  quelques  mois  de  son  pontificat,  il  fut  vic- 
time d'une  exploitation  éhontée.  Les  dispenses  réser- 
vées au  S. -Siège  furent  prodiguées  au  mépris  de  toutes 
les  règles,  les  biens  d'Église  dilapidés  par  des  inféoda- 
tions  et  des  échanges  arbitraires;  les  concessions  d'ex- 
pectatives, de  bénéfices  et  de  pensions  dépassèrent 
toute  mesure  (voir  l'exposé  des  motifs  de  la  bulle  de 
Boniface  VIII,  8  avr.  1295,  Thomas,  Reg.  de  Boni- 
face  VIII,  n.  770).  Ptolémée  de  Lucques  {Hist.  Eccl., 
XXIV,  c.  31;  Muratori,  xi,  1200)  va  jusqu'à  parler  de 
blancs-seings  et  de  faveurs  identiques  accordées  à 
plusieurs  bénéficiaires  à  la  fois.  Il  est  vrai,  le  même 
auteur  ajoute,  à  la  décharge  du  vieux  pontife,  que  pas 
mal  d'abus  en  matière  de  concessions  de  grâces  et  de 
privilèges  se  commettaient,  à  son  insu,  par  des  officiers 
curiaux  profitant  de  son  âge  et  de  son  inexpérience. 
Malheureusement  la  disparition  du  registre  de  Céles- 
tin V  ne  permet  pas  de  mesurer  exactement  le  désordre 
créé  par  tous  ces  abus.  Parmi  les  plus  compromis 
figuraient  les  cardinaux  Colonna.  Entremetteurs  infa- 
tigables de  grâces  pontificales,  ils  s'en  étaient  réservé 
plus  qu'une  portion  congrue.  De  leur  propre  aveu, 
Jacques  Colonna  avait  obtenu  une  pension  de 
500  marcs  sterling  et  chacun  de  ses  deux  neveux  plus 
de  1  000  livres  tournois  (Digard,  i,  242;  voir  aussi  une 
bulle  d'une  teneur  incroyable,  Potthast,  Reg.,  24005, 
19  nov.  1294,  dans  Barth.  Cotton,  Hist.  anglic, 
éd.  Luard,  261). 

Ce  désordre  fut  tel  que  Boniface  VIII,  dès  le  troi- 
sième jour  de  son  pontificat  et,  à  ce  qu'il  semble,  sur  la 
demande  de  Célestin  lui-même,  révoqua  oralement 
toutes  les  mesures  arbitraires  prises  par  lui.  Ai)rès  quoi, 
la  chancellerie  pontificale  eut  de  la  besogne  pendant 
près  d'un  an,  pour  mettre  de  l'ordre  dans  ce  grand  net- 
toyage :  annulation  de  toutes  les  réserves  de  bénéfices 
concédées  depuis  Nicolas  IV,  de  toutes  les  nominations 
à  des  postes  importants  faites  sans  l'assentiment  des 
cardinaux,  en  particulier  celles  de  l'archevêque  de 
Lyon  et  de  Barthélémy  de  Capoue  ;  révocation,  jusqu'à 
nouvelle  confirmation,  de  tous  les  privilèges  concédés 
par  Célestin  V.  Cette  révocation  fut  spécifiée  par  la 
bulle  du  8  avr.  1295  (Potthast,  Reg.,  24061;  A.  Tho- 
mas, Registre  de  Boniface  VIH,  n.  770).  Toutes  les 
bulles  expédiées  par  Célestin  V  devaient  être  ren- 
voyées à  Rome,  aux  fins  d'un  nouvel  examen.  Cette 
dernière  mesure  fut  cause  du  très  petit  nombre  de 


91 


CÈLES 


TIN  V 


92 


bulles  originales  de  Célestiii  V  conservées  de  nos  jours  : 
sur  un  total  de  plus  de  106  documents  expédiés  par 
lui,  Baumgarten  n'en  connaît  que  46  :  liste  dans  Mis- 
cellanea  diplomatica,  i  {Rômische  Quartalschrift,  1913, 
p.  85*-94*). 

b)  La  promotion  cardinalice  (Aquila,  18  sept.  1294). 
— ■  Elle  fut  suggérée  au  pape  par  le  roi  de  Naples  et 
devait  comprendre  douze  noms.  Le  choix  des  élus, 
tous  candidats  du  roi,  fut  discuté  en  comité  secret  par 
le  pape  avec  les  trois  cardinaux,  Hugues  Aycelin, 
Matteo  Orsini  et  Jacques  Colonna.  Le  reste  du  Sacré 
Collège  ne  fut  pressenti  que  la  veille  de  la  préconisa- 
tion  (Opus  metricum,  m,  c.  8).  Encore  Charles  II  fit-il 
remplacer,  à  la  dernière  minute,  un  des  candidats  par 
un  autre. 

Cette  liste  comprend  :  a.  sept  Français  ou  Proven- 
çaux :  les  archevêques  de  Bourges  et  de  Lyon,  Simon 
de  Beaulieu  et  Bérard  de  Goth;  le  canoniste  Jean 
Lemoine,  vice-chancelier  du  S. -Siège  sous  Nicolas  IV; 
le  doyen  du  chapitre  de  Paris  et  le  prévôt  de  celui  de 
Marseille,  Nicolas  l'Aide  et  Guillaume  Ferrier;  Robert, 
abbé  de  Cîteaux,  et  Simon,  prieur  de  La  Charité-sur- 
Loire;  — •  b.  trois  Napolitains  appartenant  au  cercle 
des  amis  intimes  du  roi  :  son  chancelier,  Guillaume 
Longhi  de  Bergame;  Pierre,  l'évêque  élu  de  Sulmona, 
et  messer  Landolfo  Brancaccio;  —  c.  deux  célestins  : 
Thomas  de  Ocra,  abbé  de  S.  Giovanni  in  Piano  et 
inscrit  comme  bienheureux  au  martyrologe  bénédictin, 
et  Francesco  Ronci  di  Atri.  (Pour  esquisse  biogra- 
phique, voirl'art.  de  Vittoridans  Celestino  y..., 301-20.) 

Le  douzième  nom  de  cette  liste  a  donné  lieu  à  de 
nombreuses  contestations.  D'après  Ciacconius-Oldoi- 
nus,  Vitae  pontif.  rom.,  n,  292  et  Eubel,  11,  ç'aurait 
été  Benoît  Gaetani  junior;  Celidonio,  Vita,  85-94, 
reprenant  la  liste  de  ï'Opus  metricum,  nomme  un  mys- 
térieux Frater  Petrus,  célestin,  qui  serait  mort  dès  le 
9  oct.  suivant.  De  nouvelles  recherches  aux  Archives 
vaticanes  et  la  pubhcation  d'une  lettre  de  Jacques 
d'Aragon  (16  oct.  1294,  Acta  Aragonensia,  éd.  Finke, 
I,  19-20)  ont  permis  de  trancher  le  doute  :  le  deuxième 
cardinal  fut  le  célestin  François  Ronci  di  Atri  (ou  di 
Andria);  le  mystérieux  Frater  Petrus  résulterait  d'une 
confusion  de  lecture  entre  les  deux  prénoms  Petrus  et 
Franciscus.  Et  Gaetani  junior  aurait  été  créé  cardinal 
tout  seul  par  son  oncle,  dès  le  début  du  pontificat  de 
celui-ci.  Cf.  P.  M.  Baumgarten,  Die  Cardinals- 
ernennungen,  167-68  et  art.  de  Vittori  dans  Celestino 
V...,  316  sq.;  Cah,  104-07. 

Seulement,  François  Ronci  mourut  à  Sulmona  le 
13  cet.,  moins  d'un  mois  après  son  élévation  à  la 
pourpre.  Célestin,  pour  rétablir  sans  doute  l'effectif 
apostolique,  choisit  l'archevêque  de  Bénévent  Castro- 
coeli  pour  le  remplacer.  Cette  promotion  eut  lieu 
d'une  façon  tout  à  fait  insolite.  Durant  son  séjour  à 
Teano  (23  au  28  oct.),  un  soir  après  dîner,  le  pape  lui 
annonça  sa  nomination;  après  quoi,  il  convoqua  les  six 
cardinaux  présents,  leur  fit  part  de  sa  décision,  qui  ne 
souleva  aucune  objection.  Mais  les  autres  cardinaux, 
mis  au  courant,  firent  savoir  au  pape  qu'ils  n'admet- 
traient dans  leur  sein  qu'un  cardinal  nommé  après 
avoir  obtenu  leur  assentiment.  Célestin  V  céda,  démit 
de  sa  charge  le  nouveau  cardinal,  jusqu'à  ce  qu'un 
consistoire  réuni  à  Naples  lui  obtint  l'adhésion  géné- 
rale. Ce  récit  se  base  sur  le  seul  témoignage  de  VOpus 
metricum.  Baumgarten,  op.  cit.,  169  en  admet  l'au- 
thenticité, du  moins  quant  au  fond.  En  tout  cas,  il  est 
certain  que,  le  1"  oct.,  Castrocoeli  n'était  pas  encore 
cardinal.  Cf.  Schulz,  Zeitschr.  fiir  Kirchengesch.,  xvii, 
1897,  p.  384,  note  4.  C'est  donc  à  tort  que  la  liste 
de  YAnn.  pont.,  1929,  p.  134-35,  le  mentionne  comme 
treizième  cardinal  de  la  promotion  du  18  septembre. 

c)  Le  transfert  de  la  résidence  pontificale  à  Naples.  — 
Dès  le  début  de  sept.,  le  roi  fit  avertir  les  autorités 


napolitaines  de  se  préparer  à  recevoir  le  pape  (Docu- 
ments dans  Gantera,  Cenni,  53-56,  notes,  et  C.  Mi- 
nier! Riccio,  Saggio  di  Cod.  diplom.,  Supplem.  /,  n.  71- 
74,  Naples,  1882).  11  ne  semble  pas  que  le  pape  ait  été 
averti  des  intentions  royales.  Au  contraire,  il  avait 
déjà  pris  des  dispositions  en  vue  d'un  retour  à  Rome, 
lorsqu'il  se  laissa  convaincre  par  Charles  II  de  se 
rendre  d'abord  à  Naples  pour  y  séjourner  quelque 
temps.  Le  motif  de  ce  revirement  était  de  ne  pas 
retarder  les  pourparlers  avec  Jacques  d'Aragon,  que 
Célestin  lui-même  (Potthast,  Reg.,  23992)  avait  invité 
à  se  rendre  dans  l'île  d' Ischia,  afin  d'y  mettre  au  point 
l'exécution  du  traité  de  Figueras  (cf.  lettre  de 
Charles  II  à  Jacques  II,  12  oct.  1294,  Acta  Aragonen- 
sia, éd.  Finke,  m,  n.  17,  p.  28-30).  Cette  décision  fut 
prise  malgré  l'avis  expUcite  des  cardinaux  désireux  de 
retourner  à  Rome  (cf.  Opus  metricum,  i,  3,  c.  1  sq., 
éd.  Seppelt,  56  sq.).  Bon  gré  mal  gré,  le  Sacré  Collège 
tout  entier  accompagna  ou  suivit  Célestin  V  à  Naples. 
L'escorte  dont  faisaient  partie  le  pape,  le  roi  et  son  fils, 
quitta  Aquila  le  5  oct.  Après  s'être  arrêtée  du  7  au 
13  au  monastère  de  Sulmona,  elle  reprit  sa  route  par 
Castel  di  Sangro,  San  Germano,  le  Cassin,  Teano,  Ca- 
poue  et  arriva  le  2  ou  le  5  nov.  à  Naples  (cf.  Cali,  104; 
art. de Casti, dans Ce/es^i'no  V...,  195-97 ; Schipa, op.  cit., 
91-92).  A  Naples,  le  Castel  Nuovo  fut  affecté  à  la  rési- 
dence du  pape  et  de  ses  services. 

4°  L'abdication  (13déc.  1294).  —  Frappé  du  désordre 
qui  s'infiltrait  dans  l'Église  par  suite  de  son  incapa- 
cité administrative,  Célestin  se  rendit  compte  qu'il 
n'était  pas  apte  au  gouvernement  pontifical.  Il  se  mit 
à  réfléchir  à  ses  responsabilités  et  aux  moyens  de 
remédier  à  la  situation.  On  l'entendait  gémir  :  «  O  mon 
Dieu,  tandis  que  je  règne  sur  les  âmes,  voici  que  je 
perds  la  mienne.  »  Il  ressentait  aussi,  comme  un  poids 
toujours  plus  lourd,  les  entraves  mises  par  les  devoirs 
de  sa  charge  à  ses  habitudes  de  solitude  et  de  prière. 
Comme  l'Avent  était  proche,  il  s'était  fait  préparer, 
dans  un  coin  retiré  du  Castel  Nuovo,  une  cellule  en 
bois,  afin  d'y  passer  son  «  carême  de  la  S. -Martin  »  en 
prières  et  en  pénitences  comme  autrefois.  Il  avait 
l'intention  de  confier  le  gouvernement  intérimaire 
effectif  de  l'Église  à  un  triumvirat,  et  toutes  les  dispo- 
sitions étaient  prises  en  conséquence,  lorsque  le  cardi- 
nal Matteo  Orsini,  accouru  tout  exprès,  fit  échouer  ce 
singulier  projet  à  la  toute  dernière  minute,  en  repré- 
sentant au  pontife  «  qu'il  était  inadmissible  que 
l'Église  eût  à  la  fois  trois  époux  »  (cf.  Finke,  38). 

Le  pape  songea  alors  à  donner  sa  démission.  Les 
rétroactes  de  cette  démission  ont  été  souvent  travestis. 
Des  histoires  de  trompettes  nocturnes  et  autres  récits 
fantomatiques,  mettant  en  cause  Benoît  Gaetani, 
furent  colportés  en  France,  dès  les  premiers  mois  du 
pontificat  de  Boniface  VIII,  par  Simon  de  Beaulieu, 
cardinal  et  légat  pontifical,  dont  le  rôle  joué  en  cette 
affaire  n'est  pas  des  plus  beaux  (cf.  le  témoignage  de 
l'abbé  de  S.-Médard  à  Soissons  au  procès  ouvert  par 
Clément  V  contre  la  mémoire  de  Boniface  VIII,  publ. 
C.  Hôfler,  Ruckblick  auf  PapstBonifaz  V in.,Abhandl. 
d.  hist.  Kl.  der  kgl.  bayer.  Akad.  der  Wissensch.,  m,  3, 
1843,  p.  69).  Elles  trouvèrent  audience  jusque  parmi 
les  cardinaux  de  la  Curie  (Finke,  p.  65,  note  1)  et  les 
amateurs  d'historiettes  malédifiantes  en  firent  leurs 
choux  gras.  Aujourd'hui  la  critique  ne  leur  reconnaît 
pas  plus  de  consistance  qu'aux  légendes  de  Croque- 
mitaine.  —  De  même,  les  accusations  formulées  en 
clair  contre  Gaetani  et  le  cardinal  de  Sabine,  d'avoir 
extorqué  par  dol  la  renonciation  du  vieillard  (P.  du 
Puy,  Histoire  du  différend  entre  le  pape  Boniface  VIII 
et  Phil.  le  Bel,  Paris,  1655,  p.  428),  se  sont  révélées  dé- 
pourvues de  fondement  et  même  de  probabilité.  Seul 
parmi  les  témoins  dignes  de  foi,  Ptolémée  de  Lucques 
(Hist.  Eccl.,  XXIV,  32)  prétend  que  le  projet  d'abdica- 


93 


CÉLESTIN  V 


94 


tion  aurait  été  machiné  par  les  cardinaux,  dès  avant  le 
voyage  à  Naples,  et  quasi  imposé  au  vieux  pontife  par 
le  cardinal  canoniste.  Jusqu'à  la  thèse  de  Schulz  (Zeit- 
schr.  fiir  Kirchengesch,  xvii,  477  sq.),  c'était  là  l'opi- 
nion reçue  (voir  références,  ibid.,  483,  note  3;  Tosti, 
Storia  di  Bonifazio  VIII,  1.  I,  c.  iv,  p.  82,  Rome,  1886, 
fait  exception.  Résumé  et  discussion  de  toutes  ces  his- 
toires par  Cipolla,  dans  son  édition  de  Ferreti  "Vincen- 
tini,  Historia  rerum  in  lialia  gestarum,  Fonti  per  la 
storia  d'Italia,  Rome,  1908,  p.  64i). 

Depuis  lors,  la  critique  admet  que  l'idée  d'abdica- 
tion prit  corps  dans  la  conscience  harcelée  de  remords 
de  Célestin  lui-même.  Les  témoignages  anciens  les  plus 
dignes  de  foi  confirment  cette  explication;  voir  en  par- 
ticulier Opus  metricum,  ni,  348  sq.  ;  Vita  C,  c.  xxxiv  et 
le  Mémoire  des  cardinaux  de  1297  contre  les  Colonna, 
publ.  Denifle,  Arch.  fiir  Lit.-und  Kirchengesch.  des 
M.  A.,  V,  525-26. 

Seulement  pouvait-il  démissionner?  Grave  pro- 
blème canonique.  Toute  démission,  pour  être  valide, 
requiert  l'assentiment  du  supérieur.  Le  pape  n'ayant 
d'autre  supérieur  que  Dieu,  comment  le  peut-il? 

Pour  résoudre  cette  difficulté,  Célestin  consulta 
d'abord  des  lumières  familières  :  son  compendium  de 
droit  canon  et  un  ami.  Ce  parvus  libellas  dont  parle 
Stefaneschi  (Op.  metr.,  m,  c.  xii,  v.  375;  éd.  Seppelt, 
73)  est  sans  doute  identique  à  la  Summa  Celestina  de 
ses  Opuscules  (voir  précisions  dans  A.  S.,  mai,  iv, 
523  C-D).  Quant  à  r«  ami  mystérieux,  conseiller  des 
premières  heures,  à  la  réponse  évasive  »  (Opus  metr., 
III,  V.  393),  plutôt  que  Benoît  Gaetani,  comme  on  le 
croit  habituellement,  il  pourrait  bien  être  Stefaneschi 
lui-même  (Morghen,  326;  Digard,  i,  202-03). 

N'ayant  pas  trouvé  assez  de  lumières  chez  ses 
premiers  conseillers,  il  continua  son  enquête  parmi  les 
membres  du  Sacré  Collège  les  plus  autorisés,  Gérard  de 
Sabine  (Finke,  40),  les  deux  Colonna  (Denifle,  op.  cit., 
V,  494)  et  surtout  Benoît  Gaetani,  le  meilleur  cano- 
niste du  groupe  et  confesseur  du  pape,  si  l'on  en  croit 
une  tradition  fort  tardive  (C.  de  Lellis,  Discorsi  délie 
jamiglie  nobili  del  regno  di  Napoli,  i,  1654,  p.  186). 

A  en  croire  Gilles  de  Rome  (De  renunciatione  papae, 
c.  xxiii,  Bibl.  max.  pont.,  ii,  56),  Gaetani  aurait 
d'abord  conseillé  au  pape  de  rester.  Sans  doute  une 
protestation  de  pure  forme  ou  de  politesse,  peut-être 
un  effort  pour  masquer  son  contentement  intérieur 
(  Vita  C,  c.  xxxiv).  Célestin  insistant,  Gaetani  répondit 
qu'une  abdication  était  licite  et  invoqua  à  tort  plu- 
sieurs précédents,  entre  autres  une  soi-disant  abdica- 
tion de  Clément  de  Rome  (cf.  Seppelt,  Studien,  50-57). 
Quoi  qu'en  disent  ses  thuriféraires  (référ.  dans  Schulz, 
lac.  cit.,  499),  il  est  bien  possible  que  les  conseils  donnés 
à  cette  occasion  par  Gaetani  ne  furent  pas  dictés 
exclusivement  par  des  considérations  de  bien  commun. 
En  tout  cas,  ce  fut  certainement  au  poids  de  son  auto- 
rité que  Célestin  dut  de  rendre  inébranlable  une  déci- 
sion que  jusqu'alors  ses  rêves  ne  lui  avaient  montrée 
que  comme  possible. 

Bientôt  des  bruits  transpirèrent  et  parvhirent  à  la 
connaissance  du  public.  Alertée  par  les  Fraticelli  et  les 
Célestins,  et  avec  la  connivence  du  roi,  la  populace 
napolitaine  envahit  le  Castel  Nuovo  et  parvint  jusqu'à 
la  cellule  du  pape,  qui  eut  grand'peine  à  la  calmer  par 
(le  vagues  promesses.  Cinq  jours  plus  tard,  le  pape 
convoqua  les  cardinaux,  leur  exposa  toute  la  situation 
et  leur  demanda  leur  avis.  Quoiqu'ils  se  rendissent 
fort  bien  compte  que  Célestin  était  «  lemporalium 
omnino  inexpertus  »  (Barthélémy  Cotton,  M.  G.  H., 
SS.,  xxviii,  611),  les  cardinaux  répondirent  de  conti- 
nuer encore  l'expérience  et  lui  déconseillèrent  de 
suivre  son  idée  (Mémoire  des  cardinaux  de  1297,  publ. 
Denifle,  op.  cit.,  v,  526).  Le  pape  ne  voulut  pas  se 
rendre,  mais  fit  demander  des  processions  et  des  prières 


pour  que  Dieu  l'éclairé.  La  procession  eut  lieu  sans 
doute  le  5  déc.  (A.  S., mai,  iv,  523  E).  Peu  après,  une 
nouvelle  délégation  des  Napolitains  conduite  par  leur 
archevêque  n'eut  pas  plus  de  succès  :  la  décision  du 
pape  était  prise.  Restait  l'exécution. 

Avec  l'aide  de  Gaetani,  le  pape  consacra  huit  jours 
à  la  rédaction  de  deux  actes  :  la  renonciation  propre- 
ment dite  et  une  constitution  pontificale  établissant 
qu'un  pape  a  le  droit  de  démissionner.  A  ces  deux 
actes  Célestin  voulut  encore  ajouter,  le  10  déc,  un 
nouveau  rappel  de  la  prescription  par  laquelle  il  avait 
rétabli,  le  28  sept.,  l'obligation  du  conclave,  pour 
remédier  à  l'avenir  aux  trop  longues  vacances  du  S.- 
Siège  (Potthast,  Reg.,  23980;  Raynaldi,  ann.  1294, 
§  17,  IV,  153).  Le  13  déc,  tout  étant  prêt,  il  réunit  le 
consistoire,  prit  place  sur  son  trône  et  pria  les  cardi- 
naux de  ne  pas  l'interrompre  avant  que  tout  fût  fini. 
Il  donna  alors  lecture  de  l'acte  par  lequel  il  renonçait 
au  pontificat;  ensuite,  quittant  son  siège,  il  déposa  son 
anneau,  sa  tiare  et  son  manteau,  alla  revêtir  les  habits 
de  son  ordre  et  vint  s'asseoir  sur  un  tabouret.  Devant 
ce  spectacle,  tous  les  cardinaux  se  mirent  à  pleurer, 
«  bien  que  plusieurs  d'entre  eux  éprouvassent  plus  de 
joie  que  de  tristesse  »  (  Vita  C,  c.  xxxiv;  Barth.  Cotton, 
Hist.  anglic,  éd.  M.  G.  H.,  SS.,  xxviii,  611-12). 
Chacon  (ii,  274)  et  Baronius  (Annales  eccles.,  xxii, 
p.  145,  n.  20)  donnent  un  texte  de  cette  renonciation 
sans  en  indiquer  la  provenance  (cf.  A.  S.,  mai,  iv, 
524  A-B). 

Cette  décision  si  insolite,  jointe  aux  circonstances 
dans  lesquelles  elle  eut  lieu,  fut,  comme  bien  l'on 
pense,  abondamment  commentée.  Si  les  autorités  se 
rallièrent  sans  peine  au  nouveau  pape,  la  passion  popu- 
laire s'en  mêla  rapidement.  Dépit  du  parti  angevin  et 
des  chasseurs  de  bénéfices  voyant  disparaître  leurs 
proies,  désespoir  des  Spirituels  et  des  Ermites  célestins 
voyant  s'effondrer  leur  unique  appui  en  haut  lieu, 
admiration  pour  un  tel  exemple  de  détachement  des 
dignités  de  ce  monde,  satisfaction  parmi  les  partisans 
de  l'ancien  ordre  de  choses.  A  mesure  que  le  nouveau 
pape  Boniface  VIII  gouverna  de  façon  plus  person- 
nelle et  se  fit  plus  d'ennemis,  ces  discussions  prirent  un 
caractère  plus  polémique  :  pour  pouvoir  atteindre  la 
légitimité  du  nouveau  pape,  on  mit  en  doute  la  vali- 
dité de  l'abdication  de  Célestin.  Le  rôle  joué  par 
Benoît  Gaetani  dans  les  rétroactes  de  cette  abdication 
fut  élargi,  noirci  et  finalement  travesti.  Issue  du  do- 
maine de  l'actualité  polémique,  la  question  bifurqua 
bientôt,  d'une  part  vers  la  spéculation  canonique, 
de  l'autre  vers  le  thème  littéraire. 

Du  point  de  vue  canonique,  les  principaux  textes  à 
retenir  sont  :  la  Pierre  Olivi,  traité  De  renunciatione 
papae  (question  xiii  du  traité  De  perfectione  evangelica 
(date  probable,  printemps  1295,  au  plus  tard  1297),  éd. 
P.  L.  Ofiger,  Arc^i.  franc,  hist.,  xi,  1918,  p.  340-66; 
commentaire  dans  Seppelt,  Studien,  23-37);  Ib  Pierre 
Olivi,  lettre  du  14  sept.  1295,  en  réponse  aux  objec- 
tions formulées  par  Conrad  d'Offida  du  groupe  des 
Spirituels  franciscains  :  défend  la  validité  de  l'abdica- 
tion (éd.  P.  L.  Oliger,  Arch.  franc,  hist.,  xi,  1918, 
p.  366-73,  et  Jeiler,  Hist.  Jahrb.,  m,  1882,  p.  652-59); 
— •  2.  Godefroid  de  Fontaines,  Quodl.  XII,  quest.  iv  : 
Université  de  Paris,  1295;  sans  mentionner  Célestin, 
admet  la  validité  d'une  abdication  dans  des  cir- 
constances semblables  (éd.  J.  Hofîmans,  Coll.  Les 
philosophes  belges,  v,  1932,  p.  95-99);  —  3.  Pierre 
d'Auvergne,  Quodl.  I,  quest.  xv  :  Université  de  Paris, 
1296  :  pour  la  validité  (inédit,  mais  analysé  par 
J.  Leclercq,  Rev.  hist.  de  l'Égl.  de  France,  xxv,  1939, 
p.  186-88);  —  4.  Consultation  demandée  par  Colonna 
à  l'Université  de  Paris,  début  1297  :  contre  la  vali- 
dité; texte  perdu  (cf.  Chartul.  Univ.  Paris.,  éd. 
Denifle-Chatelain,  ii,  1,   1881.  p.   77,  n.  604);  — 


95 


CÉLESTIN  V 


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5.  Triple  manifeste  des  Coloiiiia,  10  mai-12  juin  1297  : 
contre  (éd.  Denifle.  Arch.  ftir  Lit.-und  Kirchengesch. 
des  M.  A.,  V.  509  sq.;  L.  Moehler,  Die  Kardinàlc 
Jakob  und  Petnis  CoUmna,  1914,  p.  251-77);  les  douze 
motifs  du  manifeste  du  1 0  niai  ont  servi  de  base  à  toute 
la  polémique  ultérieure  des  légistes  français;  —  6.  Dé- 
claration du  cardinal  Nonancour,  au  nom  du  Sacré- 
Collège,  juin.  1297,  pour  démentir  les  allégations  du 
manifeste  précédent  (éd.  Denifle,  ibid.,  524-29);  — 
7.  Gilles  de  Rome  (Colonna),  De  remmciatione  papae, 
1297  (discussion  de  la  date  :  Finke,  72)  :  pour  la  vali- 
dité (éd.  Roccaberti,  Bibl.  max.  pont,  ii,  Rome, 
1695,  p.  1-64); —  8.  .\vec  l'insertion  d'un  chapitre 
sur  cette  question  dans  le  livre  Sexte  des  Décrétales 
(L.  I,  tit.  VII,  c.  1,  Quoniam)  en  1298,  la  question 
passa  sur  le  plan  général  du  droit  canon  et  du  De 
Ecoles  ia. 

Du  point  de  vue  littéraire,  sans  parler  des  auteurs 
de  spiritualité  (p.  ex.  Ubertin  de  Casale,  Arbor  vilae 
cruciflxae  Jesu,  1.  V,  ch.  viii,  achevé  en  1305;  cf. 
Callaey,  Rev.  hisl.  eccl.,  xi,  1910,  p.  713  sq.),  les 
deux  auteurs  principaux  à  retenir  sont  Pétrarque  et 
Dante.  Dans  son  De  Vita  solitaria,  lib.  II,  tract.  III, 
c.  xviii,  Pétrarque  n'hésite  pas  à  placer  Célestin  plus 
haut  que  les  apôtres  et  beaucoup  de  saints  (cf.  C.  Lu- 
dovisi,  Giudizio  di  Francesco  Petrarca  sulla  renuncia  di 
Celestino  V,  Boll.  délia  Soc.  di  stor.  pairia  A.  L.  An- 
tinori  nelle  Abruzzi,  vi,  1894,  p.  89-91).  —  Quant  à 
l'Alighieri,  on  sait  que  ses  deux  vers  célèbres  : 

Vidi  e  conobbi  l'ombra  di  colui 

Che   fece   per   uiltate    il   gran  rifiulo 

(Inferno,  m,  59-61) 

furent  parmi  ceux  qui  exercèrent  le  plus  la  sagacité  des 
dantologues.  Déjà  Benvenuto  de  Imola  (Muratori, 
Antiq.  liai.,  i,  1038-39)  y  voyait  une  allusion  à 
Célestin  V.  Cette  interprétation  peut  être  considérée 
comme  classique,  bien  qu'elle  n'ait  jamais  rallié  l'una- 
nimité des  critiques. 

Maintenant  que  la  question  de  droit  est  tranchée  et 
que  les  passions  se  sont  éteintes  depuis  longtemps, 
l'historien  impartial  n'aura  pas  de  peine  à  souscrire  au 
jugement  de  Casti  (Celestino  V...,  203)  :  «  L'abdication 
de  Célestin  V  ne  fut  ni  une  lâcheté,  ni  un  acte 
d'héroïsme;  ce  fut  le  simple  accomplissement  du  strict 
devoir  qui  incombe  à  quiconque  a  assumé  un  olTice 
disproportionné  à  ses  propres  forces.  Le  devoir  moral 
de  rester  à  son  poste  ne  pouvait  obliger  à  rencontre  de 
l'intérêt  plus  impérieux  du  bien  commun.  » 

III.  Après  le  pontificat.  —  En  renonçant  à  être 
Célestin  V,  Pierre  de  Morrone  n'avait  qu'un  désir  : 
redevenir  l'ermite  d'autrefois.  Il  alla  donc  trouver  le 
nouveau  pape  Boniface  VIII,  l'ancien  Benoît  Gaetani, 
élu  le  24  déc,  et  lui  déclara  son  intention  de  regagner 
ses  chères  montagnes.  Boniface  VIII  connaissait  assez 
la  droiture  et  la  simplicité  de  Pierre  pour  ne  pas  se  mé- 
fier de  lui.  Mais  il  se  méfiait  des  autres.  Il  craignait 
que  quelque  faction  cardinalice  ou  politique  ne  se  ser- 
vît un  jour  de  l'ancien  pape  comme  d'un  instrument  de 
rébellion  ou  de  schisme.  11  lit  donc  répondre  à  Pierre 
qu'il  préférait  l'emmener  auprès  de  lui  en  Campanie. 
Ainsi  pensait-il  pouvoir  mieux  prévenir  toute  cabale 
éventuelle.  Pierre  accueillit  cette  décision  de  fort  mau- 
vaise grâce,  persuadé  que  l'unique  motif  qui  lui  eût 
permis  en  conscience  de  prendre  sa  décision  était 
qu'elle  lui  permettrait  de  reprendre  sa  vie  d'autrefois; 
il  se  considérait  comme  tenu  dé  la  reprendre,  fût-ce 
contre  le  gré  du  pape.  Il  feignit  d'abord  d'obtempérer 
à  l'injonction  reçue  :  sous  la  conduite  de  l'abbé  du 
Mont-Cassin,  il  lit  route  vers  la  Campanie.  Arrivé  au 
pied  du  Mont-Cassin,  à  San  Germano,  grâce  sans  doute 
à  la  complicité  de  son  cicérone,  Pierre  emprunta  un 
cheval  et  prit  la  fuite.  Il  fut  accueilli  en  triomphe  à 


Sulmona  et  se  retira  dans  son  ancienne  cellule  du 
Morrone. 

Alerté,  Boniface  VIII  envoya  son  camérier  et  l'abbé 
du  Mont-Cassin  à  la  recherche  du  fugitif.  Ils  le  trou- 
vèrent dans  son  ermitage.  Pierre  Célestin  les  supplia 
de  l'y  laisser,  leur  promettant  d'achever  sa  vie  dans  la 
solitude  avec  ses  confrères,  sans  parler  à  âme  qui  vive. 
Ils  se  laissèrent  fléchir  et  lui  permirent  de  rester,  en 
attendant  que  le  pape,  mis  au  courant,  eût  statué  sur 
son  sort.  Sur  le  chemin  du  retour,  ils  croisèrent  un 
nouveau  messager  pontifical  envoyé  en  toute  hâte 
avec  ordre  de  ramener  le  fugitif  de  gré  ou  de  force. 
Tous  alors  tournèrent  bride  vers  Sulmona;  mais  les 
moines  du  Morrone,  prévenus  de  leui  arrivée,  avaient 
caché  le  vieil  ermite.  Il  resta  introuvable.  Plutôt  que 
de  dénoncer  la  cachette,  les  deux  frères  découverts 
dans  la  cellule  préférèrent  se  laisser  emmener  comme 
otages  par  le  camérier.  Au  bout  de  deux  mois,  lassé  de 
devoir  se  cacher  à  tous  les  regards,  Pierre  décida  de 
partir  pour  une  région  où  il  ne  serait  pas  connu.  Ayant 
revêtu  un  déguisement  et  escorté  d'un  seul  compa- 
gnon, il  gagna  une  forêt  située  à  quatre  journées  de 
distance.  Mais  il  fut  reconnu  tout  le  long  du  chemin. 
Et  la  nouvelle  ne  tarda  pas  à  s'ébruiter.  Pierre  passa  le 
Carême  dans  cette  forêt.  Le  dimanche  des  Rameaux, 
l'abbé  de  Corata  vint  avec  une  escorte  de  moines  pour 
le  chercher;  mais  ils  ne  le  trouvèrent  pas. 

Cet  incident  décida  Pierre  Célestin  à  quitter  la 
région  pour  toujours  et  à  chercher  la  paix  de  l'autre 
côté  de  l'Adriatique.  Sans  doute  désirait-il  rejoindre 
un  groupe  de  Spirituels  qui,  à  la  nouvelle  de  l'abdica- 
tion de  leur  protecteur,  avaient  jugé  prudent  de 
mettre  la  mer  entre  eux  et  leurs  anciens  ennemis  et 
s'étaient  installés  dans  une  île  de  la  côte  d'Achaïe 
(cf.  Ehrle,  Archiv  fiir  Lit.-und  Kirchengesch.,  i,  519). 
Durant  cinq  semaines,  l'état  de  la  mer  empêcha  tout 
départ.  Enfin  la  barque  où  il  avait  pris  place  put  appa- 
reiller, mais  fut  prise  le  lendemain  dans  une  tempête 
et  échoua  près  de  Viesti.  Le  capitaine  de  cette  ville, 
prévenu,  mit  le  fugitif  en  état  d'arrestation  et  fit 
avertir  le  pape  et  le  roi  qui  étaient  alors  à  Rome. 
Aussitôt  une  escorte  de  chevaliers  conduite  par  le 
patriarche  de  Jérusalem  fut  dépêchée  à  Viesti  pour 
ramener  l'ermite  fugitif  avec  les  honneurs  dus  à  son 
rang.  Conduit  devant  le  pape  à  Anagni,  le  fugitif  fut 
soumis  à  un  interrogatoire  sévère  et  à  une  claustration 
rigoureuse. 

Malgré  les  avis  opposés  de  plusieurs  cardinaux,  le 
pape  lui  assigna  comme  résidence  forcée  le  château- 
fort  de  Fumone,  nid  d'aigle  inaccessible  dominant  la 
vallée  du  Sacco  sur  un  pic  isolé.  A  partir  de  juin  1295, 
Pierre  Célestin  y  fut  séquestré  dans  le  donjon  carré 
central,  sous  la  garde  de  six  chevaliers  et  de  trente 
hommes  d'armes.  Il  y  vécut  totalement  séparé  du 
monde,  avec  deux  seuls  compagnons  de  son  ordre,  sou- 
mis eux-mêmes  à  l'isolement  le  plus  complet.  A  plu- 
sieurs reprises,  ces  compagnons  tombèrent  malades  et 
durent  être  remplacés;  mais  Célestin,  âgé  alors  de 
86  ans,  ne  se  plaignit  jamais  de  cette  séquestration 
forcée  qui  dura  onze  mois  (Vita  C,  c.  xlv).  Le  jour  de 
la  Pentecôte  1296,  il  sentit  une  douleur  au  côté.  Le 
médecin  appelé  à  son  chevet  déclara  le  mal  sans 
remède.  Le  samedi  suivant,  19  mai  1296,  Célestin  V 
mourut  en  chantant  des  psaumes. 

IV.  Canonisation.  —  Apprenant  la  mort  de  celui 
qu'il  considérait,  malgré  son  âge,  comme  un  rival  pos- 
sible, Boniface  VIII  fut  saisi  d'un  sentiment  de  déli- 
vrance. Plus  tard,  une  légende,  inspirée  peut-être  par 
une  phrase  ambiguë  du  Mémoire  des  cardinaux  Co- 
lonna, mit  en  doute  le  caractère  naturel  de  cette  mort 
et  fit  planer  des  soupçons  sur  le  pape  geôlier.  L'histoire 
en  a  démontré  l'inconsistance. 

Le  21  mai  1296,  les  restes  du  saint  furent  ensevelis 


97 


CÉLESTIN  V 


98 


en  l'église  du  monastère  S. -Antoine  de  Ferentino,  dans 
un  caveau  creusé,  sur  l'ordre  exprès  du  pape,  à  dix 
coudées  de  profondeur  près  du  maître  autel.  La  Vita  C, 
c.  xLvii,  donne  par  erreur  la  date  du  19  mai,  qui  est 
celle  de  sa  mort.  De  nombreux  miracles  rendirent  cette 
tombe  bien  vite  célèbre  (cf.  A.  S.,  mai,iv,528D-530F). 

Dès  les  premiers  mois  qui  suivirent  sa  mort,  le  car- 
dinal Thomas  de  Ste-Cécile,  son  confrère  en  religion 
qui  avait  présidé  à  ses  funérailles,  fit  instituer  par  les 
Célestins  une  enquête  privée  sur  la  vie  du  saint  et  sa 
vertu  de  thaumaturge.  C'est  sans  doute  à  cette  occa- 
sion que  furent  composées  les  premières  biographies 
du  saint  et  peut-être  aussi  l'Autobiographie. 

Avec  la  mort  de  Boniface  VIII  et  l'avènement  de 
son  successeur  Benoît  XI,  la  cause  de  Célestin  V  vit 
croître  ses  chances.  Mais  une  mort  rapide  du  nouveau 
pape  l'empêcha  de  mettre  ses  desseins  à  exécution. 
Clément  V,  qui  vint  après  lui,  chargea  l'archevêque  de 
Naples,  Jacques  de  Viterbe,  et  l'évêque  Frédéric  de 
Sulmona  d'entreprendre  ofTiciellement  l'examen  de  la 
cause  du  saint.  Ils  entrent  en  fonctions  le  13  mai  1306, 
à  Naples  d'abord  puis  en  d'autres  lieux  (liste  des  lieux 
et  des  dates  dans  A.  S.,  mai,  iv,  531  C).  Il  y  eut  en  tout 
324  dépositions  (Uste  dans  Marino,  1.  IV,  p.  496-97; 
énumération  des  principaux  témoins,  A.  S.,  mai,  iv, 
531  C-D).  Un  procès-verbal  partiel  de  ces  dépositions, 
d'après  un  codex  de  Sulmona,  fut  édité  par  Seppelt, 
Monumenta,  p.  l-lxiv,  211-334;  un  autre  par  G.  Pan- 
sa, Rivista  Abruzzeae,  ix,  391-98.  Le  dossier  une  fois 
formé  fut  remis  pour  étude  préliminaire  à  une  com- 
mission de  quatre  cardinaux.  Pour  les  phases  de  la 
procédure  suivie,  décrites  avec  nombreux  détails  par 
Stefaneschi,  voir  M.  Labande,  Bibl.  de  l'École  des 
Charles,  liv,  61-67  et  Ehrle,  Arch.  fiir  Lit.-und  Kir- 
chengesch.  des  M.  A.,  v,  574-81. 

Au  cours  d'un  consistoire  tenu  par  Clément  V,  le 
pape  approuva  plusieurs  miracles  et  institua  une  nou- 
velle commission  de  huit  cardinaux.  Au  concile  de 
Vienne,  un  nouvel  examen  du  dossier  fut  imposé  à 
huit  prélats  et  achevé  avant  la  clôture  du  concile 
(6  mai  1312).  Enfin,  après  un  nouveau  délai  d'un  an,  le 
pape  réunit  un  consistoire  secret  et  soumit  un  choix  de 
miracles  à  l'avis  des  cardinaux.  Le  procès-verbal  de  ce 
consistoire  fut  publié  dans  Anal.  Boll.,  xvi,  1897, 
p.  389-92,  475-87. 

Le  résultat  ayant  été  jugé  satisfaisant,  il  y  eut,  le 
2  mai  1313,  un  consistoire  public  et,  le  5  mai,  Pierre 
Célestin  fut  canonisé  (bulle  de  canonisation,  B.  H.L., 
6745;  éd.  A.  S.,  mai,  iv,  433-35).  Le  11  juiU.  1668, 
Clément  IX  étendit  sa  fête  à  l'Église  universelle. 

Les  restes  du  saint  connurent  une  histoire  non  moins 
mouvementée.  Peu  après  le  début  du  procès  en  1306, 
ils  furent  exhumés  et  placés  en  une  sépulture  plus  dé- 
cente. Au  début  de  1327,  une  guerre  ayant  éclaté  entre 
Anagni  et  Ferentino,  les  habitants  de  cette  dernière 
ville,  désireux  de  mettre  les  précieuses  reliques  à  l'abri, 
se  présentèrent  en  armes  au  monastère  S. -Antoine,  où 
ils  les  jugeaient  trop  exposées,  et  les  transportèrent 
inlra  muras  à  l'église  Ste-Agathe.  Le  prieur  de  S. -An- 
toine alerta  ses  supérieurs  célestins,  qui  recoururent  à 
une  manœuvre  plus  audacieuse  que  respectueuse  :  le 
15  févr. ,  un  groupe  de  moines,  venus  prier  sur  son  tom- 
beau, fracturèrent  le  cercueil  à  la  faveur  de  la  nuit, 
cachèrent  les  os  dans  un  matelas  qu'ils  transportèrent 
en  toute  hâte  à  Ste-Marie  de  Collemaggio,  où  ils 
reposent  depuis  lors  (voir  le  récit  de  cette  «  transla- 
tion «  des  restes  du  saint,  de  Campanie  à  Aquila,  dans 
A.  S.,  mai,  iv,  435-37  et  dans  Galli,  187-88). 

I.  Œuvres.  —  L'authenticité  célestinienne  de  deux 
œuvres  est  discutée  :  1°  L.' Autobiographie,  édit.  A.  S., 
mai,  IV,  421-26;  Bibl.  max.  Patrum,  éd.  Lyon,  xxv,  1677, 
765-69;  C.  Telera,  S.  Pétri  Caelestini  PP.  V  opuscula  omiiia, 
Naples,  1640,  xlix-lxvii.  —  Smte  de  récits  merveilleux, 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


limités  aux  années  d'enfance  et  au  début  de  sa  vie  reli- 
gieuse; rédigés  (sauf  deux  exceptions)  à  la  troisième 
personne  en  un  latin  très  simple  et  parfois  incorrect;  elle 
se  termine  ex  abrupto. 

Authenticité  :  habituellement  niée  par  la  critique  contem- 
poraine (Anal.  Boll.,  1897,  p.  368;  Seppelt,  Monum., 
p.  xiii-LXiv;  Hollnsteiner,  p.  S4).  L'auteur  serait  alors  un 
de  ses  compagnons  de  vie  érémitique,  qui  aurait  mis  par 
écrit,  non  sans  les  enjoliver,  des  histoires  sur  son  passé, 
apprises  de  sa  bouche.  Celidonio,  Nuove  critiche  celestine, 
p.  3  sq.  et  Brève  risposta,  p.  3  sq.,  a  mené  une  polémique 
très  vive  avec  les  BoUandistes,  en  faveur  d'une  authen- 
ticité partielle.  Ses  arguments  furent  annihilés  dans  Anal. 
Boll.,  xviii,  1899,  p.  34  sq.  et  xx,  1901,  p.  351,  dont  l'ar- 
ticle conclut  :  «  l'authenticité  de  l'Autobiographie  est  à 
prendre  en  bloc  ou  à  laisser  de  même  ». 

Date  :  Un  point  de  repère  certain  :  le  deuxième  fragment 
biographique  de  la  Vita  C  (c.  ix,  p.  399)  en  fait  mention 
explicite.  Par  conséquent  :  au  plus  tard  1306,  probablement 
avant  1300.  Peut-on  remonter  jusqu'à  l'époque  même  de 
la  vie  du  saint?  Baethgen,  p.  268,  préfère  laisser  la  question 
ouverte,  tout  en  signalant  l'absence  de  toute  allusion  à 
l'élévation  de  Pierre  de  Morrone  au  souverain  pontificat. 
Explique  qui  pourra  cette  lacune,  de  même  que  la  finale 
ex  abrupto. 

Quoi  qu'il  en  soit,  de  tous  les  arguments  élevés  contre 
l'authenticité,  aucun  jusqu'ici  ne  s'est  révélé  bien  solide. 
Ceux  des  BoUandistes,  portant  avant  tout  sur  le  degré  de 
formation  intellectuelle  de  Célestin,  ont  été  victorieusement 
réfutés  par  Hollnsteiner  et  Seppelt.  Ces  deux  auteurs  ont 
cru  pouvoir  s'appuyer  sur  un  argument  de  critique  docu- 
mentaire :  en  fait,  Seppelt  a  réussi  à  prouver  que  seule 
la  rédaction  définitive  de  l'Opus  metricum  de  Stefaneschi 
(achevé  en  1319)  dépend  de  l'Autobiographie;  lors  de  sa 
première  rédaction,  en  1295,  il  n'en  eut  pas  connaissance 
(cf.  Monumenta,  p.  xxxvni-XL).  Conclure  de  là  à  la  non- 
existence  de  l'Autobiographie  à  cette  dernière  date  serait 
un  latius  hos. 

Il  n'est  donc  nullement  exclu  que  l'histoire  ne  finisse 
par  revenir  à  la  donnée  traditionnelle  consignée  comme 
titre  aux  ms.  conservés  :  Tractatus  de  vita  sua  quam  ipse 
propria  manu  scripsit  et  in  cella  sua  reliquit  (Anal.  Boll., 
XVI,  1897,  p.  365). 

2"  Les  Opuscula  (édit.  Bibl.  maxima  Patrum,  Lyon,  1677, 
XXV,  769-867  ;  —  analyse  critique  :  art.  de  Carbone,  dans 
Celestino  V...,  321-71).  Contenu  :  Opusc.  1-6  :  Chrestoma- 
thie  scripturaire  et  patristique,  devant  sans  doute  servir 
à  l'auteur  lui-même  de  vade-mecum  de  pastorale;  classe- 
ment idéologique  :  de  virtutibus;  de  viliis  et  peccatis;  de  vita 
hominis;  de  exemplis  ac  similibus  moralibus;  de  sententiis 
Patrum  eremitarum;  de  miraculis  Beatae  Mariae  Virginis. 
—  Opusc.  7-11  formant  la  Summa  Celestiniana  :  Résumé  des 
principaux  points  de  morale  et  de  droit  canon  :  de  censuris; 
de  sacramentis  Ecclesiae;  de  decem  praeceptis  decalogi;  de 
praeceptis  Ecclesiae;  de  legibus;  six  formulaires  épistolaires, 
deux  formules  de  dimissoriales  et  douze  formules  de  saluta- 
tions épistolaires;  enfin,  vingt  prières. 

Cet  ensemble  était  contenu  dans  deux  codices  conservés 
au  monastère  de  S.  Maria  di  Collemaggio  à  Aquila,  où  ils 
étaient  exposés,  trois  fois  par  an,  à  la  vénération  du  public, 
avec  les  autres  reliques  du  saint.  Le  P.  C.  Telera  en  fit, 
en  1638,  une  coUation  authentiquée  et  certifiée  conforme 
par  acte  notarié  (Bibl.  maxima  Patrum,  toc.  cit.,  756-57). 

Si  le  saint  fut  pour  quelque  chose  dans  la  production  de 
ces  opuscules,  il  y  déploya  surtout  un  travail  de  copiste  et 
d'abréviateur.  Peut-être  une  comparaison  des  parties  ori- 
ginales avec  l'Autobiographie  conduirait-elle  à  des  conclu- 
sions intéressantes? 

II.  Sources.  —  Les  principaux  documents  contempo- 
rains à  retenir  sont  les  suivants  : 

1°  L,' Autobiographie  (v.  supra).  Même  si  elle  n'est  pas 
l'œuvre  du  saint,  elle  reste  le  plus  ancien  document  se 
rapportant  à  sa  vie.  La  nature  spéciale  de  ces  récits  et  leur 
caractère  personnel  ne  facilitent  guère  la  critique  de  véra- 
cité. 

2°  La  biographie  du  saint  par  ses  premiers  disciples.  Il  en 
existe  trois  éditions,  indexées  par  les  BoUandistes  :  Vita  A  : 
texte  :  Anal.  Boll.,  ix,  1890,  p.  147-200;  Vita  B,  ibid.,  x, 
1891,  p.  385-392;  Vita  C,  ibid.,  xvi,  1897,  p.  393-458.  Cette 
dernière  est  la  plus  précieuse  et  la  plus  primitive;  elle 
renferme  seule  plusieurs  détails  pouvant  servir  à  la  critique 
d'authenticité;  elle  fait  corps  dans  le  ms.  Vatic,  Arm.  XII, 
cas.  I,  n.  1  avec  l'Autobiographie.  Elle  est  constituée  par  la 

H.  —  xn.  —  4  — 


99 


CÉLESTIN  V 


100 


juxtaposition  de  deux  fragments  distincts  :  a)  c.  i-viii  : 
une  description  édifiante  d'une  «  journée  »  de  l'ermite  du 
Morrone,  de  continua  conversatione  ejus  :  comment  il  parta- 
geait son  temps  entre  l'oraison  et  la  mortification;  —  b) 
c.  ix-fm  :  un  récit  de  la  vie  de  S.  P.  Célestin,  depuis  environ 
1273,  et  un  florilège  des  événements  merveilleux  arrivés  de 
son  vivant  et  après  sa  mort. 

Sur  l'interdépendance  des  trois  recensions,  voir  Anal. 
Boll.,  XVI,  1897,  p.  371  sq.  et  xviii,  1899,  p.  38-42;  les  objec- 
tions de  Celidonio,  Nuove  critiche  celesline,  p.  29,  ne  semblent 
pas  pertinentes.  Les  Vitae  ^  et  B  n'offrent  entre  elles  aucune 
différence  notable  pour  la  biographie  du  saint. 

Auteurs  probables  :  a)  c.  i-viii  :  Barthélémy  de  ïrasacco, 
célestin  et  compagnon  du  saint  durant  sa  vie  solitaire; 
162"  témoin  au  procès  de  canonisation;  Seppelt,  Monu- 
menta,  p.  328-334.  —  b)  c.  ix-fin  :  Thomas  de  Sulmona, 
prieur  du  monastère  de  Sulmona  et  171»  témoin  au  procès 
de  canonisation. 

Circonstances  et  date  de  composition  :  Après  la  mort 
du  saint,  siu-  le  désir  exprimé  par  leur  confrère,  le  cardinal 
Thomas  de  Ste-Cécile,  les  Célestins  instituèrent  une  enquête 
privée  sur  sa  vertu  de  thaumaturge.  Le  premier  fragment  et 
sans  doute  aussi  une  première  rédaction  du  second  se 
placent  donc  entre  la  mort  de  C.  V  et  celle  du  cardinal 
susdit  (entre  1296  et  1300).  L'argument  mis  en  avant  par  la 
critique  contemporaine  (p.  ex.  Anal.  Boll.,  xvi,  1897,  p.  377- 
378),  s'appuyant  sur  les  expressions  très  malsonnantes  à 
l'égard  de  Boniface  VIII  pour  retarder  la  composition  de 
cette  Vie  après  la  mort  de  ce  pape  (1303),  n'est  pas  convain- 
cant. Sans  doute,  ce  «  réquisitoire  n'aurait  pu  manquer 
d'irriter  Boniface  VIII,  s'il  fût  venu  à  sa  connaissance  ». 
Sans  doute  encore,  cette  Vie  était  destinée  à  une  diffusion 
rapide.  Mais  à  une  diffusion  dans  un  milieu  où  l'hostilité 
envers  le  pape  geôlier  de  leur  fondateur  devait  être  vive 
et  qui  avait  donc  tout  intérêt  à  ne  rien  laisser  transpirer 
de  cette  composition.  En  tout  cas,  le  second  fragment 
fut  retouché,  avec  addition  des  derniers  miracles  datés, 
entre  1303  et  1306,  début  du  procès  de  canonisation. 

3°  L,'Opus  metricum  du  cardinal  .Jacques  Gaietani  Ste- 
faneschi  :  éd.  A.  S.,  mai,  iv,  436-483;  F.-X.  Seppelt,  Mon. 
Coelestiniana  (Quellen  and  Forxchungen  ans  dem  Gebiet 
der  Geschichte  hrsg.  v.  d.  Gôrresgesellschaft,  xrx,  1921), 
p.  xxix-XLV,  3-146;  critique  de  cette  dernière  édition, 
R.  Morghen,  Bull.  deW  Ist.  stor.  ital.,  xlvi,  1931.  —  V.  sur 
l'auteur  :  I.  Hôsl,  Kardinal  Jacobus  Gaietani  Stefaneschi 
(Hist.  Studien,  61),  Berlin,  1908. 

L'intention  première  de  l'auteur  était  de  donner  une 
description  poétique  d'un  couronnement  pontifical  (éd.  cit., 
p.  84).  Ce  projet,  et  peut-être  déjà  un  début  d'exécution 
(l'o  partie,  livre  I?),  remonte  donc  avant  l'élection  de 
Pierre  de  Morrone.  La  personnalité  unique  de  ce  pape  et 
les  événements  extraordinaires  gui  suivirent  incitèrent 
Stefaneschi  à  élargir  successivement  le  cadre  de  son 
œuvre. 

L'ensemble  défmitif  comprend  trois  parties  :  1.  Histoire 
de  l'interrègne  et  du  pontificat  de  Célestin  V  jusqu'à  sa 
renonciation;  —  2.  Élection  et  couronnement  de  Boni- 
face  VIII;  —  3.  Miracles  et  canonisation  de  Célestin  V. 
Les  détails  consacrés  à  la  jeunesse  du  saint  furent  emprun- 
tés à  l'Autobiographie  et  se  trouvent  intercalés  dans  la 
première  partie  (sauf  dans  la  recension  la  plus  ancienne). 
D'après  Anal.  Boll.,  xvi,  1897,  p.  368,  ils  firent  partie  de 
la  première  rédaction;  d'après  Seppelt,  éd.  cit.,  xxxix-xl, 
ils  servirent  à  l'auteur  pour  sa  retouche  définitive;  d'après 
Hôsl,  op.  cit.,  55,  il  s'agirait  d'une  addition  postérieure  à 
1319,  faite  par  une  main  étrangère. 

Date  :  a)  première  partie,  certainement  achevée  entre  le 
couronnement  de  Boniface  VIII  et  la  promotion  de  l'auteur 
au  cardinalat  (23  janv.  et  17  déc.  1295);  cf.  éd.  Seppelt, 
p.  10,  xxxvi;  —  b)  deuxième  partie  :  après  1297,  probable- 
ment vers  1300;  cf.  ibid.,  p.  xxxvii,  xxxix;  —  c)  troisième 
partie  et  texte  retouché  de  l'ensemble,  après  la  canonisa- 
tion du  saint;  envoyé  en  1319  au  prieur  du  monastère  de 
Sulmona;  cf.  Seppelt,  ibid. 

L'auteur  a  été  témoin  des  événements  qu'il  raconte, 
depuis  le  conclave;  il  fit  partie  du  procès  de  canonisation. 
Son  œuvre  compte  en  tout  2879  hexamètres,  rédigés  en 
une  langue  malhabile  tenant  plus  du  rébus  que  de  la 
poésie;  pour  la  rendre  intelligible,  l'auteur  y  a  ajouté  lui- 
même  de  nombreuses  gloses  interlinéaires.  Même  ainsi, 
la  traduction  en  est  des  plus  ardues. 

4»  Les  documents  concernant  le  procès  de  canonisation 
(voir  supra,  col.  79-8). 


III.  RÉPERTOIRES.  —  A.  s.,  mai,  iv,  419-536.  —  Anal. 
Boll.,  IX,  1890,  p.  147-200;  x,  1891,  p.  386-392;  xii,  1893, 
p.  481;  XIV,  1895,  p.  223;  xv,  1896,  p.  101-102;  xvi,  1897, 
p.  365-487  (très  important);  xviii,  1899,  p.  34-42.  — 
B.  H.  L.,  p.  979  sq.,  n.  6733-757.  —'Chevalier,  B.  B.,  830-32. 
—  Duchesne,  Lib.  pontif.,  ii,  467.  —  Potthast,  Reg.,  ii, 
1915-22.  —  Raynaldi,  Annales  eccl.,  iv,  1294-95. 

IV.  Travaux.  —  Innumera  paene  sunt  quae  de  gestis 
eius  scripserunt  tum  discipuli  et  aequales,  tum  suppares, 

1  lum  recentiores  (Martgrol.  Boman.,  éd.  A.  S.,  Propyl.  ad 
I  Act.  dec,  196).  —  Diverses  bibliographies  célestiniennes 
;  ont  été  dressées  au  cours  de  l'histoire.  Signalons  les  notices 
de  la  Bibliotheca  pontificia,  Lyon,  1543,  p.  42  sq.  — ■  Une 
hste  ms.  composée  en  1721  par  Matteo  Vecchi,  conservée  à 
la  Bibl.  Nat.  de  Naples,  contient  84  titres  (cf.  B.  Cantera, 
Cenni  storici-biografici  risguardanti  S.  Pier  Celestino, 
Naples,  1892,  p.  113  sq.).  La  sélection  bibliographique  de 
I.  Ludovisi,  Giudizio  comparativo  délie  migliori  biografie  di 
Pier  Celestino  scritte  dal  secolo  XIII  al  XIX,  dans  l'ouvrage 
collectif  jubilaire  :  Celestino  V  ed  il  VI  centenario  délia  sua 
incoronazione,  Aquila,  1894,  p.  1-32,  est  très  utile. 

Nous  nous  bornons  à  signaler,  parmi  les  ouvrages  anciens  : 
Pierre  d'Ailly,  De  vita  et  gestis  sancti  Pétri  confessoris, 
quondcun  pape  Celestini  V  fundatoris  ordinis  celestinorum, 
écrit  vers  1408,  1"  édit.,  Paris,  Estienne,  1535;  édité  de 
nouveau  par  Surius,  De  probatis  sanctorum  vitis,  m,  337- 
355,  Cologne,  1572;  par  les  A.  S.,  mai,  iv,  484-98,  et  par 
Seppelt,  Monum.  Coelest.,  xlv-xxvii,  149-82.  En  1.539, 
il  y  en  eut  une  édition  modifiée  par  D.  Faber  (Lefèvre), 
Vita  Pétri  Caelestini,  Pontiftcis  maximi,  conscripta  primum 
a  Petro  ab  Aliaco,  postretno  autem  locupletata  et  limatiori 
stylo  donata.  —  Mafleo  Vegio,  De  vita  et  obitu  Celestini  V, 
écrit  en  1445,  édit.  Seppelt,  A/o/inm.  Coelest.,  xlvu-l, 
183-208.  —  Lelio  Marino,  Vita  et  miracoli  di  San  Pietro 
!  del  Murrone  già  Celestino  papa  V,  autore  délia  Congrega- 
]  zione  de  monaci  Celestini  dell'  Ordine  di  San  Benedetto, 
écrit  vers  1519,  imprimé  à  Milan,  1630;  édit.  A.  S.,  mai,  iv, 
!  498-.536.  —  Ce  sont  les  seuls  qui  méritent  mention.  Le  reste 
n'est  que  plagiat  assaisonné  de  littérature  et  a  été  dépassé 
depuis  les  recherches  et  publications  entreprises  à  l'occa- 
sion du  VI""  centenaire  de  la  mort  de  Célestin. 

Parmi  les  travaux  parus  depuis  1890,  les  principaux 
sont  :  J.  Ascough,  S.  Celestino,  Londres,  1909.  —  L.-V.  Auro, 
Da  Celestino  V  a  Bonifatio  VIII,  Hicerche  religiose,  ix, 
1933,  424-45.  —  P.  Barbaini,  Celestino  V,  anacoreta  e  papa. 
Milan,  1936.  —  F.  Baethgen,  Beitràge  zur  Geschichte  Côles- 
tins  V.  {Schriften  der  Kônigsberger  Gelehrten  Gesellsch.,  x, 
fasc.  4),  Halle,  1934;  Id.,  Der  Engelpapst,  même  collec- 
tion. —  Buonocuore,  Celestino  V,  Naples,  1924.  —  P. -M. 
Baumgarten,  Miscellanea  diplomatica,  Rômische  Quartal- 
schrift,  xxvii,  1913,  IP  partie,  p.  85*-94*.  —  Barcellini, 
Industrie  filologiche  per  dore  risalto  aile  virtu  <lel  scuitissimo 
pontifice  Celestino  V,  Milan,  1901.  —  P.-M.  Baumgarten, 
/;  reqesto  di  Celestino  V,  extr.  de  VAbruzzo  cattolico,  4'  an- 
née, Chieti,  1896;  Id.,  Die  Cardinalsernennungen  Colestins  V. 
I  im  Sept,  und  Okt.  1294,  dans  Festschrift  zum  elfhunderljàh- 
rigen  Juhilaeum  des  deutschen  Campo  Santo  in  Rom, 
Fribourg,  1897,  p.  165  sq.  —  C.  Cali,  Per  la  biografia  di 
Celestino  V,  Boll.  d.  Soc.  di  storia  patria  A.  L.  Antinori 
negli  Abruzzi,  vi,  1894,  p.  99-107.  —  G.  Celidonio,  Vita  di 
S.  Pietro  del  Morrone,  Celestino  papa  Quinto  scritta  sui 
documenti  coeui,  Sulmona,  1896;  Id.,  La  non  autenticilà 
degli  Opuscula  Celeslina,  Sulmona,  1896;  Id.,  Questioni 
Celestine,  Rassegna  Abruzzese,  i,  51-54;  Id.,  Nuove  critiche 
Celestine,  Casalbordino,  1898  (extr.  de  Ras.iegna  Abruzzese, 
Id.,  II,  n.  4);  Brève rispostaalle nuove osservazionidei chiarissi- 
mi  Bollandistisopraalcunipassi  délia  Vita  di  PP.  Celestino  V, 
Casalbordino,  1900  (extr.  de  Rassegna  Abruzzese,  m,  1899, 
n.  9),  p.  232-247.  —  Celestino  V  ed  il  sesto  centenario  délia  sua 
incoronazione,  Aquila,  1894  :  ensemble  de  quinze  mono- 
graphies de  grande  valeur  publiées  à  l'occasion  du  VP  cent, 
de  la  canonisation  du  saint.  Plusieurs  existent  aussi  en 
tirés  à  part.  En  voici  les  titres  :  n.  8,  C.  Borromeo,  Avignone 
e  la  politica  di  Filippo  il  Bello  nella  canonizzazione  di 
Pietro  da  Morrone,  Modène,  1894,  p.  267-301  ;  n.  5,  E.  Casti, 
L' Aquila  degli  Abruzzi  ed  il  pontiftcato  di  Celestino  V, 
Aquila,  1894,  p.  125-209;  n.  6,  A.  Roviglio,  La  rinuncia  di 
Celestino  V,  Vérone,  1894,  p.  209-49;  n.  4,  C.  Pietropaoli,  // 
conclave  di  Perugia  e  l'elezione  di  Pier  Celestino,  Aquila, 
1894,  p.  97-124;  n.  12,  A.  de  Angeli,  Jacopo  Stefaneschi 
e  il  suo  Opus  metricum,  p.  381-417;  n.  10,  C.  Carbone,  Gli 
opuscoli  del  Celestino  V,  saggio  critico,  p.  321-71  ;  n.  1, 
I.  Ludovisi,  Giudiiio  comparativo  délie  migliori  biografie  di 


101 


CÉLESTIN  V 


—  CÉLESTINS 


102 


Pier  Celestino  scritte  dal  s.  XIII  al  XIX,  1-33;  n.  2,  N.  Jorio, 
Il  contado  di  Molise  nel  s.  XIII  ed  i  primi  anni  di  vita  di 
Pietro  d'Isernia,  33-87;  n.  3,  A.  Cortelli,  Pietro  d'Isernia 
negli  eremi  del  Morrone  e  délia  Majella,  87-97;  n.  7,  F.  Visca, 
Lostorico  castello  di  Fumone  e  gli  ultimi  giorni  di  Celestino  V, 
249-67;  n.  9,  G.  Vittori,  Cenni  biograflci  de'  cardinali  eletli 
da  Celestino  V,  301-21;  n.  11,  G.  Ettore,  Sinopsi  storica 
delV  Ordine  di  Celestino,  371-81;  n.  13,  V.  Moscardi,  // 
culte  degli  Abruzzesi  per  S.  Pier  Celestino  attraverso  sei 
secoli  di  storia,  417-75;  n.  14,  C.  Cilleni  Nepis,  //  tempio  di 
Collemaggio,  475-85;  n.  15,  I.  Ludovisi,  Celestino  V  nella 
mente  di  Buccio  di  Ranallo,  465-511.  —  F.  Garaballese,  Una 
bolla  inedita  e  sconosciuta  di  Celestino  V,  Arch.  stor.  ital., 
série  V,  t.  XVI,  1895,  p.  161-176.  —  C.  Carbone,  L'auten- 
ticità  degli  Opuscula  Coelestina,  Caserta,  1896.  —  C.  Cali, 
Per  la  biografla  di  Celestino  V,  Boll.  délia  Soc.  di  storia  patria 

A.  L.  Antinori  negli  Abruzzi,  vi,  1894,  p.  99-107.  — 

B.  Gantera,  Cenni  storici-biografici  risguardanti  S.  Pier 
Celestino,  Naples,  1892;  Id.,  Nuovi  documenti  risguardanti 
S.  Pier  Celestino,  Naples,  1893.  —  G.  Digard,  Philippe  le  Bel 
et  le  S.-Siège,  Paris,  1936,  p.  172-206.  —  H.  Finke,  Aus  den 
Tagen  Bonifaz  VIII.,  Vorreformationsgeschichtliche  For- 
schungen,  ii,  p.  24-76.  —  P.  Fedele,  Bassegna  délie  publica- 
zioni  sa  Bonifazio  VIII  e  sull'  età  sua  degli  anni  1914-21, 
Archiuio  délia  R.  Soc.  Romana  di  storia  patria,  xliv,  1921, 
311-332.  —  D.  Galli,  S.  Pier  Celestino  e  la  chiesa  di  S.  Maria 
dell'  Assunzione  in  Collemaggio,  Lanciano,  1933.  —  M.  Gal- 
luppi,  La  badia  benedettina  di  S.  Maria  di  Faifoli  in  terri- 
torio  di  Montagano  e  S.  Pietro  del  Morrone  papa  Celestino  V, 
Rome,  1929.  —  G.-B.  Guarini,  L'eremo  di  Celestino  V,  dans 

G.  -B.  Guarini,  Gli  scritti,  Potenza,  1924,  i,  372-80.  —  A. 
Graf,  Il  rifiuto  di  Celestino  V,  dans  Miti,  leggende  e  super- 
stizioni  del  medio  evo,  Turin,  1893,  ii,  226.  — •  G.  Gansa, 
Celestino  V  e  i  solitari  del  Monte  Maiella,  Rivista  Abruzzese, 
IX,  1894.  —  I.  Hôsl,  Kardinal  Jacobus  Gaietani  Stefaneschi 
{Hist.  Studien,  n.  61),  Berlin,  1908.  —  J.  Hollnsteiner, 
Die  «  Autobiographie  »  Côlestin  V.,  Rômische  Quartalschrift 
fiir  christl.  Altertumskunde,  xxxi,  1923,  p.  29-40.  —  .losa- 
phet,  Der  Hl.  Papst  Coelestin  V.,  Fulda,  1894.  —  J.  Le- 
clercq,  La  renonciation  de  Célestin  V  et  l'opinion  théolo- 
gique en  France  du  vivant  de  Boniface  VIII,  Rev.  hist.  Êgl. 
de  France,  xv,  1939,  183-92.  —  J.  Lanczy,  Note  sur  le  grand 
refus  et  la  canonisation  de  Célestin  V,  à  propos  de  publica- 
tions récentes.  Annales  internationales  d'histoire.  Congrès  de 
Paris  1900,  1"  section,  69-84.  —  Ang.  Mercati,  Il  decreto 
e  la  lettera  dei  cardinali  per  l'elezione  di  Celestino  V,  Bull, 
dell' Istituto  storico  italiano  e  Archivio  Muratoriano,  n.  48, 
1932,  p.  1-16.  —  R.  Morghen,  //  cardinale  Jacopo  Gaetano 
Stefaneschi  e  l'edizione  del  suo  Opus  metricum,  même  bulle- 
tin, n.  46,1931,  p.  1-39;  Id.,  Il  cardinale  Matteo  Rosso  Orsini 
e  la  politica  pontificia  del  s.  XIII,  Archivio  délia  Soc.  romana 
di  storia  patria,  xlvi,  1923,  p.  314-29. —  V.  Moscardi,  Ras- 
segna  critica  di  pubblicazioni  storiche  celestine  uscite  nel  1896, 
Boll.  délia  Soc.  di  storia  patria  negli  Abruzzi,  ix,  1897, 
p.  102-15;  Id.,  La  perdonanza  concessa  da  Celestino  papa  V 
alla  chiesa  di  S.  Maria  di  Collemaggio,  Aquila,  1897.  — 

H.  -K.  Mann,  Lives  of  the  popes,  xvii,  1288-94,  et  xviii, 
1294-1304,  Londres,  1931-.32.  —  G.  Marchetti  Longhi,  // 
cardinale  Guglielmo  de  Longis  di  Bergamo,  la  sua  famiglia  e 
la  sua  discendenza  romana,  in  rapporta  alla  prigionia  e 
morte  di  papa  S.  Celestino  V,  Atti  e  memorie  del  seconda 
congresso  storico  lombardo  ( Bergamol8-20  maggio  1937), 
Milan,  193^,  p.  125-51.  —  L.  Oliger,  Pefri  Jo/iannfs  OliviDe 
renunlialione  papae  Coelestini  V,  Quaestio  et  Epistola, 
Arch.  Franc.  Hist.,  xi,  1918,  309-73.  —  F.  Patek,  V.  Coe- 
lestin pàapa  vâlasztàsa  (L'élection  du  pape  Célestin  V), 
Budapest,  1922.  —  A.  Piersantelli,  Celestino  V  o  Alfonso  X 
di  Castiglia,  Florence,  1912.  —  G.  de  Paulis,  Vita  di  S.  Pie- 
tru  Celestinu,  Aquila,  1896.  —  G.  Pansa,  Celestino  V  e  i 
solitari  del  monte  Maiella,  extr.  de  la  Rivista  Abruzzese, 
fasc.  II,  V,  VI,  VIII,  Teramo,  1894.  —  A.  Roviglio,  La 
rinuncia  di  Celestino  V,  saggio  storico-critico,  Padoue,  1893. 
—  H.  Schulz,  Peter  von  Murrhone,  Diss.,  Berlin,  1894;  Id., 
Peter  von  Murrhone  als  Papst  Colestin  V.,  Zeitschrift  fiir 
Kirchengeschichte,  xvii,  1896,  p.  363-97,  477-507.  —  L.  Sel- 
tenhammer,  Papst  Côlestin  V.  (Peter  von  Murrone),  56.  Jah- 
resbericht  ûber  die  K.  K.  Staats-Realschule  im  III.  Bezirke 
2u  Wien,  Vienne,  1907.  —  F.-X.  Seppelt,  Studien  zum  Pon- 
tiflkat  Papst  Coelestins  V.  (Abhandl.  zur  mittl.  und  neueren 
Gesch.,  27),  Berlin,  1911  ;  Id.,  Monumenta  Coelestiniana. 
Quellen  zur  Geschichte  des  Papsts  Coelestins  V.,  Paderbom, 
1921. 

Roger  Mols. 


CÉLESTIN  DE  MONT-DE-MARSAN, 

capucin  français  (f  1650).  Voir  D.  T.  C,  u,  2064. 

9.  CÉLESTIN  DE  SA INTE-LYDWINE, 

carme  déchaussé,  missionnaire,  de  son  nom  de  famille 
Pierre  Van  Gool,  naquit  à  La  Haye  en  1597,  —  et  non 
à  Leyde  en  1604,  —  et  émit  ses  vœux  le  12  juill.  1626. 
Envoyé  en  1632  à  la  mission  de  Syrie  (Alep)  pour  y 
apprendre  les  langues  orientales,  il  fonda,  en  1643,  la 
mission  du  Mont  Liban  et  y  érigea,  en  1649,  un  collège 
qui  devait  servir  de  collège  préparatoire  au  Collège 
maronite  de  Rome.  En  1652,  il  devint  professeur  de 
langues  orientales  au  séminaire  général  des  missions, 
à  Rome,  où  il  entreprit  la  révision  de  la  Bible  arabe  et 
la  traduction  de  la  Docirina  christiana  en  langue 
turque  (cf.  Acta  S.  Congr.  de  Propag.,  a.  1673, 
vol.  XLiii.f.  314  v°).  En  1675,  envoyé  à  la  mission  du 
Malabar,  il  mourut  en  cours  de  route,  à  Surate,  le 
22  juill.  1676.  Parmi  ses  travaux,  signalons  :  Relatio 
de  misxione  Patrum  Carmelitarum  Discalcealorum  ad 
Sacrum  Moniem  Libanum,  1643-1659  (aux  Archives 
générales,  ms.  plut.  252,  b.);  sa  traduction  en  arabe  de 
Thomas  a  Kempis,  De  imilalione  Christi...,  Rome, 
1663  (eut  3  édit.)  et  d'une  Vie  de  Ste  Térèse;  sa 
traduction  en  latin  de  Plurimae  parabolae  ac  sententiae 
audorum  principalium  arabicorum,  et  du  Liber  Alco- 
rani;  traduction  en  arabe  de  sermons  sur  les  évan- 
giles, etc.;  traduction  arabe  d'un  traité  égyptien  du 
s.  sur  les  vertus,  Pratum  solitarii  et  consolatio  ana- 
chorelae;  68  lettres  adressées  de  Tripoli  et  du  Mont 
Liban  aux  supérieurs  (aux  Archives  générales,  ms. 
plut.  251,  b  et  252,  c). 

Eusebius  ab  Omnibus  Sanctis,  Enchiridion  chronologi- 
cum  Carmelitarum  Discalcealorum  Congregationis  Italicae, 
Rome,'1737,  p.  210.  —  Cosme  de  Villiers,  Bibl.  carmelitana, 
1752  (éd.  anast.,  Rome,  1927),  i,  305.  —  A  Chronicle  of  the 
Carmélites  in  Persia  and  the  Papal  Mission  of  the  XVIIth 
and  XVIIIth  cent.,  Londres,  1939,  ii,  828-29.  —  Ambrosius 
a  S.  Teresia,  Nomenclator  Missionariorum  ordinis  Carme- 
litarum Discalcealorum,  Rome,  1944,  p.  98-99. 

Melchior  de  Sainte-Marie. 

CÉLESTIN  DE  SOISSONS,  franciscain 
français,  moraliste  (xvii''  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2064. 

CELESTIN  A,  vierge  martyre,  6  avr.  L'n  marty- 
rologe de  Notre-Dame  d'Utrecht  parle  de  Ste  Célestine 
et  ses  800  compagnes.  Ces  dernières,  dans  certaines 
listes,  passent  à  80,  chez  Canisius  à  8.  La  sainte  n'est 
pas  connue  par  ailleurs. 

A.  S.,  avr.,  i,  536. 

R.  Van  Doren. 

CÉLESTINS.  L'ordre  des  Célestins  fut  fondé 
par  S.  Pierre  de  Murrone  qui  devint  pape  sous  le  nom 
de  Célestin  V.  Né  vers  1210,  Pierre  fit  profession  ;i 
l'abbaye  bénédictine  de  Ste-Marie  de  Faifoli.  Ne  pou- 
vant y  mener  la  vie  solitaire  telle  qu'il  la  rêvait,  il 
quitta  ce  monastère  et  s'établit  dans  un  ermitage  sur 
le  sommet  du  Monte  Murrone  (1235-38),  puis  sur  le 
Mont  Majella  (1240-43).  Des  disciples  vinrent  de  plus 
en  plus  nombreux  l'écouter  et  partager  sa  vie.  Le  saint 
établit  alors  des  monastères  à  Isernia,  à  Sulmona,  à 
Majella  et  en  d'autres  endroits.  Ainsi  naquit  une 
congrégation  nouvelle  qui  avait  pour  base  de  son 
observance  la  règle  de  S.  Benoît,  mais  dont  l'esprit 
s'inspirait  beaucoup  de  l'idéal  des  Camaldules  et  des 
Franciscains.  Elle  fut  approuvée  par  Urbain  IV  en 
1264  et  de  nouveau  par  Grégoire  X  en  1274.  Elle  avait 
pour  centre  l'abbaye  du  Saint-Esprit  de  INIurrone 
(Sulmona),  seule  abbaye  de  l'ordre,  les  autres  maisons 
n'étant  que  des  prieurés. 

A  l'avènement  de  son  fondateur  au  souverain  ponti- 
ficat (1294),  l'ordre  était  déjà  fort  répandu  en  Italie  et 
particulièrement  dans  le  royaume  de  Naples,  où  les 


103 


CÉLESTINS  —  CELESTIUS 


104 


souverains  de  la  maison  d'Anjou  le  protégeaient  puis- 
samment. Durant  les  six  mois  de  son  règne,  le  pape 
Célestin  favorisa  et  combla  de  privilèges  l'ordre  qu'il 
avait  fondé.  Au  début  du  xv^  s.,  les  Célestins  comp- 
taient une  centaine  de  maisons. 

Nulle  part  l'ordre  n'eut  plus  de  popularité  et  d'in- 
fluence qu'en  France.  Philippe  le  Bel,  que  ses  démêlés 
avec  Boniface  VIII  portaient  à  admirer  son  prédéces- 
seur, accorda  à  la  famille  religieuse  du  saint  un  inté- 
rêt marqué.  Il  fit  venir  dans  son  royaume  les  premiers 
Célestins,  dès  1300,  et  dota  richement  leur  premier  mo- 
nastère situé  à  Ambert,  dans  la  forêt  d'Orléans.  Il 
leur  confia  encore  celui  de  S.-Crépin  à  Soissons. 
Charles  V  se  montra  également  le  grand  promoteur 
des  Célestins.  Il  les  établit  à  Paris.  Cette  maison  fut, 
pendant  tout  son  règne,  son  monastère  de  prédilection 
et  devint  comme  la  maison-mère  de  tous  les  prieurés 
de  France.  C'est  parmi  ses  i-eligieux  qu'il  aimait  à 
choisir  ses  conseillers.  Charles  VI,  à  son  tour,  témoi- 
gna aux  Célestins  la  même  bienveillance. 

La  fondation  de  Notre-Dame  de  l'Annonciation  à 
Paris,  devenue  la  nécropole  de  la  famille  d'Orléans, 
marque  les  débuts  de  la  prospérité  de  l'ordre  en 
France.  Les  fondations  se  succèdent,  objets  des  fa- 
veurs particulières  des  rois  et  des  grands,  notamment 
de  Charles  VI,  Charles  VII,  de  Louis  d'Orléans  et  de 
Philippe  de  Mézières.  Amédée  VII  de  Savoie  intro- 
duisit les  Célestins  à  Lyon. 

Les  papes  d'Avignon  ne  furent  pas  moins  favorables 
aux  Célestins.  C'est  à  cette  époque  que  ces  religieux 
jouirent  de  la  plus  grande  prospérité.  Ils  comptaient 
96  maisons  en  Italie  et  21  en  France.  Parmi  celles-ci, 
citons  Notre-Dame  à  Sens,  Notre-Dame  à  Metz, 
S. -Antoine  d'Amiens,  la  Trinité  du  Marcoussis,  la 
Bonne-Nouvelle  à  Lyon,  S.-Pierre-Célestin  à  Avignon, 
Notre-Dame  à  Rouen.  Les  xiv^  et  xv  s.  constituent 
une  époque  de  grande  ferveur  au  sein  de  ces  maisons 
françaises  au  point  de  communiquer  aux  monastères 
italiens  eux-mêmes  le  bienfait  d'une  réforme  dont  ils 
avaient  besoin. 

Les  Célestins  de  France  obtinrent  du  pape  d'Avi- 
gnon, Clément  VII,  de  se  constituer  en  province  indé- 
pendante. Jusque-là,  ils  avaient  été  gouvernés  par  un 
vicaire  ou  délégué  du  supérieur  général,  l'abbé  de 
Murrone,  qui  avait  le  droit  de  visite  sur  toutes  les 
maisons  de  l'Ordre.  Désormais  la  province  de  France 
jouit  d'une  véritable  autonomie.  Elle  eut  son  prieur 
provincial,  son  chapitre  provincial  particulier,  chargé 
de  faire  la  visite  des  monastères.  La  province  de 
France  fit  quelques  fondations  à  l'étranger  qui 
n'eurent  pas  grand  succès  en  général.  Telles  furent  les 
maisons  de  Surrey  en  Angleterre,  de  Barcelone  en 
Espagne,  du  Mont-Paraclet  en  Bohême,  d'Héverlé  en 
Belgique.  En  Italie,  elle  posséda  trois  monastères 
(Collemaggio,  S.-Eusèbe  à  Rome  et  S. -Benoît  à  Nur- 
sie),  qu'elle  abandonna  à  cause  des  conflits  incessants 
qui  en  résultèrent. 

Au  xvi'=  s.,  le  protestantisme  en  Allemagne  et  les 
guerres  de  religion  en  France  portèrent  un  coup  ter- 
rible à  l'Ordre  :  les  monastères  français  eurent  beau- 
coup à  soufl'rir  des  calvinistes.  Plusieurs  se  trouvèrent 
ruinés.  Au  xvii«  s.,  les  célestins  n'entrèrent  pas  dans  le 
mouvement  de  réforme  qui  régénéra  tant  de  congréga- 
tions en  France.  Leur  déclin  date  d'alors.  Le  cardinal 
Bellarmin,  protecteur  des  Célestins,  leur  proposa  une 
réforme  qu'il  avaitfait  accomplir  en  Italie.  Le  P.  Campi- 
gny,  provincial  des  Célestins  (1613-15)  l'accepta,  mais 
ne  put  l'imposer  à  ses  religieux.  Il  finit  par  passer,  avec 
quelques  réformés,  dans  la  congrégation  de  S.-Maur. 
Désormais  la  discijîlinc  se  relûcha  de  plus  en  plus.  Le 
retour  aux  observances  primitives  servit  de  prétexte 
à  la  fameuse  Commission  des  Réguliers.  On  interdit 
aux  Célestins  de  recevoir  des  novices.  Les  évêques 


reçurent  l'ordre  de  Rome  dé  visiter  les  monastères  de 
leurs  diocèses  respectifs  (1773).  Les  visites  étant  restées 
infructueuses,  Clément  XIV  et  Pie  VI  finirent  par  ac- 
cepter leur  suppression.  Dix-sept  maisons  subsistaient 
encore.  Elles  furent  supprimées  par  une  série  de  brefs 
particuliers  de  1774  à  1789.  Les  religieux  se  retirèrent 
avec  des  pensions;  les  biens  furent  unis  par  les  évêques 
à  divers  établissements  ou  communautés.  La  suppres- 
sion des  monastères  italiens  eut  lieu  en  1807.  Une  res- 
tauration tentée  en  France  au  xix'  s.  n'eut  aucun 
succès. 

Constitutions.  —  On  peut  répartir  les  constitu- 
tions des  Célestins  en  trois  groupes  :  1°  les  Institu(a 
beati  Pétri.  Ils  sont  l'œuvre  probable  de  S.  Pierre  Cé- 
lestin et  se  placent  entre  1274  et  1294;  —  2"  les  Consti- 
tutions d'Italie  qui  furent  rédigées  au  milieu  du  xiv«  s. 
en  25  chapitres;  —  3°  les  Constitutions  de  France  qui 
comprennent  trois  rédactions  :  celle  de  la  première 
moitié  du  xv  s.,  celle  de  1513  et  celle  de  1670. 

On  possède,  imprimées,  les  Constitutiones  jratrum 
Coelestinorum,  s.  1.,  1590,  et  Paris,  1630.  Les  Constitu- 
tiones coelestinorum  monachorum  0.  S.  B.,  confirmées 
par  Urbain  VIII,  le  8  juill.  1626,  ont  été  reproduites 
par  Holstenius-Brockie,  Codex  Regularum,i\ , 
avec  d'autres  pièces  intéressantes. 

D'après  ces  constitutions,  l'abbé  général  était  élu 
pour  trois  ans  au  cliapitre  général  qui  se  composait  de 
tous  les  prieurs  de  l'Ordre  et  d'un  délégué  envoyé  par 
chaque  maison.  L'abstinence  était  perpétuelle;  on 
pratiquait  le  lever  de  nuit.  L'habit  consistait  en  une 
tunique  blanche,  avec  scapulaire,  capuchon  et  coule 
de  couleur  noire.  L'Ordre  comptait  des  frères  convers, 
dont  le  scapulaire  était  brun. 

Sur  la  vie  du  fondateur  et  les  débuts  de  l'ordre,  voir  les 
premières  Vies  de  S.  Pierre  Célestin  d'après  l'étude  : 
S.  Pierre  Célestin  et  ses  premiers  biograplies,  dans  Analecta 
Bollandiana,  xvi,  1897,  p.  365-487. — Beaunier-Besse,  Recueil 
historique  des  archevêchés,  évêchés...  de  France.  Introduction, 
Paris-Ligugé,  1906,  194-201  (bibliographie).  —  Ch.  Sus- 
trac,  Les  Célestins  de  France,  dans  École  nat.  des  Chartes, 
Positions  des  thèses,  1899,  p.  137-47.  —  Ch.  Gérin,  Les 
Bénédictins  français  avant  1789.  Les  Célestins,  dans  Rev.  des 
quest.  historiques,  xix,  1876,  p.  509-12.  —  Hélyot,  Hist.  des 
ordres  religieux...,  vi,  Paris,  1792,  p.  180-91. 

Ph.  Schmitz. 

1 .  CELESTIUS,  martyr,  signalé  par  l'hiérony- 
mien  au  21  juill.  comme  compagnon  d'Anastasia,  est 
pour  nous  un  simple  nom. 

A.  S.,  juin.,  VII,  149.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  404. 

R.  Van  Doren. 

2.  CELESTIUS  (Saint),  évêque  de  Metz,  est 
inscrit  en  second  lieu,  après  S.  Clément,  sur  la  liste 
épiscopale.  Celle-ci  ne  date  que  du  viii"  s.;  elle  mérite 
pourtant  confiance.  La  fondation  de  l'Église  de  Metz 

[  remonte  au  iv  s.  ou  au  déclin  du  iii"".  On  placera  donc 
Céleste  après  300.  Sous  l'évèque  Drogon,  son  corps  fut 
transféré  à  Marnioutiers  (Alsace).  La  légende  s'est  em- 
parée de  la  mémoire  du  saint. 

Gallia  christ.,  xni,  680.  —  A.  S.,  cet.,  vi,  480-86.  — 
Duchesne,  m,  45-48.  —  D.  A.  C.  L.,  xi.  824-26.  —  F.-.\. 
Weyland,  Vie  des  saints  du  diocèse  de  Metz,  Guénange, 
1912,  p.  240-52  (long  art.,  d'une  maigre  valeur  historique). 

R.  Van  Doriîn. 

3.  CELESTIUS,  hérétique  du  vs.,  disciple  de 
Pélage.  Célestins  était  né,  semble-t-il,  en  Italie,  d'une 
famille  distinguée.  Eunuque  de  naissance  (Marins 
Mcrcator,  Liber  subnol.,  praefat.,  2),  il  n'en  avait  pas 
moins  un  esprit  vif  et  subtil.  11  reçut  une  excellente 
éducation  qui  le  rendit  fort  habile  thins  les  joutes  de  la 
dialectique;  puis  il  passa  quelque  temps  dans  le  bar- 
reau. Il  ne  tarda  pas  à  embrasser  la  vie  monastique,  et 
Gennadius  rapporte  à  cette  période  de  son  existence 
trois  lettres  en  forme  de  traités  qu'il  écrivit  à  ses 


105 


CELE 


STIUS 


106 


parents  (De  vir.  inlustr.,  44);  ces  lettres,  au  dire  de 
l'historien,  étaient  pleines  d'instructions  touchant  la 
morale  et  tout  à  fait  propres  à  exciter  à  l'amour  de  Dieu. 

Vers  400,  il  fit  à  Rome  la  connaissance  de  Rufln  le 
Syrien  qui  lui  apprit  à  nier  le  péché  originel  (Marins 
Mercator,  loc.  cit.;  Augustin,  De  gratia  Christi  et  de 
peccato  orig.,  u,  3).  Bien  vite,  il  se  laissa  séduire  par 
cette  doctrine  qu'il  commença  à  répandre  avec  ardeur. 
Et  lorsqu'il  eut  rencontré  Pélage,  il  s'attacha  à  lui; 
mais  il  le  dépassa  aussitôt  par  la  franchise  audacieuse 
avec  laquelle  il  exposait  ses  croyances.  S.  Jérôme  va 
jusqu'à  écrire  que,  disciple  de  Pélage,  il  devint  son 
maître  et  chef  de  toute  l'armée  de  l'erreur  (cf.  Augus- 
tin, De  gratia  Christi  et  de  pecc.  orig.,  ii,  13). 

Après  avoir  fait  à  Rome  un  certain  nombre  de 
recrues,  Celestius  et  Pélage  durent  en  409  se  réfugier 
en  Sicile,  à  cause  des  menaces  que  faisait  passer  à  tra- 
vers l'Italie  l'invasion  d'Alaric  et  de  ses  Goths.  Ils  n'y 
restèrent  pas  et  se  dirigèrent  vers  l'Afrique.  Tandis  que 
Pélage,  après  un  court  séjour  à  Carthage,  partait  pour 
l'Orient,  Celestius,  resté  seul,  commença  à  prêcher 
sérieusement  sa  doctrine.  Il  fit  tant  et  si  bien  qu'il 
provoqua  le  scandale  :  le  diacre  Paulin  porta  contre 
lui  une  accusation  formelle  d'hérésie.  Le  libellus  qu'il 
présenta  aux  évêques  reprochait  à  Celestius  d'avoir 
soutenu  six  propositions  erronées  :  1.  Adam  mortalem 
faclum,  qui  sive  peccaret  sive  non  peccaret,  mortuum 
esset.  2.  Quoniam  peccatum  Adae  ipmm  solum  laeserit, 
et  non  genus  humanum.  3.  Quoniam  Lex  sic  mittit  ad 
regnum  quemadmodum  Evangelium.  4.  Quoniam  ante 
adventum  Christi  fuerunl  homines  sine  peccato.  5.  Quo- 
niam infantes  nuper  nati  in  illo  statu  sunt  in  quo  Adam 
luit  ante  praevaricationem.  6.  Quoniam  neque  per  mor- 
tem  vel  praevaricationem  Adae  omne  genus  Iwminum 
moriatur,  neque  per  resurrcctionem  Christi  omne  genus 
hominum  resurgat.  j 

Un  concile  provincial  fut  réuni  en  411  (Augustin, 
De  gratia  Christi  et  de  pecc.  orig.,  ii,  3),  et  Celestius  dut 
se  défendre.  Il  refusa  de  se  prononcer  de  traduce  peccati, 
parce  que,  disait-il,  le  sentiment  des  prêtres  n'était 
pas  uniforme  à  ce  sujet  et  que  c'était  là  une  question 
discutée,  non  un  dogme  obligatoire.  Même  réponse 
sur  le  point  de  savoir  si  les  enfants  naissent  dans  l'état 
d'Adam  avant  la  chute.  Cependant  Celestius  consen- 
tait à  admettre  le  baptême  des  nouveau-nés.  Marius 
Mercator,  Commonit.,  i,  2,  ajoute  qu'on  le  pressa  en 
vain  de  condamner  les  propositions  qu'on  lui  repro- 
chait, qu'il  s'y  refusa,  fut  excommunié,  appela  d'abord 
de  cette  sentence  à  Rome,  puis  abandonna  son  appel 
et  partit  pour  Éphèse  où  il  parvint  à  se  faire  ordonner 
prêtre. 

Nous  savons  mal  ce  que  devint  Celestius  au  cours 
des  années  suivantes  et  ses  contemporains  eux-mêmes 
étaient  peu  renseignés  à  ce  sujet.  En  414,  S.  Augustin  j 
croyait  qu'il  pouvait  être  en  Sicile  où  son  hérésie  fai- 
sait quelque  bruit;  mais  en  415  il  devait  reconnaître 
qu'il  s'était  trompé  et  que  Celestius  n'était  pas 
revenu  en  Occident.  Orose  paraît  dire  qu'il  pouvait 
être  en  Palestine,  ce  qui  n'est  pas  plus  exact  (cf.  Tille- 
mont,  Mémoires,  xiii,  717  sq.).  En  réalité,  Celestius 
commença  par  séjourner  à  Éphèse,  d'où  ses  prédica- 
tions le  firent  peut-être  chasser;  puis  il  vint  s'établir 
à  Constantinople,  où  il  recommença  à  enseigner  ses 
erreurs,  tant  et  si  bien  que  l'évêque  Atticus  le  chassa 
et  écrivit  plusieurs  lettres  à  son  sujet  aux  évêques 
d'.\sie,  à  Thessalonique  et  à  Carthage  (Marius  Merca- 
tor, Commonit.). 

Dès  416,  les  évêques  d'Afrique,  qui  n'avaient  pas 
cessé  de  s'inquiéter  des  progrès  faits  par  la  doctrine 
pélagienne  et  qu'avait  fortement  troublés  la  sentence 
rendue  l'année  précédente  par  le  concile  de  Diospolis, 
réunirent  deux  conciles,  l'un  à  Carthage  pour  la 
Proconsulaire,  l'autre  à  Milève  pour  la  Numidie.  Ces 


deux  conciles  écrivirent,  après  en  avoir  délibéré,  au 
pape  Innocent  I^''  pour  lui  demander  la  condamnation 
de  Celestius  et  de  Pélage  (Augustin,  Epist.,  clxxv,  1). 
S.  Augustin  et  quatre  de  ses  collègues  joignirent  aux 
épîtres  synodiques  une  lettre  à  part  (Epist.,  clxxvii), 
dans  laquelle  ils  exposaient  au  pape  l'ensemble  de  la 
question,  avec  pièces  à  l'appui. 

Le  27  janv.  417,  le  pape  répondit  à  l'épiscopat  afri- 
cain :  faisant  droit  à  sa  demande,  il  excommuniait  for- 
mellement, en  vertu  de  son  autorité  apostolique,  les 
deux  hérésiarques  (Epist.,  clxxxii,  6).  On  aurait  pu 
croire  l'affaire  terminée.  Mais  S.  Innocent  ne  tarda  pas 
à  mourir  et  son  successeur  Zosime,  à  peine  monté  sur 
le  trône  apostolique,  consentit  à  recevoir  Celestius  qui, 
après  son  expulsion  de  Constantinople,  était  revenu  à 
Rome.  Celestius  présenta  au  pape  un  libellus,  dont  il 
ne  nous  reste  que  des  fragments  cités  par  S.  Augustin  : 
De  gratia  Christi  et  de  peccato  orig.,  u,  5-7;  cf.  P.  L., 
XLv,  1718.  Dans  ce  libellus,  Celestius  commençait  par 
traiter  des  vérités  du  symbole,  puis  il  disait  que  si,  en 
dehors  de  la  foi,  on  voulait  s'occuper  d'autres  ques- 
tions, il  n'avait  pas  l'intention  de  les  trancher  deftnita 
auctorilate,  mais  qu'il  voulait  seulement  présenter  son 
sentiment  au  S. -Siège.  Il  admettait  donc  le  baptême 
des  enfants  comme  nécessaire  pour  leur  entrée  dans  le 
royaume  des  cieux;  mais  il  rejetait  le  péché  originel 
comme  injurieux  au  Créateur. 

Celestius  lut  son  mémoire  devant  le  pape  et  le  clergé 
romain.  Ses  protestations  de  soumission  impression- 
nèrent Zosime  qui  le  pressa  de  condamner  les  proposi- 
tions qu'on  lui  attribuait  :  Je  les  condamne,  affirma 
Celestius,  selon  l'opinion  de  votre  prédécesseur  Inno- 
cent d'heureuse  mémoire.  Le  pape  Zosime  se  déclara 
satisfait  (Augustin,  Contra  duas  epist.  pelag.,  ii,  5-6)  et 
écrivit  aux  évêques  d'Afrique  pour  les  assurer  que 
j  Celestius  n'était  pas  vraiment  coupable  des  erreurs 
qu'on  lui  attribuait  (Epist.,  ii;  P.  L.,  xx,  649;  P.  L., 
XLV,  1719).  La  lettre  de  Zosime  ajoute  cependant  que 
le  pape  ne  veut  pas  porter  sur  Celestius  un  jugement 
définitif,  mais  qu'il  accorde  à  ses  accusateurs  un  délai 
de  deux  mois  pour  apporter  la  preuve  de  sa  culpabi- 
lité; passés  ces  deux  mois,  Celestius  sera  absous  sans 
aucun  recours  possible. 

Il  est  à  peine  besoin  de  dire  que  les  décisions  de  Zo- 
sime furent  mal  accueillies  à  Carthage.  Le  l*"'  mai  418, 
le  concile  d'Afrique  renouvela  toutes  les  condamna- 
tions déjà  portées  contre  le  pélagianisme  et  formula  en 
neuf  canons  les  anathèmes  nécessaires.  Sur  ces  entre- 
faites, les  empereurs  publièrent  un  rescrit  qui  chassait 
de  Rome  Celestius  et  Pélage  et  condamnait  leurs  parti- 
sans à  l'exil  et  à  la  confiscation  de  leurs  biens.  Le  pape 
comprit  qu'il  ne  pouvait  pas  rester  sur  les  positions 
qu'il  venait  de  prendre.  Il  cita  de  nouveau  Celestius  à 
î  comparaître  devant  lui  et  devant  le  concile  de  la  pro- 
vince romaine.  Au  lieu  d'obéir,  Celestius  s'enfuit.  Le 
concile  condamna  donc  Celestius  par  contumace;  il 
condamna  également  Pélage  et  une  longue  epistola 
tractoria,  aujourd'hui  perdue,  fut  envoyée  à  tous  les 
évêques  d'Orient  et  d'Occident  pour  être  souscrite 
par  eux. 

Chassé  de  Rome  en  418,  Celestius  paraît  y  être 
rentré  assez  peu  de  temps  après,  car  en  421  un  nou- 
veau décret  impérial  adressé  au  préfet  de  la  ville, 
Volusien,  renouvelle  contre  lui  les  mesures  d'expulsion 
et  lui  interdit  de  s'établir  à  moins  de  cent  milles  de  la 
capitale.  Volusien  fit  exécuter  cet  arrêt.  Il  semble 
qu'après  424  Celestius  soit  revenu  une  dernière  fois  à 
Rome  pour  demander  audience  au  pape  Célestin, 
mais  que  celui-ci  ne  l'ait  pas  reçu  et  l'ait  fait  expulser 
de  toute  l'Italie  (TiUemont,  Mémoires,  xiii,  761  sq.). 

En  toute  hypothèse,  c'est  à  Constantinople  que 
nous  trouvons  Celestius  pour  la  dernière  fois.  Il  habite 
cette  ville  lorsque  Nestorius  en  est  évêque,  et  il  obtient 


107 


CELESTIUS 


—  CÉLINE 


108 


de  lui  sa  protection.  Nous  possédons  encore  une  lettre 
écrite  par  Nestorius  à  Celestius  :  l'évêque  le  console  des 
peines  et  des  tribulations  qu'il  a  subies,  peut-être  un 
nouvel  exil,  et  il  compare  ses  épreuves  à  celles  mêmes 
de  S.  Jean-Baptiste,  à  celles  de  S.  Pierre  et  de  S.  Paul. 
Il  l'encourage  à  ne  pas  abandonner  la  vérité,  à  fuir  la 
communion  des  gens  impurs  et  souillés.  Il  lui  demande 
enfin  ses  prières  et  le  charge  de  saluer  toute  la  frater- 
nité, c.-à-d.,  semble-t-il,  les  évêques  pélagiens  chassés 
de  leur  sièges  et  les  fidèles  adhérents  de  leur  parti 
(F.  Loofs,  Nestoriana,  Halle,  1905,  p.  172-73). 

Nestorius  continua  sa  protection  à  Celestius,  car  il  le 
porta  à  dénoncer  comme  manichéen  un  prêtre  qu'il 
n'aimait  pas.  Ce  prêtre  fut  en  effet  cité  à  comparaître 
devant  son  évêque,  mais  Celestius  n'osa  pas  soutenir  son 
accusation  et  l'affaire  ne  dut  pas  avoir  d'autres  suites. 

En  429  ou  430  d'ailleurs,  Celestius  devait  être  assez 
âgé.  Le  concile  d"Éphèse  confirma,  dans  sa  lettre  syno- 
dale du  22  juin.  431,  tout  ce  que  le  pape  Célestin  avait 
décidé  en  ce  qui  concernait  la  déposition  des  pélagiens 
et  célestiens  impies  (Mansi,  Concil.,  iv,  1338).  Cette 
lettre  est  le  dernier  document  dans  lequel  nous  enten- 
dons parler  de  Celestius.  Celui-ci  ne  dut  pas  tarder 
à  disparaître. 

Dans  l'histoire  du  pélagianisme,  Celestius  tient  une 
place  importante.  Il  n'a  sans  doute  pas  beaucoup  écrit. 
Dans  le  De  perjectione.  iustitiae  hominis,  écrit  en  415, 
S.  Augustin  prend  à  partie  un  écrit  qu'il  appelle 
Definiliones  ut  dicitur  Caeleslii,  qui  paraît  bien  avoir 
été  son  œuvre;  et  il  parle  encore  d'un  autre  opus  dont 
la  doctrine  s'accordait  complètement  à  celle  des  Defi- 
nitiones.  Dans  le  De  gratia  Christi,  de  418,  l'évêque 
d'Hippone  signale  encore  des  écrits  de  Celestius  qu'il 
appelle  tantôt  opuscula,  tantôt  lihelli.  Nous  avons 
déjà  mentionné  le  libellus  au  pa])e  Zosinie.  Tous  ces 
ouvrages  doivent  avoir  été  assez  brefs.  Le  véritable 
écrivain  de  la  secte  sera  Julien  d'Éclane.  Mais  ce  qui 
caractérise  Celestius,  c'est  la  vigueur  de  son  esprit  : 
Homo  acerrimi  ingenii,  dit  de  lui  S.  Augustin,  qui 
profecto  si  corrigeretur  plurimis  profuisset  {Contra  duas 
epist.  Pelagia.,  II,  m,  5).  Toujours  sur  la  brèche, 
Celestius  ne  cesse  pas  de  défendre  ce  qu'il  regarde 
comme  la  véritable  doctrine.  Exilé  à  plusieurs  reprises, 
il  reparaît  dès  qu'il  le  peut  au  plus  fort  de  la  mêlée.  Il 
refuse  de  se  laisser  abattre  et  la  lettre  de  Nestorius  le 
montre  encore  en  butte  à  de  nouvelles  difficultés.  La 
mort  seule  put  mettre  un  terme  à  ses  luttes. 

Tillemont,  Mémoires,  xiii,  Paris,  1702.  —  Garnier,  Dis- 
sertationes,  Paris,  1673,  réimprimées  dans  P.  L.,  xlviii.  — 
F.  Woerter,  Der  Pelagianismus  nach  seinem  Vrsprung  und 
seiner  Lehre,  Fribourg,  1866.  —  M.  Hedde  et  É.  Amann, 
art.  Pélagianisme,  dansD.  T.  C,  xii,  Paris,  1933,  col.  675  sq. 

—  G.  de  Plinval,  Les  luttes  pélagiennes,  dans  A.  Fliche  et 
V.  Martin,  Histoire  de  l'Église,  iv,  Paris,  1936,  p.  79  sq.; 
id.,  Pélage,  ses  écrits,  sa  vie  et  sa  réforme,  Lausanne,  1943. 

—  O.  Bardenhewer,  Geschichte  der  altkirchl.  Lit.,  iv,  Fri- 
bourg, 1924,  p.  515. 

G.  Bardy. 
CELESTIUS.  Voir  aussi  Caelestius. 

CELESTRE  (Antoine),  franciscain  italien, 
théologien  (t  1706).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2068. 

CELEUSIUS,  fonctionnaire  de  Nazianze,  à  qui 
S.  Grégoire,  évêque  de  cette  ville,  écrivit  trois  lettres, 
dont  la  première  est  peut-être  du  carême  de  382. 
Comme  ce  fonctionnaire,  sans  doute  le  chef  de  la  police 
locale,  se  plaignait  de  son  silence,  il  lui  répondait  qu'il 
avait  à  se  plaindre  de  lui  parce  qu'il  n'observait  pas  le 
jeûne  et  donnait  des  spectacles  indécents.  La  seconde 
lettre  renferme  une  réprimande  plus  modérée.  Quant  à 
la  troisième,  plus  longue,  elle  est  écrite  sur  un  ton  ami- 
cal et  spirituel  (S.  Gregorii  Naz.  Epist.,  cxii,  cxiii, 
cxiv;  P.  G.,  XXXVII,  209  A-212  B). 


W.  Smith  et  H.  Wace,  A  Dictionary  of  clirislian  biogra- 
p/iy,  I,  434. 

R.  Janin. 

CELIANUS,  martyr  vénéré  à  Trieste,  le  10  mai. 

—  Le  prêtre  Primus,  saint  local  de  Trieste,  compte 
parmi  ses  82  compagnons  un  Celianus,  lui-même  asso- 
cié à  Jason.  Leur  légende  est  récente  et  tout  indique 
que  ces  martyrs  n'ont  pas  eu  de  rapports  avec  Trieste. 
Petrus  de  Natalibus  (xiv«  s.)  en  parle,  mais  les  marty- 
rologes hiéronymien  et  romain  n'en  font  aucune 
mention. 

A.  S.,  mai,  ii,  495.  —  B.  H.  L.,  1008,  6923.  —  Lanzoni, 
864. 

R.  Van  Doren. 
CÉLICOLES,  hérétiques  de  la  fin  du  iv  s.  et  du 

début  du  V  s.  Ils  ne  sont  guère  connus  que  par  S.  Au- 
gustin et  par  quelques  lois  de  l'empereur  Honorius. 
En  397,  S.  Augustin,  passant  à  Thubursicum,  envoya 
chercher  leur  chef,  maiorem,  avec  qui  il  désirait  avoir 
un  entretien.  Il  lui  reproche  d'avoir  institué  un  nou- 
veau baptême  et  d'avoir  abusé  beaucoup  de  monde  par 
ce  sacrilège.  L'entretien  eut  lieu  en  effet,  mais  on 
ignore  quels  en  furent  les  résultats  (Augustin, 
Epist.,  XLiii). 

Une  loi  impériale  du  15  ou  du  24  nov.  407  confirme 
toutes  les  lois  faites  contre  les  donatistes,  les  mani- 
chéens, les  priscillianistes  et  les  païens;  elle  ajoute 
qu'on  donnera  à  l'Église  tous  leurs  édifices  servant  à  la 
religion,  et  aussi  ceux  des  célicoles  qui  tiennent  des 
assemblées  pour  établir  un  nouveau  dogme  (Cad. 
Theodos.,  XVI,  v,  46).  Le  avr.  409  une  autre  loi 
d'Honorius  est  dirigée  expressément  contre  les  céli- 
coles; elle  ordonne  que  ceux-ci  soient  soumis  à  toutes 
les  peines  portées  contre  les  hérétiques,  si  dans  l'espace 
d'un  an  ils  n'embrassent  pas  la  religion  chrétienne 
(Cod.  Theodos.,  XVI,  viii,  19). 

Tout  cela  ne  nous  renseigne  guère  sur  la  doctrine 
des  célicoles.  S.  Augustin  n'en  fait  pas  mention  dans 
son  traité  Contre  les  tiérésies,  ce  qui  tendrait  à  prouver 
qu'ils  avaient  déjà  disparu  ou  du  moins  qu'ils  avaient 
cessé  d'être  dangereux  au  moment  où  fut  écrit  ce 
traité.  Tillemont  {Mémoires,  xiii,  315-17)  se  donne 
beaucoup  de  peine  pour  les  identifier  aux  hypsista- 
riens  et  aux  messaliens.  Ces  efforts  paraissent  assez 
vains,  puisque  les  célicoles  ne  semblent  pas  connus 
hors  de  l'Afrique,  tandis  qu'hypsistariens  et  messa- 
liens sont  des  hérétiques  orientaux. 

Les  recherches  récentes  n'ont  rien  ajouté,  semble- 
t-il,  à  notre  connaissance  des  célicoles;  et  sans  doute 
il  est  assez  inutile  de  chercher  à  pénétrer  le  mystère  en 
l'absence  de  tout  document  nouveau.  La  secte  n'a  eu 
sans  doute  qu'une  existence  éphémère  et  l'on  peut 
s'étonner  que  les  empereurs  aient  pris  la  peine  de 
s'en  occuper. 

Baronius,  Ann.  eccles.,  ad  ann.  408,  n.  26.  —  Bussmann, 
Historia  caelicolariim,  Helmstadt,  1704.  —  Schmidt,  His- 
toria  caelicolarum,  1704. 

G.  Bardy. 

1.  CÉLINE  (Sainte),  Cilinia,  mère  de  S.  Remi, 
évêque  de  Reims,  est  citée  par  Venance  Fortunat  dans 
sa  Vita  S.  Remigii  {B.  H.  L.,  7150).  Sa  mort  se  place 
après  458.  Elle  a  joui  d'un  culte  assez  tardif  à  Laon  et 
à  Reims.  Son  nom  ne  se  trouve  pas  mentionné  aux 
martyrologes  anciens.  Baronius  l'inséra  au  marty- 
rologe romain  au  21  cet.  en  s'inspirant  de  .Molanus. 

A.  S.,  cet.,  IX,  318-22.  —  V.  Leroquais,  Les  sacramcn- 
taires  et  les  missels  mss.  des  bibl.  publiques  de  France,  m, 
351;  Les  bréviaires  mss.  des  bibl.  publiques  de  France,  v,  61. 

—  Mari.  Rom.,  466-468. 

R.  \'an  Doren. 

2.  CÉLINE,  sainte  de  Meaux  (?).  L'Auctarius 
Tornacensis  d'Usuard  (xiii<'  s.)  parle  au  21  oct.  d'une 
sainte  Célinie  vénérée  à  Meaux.  Les  biographes  posté- 


109 


CÉLINE 


—  CKLLh;  (SAINT-HILAIRE   DE  LA) 


110 


rieurs  de  Ste  Geneviève  la  mettent  en  rapport  avec 
cette  dernière,  et  ainsi  sa  mort  se  placerait  avant  531. 
Mais  ce  sont  là  des  suppositions  gratuites.  D'ailleurs 
le  premier  témoin  de  Célinie  est  Fulcoius  écrivant  au 
xi«  s.,  ou  à  Beauvais  ou  à  Meaux.  Célinie  donna  son 
nom  à  un  prieuré  bénédictin  de  Meaux,  qui  plus  tard 
appartint  à  l'abbaye  de  Marnioutier.  Elle  eut  sa  fête 
le  21  oct.  En  réalité  la  j)alronne  du  monastère,  vénérée 
H  Meaux,  n'est  autre  que  Ste  Céline,  mère  de  S.  Remi, 
qui,  plus  tard,  a  été  doublée  par  la  légende, 

A.  S.,  oct.,  IX,  306-09.  —  Cottineau,  1802.  —  Gallia 
christ.,  viu,  1715. 

R.  Van  Dorev. 
CELLA  DOMINARUM,  Antigua  Abbalia, 
couvent  de  moniales  de  l'ordre  de  Prémontré,  situé 
près  de  Pont-à-Mousson,  dé]),  de  la  Meurthe,  relevant 
de  la  circarie  de  Lorraine,  et  filiale  de  Ste-Marie-au- 
Bois.  Fondé  avant  1 181.  il  est  encore  cité  dans  le  cata- 
logue de  1320,  mais  avait  cessé  d'exister  vers  1600. 

C.-L.  Hugo,  Annales  Praem.,  i,  507.  —  R.  Van  Waelel- 
ghem.  Répertoire,  53.  —  Cette  maison  ne  se  trouve  pas 
mentionnée  dans  Gallia  christiana. 

M. -A.  Erens. 
CELLA  MONIALIUM,  Pro/iuirfa  Va//is,  cou- 
vent de  moniales  de  l'ordre  de  Prémontré,  situé  au 
dioc.  d'iVuxerre,  dé|).  de  l'Yonne,  relevant  de  la  circa- 
rie de  France,  fdiale  de  S. -Martin  d'Auxerre.  Il  faut 
probablement  l'identifier  avec  le  monastère  de  .S.- 
Martin qui,  au  xii>'  s.,  passa,  aux  Prémontrés  d'Auxerre, 
et  dont  le  transfert  fut  confirmé  par  l'évêque  Alain 
d'Auxerre  (voir  Gallia  christ.,  xii,  358).  Les  moniales 
se  fixèrent  d'abord  à  Orta  avant  1153,  puis  prirent 
leur  résidence  à  Profondval  en  1155.  I*;iles  existaient 
encore  en  1212. 

C.-L.  Hugo,  Annales  Praem.,  n,  389.  —  R.  Van  Waefel- 
ghem,  Répertoire,  53. 

M. -A.  Erens. 
CELLACH,  archevêque  d'Armagh  en  Irlande 
(1 105-1 129),  joua  un  rôle  important  dans  la  réforme  de 
l'Église  d'Irlande  au  xir  s.  Né  en  1080,  il  fut  promu  au 
.siège  d'Armagh,  n'étant  encore  que  simple  laïque;  il  se 
fit  consacrer  évêque  et  s'ellorça  d'introduire  des  ré- 
formes dans  le  diocèse.  Depuis  le  x^  s.,  les  chefs  des 
familles  princières  usurpaient  le  siège  d'Armagh  et  se 
réservaient  les  avantages  temjjorels  de  la  i^rimauté  en 
se  faisant  rejiiplacer  par  des  délégués  pour  les  fotic- 
tions  ecclésiastiques.  Cellach  appartenait  lui-même  à 
une  de  ces  dynasties  usurpatrices,  les  \Ji  Sinaich;  néan- 
moins il  gouverna  le  diocèse  avec  sagesse.  Il  assista  au 
synode  national  de  1111  qui  étendit  le  mouvement  de 
réforme  à  toute  l'Irlande.  Il  lui  revient  aussi  le  mérite 
d'avoir  choisi  comme  vicaire  général  le  célèbre  Mala- 
chie  Ua  Morgair,  l'ami  de  S.  Bernard.  S.  Malachic  lui 
succédera  sur  le  siège  d'Armagh.  Cellach  restaura  les 
églises,  fonda  des  écoles  et  introduisit  dans  son  diocèse 
les  chanoines  réguliers  de  S. -Augustin.  Il  mourut  à 
.\rdpatric  dans  le  Munster,  le  1"  avr.  1129,  et  fut 
enterré  à  Lismor  dans  la  même  province. 

ne  annals  of  Ulster,  éd.  B.  MacCarthy,  Dublin,  1893,  n, 
76-7,  122-23.  —  .J.  Stuart,  Historical  memoirs  of  Armagh, 
éd.  A.  Coleman,  Dublin,  1900,  p.  60-62,  67.  —  J.-F.  Ken- 
ney.  Sources  for  Ihe  early  hislory  of  Ireland,  New- York, 
1929,  I,  n.  652,  p.  764-61. 

F.  O'  Briain. 
CELLAE.  Voir  Cellenses  (Ecclesiae ). 

CELLAS  (Sta  Maria  de),  Cellense  monasterium, 
ancienne  abbaye  de  moniales  cisterciennes  au  Portu- 
gal, dioc.  de  (^oïmbre,  fondée  vers  1215  par  la  Bse 
Sanche,  fille  du  roi  Sanche  \";  soumise  directement  à 
(>lairvaux  par  la  fondatrice.  En  même  temps  que  la 
bienheureuse  faisait  bâtir  Cellas,  sa  propre  sœur,  la 
Bse  Thérèse,  consacrait  son  patrimoine  à  renouveler 


l'abbaye  de  Lorbaii  où  elle  était  moniale.  Manrique 
a  laissé  quelques  détails  sur  le  procès  que  Sanche  dut 
intenter  à  son  frère,  Alphonse;  le  Saint-Siège  intervint 
avec  succès. 

C.  Erdmann,  Papsturkunden  in  Portugal,  Berlin,  1927, 
p.  130.  — A.  S.,  juin,  IV,  385.  —  Benedicti  XIV  Opéra  omnia, 
I,  Venise,  91.  — •  M.  Gloning,  Zwei  selige  Cisterc.  aus  kôn. 
Hause,  Bregenz,  1907.  —  Henriquez,  Lilia  Cistercii,  ii, 
Douai,  1633,  p.  147.  —  Manrique,  Annales  cisterc,  Lyon, 
1642,  ann.  1213  sq. 

J.-M.  Canivez. 

CELLDÔMÔLK,  Demunk,  Dumunk,  Demelc, 
Ûômôlk,  Kiscell,  abbaye  bénédictine  en  Hongrie,  dép. 
de  Vas,  dioc.  de  Szombathely.  Dédiée  à  la  Ste  Vierge, 
elle  est  mentionnée  pour  la  première  fois  en  1252,  puis 
dans  quelques  chartes  jusqu'à  1514.  A  cette  date,  les 
abbayes  O.  S.  B.  de  Hongrie  se  groupèrent  en  congré- 
gation; Dômôlk  en  fit  partie.  Mais  la  prospérité  espé- 
rée par  cette  union  fut  compromise  par  les  invasions 
des  Turcs.  .\  Dômolk,  la  vie  conventuelle  disparaît 
après  1526;  les  biens,  fort  réduits,  sont  gérés  par  un 
curé,  prêtre  séculier  ou  bénédictin  de  Pannonhalma, 
qui  porte  le  titre  d'abbé.  Après  l'expulsion  des  Turcs, 
l'abbaye  est  restaurée;  les  religieux  se  livrent  au  mi- 
nistère parmi  les  populations  des  environs,  fortement 
protestantisées  sous  l'occupation  turque.  L'église  ab- 
batiale, avec  son  Image  de  la  Vierge,  imitée  de  celle  de 
Maria-Zell  en  Styric,  d'où  le  nom  actuel  Celldômôlk  = 
Zell-Dômolk,  est  devenue  un  centre  de  pèlerinage. 
l';ile  fail  actuellement  partie  de  la  Congrégation  de 
Hongrie,  qui  est  chargée  par  la  Constitution  de  Hon- 
grie de  l'enseignement  secondaire  dans  les  collèges 
urbains.  Le  nombre  des  religieux  se  réduit  à  7  ou 
S  |)ères,  comprenant  professeurs  émérites  et  le  per- 
sonnel chargé  d'une  paroisse  de  1  000  âmes. 

Série  des  abbés.  .Jacques,  1252;  Nicolas,  1315; 
Jean,  1321;  Maur,  1336;  Georges,  1334-38;  Maur, 
1.338;  Nicolas,  1339-48;  Thomas,  1351;  André,  1357; 
Sebastien,  1409-10;  .lean,  1457;  Laurent,  1488; 
Valentin,  1538;  Pierre  Ludbregi,  1556  ;  Adéodat,  1602; 
Martin  Gyori,  1603-10;  Jean  Kontos,  1611-21  ;  Georges 
Dianesevich,  1622-47;  Émeric  Seifïrid,  1647;  Ladislas 
Gyôri;  Benoît  Diener,  t  1672;  Adalbert  Pozsgay, 
1672-78;  Bernard  Miskolczy,  1678-1705;  Jérôme  Gsa- 
tay,  t  1736;  Odo  Koptik,  1739-50;  Émeric  Màkoczy, 
1768-87;  Gaspar  Nemes,  1787-1810;  Godefroy  Ve- 
kerle.  1832-36;  Léon  Gàcser,  1838-56;  Damien  Petheo, 
1865-73;  Meinrad  Jahn,  1873-74;  Justinien  Hollosi, 
1874-1900;  Laurent  Wagner,  1900-10;  Rupert  Hollosi, 
1910-18;  Bernardin  Jàndi,  1920-. 

Pacher  Donàt,  A  domolki  apàtsàg  lôrlénete  [Histoire  de 
l'abbaye  de  Dômôlk],  Budapest,  1912. 

J.  SZALAY. 

CELLE  (S.-Hilaire  de  La),  Cella  Sancti  Hilarii, 
abbaye  de  chanoines  réguliers  de  la  ville  et  du  diocèse 
de  Poitiers. 

I.  Origines  du  monastère  primitif.  —  Très  an- 
cienne communauté,  probablement  du  vi""  s.,  fondée 
au  lieu  où  mourut  S.  Hilaire,  et  mise  sous  son  vocable. 
Duchesne  (ii,  86)  signale  un  évêque  de  Poitiers,  Pas- 
centius,  qui  fut  auparavant  «  abbé  du  monastère  de 
S.-Hilaire  ».  Il  s'agit  ici  du  monastère  de  S.-Hilaire-le- 
Grand.  dont,  d'après  le  Gallia  (ii,  1224),  Pascentius  fut 
le  deuxième  abbé  vers  564.  Quels  furent  les  premiers 
religieux  de  la  Celle,  au  vi"-  s.?  Il  est  difficile,  sinon  im- 
possible de  le  préciser.  Quoi  qu'il  en  soit,  on  peut  afTir- 
mer  que  vers  le  xi«  s.  ce  monastère  devint  un  prieuré 
de  chanoines  réguliers  de  l'ordre  de  S. -Augustin. 
D'après  Estiennot,  Justus,  le  premier  abbé  de  S.- 
Hilaire-le-Grand,  aurait  été  inhumé  à  S.-Hilaire  de  la 
Celle;  c'est  à  ce  Justus  qu'aurait  succédé  Pascentius. 

IL  Prieuré  du  xr  au  xiv  sif.cli;.  —  S.-Hilaire 
de  la  Celle  existait  déjà  commc'prieuré  en  1079,  lors  du 


111 


CELLE  (SAINT-HILAIRE  DE  LA) 


112 


concile  de  Poitiers,  puisque,  d'après  le  Gallia  {n-ll41), 
il  y  avait  à  Poitiers,  en  1078,  trois  églises  dédiées  à  S. 
Hilaire  :  la  collégiale  de  S.-Hilaire-le-Grand,  les  églises 
de  S. -Hilaire  de  la  Celle  et  S.-Hilaire-d'Entre-Églises; 
ces  deux  dernières  églises  étaient  tout  à  la  fois  cha- 
pelles monacales  et  paroissiales. 

C'était  le  doyen  du  chapitre  cathédral  S. -Pierre  de 
Poitiers  qui  avait  le  privilège  de  pouvoir,  seul,  insti- 
tuer le  prieur  de  S. -Hilaire  de  la  Celle.  Dès  cette  fin  du 
xii"  s.,  le  prieuré  dut  avoir  conquis  une  certaine  répu- 
tation qui  ne  fit  que  grandir  dès  le  siècle  suivant. 

ni.  Prieurs  connus.  —  S.  .Guillaume  Tempier, 
devenu  évêque  de  Poitiers,  sous  le  nom  de  Guil- 
laume HI,  vers  1084. Une  charte  de  l'abbaye  bénédic- 
tine féminine  Ste-Croix  de  Poitiers,  en  1191,  le  sur- 
nomme le  Fort.  Aussitôt  après  sa  mort,  il  fut  vénéré 
comme  un  saint  :  les  catalogues  épiscopaux  lui  en 
donnent  souvent  le  titre.  —  Giroius  succéda  à  S.  Guil- 
laume vers  1184;  son  nom  paraîtrait  encore  dans  une 
charte  de  1196.  —  Seguin  (Segnorinus),  1204;  en 
1223-24,  il  enquête  sur  l'abbé  Hulric,  de  Montierneuf. 
—  Philippe,  vers  1280.  —  Guillaume  H,  vers  1317.  — 
Pierre  II  Baudry,  vers  1343,  prêta  foi  et  hommage 
comiti  Augensi.  —  Guillaume  III  Berlouin.  Les 
Sammarthani  le  donnent  comme  le  dernier  prieur,  de 
1365  à  1375,  et  en  cette  dernière  année,  il  serait  devenu 
le  premier  abbé.  Le  Gallia  n'en  fait  que  le  dernier 
prieur,  finissant  vers  1403  ou  1404.  —  Jean  Goalichen, 
vers  1400. 

IV.  L'abbaye,  xiV-xviir  siècle.  —  Les  Ar- 
chives départementales  de  la  Vienne  conservent  de 
nombreuses  pièces  concernant  cette  abbaye.  Quelques- 
unes  de  ces  pièces  sont  de  la  seconde  moitié  du  xiii^  s. 
(1255, 1281,  1295).  Le  prieuré  s'était-il  donc  changé  en 
abbaye  dèslexiii^  s.?  Les  historiens  ne  font  remonter  ce 
changement  qu'au  milieu  du  xiv*^  s.,  voire  même  après 
1400,  date  à  laquelle  Jean  Goalichen,  prieur  de  la 
Celle,  rend  hommage  à  Jeanne  de  Torsay,  dame  de  la 
Mothe,  pour  l'hôtel  des  Armenderies,  au  village  de 
Mougon,  paroisse  S.-Georges-de-Vivonne.  Le  prieur 
remplit  là  une  fonction  qui  aurait  dû  revenir  de  droit 
à  l'abbé,  s'il  en  existait  un.  Ajoutons  que  les  archives 
de  la  Vienne  contiennent  de  nombreuses  pièces  (xii"- 
xiv«  s.)  concernant  l'abbaye  de  la  Celle,  mais  on  n'y 
voit  jamais  paraître  le  nom  de  l'abbé.  Cependant,  en 
1415,  se  fit  une  enquête  officielle  sur  les  droits  de  juri- 
diction de  l'abbaye.  Cette  enquête  suppose  que  l'ab- 
baye existait  déjà  depuis  quelques  années.  En  1431, 
eut  lieu  à  S. -Hilaire  la  réunion  {Gallia,  ii,  1236)  en  vue 
de  l'érection  de  l'université  de  Poitiers  (Gallia,  n, 
1060  et  1236).  Enfin,  en  1450,  les  chanoines  de 
S. -Hilaire  provoquèrent  une  procédure  entre  leur 
chapitre  et  les  bénédictins  de  S.-Cyprien,  pour  éta- 
blir quelle  abbaye  aurait  la  préséance  à  la  procession 
du  lundi  de  Pâques.  Ces  faits  semblent  prouver  l'an- 
cienneté de  l'abbaye. 

Au  xvi«  s.,  l'abbaye  souffre  des  malheurs  du  temps. 
En  1560,  elle  ne  compte  plus  que  12  religieux  et  en 
1601,  6  seulement  {Revue  Mabillon,  xxvii,  34  h).  En 
1582,  l'abbé  François  Pastoureau  fit  une  déclaration 
en  la  cour  de  la  sénéchaussée  de  Poitiers,  où  il  dit  qu'il 
a  essayé  d'entreprendre  les  réparations  du  monastère, 
mais  que  c'est  là  une  œuvre  si  considérable  que  les 
revenus  de  douze  années  de  l'abbaye  n'en  pourraient 
couvrir  les  frais.  Dès  lors,  il  se  fera  rembourser  par  ses 
prédécesseurs  et  tous  ceux  qui  ont  touché  les  revenus 
du  monastère.  Quant  à  la  vie  religieuse,  signalons  l'ac- 
tivité de  l'abbé  Jacques  I«'  Sauvage,  qui  instruisit 
Charlotte-Flandrine  de  Nassau,  entrée  vers  1587  au 
couvent  Ste-Croix  de  Poitiers. 

En  1653,  S. -Hilaire  s'affilia  à  la  Congrégation  de 
France. 

Pendant  plus  d'un  siècle  (1658-1775),  les  chanoines 


'  de  S. -Hilaire  furent  en  rapport  avec  les  chanoines  de 
S.-Georges-du-Puy,  pour  obtenir  d'eux  des  reliques  de 
S.  Hilaire  :  ce  qui  fut  fait.  Vers  le  même  temps,  1663- 

j  64,  les  religieux  de  la  Celle  demandèrent  à  l'évêque  de 
Poitiers  de  permettre  l'union  des  cinq  offices  claus- 
traux (infirmier,  sacristain,  chantre,  prévôt,  aumô- 
nier) à  la  mense  conventuelle,  ce  que  l'évêque  accorda. 
La  Révolution  ferma  le  cloître,  qui  fut  rouvert  pour  les 
Carmélites  au  xix''  siècle. 

V.  Abbés  connus  (d'après  la  liste  du  Gallia).  — 
Réginald  I",  vers  1403.  —  Jean  I"  Jourdain,  1408.  — 
Réginald  II,  1409.  —  Guillaume  IV,  1414.  —  Jean  II 
Renaudeau,  1425.  —  Jean  III  Briant,  1449.  —  Hilaire 
Vallory,  1"  abbé  comme ndataire,  actes  de  1467,  1476, 
à  1480.  —  Guillaume  V  Rogier,  1487.  —  Pierre  II 
Rogier,  1491.  —  Antoine  des  Barres,  actes  de  1494  à 
1514.  —  Guillaume  VI  de  Langeac,  1529.  Fut  aussi 
prieur  de  Ste-Radegonde.  Dans  le  nécrologe  de  S.- 
Pierre de  Casis,  il  en  est  fait  ainsi  mémoire  :  «  le  30  mai 
est  mort  Noble  Guillaume  de  Langhac,  abbé  de  la 
Celle  et  seigneur  d'Espagniac  »,  par  Mme  Françoise 
d'Espagniac,  sa  nièce.  —  Claude  de  Lestrange,  1549. 

I  —  Pierre  III  des  Prez,  1565.  —  François  I"  Pastou- 
reau, 1582.  —  Jacques  I"  Sauvage,  1587-88,  qui 
instruisit  Charlotte  de  Nassau.  —  Jacques  II  des 
Prez  de  Montpezat,  1589.  Fut  évêque  de  Montauban, 
et  se  vantait  d'obtenir  facilement  les  titres  d'abbé  :  il 
eut  ceux,  en  effet,  de  Lieu-Dieu-en-Jard,  de  Notre- 
Dame  de  l'Étoile,  de  Monstier-neuf,  de  Noaillé,  de 
S. -Benoît  de  Quinçay.  Il  mourut  en  1589.  —  Guil- 
laume VII  de  Riquieu,  1597,  1606  (charte  Jotrensis 
monasterii).  —  François  II  Daulzy,  1614.  —  Fran- 
çois III  Fourré  de  Dampierre,  1623.  —  Paul  Durcot  ou 
D'Urcot  de  la  Grève,  conseiller  et  aumônier  du  roi, 
protonotaire  apostolique,  abbé  aussi  de  S. -Benoît  de 
Quinçay.  C'est  sous  son  abbatial  que  la  cella  sancti 
Hilarii  fut  unie,  en  1652,  à  la  Congrégation  de  France. 
—  René  l^'  Sochet  de  la  Charouillère,  prieur  de  Ste- 
Radegonde  de  Poitiers,  chanoine  de  S. -Pierre  de 
Poitiers  (1665-70).  —  René  II  de  Mornay,  fils  de 
Henri  de  Morneuil,  marquis  de  INIontchevreuil,  cède  son 
abbaye,  en  1679,  à  Jules-César  Coutocheau  de  Gallar- 
don,  prieur  de  S. -Pierre  de  Louzar,  diocèse  de  Saintes; 
il  en  reçoit,  en  échange,  son  prieuré  et  une  pension  de 
900  livres.  Il  eut  soin,  cependant,  de  se  réserver  un 
petit  corps  de  logis  dans  l'abbaye.  René  II  était  encore 

1  abbé  en  1708. 

VI.  Prieurés  dépendant  de  l'abbaye.  —  Prieu- 
rés-cures :  —  1)  S. -Hilaire  de  la  Celle,  à  Poitiers;  — 
2)  Bignoux,  Lavoux  et  Mignaloux,  paroisses  et  com- 
munes auj.  cant.  de  S.-Julien-l'Ars,  arr.  de  Poitiers 
(Vienne);  —  3)  Senillé,  cant.  et  arr.  de  Châtellerault 

!  (Vienne);  —  4)  Sossais,  cant.  de  Lencloitre,  arr.  de 
Châtellerault;  —  5)  S. -Martin  de  Quinlieu,  comm.  de 
S.-Gervais-les-Trois-Clochers,  cant.  de  Leigné-sur- 
Usseau,  arr.  de  Châtellerault;  —  6)  Reinenenil,  ou 
Remeneuil,  comm.  d'LIsseau,  cant.  de  Leigné;  — 
7)  Lusseray,  cant.  de  Brioux,  arr.  de  Melle  (Deux- 
Sèvres); —  8)  S. -Quentin  de  Chaulnay-en-Anjou  (auj. 
cant.  de  Château-la- Vallière,  arr.  de  Tours). 

Prieurés  simples  :  1)  Cenon,  cant.  de  Vonneuil,  arr. 
de  Châtellerault;  —  2)  La  Madeleine  de  Bournais, 
par.  de  Senillé;  —  3)  N.-D.  de  Mignaloux. 

VII.  Domaine  de  l'abbaye.  —  Dans  la  paroisse 
même  de  S. -Hilaire  de  la  Celle,  des  donations  lui  sont 
faites  dès  le  xiii«  s.  et  se  continuent  jusqu'au  XYiif  s. 
(cf.  archives  départementales  de  la  Vienne  et  Revue 
Mabillon).  Son  domaine  s'étendait  sur  presque  toutes 
les  paroisses  de  Poitiers  :  les  archives  nous  en  montrent 
une  quinzaine  avec  actes  du  xiii«  au  xviii'*  s.  En 
dehors  de  Poitiers  dans  la  paroisse  de  La  Celle-hors- 
les-murs  de  Poitiers,  dans  les  paroisses  de  Biard, 
Vonneuil,  Cissé,  Vouillé,  Chiré-en-Montreuil,  Neu- 


113  CELLE  (SALNT-HILAIRE  DE  LA)   —  CELLENSES  114 


ville,  Cuhon,  Migné,  Avanton,  Ghasseneuil,  Jaunay, 
S.-Georges-les-Baillargeaux,  Montamisé,  Bignoux, 
Nouaille,  Smarves,  Allonne,  S.-Benoît-de-Quinçay, 
Ligugé,  Geiiçay,  Chauvigny,  S.-Cyr,  Moussay,  Senillé. 

—  Pour  toutes  ces  paroisses,  les  archives  de  la  Vienne 
nous  donnent  des  actes  remontant  au  xiii«  siècle. 

Archives  départementales  de  la  Vienne,  série  H.  Voir 
analyse  dans  la  Revue  Mabillon,  nov.  1911,  p.  345-53.  — 
Dom  Besse,  Archives  monastiques  de  la  France,  x,  Abbayes 
et  prieurés  de  l'ancienne  France  :  m,  Provinces  d'Auch  et 
Bordeaux,  1910,  p.  239.  —  Bibliothèque  Sainte-Geneviève, 
ms.  600,  i"  194;  2538,  f»  35;  2552,  f°  14.  —  Dom  Chamard, 
Histoire  ecclésiastique  du  Poitou,  l,  1874,  p.  398-400.  — 
Duchesne,  Fastes  épiscopaux  de  l'ancienne  Gaule,  u,  1910, 
p.  80  et  87.  —  Congrès  archéologique  d'Angoulême,  1913, 
II,  148-50.  —  Dom  Estiennot,  Bibliothèque  nationale,  ms. 
latin  12755,  i"  265-80,  599-606.  —  Dom  Fonteneau, 
Mémoires  ou  Recueils  de  diplômes,  chartes  et  notices... 
pour  servir  à  l'histoire  du  Poitou  et  des  provinces  voisines; 
cf.  Bibliothèque  de  Poitiers,  xii,  625-738;  lx,  35-100.  — 
Gallia  christiana,  ir,  1720,  col.  1336, 1337;  1115, 1141, 1166, 
1170,  1181,  1184;  Instrumenta,  326-327;  1212,  1223,  1224, 
1236,  1241,  1244,  1260,  1268,  1272,  1292,  1306,  1304,  1354. 

—  Guérin,  Recueil  de  documents  sur  le  Poitou  contenus  dans 
les  registres  de  la  Grande  chancellerie,  dans  Archives  his- 
toriques du  Poitou,  1,29;  m,  16;  vi,  56;  vu,  125-129,  394- 
400;  IX,  235;  x,  220,  226.  —  Dom  de  Montsabert,  Étal 
sommaire  des  fonds  concernant  l'histoire  monastique,  con- 
servés dans  la  série  H  des  archives  départementales  de  la 
Vienne,  dans  Revue  Mabillon,  n.  27  de  nov.  1911. 

P.  Calendini. 
CELLE-EN-BRIE,  abbaye,  puis  prieuré,  fon- 
dée près  de  Faremoutier,  dans  une  île  du  Grand-Morin 
(.Seine-et-Marne).  Sa  fondation,  dont  la  date  est  impré- 
cise, serait  l'œuvre  d'un  pauvre  porcher,  nommé  Blan-  i 
din  (v.  D.  H.  G.  E.,  ix,  129-30),  qui  aurait  reçu  de  son 
maître  Raineric  cet  îlot  où  il  aurait  construit  une  cella 
ou  chapelle.  Les  comtes  de  Dammartin  transformèrent 
en  abbaye  l'oratoire  de  Blandin,  mais  on  ne  connaît 
pas  la  liste  des  abbés.  L'établissement,  qui  était  tombé 
dans  le  désordre,  passa  vers  1082,  en  vertu  des  déci- 
sions du  concile  de  Meaux  qui  supprimait  les  monas- 
tères ne  pouvant  entretenir  plus  de  dix  moines,  sous  la 
juridiction  des  abbés  de  Marmoutier,  qui  en  firent  un 
prieuré  et  y  établirent  la  réforme.  L'église,  qui  tombait 
en  ruines  vers  le  milieu  du  xiii^  s.,  fut  rétablie  par  le 
prieur  Gautier,  mort  en  1278,  mais  seul  le  chœur  fut 
achevé.  II  y  avait  également  de  beaux  bâtiments 
claustraux. 

Les  bénédictins  gardèrent  ce  prieuré  jusqu'en  1633, 
époque  où  il  fut  cédé  aux  bénédictins  anglais  venus 
grâce  à  la  protection  du  cardinal  de  Richelieu.  En 
1701,  le  titre  et  les  revenus  de  la  mense  priorale  furent 
unis  au  séminaire  des  Missions  étrangères  de  Paris. 
Au  milieu  du  xvm«  s.,  le  tout  était  fort  mal  entretenu 
et,  lors  de  la  Révolution,  les  bâtiments  furent  vendus 
et  tout  le  monde  vint  y  puiser  des  matériaux  de 
construction,  ne  laissant  que  des  ruines. 

Gallia  christiana,  viii,  1673-75.  —  Toussaints  du  Plessis, 
Hist.  de  l'Église  de  Meaux,  i,  114  sq.  —  Notice  par  A.  Dau- 
vergne,  dans  Almanach  historique  de  Seine-et-Marne,  1864, 
p.  113-19.  —  Cottineau,  i,  où  l'on  trouvera  d'autres  réfé- 
rences. 

M.  Prévost. 
CELLEFROUIN  (Saint-Pierre  de),  Cella 
Friiini,  abbaye  du  dioc.  d'Angoulême  fondée  vers 
102.5,  dans  la  vallée  de  la  Sonne,  par  Arnaud  de  Vi- 
trabe,  évêque  de  Périgueux  (1010-37),  et  les  habitants 
de  la  région,  entre  autres  un  certain  Frouin  qui  lui 
donna  son  nom.  Plusieurs  donations,  toutes  situées 
dans  la  commune  de  Cellefrouin,  vinrent  enrichir  le 
monastère.  Les  chartes  du  xi«  s.  ne  nous  renseignent 
malheureusement  pas  sur  le  genre  de  vie  adopté  par  I 
les  canonici  ou  frulres.  Il  est  peu  probable  qu'ils  aient 
adopté  dès  l'origine  la  vie  commune  stricte  qui  n'appa- 
raîtra que  plus  tardivement  dans  l'ouest  de  la  France. 


Dès  le  milieu  du  xi«  s.,  un  conflit  s'élève  entre  les 
chanoines  et  l'évêque  d'Angoulême  au  sujet  de  la  par- 
ticipation aux  synodes  diocésains.  D'après  une  tradi- 
tion dont  nous  n'avons  pu  vérifier  la  valeur,  la  com- 
munauté aurait  été  réunie,  par  une  décision  du  concile 
de  Poitiers  de  1100,  confirmée  par  une  bulle  de  Pas- 
cal II,  à  l'abbaye  bénédictine  de  Charroux,  mais 
aurait  reconquis  assez  rapidement  son  indépendance. 
Des  premiers  abbés,  Adémare  I"  (1031-48)  et  Adé- 
mare  II  (1060-1 108),  nous  ne  savons  rien.  Le  troisième, 
Foucaud,  abandonne  vers  1114  sa  charge  pour  se 
joindre  aux  ermites  de  La  Chancelade,  au  diocèse  de 
Périgueux.  Le  quatrième,  Fouchier,  partisan  d'Inno- 
cent II,  subit  les  persécutions  de  Gérard  d'Angou- 
lême, se  démet  de  sa  charge  et  gagne  la  Palestine  où  il 
devient  évêque  de  Tyr  puis  archevêque  de  Jérusalem. 
Vers  le  milieu  du  xii«  s.,  les  religieux  construisirent 
l'église  abbatiale  et  paroissiale  qui  subsiste  encore. 

Les  ressources  insufTisantes  semblent  avoir  nui  au 
développement  de  la  communauté  qui  eut  beaucoup  à 
souffrir  des  protestants  et  ne  s'était  pas  encore  remise 
de  ces  désastres  au  xviii"  s.  Depuis  le  début  du  xyi»  s., 
elle  était  gouvernée  par  des  prieurs  claustraux  rem- 
plaçant l'abbé  commendataire. 

Liste  des  abbés  (d'après  Nanglard).  —  Outre  les 
quatre  déjà  cités,  Pierre  I"  (1177-81);  Pierre  II  (1182- 
1215);  Jean  I",  vers  1231;  P...,  en  1249;  Jean  II,  en 
1257;  Étienne  l»'  (1272-80);  Raymond,  en  1281; 
Jean  III,  en  1336;  Pierre  III,  en  1363;  Étienne  II, 
en  1399;  Hélie,  en  1445;  Pierre  IV,  en  1462-73; 
Guillaume  1",  en  1494-1503;  Louis  de  la  Rochefou- 
cauld, premier  abbé  commendataire  (1503-25);  Guy  de 
Montalembert  (1547-71);  Antoine  de  Croigny  en  1572; 
Gaétan  Masnier  de  Planeau  (1611-41);  Daniel  de  la 
Grange  en  1651;  Claude  Vigier  de  la  Grange  (1663- 
87);  Guillaume  II  Croizat  (1682-1710);  Jean-Charles 
de  la  Vieuville  en  1710;  Pierre  de  Chauvigny  (1715- 
59);  Jean-Baptiste  de  Meroy  (1760-90). 

Prieurés  et  prieurés-cures.  —  Notre-Dame  de  Beau- 
lieu,  S.-Sulpice  de  Cloulas,  S. -Jean-Baptiste  de  la 
Basche  (xi<=  s.),  S. -Pierre  de  Cheuvronnay,  S.-Sulpice 
de  S.-Claud,  S.-Martin  de  Ventouse. 

Cartulaire  (Paris,  B.  N.  lat.  9235),  éd.  J.-FI.  Chevalier, 
Ruffec,  1936  et  E.  Brayer,  dans  Bull,  philologique  et  histo- 
rique, 1940-41,  p.  86-136.  —  Gallia  christ.,  u,  1047.  — 
.J.  Nanglard,  Pouillé  historique  du  diocèse  d'Angoulême, 
Angoulême,  i,  411.  —  Pour  plus  de  détail,  cf.  L.-H.  Cot- 
tineau, I,  648. 

Ch.  Dereine. 
CELLENSES  ( Hcclesiae).  L'Afrique  romaine 
comptait  au  moins  deux  Ecclesiae  cellenses,  l'une  en 
Proconsulaire,  l'autre  en  Maurétanie  sitifienne.  Il 
existait  en  Byzacène  un  viens  de  Cellae  Picenlinae, 
mentionné  par  l'Itinéraire  d'Antonhi,  Itinerarium  An- 
lonini  (éd.  Wesseling,  50  et  59;  éd.  Parthey  et  Pinder, 
23  et  28),  sur  la  route  reliant  le  municipe  des  Macoma- 
des  Minores  à  la  colonie  de  Tacapae,  à  26  milles  au  sud 
de  la  première  localité,  à  30  au  nord  de  la  seconde,  et 
identifié  hypothétiquement  par  Ch.  Tissot  (Géogr. 
comparée,  ii,  Paris,  1888,  p.  192-93  et  p.  644-45)  avec 
les  ruines  de  Kalib  el-Kdim,  sur  le  littoral,  à  la  hauteur 
de  la  koubba  de  Sidi-Mehedeb;  mais,  contrairement  à 
ce  que  pensent  Morcelli  (Africa  chr.,  i,  Brixen,  1816, 
CLXvi)  et  Mesnage  (L'Ajr.  chrét.,  Paris,  1912,  p.  72-3), 
il  ne  semble  pas  avoir  été  le  siège  d'un  évêché  :  il  est 
plus  normal  d'attribuer  à  Vecclesia  zellensis,  dont 
l'existence  est  certaine  (cf.  ce  mot  dans  D.  H.  G.  E.), 
le  Fortunius  ou  Furtunius,  episcopus  eccl.  cellensis,  du 
synode  antimonothélite  de  Byzacène  en  616  (Har- 
I  douin,  Collect.  concil.,  m,  734)  et  dont  l'ethnique  se  lit 
zellensis  dans  le  ms.  Barberini,  xiv,  26,  fol.  332,  cit. 
d'après  Mesnage  (op.  cit.,  73),  qu'à  un  siège  purement 
problématique. 


115 


CELLENSES 


—  CELLES-SUR-BELLE 


116 


La  Cellensis  de  Proconsulaire  paraît  devoir  s'iden- 
tifier avec  les  Chellenses  Numidae  dont  une  borne 
milliaire  (C.  /.  L.,  viii,  1561-62,  n.  16352;  Ephemeris, 
V,  Rome-Berlin,  1884,  p.  372:  cf.  R.  Gagnât,  Explora- 
lions  en  Tunisie,  fasc.  ii,  Paris,  1884,  p.  150,  n.  247; 
Ch.  Tissot,  op.  cit.,  583)  a  révélé  l'emplacement  à 
l'Aîn  Zuarîn.  Un  évêque  des  Cellae  de  Proconsulaire, 
Cyprianus,  est  nommé  le  quarante-cinquième  sur  la 
liste  de  cette  province  dans  la  notice  de  484  (Nolitia 
prov.  et  civit.  Afr.,  Proconsularis,  45;  Victor  de  Vite, 
éd.  Petschenig,  119;  P.  L.,  lviii,  270,  289).  C'est  à  ce 
siège  qu'il  faut,  semble-t-il,  rattacher  les  deux 
cellenses,  l'un  catholique,  Honorius,  l'autre  donatiste, 
Castus,  de  la  conférence  carthaginoise  de  411  {Gesta 
coll.  Corth.,  I,  126,  135,  187;  P.  L.,  xi,  1288,  1314, 
1330). 

Morcelli,  op.  cit.,  clxviii,  134.  —  Notitia  dignitalum, 
éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  annot.  p.  616,  640  (p.  647-48: 
Cellensis  de  Byzacène).  —  Gams,  465.  —  L.  de  Mas-Latrie, 
Anciens  évêcbés  de  l'Afr.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger, 
1886,  p.  82,  86.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrét., 
Proc,  Rennes-Paris,  1892,  xxxv,  p.  160-64.  —  P.  Mes- 
nage,  op.  ci*.,  172. 

C'est  à  un  évêché  de  jMaurétanie  sitifleniie  qu'ap- 
partient Crescilurus  cellensis,  le  17^  sur  la  liste  des 
cvèques  de  cette  province  dans  la  Notice  de  484 
(Xotitia  iam  cit.,  17;  Victor  de  Vite,  éd.  J^etschenig, 
132;  P.  L.,  LVIII,  275,  351),  avec  la  mention  diverse- 
ment interprétée  prbt.  Cette  seconde  ecclesia  cellensis 
s'identifie  probablement  avec  les  ruines  de  Kherbet- 
Zerga,  au  sud  de  Sétif  dans  le  Hodna,  à  l'ouest  de 
Tobna,  puisqu'une  inscription  (C.  /.  L.,  vin,  p.  747, 
11.  8777)  découverte  en  ce  lieu  par  Payeii  (Notice  sur 
l'emplacement  de  plusieurs  villes  romaines,  dans  An- 
nuaire de  Constantine,  1856-57,  p.  174-75),  y  révèle 
l'existence  d'un  castellum  cellense,  renforcé  sous  Gor- 
dien in,  en  204  de  l'ère  maurétanienne  (=  243  P.  C), 
par  un  murus  constitutus.  peut-êtr«  une  enceinte 
continue  (E.  Cat,  La  Maurétanie  césarienne,  Paris, 
1891,  p.  221-22).  Ce  bourg  fortifié,  sinon  l'évêché, 
correspond  aux  distances  qui  permettent  de  l'identi- 
fier avec  Cellas,  station  située  par  l'Itinéraire  d'Anto- 
nin  (Itiner.  Antonini,  éd.  Wesseling,  30;  éd.  Parthey 
et  Pinder,  11)  sur  la  route  de  Sitifi  (Sétif)  à  Auza  ou 
Auzia  (Aumale)  entre  Perdices  (El  Hamiet?)  et  Macri 
(Remada).  L'épigraphie  (Bull,  com.,  1902,  p.  518)  a 
livré  le  nom  mutilé  d'un  autre  évêque,  qui  aurait  édi- 
fié ou  restauré  la  basilique  en  ruine  où  a  été  relevée 
l'inscription  :  un...  rastus,  peut-être  ( Ad)rastus, 
episcopus.  Quelques  autres  vestiges  chrétiens  ont  été 
signalés  :  des  pierres  avec  le  monogramme  du  Christ, 
des  fûts,  chapiteaux,  bases  de  colonnes  byzantines. 

Morcelli,  op.  ci<.,  clxvii,  134.  —  Notitia  dignitatum, 
éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  annot.  p.  630,  653.  —  Gams, 
465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés  de  l'Afr.  sept.,  dans 
Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  93;  Trésor  de  chrono- 
logie, Paris,  1889,  col.  1866,1868,  1871.  — St;  Gsell,  Re- 
cherches arch.  en  Algérie,  Paris,  1893,  p.  138-39.  —  Mgr  Tou- 
lotte, Géogr.  de  l'Afr.  chrét.,  Maurétanies,  Montreuil-sur- 
Mer,  1894,  Sitif.,  x,  p.  196-97. —  R.  Grange,  Monographie 
de  Tobna  (Thubunae),  dans  Rec.  de  Constantine,  1901, 
p.  60-64.  —  Cte  Ungerer,  Note  sur  quelques  ruines  antiques 
d'Algérie,  dans  Bull,  com.,  1904,  p.  153.  —  St.  Gsell, 
Atlas  arch.,  Alger,  1911,  f.  26.  Bou  Taleb,  135.  —  P.  Mes- 
nage,  L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912,  p.  396.  —  H.  Jaubert, 
Anciens  évêchés  de  la  Numidie  et  de  la  Sitif.,  dans  Rec.  de 
Const.,  XLVi,  1912,  p.  115,  10. 

J.  Perron. 

1.  CELLES  (S.-EusicE,  Eusitius)  (=  Selle-sur- 
le-Cher),  abbaye  du  dioc.  de  Bourges  (auj.  Blois),  dans 
l'arr.  de  Romorantin  (Loir-et-Cher).  Saint  Eusice 
(t  vers  542)  fonda  ce  monastère  qui  fut  doté  par  Chil- 
debert  l"'  vers  532  (Grég.  de  Tours,  De  glor.  confess., 
c.  73).  Entièrement  détruit  par  les  Normands  en  937,  | 


sous  l'abbé  Odulphe,  S. -Eusice  fut  occupé  par  des 
clercs  en  1020,  et  passa  aux  bénédictins  de  Marmou- 
tier  en  1140,  puis,  encore  au  xiis  s.,  aux  chanoines 
réguliers.  II  fut  mis  en  commende  en  1488  et  reçut  des 
Feuillants  en  1612. 

Cottineau,  649.  —  J.  de  Witte,  Notice  sur  l'église  abba- 
tiale de  Celles-S.-Eusice,  dans  Mém.  Soc.  arch.  hist.  Orléa- 
nais, I,  1850,  p.  1-2.  —  Gall.  christ.,  n,  182  (liste  des  abbés, 
p.  183).  —  Mabillon,  Annales,  i,  79.  —  Romieu,  Histoire  de 
Selles  en  Berrg  et  de  ses  seigneurs,  Romorantin,  1898. 

R.  Van  Doren. 
2.  CELLES  (S.-Hadelin),  abbaye  de  bénédic- 
tins, dioc.  et  prov.  de  Namur,  à  11  km.  de  Dinanl 
(Belgique).  Hadelin,  disciple  de  S.  Remacle,  né  en 
!  Aquitaine,  avait  été  formé  à  la  vie  monastique  à  Soli- 
gnac.  Il  accompagna  Remacle  à  Stavelot,  lorsque  ce 
dernier  (vers  660)  résigna  le  siège  de  Maëstricht.  Mais 
il  reçut  bientôt  l'ordre  de  construire  un  oratoire  dans 
la  vallée  de  la  Lesse.  Grâce  aux  libéralités  de  Pépin 
d'Herstal,  maire  du  palais,  Hadelin  y  établit  une 
communauté  de  moines.  Plus  tard,  ceux-ci  furent  rem- 
placés par  un  chapitre  de  chanoines.  En  1338,  ces  cha- 
noines se  transportèrent  à  Visé,  emportant  avec  eux 
les  reliques  de  S.  Hadelin. 

U.  Berlière,  Monasticon  belge,  i,  56.  —  H.  Crépin,  Notes 
d'un  touriste,  dans  Ann.  Soc.  archéol.  Namur,  m,  1853, 
p.  340-54.  —  Gall.  christ.,  ni,  397.  —  J.  Grenier,  Transla- 
tion de  la  collégiale  de  Celles  près  Dinant  à  Visé  en  133S, 
dans  Anal,  pour  servir  à  l'hist.  de  l'Église  en  Belg.,  xiii, 
1876,  p.  333-39.  —  Mabillon,  Annales,  i,  610. 

R.  Van  Doren. 
CELLES-SUR-BELLE  (Notre-Dame  ue), 
abbaye  de  chanoines  réguliers,  du  dioc.  de  Poitiers, 
arr.  de  IMelle,  Deux-Sèvres.  —  Cette  abbaye  débuta, 
naturellement,  comme  simple  prieuré.  Dès  1010,  Guil- 
laume, duc  d'Aquitaine,  avait  donné  à  l'abbaye  béné- 
dictine de  S.-Maixent,  une  villa  du  nom  de  Celles 
(Celesium).  En  1028,  les  vicomtes  de  Thouars,  Guil- 
laume et  Godefroy,  donnèrent,  à  leur  tour,  à  S.- 
Maixent,  quelques  serfs  et  serviteurs,  dans  l'église  de 
Celles.  Cette  dernière  existait  donc  déjà  avec  des  des- 
servants qui  n'étaient  autres  probablement  que  les 
premiers  religieux  du  futur  prieuré.  Le  prieuré  semble 
donc  avoir  été  fondé  dans  la  première  moitié  du  xi<î  s. 
Il  fut  mis  sous  la  dépendance  de  l'abbaye  limousine 
S. -Pierre  de  Lesterp  (ordre  de  S. -Augustin),  et  prit 
une  importance  sans  cesse  grandissante,  grâce  à  son 
pèlerinage.  D'après  la  chronique  de  Maillezais,  en 
1095,  coepit  locus  S.  Mariae  ad  cellam  florere  mira- 
culis  (Gallia,  m,  1337).  Les  évêques  de  Poitiers 
comptaient  parmi  ses  bienfaiteurs  :  Pierre  II  (1087- 
1115)  notatur  inter  singulares  benef adores  B.  M.  de 
Cella;  Guillaume  II  Adhelelnie,  d'après  le  nécrologe  de 
Fontevrault,  ecclésiam  B.  Mariae  de  Cella  erexit  in 
abbatiam,  eique  varias  subjecit  ecclesias  (13  oct.  1140). 

Le  prieur  de  N.-D.  de  Celles,  Jean  de  Uzon,  fut  donc 
élevé  à  la  dignité  abbatiale  et  béni  par  Guillaume  II, 
en  1140.  La  nouvelle  abbaye  augustine  demeurait 
toujours  sous  la  dépendance  de  l'abbaye  bénédictine 
I  de  Lesterp.  Le  désaccord  se  produisit  bientôt  entre 
elles.  Lesterp  recourut  à  Rome,  d'où  le  pape  Eugène  III 
envoya  une  bulle  à  l'abbé  Iterius.  L'évêque  de  Poitiers, 
Gilbert  de  la  Porrée,  obtint  de  Iterius,  abbé  de  Les- 
terp, qu'il  abandonnerait  toute  autorité  sur  Celles  et 
ne  lui  réclamerait  plus  rien,  sinon  sexaginta  solidos 
denariorum  de  monnaie  angevine  que  les  chanoines  de 
Celles  payaient  chaque  année  à  Lesterp.  A  partir  de 
cette  date  l'abbaye  de  Celles  se  trouve  mêlée  à  la  vie  de 
toutes  les  abbayes  de  la  province  poitevine;  son  nom 
et  celui  de  son  abbé  apparaissent  dans  plus  d'une 
charte,  à  Celles,  1157  et  1219;  à  Nouaillé  (abbé  de 
Mortemart)  en  1187;  à  S.-Maixent  et  à  S.-Séverin,  en 
I  1256.  —  Ce  qui  accrut  surtout  son  influence,  ce  fut 


117 


CELLES-SUR-BELLE 


—  CELLITES 


118 


son  pèlerinage  à  N.-D.  de  Celles,  dont  l'origine, 
d'après  L.  Albarel,  remonte  au  xi«  s.  et  qui  connut  une 
grande  renommée. 

En  oct.  1568,  l'armée  calviniste  vint  piller  et  ruiner 
la  ville  de  Celles,  son  abbaye  et  ses  églises  (N.-D.  et 
S.-Hilaire).  En  1569,  Coligny  vint  assiéger  Celles  que 
les  seigneurs  de  Barbezières  défendirent.  C'est  sans 
doute  à  cause  de  l'entremise  de  cette  famille  que 
Charles  IX  lui  accorda  les  revenus  de  l'abbaye.  Les 
25  chanoines  qui  habitaient  encore  Notre-Dame  en 
1568  furent  obligés  de  chercher  refuge  ailleurs,  les 
bâtiments  monacaux  n'étant  plus  habitables.  L'ab- 
baye ne  fut  plus  sous  une  direction  toujours  active  et 
présente,  et  les' Barbezières  en  profitèrent  pour  garder 
longtemps  les  revenus.  L'église  de  N.-D.,  ruinée,  ne 
put  être  reconstruite  qu'en  1669.  —  L'abbaye  vit 
partir  ses  religieux  en  1791,  et  tous  les  bâtiments 
furent  mis  en  vente.  La  Vierge  vénérée  existe  encore 
dans  l'église  paroissiale  S.-Hilaire  et  elle  attire  tou- 
jours les  pèlerins. 

Liste  des  abbés.  —  Le  prieur,  Jean  l^'  d'Uzon,  élu  en 
1137  et  béni  en  1140  par  l'évêque  de  Poitiers,  Guil- 
laume II  Adhelelme.  —  Pierre  l",  chanoine  de  Saint- 
Ruf.  Présent,  en  1148,  au  chapitre  de  S.-Maixent, 
lorsque  Samson  demande  humblement  pardon  à 
l'abbé  Pierre  Raimond  et  à  ses  frères  de  l'abbaye, 
pour  les  injures  proférées  contre  eux  par  lui.  pierre  I'^'' 
est  cité  encore  en  1159,  1167,  1169.  — Guillaume  I", 
1177,  1187.  En  cette  dernière  année,  assiste  à  la 
transaction  faite  pour  le  prieuré  de  Villefollet  entre  le 
ministre  des  Frères  hospitaliers  de  S. -Jean,  du  Poitou, 
et  Pétronille  II,  abbesse  de  la  Ste-Trinité  de  Poitiers  : 
assistaient  encore  Hé  lie  I  et  Malniort,  archevêque  de 
Bordeaux,  Guillaume  Tempier,  évêque  de  Poitiers, 
Guillelemo  Cellae  seu  de  Cellis...  Girvio,  prior  SU 
Hilarii  de  Cellae.  Une  charte  de  1187  nomme  cum 
Willelmo,  abbale  Cellensi,  Joscelin  de  Moriuo-Mari 
(de  Morteniart),  abbé  de  Nouaillé.  —  Jean  II,  entre 
1192, 1210.  — Théo,  1244,  1250, 1256.  —  Guillaume  II, 
1258,  1260,  1262,  1263,  t  1264?.  —  Pierre  II,  1277, 
1286.  —  Aimeric  I,  1287.  —  Pierre  III,  1290  (dom 
Martène  omet  ces  deux  abbés).  —  Aimeric  11,1308 
1313.  —  Joscelin,  1321...,  1323.  —  Guillaume  III, 
1343.  —  Jean  III,  1347.  —  Pierre  IV,  1352.  — 
Jean  IV,  1364.  —  Pierre V,  1383...,  1397.  —  Hugues 
Forcin,  prieur,  élu  abbé  en  1398.  —  Guy  de  Lésignac, 
1404;  célèbre,  en  1456,  un  chapitre  général  où  sont 
refondus  les  statuts  de  l'ordre.  —  Louis  \"  de  Lési-  | 
gnac,  1460;  en  1477,  il  décréta  des  prières  pour  le 
salut  du  roi  Louis  XI.  Il  éleva  un  autel  en  l'honneur  de 
S.  Gabriel  et  de  S.  Éloi;  sur  cet  autel,  chaque  matin 
une  messe  était  chantée  pour  la  santé  du  roi  et  la 
paix  du  royaume.  L'abbé  de  Lésignac  (ainsi  que  le 
prieur  d'.\ltaville,  de  l'ordre  de  S. -Augustin  et  du 
diocèse  d'Angoulême)  est  cité  dans  des  chartes  de 
1463,  1464.  —  Mathurin  I",  1481.  —  Pierre,  1484, 
1487?  Peut-être  y  eut-il  compétition  entre  lui,  Mathu- 
rin et  Aimeric  Gaillard?  —  Aimeric  Gaillard  (ou 
Gallard),  1484?  En  1492,  assiste  à  la  bénédiction  de 
l'abbé  cistercien  des  Châtelliers.  C'est  lui  qui  fit  cesser 
l'anarchie  régnant  à  l'abbaye.  —  Mathurin  II  Joubert 
de  la  Bastide,  dernier  abbé  régulier,  20  août  1490, 
6  août  1498...,  1507,  1516.  —  Geoffroy  I"  d'Estissac, 
évêque  de  Maillezais,  abbé  commendataire  de  Celles  de 
1516  à  1542.  —  Arnould  d'Estissac,  1547;  dévastation 
de  l'abbaye,  1567,  etc. —  Renaut  Thenaut,  qui  fut 
plutôt  économe,  sous  le  régime  civil  des  deux  Barbé- 
zières.  —  Mathieu  Coudré  (d'après  Ga/Zia,  1574-89).  — 
Jean  Millet,  nommé  par  Henri  III;  t  vers  1602.  — 
Geoffroy  de  Barbézières,  fils  de  l'un  des  défenseurs  de 
Celles,  1602.  —  Hilaire  Thibault  (le  Gallia  dit  Tilleau 
ou  Tillault).  —  François,  cardinal  de  La  Rochefou- 
cault,  1623;  engagea  un  procès  avec  la  famille  de  Bar- 


bézières pour  en  obtenir  la  restitution  des  revenus  de 
l'abbaye.  —  Henri-Louis  II  de  la  Rochefoucault, 
évêque  de  Lectoure,  fournit  le  procès  avec  François  III 
de  Barbézières.  Il  n'obtint  gain  de  cause  et  ne  prit 
possession  de  son  abbaye  qu'en  1634,  à  condition  de 
payer  3  000  livres  de  pension  annuelle  à  Charles  de 
Barbézières,  frère  de  François,  et  36  000  livres  pour 
tout  le  passé.  C'est  cet  abbé  qui  fit  réunir  son  ab- 
baye à  la  Congrégation  de  France,  en  1651.  Il  mourut 
en  1654.  Il  avait  une  autre  abbaye  à  S.-Jean-d'Angély. 
—  Henri  de  la  Rochefoucault,  1661,  f  1708.  Sous  lui  se 
restaura  l'abbaye  (église  et  bâtiments),  et,  en  1676,  il 
reçut  Paul  Beurier,  abbé  de  Ste-Geneviève  du  Mont, 
qui  bénit  l'église  réédifiée.  —  Alexandre  de  Johanne 
de  Saumery,  nommé  à  Noël  1708,  prend  possession  le 
25  août  1710  :  encore  présent  en  1744.  —  Mgr  de  Bou- 
teville,  évêque  de  Grenoble,  encore  abbé  en  1780.  — 
Mgr  de  Talleyrand,  jusqu'en  1791. 

Prieurés,  cures  dépendant  de  l'abbaye.  —  Prieurés  : 
S. -Martin  d'Asnières,  S.-Maixent  de  Paisais-le-Chapt, 
S. -Martin  de  Périgné,  S. -Martin  de  Quenlieu  (dom 
Besse,  m,  273,  l'attribue  faussement  à  S.-Hilaire  de  la 
Celle). 

Cures  :  S.  Hilaire  de  Celles,  S. -Martin  d'Augé,  Ste- 
Blandine,  S.-Médard  de  Germond,  S. -Germain  de 
Juillé,  S.-Maixent  de  Jussecors,  S.-Hilaire  de  Ligny, 
S.-Hippolyte  de  Luché,  S. -Martin  près  Melle,  S.-Mé- 
dard de  Fonville,  S. -Sauvant,  S.-Sulpice  de  Tillou 
(liste  donnée  par  Lévrier,  p.  14). 

Chapelles  dépendant  de  l'abbaye  :  Ste-Catherine, 
chapelle  régulière,  dépendant  de  l'Aumônerie;  de  la 
Fougeraye,  chapelle  régulière,  au  château  de  ce  nom, 
à  8  km.  de  Celles;  Fillopes  (chap.  rég.);  de  la  Guillo- 
tière,  au  château  de  ce  nom,  près  Melle;  S. -Michel, 
dans  l'église  même  de  N.-D.  de  Celles;  de  l'Oie 
Blanche  ou  de  l'Herminette,  ou  de  la  Blanchardière,  à 
Châteauneuf,  commune  de  Vitré;  des  Pastureaux,  à 
La  Groie-l'Abbé,  près  Celles;  des  Philippes,  ou  cha- 
pelle de  Gonzais,  près  Celles;  S.-Pierre-du-Treuil,  qui 
était  la  chapelle  de  la  maison  de  plaisance  de  l'abbaye. 

Domaine,  revenus  de  l'abbaye  et  ses  obligations.  — 
Obligations  :  Le  grand  Gauthier  (niw  s.)  nous  ap- 
prend :  Abbatia  de  Cella  Béate  Marie  débet  (episcopo) 
duas  procurationes.  —  Un  livre  de  recettes  de  1326  pour 
le  compte  de  la  cour  de  Rome  nous  dit  que  abbas  de 
Cella  solvit  XX  lib.  Turon.  (à  Rome). 

Domaine  :  La  notice  de  Lévrier  sur  Celles  (p.  25) 
donne  les  noms  des  métairies  ou  terres  appartenant  à 
l'abbaye  :  à  Celles  (sans  doute),  Briette,  les  Feux,  la 
Revêtison,  Pied-de-Coi,  Biscière,  la  Carte,  la  métairie 
aux  moines,  les  Vaux,  le  Genêt;  —  à  Vitré,  l'infir- 
merie, les  Ombrails,  la  Groie-l'Abbé,  le  Treuil,  la 
Moulinne;  —  à  Viré,  à  Bonneuil,  la  Forêt,  Chaloue; 
à  Tauché,  à  Trion.  L'abbaye  possédait  encore  un 
nombre  considérable  de  bois  et  borderies  à  Celles. 

En  1787,  les  revenus  de  l'abbaye  atteignaient 
14  000  livres. 

Archives  départementales  de  la  Vienne,  série  H.  — 
Archives  historiques  de  Saintonge,  i,  398.  —  Bibliothèque 
de  La  Rochelle,  ms.  286,  p.  8;  ms.  622,  p.  33.  —  Albarel, 
Histoire  du  pèlerinage  de  Noire-Dame  de  Celles,  dans  Semaine 
religieuse  de  Poitiers,  1865,  p.  84-86.  —  Gallia  cliristiana,  li, 
1720,  col.  620,  622,  1109,  1144,  1170,  1179,  1183,  1201, 
1215, 1220, 1337-1340,  1349, 1305-1306,  1376.  —  Largeault, 
La  Vierge  miraculeuse  de  Celles-sur-Belle,  Melle,  1898,  in-8°; 
Id.,  N.-D.  de  Celles,  son  abbaye,  son  pèlerinage,  Parthe- 
nay,  1900.  —  Lévrier,  Historique  de  l'abbaye  de  Celles, 
Niort,  1865,  41  p.;  Id.,  Celles-sur-Belle,  dans  Annuaire 
des  Deux-Sèvres,  1895,  p.  812-16. 

P.  Calendini. 
CELLITES    ou    ALEXIENS,  appellation 
donnée  aux  membres  d'une  congrégation  religieuse  de 
frères  lais  ayant  pour  but  de  soigner  les  malades  et 
plus  spécialement  d'hospitaliser  les  aliénés.  Selon 


119 


CELLITES 


120 


toute  vraisemblance  leur  nom  de  Cellites,  ou  de 
Cellebroeders  (Zellbrûder),  —  comme  les  appelait  et  les 
appelle  encore  le  public,  —  dérive  de  cella  (cellule, 
cabane),  parce  que,  à  l'origine,  ces  pieux  laïcs  habi- 
taient des  maisonnettes  ou  huttes,  construites  autour 
ou  dans  le  proche  voisinage  des  nosocomia  et  xenodo- 
chia  médiévaux  (hôpitaux,  hospices,  léproseries,  ladre- 
ries, etc.).  C'est  à  tort,  semble-t-il,  qu'on  a  voulu  rat- 
tacher leur  dénomination  au  mot  cellae,  pris  dans  l'ac- 
ception particulière,  et  pour  le  moins  forcée,  de 
«  caveaux,  tombes  où  ils  enterraient  les  morts  » 
(R.  Hedde,  Lollards,  dans  D.  T.  C,  ix,  913).  Autant  il 
est  sûr  que  les  frères  avaient  coutume  d'ensevelir  les 
cadavres  des  pestiférés  et  d'autres  défunts,  autant  il 
reste  douteux  que  le  mot  cella  ait  signifié  au  Moyen 
Age  sépulcre,  tombeau  (comme  on  peut  le  voir  dans 
du  Gange,  Glossarium  med.  et  infim.  latinitatis). 
D'autres  ont  rattaché  la  dénomination  à  cella,  dans  le 
sens  particulier  de  prison,  parce  que  les  frères  soi- 
gnaient les  déments  furieux  et  les  malades  difTiciles 
dans  des  chambrettes  séparées.  A  cela  s'oppose  que  ces 
pieux  laïcs  paraissent  avoir  déjà  porté  ce  nom  vers  le 
milieu  du  xiv«  s.,  avant  que  l'hospitalisation  des  alié- 
nés ne  soit  devenue  leur  occupation  principale.  La 
première  hypothèse  est  de  loin  la  plus  naturelle.  Elle 
acquiert  un  surcroît  de  probabilité  quand  on  songe 
que  la  plupart  de  nos  hôpitaux,  aux  xn«  et  xiii"=  s., 
groupaient  autour  d'eux  un  assez  grand  nombre  d'er- 
mites, ou  plus  précisément  de  reclus  et  de  recluses, 
qui,  tout  en  rendant  service  aux  pauvres  et  aux  ma- 
lades, se  retiraient,  une  fois  leur  besogne  finie,  dans  la 
solitude  de  leurs  maisonnettes  privées  (cellae,  lugu- 
riola)  —  tant  était  vive,  à  cette  époque,  la  poussée 
vers  la  vie  érémitique  et  pénitentielle. 

L'origine  des  Cellites  n'a  pas  encore  été  étudiée  ex 
professa.  On  la  fait  généralement  remonter  au  xiv^  s., 
alors  que  cette  époque  coïncide  déjà  avec  la  floraison 
et  la  grande  expansion  de  l'institut  plutôt  qu'avec  ses 
débuts,  qui  sont  bien  plus  anciens.  Cet  âge  d'or,  qui 
commence  dès  la  seconde  moitié  du  xiv^  s.,  les  frères 
le  doivent  en  grande  partie  aux  désolantes  calamités 
causées  par  la  peste  noire.  Ils  s'établissent  alors 
avec  une  étonnante  rapidité  non  seulement  dans  le 
Brabant  et  le  pays  de  Liège,  —  leur  terre  d'origine,  — 
mais  encore  dans  les  villes  rhénanes  et  de  la  basse 
Allemagne  :  Aix-la-Chapelle,  Cologne,  Neuss,  Stras- 
bourg, Brunswick,  Hambourg,  etc.,  bientôt  aussi  dans 
celles  de  Hollande  :  Amsterdam,  Bois-le-Duc,  Delft, 
Deventer,  Dordrecht,  Gouda,  Haarlem,  Kampen,  La 
Brielle,  Leyde,  Middelbourg,  Rotterdam,  Utrecht,  etc. 
Le  courage  et  le  dévouement  de  ces  religieux  vis-à-vis 
des  pestiférés  étant  universellement  appréciés,  le 
])euple  aussi  bien  que  les  magistrats  ne  cessaient  de 
réclamer  leur  présence,  tant  pour  desservir  leurs  mala- 
dreries  que  pour  leur  en  confier  de  nouvelles.  Outre 
l'assistance  des  souffrants,  les  frères  prenaient  à  tâche 
d'inhumer  les  cadavres  des  malheureux  succombés  à 
une  maladie  contagieuse  et  des  pauvres  délaissés.  Ce 
qui  leur  valut  (par  allusion  à  l'exemple  du  personnage 
biblique  Tobie)  le  nom  de  Tobites.  Jusqu'à  cette 
époque,  et  encore  au  xv^s.,  le  soin  et  l'hospitalisation 
des  aliénés  ne  semblent  pas  encore  incomber  de  façon 
marquante  à  leur  institut. 

S'il  est  sûr  que  l'origine  de  leur  congrégation  se 
rattache  au  mouvement  des  bégards-béguines  (v. 
D.  H.  G.  E.,  VII,  426-41,  1341-52  :  Bégardisme  et 
Béguinages),  il  n'est  pas  établi  —  bien  que  généra- 
lement on  l'admette  —  que  cette  évolution  ait  eu  lieu 
au  cours  du  xiv«  s.  Des  indications  sérieuses,  et  d'ail- 
leurs fort  suggestives,  tendent  à  faire  prévaloir  l'opi- 
nion, selon  laquelle  les  lointains  débuts  de  leur  insti- 
tut coïncident  avec  les  premières  manifestations 
mêmes  du  béguinisme,  pourvu  qu'on  fasse  abstrac- 


tion de  la  dénomination  de  Cellites  (celle-ci  ne  com- 
mence à  être  mentionnée  qu'à  partir  de  la  seconde 
moitié  du  xiv«  s.).  En  effet,  le  soin  des  malades  dans 
les  hôpitaux  et  léproseries  de  la  fin  du  xii^  s.  rentre 
parfaitement  dans  les  attributions  d'une  catégorie 
spéciale  de  bégards  et  de  béguines  :  pieux  laïcs,  aux- 
quels on  donnera  plus  tard  les  noms  de  Pauvres, 
«  Willigen  Armen  »  (Pauvres  volontaires),  «  Mate- 
mans  »  (mot  thiois  qui  signifie  ;  pauvres),  «  Schwes- 
trionen  »  (le  mot  allemand  Schwester  pourvu  d'un 
suffixe  roman  masculin),  Lollards  (v.  cet  art.),  etc., 
alors  que  les  femmes  seront  appelées  «  Mate\vy^'en 
Schwestern  (Sweyster),  Béguttes.  Or  toutes  ces  déno- 
minations sont  identiques  à  celles  qu'ont  réellement 
portées  les  Cellites  et  les  sœurs  faisant  partie  de  leurs 
confréries.  De  plus,  on  constate  que  les  bégards-bé- 
guines attachés  aux  hôpitaux  étaient  au  début  bien 
souvent  logés  dans  des  huttes  ou  maisonnettes  autour 
des  établissements  qu'ils  desservaient.  Leurs  petites 
demeures  formaient  une  double  agglomération,  l'une 
habitée  exclusivement  par  les  hommes,  l'autre  stricte- 
ment réservée  aux  femmes.  Cette  même  coutume  a  été 
en  vigueur  chez  les  Cellites,  particulièrement  dans  les 
contrées  rhénanes,  où  elle  n'a  pas  encore  disparu  en 
plein  XV*  s.  De  ce  point  de  vue,  une  bulle  de  Boni- 
face  IX,  adressée  en  1395  aux  prélats  de  la  Rhénanie, 
du  Brabant  et  des  Flandres,  ne  manque  pas  de  revêtir 
un  intérêt  particulier.  Le  pape  y  prend  les  Cellites 
sous  sa  protection  spéciale.  Elle  débute  :  «  Sane  nuper 
accepimus  quod  in  vestris...  diocesibus  atque  locis 
existere  consueverunt...  nonnuUae  personae  pauperes, 
utriusque  sexus,  divisim,  viri  scilicet  coniunctim  in 
suis,  et  mulieres  eliam  coniunctim  in  domibus  suis 
absque  mutua  ipsorum  conversatione  commorantes, 
quae...  in  paupertate  et  continentia...  vivunt,...  pau- 
peres et  miserabiles  personas,  petentes,  ad  eorum 
recipiunt  hospitia,  et  alla  exercent...  opéra  caritatis, 
infirmos  scilicet  visitando...  custodiendo  et  fovendo; 
ac  decedentium  corpora  fidelium...  ad  sepulturam 
ecclesiasticam  deferendo  ».  A  peu  près  la  même  des- 
cription dans  une  bulle  d'Eugène  IV  en  1431,  qui 
déclare  expressément  qu'il  s'agit  des  «  dilectos  filios  de 
cellis,  seu  voluntariae  paupertatis  pauperes  communiter 
nuncupatae  »,  c.-à-d.  des  Cellites  ou  «  Willigen  Armen  » 
(les  deux  documents,  dans  Mosheim,  De  Begliardis  et 
Beguinabus,  Append.  II,  p.  653-55,  668-73).  On  ne 
voit  donc  pas  comment  ces  pieux  laïcs  seraient  dis- 
tincts des  bégards-béguines  de  la  vie  hospitalière,  qui 
commencent  à  surgir  dans  la  partie  romane  de  la 
Belgique  actuelle  dès  1175.  Les  premiers  groupes 
connus  se  forment  autour  de  l'hôpital  de  S. -Christophe 
à  Liège  sous  la  direction  de  Lambert  li  Beges  (v.  ce 
nom),  autour  de  la  léproserie  du  Mont-Cornillon 
(Liège)  et  dans  le  voisinage  de  la  maladrerie  dirigée 
depuis  1180  par  la  Bse  Ivette  de  Huy. 

Tout  comme  le  mouvement  béguinal,  l'institut  des 
Cellites  eut  à  subir  les  attaques  d'une  partie  du  clergé 
séculier,  qui  se  plaisait  à  confondre  ces  pieux  laïcs 
avec  les  hérétiques  de  même  nom  :  Bégards  (hétéro- 
doxes), Lollards,  Schwestrions.  D'ailleurs  les  frères, 
contrairement  aux  décisions  du  IV^  concile  de  Latran 
(1215),  n'avaient  pas  de  vœux  monastiques,  ni  de 
règle  approuvée  par  le  Saint-Siège.  Ce  qui  devait 
faciliter  les  attaques  déclenchées  contre  eux.  C'est  une 
des  raisons  qui  les  poussaient  à  chercher  protection 
dans  la  règle  du  tiers-ordre  franciscain.  D'autres,  sur- 
tout à  partir  de  1459  (Pie  II),  embrassèrent  la 
règle  de  S.  Augustin,  exemple  bientôt  suivi  par  presque 
toutes  leurs  confréries  (approbation  de  Sixte  IV  en 
1472).  Ils  émettaient  dès  lors  les  trois  vœux  tradi- 
tionnels, tout  en  restant  des  frères  lais  et  se  vouant, 
comme  de  coutume,  à  l'apostolat  de  la  charité. 
Exceptionnellement  des  prêtres  faisaient  partie  de  leur 


121 


CELLITES 


—  CELLOT  (LOUIS) 


122 


ordre  :  ils  n'étaient  admis  qu'autant  que  l'exi- 
geait le  service  religieux  de  leur  chapelle. 

La  réforme  protestante  leur  fît  perdre  la  plupart  de 
leurs  maisons  en  pays  rhénan  et  en  Hollande,  deux 
provinces  où  ils  étaient  particulièrement  nombreux. 
En  Belgique  au  contraire,  dès  le  xvn«  s.,  les  frères 
réussirent  à  réaliser  un  grand  renouveau,  qui  se  fit 
ressentir  dans  d'autres  pays.  Un  des  zélateurs  fut  le 
frère  Jean  Tack,  provincial  de  l'ordre  et  supérieur  du 
couvent  de  Louvain.  Il  mourut  en  1694,  léguant  à  ses 
religieux  un  livre  flamand,  rédigé  par  lui  et  intitulé  : 
Le  véritable  religieux  ou  traité  abrégé  des  vertus  et  de  la 
perfection  nécessaires  à  la  vie  claustrale.  La  Révolu- 
tion française  mit  fin  à  ce  réveil.  Toutefois  ils  ne 
furent  pas  supprimés  partout,  l'État  jugeant  leur  pré- 
sence utile  à  cause  des  services  qu'ils  rendaient  aux 
aliénés.  Dès  1825,  nouveaux  et  fructueux  efforts  pour 
relever  l'institut.  Cette  fois  dans  les  contrées  rhénanes 
avec,  comme  centre  d'activité,  le  couvent  d'Aix-la- 
Chapelle  (Marienberg).  Le  recteur  Brock  (1854)  se  mit 
à  la  tête  du  mouvement  et  réussit  à  introduire  de 
nouveaux  statuts  approuvés  par  le  Saint-Siège  (1870), 
auxquels  accédèrent  bientôt  la  plupart  des  maisons 
allemandes.  Au  cours  des  dernières  années,  le  nombre 
total  des  frères  ne  dépassait  plus  guère  les  600.  Ils  ont 
des  maisons  en  Angleterre,  en  Irlande  et  aux  États- 
Unis,  de  même  encore  un  certain  nombre  en  Alle- 
magne. En  Belgique,  ils  comptent  6  couvents,  dont 
Bruxelles,  Diest,  Louvain  et  Tirlemont  sont  anciens, 
avec  en  tout  une  soixantaine  de  religieux.  Leur  réappa- 
rition au.x  Pays-Bas  date  de  1914  :  une  fondation 
(émanée  de  Belgique)  pour  enfants  tuberculeux  à  Son 
(Eindhoven),  une  autre  à  Breugel.  —  Au  Moyen  Age 
les  frères  portaient  un  habit  gris,  c.-à-d.  de  laine  gros- 
sière non  teinte  —  la  livrée  des  «  Pauvres  du  Christ  »  — 
un  scapulaire  noir  et  un  capuce;  de  plus,  pour  sortir  et 
assister  aux  enterrements,  un  long  manteau  gris  aux 
larges  plis.  De  nos  jours,  ils  ont  un  vêtement  noir, 
relié  par  une  ceinture  de  cuir. 

Un  autre  nom,  fort  répandu,  pour  Cellites  e^t  celui 
d'Alexiens.  Aux  yeux  des  gens  du  Moyen  Age, 
S.  Alexis  (D.  H.  G.  E.,  ii,  379-81)  --  qui  fut  un  Orien- 
tal de  l'antiquité  chrétienne  et  non  pas  un  Romain, 
comme  on  le  croyait  alors  —  apparaissait  comme  le 
patron,  non  seulement  de  la  continence  et  de  la  pau- 
vreté volontaires,  mais  encore,  et  de  façon  plus  expli- 
cite, des  œuvres  de  charité.  La  Vie  de  S.  Alexis  rimée 
et  traduite  du  latin  déjà  au  milieu  du  xi«  s.  contribua 
fortement  à  rendre  populaire  la  figure  de  cet  ascète. 
Nous  voyons  même  que  Valdo  (v.  Vaudois),  d'après 
la  chronique  de  Laon  {M.  G.  H.,  SS.,  xxvi,  447),  se 
convertit  en  écoutant  déclamer  par  un  troubadour  le 
pieux  récit  de  cette  légende.  Il  n'est  donc  pas  éton- 
nant qu'Alexis  ait  figuré  très  tôt  comme  le  patron  des 
institutions  vouées  aux  œuvres  de  miséricorde. 

Quant  aux  Cellitines  (Cellitissae),  qui  forment  la 
branche  féminine  de  l'ordre,  leur  origine  et  leur 
première  histoire  se  confondent  avec  celles  des  frères, 
avec  lesquels,  comme  il  a  été  dit,  elles  ont  formé  en 
certains  lieux  des  espèces  de  couvents  doubles.  On  les  a 
désignées  sous  diverses  appellations  :  «  Cellesusteren  », 
«  Graeuwsusteren  »  (Sœurs  grises),  «  Swesteren  »,  éga- 
lement «  Brootsusteren  »,  sans  doute  parce  qu'elles 
recueillaient  parfois  des  aumônes,  et  notamment  du 
pain,  pour  leurs  établissements  de  bienfaisance  :  tels 
aussi  certains  bégards  («  Brotbegarden  »)  en  Alle- 
magne et  ailleurs  qui  mendiaient  «  du  pain  pour 
l'amour  de  Dieu  »  («  Brot  durch  Gottl  »).  De  nos  jours, 
elles  sont  mieux  connues  sous  les  noms  û'Alexiennes 
et  surtout  de  Sœurs  noires.  Elles  n'étaient  pas  tou- 
jours attachées  aux  hôpitaux,  mais  allaient  parfois 
soigner  les  malades  à  domicile.  Nombreuses  en  Bel- 
gique, où  elles  subsistent  encore  aujourd'hui,  elles 


eurent  également  des  maisons  dans  presque  toutes  les 
villes  de  Hollande  :  quelques  couvents  comme  celui  de 
S. -Alexis  à  Amsterdam  ont  gardé  une  certaine  noto- 
riété. Elles  y  observaient  des  statuts  détaillés,  aux- 
quels l'évêque  d'Utrecht,  David  de  Bourgogne,  en 
1457,  avait  accordé  sa  haute  approbation.  Dans  les 
contrées  rhénanes,  elles  comptaient  avant  la  dernière 
guerre  mondiale  200  maisons  et  environ  2  500  sœurs. 
On  y  suit  la  règle  de  S. -Augustin. 

Sources.  —  Les  Vitae  de  Ste  Marie  d'Oignies,  de  Ste  Ju- 
lienne de  Cornillon  et  de  la  Bse  Ivette  d'Huy,  dans  A.  S. 
(éd.  Palmé,  Paris-Rome,  1863  sq.),  juin,  v,  542-72  (550  sq., 
565  sq.  et  passim);  avril,  i,  435-76  (436  sq.  et  455);  janv.. 
Il,  145-69  (152  sq.,  157  et  passim).  —  A.  Fay en,  L' »  atiti- 
graphum  Pétri  »  et  les  lettres  concernant  Lambert  le  Bègue 
conservées  dans  le  manuscrit  de  Glasgow  (Compte  rendu  des 
séances  de  la  Comm.  roy.  d'hist.,  lxvih  [sér.  V,  t.  ix]), 
Bruxelles,  1899,  p.  255-356  (330,  342  sq.  et  352). 

Travaux.  —  a)  Généraux:  J.-L.  de  Mosheim.De  Beghardis 
etBeguinabus  commentarius,ediditetlocupletavit  G.  H.  Mar- 
tini, Leipzig,  1790,  p.  8,  69,  156,  352,  400,  405  sq.,  430, 
457,  461,  583  sq.,  587  sq.,  652-56,  668-75  et  passim.  — 
M.  Heimbucher,  Die  Orden  und  Kongregationen  der  kath. 
Kirche,  ii,  1934,  p.  233-35.  —  A.  Mens,  Oorsprong  en  bete- 
kenis  van  de  Nederlandse  begijnenen  begardenbeweging, 
Anvers,  1947,  p.  44-45,  244,  383-97.  —  b)  Régionaux  et 
locaux  :  I.  Walvis,  Beschrijving  der  stad  Gouda,  Leyde, 
II,  1714,  p.  146-50.  —  R.-C.-H.  Rômer,  Geschiedkundig  over- 
zigt  van  de  kloosters  en  abdijen  in...  Holland  en  Zeeland, 

1,  Leyde,  1854,  p.  647  sq.  —  W.  MoU,  Kerkgeschiedenis 
van  Nederland  vôôr  de  Hervorming,  .\rnhem,  1867,  II'  part., 

2,  p.  159-64.  —  l.-H.  van  Eeghen,  Vrouwenkloosters  en 
begijnhof  te  Amsterdam,  Amsterd.,  1941,  p.  111-14.  — 
E.  Van  Even,  Louvain  dans  le  passé  et  dans  le  présent, 
Louvain,  1895,  p.  480-82,  517-19.  —  P.  Masoin,  Les  aliénés 
à  Louvain  dans  les  siècles  passés,  extrait  de  la  Revue  médi- 
cale de  Louvain,  n.  22, 1937,  p.  1-6.  —  D.  Du  Bois,  Het  oude 
Diest,  Diest,  1934,  p.  144-48,  178-83.  —  Plus  spécialement 
pour  l'AUemagne,  L.  T.  K.,  i,  1930,  p.  258-59. 

A.  Mens. 

CELLIUS  (Antoine),  théologien  dominicain 
(xvii-^  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2089. 

CELLOT  (Louis),  jésuite,  né  et  mort  à  Paris, 
1588-20  oct.  1658.  Entré  au  noviciat  en  1605,  il  passa 
la  plus  grande  partie  de  sa  vie  religieuse  au  collège  de 
La  Flèche,  soit  comme  étudiant  soit  comme  régent. 
Après  sa  théologie,  il  succéda  aux  PP.  Petau  et 
Caussin  dans  la  chaire  de  rhétorique  et  de  1626  à  1637 
il  dirigea  le  pensionnat,  puis  fut  professeur  d'Écriture 
sainte.  Recteur  du  collège  de  Rouen  de  1637  à  1641,  il 
rentra  à  La  Flèche  pour  y  exercer  la  même  fonction. 
De  1655  à  1658  il  fut  provincial  de  la  province  de 
Paris.  Fidèle  aux  traditions  établies  par  Petau  et 
Caussin,  il  se  distingua  comme  poète  latin.  Ses  tragé- 
dies furent  jouées  au  collège  entre  1618  et  1626,  et 
trois  d'entre  elles  :  Chosroes,  Sapor  et  Adrianus,  ainsi 
qu'une  tragi-comédie,  Reviviscentes,  «  les  Revenants  », 
furent  éditées  en  1630  dans  les  Opéra  poetica  P.  L. 
Cellotii.  Les  éditeurs  des  Selectae  patrum  Societalis 
Jesu  Iragoediae,  Anvers,  1634,  insérèrent  daitis  leur 
choix  les  œuvres  de  Cellot.  Rotrou  n'hésita  pas  à  em- 
prunter le  sujet  et  les  personnages  de  son  Chosroes  à  la 
tragédie  du  P.  Cellot,  et  à  puiser  largement  dans 
V  Adrianus  pour  son  Saint- Genest.  De  l'aveu  d'Émile 
Deschanel  {Le  romantisme  des  classiques,  269),  il  y 
prit,  en  élaguant  les  longues  tirades,  les  principales 
scènes,  les  personnages  avec  leurs  noms,  les  plus  beaux 
vers,  les  plus  beaux  traits,  en  se  contentant  de  les 
traduire. 

D'autres  œuvres  de  nature  bien  différente  appor- 
tèrent au  P.  Cellot  une  renommée  moins  paisible.  Les 
difTicultés  entre  le  délégué  apostolique  Richard  Smith, 
évêque  de  Chalcédoine,  et  les  réguliers  en  Angleterre, 
et  les  polémiques  qui  en  furent  la  conséquence  avaient 
eu  leur  contre-coup  en  France.  LaSorbonneetl'Assem- 


123 


CELLOT 


(LOUIS) 


124 


blée  du  clergé  avaient  pris  fait  et  cause  pour  le  délégué 
et  censuré  les  écrits  pseudonymes  des  PP.  Knott  et 
Floyd,  S.  J.  Sur  un  appel  de  la  noblesse  catholique 
anglaise  au  pape  Urbain  VIII,  celui-ci,  en  un  bref  du 

10  mai  1631,  tout  en  s'efforçant  de  pacifier  les  esprits, 
s'était  prononcé  en  faveur  des  religieux.  Malgré  la  dé- 
fense qu'il  portait,  sous  peine  d'excommunication,  de 
renouveler  les  anciennes  discussions,  trois  écrits  furent 
publiés  pour  la  défense  de  Richard  Smith.  Bientôt 
deux  écrits  latins  prirent  la  défense  des  auteurs 
censurés  contre  la  censure  de  la  faculté  de  théologie  : 
Spongia,  etc.  et  contre  la  circulaire  des  évêques  : 
Plainte  apologétique  de  l'Église  anglicane.  Sous  le 
pseudonyme  Herman  Loemelius,  l'auteur  des  deux 
réponses,  se  cachait,  comme  on  le  sut  plus  tard,  le 
P.  Floyd,  S.  J.,  professeur  à  S. -Orner.  Ce  fut  l'occasion 
pour  le  Dr  François  Rallier  de  publier  en  1632  ses 
Vindiciae  in  Spongiam  et  son  De  sacris  ordinibus  où  il 
attaquait  violemment  les  réguliers.  Du  Vergier  de 
Hauranne,  abbé  de  S.-Cyran,  en  profita  pour  lancer 
dans  le  public,  sous  le  nom  de  Petrus  Aurelius,  ses  deux 
volumes  Vindiciae  Censurae  Facultatis  theologiae  Pari- 
siensis  adversus  Danielem  a  Jesu  et  Loemelii  Spongiam. 
Outre  les  théories  épiscopaliennes  qu'il  y  exposait, 
l'auteur  s'y  répandait  en  attaques  odieuses  contre  la 
Compagnie  de  Jésus.  Sur  les  recommandations  du 
pape  et  de  leur  général,  les  jésuites  français  évitèrent 
de  se  mêler  à  la  querelle,  mais  ils  se  plaignirent  au  roi 
des  attaques  d'Aurelius  et  demandèrent  la  suppression 
de  ses  ouvrages.  Le  clergé  s'y  opposa.  Les  jésuites,  en 
guise  de  preuve,  publièrent  un  recueil  des  calomnies 
débitées  contre  eux,  mais  cela  n'eut  d'autre  effet  que 
de  susciter  de  nouveaux  pamphlets.  Les  supérieurs  des 
maisons  de  Paris  et  le  confesseur  du  roi  désavouèrent 
les  écrits  des  auteurs  encore  inconnus  d'eux  qui  avaient 
écrit  contre  les  censures.  L'Assemblée  du  clergé  blâma, 

11  est  vrai,  les  excès  de  langage  de  Petrus  Aurelius, 
mais  soutint  ses  théories.  L'assemblée  décennale  du 
clergé  de  1635  ranima  les  querelles  entre  séculiers  et 
réguliers.  Petrus  Aurelius  et  Hallier  avaient  prétendu 
exclure  les  réguliers  de  la  hiérarchie  en  vertu  de  leur 
institution.  Le  P.  Cellot,  alors  professeur  d'Écriture 
sainte  à  La  Flèche,  composa  son  livre  De  hierarchia  et 
hierarchis  pour  établir  qu'au  contraire  ils  font  partie 
de  la  hiérarchie.  Dédié  à  Urbain  VIII,  l'ouvrage  parut 
en  1641  et  porte  l'approbation  de  quatre  docteurs  tous 
réguliers,  deux  de  Paris  et  deux  d'Angers.  Il  est 
divisé  en  neuf  livres  dont  le  premier  traite  de  hierar- 
chia in  génère;  le  2«  de  hierarchia  caelesti;  le  3«  de 
hierarchia  ecclesiastica  in  communi;  le  4«  de  inflma 
hierarchiae  ecclesiasticae  specie  quae  est  iurisdictionis ; 
le  5"  de  regularibus  in  hierarchia  iurisdictionis;  le  6"  de 
secunda  hierarchiae  ecclesiasticae  specie  quae  est  or- 
dinis;  le  7^  de  regularibus  in  hierarchia  ordinis;  le  8«  de 
suprema  hierarchiae  ecclesiasticae  specie  quae  est  cha-  | 
rismatis;  le  9«  de  regularibus  in  hierarchia  charismatis 
sive  gratiarum.  Au  ch.  xvi  du  1.  III,  il  divise  la  hiérar- 
chie de  l'Église  universelle,  dans  son  sens  le  plus  strict, 
en  trois  parties  ou  hiérarchies  particulières  :  la  première 
et  la  plus  élevée  est  celle  des  dons  ou  des  grâces  gra- 
tuites données  pour  le  salut  des  autres,  la  2"=  est  celle 
de  l'ordre,  la  3^  celle  de  la  juridiction.  La  première  est 
caractérisée  par  la  sainteté,  la  2"  par  la  consécration, 
la  3"  par  la  mission.  La  l™  donne  une  autorité  d'excel- 
lence, la  2«  une  simple  puissance  ou  office  d'après  l'ex- 
pression de  S.  Thomas,  la  3«  la  juridiction.  Ces  trois 
hiérarchies  sont  soumises  à  l'évêque  de  Rome  comme 
au  souverain  hiérarque  et  les  religieux  entrent  dans 
chacune  d'elles  soit  directement,  soit  excellemment, 
soit  par  commission.  Sans  aucun  doute,  c'est  la  double 
œuvre  du  Pseudo-aréopagite  qui  suggéra  au  P.  Cellot 
l'idée  de  cette  construction  compliquée  et  subtile  qui 
n'a  certes  pas  la  netteté  de  lignes  d'un  édifice  juri- 


dique. On  n'y  peut  toutefois,  sans  parti  pris,  déceler 
une  intention  de  diminuer  la  dignité  ni  les  droits  de 
l'épiscopat.  L'auteur  s'en  défend  et  qui  peut  croire 
qu'après  les  affaires  dont  nous  parlons  plus  haut,  les 
supérieurs  de  la  Compagnie  eussent  toléré  une  si  in- 
signe imprudence?  L'Assemblée  du  clergé  réunie  à 
Mantes  fit  néanmoins  examiner  le  livre  par  deux  amis 
dévoués  de  Saint-Cyran,  les  évêques  de  Chartres  et  de 
Bazas,  et  sur  leur  rapport  le  condamna  comme  conte- 
nant une  doctrine  nouvelle,  téméraire,  fausse,  perni- 
cieuse et  séditieuse,  tendant  à  diminuer  l'autorité  du 
Saint-Siège,  etc.  On  résolut  même  de  demander  à 
Rome  la  condamnation  du  livre.  Le  P.  Cellot  protesta 
avec  raison  contre  pareille  interprétation  de  son  œuvre 
et  se  défendit  dans  un  mémoire  au  cardinal  Barberini, 
secrétaire  d'État  d'Urbain  VIII.  Il  fut  appelé  à  Paris 
par  son  provincial  afin  de  se  défendre  de  vive  voix.  La 
Sorbonne  de  son  côté  s'apprêtait  à  censurer  le  livre, 
quand  Richelieu,  qui  ne  tenait  pas  à  voir  se  ranimer  la 
querelle  des  séculiers  et  des  réguliers,  arrêta  la  mesure. 
Une  conférence  de  huit  théologiens,  présidée  par 
l'évêque  de  Rennes,  La  Mothe-Houdancourt,  fut 
réunie  et  le  P.  Cellot  fit  non  une  rétractation,  mais  une 
déclaration  sur  quinze  articles  dont  la  doctrine  était 
mise  au  point  et  prouvée  orthodoxe  par  le  contexte. 
On  ne  peut  à  ce  propos,  sans  injustice,  parler  de 
manque  de  sincérité.  Tout  semblait  devoir  se  terminer 
là  et  le  P.  Cellot  préparait  même  une  édition  nouvelle, 
quand  lui  parvint  la  mise  à  l'Index  de  son  ouvrage 
donec  corrigatur  (décret  du  20  nov.  1641).  Cellot 
exprima  sa  surprise  au  cardinal  Barberini  et  se  soumit 
(lettre  de  Cellot,  22  juin  1642,  Archiv.  vatic,  Barbe- 
rini XXXIX,  54,  fol.  352).  Il  est  donc  inexact  de  dire 
qu'il  rejeta  la  condamnation  sous  prétexte  que  le 
Saint-Office  n'avait  pas  juridiction  en  France,  don- 
nant ainsi  un  fâcheux  précédent.  Cellot  répondit  plus 
tard,  dans  son  Horarum  subcesivarum  liber  singularis, 
1648,  aux  attaques  ultérieures  de  Hallier  dans  le  De 
hierarchia  libri  quattuor  et  aux  invectives  de  la  préface 
à  la  2"  éd.  de  l'ouvrage  de  Petrus  Aurelius.  A  propos  de 
sa  condamnation  romaine,  il  y  dit  ;  Sacrae  Congrega- 
tionis  libris  censendis  propositae  iudicium  aequitatis  et 
sapientiae  plénum,  volens  libensque  complector  (7).  Ses 
démarches  ut  ediscerem  quid  Romae  displiceat,  ope 
tandem  amicorum  obtinui  :  aliquot  videlicet  articulas, 
quorum  bonam  parlem  faciunt  quae  de  Regni  et  Eccle- 
siae  Gallicanae  privilegiis,  ornatius,  non  necessita- 
tis  gratta  e  certis  tractatibus  decerpta  in  commenta- 
rium  meum  conieci...  Praefert  autem  articulorum  illa 
séries  hune  titulum  :  Corrigenda  in  libro  P.  Ludovici 
Cellotii  de  Hierarchia  et  Hierarchis  :  Quorum  aliqua 
tolerari  possunt,  sed  ad  maiorem  claritatem  et  abun- 
dantiam  declaranda  sunt,  ut  omnibus  salis flat  (ibid.,  8). 
Il  se  pourrait  que  ce  «  hors-d'œuvre  »  dont  il  fut 
victime  n'ait  été  inséré  par  Cellot  que  pour  ama- 
douer d'éventuels  censeurs  gallicans.  La  Sorbonne 
répliqua  à  la  réponse  de  Cellot  par  la  publication  des 
procès-verbaux  de  la  conférence  de  1641.  Après 
quelque  effervescence  tout  se  calma.  Quand  on  lit  les 
articles  dans  leur  contexte,  on  ne  peut  s'empêcher  de 
trouver  que  le  scandale  des  excerpteurs  était  passa- 
blement pharisaïque  et  le  découpage  tendancieux.  On 
peut  lire  ces  articles  et  d'autres  également  censurés 
dans  l'appendice  du  livre  d'A.  De  Meyer  :  Les 
premières  controverses  jansénistes  en  France,  524-31. 
(Il  en  est  qu'on  cherche  vainement  aux  endroits  indi- 
qués par  les  censeurs.) 

La  publication  d'un  livre  de  François  Véron,  ex- 
jésuite et  curé  de  Charenton,  La  condamnation  de  la 
doctrine  des  Jansénistes...  ou  Jansenii  Gottescalcus 
haereticus  et  le  bâillon  des  Jansénistes,  1648,  provoqua 
une  controverse  autour  du  prédestinatianisme.  Jansé- 
nius,  sur  l'autorité  de  l'évêque  anglican  d'Armagh, 


125 


CELLOT  (LOUIS) 


—  CELSE 


126 


Jacques  Usher,  en  avait  contesté  l'existence.  Le 
P.  Sirmond  avait  publié  sous  le  titre  de  Praedestinatus 
un  manuscrit  d'un  auteur  anonyme  qui  attestait 
l'existence  de  cette  hérésie,  repoussait  l'attribution  de 
cette  doctrine  à  S.  Augustin  et  réfutait  cette  hérésie 
ainsi  qu'un  abrégé  de  l'histoire  des  prédestinatiens. 
Sous  le  nom  de  Gilbert  Manguin  parut  en  1650  un 
ouvrage  en  deux  volumes  :  Veterum  scriptorum  qui  in 
nono  saeculo  de  gratia  scripsenint .  Il  contient  aussi 
une  dissertation  contre  le  P.  Sirmond  :  Vindiciae 
praedestinationis  et  gratiae.  Cellot  publia  à  cette  occa- 
sion Historia  Golieschalci  praedestinatiani  et  accurala 
conlrouersiae  per  eum  revocaiae  disputatio  in  libros 
quinque  distincta,  Paris,  1655  (la  permission  d'impri- 
mer du  provincial  Claude  de  Lingendes  date  du 
13  juin.  1652).  Il  y  ajoute  un  Appendix  miscellanea 
comprenant  huit  opuscules,  les  uns  des  inédits  du 
temps  de  Gottschalc,  d'autres  des  documents  destinés 
à  éclairer  cette  histoire.  Le  4«  opuscule,  un  fragment  de 
S.  Augustin,  De  libero  arbiirio  ex  libris  posterioribus 
contra  Julianum,  rapporté  par  Servat  Loup  de  Fer- 
rières,  suivi  d'une  dissertation  sur  la  matière,  a  été  mis 
à  l'Index  par  un  décret  du  3  avr.  1731.  Dans  les 
Concilia  de  Labbe,  Cellot  publia  les  actes  du  concile  de 
Tusey  (860)  et  les  Notae  in  capitula  Waltheri  Aurelia- 
nensisepiscopi{Concilia,Nin,co\.  1539  et  641).  La  Pa^ro- 
logie  latine  reproduit  ce  dernier  écrit  (P.  L.,  cxix, 
725-26)  ainsi  qu'une  notice  sur  Hincmar  de  Reims 
d'après  Cellot  (P.  L.,  cxxiv,  coL  967-78). 

Les  deux  rectorats  du  P.  Cellot  ne  furent  pas  de 
tout  repos.  A  Rouen,  il  essaya  en  vain  d'apaiser  la 
colère  de  l'archevêque  François  de  Harlay,  irrité  de  ce 
qu'un  prédicateur,  dont  le  zèle  manquait  parfois  de 
prudence,  le  P.  Beaumer,  avait  semblé  blâmer  un  pas- 
sage du  mandement  de  l'archevêque  menaçant  d'ex- 
communication ceux  qui,  sans  excuse  légitime,  man- 
queraient trois  dimanches  consécutifs  à  la  messe  de 
paroisse  et  ceux  qui  défendraient  d'y  aller.  L'arche- 
vêque ayant,  du  coup,  porté  l'affaire  devant  le  roi, 
Richelieu  exigea  une  réparation  solennelle.  Le  P.  Cel- 
lot dut  aller  au  château  de  Gaillon  faire  amende  hono- 
rable devant  une  grande  assemblée;  et  dans  l'église  du 
collège  de  Rouen  un  prédicateur  fit  une  rétractation 
des  paroles  attribuées  au  P.  Beaumer,  préalablement 
éloigné  du  diocèse.  D'après  l'histoire  de  l'Église  de 
Rouen,  Richelieu  demanda  même  le  départ  du  P.  Cel- 
lot qui  fut  transféré  à  La  Flèche.  D'ailleurs  la  publi- 
cation du  De  hierarchia  suscita  à  Rouen  une  nouvelle 
tempête  qui  faillit  compromettre  l'existence  même  du 
collège.  Comme  recteur  de  La  Flèche,  le  P.  Cellot  eut  à 
recevoir  le  cœur  de  Marie  de  Médicis.  La  condescen- 
dance dont  il  fit  preuve  et  ses  précautions  ne  parvin- 
rent à  éviter  qu'il  ne  se  produisît  certains  incidents 
provoqués  par  des  querelles  de  droit  et  de  préséance, 
qu'on  essaya  d'exploiter  contre  les  Jésuites. 

Sommervogel,  ii,  948-52;  ix,  118;  xi,  col.  1284,  194-95. 
—  Southwell,  Bibl.  script.  Soc.  Jes.,  560.  —  Rapin,  S.  J., 
Histoire  du  jansénisme;  Id.,  Mémoires,  i  et  ir.  —  D'Avrigny, 
Mémoires  clironologiques  et  dogmatiques,  ii.  —  De  Roche- 
monteix,  S.  J.,  Le  collège  Henri  IV  de  La  Flèctie,  1889,  i- 
IV.  —  Fouqueray,  S.  J.,  Histoire  de  la  Compagnie  de  Jésus 
en  France,  iv  et  v.  —  De  Meyer,  Les  premières  controverses 
jansénistes  en  France  (1640-1649),  1919.  —  Reusch,  Der 
Index  der  verbotenen  Bûcher,  ii,  288-89.  —  Moréri,  Dict., 
iii,  381-82.  —  Jean  Orcibal,  Jean  Duvergier  de  H.,  abbé 
de  S.-Cyran,  Louvain  et  Paris,  1947,  p.  334  sq. 

A.  De  Bil. 

1.  CELSE,  martyr  sous  Dioclétien,  est  men- 
tionné au  martyrologe  romain  le  9  janvier,  avec 
S.  Julien,  et  localisé  à  Antioche.  L'hiéronymien  le 
place  au  6  janv.  et  le  lieu  du  supplice  est  Antinoé 
d'Égypte.  La  Passion  de  S.  Julien  (B.  H.  G.«,  970), 
qui  inspire  cette  notice,  est  remplie  de  traits  fabu- 
leux. 


A.  S.,  janv.,  i,  570-588.  —  H.  Delehaye,  Les  martyrs 
d'Égypte,  A.  Boll.,  1922,  p.  66,  86.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Dele- 
haye, 28.  —  Mart.  Rom.,  13.  — Synax.  Eccl.  Constant.,  375, 
I  759,  800. 

R.  Van  Doren. 

2.  CELSE,  martyr,  9  avr.  .  Dans  un  ms.  cassi- 
nien  du  martyrologe,  Henschenius  a  lu  un  groupe  de 
martyrs  parmi  lesquels  un  Celse.  Il  les  rattache,  sans 
preuve  pourtant,  à  l'Italie  du  Sud  ou  à  l'Afrique. 

A.  S.,  avrU,  i,  818. 

R.  Van  Doren. 

3.  CELSE,  martyr  à  Milan.  Le  martyrologe 
romain  parle  au  10  mai  de  l'invention  par  S.  Ambroise 
des  corps  desSS.  Nazaire  et  Celse,  enfant  que  le  même 
Nazaire  avait  élevé.  Il  les  fit  transférer  à  la  basilique 
des  SS. -Apôtres.  L'invention  elle-même  est  attestée 
déjà  par  Paulin  dans  sa  Vila  Ambrosii  (B.  H.  L.,  377) 
et,  d'après  ses  données,  elle  se  place  en  395,  sans  qu'on 
puisse  préciser  le  mois  ni  le  jour.  D'autre  part,  Paulin 
ne  dit  rien  de  la  translation  du  corps  de  Celse,  qui,  lui, 
fut  laissé  sur  place.  Les  anciens  calendriers  de  Milan 
disent  aussi,  au  x''  s.  encore,  que  Celse  se  trouvait  dans 
la  basilique  à  côté  de  laquelle  Landolf  II  de  Car- 
canne,  archevêque  de  Milan,  au  témoignage  d'Ar- 
nulphe  (Hist.  mediolan. ,i, 10),  fonda  le  monastère  «  du 
saint  martyr  Celse  ».  Cependant  la  mémoire  de  Celse 
fut  déjà  unie  à  celle  de  Nazaire  par  le  martyrologe 
hiéronymien  (28  juill.).  Au  v  s.,  Galla  Placida  fit 
bâtir  à  Ravenne  une  église  en  l'honneur  des  deux 
saints.  Mais  on  ignorait  tout  à  leur  sujet,  sauf  leurs 
noms.  La  littérature  postérieure  en  fit  des  martyrs 
sous  Néron.  Nazaire,  disait-on,  dans  un  voyage  en 
France,  rencontra  Celse,  ou  à  Évreux  ou  à  Cimiez,  près 
de  Nice.  La  mère  de  l'enfant  le  lui  confia.  Celse  fut 
baptisé  par  S.  Pierre.  Le  maître  et  son  élève,  arrêtés, 
furent  tués  sur  l'ordre  d'Anolinus. 

Les  notices  du  martyrologe  et  du  bréviaire  font 
écho  à  ces  fables,  qui  proviennent  de  la  Passio 
(B.H.L.,  6039).  Plus  tard,  on  crut  que  Celse  avait 
été  citoyen  de  Genèi'e.  Pour  ce  motif,  S.  François 
de  Sales  inséra  les  deux  saints  au  propre  de  son 
diocèse. 

A.  S.,  juin.,  VI,  503-04.  —  D.  A.  C.  L.,  xi,  1040-42.  — 
Lanzoni,  244,  379,  601,  746,  927,  985.  —  F.  Savio,  La 
leggenda  dei  SS.  Nazario  e  Celso,  dans  Ambrosiana,  vin, 
1897.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  400-401.  —  Mari. 
Rom.,  310,  183.  —  Synax.  Eccl.  Constant.,  137-38. 
I  R.  Van  Doren. 

4.  CELSE,  martyr  romain,  est  cité  le  21  nov.  par 
le  martyrologe  romain  avec  Clément.  Celui-ci  est  le 
pape  S.  Clément,  anticipé  à  tort  du  23  nov.  Quant  à 
Celse,  qui  n'est  pas  au  martyrologe  hiéronymien,  Ba- 
ronius  l'a  transcrit  à  cette  date  d'après  un  ms.  défec- 
tueux de  S.  Cyriaque  de  Rome. 

H.  Delehaye,  Étude  sur  le  légendier  romain,  Bruxelles, 
1936,  p.  45.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  611-612.  — 
Mart.  Rom.,  537-38. 

R.  Van  Doren. 

5.  CELSE,  i)rétendu  évêque  (5^)  de  TRÊVES 
(t  vers  142),  successeur  d'Auspicius  (D.  H.  G.  E., 
v,  781-82).  La  légende  de  S.  Eucher  envoyé  par 
S.  Pierre  à  Trêves  et  la  liste  des  25  premiers  évêques 
ne  remontent  qu'au  x''  s.  L'épiscopat  d'Eucher  ne  se 
place  que  vers  250.  Dès  lors  Celse  lui-même  appar- 
tient à  la  légende.  Son  nom  figurerait  pourtant  déjà 
dans  la  version  de  Trêves  du  martyrologe  hiérony- 
mien (début  du  viii"  s.).  Il  y  eut  une  invention  des 
reliques  sous  l'archevêque  Egbert  en  978  (voir  le  texte 
du  récit  de  cette  invention,  par  Thierry  de  S.-Ma- 
thias  (v.  1006)  dans  P.  L.,  cliv,  1233  sq.). 

A.  S.,  févr.,  III,  399-402;  nov.,  ii  [146].  —  B.  H.  L.,  259. 
—  Gall.  christ,  nov.,  xiii,  374-75.  —  L.  T.  K.,  ii,  807.  — 
Duchesne,  Fastes  ép.,  m,  31-32.  —  E.  Winheller,  Die  Lebens- 


127 


CE 


LSE 


128 


beschreibungen  der  vorkaroling.  Bischôfe  v.  Trier  (Diss. 
de  Bonn),  1933,  p.  28  sq. 

R.  Van  Doren. 

6.  CELSE  (Saint),  Celsius,  Celius,  évêque  de 
VERCEIL  le  26«  de  la  liste  épiscopale.  D'après  son 
épitaphe  acrostiche,  qui  est  conservée,  Celse  est  né  en 
611.  II  est  mort  le  13  avr.  entre  658  et  665.  On  a  cepen- 
dant voulu  le  reculer  jusqu'en  695.  Il  serait  ainsi  le 
28«  évêque,  après  Théodore  qui  assista  au  concile  de 
Latran  de  680.  Mais  il  n'y  a  pas  de  motif  de  retarder 
son  élection  à  un  âge  si  avancé,  ni  de  modifier  l'ordre 
de  la  liste  épiscopale. 

C.  I.  L.,  V,  2,  n.  6725.  —  CappeUetti,  xiv,  1858,  p.  349- 
425.  —  Gams,  825.  —  Lanzoni,  1042.  —  Savio,  437-38. 

R.  Van  Doren. 

7.  CELSE,  philosophe  du  ii«  s.,  auteur  du  Dis- 
cours véritable  réfuté  par  Origène.  Nous  ne  savons  rien 
de  la  personnalité  de  Celse  en  dehors  de  ce  que  nous  en 
apprend  Origène.  Lui-même  avait  puisé  ses  renseigne- 
ments dans  l'ouvrage  de  Celse  et  il  ignorait  entière- 
ment l'écrit  et  l'écrivain  avant  d'avoir  été  alerté  par 
son  ami  Ambroise. 

Celse  vivait  donc  au  ii"  s.  de  notre  ère,  mais  il  ne 
nous  est  pas  possible  de  dire  dans  quel  pays  :  il  a 
voyagé  en  Palestine,  en  Phénicie,  en  Égypte,  ce  qui 
veut  dire  tout  au  moins  qu'il  n'était  pas  originaire  de 
l'une  ou  de  l'autre  de  ces  contrées.  Était-il  fixé  à 
Rome?  La  chose  n'est  pas  impossible,  mais  on  n'en  a 
aucune  preuve,  et  l'on  croirait  plutôt  qu'il  vivait  en 
Orient,  s'il  faut  l'identifier,  comme  on  l'a  souvent  ad- 
mis, à  l'ami  de  Lucien  de  Samosate.  Cette  identifica- 
tion, qui  d'ailleurs  est  loin  de  s'imposer,  reste  pos- 
sible :  il  est  vraisemblable  qu'aux  environs  de  180  il 
eût  été  difficile  de  trouver  deux  personnages  du  nom 
de  Celse  qui  s'intéressaient  également  à  la  philosophie 
et  qui  faisaient  preuve,  au  cours  de  leurs  recherches, 
d'autant  de  liberté  d'esprit.  Cependant  il  faut  remar- 
quer que  l'ami  de  Lucien,  le  destinataire  du  spirituel 
traité  sur  Alexandre  d'Abonotique,  avait  écrit  lui- 
même  contre  les  magiciens.  Or  Celse,  l'adversaire 
d'Origène,  croyait  à  la  magie  et  ne  craignait  pas,  à  l'oc- 
casion, d'en  faire  l'apologie.  D'autre  part,  l'ami  de 
Lucien  était  épicurien  :  «  J'ai  voulu,  écrit  Lucien, 
venger  Épicure,  cet  homme  vraiment  sacré,  ce  divin 
génie  qui,  seul,  a  réellement  connu  les  charmes  de  la 
vérité  et  les  a  transmis  à  ses  disciples  dont  il  est 
devenu  le  libérateur.  »  Origène,  au  début  de  sa  réfu- 
tation, semble  croire  que  Celse  était  également  épi- 
curien et  il  ne  perd  pas  une  occasion  pour  faire  le 
procès  d'Épicure,  qui,  on  le  sait,  apparaissait  au 
christianisme  comme  le  seul  philosophe  vraiment  dan- 
gereux, parmi  tous  les  sages  de  la  Grèce.  Mais  en 
avançant  dans  son  travail,  Origène  est  amené  à 
constater  que  son  adversaire  n'est  pas  aussi  attaché  à 
l'épicurisme  qu'il  l'avait  d'abord  soupçonné  et,  très 
loyalement,  il  reconnaît  qu'il  est  beaucoup  plus  proche 
de  Platon  que  d'Épicure.  En  réalité,  l'auteur  du  Dis- 
cours véritable  est  un  éclectique.  Il  a  reçu  une  bonne 
éducation,  il  a  beaucoup  voyagé  et  il  a  beaucoup  lu. 
Il  a  aussi  beaucoup  retenu,  mais  il  ne  s'est  pas  attaché 
à  un  système  déterminé.  Ces  constatations  s'appli- 
queraient-elles à  l'ami  de  Lucien?  Nous  n'oserions 
l'affirmer.  En  toute  hypothèse,  cela  nous  importe  peu. 

Nous  savons  seulement  d'une  manière  certaine  que 
Celse  a  écrit  contre  les  chrétiens  un  ouvrage  en  quatre 
livres  intitulé  Le  discours  véritable,  en  178.  Il  y  avait 
en  efiet  près  de  soixante-dix  ans  que  cet  ouvrage 
avait  été  rédigé  quand  Ambroise,  l'ami  et  le  protec- 
teur d'Origène,  le  découvrit  par  hasard  vers  246-48  et 
demanda  au  prêtre  de  Césarée  d'en  entreprendre  la 
réfutation.  Les  allusions  que  contient  le  Discours  véri- 
table relativement  à  la  situation  de  l'empire,  à  la 
menace  des  Barbares,  à  la  proscription  des  chrétiens 


nous  permettent  de  fixer  exactement  sa  date  au  mo- 
ment où  Marc-Aurèle  recommence  à  persécuter  le 
christianisme  et  où  les  menaces  incessantes  des  Bar- 
bares obligent  l'empereur  à  entreprendre  les  difficiles 
campagnes  du  Danube  où  il  trouvera  la  mort. 

L'idée  même  d'un  pareil  ouvrage  suppose  chez  son 
auteur  une  réelle  largeur  d'esprit  et  une  information 
peu  commune  chez  un  païen.  Celse  est  en  effet  le 
premier,  ou  tout  au  moins  l'un  des  premiers  parmi  les 
philosophes  ou  les  rhéteurs,  à  prendre  les  chrétiens  au 
sérieux  et  à  s'occuper  d'eux  dans  un  traité  développé. 
Il  est  vrai  qu'avant  lui  le  rhéteur  L.  Cornélius  Fron- 
ton, l'ami  d'Antonin  et  le  maître  d'éloquence  de 
Marc-Aurèle,  avait  été  amené  à  prononcer  un  discours 
contre  les  chrétiens.  Si  nous  pouvons,  comme  on  l'a 
parfois  supposé,  juger  de  ce  discours  perdu  par  l'Octa- 
vius  de  Minucius  Félix,  où  le  païen  Caecilius  se  bor- 
nerait à  reprendre  l'argumentation  du  rhéteur,  il  faut 
avouer  que  celle-ci  était  assez  pauvre  :  Fronton  se 
serait  contenté  de  reproduire  les  racontars  et  les 
calomnies  populaires  contre  les  chrétiens  sans  prendre 
la  peine  de  les  vérifier.  Tout  aussi  superficiel  apparaît 
Lucien  de  Samosate  dans  La  mort  de  Peregrinus  qui 
met  en  scène  un  imposteur  du  nom  de  Peregrinus  et 
dépeint  la  naïve  admiration  des  chrétiens  pour  ce  soi- 
disant  confesseur  de  la  foi  :  les  chrétiens  apparaissent 
à  Lucien  comme  des  simples  d'esprit,  de  perpétuels 
dupés,  des  victimes  toutes  désignées  aux  ruses  des 
trompeurs. 

Celse,  au  contraire,  s'exprime  avec  dignité.  Il  ne  se 
contente  pas  d'écouter  les  grosses  plaisanteries  des 
païens  ou  même  de  regarder  la  vie  des  chrétiens.  Il 
tient  à  s'informer.  Il  lit  les  livres  de  l'Ancien  et  du 
Nouveau  Testament.  De  l'Ancien  Testament,  qu'il  a 
pu  étudier  dans  la  traduction  des  Septante,  il  connaît 
surtout  la  Genèse  et  l'Exode  ;  puis,  parmi  les  prophètes, 
Isaïe,  Michée,  Jérémie,  Osée,  Malachie;  il  est  assez 
familier  avec  les  Psaumes.  II  connaît  les  histoires  de 
Daniel,  de  Jonas,  le  livre  d'Hénoch,les  Sybillins.  Dans 
le  Nouveau  Testament,  il  a  lu  les  Évangiles,  en  parti- 
culier celui  de  S.  Mathieu;  il  ne  parle  pas  de  S.  Paul, 
bien  qu'il  n'ignore  pas  absolument  les  Épîtres;  il  a 
peut-être  pris  connaissance  des  Actes  des  apôtres.  II 
est  également  au  courant  des  légendes  calomniatrices 
qui  courent  dans  les  milieux  juifs  au  sujet  de  Jésus  et 
de  sa  naissance  miraculeuse. 

Poussant  plus  loin  son  information,  Celse  s'est  ren- 
seigné en  étudiant  des  ouvrages  chrétiens,  sans  se 
laisser  arrêter  par  les  préjugés  de  son  monde.  Il  a  lu 
des  écrits  gnostiques  et  marcionites,  en  particulier  un 
certain  Dialogue  céleste  dont  on  ne  trouve  nulle  men- 
tion ailleurs.  Il  connaît  au  moins  les  arguments  em- 
ployés par  les  apologistes,  s'il  n'a  pas  été  familier  avec 
leurs  écrits.  D'un  mot,  il  a  voulu  faire  une  œuvre 
sérieuse  et  il  y  a  réussi. 

Certes  il  lui  arriva  d'accueillir  trop  facilement  cer- 
taines plaisanteries  sur  la  foi  aveugle  des  simples 
chrétiens  ou  sur  le  prosélytisme  ardent  de  quelques- 
uns  d'entre  eux.  Mais  il  ne  méconnaît  pas  la  dignité 
morale  de  leur  vie,  la  noblesse  de  leur  mort,  et  il 
regrette  de  les  voir  s'entêter  dans  une  attitude  soli- 
taire et  boudeuse,  alors  qu'il  leur  serait  facile,  semble- 
t-il,  au  prix  de  quelques  concessions,  de  devenir  les 
meilleurs  serviteurs  d'un  État  qui  a  besoin  de  l'aide 
de  tous  ses  enfants.  Il  y  a  une  certaine  noblesse  dans 
les  formules  finales  du  Discours  véritable  :  «  S'il  était 
possible  que  tous  les  peuples  qui  habitent  l'Europe, 
l'Asie,  l'Afrique,  tant  Grecs  que  Barbares,  jusqu'aux 
extrémités  du  monde,  fussent  unis  par  la  commu- 
nauté d'une  même  foi,  peut-être  une  tentative  du 
genre  de  la  vôtre  aurait-elle  chance  de  réussite;  mais 
cela  est  pure  chimère,  étant  donnée  la  diversité  des 
populations  et  de  leurs  coutumes...  Soutenez  l'em- 


129 


CELSE  — 


CELTZÉNÉ 


130 


pereur  de  toutes  vos  forces;  partagez  avec  lui  la  dé- 
fense du  droit;  combattez  pour  lui  si  les  circonstances 
l'exigent;  aidez-le  dans  le  commandement  de  ses 
armées.  Pour  cela,  cessez  de  vous  dérober  aux  devoirs 
civils  et  au  service  militaire;  prenez  votre  part  des 
fonctions  publiques,  s'il  le  faut,  pour  le  salut  des  lois  et 
la  cause  de  la  piété.  »  Certes  ces  formules  prouvent 
bien  que  Celse  n'a  pas  compris  le  véritable  problème  et 
l'impossibilité  dans  laquelle  se  trouvaient  les  chrétiens 
de  faire  la  moindre  concession  au  paganisme.  Mais 
elles  montrent  aussi  avec  quel  sérieux  il  traitait 
l'Église  et  ses  fidèles.  La  polémique  païenne  n'avait 
pas,  avant  lui,  atteint  cette  dignité,  et  elle  devait, 
après  lui,  rester  longtemps  sans  la  retrouver. 

Le  Discours  véritable  de  Celse  semble  avoir  été 
divisé  en  quatre  livres.  Après  une  préface,  dans 
laquelle  Celse  expose  son  intention  de  convbattre  les 
chrétiens,  cette  nouvelle  engeance  d'hommes  sans 
patrie  qui  tiennent  des  réunions  illicites  pour  conspi- 
rer contre  les  lois,  le  premier  livre  est  une  critique 
du  christianisme  faite  du  point  de  vue  du  judaïsme  : 
un  Juif  ne  peut  pas  reconnaître  en  Jésus  le  Fils  de 
Dieu.  Le  deuxième  livre  critique  l'apologétique  juive 
et  chrétienne  dans  ce  qu'elle  peut  avoir  de  commun. 
Le  troisième  livre  est  consacré  à  l'étude  des  livres 
saints  :  anthropomorphisme  du  Dieu  d'Israël;  im- 
possibilité de  la  résurrection  des  corps,  etc.  Enfin, 
dans  le  quatrième  livre,  Celse  rappelle  le  conflit  qui 
divise  l'empire  et  le  christianisme  et  montre  comment, 
selon  lui,  il  serait  possible  de  supprimer  ce  conflit. 

Il  est  curieux  de  remarquer  que,  malgré  son  impor- 
tance, le  Discours  véritable  dut  rencontrer  peu  de 
lecteurs.  En  dehors  d'Origène,  personne  ne  le  cite  dans 
l'antiquité;  et  Origène  lui-même  ne  l'a  connu  que  par 
l'intermédiaire  de  son  ami  Ambroise  qui,  l'ayant 
découvert  comme  par  hasard,  n'a  pas  eu  de  cesse 
qu'il  n'en  ait  obtenu  la  réfutation.  Plus  tard  les 
écrits  de  Porphyre  et  de  Julien  l'Apostat  provoqueront 
parmi  les  chrétiens  une  émotion  profonde.  Le  Discours 
véritable  demeura  inaperçu.  Il  marque  pourtant  une 
date  dans  l'histoire  des  relations  entre  le  paganisme  et 
le  christianisme.  Celse  est  peut-être  le  premier  païen 
qui  a  tenu  à  consacrer  une  réfutation  sérieuse  aux 
enseignements  et  à  la  propagande  du  christianisme. 

B.  Aube,  Histoire  des  persécutions  de  l'Église.  La  polé- 
mique païenne  à  la  fin  du  II'  siècle,  Paris,  1878.  —  P.  Koet- 
schau.  Die  Gliederung  des  'AXnS'lS  Aôyos  des  Celsus,  dans 
Jahrb.  fOr  protest.  Theol.,  xxjv,  1892,  p.  604-632.  —  L.  Rou- 
gier,  Celse  ou  le  conflit  de  la  civilisation  antique  et  du  chris- 
tianisme primitif,  Paris,  1926.  —  A.  Miura-Stange,  Celsus 
und  Origenes.  Das  Gemeinsame  ihrer  Weltanschauung  nach 
den  achi  Bûchern  des  Origenes  gegen  Celsus,  Giessen,  1926; 
O.  Glockner,  Die  Gottes-und  Weltanschauung  des  Celsus,  dans 
Philologus,  lxxxii,  1926-27,  p.  329-52.  — -  P.  de  Labriolle, 
La  réaction  païenne.  Étude  sur  la  polémique  antichrétienne 
du  I"  au  VI'  siècle,  Paris,  1934,  p.  111  sq. 

G.  Bardy. 

CELSIANUS,  Celianus,  Gelianus,  martyr,  se 
trouve  au  martyrologe  hiéronymien  au  21  janv.  Mais  il 
s'agit  du  martyr  d'Espagne  Caecilianus  (22  janv.). 

A.  S.,  janv.,  ii,  705.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  53,  55. 

R.  Van  Doren. 

1.  CELSIN  (Saint),  prêtre  de  Reims,  n'est  pas 
cité  dans  les  documents  anciens.  Le  martyrologe 
d'Usuard  le  mentionne  au  25  oct.  A  cette  date,  son 
nom  se  trouve  également  au  bréviaire  de  Reims  du 
xm«  s.,  et  il  y  eut  un  oratoire  en  son  honneur  près  de 
l'église  S.-Nicaise.  Saussaye,  après  Galesinius,  dit  que 
Celsin  a  vécu  à  Reims.  Il  en  a  fait  un  fils  de  S.  Balsaus 
et  un  disciple  de  S.  Remi. 

A.  S.,  oct.,  XI,  585-87.  —  V.  Leroquais,  Les  bréviaires 
mss.  des  biblioth.  publ.  de  France,  iv,  63. 

R.  Van  Doren. 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


2.  CELSIN  (Saint),  évêque  de  Toul,  est  nommé 
en  4<'  lieu  sur  la  liste  épiscopale  (v.  Amon  (S.)  de  Toul, 
D.  H.  G.  Ë.,  II,  1322).  Le  P.  De  Buck  le  situe  avant 
450.  Mais  on  n'a  aucun  détail  sur  sa  vie.  Le  corps  fut 
déposé  dans  l'église  S.-Mansuy;  il  y  eut  une  invention 
des  reliques  en  1107,  une  nouvelle  élévation  en  1511. 

A.  S.,  oct.,  X,  908-11;  48»-50».  —  Duchesne,  m,  62.  — 
Gallia  christiana,  xiii,  959.  —  Gesta  episc.  Tull.,  M.  G.  H., 
SS.,  VIII,  633.  —  B.  Picard,  Histoire  de  Toul,  207. 

R.  Van  Doren. 

CELTZÉNÉ  ou  CÉLÉZÉNÉ  (KeXtstivi^, 
KeXejrivri),  évêché  d'Arménie,  d'abord  dépendant  de 
Camachos,  puis  métropole.  Le  nom  de  Celtzéné  ou 
Célézéné  (on  trouve  aussi  Ecclenziné,  'EKKÂevjivfi), 
s'entendait  non  seulement  de  la  ville  elle-même  mais 
encore  de  la  région  qui  l'entourait.  Strabon,  fscoypa- 
çiKà,  XI,  IV,  14,  l'appelle  Acilisène  (AKiXiar|vr|).  On  a 
discuté  sur  l'étymologie  du  mot,  mais  tout  le  monde 
est  d'accord  pour  dire  que  la  ville  s'appelait  jadis 
Erez.  C'est  aujourd'hui  Erzincan,  sur  le  cours  supé- 
rieur de  l'Euphrate,  au  sud-ouest  d'Erzéroum. 
Celtzéné  i)orta  pendant  quelque  temps  le  nom  de 
Justinianopolis  en  l'honneur  de  l'empereur  Justinien. 
Ville  située  sur  les  confins  orientaux  de  l'empire  byzan- 
tin, elle  eut  naturellement  une  fortune  variée  suivant 
les  événements  politiques,  mais  elle  ne  prit  une  réelle 
importance  qu'aux  x<=  et  xi«  s.,  alors  que  les  basileis 
obtenaient  dans  la  région  des  succès  éphémères.  Elle 
fut  alors  le  siège  d'un  tourmarque  (Constantin  Por- 
phyrogénète,  De  administrando  imperio,  c.  43).  Cette 
importance  disparut  tout  d'un  coup  après  la  défaite  de 
Mantzikiert  (1071)  qui  marqua  l'avance  définitive  des 
Turcs  Seldjoukides. 

Il  est  difficile  de  dire  à  quelle  époque  Celtzéné  reçut 
un  évêché,  car  le  premier  titulaire  connu  n'apparaît 
que  vers  le  milieu  du  v»  s.  On  en  trouve  d'autres  au 
vi«  et  au  vu*'.  Chose  étonnante  cependant,  la  ville  ne 
figure  sous  aucun  de  ses  deux  noms  sur  les  notices 
épiscopales  les  plus  anciennes,  c.-à-d.  sur  celle  du 
Pseudo-Épiphane  de  Chypre,  vers  le  milieu  duvii«s., 
et  celle  de  Basile  l'Arménien  qui  est  de  829  environ.  On 
la  trouve  pour  la  première  fois  dans  celle  dite  de  Léon 
le  Sage,  qui  remonte  au  début  du  x«  s.  (H.  Gelzer, 
Ungedruckte  und  ungenugend  verôffentliche  Texte  der 
Notitiae  episcopatuum,  Abhandl.  der  k.  bayer.  Aka- 
demie  der  Wiss.,  I.  Cl.,xxi.Bd,  III.  Abth., 559).  L'évê- 
ché  est  alors  suffragant  de  Camachos.  Cf.  ce  mot.  La 
situation  est  la  même  dans  la  Nova  Tactica  de  Cons- 
tantin Porphyrogénète,  vers  940  (H.  Gelzer,  Georgii 
Cyprii  descriptio  orbis  romani,  p.  82,  n.  1739).  Sous 
Jean  Tzimiscès  (969-76),  elle  est  métropole  sans  suf- 
fragant, mais  unie  à  un  autre  siège,  celui  de  Cortzéné  : 
ô  TjinEvou  fiToi  KopT3ivTis  Kal  KeXTjfvTis  (H.  Gel- 
zer, Ungedruckte...,  572).  Elle  avait  d'abord  passé  par 
un  stade  intermédiaire,  celui  d'archevêché,  ainsi  que 
l'indique  la  notice  4  de  G.  Parthey,  Hieroclis  Synec- 
demus  et  Notitiae  graecae  episcopatuum,  137.  Cepen- 
dant une  notice  qui  paraît  remonter  à  1022-25  l'in- 
dique d'abord  comme  évêché  suffragant  de  Cama- 
chos, puis  comme  métropole  avec  21  suffragants 
(G.  Parthey,  op.  cit.,  p.  126,  n.  640;  p.  127,  n.  677), 
mais  elle  est  alors  unie  à  Cortzéné  et  à  Taron,  aùv 
TCO  KopTji^vT)  Kai  Tw  Topcôv.  La  période  qui  s'étend 
de  960  à  1071  (défaite  de  Mantzikiert)  est  celle  de  la 
pleine  prospérité  pour  la  métropole  de  Celtzéné.  La 
décadence  suit  immédiatement  le  recul  des  armées  im- 
périales. La  notice  dite  d'Alexis  Comnène,  qui  indique 
seulement  les  métropoles,  lui  attribue  le  54"  rang 
sur  80  (G.  Parthey,  op.  cit.,  p.  97,  n.  57).  Sous  Manuel 
Comnène,  Celtzéné  est  signalée  comme  n'ayant  pas  de 
suffragant  (H.  Gelzer,  Ungedruckte...,  p.  585,  n.  26). 
Il  n'y  a  là  rien  d'étonnant,  car  le  désastre  de  Mantzi- 
kiert, survenu  un  siècle  plus  tôt,  avait  entraîné  le  recul 

H.  —  XII.  —  5  — 


131 


C  E  LT  Z  É  N  É  —  C E  M B  A  L  O 


132 


du  christianisme  dans  la  région  el  par  le  fait  même  la 
disparition  de  plus  d'un  évèché.  Vers  1265,  Celtzéné 
occupe  le  57''  rang  parmi  les  112  métropoles  du  pa- 
triarcat de  Constantinople  (H.  Gelzer,  Ungednickle..., 
599),  le  54"  sur  110  sous  Andronic  III  (ibid.,  608).  . 
Bien  qu'elle  ne  figure  pas  sur  une  liste  qui  remonte  | 
sans  doute  à  la  fin  du  x\'  s.,  elle  est  encore  Indiquée 
sur  une  autre  du  xvii'%  mais  comme  n'ayant  pas  de  j 
sufïragant  (H.  (lelzer,  UngeJnicIcle...,  641).  lùi  réalité,  ; 
elle   devait    être    purement    titulaire    depuis  long- 
temps déjà. 

On  rencontre  dans  les  documents  une  dizaine  de 
titulaires  de  l'évêché  de  Celtzéné  sous  ses  dilïérents 
noms.  Le  premier  est  .lean,  qui  signe  en  449  le  décret 
du  patriarche  de  Constantinople  Gennade  contre  les 
simoniaques,  Rhalli  et  Potli,  lùvTaypa  twv  lepcôv 
KOtvàvcov,  IV,  372.  —  Georges  ou  Grégoire  (car  on  trouve 
les  deux  noms),  évéque  de  Justinian()|)olis,  prend  part  I 
au  V*  concile  œcuménique  (553)  et  en  signe  les  actes 
(Mansi,  Sacr.  coiic.  umpl.  coll.,  ix,  175  C,  192  D, 
391  CD).  —  Théodore  Tfis  'louaTiviocvouTToXiTCOV 
ttôXêcûs  riTOi  TOÛ  KXliiotToç  'EkkAevjîvtis  assiste  au 
VI"  concile  œcuménique  (681)  depuis  la  16''  session 
(Mansi,  xi,  613  D,  628  C).  —  Georges  prend  part  à 
celui  de  879  qui  réhabilite  Photius  (Mansi,  .wii  A- 
XVIII  A,  373  D).  —  On  possède  un  sceau  de  plomb  de 
Michel,  métropolite  de  Celtzéné,  de  la  fin  du  x"  s.  ou 
du  xi«  (G.  Schlumberger,  Sigillographie  de  l'empire 
byzantin,  288).  —  Sisinnius  occupait  le  siège  vers  1028 
(Mansi,  xix,  477  B).  —  Un  métropolite  de  Celtzéné, 
dont  le  nom  n'est  pas  connu,  signa  le  décret  du  pa- 
triarche Jean  Xiphillin  sur  les  fiançailles  (Mansi, 
XIX,  1060  C).  —  Anthime  occupait  le  siège  en  1082 
(Bulletin  de  l'Institut  arctiéologique  russe  de  Constan- 
tinople, II,  36).  —  Joseph  souscrivit  la  condamnation 
du  patriarche  Jean  Beccos  au  synode  des  Blachernes 
(1285)  (Éclios  d'Orient,  xxvi,  1927,  p.  148).  Enfin  on 
trouve  au  xix»"  s.  un  titulaire  de  Celtzéné,  Joachim, 
nommé  en  août  1817,  mais  à  titre  purement  honori- 
fique, 'EKKÂriaiaCTTiKfi  'AAf|6£ia,  vi,  462. 

Le  titre  de  Celtzéné  n'a  jamais  été  conféré  dans 
l'Église  romaine,  mais  bien  celui  de  Justinianopolis. 
Celtzéné  ne  figure  pas  dans  les  hstes  les  plus  récentes 
de  la  Consistoriale,  bien  qu'il  soit  antérieur  de  plu- 
sieurs siècles  au  schisme  byzantin. 

Lequien,  i,  435-36.  —  Malkwart,  Siidarmenien,  50-53.  — 
E.  Honigman,  Die  Ostgrenze  des  byzantinischen  Reiches  von 
363  bis  1071,  198-204.  — H.  Gelzer,  U ngedruckle  iind  unge- 
niigend  verôffenlliche  Texte  der  Notitiae  episcopaluum, 
Abhandl.  der  bayer.  Akademie  der  Wiss.,  l.  Cl.,  xxi.  Bd, 
III.  Abth.,  p.  574-75,  580-84.  i 

R.  Janin. 

CEMBALO,  ancien  évèché  latin  de  la  Cherso- 
nèse  Taurique  ((Crimée).  Cette  ville  était  déjà  fort 
connue  des  anciens  qui  la  nommaient  Symbolon 
(ZupgôAcov  Aipriv).  Sa  situation  exceptionnelle  au  fond 
d'une  baie  bien  abritée  de  la  mer  Noire  en  faisait  un 
refuge  assuré,  même  pour  les  navires  de  fort  tonnage. 
Strabon  laisse  entendre  que  les  habitants,  des  Scythes, 
se  livraient  à  la  piraterie.  C'est  actuellement  Bala- 
clava,  petit  port  de  pêche  et  station  balnéaire  à 
quelques  kilomètres  au  sud  de  Sébastopol.  Au  Moyen 
Age,  la  ville  appartenait  aux  seigneurs  grecs  de  Théo- 
doros  ou  de  Gothie,  petits  souverains  vassaux  de  l'em- 
pire de  Trébizonde  à  son  origine,  mais  devenus  indé- 
pendants par  la  suite.  Il  est  probable  que  les  Génois  y 
avaient  établi  un  comptoir  dès  le  début  du  xiv«  s. 
Vers  1357,  ils  s'emparèrent  de  la  ville  et  y  établirent  un 
consul.  Sur  une  inscription  trouvée  à  Balaclava  on  lit 
en  effet  le  nom  de  Simone  dell'Orto,  consul  pour  l'an- 
née 1357.  Cembalo  constituait  |)our  les  Génois  une 
acquisition  de  première  importance.  La  rade,  déjà 
naturellement  j)rotégée  par  une  ceinture  de  rochers, 


devint  pour  leurs  escadres  une  admirable  base  navale 
que  défendit  encore  une  puissante  forteresse  construite 
sur  les  hauteurs  qui  limitent  le  port  à  l'Est  et  dont  les 
ruines  subsistent  toujours.  Cembalo  resta  au  pouvoir 
des  Génois  pendant  plus  d'un  siècle,  non  sans  leur 
causer  beaucoup  d'ennuis.  En  1453,  la  population 
grecque  de  la  cité  se  souleva  contre  leur  domination, 
chassa  la  garnison  et  fit  sa  soumission  à  l'ancien  sou- 
verain, le  seigneur  de  Théodoros,  Alexis.  L'année  sui- 
vante, l'amiral  génois  Carlo  Lomellino,  à  la  tête  d'une 
flotte  importante  et  d'un  corps  de  débarquement  de 
6  000  hommes,  réussit  à  reprendre  la  ville  et  y  rétablit 
l'ordre.  Cembalo  tomba  aux  mains  des  Turcs  en  1475. 

(iràce  au  zèle  des  missionnaires,  franciscains  et 
dominicains  pour  la  plupart,  Cembalo  était  un  centre 
catholique  florissant  bien  avant  l'occupation  génoise. 
Dès  1320,  les  Frères  Mineurs  y  possédaient  un  couvent 
qui  relevait  de  la  custodie  de  Gazarie,  comme  les 
autres  monastères  de  Crimée.  Nous  n'avons  aucun 
renseignement  sur  l'érection  de  l'évêché  latin;  mais  il 
semble  qu'il  ne  fut  pas  créé  avant  la  prise  de  la  ville 
par  les  Génois.  Il  faut  remonter  jusqu'en  1364  pour 
trouver  mention  d'un  évêque.  {^ette  année-là,  le 
20  nov.,  le  pape  Urbain  V  nomma  au  siège  de  Cem- 
balo le  franciscain  Heremus  de  Parpaiona  qui  succé- 
dait à  un  évêque  défunt,  Nicolas.  Ce  dernier,  dont  on 
ignore  la  date  d'élection,  fut  probablement  le  premier 
évêque  de  Cembalo.  En  1386,  le  siège  étant  vacant,  le 
|)ape  Lirbain  VI  y  pourvut  par  la  nomination  d'un 
certain  Joseph  de  Armenia  Majori,  très  probablement 
de  l'ordre  des  Frères  Mineurs.  Il  est  impossible  de 
savoir  si  cet  évêque  succéda  immédiatement  à  Héré- 
mus  de  Parpaiona  ou  s'il  y  en  eut  d'autres  dans  l'in- 
tervalle. Le  franciscain  Dominique  lui  succéda  le 
9  août  1403.  En  1427,  le  siège  est  encore  dit  vacant 
par  la  mort  d'un  évêque  Joseph.  Martin  V  y  nomma, 
le  15  déc.  de  cette  année,  le  dominicain  Louis  de  Sam- 
pietro,  chassé  de  l'évêché  voisin  de  Soldaïa.  Le 
15  avr.  1448,  le  franciscain  Barthélémy  Capponi  suc- 
céda à  un  évêque  nommé  Léonard.  Il  fut  lui-même 
remplacé  par  un  autre  frère  mineur,  Alexandre  de 
Montaguto,  élu  le  l'""'  déc.  1463.  Avec  ce  dernier  se 
clôt  probablement  la  liste  des  évêques  effectifs  de 
Cembalo. 

A  côté  des  évêques  résidentiels,  il  faut  signaler  une 
série  d'évêques  titulaires  dont  la  succession  est  à  peu 
près  régulière  jusqu'au  début  du  xvii'"  s.  Le  plus 
ancien  qui  soit  connu  est  un  certain  Jordan,  qui  réside 
en  Avignon  du  15  nov.  1364  au  15  févr.  1365.  Il  est 
transféré  au  siège  de  Fortiboli,  le  2  mars  1366.  Vers 
1384,  nous  trouvons  Wennemarus  de  Stadt,  O.  F.  M., 
sufïragant  à  Munster  (1410).  Tilman  Wesseli,  béné- 
dictin de  l'abbaye  de  Rheinhardsbrunn  (13  juill.  1410- 
31),  sufïragant  à  Hildesheim,  puis  à  Breslau.  André 
Benzis,  O.  S.  B.  (1419),  auxiliaire  à  Veszprem;  Jean 
Pannewetz,  doyen  de  Brieg  (11  avr.  1431-47),  suffra- 
gant  à  Breslau;  Bernard,  chanoine  régulier  de  S.- 
Augustin (15  mai  1447-56),  sulïragant  à  Breslau;  Jean 
Pelletz  ou  Gardens,  O.  F.  M.  (1"^'  mars  1456-?),  sufïra- 
gant à  Breslau;  Jean  Wilde  (12  mars  1495-?),  sufïra- 
gant à  Kamin;  Urbain  Sagstetter  (17  avr.  1553-57), 
sufïragant  à  Passau;  Érasme  Pagendorfer  (24  mars 
1557-t  15  juill.  1561),  sulïragant  à  Passau;  Michel 
Engelmeier  (19  nov.  1561-t  13  juill.  1568),  sufïragant  à 
Passau;  Christian  Kripper  (8  nov.  1570-75),  sufïra- 
gant à  Passau;  Hector  Wegmann  (4  juill.  1575- 
t  31  janv.  1589),  suffragant  à  Passau;  Christophore 
Weilhamer  (9  oct.  1589-t  22  mai  1596),  suffragant  à 
Passau;  André  Hoffmann  (1597),  suffragant  à  Passau. 

Pendant  la  longue  vacance  qui  suivit  la  mort  de 
l'évêque  Joseph  de  Armenia  Majori,  le  siège  de  Cem- 
balo fut  occupé  successivement  par  plusieurs  évêques 
qui  peuvent  constituer  une  seconde  série  titulaire.  Il 


133 


CEMBALO 


—  CÉNALIS 


134 


s'agit  peut-être  cependant  d'évêques  effectifs  qui  ne 
prirent  pas  possession  de  leur  siège  ou  qui,  n'ayant  pu 
acquitter  les  taxes  requises  pour  l'expédition  des 
bulles  de  provision,  perdirent  ainsi  leurs  droits.  Dans 
ce  cas,  la  Curie  romaine  procédait  à  une  nouvelle 
nomination.  Cette  seconde  série  présente  la  succession 
suivante  :  Jean  de  Padoue,  O.  P.  (vers  1403-déposé  en 
1404);  Conrad  Schopper,  O.  P.  (22  déc.  1404-13); 
André  Pauli,  O.  S.  B.  (17  juill.  1413-?);  Odoric  de  Va- 
lentini,  O.  P.  (28  nov.  1418-?);  Barthélémy  de  Cau- 
pons,  O.  F.  M.  (15  avr.  1448). 

Strabon,  Rerum  geographicarum,  XVI,  iv.  —  Lequien, 
Oriens  christiamis,  m,  1109-10.  —  Demidoff,  La  Crimée, 
Paris,  1855,  p.  103-107.  —  B.  Gams,  432.  —  C.  Eubel,  i, 
194,  495;  ii,  143.  —  R.-A.  Vigua,  Codice  diplomatico  délie 
Colonie  Tauro-Ligure,  dans  Atti  délia  Società  ligure  di  sto- 
ria  patria,  vu,  ii,  Gênes,  1881,  p.  721-25,  923-42.  — 
W.  Heyd,  Histoire  du  commerce  du  Levant  au  Moyen  Age 
(traduction  Turcy  Raymond),  ii,  Leipzig,  1884,  passim.  — 
K.  Kretschner,  Die  italienische  Portolane,  Berlin,  1909, 
p.  643.  • —  G.  Golubovich,  Biblioleca  bio-bibliograflca  délia 
Terra  Santa  et  deW  Oriente  francescano,  u,  72,  266,  267, 
548;  III,  205;  v,  109,  110.  —  G.-I.  Bratianu,  Recherches  sur 
le  commerce  génois  dans  la  mer  Noire  au  XIII'  s.,  Paris,  1929, 
p.  5.  —  Oberhummer,  Symbolon,  dans  Real-Encyclopàdie 
Pauly-Wissowa,  iv-a,  1091-92.  —  R.  Lœnertz,  La  Société 
des  Frères  Pérégrinants,  Rome,  1937,  p.  99,  123-24.  — 
A.  Battandier,  Ann.  pontif.,  1916,  p.  488. 

E.  Jean. 

CEMERINIANA  (Ecclesiaj,  dont  nous  connais- 
sons l'existence  par  son  évêque  donatiste  de  411,  qui 
déclara,  dans  la  conférence  de  Carthage  (Gesla  coll. 
Carlh.,  I,  201;  P.  L.,  xi,  1338),  n'avoir  pas  de  rival, 
possédait  une  basilique  catholique  desservie  par  un 
prêtre  du  nom  de  Terentius.  Les  revendications  de 
1  évêque  catholique  de  Constantine,  Fortunatus,  à 
ce  sujet  dans  la  même  assemblée  et  le  succès  du  dona- 
tisme  dans  cet  évêché  suggèrent  l'attribution  de  ce 
siège  à  la  province  de  Numidie.  Mesnage  nous  paraît 
un  peu  osé  dans  son  identification  de  cet  ethnique  avec 
Numituriana  de  la  Table  de  Peutinger(K.  Miller,  Welt- 
karle  des  Castorius  genannt  die  Peutinger'sche  Tafel, 
Ravensburg,  1888,  segm.  m,  3),  localité  située  à 
6  milles  de  Milève,  sur  la  route  de  cette  ville  à  Cirta 
(=  Constantine). 

Morcelli,  i,  clxix,  p.  134-35.  —  Not.  dign.,  annot., 
p.  655.  —  Gams,  i,  465.  —  Ch.  Tissot,  Géographie  comparée, 
II,  Paris,  1888,  p.  781.  —  De  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés 
de  l'Afr.,  dans  Bull,  de  corresp.  ajr.,  Alger,  1886,  p.  90; 
Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  p.  1870.  —  Mgr  Tou- 
lotte,  Géogr.  de  l'Air,  chrét.,  Numidie,  Rennes-Paris,  1894, 
XLin,  p.  106-7.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912, 
p.  412.  —  H.  Jaubert,  Anciens  évêchés  de  la  Numidie,  dans 
Rec.  de  Constantine,  1912,  p.  30,  §  41. 

J.  Ferron. 

CEMESCAZACUZ,  diocèse  d'Arménie  dont  le 
titulaire  était  suffragant  du  catholicos  de  Sis.  Un 
évêque  de  ce  siège,  Hayrapet,  souscrivit  au  synode  de 
1307  tenu  dans  la  ville  de  Sis. 

C.  Galani,  Conciliationis  Ecclesiae  armenae  cum  romana... 
pars  prima,  Rome,  1690,  p.  470.  —  Lequien,  t,  1429  sq.  — 
Mansi,  xxv,  Venise,  1782,  col.  140.  —  A.  Balgy,  Historia 
doctrinae  catholicae  inter  Armenos,  Vienne,  1878,  p.  311. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CENA  (Iles  Kneis).  A  27  km.  au  sud-ouest  de 
Mahares,  entre  le  ras  Yonga  et  le  cap  Skirra  Kedima, 
émergent  des  hauts  fonds  quatre  îlots,  dont  le  plus 
grand,  Jesira  Bsila,  n'est  qu'un  vaste  marécage  au 
sud  duquel  s'échelonnent  en  mer,  sur  5  km.,  trois 
écueils  minuscules.  Déjà  connus  par  les  navigateurs 
antiques  —  le  plus  grand  semblant  bien  être  «  l'île 
déserte  »  du  périple  de  Scylax  —  il  n'est  plus  fait 
mention  d'eux  jusqu'au  vi«  s.  où  le  moine  Ferrand 
nous  en  donne  une  description  précise  dans  sa  Vie  de 
S.  Fulgence.  Au  xni^  s.,  ils  réapparaissent  dans  les 
portulans  sous  le  nom  de  Frissoles. 


Le  nom  de  Kneis,  quoique  présentant  une  forte 
analogie  avec  la  racine  arabe  Knisia  (église;  pluriel  : 
Kneis),  nous  semble  plutôt  dériver  directement  de 
Cenis,  la  ressemblance  avec  le  mot  arabe  ayant  seu- 
lement permis  la  subsistance  du  toponyme  primitif 
par  rappel  du  monument  qui  s'y  élevait.  Il  a  été  signalé 
un  Khnis  près  de  Lepti  Minus  et  un  Knaiss  à  30  km.  à 
l'ouest  de  Djemmal;  malgré  cela  il  semble  bien  qu'il  ne 
faille  pas  hésiter  à  identifier  l'un  des  îlots  des  Kneis, 
celui  du  centre,  comme  étant  le  lieu  où  s'élevait  le 
monastère  dans  lequel  vint  se  retirer  S.  Fulgence  et 
qu'a  si  bien  décrit  Ferrand...  monasterium  lucensi 
littori  proximum  Bennefensi  autem  maxima  ex  parte 
conliguiim... 

Diverses  hypothèses  d'identification  ont  été  pro- 
posées. Quoique  J.  Partsch,  Tissot,  Mgr  Toulotte, 
Diehl,  P.  J.  Mesnage  aient  été  d'accord  pour  le  situer 
sur  une  des  Kneis,  Ch.  Saumagne  (Rev.  Tun.,  1930, 
p.  170, 171),  le  supposait  placé  sur  une  île  située  au  sud 
du  Ras  Yonga,  tandis  que  L.  Poinssot  qui  n'avait  pu 
visiter  l'îlot  central,  concluant  à  l'impossibilité  de 
l'existence  d'un  monastère  sur  l'archipel,  se  rappro- 
chait de  l'hypothèse  de  Saumagne.  Une  reconnaissance 
effectuée  par  J.  et  P.  Cintas  en  1938  {Rev.  Tun.,  1940, 
p.  243)  et  des  fouilles  effectuées  par  nous-même  en 
1941  ont  mis  la  question  au  point  {Rev.  Tun.,  1942, 
p.  251).  Il  a  existé  sur  l'îlot  central,  grand  de  62  mètres 
sur  54,  une  construction  composée  de  nombreuses 
pièces  et  de  citernes,  dont  les  différents  éléments  de 
décoration  découverts  —  chapiteaux  ornés  de  croix 
grecques,  couvercle  de  sarcophage,  plaques  décorées 
de  croix  latines  et  de  pampres,  claustra  en  plâtre 
décorés  de  plaques  de  verre  et  de  gypse,  tombes  à 
éléments  de  céramique  —  prouvent  l'existence  à  cet 
endroit  d'un  édifice  religieux  dont  l'identification  avec 
!  le  monastère  où  S.  Fulgence  se  retira  au  début  du 
vi«  s.  ne  fait  plus  de  doute. 

Les  actes  de  la  conférence  de  411  donnent  un  Boni- 
facius,ep(scopusCenens(s,etun  compétiteur  donatiste, 
Vindemius.  Il  semble  bien  qu'il  faille  aller  chercher 
ailleurs  une  ville  homonyme  de  l'île,  car  à  part  l'igno- 
rance où  nous  sommes  de  l'existence  du  monastère  à 
cette  époque,  il  ne  faut  pas  oublier  le  caractère 
d'imprécision  des  actes  de  411  où  il  n'est  pas  tenu 
compte  des  provinces. 

Morcelli,  Africa  christicma,  i,  Brixen,  1816,  p.  135.  — 
Ch.  Tissot,  Géographie  comparée,  i,  190.  ■ —  L.  de  Mas-La- 
trie, Anciens  évêchés  de  l'Afrique  sept.,  dans  Bulletin  de  corr. 
afr.,  1886,  p.  82.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  94.  — 

j  Mgr  Toulotte,  Géographie  de  l'Afr.  chrét.,  Byzacène,  78. 
—  Notitia  dignitatum,  éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53, 
p.  623.  —  Gams,  Séries  episc,  465.  —  Ferrand,  Vie  de  S.  Ful- 
gence de  Ruspe,  1929  (trad.  G.-G.  Lapeyre).  —  R.  P. 
G.  Lapeyre,  S.  Fulgence  de  Ruspe,  1929;  Id.,  Du  nou- 
veau sur  S.  Augustin  et  S.  Fulgence,  203.  —  Partsch, 
M.  G.  H.,  SS.,  m.  Pars  post.,  p.  xxxiv.  —  Ch.  Sau- 

!  magne,  Rev.  Tun.,  1930,  p.  170-71.  —  L.  Poinssot,  Ma- 
comades-lunci,  dans  Mémoires  Soc.  nat.  ant.  de  France, 
Lxxxi,  1945,  p.  5.  —  J.  Servonnet  et  F.  Lafitte,  Le  golfe  de 
Gabès  en  188S,  167.  —  L.-G.  Seurat,  Bull.  Station  Océan. 
Salammbô,  n.  3.  —  Diehl,  L'Afrique  byzantine,  427. 

Fouilles.  —  J.  et  P.  Cintas,  Rev.  Tun.,  1940,  p.  243 
(carte  de  la  région).  —  G.-L.  Feuille,  Rev.  Tun.,  1942, 
p.  251. 

G.-L.  Feuille. 
CÉNALIS  (Robert),  évêque  de  Vence  (1522-30); 
de  Riez  (1530-32);  d'Avranches  (1532-t  1561).  Né  à 
Paris  en  1483,  docteur  de  la  Sorbonne  en  1513,  il 
devint  chanoine  de  Soissons,  trésorier  de  la  Sainte- 
Chapelle  de  Paris,  confesseur  du  roi  François  I", 
évêque  de  Vence  (22  déc.  1522).  Pendant  son  séjour  à 
Vence,  eut  lieu  la  bataille  de  Pavie  où  le  roi  fut  fait 
prisonnier.  La  reine  mère,  Louise  de  Savoie,  s'étant 
rapprochée  à  Lyon,  l'évêque  alla  la  voir  pour  lui  faire 
ses  condoléances.  Mais  les  diocésains  le  rappelèrent 


d35 


CÉNALIS  —  CENEDA 


136 


bientôt  (1526)  à  Vence,  décimée  par  des  hordes  conti- 
nuelles de  soldats  ennemis  et  surtout  par  une  peste 
horrible.  Il  lutta  courageusement  pendant  trois  ans, 
puis  il  fut  transféré  sur  le  siège  de  Riez  (20  juin  1530). 
Il  commença  par  donner  de  nouveaux  statuts  à  son 
clergé,  mais  rencontra  bientôt  l'opposition  de  ses  cha- 
noines. En  1532,  il  fut  promu  à  Avranches.  Comme  à 
Vence,  il  y  eut  à  lutter  contre  une  peste  qui  ravageait 
toute  la  région  et  ne  cessa  qu'en  oct.  1533  pour 
reprendre  en  1551.  Il  promulgua  en  1533  de  nouveaux 
statuts  d'une  haute  sagesse.  Les  historiens  y  lirent, 
au  4"=  statut,  la  liste  des  ecclésiastiques  obligés  d'assis- 
ter aux  synodes  d'Avranches,  et  en  particulier  la  liste 
des  abbés  et  des  prieurs.  Il  s'occupa  activement  de 
polémique  religieuse.  Il  mourut  à  Paris  le  27  avr.  1560 
ou  1561. 

Principaux  ouvrages.  —  De  liquidorum  leguminum- 
que  mensuris  seu  vera  mensurarum  ponderumque  ra- 
tione,  1532,  1535,  1547.  —  Appendix  ad  coenam  Domi- 
nicain, seu  catholicorum  responsio  in  Buceri  offen- 
sionem,  1534.  —  Axioma  cathoUcum  pro  tuendo  sacro 
coelibatu,  1541,  1545.  —  Traciatus  de  uiriusque  gladii 
facuUate  usuque  légitima,  1546,  1556,  1558  (ouvrage 
dirigé  contre  un  opuscule  anglais  qui  refusait  toute 
juridiction  à  l'Église).  —  Antidotum  ad  postulaia  de 
Intérim,  1548.  —  Axioma  de  divortio  matrimonii 
mosaici  per  legem  evangelicam  refuiato,  1549.  —  Opus 
quadripartitum  de  compescenda  haereticorum  petulantia, 
1557.  —  Adversus  quemdam  mali  ominis,  nullius  vero 
(quod  sciri  possit)  nominis  Apologastrum,  in  causa 
tenebrionum  haereticorum  qui  hodie  cristas  eregere 
coeperunt  juxta  querimonia,  1558.  —  A  ces  ouvrages  de 
controverse  Cenalis  ajouta  quelques  livres  d'histoire, 
dont  un  Catalogus  episcoporum  Abrincensium,  et  une 
Historia  Galliae.  —  Traditio  Parvae  Sycophanticae, 
petulanlissimaeque  impietatis  Calvinicaetraductio,  1556. 
—  Cenalis  avait  comme  armes  :  de  sable,  à  trois  cygnes 
d'argent. 

Albanès,  Gallia  christ,  novissima,  i,  1899,  col.  626-627.  — 
Bouche,  Histoire  de  Provence,  i,  285;  ii,  261.  —  Chenu, 
Archiepiscopi  et  episcopi  Galliae,  90  et  550.  —  D.  T.  C,  ii, 
2100-101.  —  Fisquet,  La  France  pontificale.  Digne  et  Riez, 
388-93.  —  Gallia  christiana,  i,  1715,  col.  408;  m,  1725, 
col.  1228;  IV,  407-9;  xi,  1759,  col.  497-99.  —  Papon, 
Histoire  de  Provence,  i,  1777,  p.  240,  434.  —  Pigeon, 
Le  diocèse  d'Avranches,  sa  topographie,  ses  origines,  ses 
évêques,  Coutances,  1888.  - —  Tisserand,  Histoire  de  Vence, 
1860,  p.  114. 

P.  Calendini. 
CENCHRAE  (Key/peai,  auj.  Kechriès),  évêché 
très  douteux  du  Péloponèse,  dépendant  de  Corinthe. 
Cenchreae  était  le  port  oriental  de  Corinthe,  sur  le 
golfe  Saronique.  Il  y  eut  certainement  là  une  commu- 
nauté chrétienne  dès  les  temps  apostoliques,  puisque 
S.  Paul  parle  de  la  diaconesse  Phœbé  qui  en  était 
(voir  Rom.,  xvi,  1).  Lui-même  s'y  arrêta  en  retour- 
nant en  Asie  et  s'y  fit  raser  la  tête  à  la  suite  d'un  vœu 
(Act.,  XVIII,  18).  C'est  probablement  à  cause  de  ces 
deux  faits  que  l'on  a  créé  la  légende  d'après  laquelle 
l'apôtre  des  gentils  aurait  établi  évêque  de  Cenchreae 
son  disciple  Lucius.  C'est  ce  que  prétendent  les 
Constiluliones  apostolicae,  vu,  45;  P.  G.,  i,  1052. 
Leur  témoignage  est  trop  tardif  pour  mériter  quelque 
créance.  II  est  du  reste  difficile  d'admettre  que  Cen- 
chreae, simple  dépendance  de  Corinthe,  eut  un  évêché 
séparé.  En  tout  cas,  il  ne  figure  sur  aucune  liste 
épiscopale. 

Lequien,  ii,  177-78.  —  Boite,  Kenchreai,  dans  Real- 
Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  xi"-l,  167-70. 

R.  Janin. 

CENCULIANA  ou  CUNCULIANA,  bourg 
de  Byzacène  qui  n'a  pu  être  identifié.  En  411,  il  possé- 
dait un  évêque  catholique,  Januarius.  La  Notice 
marque  le  poste  vacant  en  484. 


Morcelli,  Africa  christiana,  i,  Brixen,  1816,  p.  135.  — 
Mesnage,  L'Afrique  chrétienne,  Paris,  1912,  p.  190.  — 
Notitia  dignitatum,  éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  p.  623. 

—  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés  de  l'Afrique  septen- 
trionale, dans  Bull,  de  correspondance  afr.,  Alger,  1886, 
p.  82.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrét.,  Byz.,  p.  77. 

—  Thes.  ling.  lat.,  Onomasticon,  ii,  Leipzig,  1909,  s.  v. 

G.-L.  Feuille. 

CENDENAS,  Cendinus,  martyr  cité  le  16  juin 
par  le  martyrologe  hiéronymien  comme  compagnon  de 
Saturnin  et  localisé  à  Messine  (Misana).  Le  saint  n'ap- 
partient pas  à  cette  ville,  puisqu'il  n'y  a  jamais  été 
fêté.  Il  faudrait  l'identifier  avec  KîvSos  du  bréviaire 
syriaque  (10  mars),  Quindeus  (Vindeus)  du  martyro- 
loge hiéronymien,  Cindinv,  du  calendrier  de  marbre 
de  Naples  (20  févr.). 

Le  martyrologe  romain,  au  11  juill.,  dit  que  Cindeus 
subit  le  martyre  à  Side  (aujourd'hui  Eski-Adulia,  sur 
le  golfe  d'Adulie)  en  Pamphylie  sous  l'empereur  Dio- 
clétien  et  le  préfet  Stratonice.  Après  de  nombreux 
tourments,  il  fut  jeté  dans  le  feu.  Il  n'en  subit  aucune 
atteinte  et  rendit  l'esprit  en  priant.  Cette  notice  fut 
empruntée  par  Baronius,  dit-il,  à  une  Passion  perdue 
aujourd'hui  et  dont  nous  ignorons  la  valeur. 

A.  S.,  janv.,  iv,  31  ;  juill.,  m,  186.  —  H.  Delehaye,  Saints 
de  Thrace  et  de  Mésie,  dans  Anal.  Bail.,  xxxi,  259-60.  — 
F.  Lanzoni,  614-15.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  321, 
241.  —  Mort.  Rom.,  281-82. 

R.  Van  Doren. 
CENDEUS,  est  honoré  comme  martyr  africain 
par  le  martyrologe  hiéronymien  le  9  mars,  et  même 
le  11  mars  à  titre  de  saint  carthaginois  avec,  comme 
compagnons,  S.  Cyrille  et  plusieurs  autres.  Mais  nous 
retrouvons  ces  deux  saints  associés  dans  le  bréviaire 
syriaque,  le  10  mars,  sans  indication  de  lieu,  KûpiXXos 
Kai  KevSô:,  le  12  mai,  avec  la  désignation  de  la 
ville,  Axiopolis,  èv  'AÇiouttôâei  KûpiAAos  kocI  ÊTepoi 
êÇ  pâpTupes;  dans  le  martyrologe  hiéronymien,  avec 
cette  dernière  précision,  les  25  avr.,  9  et  10  mai.  Dans 
ces  conditions,  l'appartenance  de  ces  saints  à  l'Orient 
et  non  à  l'Afrique  ne  paraît  pas  douteuse.  Il  n'est  pas 
impossible  que  Carthage  et  l'Afrique  aient  honoré  ces 
orientaux,  surtout  à  l'époque  de  la  domination 
byzantine. 

A.  S.,  mars,  ii,  3  et  51.  —  Mart.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et 
Duchesne,  30;  éd.  Delehaye,  134-35. 

J.  Ferron. 

CENDRAS,  Sendras,  Sandrassium.  Cette  ab- 
baye de  l'ordre  de  S. -Benoît,  au  diocèse  d'Alais,  fut 
fondée  vers  le  x"'  s.  Elle  porta  trois  vocables  :  S. -Loup, 
S. -Martin,  Ste-Marie.  Soumise  par  Urbain  V  à  S. -Vic- 
tor de  Marseille  (1366),  elle  fut  incendiée  par  les  Cami- 
sards  en  1709  et  ne  put  se  relever  de  ce  désastre. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'ancienne  France, 
ïv,  141.  —  Bull.  corn,  art  chrétien,  i,  Nîmes,  1870,  p.  393- 
421.  —  G.  Charvet,  L'abbaye  de  Cendras.  Notice  historique 
et  archéologique,  suivie  du  catalogue  analytique  des  abbés, 
Nîmes,  1880.  —  Cottineau,  651.  —  Gall.  christ.,  vi,  519-20. 

—  Devic  et  Vaissete,  Histoire  générale  de  Languedoc,  iv, 
718-19. 

R.  Van  Doren. 
CENEDA,  ou  Ceneta,  orthographe  adoptée  jus- 
qu'en 1866,  —  localité  d'origine  romaine  où  l'on  a 
retrouvé  quelques  vestiges  de  l'antiquité,  —  dépendit 
d'abord  de  l'ancien  évêché  d'Oderzo,  détruit  en  partie 
par  Rotari,  roi  lombard,  en  641,  puis  complètement 
dévasté,  en  668,  par  Grimoald.  Les  évêques  d'Oderzo 
et  une  partie  de  la  population  auraient  émigré  à  l'île 
d'Heraclea  où  l'évêché  fut  établi.  Le  territoire  d'Oder- 
zo fut  ensuite  divisé  entre  le  nouveau  diocèse  de  Cene- 
da  et  les  évêchés  de  Frioul,  de  Trévise  et  de  Padoue. 
On  mentionne  pour  la  première  fois  Ceneda  sous  Théo- 
dose en  420;  la  localité  fut  détruite  lors  des  conquêtes 
byzantines,  mais  restaurée  ensuite  comme  ville  forti- 


137 


CEN 


EDA 


138 


fiée.  Les  Lombards  s'en  emparèrent  et  au  début  du 
vni«  s.  Ceneda  était  devenu  le  siège  d'un  duché  lom- 
bard dont  Orso  fut  titulaire  avant  de  devenir  roi. 

Le  temps  de  la  fondation  du  diocèse  est  vivement 
controversé;  il  est  certainement  postérieur  à  la  des- 
truction d'Oderzo  par  Grimoald  en  668.  Un  faux  di- 
plôme de  743  en  attribue  la  fondation  à  Liutprand; 
Paschini  estime  cependant  qu'il  faut  remonter  aux 
temps  du  schisme  des  Trois  Chapitres,  pendant  que  les 
rapports  étaient  coupés  avec  Rome,  ou  à  la  seconde 
moitié  du  vii«  s.  Pendant  cette  période,  un  évêque 
réfugié  à  Heraclea  pouvait  en  même  temps  revendiquer 
le  titre  d'évêque  d'Oderzo  et  prétendre  à  la  juridic- 
tion sur  le  territoire  de  Ceneda.  Il  y  eut  probablement 
au  début,  à  Ceneda,  un  évêque  arien.  Orsino  participa, 
d'après  Kehr,  au  concile  romain  d'Agathon  en  680  et 
serait  le  premier  évêque  connu  de  Ceneda.  L'historien 
de  Ceneda,  Botteon,  fait  commencer  sa  liste  épiscopale 
par  Valentiano  en  713.  Les  habitants  de  Ceneda 
réussirent  à  se  procurer  le  corps  de  S.  Tiziano,  évêque 
d'Oderzo  en  632,  ancien  archidiacre  de  l'évêque 
S.  Florian,  cité  en  620  et  mort  en  odeur  de  sainteté.  La 
légende  rapporte  le  transfert  merveilleux  du  corps 
d'Oderzo  à  Ceneda,  malgré  l'opposition  des  gardiens. 
Ceneda  aurait  vu  ses  privilèges  de  ville  épiscopale 
confirmés  par  des  prodiges,  obtenus  grâce  à  son  saint 
protecteur,  alors  que  S.  Magno,  évêque  d'Oderzo, 
résidait  à  Heraclea  vers  670.  Le  diplôme  du  6  juin  743, 
attribué  à  Liutprand,  mais  dont  l'authenticité  est  à 
juste  titre  contestée,  dit  que  le  duc  de  Ceneda  s'adressa 
au  patriarche  Jean  d'Aquilée  vers  711  pour  obtenir  la 
fondation  de  l'évêché  à  Ceneda  et  confirmer  les  limites 
du  diocèse.  Le  patriarche  consacra  Valentiano  comme 
évêque  de  Ceneda  en  713.  Valentiano  obtint  de  Liut- 
prand pour  Ceneda  la  confirmation  des  limites  de 
l'ancien  évêché  d'Oderzo,  reprenant  les  territoires 
administrés  par  les  évêques  de  Frioul  (Venise),  Trévise 
et  Padoue.  Il  entra  aussi  en  conflit  avec  le  patriarche 
de  Grado  Calixte.  Celui-ci  contesta  la  validité  même  de 
la  consécration  de  Valentiano,  toujours  d'après  le 
document  de  Liutprand  de  743;  il  jjrétendait  que 
l'évêque  d'Oderzo,  réfugié  dans  une  île  au  moment  où 
Valentiano  avait  obtenu  la  dignité  épiscopale,  restait 
le  vrai  titulaire  du  diocèse;  lui-même,  Calixte,  avait 
administré  ce  territoire  après  la  destruction  d'Oderzo 
et  ne  voulait  pas  être  privé  de  cet  avantage;  il  n'avait 
d'ailleurs  pas  remis  cette  administration  à  l'évêque 
d'Oderzo,  résidant  à  Heraclea.  Liutprand  renvoya  les 
deux  plaideurs  devant  l'évêque  Pietro  de  Pavie,  siège 
de  la  résidence  royale  des  Lombards.  Valentiano  céda 
alors  à  Calixte  la  disposition  de  quatre  paroisses  de  son 
diocèse  pour  lui  permettre  de  trouver  un  abri  lorsqu'il 
se  rendait  d'Aquilée  à  Pavie.  A  la  mort  de  Valentiano, 
Calixte  choisit  Massimo  comme  évêque  de  Ceneda  et 
voulut  le  contraindre  à  de  nouvelles  concessions.  Le 
différend  fut  porté  par  le  duc  de  Ceneda  devant  le  roi 
en  743.  Le  document  rapporte  que,  lors  de  la  réunion 
des  évêques,  Calixte  ainsi  que  les  évêques  de  Padoue 
et  de  Trévise  consentirent  à  céder  définitivement  à 
Ceneda  le  territoire  d'Oderzo  qui  leur  avait  été  confié 
lors  de  la  destruction  de  la  cité. 

Ce  document  de  743,  bien  que  très  contesté,  renfer- 
merait, d'après  Kehr  et  plusieurs  érudits,  de  nom- 
breuses informations  précieuses  pour  l'histoire  de  la 
fondation  de  Ceneda.  Il  en  est  de  même  d'un  diplôme 
de  Charlemagne  du  31  mars  794,  concédé  à  l'évêque 
Dolcissimo  et  confirmant  les  privilèges  du  diocèse  et 
les  droits  de  comte  de  l'évêque  sur  son  territoire; 
bien  que  son  texte  ait  été  interpolé  avec  un  diplôme 
d'Otton  III  du  29  sept.  994,  il  conserve  une  réelle 
valeur  pour  l'histoire  ancienne  du  diocèse.  Au  xii«  s., 
l'évêque  Matteo  eut  à  défendre  la  liberté  de  sa  cité  et 
des  biens  de  l'évêché  contre  les  habitants  de  Trévise 


qui  voulaient  soumettre  tout  le  diocèse  à  leur  autorité. 
Innocent  III  accorda  à  Matteo  l'autorisation  de  s'éta- 
blir provisoirement  avec  son  chapitre  à  Conegliaiio. 
Heureusement,  dès  1203,  Matteo  pouvait  replacer  le 
siège  du  diocèse  à  Ceneda.  Innocent  III  reconnut  au 
chapitre,  le  25  nov.  1200,  le  droit  d'éhre  les  évêques. 

S'appuyant  sur  des  donations  de  Charlemagne  en 
794  et  de  Bérenger  en  908,  les  évêques  de  Ceneda 
exercèrent  sur  le  comté  et  les  localités  voisines,  non 
seulement  la  juridiction  spirituelle,  mais  aussi  l'auto- 
rité temporelle.  Ces  donations  souvent  contestées  et 
confirmées  par  les  empereurs  causèrent  de  multiples 
soucis  aux  évêques  de  Ceneda  et  les  mirent  souvent 
en  conflit  avec  les  communes  de  Ceneda,  de  Trévise  et 
de  Conegliano,  puis  avec  Venise.  Ils  partagèrent  leur 
autorité  avec  la  République  à  partir  de  1337.  Les 
évêques  tenteront  à  diverses  reprises  de  reprendre  le 
pouvoir,  mais,  malgré  le  soutien  du  S. -Siège,  se  virent 
dépossédés  complètement  de  leur  autorité  temporelle 
en  1768.  Des  attaques  dirigées  en  1615  par  Paolo 
Sarpi  contre  l'autorité  comtale  des  évêques  et  les  pré- 
tentions du  S. -Siège  sont  restées  célèbres.  Le  diocèse 
dépendit  du  patriarcat  d'Aquilée  jusqu'en  1752,  puis 
du  nouvel  archevêché  d'Udine;  actuellement,  il  est 
suffragant  du  patriarche  de  Venise. 

La  cathédrale  de  Ceneda,  dédiée  à  Ste  Marie  et  à 
S.  Tiziano,  avait  été  enrichie  par  des  donations  impé- 
riales et  reçut  en  1093  du  comte  Herman  et  de  sa  mère 
Cuniza  des  fondations  importantes.  Le  chapitre  comp- 
tait dix  chanoines  et  l'archidiacre,  unique  dignitaire 
qui  assurait  les  fonctions  de  curé  de  la  ville,  assisté  de 
six  prêtres.  Il  n'y  avait  pas  d'autres  curés  dans  la  cité. 
Un  chanoine  assurait  les  fonctions  de  théologal;  le 
chapitre  comprenait  en  outre  5  clercs  et  2  sacristes. 
Les  revenus  de  l'évêché  étaient  estimés  au  xv!"  s.  à 
3  000  ducats.  Le  diocèse  comptait  en  outre  trois  cha- 
pitres qui  furent  supprimés  en  1810.  Celui  d'Oderzo, 
établi  en  1609  en  souvenir  de  l'ancien  évêché,  possé- 
dait un  doyen,  six  chanoines  et  quatre  clercs;  celui  de 
Conegliano  comprenait  un  archiprêtre  et  six  chanoines. 

Le  diocèse  comptait  plusieurs  anciens  monastères  : 
Sta-Maria  de  Sana  Valle  di  Follina,  fondée  vers  1150 
par  les  cisterciens  de  Clara  Valle  de  Milan  ou  par  ceux 
de  S.  Pietro  de  Cerreto  de  Lodi;  monastère  livré  aux 
abbés  commendataires  dès  le  xiv<=  s.  et  attribué  aux 
camaldules  au  xvi«  s.  Les  abbayes  de  S.  Martino  de 
Colle  et  de  Sta-Lucia,  cédées  en  sept.  1122  aux  cluni- 
siens,  appartenaient  à  l'ordre  de  S.  Benoît.  L'hospice 
de  Sta-Maria  de  Plavi,  de  Lovadina,  fondé  en  1009 
obtint  des  faveurs  des  comtes  de  Trévise,  mais  fut 
remis  aux  cisterciens  de  Sana  Valle  en  1229,  puis  en 
1490  uni  au  monastère  augustin  de  Sta  Maria  degli 
Angeli  de  Muriano  du  diocèse  de  Torcello.  Mention- 
nons en  outre,  parmi  les  couvents  établis  à  Ceneda, 
les  franciscains  et  les  moniales  augustines  ;  à  Conegliano, 
les  chanoines  de  Latran,  les  franciscains,  les  conven- 
tuels, les  capucins,  les  bénédictines  et  les  domini- 
caines; à  Oderzo,  les  dominicains,  les  religieuses  ser- 
vîtes et  les  capucines;  à  Serra  Valle  les  conventuels,  les 
capucins,  les  bénédictines  et  les  augustines;  à  Motta, 
les  franciscains;  à  Bussoleto,  les  servîtes. 

En  1929,  le  diocèse  comptait  240  000  habitants, 
118  paroisses  et  528  églises.  —  Le  20  nov.  1937  il 
est  devenu  le  diocèse  de  Vittorio  Veneto. 

Liste  épiscopale.  —  Les  listes  de  Mondini,  Ughelli, 
Cappellettî  et  Gams  comportent  certains  noms 
d'évêques  aussi  anciens  que  ceux  d'Oderzo;  il  semble 
qu'on  peut  les  éliminer  :  Vendemio,  560,  S.  Evenzio  et 
Angelo.  Si  on  admet  que  les  indications  du  faux 
diplôme  de  Liutprand  ont  cependant  quelque  valeur, 
on  peut  commencer  la  liste  épiscopale  avec  Orsino, 
cité  au  concile  romain  d'Agathon  en  680.  S.  Evenzio 
est  repris  d'une  liste  de  Pavie  en  381  ;  Vendemio  aurait 


139 


CEN 


EDA 


14Q 


été  évêque  de  Cissa  et  Angelo  ou  Agnelo,  évêque 
d'Asolo.  Un  Satino,  cité  en  726,  serait  aussi  à  éliminer. 

—  Valentiniano,  connu  pour  ses  discussions  avec  le 
patriarche  Calixte,  fut  évêque  entre  713  et  740.  On  a 
conservé  son  sarcophage.  —  Massimo,  rappelé  dans  le 
document  de  743  de  Liutprand,  aurait  commencé  son 
épiscopat  en  741  et  serait  mort  avant  790;  mais  il  y  a 
sans  doute  des  lacunes  dans  la  liste.  — ■  Dolcissimo 
obtint  un  privilège  de  Charlemagne  le  31  mars  794. 
M.  G.  H.yDipl.  Kar.,  i,  238.  Ce  document  fut  contesté 
lors  d'un  procès  en  1337,  l'original  étant  disparu.  — 
Emmo  participa  au  concile  de  Mantoue  en  827.  — 
Ripaldo,  cité  dans  une  donation  contestée  de  Béren- 
ger  du  5  août  908,  obtint  pour  les  évèques  de 
Ceneda  la  part  de  Settimo  sur  la  Livenza  et  les  forêts 
de  Gajo  et  de  Ghirano.  —  Sicardo,  cité  dans  plusieurs 
diplômes  d'Otton  I"  de  962,  967,  puis  d'Otton  III  de 
994  à  997,  intervint  au  concile  de  Ravenne  en  967  et 
au  synode  de  Vérone.  L'empereur  lui  confirma  la 
possession  du  territoire  de  l'ancien  diocèse  d'Oderzo 
le  29  sept.  994.  —  Grausone,  consacré  vers  998 
d'après  Lotti,  est  cité  dans  un  document  du  doge 
Pietro  de  Venise  en  1002.  —  Elmengero,  frère  de 
Wenceslas,  officier  du  comte  de  Carinthie,  était  d'ori- 
gine germanique.  Il  est  cité  dans  les  documents  de 
1021  à  1031.  Il  aurait  été  chapelain  d'Henri  II  en 
1004  et  chargé  de  protéger  les  terres  de  Trévise  et 
Visena.  Il  fut  un  des  fidèles  de  Conrad  II.  Il  prit  part 
au  synode  d'Aquilée  le  13  juin  1031.  —  Almanguino 
aurait  reçu  le  10  juin  1053  un  diplôme  de  Léon  IX 
pour  l'abbaye  de  S.  Vincenzo  nel  Volturno  du  diocèse 
de  Capoue.  —  Bruno,  prévôt  de  Salzbourg,  religieux 
d'origine  germanique,  serait  mentionné  comme  évêque 
de  Ceneda  dans  le  nécrologe  de  l'abbaye  bénédictine  de 
Salzbourg.  Il  serait  décédé  un  23  janv.  d'après 
Schwartz.  —  Giovanni,  cité  en  1074  au  sujet  des 
quatre  paroisses  cédées  au  diocèse  d'Aquilée  par  Va- 
lentiano.  —  Roberto  ou  Roperto  céda  le  19  oct.  1124 
l'église  de  Talpone  à  sa  cathédrale  et  accorda  un  di- 
plôme à  l'hospice  de  Sta  Maria  de  Plavi  de  Talpone 
enrichi  par  les  donations  d'Herman,  comte  de  Trévise, 
en  1120.  —  Sigismondo,  cité  en  1130.  —  Azzone  degli 
Azzoni,  patricien  de  Trévise,  1140-52.  —  Aimone, 
1152-70.  —  Sigisfredo,  1170-84;  en  1179,  il  obtint  de 
Frédéric  I"  la  promesse  de  faire  transférer  le  siège  de 
l'évêché  de  Ceneda  à  Conegliano  et  reçut  un  privilège 
du  même  empereur  en  1184  confirmant  les  droits  de 
Ceneda.  —  Matteo  di  Sicara  intervint  dans  des  sen- 
tences et  donations  de  1 187  à  1216.  Il  eut  à  se  plaindre 
des  vexations  des  habitants  de  Trévise  qui  s'étaient 
emparés  des  terres  de  l'évêché,  des  maisons  canoniales 
et  du  palais  épiscopal.  Il  fut  autorisé  le  25  mars  1199 
par  Innocent  III  à  résider  à  Conegliano  et,  pour  ne 
])as  être  réduit  à  la  mendicité,  obtint  la  prévôté  de 
S.  Stefano  d'Aquilée.  Il  put  rentrer  à  Ceneda  en  1203. 

—  Gerardo  da  Camino,  clerc  minoré,  élu  par  les  cha- 
noines en  1217,  ne  fut  pas  confirmé.  Honorius  III 
ayant  ordonné  une  enquête  le  22  sept.  1217,  l'élection 
fut  annulée.  —  Alberto  da  Camino  est  cité  dans  de 
nombreux  documents  entre  1220  et  1242.  (Gams  insère 
un  certain  Matteo  en  1230,  mais  Eubel  dôute  fort  si 
Alberto  interrompit  son  épiscopat.)  —  Guarnieri, 
comte  de  Polcenigo,  chanoine  de  Concordia,  élu  en 
1242,  rencontra  de  l'opposition  à  son  installation  à 
Ceneda;  mais  il  fut  confirmé  par  Innocent  IV  le 
21  oct.  1243  et  l'évêque  de  Feltre  fut  chargé  de  l'ins- 
taller. Le  12  juin  1251,  il  fut  nommé  évêque  de  Con- 
cordia. —  Ruggero,  vice-administrateur  du  patriarche 
d'Aquilée  et  archidiacre  de  Ceneda,  fut  élu  en  1251  et 
pourvu  le  12  juin  1252.  Il  mourut  en  1257,  alors  qu'il 
se  rendait  à  Aquilée  pour  remplacer  le  patriarche.  — 
Bianchino,  comte  de  Camino,  élu  en  1257,  serait  mort 
'a  même  année.  (Certains  ont  introduit  arbitrairement 


dans  la  liste  épiscopale  un  Gaspar  intrus  vers  1254, 
élu  par  les  membres  du  chapitre  retirés  à  Camino, 
adversaires  du  patriarche  d'Aquilée  et  du  pape.  II  ne 
reçut  pas  de  confirmation.)  —  Alberto  da  Collo,  noble 
de  Ceneda,  chanoine  de  Belluno,  reçut  l'investiture 
pour  les  biens  de  l'évêché  dès  le  27  oct.  1257.  Il  inter- 
vint dans  plusieurs  actes  épiscopaux;  mais  Eubel  et 
Gams  le  considèrent  comme  simple  élu  et  non  comme 
évêque  consacré.  Il  serait  mort  le  20  déc.  1260.  — 
Oderico  aurait  été  élu  le  14  mai  1261  et  serait  mort 
dès  le  16  juin,  suivant,  sans  avoir  été  consacré.  Il 
intervint  cependant  dans  plusieurs  actes  féodaux 
concernant  le  diocèse  avec  le  titre  d'évêque,  dès  le 

12  mai  1261,  et  en  signe  un  autre  le  14  déc.  —  Gio- 
vanni, intrus  en  1260;  est  cité  dans  un  acte  du  13  mars 
1261  ;  il  aurait  été  le  prédécesseur  immédiat  d'Oderico 
d'après  Botteon;  élu  en  févr.  1261,  il  serait  décédé 
avant  mai  de  la  même  année,  sans  avoir  été  consacré. 

—  Prosavio  de  Novello,  élu  peu  après  le  décès  d'Ode- 
rico, intervint  dans  des  actes  de  1262  à  1279.  Il  fut 
transféré  au  siège  épiscopal  de  Trévise  le  16  oct.  1279 
et  mourut  le  5  nov.  1291.  —  Marco  da  P'abiano,  d'une 
famille  noble  de  Belluno,  fut  élu  en  1279  et  réunit  le 
synode  diocésain  en  1280,  t  1285.  —  Pietro  Calza, 
originaire  de  Trévise  ou  de  Conegliano,  élu  en  1286, 
t  12  juin.  1300  et  inhumé  dans  sa  cathédrale.  — 
Francesco  Arpone,  dominicain,  professeur  de  théolo- 
gie et  grand  prédicateur,  originaire  de  Trévise,  élu  en 
1300,  t  à  Trévise  en  déc.  1310  et  inhumé  dans  sa 
cathédrale.  —  Manfredo,  comte  de  Collalto,  élu  en 
1310,  fut  transféré  à  Feltre  et  Belluno  en  1320.  vers  le 

13  juin,  .\lors  qu'il  se  rendait  à  Belluno,  il  fut  assas- 
siné le  21  avr.  1321  par  des  conjurés  de  Camino.  Il  fut 
inhumé  dans  la  chapelle  du  château  de  Collalto.  — 
Francisco  Ramponi,  originaire  de  Feltre,  citoyen  de 
Bologne,  ou  Rampon,  du  Quercy,  d'après  Albe,  fut 
élu  le  4  mars  1320.  Il  avait  été  ermite  de  S. -Augustin. 
Il  fut  élu  évêque  de  Belluno,  mais  l'élection  fut  annu- 
lée le  6  juin  1323.  Benoît  XII  fit  faire  une  enquête  à 
son  sujet  le  26  févr.  1340;  on  l'avait  accusé  de  nom- 
breux excès.  La  république  de  Venise  lui  céda  la  sou- 
veraineté temporelle  sur  le  territoire  de  Trévise,  source 
de  nombreuses  difficultés  pour  ses  successeurs.  Il  dut 
subir  les  attaques  des  habitants  de  Camino  s'oppo- 
sant  à  sa  juridiction  temporelle.  Mort  à  Ceneda  le 
9  oct.  1348  et  inhumé  à  la  cathédrale.  -  Gasbert 
d'Orgueil,  dominicain  français,  originaire  de  Cahors, 
maître  en  théologie  et  inquisiteur  pour  la  province  de 
Cahors,  fut  nommé  à  Ceneda  par  Clément  VI  le 
13  nov.  1349.  Il  fut  aussitôt  envoyé  près  de  l'empereur 
Jean  Cantacuzène  pour  l'union  des  Églises.  Il  reçut  le 
27  oct.  1354  La  confirmation  des  droits  temporels  et 
privilèges  concédés  par  les  empereurs  à  ses  prédéces- 
seurs. Il  mourut  fin  mars  1374  (E.  Albe,  Prélats  origi- 
naires du  Quercy,  dans  Annales  de  S. -Louis  des 
Français,  viii,  Rome,  1904,  p.  156-60).  —  Oliviero  de 
Vérone,  promu  évêque  de  Macerata  et  Recanati  le 
19  févr.  1369,  n'étant  que  minoré,  devint  évêque  de 
Ceneda  le  29  avr.  1374,  alors  que  Venise  proposait 
Nicolo  Morosini.  Mis  en  possession  le  19  oct.  suivant, 
il  mourut  en  1377.  Lotti  le  dit  originaire  des  Filandres. 

—  Le  chapitre  de  Ceneda  élut  comme  successeur  en 
janv.  1378  Francesco  Lando;  cette  élection  approuvée 
par  le  sénat  de  Venise  fut  cassée  par  le  pape.  Un 
Rossetti  de  Bologne  avait  été  nommé  par  Clément  VII 
en  1377;  mais  il  ne  put  prendre  possession. —  Andréa 
Calderini,  noble  de  Bologne,  ami  du  pape  Urbain  VI, 
fut  désigné  le  11  janv.  1378.  Il  avait  déjà  le  titre 
d'évêque  de  Tricarico;  il  ne  vint  pas  résider  à  Ceneda 
et  resta  à  la  Cour  pontificale.  Il  est  cité  dans  les  actes 
de  1381.  —  Giorgio  Torti,  originaire  de  Tortona,  fut 
élu  évêque  de  Ceneda,  probablement  en  1381,  et  fut 
désigné  pour  Crémone  en  1383.  Il  paya  ses  taxes 


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C  I<:  N  K  1)  A 


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d'obligation  en  1386.  11  mourut  à  Crémone  le  25  avr. 
1389  alors  qu'il  venait  d'être  désigné  pour  l'évêché  de 
Vicence.  —  Marco  Porri,  d'origine  milanaise,  élu  à 
Crémone  en  1379,  fut  nommé  à  Ceneda  en  1383,  mais 
n'arriva  qu'en  juill.  1389.  Il  fut  transféré  par  Boni- 
face  IX  à  Nusco  en  1394,  après  avoir  été  excommunié 
pour  ne  pas  avoir  encore  payé  ses  taxes  pour  Ceneda 
à  la  date  du  24  déc.  1390.  Il  mourut  à  Nusco  en  1390. 
. —  Martino  Franceschini,  de  famille  noble  milanaise, 
archiprêtre  de  Gemona,  archidiacre  d'Aquilée,  docteur 
en  droit,  clerc  de  Boniface  IX,  fut  promu  évèque  de 
Ceneda  le  26  janv.  1394.  Il  gouverna  son  diocèse  jus- 
qu'en avr.  1399.  —  Marcello  Pietro,  chanoine  de  Pa- 
renzo,  âgé  de  23  ans,  originaire  de  Venise,  fut  promu 
le  24  avr.  1399.  Transféré  à  Padoue  le  6  nov.  1409, 
devint  archevêque  de  Candie  et  gouverneur  de  l'Om- 
brie  et  de  Pérouse.  f  1428.  —  Antonio  Correr,  O.  P., 
évêque  d'Asolo  depuis  le  24  mai  1406,  était  originaire 
de  Venise  et  neveu  de  Grégoire  XII.  Il  aurait  exercé 
des  fonctions  épiscopales  à  Brescia,  puis  en  1409,  le 
15  juin.,  il  fut  désigné  par  son  oncle  pour  Ceneda. 
Alexandre  V  cassa  cette  désignation  et  nomma  un 
Giovanni,  puis  Giacopo  Cerbuti  ou  Cassini  en  1410.  — 
Giovanni,  moine  bénédictin,  aurait  été  investi  de  la 
charge  épiscopale  par  l'empereur  et  exerça  en  fait  les 
fonctions  de  1405  à  1413.  Marcello  Pietro  et  Antonio 
Correr,  de  l'obédience  romaine,  ne  seraient  pas  venus 
résider  pendant  cette  période.  Jean  XXIII  confirma 
cependant  Antonio  Correr  le  25  mai  1410.  Il  obtint 
plus  tard  la  possession  de  Ceneda  et  exerça  sa  charge 
jusqu'en  1445.  —  Marcello  Nicodemo  de  Venise,  élu 
en  1445,  mourut  peu  après  et  fut  remplacé  par  Pietro 
Leoni,  noble  vénitien,  évêque  d'Ossero,  clerc  de  Cas- 
tello,  docteur  en  droit,  promu  depuis  le  6  févr.  1436. 
Leoni  fut  nommé  à  Ceneda  le  4  juin  1445;  il  résigna  en 
faveur  de  son  neveu  te  15  juin  1474.  —  Nicolo  Trevi- 
san,  célèbre  par  son  érudition,  était  né  à  Padoue  et 
remplaça  son  oncle.  Il  se  retira  à  Padoue,  après  avoir 
refusé  la  dignité  cardinalice  dont  les  insignes  furent 
cependant  peints  près  de  son  tombeau  érigé  à  la 
cathédrale  de  Ceneda.  t  à  Padoue  le  10  janv.  1498.  — 
Brevio  Francesco,  auditeur  de  la  Rote  et  des  Sacres 
Palais,  originaire  de  N'enise,  fut  élu  à  Ceneda  le 
18  janv.  1498,  tout  en  conservant  sa  charge  en  Curie 
et  tous  ses  bénéfices,  t  le  7  août  1508  à  Parme  où  il 
s'était  retiré  sur  l'ordre  de  Jules  II.  Marino  Gri- 
mani,  patricien  de  Venise,  simple  clerc  âgé  de  20  ans, 
fut  promu  à  (Ceneda  le  16  août  1508.  Il  céda  Ceneda  au 
cardinal  Donienico  Grimani,  son  oncle,  le  19  janv. 
1517,  lorsque  celui-ci  renonça  au  patriarcat  d'Aqui- 
lée en  sa  faveur.  Marino  renonça  lui-même  à  Aquilée 
en  faveur  de  son  frère  Marco,  le  18  avr.  1529,  étant 
promu  cardinal  depuis  le  3  mai  1527.  Il  reprit  l'admi- 
nistration d'.Xquilée  le  1'"''  sept.  1535  et  y  renonça  de 
nouveau  le  23  janv.  1545  en  faveur  de  son  frère 
Giovanni,  évêque  de  Ceneda.  Il  reprit  l'administra- 
tion de  Ceneda  du  18  déc.  1531  au  20  févr.  1540  et  du 
23  janv.  1545  à  sa  mort.  Il  rencontra  alors  de  nom- 
breuses oppositions  à  Ceneda  et  se  rendit  à  Rome 
pour  plaider  son  cas  près  de  Paul  IV.  Il  fut  retenu  à 
Civitta  Vecchia  où  il  mourut,  peut-être  empoisonné,  le 
26  sept.  1547.  Il  fut  inhumé  à  Venise.  —  Domenico 
Grimani,  cardinal  depuis  1493,  fut  administrateur  de 
Ceneda  lors  de  la  nomination  de  Marino  à  Ceneda  en 
1508,  puis  échangea  avec  celui-ci  sa  charge  de  pa- 
triarche d'Aquilée  en  1517.  Domenico  céda  à  son  tour 
Ceneda  à  son  neveu  Giovanni  Grimani,  le  28  mars  1520, 
et  mourut  le  27  août  1523.  —  Giovanni  Grimani,  âgé 
de  19  ans,  confia  l'administration  du  diocèse  à  son 
frère  Marino  qui  reprit  la  charge  épiscopale  le 
18  déc.  1531  pour  la  rendre  à  Giovanni  le  20  févr. 
1540  et  échanger  de  nouveau  Aquilée  contre  Ceneda 
le  23  janv.  1545,  Giovanni  gouverna  Aquilée  jus- 


qu'au 17  déc.  1550,  puis  dut  se  justifier  d'accusa- 
tions d'hérésie.  Il  participa  au  concile  de  Trente.  Il 
reprit  le  titre  de  patriarche  d'Aquilée  le  11  nov.  1585 
avec  un  coadjuteur  et  mourut  le  3  oct.  1593  à  l'âge  de 
92  ans.  —  Michèle  comte  délia  Torre,  clerc  d'Aquilée, 
né  à  l'dine  en  1511,  fut  promu  évêque  de  Ceneda  le 
7  févr.  1547  et  fut  aussitôt  envoyé  comme  nonce  en 
France  le  20  août  1547.  Il  participa  au  concile  de 
Trente  du  11  oct.  1551  au  18  avr.  1552  et  du  10  oct. 
1561  à  la  clôture  et  restaura  la  discipline  ecclésiastique 
dans  son  diocèse.  Il  remplit  les  fonctions  de  vice-légat  à 
Pérouse  en  1553  et  fut  de  nouveau  nonce  en  France 
de  1566  à  1568.  Il  fut  promu  cardinal  en  1583  et  mou- 
rut à  Ceneda  au  début  de  févr.  1586.  Il  fut  inhumé 
dans  sa  cathédrale  où  un  monument  lui  fut  élevé.  — 
Marcantonio  Mocenigo,  originaire  de  Venise,  prélat 
cher  à  Sixte-Quint,  fut  nommé  évêque  de  Ceneda  le 
5  mars  1586,  bien  que  le  chapitre  de  Ceneda  eût  en- 
voyé trois  missions  pour  demander  la  nomination  de 
Giovanni  Mocenigo,  neveu  de  l'évêque  défunt.  Mar- 
cantonio érigea  le  séminaire  de  Ceneda;  il  accompagna 
le  cardinal  Enrico  Gaetani  auprès  d'Henri  IV  pour 
établir  la  paix  religieuse  en  France.  Il  renonça  à  son 
évêché  en  faveur  de  son  neveu  en  1598  et  mourut 
en  1599.  —  Leonardo  Mocenigo,  noble  vénitien,  fut 
promu  le  13  janv.  1599.  Il  eut  à  débattre  la  question  du 
•pouvoir  temporel  des  évêques  de  Ceneda,  tant  près  du 
Saint-Siège  que  près  de  la  république  de  Venise.  Il  y  a 
aux  archives  vaticanes  plusieurs  volumes  inédits  sur 
cette  controverse  qui  reprend  toute  la  question  du 
pouvoir  temporel  des  évêques,  dont  un  brillant 
exposé  de  Paolo  Sarpi  :  AUegazione ,  défendant  le 
point  de  vue  de  Venise.  Mocenigo  dut  renoncer  à  rési- 
der à  Ceneda  à  cause  de  ces  discussions  et  se  retira  à 
Murano,  laissant  un  administrateur  pour  le  spirituel 
et  un  autre  pour  les  affaires  civiles  à  Ceneda.  On  le 
rappela  enfin  et  il  mourut  en  paix  dans  sa  villa  au 
Belvédère  di  Cassano  del  Meschio  le  20  mai  1623.  Il 
fut  inhumé  dans  sa  cathédrale.  —  Pietro  Valier,  ori- 
ginaire de  Venise,  neveu  du  cardinal  Agostino  Valier, 
devint  chanoine  de  Padoue,  puis  évêque  de  Fama- 
gouste  et  archevêque  de  Candie  résidant  à  Rome.  Il 
fut  promu  cardinal  le  11  janv.  1621  et  obtint  l'évêché 
de  Ceneda  en  juin  1623.  Il  vint  résider  en  mai  1624, 
mais  fut  promu  à  Padoue  dès  le  18  août  1625.  t  le 
5  avr.  1629.  —  Marco  Giustiniani  de  Venise,  élu 
évêque  de  Torcello  le  19  févr.  1625,  fut  transféré  au 
siège  épiscopal  de  Ceneda  le  27  oct.  suivant.  Il  passa  à 
l'évêché  de  Vérone  le  7  avr.  1631.  t  le  23  août  1649  à 
l'âge  de  60  ans.  —  Marco-Antonio  Bragadin  de  Venise, 
référendaire  des  deux  Signatures,  docteur  en  droit, 
âgé  de  41  ans,  évèque  de  t^rema  depuis  le  3  déc.  1629, 
fut  promu  à  C.eneda  en  avr.  1631  et  passa  à  Vicence  le 
3  oct.  1636.  Il  fut  élevé  à  la  dignité  cardinalice  le 
16  déc.  1641  et  se  retira  à  Rome  en  1655.  t  le  28  mai 
1658,  âgé  de  68  ans.  —  Sebastiano  Pisani,  né  à  Venise 
le  9  oct.  1606,  docteur  en  droit,  fut  promu  à  l'évêché 
de  Ceneda  le  19  déc.  1639.  Il  vint  résider  en  avr.  1641 
et  fut  promu  à  Vérone  en  1656.  Il  renonça  à  ce  diocèse 
le  10  déc.  1668.  t  le  20  avr.  1070.  —  Albertino  Bari- 
soni.  fils  d'un  professeur  de  l'I'niversité  de  Padoue, 
chanoine,  vicaire  capitulaire  et  archiprêtre  de  Padoue, 
fut  promu  évêque  de  Ceneda  le  23  nov.  1053.  11  aida 
beaucoup  le  chapitre  en  augmentant  ses  revenus,  t  le 
15  août  1667.  —  Pietro  Leoni  de  Venise,  chanoine  de 
Padoue,  nommé  le  19  nov.  1667  à  Ceneda,  devint 
évêque  de  Vérone  le  26  nov.  1691.  t  à  Vérone  le 
7  sept.  1697.  —  Marcantonio  Agazzi  de  Venise,  neveu 
d'.Mexandre  VIII,  chanoine  de  Trévise,  élu  le  1"='  janv. 
1692;  t  le  28  mars  1710  et  inhumé  à  la  cathédrale.  -  - 
Francesco  Trevisano  de  Venise  fut  promu  le  20  juill. 
1710,  mais  ne  vint  résider  que  le  22  juill.  1715,  ayant 
continué  l'exercice  de  ses  charges  en  Curie.  Promu 


143 


CENEDA  —  CENTINA 


144 


évêque  de  Vérone  le  25  juill.  1725;  f  le  13  déc.  1732.  — 
Benedetto  De  Luca  de  Venise,  nommé  le  19  déc.  1725, 
ne  prit  possession  que  le  26  mars  1726.  Promu  à  Tré- 
vise  le  22  juin  1739;  f  le  27  mai  1750.  —  Lorenzo  de 
Ponte  de  N'enise,  élu  le  4  juill.  et  sacré  à  Rome  le 
17  déc.  1739,  fut  des  plus  actifs  pour  la  reconstruction 
de  la  cathédrale.  Il  mourut  le  9  juill.  1768  après  une 
longue  maladie  et  fut  inhumé  à  la  cathédrale.  — ■ 
Giannagostino  Gradenigo  de  Venise,  moine  du  Mont- 
Cassin,  évêque  de  Chioggia  depuis  1762,  fut  promu  à 
Ceneda  le  19  sept.  1768.  Le  14  déc.  1768,  le  sénat  de 
Venise  déclara  enlever  pour  toujours  tout  pouvoir 
temporel  aux  évêques  sur  Ceneda  et  son  territoire;  Gra- 
denigo ne  réussit  pas  à  faire  rapporter  le  décret,  mal- 
gré toutes  ses  démarches  et  retarda  son  entrée  à 
Ceneda  dans  ce  but  jusqu'en  mars  1770.  f  le  17  mars 
1774  à  l'âge  de  45  ans.  —  Giampaolo  Dolfm  de  Venise, 
chanoine,  puis  prieur  de  Latran,  fut  promu  le 
3  juill.  1774.  Transféré  à  Bergame  le  28  juill.  1777, 
t  le  13  mai  1819.  —  Marco  Zaguri,  né  à  Venise  le 
9  juin  1738,  nommé  le  12  juill.  1777,  promu  à  VI- 
cence  le  26  sept.  1785,  t  le  12  déc.  1810.  —  Pietro- 
Antonio  Zorzi  de  Venise,  religieux  somasque,  pro- 
fesseur au  séminaire  de  Venise,  fut  nommé  dès  1785, 
mais  n'arriva  que  le  3  avr.  1786.  Il  fut  promu  à  Udine 
le  24  sept.  1792  et  reçut  le  chapeau  cardinalice  en  1803. 
t  le  17  sept.  1803.  —  Giambenedetto  Falier  de  Venise, 
abbé  du  monastère  des  camaldules  délia  Vangedizza, 
fut  promu  en  1792.  Il  se  montra  particulièrement  bon 
et  secourable  lors  des  guerres  et  des  famines  de  la  fm 
du  siècle,  f  le  22  oct.  1821,  âgé  de  73  ans.  —  Jacopo 
Monico,  né  à  Riese,  diocèse  de  Trévise  le  26  juin  1778, 
curé  de  S.  Vito  d'Asolo,  fut  nommé  le  9  mai  1823.  Il 
fut  promu  au  patriarcat  de  Venise  le  9  avr.  1825  et 
créé  cardinal  en  1833.  t  à  Venise  le  20  avr.  1857.  — ■ 
Antonio-Bernardo  Squarcino  de  Vicence,  né  le 
19  juill.  1780,  dominicain,  nommé  le  17  juin  1828, 
s'appliqua  à  terminer  la  cathédrale.  Promu  à  l'évêché 
d'Adria  en  déc.  1841,  t  à  Rovigo  le  22  déc.  1851.  — 
Manfredo  Bellati  de  Feltre,  né  le  11  sept.  1790,  cha- 
noine, puis  vicaire  général  de  Feltre,  nommé  le 

21  oct.  1842,  t  le  28  sept.  1869.  —  Maria  Corradino, 
marquis  Carriani,  né  à  Mantoue  le  9  mars  1810,  fut 
promu  à  Ceneda  le  22  sept.  1871.  Il  renonça  à  l'épisco- 
pat  en  févr.  1885  et  se  retira  chez  les  jésuites  de 
Chieri.  fen  janv.  1890.  —  Sigismondo,  comte  Brando- 
lini  Rota,  né  à  San  Cassiano  di  Meschio  le  14  avr.  1823, 
nommé  le  30  déc.  1878  évêque  titulaire  d'Orope  et 
coadjuteur  de  Ceneda,  succéda  à  Carriani  le  15  févr. 
1889.  t  le  8  janv.  1908.  —  Andréa  Caron,  né  à  Rosa  di 
Basano,  le  14  juin  1848,  archiprêtre  de  Cologna 
Veneta,  fut  nommé  coadjuteur  de  Ceneda  avec  le 
titre  d'évêque  d'Argos  le  5  juill.  1905.  Il  fut  promu  le 
29  avr.  1912  archevêque  de  Gênes  où  le  gouvernement 
italien  lui  refusa  Vexequatur  jusqu'au  17  déc.  1914.  Il 
fut  désigné  comme  archevêque  de  Chalcédoine  le 

22  janv.  1915  et  administrateur  d'Albano  et  Civitta 
Vecchia.  t  à  Rome  le  29  janv.  1927.  —  Rodolfo 
Caroli,  né  à  Rome  le  13  déc.  1869,  professeur  au  Sémi- 
naire romain  et  employé  des  Congrégations,  promu  le 
28  juill.  1913.  Il  fut  nommé  archevêque  de  Tyr  le 
8  mai  1917  et  envoyé  comme  internonce  en  Bolivie, 
t  à  La  Paz  le  25  janv.  1921.  —  Eugenio  Becegato,  né 
à  Fessalta  le  23  déc.  1862,  vicaire  général  de  Trévise, 
fut  promu  évêque  de  Sinope  le  19  mai  1917  et  désigné 
comme  administrateur  de  Ceneda,  puis  comme  évêque 
le  29  août  suivant,  t  17  nov.  1943.  —  Évêque  de 
Vittorio  Veneto  :  Zafïonato,  né  le  29  août  1899, 
transf.  27  sept.  1945. 

Ann.  pont.,  1910,  p.  213;  1918,  p.  208;  1919,  p.  187; 
1928,  p.  895.  —  V.  Botteon,  Un  documenta  prezioso  riguardo 
aile  origini  del  vescovado  di  Ceneda  e  la  série  dei  vescovi 
cenedesi  corretta  e  documentata,  Conegliano,  1907.  —  Cap- 


pelletti,  X,  221-320.  —  E.  Cessi,  Venezia  ducale,  i,  Le  origini, 
Padoue,  1927,  p.  223.  —  Eubel,  i,  180;  n,  124;  m,  162; 

IV,  144.  —  Gams,  784.  —  Kehr,  It.  pont.,  vu,  1,  81-88. 
La  diocesi  di  Ceneda,  Vittorio,  1915.  —  Lanzoni,  969.  — 
P.  Paschini,  Di  un  presunto  documento  riguardanle  il 
patriarca  Cirillo  e  l'origine  délia  chiesa  di  Ceneda,  dans 
Bol.  di  Udine,  ni,  1909,  59-69;  Id.,  Le  origini  délia  chiesa 
di  Ceneda,  dans  Miscellanea  Giovanni  Mercati,  v,  Citta  del 
Vaticano,  1946,  145-59.  —  G.  Schwartz,  Die  Besetzung  der 
Bistûmer  Reichs italiens,  Berlin,  1913,  45-46.  —  Ughelli, 

V,  170-220. 

L.  Jadin. 

CE  NO  NUS,  martyr  romain;  le  hiéronymien  le 
mentionne  le  2  juin;  c'est  le  Zenonus  du  15  février. 

A.  S.,  juin,  I,  204.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  293.  295. 

R.  Van  Doren. 

CENSURE  (Saint),  serait  le  quatrième  évêque 
d'Auxerre,  après  S.  Germain.  En  475,  Sidoine  Apolli- 
naire lui  écrivit  une  lettre  (Epist.,  x).  Constance  de 
Lyon,  vers  480,  lui  dédia  ainsi  qu'à  Patience  de  Lyon 
sa  Vie  de  S.  Germain  (B.  H.  L.,  3453).  On  a  supposé, 
mais  sans  preuve,  que  son  épiscopat  dura  37  ans. 
Henschenius  place  sa  mort  vers  500.  Censure  est  men- 
tionné aux  martyrologes  hiéronymien  et  romain  le 
10  juin,  et  se  trouve  aux  bréviaires  d'Auxerre  des 
xiv-xv»  siècles. 

A.  S.,  juin.  II,  274-75.  —  B.  H.  L.,  259.  —  Duchesne, 
II»,  445.  —  Gall.  christ.,  xiii,  265-66.  —  V.  Leroquais,  Les 
bréviaires  mss.  des  bibl.  publ.  de  France,  lu,  8.  —  Mort. 
Hier.,  éd.  Delehaye,  313.  —  Mort.  Rom.,  231-33. 

R.  Van  Doren. 

CENSURIN  est  placé  par  le  bollandiste  Stilting 
au  5  sept,  comme  martyr  à  Ostie  sous  Gallus,  en  252, 
avec  Herculanus  et  d'autres  compagnons.  A  cette 
date,  le  martyrologe  romain  n'a  retenu  que  Hercula- 
nus. L'hiéronymien  non  plus  ne  parle  pas  de  Censurin. 

A.  S.,  sept.,  II,  518-20.  —  Mort.  Rom.,  381.  —  Mort. 
Hier.,  éd.  Delehaye,  489. 

R.  Van  Doren. 
CENTENARIENSIS  (Ecclesia),  en  Numidie, 
n'a  pas  encore  été  retrouvée.  Il  se  peut  qu'elle  corres- 
ponde à  l'un  des  deux  Ad  Centenarium  de  la  Table  de 
Peutinger  (Weltkarte  des  Castorius  genannt  die  Peu- 
tinger'sche  Tafel,  éd.  K.  Miller,  Ravensburg,  1888, 
segm.  IV,  1  et  segm.  n,5),le  premier  situé  à  12  milles  de 
Tigisi  et  de  Gadiaufala,  le  second  à  22  milles  de  Zaraï 
et  à  15  de  Diana.  La  localité  dite  Centenarias  de  l'Ano- 
nyme de  Ravenne  {Ravennatis  anonymi  cosmo  g  raphia, 
m,  6,  éd.  Pinder  et  Parthey,  p.  149,  §  17)  a  été  aussi 
mise  sur  les  rangs.  Mais  aucune  découverte  n'est  venue 
confirmer  l'une  ou  l'autre  de  ces  hypothèses.  Reginus, 
évêque  de  Tigillava,  souscrit  à  la  conférence  de  411 
(Gesta  coll.  Carth.,  i,  133;  P.  L.,  xi,  1308),  pour  un 
Cresconius  Centenariensis,  absent  pour  raison  de  santé, 
et  dont  le  compétiteur  anonyme  s'était  fait  excuser 
pour  le  même  motif.  La  notice  de  484  (NoI.  prov.  Afr., 
Numidia,  39;  Victor  de  Vite,  éd.  Petschenig,  120; 
P.  L.,  Lviii,  270,  301)  donne  le  nom  d'un  autre  pas- 
teur catholique  du  lieu,  Florentins;  il  est  cité  le  trente- 
neuvième  sur  la  liste  des  évêques  numides. 

Morcelll,  i,  clxxii,  135-36.  —  Not.  dign.,  annot.,  p.  61", 
644.  —  Gams,  465.  —  De  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de  cor- 
resp.  afr.,  1886,  p.  90;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889, 
p.  1870.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  VAfr.  chrét.,  Numidie, 
Rennes-Paris,  1894,  xliv,  p.  107-8.  —  P.  Mesnage,  L'Afr. 
chrét.,  Paris,  1912,  p.  307-8.  —  H.  Jaubert,  Anciens  évêchés 
de  la  Numidie,  dans  Rec.  de  Constantine,  xlvi,  1912, 
p.  30-31,  §  42. 

J.  Ferron. 

CENTINA,  martyre,  18  sept.  En  1754  furent 
transférés  à  Atiliana,  près  de  Mestre,  les  corps  de 
deux  saints  provenant  du  cimetière  de  S.-Priscille: 
Centina  et  un  autre  qu'on  appela  Boniface;  de  même 
le  corps  d'un  saint  enseveli  au  cimetière  de  S.-Caiixte, 


145 


CENTINA  — 


CENTURIUS 


146 


que  l'on  dénomma  Fortunatus.  S'agissait-il  de  mar- 
tyrs? On  pourrait  en  douter.  . 

A.  S.,  sept.,  V,  758. 

R.  Van  Doren. 
CENTINI   (Maurice),  conventuel,  théologien, 
évêque  de  Massa  Lubrese  (1626),  de  Mileto  (1631, 
t  1640).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2136. 

CENTULA,  abbaye.  Voir  Saint-Riquier. 

1.  CENTULLION  (Guillaume),  évêque  d'Apt 
(1243-t  1246).  Il  était  prévôt  d'Apt,  au  moins  depuis 
1221,  quand  il  fut  appelé  à  succéder  à  Geoffroy  II 
(t  1243),  sur  le  siège  épiscopal  d'Apt.  En  1244,  il  se 
rend  à  Manosque,  où  Zoën,  évêque  d'Avignon  et  légat 
du  pape,  l'a  convoqué  avec  plusieurs  autres  prélats  de 
la  région.  Le  l^"'  mai  1244,  les  évêques  signent  une  for- 
mule de  trêve.  Guillaume  Centullion  eut  à  lutter  contre 
les  Simiane  qui  lui  refusaient  l'hommage  dû  à  leur 
suzerain.  Ils  vinrent  même  l'attaquer  dans  son  château 
de  Signon.  Il  fut  obligé,  pour  en  venir  à  bout,  de  faire 
appel  au  pape  et  au  comte  de  Provence.  Ceux-ci 
confièrent  le  règlement  de  ce  différend  au  légat  Zoën, 
qui,  lui-même,  passa  la  peu  agréable  mission  à  Guy 
de  Soliers,  prévôt  de  Barjols.  Les  esprits  étaient 
tellement  montés  de  part  et  d'autre  qu'une  solution 
ne  put  intervenir  promptement,  et  Guillaume  Cen- 
tullion mourut  avant  de  la  connaître,  le  26  janv.  1246. 

Archives  des  Bouches-du-Rhône,  B  284,  313,  338.  — 
Albanès,  Gallia  christiana,  nov.,  i,  233-34.  — -Boze,  Histoire  de 
l'Église  d'Apt,  1820,  p.  139.  —  Gallia  christiana,  i,  1715, 
col.  359.  —  Papon,  Histoire  de  Provence,  i,  1777,  p.  226. 

P.  Calendini. 

2.  CENTULLION  (Raymond),  évêque  d'Apt 
(1272-t  1275).  Sautel  ne  l'admet  pas  dans  sa  liste 
épiscopale,  alors  qu'Albanès  le  donne  comme  régu- 
lièrement élu.  Sa  parenté  avec  Guillaume  lui  avait 
probablement  valu  le  canonicat  d'Apt,  car  c'est  à  ce 
titre  de  chanoine  que  nous  le  voyons,  dès  1257,  accom- 
pagner à  Marseille  Pierre  Baile,  évêque  d'Apt.  Ce  der- 
nier y  reçut,  le  10  août,  la  déclaration  des  Aptésiens, 
au  sujet  du  consulat  d'Apt,  qu'ils  reconnaissaient 
appartenir  de  droit  à  leur  évêque.  Raymond  Cen- 
tullion consacra,  dans  sa  cathédrale  (sept.  1272),  les 
deux  autels  de  la  Ste- Vierge  et  de  S. -Jean.  Il  mourut 
le  10  juin.  1275. 

Albanès,  Gallia  christ,  novissima,  i,  238;  Instrum.,  i,  81. 
—  Bibliothèque  de  Marseille,  ms.  1166,  fol.  62  v». —  Gallia 
christiana,  i,  1715,  col.  360-61.  —  Papon,  Histoire  de  Pro- 
vence, 1,  227. 

P.  Calendini. 
CENTURIENSIS  (Ecclesia),  se  rattache  à  la 
province  romaine  de  Numidie.  Elle  est  connue  par 
trois  de  ses  évêques  :  Quodvultdeus,  qui  est  excom- 
munié par  le  concile  de  Milève  en  402  pour  avoir  refusé 
de  discuter  avec  son  rival  (Codex  canonum  eccl.  Afri- 
canae,  c.  87,  éd.  Christophorus  lustellus,  Paris,  1615, 
p.  21  et  226)  et  qui  prend  part  en  411  à  la  conférence 
de  Carthage  (Gest.  coll.  Carth.,  i,  126;  P.  L.,  xi,  1289); 
Cresconius,  son  compétiteur  donatiste  floc.  iam  cit.), 
et  Januarius,  cité  le  85«  sur  la  liste  de  Numidie  dans  la 
Notice  de  484  {Nol.  prov.  Afr.,  Numidia,  95;  Victor 
de  Vite,  éd.  Petschenig,  122;  P.  L.,  lviii,  271,  310).  Il 
est  possible  que  cet  évêché  s'identifie  avec  les  Cen- 
turiae  de  Procope  (De  bello  Vandalico,  ii,  13,  éd.  Din- 
dorf,  463),  dans  lequel  Ch.  Tissot  (Géogr.  comparée, 
II,  Paris,  1888,  p.  424)  reconnaît  un  nom  de  localité  et 
qu'il  suggère  d'assimiler  à  VAd  Cenienarium  de  la 
Table  de  Peutinger  (Weltkarte  des  Castorius  genannl 
die  Peutinger' sche  Tafel,  éd.  Miller,  Ravensburg,  1888, 
segm.  IV,  1)  à  12  milles  de  Tigisi  et  à  6  d'Ad  Rubras; 
mais  rien  n'autorise  jusqu'à  ce  jour  ces  identifications, 
pas  plus  que  celle  de  VAd  Centenarium  avec  un  point 


situé  à  9  km.  à  l'E.S.W.  d'Ain  Hadjar  Allah,  soutenue 
par  Tissot  (op.  cit.,  419),  ou  avec  Fedj  Deriass,  pro- 
posée par  Toussaint  (Bull,  du  comité,  1897,  p.  264-65, 
271,  n.  15;  cf.  St.  Gsell,  Atlas  arch.,  Alger,  1911,  f.  18, 
Souk  Ahras,  170  et  180). 

Morcelli,  i,  clxxiii,  136.  —  Not.  dign.,  annot.,  p.  617, 
644.  —  Gams,  465.  —  De  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de 
corresp.  afr.,  1886,  p.  90;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889, 
p.  1870.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrét.,  Numidie, 
Rennes-Paris,  1894,  XLvr,  p.  111-12.  —  P.  Mesnage,  L'Afr. 
chrét.,  Paris,  1912,  p.  311-12.  —  H.  Jaubert,  Anciens  évê- 
chés  de  la  Numidie...,  dans  Rec.  de  Constantine,  xlvi,  1912, 
p.  31,  §  44. 

J.  Perron. 

CENTURIONENSISf  Ecoles  «a  ; ,  f  ait  son  app  a- 

rition  dans  l'histoire  au  concile  provincial  tenu  à  Cirta 
(Constantine)  entre  305  et  311,  le  13  mai  au  plus  tôt 
(S.  Augustin,  Contra  Cresconium,  m,  27;  éd.  Barreau, 
XXIX,  169-71;  P.  L.,  xliii,  510-12;  S.  Optât,  De 
schismate  Donatistarum,  i,  14;  éd.  Dupin,  Paris,  1702, 
p.  14-16;  cf.  Hefele-Leclercq,  i,  209-11)  :  un  Nabor  a 
Centurionis  siège  parmi  les  cinq  évêques  intègres  de 
l'assemblée.  Par  contre,  en  411  (Gesta  coll.  Carth., 
I,  202;  P.  L.,  XI,  1341),  c'est  un  donatiste  sans  com- 
pétiteur catholique,  Januarius  Centurionensis,  qui  se 
trouve  à  la  tête  de  cet  évêché.  En  484,  les  catholiques 
ont  repris  possession  de  la  place  avec  Firmianus,  dont 
l'ethnique  a  été  lu  par  les  copistes  Centurianensis  et 
qui  est  cité  le  sixième,  avec  la  mention  prbt,  sur  la  liste 
des  évêques  de  Numidie  convoqués  à  Carthage  par 
Hunéric  (Notitia  prov.  et  civil.  Afr.,  Numidia,  6; 
Victor  de  Vite,  éd.  Petschenig,  119;  P.  Z,.,  lviii,  270, 
293).  Il  semble  bien  que  ce  soit  la  localité  dont  les  ma- 
gistrats sont  mentionnés  aux  côtés  de  ceux  de  Cirta 
dans  l'interrogatoire  des  SS.  Jacques  et  Marien  (Rui- 
narl,  Acta  martyrum  sincera,  Vérone,  1731,  p.  196,  §  5). 
ÎVIais  cela  n'autorise  nullement  à  conclure  à  la  proxi- 
mité des  deux  cités  et  encore  moins  à  l'identification 
de  notre  évêché  avec  l'actuel  «  El  Kantour  »,  puisque 
ce  nom  présente  un  sens  en  arabe,  celui  de  broussaille, 
correspondant  parfaitement  à  la  physionomie  de  la 
contrée  (cf.  A.  Cherbouneau,  Explication  du  nomd'El- 
Kantour,  dans  Rec.  de  Constantine,  vi,  1873-74,  p.  85- 
90;  St.  Gsell,  Atlas  arcli.,  Alger,  1911,  f.  8,  Phi- 
Hppeville,  227). 

Morcelli,  i,  glxxiv,  136-37,  —  Not.  dign.,  annot.,  p.  616, 
644.  —  Gams,  465.  —  De  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de 
corresp.  afr.,  1886,  p.  90;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889, 
p.  1870.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrét.,  Numidie, 
Rennes-Paris,  1894,  xlvi,  p.  111-12.  —  P.  Mesnage.  L'Afr. 
chrét.,  Paris,  1912,  p.  311-12.  —  H.  Jaubert,  Anciens  éoé- 
chés  de  la  Numidie,  dans  Rec.  de  Constantine,  xlvi,  1912, 
p.  31.  §  44. 

J.  Ferron. 

CENTURIUS,  un  laïque  de  la  secte  donatiste, 
qui,  vers  les  années  400à411,  à  l'époque  où  S.Augustin 
menait  sa  campagne  de  prédications  antischisma- 
■  tiques,  remit  à  l'Église,  c.-à-d.  à  la  hiérarchie  catho- 
lique, de  la  part  de  ses  coreligionnaires,  quelques-uns 
des  arguments  qu'ils  opposaient  aux  «  traditeurs  » 
dans  leurs  enseignements  oraux  ou  écrits,  en  y  joi- 
gnant un  petit  nombre  de  «  soi-disant  témoignages  » 
scripturaires  favorables  à  leur  cause.  L'évêque  d'Hip- 
pone  (Retract.,  ii,  19;  éd.  Barreau,  n,  77-78;  P.  L., 
xxxii,  638)  prit  la  peine  de  lui  répondre  par  un 
opuscule  aujourd'hui  perdu,  intifulé  Contra  quod 
attulit  Centurius  a  Donati.stis,  et  où  il  reprenait  point 
par  point  les  objections  de  son  adversaire,  en  les  réfu- 
tant très  brièvement,  à  commencer  par  la  question 
très  débattue  du  baptême.  Ce  fut  probablement  l'oc- 
casion du  retour  de  Centurius  clairement  mentionné 
par  Augustin,  quidam  laicus  tunc  eorum. 

P.  Monceaux,  Hist.  litt.  de  l'Afr.  chrét.,  vi,  Paris,  1922, 
p.  234;  VII,  1923,  p.  97-98  (l'auteur  brode  un  peu). 

J.  Ferron. 


147 


CEOLFRID 


—  CÉOS 


148 


CEOLFRID,  saint  anglais,  abbé  des  monastères 
de  Wearmouth  et  Jarrow  (t  716).  11  naquit  en  642, 
trouva  sa  formation  ascétique  dans  le  monastère  de 
Gilling,  et  puis,  invité  par  Wilfrid,  il  passa  à  Ripon  où 
il  devint  prêtre  en  669.  En  674  le  fondateur  de  l'ab- 
baye de  Wearmouth,  Benedict  Biscop,  l'invita  pour 
l'assister  dans  la  fondation  et  le  gouvernement  de  ce 
monastère  célèbre.  Plus  tard,  Ceolfrid  fut  promu  au 
gouvernement  des  deux  monastères  de  Wearmouth  et 
de  Jarrow  où  il  avait  comme  disciple  le  Vén.  Bède  qui 
composa  une  Vie  de  Ceolfrid  et  en  fit  l'éloge  dans  son 
Histoire  ecclésiastique.  C'était  sur  l'ordre  de  Ceolfrid 
que  Bède  fut  sacré  prêtre.  Promoteur  zélé  de  l'unifi- 
cation des  pratiques  ascétiques  et  des  rites  liturgiques, 
Ceolfrid  réussit  à  convertir  plusieurs  Irlandais,  entre 
autres  Adamnan,  abbé  d'Iona,  à  accepter  la  pâque  et 
la  tonsure  romaines.  A  son  instance,  Nectan,  roi  des 
Pietés  de  l'Écosse,  entreprit  une  réforme  des  rites 
dans  son  royaume  et  enjoignit  à  son  clergé  de  se 
conformer  aux  dispositions  conseillées  par  Ceolfrid. 
Après  avoir  bien  établi  une  tradition  monastique  et 
ecclésiastique  qui  influença  pendant  longtemps 
l'Église  d'Angleterre,  Ceolfrid  résigna  son  autorité 
abbatiale  et  partit  pour  Rome  en  716.  Au  cours  de  son 
voyage,  il  mourut  à  Langres  le  25  sept,  de  la  même  année. 
Ses  reliques  furent  transférées  en  Angleterre,  proba- 
blement à  Wearmouth. 

Bède,  Viia  sanctissimi  Ceolfridi,  éd.  C.  Plummer,  Vene- 
rabilis  Baedae  Opéra  historica,  i,  Oxford,  1896,  p.  388-404; 
ti,  369-79.  —  B.  H.  L.,  n.  1726.  —  D.  C.  Biogr.,  i,  439-41. 

F.  O'  Briain. 

CEOLWULF,  saint  roi,  et  puis  moine,  en  Angle- 
terre (t  764).  Il  succéda  à  son  frère,  Osric,  comme  roi 
de  Northumbrie  en  729  et  il  favorisa  beaucoup  l'orga- 
nisation de  l'Église  dans  son  royaume  et  le  choix  de 
bons  prélats  pour  les  jeunes  diocèses  placés  sous  son 
autorité.  C'était  à  lui  —  gloriosissimo  régi  Ceoliiulfo  — 
que  le  Vén.  Bède  dédia  son  Histoire  ecclésiastique. 
Malheureusement  son  règne  fut  court.  Une  insurrec- 
tion lui  ôta  la  couronne,  et  il  fut  tonsuré  de  force  et 
emprisonné  dans  un  monastère  en  731.  Mis  en  liberté, 
il  renonça  spontanément  à  son  royaume  et  devint 
moine  à  Lindisfarne  en  737  où  il  mourut  en  764.  Il 
devint  l'objet  d'un  culte  et  ses  reliques  furent  transfé- 
rées à  Norham  et  plus  tard  son  crâne  fut  l'objet  de 
vénération  à  Durham. 

Bède,  Historia  ecclesiastica  gentis  Anylorum,  éd.  C.  Plum- 
mer, n,  Oxford,  1896,  p.  336-40,  350,  379,  etc.  —  A.  S., 
janv.,  1, 1081.  — D.  C.  Biogr.,  i,  442-44. 

F.  O'  Briain. 

CÉOS  (Kéoç),  petit  évêché  des  Cyclades,  dépen- 
dant d'Athènes,  promu  archevêché  ])uis  métropole 
éphémère.  L'île  de  Céos  se  trouve  au  sud-est  du  cap 
Sounion  (Attique);  elle  mesure  103  km-  et  compte 
3  733  habitants  (1928).  Dans  l'antiquité,  elle  porta 
aussi  le  nom  d'Hydrousa  ('Y5poOaa),  qui  ne  s'est  pas 
maintenu.  Elle  possédait  quatre  villes  assez  impor- 
tantes qui  ont  laissé  des  ruines,  dignes  d'intérêt.  Dès 
l'époque  romaine,  le  nom  prit  la  forme  de  Kéa  (latin 
Cea),  puis  Keîa  et  Kia.  Les  Vénitiens,  qui  s'emparèrent 
de  l'île  en  1207,  la  nommèrent  Tzia,  appellation  dont 
les  Grecs  firent  Nxjia  puis  Tjiâ,  forme  encore  em- 
ployée de  nos  jours,  bien  que  le  nom  ancien  de  KÉoç 
ait  été  olficiellement  rétabli.  L'île  resta  possession 
vénitienne  de  1207  à  1537,  date  à  laquelle  le  fameux 
amiral  turc  Haïreddin  Barberousse  la  conquit.  Elle 
fut  unie  au  duché  de  Naxos  en  1541,  puis  annexée  à  la 
Turquie  en  1566;  enfin  elle  fut  incorporée  au  royaume 
de  Grèce  en  1833.  Au  début  de  711,  le  pape  Constan- 
tin, appelé  par  l'empereur  Justinien  II,  s'y  arrêta 
quelque  temps  et  y  rencontra  le  patrice  Théophile, 
chargé  de  le  conduire  à  Constantinople.  Michel  Aco- 
minatos,  métropolite  d'Athènes,  s'y  réfugia  après  la 


prise  de  sa  ville  épiscopale  par  les  latins  (1205);  il  y 
vécut  jusqu'à  sa  mort  (1220). 

Il  est  difficile  de  dire  à  quelle  époque  la  petite  île  de 
Céos  fut  pourvue  d'un  évêché.  On  ne  trouve  pas  trace 
de  celui-ci  dans  les  listes  officielles  du  patriarcat  de 
Constantinople  pendant  l'empire  byzantin.  Il  paraît 
pour  la  première  fois  dans  la  liste  du  moine  sicilien 
Nil  Doxapatris  (deuxième  moitié  du  xii"^  s.)  (G.  Par- 
they,  Hieroclis  Synecdemus  et  Notitiae  graecae  episco- 
patuum,  Berlin,  1886,  p.  300,  n.  276)  parmi  les  onze 
suffragants  de  la  métropole  d'Athènes.  Encore  n'est-il 
pas  sûr  que  ce  ne  soit  pas  une  interpolation  posté- 
rieure, le  texte  de  Nil  ayant  subi  de  multiples  modifi- 
cations. Le  titre  est  f\  KÉcos  Kal  Geppicov.  Thermia  est 
une  petite  île  voisine  de  Kéos,  appelée  Cythnos  (Kûôvos) 

1  dans  l'antiquité  (c'est  aussi  le  nom  officiel  de  nos  jours). 
Elle  mesure  82  km'-  et  compte  2  860  habitants  (1928). 

L'évêché  grec,  si  tant  est  qu'il  existât  alors,  dispa- 
rut pendant  l'occupation  latine.  Il  fut  rétabli  après  la 
conquête  de  l'île  par  les  Turcs  et  fut  même  uni  à  celui 
de  Syra  en  1594.  Le  patriarche  Cyrille  Lucaris  l'érigea 
en  archevêché  en  1623.  Il  devint  métropole  en  1819  et 
se  vit  attribuer  alors  l'île  de  Sériphos.  La  loi  du 
21  nov.  1833  sur  l'organisation  de  l'Église  de  Grèce  le 
remit  au  rang  des  évêchés;  le  15  déc.  1843,  il  fut  com- 
pris dans  celui  des  Cyclades  nouvellement  créé;  enfin 
la  loi  de  1852  l'unit  à  celui  d'Andros,  lui-môme  suppri- 
mé lors  de  la  réforme  de  1900. 

On  ignore  à  quelle  date  les  Vénitiens  établirent  un 
évêque  à  Céos.  La  liste  des  titulaires  connus  ne  pré- 
sente qu'une  douzaine  de  noms  du  xiv«  au  xvi''  s.  : 
Puricivallis  (7-1376);  Simon  de  Arezzo;  François 
Andréa,  O.  F.  M.  (6juill.  1422-35);  François  Berberii 
(1435-t  1445);  François,  O.  F.  M.  (9  juin  1445- 
30  avr.  1453);  Gometius  (24  mai  1498-?);  Jean  Zotto 
(6  févr.  1520-?);  Denys  Zanettini,  O.  F.  M.  (8  févr. 
1529-11  déc.  1538);  Constantin  Justiniani,  O.  P. 
(27  août  1540-t  début  1545);  Jean  de  Gaona,  O.  S.  A. 
(19  févr.  1546-?);  Jacques  de  Roccha  (après  1550). 
Depuis  la  seconde  moitié  du  xvi«  s.,  aucun  prélat 
ne  semble  avoir  été  nommé  au  siège  de  Céos,  qui 
était  devenu  purement  titulaire  à  la  suite  de  la  con- 
quête turque.  Le  titre  est  de  nouveau  conféré  :  Jac- 
ques-Thomas O'Dood,  élu  le  22  mai  1948,  auxiliaire 
à  San  Francisco. 

La  liste  des  évêques  grecs  connus  ne  commence  qu'à 
la  fin  du  xvi«  s.  Il  est  donc  assez  vraisemblable  que 
l'évêché  de  rite  byzantin  succéda  tout  simplement 

I  au  latin  et  qu'il  n'existait  pas  avant  le  xiii^  s.  Cette 
liste  ne  renferme  que  quatorze  noms  :  Syméon 
(?-t  15  janv.  1594);  Nectaire  (déjà  en  1622-8  juin 
1630);  Daniel  (8  juiU.  1630-t  avant  déc.  1646);  Nil 
(5  déc.  1646-démissionne  le  15  sept.  1650,  en  faveur 
du  suivant);  Germain,  neveu  de  Nil  (juill.  1651- 
déposé  le  14  août  1651).  Pendant  le  premier  épiscopat 
de  Germain,  le  patriarche  de  Constantinople  Joan- 
nice  II,  déposé  pour  la  quatrième  fois  en  juill.  1656, 
reçoit  l'évêché  de  Céos  comme  revenu  et  y  meurt  à  la 
fin  de  1659  ou  au  début  de  1660;  on  ignore  comment 
les  deux  prélats  s'accordèrent;  Grégoire  (14  août 

!  1661-?);  Germain,  rétabli  (mars  1675-?);  Macairc 
(1721);  Barthélémy  Deangelis  (vers  1730);  Ananie 
Bradyglossos  (vers  1740);  Moïse  (21  févr.  1748-?); 
Néophyte  (vers  1760);  Grégoire  Migadas  (?-t  pendu 
par  les  Turcs  en  mai  1792);  Sophrone  (1792-96);  Nico- 
dème  Roussos  (1796-1842). 

Bilrchner,  Keos,  dans  Real-Encyclopddie  Pauly-Wisso- 
\va,  xi-1,  182-89.  —  D.-P.  Paschalès,  Kios,  dans  MeyàXri 
ÉXÂr|viKf)  éyKUKAoTraiSsia,  xix,  173-75.  — •  Jean  N.  Psyllas, 
'iCTTopla  Tfjç  vi^aou  Kéa;,  1921,  p.  180-83.  —  Lequien,  Oriens 
cliristianus,  m,  868-70.  —  Gams,  i,  449.  —  A.  Battandier, 
Annuaire  pontifical,  1916,  p.  384. 

H.  Janin. 


149 


CEPARANA  — 


CÉPHALLÉNIE 


150 


CEPARANA  (S.-Venance),  de  Separano,  ab- 
baye de  bénédictins  sise  au  confluent  du  Magra  et  du 
Vara,  près  de  Bollano,  aux  frontières  de  la  Ligurie, 
diocèse  de  Luni-Sarzana.  Les  archives  étant  perdues, 
on  ignore  la  date  de  la  fondation  du  monastère,  et 
quand  il  passa  sous  l'autorité  immédiate  du  S. -Siège. 
Il  semble  avoir  été  dévasté,  quand,  en  1447,  il  fut 
cédé  par  Eugène  IV  à  l'abbaye  des  olivétains  de  S.- 
Venereo  de  Tyro.  Il  fut  placé  sous  commende  avant  la 
fm  du  xv<^  siècle. 

Cottineau,  652.  —  Kehr,  //.  pont.,  vi,  ii,  384.  —  Semeria, 
Secoli  crist.,  ii,  154.  —  B.  Tondi,  Olivet.  dilucid.,  80. 

R.  Van  Doren. 

CEPARI  (Vergiho),  jésuite,  né  vers  1564  à  Pu- 
nicale  près  de  Pérouse,  mort  à  Rome  le  14  mars  1631. 
Avant  son  entrée  au  noviciat  le  21  mai  1582,  il  avait 
étudié  le  droit.  Au  Collège  romain,  il  eut  S.  Louis  de 
Gonzague  comme  condisciple  et  comme  ami  et  assista 
à  sa  mort.  Successivement  prédicateur  dans  les  prin- 
cipales villes  d'Italie,  professeur  d'hébreu  au  Collège 
romain,  de  théologie  aux  universités  de  Parme  et  de 
Padoue,  recteur  du  collège  de  Florence  et  du  Collège 
romain,  il  se  signala  avant  tout  comme  hagiographe. 
Postulateur  des  causes  de  S.  Ignace,  de  S.  François 
de  Borgia,  de  Ste  Marie-Madeleine  de  Pazzi,  de 
S.  Louis  de  Gonzague,  de  S.  Stanislas  Kostka,  des 
Bx  Rodolphe  Aquaviva  et  John  Ogilvie  et  du  véné- 
rable Père  Joseph  Anchieta,  de  S.  Robert  Bellarmin,  il 
consigna  les  connaissances  acquises  par  une  si  multiple 
expérience  en  un  directoire  des  canonisations  en  dix 
livres  resté  manuscrit  et  dont  trois  seulement  sont 
conservés.  Benoît  XIV  le  mentionne  et  en  fait  grand 
cas.  Ce  sont  ses  biographies  de  S.  Louis  de  Gonzague 
et  de  S.  Jean  Berchmans  qui  lui  ont  valu  sa  renommée. 
Sa  connaissance  intime  de  leurs  vertus  et  sa  propre 
expérience  spirituelle  en  font  un  témoin  de  première 
valeur.  Un  juge  aussi  compétent  que  le  P.  H.  Delehaye, 
BoUandiste,  n'a  pas  craint  d'écrire  —  et  l'observation 
vaut  aussi  pour  la  Vie  de  S.  Louis  —  que  la  Vie  de 
S.  Jean  Berchmans  «  est  une  des  meilleures  Vies  de 
saints,  que  l'on  éprouve  quelque  satisfaction  à  ren- 
contrer, dans  un  genre  cultivé  par  trop  de  talents 
insuffisamment  mûris,  un  modèle  aussi  soigné,  un  tra- 
vail aussi  habilement  et  aussi  soigneusement  com- 
posé. »  (Vie  de  saint  Jean  Berchmans,  collection  Les 
saints,  8). 

La  1"^  édition  de  la  Vie  de  S.  Louis  de  Gonzague, 
dont  l'auteur  avait  déjà  réuni  des  notes  du  vivant 
même  du  jeune  saint,  parut  en  1606  sous  le  titre  : 
Vila  del  Bealo  Luigi  Gonzaga  délia  Coinpagnia  di 
Gesu.  Dédiée  au  marquis  François  de  Gonzague, 
frère  du  bienheureux,  elle  contient  une  lettre  dédica- 
toire  du  marquis  au  pape  Paul  V.  Une  édition  revue, 
corrigée  et  complétée  par  l'auteur,  parut  en  1630. 
Rééditée  un  grand  nombre  de  fois,  elle  fut  traduite 
dans  les  diverses  langues  de  l'Europe.  Grâce  aux 
appendices  qui  y  furent  ajoutés,  l'édition  du  P.  Boero, 
S.  J.,  de  1862  est  la  plus  complète.  Cepari  écrivit 
aussi  une  Vie  de  S.  François  de  Borgia,  l"'^  édit., 
1624  in-8,  236  p.  Une  réédition  en  fut  faite  encore  en 
1884,  2  vol.  in-16»,  190  et  216  p.  La  Vita  di  Giovanni 
Berchmans,  Fiammingo,  religioso  délia  Compagnia  di 
Gesu,  parue  en  1627,  fut  traduite  en  néerlandais  par 
le  P.  Surius  dès  1629,  en  français  par  le  P.  Jean 
(Cachet,  S.  J.,  et  en  latin  par  le  P.HermanHugo,S.  J., 
en  1630.  Sous  le  nom  de  Marie-Madeleine  Anguillara, 
la  supérieure  des  Oblates  de  Ste-Françoise,  fut  pu- 
bliée une  Vie  de  Ste  Françoise  Romaine  qui  repose  sur 
les  notes  de  Cepari  mais  qui  fut  complétée  et  ordonnée 
par  le  P.  Jacques  Fuligati  (Papebroch,  A.  S.,  mars, 
II,  176-211  en  donne  une  traduction  latine).  Confes- 
seur et  directeur  de  Ste  Marie-Madeleine  de  Pazzi 
et  postulateur  de  sa  cause,  Cepari  avait  composé  à 


l'occasion  de  la  béatification  une  Vie  de  la  sainte  sur 
la  demande  des  religieuses  du  couvent  de  la  Très- 
Sainte- Incarnation  de  Rome,  fondation  du  couvent 
N.-D.-des-SS. -Anges  de  Florence,  quand  il  apprit 
l'édition  donnée  par  Racconisi  de  la  Vie  par  Puccini. 
Sur  le  désir  du  cardinal  Barberini,  l'impression  fut 
arrêtée  et  l'ouvrage  poussé  jusqu'au  ch.  lviii  demeura 
en  la  possession  du  couvent  romain.  En  1669  à  l'occa- 
sion de  la  canonisation,  elle  fut  publiée  et  complétée 
par  le  P.  Fozi,  S.  J.  (cf.  A.  S.,  mars,  vi,  178  et  249; 
elle  fut  traduite  par  Papebroch  et  insérée  presque 
entièrement). 

Le  traité  ascétique  Essercizio  délia  presenza  di  Dio, 

1621,  dédié  au  cardinal  Bellarmin,  était  hautement 
apprécié  par  celui-ci,  qui  en  faisait  sa  lecture  préférée 
à  la  fm  de  sa  vie.  Cepari  donna  dans  les  Regole  com- 
muni  délie  Vergine  di  Gesu  nel  collegio  di  Castiglione, 

1622,  une  règle  à  la  congrégation  fondée  par  les 
saintes  nièces  de  S.  Louis  de  Gonzague  (cf.  A.  S., 
juin,  IV,  actes  de  S.  Louis  à  la  fin  du  volume,  n.  34 
et  99).  Une  autre  congrégation  religieuse  tiendrait, 
elle  aussi,  sa  règle  du  P.  Cepari. 

Sommervogel,  ii,  957.  —  Southwell,  Scriptores  Sociefatis 
Jesu,  783.  —  Patrignani,  Menologio,  14  marzo,  101.  — 
De  Guilhermy,  Ménologe  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Assis- 
tance d'Italie,  i,  324  n.  —  Cordara,  Historia  Societatis  Jesu, 
VI,  1.  XVI,  n.  11,  p.  445.  —  A.  S.,  juin,  iv,  876  B,  891  F, 
1090  sq.;  mai,  vi,  177-249. 

A.  De  Bil. 

CEPHAE  CASTELLUM,  Cephas,  Hasan- 
Keph,  Hassan-Kef,  Hesen-Kipha,  Hisn-Kepha,  Hi?n- 
Petros  (?),  ville  de  Mésopotamie  située  sur  le  Tigre 
dans  le  Tûr  'Abdin,  au  sud-est  de  Maypherqat.  Son 
évêque  apparaît  mentionné  pour  la  première  fois  dans 
la  Vie  du  reclus  Jacques  l'Égyptien.  Plus  tard,  les 
jacobites  à  leur  tour  y  établirent  un  siège  épiscopal. 

Évêques  :  Benjamin  (sous  Julien  l'Apostat),  Noé 
(451),  Athanase  (1015;  si  Hisn-Petros  =  Hisn-Kepha). 
On  peut  y  ajouter  l'évêque  Denys  (vers  1100),  si 
Hesna,  dans  la  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  est  à 
identifier  avec  notre  localité.  Un  autre  évêque  de 
Hesna,  Gabriel,  participa  au  synode  d'Amid  (1616). 

J.-S.  Assemani,  Bibliotheca  orienlalis,  i,  Rome,  1719-28, 
p.  547;  III,  1,  600;  m,  2,  736.  —  Lequien,  ii,  1005  sq., 
1487  sq.  —  W.  Wright,  Catalogue  of  Sgriac  Mss.  in  the 
British  Muséum,  Londres,  1870-72,  p.  95,  850,  1136.  — 
J.-B.  Abbeloos-T.-J.  Lamy,  Gregorii  Bar  Hebraei  Chroni- 
con  ecclesiasticum,  i,  Louvain,  1871,  col.  429,  note  1.  — 
J.-B.  Chabot,  Les  évêques  jacobites  du  VIII'  au  XIII'  s., 
dans  Bévue  de  l'Orient  chrétien,  vi,  Paris,  1901,  p.  198; 
Chronique  de  Michel  le  Syrien,  m,  Paris,  1905-10,  p.  499. 
—  E.  Honigmann,  Studien  zur  Notifia  Antiochena,  dans 
Byz.  Zeitschrijt,  xxv,  Leipzig,  1925,  p.  75,  83.  —  J.  Mark- 
wart,  Sudarmenia  und  die  Tigrisquellen,  Vienne,  1930, 
p.  603  sq.  (index).  —  E.  Schwartz,  Concilium  universale 
Chalcedonense,  vi,  Berlin,  1938,  p.  49,  92.  —  R.  Devreesse, 
Le  patriarcat  d'Antioche  depuis  la  paix  de  l'Église  jusqu'à 
la  conquête  arabe,  Paris,  1945,  p.  299,  300,  302,  306,  309. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CÉPHALLÉNIE  (KE9aAÂr|via,  auj.  Céphalonie), 
évêché  des  îles  Ioniennes,  dépendant  de  Corinthe,  puis 
métroi)ole.  L'île  de  Céphalonie  fut  habitée  dès 
l'époque  néolithique  et  participa  à  la  civilisation  my- 
cénienne, comme  le  prouvent  les  nombreuses  décou- 
vertes que  l'on  y  a  faites.  Chez  Homère,  le  nom  de 
Céphaloniens  n'est  jamais  donné  aux  seuls  habitants 
de  l'île;  il  s'applique  à  tous  les  sujets  d'Ulysse  qui 
peuplaient  aussi  les  îles  voisines,  Zante,  Ithaque,  etc. 
C'est  Strabon  le  premier  qui  l'emploie  uniquement 
pour  les  gens  de  l'île.  Céphalonie  fut  alliée  à  Athènes 
pendant  la  guerre  du  Péloponèse  et  en  subit  le  contre- 
coup. Elle  fit  ensuite  partie  de  la  confédération  éto- 
lienne;  elle  résista  victorieusement  à  Philippe  V  de 
Macédoine  (218  av.  J.-C.)  et  tomba  au  pouvoir  des 
Romains  en  192.  Elle  devint  la  propriété  personnelle 


151 


CÉPHALLÉNIE 


152 


du  consul  Gaius  Antoine,  oncle  de  Marc  Antoine; 
il  y  vécut  six  ans  en  exil  (59-53).  Plus  tard,  elle  fut 
donnée  aux  Athéniens.  Sous  les  Byzantins,  Céphalonie 
fut  le  centre  du  thème  des  îles  Ioniennes  jusqu'en  1185. 
Elle  subit  les  attaques  infructueuses  de  Robert  Guis- 
card  à  la  fin  du  xi«  s.  Guillaume  II  s'empara  de  l'île 
en  1185  et  y  établit  un  gouverneur.  Après  la  prise  de 
Constantinople  par  les  latins  (1204),  elle  devint  le  fief 
de  Mathieu  Orsini,  sous  la  suzeraineté  de  Venise.  Les 
Orsini  la  conservèrent  jusqu'en  1357,  date  à  laquelle 
elle  passa  définitivement  au  pouvoir  des  Tocco.  Cette 
nouvelle  situation  dura  jusqu'en  1479.  Les  Turcs 
s'emparèrent  alors  de  l'île;  mais  les  Vénitiens  les  en 
chassèrent  en  1503.  Les  nouveaux  maîtres  s'occupèrent 
sérieusement  du  développement  économique  du  pays 
qui  devint  rapidement  brillant  malgré  les  incursions 
répétées  des  Turcs.  Céphalonie  fut  cédée  à  la  France 
par  le  traité  de  Campo-Formio  (1797),  puis  elle  fit 
partie  de  la  République  ionienne  (1800-07)  pour 
redevenir  française  pendant  deux  ans.  Les  Anglais 
s'en  emparèrent  en  1809  et  la  gardèrent  sous  leur 
protectorat,  ainsi  que  les  autres  îles  ioniennes,  jusqu'en 
1 863 .  Elles  furent  alors  rattachées  au  royaume  de  Grèce. 

Le  christianisme  pénétra  probablement  de  bonne 
heure  à  Céphalonie,  à  cause  de  la  position  de  l'île  sur 
les  voies  maritimes  qui  relient  l'Orient  à  l'Occident. 
Au  dire  de  Clément  d'Alexandrie  le  fait  se  serait 
passé  vers  la  fin  du  i"  s.  On  ignore  complètement  à 
quelle  date  elle  eut  un  évêché.  Le  premier  titulaire 
dont  parlent  les  documents  n'est  que  de  787.  Le 
diocèse  comprenait  probablement  les  deux  îles  de 
Céphalonie  et  d'Ithaque.  Quand  les  Vénitiens  furent 
maîtres  du  pays,  l'évêché  grec  disparut  et  fit  place  à  un 
évêché  latin  qui  en  eut  tous  les  droits.  Il  y  eut  cepen- 
dant des  titulaires  byzantins,  puisqu'en  1362  l'évêque 
de  Céphalonie  était  transféré  à  Naupacte  par  le 
patriarche  Calliste  (Miklosich  et  Muller,  Acta  et  diplo- 
mala  graeca  medii  aevi,  i,  413-15).  Toutefois  l'évêché 
grec  fut  rétabli  vers  le  milieu  du  xv''  s.  par  Léonard 
Tocco  (1448-79),  mais  avec  juridiction  sur  Zante  et 
Ithaque.  Cyrille  Lucaris  l'érigea  en  archevêché  le 
6  juill.  1628.  Ce  fut  la  cause  de  démêlés  assez  violents 
entre  les  clergés  des  deux  îles  de  Céphalonie  et  de 
Zante,  surtout  au  sujet  de  l'élection  de  l'archevêque. 
Pour  y  mettre  fin,  le  provéditeur  Pisani  publia,  en 
1716,  un  décret  qui  réglait  minutieusement  cette 
question.  En  sept.  1799,  Céphalonie  devint  métropole, 
ainsi  que  Zante.  Quant  à  Ithaque,  elle  fut  pourvue 
d'un  évêché  soumis  à  Céphalonie.  Celle-ci,  comme  les 
autres  îles  Ioniennes,  resta  sous  la  juridiction  du  pa- 
triarcat de  Constantinople  jusqu'en  juill.  1886.  Elles 
furent  alors  rattachées  à  l'Église  de  Grèce. 

Céphalonie  et  Ithaque  forment  aujourd'hui  une  mé- 
tropole grecque  orthodoxe  qui  compte  66  000  fidèles 
(1928),  avec  110  églises  et  108  prêtres  séculiers.  On  y 
trouve  cinq  monastères  d'hommes  avec  une  cinquan- 
taine de  moines  et  trois  monastères  de  femmes  avec 
60  moniales.  L'évêché  publie  une  revue  religieuse, 
'Ayios  repàaitios.  Le  métropolite  réside  à  Argostoli, 
capitale  de  l'île. 

La  liste  des  évêques  grecs  n'est  un  peu  complète 
qu'à  partir  du  xvi«  s.  On  n'en  trouve  que  deux  à 
l'époque  byzantine.  Au  concile  de  Nicée  (787),  le 
prêtre  Georges  remplaça  le  titulaire  de  Céphalonie 
dont  le  nom  est  inconnu  (Mansi,  xiii,  145  B,  369  C, 
392  B).  Antoine  prit  part  à  celui  de  879  qui  réhabilita 
Photius  (Mansi,  xvii  A-xviii  A,.  376  B).  Un  évêque, 
dont  le  nom  est  inconnu,  fut  transféré  à  Naupacte  en 
sept.  1362  (Miklosich  et  Muller,  op.  cil.,  i,  413-15).  — 
Philothée  Loberdos,  1567-80.  —  Anthime  Antipas, 
vers  1605.  •—  Parthénius  I",  1622?  —  Pachôme  Doxa- 
ras,  1624.  —  Nicodème  Métaxas,  mai  1628-t  1646.  — 
Jérémie,  1646-t  1651.  —  Paisios  Choidas,  1664-t  1672. 


—  Timothée  Typaldos,  1684-t  1718.  —  Sophrone, 
1721.  —  Séraphim,  1725.  —  Abramius  Méhssène, 
1756.  —  Sophrone  Coutoubalès,  déposé  en  1762.  — ■ 
Joannice,  l'784.  — •  Parthénius  II  Macrès,  sacré  en 
mars  1824-t  juUl.  1842.  —  Constantin  Typaldos,  élu 
en  nov.  1842,  refusé  par  le  sénat  ionien.  —  Spyridon 
Contomichalès,  déc.  1842-t  juill.  1873.  —  Spyridon 
Combothécras,  nov.  1874-démission  en  mai  1876.  — 
Germain  Calligas,  oct.  1883,  nommé  archevêque 
d'Athènes  le  5  juin  1889.  —  Gérasime  Dorigas  ou 
Dorizas,  5  févr.  1893-t  24  janv.  1901.  —  Damascène 
Polydorou,  9  juill.  1901-t  1934.  —  Germain,  sacré  le 
14  juin  1934. 

L'évêché  latin  fut  sans  doute  créé  au  début  de  1207 
en  même  temps  qu'était  nommé  le  premier  titulaire. 
Le  11  mars  1222,  Innocent  III  l'unit  à  celui  de  Zante. 
En  1625,  cette  union  fut  déclarée  perpétuelle.  Au  mo- 
ment de  l'annexion  des  îles  Ioniennes  au  royaume  de 
Grèce  (1862),  le  diocèse  de  Céphalonie  et  Zante  fut 
soumis  comme  suffragant  à  l'archevêché  de  Corfou. 
Quatre  ans  plus  tôt,  l'administration  en  avait  été 
confiée  à  l'archevêque  de  Corfou.  De  1872  à  1885  il  y 
eut  encore  un  évêque;  mais  depuis  lors  a  été  rétablie  la 
situation  créée  en  1859.  Le  nombre  des  fidèles  a 
d'ailleurs  rapidement  diminué.  Les  persécutions  que 
les  orthodoxes  leur  ont  fait  subir  après  l'annexion  à  la 
Grèce  en  décidèrent  un  bon  nombre  à  s'expatrier. 
L'exode  a  continué  depuis  lors.  A  la  fin  du  xix«  s.  le 
nombre  des  catholiques  était  tombé  à  450,  dont  300 
pour  l'île  de  Zante  et  150  pour  celle  de  Céphalonie.  Ils 
ont  7  églises  et  chapelles,  avec  2  prêtres  séculiers  et 
3  capucins.  Zante  possède  une  maison  épiscopale, 
mais  il  n'y  en  a  point  à  Céphalonie. 

La  succession  épiscopale  est  assez  régulière  depuis  le 
milieu  du  xiv»  s.,  avec  une  interruption  de  cinquante 
ans  à  la  fin  du  xv,  causée  sans  doute  par  l'occupation 
turque  (1479-1503).  La  liste  des  évêques  connus  ren- 
ferme plus  de  quarante  noms.  Benoît,  élu  le  13  mars 
1207-?.  —  G...,  vers  1245.  —  Palmerius  de  Gallucio, 
?-10  nov.  1252.  —  Rainier  Nerucius,  ?-t  avant  1350? 

—  Emmanuel,  O.  S.  B.,  14  juin  1350-?.  —  Daniel, 
?-t  1370.  --  Perceval  d'Aléria,  6  mars  1370-1375.  — 
Ange  de  Cotronio,  O.  S.  A.,  22  juin  1375-t  1383?.  — 
PrincivaUi,  1385.  —  Biaise,  O.  S.  A.,  ?-1396.  —  Pierre 
Jean,  12  janv.  1396-t  1400.  —  Grégoire  Nardi, 
29  nov.  1400-1427.  —  Antoine  de  Morellis,  17  oct. 
1427-30?  —  Dominique  de  Pupio,  23  mars  1430- 
t  1436.  —  Jean,  25  févr.  1437-t  1442.  —  Jean  Jacobi, 
O.  S.  A.,  27  févr.  1443-57?  —  Jean  de  Archadia, 
31  janv.  1458-62.  —  Jean-Antoine  Scardameti,  O.  F. 
M.,  23  oct.  1462-?.  —  Marc,  ?-1521.  —  Ferdinand  de 
Médicis,  9  août  1521-55.  —  Jean-François  Commen- 
done,  25  oct.  1555-?  — ■  Jean-Pierre  Delflno,  chan.  de 
S.  Aug.,  27  mars  1560-?.  —  Paul  del  Grasso,  14  juill. 
1574-î  1589.  —  Dominique  Carh,  O.  F.  M.  Conv., 

26  juill.  1589-t  1596.  —  Raphaël  Inviziati,  24  janv. 
1597-1611.  —  Marc  Pasqualigo,  10  oct.  1611-t  1624. 

—  Michel  de  Varofis,  O.  F.  M.  Conv.,  27  janv.  1625- 
1  1634.  —  Constantin  Rossi,  24  juin  1634-15  août  1640. 

—  Jean  Rossi,  3  déc.  1640-54.  —  François  Gozzadini, 
22  mars  1654-66.  —  Hyacinthe-Marie  Conigli,  O.  P., 

6  mai  1675-mai  1695.  —  JunelU,  O.  S.  B.,  19  août  1695- 
98.  —  Jean-Vincent  Filippi,  1698-10  mai  1718.  — 
Jean-Chrysostome    Calvi,    O.    P.,    10    mai  1718- 

7  sept.  1729.  —  Joseph  Caccia,  O.  F.  M.,  28  nov.  1729- 

8  janv.  1731.  —  César  Bonaiuti,  8  janv.  1731-27  févr. 
1736.  —  Balthasar  Remondini,  27  févr.  1736-t  5  oct. 
1777.  —  Bernard  Nochini,  O.  F.  M.,  12  sept.  1778- 
t  27  janv.  1785.  —  François  Mercati,  2  oct.  1785-?.  — 
Pacifique  Deani,  1815.  —  Louis  Scacoz,  O.  F.  M., 
8  août  1815-1830.  —  Louis  Lastaria,  4  nov.  1831-59.  — 
Jean  Evangelo  Boni,  O.  F.  M.  Cap.,  27  juill.  1872- 

27  mars  1885. 


J53 


CÉPHALLÉNIE 


—  CÉRASONTE 


154 


Lequien,  ii,  234-35;  m,  889-92.  —  B.  Gams,  i,  399;  ii, 
89.  —  C.  Eubel,  i,  188;  ii,  139;  m,  178;  iv,  145.  —  Smith. 
Dictionary  of  Greek  and  Roman  Geographg,  i,  587-88.  — 
BUrchner,  Kephallenia,  dans  Real-Encyclopàdie  Pauly- 
Wlssowa,  xi-1,  193-215.  —  KEçaXArivia,  dans  MryàAri  éA^rl- 
viK^i  éyKUKAoTTaiStla,  xiv,  300-8. 

R.  Janin. 

CÉRAMEUS  (Nicolas),  A'erameiis,  médecin  et 
théologien  grec  (f  1672  ou  1670).  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2136-37. 

CÉRAMUS  (Képapos),  évêché  de  la  province  de 
Carie,  dépendant  d'Aphrodisias  ou  Stauropolis.  La 
ville  de  Céramus  était  un  petit  port  de  cabotage  situé 
sur  la  rive  nord  du  golfe  Céramique  et  tirait  son  nom 
de  la  terre  à  potier  (Képaiioç)  très  abondante  dans  la 
région.  Colonie  dorienne,  elle  parvint  à  une  grande 
prospérité,  si  l'on  en  juge  par  les  monuments  remar- 
quables qui  en  restent  :  arc  de  triomphe,  temples, 
sarcophages,  mur  d'enceinte  avec  tours  et  en  partie 
conservé,  acropole  défendue  par  un  triple  rempart. 
Elle  fut  d'abord  soumise  à  Stratoniceia,  puis  devint 
autonome  et  fut  une  des  principales  villes  de  la  Confé- 
dération Chrysaoricienne  {Bull,  de  corresp.  hellénique, 
IX,  468).  Elle  battait  monnaie  sous  l'empire  romain. 
C'est  aujourd'hui  la  bourgade  de  Gérémé,  nom  qui 
n'est  que  la  déformation  turque  du  grec  KÉpaiiOS- 

Céramus  eut  sans  doute  un  évêché  à  partir  du  iv«  s. 
On  ne  connaît  que  quatre  titulaires  qui  s'échelonnent 
du  w  au  ix"  s.  Spudasius  assista  au  concile  d'Éphèse 
(431)  (Mansi,  iv,  1125  C,  1157  C,  1216  A,  1365  D; 
VI,  col.  873  A).  Maurianus  était  administrateur  du 
diocèse  lors  du  second  concile  de  Nicée  (787)  (Mansi, 
XII,  col.  998  C).  A  ce  même  concile  assistait  Nicétas, 
évêque  nommé,  ÙTTOi|ir|9ios  de  Céramus  (Mansi,  xiii, 
393  C).  Syméon  prit  part  au  concile  de  879  qui  réhabi- 
lita Photius  (Mansi,  xvii  A-xviii  A,  376  E).  L'évêché 
de  Céramus  disparut  probablement  lors  de  l'invasion 
turque  (fin  du  xu«  s.). 

Le  titre  de  Céramus  a  été  conféré  une  dizaine  de  fois 
dans  l'Église  romaine  :  Jean  Davoust,  M.  E.  P.,  1771- 
80,  coadjuteur  puis  vicaire  apostolique  du  Tonkin 
occidental.  —  Louis  Bernucci,  O.  F.  M.  Cap.,  1822.  — 
Emmanuel  Viccuna,  22  déc.  1828-2  juill.  1832,  coad- 
juteur à  Santiago  du  Chili.  —  André  Carruthers, 
13  sept.  1832-t  24  mai  1852,  vicaire  apostolique  du 
district  oriental  d'Écosse.  —  Jacques  Jeancard, 
18  mars  1858-t  6  juill.  1875,  auxiliaire  à  Marseille.  — • 
Salvador  Casanas  y  Pagès,  28  févr.  1878-22  sept.  1879, 
administrateur  d'Urgel.  —  Patrick  Manogue,  11  juill. 
1880-24  févr.  1884,  coadj.  à  Sacramento  (U.  S.  A.).  — 
Étienne  Reville,  O.  S.  A.,  27  janv.  1885-21  cet. 
1901,  coadjuteur  à  Sandhurst.  —  Georges  Carie, 
6  déc.  1906-8  juin  1918,  auxiliaire  à  Makarska.  — 
Joseph  Skwireckas,  10  mars  1919-5  avr.  1926,  sufïra- 
gant  à  Samogitie.  —  Jean  Hildebrand,  27  avr.  1926- 
t  28  sept.  1931,  auxiliaire  à  Paderborn.  —  Antoine 
Valente  da  Fonseca,  23  oct.  1931-31  mai  1933,  auxi- 
liaire à  Vila  Real.  —  Camille-Valentin  Stappers, 
0.  F.  M.,  élu  le  26  févr.  1934,  premier  vicaire  aposto- 
lique de  Lulua  et  Katanga. 

Lequien,  i,  917-18.  —  Smith,  Dictionary  of  Greek  and 
Roman  Geography,  i,  589.  —  BUrchner,  Keramos,  dans 
Real-Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  xi-1,  589.  — •  A.  Bat- 
tandler,  Ann.  pont.,  1916,  p.  384. 

R.  Janin. 

CERAMUSSA,  évêché  numide,  mentionné  seu- 
lement dans  les  procès-verbaux  de  la  conférence  de  411 
(Ge$t.  coll.  Carth.,  i,  65,  133  et  134;  P.  L.,  xi,  1235, 
1275  et  1311).  L'Ecclesia  Ceramussensis,  dont  le  nom  se 
trouve  déformé  en  ceramunensis  dans  le  compte  rendu 
(i,  133),  n'avait  alors  qu'un  évêque,  Severianus,  un 
catholique.  De  la  discussion  qui  s'éleva  entre  lui  et 
l'évêque  donatiste  de  Milève  (=  Mila),  le  primat 


(senex)  Adeodatus,  au  sujet  de  la  juridiction  sur  le 
territoire  de  Ceramussa,  il  résulte  qu'il  n'y  avait  plus 
de  donatistes,  s'il  y  en  avait  jamais  eu,  dans  cette 
Église,  bien  que  le  parti  schismatique,  en  la  rattachant 
au  diocèse  de  Milève,  la  revendiquât  comme  y  ayant 
des  partisans.  Nous  estimons  avec  le  P.  Mesnage 
(L'Afrique  chrét.,  Paris,  1912,  p.  298  et  St.  Gsell, 
Atlas  arch.,  Alger,  1911,  f.  1,  cap  Bougaroun,  5)  que  la 
grande  distance  qui  sépare  de  l'antique  Milève  le 
village  actuel  de  Gueramoussa,  situé  près  de  la  mer 
au  N.  W.  de  Collo  (=  Chullu),  s'oppose  à  la  séduisante 
identification  établie  par  Mgr  Toulotte  (Géogr.  de 
l'Afr.  chrét.,  Numidie,  Rennes-Paris,  1894)  entre  cette 
localité  et  notre  évêché. 

Morcelli,  i,  clxxv,  137.  —  Not.  dign.,  annot.,  p.  644.  — 
Gams,  465.  —  Ch.  Tissot,  Géogr.  comparée,  ii,  Paris, 
1888,  p.  778.  —  L.  de  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de  corresp. 
air.,  1886,  p.  90;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  p.  1870. 
—  H.  Jaubert,  Anciens  évéchés  de  la  Numidie,  dans  Rec. 
de  Constantine,  xlvi,  1912,  p.  31-32,  §  45. 

J.  Ferron. 

CÉRASA  (Képaaa),  ou  C erasae  (Képaaai),  évêché 
de  la  province  de  Lydie,  dépendant  de  Sardes.  Cérasa 
était  une  petite  ville  située  entre  Bagae  et  Mésotmolos. 
On  l'a  identifiée  successivement  avec  plusieurs  villages 
turcs,  comme  Sirgie,  Eliesler,  Beyseyr,  mais  sans  par- 
venir à  une  certitude. 

Cérasa  eut  sans  doute  un  évêché  à  partir  du  iv«  s. 
Toutefois  on  ne  rencontre  de  titulaire  qu'au  v*'.  Méné- 
cratès  assista  au  concile  de  Chalcédoine,  451  (Mansi, 
VI,  573  D,  948  B,  980  E,  996  D,  1070  A,  1089  A;  vu, 
124  A,  152  D,  440  E).  —  Jean  prit  part  au  cinquième 
concile  œcuménique,  553  (Mansi,  ix,  177  B,  193  D, 
394  A).  —  Michel  fut  un  des  Pères  du  second  concile 
de  Nicée,  787  (Mansi,  xiii,  144  D,  369  B,  389  A).  — 
Agathon  prit  part  au  concile  de  879  qui  réhabilita 
Photius  (Mansi,  xvii  A-xviii  A,  376  C). 

Le  titre  de  Cérasa  ne  figure  dans  les  listes  de  la 
Consistoriale  que  depuis  1923  et  n'a  encore  été  con- 
féré qu'une  fois.  —  André-Réginald  Jacq,  O.  P., 
élu  le  8  juill.  1948,  coadjuteur  du  vicaire  apostolique 
de  Langson  et  Caobang  (Tonkin). 

Lequien,  i,  893-94.  —  Smith,  Dictionary  of  Greek  and 
Roman  Geography,  i,  590.  —  BUrchner,  Kerasa,  dans  Real- 
Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  xi-1,  264. 

R.  Janin. 

CÉRASONTE  (KepacjoOs),  évêché  de  la  pro- 
vince du  Pont  Polémoniaque,  d'abord  suffragant  de 
Néocésarée,  puis  métropole  indépendante.  La  ville  se 
trouvait  à  60  km.  à  l'ouest  de  Trébizonde,  sur  le  bord 
de  la  mer.  Pendant  longtemps  on  avait  cru  sans  contes- 
tation que  c'était  là  qu'avaient  abouti  les  Dix  Mille  au 
cours  de  leur  fameuse  retraite  (Xénophon,  Anabase, 
V,  m,  §  1-4,);  des  auteurs  modernes  par  contre  ont 
prétendu,  à  la  fin  du  xix"  s.,  qu'il  fallait  distinguer 
deux  Cérasontes,  l'une  à  l'ouest  de  Trébizonde  et 
l'autre  à  l'est.  C'est  à  celle-ci  que  ferait  allusion  Xéno- 
phon. Pour  soutenir  cette  opinion,  ils  se  basaient  sur 
les  distances  indiquées  par  V  Anabase  (cf.  B.  Mystaki- 
dès,  EOÇeivos  FFôvtos,  dans  NeoAôyou  égSotiafa 
èiTieEcbpTiaiç,  I,  1892,  p.  697-98,  et  Périclès  Trianta- 
phyllidès,  TTovTiKd,  174).  Cette  opinion  a  été  abandon- 
née depuis  lors  comme  une  pure  hypothèse  que  rien  ne 
semble  justifier. 

La  ville  de  Cérasonte  était  une  colonie  de  Sinope  et 
remontait  sans  doute  au  vii«  s.  av.  J.-C.  Elle  se  trou- 
vait dans  la  vallée,  à  une  faible  distance  de  la  petite 
ville  actuelle  de  Giresun,  qui  retient  encore,  à  peine 
déformé,  le  nom  ancien.  Giresun  est  bâtie  sur  l'em- 
placement de  Pharnakia  (CDapvocKÎa),  fondée  par 
Pharnakès.  Cette  appellation  ne  supplanta  pas  celle  de 
Cérasonte,  qui  finit  par  être  seule  employée,  surtout  à 
cause  des  cerisiers  (KépoCTOi)  très  nombreux  dans  la 


155 


CÉRASONTE 


—  CERBON 


15fi 


région  et  juslement  renommés  dans  le  monde  romain 
depuis  que  Lucullus  les  avait  fait  connaître  en  Italie. 
La  ville  n'eut  jamais  une  grande  importance,  bien 
qu'elle  ait  laissé  des  ruines  qui  ofTrent  quelque  inté- 
rêt :  les  restes  des  anciens  remparts,  d'un  amphi- 
théâtre, d'une  forteresse  et  de  plusieurs  églises  byzan- 
tines. Elle  fit  partie  de  l'empire  de  Trébizonde  et 
tomba  avec  lui  entre  les  mains  de  Mahomet  II.  En 
1915,  la  ville  de  Giresun  comptait  20  000  habitants, 
dont  12  000  Grecs,  6  000  Turcs  et  2  000  Arméniens. 
Elle  n'en  a  plus  que  5  000  à  peine,  presque  tous  mu- 
sulmans. Les  Grecs  ont  dû  quitter  le  pays  en  1922  et 
les  Arméniens  ont  été  massacrés  ou  dispersés  lors  des 
persécutions  qu'ils  ont  subies  de  1916  à  1922. 

L'évêché  de  Cérasonte  date  très  probablement  du 
iv«  s.  Sous  Alexis  Comnène  il  fut  détaché  de  l'éparchie 
de  Néocésarée  et  érigé  en  métropole  indépendante,  la 
67«  sur  122  (G.  Parthey,  HierocUs  Synecdemus  et 
Notitiae  graecae  episcopatuum,  98).  Elle  était  la  77« 
sur  112  sous  Andronic  II  (H.  Gelzer,  Ungedruckte  und 
ungenùgend  verOffentliche  Texte  der  Notitiae  episcopa- 
tuum, Abhandl.  der  k.  bayer.  Akademie  der  Wiss., 
I.  Cl.,  XXI.  Bd,  III.  Abt.,  Munich,  1900,  p.  599);  la  64^ 
sur  110  sous  Andronic  III  (H.  Gelzer,  op.  cit.,  608); 
la  39''  sur  82  à  la  fin  du  xv''  s.  (H.  Gelzer,  op.  cit.,  629)  ; 
la  39"  sur  78  en  1645  ('OpôoSoÇfa,  m,  1928,  239).  Elle 
se  maintint  jusque  dans  la  seconde  moitié  du  xvii«  s. 
et  fut  incorporée  à  celle  de  Trébizonde  quand  les 
habitants,  fuyant  devant  les  persécutions  des  Turcs, 
se  retirèrent  dans  les  villages  reculés  et  devinrent 
incapables  de  nourrir  leur  pasteur.  On  ne  la  retrouve 
plus  dans  le  Syntagmation  de  Chrysanthe  de  Jéru- 
salem édité  en  1715. 

On  connaît  une  quinzaine  de  titulaires  grecs  de 
Cérasonte.  Grégoire  assista  au  concile  d'Éphèse,  431 
(Mansi,  iv,  1145  D,  1173  B,  1364  D;  vi,  871  C).  — 
Gratianus,  dit  aussi  Gratidianus,  participa  à  celui  de 
Chalcédoine,  451  (Mansi,  vi,  572  C,  945  A,  980  A, 
1084  A;  VII,  24  CD,  122  B,  148  B);  il  signa  la  lettre  des 
évêques  de  sa  province  à  l'empereur  Léon  à  la  suite 
du  meurtre  de  Protérius  d'Alexandrie,  458  (Mansi, 
VII,  605  D).  —  Théophylacte  prit  part  au  sixième 
concile  œcuménique  à  partir  de  la  16^  session,  681 
(Mansi,  xi,  616  B,  629  A,  651  B,  680  A).  —  Narsès  fut 
un  des  Pères  du  concile  in  Trullo,  691-92  (Mansi, 
XI,  1000  C).  —  Jean  prit  part  au  second  concile  de 
Nicée,  787  (Mansi,  xiii,  145  D,  369  D,  392  D).  — 
Agathon  fut  à  celui  de  879  qui  réhabilita  Photius 
(Mansi,  xvii  A-xviii  A,  376  D).  —  Michel  fut  transféré 
d'Ancyre  à  Cérasonte  sous  Michel  Cérulaire  (Nicé- 
phore  Calliste,  Eccl.  hist.,  xiv,  39).  —  Après  lui,  nous 
trouvons  Nicétas,  1082,  Pierre,  1144,  1147,  Cyrille, 
1360,  Achilleius,  1393,  CaUiste,  oct.  1483,  Théophane, 
juin  1572,  Euthyme,  1590,  Parthénios,  avr.  1596,  et 
Néophyte,  1613' 

Dans  l'Église  romaine  le  titre  de  Cérasonte  n'a 
encore  été  conféré  qu'une  seule  fois  :  à  Mgr  Louis 
Anneau,  C.  M.  M.,  élu  le  9  mai  1910,  vicaire  aposto- 
lique du  Shiré. 

Lequien,  i,  513-16.  —  Ruge,  Kerasus,  dans  Real-Encyclo- 
pàdie  Pauly-Wissowa,  xi-1,  264-65.  —  Smith,  Dictionarg  of 
Greek  and  Roman  Geography,  i,  590.  —  V.  Cuinet,  Turquie 
d'Asie,  I,  64-68.  —  A.  Battandier,  Ann.  pont.,  1916,  p.  385. 

R.  Janin. 

CÉRAT  (Saint),  Ciratus,  évêque  de  Grenoble,  est 
cité  en  6«  lieu  sur  la  liste  épiscopale.  Il  fut  présent  au 
concile  d'Orange  en  441.  Avec  Salonius  et  Veranus, 
autres  évêques  de  Gaule,  il  écrivit  en  450  une  lettre  au 
pape  S.  Léon.  Il  est  encore  question  de  lui  dans  l'épître 
synodique  d'Eusèbe  de  Milan,  également  à  S.  Léon. 
On  a  émis  diverses  conjectures  à  son  sujet;  mais, 
comme  le  disait  déjà  Papebroch,  elles  sont  sans  fon- 
dement. Pie  X  confirma  le  culte  du  saint  en  1903. 


A.  S.,  juin,  I,  697-98.  —  Auvergne,  Dissertation  sur  le 
culte  de  S.  Cérat,  év.  de  Grenoble,  dans  Reu.  des  Alpes,  1858. 

—  B.  H.  L.,  260,  1331-32.  —  Duchesne,  i»,  231.  — 
Gall.  christiana,  ii,  603.  —  Mansi,  vi,  441.  —  Mort.  Hier., 
éd.  Delehaye,  307.  —  P.  L.,  liv,  887-89,  946. 

R.  Van  Doren. 
CERAUNIA.  Voir  Cerynia. 

CERAUNIUS  (Saint),  Céranou  Ceranne, succéda 
à  Simplice  sur  le  siège  de  Paris.  Warnahaire  de 
Langres,  dans  sa  biographie  des  trois  saints  jumeaux, 
le  compare  à  Eusèbe  de  Césarée  pour  le  soin  avec 
lequel  il  recueillit  les  actes  des  martyrs,  ce  qui  le  fit 
passer  plus  tard,  non  sans  exagération,  pour  «  un  des 
plus  illustres  collecteurs  »  de  ces  actes.  Céran  assistait 
1  en  614  au  V«  concile  de  Paris,  mais  il  ne  vivait  plus 
quand  se  tint  celui  de  625.  Il  fut  enterré  près  du  corps 
de  Ste  Geneviève.  Au  xiii«  s.  ses  reliques  furent  dépo- 
sées dans  une  châsse.  —  Inscrit  dans  plusieurs  marty- 
rologes à  partir  du  xii^  s.  au  27  ou  28  sept.,  Céran 
était  au  bréviaire  de  Paris  du  xiii«  s.  Sa  translation  se 
célébrait  à  Ste-Geneviève  le  16  nov.  Sa  fête  est  éga- 
lement au  nouveau  propre  de  Paris. 

A.  S.,  sept.,  VIII,  454-57.  —  Baudot,  Dict.  d'hagiographie, 
155.  —  Duchesne,  ii,  92.  —  Gcdlia  christiana,  vu,  23,  699. 

—  Hist.  litt.  France,  m,  526-27.  —  V.  Leroquais,  Les  bré- 
viaires mss.  des  biblioth.  publ.  de  France,  ii,  Paris,  1933, 
p.  341,  466;  m,  445,  446;  iv,  28. 

R.  Van  Doren. 
CERBALI.  Il  y  avait  en  Proconsulaire  une 
Ecclesia  Cer6a/i7a/ia,  qui  n'est  connue  que  par  le  concile 
carthaginois  de  525  (Hardouin,  Coll.  concil.,  ii,  1082). 
L'episcopus  plebis  Cerbalitanae  s'appelait  alors 
Constantius. 

Morcelli,  i,  clxxvi,  137-38.  —  Not.  dign.,  annot.,  p.  655 
(le  met  dans  les  provinces  incertaines).  —  Gams,  i,  465, 

—  Ch.  Tissot,  Géogr.  comparée,  n,  Paris,  1888,  p.  781 
(Cerbalitana,  comme  la  Not.  dign.,  et  le  met  égale- 
ment dans  prov.  incert.).  —  De  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de 
corresp.  afr.,  1886,  p.  86;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889, 
p.  1878.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  clirét..  Proconsu- 
laire, Rennes-Paris,  1892,  xxxvi,  p.  162.  —  P.  Mesnage, 
L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912,  p.  190. 

J.  Perron. 

1.  CERBON  (Saint),  martyr  à  Mugello  (Tos- 
cane), 24  oct.  250  (•?).  Une  Passio  SS.  Crescii,  Om- 
nionis  et  Empti,  Cerbonii  et  Pamphilae  {B.  H.  L., 
1987),  identique  à  celle  de  S.  Miniatus,  prétend  que 
ces  saints  sont  venus  d'Allemagne  et  subirent  le  mar- 
tyre à  Mugello.  Le  chroniqueur  Giovanni  Villani 
(t  1348)  parle  de  leur  culte  à  Florence  et  de  leur 
supplice  sous  Dèce.  En  réalité,  Cerbonius,  qui  doit  être 
séparé  du  groupe,  est  l'évêque  de  Populonia,  vénéré 
dans  toute  la  Toscane.  Les  trois  premiers  noms  pro- 
viendraient de  la  mauvaise  lecture  d'une  inscription 
funéraire  :  cresc  empti  onis. 

A.  S.,  oct.,  X,  583-614.  —  Lanzoni,  576. 

R.  Van  Doren. 

2.  CERBON  (Saint),  évêque  de  Massa  maritima 
(Populonia).  S.  Grégoire  parle  de  la  sainteté  de  Cer- 
bonius (Dial.,  m,  11).  A  l'invasion  des  Lombards,  C. 
se  retira  à  l'île  d'Elbe,  où  il  mourut  vers  575,  le 
10  oct.  Son  corps  fut  transféré  à  Populonia. 

Sa  biographie  (D.  H.  L.,  1728-1729)  est  due  à  un 
auteur  anonj'me,  qui  s'inspira  des  Dialogues  de  S.  Gré- 
goire et  de  la  Vita  de  S.  Regulus  (/}.  H.  L.,  7102), 
elle-même  remplie  de  traits  légendaires.  Cerbonius, 
dit-elle,  fut  un  des  compagnons  de  Regulus,  «  arche- 
chevêque  et  père  de  l'Afrique  ».  Ensemble,  ils  avaient 
quitté  leur  patrie  à  cause  de  la  persécution  arienne. 
Devenu  évêque  de  Populonia,  Cerbonius  fut  condamné 
par  Totila  à  être  dévoré  par  un  ours.  Mais  il  s'enfuit  à 
l'île  d'Elbe.  Son  voyage  d'Afrique  en  Italie,  la  longue 
durée  de  son  épiscopat,  sa  condamnation  à  mort  par 


157  CERBON  —  C 

Totila  ae  sont  que  des  fables.  De  même  ses  rapports 
avec  Regulus,  dont,  après  la  Vifa,  parle  le  martyro- 
loge romain. 

A.  S.,  oct.,  V,  87-102;  Auct.,  36.  —  P.  Kehr,  Ilalia  pont., 
III,  271.  —  Lanzoni,  555-58.  —  Mort.  Rom.,  445-46,  374. 

—  Ughelli,  III,  705. 

R.  Van  Doren. 
3.  CERBON  (Saint),  cité  au  10  oct.  par  le  mar- 
tyrologe romain  comme  évêque  de  Vérone,  n'est  pas 
distinct  de  S.  Cerbon,  évêque  de  Massa  maritima,  qui 
fut  vénéré  à  l'église  de  S.-Proculus  de  Vérone.  A  une 
époque  récente,  il  fut  inscrit  sur  la  liste  épiscopale  de 
cette  ville.  Mais  les  auteurs  hésitaient  sur  la  date  de 
son  épiscopat;  ils  allaient  du  -v  au  vin»  s.  Biancolini, 
pour  tourner  la  difficulté,  classa  les  évêques  par  ordre 
alphabétique. 

A.  S.,  cet.,  V,  85-87;  Auct.,  36.  —  J.-B.  Biancolini,  Noti- 
zie  stor.  délie  chiese  di  Verona,  Vérone,  1749,  p.  167.  — 
Lanzoni,  929.  —  Mort.  Rom.,  446.  —  UgheUi,  v,  678. 

R.  Van  Doren. 

CE  RCA  M  P,  Carus  campus,  Cerf  camp,  Cervi- 
campus,  ancienne  abbaye  de  moines  cisterciens  située 
sur  la  commune  de  Frévent  (Pas-de-Calais),  près  de  la 
Canche,  dans  l'actuel  diocèse  d'Arras  (jadis  d'Amiens). 
Hugues  de  Camp  d'Avesne,  comte  de  Saint-Pol,  en  est 
le  fondateur;  il  aurait  accompli  cette  œuvre  en  répa- 
ration de  ses  crimes,  selon  les  conditions  mises  par 
Innocent  II  à  son  absolution.  Les  moines  venus  de 
Pontigny  entrent  à  Cercamp  en  nov.  1141.  Dès  1170, 
Alexandre  III  doit  intervenir  pour  faire  restituer  à 
l'abbaye  des  propriétés  ravies  par  les  voisins  (Jaïïé, 
Reg.,  11800  :  lettre  à  Henri  de  France,  cisterc, 
archev.  de  Reims).  L'abbé  de  Cercamp  est  alors 
Hesselin,  qui  avait  été  chargé  de  remettre  au  roi  d'An- 
gleterre, Henri  II,  la  première  lettre  d'avertissement 
de  la  part  de  Thomas  Becket. 

Située  aux  confins  des  diocèses  d'Amiens  et  de  Thé- 
rouanne,  Cercamp  était  parfois  objet  de  litige  entre  les 
deux  évêques,  chacun  prétendant  y  exercer  sa  juridic- 
tion. Grégoire  IX,  en  mai  1232,  retint  personnellement 
l'affaire.  Trente  ans  plus  tard,  l'église  abbatiale,  com- 
mencée en  1150,  était  consacrée  de  concert  par  les 
deux  évêques.  Plus  tard,  les  guerres  vinrent  ruiner  la 
prospérité  de  l'abbaye.  En  1442,  ce  n'est  plus  qu'un 
monaslerium  ruinosum  et  inops  (suppl.  à  Eugène  IV), 
et  il  faudra  attendre  l'énergique  abbé  Pierre  de  Bachi- 
mont  (1512-1550)  pour  voir  Cercamp  se  relever.  La 
commende  n'arriva  ici  qu'en  1659,  mais  dans  des 
conditions  très  spéciales  :  dom  Louis  Lelièvre  gouver- 
nait en  paix  quand  fut  imposé  subitement  par  le  roi 
de  France  un  abbé  commendataire  qui  n'était  autre 
que  le  cardinal  Mazarin.  Contre  pareil  compétiteur, 
les  protestations  et  les  efforts  de  l'abbé  régulier  furent 
inutiles.  Nonobstant  le  régime  destructeur  des  com-  I 
mendataires,  l'abbaye  se  maintint  durant  le  xvme  s. 
avec  un  chiffre  de  religieux  évoluant  de  12  à  15. 

Série  des  abbés  d'après  Cardevacque  qui  rectifie  le 
Gallia  et  que  complètent  les  statuts  capitulaires  de 
Cîteaux  :  1.  Jourdain,  1141.  —  2.  Hugues  I",  1142-54. 

—  3.  Urbain  I",  1154-66.  —  4.  Hesselin,  1166-72.  — 
5.  Alban,  1172.  —  6.  Pierre  I",  1173-79.  —  7.  Artaud, 
1179-88.  —  8.  Hugues  II,  1189-1203.  —  9.  Urbain  II, 
1203.  —  10.  Robert  I",  1204-09.  —  11.  Alard  ou 
Arnold,  1209-23.  —  12.  Adam,  1223.  —  13.  Robert  II, 
1224-40.  —  14.  Vaast,  1240.  —  15.  Jean  I",  1240-61. 

—  16.  Willard,  1261-80.  —  17.  Gérard,  1280-87.  — 
18.  Martin,  1287-89.  —  19.  Jean  II,  1289-1303.  — 
20.  Nicolas,  1303.  —  21.  Jean  III,  1303-12.  — 
22.  Jean  IV,  1313-18.  —  23.  Guillaume,  1318-19.  — 
24.  Enguerrand  I",  1319-35.  —  25.  Jean  V,  1335-39.  — 
26.  Robert  III,  1339-50.  —  27.  Alban,  al.  Thomas, 
1350-59.  —  28.  Jean  VI,  1359-69.  —  29.  Jean  VII, 
1369-72.  —  30.  Jean  VIII,  1372-1416.  —  31.  Ro- 


ERCANCEAUX  ■  158 

j  bert  IV,  al.  Pierre,  1416-46.  —  32.  Jean  IX  de  Va- 
lières,  1446-55.  —  33.  Enguerrand  Bernlcourt,  1455- 
82.  —  34.  Jean-Laurent  Lefranc,  1482-1503.  — 
35.  Louis  Vignon,  1503-12.  —  36.  Pierre  de  Bachi- 
mont,  1512-50.  —  37.  Jean  Rouget,  1550-69.  — 
38.  PhiUppe  de  Saulty,  1570-75.  —  39.  Germain  Pec- 
queur,  1575-78.  —  40.  Eustache  de  Bayard  de  Gan- 
tau,  1578-1613.  —41.  Philippe  Delahaye,  1613-18.  — 
42.  François  Monchiet,  1618-26.  —  43.  Jacques 
Lemaire,  1626-50.  —  44.  Antoine  Géry,  1650-58.  — 
45.  Louis  Lelièvre,  1658-59.  —  46.  Cardinal  Mazarin, 
commendataire,  1659-61.  —  47.  Jules-Paul  de  Lyonne, 
t  1721.  —  48.  Cardinal  Dubois,  1721-23.  —  49.  Louis 
de  Bourbon,  1723-38.  —  50.  Théodore  de  Potocky, 
primat  de  Pologne,  1738.  —  51.  Claude-Roger- 
François  de  Montboissier-Beaufort  de  Canillac,  1739- 
61.  —  52.  Cardinal  Colonna-Sciarra,  1761-65.  - 
53.  Cardinal  Charles-Antoine  de  Laroche-Aymon, 
1765-77.  —  54.  Alexandre-Angélique  de  Talleyrand- 
Périgord. 

Archives  départ,  du  Pas-de-Calais,  série  H,  25,  reg. 
(80  liasses),  chartes  et  privil.  (16  de  ces  pièces  originales  ont 
été  éditées  par  le  J.  Ramackers  dans  Papsturkunden..., 
Artois,  Gœttingue,  1940,  11,  77  sq.).  Terriers  et  cueilloirs; 
obituaire  signalé  par  Molinier,  n.  247.  Deux  cartulaires 
(xin«-xviii«  s.)  qui  ne  sont  guère  que  des  débris  (cf.  Stein, 
n.  812,  813).  Le  dépôt  départ,  du  Nord  conserve  un  certain 
nombre  de  pièces  (cf.  Inventaire  par  Bruchet,  Lille,  1928, 
série  H).  Quelques  documents  chez  M.  le  marquis  de 
Beaufort,  à  Bruxelles.  Paris,  Bibl.  nat..  Coll.  Moreau, 
ms.  563  (XVI»  et  xvii"  s.),  566  :  le  vray  discours  du  faict  de 
l'abb.  de  Cerc.  (xvi«  s.).  —  Cardevacque,  Hist.  de  l'abb.  de 
Cercamp,  Amiens,  1878.  ■ —  Douai,  Bibl.  munie,  ms.  S20, 
fol.  150.  —  Gall.  christ.,  x,  1336.  —  Janauschek,  Origines 
cisterc.  Vienne,  1877,  p.  66.  —  Macquart,  L'abb.  de  Cer- 
camp (thèse  Éc.  des  chartes,  1913).  —  Manrique,  Annales 
cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1137  sq.- —  Martène,  Thésaurus,  m, 
1221,  Hist.  Pontiniac;  1264,  De  monast.  quae  ex  Pontiniac. 
prodierunt.  —  Potthast,  Reg.,  1534,  8929,  13157,  13506.  — 
Statuia  cap.  gen.  ord.  cisterc,  édit.  Louvain,  1933-41,  i-viii, 
passim.  —  Autres  réf.  dans  Cottineau,  653. 

J.-M.  Canivez. 
CERCANCEAUX,  Sacra  cella,  Sarcocellum, 
Cercancella,  ancienne  abbaye  cistercienne  située  sur  la 
commune  de  Souppes,  dans  le  dép.  de  Seine-et-Marne, 
non  loin  de  Château-Landon,  diocèse  de  Meaux,  jadis 
de  Sens.  Les  premières  donations  furent  faites  par 
Henri  Clément,  sire  du  Mez;  le  roi  Philippe  Auguste 
les  confirma  et  les  augmenta.  L'abbaye  de  la  Cour- 
Dieu,  au  diocèse  d'Orléans,  envoya  les  moines  fonda- 
teurs avec  Odon  qui  fut  le  premier  abbé;  c'était  en 
1181.  Vingt  ans  après,  sur  les  ordres  d'Innocent  III, 
l'abbé  de  Cercanceaux  et  plusieurs  autres  abbés  cis- 
terciens, accompagnés  du  personnel  jugé  nécessaire, 
partaient  pour  la  croisade  dirigée  contre  les  Albi- 
geois. Les  statuts  capitulaires  de  Cîteaux  parlent 
assez  fréquemment  de  Cercanceaux;  ils  en  signalent 
surtout  la  pauvreté  et,  de  ce  chef,  lui  accordent  dis- 
pense des  contributions  générales.  En  1514,  le  com- 
mendataire fait  son  apparition;  son  premier  soin  est 
d'expulser  l'un  des  moines,  Laurent  Degrijs,  nulle- 
ment déméritant  d'ailleurs.  En  1768,  on  note  la  pré- 
sence de  quatre  religieux  seulement,  et  l'abbaye  sera 
bientôt  supprimée. 

Série  des  abbés  d'après  le  Gallia  qui  l'avoue  fort 
incomplète  :  1.  Odon.  —  2.  Hugues,  1191.  —  3.  Gef- 
froy.  —  4.  Guillaume  I",  1218,  1223.  —  5.  Bertrand, 
1236.  —  6.  Guérin,  1245.  —  7.  Guillaume  II,  1249.  — 
8.  N.,  1323.  —  9.  Laurent,  1362.  —  10.  Guillaume  III. 
—  11.  N.,  1427.  —  12.  Jean,  1493.  —  13.  Guillaume  IV 
Rolland,  commendataire,  1514.  —  14.  Antoine  He- 
rouet,  1550,  év.  de  Die.  —  15.  Cardinal  de  Bourbon.  — 
16.  Charles  de  Mansel.  —  17.  Pierre  Chevron.  — 
18.  François  le  Charron,  1615.  —  19.  Félix  Vialart  de 
Herse,  év.  de  Châlon,  1640.  —  20.  Bonaventure 


159 


CERCANCEAUX 


—  CERCYRE 


160 


Rousseau  de  Bazoches,  1670,  1680.  —  21.  Claude  de 
Vipard  de  Silly.  —  22.  Antoine  de  Bourbone,  1726.  — 
23.  Marc -Antoine-Geoffroy  CoefYy.  —  24.  N.  de  la 
Chabrerie,  1737. 

Archives  :  au  dépôt  départ,  de  Seine-et-Marne,  série  H, 
n.  102,  dont  toutes  les  pièces  sont  du  xviii"  s.  et  ne  concer- 
nent que  le  temporel  de  l'abbaye.  —  M.  Aubert,  L'archit. 
cist.  en  France,  Paris,  1943;  remarque  quelques  particula- 
rités architecturales.  —  L.  DeUsle,  Catal.  actes  de  Philippe 
Auguste,  Paris,  1856,  n.  274  (suspect),  514.  —  Gall.  christ., 
XII,  240.  —  Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne,  1877, 
p.  180.  —  Manrique,  Annales  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1181, 
IX,  1.  —  Morin,  Hist.  ...  Gastinois...,  Paris,  1630,  p.  386-89. 
—  Statula  cap.  gen.  ord.  cisterc,  édit.  Louvain,  1933-41, 
i-viii,  passim.  —  Autres  référ.  dans  Cottineau,  654. 

J.-M.  Canivez. 

CERCEAU  (Jean-Antoine  du),  jésuite,  né  à 
Paris  le  12  nov.  1670,  f  à  Véret  près  de  Tours  le 
4  juin.  1730.  Entré  au  noviciat  le  17  janv.  1688,  il  en- 
seigna aux  collèges  de  Rouen  et  de  La  Flèche.  En  1702 
il  fut  nommé  professeur  de  rhétorique  en  ce  dernier 
collège.  Nommé  précepteur  du  prince  de  Conti,  il  avait 
accompagné  son  élève  au  château  du  duc  d'Aiguillon  à 
Véret.  Dans  le  parc,  le  jeune  prince,  qui  maniait  mala- 
droitement un  fusil  de  chasse  qu'il  venait  de  recevoir 
de  ses  parents,  tua  accidentellement  son  précepteur. 
On  dissimula  d'abord  l'accident  et  dans  la  lettre  en- 
voyée aux  maisons  de  la  province,  le  P.  du  Cerceau 
passe  pour  avoir  succombé  à  un  coup  de  sang. 
•  L'œuvre  du  P.  du  Cerceau,  tout  en  étant  variée,  est 
avant  tout  d'ordre  littéraire  :  poésies  françaises  et 
latines,  articles  de  critique,  etc.  Ses  tragédies  et 
comédies  de  collège  :  L'enfant  prodigue;  Le  faux  duc  de 
Bourgogne  ou  Grégoire  ou  Les  incommodités  de  la 
grandeur;  L'école  des  frères,  Ésope  au  collège  et  Les 
cousins  furent  assez  célèbres  et  ont  été  jouées  parfois 
encore  au  xix«  s.  Ses  autres  poésies  forment  un  assem- 
blage varié  de  cantates,  d'épîtres,  d'idylles,  d'épi- 
grammes  et  de  contes  en  vers.  On  y  trouve  nombre  de 
pièces  de  circonstance  et  de  société.  Parmi  ses  poésies 
latines,  outre  le  Filius  prodigus,  l'original  de  la  pièce 
française,  un  assez  long  poème  Papiliones,  Santolinus 
vindicatus  et  la  courte  poésie  Omnia  vaniias  praeter 
amare  Deum  affirment  sa  maîtrise  du  vers  latin,  son 
goût  affiné  quoique  non  exempt  de  recherche.  Dans 
ses  poésies  françaises,  du  Cerceau  imite  le  langage  et  le 
style  de  Marot.  Ses  œuvres  de  critique,  pour  la  plupart 
publiées  dans  le  Mercure  et  les  Mémoires  de  Trévoux, 
comprennent  entre  autres  une  introduction  à  une 
édition  de  Villon,  et  Réflexions  sur  la  poésie  française, 
etc.,  1742,  in-12,  458  p.  Ce  sont  des  articles  réunis  en 
volume  après  la  mort  de  l'auteur.  Du  Cerceau  pro- 
nonça l'oraison  funèbre  des  parents  de  Louis  XV  à 
Bourges  en  1712  et  une  Oratio  de  Christo  in  cruce 
patiente,  à  La  Flèche  en  1703.  On  a  de  lui  deux  œuvres 
historiques  :  une  Histoire  de  la  dernière  révolution  de 
Perse,  2  vol.,  1728,  réimprimée  en  1741  sous  le  titre  de 
Histoire  de  Thamas  Kouli-Kan,  sophi  de  Perse,  et,  en 
1742,  Histoire  des  révolutions  de  Perse  depuis  le  com- 
mencement de  ce  siècle  jusqu'à  la  fin  du  règne  de  l'usur- 
pateur Aszraff.  L'auteur  s'est  servi  des  notes  du 
P.  Thaddée  Krusinski,  S.  J.  L'édition  de  1741  fut  tra- 
duite en  anglais.  La  seconde  œuvre  historique  :  La 
conjuration  de  Nicolas  Gabrini.  dit  de  Rienzi,  tyran  de 
Rome  en  1347,  fut  publiée  après  la  mort  de  l'auteur  et 
dut  être  complétée  par  le  P.  Brumoy  en  1733  (cf. 
Mém.  de  Trévoux,  1733,  p.  1877-87).  Traduite  en 
anglais  en  1836,  elle  eut  plusieurs  rééditions  au  xix''  s. 
Du  Cerceau  intervint  par  quelques  petits  écrits  dans  la 
controverse  janséniste  autour  de  la  Constitution 
Unigenitus  et,  antérieurement,  en  1696,  à  propos  de 
l'épitaphe  d'Antoine  Arnauld  par  Santeuil;  en  1698  : 
Lettre  d'Eudoxe  à  M.  l'abbé  ***,  une  réplique,  non  une 
réfutation,  à  la  lettre  de  l'abbé  ***  à  Eudoxe  du 


P.  Daniel.  L'éloge  funèbre  de  Du  Cerceau  qui  parut  au 
Mercure  (sept.  1730,  p.  1962-67)  est  du  P.  Brumoy. 
En  1828,  Péricaud  aîné  et  Breghot  du  Lup  donnèrent 
une  édition  des  œuvres  littéraires  de  Du  Cerceau  : 

Théâtre  et  poésies,  2  vol. 

Sommervogel,  ii,  967-81;  ix,  32;  xi,  1642,  1-8.  —  Péri- 
caud, etc..  Œuvres  du  P.  du  Cerceau  (notice  bio-  et  biblio- 
graphique). 

A.  De  Bil. 

CERCIA  (Raphaël),  théologien  de  la  Compagnie 
de  Jésus,  professeur  au  Collège  romain  (1814-86). 
Voir  D.  T.  C,  ii,  2137-38. 

CERCINA  (Ues  Kerkena).  Au  N.-E.  de  la  petite 
Syrte,  deux  grandes  îles,  précédées  au  nord  et  à  l'est  par 
une  dizaine  d'îlots,  forment  l'archipel  des  Kerkena. 
La  plus  importante,  Charki,  mesure  30  km.  de  long, 
tandis  que  Gharbi,  la  plus  petite,  n'en  a  que  14  dans  sa 
plus  grande  largeur.  Elles  étaient  dans  l'antiquité 
reliées  par  un  pont  de  près  d'un  km.  dont  Pline  nous  a 
gardé  le  souvenir.  Les  voyageurs  anciens  ne  manquent 
pas  de  les  signaler  (Scylax,  Hérodote,  Strabon,  Aga- 
thomeros)  et  on  les  trouve  successivement  dans  l'his- 
toire sous  les  noms  de  Cyraumis,  Karkinis,  Cercina, 
ces  derniers  étant  réservés  à  la  grande  île  et  Cercinitis 
à  la  plus  petite.  Diodore  de  Sicile  nous  la  montre 
colonisée  par  les  Carthaginois  et  payant  tribut  à  la  fin 
de  la  2«  guerre  punique.  Après  le  rôle  épisodique 
qu'elle  joua  dans  la  campagne  de  César  comme  base  de 
ravitaillement,  Cercina  paraît  s'être  tenue  en  dehors 
des  événements  qui  bouleverseront  la  Byzacène  à 
laquelle  elle  sera  rattachée  à  partir  du  iii»  s.  par 
Dioclétien. 

Le  fait  le  plus  saillant  et  le  plus  connu  de  son  histoire 
est  la  fondation  en  532  par  S.  Fulgence  d'un  monastère 
sur  un  îlot...  in  quodam  brevi  scopulo  cui  nomen  est 
Chilmi.  Celui-ci  n'a  pas  été  identifié,  mais  il  existe  au 
N.-E.  de  l'île  Chergui  une  série  de  petits  îlots  où  sont 
signalées  des  ruines  romaines,  dont  un  en  particulier, 
Er  Roumadia,  pourrait  correspondre  au  brevis  scopu- 
lus  par  ses  dimensions.  Quelques  ruines  ont  été  signa- 
lées en  d'autres  points  :  à  El  Marsa  des  columbaria 
en  ruines,  à  El  Ksar  une  nécropole  (type  Thense), 
enfin  des  catacombes  au  lieudit  «  Kraten  ».  Celles-ci 
sont  creusées  dans  le  tuf  et  n'ont  pas  été  explorées. 
Rien  ne  prouve  que  nous  ne  soyons  pas  en  présence  de 
souterrains-refuges  si  nombreux  dans  toute  la  By- 
zacène. 

L'évêché  de  Cercina  se  trouvait  dans  l'île  la  plus 
orientale.  Aucune  trace  n'en  a  été  retrouvée.  Un 
évêque  nous  est  connu;  il  est  cité  dans  la  liste  de  484  : 
c'est  Athenius  Circinatanus,  qui  fut  envoyé  en  exil 
par  Hunéric. 

Morcelli,  i,  Brixen,  1816,  p.  142.  —  Notitia  dignitatum, 
éd.  Bôcking,  ii,  Bonn,  1839-53,  p.  623.  —  L.  de  Mas-Latrie, 
Anciens  évêchés  de  l'Afrique  septentrionale,  dans  Bull, 
corr.  afr.,  1886,  p.  82;  Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889, 
p.  1866.  —  Tissot,  Géogr.  comparée  de  la  prov.  rom.  d'Afr., 
184  et  734,  788.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrétienne, 
p.  83.  —  Thes.  ling.  lai.,  Onomasticon,  ii,  1909,  s.  v.  — 
P.  Mesnage,  L'Afrique  chrétienne,  Paris,  1912,  p.  95.  — 
St-Gsell,  Atlas  archéol.,  i,  345,  n.  4,  455.  —  Bertholon,  Rev. 
tunisienne,  1899,  p.  54.  —  J.  Despois,  Z-es  îles  Kerkennah. 
La  Tunisie  orientale,  Sahel  et  basse  steppe,  546  sq.  — 
Mgr  Leynaud,  Catacombes  africaines,  346.  —  V.  Guérin, 
Voyage  en  Tunisie,  i,  170-75.  —  J.  Servonnet  et  F.  Laf- 
fltte,  Le  golfe  de  Gabès  en  1888. 

G.-L.  Feuille. 
CERCYRE  (Sainte),  martyre  à  Corcyre  (Corfou), 
est  fêtée  au  29  avr.  par  les  ménées  grecques.  D'après 
celles-ci,  C.  était  fille  de  CerciUnus,  roi  de  Chypre. 
Elle  devint  chrétienne  en  voyant  le  courage  des  sept 
voleurs  convertis  eux-mêmes  par  Jason  et  Sosipater, 
dont  parlent  les  Actes  des  Apôtres  (xvii,  59).  Elle  subit 


161 


CERCYRE 


—  CERDON 


182 


le  martyre  vers  l'an  100.  Mais  comme  Jason  et  Sosi- 
pater  n'ont  aucun  rapport  avec  l'île  de  Chypre,  les 
sept  voleurs  et  Cercyre  elle-même  sont  des  personnages 
inventés  par  une  Passion  récente,  d'où  ils  passèrent 
dans  les  ménées. 

A.  S.,  avr.,  m,  620-21.  —  H.  Delehaye,  Saints  de  Chypre, 
dans  A.  Boll.,  xxvi,  262.  —  Martinov,  Ann.  eccl.  gr.-slav., 
1864,  p.  116-17. 

R.  Van  Doren. 
CERDA  (Juan  Luis  de  La),  jésuite,  né  à  Tolède 
en  1558,  mort  à  Madrid  le  6  (25?)  mars  1643.  Entré  au 
noviciat  le  4  oct.  1574,  il  passa  cinquante  ans  dans 
l'enseignement  des  belles-lettres  à  Murcie,  à  Oropesa 
et  à  Madrid.  Philologue  et  professeur  célèbre,  il 
exerça  par  certaines  de  ses  œuvres  une  influence  du- 
rable sur  l'enseignement  classique  en  Espagne.  Ur- 
bain VIII  l'avait  en  particulière  estime  et  ne  manquait 
pas  de  le  faire  saluer  par  son  neveu  le  nonce  Barberini. 
L'ouvrage  classique  qui  attira  le  plus  de  renom  à  La 
Cerda  est  son  commentaire  sur  Virgile,  3  vol.  in-folio, 
parus,  le  premier  à  Madrid  en  1608,  les  deux  autres  à 
Lyon  en  1612  et  1617.  Son  édition  ne  satisfait  évi- 
demment pas  aux  exigences  modernes;  elle  n'a  rien 
d'une  édition  critique.  Le  commentaire,  avant  tout 
grammatical,  historique  et  littéraire,  prouve  chez 
l'auteur  une  étonnante  érudition,  un  goût  moins  sûr. 
La  comparaison  de  l'oeuvre  de  Virgile  avec  celle 
d'Homère  y  tient  une  grande  place  et,  jugement  qui 
nous  surprend,  l'art  poli  et  étudié  de  Virgile  y  est 
placé  bien  au-dessus,  et  cela  d'une  façon  obsédante,  de 
la  riche  spontanéité  d'Homère.  On  peut  y  reconnaître 
un  des  caractères  de  la  culture  de  l'époque.  C'est  par 
une  œuvre  à  première  vue  plus  modeste  qu'il  in- 
fluença pendant  deux  siècles  l'éducation  classique. 
Sous  le  titre  de  De  inslitutione  grammatica  libri  V,  il 
remania  et  adapta  les  Grammalicae  inlroductiones  du 
célèbre  philologue  Antonio  de  Nebrija  (1449-1552), 
professeur  d'éloquence  latine  à  Séville,  à  Salamanque 
et  à  Alcala.  La  nouvelle  édition  parut  en  1598  et  le 
livre  commença  à  s'appeler  l'Arte  reformada  de  Anto- 
nio. Le  P.  de  La  Cerda  n'y  ajouta  pas  son  propre  nom. 
Le  privilège  de  l'impression  appartenait  à  l'hôpital 
général  de  Madrid.  G.  Mayans,  quand  il  fait  un 
reproche  de  ce  privilège,  ne  peut  viser  la  Compagnie. 
La  Cerda  édita  et  commenta  Tertullien  :  Quinti 
Septimi  Florentis  Tertulliani  opéra  argumentis,  expli- 
cationibus  ac  notis  illustrata,  2  vol.,  Paris,  1628,  1630. 
Nombre  de  notes  de  La  Cerda  sont  reproduites  dans 
l'édition  de  Tertullien  qui  se  trouve  dans  P.  L. 
Le  Nourry,  dans  sa  dissertation  (P.  L.,  i,  753),  tout  en 
reconnaissant  la  valeur  de  La  Cerda,  reproche  à  cette 
édition  de  ne  pas  être  assez  critique,  d'avoir  choisi  une 
disposition  typographique  peu  heureuse  où  le  com- 
mentaire coupe  le  texte,  enfin  de  fournir  un  commen- 
taire parfois  surabondant.  En  1626,  La  Cerda  édita  un 
in-foHo  composite  sous  le  titre  Adversaria  sacra  quibus 
fax  praefertur  ad  intelligentiam  multorum  scriptorum 
sacrorum.  Grâce  à  son  étonnante  érudition,  l'auteur 
s'y  efforce  de  donner  l'interprétation  de  vocables  et  de 
textes  difficiles.  On  y  trouve  aussi  une  collation  de 
variantes  du  N.  T.  grec,  etc.  Il  y  ajouta  une  édition 
avec  traduction  latine  et  commentaires  des  psaumes 
de  Salomon.  C'est  l'édition  princeps.  Faite  d'après  la 
copie  d'un  manuscrit  de  la  bibliothèque  d'Augsbourg, 
qu'avait  envoyée  le  P.  André  Schott,  S.  J.,  elle  servit 
longtemps  de  Ijase  aux  rééditions.  La  première  édition 
scientifique  est  celle  de  Hilgenfeld,  toujours  d'après  ce 
manuscrit  unique,  la  meilleure  celle  que  von  Gebhardt 
publia  dans  les  Texte  und  Unlersuchungen,  xiii,  2, 
d'après  divers  mss.  Dans  la  préface  de  son  édition, 
V.  Gebhardt  se  montre  d'une  sévérité  outrée  pour  La 
Cerda  dont  la  traduction  est  heureuse  et  le  commen- 
taire intéressant.  Comme  dernière  partie  du  volume 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


nous  trouvons  une  édition  avec  commentaire  plus 
développé  du  De  pallia  de  Tertullien.  On  peut  citer 
encore  un  traité  théologique  De  excellentia  sacrorum 
spirituum,  imprimis  de  angeli  cuslodis  ministerio.  Enfin 
un  supplément  au  dictionnaire  de  Calepini,  Ex  glossis 
Isidori. 

Sommervogel,  ii,  984-90;  ix,  22;  xi,  1642.  —  Nie. 
Antonio,  J3iW.  hisp.  nova,  i,  722.  —  Southwell,  Script.  S.  J., 
p.  470-471.  —  Alcazar,  Hist.  de  la  provincia  de  Toledo,  n, 
457-61.  —  Astrain,  Hist.  de  la  C.  de  J.,  iv,  110-12.  —  Texte 
und  Unlersuchungen,  xiii-2,  p.  1-8.  —  Uriarte,  Obras 
anônimas  y  seudonimas  de  autores  de  la  Companiade  Jesùs, 
III,  11. 

A.  De  Bil. 

CERDEGARIUS,  évêque  d'Évreux  (892?- 
912?).  L'effigie  de  Cerdegarius  figure  parmi  celles  des 
évêques  conservées  au  palais  épiscopal  à  Évreux.  La 
liste  épiscopale,  incomplète  d'ailleurs,  ne  précise  rien 
à  son  sujet.  Il  assista  au  concile  de  Trosly  (Trosleianus, 
dioc.  de  Soissons)  en  909;  il  était  encore  en  vie  au  mo- 
ment du  traité  de  S.-Clair-sur-Epte,  en  912. 

Les  auteurs  du  Gallia  chrisliana  admettent  qu'on 
pourrait  l'identifier  avec  un  S.  Leodegarius,  évêque 
d'Évreux  et  martyr,  dont  les  reliques  se  trouvaient  à 
Soupes,  territoire  de  Wastin.  Une  reine  Blanche, 
souffrant  de  la  lèpre,  les  y  avait  fait  ramener  d'An- 
gleterre. En  ce  cas,  Cerdegarius  aurait  été  tué  par  les 
Normands,  et  son  corps  emporté  en  Angleterre. 

G.  Bonnentant,  Hist.  gén.  du  diocèse  d'Évreux,  i,  Paris, 
1933,  p.  8-9.  —  A.  Chassant  et  G.-E.  Sauvage,  Hist.  des 
év.  d'Évreux,  1846.  —  Gall.  christ.,  xi,  570.  —  Gams,  549. 

R.  Van  Doren. 

CERDON,  hérétique  du  ii"  s.  S.  Irénée,  Adv. 
haeres.,  I,  xxvn,  1,  nous  apprend  que  Cerdon  suivit  les 
doctrines  enseignées  par  Simon  le  Magicien  et  vint 
habiter  Rome  sous  le  pontificat  d'Hygin.  Il  ajoute 
(Adv.  haeres.,  III,  iv,  3;  cf.  Eusèbe,  Hist.  eccles.,  IV, 
II,  2)  qu'il  donna  longtemps  le  change  aux  fidèles  et 
aux  autorités  de  l'Église  en  dissimulant  son  enseigne- 
ment ou  en  faisant  semblant  de  regretter  ses  erreurs. 

Cerdon  enseignait  qu'il  y  avait  deux  dieux,  l'un  bon, 
l'autre  cruel  et  mauvais.  Le  Dieu  bon  était  le  vrai 
Dieu,  le  Père  du  Christ.  C'était  le  dieu  mauvais  qui 
avait  créé  le  monde,  qui  avait  aussi  donné  la  loi  à 
Moïse  et  parlé  par  les  prophètes.  Il  ajoutait  que  le 
Christ  n'était  pas  réellement  venu  dans  la  chair,  mais 
qu'il  n'avait  été  qu'en  apparence  :  dès  lors  ni  la  nais- 
sance virginale  ni  la  Passion  ne  sont  des  réalités;  il  n'y 
a  là  que  des  illusions.  De  même,  les  corps  ne  ressusci- 
teront pas;  il  n'y  a  d'immortalité  et  de  résurrection 
que  pour  l'âme.  Cerdon  rejetait  les  Évangiles  et  les 
livres  du  N.  T.,  à  l'exception  de  S.  Luc  et  des  épîtres 
de  S.  Paul;  encore  supprimait-il  des  passages  du  troi- 
sième évangile  et  n'acceptait-il  de  S.  Paul  ni  toutes  les 
épîtres  ni  ces  épîtres  entières  (Pseudo-Tertullien,  Adu. 
omn.  haeres.,  6;  S.  Épiphane,  Haeres.,  xli,  1;  Filas- 
trius,  Adv.  haeres.,  xliv). 

La  venue  de  Cerdon  à  Rome  sous  le  pontificat 
d'Hygin  est  encore  attestée  par  S.  Cyprien  (Epist., 
Lxxiv,  2),  par  S.  FirmiUen  de  Césarée  (Ê'pfs/.,  lxxv,  5, 
inter  cyprian.),  par  Eusèbe  (Chronic.,  éd.  Helm,  202). 
Elle  est  assurément  le  fait  le  mieux  assuré  de  son  exis- 
tence. On  peut  croire  aussi  que  Cerdon  était  originaire 
de  Syrie,  comme  le  disent  S.  Épiphane  {Haeres., 
XLi,  1)  et  Filastrius  (Ado.  haeres.,  xliv),  sans  doute 
sur  la  foi  du  Syntagma  de  S.  Hippolyte.  Il  faut  ne  pas 
attacher  d'importance  à  la  6ia5oxiî  qui  rattache  Cer- 
don à  Simon  :  ce  doit  être  là  une  simple  formule. 

Plus  délicate  est  la  question  des  rapports  entre  Cer- 
don et  Marcion.  Les  deux  hérétiques  ont  sans  doute 
vécu  à  Rome  en  même  temps  et  ils  ont  pu  s'y  ren- 
contrer. Est-ce  à  dire  que  déjà  Cerdon  a  clairement  en- 
seigné l'opposition  du  Dieu  de  l'A.  T.  et  du  Dieu  du  N., 

H.  —  XII.  —  6  — 


163 


CE R DON 


—  CÉ RÉTAPA 


164 


ce  qui  est  le  dogme  fondamental  de  Marcion?  S.  Irénée 
l'assure;  mais  alors,  on  ne  voit  pas  en  quoi  consisterait 
l'originalité  de  Marcion.  Il  est  possible  que  Cerdon  ait 
simplement  professé  le  dualisme,  qui  était  la  doctrine 
fondamentale  des  systèmes  gnostiques,  et  qu'il  n'ait 
pas  songé  à  parler  d'un  Dieu  étranger,  comme  le  fait 
Marcion.  I.e  problème  est  peut-être  insoluble  dans 
l'état  actuel  de  nos  informations.  Du  moins  ne  peut-on 
pas  nier,  sans  plus,  une  certaine  dépendance  de  Mar- 
cion à  l'égard  de  Cerdon,  peut-être  dans  l'acceptation 
par  Marcion  du  docétisme.  Les  auteurs  anciens,  à 
commencer  par  S.  Irénée  (Adv.  haeres..  I,  .\xvii,  1; 

III,  IV,  3)  et  Tertullien  (Adi>.  Marcion.,  i,  2  et  22; 

IV,  17),  l'affirment  trop  clairement  pour  qu'on  puisse 
en  douter. 

A.  von  Harnack,  Marcion.  Dus  Huangelium  des  fremden 
Gottes,  2»  édit.,  Leipzig,  1924,  p.  31 '-.SG*.  —  F.  Sagnard, 
La  gnose  valentinienne,  Paris,  1947,  p.  86-89. 

G.  Bardy. 

CERDON  lENS,  hérétitiues  du  ii"  s.  S.  Épi- 
phane  (Haeres.,  xli)  consacre  une  notice  aux  cerdo- 
niens,  disciples  de  Cerdon;  mais  il  se  contente  en  fait 
d'exposer,  d'après  S.  Irénée  et  S.  Hippolyte,  ce  qu'il 
sait  de  la  doctrine  de  Cerdon.  11  ne  connaît  pas  de 
cerdoniens  et  pour  cause.  Ceux-ci  n'ont  jamais  dii 
former  une  secte  séparée.  Le  nom  même  de  Cerdon, 
encore  connu  de  S.  Cyprien  et  de  Firmilien  de  Césarée, 
n'a  pas  tardé  à  sombrer  dans  l'oubli. 

G.  Bardy. 

1.  CEREALIS,  Celer,  Celeriits,  est  mentionné 
au  martyrologe  romain  le  28  févr.  en  tête  d'un  groupe 
de  martyrs  d'Alexandrie.  Cette  insertion  est  due  à 
Baronius.  Il  se  réfère  à  Bède,  qui  ne  parle  pas  de 
Cerealis,  et  aux  anciens  mss.  dont  il  ne  nomme  aucun. 
La  seule  source  est  l'hiéronymien,  fort  corrompu  en  ce 
passage,  et  qui  ne  rattache  pas  les  saints  à  .\lexandrie. 

A.  S.,  févr.,  III,  728-29.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  119. 
—  Mort.  Rom.,  79. 

R.  Van  Doren. 

2.  CEREALIS  (Saint),  est  rappelé  au  martyro- 
loge romain,  le  10  juin,  avec  Amantius  et  Gétule  mar- 
tyrisés à  la  via  Salaria.  Ces  saints  furent  insérés  au 
martyrologe  par  Adon  sur  la  foi  de  la  Passion  de  Gé- 
tule (B.  H.  L.,  3524-25),  identique  à  celle  de  Zoticus 
{B.  H.  L.,  9028)  avec  simple  substitution  de  noms. 
Cette  Passion  rapporte  que  Gétule  de  Gabii  ((^asti- 
glione)  sur  la  via  Praeneslina  convertit  Cerealis,  vicaire 
de  l'empereur  Adrien,  et  son  frère  Amantius  et  les  fit 
baptiser  par  le  ])ape  Sixte  (116-25).  Cerealis,  dénoncé 
par  N'incent,  fut  emprisonné,  puis  décapité  avec  ses 
compagnons  à  la  via  Salaria  à  30  milles  de  Rome.  Ils 
furent  ensevelis  par  Symphorose,  femme  de  Gétule. 

Que  la  Passion  de  Gétule  ait  inspiré  celle  de  Zoticus, 
ou  inversement,  elles  sont  entièrement  légendaires. 
C'est  dire  qu'on  ne  connaît  rien  au  sujet  de  Cerealis. 

A.  S.,  janv.,  ii,  261-62.  — ■  Barbier  de  Montault,  Œuvres 
complètes,  xii,  1897,  p.  27-28.  —  H.  Delehaye,  Les  origines 
du  culte  des  martyrs,  278,  288,  295.  —  Lanzoni,  129-31.  — 
Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  122.  —  Mart.  Rom.,  232. 

R.  Van  Doren. 

3.  CEREALIS  (Saint),  Cerialis,  Celialis,  est 
mentionné  au  martyrologe  hiéronymien,  le  3  juill., 
après  Ste  Euphémie  de  Constantinople.  Mais  il  s'agit 
d'un  martyr  latin,  peut-être  Cyrillus  ou  Cyrionis 
qu'on  lit  à  la  même  date. 

A.  S.,  Juill.,  I,  559.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  351. 

R.  Van  Doren. 

4.  CEREALIS,  soldat  martyr.  Le  martyrologe 
romain  cite  au  14  sept,  parmi  les  21  martyrs  compa- 
gnons du  i)ape  Corneille  le  soldat  Cerealis  et  Sallustia 
son  épouse.  Mais  si  le  saint  pape  est  mort  en  exil,  ces 
martyrs  n'ont,  avec  lui,  aucune  relation;  et  même 


l'indication  toponymique  via  Appia  ne  mérite  aucune 
créance.  De  Rossi  a  découvert  dans  la  crypte  de  S.- 
Corneille  une  inscription  :  Sanctus  Cerealis  cum 
Sallustia  cum  XKI;  souvenir  historique,  sans  doute,  de 
la  déi)osition  du  groupe  des  martyrs.  Ce  qui  expli- 
querait aussi  pourquoi  leur  mémoire  est  unie  à  celle  de 
S.  Corneille. 

A.  S.,  sept.,  IV,  143-91.  —  H.  Delehaye,  Les  origines  du 
culte  des  martyrs*,  p.  286.  —  De  Rossi,  Roma  sotterranea, 
I,  279-80.  —  Lanzoni,  131.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye, 
.505-06.  —  Mart.  Rom.,  395-96. 

R.  N  an  Doren. 
CEREIVIONIA,  martyr  à  Nicomédie  au  11  avr.. 
est  mentionné  par  le  martyrologe  hiéronymien  avec 
Eustorge  et  deux  autres  qu'Henschenius  plaçait  sous 
Dioclétieii.  Mais  ce  nom  ne  correspond  pas  à  un  per- 
sonnage réel. 

A.  S.,  avr.,  ii,  12.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  182-83. 
—  Mart.  Rom.,  134-35. 

R.  Van  Doren. 
CEREN  iC,  confesseur  au  diocèse  de  Séez,  vénéré 
le  7  mai.  La  première  biographie  du  saint  n'est  pas 
antérieure  au  x''  s.  D'après  elle,  Serenicus,  né  à  Spo- 
lète,  avait,  avec  son  frère  Serenidus,  fait  m  pèlerinage 
à  Rome,  puis,  avec  lui  encore,  s'était  fixé  en  Gaule. 
Il  fonda  à  Hiesmes  (arr.  d'.\lençon,  Orne),  au  con- 
fluent de  la  Sarthe  et  du  Sarthon,  un  monastère  qui 
donna  naissance  au  bourg  de  S.-Cénéry.  —  Certains 
historiens  placent  Cerenic  au  vi^  s.  Mabillon  le  recule 
jusqu'au  vu"".  Ses  reliques  furent  transférées  à  Châ- 
teau-Thierry, bien  qu'on  croie  aussi  les  posséder 
ailleurs.  Sous  Charles  le  Simple,  le  monastère  était 
déjà  supprimé.  Mais  l'église  romane  remarquable  sub- 
siste encore. 

A.  S.,  mai,  ii,  160-61;  vu,  605.  —  Cottineau,  2629.  — 
Gallia  christiana,  xi,  711-12.  —  Hist.  If//.  France,  iv,  1738, 
p.  195-96.  —  Mabillon,  A.  S.  Bened.,  u,  1669,  p.  572. 

R.  Van  Doren. 

CERENZA.  Voir  Cariati. 

CÉRÉTAPA  (KepéToora,  KepàToara),  ou  Chere- 
tapa  (XaipÉTaTTa,  XaipéroTTOÇ  ),  évêché  de  la  Phrygie 
Pacatienne  I'''",  dépendant  de  Laodicée.  La  ville  de 
Cérétapa  se  trouvait  au  sud  de  la  province,  près  de 
Colosses.  Elle  porta  aussi  le  nom  de  Diocésarée,  qui  lui 
fut  probablement  donné  au  temps  de  Domitien;  il 
apparaît  pour  la  première  fois  chez  Ptolémée  et  on  le 
voit  encore  sur  les  monnaies  de  la  ville  sous  le  règne  de 
Commode.  W.  Ramsay  (Ciliés  and  Bishoprics  of 
Phrijgia,  i,  275  sq.)  l'a  identifiée  près  du  village  de 
Kayadibi,  au  nord  du  lac  Aulidenos  (auj.  Salda  Gôl). 

L'évêché  de  Cérétapa  date  probablement  du  com- 
mencement du  iv«  s.  On  connaît  huit  titulaires.  Les 
trois  premiers  furent  des  ariens  :  Théodule,  qui  assista 
au  concile  de  Séleucie  d'Isaurie,  359  (Philostorge, 
Hist.  eccl.,  VII,  viii).  —  Carterius  lui  succéda  et  fut 
remplacé  par  Jean  (Philostorge,  op.  cit.,  IX,  18).  — 
Silvain  prit  part  au  concile  œcuménique  d'Éphèse,  431 
(Mansi,  iv,  1124  A,  1128  A,  1149  .\,  1221  E,  1365  B; 
VI,  871  C).  —  Philetus  fut  un  des  Pères  du  concile  de 
Chalcédoine,  451  (Mansi,  vu,  165  B).  — •  André  parti- 
cipa au  concile  in  Trullo,  691-92  (Mansi,  xi,  1001  B);  le 
texte  porte  'AepuyaTrwv  qu'il  faut  certainement  corri- 
ger en  KepÊTCoTcov  puisqu'il  s'agit  de  la  Phrygie  Paca- 
tienne.  —  Michel  fut  au  second  concile  de  Nicée,  787 
(Mansi,  xii,  998  C,  1106  D;  xiii,  148  B,  372  A,  393  E). 
— ■  Syméon  prit  part  au  concile  de  879  qui  réhabilita 
Photius  (Mansi,  xvii  A-xvin  A,  377  D). 

L'évêché  de  Cérétapa  disparut  probablement  lors  de 
l'avance  des  Turcs  en  Asie  Mineure  au  xii^  s.  Le  titre 
ne  semble  pas  encore  avoir  été  conféré  dans  l'Église 
romaine.  Il  n'a  d'ailleurs  été  introduit  dans  les  listes  de' 
la  Consistoriale  qu'en  1923. 


165 


CÉRÉTAPA 


—  CERETUM 


166 


Lequien,  i,  811-12.  —  Smith,  Dictionary  of  Greek  and 
Roman  Geography,  i,  592.  —  W.  Ramsay,  Cities  and  Bishop- 
rics  of  Phrygia,  i,  215,  275  sq.,  328,  340.  —  Ruge,  Keralapa, 
dans  Beal-Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  xi-1,  287-88. 

R.  Janin. 

CERETUM  (Cerelensis  selon  la  dénomination  de 
la  Curie  pontificale,  actuellement  Seret  ou  Siret),  ville 
de  Bukovine,  sur  la  rivière  du  Seret,  au  sud  de  Cer- 
nauti  (Tchernovitz),  siège  d'un  ancien  évêché  catho- 
lique latin  dont  les  origines  remontent  au  xiv«  s.  A 
cette  époque  Seret  était  un  centre  commercial  floris- 
sant dont  la  prospérité  attirait  de  nombreux  étran- 
gers, notamment  des  Polonais  et  des  Hongrois  aux- 
quels s'étaient  joints  une  importante  colonie  de 
Saxons  et  quelques  groupements  d'Arméniens  catho- 
liques et  dissidents.  Au  point  de  vue  religieux,  Seret 
relevait  de  l'éparchie  grecque  orthodoxe  de  Halicz. 
Les  fils  de  S.  François  et  de  S.  Dominique  furent  les 
principaux  artisans  de  la  diffusion  du  catholicisme  en 
Moldavie.  Dès  1340  les  Franciscains  y  possédaient  un 
couvent.  Leurs  efforts  aboutirent  en  1370  à  la  conver- 
sion de  Latsco,  voïvode  de  Moldavie.  Celui-ci,  par 
l'entremise  de  deux  franciscains,  Nicolas  de  Mehlsack, 
originaire  de  Prusse  orientale,  supérieur  du  vicariat  de 
Ruthénie  dont  dépendait  le  couvent  de  Séret,  et  Paul 
de  Schweidnitz  (Silésie),  confia  au  pape  Urbain  V, 
dans  l'été  de  cette  même  année,  son  intention  d'abjurer 
le  schisme  avec  tout  son  peuple.  Il  demandait  en  outre 
que  Seret  obtînt  les  privilèges  et  le  titre  de  cité 
(civilas)  et  devînt  le  siège  d'un  évêché  catholique. 
Urbain  V,  tout  heureux  de  cette  conversion,  et  croyant 
sincèrement  au  retour  vers  Rome  de  tout  le  Proche- 
Orient,  retour  qu'avait  laissé  entrevoir  la  récente 
abjuration  de  l'empereur  grec  Jean  VI  Paléologue,  se 
hâta  d'accéder  au  désir  du  prince  roumain,  non  toute- 
fois sans  s'assurer  quelques  garanties.  Par  lettre  apos- 
tolique du  24  juin.  1370  il  enjoignit  à  l'archevêque  de 
Prague  et  aux  évêques  de  Breslau  et  de  Cracovie  d'ou- 
vrir une  enquête  sur  la  sincérité  de  la  conversion  de 
Latsco  et  de  compléter  son  instruction  religieuse,  si 
besoin  était.  Il  leur  donnait  aussi  tous  pouvoirs  pour 
recevoir  l'abjuration  du  voïvode  et  élever  Seret  au 
rang  de  ville  épiscopale.  La  bulle  fixait  également  les 
limites  du  nouveau  diocèse,  c.-à-d.  tout  le  territoire 
placé  sous  la  juridiction  de  Latsco.  Par  la  volonté 
d'Urbain  V,  le  siège  de  Seret  devait  relever  directe- 
ment de  Rome,  comme  l'indiquent  les  termes  du 
document  pontifical,  solum  et  immédiate  sancte  sedi 
apostolice  in  spiritualibus  subsit.  Cette  clause  n'avait 
certainement  qu'un  caractère  provisoire  et  devait 
permettre  au  pape  de  suivre  de  plus  près  les  dévelop- 
pements de  la  nouvelle  éparchie.  En  fait  nous  pensons 
que  très  rapidement  Seret  fut  rattaché  à  Halicz.  De 
toutes  manières,  la  chose  était  accomplie  en  1412, 
puisque  le  document  pontifical  qui  relate  le  transfert  à 
Lemberg  (Lwow),  en  cette  même  année,  du  siège 
métropolitain  de  Halicz,  cite  Seret  parmi  les  évêchés 
suffragants  de  la  nouvelle  métropole. 

Dans  quelle  mesure  le  mouvement  vers  l'union 
s'est-il  propagé  en  Moldavie?  Il  serait  difficile  de  le 
dire  avec  certitude.  Latsco,  sans  nul  doute,  avait 
abjuré  le  schisme,  puisque  Grégoire  XI  l'en  félicite 
chaleureusement,  le  25  janv.  1372,  tout  en  l'exhor- 
tant à  ne  pas  se  laisser  pervertir  par  sa  femme  restée 
orthodoxe.  Il  semble  bien  que  le  prince  s'était  trop 
avancé  en  promettant  le  retour  de  son  peuple  à  l'unité. 
Les  résistances  ont  dû  se  dessiner  très  rapidement.  A 
vrai  dire,  il  serait  exagéré  de  parler  d'un  échec  com- 
plet. Des  conversions  se  sont  produites  certes,  mais  à 
un  rythme  beaucoup  plus  lent  que  ne  l'avait  espéré  le 
Saint-Siège.  Certains  auteurs  roumains,  comme  Xéno- 
pol  et  Melchisédech,  ont  émis  des  doutes  sur  la  sincé- 
rité de  Latsco;  sa  conversion  n'aurait  été  qu'une 


feinte  destinée  à  masquer  ses  visées  politiques  :  s'assu- 
rer l'appui  non  négligeable  de  la  papauté.  Bien  vite,  il 
serait  retourné  au  schisme.  Cette  assertion  manque  de 
fondement.  Le  fait  que  Latsco,  mort  en  1373,  fut 
inhumé  dans  l'église  orthodoxe  de  Cernauti  n'est  pas 
une  preuve  suffisamment  concluante.  Cette  église 
abritait  le  mausolée  des  voïvodes  et  personne  ne 
pouvait  trouver  étrange  que  Latsco  reposât  parmi  ses 
ancêtres.  Cela  ne  signifiait  pas  nécessairement  une 
apostasie. 

Sous  le  règne  de  Georges  Koriatovitch,  une  violente 
réaction  orthodoxe  se  fit  jour,  qui  faillit  devenir  fatale 
à  la  jeune  Église  de  Seret.  Heureusement  la  bour- 
rasque fut  de  courte  durée.  Avec  Pierre  Muchat 
(1375-90),  le  calme  revint.  Marguerite,  sa  mère,  catho- 
lique et  apparentée  à  la  famille  royale  de  Hongrie, 
favorisa  ouvertement  le  catholicisme.  Nous  savons  que 
Seret  possédait  déjà  un  couvent  de  franciscains.  La 
princesse  y  installa  aussi  des  dominicains  de  la  pro- 
vince de  Hongrie  (1377)  et  fit  construire  en  l'honneur 
de  S.  Jean-Baptiste  une  église  paroissiale  qu'elle  leur 
confia  et  dans  laquelle  elle  voulut  être  inhumée.  Ce 
sanctuaire,  plus  tard  la  cathédrale,  auquel  Gré- 
goire XI  concéda  certains  privilèges  spirituels,  devint 
un  lieu  de  pèlerinage  très  fréquenté  à  la  suite  de 
nombreux  miracles  qui  s'y  produisirent  et  dont  on  a 
dressé  un  acte  notarié  le  24  juin  1402.  Le  monastère 
dominicain  de  Seret  fut  cédé  peu  de  temps  après  sa 
fondation  au  vicariat  des  Frères  Pérégrinants  par  le 
maître  général  de  l'ordre,  Élie  Petit.  Moins  d'un  siècle 
plus  tard,  il  devait  faire  retour  à  la  province  de 
Hongrie,  lors  de  la  dissolution  du  vicariat  des  Frères 
Pérégrinants. 

Un  document  qui  a  fait  couler  beaucoup  d'encre  et 
induit  en  erreur  nombre  d'historiens  est  une  lettre 
d'Eugène  IV  à  Benoît,  évêque  de  Turnu-Severin,  et 
datée  du  15  sept.  1439.  Le  pape  y  fait  allusion  aux 
diocèses  de  Seret  et  de  Bacau,  alors  vacants.  Ce  docu- 
ment, publié  par  le  comte  Kemeny  et  dont  l'original 
ne  se  trouve  nullement  aux  archives  du  monastère 
franciscain  de  Cluj,  comme  l'affirme  l'éditeur,  est  un 
faux.  Cette  prétendue  lettre  est  d'ailleurs  remplie  de 
contradictions  qu'il  suttîra  de  signaler.  L'évèché  de 
Seret  n'était  nullement  vacant  au  début  du  xv^  s.  La 
succession  épiscopale  est  régulière  et  non  interrompue 
de  1371  à  1436,  date  de  la  nomination  du  dernier 
évêque  connu,  sauf  une  courte  vacance  d'un  peu  plus 
d'une  année  de  1412  à  1413.  Bacau,  certes,  n'avait  pas 
d'évêque  et  pour  la  bonne  raison  que  ce  siège  n'exis- 
tait pas  encore.  Il  date  du  début  du  xvii*^  s.  et  son 
premier  titulaire  fut  le  franciscain  Jérôme  Arsengo  de 
Chio,  préconisé  le  17  sept.  1607.  On  cherche  en  vain  un 
évêque  de  Turnu-Severin  du  nom  de  Benoît. A  l'époque 
qui  nous  concerne,  ce  siège  était  occupé  par  Domi- 
nique, élu  le  27  mai  1437,  précédemment  archidiacre 
de  Sumeg,  au  diocèse  de  Veszprem.  Il  eut  comme 
successeur,  le  2  juin  1447,  le  bénédictin  Étienne,  abbé 
de  Knoporli  (?),  également  de  Veszprem  (voir  C.  Au- 
ner,  Episcopia  catolica  a  Severinului,  dans  Revista 
catolicâ,  I,  Bucarest,  1913,  p.  60). 

Seret  eut  peu  d'évêques  résidentiels.  Le  premier 
titulaire,  proposé  par  Latsco,  était  un  franciscain, 
nommé  André  de  Cracovie,  de  la  noble  famille  des 
Jastrzebiec.  LTrbain  V,  avant  d'agréer  cette  candida- 
ture, chargea  l'archevêque  de  Prague  et  les  évêques  de 
Breslau  et  de  Cracovie  d'examiner  si  le  personnage  en 
question  était  idoine  à  ce  poste  (lettre  apostolique  du 
25  juin.  1370).  Le  seul  qui  s'occupa  eft'ectivement  de 
cette  affaire  fut  l'évêque  de  Cracovie,  Florian.  Le  sacre 
eut  lieu  à  Cracovie  le  19  mars  1371.  Le  prélat  consé- 
crateur  était  Florian,  assisté  du  dominicain  Derslaus, 
évêque  d'Élatée,  et  du  franciscain  Nicolas,  évêque  de 
Syene  (?).  Exactement  deux  mois  après,  le  9  mai  1371, 


107 


CERETIIM 


168 


le  nouvel  évêque  prêta  serinent  devant  Floriaii,  repré- 
sentant du  pape,  et  signa  le  formulaire  qui  fut  aussi- 
tôt expédié  à  Rome.  André,  cependant,  ne  se  pressait 
pas  de  gagner  son  diocèse.  Le  4  août  l.'iTl,  nous  le 
trouvons  encore  à  Leniberg  où  il  fait  établir  par 
devant  notaire  une  copie  authentique  de  son  acte  de 
consécration.  Sans  doute  prévoyait-il  les  difflcultés 
qui  l'attendaient  en  Moldavie.  La  situation  s'est  révé- 
lée tout  de  suite  précaire.  La  bulle  papale  de  fonda- 
tion élevait  la  principale  église  du  lieu  au  rang  de 
cathédrale  et  créait  un  chapitre  que  Latsco  devait 
doter.  Or  à  Seret  il  n'y  avait  d'autre  église  catholique 
que  la  chapelle  des  frères  mineurs  et  le  voïvode  ne  se 
pressait  pas  de  manifester  sa  générosité.  L'évêque 
avait  à  peine  de  quoi  soutenir  son  rang.  Il  se  plaignit 
de  cette  situation  à  Rome  et  implora  un  bénéfice  dont 
les  revenus  lui  permissent  de  vivre  selon  sa  condition. 

11  eut  soin  de  faire  apostiller  sa  pétition  par  la  reine 
mère  Élisabeth  de  Hongrie.  Grégoire  XI  fit  droit  à  sa 
requête  en  le  félicitant  du  zèle  qu'il  avait  déployé 
pour  convertir  les  schismatiques  de  son  diocèse  (lettre 
du  25  juill.  1372).  Déjà  quelques  mois  auparavant,  le 
pape  lui  avait  confié  l'administration  de  l'évêché  de 
Halicz,  qu'il  garda  jusqu'à  l'érection  de  ce  siège  en 
métropole  (1375-76).  Ces  difficultés  matérielles,  aggra- 
vées par  la  vive  réaction  orthodoxe  qui  suivit  la  mort 
de  Latsco,  contribuèrent  à  détacher  peu  à  peu  André 
de  son  diocèse.  Il  n'a  pas  dû  y  faire  de  longs  séjours. 
En  fait,  dès  le  mois  de  juin  1372,  nous  le  trouvons  de 
nouveau  en  Pologne,  à  la  cour  de  la  reine  mère  Élisa- 
beth, à  Posnan.  Il  est  fort  probable  que  depuis  ce  mo- 
ment André  ne  remit  plus  les  pieds  dans  son  diocèse  et 
se  contenta  de  l'administrer  de  loin.  Tous  les  docu- 
ments qui  le  concernent  le  signalent  en  effet  constam- 
ment en  Pologne.  Dans  ces  documents,  il  est  toujours 
désigné  sous  les  titres  d'évêque  de  Seret  et  de  sufl'ra- 
gantde  Gnesen.  Notons  qu'à  cette  époque  le  terme  de 
sulïragant  indiquait  souvent  un  évêque  auxiliaire.  Le 

12  mars  1388,  André  fut  transféré  au  siège  de  Vilna, 
où  il  mourut  en  1399. 

La  liste  de  ses  successeurs  est  assez  confuse.  Des 
documents  mal  interprétés  ont  engendré  des  erreurs 
toujours  fidèlement  reproduites  et  partant  difficiles  à 
extirper.  Certains  noms  reviennent  deux  fois  qui,  ma- 
nifestement, ne  désignent  qu'un  seul  et  même  person- 
nage. Lequien  s'est  efforcé  de  rétablir  la  vérité  sans  y 
parvenir  tout  à  fait.  Sa  liste  est  à  rectifier,  non  moins 
que  celle  de  Gams.  Le  successeur  immédiat  d'André 
fut  un  dominicain,  Jean  de  Cracovie,  à  qui  Bzovius, 
O.  P.  (Propago  D.  Hyacinthi,  Venise,  1606,  p.  50), 
donne  le  surnom  de  Sartorius.  Les  listes  épiscopales 
connues  signalent  deux  évêques  de  ce  nom  :  Jean  de 
Cracovie,  successeur  d'André,  et  Jean  Sartorius,  qui 
siège  dans  les  premières  années  du  xv«  s.  Nous  avons  là 
un  cas  de  dédoublement  dû  à  Okolski  (Riissia  Florida, 
Lemberg,  1646,  p.  59),  qui  confondit  la  date  du  docu- 
ment original  (1394)  avec  celle  de  la  copie  authen- 
tique (1403).  Cette  erreur  fut  répétée  constamment 
dans  la  suite.  De  Jean  Sartorius,  nous  savons  peu  de 
choses.  Dans  un  acte  officiel,  il  se  nomme  confesseur 
des  souverains  de  Pologne  et  suffragant  de  Cracovie. 
Nous  en  concluons  qu'il  occupait  la  charge  d'auxi- 
liaire de  cette  ville  et  qu'il  n'a  pas  dû  résider  dans  son 
diocèse.  La  seule  marque  d'intérêt  que  nous  lui  voyons 
porter  à  sa  ville  épiscopale  est  une  lettre  adressée  à  ses 
confrères  de  Seret  et  datant  probablement  de  1393  ou 
de  1394.  Il  les  félicite  des  conversions  obtenues  et 
accorde  40  jours  d'indulgence  à  ceux  qui  visiteront 
l'église  S. -Jean-Baptiste  où  s'opèrent  des  miracles. 
Jean  Sartorius  mourut  dans  les  premiers  mois  de  1394. 

Le  8  juin  1394,  Boniface  IX  lui  donne  un  successeur 
dans  la  personne  du  dominicain  Étienne  Martin,  dit 
Zajacsek,  vraisemblablement  d'origine  ruthène,  car  il 


est  nommé  ailleurs  Étienne  Ruthène.  D'après  Nie- 
siecki  (Koronn  Polska,  vol.  iv,  Lemberg,  1743,  p.  642), 
il  aurait  appartenu  à  une  famille  noble.  Pour  l'obliger 
à  la  résidence,  le  jiape  lui  interdit  de  célébrer  pontifi- 
calement  en  dehors  de  son  diocèse.  Malgré  cette  clause 
restrictive,  il  ne  paraît  pas  qu'Étienne  mît  jamais  les 
pieds  en  Moldavie.  Les  temps  n'étaient  guère  favo- 
rables, il  est  vrai.  Le  roi  de  Hongrie,  Sigismond, 
venait  d'être  battu  par  le  voïvode  de  Moldavie 
(automne  1394).  (;et  échec  a  sans  doute  contribué  à  la 
régression  du  catholicisme  dans  cette  région.  Tout  en 
conservant  son  titre  d'évêque  de  Seret,  Étienne  est 
nommé,  vers  1396,  auxiliaire  à  Cracovie,  fonction 
qu'il  a  dû  garder  jusqu'à  sa  mort,  car  à  deux  reprises 
encore  (en  1406  et  1411),  les  documents  lui  recon- 
naissent cette  qualité.  Il  meurt  le  10  janv.  1412, 
laissant  tout  son  avoir  au  monastère  des  dominicains 
de  Cracovie. 

Le  siège  de  Seret  resta  vacant  pendant  plus  d'une 
année.  Enfin,  le  5  mars  1413,  Jean  XXIII  y  pourvut 
par  la  nomination  du  moine  Nicolas  Venator,  de  l'ordre 
de  S. -Paul  Ermite.  Celui-ci  devait  avoir  bientôt  un 
compétiteur  dans  la  personne  du  dominicain  Thomas 
Grueber  (ou  Erneber),  préconisé  évêque  de  Seret  par  le 
même  pape,  le  31  juill.  de  la  même  année.  Cette  élec- 
tion, inexplicable  de  prime  abord,  car  rien  n'indique 
que  la  première  ait  été  annulée,  doit  sans  doute  se 
mettre  sur  le  compte  du  désordre  de  la  Chancellerie 
pontificale,  désordre  fort  compréhensible  au  temps  du 
Grand  Schisme.  De  toute  façon,  aucune  des  deux  no- 
minations n'était  régulière,  puisque  Jean  XXIII 
n'était  pas  le  vrai  pape.  Grégoire  XII,  pape  légitime, 
bien  qu'abandonné  par  ses  cardinau.x,  n'avait  pour- 
tant pas  abdiqué.  Ceux-ci,  réunis  à  Pise,  dans  un  con- 
clave anticanonique,  avaient  élu  à  sa  place  Alexan- 
dre V  (1409-10),  à  qui  succéda,  un  an  plus  tard, 
Jean  XXIII  (1410-15).  Grégoire  XII  n'abdiqua  qu'en 
juin  1415.  Comment  la  Curie  pontificale  mit-elle  d'ac- 
cord les  deux  compétiteurs  au  siège  de  Seret?  Nous  en 
sommes  réduits  à  des  conjectures.  Martin  V,  légitime 
élu  du  concile  de  Constance,  avait  le  choix  entre  deux 
solutions  :  ou  ratifier  l'une  des  deux  nominations  de 
!  Jean  XXIII  ou  procéder  lui-même  à  une  autre  élec- 
tion. Or  les  archives  du  pontificat  de  Martin  V 
recèlent  un  curieux  document  qui  semblerait  de  prime 
abord  confirmer  cette  dernière  hypothèse.  Il  s'agit  de 
l'élection  au  siège  de  Seret,  le  14  sept.  1420,  d'un 
évêque  Jean.  Mais  Eubel,  qui  cite  cette  pièce  d'ar- 
chives, avoue  que  le  nom  de  l'évêché  est  presque  illi- 
sible et  se  demande  si  cet  acte  concerne  véritablement 
Seret.  Par  ailleurs,  un  autre  document  pontifical 
signale  que  le  29  juill.  1436  le  franciscain  Jean  est 
nommé  au  siège  de  Seret  vacant  par  la  mort  de 
l'évêque  Nicolas.  Ce  dernier  ne  serait-il  pas  Nicolas 
Venator?  D'après  cette  hypothèse,  l'élection  de  Tho- 
mas Grueber  aurait  été  annulée  et  celle  de  Nicolas 
validée  par  Martin  V. 

De  l'évêque  Jean,  on  ne  sait  rien  sinon  qu'il  ne 
parut  jamais  dans  son  diocèse.  Il  fut  le  dernier  évêque 
effectif  de  Seret.  A  partir  de  ce  moment,  le  siège  devint 
une  simple  titulature.  Le  seul  bénéficiaire  connu  est 
Abraham  Siedlchowski,  nommé  en  1622  par  Paul  V 
auxiliaire  à  Kulm  (Chelmno). 

Lequien,  m,  1117-20.  —  E.  Picot,  Chronique  de  Moldavie 
de  Grégoire  Ureche,  i,  Paris,  1878,  p.  34-35.  —  De  Mas-La- 
trie, Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  col.  2097.  —  E.  Hur- 
muzaki.  Documente  privitoare  la  Istoria  liomànilor,  i,  Buca- 
rest, 1890,  part.  (1346-1430),  p.  160,  162,  166,  167,  176, 
197.  — -  A.-D.  Xenopol,  Histoire  des  Roumains  de  Dacie 
trajane,  i,  Paris,  1896,  p.  212.  —  C.  Kubel,  i,  189;  ii,  140. 
—  R.  Rosetti,  Despre  Unguri  si  Episcopiile  catolice  din 
Moldavia,  dans  Analele  Academiei  Române,  section  histo- 
rique, série  II,  Bucarest,  1905,  xxvii,  247.  —  N.  lorga, 
Istoria  Bisericii   românesti,   i,   Valenii-de-Munte,  1908, 


169 


CERETUM 


—  CE  RIS  Y 


170 


p.  34-36,  60.  • —  C.  Auner,  La  Moldavie  au  concile  de  Flo- 
rence, dans  Échos  d'Orient,  vu,  1904,  p.  323-24;  vm,  1905, 
p.  77,  136.  —  I.-C.  Filitti,  Din  Archivele  Vaticanului,  dans 
Revista  catolica,  lu,  Bucarest,  1913,  p.  365-67;  iv,  p.  533, 
534,  540-41,  545.  —  Voir  aussi  les  articles  de  C.  Auner, 
dans  la  Revista  catolica  :  Episcopia  de  Seret,  ii,  1913,  p.  226- 
45;  Cei  din  urma  episcopi  de  Seret,  iv,  1914,  p.  567-77. 

E.  Jean. 

CERIGNOLA.  Voir  Ascoli  Satriano,  D.  H. 
G.  E.,  IV,  912-13. 

CÉRINTHE,  hérétique  du  i"  s.  S.  Iréaée  (Adu. 
haeres.,  I,  xxvi,  1)  est  le  premier  auteur  qui  nous  ren- 
seigne sur  Cérinthe.  Selon  lui,  Cérinthe  enseigna  en 
Asie.  Il  prétendait  que  le  monde  n'a  pas  été  fait  par 
le  premier  Dieu,  mais  par  une  vertu,  très  éloignée  de 
lui  et  qui  l'ignorait;  il  ajoutait  que  Jésus  n'était  pas  né 
d'une  vierge,  mais  qu'il  était  le  fils  de  Marie  et  de  Jo- 
sepii,  qu'il  avait  été  supérieur  à  tous  les  autres 
hommes  par  sa  justice,  sa  sagesse  et  sa  prudence;  que, 
lors  de  son  baptême,  le  Christ  était  descendu  en  lui 
sous  forme  de  colombe,  c.-à-d.  une  puissance  émanée 
du  Dieu  suprême,  si  bien  qu'à  partir  de  ce  moment 
Jésus  avait  pu  aimoncer  le  Père  inconnu  et  accomplir  | 
des  miracles;  que,  finalement,  le  Christ  avait  aban- 
donné Jésus  et  que  Jésus  avait  souffert  et  était 
ressuscité,  tandis  que  le  Christ  demeurait  impassible. 
Il  ressort  de  ce  témoignage  que  Cérinthe  aurait  été  un 
gnostique  et  que  son  enseignement  aurait  été,  sous  une 
forme  simple,  celui  que  devaient  reproduire,  en  le 
compliquant,  les  docteurs  de  la  gnose. 

Ailleurs  (Adv.  haeres.,  III,  xi,  1),  S.  Irénée  ajoute 
que  S.  Jean  a  écrit  son  Évangile  pour  réfuter  les 
erreurs  de  Cérinthe.  Il  dit  aussi  :  «  Il  y  a  encore  des 
gens  qui  ont  entendu  Polycarpe  (de  Smyrne)  raconter 
que  Jean,  le  disciple  du  Seigneur,  vint  un  jour  aux 
thermes  d'Éphèse.  Lorsqu'il  y  aperçut  Cérinthe,  il  en 
sortit  précipitamment  sans  prendre  de  bain,  en  di- 
sant :  Fuyons,  de  peur  que  l'édifice  ne  tombe  sur 
nous.  Cérinthe  s'y  trouve,  l'ennemi  de  la  vérité.  » 
(Adv.  haeres.,  III,  iii,  4.)  Ces  derniers  renseignements 
sont  particulièrement  importants,  car  S.  Irénée,  dis- 
ciple de  S.  Polycarpe,  était  bien  placé  pour  connaître 
ce  qui  se  rapportait  à  S.  Jean  et  à  son  Évangile.  Ils  | 
semblent  d'ailleurs  corroborés  par  certaines  expres- 
sions de  la  première  épître  de  S.  Jean.  L'apôtre  déclare 
en  effet  qu'est  menteur  celui  qui  nie  que  Jésus  est  le 
Christ  (I  Joa.,  ii,  22);  tandis  qu'il  est  de  Dieu  celui 
qui  confesse  que  Jésus-Christ  est  venu  dans  la  chair 
(I  Joa.,  IV,  2).  Ces  deux  formules  ne  viseraient-elles 
pas  l'erreur  de  Cérinthe  qui  distinguait  Jésus  et  le 
Christ  et  qui  niait  l'incarnation  du  Verbe? 

D'autres  renseignements  cependant  ne  confirment 
pas  les  données  de  S.  Irénée,  qu'a  reproduites  S.  Hip- 
polyte  (Philosoph.,  VII,  xxxiii,  1-2;  X,  xxi).  Dans  un 
fragment  des  Capila  adversus  Caium,  reproduit  par 
Denys  Bar  Salibi  {In  Apocalyps.,  Actus  et  episl. 
canon.,  dans  l'édition  de  L.  Sedlacek,  Rome  et  Paris, 
1910,  p.  1),  S.  Hippolyte  nous  apprend  en  effet  que  le 
prêtre  romain  Caïus  attribuait  à  Cérinthe  la  composi- 
tion de  l'Apocalypse;  peut-être  ajoute-t-il  lui-même 
que  Cérinthe  enseignait  la  circoncision,  ce  qui  nous 
obligerait  à  le  ranger  parmi  les  judéo-chrétiens,  plutôt 
que  parmi  les  gnostiques.  De  fait,  Caïus,  au  dire 
d'Eusèbe  {Hisi.  eccles.,  III,  xxviii,  1-2),  représente 
Cérinthe  comme  un  millénariste  qui  interprétait  au 
sens  le  plus  grossier  les  promesses  de  l'Apocalypse. 
Denys  d'Alexandrie,  qui  parlait  également  de  Cé- 
rinthe dans  son  livre  Sur  les  promesses  (Eusèbe, 
Hist.  eccles.,  VII,  xxv,  1-3),  lui  attribue  aussi  des 
thèses  millénaristes. 

S.  Épiphane  fait  de  Cérinthe  un  judaïsant  (Haeres., 
xxvin).  Selon  lui,  Cérinthe  enseignait  que  le  Christ 
était  né  de  Joseph  et  de  Marie,  que  le  monde  avait  été 


créé  par  des  anges,  que  la  Loi  et  les  prophètes  avaient 
été  donnés  par  des  anges  et  que  celui  qui  avait  donné 
la  Loi  était  un  des  anges  qui  ont  fait  le  monde.  Il  ajou- 
tait que  le  Christ  n'était  pas  encore  ressuscité,  mais 
qu'il  ressusciterait  au  moment  de  la  résurrection  géné- 
rale (Haeres.,  xxviii,  6).  L'évêque  de  Salamine  ne 
paraît  d'ailleurs  pas  très  exactement  renseigné  sur  le 
détail  de  la  doctrine  de  Cérinthe  :  c'est  à  S.  Irénée  et  à 
S.  Hippolyte  qu'il  doit  tout  ce  qu'il  y  a  de  positif  dans 
sa  description. 

On  ne  peut  pas,  semble-t-il,  ajouter  foi  au  témoi- 
gnage de  S.  Épiphane,  lorsqu'il  prétend  que  Cérinthe 
fut  un  de  ceux  qui  s'opposèrent  aux  apôtres  au  mo- 
ment du  concile  de  Jérusalem  et  qui  résistèrent  à 
S.  Pierre  lors  de  la  conversion  de  Corneille  ;  ou  encore 
que  ce  fut  lui  qui  ameuta  la  foule  contre  S.  Paul  lors  du 
retour  de  l'Apôtre  à  Jérusalem  (Haeres.,  xxviii,  2 
et  4).  Ces  récits  traduisent  peut-être  les  souvenirs  que 
S.  Épiphane  avait  gardés  d'une  lecture  un  peu  rapide 
de  S.  Hippolyte.  Ils  ont  grande  chance  d'être  forgés 
pour  les  besoins  de  la  cause. 

Somme  toute,  la  personne  et  la  doctrine  de  Cé- 
rinthe restent  enveloppées  d'obscurité.  Il  paraît  assuré 
que  Cérinthe  a  vécu  et  enseigné  en  Asie  vers  la  fin  du 
i"  s.  et  que  S.  Jean  a  écrit  contre  lui.  Il  a  dû  nier  l'in- 
carnation du  Verbe,  et  peut-être  enseigner  un  système 
mélangé  de  gnose  et  de  judaïsme.  L'hypothèse  de 
Caïus  qui  lui  attribue  l'Apocalypse  et  même  le  qua- 
trième Évangile  n'a  aucun  fondement  historique  et 
reste  personnelle  à  cet  écrivain.  Il  est  difficile, 
semble-t-il,  d'affirmer  plus  que  cela. 

C.  Schmidt,  Gespràche  Jesu  mit  seinen  Jiingern  nach  der 
Auferstehung,  Leipzig,  1919,  p.  403-52.  —  G.  Bardy,  Cérin- 
the, dans  Revue  biblique,  1921,  p.  344-73.  —  E.  de  Faye, 
Gnostiques  et  gnosticisme,  2«  édit.,  Paris,  1925.  —  A.  Bludau, 
Die  erste  Gegner  der  Joannesschriften,  Fribourg,  1925. — 
M.-J.  Lagrange,  L'Évangile  selon  S.  Jean,  Paris,  1925.  — 
J.  Lebreton,  Histoire  du  dogme  de  la  Trinité,  2»  édit.,  Paris, 
1928,  p.  483-94. 

G.  Bardy. 

CÉRINTHIENS,  hérétiques  du  i"  s., partisans 
de  Cérinthe.  Le  seul  auteur  qui  nous  renseigne  sur 
l'existence  des  cérinthiens  est  S.  Épiphane  (Haeres., 
xxviii),  dont  le  témoignage  est  trop  tardif  pour  pou- 
voir être  accueilli  en  toute  sécurité.  Les  écrivains 
antérieurs,  S.  Irénée,  S.  Hippolyte,  Caïus,  Denys 
d'Alexandrie,  Pseudo-TertuUien  parlent  de  Cérinthe 
et  donnent  des  renseignements  sur  sa  doctrine,  mais  ne 
disent  rien  de  ses  partisans.  Selon  les  vraisemblances, 
Cérinthe  n'a  pas  dû  faire  beaucoup  de  disciples,  et  en 
tout  cas,  il  n'a  pas  dû  exister,  au  moins  durant  long- 
temps, une  secte  se  réclamant  de  lui. 

S.  Épiphane  prétend  (Haeres.,  xxviii,  6)  que  l'héré- 
sie de  Cérinthe  s'est  répandue  non  seulement  en  Asie, 
mais  en  Galatie  et  que  l'usage  du  baptême  pour  les 
morts  était  très  fréquent  parmi  ses  adeptes.  Il  ajoute 
que  les  cérinthiens  se  servent  de  l'Évangile  de  S.  Mat- 
thieu, c.-à-d.,  semble-t-il,  qu'ils  rejettent  les  trois 
autres  Évangiles  :  il  est  impossible  de  dire  où  il  a 
trouvé  cette  assertion.  Il  est  assez  probable  que 
S.  Épiphane  a  connu  par  expérience  des  communautés 
ébionites  qui  vivaient  de  son  temps  dans  l'île  de 
Chypre  (Haeres.,  xxx,  18,  1)  et  ailleurs;  et  comme, 
pour  lui,  Cérinthe  est  un  des  fondateurs  du  judéo- 
christianisme,  il  a  mis  ces  communautés  en  relations 
avec  l'hérésiarque.  11  y  a  là,  de  sa  part,  un  arrange- 
ment qui  ne  s'appuyait  sur  aucune  tradition,  et  les 
cérinthiens,  s'ils  ont  jamais  existé  comme  secte  indé- 
pendante, avaient  depuis  longtemps  disparu  au  iv«  s. 

G.  Bardy. 

CERISY  (Abbaye  de  S.-Vigor  de)  (Manche).  La 
commune  de  Cerisy  est  située  à  une  vingtaine  de  km.  à 
l'ouest  de  Bayeux,  et  dépendait  autrefois  de  l'évêché 


171 


CERISY 


—  CERLE 


172 


de  cette  ville.  L'abbaye  fut  fondée  vers  le  milieu  du 
vi«  s.,  par  S.  Vigor,  évêque  de  Bayeux,  sous  l'invoca- 
tion des  SS.  Pierre  et  Paul,  sur  un  territoire  qui  lui 
avait  été  donné  par  Volusien  et  comportant  25  vil- 
lages. Au  x""  s.,  le  monastère  fut  détruit  par  les  Nor- 
mands et  la  terre  de  Cerisy  incorporée  au  domaine 
ducal.  En  1030,  Robert  le  Magnifique  le  rétablit  et 
installa  dans  la  nouvelle  abbaye  un  abbé  Durand,  venu  ■ 
de  S.-Ouen  de  Rouen;  la  dédicace  eut  lieu  le  22  nov. 
1032.  Robert  et  ses  descendants  enrichirent  l'abbaye 
par  des  dons  de  terres,  de  reliques  et  des  privilèges; 
elle  ne  relevait  que  du  Saint-Siège  et  possédait,  cas 
fort  rare,  le  droit  de  justice  sur  toute  l'étendue  de  son 
exemption  ;  les  abbés  commendataires  laissèrent  tom- 
ber cette  prérogative,  pourtant  exceptionnelle.  Les 
rois  d'Angleterre  et  de  l'rance  prirent  l'abbaye  sous 
leur  protection,  la  forêt  fut  détrichée,  la  région  voisine 
vit  s'accroître  la  population.  L'église,  construite  au 
xi<^  s.,  est  considérée  comme  l'un  des  types  les  plus  I 
anciens  de  l'architecture  solide  et  sévère  des  ducs  nor- 
mands; elle  fut,  au  xiii"  s.,  enrichie,  ornée,  le  chœur 
transformé  et  voûté;  les  bâtiments  claustraux  furent 
agrandis  à  cette  époque  et  au  xiv«  s.  Eudes  Rigaud,  : 
archevêque  de  Rouen  de  1248  à  1275,  la  visita  plu- 
sieurs fois  et  constata  que  la  vie  monastique  y  était 
régulière.  Il  y  avait  alors  de  cinquante  à  soixante 
moines,  presque  tous  prêtres. 

Elle  subit  à  la  fin  du  xiv«  s.  les  conséquences  des 
guerres,  fut  fortifiée;  il  fallut  emprunter  pour  payer 
ces  travaux  et  l'entretien  des  gens  d'armes  et  du  capi- 
taine qui  y  tenaient  garnison.  L'occupation  anglaise  î 
aggrava  la  situation;  Richard  de  Silly,  capitaine,  fut 
contraint  de  la  remettre  au  roi  d'Angleterre  qui  s'em- 
para des  revenus  et  y  mit  un  capitaine  anglais,  Thomas 
Halgthon.  Après  la  bataille  de  Formigny  qui  délivrait  î 
la  Normandie  (1450),  l'abbé  Richard  Sabine  prêta  ser-  ^ 
ment  au  roi  de  France,  le  chapitre  fut  reconstruit,  les 
cloîtres  et  bâtiments  restaurés,  mais  le  nombre  des 
religieux  ne  dépassait  guère  la  dizaine.  En  1502, 
l'abbaye  tomba  entre  les  mains  de  commendataires  et 
cette  situation  fut  encore  plus  funeste  que  la  précé- 
dente; il  n'y  avait  personne  pour  la  défendre  quand  les 
protestants  vinrent  en  1562.  L'abbé  était  en  Auvergne, 
les  moines  durent  fuir,  tout  fut  saccagé  ou  anéanti,  le 
vicaire  général,  Michel  de  Clugny,  ne  put  que  faire 
dresser  procès-verbal.  Trois  ans  plus  tard,  la  foudre 
incendiait  le  clocher  et  une  partie  de  la  nef  de  l'église;  ! 
il  fallut  la  réparer  et  reconstruire  la  tour.  En  1570,  il 
n'y  avait  que  le  prieur  et  sept  moines. 

Au  xviie  s.,  la  situation  fut  meilleure  au  point  de 
vue  matériel,  plusieurs  abbés  eurent  soin  des  bâti- 
ments ;  mais  les  religieux  n'étaient  plus  à  la  hauteur  de 
leur  mission,  leur  nombre  diminuait  et  ils  ne  se  sou- 
ciaient que  d'accroître  leurs  revenus  personnels;  ce  fut 
une  ère  de  nombreux  procès.  En  1660,  leur  mauvais 
vouloir  empêcha  l'introduction  à  Cerisy  de  la  réforme 
de  S.-Maur.  En  1706.  ayant  compris  qu'ils  obtien- 
draient ainsi  une  pension  plus  considérable,  ils  accep- 
tèrent un  traité  entre  l'abbé  de  Vendôme  et  les  Mau- 
ristes.  Un  incident  avec  l'évêque  de  Bayeux  pour  une 
question  de  ])réséance  empêcha  son  approbation  par  le 
roi,  et  les  religieux,  se  considérant  comme  les  seuls 
maîtres,  firent  faire  de  multiples  travaux,  change- 
ments, démolitions,  si  bien  que,  quand  en  1716  le 
concordat  signé  dix  ans  plus  tôt  fut  approuvé  par 
Louis  XV,  le  nouveau  prieur,  dom  Lecourt,  et  ses 
quatre  mauristes  éprouvèrent  les  plus  sérieuses  diffi- 
cultés. Les  charges  excédaient  les  revenus;  des  sub- 
sides et  des  économies  permirent  de  redresser  la  situa- 
tion, mais  bientôt  après  on  construisit  un  manoir 
pour  l'abbé,  puis,  en  1770,  en  place  des  anciens  bâti- 
ments, une  vaste  construction  de  140  pieds  de  lon- 
gueur; il  avait  également  fallu  refaire  le  clocher,  plu- 


sieurs fois  atteint  par  la  foudre.  Tout  cela  avait  obligé 
à  des  ventes  de  bois,  à  des  emprunts  et  14  000  livres 
restaient  à  payer  en  1789.  A  cette  date,  la  communauté 
de  Cerisy  se  composait  de  sept  moines  seulement;  ils  se 
séparèrent  quand  les  ordres  religieux  furent  abolis, 
les  biens  furent  vendus  nationalement  et  l'église  devint 
paroissiale. 

Dans  la  longue  liste  des  abbés  réguliers,  que  le 
Gallia  christiana  donne  incomplète,  on  relève  le  nom 
d'Estout  d'Estouteville  (1385-88)  qui  devint  abbé  du 
Bec,  puis  de  Fécamp.  Quant  aux  abbés  commenda- 
taires, presque  tous  appartenaient  à  des  maisons 
illustres  :  Claude  de  Husson  (1502-09)  fils  de  Charles, 
comte  de  Tonnerre  et  d'Antoinette  de  La  Trémoille, 
fut  évêque  de  Séez,  puis  de  Poitiers;  Jacques  de  Silly 
fut  évêque  de  Séez  (1509-39)  ;  Georges  d'Amboise  (1542- 
50)  fut  archevêque  de  Rouen  et  cardinal;  Charles  de 
Bourbon,  fils  de  François  de  Vendôme  et  de  Françoise 
d'Alençon,  fut  également  archevêque  de  Rouen;  An- 
toine d'Apchon  (1557-80)  ne  fut  pas,  comme  le  prétend 
le  Gallia  christiana,  évêque  de  Tarbes  :  marié,  il  fut 
lieutenant  en  Lyonnais,  Forez  et  Beaujolais.  Parmi  ses 
successeurs,  on  relève  les  noms  de  François  de  La 
Guesle  (1584-1614),  de  Pierre  Habert  (1614-30),  de 
Henri-Louis  Habert  deMontmort  (1631-37),  tous  trois 
conseillers  au  parlement  de  Paris;  de  Germain  Habert 
(1637-54),  membre  de  l'Académie  française;  de  Maza- 
rin  (1654-61);  de  Philippe  de  Bourbon-Vendôme  (1661- 
1727),  fils  de  Louis,  duc  de  Vendôme,  et  de  Victoire 
Mancini;   de  Paul  d'Albert  de  Luynes  (1727-88). 

Huit  prieurés  dépendaient  de  Cerisy  :  S. -Martin  de 
Barnavast,  S. -Martin  des  Deux-Jumeaux,  S. -Paul  de 
Lyons,  S.-Ouen  de  Marsay,  S.-Froniond,  S.-Marcouf, 
Vauville,   West-Shirburne  (Angleterre). 

Le  travail  le  plus  détaillé  sur  l'abbaye  de  Cerisy  est  celui 
de  P.  de  Farcy,  Abbayes  de  Vévêché  de  Lisieux,  i.  —  On 
trouvera  un  grand  nombre  de  références  et  indications  de 
sources  d'archives  dans  Cottineau,  i. 

M.  Prévost. 

CERLE  (Jean)  (1633-91),  ecclésiastique,  né  à 
Aubin,  dans  le  Rouergue,  en  sept.  1633,  dans  une 
famille  très  modeste,  joua  un  rôle  important  dans  le 
11  schisme  de  la  régale  »  du  diocèse  de  Pamiers.  Fils 
spirituel  du  fameux  Caulet,  il  avait  fait  ses  études  à 
l'université  de  Toulouse  où  il  avait  été  remarqué  par 
l'un  des  «  recruteurs  »  de  l'évêque  de  Pamiers,  Antoine 
Charlas.  C'était,  chez  Caulet,  un  parti  pris  de  choisir  eu 
dehors  de  son  diocèse  ceux  qui  devaient  être  ses  colla- 
borateurs dans  l'administration  et  la  réforme  de 
l'Église  de  Pamiers,  tactique  qui  lui  facilitait  la  tâche 
en  le  libérant  des  influences  locales.  C'est  ainsi  que 
Cerle  fut  attiré  à  Pamiers  et  agrégé  au  chapitre  réfor- 
mé de  Caulet,  où  l'on  n'entrait  qu'après  une  sévère 
probation.  Cerle  fit  la  sienne  à  l'abbaye  de  Chancelade 
(Dordogne)  où,  depuis  la  réforme  d'Alain  de  Solmi- 
nihac,  la  vie  religieuse  était  en  plein  essor,  sous  une 
règle  apparentée  à  celle  de  Pamiers.  C'est  sans  doute  en 
raison  de  cette  formation  que  Cerle  passera  aux  yeux 
de  certains  —  dont  Voltaire  —  pour  un  «  moine  ». 

Peu  après  son  installation  au  chapitre  de  Pamiers 
(1664),  il  subit  une  crise  :  à  la  stupéfaction  générale  et 
à  la  déception  de  l'évêque,  il  se  déprend  de  l'obser- 
vance régulière,  affiche  de  l'orgueil,  de  l'arrogance  et 
de  l'ambition,  mais  c'est  là  une  défaillance  passagère, 
car  il  se  reprend  bien  vite  et  se  rend  de  nouveau  digne 
de  la  confiance  de  Caulet.  Ce  dernier  l'envoie  présider 
à  sa  place  des  conférences  ecclésiastiques  et  le  délègue 
à  la  visite  de  certaines  paroisses,  comme  s'il  eût  été 
son  grand  vicaire. 

A  la  mort  de  Caulet  (7  août  1680),  un  conflit  éclate 
entre  les  chanoines  régalistes  (nommés  par  le  roi  à  la 
faveur  du  droit  de  régale)  et  les  chanoines  réformés. 
Les  premiers  qui,  du  vivant  du  prélat,  «  s'étaient  tenus 


173 


CEHLK 


C  E  R  N  K 


17/1 


cois,  s'abstenant  de  paraître  au  chœur,  où  l'autorité 
civile  n'avait  osé  les  introduire  de  force  »,  prétendent 
occuper  leurs  stalles;  les  chanoines  réformés  refusent 
de  frayer  avec  ces  intrus  et  le  peuple  prend  parti  pour 
le  chapitre,  qui  reçoit,  d'autre  part,  un  bref  d'appro- 
bation adressé  par  Innocent  XI  à  Caulet,  niais  parvenu 
après  sa  mort.  La  riposte  de  l'autorité  ne  tarde  pas  : 
Foucault,  intendant  de  Montauban,  et  le  marquis  de 
Mirepoix,  gouverneur  du  pays  de  Foix,  se  transportent 
à  Pamiers,  suivis  de  quatre  compagnies  de  cavalerie 
qui,  par  représailles,  vont  cantonner  chez  les  oppo- 
sants. Ce  sont  presque  des  dragonnades.  Des  deux 
vicaires  généraux,  l'un,  d'Aubarède,  est  embastillé, 
l'autre,  Rech,  est  enfermé  au  château  de  Dax.  Mais  le 
chapitre  désigne  un  suppléant  qui,  plus  heureux  que 
ces  derniers,  saura  échapper  à  toutes  les  recherches  de 
la  police  :  c'est  Jean  Cerle. 

Il  sera  contraint  de  mener  désormais  une  vie  errante, 
pleine  de  périls  :  le  16  avr.  1681,  il  sera  condamné  par 
contumace  à  être  décapité.  Traqué,  réduit  à  changer 
chaque  jour  de  retraite,  il  déployait  une  activité  in- 
tense. Voltaire  a  défini  ainsi  son  rôle  :  «  Un  moine 
nommé  Cerle,  qui  était  l'un  des  grands  vicaires  [de 
Pamiers],  casse  et  les  sentences  du  métropolitain  (de 
Toulouse,  Montpezat]  et  les  arrêts  du  Parlement.  Ce 
tribunal  le  condamne  par  contumace  à  perdre  la  tête 
et  à  être  traîné  sur  la  claie.  On  l'exécute  en  effigie.  Il 
insulte  du  fond  de  sa  retraite  à  l'archevêque  et  au  roi. 
et  le  pape  le  soutient.  » 

En  réalité,  les  «  insultes  »  de  Cerle  étaient  des 
excommunications  fulminées  en  bonne  et  due  forme 
contre  des  intrus,  et  nous  devons  reconnaître  qu'elles 
étaient  justifiées.  Contrairement  à  ce  qu'avance  Vol- 
taire en  employant  le  présent  historique,  qui  exprime 
la  continuité,  le  soutien  du  pape  fut  loin  d'être  continu. 
Sans  doute,  le  bref  du  1"  juin  1681  confirma-t-il  l'au- 
torité de  Cerle,  mais  une  suite  de  décisions  en  sens 
contraire  prises  par  les  bureaux  de  la  Curie  vinrent 
neutraliser  les  effets  de  cette  mesure.  Selon  le  mot  de 
Mgr  Vidal,  il  y  avait  «  comme  une  fatalité  qui  s'achar- 
nait à  brouiller  les  cartes  entre  le  Saint-Siège  et  ses 
fidèles  de  Pamiers,  au  bénéfice  du  camp  adverse  ». 

Ce  conflit  dégénéra  en  un  véritable  schisme  qui 
dura  jusqu'en  1693.  A  cette  date,  Cerle  était  mort  :  un 
séjour  prolongé  dans  des  cachettes  humides,  un  régime 
de  privations  continuelles,  des  alarmes  quotidiennes, 
les  épreuves  morales  avaient  ruiné  la  santé  de  ce 
robuste  Rouergat.  Le  12  févr.  1689,  il  est,  avec  plu- 
sieurs de  ses  amis,  impliqué  dans  un  procès  contre  la 
sûreté  de  l'Rtat  :  quoique  déjà  mort  en  effigie  et  léga- 
lement inexistant,  il  est  condamné  aux  galères  à  vie. 
(;et  arrêt  ne  fut  pas  plus  exécuté  que  les  précédents,  et, 
quand  Cerle  mourut,  le  16  août  1691,  en  un  endroit 
que  nous  ignorons,  la  police  du  roi  n'avait  pu  se  saisir 
de  sa  personne. 

Cerle  est  une  très  belle  figure,  jusqu'ici  méconnue, 
de  la  fidélité  française  à  la  chaire  de  Pierre.  La  fré- 
quentation de  cette  belle  âme  procure,  écrit  Mgr  Vidal, 
un  plaisir  d'édification.  >■  Et  le  biographe  de  Cerle  fait 
ressortir  les  qualités  morales  de  Cerle  :  dévouement, 
courage,  mais  aussi  loyalisme  ;  le  conflit  qui  ojjpose 
Cerle  aux  agents  du  roi  ne  l'empêche  pas  de  respecter 
son  autorité;  il  n'a  rien  d'un  révolutionnaire,  ni  même 
d'un  esprit  frondeur;  la  mort  de  Marie-Thérèse,  les 
victoires  du  roi,  les  alarmes  que  cause  sa  maladie  sont 
l'occasion  de  mandements  pleins  de  pensées  chré- 
tiennes et  patriotiques,  où  il  parle  de  la  personne  du 
monarque  tout  comme  les  évêques  en  résidence  à 
Versailles.  Bien  mieux,  lors  de  la  chute  de  Jacques  II. 
il  fut  le  seul  des  Ordinaires  de  France  à  prescrire  des 
prières  et  des  jeûnes  expiatoires. 

Lavlsse,  Histoire  de  France,  vu,  26.  —  Orisar,  dans  L.  T.  K., 
II,  817.  —  Dom  Poulet,  Histoire  du  christianisme,  m. 


1173.  —  Mgr  J.-M.  Vidal,  Histoire  des  évêques  de  Pamiers, 
VI,  Jean  Cerle  et  le  schisme  de  la  régale,  Paris,  1938. 

C.  Laplatte. 

CERNE,  Cernel  ou  Cerne  abbas,  abbaye  béné- 
dictine située  à  une  distance  d'environ  7  milles  de 
Dorchester  au  comté  de  Dorset,  dédiée  d'abord  à 
S.  Pierre,  ensuite  à  Notre-Dame,  S.  Pierre  et  S.  Benoît, 
auxquels,  plus  tard,  on  ajouta  S.  Edwold.  Nous 
sommes  peu  renseignés  sur  les  débuts  de  cette  fonda- 
tion. A  en  croire  le  chroniqueur,  Guillaume  de  Mal- 
mesbury  {De  gestis  pont.,  Rolls  Séries,  lu,  184-86), 
S.  Augustin  de  Cantorbéry  aurait  été  mal  reçu,  voire 
même  chassé,  par  les  habitants  de  cet  endroit. 
Prophétisant  leur  conversion,  il  dit  à  ses  compagnons  : 
Cerno  Deum  (Deum  =  El),  qui  et  nobis  reiribuet 
gratiam  et  furentibus  illis  emendationem  infundat 
animant.  Ils  se  convertirent  effectivement  à  la  vraie 
foi  et  pour  leur  administrer  le  baptême  le  saint  fit 
jaillir  une  source  qui  s'est  conservée  jusqu'à  nos  jours. 
Cette  légende  tardive  paraît  peu  vraisemblable  et  les 
historiens  modernes  n'en  tiennent  pas  compte. 

Ce  qui  est  mieux  attesté,  c'est  le  séjour  près  de  ce 
puits  d'un  solitaire,  S.  Edwold,  qui  après  le  martyre 
de  son  frère,  S.  Edmond,  roi  d'East  Anglia,  en  870, 
vint  s'établir  à  Cerne  et  y  mourut.  Peu  après  sa  mort, 
un  riche  habitant  du  voisinage,  Egilward,  y  construisit 
un  monastère  sous  le  vocable  de  S.  Pierre.  {Vita 
S.  Edwoldi,  éd.  Horstniann,  Nov.  Leg.  Angliae,  Ox- 
ford, 1901,  I,  362-64;  Leland,  Cotlect.,  m,  65.)  De  ce 
début  de  vie  monastique  à  Cerne  nous  ignorons  tout, 
ainsi  que  la  suite  de  son  histoire,  jusqu'au  grand 
renouveau  du  x""  s.  A.  M.  Ryan  (A  map  of  old  English 
monasteries  and  Retated  Ecclesiastical  Fouitdations 
A.  D.  400-1066,  CorneH  University  Press.  1939)  n'en 
tient  pas  compte.  Dom  D.  Knowles,  par  contre,  y  fait 
allusion  et  estime  que,  comme  la  plupart  des  monas- 
tères anglo-saxons  à  la  fin  du  ix<'  s..  Cerne  passa  aux 
mains  des  clercs  séculiers  (The  monastic  Order  in 
fÙHjland,  Cambridge,  1940,  p.  34).  .\u  témoignage  de 
Leland  (loc.  cit.)  il  n'y  avait,  à  un  moment  donné,  que 
trois  moines  dans  le  monasteriolum  ad  Fontem  S.  Au- 
gustin:. 

Le  merveilleux  renouveau  dans  l'ordre  monastique 
inauguré  en  Angleterre  par  S.  Dunstan  vers  943  ne 
larda  pas  à  se  faire  sentir  à  Cerne.  A  la  suite  d'une 
translation  des  reliques  de  S.  Edwold,  Aethelmar  ou 
.\iliner,  alderman  du  roi  Ethelred,  quelquefois  nonuné 
duc  de  Cornouaille,  reconstruisit  le  monastère  et  y 
rétablit  l'observance  religieuse.  Ego  volo,  écrit-il  dans 
la  charte  de  fondation  (987),  ut  illic  habitent  servientes 
et  vacantes  Deo,  et  iis  cainrnodis  utantur  qui  sanclam 
regulam  beaii  lienedicti  vita  et  moribus  leneant.  (Cf. 
Dugdale,  Mon.  angl.,  11,  625-26.)  Il  offrit  le  monastère 
achevé  à  S.  Dunstan,  alors  archevêque  de  Cantor- 
béry, et  à  Aelfheah  (ou  Eli)hege),  évèque  de  Win- 
chester. Rien  ne  nous  ai)])rend  d'où  vint  la  nouvelle 
communauté,  niais  il  est  probable  qu'elle  essaima  de 
S.  Swithins  à  Winchester.  Ce  qui  est  certain,  c'est  que 
Aelfheah  choisit  pour  la  charge,  non  pas  d'abbé, 
comme  l'on  a  longtemps  cru,  mais  de  maître  des 
novices  de  la  nouvelle  fondation  le  célèbre  prédicateur 
.Velfric.  Celui-ci  arriva  de  Winchester  formé  à  la  vie 
monastique  par  S.  Ethehvold  lui-même,  promoteur 
bien  connu  de  la  réforme  dans  les  monastères,  et  sous 
la  direction  duquel  il  avait  fait  de  fortes  études 
(voir  AiiLFRic,  supra,  i,  648-50).  Pendant  son  séjour  à 
Cerne,  il  composa  les  ouvrages  suivants  :  iiremier 
volume  des  Homélies  (entre  990  et  991),  De  temporibus 
anni  (991),  second  volume  des  Homélies  (991  ou  992), 
une  grammaire  latine  (994),  un  recueil  de  Vies  de 
saints  (995),  un  glossaire  latin-anglo-saxon  (997), 
traduction  de  la  Bible  (commencée  avant  998,  achevée 
vers  1003),  une  lettre   pastorale   écrite   pour  son 


175 


CERNE  — 


C  E  R  N  E  U  F 


176 


évêque  Wulfsige  de  Sherborne  (999),  Homélies  sur 
Eslher,  Judith  el  les  Rois  (vers  1001),  De  septiformi 
Spiritu  (vers  1001),  le  Colloquium  (manuel  à  l'usage 
de  ses  écoliers,  1003)  (voir  Marguerite-Marie  Dubois, 
Aelfric,  sermonnaire,  docteur  et  grammairien,  Paris, 
1943,  oïl  l'on  trouvera  une  bibliographie  très  complète). 

En  1005  Aelfric  quitta  Cerne  pour  assumer  la 
charge  d'abbé  à  Eynsham  où  Aethelmar  venait  de 
fonder  un  nouveau  monastère.  Encore  une  fois  l'his- 
toire de  Cerne  s'entoure  d'obscurité.  Il  ne  nous  reste 
aucune  trace  de  changement  survenu  au  moment  de  la 
conquête  normande  (1066).  Quelques  années  plus  tard, 
au  plus  fort  de  la  querelle  des  Investitures,  un  concile 
tenu  à  Londres  (29  sept.  1102)  déposa  neuf  abbés 
bénédictins,  dont  Haimo,  abbé  de  Cerne,  accusé  de 
simonie  (Eadmer,  Hist.  nov.,  P.  L.,  clix,  438). 

D'autres  indices  encore  nous  révèlent  que  l'état  du 
monastère  laissait  à  désirer  dans  cette  première  moitié 
du  xri"  s.,  notamment  que  Gilbert  Foliot,  alors  abbé 
de  Gloucester,  plus  tard  évêque  de  Londres,  soutint 
de  son  autorité  un  essai  de  réforme  dans  la  commu- 
nauté. Il  lui  envoya  un  de  ses  moines,  Bernard,  qui 
devint  prieur  et  ensuite  abbé.  D'après  les  lettres  que 
Gilbert  lui  adressa  et  qui  nous  ont  été  conservées 
(P.  L.,  cxc,  745,  758,  761,  768),  il  est  clair  que  la  tâche 
était  dure  et  réclama  une  patience  héroïque.  Ses 
efforts  échouèrent  et  il  dut  quitter  Cerne  (1160).  Dans 
la  suite,  il  devint  abbé  de  Burton. 

A  partir  du  xiii«  s.,  la  documentation  devient  plus 
riche.  Un  cartulaire  du  monastère  (  The  Red  Book  of 
Cerne)  nous  est  conservé  pour  la  période  1216-1377;  la 
liste  des  abbés  est  complète  (cf.  infra);  diverses 
chartes  témoignent  de  donations  de  terres,  privilèges 
accordés,  fondations  de  messes  (chantries),  litiges,  etc. 
Cerne  ne  devint  jamais  une  abbaye  puissante  ni  riche 
et  semble  avoir  exercé  peu  d'influence.  Un  ms.  de  la 
fm  du  XIII»  s.  provenant  du  scriptorium  de  Cerne 
(Bodl. ,Ms.  Aud.  D,  4,  13)  nous  démontre  que  les 
moines  n'ont  pas  abandonné  la  bonne  tradition  d'Ael- 
fric  et  que  le  travail  intellectuel,  et  même  théolo- 
gique, garda  tous  ses  droits  dans  la  vie  de  la  commu- 
nauté. Nous  y  trouvons  l'œuvre  d'Amalricus  ou 
Aimeric,  vraisemblablement  moine  de  l'abbaye,  dont 
voici  le  détail  :  De  principiis  et  partibus  theologiae... 
(1276);  Distinctiones  Evangeliarum;  Tabulae  nona- 
ginta  theologicae;  une  Confession  en  latin,  inc.  : 
Conftteor  tibi  Domine...  (cf.  Madan,  Craster  et  Den- 
holme-Young,  Summ.  Catalogue,  ii,  I,  1922,  p.  431-32). 

On  attendra  ici  un  mot  au  sujet  du  célèbre  Book  of 
Cerne.  Ce  livre  ne  fut  ni  composé  ni  écrit  dans  l'abbaye 
de  Cerne.  Selon  dom  B.  Kuypers  qui  l'a  savamment 
édité  (The  Book  of  Cerne,  Cambridge,  1902,  introd., 
p.  xiv),  ce  recueil  de  prières  privées  provient  du 
royaume  de  Mercie  (au  centre  de  l'Angleterre)  où  il  j 
fut  écrit  entre  818  et  830  pour  Aedelwald,  évêque  de 
Lichfield.  Nous  ne  sommes  même  pas  sûr  qu'il  a  appar- 
tenu à  la  bibliothèque  monastique  de  Cerne.  On  le 
suppose;  car,  dès  1697,  date  où  Bernard  dressa  ses 
Catalogi,  une  collection  de  plus  de  40  chartes  de 
Cerne  était  attachée  au  recueil  de  prières  dont  nous 
parlons,  et  le  ms.,  tel  que  nous  l'avons,  contient  un 
recueil  de  séquences  liturgiques  parmi  lesquelles  plu- 
sieurs furent  propres  à  cette  abbaye.  On  en  a  conclu 
que  le  tout  appartint,  à  un  moment  donné,  à  la 
bibliothèque  de  Cerne. 

D'après  les  procès-verbaux  et  autres  documents 
relatifs  aux  chapitres  généraux  tenus  régulièrement  en 
Angleterre  par  les  moines  noirs  à  partir  de  1215,  il  faut 
conclure  que  Cerne  n'a  jamais  exercé  une  grande 
influence.  Pourtant  son  abbé,  Robert  de  Symondsbury  1 
(1382-1411),  semble  bien  avoir  joui  de  la  confiance  de 
ses  confrères  et  de  l'estime  des  capitulants  qui  lui 
confièrent  à  diverses  reprises  la  mission  de  visiteur 


de  certains  monastères  importants.  Son  successeur 
également,  John  Wede  (1411-27),  fut  élu  au  chapitre 
général  de  1423  visiteur  pour  tous  les  monastères  du 
diocèse  de  Salisbury.  Trois  ans  plus  tard,  au  chapitre 
suivant,  le  prieur  de  Bath  rendit  compte  aux  capi- 
tulants de  la  visite  canonique  qu'il  avait  faite  à 
Cerne,  et  il  témoigna  que  tout  y  était  digne  et  régulier. 
(Cf.  W.  Pantin,  Chapters  of  the  English  Black  Monks, 
1215-1540,  III,  1937,  passim.) 

C'est  le  dernier  témoignage  qui  nous  soit  parvenu 
de  la  vie  monastique  à  Cerne.  Un  peu  plus  d'un  siècle 
plus  tard,  le  monastère  fut  supprimé  et  la  communauté 
dispersée  par  Henri  VIII  dans  les  circonstances  tra- 
giques que  l'on  sait.  Le  dernier  abbé,  Thomas  Corton, 
essaya  dès  1538  de  négocier  pour  qu'on  laissât  son 
monastère  en  paix.  Ses  efforts  n'aboutirent  à  rien,  et 
par  un  acte  formel  (Act  of  Surrender,  reproduit  par 
Dugdale)  daté  du  15  mars  1539,  lui  et  les  quinze  moines 
qui  formaient  la  communauté  livrèrent  leur  abbaye 
au  roi  dans  la  personne  de  John  Tregonwell.  De  l'église 
abbatiale  et  des  bâtiments  claustraux,  rien  ne  subsiste 
sauf  le  grand  portail.  Suivant  Hutchins.  il  serait  de  la 
fm  du  xv»  ou  du  début  du  xv!»  s.  Dugdale  reproduit  les 
armoiries  de  l'abbaye  (d'après  Reyner  et  Tanner). 

Plusieurs  sceaux  nous  sont  parvenus.  Le  sceau 
conventuel  (xiii»  s.  reproduit  par  Page,  Vid.  Counl. 
Hist.,  Dorset,  ii,  62  et  Dugdale,  Mon.  Angl.,  t.  ii, 
pl.  XVI);  le  sceau  d'un  abbé  (xv«  s.  reproduit  par  Page, 
ibid.);  un  morceau  du  cachet  de  l'abbé  Roger  Bemyster 
attaché  à  un  document  daté  de  1475. 

Liste  des  abbés.  —  (?)  Alfric  Puttoc.  — •  Withelmus 
(c.  1085).  —  Haimo  (déposé  en  1102).  —  William 
(c.  1121).  —  Bernard  (se  démit  de  sa  charge,  1160).  — 
Robert  (c.  1166).  —  Dionysius  (se  démit,  1220).  — 
R.,  élu  1220.  —  WiHiam  de  Hungerford,  élu  1232.  — 
Richard  de  Suwell  ou  Sawel,  élu  1244,  mort  1260.  — 
Philip,  élu  1260.  —  Thomas  de  Ebblesbury,  élu  1274. 
—  Gilbert  de  Minterne,  élu  1296,  mort  1312.  —  Ralph 
de  Cerne,  élu  1312,  mort  1324.  — •  Richard  de  Osming- 
ton,  élu  1324.  —  Stephen  Sherrard,  élu  1356.  — 
Thomas  Sewale,  élu  1361,  mort  1382.  —  John  de 
Hayle,  élu  1382,  mort  la  même  année.  —  Robert 
Symondsbury,  élu  1382.  —  John  Wede,  élu  1411, 
mort  1427.  —  John  Winterbourne,  élu  1427,  mort 
1436.  — ■  John  Godmanston,  élu  1436,  mort  1451.  — 
William  Cattistoke,  élu  1451,  mort  1454.  —  John 
Helyer,  élu  1454,  démis  1458.  —  John  Vanne,  élu 
1458,  mort  1471.  —  Roger  Bemyster,  élu  1471, 
mort  1497.  —  Thomas  Sam,  élu  1497,  mort  1509.  — 
Robert  Westbury,  élu  1510,  mort  1524.  —  Thomas 
Corton,  élu  1524,  livra  son  abbaye  au  roi  1539. 

Dugdale,  Monasticon  anglicanum,  ii,  621-50.  — •  Hut- 
chins, History  of  Dorset,  1861-70,  iv.  —  W.  Page,  F.  S.  A., 
Victoria  County  History,  Dorset,  ii,  1908,  p.  53-58.  —  D.  M. 
Knowles,  The  monasiic  order  in  England,  Cambridge,  1940, 
passim. 

Joseph  Warrilow. 
CERNEUF  (Saint),  ou  Sirénat,  patron  de  la 
collégiale  de  Billom  (arr.  de  Clermont),  est  habituelle- 
ment identifié  avec  le  martyr  de  Sirmium  en  Panno- 
nie,  Sinerotes  (Sinorus,  Serenus),  mentionné  le  23  févr. 
au  martyrologe  hiéronymien,  dont  le  nom  se  retrouve 
dans  deux  inscriptions  de  Sirmium  et  est  cité  proba- 
blement au  bréviaire  syriaque.  Le  martyrologe  romain, 
après  Usuard,  dit  qu'il  était  moine  et  fut  décapité 
sous  Maximien.  Mais  dom  Morin  croit  que  le  saint  de 
Billom  est  ce  Seronatus,  haut  fonctionnaire  de  l'empire 
romain  dans  les  Gaules,  qui  fut  exécuté  vers  472, 
grâce  aux  poursuites  des  Arvernes,  pour  s'être  montré 
trop  favorable  aux  Barbares. 

A.  S.,  févr.,  ni,  364-66.  —  B.  H.  L.,  7595.  —  C.  I.  L., 
m,  n.  10232-33.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  111.  —  Mari. 
Rom.,  73.  —  G.  Morin,  La  formation  des  légendes  proven- 


177 


CERNEUF  — 


CERQUEIRA 


178 


çales,  dans  Reo.  bénéd.,  1909,  p.  25.  —  Sidoine  Apollinaire, 
Episiulae,  éd.  Luetjohann,  438. 

R.  Van  Doren. 

CERNIKÈ  ou  CERNITZA  (KEpviKti,  Kepvt- 
T3a),  évêché  du  Péloponèse  H",  dépendant  de  Fa- 
tras. On  ignore  à  quelle  date  il  fut  créé,  car  il  ne  se 
rencontre  pas  dans  les  listes  épiscopales  avant  la  fin  du 
XV*  s.  (H.  Gelzer,  Ungedmckle  und  ungenûgend 
verOffentliche  Texte  der  Notitiae  episcopatuum,  Abhandl. 
der  k.  bayer.  Akademie  der  Wiss.,  I.  Cl.,  xxi.  Bd,  m. 
Abth.,  634).  Cependant  il  peut  avoir  existé  depuis  le 
xiii^  s.,  puisqu'il  semble  prouvé  qu'il  y  avait  déjà  un 
titulaire  latin  en  1213.  Le  premier  évéque  grec  connu 
de  Cernikè  est  un  certain  Malotaras  en  1316.  En 
juin  1380,  le  patriarche  Nil  approuva  le  décret  de 
l'empereur  Jean  V  Paléologue  érigeant  Cernitza  en 
métropole  en  faveur  du  titulaire,  un  certain  Mathieu. 
Celui-ci  ayant  été  transféré  à  Janina,  Cernitza  fut 
ramenée  au  rang  de  simple  évêché,  à  la  demande  de 
son  ancien  supérieur,  le  métropolite  de  Fatras  (mars 
1381)  (Miklosich  et  Muller,  Acla  et  diplomata  graeca 
medii  aevi,  ii,  8-11,  23-24).  En  sept.  1654,  elle  devint 
archevêché  (Sathas,  MECTaicoviKf)  piêXio6r|KTi,  m,  590). 
C'est  sans  doute  vers  la  fin  du  xvii«  s.  que  lui  fut  uni 
l'évêché  de  Calabryta.  (Voir  ce  mot.)  On  a  la  preuve 
que  cette  union  était  faite  en  1711.  Les  deux  diocèses 
unis  de  Cernitza  et  de  Calabryta  devinrent  en  nov. 
1833  le  diocèse  d'Aegialée,  à  la  suite  de  la  réorganisa- 
tion de  l'Église  de  Grèce.  Tandis  que  le  nom  de  Cala- 
bryta a  reparu  plus  tard  et  se  maintient  encore  de  nos 
jours,  uni  à  celui  d'Aegialée,  celui  de  Cernitza  ne 
figure  plus  sur  les  listes  épiscopales.  La  localité  de  ce 
nom  n'est  d'ailleurs  qu'un  petit  village  qui  compte 
tout  juste  111  habitants  (1928).  Il  ne  dut  sa  relative 
importance  qu'à  la  forteresse  byzantine  du  même  nom 
construite  non  loin  de  là.  En  1725,  l'évêque  logeait  au 
village  de  Diacopto. 

Du  XI v«  au  xix«  s.  on  rencontre  dix-neuf  titulaires 
grecs  de  Cernitza  ou  de  Cernitza  et  Calabryta.  Le 
premier  est  Malotaras,  1316  (Miklosich  et  Muller,  op. 
cit.,  I,  52).  —  Mathieu,  1380-mars  1391  {ibid.,  ii, 
9-11,  23-24).  —  Jean,  1510,  connu  par  une  inscription 
du  monastère  du  Mégaspiléon.  —  Néophyte,  1555 
(Sp.  Lampros,  Catalogue  of  the  Mss.  on  the  mount 
Athos,  p.  47,  n.  575/19).  —  Théodose,  1570  (Miklosich 
et  Muller,  op.  cit.,  v,  178).  —  Arsène  Pachyioannès, 
déposé  en  1594  (Sathas,  BioypaçiKÔv  (7XÉ5iaa(jia 
TTEpl  ToO  TTOCTpiapxoO  'lepE|i(ou  B',  172-73).  —  Nec- 
taire, 1594-?  (ibid.,  196).  —  Léon,  vers  1600.  —  Élie, 
vers  1610.  —  Farthénios,  1622-3  janv.  1639  (Sathas, 
MEaaicoviKT)  pigÂtoÔTiKTi,  III,  573-74).  —  Arsène, 
1639-déposé  en  sept.  1640  (ibid.,  575).  —  Constantius 
ou  Constantin,  sept.  1654-?  (ibid.,  590).  —  Léonce, 
1690.  —  Élie  Méniatès,  1711-1^*  août  1714  (biographie 
dans  MEyôAri  êXXiiviKf)  èyKUKXoiraiSEfa,  xvii,  140- 
41).  —  Daniel,  1725  (Revue  de  l'Orient  latin,  i,  319).  — 
Daniel,  1770,  un  des  chefs  de  l'insurrection  grecque  à 
cette  époque  (St.  Thomopoulos,  'Icrropia  nocrpwv, 
392).  —  Farthénios,  1776,  d'après  une  inscription  du 
Mégaspiléon.  —  Cyrille,  1785.  —  Frocope,  déjà  en 
1801-t  1824.  Depuis  lors  le  diocèse  fut  administré 
successivement  par  Germain,  métropolite  de  Fatras, 
1824-26  ;  Grégoire,  évêque  d'Eudoxiade,  1826-28  ;  Mélé- 
tios,  évêque  de  Métrae,  1828-30,  et  Barthélémy, 
évêque  de  Moschonis.sia,  1830-33  (Mansi,  xl,  145  AB). 

Le  titre  de  Cernitza  a  été  décerné  au  moins  sept  fois 
dans  l'Église  romaine.  Le  premier  prélat  qui  l'a  porté  a 
effectivement  gouverné  ce  diocèse.  On  a  en  effet  une 
lettre  du  pape  Innocent  III,  datée  du  26  août  1213,  à 
l'évêque  d'Amyclon,  nommé  à  Cernica,  à  propos  de 
biens  ecclésiastiques.  Le  nom  de  ce  prélat  est  resté 
inconnu  (P.  L.,  ccxvi,  898-899).  Ce  prélat  était  peut- 
être  un  grec  uni.  Lequien,  qui  parle  du  document, 


déclare  ignorer  l'évêché  de  Kernica,  mais  il  conjecture 
qu'il  devait  se  trouver  dans  le  Féloponèse  ou  dans  une 
région  voisine  (Oriens  christianus,  m,  953-54).  Cela 
ressort,  en  effet,  du  texte  même  de  la  lettre  pontificale. 
Aussi  doit-on  s'étonner  qu'on  ait  pu  faire  de  Cernitza 
un  évêché  de  l'Épire  et  même  l'identifier  (A.  Battan- 
dier,  Ann.  pont.,  1916,  p.  385).  Dans  les  années  plus 
récentes,  cette  publication  a  rectifié  la  situation 
exacte  de  Cernitza. 

En  dehors  de  l'évêque  anonyme  de  1213,  d'autres 
prélats  catholiques  ont  porté  le  titre  de  Cernitza. 
Voici  la  liste  donnée  par  VAnn.  pont,  de  1916,  385  : 
Barthélémy,  1318.  —  Thomas,  1340-54,  sufïragant  à 
Eichstaett,  à  Augsbourg,  à  Freising  et  à  Trente.  — 
Rochard,  1370-99,  suffragant  à  York  —  Pierre,  O.  P., 
1404-t  1424,  auxiliaire  en  divers  diocèses.  —  Alermus, 
O.  F.  M.,  9  avr.  1434-50.  —  Jacques,  O.  S.  A., 
14  janv.  1451-?. 

En  dehors  de  la  bibliographie  donnée  au  cours  de  l'article, 
cf.  G.  Papandréou,  "laTopiaTÛv  KaAagpûrcou,  1928,  p.  137-40. 

R.  Janin. 

CERNITORI  (GiusEPPE),  jésuite  né  à  Civita- 
Vecchia  le  19  janv.  1749,  mort  à  Rome  le  7  févr.  1821. 
Entré  au  noviciat  de  la  province  romaine  le  26  janv. 
1766,  il  suivait  le  cours  de  physique  au  Collège  Romain 
en  1772.  Après  la  suppression  de  la  Compagnie,  il 
resta  en  relations  intimes  avec  le  P.  Zaccaria  et 
rentra  dans  la  nouvelle  Compagnie  dès  son  réta- 
blissement. 

Œuvres.  —  Délia  letteraria  e  cristiana  istitutione 
délia  prima  Gioventu,  2  vol.,  Rome,  1788;  Biblioteca 
polemica  degli  scrittori  che  dal  1770  sino  al  1793  hanno 
0  difjesi  o  impugnati  i  dogmi  délia  callolica  romana 
Chiesa,  Rome,  1793.  Cette  dernière  œuvre  est  inté- 
ressante par  les  renseignements  qu'elle  fournit. 

Sommervogel,  ii,  999-1000.  —  Caballero,  Bibliothecae 
scriptorum  Soc.  Jesu,  Suppl.,  ii,  25. 

A.  De  Bil. 

CEROSICUS,  Cupsicus,  qu'on  lit  au  marty- 
rologe hiéronymien  au  10  sept,  comme  martyr  à 
Césarée,  est  une  mauvaise  lecture  pour  S.  Eupsy- 
chius  (Eufepia)  de  Césarée  (Cappadoce)  au  8  sept. 

A.  S.,  sept.,  ni,  493.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  499; 
cf.  498. 

R.  Van  Doren. 
CERQUEIRA  (Luiz  de),  jésuite,  cinquième 
évêque  titulaire  du  Japon,  né  à  Alvito  en  1552,  mort  à 
Nagasaki  le  15  févr.  1614.  Entré  dans  la  Compagnie  à 
Evora  le  14  juill.  1566.  Il  enseignait  la  théologie  à 
l'université  d'Evora  quand  il  fut  désigné  comme  coad- 
juteur  de  l'évêque  du  Japon  Pedro  Martins  et  confirmé 
par  Clément  VIII  le  20  janv.  1592  avec  le  titre 
d'évêque  de  Tibériade.  Il  fut  sacré  à  Evora  par  l'ar- 
chevêque Don  Theotimo  de  Bragance  en  1594  et 
s'embarqua  la  même  année  pour  les  Indes.  Il  se  ren- 
contra avec  l'évêque  Pedro  Martins  à  Macao  et  aborda 
au  Japon  le  5  août  1598.  Il  gouverna  seize  ans,  au  mi- 
lieu des  plus  grandes  difficultés,  l'Église  confiée  à  ses 
soins,  dont  il  était  devenu  titulaire  depuis  la  mort  de 
Pedro  Martins  le  18  févr.  1598.  Tour  à  tour  accueilli 
avec  honneur  par  les  rois  du  Japon  ou  condamné  au 
dernier  supplice,  il  visita  les  plus  lointaines  chrétientés 
du  Japon  et  les  organisa  avec  une  rare  prudence.  II 
ordonna  quelques  Japonais  qu'il  préposa  aux  églises 
de  Nagasaki  érigées  en  paroisses;  il  publia  les  décrets 
du  concile  de  Trente  sur  le  territoire  de  Tacaco,  en- 
tièrement christianisé.  Il  mourut  à  Nagasaki  peu  de 
temps  avant  la  persécution  de  Daifusama.  On  possède 
de  lui  une  relation  en  portugais  du  martyre  de  six 
chrétiens  japonais  les  8  et  9  déc.  1603.  Elle  fut  traduite 
en  diverses  langues  :  en  allemand,  français,  italien, 
latin,  néerlandais;  deux  ouvrages  en  latin  :  Manuale 


179 


CERQUEIRA 


—  CERVETERI 


180 


ad  sacramenta  Eçclesiae  minisiranda,  etc.,  Nagasaki, 
1605;  Manuale  casuum  conscientiae,  traduit  en  japo- 
nais à  l'usage  des  curés  indigènes;  deux  lettres  au 
T.  R.  P.  général  Claude  Aquaviva,  relatant  des 
martyres  de  chrétiens  (8  mars  1606-6  oct.  1613).  On 
les  trouve  dans  les  Lettere  annue  del  Giappone,  1603- 
1606,  et  1612  sq.;  une  lettre  ms.  à  la  bibliothèque 
d'Evora  (Catal.  des  mss.,  I,  422)  ;  une  autre  à  la  p.  186- 
191  du  ms.  4156  de  la  Bibl.  royale  de  Bruxelles. 

Sommervogel,  ii,  1001-1002;  ix,  23.  —  Franco,  Imagem 
da  virlud  em  o  noviciado  de  Evora,  461-77.  ■ —  Bartoli,  Giap- 
pone, 1.  II,  §  41,  67;  1.  III,  26-71.  —  Nieremberg,  Honor 
del  Gran  Pairiarca...,  m,  694.  —  Charlevoix,  Hist.  et 
descript.  du  Japon,  ii,  passim.  —  A.  F.  Cardim,  Balalhas, 
6.  —  Patrignani,  Menol.  (Borro),  n,  274. 

A.  De  Bil. 

CERREDO,  Ceretum,  S.  Maria  in  Cerelo, 
SS.  Petrus  et  Paulus  de  Cerelo,  ancienne  abbaye  béné- 
dictine, puis'  cistercienne,  située  en  Lombardie,  diocèse 
de  Lodi,  près  de  Pandino,  le  long  du  fleuve  Adda. 
D'après  les  documents  étudiés  par  Kehr,  l'église  de 
Cerredo  aurait  été  érigée  dès  le  xi«  s.  par  le  comte  Albé- 
ric  et  son  épouse  Erlinde;  leur  fils  Bennon  aurait  fait 
bâtir  le  monastère  en  1084.  Des  bénédictins,  ayant  à 
leur  tête  l'abbé  Bernard,  l'occupèrent.  Au  siècle  sui- 
vant, les  moines  paraissent  avoir  embrassé  le  parti  de 
l'antipape  Anaclet;  ce  fut  assez  pour  qu'Innocent  II 
voulût  les  remplacer  par  des  cisterciens,  et  ce  fut 
Brunon,  l'abbé  de  Chiaravalle  près  Milan  (fondation  de 
S.  Bernard  de  Glairvaux),  qui  vint  en  personne  occuper 
Cerredo  avec  ses  religieux.  Comblée  de  faveurs  par  les 
papes  et  les  empereurs,  l'abbaye  devint  l'une  des  plus 
notables  parmi  les  maisons  cisterciennes.  Kehr  donne 
lui-même  les  preuves  de  cette  affirmation,  en  parti- 
culier le  procès  intenté  par  le  S. -Siège  à  Lanfranc, 
l'évèque  obstiné  de  Lodi.  Cerredo  d'ailleurs  était 
comme  un  fief  de  Rome,  lui  versant  annuellement,  en 
témoignage  de  sa  dépendance,  la  somme  de  douze 
deniers. 

En  mars  1231,  Cerredo  avait  accepté  comme  mai- 
son-fille Ste-Madeleine  de  Gava;  en  oct.  de  la  même 
année,  Honorius  III  lui  fit  accepter  de  plus  S.-Étienne 
de  Cornu.  En  1247,  il  fut  encore  question  d'un  autre 
établissement.  La  série  des  abbés  commendataires 
débute  en  1439;  parmi  eux  figure  Julien  de  la  Rovere, 
le  futur  pape  Jules  11.  Désormais  c'est  bien  fini  de 
l'antique  prospérité.  Cerredo  fit  partie  dans  la  suite  de 
la  Congrégation  de  S.-Bernard  d'Italie,  Toscane  et 
Lombardie.  Elle  disparut  en  1798. 

Archives  décrites  dans  Kehr,  It.  pont.,  vi,  pars  I»,  251.  — 
G.  AgnelH,  Monographia  dell'  abbazia  cist.  di  Cerrelo,  Lodi, 
1884;  S.  Pietro  di  Cereto,  dans  Arch.  stor.  di  Lodi,  1911, 
1912.  —  Cottineau,  658.  —  Janauschek,  Origines  cisterc. 
Vienne,  1877,  vin,  lxviii,  lxxxii,  43.  —  Lubin,  Abbatiar. 
Italiae,  Rome,  1693,  p.  185.  —  Manrique,  Ann.  cisterc, 
Lyon,  1642,  ann.  1136,  viii,  9;  ix,  1.  —  Potthast,  Reg., 
n.  608,  1975,  9071,  11120.  —  R.  Riva,  L'abbadia  di  Cerreto, 
Crema,  1889.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  édit.  Lou- 
vain,  1933-41,  i-viii,  passim.  —  Ughelli,  iv,  665;  m,  137. 

J.-M.  Canivez. 

CERRETO  SANNITA.  Voir  Telese. 

CERVANTES  (Gonzalve),  théologien  espa- 
gnol (xvi<=  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2168. 

CERVANTES  DE  LORA  (Juan).  La  chro- 
nologie de  ce  cardinal  a  été  diversement  proposée  par 
les  différents  auteurs;  celle  de  Flôrez  (Esp.  sagr., 
xxn,  213-20)  paraît  la  plus  acceptable  :  C.  naquit  à 
Séville  en  1382,  fit  ses  études  ecclésiastiques  à  Sala- 
inanque,  n'était  encore  qu'archidiacre  de  Séville  lors- 
qu'il fut  promu  cardinal  du  titre  S.-Pierre-aux-Liens 
par  Martin  V' le  24  mai  1426  et  proclamé  le  27  mai 
1426.  Le  10  nov.  1430,  il  était  déjà  en  possession  de 


l'évêché  de  Tuy  comme  administrateur  apostolique, 
tout  en  restant  à  Rome.  C.  intervint  à  plusieurs 
reprises  au  concile  de  Bâle;  il  informa  Eugène  IV  des 
décisions  de  la  xix"  session  (1434);  conjointement  avec 
Albergati,  il  fut  désigné  comme  légat  du  pape  à  Bâle 
et  reçut  pleins  pouvoirs  pour  désigner  le  lieu  de  réu- 
nion du  futur  concile,  pour  démontrer  aux  Pères  du 
concile  qu'en  s'écartant  du  pape,  ils  suivaient  une 
politique  dangereuse,  enfin  pour  résoudre  la  question 
des  bénéfices  et  autres  problèmes  qui  divisaient  alors 
le  S. -Siège  et  le  concile  (bulles  du  17  févr.  1437,  ses- 
sion xxiv).  Les  légats  rencontrèrent  à  Bâle  une  vive 
opposition.  Avec  l'approbation  d'Eugène  IV,  ils  s'op- 
posèrent au  transfert  du  concile  à  Avignon  (sess.  xxv). 
Ils  s'eïTorcèrent  aussi,  mais  en  vain,  d'empêcher  les 
Pères  du  concile  d'envoyer  à  Eugène  IV  le  Monito- 
rium  et  le  Ciiaiorium.  On  ignore  à  quelle  date  exacte 
C.  put  revenir  en  Espagne;  toutefois  il  est  certain 
que  le  25  nov.  1437  il  était  déjà  nommé  évêque 
d'Avila,  quoi  qu'il  ne  pût  en  prendre  possession  qu'en 
j  mars  1438.  En  1442,  il  échangea  l'évêché  d'Avila 
contre  celui  de  Ségovie.  On  ignore  aussi  à  quelle  date  il 
devint  évêque  d'Ostie  :  si  l'on  accepte  la  date  du 
17  mars  1446,  il  y  fut  promu  par  le  pape  Eugène  IV; 
s'il  ne  fut  nommé  que  le  27  mars  1447,  il  dut  cette 
nomination  à  Nicolas  V.  Enfin,  à  partir  de  1449  (ou 
mieux  déjà  avant  le  20  août  1448)  jusqu'au  25  nov. 
1453,  date  de  sa  mort,  il  gouverna  le  diocèse  de  Séville. 
Sa  mort  fut  édifiante  comme  sa  vie.  Parmi  ses  œuvres 
les  plus  remarquables,  citons  l'hôpital  S.-Herméné- 
gilde  qu'il  dota  de  revenus  suffisants  pour  l'entretien 
de  80  malades  pauvres;  il  fonda  la  chapelle  du  même 
saint  martyr  avec  quatre  bénéfices,  érigea  une 
confrérie  de  la  Passion,  etc. 

Ciaconio,  Hist.  pontif.  Rom.  et  S.  R.  E.  card.,  il,  860.  — 
A.  Morgado,  Prelados  Sevillanos...,  Séville,  1906,  p.  348-57. 
1  —  M.  Carramolino,  Hist.  de  Avila...,  ii,  Madrid,  1872, 
423-25.  —  E.  Flôrez,  Esp.  sagr.,  xxii,  213-20.  —  Biografias 
eclesiasticas,  m,  Madrid-Barc,  1850,  p.  758.  —  Hefele- 
Leclercq,  vi,  753,  880,  924-49.  —  Joh.  HaUer,  Conc.  Basi- 
liense,  i,  Bâle,  1896,  passim.  — •  U.  Chevalier,  B.  B.,  i, 
840.  —  Fr.  J.  Muiiana,  O.  P.,  écrivit  la  vie  de  Cervantes 
au  commencement  du  xvm"  siècle. 

F.  PÉREZ. 

CERVARA  (S.  HiERONYMi  Silvariae),  abbaye  de 
bénédictins  au  diocèse  de  Gênes,  à  20  milles  de  Porto- 
Fino  (Ligurie).  En  1159,  l'empereur  Frédéric  donna 
l'église  de  Cervara  à  l'évèque  de  Turin,  Charles.  Quand 
elle  eut  passé  au  diocèse  de  Gênes,  l'évèque  Guy 
(t  1368)  y  établit  un  monastère  où,  en  1377,  Gré- 
goire XI  reçut  l'hospitalité.  La  discipline  qui  y 
régnait  invita  Martin  V  à  lui  adjoindre  plusieurs 
monastères,  dont  le  plus  important  était  S.  Bénigne  de 
Capofaro.  Unis  en  congrégation,  ils  eurent  des  cha- 
pitres généraux  annuels,  des  supérieurs  temporaires  et 
des  visites  fréquentes.  Mais  déjà  enl460.  Pie  II  unit 
Cervara  et  ses  monastères  à  la  congrégation  de  Ste-Jus- 
tine  de  Padoue.  L'abbaye  fut  supprimée  à  la  Révolu- 
tion française  (1798-1810)  et  les  édifices  eux-mêmes 
détruits  en  1877. 

Annales  O.  S.  B.,  Subiaco,  1909,  p.  48-57.  —  Cottineau. 
659.  —  S.  Hilpisch,  Geschichte  des  Benediktinischen  Mônch- 
tums,  Fribourg,  1929,  p.  264-265.  —  G.  Salvi,  La  badia  di 
S.  Benigno  di  Capofaro,  dans  Riv.  stor.  Bened.,  ix,  1914, 
p.  339-60;  x,  1915,  p.  50-71;  204-24;  xi,  1916,  p.  59-82.  — 
Ph.  Schmitz,  Hist.  de  l'ordre  de  S.-Benoît,  m,  168-69.  — 
Ughelli,  2»  éd.,  iv,  1049. 

R.  Van  Doren. 
CERVERA  (Pierre),  trinitaire  espagnol,  théolo- 
gien polémiste  (t  1590).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2168. 

CERVETERI,  ville  d'environ  2  000  habitants, 
située  non  loin  de  la  mer  entre  Civitavecchia  et  Rome, 
à  44  km.  de  cette  dernière,  sur  l'emplacement  d'un 


181 


CERVETERI 


—  CERVUS 


182 


centre  étrusque  (nécropole).  Cerveteri  (Caere  velus) 
posséda  un  évêché,  dont  une  tradition  légendaire 
attribuait  la  fondation  à  Félix  II.  Adeodatus,  dont 
Mommsen  a  fait  un  évêque  de  Lorium  (Santa  RufTina), 
en  est  le  premier  évêque  connu.  Il  occupait  ce  siège  en 
499  (Duchesne,  Lanzoni).  La  position  stratégique  de 
Cerveteri  par  rapport  aux  deux  grandes  voies  ro- 
maines :  la  Claudia  et  l'Aurelia,  amena  l'empereur 
Louis  I<^''  à  la  céder  à  l'Église  romaine  en  la  personne  de 
Pascal  I".  Cette  donation  devait  être  confirmée  dans 
la  suite  par  Otton  I"  (962)  et  par  Henri  II  (1014).  Une 
forte  diminution  de  la  population  au  cours  du  xi"  s. 
entraîna  la  suppression  du  siège,  et  à  la  fin  du  siècle 
suivant  Cerveteri,  qui  avait  été  incorporée  au  diocèse 
suburbicaire  de  Porto,  fut  concédée  en  fief  à  Pierre  La- 
tro  de  la  famille  des  Corsi. 

Liste  des  éuêques.  —  Adeodatus,  499.  —  Romanus, 
826.  —  Adrianus,  853.  — -  Crescentius,  869.  —  Anni- 
sus,993.  — Stephanus,  998.  — Benedlctus,  1015, 1029. 

L.  Canina,  Descrizione  di  Cere  anlica,  Rome,  1838.  — 
Cappelletti,  i,  547-49.  • —  L.  Duchesne,  Le  sedi  episcopali 
helVant.  ducaio  di  Roma,  dans  Archiuio  délia  Soc.  romana 
di  st.  palria,  xv,  1892,  p.  486.  —  Kehr,  It.  pont.,  ii,  22.  — 
Lanzoni,  323-28.  —  Liber  pontificalis,  i,  10.  —  G.  Silves- 
trelli,  Città,  castelli  e  terre  délia  regione  romana,  n, 
2'  éd.,  Rome,  1940,  p.  602-04.  —  G.  Tomassetti,  La  Campagna 
romana  antica,  medioevale  e  romana,  u,  Rome,  1910, 
p.  515-33. 

M. -H.  Laurent. 

1 .  CERVIA,  ville  des  Romagnes  bâtie,  de  1698  à 
1704,  à  3  km.  de  la  Cervia  d'autrefois,  qui,  elle-même, 
s'élevait  sur  l'emplacement  de  Ficula  (Ficoclum,  Fico- 
dia).  Son  siège  épiscopal  est  l'un  des  plus  anciens  de  la 
VIIP  région.  Un  évêque  de  Cervia,  Gerontius,  figure 
de  fait  dans  les  actes  du  synode  tenu  à  Rome  en  501,  et 
ce  prélat  s'identifie  peut-être  avec  un  personnage  de 
même  nom  mentionné  dans  deux  lettres  du  pape  Gé- 
lase  (495,  496).  Placé  sous  l'immédiate  juridiction  du 
S. -Siège,  l'évêque  de  Cervia  fut  chargé,  jusqu'au  x'  s., 
de  la  visite  de  l'archevêché  de  Ravenne  lors  de  la  va- 
cance de  ce  siège.  En  948,  Cervia  devint  sufîragant  de 
Ravenne.  Lors  de  la  lutte  entre  le  pape  et  l'empereur, 
la  ville  fit  sienne  la  cause  impériale.  Alliés  ou  ennemis 
de  Ravenne,  les  Cerviens  prirent  part,  durant  le 
Moyen  Age,  aux  différends  qui  opposèrent  les  com- 
munes romagnoles.  De  1290  à  1384,  la  ville  fut  assu- 
jettie aux  Polentani,  en  leur  qualité  de  vicaires  de 
l'Église.  En  1463,  les  Malatesta  la  remirent  aux  Véni- 
tiens, et  ceux-ci  la  cédèrent  au  S. -Siège,  en  1509,  à  la 
suite  de  la  défaite  de  Vailate.  Désormais  l'histoire  de 
Cervia  se  confond  avec  celle  des  États  pontificaux. 
L'actuel  diocèse  est  l'un  des  moins  étendus  d'Italie. 
Il  comprend,  avec  la  ville  épiscopale  située  dans  la  pro-  \ 
vince  de  Ravenne,  trois  communes  de  la  province  de 
Ferrare.  La  population  d'environ  30  000  âmes  est 
répartie  en  treize  paroisses. 

Liste  des  évêques.  —  Geronzio,  501.  —  Severo,  591- 
99.  —  Bono,  649.  —  Sergio,  769.  —  Lucido,  c.  840-55. 
—  Giovanni,  861-81.  —  Stefano,  967-69.  —  Leone, 
998-1030.  —  Giovanni,  1030-53.  —  Bono,  1059-70.  — 
Ildebrando,  1073.  —  Angelo,  1082.  —  Giovanni,  1109- 
22.  —  Pietro,  1126-53.  —  Manfredo,  1163.  —  Alberto, 
1166-73.  —  Ugo,  1174,  1 175.  —  Teobaldo,  1187-93.— 
Alberto,  1198-1200.  —  Simeone,  1204,  1216.  —  Rusti- 
co,  1217-29.  —  Giovanni,  1229-47.  —  Giacomo,  1254- 
57.  —  Ubaldo,  1257.  —  Giovanni,  1260-64.  —  Tom- 
maso,  1266-70.  —  Teodorico  Borgognoni,  1270-98.  — 
Antonino,  1299-1306.  —  Matteo,  1307-17.  —  Guido  ; 
Gennari,  1317.  —  Francesco,  1324.  —  Geraldo,  1324-  | 
29.  —  Superanzio  Lambertuzzi,  1329-37.  —  Guadagno 
di  Maiolo,  1342-63.  —  Giovanni  dei  Placentini,  1364- 
70.  —  Bernardo  dei  Guasconi,  1370-74.  —  Astorge 
Brason,  1374-78  [passé  à  Clément  VII].  —  Menendez, 


administr.,  c.  1388-90.  —  Pino,  dit  par  erreur  Orde- 
laffl,  1394-1402.  —  Paulus,  1402-31?  (à  la  même 
époque  [1414],  Mainardino  Contrari  fut  nommé  par 
Jean  XXIII;  évêque  élu,  il  résignera  sa  charge  en 
1417).  —  Cristoforo  di  San  Marcello  de  Vicenza,  1431- 
35.  — ■  Antonio  Correr,  card.  administr.,  1435-40.  — 
Pietro  Barbo,  card.  administr.,  1440.  —  Isidoro,  card. 
administr.,  1451-55.  —  Francesco  Porzi,  1455-74.  — 
Achille  Mariscotti,  1475-85.  —  Tommaso  Catanei, 
1485-1513.  —  Paolo  Cesi,  card.  administr.,  1525-28.  — 
Ottavio  Cesi,  1528-34.  —  Giovanni  Andréa  Cesi,  1534- 
45.  —  Federico  Cesi,  1545.  —  Scipione  Santa  Croce, 
1545-76.  —  Ottavio  Santa  Croce,  1576-82.  —  Lorenzo 
Campeggi,  1582-85.  —  Decio  Azzolini,  1585-87.  — 
Annibale  Pauli,  1587-90.  —  Alfonso  Visconti,  1591- 
1601.  — Bonifazio  Bevilacqua,  card.  administr.,  1601- 
27.  —  Giovanni  Francesco  Guidi  di  Bagno,  1627-35.  — 
Francesco  Maria  Merlini,  1635-44.  —  Pomponio 
Spreti,  1646-52.  —  Francesco  Gheri,  1655-61.  —  An- 
selmo  Dandini,  1662-64.  — •  Girolamo  Santolini,  1665- 
67.  —  Francesco  Riccamonti,  1668-1707.  —  Camillo 
Spreti,  1709-27?.  —  Gaspare  Pizzolanti,  1727-66.  — 
Giovanni  Battista  Donati,  1766-93.  —  Bonaventura 
Gazzola,  1795-1820.  —  Giuseppe  Mazzotti,  1820-26.  — 
Ignazio  Giov.  Cadolini,  1826-31.  —  Mariano  Bal- 
dassare  Medici,  1832-33.  —  Innocenzo  Castracane 
degli  AntelmineUi,  1834-37.  —  Gaetano  Baletti,  1838- 
42.  —  Gioachino  Tamburini,  1842-59.  —  Giovanni 
Monetti,  1860-76.  —  Federico  Foschi,  1877-1908.  A 
partir  de  cette  date,  l'archevêque  de  Ravenne  est  à  la 
fois  archevêque  de  Ravenne  et  évêque  de  Cervia. 

Avec  les  listes  épiscopales  qui  figurent  dans  Gams  et 
dans  Eubel,  on  consultera  :  Cappelletti,  ii,  557-78.  - — 
F.  Forlivesi,  Cervia,  cenni  storici,  Bologne,  1889.  —  Kehr, 
It.  pont.,  V,  113-15.  —  Lanzoni,  448-49.  —  UgheUi,  ii, 
467-81.  — •  G.  Zattoni,  La  cronotassi  dei  vescovi  di  Ceruia, 
Ravenne,  1903. 

M. -H.  Laurent. 
2.  CERVIA  (Santa  Maria  de),  Ceroi'anu/n,  mo- 
nastère bénédictin  du  diocèse  de  Girone.  Fondé  en 
1053  par  Silvio  Llobet  et  sa  femme  Adalets  et  dédié  à 
la  Vierge  Marie,  à  S.  Michel  et  aux  SS.  Pierre  et  Paul, 
avec  le  consentement  de  Raymond,  comte  de  Barce- 
lone et  de  Bérenger,  évêque  de  Girone.  Peu  après 
(1054),  il  fut  soumis  au  monastère  de  S. -Michel  de 
Chiusa  (Italie),  ce  qui  l'empêcha  de  prendre  de  l'essor. 
On  peut  encore  voir  les  ruines  de  son  église  romane  à 
trois  nefs  et  du  cloître,  ainsi  que  de  quelques  monu- 
ments funéraires  de  la  famille  Cervia. 

P.  de  Marca,  Marca  Hispanica,  Paris,  1688,  p.  448,  1099. 
—  MabiUon,  Ann.,  iv,  503  (547).  —  Lambert,  D.  H.  G.  E., 
II,  1364.  —  Encicl.  Espasa,  xii,  1435. 

F.  PÉREZ. 

CERVINI  (Marcello).  Voir  Marcel  II,  pape. 

CERVOLUS  (Saint),  fêté  à  Bénévent,  15  mai. 
Au  témoignage  de  Falcon  de  Bénévent  (xii«  s.),  le 
15  mai  1119,  on  découvrit  à  Bénévent  les  reliques  de 
S.  Jean,  évêque  de  cette  ville,  d'un  S.  Étienne,  diacre, 
d'autres  saints  et,  parmi  eux,  d'un  Cervolus  martyr. 
Falcon  ne  dit  pas  quelles  garanties  furent  prises  pour 
vérifier  l'authenticité  des  corps  saints.  D'ailleurs,  sauf 
pour  Jean,  il  s'agit  de  personnages  inconnus  et  ces 
ossements  ont  disparu  depuis  lors. 

A.  S.,  mai,  m,  466-68.  —  UgheUi,  viii,  16. 

R.  Van  Doren. 

CERVUS  (Jean),  chanoine  de  Lwow  et  de  Ploclc 
(t  V.  1557).  Originaire  de  Tuchola  en  Poméranie  polo- 
naise. Son  vrai  nom  semble  avoir  été  Jelonek,  latinisé, 
selon  la  mode  de  l'époque,  ea  Cervus.  Il  fit  ses  études 
à  l'université  de  Cracovie,  où  il  obtint  en  1523  le 
grade  de  bachelier  ès  arts.  Vers  1529,  il  enseigna  en 
l'école  des  Cisterciens  de  Jedrzejôw  et  y  prépara  un 


183 


CERVUS  — 


CÉRYNIA 


184 


manuel  de  théologie  pastorale,  qu'il  édita  plus  tard  : 
Methodus  sacramentorum  S.  Ecclesiae  catholicae,  Cra- 
covie,  1537.  Son  autre  ou\Tage,  De  moribus  Ecclesiae 
catholicae,  1530,  est  une  anthologie  des  écrits  de 
S.  Augustin.  Il  enseigna  aussi  la  grammaire  latine  à 
l'université  de  Cracovie  et  publia  de  ses  cours  trois 
ouvrages,  en  1533  :  Institutiones  grammaticae,  Syn- 
taxis,  et  Quaestiones  de  declinatione  et  constructione 
octo  orationis  partium,  avec,  en  appendice,  un  recueil 
de  prières  et  une  sorte  de  catéchisme  (un  des  premiers 
ouvrages  de  ce  genre).  Il  s'appliqua  en  outre  à  l'étude 
du  droit,  en  particulier  du  droit  municipal,  et  publia 
dès  1531  sa  Farrago  actionum  civilium  iuris  Magde- 
burgensis,  rééditée  quatre  fois  depuis  (1542,  1546, 
1558  et  1607,  ces  deux  dernières  éditions  posthumes); 
puis  un  Epitome  pontiftcii  ac  caesarei  iuris  de  cogna- 
tionibus,  nuptiis,  iure  dotium  et  donationibus,  édit.  en 
1534.  Cette  même  année,  Cervus  fut  nommé  recteur  de 
l'école  cathédrale  à  Lwow.  N'étant  encore  que  clerc 
minoré,  il  obtint  du  conseil  municipal  une  prébende 
inférieure  de  la  cathédrale  (1538);  deux  ans  après,  il 
devint  chanoine  en  la  même  église  et  fut  ordonné 
prêtre  en  1541.  Il  reçut  vers  le  même  temps  un  cano- 
nicat  en  la  cathédrale  de  Plock,  ainsi  que  la  prévôté 
de  l'église  S. -Nicolas  à  Lwow.  En  1540,  il  publia  encore 
trois  ouvrages  juridiques,  dont  un  dictionnaire  latino- 
polonais  des  termes  du  droit  et  un  traité  De  regulis 
iuris  utriusque. 

M.  Wiszniewski,  Hist.literatury,  vi,  Cracovie,  1840-1857, 
p.  130;  IX,  178,  313.  —  D.  Zubrzycki,  Kronika  miasta 
Lwowa,  Lwow,  1844,  p.  154,  166.  —  Wl.  Wislocki,  Acta 
rectoralia  uniuersitatis  Cracoviensis,  i,  Cracovie,  n.  3093. 
—  St.  Kutrzeba,  Historia  zrodel  daivnego  prawa  polskiego, 
II,  Cracovie,  1926,  p.  277-278.  —  J.  Skoczek,  Dzieje  Iwow- 
skiej  szkoly  katedralnej,  Lwow,  1929,  p.  160-71.  — •  Kultura 
staropolska,  Cracovie,  1932,  p.  47,  61.  —  H.  Barycz,  Ceruus, 
art.  dans  Polski  slownik  biograficzng,  m,  Cracovie,  1937, 
p.  235-236,  résumé  ici. 

J.  OSTROWSKI. 

CÉRYNIA  ou  CYRÉNIA  (Kepûveia,  KuprivEia), 
évêché  de  l'île  de  Chypre,  dépendant  de  Salamis. 
Le  nom  de  Cérynia,  originaire  de  l'Achaïe,  indique 
nettement  que  la  ville  fut  une  colonie  grecque. 
Cependant  les  trafiquants  sémites  y  possédèrent  un 
pied-à-terrç  au  temps  des  Perses,  comme  le  prouve  un 
fragment  d'inscription  phénicienne  trouvé  dans  la 
localité.  La  forme  Kupr|V£ia  est  byzantine  et  in- 
fluencée par  le  nom  de  Cyrène  en  Lybie.  Quant  à  la 
tradition  d'après  laquelle  Cyrénia  aurait  été  fondée 
par  Cyrus,  elle  est  récente  et  sans  aucun  fondement. 
On  trouve  aussi  le  nom  de  la  ville  sous  la  forme  Cerau- 
nia  (KEpocuvla)  et  même  Coronè  (Kopcbvri).  Les  croisés 
l'appelèrent  Cérines. 

Elle  se  manifesta  pour  la  première  fois  dans  l'his- 
toire au  iV  s.  av.  J.-C,  quand  son  roi  se  rangea  du 
côté  d'Antigone  contre  Ptolémée  I",  ce  qui  ne  l'em- 
pêcha pas  d'ailleurs  de  tomber  entre  les  mains  de  Sé- 
leucus,  allié  de  Ptolémée.  Elle  ne  joua  qu'un  rôle 
effacé  jusqu'aux  croisades.  C'était  un  petit  port  assez 
mal  abrité  des  vents  du  Nord;  mais  il  servait  d'escale 
aux  pèlerins  qui  se  rendaient  en  Terre  sainte  et  de 
centre  commercial  avec  les  côtes  de  Caramanie.  Les 
croisés  y  construisirent,  entre  1191  et  1211,  un  château 
fort  qui  passait  pour  inexpugnable;  il  subit  plusieurs 
sièges  et  ne  fut  jamais  pris  que  par  capitulation.  Cé- 
rynia est  aujourd'hui  une  petite  ville  maritime  de 
2  200  habitants,  dont  600  musulmans,  située  sur  la 
côte  septentrionale  de  l'île  de  Chypre,  au  nord  de 
Nicosie.  Elle  est  entourée  d'une  campagne  plantureuse 
qui  lui  a  fait  donner  le  surnom  de  ■<  Jardin  de  Chypre  ». 
Elle  ne  conserve  aucun  reste  antique  et  n'a  de  remar- 
quable que  le  château  fort  des  croisés  qui  est  assez 
bien  conservé. 


Cérynia  eut  peut-être  un  évêché  d'assez  bonne 
heure.  Le  premier  titulaire  connu  serait  S.  Théodote, 
qui  aurait  été  martyrisé  sous  Licinius;  sa  fête  se 
célèbre  le  19  janv.  Le  P.  H.  Delehaye  a  émis  des 
doutes  motivés  sur  l'authenticité  du  personnage  ou  au 
moins  sur  son  attribution  à  Cérynia  {Anal.  BolL, 
XXVI,  1907,  p.  258-59).  —  Zénon  assista  au  concile 
d'Éphèse  (431)  et  en  signa  les  actes,  Mansi,  iv,  1125  D, 
1168  C,  1217  D,  1467  A;  vi,  873  C.  —  Rufus  prit  part 
au  Brigandage  d'Éphèse  (449),  Mansi,  vi,  859  C, 
926  A.  —  On  ne  trouve  plus  de  titulaire  qu'à  partir 
du  xvii«  s.  Timothée  fut  un  des  évêques  grecs  venus 
alors  à  Rome  pour  y  faire  l'union  (L.  Allatius,  De 
Ecclesiae  occidentalis  et  orientalis  perpétua  consen- 
sione,  1648,  1.  III,  c.  ii,  n.  7,  col.  1092).  —  Lugaras 
(peut-être  doit-on  le  confondre  avec  le  précédent)  fit 
profession  de  foi  catholique  à  Rome  en  déc.  1646 
avant  d'aller  prendre  possession  de  son  siège,  Lequien, 
m,  1232.  —  Nicéphore  assista  au  synode  des  évêques 
de  Chypre  au  sujet  des  erreurs  calvinistes,  Lequien, 
II,  1074.  —  Léonce  était  évêque  de  Cérynia  en  1672 
(Ricaut,  Hist.  de  l'état  présent  de  l'Église  grecque  et  de 
l'Église  arménienne,  c.  m,  1692,  p.  104).  —  En  1733, 
c'était  Gérasime,  Lequien,  m,  1232.  —  La  liste  est 
complète  depuis  le  début  du  xix*  s.  :  Eugène,  ?-avr. 
1811  (Mansi,  xl,  50  C).  —  Laurent,  élu  en  mai  1811, 
mis  à  mort  par  les  Turcs  en  1821  (ibid.,  93  E).  —  Da- 
mascène,  19  déc.  1821-mai  1824.  —  Charalambos, 
8  juin  1824-oct.  1844.  —  Chariton,  20  nov.  1844- 
8  déc.  1851.  —  Mélétius,  20  janv.  1852-t  mars  1862.  — 
Chrysanthe,  19  avr.  1862-t  déc.  1871.  —  Mélétius, 
19  janv.  1872-t  mai  1880.  —  Chrysanthe,  1"  juin  1880- 
t  avr.  1889.  —  Cyrille  Papadopoulos,  3  mai  1889- 
5  avr.  1895.  —  Cyrille  Basiliou,  élu  le  26  avr.  1895, 
proclamé  archevêque  de  Chypre,  le  9  févr.  1908,  mais 
non  reconnu,  réélu  régulièrement  à  ce  siège,  le 
11  nov.  1916.  —  Macaire  Mariantheus,  nommé  en 
1917,  exilé  par  les  Anglais  pour  avoir  pris  part  au 
mouvement  insurrectionnel  d'oct.  1931  {Échos 
d'Orient,  xxxi,  1932,  p.  78)  ;  il  put  rentrer  au  printemps 
de  1947  et  fut  élu  archevêque  de  Chypre  le  24  déc. 
1947.  —  Cyprien,  1948.  Pour  les  métropolites  d'Eu- 
gène à  Cyrille  Basiliou,  cf.  TToveXXriviov  A£\!n<coiJia 
èôviKfjs  âKcrrovTaeTTipiSos,  1821-1921,  vi,  'EkkAtictIc- 
KAfipos,  p.  168. 

Cérynia  ne  posséda  pas  d'évêché  latin  pendant  les 
croisades  ni  pendant  le  royaume  de  Chypre  ou  la  do- 
mination vénitienne.  L'île  ne  comptait  que  quatre 
sièges  soumis  à  Rome  :  Nicosie,  archevêché,  Paphos, 
Limassol  et  Famagouste,  évêchés.  Le  diocèse  de  Cé- 
rynia était  compris  dans  les  limites  de  l'archidiocèse 
de  Nicosie  (Mas-Latrie,  Hist.  des  archevêques  latins  de 
l'île  de  Chypre,  dans  les  Archives  de  l'Orient  latin,  ii, 
207-08;  Hackett,  A  History  of  the  orthodox  Church  of 
Cyprus,  587-88).  Cependant  Lequien  (m,  1229-32) 
donne  une  liste  de  neuf  évêques  latins  de  Cérynia,  de 
1301  à  1535.  Il  a  dû  les  confondre  avec  ceux  de  Cy- 
rène en  Afrique  ou  d'autres  sièges.  La  liste  des  évêques 
titulaires  est  elle-même  très  difficile  à  établir  à  cause 
de  l'imprécision  des  renseignements  que  nous  possé- 
dons sur  l'identité  de  leur  véritable  siège.  Nous  don- 
nons ici  celle  de  l'Ann.  pont,  de  1916,  p.  399-400,  sans 
d'ailleurs  pouvoir  certifier  qu'elle  est  exacte  :  Arnaud 
de  Arceto  ou  Acerto,  O.  S.  A.,  20  avr.  1517,  sufîragant 
à  Aire.  — -  Nicolas  Melchior,  O.  P.,  12  avr.  1518,  auxi- 
liaire à  Lucques  ou  à  Nardo.  —  François  Martyran, 
O.  F.  M.,  18  déc.  1523.  —  Ardouin  de  Saint-Germain, 
30  mai  1533.  —  Balthasar  de  Heredia,  O.  P.,  11  févr. 
1536-6  juin.  1541,  suffragant  à  Urgel.  —  Pierre  Gau, 
O.  P.,  15  mars  1542-49,  suffragant  à  Urgel.  —  Jean 
Punyet,  O.  F.  M.,  25  oct.  1549-?,  suffragant  à  Urgel.  — 
Jean-Pierre  Fortiguera,  4  juin  1567-26  avr.  1574, 
suffragant  à  Monreale. 


J85 


CERYNIA 


CESAIRE  D'ARLES 


186 


Lequien,  ii,  1073-74;  m,  1229-32.  —  Oberhumer,  Kery- 
nia,  dans  Real-Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  xi-1,  344-47. 

—  A.  Battandier,  Ann.  pont.,  1916,  p.  399-400.  —  I.-C.  Pé- 
ristiannès,  KepOvEia,  dans  MtyàXri  èXAr)viKfi  ÈyKUKXoTrai5£(a, 
XIV,  281.  —  notvEXXi^viov  XeÛKcona  èâviKÎiç  éKOTOvraeTriplSos 
VI,  1821-1921,  'EKKXeCTfa-KXfjpos,  168. 

R.  Janin. 

1 .  CÉSAIRE,  martyr  à  Nicomédie  en  Bythinie, 
est  signalé  le  20  avr.  par  le  martyrologe  romain  avec 
Victor  et  d'autres  martyrs.  Le  synaxaire  de  Sirmond 
donne  un  résumé  de  leur  histoire.  D'autres  livres  litur- 
giques les  placent  le  18  ou  le  19  en  diminuant  leur 
nombre  ou  en  les  séparant.  La  source  qui  les  a  inspirés 
est  inconnue,  mais  doit,  elle-même,  avoir  été  altérée. 
Quant  à  l'endroit  du  supplice,  Nicomédie  en  Bythinie, 
il  ne  se  trouve  au  martyrologe  que  depuis  Baronius. 
Une  tradition  postérieure  a  réclamé  ces  saints  pour 
l'Espagne,  mais  sans  le  moindre  titre. 

A.  S.,  avril,  ii,  745-46.  —  Mort.  Rom.,  609,  613,  617.  — 
Synax.  Eccl.  Constant.,  609,  613,  617. 

R.  Van  Doren. 

2.  CÉSAIRE  (Saint),  diacre  et  martyr.  Le  mar- 
tyrologe romain  cite  au  1"  nov.  à  Terracine  un  Césaire 
diacre.  Emprisonné  avec  le  prêtre  Julien,  il  fut  comme 
lui  enfermé  dans  un  sac  et  précipité  à  la  mer.  Les 
sacramentaires  gélasien  (version  sangalienne)  et  gré- 
gorien ont,  de  fait,  au  1"  nov.,  le  natale  d'un  Césaire. 
Mais  le  texte  du  martyrologe  provient  de  la  Passion 
(B.  H.  L.,  1511-16)  qui,  bien  que  rédigée  entre  le  v^  et 
le  vi«  s.,  a  l'allure  d'une  fable.  Elle  unit  indûment  Cé- 
saire et  Julien,  les  place  sous  Néron,  et  les  fait  venir 
d'Afrique.  Des  recensions  postérieures  mettront  ces 
martyrs  en  rapport  avec  SS.  Pierre  et  Paul,  ou  attri- 
bueront aux  suffrages  de  Césaire  la  guérison  de  Galla 
Placidia  ou  encore  parleront  de  la  translation  des 
reliques  à  Rome. 

Les  deux  saints  sont  cités  aussi  par  les  ménées 
grecques,  mais  au  7  oct.,  avec  un  éloge  emprunté  à  la 
Passion  (B.  H.  G.,  2,  284),  tandis  que  Césaire  seul  est 
encore  rappelé  par  le  martyrologe  hiéronymien  au 
21  avr.,  sans  doute  à  cause  de  la  dédicace  d'un  oratoire 
en  son  honneur  à  cette  date.  Aujourd'hui,  dit-on,  les 
reliques  de  Césaire  et  de  ses  compagnons,  Julia,  Félix, 
Eusèbe,  reposent  sous  le  maître-autel  de  Terracine. 
Ces  derniers,  cités  par  le  martyrologe  romain  au 
5  nov.,  ont  été  imaginés  par  la  Passion. 

A.  S.,  nov.,  1, 84-130  ;  m,  32-33.  —  L.  Pont.,  éd.  Duchesne, 
1,  371,  377,  n.  12.  —  Lanzoni,  148-50;  Id.,  A  proposito  delta 
Passione  di  S.  Cesario  di  Terracina,  dans  Riv.  di  archeol. 
crist.,  I,  146-48.  —  Mari.  Hier.,  éd.  Delehaye,  201,  581-82. 

—  Mort.  Rom.,  488-89.  —  Synax.  Eccl.  Const.,  115-18, 
185-88.  —  Tillemont,  Mémoires,  ii,  132-573. 

R.  Van  Doren. 

3.  CÉSAIRE,  martyr.  Le  martyrologe  romain 
porte  au  3  nov.  un  groupe  de  saints  martyrisés  à 
Césarée  en  Cappadoce  (sous  Dèce)  :  Germain  et  ses 
compagnons,  et  parmi  eux  un  Césaire.  Cette  liste  pro- 
vient de  Florus  qui  a  repris  une  lecture  défectueuse  du 
martyrologe  hiéronymien  qui  les  3,  4  et  5  nov.  confond 
le  nom  de  la  ville  de  Césarée  (Cessari)  avec  un  nom  de 
personne. 

MaH.  Hier.,  éd.  Delehaye,  584-87.  —  Mort.  Rom.,  493. 

R.  Van  Doren. 

4.  CÉSAIRE  (Saint).  Le  martyrologe  hiérony- 
mien honore  le  4  nov.  un  saint  africain  du  nom  de 
Césaire,  Cesarius,  Caesarius  ou  Cessarius.  Dans  le  ms. 
le  plus  important,  celui  d'Echternach,  il  revient  même 
deux  fois  ce  jour.  Le  même  nom  se  lit  également  le  3 
et  le  5  nov.  avec  l'indication  de  lieu  in  Cesarea;  le 
4  nov.,  il  est  placé  avant  deux  saints  dont  le  second, 
Porfyri,  est  celui  d'un  martyr  légendaire  de  Césarée  de 
Cappadoce  (Van  de  Vorst,  Une  Passion  inédile  de 
S.  Porphyre  le  Mime,  dans  Anal.  Boll.,  xxix,  1910, 


p.  270-75).  Il  s'agit  ici  de  la  déformation  d'un  nom 
de  lieu. 

Mari.  Hier.,  éd.  de  Rossi  et  Duchesne,  139;  éd.  Delehave, 
585-86. 

J.  Perron. 

5.  CÉSAIRE,  martyr  (28  déc),  est  cité  au  mar- 
tyrologe romain  d'après  Baronius,  qui  l'a  placé  sous 
Galère  Maximin  et  à  Arabissus  (Arménie),  sans  d'ail- 
leurs mentionner  ses  sources.  Mais  Arabissus  est  la 
ville  de  Cataonia,  en  Cappadoce  australe.  Cependant 
il  n'existe  aucun  témoignage  qu'il  y  eut  là  un  culte  de 
ce  Césaire. 

Mart.  Rom.,  604-05. 

R.  Van  Doren. 

6.  CÉSAIRE  D'ARLES  (Saint).  I.  Sa  vie. 
II.  Son  action  pastorale.  III.  Son  action  liturgique. 
IV.  Son  action  canonique  et  administrative.  V.  Son 
rôle  théologique.  VI.  Son  rôle  politique.  VII.  Son 
œuvre  littéraire  et  oratoire.  VIII.  Conclusion. 

I.  Sa  vie.  —  L'histoire  de  S.  Césaire,  évêque 
d'Arles  au  vi"  s.,  nous  est  connue  surtout  par  une  Vila, 
œuvre  collective  de  quelques-uns  de  ses  disciples  ou 
confidents,  dont  le  principal  rédacteur  fut  l'évêque  Cy- 
prien  de  Toulon,  et,  d'autre  part,  par  un  certain  nom- 
bre de  documents  officiels  concernant  son  épiscopat. 

Né  en  470  probablement,  dans  le  pays  de  Chalon- 
sur-Saône  en  territoire  burgonde,  il  renonce  au  monde 
à  l'âge  de  18  ans  et  se  confie  à  Sylvestre,  évêque  de  la 
ville.  Mais,  épris  d'ascétisme,  il  s'échappe  de  son  pays 
natal  à  l'insu  de  sa  famille  et  se  fait  admettre  au  mo- 
nastère de  Lérins  (vers  491)  que  dirigeait  alors  l'abbé 
Porcarius.  Là  il  s'initie  aux  exigences  de  la  discipline 
monastique  et  à  la  pratique  étroite  de  la  règle.  Chargé 
de  l'office  de  cellérier,  il  s'acquitte  de  ses  fonctions  avec 
une  ponctualité  qui  soulève  des  murmures.  D'ailleurs 
épuisé  bientôt  par  les  austérités,  il  doit,  sur  l'ordre  de 
son  supérieur,  retourner  à  Arles  pour  refaire  sa  santé. 
Accueilli  dans  une  famille  amie,  chez  Firminus,  dont  la 
femme  Grégoria  lui  était  parente,  il  aurait  pu  s'initier 
auprès  de  Julien  Pomerius  à  la  culture  intellectuelle  du 
temps.  Mais  il  renonça  très  vite,  si  jamais  il  y  goûta,  à 
l'attrait  des  écrivains  profanes  et  de  la  philosophie. 
L'évêque  Éone  (^Eonius)  d'Arles,  auquel  il  est  pré- 
senté et  qui  est  également  son  parent,  l'agrège  à  son 
diocèse.  A  Lérins,  Césaire  s'était  assimilé  les  principes 
de  la  liturgie  et  de  la  théologie  catholiques;  dans  les 
rangs  du  clergé  d'Arles,  à  partir  de  496  environ,  il  va 
apprendre  ce  qu'on  pourrait  appeler  sa  mission  sociale 
de  prêtre  et  se  familiarise  avec  les  besoins  physiques  et 
moraux  du  peuple  chrétien.  Il  est  bientôt  chargé  de 
l'administration  d'un  monastère  dont  le  dernier  abbé 
n'avait  pas  su  maintenir  la  discipline  (499).  Césaire  se 
replonge  donc  pendant  trois  ans  dans  l'isolement  du 
cloître.  Arrivé  au  déclin  de  sa  vie,  Éone  voit  dans  ce 
jeune  prêtre  énergique  un  successeur  idéal  et  propose 
son  nom  aux  suffrages  du  clergé  et  du  peuple  arlésien 
et  à  la  ratification  des  gouvernants  wisigoths.  Césaire, 
se  conformant  à  un  précédent  presque  rituel  et  qui 
mettait  en  relief  l'humilité  des  appelés  au  pontificat, 
simule  une  fuite  et  on  le  retrouve  caché  dans  la  nécro- 
pole des  Alyscamps.  (En  503,  d'après  la  chronologie 
communément  admise;  plus  vraisemblablement  en 
502,  d'après  Krusch,  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  m, 
444.) 

Dès  le  début  de  son  épiscopat,  Césaire  se  trouve  en 
présence  d'une  tâche  compliquée  :  au  point  de  vue 
reUgieux,  organiser  la  vie  liturgique  et  paroissiale,  non 
seulement  dans  son  diocèse,  mais  dans  sa  province; 
maintenir  ou  faire  revivre  les  prérogatives  d'honneur 
et  de  juridiction,  anciennement  reconnues  au  siège 
métropolitain  et  vicarial  d'Arles  et  fortement  atteintes 
par  les  revendications  contraires  de  l'évêque  de  Vienne 


k 


187 


CÉSAIRE 


D'ARLES 


188 


(S.  Avit);  au  point  de  vue  politique,  imposer  aux  chefs 
wisigoths  le  respect  de  sa  personne  sacerdotale,  dé- 
fendre près  des  ministres  et  des  rois  ariens  les  droits  de 
la  population  catholique  et  assurer  la  continuation  de 
relations  normales  et  d'offices  charitables  entre  les 
habitants  catholiques  de  Provence  et  du  pays  d'Arles 
(royaume  wisigothique),  et  ceux  du  Rhône  supérieur 
(royaume  des  Burgondes). 

Suspect  au  gouvernement  d'Alaric  II  en  raison  de 
ses  affinités  burgondes,  il  est  exilé  à  Bordeaux  en  505 
et  profite  de  son  séjour  dans  cette  ville  pour  entrer  en 
rapport  avec  l'épiscopat  de  l'ouest  des  Gaules,  Cy- 
prien  de  Bordeaux,  Ruricius  de  Limoges.  S'étant  jus- 
tifié, il  gagne  la  confiance  d'Alaric  et,  pour  répondre 
aux  vues  du  prince,  prépare  et  dirige  en  fait  la  grande 
conférence  qui,  dans  un  but  d'unification  législative, 
réunit  le  clergé  aquitain  et  le  clergé  provençal  :  concile 
d'Agde  (sept.  506).  La  défaite  d'Alaric,  vaincu  à 
Vouillé  par  Clovis  (507),  déclenche  une  invasion  des 
Burgondes  et  des  Francs  en  Provence  et  Arles  doit  en- 
durer pendant  plusieurs  mois  un  siège  rigoureux  et 
dévastateur.  Césaire,  compromis  par  la  fuite  à  l'ennemi 
d'un  de  ses  jeunes  parents,  encourt  un  péril  grave, 
mais  momentané.  Après  l'intervention  de  Théodoric  et 
la  libération  de  la  ville  (508),  Césaire  s'applique  à  répa- 
rer les  désastres  causés  aux  églises,  aux  monastères  et 
aux  populations  :  relèvement  des  ruines  et  rachat  des 
captifs.  Il  consacre  le  26  août  512  le  monastère  des  mo- 
niales. Mais  en  513,  il  est  appelé  à  Ravenne  pour  se 
justifier  d'une  accusation  dont  on  ignore  la  portée 
exacte.  Son  prestige,  son  innocence  certaine  et  sa  cha- 
rité généreuse  lui  valent  l'amitié  définitive  de  Théodo- 
ric. Poursuivant  son  voyage  à  Rome,  il  obtiendra  du 
pape  Symmaque,  non  seulement  la  confirmation  des 
droits  de  son  Église  (6  nov.  513),  le  renouvellement  ou 
l'extension  du  vicariat  sur  les  Gaules  et  les  Espagnes 
(11  juin  514),  mais  encore  l'honneur  de  porter  le 
pallium  11  dans  toutes  les  régions  de  la  Gaule  »  et  des 
distinctions  pour  le  clergé  d'Arles  (port  de  la  dalma- 
tique  pour  les  diacres).  Alors  s'étend  la  période  fruc- 
tueuse et  paisible  de  l'épiscopat  de  Césaire  :  pendant 
vingt  ans,  fidèlement  soumis  aux  instructions  des 
papes,  qu'il  sollicite  d'ailleurs  de  lui-même,  agissant 
en  complet  accord  avec  le  gouvernement  de  Ravenne 
et  le  préfet  catholique  d'Arles,  le  patrice  Libère  (Mar- 
cellinus  Félix  Liberius),  Césaire  donne  la  pleine 
mesure  de  son  activité  :  institutions  charitables, 
constructions  d'églises,  visites  pastorales,  enseigne- 
ment dogmatique  et  prédication  absorbent  tous  ses 
instants.  Il  s'attache  à  mettre  en  vigueur  des  règles  qui 
fixeront  d'une  manière  indiscutable  les  usages  litur- 
giques, le  statut  des  biens  ecclésiastiques,  les  droits  et 
devoirs  précis  des  évêques,  des  clercs  et  des  laïcs.  Des 
tournées  d'inspection,  des  réunions  conciliaires  fré- 
quentes et  qu'il  semble  avoir  voulu  rendre  périodiques 
lui  donnent  l'occasion  de  contrôler  la  morahté  et 
l'obéissance  du  clergé,  de  promouvoir  son  instruction 
et  son  zèle,  de  combattre  dans  le  peuple  l'ignorance 
religieuse,  les  superstitions  païennes  et  le  dérègle- 
ment :  conciles  d'Arles  (juin  524)  et  de  Vaison 
(nov.  529)  qui  rappellent  ou  complètent  la  législation 
canonique  codifiée  à  Agde;  manifeste  théologique 
d'Orange  (juill.  529);  conciles  de  Carpentras  (527)  et  de 
Marseille  (533),  véritables  assises  devant  lesquelles 
sont  traduits  des  évêques  insoumis  ou  fautifs  :  Agre- 
cius  d'Antibes,  Contumeliosus  de  Riez. 

L'effondrement  de  la  souveraineté  gothique  en  534- 
35  eut  pour  conséquence  la  substitution  en  Provence 
du  pouvoir  des  rois  francs,  fils  de  Clovis,  à  celui  des 
princes  héritiers  de  Théodoric.  Césaire  salua  avec  joie, 
disent  ses  biographes,  l'instauration  d'un  régime 
catholique  :  royauté  de  Childebert.  Affaibli  par  l'âge,  il 
n'assista  pas  au  concile  d'Orléans  de  541  et  consacra 


ses  derniers  soins  à  assurer,  après  lui,  la  conservation 
du  monastère  des  moniales  que  dirigeait  alors  l'ab- 
besse  Césarie  la  Jeune.  Il  mourut  la  veille  de  la  fête 
de  S.  Augustin,  le  27  août  542,  d'après  Krusch,  en  543, 
d'après  la  chronologie  commune,  après  quarante  ans 
d'épiscopat. 

II.  Son  action  pastorale.  —  Césaire  a  mis  en  pra- 
tique les  plus  hautes  vertus  sacerdotales.  Ses  bio- 
graphes nous  ont  rapporté  des  exemples  héroïques  de 
sa  charité,  qui  ne  reculait  devant  aucun  sacrifice  et 
n'avait  égard  ni  à  la  fatigue  ni  aux  risques  personnels. 
Pendant  la  période  tragique  marquée  par  l'invasion  de 
508,  le  siège  d'Arles  et  le  repli  des  Burgondes,  il  a  dé- 
ployé des  prodiges  d'énergie  et  de  diplomatie  pour 
ravitailler  les  indigents  et  les  exilés,  pour  arracher  à  la 
servitude  et  au  péril  d'apostasie  au  service  de  maîtres 
ariens  ou  juifs  les  prisonniers  catholiques.  Il  n'hésita 
pas  à  vendre,  pour  le  rachat  des  captifs,  les  vases  et  les 
trésors  de  l'Église  et  obtint  de  Théodoric  le  rapatrie- 
ment de  la  population  d'Orange,  déportée  en  masse. 

Sa  vie  exemplaire,  sa  physionomie  illuminée  d'un 
éclat  surnaturel,  l'autorité  de  sa  parole  lui  créent, 
jeune  encore,  un  renom  de  sainteté.  Les  malades  font 
appel  à  sa  pitié.  Mais  Césaire  a  moins  que  quiconque 
l'orgueil  du  thaumaturge  :  ses  miracles  n'ont  rien  de 
«  spectaculaire  ».  Quand  on  l'appelle  près  d'un  malade, 
il  fait  écarter  les  témoins,  se  prosterne  à  terre,  im- 
plore le  Seigneur  et  se  retire  ensuite,  laissant  agir  la 
miséricorde  divine.  D'ordinaire,  il  préfère  charger  un 
de  ses  compagnons  de  bénir  l'affligé.  Il  disait  que  celui 
auquel  incombe  le  soin  des  âmes  ne  devait  s'occuper 
qu'avec  une  forte  crainte  de  la  guérison  des  corps  : 
fortiter  iimere. 

Il  ne  voulait  pas  non  plus  que  le  souci  des  questions 
matérielles  le  détournât  de  sa  fonction  essentielle  qui 
était  de  prêcher  la  parole  de  Dieu.  Aussi  se  déchar- 
geait-il du  souci  de  la  distribution  des  aumônes  et  de  la 
gestion  des  affaires  sur  ses  diacres  et  ses  ordinatores, 
ceux-ci  assermentés  et  soumis  à  un  contrôle  {Vita, 
I,  15).  Il  avait  fondé  près  de  sa  cathédrale  un  hôpital 
très  vaste,  servi  par  un  personnel  spécialisé  et  d'où  les 
malades  pouvaient,  sans  se  déranger,  entendre  les 
offices  {Yila,  i,  20).  Ce  fut  d'ailleurs  un  grand  bâtis- 
seur :  il  avait  travaillé  de  ses  mains  à  l'édification  du 
monastère  des  moniales  et,  après  les  désastres  du 
siège,  le  reconstruisit  en  bordure  même  de  l'église 
Ste-Marie,  dans  laquelle  était  réservé  l'emplacement 
des  tombes  des  religieuses.  Il  avait  réuni  dans  un 
quartier  unique  la  demeure  de  l'évêque  et  du  clergé, 
le  monastère  féminin,  rigoureusement  clôturé,  l'hôpi- 
tal et  les  greniers  d'approvisionnement  :  l'église  était 
un  édifice  d'architecture  tripartite  :  triplicem  in  una 
conclusione  basilicam,  dont  une  aile,  celle  de  l'hôpital, 
était  dédiée  à  S.  Martin,  l'autre  à  S.  Jean  (côté  du  mo- 
nastère), tandis  que  la  nef  centrale,  surélevée  et  plus 
belle,  était  dédiée  à  la  Vierge  Marie.  Il  en  fit  la  consé- 
cration le  6  juill.  524. 

Mais  l'activité  de  Césaire  ne  se  borne  pas  à  des 
«  fondations  »,  ou,  du  moins,  ses  plus  belles  fondations 
sont  d'ordre  spirituel.  En  dehors  de  la  création  d'une 
communauté  de  moniales,  ut...  ctiam  virginiim  choris 
Arelatensium  ornaretur  ecclesia,  qui  resta  l'une  des 
plus  chères  préoccupations  de  sa  vie,  il  s'est  efforcé 
d'imprimer  non  seulement  dans  son  diocèse,  mais  dans 
tout  le  ressort  de  son  siège  métropolitain,  le  respect 
d'une  discipline  commune  fondée  sur  la  tradition  la 
plus  saine.  Il  avait  compris,  comme  moine,  l'impor- 
tance de  la  règle  et  son  activité  pastorale  peut  se  résu- 
mer en  disant  qu'il  s'est  efforcé  d'inculquer  à  tous  les 
échelons  du  peuple  chrétien  l'observance  des  lois  de 
l'Église.  Il  oblige  le  clergé  et  en  particulier  les  évêques, 
souvent  épris  d'indépendance  et  de  faste,  à  l'accom- 
plissement strict  des  devoirs  de  leur  charge.  Il  leur 


189 


CÉSAIRE 


D'ARLES 


190 


prescrit  spécialement  le  devoir  de  la  prédication,  leur 
rappelant  l'obligation  d'évangéliser  sans  distinction 
tous  les  fidèles,  même  les  esclaves.  En  cas  de  déso- 
béissance ou  de  scandale,  il  les  censure  et  même  les 
brise  (afïaires  d'Agrecius  et  de  Contumeliosus).  A 
l'égard  des  fidèles,  il  ne  lui  suffit  pas  de  les  mettre  en 
garde  contre  la  superstition,  l'ignorance  et  l'inconduite 
et  de  modérer  avec  une  sévérité  qui  semble  presque 
indiscrète  l'exercice  de  leur  vie  conjugale;  il  s'efforce 
de  les  plier  à  des  habitudes  religieuses  :  il  insiste  pour 
qu'ils  apprennent  par  cœur  les  prières  usuelles,  le 
Paler,  le  Credo,  les  psaumes  l  et  xc.  Il  leur  facilite 
l'assistance  aux  offices  du  soir,  même  en  semaine;  il 
veut  un  recueillement  absolu  pendant  la  messe  qui 
doit  être  entendue  jusqu'au  bout;  il  généralise,  en  dé- 
pit des  résistances,  l'usage  de  la  génuflexion.  Enfin,  il 
fait  de  la  dîme  versée  au  clergé  une  obligation 
rigoureuse. 

III.  Son  action  liturgique.  —  Faut-il  voir  en  Cé- 
saire  un  des  fondateurs  de  la  liturgie  gallicane  méro- 
vingienne? (J.-B.  Thibaut,  L'ancienne  liturgie  galli- 
cane, son  origine  et  sa  formation  en  Provence  aux  et 
F7«s.  sous  l'influence  de  Cassien  et  de  S.  Césaire  d'Arles, 
Paris,  1929.)  Ce  que  nous  savons  de  son  caractère,  de 
sa  fidélité  à  toutes  les  traditions  montre  assez  qu'il  ne 
faut  pas  s'attendre  à  voir  en  lui  un  novateur.  S'il  a 
modifié  quelque  chose  aux  usages  d'Arles,  ce  fut  sans 
doute  pour  donner  plus  de  vie  et  d'éclat  aux  céré- 
monies, pour  y  attirer  une  plus  nombreuse  assistance. 
Dès  sa  consécration,  il  institua  dans  la  basilique  S.- 
Étienne  l'office  public  quotidien  de  tierce,  sexte  et 
none.  Il  a  mis  ses  efforts  à  associer  le  peuple  fidèle 
(laicorum  popularitas)  à  la  récitation  des  psaumes,  au 
chant  des  hymnes;  pour  l'intéresser  à  la  célébration  de 
la  messe,  il  lui  permet  des  cantiques  et  des  répons  en 
grec  et  en  latin,  apparemment  pour  satisfaire  aux 
goûts  d'une  population  bilingue  :  alii  graece,  alii  latine 
prosas  antiphonasque  cantarent.  Mais  il  est  douteux 
qu'il  ait  touché  à  la  structure  de  la  messe.  Il  s'est 
borné  à  enrichir  le  cérémonial  des  messes  ordinaires  de 
certains  éléments  qui  n'appartenaient  qu'aux  messes 
solennelles,  tel  le  Sanctus,  et,  par  les  canons  3  et  5  du 
concile  de  Vaison,  il  invite  à  pratiquer,  non  seulement 
à  la  messe,  mais  encore  à  la  fin  des  psaumes,  à  matines 
et  à  vêpres,  la  récitation  du  Kyrie  et  à  dire  le  Gloria 
Patri;  il  recommande  en  outre  de  faire  à  la  messe  mé- 
moire du  pape  régnant.  A  en  juger  par  ce  que  nous 
apprend  la  Régula  sanctarum  virginum  (c.  66-69),  Cé- 
saire s'est  proposé,  en  ce  qui  concerne  l'ordo  des 
psaumes  et  des  leçons,  de  généraliser  purement  et  sim- 
plement l'usage  adopté  à  Lérins.  Par  ailleurs,  son 
titre  vicarial,  sa  dévotion  au  siège  de  Pierre,  le  port 
même  dans  son  clergé  d'insignes  sacerdotaux  romains 
lui  faisaient  un  devoir  de  ne  pas  aggraver,  bien  au 
contraire,  les  divergences  existant  entre  le  rit  gallican 
et  le  rit  suivi  par  Symmaque  et  Hormisdas.  S'il  a 
contribué  à  transformer  les  coutumes  gallo-romaines, 
soyons  persuadés  que  ce  n'est  pas  pour  accentuer  les 
particularismes  ni  pour  favoriser  des  liturgies  d'as- 
pect oriental. 

IV.  Son  action  canonique  et  administrative.  — 
Beaucoup  plus  que  sur  la  liturgie,  l'action  de  Césaire  a 
porté  sur  la  discipline  générale  de  l'Église.  Profondé- 
ment respectueux  de  ce  qu'il  appelle  «  les  usages  an- 
ciens des  Pères  »,  il  s'attache  à  les  maintenir  en  vi- 
gueur, tout  particulièrement  en  ce  qui  concerne  le 
recrutement,  la  formation  théologique  et  morale  et  la 
hiérarchie  du  clergé.  Il  voulait  que  tout  diacre,  avant 
son  ordination,  eût  lu  quatre  fois  le  texte  de  l'A.  et  du 
N.  T.  (Vita,  I,  56).  Il  a  toujours  insisté  sur  les  condi- 
tions d'âge  et  de  savoir  requises  pour  l'ordination  et 
l'épiscopat.  L'œuvre  canonique  du  concile  d'Agde  est, 
à  cet  égard,  éminemment  représentative  :  moins  ori- 


ginale peut-être  qu'on  ne  l'a  cru,  car  de  nombreux 
canons  ne  sont  qu'une  transcription  plus  clairement 
rédigée  des  Staluta  Ecclesiae  aniiqua  ou  un  rappel  des 
prescriptions  antérieures  édictées  à  Angers  (453),  à 
Tours  (461)  et  à  Vannes  (465),  la  législation  d'Agde 
n'en  constitue  pas  moins  un  code  d'une  importance  et 
d'une  autorité  considérables,  auquel  se  sont  impli- 
citement conformés  tous  les  conciles  contemporains  ou 
postérieurs,  qu'ils  se  soient  tenus  en  pays  burgonde 
(Épaone,  517)  ou  franc  (Orléans,  541)  et  même  en 
Espagne  (Tarragone,  517  et  Ilerda,  527).  Les  déroga- 
tions ou  précisions  que  Césaire  sollicita  de  Symmaque 
(P.  L.,  Lxii,  53;  Mansi,  viii,  211;  M.  G.  H.,  Epist. 
merov.,  i,  37-40)  touchant  la  disposition  des  biens 
d'Église,  la  profession  des  vœux  féminins  et  pour  en- 
rayer l'accession  indue  ou  vénale  à  l'épiscopat  de 
laïques  puissants,  les  dispositions  d'Arles  (524)  au 
sujet  de  l'âge  des  ordinands,  de  Carpentras  (527)  rela- 
tives à  l'administration  temporelle  des  paroisses,  et  de 
Vaison  (529)  recommandant,  selon  l'usage  italien,  de 
créer  des  centres  d'enseignement  pour  la  jeunesse  ne 
constituent  en  somme  que  des  amendements  à  l'œuvre 
capitale  promulguée  à  Agde.  Ce  sont  les  canons  d'Agde 
qui  fixaient  la  doctrine  en  tout  ce  qui  touchait  à  la 
juridiction  épiscopale  et  ses  limites,  aux  droits  et 
obligations  des  clercs,  spécialement  le  célibat,  au 
statut  des  communautés  monastiques  ou  des  clercs  et 
moines  errants,  enfin  et  surtout  aux  exceptions  qui 
pouvaient  être  apportées,  sous  certaines  garanties,  au 
principe  de  l'inaliénabilité  des  biens  d'Église  (Mansi, 
VIII,  319-88).  Dans  quelle  mesure  faut-il  admettre  que 
les  Statuia  qui  ont  fourni  la  majeure  substance  des 
prescriptions  d'Agde  sont  l'œuvre  de  Césaire?  Mal- 
nory,  dans  son  S.  Césaire,  50-58,  a  fourni  en  faveur  de 
cette  thèse  des  présomptions  très  fortes,  combattues 
par  dom  Morin  (Rev.  bénéd.,  xxx,  1913,  p.  334-43)  qui 
a  montré  que  Césaire,  lorsqu'il  a  parlé  des  Statuta,  a 
toujours  été  bien  loin  d'en  revendiquer  la  paternité. 
Il  est  certain  que  Césaire  n'a  pu  prendre  sur  lui  de 
rédiger  les  statuts;  mais  n'a-t-il  pu  parfois  en  retou- 
cher le  texte,  en  opérer  le  classement?  En  tout  cas,  il 
les  a  étudiés  de  très  près;  il  en  révère  l'autorité  et  en 
général  il  s'y  tient.  De  là,  l'embarras  qu'il  éprouve 
lorsque  la  jurisprudence  gallicane  est  en  conflit  avec  la 
jurisprudence  romaine.  Ce  fut,  par  ex.,  le  cas  lorsqu'il 
voulut  faire  reconnaître  la  validité  de  certaines  ces- 
sions ou  dévolutions  effectuées  au  profit  des  moniales 
ou  d'œuvres  charitables,  cessions  auxquelles  les  papes 
résistèrent  ou  du  moins  n'acquiescèrent  que  très 
difficilement  (cf.  Malnory,  op.  cil,  118-19);  ou  encore 
dans  l'affaire  de  Contumeliosus,  cassée  pour  vice  de 
procédure  et  au  cours  de  laquelle  le  pape  Agapet 
reprocha  à  Césaire  de  n'avoir  pas  respecté  le  caractère 
suspensif  de  l'appel  et  d'avoir  soumis  un  évêque  à  la 
pénitence  de  droit  commun  (M.  G.  H.,  Epist.  merov., 
I,  56-57;  éd.  Morin,  ii,  30-31). 

Ces  refus  ou  ces  blâmes  des  papes,  tout  aussi  bien 
que  leurs  sanctions  approbatrices,  ne  font  que  mettre 
en  lumière  la  docilité  filiale  et  absolue  de  Césaire  à 
l'égard  du  siège  de  Rome.  Il  ne  lui  suffisait  pas  d'avoir 
pour  lui  la  tradition  des  conciles  ou  la  coutume  de  son 
diocèse  et  de  ses  compatriotes.  Aucun  soupçon  chez 
lui  d'autonomisme  épiscopal  ou  national.  Il  ne  se 
considère  qualifié  pour  agir  qu'en  qualité  de  manda- 
taire du  pape  et,  même  dans  son  diocèse,  une  question 
d'ordre  intérieur,  comme  l'établissement  de  franchises 
spéciales  en  faveur  de  moniales,  sera  expressément 
soumise,  non  seulement  à  la  signature  des  évêques 
coniprovinciaux,  mais  encore  à  la  ratification  des 
papes. 

Ce  recours  permanent  à  l'autorité  suprême,  en  vertu 
duquel  Césaire  exerçait  son  action  disciplinaire,  com- 
portait naturellement  à  son  profit  et  de  la  part  de  cette 


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CÉSAIRE 


D'ARLES 


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même  autorité  la  reconnaissance  et  la  délimitation  in- 
discutée de  sa  juridiction  territoriale.  Depuis  plus  d'un 
demi-siècle,  les  évèques  d'Arles  exerçaient  leur  auto- 
rité métrojiolitaine  sur  les  diocèses  compris  entre  la 
Drôme  et  la  Durance.  Or  les  prétentions  des  évèques 
de  Vienne  et  l'expansion  de  l'État  burgonde  avaient 
remis  en  question  cette  autorité;  indifférent  aux 
vicissitudes  des  frontières,  Symmaque  maintint  au 
profit  de  Césaire,  comme  il  l'avait  fait  au  profit 
d'Éone,  les  droits  traditionnels  de  l'évêché  d'Arles,  et 
lorsqu'en  513  il  lui  renouvela  son  privilège  vicarial,  il 
spécifia  que  celui-ci  s'étendait  sur  les  Gaules  et  l'Es- 
pagne, c.-à-d.  en  fait  sur  la  chrétienté  transalpine. 
Notons  d'ailleurs  que  cette  charge,  bien  qu'attribuée  à 
l'évêque  d'Arles,  n'en  impliquait  pas  moins  un  carac- 
tère de  mission  personnelle  :  c'est  parce  qu'il  jouit 
personnellement  de  la  confiance  du  S. -Siège  qu'il  est 
investi  d'un  si  large  pouvoir  et  il  n'en  use,  en  fait, 
qu'en  qualité  de  lieutenant  et  mandataire  de  Rome,  à 
titre  de  conseiller,  d'inspirateur  plutôt  que  de  chef, 
sans  qu'on  puisse  dénoncer  de  sa  part  en  Espagne, 
dans  le  royaume  franc,  ni  même  dans  la  province  limi- 
trophe de  Vienne,  une  démarche  abusive  ou  seulement 
indiscrète. 

V.  Son  ROLE  théologique.  —  Il  ne  faudrait  pas  en 
conclure  que  pour  Césaire  sa  charge  de  vicaire  ne  fut 
qu'un  organisme  de  liaison,  un  poste  de  contrôle  où  il 
n'aurait  eu  qu'à  assurer  l'expédition  des  affaires  disci- 
plinaires ou  temporelles.  Délégué  permanent  du  pon- 
tife, il  se  doit  de  veiller  au  maintien  de  l'orthodoxie  et 
cela  dans  le  sens  le  plus  nettement  «  catholique  ro- 
main ».  Cela  explique  son  intervention,  lors  des  conciles 
de  Valence  et  d'Orange,  au  sujet  des  questions  de  la 
grâce  et  du  libre  arbitre.  Tandis  que  l'influence  dite 
semi-pélagienne,  propagée  surtout  par  l'enseignement 
de  Cassien  et  de  Faustus  de  Riez,  restait  profonde 
dans  une  partie  de  l'épiscopat  gallo-romain,  Césaire, 
depuis  toujours  admirateur  d'Augustin  et  probable- 
ment impressionné  par  une  polémique  récente  de 
Jean  Maxence  et  par  les  traités  de  Fulgence  de  Ruspe, 
se  montra,  de  plus  en  plus  ouvertement,  partisan  de 
l'action  prévenante  et  indispensable  de  la  Grâce.  Au 
concile  de  Valence  (sept.  528?),  tenu  en  pays  burgonde, 
il  fit  défendre  son  point  de  vue  par  son  meilleur  dis- 
ciple, Cyprien  de  Toulon.  Déçu  probablement  de 
n'avoir  pu  enlever  l'approbation  des  évèques  de  Va- 
lence, il  se  tourna  vers  Rome  et  présenta  un  avant- 
projet  en  dix-neuf  capitula  (Mansi,  viii,  722-24)  que 
Rome  revisa,  corrigea  et  compléta  par  l'addition  de 
«  sentences  »  augustiniennes  empruntées  à  Prosper. 
(Cf.  M.  Cappuyns,  L'origine  des  «  Capitula  »  d'Orange, 
dans  Recherches  de  Ihéol.  ancienne  et  médiévale,  vi, 
1934,  p.  121-43  et  nos  observations  dans  Fliche  et 
Martin,  Hist.  de  l'Église,  iv,  416  et  418,  n.  1.)  De  là  un 
document  nouveau  qui  fut  proclamé  solennellement 
lors  de  la  dédicace  de  la  basilique  d'Orange  le 
3  juin.  529,  et  que  Césaire  faisait  suivre  encore  d'une 
explication  insistant  sur  les  conséquences  du  péché 
originel,  sur  la  nécessité  initiale  et  la  coopération 
irremplaçable  de  la  grâce,  mais  aussi  sauvegardant,  en 
des  termes  auxquels  on  n'a  pas  toujours  prêté  suffi- 
samment attention,  l'efficacité  du  libre  arbitre  res- 
tauré par  la  grâce  du  baptême.  Ainsi  se  trouvait  établi 
un  texte  qui,  dans  la  pensée  de  Césaire,  devait  clore 
définitivement  le  débat  sur  la  grâce,  et  pour  lequel, 
après  une  élaboration  aussi  minutieuse,  non  content  de 
l'adhésion  de  treize  évèques  sufiragants  et  de  la 
signature  de  laïques  illustres,  tels  que  le  patrice  Li- 
bère, il  voulut  une  fois  de  plus  avoir  la  ratification 
apostolique  du  document  entier.  Cette  ratification  lui 
fut  accordée  par  Bonitace  II,  successeur  du  pape  Fé- 
lix IV,  et  Césaire  la  fit  précéder  de  la  mention  «  Que 
quiconque  croira  au  sujet  de  la  grâce  autrement  que  le 


fixe  cette  autorité  (du  pape)  et  que  l'a  établi  ce  synode 
sache  qu'il  se  met  en  contradiction  avec  le  Siège  apos- 
tolique et  avec  toute  l'Église  dans  le  monde  entier  » 
(éd.  Morin,  ii,  66;  Malnory,  op.  cit.,  154). 

On  a  souvent  parlé  du  «  rôle  théologique  »  de  S.  Cé- 
saire (cf.  P.  Lejay,  Rev.  d'hist.  et  de  litt.  religieuse,  x, 
1905,  p.  '250  sq.  et  D.  T.  C,  ii,  2108-85).  Si  on  s'atten- 
dait par  là  à  un  travail  d'approfondissement,  à  un  effort 
spéculatif  de  recherche  ou  de  synthèse,  on  ne  trouvera 
rien  de  tel.  En  dogmatique  comme  en  discipline,  Cé- 
saire a  toujours  cherché  la  formule  précise,  sans  équi- 
voque et  sûre,  «  fondée  sur  les  définitions  des  Pères  », 
qui  doit  prendre  force  de  loi  et  être  admise  de  tous. 
Sa  théologie  franche  s'exprime  par  sentences  succes- 
sives et  vigoureuses  qui  enlacent  la  vérité,  sans  am- 
bages ni  enjolivements.  On  a  voulu  le  qualifier  :  «  un 
augustinien  de  la  stricte  observance  »  (Lejay,  D.  T.  C, 
II,  2178).  Cette  formule  appelle  des  réserves  :  augusti- 
nien, plein  de  respect  et  de  dévotion  pour  le  grand 
évêque  d'Hippone,  certes  il  le  fut.  Mais  sans  étroitesse, 
sans  fanatisme  :  sa  théologie,  humaine,  compréhensive, 
n'a  pas  le  rigorisme  de  Fulgence  de  Ruspe  ni  même  de 
Prosper  d'Aquitaine  dans  ses  premiers  écrits.  Sa  foi 
entière  dans  la  puissance  de  la  grâce  ne  l'amène  pas  à 
sous-estimer  les  efforts  du  libre  arbitre,  au  moyen  du- 
quel tout  chrétien  baptisé  peut  et  doit  combattre  pour 
gagner  son  salut.  Ce  même  souci  d'exactitude  et  de 
modération,  ce  même  goût  des  définitions  nettes  et 
simples  le  guide  dans  sa  théologie  trinitaire.  11  est 
difficile  d'apprécier  son  De  myslerio  S.  Trinitatis  et  son 
Breviarium  adv.  haereticos  (éd.  Morin,  ii,  165-180, 
182-208),  œuvres  de  vulgarisation  dont  la  substance 
et  l'argumentation  proviennent  en  grande  partie  d'élé- 
ments empruntés,  et  il  n'est  pas  absolument  prouvé 
que  le  fameux  symbole  Quicumque,  dit  de  S.  Athanase, 
soit  de  lui  {Rev.  bénéd.,  xliv,  1932,  p.  206-19);  mais  il 
est  certain  qu'il  en  a  accueilli  et  propagé  les  formules 
avec  prédilection  comme  un  compendium  très  clair  de 
la  foi  catholique,  particulièrement  utile  en  un  pays  de 
confessions  multiples,  pour  bien  caractériser  la  doc-- 
trine  à  rencontre  de  l'hérésie  arienne.  (Cf.  C.  H.  Tur- 
ner,  The  history  and  use  of  ihe  Creeds...  in  the  early  cen- 
turies of  the  Church,  Londres,  1906,  p.  70-74  et  dom  G. 
Morin,  Rev.  bénéd.,  xviii,  1901,  p.  337-63  et  xliv, 
1932,  p.  216-219.) 

VI.  Son  ROLE  politique.  —  Le  rôle  politique,  et,  si 
l'on  peut  dire,  historique  de  Césaire  mérite  d'être  étu- 
dié de  près.  Son  épiscopat  représente  le  premier  essai 
durable  de  «  normalisation  »  des  rapports  officiels  de 
l'Église  avec  les  royautés  barbares.  Jusqu'alors  il  n'y  a 
eu  que  des  contacts  précaires,  orageux.  Les  évèques 
ont  essayé  de  leur  mieux  de  protéger  leurs  peuples,  de 
sauvegarder  la  liberté  religieuse  et  la  propriété  des 
églises,  de  limiter  les  spoliations.  L'exil  les  attend  à  la 
première  velléité  de  résistance.  Les  bons  rapports  que 
S.  Avit  et  S.  Remi  ont  réussi  à  entretenir  avec  leurs 
souverains  burgondes  et  francs  tiennent  uniquement  à 
leur  prestige  personnel  et  à  leur  diplomatie;  ils  ne 
reposent  pas  sur  un  pacte  précis.  Le  wisigoth  Euric 
s'est  montré  extrêmement  soupçonneux.  L'épiscopat 
de  Césaire  ne  sera  pas  de  tout  repos  ;  mais  dès  son  entrée 
en  charge,  sa  compréhension,  son  réalisme  le  mettent 
en  mesure  de  collaborer  à  la  politique  stabilisatrice 
d'Alaric.  Le  concile  d'Agde  fait  mieux  que  de  jeter  les 
bases  d'une  politique  d'entente;  il  fixe  un  statut  par- 
faitement équitable  qui,  sur  beaucoup  de  points, 
touche  aux  lois  civiles,  concernant  la  condition  des 
personnes  et  des  biens.  En  matière  politique,  Césaire 
professait  «  qu'en  tout  lieu,  ibi  et  ubique,  l'Église 
devait  rendre  à  César  ce  qui  est  à  César  et  à  Dieu  ce  qui 
est  à  Dieu;  qu'il  fallait  obéir  selon  l'Apôtre  aux  rois  et 
aux  puissances  dans  leurs  prescriptions  justes  »,  mais 
chez  un  prince  arien,  il  tenait  en  mépris  «  la  fausseté  de 


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CÉSAIRE 


D'ARLES 


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ses  dogmes  »  (  Vila,  i,  23).  Cette  règle  de  loyalisme  ne 
pouvait  en  venir  à  partager  les  préventions  ethniques 
des  vainqueurs.  Césaire  s'est  toujours  senti  gallo- 
romain.  Il  a  profité  de  l'expansion  du  royaume  go- 
thique pour  nouer  des  rapports  plus  étroits  avec  l'épi- 
scopat  de  l'ouest  des  Gaules,  avec  celui  d'Espagne  et 
avec  l'évêque  de  Pavie,  Ennodius.  Il  n'a  pas  cessé,  au 
péril  de  sa  situation,  de  considérer  comme  des  compa- 
triotes les  catholiques  burgondes  et  d'entretenir  avec 
leurs  rois  des  relations  qui  furent  profitables  aux  jours 
de  détresse  (  Vita,  ii,  9).  Il  ne  semble  pas  qu'il  ait  ja- 
mais tourné  les  yeux  vers  Justinien;  mais  la  royauté 
catholique  de  Clovis  s'élevait  comme  une  promesse. 
Césaire  avait  subi  en  508  les  ravages  de  l'invasion 
franque  ;  mais,  du  moment  que  le  changement  de  régime 
se  faisait  sans  violence,  il  salua  avec  joie  en  538  l'arri- 
vée d'un  prince  catholique.  Si  en  effet  il  avait  pu  appré- 
cier pendant  vingt  ans  le  libéralisme  de  Théodoric  et 
si,  de  la  part  du  patrice  Libère,  il  avait  rencontré  le 
concours  empressé  et  constant  du  pouvoir  civil,  il  con- 
naissait trop  le  fanatisme  arien  des  éléments  militaires 
goths  pour  ne  pas  appréhender  le  retour  des  tracasse- 
ries passées.  L'avènement  de  Childebert  était  au 
moins  à  cet  égard  une  garantie  et  une  consolation. 
D'ailleurs  l'existence  de  frontières  politiques  arbi- 
traires avait  souvent  gêné  son  action  métropolitaine  : 
tout  le  temps  que  les  Burgondes  occupèrent  la  rive 
droite  de  la  Durance,  ses  ressortissants  s'étaient  ratta- 
chés en  fait  à  l'obédiencd'  de  Vienne  et  c'est  ainsi  qu'ils 
avaient  participé  en  517  au  concile  d'Épaone.  Sous 
l'hégémonie  de  rois  francs  qui  d'ailleurs  favorisaient 
son  Église  de  dotations  et  d'immunités,  il  avait  lieu 
d'espérer  que  ces  ennuis  ne  se  reproduiraient  plus;  il  ne 
pouvait  prévoir  qu'Arles  était  destinée  à  perdre  sa 
primauté  religieuse  en  même  temps  que  son  impor- 
tance civile  et  que  l'activité  politique  allait  se  trans- 
porter vers  les  capitales  du  Nord  :  Orléans,  Paris,  Metz. 
Néanmoins  le  mandat  vicarial  devait  encore  être  ex- 
pressément renouvelé,  sous  réserve  de  l'approbation 
des  rois  francs,  en  faveur  des  successeurs  directs  de 
Césaire  :  Auxanius,  Aurélien  et  Sapundus  par  les  papes 
Vigile  et  Pélage,  en  545,  546  et  557  (M.  G.  H.,  Epist. 
merov.,  i,  59,  60  et  63). 

VII.  Son  œuvre  littéraire  et  oratoire.  —  Cé- 
saire n'a  jamais  songé  à  faire  montre  de  qualités  litté- 
raires; les  préoccupations  stylistiques  d'un  S.  Avit  ou 
d'un  Ennodius  lui  sont  toujours  restées  indifférentes. 
Son  œuvre,  relativement  copieuse,  ne  comprend  donc 
que  des  écrits  d'affaires  et  des  textes  de  sermons.  Les 
premiers  se  ramènent  en  somme  à  des  actes  d'adminis- 
tration :  Lettre  à  Ruricius  (P.  L.,  xii;  Mansi,  viii,  43) 
et  à  Agraecius  (Mansi,  viii,  343);  Postulata  présentés  à 
Symmaque  (Mansi,  viii,  211  et  228);  Règle  des  moines 
(éd.  Morin,  ii,  149-55)  qui  semble  à  bien  des  égards 
une  codification  de  la  coutume  de  Lérins  ;  Ci'rcu/ai're 
justificative  et  accusatrice  au  sujet  de  Contumeliosus 
(Mansi,  viii,  811-14,  M.  G.  H.,  Epist.  meroy.,  i,  45-57)  ; 
enfin  son  Testament  (éd.  Morin,  ii,  281-89),  sorte 
d'adjuration  adressée  à  l'évêque  successeur  et  dans 
laquelle  s'exprime  une  dernière  fois  sa  sollicitude 
à  l'égard  des  moniales.  Il  faut  mettre  à  part  la  Régula 
sanetarum  virginum  (éd.  Morin,  ii,  99-129  ;  F/on7e^. 
patristicum,  xxxiv),  chef-d'œuvre  d'expérience  abba- 
tiale et  de  psychologie  judicieuse  qui  prévoit,  organise, 
exhorte,  mais  aussi  met  en  garde  avec  une  dilection  vi- 
gilante contre  des  défaillances  possibles.  Une  assez 
longue  recapitulalio  additionnelle  au  texte  primitif  est 
signée  de  .534.  On  doit  aussi  attribuer  à  Césaire  la 
rédaction  des  canons  d'Agde  et  surtout  de  Vaison 
(Mansi,  viii,  725-28),  peut-être  aussi  celle  des  xix  Ca- 
pitula sancti  Augustini  in  Urbe  Roma  transmissa 
(Mansi,  viii,  722-24),  et  enfin  la  troisième  partie  de  la 
Déclaration  dogmatique  d'Orange  (Mansi,  viii,  7 1 1-1 7). 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


Le  De  mysterio  sanctae  Trinitatis  et  le  Breviarium  ado. 
haerelicos  contre  les  ariens  sont  des  ouvrages  d'apo- 
logétique et  de  propagande,  clairs  et  convaincants, 
mais  dont  la  documentation  et  la  valeur  démonstrative 
doivent  être  rapportées  aux  «  sources  »  que  Césaire 
a  suivies.  Il  ne  semble  pas  que  le  travail  exégétique  sur 
l'apocalypse  (P.  L.,  xxxv,  2417-52)  que  D.  Morin  a 
voulu  lui  attribuer  {Reu.  bénéd.,  xlv,  1933,  p.  43-61) 
soit  plus  original.  Enfin,  les  deux  (ou  trois)  lettres 
d'exhortation  adressées  à  l'abbesse  Césarie  et  à  une 
religieuse  inconnue  qu'un  lapsus  a  fait  désigner  sous  le 
nom  d'Oratoria  {P.  L.,  lxviii,  1125-38;  Floril.  patrist., 
xxxiv,  p.  33-52)  ne  sont  qu'un  recueil  de  passages  édi- 
fiants parmi  lesquels  on  est  surpris  de  rencontrer  des 
formules  et  des  phrases  empruntées  presque  intégra- 
lement à  des  textes  antérieurs,  par  ex.  à  la  Lettre  à  Dé- 
métriade,  de  Pélage.  D'autres  écrits  (éd.  Morin,  ii, 
159-64),  sur  la  grâce,  ne  sont  guère  que  des  «  dossiers  » 
de  textes  scripturaires  ou  patristiques  {Rev.  bénéd., 
xiii,  1896,  p.  435-49;  xxi,  1904,  p.  226-35). 

Les  œuvres  oratoires  de  Césaire  présentent  un  inté- 
rêt beaucoup  plus  grand.  Non  pas  qu'elles  aient  en  soi 
un  cachet  plus  littéraire,  au  contraire,  mais  parce 
qu'elles  constituent  un  exemple  excellent,  presque  un 
modèle  d'éloquence  populaire.  Ce  sont  des  entretiens  : 
sermones,  des  leçons  :  admonitiones,  dans  lesquels  la 
simplicité  fraternelle  du  ton  n'atténue  en  rien  l'auto- 
rité des  commandements  divins  et  la  rigueur  des 
devoirs  inculqués.  Aucune  virtuosité  de  style,  aucun 
souci  de  la  copia.  Des  phrases  familières,  des  exemples 
concrets,  d'ailleurs  très  expressifs,  empruntés  à  la 
réalité  rustique,  à  la  vie  quotidienne.  Les  textes  sacrés, 
qui  fondent  l'obligation,  toujours  cités  en  vedette;  des 
impératifs  nombreux,  qui  reprennent  incessament  les 
mêmes  devoirs  et  mettent  en  garde  contre  les  mêmes 
défauts.  Un  plan  assez  fiottant,  mais  d'ordinaire,  en 
guise  de  péroraison,  un  résumé,  recapitulqtio,  à  l'usage 
des  esprits  obtus  ou  distraits,  détachant  les  conclu- 
sions les  plus  importantes  qu'il  faut  retenir  et  rappor- 
ter à  ses  voisins. 

En  général,  les  considérations  théologiques  sont 
écartées;  les  commentaires  de  l'Écriture,  rapides  et 
sans  inutile  subtilité,  orientés  vers  une  application 
pratique.  Les  Sermons  de  Césaire  sont  avant  tout  un 
rappel  des  enseignements  de  la  morale  chrétienne. 
Rien  n'est  banal  ou  oiseux  dans  cette  prédication  ;  elle 
combat  des  défauts  ou  des  crimes  qui  étaient  les  tares 
d'une  civilisation  en  pleine  transformation  :  la 
superstition,  résidu  vivace  des  croyances  païennes 
(Append.  Aug.,  130  et  278;  éd.  Morin,  54  et  193); 
l'ivresse  brutale,  importation  des  envahisseurs  {Ap- 
pend. Aug.,  294;  Morin,  46);  l'infanticide  et  l'avor- 
tement,  effet  de  la  corruption  des  mœurs  ou  consé- 
quence de  la  misère  (Append.  Aug.,  292;  Morin,  44); 
des  fautes  qui  sont  de  tous  les  temps,  l'inconduite  et 
l'infidélité  aux  lois  du  mariage  (Append.  Aug.,  289; 
Morin,  43);  d'autres  moins  graves  mais  contre  les- 
quelles il  s'élève  avec  indignation  :  la  mauvaise  tenue 
au  cours  des  offices  divins  (Append.  Aug.,  286; 
Morin,  77).  Telle  instruction,  comme  le  sermon  265 
(Morin,  13),  Sermo  in  parochiis  necessarius,  ou  le  ser- 
mon 295  (Morin,  47),  Ammonitio  contra  ebrietatis  ma- 
lum,  nous  donne  bien  l'idée  des  vérités  que  Césaire  ne 
se  lassait  pas  de  redire.  11  aimait  à  parler  en  toute  cir- 
constance, heureux  d'exercer  le  ministère  de  la  parole 
divine,  habile  à  saisir  les  allusions  opportunes,  les  com- 
paraisons frappantes,  les  mots  qui  tombent  juste  et 
(|u'on  n'oublie  point.  Il  aurait  pu  tirer  de  son  propre 
fonds  la  substance  de  ses  sermons;  il  s'en  est  rarement 
donné  la  peine.  Plein  d'une  humble  vénération  pour  les 
Pères  en  général,  et  pour  S.  Augustin  en  particulier,  il 
a  estimé  inutile  de  chercher  à  faire  mieux  qu'eux,  et 
sans  le  moindre  souci  de  propriété  et  surtout  d'orgueil 

H.  —  XII.  —  7  — 


195 


CÉSAIHK  D'ARLRS 


—  CÉSATRF, 


190 


littéraire,  il  a  tout  simplement  adapté  à  son  usage  les 
richesses,  authentiques  ou  non,  de  la  collection 
augustinienne. 

Indifférent  aux  recherches  du  style,  il  resserre  le  dé- 
veloppement, élague  les  subtilités,  «  fusionne  »  entre 
elles  plusieurs  pensées;  ce  qui  ne  l'empêche  pas  de 
garder  en  tête  du  texte  ainsi  refondu  le  nom  de  son 
auteur  (éd.  Morin,  Sermons.  17,  21,  24,  38,  177, 
185,  etc.).  Ailleurs,  il  utilise  des  exhortations  de  Faus- 
tus  de  Riez  (éd.  Morin,  56,  57,  58),  et  encore  de  S.  Sé- 
datus  (193)  et  de  S.  Éphrem  (72.  77).  D'autres  pièces 
sont  de  véritables  centons,  des  excarjjsu  ou  des  excerp- 
la  (cf.  Serm.,  2(),  6G,  69,  etc.).  Sur  les  238  sermons  édi- 
tés par  dom  Morin,  84  sont  alïectés  d'un  signe  critique 
dénotant  une  source  étrangère  et  il  faudrait  bien  se 
garder  de  conclure  que  les  154  autres  sont  purement 
originaux. 

La  Sugyeslio  humilis  (Malnory,  op.  cil..  294-307;  éd. 
Morin,  Serm.,  1  ),  instruction  pastorale  adressée  à  ses 
frères  de  l'épiscopat,  montre  toute  l'importance  que 
Césaire  attachait  au  devoir  de  la  prédication  :  la 
parole  divine  étant  la  véritable  nourriture  des  âmes 
dont  les  évêques  et  les  prêtres  sont  les  dispensateurs 
responsables.  C'est  pourquoi  il  fit  accorder  aux  diacres 
le  droit  de  lire  les  instructions  des  Pères  aussi  bien 
dans  les  centres  ruraux  que  dans  les  cités.  Il  avait  or- 
ganisé un  véritable  centre  d'édition  et  de  propagande 
consacré  à  la  diffusion  de  ses  propres  œuvres  et  de  ces 
sermons  augustiniens  et  faustiens  qui,  adaptés  et  revi- 
sés par  lui,  copiés  probablement  dans  le  scriptorium 
des  moniales  (cf.  Vila,  i,  58),  étaient  par  ses  soins  remis 
à  tous  les  visiteurs  ou  expédiés  au  loin  :  longe  vero 
positis  in  Francia  (c.-à-d.,  en  Germanie)  in  Galliis 
atque  in  Italia,  in  Hispania  dioersisque  provinciis 
constituas  transmisit  per  sacerdoles  qui  in  ecclesiis  suis 
praedicare  facerent  {Vita,  i,  55). 

Un  tel  travail  ne  fut  pas  perdu.  Si,  d'un  point  de  vue 
purement  littéraire,  on  peut  regretter  que  Césaire  ait 
défiguré  l'aspect  authentique  de  la  grande  éloquence 
du  v"  s.,  il  n'en  reste  pas  moins  qu'il  a  doté  les  mission- 
naires d'un  fonds  homilétique  infiniment  précieux, 
suppléant  à  l'ignorance  du  clergé  et  à  l'insuffisance  des 
orateurs.  Ses  instructions,  d'une  haute  valeur  pra- 
tique, d'un  enseignement  admirablement  api)roprié 
aux  besoins  d'une  société  qui  allait  s'enfoncer  de  plus 
en  plus  dans  la  barbarie,  sont  devenues,  dans  le  haut 
Moyen  Age,  le  bien  commun  de  la  prédication  chré- 
tienne. Remaniées  encore  par  S.  filoi  et  S.  Boniface, 
elles  ont  servi  à  évangéliser  les  pays  bataves  et  ger- 
maniques (Malnory,  op.  cit..  242-44). 

VIII.  Conclusion.  —  S.  Césaire  reste  l'une  des  fi- 
gures les  plus  attachantes  et  les  plus  représentatives  de 
l'épiscopat  dans  la  première  moitié  du  vi"  s.  Il  a  rem- 
pli sa  tâche  pastorale  avec  un  zèle  admirable.  Il  n'a 
cessé  de  s'intéresser  à  l'éclat  et  à  la  piété  des  actes  li- 
turgiques. S'il  n'a  pu  établir  un  régime  durable  de 
coopération  avec  le  large  emi)ire  de  Théodoric,  il  a  du 
moins  contribué  à  régler  le  statut  de  l'Église  au  sein 
des  nationalités  nouvelles.  11  a  eu  l'honneur  de  pro- 
mulguer à  Orange  un  des  textes  capitaux  de  la  théolo- 
gie de  la  grâce.  Par  son  action  en  faveur  de  l'instruc- 
tion du  clergé,  il  a  retardé  l'obscurcissement  des 
siècles  barbares  ;  par  son  œuvre,  directe  ou  indirecte,  de 
prédicateur,  il  a  maintenu  dans  les  masses  un  minimum 
de  moralité  et  de  sens  religieux.  Et  cependant  per- 
sonne n'a  moins  songé  que  lui  à  mettre  en  avant  des 
conceptions  personnelles  :  l'efficacité  et  le  mérite  de 
son  action  viennent  peut-être  de  l'abnégation  avec 
laquelle  il  s'est  effacé  devant  la  tradition  des  Pères  et 
des  conciles,  devant  les  instructions  des  papes.  Ce  fut 
sans  doute  la  force  de  sa  législation  d'être  moins  une 
réforme  originale  qu'une  promulgation  mieux  définie 
de  la  jurisprudence  usuelle,  comme  c'est  sa  fidélité  à  la 


doctrine  de  S.  Augustin  et  aux  enseignements  de  Rome 
qui  a  fondé  l'indiscutable  autorité  de  la  déclara- 
tion d'Orange. 

Vita  sancti  Caesarii,  dans  A.  S.,  août,  vi,  50-83;  P.  L., 
Lxvn,  1007-42,  et  surtout  éd.  B.  Krusch,  dans  M.  G.  H., 
Merov.,  m,  457-501  ;  cf.  S.  Cavallin,  Literarhistorische  und 
texikritische  Studien  zur  Vita  S.  Caesarii  Arelatensis,  Lund, 
1934.  —  D.  Germain  Morin  a  travaillé  pendant  plus  d'un 
demi-siècle  à  la  préparation  d'une  édition  magistrale,  dont 
le  vol.  I  comprend  les  oeuvres  oratoires,  Sancti  Caesarii 
episcopi  Arelatensis  opéra  omnia  :  Sermones  seu  Admoni- 
tiones,  Maredsous,  1937,  cxv-1056  p.,  et  le  vol.  n  (Opéra 
varia),  Maredsous,  1942,  ix-39ô  p.,  les  lettres,  les  actes 
des  conciles,  les  écrits  théologiques  et  la  Vita;  la  Régula 
sanctarum  viryinum,  ainsi  que  les  Lettres  à  Césarie  ont 
été  éditées  à  part,  dans  le  Florilegium  patristicum,  fasc. 
XXXIV,  Bonn,  1933.  D'autres  ou^Tages  ou  opuscules  de 
Césaire  ont  été  publiés  ou  analysés  dans  la  collection 
de  la  Revue  bénédictine,  notamment  :  xvi,  1899,  p.  97-112 
(Testament  de  S.  Césaire);  xiii,  1896,  433-43  et  xxi,  1904, 
p.  226-39  (Opuscules  sur  la  grâce)  ;  xlv,  1933,  p.  43-61  (Ex- 
plication de  l'Apocalypse);  xlvi,  1934,  p.  190-205  (Traité 
la  Trinité).  —  L'édition  des  œuvres  de  Césaire  dans  la 
P.  L.  de  Migne  est  très  défectueuse  (P.  L.,  Lxvii).  Les 
œuvres  oratoires,  très  infidèlement  reproduites,  étaient 
groupées  dans  l'Appendice  des  œuvres  de  S.  Augustin 
(P.  L.,  xxxix);  Mansi,  viii,  donne  les  actes  des  conciles 
d'Agde,  d'Arles,  de  Carpentras,  d'Orange  et  de  Vaison. 

Parmi  les  ouvrages  modernes  consacrés  à  Césaire  d'Arles, 
deux  sont  particulièrement  remarquables  :  C.-F.  Arnold, 
Caesarius  von  Arelate  und  die  gallische  Kirche  seiner  Zeit, 
Leipzig,  1894.  —  A.  Malnory,  S.  Césaire,  évéque  d'Arles, 
503-43  {Biblioth.  de  l'École  des  Hautes-Études,  103),  Paris, 
1894.  —  Outre  ces  travaux  importants  on  peut  consulter  : 
P.  Lejay,  Le  rôle  théologique  de  Césaire  d'Arles,  dans  Revue 
d'hist.  et  litt.  religieuse,  x,  1905,  et  l'article  Césaire  d'Arles, 
dans  D.  T.  C,  ii,  2168-85.  —  M.  Chaillan,  S.  Césaire  (Les 
Saints),  Paris,  1912.  —  Bardenhewer,  Geschichte  der 
altkirchl.  Literatur,  iv,  Fribourg-en-Br.,  1924,  p.  345-56. 
—  Moricca,  Storia  délia  letteratura  latina  cristiana,  III,  ii, 
Turin,  1934,  p.  1129-1200.  —  Fliche  et  Martin,  His<.  de 
l'Église,  iv,  II"  part.,  ch.  vi,  p.  406-19,  par  G.  de  Plinval, 
Paris,  1937;  et  v,  ch.  xv,  p.  .506,  par  René  Aigrain,  1938. 

G.  DE  PlinvaL- 

CÉSAIRE  D'ARLES  (RÈGLES  DE  s.)-  Voir 
D.  D.  Can.,  m,  260-78;  D.  H.  G.  E.,  xii,  213-14. 

7.  CÉSAIRE,  moine  cistercien  d'HEISTER- 
BACH,  ou  Val-S. -Pierre,  diocèse  de  Cologne.  Il  naquit 
vers  1180  à  Cologne  ou  dans  les  environs;  il  suivit  les 
écoles  de  cette  ville  durant  une  dizaine  d'années  et  au 
début  de  1199  il  entra  à  Heisterbach  où  il  terminera 
ses  jours  vers  1240.  Dans  ses  charges  d'instructeur  des 
novices  puis  de  prieur,  il  eut  l'occasion  d'exercer  ses 
talents  d'inlassable  conteur  et  de  donner  libre  cours  à 
son  activité  littéraire.  Il  a  lui-même  énuméré  tous  ses 
travaux  dans  une  lettre  écrite  vers  la  fin  de  sa  vie 
(Epistola  catalogica).  De  ses  six  ouvrages,  quatre  seu- 
lement nous  restent  :  Dialogus  miraculorum;  Homi- 
liae;  Libri  VIII  diversarum  visionuni;  Actus,  Passio  et 
miracula  Engelberti.  Les  écrits  de  Césaire  furent  beau- 
coup lus  et  imités  en  leur  temps;  leur  succès  dans  la 
région  du  Rhin  et  en  Hollande  nous  est  garanti  par  le 
nombre  considérable  de  mss.  encore  existants.  Par 
ailleurs,  grâce  au  travail  de  M.  J.-Th.  Welter,  nous 
connaissons  mieux  la  place  que  tint  V Exemplum  dans 
la  lillérature  religieuse  et  didactique  du  Moyen  Age 
(thèse  de  doct.,  Paris,  1929).  En  cette  matière,  notre 
cistercien  n'a  pas  innové;  il  continue  une  tradition 
qui  ne  disparaîtra  pas  avec  lui,  mais  plus  qu'aucun 
autre  peut-être  il  est  représentatif  de  son  époque.  De 
nos  jours  encore  on  voit  paraître  fréquemment  de 
nouvelles  études  sur  le  personnage  et  ses  écrits. 

J.  Greven,  Kleinere  Studien  zu  C.  von  H.,  dans  Ann. 
bist.  Ver.  Nieder.,  xcix,  1916,  p.  1-35;  L.  T.  K.,  ii,  779.  — 
Alf.  Hilka,  Die  Wundergescbicbten  des  C.  von  H.,  Bonn, 
1937.  - —  A.  Meister,  Die  Fragmente  der  Libri  VIIJ..., 


197  CÉSAIRE  —  CÉSAR  DR  S  A I  NT-B  O  N  A  VE  NT  U  RE  198 


Rome,  1901,  et  critique  de  ce  travail  par  le  P.  Poncelet, 
dans  A.  Boll.,  1902,  p,  45-52.  —  A.  Schônbach,  Ueber 
C.  von  H.,  dans  Sitzungsber.  der  Akad.  der  Wiss.  in  Wien, 
Phil.-hist.  Kl.,  cxLiv,  1902,  p.  1-93;  eux,  1908,  p.  1-51; 
CLXiii,  1909,  p.  1-90.  —  Ch.  de  Visch,  Bibl.  script,  cisterc, 
Cologne,  1656,  p.  57,  reproduit  l'Epislola  catalogica. 

J.-M.  Canivez. 

8.  CÉSAIRE  de  MILENDONK,  bénédictin,  dont 
on  sait  seulement  qu'il  était  abbé  de  Prum  (Rhé- 
nanie) en  1212  et  qu'en  1217  il  se  retira  à  l'abbaye 
cistercienne  de  Heisterbach.  C'est  ce  qui  a  occasionné 
parfois  une  confusion  avec  Césaire  de  Heisterbach 
qui  vivait  vers  la  même  époque.  Mais  ce  dernier 
mentionne  lui-même  son  homonyme  dans  son  Dialo- 
gus  miraculorum,  1.  V,  c.  ii  et  1.  VI,  c.  m,  etc.  et  dans 
ses  Homiliae,  ii,  17.  Césaire  de  Milendonk  n'est  pas 
non  plus  à  confondre  avec  le  cistercien  Césaire,  prieur 
de  Villers-sur-Dyle,  près  Gembloux  (Belgique),  qui 
vivait  aussi  vers  le  même  temps  et  dont  la  mort  est 
mentionné  dans  le  Menologium  Cisterciense  au  23  févr. 

Gallia  chrisliana,  xiii,  597  sq.  (confond  Césaire  de  Milen- 
donk et  Césaire  de  Villers).  —  Al.  Kaufmann,  Caesarius 
uon  Heisterbach,  Cologne,  1862,  p.  84. 

G.  Allemang. 
CÉSAIRE  DE  NAZIANZE  (Saint),  frère  de 
S.  Grégoire  (v.  330,  f  9  mars  369).  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2185-86.  — ■  Mart.  Rom.,  76-77. 

9.  CÉSAIRE  DE  SPIRE  naquit  dans  la  ville 
dont  il  porta  le  nom.  Il  fit  ses  études  à  l'université  de 
Paris,  où  il  eut  pour  maître  Conrad  de  Reisenberg, 
plus  tard  prince-évêque  de  Hildesheim.  Revenu  dans 
sa  patrie,  Césaire  remporta  par  ses  prédications  des 
succès  peu  ordinaires.  Accusé  d'hérésie,  ce  fut  son  an- 
cien maître  qui  le  défendit.  Après  cela  Césaire  partit 
pour  Paris  où  il  s'enrôla  pour  la  cinquième  croisade. 
En  Terre  sainte,  il  trouva  François  d'Assise  et  Élie  de 
Cortone,  s'enthousiasma  pour  eux  et  se  fit  frère  mi- 
neur. Il  revint  avec  eux  en  Italie  et  assista  François 
d'Assise  dans  la  rédaction  de  la  seconde  règle  des 
frères  mineurs  (1221),  en  illustrant  celle-ci  de  plusieurs 
textes  de  la  sainte  Écriture.  Au  chapitre  général  des 
nattes  (1221),  Césaire  fut  désigné  comme  supérieur  de 
la  deuxième  expédition  franciscaine  en  Allemagne.  Le 
succès  de  cette  mission  et  la  fondation  de  l'ordre  en  ce 
pays  furent  soigneusement  notées  dans  la  chronique 
de  Jourdain  de  Giano.  En  1223  Césaire  prit  part  au 
chapitre  général  de  l'ordre,  qui  l'exonéra  de  sa 
charge  de  provincial  et  lui  permit  de  mener  en  Ombrie 
une  vie  consacrée  à  la  contemplation  et  à  la  pratique 
de  la  pauvreté  franciscaine.  Ce  genre  de  vie  et  aussi 
l'estime  dont  il  jouissait  chez  ses  confrères  suscitaient 
contre  lui  l'antipathie  de  frère  Élie,  général  de  l'ordre. 
Celui-ci,  abusant  d'une  licence  accordée  par  le  Sou- 
verain pontife,  fit  jeter  Césaire  en  prison  et  le  confia  à 
la  garde  d'un  frère  laïque  cruel.  Un  jour,  Césaire,  trou- 
vant la  porte  de  sa  prison  ouverte,  voulut  prendre 
l'air,  mais  son  gardien,  supposant  qu'il  tentait  de  s'éva- 
der, le  frappa  de  son  gourdin  avec  tant  de  violence 
qu'il  mourut  peu  après  (1239).  Ajoutons  que  le  récit 
de  l'emprisonnement  et  de  la  mort  de  Césaire  nous  est 
parvenu  par  les  écrits  d'Ange  de  Clareno,  qui  ne  sont 
pas  toujours  dignes  de  confiance. 

Chronica  fratris  lordani  de  lano,  éd.  Anal.  Franciscana, 
I,  Quaracchi,  1885,  p.  4-41;  éd.  Boehmer,  dans  Collection 
d'études  et  de  documents  sur  l'hist.  relig.  et  litt.du  Moyen  Age, 
VI,  Paris,  1908,  p.  8-32.  —  lAnge  de  Clareno],  llisloria 
septem  Iribulationum  ordinis  Minorum,  éd.  Tocco,  dans 
Hendiconti  délia  R.  Accademia  dei  Lincei,  classe  v  :  Scienze 
morali,  xvii,  Rome,  1908,  p.  229-36;  Epistola  excusatoria  ad 
papam,  éd.  Ehrle,  dans  Archiv  fur  Literatur-und  Kirchen- 
geschichte,  i,  Berlin,  1885,  p.  532.  —  Golubovich,  Biblioteca 
bio-bibliografica  délia  Terra  sanla,  i,  Quaracchi,  1906, 
p.  117-19.  —  Eubel,  Geschichte  der  oberdeutschen  (Strass- 
burger)  Minoriten-Provini,  Wurtzbourg,  1886,  p.  3-6.  — 


I  Holzapfel,  Handbuch  der  Geschichte  der  Franziskanerordens, 
Fribourg-en-Brisgau,  1909,  p.  8  et  24.  —  René  de  Nantes, 
Histoire  des  spirituels  dans  l'ordre  de  Saint-François,  Cou- 
vin-Paris,  1909,  p.  88-90.  —  Sbaralea,  Supplementum  et 
castigatio,  i,  Rome,  1909,  p.  198.  —  Lampen,  De  textibus 
S.  Scripturae  allegatis  in  opusculis  S.  P.  N.  Francisci, 
dans  Archiu.  franc,  histor.,  xvii,  1924,  p.  443-45.  —  K.  L., 
II,  1662-68;  iv,  371.  —  L.  T.  K.,  ii,  779-80. 

A.  Van  den  Wyngaert. 
CESALPIN I  (Andréa),  médecin  italien  (xvi^  s.). 
Voir  D.  T.  C.  u,  2186. 

CÉSAR.  Voir  Caesar. 

CÉSAR   DE  SAINT-BONAVENTURE, 

carme  déchaussé,  missionnaire  en  Hollande.  Jean  Ber- 
tier,  fils  de  Pierre  Bertier,  naquit  à  Leyde  (Hollande), 
le  16  mars  1615.  Son  père  était  calviniste,  mais  se 
convertit  en  1621,  avec  sa  famille,  à  la  foi  catholique, 
à  Paris  où  il  s'était  rendu  pour  exercer  la  charge  de 
géographe  du  roi.  Jean,  ainsi  que  deux  de  ses  frères, 
prit  l'habit  des  Carmes  Déchaussés  à  Paris.  Il  y  fit 
sa  profession  religieuse  le  18  juill.  1632.  En  1643,  il 
tenta  d'établir  la  mission  des  Carmes  Déchaussés  de 
la  province  de  Paris  en  Hollande.  A  cet  effet,  il  entre- 
prit, en  1643,  un  voyage  à  Rome  et  proposa  l'affaire 
au  chapitre  général  de  1644;  seulement  ce  ne  fut  qu'en 
1647  que  le  chapitre  accepta  cette  mission  et  chargea 
le  P.  César  lui-même  de  son  établissement.  S'étant 
donc  rendu  en  Hollande,  le  P.  César  fonda  une  rési- 
dence à  I^a  Haye.  En  1657,  à  la  suite  de  diverses 
calomnies,  à  cause  des  intrigues  de  l'Espagne  qui  ne 
souffrait  guère  la  présence  d'un  missionnaire  français 
dans  un  pays  qui  lui  était  soumis  et  sur  la  demande  du 
nonce  de  Belgique,  les  supérieurs  le  rappelèrent  en 
France,  quoiqu'il  eût  bien  mérité  de  la  foi  catholique, 
ayant  converti  nombre  d'hérétiques  et  d'apostats. 
En  1661,  il  fut  élu  prieur  du  couvent  d'Amiens,  et  en 
!  1662,  envoyé  par  le  chapitre  général  comme  prieur  au 
couvent  de  Malte,  où  il  mourut  le  27  oct.  1662. 

Le  P.  César  nous  a  laissé  différents  écrits  :  1°  Des 
relations  sur  la  mission  de  Hollande  :  Relalio  missionis 
Hotlandicae,  1647,  en  latin,  expose  les  difficultés  que 
les  missionnaires  ont  rencontrées  de  la  part  de  l'ordre 
et  des  supérieurs  dans  l'établissement  de  la  mission; 
aux  Archives  générales,  274  d;  Mémoires  concernant 
ma  mission  en  Hollande,  1643-52,  en  français;  aux 
Archives  générales,  274  c;  De  di/ficultatibus  quas 
paiitur  in  missione  Hollandica  P.  Fr.  Caesarius  a 
S.  Bonaventura...,  1656,  relatant  les  difficultés  subies 
de  la  part  de  la  marquise  de  Francoso,  dite  communé- 
ment princesse  de  Portugal,  et  du  légat  du  roi  d'Es- 
pagne; aux  Archives  générales,  274  d;  Des  préten- 
tions de  Madame  la  marquise  de  Francoso...,  diverses 
relations  écrites  vers  1657,  soit  en  latin  soit  en  fran- 
çais, sur  les  difficultés  suscitées  par  cette  marquise; 
aux  Archives  générales,  274  g.  —  2»  Des  ouvrages  de 
théologie  mentionnés  par  Martial  de  Saint-Jean-Bap- 
tiste et  Cosme  de  Villiers. 

Louis  de  Sainte-Thérèse,  Histoire  de  la  mission  des  Carmes 
Déchaussés  de  la  province  de  Paris  en  Hollande,  dans  Études 
carmélitaines,  m,  1913,  p.  570-91;  iv,  1914-19,  p.  51-74, 
205-24,  390-406;  v,  1920,  p.  86-120,  256-68,  d'après  le 
ms.  L  932  n.  8  des  Archives  nationales  de  Paris  :  le  ms. 
n'est  pas  signé,  mais  il  ressort  du  ch.  ii  qu'il  est  l'ouvrage 
du  P.  Louis;  il  contient  34  chapitres  dont  les  ch.  ii-xix 
sont  consacrés  à  l'œuvre  du  P.  César.  —  Martialis  a 
S.  Joanne-Baptista,  Bibliotheca  scriptorum  utriusque 
congregationis  et  sexus  Carmelitarum  Excalceatorum,  1730, 
p.  64.  • —  Cosme  de  Villiers,  Bibliotheca  Carmelitana,  1752, 
i,  306-07.  —  Blasius  a  Purificatione,  Storia  delta  nostra 
Missione  in  Inghilterra,  Hibernia  e  Ollanda,  P.  111;  aux 
Archives  générales,  277.  —  Ambrosius  a  S.  Teresia,  Nomen- 
clator  missionariorum  ordinis  Carmelitarum  Discalceatorum, 
1944,  p.  82-83. 

Melchior  de  Sainte-Marie. 


199 


CESARE  —  CÉSARÉE 


200 


CESARE  (Bonaventure-Amédée  de),  théolo- 
gien conventuel  (xviiie  s.)-  Voir  D.  T.  C,  ii,  2186. 

1.  CÉSARÉE,  évèché  de  BITHYNIE,  dépen- 
dant de  Nicomédie.  Césarée  n'était  qu'une  simple 
bourgade  (iroÀixvTi),  qui  portait  aussi  les  noms  de 
SmjTalia  (Z^upécXeiot),  de  Smyrdiané  (Z^upSiavii)  et 
de  Germanicopolis.  Son  identification  n'est  pas  encore 
certaine.  Tournefort  la  plaçait  au  nord-ouest  de 
Brousse,  ainsi  que  Kiepert  (Forma  orbis  antiqui, 
p.  ix).  W.  Ramsay  (As/a  Minor,  180)  précise  qu'il 
faut  la  chercher  sur  la  côte,  entre  Apamée  (Mouda- 
nia)  et  Dascylion  (laskil).  On  pense  aujourd'hui 
qu'elle  occupait  le  site  de  Bademkôy. 

Malgré  son  peu  d'importance,  Césarée  de  Bithynie 
possédait  un  évèché  dès  le  iii^  s.  On  en  a  la  preuve 
dans  le  récit  du  martyre  de  S.  Thyrse  et  de  ses  compa- 
gnons, sous  Dioclétien.  Il  y  est  dit  que  l'évêque  de 
Césarée  de  Bithynie  était  Philéas,  qui  se  cachait  par 
crainte  des  persécuteurs  (P.  G.,  cxvi,  517  C).  —  Rufus 
prit  part  au  concile  de  Nicée  (325)  (H.  Gelzer,  Patrum 
Nicaerwrum  nomina,  Leipzig,  1898,  p.  lxiv).  —  Paul 
assista  à  celui  de  Constantinople  en  518  (Mansi, 
vni,  1050  A).  —  Jean  fut  un  des  membres  du  concile 
réuni  en  536  par  le  patriarche  Ménas  (Mansi,  viii, 
878  D,  927  E,  935  E,  950  B,  974  A,  978  B,  1147  B).  — 
Théodose  eut,  le  24  août  655,  une  longue  controverse 
sur  les  deux  volontés  dans  le  Christ  avec  S.  Maxime  le 
Confesseur,  exilé  à  Bizya  (P.  G.,  xc,  135-60).  —  Théo- 
dore prit  part  au  sixième  concile  œcuménique  en  681, 
mais  seulement  à  partir  de  la  xvi»  session  (Mansi, 

XI,  602  A,  628  D,  649  B,  677  B).  —  Constantin  fut  un 
des  Pères  du  second  concile  de  Nicée  (787)  (Mansi, 

XII,  995  D,  1102  E;  xiii,  145  A,  369  B,  389  D).  — 
Théophile  participa  au  concile  de  879  qui  réhabilita 
l'hotius  (Mansi,  xvii  A-xviii  A,  376  E). 

On  ne  connaît  que  ces  huit  titulaires  et  l'on  ignore  à 
quelle  date  l'évêché  lui-même  disparut.  Ce  fut  proba- 
blement vers  la  fm  du  xi"  s.  ou  au  cours  du  xii", 
lorsque  les  Turcs  dévastèrent  la  région. 

Le  titre  de  Césarée  de  Bithynie  n'a  pas  encore  été 
conféré  dans  l'Église  romaine.  Il  est  vrai  qu'il  ne 
figure  dans  les  listes  de  la  Consistoriale  que  depuis 
1923.  Les  évêques  latins  du  titre  de  Césarée  de  Bithy- 
nie indiqués  par  Lequien  (m,  1021-24)  appartiennent 
à  Césarée  de  Palestine. 

Lequien,  i,  627-28.  —  Caesarea,  dans  Real-Encyclopàdie 
Pauly-Wissowa,  m,  1288-89.  —  Kaiaàpeia,  dans  MeyàXri  éAXTi- 
viKf)  ÉyKUKAoTTaiSsia,   xiii,  496. 

R.  Janin. 

2.  CÉSARÉE,  métropole  civile  et  religieuse  de 
la  CAPPADOCE.  Le  nom  primitif  de  la  ville  était  Ma- 
zaca,  à  cause  de  Mosoch,  héros  légendaire  qui  passait 
pour  l'ancêtre  des  Cappadociens.  La  ville  fut  aussi  ap- 
pelée Eusebeia,  peut-être  à  cause  du  roi  Ariarathe 
Eusébès.  Elle  porta  celui  de  Césarée  depuis  le  règne  de 
Tibère.  Elle  était  bâtie  au  pied  du  mont  Argée,  à 
1  100  m.  d'altitude,  sur  un  plateau  ondulé  formé  de 
cinq  collines  qui  se  trouve  au  sud-ouest  de  la  ville  ac- 
tuelle de  Kaysariè.  Elle  existait  déjà  du  temps  des 
Hittites  et  fut  la  capitale  des  rois  de  Cappadoce. 
Tigrane  III,  gendre  et  allié  de  Mithridate  le  Grand,  la 
prit  d'assaut  et  en  emmena  les  habitants,  ainsi  que 
d'autres  Cappadociens,  pour  peupler  la  ville  de  Ti- 
granocerte  qu'il  venait  de  fonder.  Lorsque  les  Ro- 
mains s'emparèrent  de  cette  dernière,  une  bonne  par- 
tie des  gens  de  Mazaca  retournèrent  dans  leurs  foyers 
(69  av.  J.-C).  Après  la  mort  d'Antiochus  III,  roi  de 
(^omagène,  qui  possédait  la  Cappadoce,  l'empereur 
'fibcre  réduisit  celle-ci  en  province  romaine  et  lui 
donna  pour  capitale  Mazaca,  qu'il  appela  Césarée.  Ce 
fut  une  ville  importante,  située  sur  la  route  qui 
conduisait  de  la  côte  occidentale  de  l'Asie  Mineure  et 


de  Constantinople  jusqu'en  Perse.  Zonaras  (Annales, 
XII,  23)  prétend  qu'elle  n'avait  pas  moins  de  400  000 
habitants  lorsque  Sapor  V",  roi  de  Perse,  s'en  empara 
sous  Valérien  (260).  Ce  nombre  paraît  exagéré,  étant 
donné  l'aire  dans  laquelle  on  a  pu  constater  des  ruines 
certaines  de  l'antiquité  gréco-romaine;  encore  une 
partie  de  celles-ci  appartiennent-elles  à  la  ville  nou- 
velle que  S.  Basile  construisit  en  dehors  de  l'ancienne 
pour  y  abriter  ses  œuvres  de  bienfaisance.  Justinien 
répara  les  murs  de  Césarée,  mais  il  en  restreignit 
l'étendue  (Procope,  De  aedif.,  v,  4).  La  ville  fut 
constamment  la  capitale  de  la  Cappadoce.  Lorsque 
l'empereur  Valens  divisa  la  province  en  deux,  elle 
demeura  capitale  de  la  Cappadoce  I"'.  Elle  déclina 
en  même  temps  que  l'empire  byzantin  et  fut  prise  par 
le  sultan  seidjoukide  Alp-Arslan  en  1064;  la  popula- 
tion fut  en  grande  partie  massacrée.  Les  Seldjou- 
kides  construisirent  au  nord-est  de  l'ancienne  ville  une 
forteresse  pour  abriter  la  population  musulmane  et  les 
chrétiens  demeurés  dans  le  pays.  Les  Mongols  la 
prirent  en  1243  et  elle  finit  par  tomber  aux  mains  des 
Turcs  osmanlis  qui  la  détiennent  encore.  Elle  fut  le 
théâtre  du  massacre  des  Arméniens,  le  30  nov.  1895. 
Elle  compte  actuellement  46  491  habitants  (1935), 
tous  musulmans,  sauf  quelques  centaines  d'Armé- 
niens. Quant  aux  1  500  Grecs  qu'on  y  trouvait  encore 
vers  1920,  ils  durent  quitter  le  pays  pour  se  réfugier 
en  Grèce  à  la  suite  de  l'échange  des  populations  or- 
donné par  le  traité  de  Lausanne  (25  juill.  1923).  Il  ne 
reste  plus  grand'chose  de  la  ville  ancienne,  car  les 
habitants  extraient  depuis  longtemps  tous  les  maté- 
riaux utilisables  pour  des  constructions  nouvelles. 

Il  est  probable  que  le  christianisme  pénétra  à  Césarée 
dès  les  temps  apostoliques,  puisque  S.  Pierre  s'adresse 
aux  habitants  de  la  Cappadoce  qui  ont  embrassé  la 
nouvelle  foi  (I  Petr. ,  i,  1).  Cependant  les  traditions  qui 
concernent  ce  fait  sont  nettement  légendaires  et  la 
liste  des  premiers  évêques  sujette  à  caution.  La  ville 
compta  de  nombreux  martyrs,  dont  plusieurs  furent 
l'objet  d'un  panégyrique  de  S.  Basile,  comme  S.  Ma- 
mas  ou  Mammès,  S.  Gordius,  Ste  Julitte.  Le  plus 
connu  de  ses  enfants  est  sans  contredit  S.  Basile,  doc- 
teur de  l'Église  et  père  du  monachisme  oriental;  il  fut 
imité  par  plusieurs  membres  de  sa  famille,  son  frère 
S.  Grégoire  de  Nysse,  sa  sœur  Ste  Macrine,  etc.,  que 
l'Église  a  également  canonisés. 

Césarée  joua  un  rôle  assez  important  dans  l'Église 
orientale  jusqu'au  moment  où  Constantinople  acca- 
para la  primauté.  L'influence  de  S.  Basile  y  fut  pour 
beaucoup,  mais  avant  lui  les  évêques  de  Césarée  exer- 
çaient une  véritable  juridiction  sur  tout  le  diocèse  ou 
gouvernement  du  Pont,  qui  comprenait  plus  de  la 
moitié  de  l'Asie  Mineure.  C'est  ainsi  que  S.  Léonce 
participa  à  la  fondation  de  l'Église  d'Arménie  vers  la 
fin  du  iii«  s.  Cf.  art.  Arménie.  Des  conciles  se  tinrent  à 
Césarée,  surtout  à  propos  de  l'arianisme,  en  317,  358, 
371,  etc.  Lorsque  Constantinople  fut  devenue  sans 
conteste  la  tête  de  l'Église  byzantine,  Césarée  conserva 
la  première  place  ai)rès  elle  dans  la  hiérarchie  ;  son 
évêque  était  TrpcoTÔÔpovoç  du  patriarcat.  II  l'est  resté 
jusqu'à  nos  jours. 

L'établissement  des  Turcs  en  Cappadoce  dès  la  fin 
du  xii"  s.  accéléra  la  décadence  de  l'Église  de  Césarée. 
Le  régime  des  Seidjoukides  fut  en  général  assez  tolé- 
rant, mais  celui  des  Osmanlis  devint  souvent  tracas- 
sier.  Aussi  nombre  de  chrétiens  passèrent-ils  à  l'isla- 
misme, poussés  par  l'intérêt  ou  par  le  manque  d'une 
véritable  conviction  religieuse.  Au  xix''  s.,  il  se  pro- 
duisait un  assez  fort  mouvement  d'émigration  qui  dis- 
persa beaucoup  de  fidèles  dans  les  villes  commer- 
çantes, comme  Constantino|)le  et  Smyrne,  ou  les  ports 
de  la  mer  Noire.  Aussi,  bien  que  l'cparchie  s'étendît 
sur  trois  vilayets  ou  i)rovinces,  son  importance  numé- 


201 


CÉSARÉE 


202 


rique  était  assez  faible.  Au  début  du  xx«  s.,  elle  ne 
comptait  que  40  000  âmes  environ,  avec  90  prêtres, 
répartis  très  inégalement  entre  une  cinquantaine  de 
localités  parfois  très  éloignées  les  unes  des  autres, 
A.  M.  Lébidès,  'H  nr|TpÔTToAis  Kaiaapefaç  KaTnra- 
5oK(otç,  dans  'HuepôAoyiov  tcSv  êôvikwv  çiAotvQpco- 
■mKwv  KOTaoTTiiiâTCOv,  Constantinople,  1905,  p.  122- 
55.  Le  métropolite  ne  résidait  pas  dans  la  ville  même 
de  Césarée,  mais  près  dé  là,  au  monastère  de  S. -Jean- 
Baptiste  situé  à  Zincidere.  Le  couvent  possédait 
depuis  1882  une  école  théologique  avec  une  centaine 
d'élèves;  elle  formait  des  curés  de  campagne  et  des 
instituteurs. 

Malgré  sa  décadence  irrémédiable,  Césarée  conserva 
pendant  longtemps  une  certaine  influence  sur  les 
affaires  ecclésiastiques  de  l'Asie  Mineure.  C'est  ainsi 
qu'en  1327,  le  patriarche  Isaïe  et  son  synode  lui 
confièrent  le  soin  des  métropoles  de  Sébaste  d'Armé- 
nie, d'Euchaïte,  d'Iconium  et  de  Mocissos  et  de  l'ar- 
chevêché de  Nazianze,  dont  les  sièges  étaient  souvent 
vacants  (Miklosich  et  Muller,  Acta  et  diplomata  graeca 
medii  aevi,  i,  143-44).  Vers  1365,  le  saint  synode 
renouvelle  le  même  geste  pour  les  métropoles  de 
Tyane,  de  Mocissos,  de  Sébaste  et  d'Iconium  et  pour 
l'archevêché  de  Nazianze  (ibid.,  468).  —  Même  décla- 
ration en  nov.  1370  pour  les  métropoles  de  Tyane  et  de 
Mocissos  alors  vacantes  (ibid.,  537).  Cependant  Mo- 
cissos venait  de  recevoir  un  titulaire  dans  la  per- 
sonne de  Joannice,  évêque  de  Nysse.  Le  20  nov.  de  la 
même  année,  le  saint  synode  chargea  Joannice,  con- 
jointement avec  le  métropolite  de  Césarée,  de  remettre 
de  l'ordre  dans  l'éparchie  d'Iconium,  où  un  moine  du 
nom  de  Tagaris  s'était  arrogé  les  droits  épiscopaux  et 
avait  fait  de  soi-disant  ordinations  (ibid.,  537-38). 
Notons  qu'en  cette  même  année  1370  la  métropole  de 
Nazianze  fut  unie  à  celle  de  Césarée  (ibid.,  536). 

La  liste  des  titulaires  grecs  de  Césarée  de  Cappa- 
doce  est  assez  fournie,  puisqu'elle  renferme  plus  de 
cent  vingt  noms,  mais  elle  est  loin  d'être  complète.  Les 
lacunes  les  plus  considérables  se  rencontrent  aux  vii«  et 
viii«  s.  et  du  XI»  au  xvi^.  Les  trois  premiers  sont  pure- 
ment légendaires  :  Primianus  ou  Longin,  qui  ne  serait 
autre  que  le  centurion  qui  perça  le  côté  de  Notre- 
Seigneur  sur  le  Calvaire,  Apollo  et  Épaphrodite,  tous 
deux  disciples  de  S.  Paul.  La  série  vraiment  historique 
commence  avec  Théocrite,  vers  160.  —  Alexandre, 
170-211.  —  Firmilien  I",  235-56.  —  Théoctiste,  258.  — 
Firmilien  II,  269.  —  Léonce  I",  285.  —  Agricolatis, 
314.  —  Eusèbe  I",  315-20.  —  Léonce  II,  325.  — 
Eusèbe  II,  335.  —  Dianius  I",  336.  ~  Eusèbe  III, 
340.  —  Eulalius  ou  Eulabius,  341.  —  Hermogène,  341. 

—  Dianius  II,  341-62.  —  Eusèbe  IV,  362-70.  —  S.  Ba- 
sile le  Grand,  370-79.  —  Héraclide,  379-80.  —  Hella- 
dius,  380-96.  —  Pharétrius,  396-404.  —  Archélaûs, 
404-31 .  —  Firmus,  431  -40.  —  Thalassius  I",  440-51 .  — 
Alepius,  458.  —  Thalassius  II,  469.  —  André,  485.  — 
Alype,  513.  —  Aréthas  I",  518.  —  Élie,  vers  530.  — 
Sotérius,  535-37.  —  Théodore  I",  538-50.  —  Aré- 
thas II,  550.  —  Sotérichus,  553.  —  Théocrite,  vers 
560.  —  Philalèthe,  681.  —  Cyriaque,  691.  —  Agapius, 
783,  787.  —  Nicolas,  806.  —  Thomas,  812.  —  Eusché- 
mon  I",  857-59.  —  Euthyme,  qui  fut  créé  par  Pho- 
tius,  vers  865.  —  Paul,  867.  —  Procope,  879-80.  — 
Théophane  I»',  886.  —  K;uschémon  II,  889.  —  Aré- 
thas III,  910.  —  Basile  II,  912-18.  —  Théophane  II 
Chœrinos,  928-33.  —  Ba.sile  III,  933-?.  —  Aréthas  IV, 
945.  —  Eusèbe  V,  9.50.  —  Basile  IV,  9.50-80.  — 
?,  1066  (Mansi,  xix,  1044  C).  —  ?,  1067  (ibid.,  1060  B). 

—  Cosmas,  ?-1084.  —  Étienne  I",  1084-?.  —  Abram 
Chrysos,  xi«-xii«  s.  —  Constantin,  1143-47.  —  Ma- 
caire  I",  vers  1150.  —  Étienne  II,  1156,  1166,  1171, 
1177.  —  ?,  1186.  —  Démétrius,  1190,  1192.  —  Mé- 
trophane  I",  1242?-1260?.  —  Basile  V  Caranténos, 


cet.  1352,  déposé  en  1363.  —  Méthode,  1365,  1368.  — 
Athanase,  vers  1370.  —  Euthyme  II,  1378.  —  Arsène, 
1440,  1443.  —  Agapius,  vers  1450.  —  Métrophane 
II,  1545-49,  nommé  patriarche  de  Constantinople 
en  1565.  — Macaire  II,  sept.  1560.  —  Joasaph,  1574, 
1575.  —  Pachôme  Pachestos,  ?-22  févr.  1584.  — 
Euthyme  III,  22  févr.  1584-?.  —  Métrophane  III, 
1588.  —  Denys,  vers  1600.  —  Grégoire  I",  1606-23.  — 
Germain  I",  sept.  1623,  élection  annulée.  —  Mélèce, 
sept.  1623-t  1624.  —  Grégoire,  pour  la  deuxième  fois, 
1624-27.  —  Métrophane  IV,  juin  1627-déposé  le 
8  juin  1630.  —  Isaac,  8  juin  1630-37?.  —  Épiphane, 
1637.  —  Grégoire  II,  1637.  —  Anthime  I",  1639.  — 
Zacharie,  nov.  1642,  démissionne  en  août,  déposé  en 
déc.  1649.  —  Païsius  I",  févr.  1647.  —  Anthime  II, 
déc.  1649,  déc.  1653.  —  ?,  démissionne  en  1663.  — 
Néophyte,  1671.  —  Grégoire  III,  1672,  déposé  le 
5  oct.  1674.  —  Germain  II,  5  oct.  1674,  déposé  en 
mai  1676.  —  Parthénius  I",  1678.  —  Anthime  III, 
1702.  —  Cyprien,  ?-25  oct.  1707,  patriarche  de 
Constantinople.  —  Jérémie,  nov.  1707-25  mars  1716, 
patriarche  de  Constantinople.  —  Néophyte,  1716- 

27  sept.  1734.  —  Parthénius  II,  1734-52?.  —  Por- 
phyrius,  1752.  — •  Gérasime,  vers  1760.  —  Païsius  II, 
1760?-64.  —  Macaire  III,  1765?-72?.  —  Grégoire  IV, 
1773-96.  —  Léonce  III,  juill.  1796,  démissionne  en 
oct.  1801.  —  Païsius  III,  1801-04?.  —  Philothée, 
1804?-t  1816.  —  Mélétius,  1816-t  1817.  —  Joannice, 
juin  1817-mort  en  prison  en  1823.  —  Chrysanthe, 
1823-oct.  1830.  —  Gérasime  Domnénos,  oct.  1830- 
démissionne  en  mai  1832.  —  Païsius  IV,  mai  1832- 
t  30  janv.  1871.  —  Basile  VI,  avr.  1871,  élection  an- 
nulée. —  Eustathe  Cléoboulos,  30  sept.  1871-t  25  janv. 
1876.  —  Méthode,  28  janv.  1876-t  12  mai  1878.  — 
Jean  Anastasiadès,  21  mai  1878-t  28  avr.  1902.  — 
Gervais  Sarantès,  7  mai  1902-16  mars  1910.  —  So- 
phrone  Nestopoulos,  27  mars  1910-déposé  en  avr. 
1911.  —  Ambroise  Staurinos,  28  avr.  1911,  en  dispo- 
nibilité le  13  févr.  1914.  —  Nicolas  Saccopoulos, 
13  févr.  1914-22  févr.  1927.  —  Callinique  Délicanès, 

28  juill.  1932-t  11  janv.  1934.  Depuis  1922,  la  métro- 
pole de  Césarée  est  purement  titulaire. 

Outre  la  métropole  grecque,  la  ville  de  Césarée  de 
Cappadoce  possédait  depuis  le  Moyen  Age  un  arche- 
vêché arménien  grégorien  ou  dissident,  qui  comptait 
environ  30  000  fidèles  au  début  de  ce  siècle.  Elle  avait 
aussi,  depuis  le  30  avr.  1850,  un  évêché  arménien 
catholique,  avec  1  500  fidèles  seulement  et  4  prêtres. 
Cet  évêché  n'a  eu  que  quatre  titulaires  :  Jean  Has- 
gian,  2  juill.  1850-t  8  mai  1880.  —  Paul  Emmanue- 
lian,  26  août  1881-élu  patriarche  de  Cilicie  le  24  juill. 
1899.  Mathieu  Sislian,  28  août  1901-t  1911.  —  An- 
toine Bahabanian,  élu  le  1"  oct.  1911,  t  26  nov.  1938, 
retiré  en  Avignon.  On  trouvait  aussi  à  Césarée  un 
millier  de  protestants,  presque  tous  d'origine  armé- 
nienne. Les  Pères  jésuites  dirigeaient  une  école  flo- 
rissante, et  les  Sœurs  de  S. -Joseph  de  l'Apparition, 
une  école  et  un  orphelinat.  Toutes  les  œuvres  chré- 
tiennes ont  disparu.  Les  Arméniens  grégoriens  ont 
encore  un  prêtre  à  leur  service,  mais  les  Arméniens 
catholiques,  très  peu  nombreux  du  reste,  sont  presque 
complètement  abandonnés  à  cause  de  l'impossibilité 
de  leur  envoyer  un  prêtre. 

Ce  n'est  guère  qu'au  xix""  s.  que  le  titre  de  Césarée  de 
Cappadoce  a  été  conféré  de  façon  indubitable  dans 
l'Église  romaine.  Les  prélats  indiqués  par  Lequien 
(m,  877-78)  comnje  ayant  été  nommés  à  ce  siège  ap- 
partiennent très  probablement  à  l'une  ou  l'autre  des 
Césarées  de  Palestine  ou  de  Philippe.  La  liste  des  titu- 
laires certains  ne  comporte  qu'une  demi-douzaine  de 
noms  :  Dieudonné  Bosvigian,  1800,  abbé  général  des 
Mékhitaristes  de  Venise.  —  Joseph  Graniello,  11  juill. 
1892-29  mars  1893,  nommé  cardinal.  —  Antoine  Bu- 


203 


CÉSARÉE 


204 


glione,  11  sept.  1894-18  oct.  1896,  coadjuteur  à  i 
Conza.  —  Justin  Adami,  13  janv.  1898-t  13  déc.  1906. 

—  Auguste  Sili,  22  déc.  1906-15  déc.  1919,  nommé 
cardinal.  —  Vincent  Pulisic,  2  avr.  1922-t  6  févr.  1936. 

—  Eugène  Grellier,  18  juin  1936,  ancien  évêque  de 
Laval,  t  13  févr.  1939.  —  Joseph  Misuraca,  élu  le 
2  juin.  1941,  nonce  au  Vénézuéla. 

Lequien,  i,  351-90;  m,  877-78.  —  Ch.  Texier,  Description 
de  l'Asie  Mineure,  ii,  éd.  1862,  p.  538-44.  —  V.  Cuinet, 
Turquie  d'Asie,  i,  304-15.  —  Smith,  Dictionary  of  Greek 
and  Roman  Geography,  i,  469.  • — -  Caesarea,  dans  Jîeal- 
Encyclopâdie  Pauly-Wissowa,  m-A,  1289-90.  — •  N.  Mos- 
chopoulos,  KaiCTiipEia  Kan-rraSoKiaç,  dans  MEyàATi  êXXT|vlK^l 
ÉyKUKAoïraiSEia,  xiii,  495-96.  —  A. -M.  Lébidès,  'H  Mr|Tp6iT0- 
AiS  KaiCTopEias  KaTriraSoKiaç,  dans  'HuEpoAoyiou  tûv  èOviKcov 
(piXocvôpcùTTiKcôv  KOTaoTrinàTcov,  Constantinople,  1905,  p.  122- 
55.  • — ■  G.  Bernadakis,  Notes  sur  la  topographie  de  Césarée 
de  Cappadoce,  dans  Échos  d'Orient,  xi,  1908,  p.  22-27.  — 
Une  liste  des  titulaires  grecs,  assez  incomplète  et  fausse 
sur  plus  d'un  point,  a  été  publiée  par  Anthime  Alexoudès, 
métropolite  d'Amasée,  dans  'AvaToXiKo;  'Aori^p,  1891, 
p.  39-40. 

R.  Janin. 

3.  CÉSARÉE  de  MAURÉTANIE,  Cherchel.  — 
I.  Sommaire  historique.  —  Située  à  96  km.  à  l'ouest 
d'Alger,  au  bord  de  la  mer,  l'actuelle  Cherchel  occupe 
l'emplacement  d'une  ancienne  échelle  punique,  loi, 
que  mentionne  pour  la  première  fois  le  Périple  dit  de 
Scylax,  au  milieu  du  iv«  s.  av.  J.-C.  (111,  Geogr.  gr. 
min.,  éd.  C.  Millier,  i,  90).  Tombée  au  cours  du  second 
siècle  aux  mains  de  princes  indigènes,  elle  devint  la 
résidence  d'un  roi  Bocchus,  sans  doute  Bocchus  II 
(38-33  av.  J.-C.)  (Solin.,  xxv,  16).  Mais  ce  fut  Juba  II 
(25  av.  J.-C. -23  ap.)  qui  fit  d'une  simple  regia  une 
véritable  capitale  à  laquelle  il  donna  en  l'honneur  de 
l'empereur  le  nom  de  Caesarea  (Strabon,  XVII,  m,  12; 
Pomp.  Mêla,  I,  vi,  30;  Pline,  H.  N.,  V,  ii,  20;  Eutr.. 
VII,  X,  3).  Sa  faveur  en  assura  le  développement  éco-  ' 
nomique  et  fit  d'elle  un  foyer  d'hellénisme.  Lorsque, 
en  40  ap.  J.-C,  Caligula  eut  fait  assassiner  le  roi  Pto- 
lémée,  Césarée  devint  la  capitale  de  la  nouvelle  pro- 
vince de  Mauretania  Caesariensis  et  fut  élevée  au 
rang  de  colonie  sous  le  règne  de  Claude  (Pline,  H.  N. 
V,  II,  20). 

C'est,  à  l'époque  impériale,  l'une  des  principales 
cités  nord-africaines.  Elle  s'est  entourée,  depuis  le  mi- 
lieu du  i»''  s.,  d'une  enceinte  de  près  de  7  km.  qui  en-  | 
ferme  un  «  espace  de  370  hectares  couverts  d'habita- 
tions plus  on  moins  denses  et  de  jardins  ».  La  partie 
centrale  de  la  ville  antique  est  malheureusement  oc- 
cupée par  la  ville  moderne  et  seules  les  statues  et  mo- 
saïques qui  forment  les  remarquables  collections  du 
Musée  témoignent  vraiment  de  la  splendeur  de  la  cité 
morte  dont  quelques  inscriptions  attestent  par  ailleurs 
la  prospérité.  Les  ruines,  assez  décevantes,  à  l'excep- 
tion d'un  théâtre  transformé  en  arènes  (au  iv  s.'?)  et  de 
thermes  montrent  que  la  ville  s'allongeait  en  plaine 
sur  une  largeur  d'environ  400  m.  le  long  de  la  côte  et 
s'étendait  sur  les  premières  collines  qui  la  limitent 
vers  le  sud.  De  l'amphithéâtre,  situé  à  l'est  de  la  ville 
et  où,  peut-être,  Ste  Marcienne  fut  martyrisée,  il  ne 
subsiste  que  des  restes  assez  informes. 

La  décadence  de  Césarée  commença  sans  doute  au 
moment  où  la  création  de  la  Sitifienne  par  Dioclétien 
diminua  l'étendue  de  son  ressort.  Mais  ce  fut  la 
révolte  de  Firmus  qui  la  précipita  (Orose,  VII,  xxxin, 
5;  Ammien,  XXIX,  v,  17.  19  et  42;  Symmaque, 
Epist.,  I,  64).  En  371  ou  372,  la  viUe  fut  prise  par  le 
rebelle  et  incendiée.  On  déblaya  les  ruines  et  l'on 
pansa  les  plaies  comme  on  put.  Bien  qu'on  n'en  ait  pas 
la  preuve  absolue,  on  peut  croire  que  la  ville  fut  occu- 
pée, au  moins  temporairement,  par  les  Vandales.  Elle 
le  fut,  en  tout  cas,  par  les  Byzantins  (Procope,  Bell. 
Vand.,  II,  V,  5  et  xx,  32)  qui  en  firent  la  capitale  de  la 


I  Maurétanie  seconde  (Procope,  op.  cit.,  II,  xx,  31; 
C.  J.,  I,  27,  2,  la).  Mais  pour  cette  période  de  son  his- 
toire, on  ne  sait  à  peu  près  rien  d'elle.  A  partir  de  la 
conquête  arabe,  elle  ne  joue  plus  de  loin  en  loin  qu'un 
rôle  épisodique.  Dès  le  x^  s.,  elle  était,  semble-t-il, 
déjà  en  ruines  (Ibn  Hawqal,  trad.  de  Slane  dans 
Journ.  Asiat.,  3*  série,  xiii,  1842,  p.  184;  al-Bakrî, 
trad.  de  Slane,  2"^  éd.,  p.  165;  al-Idrîsî,  trad.  Dozy  et 
Goeje,  103). 

II.  Le  christianisme  a  Césarée.  —  On  ignore  à 
quelle  date  le  christianisme  fit  son  apparition  à  Césa- 
rée, mais  divers  indices  permettent  de  penser  que  ce 
fut  assez  tôt  (sans  doute  dès  le  ii"^  s.).  La  nouvelle  reli- 
gion est  en  effet  attestée  dans  la  petite  ville  voisine  de 
Tipasa  dès  238  (C.  /.  L.,  vni,  9289/20856);  l'ancre 
figure  sur  quatre  documents  découverts  à  Cherchel 
(P.  Gauckler,  Musée  de  Cherchel,  35-36;  S.  Gsell, 
Cherchel,  1269-70;  L.  Leschi,  dans  Bull.  arch.  du  Corn., 
1932-33,  p.  311-12);  enfin  on  peut  présumer  que  la 
colonie  juive  (cf.  Passio  Marcianae,  4  et  6)  n'était  pas 
sans  rapports  avec  l'Orient. 

La  persécution  y  sévit,  mais  le  détail  n'en  est  guère 
connu.  Certains  martyrs  sont  pour  le  moins  suspects, 
tels  Victor,  honoré  le  26  août  (J.  de  Guibert,  S.  Victor 
de  Césarée,  dans  A.  Boll.,  xxiv,  1905,  p.  257-64),  a  ren- 
contré l'incrédulité  de  S.  Gsell,  Cherchel,  1270-71  et  de 
P.  Monceaux,  Hist.  lilt.,  m,  158,  n.  13.  J'accepterais, 
au  contraire,  pour  ma  part,  de  voir  en  ce  Victor  un 
martyr  de  Césarée.  Cf.  B.  de  GaifTier,  dans  A.  Boll., 
Lviii,  1940,  p.  82  et  lx,  1942,  p.  8)  et  surtout  Arca- 
dius,  honoré  le  12  janv.  (A.  Audollent,  art.  Arcadius, 
dans  D.  H.  G.  E.,  m,  1485-87).  D'autres  sont  plus 
sûrs  :  Theodota  et  ses  sept  fils  (Mart.  Hier.,  2  août,  éd. 
Rossi-Duchesne,  100),  Severianus  et  sa  femme  Aquila 
(Mart.  Hier.,  23  janv.,  éd.  Rossi-Duchesne,  12;  cf. 
A.  Audollent,  art.  Aquila,  n.  4,  dans  D.  H.  G.  E.,  m, 
i  1110-11)  et  Marciana  (Mart.  Hier.,  11  juill.,  éd.  Rossi- 
Duchesne,  90)  dont  on  possède  une  passio  (A.  S., 
9  janv.,  I,  569)  qui  contient  des  éléments  de  valeur 
assez  diverse.  Malheureusement  aucun  de  ces  mar- 
tyres ne  peut  être  situé  avec  quelque  sécurité  dans  le 
temps.  Seul  celui  du  vexillifer  Fabius  {Passio  dans 
A.  Bail.,  IX,  1890,  p.  123-34;  cf.  P.  Monceaux,  Hist. 
litt.,  III,  123-26  et  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Note  agio- 
grafiche,  viii,  n.  10,  dans  Studi  e  Testi,  Lxv)  peut  être 
î  placé  en  293,  299,  303  ou  304,  sans  qu'on  ait  de  très 
bonnes  raisons  de  préférer  l'une  à  l'autre  de  ces  quatre 
dates.  En  d'autres  termes,  nous  ne  sommes  assurés  de 
la  persécution  à  Césarée  que  pour  la  seule  époque  de 
Dioclétien. 

Il  est  vraisemblable  que  la  cité  eut  des  évêques  anté- 
rieurement à  la  paix  de  l'Église,  mais  il  n'est  pas  pos- 
sible de  le  démontrer.  Une  inscription  nous  fait  con- 
naître un  certain  Evelpius  dans  lequel  on  a  voulu  voir 
un  évêque  (C.  /.  L.,  viii,  9585).  La  chose  n'est  pas 
certaine  (cf.  S.  Gsell,  Cherchel,  1275-77  sur  les  diffé- 
rentes interprétations  dont  le  texte  est  susceptible). 
Mais,  dans  le  cas  même  d'une  conclusion  affirmative, 
devant  laquelle  j'hésite  pour  ma  part,  il  n'est  pas  per- 
mis de  dire  que  ce  personnage  ait  dirigé  l'Église  de  Cé- 
sarée antérieurement  au  règne  de  Constantin,  comme  le 
fait  le  P.  Mesnage  {L'Afrique  chrétienne,  448).  Un  autre 
texte  (C.  /.  L.,  viii,  21418)  très  mutilé,  porte 
Cresce[n]s  filoft[lus]  (=  filio  eius?  E.  Diehl,  Inscrip- 
tiones,  1107  a)  I  episclopus].  La  restitution  est  trop 
conjecturale  pour  qu'on  puisse  inscrire  ce  personnage 
sur  nos  fastes  épiscopaux.  Un  sacerdos  dont  le  nom  est 
inconnu  {[Secun]dus? )  doit  probablement  y  figurer. 
Mais  le  texte  qui  nous  le  révèle  (C  /.  L.,  viii,  9412/ 
21417)  peut  être  daté  soit  de  368  soit  de  468.  Il  n'est 
donc  pas  possible  de  déterminer  quelle  place  il  y 
occuperait.  Si  donc  on  laisse  de  côté  l'évêque  dona- 
tiste  Emeritus,  contemporain  de  S.  Augustin,  nous  ne 


205 


CÉSARÉE 


206 


connaissons  que  quatre  évêques  de  Césarée  :  Fortuna- 
tus,  qui  assista  au  concile  d'Arles  de  314  (Mansi,  ii, 
477);  Clemens,  vers  380  (Symmaque,  Epist.,  i,  64); 
Deuterius,  qui  assista  au  concile  de  Carthage  de  411 
(Mansi,  iv,  266);  Apocorius.  qui  assista  au  concile  de 
Carthage  de  484  (Not.  M.  C,  n.  21).  Ajoutons  que 
(lésarée  (KaiCTàpeia)  est  mentionnée  encore  parmi  les 
évèchés  au  début  du  vin«  s.  (6p6vos  'AAeÇavSpîvoç. 
dans  Hyz.  Zeitschrift.  ii,  1893,  p.  26),  et  qu'elle  eut  en- 
fin des  évêques  titulaires  de  1652  à  1884  (liste  dans 
Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrét.,  Mauréta- 
nies,  29-30). 

L'information  relative  aux  monuments  chrétiens  de 
Cherchel  est  des  plus  pauvres.  1,'ecclesiu  maior  dans  la- 
quelle parla  S.  Augustin  (Gesta  cum  Emerito,  1)  n'est 
connue  que  par  les  textes  et  on  en  ignore  l'emplace- 
ment. On  a  voulu  voir  une  chapelle  dans  un  ensemble 
de  ruines  situé  à  l'ouest  de  la  ville  (S.  Gsell,  Atlas,  iv, 
16,  42).  Mais  ce  n'est  pas  sûr.  Sans  doute  convient-il 
d'ajouter  la  cella  que  mentionne  C.  /.  L.,  viii,  9585, 
aujourd'hui  disparue  et  qui  s'élevait,  peut-être  dès  le 
s.,  dans  une  area  cémétériale,  à  l'ouest  de  la  ville 
(S.  Gsell,  Atlas,  iv,  16,  54)  où  ont  été  trouvées  les  deux 
plus  intéressantes  inscriptions  chrétiennes  de  Cherchel 
(C.  /.  L.,  vm,  9585  qui  concerne  peut-être  (?)  le  mar- 
tyr Severianus  et  9586  qui  mentionne  un  accubito- 
rium).  Trois  autres  cimetières  chrétiens  ont  été  identi- 
fiés, l'un  à  l'ouest  (S.  Gsell,  Atlas,  iv,  16,  47)  et  deux  à 
l'est  (ibid.,  iv.  16,  56  et  57).  Mais  au  total  l'épigraphie 
chrétienne  de  Cherchel  est  pauvre,  une  trentaine 
d'inscriptions  peut-être  sur  un  total  de  plus  de  huit 
cents  et  le  sol  n'a  guère  livré  que  des  fragments  de  sar- 
cophages, des  lampes  et  de  menus  objets  (S.  Gsell. 
Cherchel,  1278-81). 

Nous  n'en  savons  pas  beaucoup  plus  sur  les  hommes 
que  sur  les  choses.  Presque  rien  sur  les  fidèles,  les 
Iratres  ou  cultores  Verbi  comme  se  dit  l'un  d'eux 
(C.  /.  L.,  viii,  9585).  Deux  prêtres  seulement  (Secunl- 
dus  qui  devint  ensuite  évêque  (C  /.  L.,  viii,  9412/ 
21417)  et  Victor  (C.  /.  L..  viii,  9586);  un  diacre.  Deute- 
rius, qui  assista  au  concile  d'Arles  (Mansi,  ii,  477). 
Aucune  trace  certaine  de  conciles,  bien  que  la  tenue  en 
apparaisse  vraisemblable  dans  une  métropole  (  Gesta 
cum  Emerito,  1). 

l,e  donatisme  se  développa  à  Césarée  connue  dans  la 
plupart  des  villes  africaines  et  son  représentant,  Kme- 
ritus,  un  enfant  de  la  ville,  en  fut  un  des  jjrincipaux 
champions  au  concile  de  Carthage  en  411  (P.  .Mon- 
ceaux, Hist.  litt.,  vu,  145-89).  La  querelle  qui  l'opposa 
à  S.  Augustin  est  bien  connue  par  l'œuvre  de  ce 
dernier.  Mais  elle  n'entre  dans  le  cadre  de  l'histoire  de 
Césarée  que  par  les  épisodes  qui  marquèrent  le  séjour 
qu'y  fit,  comme  envoyé  pontifical,  l'évêque  d'Hip- 
pone  dans  l'automne  de  418,  en  compagnie  d'Alyi)ius 
de  Thagaste  et  de  Possidius  de  Calama  (Possidius, 
Vita  Augustini,  14;  Augustin,  De  gestis  cum  Emerito, 
passim;  Contra  Gaud.,  i,  14  [15];  De  doctrina  christ., 
IV,  XXIV,  53;  Retract.,  ii,  77  (51);  Epist.,  c.xc,  1  et 
c.xciii,  1  ;  Sermo  ad  Caesariensis  Ecclesiae  plebem). 
Une  rencontre  eut  lieu  entre  les  deux  hommes  le 
1 8  sept.  ;  un  colloque  solennel,  le  20.  A  son  issue,  Eme- 
ritus,  inimicus  et  mutas  (Contra  Gaud..  i,  14  [15]), 
s'exila,  demeurant  fidèle  à  sa  foi  dont  les  dernières 
traces  ne  durent  pas  tarder  à  disparaître  à  Césarée. 
En  tout  cas,  aucun  document  n'en  atteste  la  survie. 

La  meilleure  étude  d'ensemble  demeure  celle  de  S.  Gsell, 
Promenades  archéologiques  aux  environs  d'Alger,  Paris, 
1926,  p.  7-83,  avec  bibliographie  sommaire,  p.  161-62,  à 
laquelle  on  se  reportera  pour  les  travaux  anciens.  — 
H.  Dessau,  art.  Caesarea,  n.  14,  dans  Real-Encycl.,  m, 
1294-95.  —  S.  Gsell,  art.  Cherchel,  dans  D.  A.  C.  L.,  m, 
1269-81  (excellent);  Id.,  Atlas  archéologique  de  l'Algérie, 
feuille  IV,  n.  16  (1902),  avec  quelques  additions  (1911). — 


Informations  nombreuses  mais  éparses,  dans  P.  Monceaux» 
Hist.  litt.  de  l'Afrique  chrétienne,  7  vol.,  Paris,  1901-23. 
■ —  J.  Mesnage,  L'Afrique  chrétienne,  évêchés  et  ruines 
antiques,  Paris,  1912,  p.  447-50.  —  P.  Gauckler,  Musée  de 
Cherchel,  Paris,  1895.  —  M.  Durry,  Musée  de  Cherchel,  sup- 
plément, Paris,  1924.  Ces  deux  derniers  ouvrages  dans  la 
Collection  des  musées  de  l'Algérie  et  de  la  Tunisie.  —  Parmi 
les  travaux  récents  aucun  ne  concerne  le  christianisme, 
sauf  L.  Leschi,  Vestiges  du  christianisme  antique  dans  le 
départ.  d'Alger,  dans  l'Algérie  catholique,  déc.  1936,  p.  13- 
32.  —  M.  Durry,  Valeur  de  Clierchel,  dans  Ann.  de  l'Inst. 
des  Hautes-Études  de  Gand,  i,  Gand,  1937,  p.  111-23.  — 
J.  Bérard,  Noie  sur  les  aqueducs  antiques  de  Cherchell,  dans 
Reu.  afric,  lxxv,  1934,  p.  417-25.  —  J.  Meunier,  Les  fortifi- 
cations de  Césarée  et  la  porte  de  Zucchabar,  dans  Rev.  afr., 
Lxxxvi,  1942,  p.  179-94  et  surtout  P.-M.  Duval,  Cherchel  et 
Tipasa.  Recherches  sur  deux  villes  fortes  de  l'Afrique  romaine, 
dans  la  Bibliothèque  archéologique  et  historique,  xLiii,  Paris, 
1946  (très  important;  plan  détaillé).  —  Sur  les  mosaïques: 
A.  Bruhl,  Mosaïques  de  la  légende  d'Achille  à  Cherchell, 
dans  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  xlviii,  1931,  p.  109- 
23.  —  J.  Bérard,  Mosaïques  inédites  de  Cherchel,  dans 
Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  lu,  1935,  p.  113-42; 
Id.,  Un  triomphe  bachique  sur  une  mosaïque  de  Cher- 
chel, dans  Mélanges  d'archéologie  et  d'histoire,  lui,  1936, 
p.  151-65.  —  Fr.  Cumont,  Une  mosaïque  de  Cherchel  figu- 
rant Ulysse  et  les  Sirènes,  dans  C.  R.  de  l'Acad.  des 
Inscr.,  1941,  p.  103-09.  —  Épigraphie  :  J.  Carcopino,  La 
reine  Urania  de  Maurétanie,  dans  Mélanges  F.  Grat,  i, 
Paris,  1946,  p.  31-38  —  L.  Leschi,  La  carrière  de  Marcius 
Turbo,  préfet  du  prétoire  d'Hadrien,  dans  C.  R.  de  l'Académie 
des  Inscriptions,  1945,  p.  144-62. 

(>H.  Courtois. 

4.  CÉSARÉE  de  NUMIDIE.  Comme  la  Mau- 
rétanie césarienne,  la  Numidie  possédait  une  Eccle- 
sia  Caesariensis,  puisqu'un  Domnicus  Caesariensis 
est  nommé  le  47''  sur  la  liste  des  évêques  numides 
dans  la  Notice  de  484,  Nol.  Prov.  et  Civil.  Africac, 
Numidie,  17;  Victor  de  Vite,  éd.  Petschenig,  121; 
P.  L.,  Lviii,  270,  302,  avec  indication  de  son  sort  par 
l'abréviation  prbt.  Rien  n'a  encore  révélé  l'empla- 
cement de  cet  évcché,  qui  ne  paraît  [)as  pouvoir  être 
confondu  avec  Caesariana,  dont  la  conférence  car- 
thaginoise de  411  (Gest.  coll.  Carlh.,  i,  188-89;  P.  L., 
XI,  1331)  met  en  scène  l'évêque  donatiste  Cresconius 
avec,  comme  rival,  un  prêtre  catholique,  et  dont 
l'ethnique  Caesarianensis,  déformé  en  Caesaramensis 
dans  un  ms.  de  la  conférence  (Codex  biblioth.  vatic. 
Regin.,  1032,  cité  par  P.  .Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris, 
1912,  p.  313),  se  rencontre  encore  dans  les  Acta  Munati 
Felicis  (Gesta  apud  Zenophitum,  dans  V Appendix 
d'Oplal),  éd.  Dupin,  168;  éd.  Ziwsa,  188. 

Morcelli,  l,  cxxiv,  114-1.}.  —  Xot.  dign.,  annot.  p.  617, 
644.  —  Gams,  464,  3.  —  De  Mas-Latrie,  dans  Bull,  de  cor- 
respondance africaine,  1886,  p.  90;  Trésor  de  chronologie, 
Paris,  1889,  p.  1870.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr. 
chrét.,  Numidie,  Rennes-Paris,  1894,  xxvi,  xxvii,  p.  72-74. 
—  S.  Gsell,  Atlas  arch.,  Alger,  1911,  f.  17  :  Constantine, 
244.  —  P.  Mesnage,  op.  cit.,  p.  406-07.  —  H.  Jaubert, 
Anciens  évêchés  de  la  Numidie  et  de  la  Sitif.,  dans  Rec.  de 
Constantine,  XLVi,  1912,  p.  18-10,  §  24  et  25. 

J.  I-'krron. 

5.  CÉSARÉE  (le  PALESTINE,  ou  CÉSA- 
RÉE MARITIME  (KaiCTàpeia  rTapdÂios),  mé- 
tropole de  la  Palestine  l"".  La  ville  de  ce  nom  fut  fondée 
par  Hérode  le  Grand  en  l'honneur  d'Auguste  par 
agrandissement  de  la  bourgade  phénicienne  dite 
ZTpÔTCOVOS  riùpyoç,  située  entre  .JafTa  et  CaifTa.  Slra- 
tonos  Pyrgos  existait  déjà  du  temps  d'.Alexandre  le 
Grand  et  devait  |)robablement  son  existence  au  roi  de 
Sidon  nommé  Straton.  Hérode  mit  douze  ans  à  bâtir 
une  ville  magnifique,  avec  un  grand  temple  dédié  à 
Auguste,  un  théâtre,  un  amphithéâtre,  un  hippodrome, 
un  palais  somptueux,  un  aqueduc,  etc.  Il  la  dota  d'un 
port  comparable  à  celui  du  Pirée,  abrité  des  vents  du 
Sud-Ouest  par  un  môle  fait  de  blocs  énormes.  Depuis 
l'an  13  av.  J.-C,  Césarée  fut  la  capitale  de  la  Palestine 


207 


CÉSA 


RÉE 


208 


et  la  résidence  ordinaire  des  procurateurs  romains  et 
des  rois  titulaires  de  la  Judée  Pline.  (Hist.,  II,  lxxix) 
l'appelle  caput  Palestinae  et  dit  qu'elle  fut  nommée 
Colonia  Prima  Flavia  par  l'empereur  Vespasien,  qui  y 
fut  proclamé  empereur  par  ses  troupes  en  69.  Sur  les  j 
monnaies,  elle  est  dite  Colonia  Prima  Flavia  Augusla 
Caesarea. 

En  l'an  43  de  notre  ère,  Hérode  Agrippa  mourait 
subitement  dans  l'hippodrome  de  Césarée  pendant 
qu'on  le  proclamait  dieu.  En  57,  à  la  suite  de  san- 
glantes échaufîourées  entre  Juifs  et  Syriens,  le  gou- 
verneur Florus  massacra  des  milliers  de  Juifs  et  dé- 
vasta leur  quartier.  Après  la  prise  de  Jérusalem  (70), 
Titus  donna  à  Césarée  des  fêtes  populaires  pour  célé- 
brer sa  victoire;  des  milliers  de  Juifs  durent  com- 
battre contre  les  bêtes  ou  furent  brûlés  vivants.  Plus 
de  2  500  périrent  à  cette  occasion.  Sous  Justinien,  les 
Juifs,  alliés  aux  Samaritains,  mirent  à  mort  de  nom- 
breux chrétiens,  brûlèrent  leurs  églises  et  tuèrent  le 
gouverneur  (548).  La  répression  fut  impitoyable.  Les 
Perses  prirent  la  ville  en  612  et  les  Arabes  en  633.  Elle 
resta  possession  musulmane  jusqu'en  1101,  date  à  la- 
quelle Baudouin  l",  roi  de  Jérusalem,  la  prit  d'assaut. 
Il  y  trouva  le  calice  devenu  fameux  dans  les  poèmes 
du  Moyen  Age  sous  le  nom  de  saint  Graal.  Césarée  était 
alors  en  partie  déchue  de  son  antique  splendeur.  Les 
croisés  la  reconstruisirent,  mais  avec  de  moindres  pro- 
portions et  la  fortifièrent  solidement.  Tandis  que  la 
ville  romaine  s'étendait  sur  une  longueur  de  4  milles, 
celle  des  croisés  ne  mesurait  que  550  m.  sur  250.  Elle 
n'en  joua  pas  moins  un  rôle  important  aux  xii«  et 
xiii«  s.  comme  place  forte  et  comme  port  de  ravi- 
taillement du  royaume  de  Jérusalem.  Saladin  s'en  em- 
para en  1187;  les  Francs  la  reconquirent  en  1191  pour 
la  reperdre  bientôt;  Gautier  d'Avesnes  la  délivra  en 
1217.  Conradin  la  prit  l'année  suivante  et  en  démolit 
les  murailles  que  S.  Louis  fit  relever  en  1251;  Bibars 
s'en  rendit  maître  en  1265  et  en  entreprit  la  destruc- 
tion qui  fut  achevée  par  le  sultan  Halil  dit  Malek  el 
Asfar.  La  ville  resta  déserte  pendant  six  siècles  et  les 
pierres  servirent  à  bâtir  les  maisons  et  les  remparts  de 
Jafïa,  d'Acre,  de  Sidon  et  même  de  Beyrouth.  En  1884, 
le  sultan  Abdul-Hamid  II  y  installa  une  colonie  de 
musulmans  bosniaques  dont  la  principale  occupation 
fut  d'extraire  et  de  vendre  les  pierres  de  la  ville  an- 
cienne. Toutes  les  ruines  n'ont  cependant  pas  disparu. 
On  voit  encore  le  vaste  port  restauré  par  les  croisés,  un 
amphithéâtre  qui  pouvait  contenir  20  000  specta- 
teurs, des  restes  de  canaux,  d'aqueducs,  un  hippo- 
drome avec  un  bel  obélisque  en  granit  rose,  des  colon- 
nades, des  restes  de  temples  et  de  deux  églises  dont 
l'une  devait  être  la  cathédrale  des  croisés. 

C'est  le  diacre  Philippe  qui  établit  la  première  com- 
munauté chrétienne  à  Césarée  (Act.,  ix,  40);  elle 
n'était  composée  que  de  Juifs,  mais  S.  Pierre  ne  tarda 
pas  à  s'adresser  aussi  aux  gentils,  comme  on  le  voit 
par  la  conversion  du  centurion  Corneille  (Act.,  x). 
S.  Paul  passa  plusieurs  fois  par  Césarée;  il  y  fut  amené 
captif  et  y  resta  deux  ans  avant  d'aller  se  faire  juger  à 
Rome  (Act.,  ix,  30;  xviii,  22;  xxi,  8;  xxiii,  23;  xxv). 
La  communauté  fut  très  florissante  jusqu'au  vii«  s., 
époque  à  laquelle  elle  souffrit  beaucoup  de  l'invasion 
des  Perses  (612)  et  de  la  conquête  arabe  (633-).  Son 
évêque  fut  pendant  plus  de  quatre  siècles  le  métropoli- 
tain de  toute  la  Palestine  et  exerça  même  sa  juridic- 
tion sur  Jérusalem.  La  Ville  sainte  fut  proclamée 
patriarcat  au  concile  de  Chalcédoine  (451)  et  Césarée 
ne  fut  plus  que  la  métropole  de  la  Palestine  l'^  avec  le 
titre  de  TrpcoTÔÔpovoç  ou  de  premier  en  dignité 
après  le  patriarche. 

Plusieurs  conciles  se  tinrent  à  Césarée,  surtout  au 
temps  de  l'arianisme.  Celui  de  195  décréta  que  la  fête 
de.  Pâques  serait  toujours  célébrée  le  dimanche.  La 


ville  compta  de  nombreux  martyrs,  particulièrement 
pendant  la  persécution  de  Dioclétien.  L'historien  Eu- 
sèbe,  qui  fut  évêque  de  la  ville,  en  parle  longuement 
(De  marUjribus  Palestinae,  c.  i,  iv,  vi,  xi).  Origène  s'y 
j  retira  vers  le  milieu  du  iii«  s.  et  y  composa  la  plupart 
de  ses  œuvres  exégétiques,  entre  autres  les  Hexaples, 
dont  le  manuscrit  se  conservait  dans  la  riche  biblio- 
thèque de  l'évêché.  Celle-ci  ne  disparut  qu'au  vu»  s., 
détruite  par  les  Perses  ou  les  Arabes.  L'école  théolo- 
gique fondée  par  Origène  était  célèbre  dans  tout 
l'Orient.  On  y  venait  même  de  la  province  du  Pont, 
comme  ce  fut  le  cas  pour  S.  Grégoire  le  Thaumaturge 
et  S.  Basile.  Un  des  meilleurs  élèves  d'Origène  fut 
Eusèbe  Pamphile,  qui  devint  évêque  de  la  ville  de  316 
à  338.  Pendant  les  croisades,  Césarée  fut  métropole 
latine  avec  dix  suffragants. 

Une  tradition  qui  ne  semble  pas  remonter  plus  haut 
que  le  vi«  s.  prétend  que  les  premiers  évêques  de  Césa- 
rée de  Palestine  furent  le  publicain  Zachée,  le  centu- 
rion Corneille,  Théophile,  puis  Zachée  II.  On  n'a  de 
données  vraiment  historiques  qu'à  partir  de  la  seconde 
moitié  du  ii<=  s.,  et  les  premières  sont  transmises 
par  Eusèbe.  Voici  la  liste  des  évêques  connus  par  l'his- 
toire :  Théophile,  vers  189  (Eusèbe,  Hist.  eccl.,  V, 
xxii).  —  Théoctiste,  vers  217,  mort  vers  258  (ibid., 
VI,  xix;  VII,  v,  xiv).  —  Domnus,  vers  258  {ibid.,  VII, 
xiv).  —  Théotecnus,  vers  260,  mort  vers  303;  il  assista 
au  concile  qui  se  tint  à  Antioche  en  264  contre  Paul  de 
Samosate  (ibid.,  VII,  xiv,  xv,  xxvii-xxx,  xxxii).  — 
Agapius,  vers  303(/6(d.,  VII,  xxxii).  —  Agricolaus,312- 
16;  il  prit  part  au  concile  d'Ancyre  en  314.  —  Eusèbe 
Pamphile,  316-28,  l'historien  bien  connu;  il  fut  l'un  des 
Pères  du  premier  concile  de  Nicée  (325)  (H.  Gelzer, 
Patrum  Nicaenorum  nomina,  p.  xl,  62).  —  Acace,  un 
des  chefs  de  l'arianisme,  338,  365-366;  il  fut  déposé  au 
concile  de  Sardique  (347),  prit  part  à  ceux  de  Milan 
(355)  et  de  Séleucie  (359)  et  finit  par  revenir  à  l'or- 
thodoxie (Socrate,  Hist.  eccl.,  III,  ii,  40;  IV,  iv;  Mansi, 
m,  138  B,  321  A,  372  B).  —  Philumenus,  Cyrille  et 
Euzoius,  trois  ariens,  occupèrent  le  siège  de  366  à  379, 
date  de  la  déposition  d'Euzoius  (S.  Épiphane,  De 
haeresibus,  73,  n.  37;  S.  Hieronymi,  De  scriptor.  eccl., 
c.  113).  Entre  temps  avait  été  nommé  Gélase,  neveu  de 
S.  Cyrille  de  Jérusalem,  qui  fut  chassé  de  son  siège  et 
ne  fut  rétabli  qu'en  379,  394-95;  il  prit  part  au  concile 
œcuménique  de  Constantinople  en  381,  et  à  un  synode 
tenu  dans  la  même  ville  en  394  (Théodoret,  Hist.  eccl., 
V,  8;  Mansi,  m,  568  B,  852  B).  —  Jean  I",  395-404.  — 
Euloge,  404-17.  —  Domninus,  417-?.  —  Glycon  se  fit 
représenter  au  concile  de  Chalcédoine  (451)  par 
l'évêque  Zosime  de  Minois  (Mansi,  VII,  403  B).  — 
Irénée,  453.  —  Gélase  II,  vers  465.  —  Gélase  III  de 
Cyzique,  476-t  avant  484.  —  Timothée,  484-?.  — 
Jean  le  Chozibite,  518-t  vers  536.  —  Élie,  sacré  en  536. 

—  Sergius,  541.  — Jean  assista  au  V»  concile  œcumé- 
nique (553)  (Mansi,  IX,  174  B,  191  A,  192  B,  389  E). 

Du  vi^  au  xvii«  s.  on  ne  rencontre  que  de  rares 
évêques  grecs  de  Césarée  de  Palestine  :  Parthenius 
en  1084,  Anastase  vers  la  fin  du  xii«  s.,  Sophrone  au 
xiH"^,  Élie  en  1281,  Mélèce,  ?.  On  ne  sait  d'ailleurs 
presque  rien  de  la  vie  de  la  métropole  pendant  cette  pé- 
riode, sauf  que  les  croisés  lui  donnèrent  un  titulaire 
latin  pendant  près  de  deux  siècles.  Quand  la  ville  eut 
été  détruite,  dans  la  seconde  moitié  du  xiii«  s.,  le  siègfe 
devint  purement  titulaire.  A  partir  du  xviie  s.  nous 
rencontrons  :  Callinique,  1645-51.  —  Dosithée  Nota- 
ras,  1666-23  janv.  1669,  date  à  laquelle  il  fut  nommé 
patriarche  de  Jérusalem.  —  Chrysanthe  Notaras, 
neveu  du  précédent,  1669-févr.  1707,  également  pa- 
triarche de  Jérusalem.  —  Mélétius,  mai  1720,  août 
1723.  —  Dorothée,  1733,  1734.  —  Parthénius,  ?-1737. 

—  Ananie,  1743.  —  Abramios,  ?-juin  1775.  —  An- 
Ihime,  1788.  —  Zacharie,  ?-démissionne  en  1801.  — 


209  CÉSARÉE  —  CÉSA: 

Philothée,  oct.  1801-?.  —  Césarius,  1821,  f  1832.  — 
Jean,  1887. 

La  liste  des  archevêques  latins  est  difficile  à  établir, 
surtout  après  les  croisades,  à  cause  de  la  confusion  fré- 
quente des  quatre  sièges  du  nom  de  Césarée.  Pendant 
les  croisades,  nous  avons  :  Baudouin  l",  7-1107.  — 
Ébremar,  1107-23.  —  Gaudentius,  1136.  —  Bau- 
douin II,  1147-55.  —  Ernest,  1157-74.  —  Héraclius, 
1180.  —  Monachus,  1187-94.  —  Pierre,  1220,  1227.  — 
Bertrand,  1237.  —  Joscelin,  1244,  1267.  —  Mathieu, 
1280.  Après  cette  période,  on  trouve  :  Grégoire,  ?- 
t  avant  sept.  1377.  —  Étienne,  18  sept.  1377-?.  — 
Jacques,  25  juin  1392-?.  —  Thomas,  O.  F.  M., 

17  mars  1412-t  après  1424,  sufTragant  à  Constance.  — 
Ulric  de  Unicow,  12  févr.  1413-t  1432.  —  Félix  de 
Villaviciosa,  vers  1430.  —  Jean,  O.  F.  M.,  1430-40, 
suffragant  à  Constance.  —  Svederus  de  Culenborch, 

10  déc.  1432-t  1439.  —  Othon  de  Hochberg-Roetelen, 
6  sept.  1434-t  15  nov.  1451.  —  Jean  Fabri,  O.  Carm., 

11  avr.  1440-t  après  1444.  —  Gamesio  di  Moussolo, 
1444-46.  —  Didace,  O.  F.  M.,  1"  avr.  1446-1"  févr. 
1447.  —  Diégo  de  Majorque,  O.  F.  M.,  ?-t  22  mai  1447. 

—  Guillaume  de  Brillet,  26  mai  1447-t  1"  févr.  1449. 

—  Jean  de  Lespervier,  1449-16  janvier  1451, 
coadjuteur  de  l'évêque  de  Quimper.  —  Jean  de 
Ségovie,  26  janvier  1453 -f  1458.  —  Jean  de 
Contreras,  ?-t  1458.  —  Henri  de  Karlstein,  O.  P., 
1453-t  2  oct.  1465.  —  Thomas  Basin,  27  mai  1474- 
t  3  déc.  1491,  suffragant  à  Utrecht.  —  Étienne,  ?- 
t  1488.  —  Jacques  Jouvint,  5  mars  1488-?,  auxiliaire 
à  Limoges.  —  François,  O.  Cist.,  3  oct.  1489-t  1496, 
auxiliaire  en  plusieurs  diocèses.  —  Nicolas  Hippolyte, 

18  janv.  1493-t  1511.  —  Alexandre,  11  avr.  1496-?, 
auxiliaire  à  Crémone.  —  Jérôme  Planca  d'Incoronati, 
6  juin  1519-t  21  août  1531.  —  Alderic  Billioti, 
1"  juin  1523-?.  —  Jacques  Benuti,  ?-4  juill.  1572.  — 
Ange  Peruti,  5  nov.  1572-?,  suffragant  à  Bologne.  — 
Antoine  Lorenzi,  4  juin  1568-2  déc.  1575,  suffragant  à 
Pise.  —  Christophore  de  Penfentenyo  de  Cheffon- 
taines,  22  mai  1579-t  26  mai  1595,  suffragant  à  Sens. 

—  Grégoire  Carbonello,  O.  F.  M.,  1604.  —  François  de 
Rye,  1626-18  août  1636,  coadjuteur  à  Besançon.  — 
Alonso  de  Aguayo,  O.  S.  B.,  23  févr.  1671-t  1680,  auxi- 
liaire à  Avila.  —  Ignace  Cribelli,  18  nov.  1758- 
sept.  1759.  —  Jacques  Guizacunior,  1840.  —  Jacques 
Bozagian,  abbé  général  des  Mékhitaristes  de  Vienne, 
4  nov.  1852-11  sept.  1855.  —  Jean-Manuel  Irisari  y 
Peralta,  1855-t  1860,  auxiliaire  à  Mexico.  —  Antoine 
Agliardi,  3  sept.  1884-22  juin  1906.  —  Pietro  Gas- 
pard, 2  janv.  1898-14  déc.  1907.  —  Vincenzo  Sardi  di 
Rivisondoli,  6  avr.  1908-t  11  août  1920.  —  Louis  Ma- 
glione,  1'='  sept.  1920-16  déc.  1935,  promu  cardinal.  — 
Cyrille  Rizk,  de  rite  grec-melkite,  élu  le  l"  mai  1927, 
vicaire  patriarcal  à  Beyrouth.  —  Louis  Traglia, 
20  déc.  1936,  vice-gérant  du  Vicariat  de  Rome. 

Lequien,  m,  529-74;  1285-90.  —  Wilson,  Lands  o/  ihe 
Bible,  II,  250-53.  —  Discoveries  at  Caesarea,  dans  Palestine 
Exploration  Fund,  Quart.  Stalement,  1888,  p.  134  sq.  — 
V.  Guérin,  La  Samarie,  ii,  p.  321-29.  —  The  Suruey  o( 
Western  Palestine,  Memoirs,  ii,  13-19.  —  Smith,  Diclionary 
of  Greek  and  Roman  Geography,  i,  470.  —  Caesarea,  dans 
Real-Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  iii-a,  1291-95.  — 
G.-L.  Arbanitakès,  Kaiaàpeia,  dans  MEyàAr)  éXAr|viKf| 
êyKUKXoTTcnBela,  xiii,  496-97.  —  C.  Eubel,  i,  153;  ii,  113; 
m,  144;  IV,  126.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  .385-86. 

R.  Janin. 

6.  CÉSARÉE  DE  PHILIPPE  ou  CÉSA- 
RÉE PANÉAS  (Kaicrâpeia  OiAî-mTou,  Katcrà- 
peia  nàveaç),  évêché  de  la  province  de  Phénicie  I'*, 
dépendant  de  Tyr.  Le  nom  primitif  de  la  ville  est  in- 
connu. Plusieurs  auteurs  ont  voulu  y  voir  Laïs,  colonie 
phénicienne  devenue  Dan,  mais  cette  identification  ne 
peut  être  admise,  car  elle  contredit  le  renseignement 
précis  donné  par  Josèphe  (De  bello  jud.,  V,  m),  à  savoir 


RÉE  DE  PHILIPPE  210 

que  Dan  se  trouvait  à  4  milles  à  l'ouest  de  Panéas.  Le 
nom  de  cette  dernière  ne  lui  était  pas  exclusivement 
réservé,  puisqu'on  le  donnait  aussi  à  toute  la  région 
environnante.  C'est  sous  Antiochus  le  Grand  qu'elle 
fut  appelée  Panion  par  les  Grecs  à  cause  d'une  grotte 
consacrée  au  dieu  Pan.  Panion  devint  par  la  suite  Pa- 
néas. En  l'an  20  av.  J.-C,  Auguste  donna  la  ville  à 
Hérode  le  Grand  qui  construisit  en  son  honneur  un 
temple  magnifique  près  de  la  grotte  de  Pan  (Josèphe, 
op.  cit.,  I,  cDvii).  Le  tétrarque  Philippe,  fils  d'Hérode, 
l'embellit  et  l'appela  Césarée  à  cause  de  Tibère  son 
protecteur  (Josèphe,  ibid.,  II,  clxviii).  C'est  de  lui 
qu'elle  tire  son  nom  de  Césarée  de  Philippe.  Agrip- 
pa II  agrandit  la  ville  et  l'appela  Néroniade  en  l'hon- 
neur de  Néron,  mais  ce  nom  ne  put  se  maintenir  (Jo- 
sèphe, Ant.  jud.,  XX,  xxi).  Celui  de  Panéas  ne  dispa- 
rut jamais  complètement  et  c'est  même  lui  qui  est  le 
plus  fréquemment  employé  à  l'époque  chrétienne.  Le 
nom  de  Césarée  de  Philippe  ne  reparut  que  vers  le 
xiv^  s.  et  encore  uniquement  dans  la  nomenclature 
ecclésiastique.  Panéas  est  devenu  Bânyâs  en  arabe. 

C'est  près  de  Césarée  de  Philippe  que  l'apôtre 
S.  Pierre  fit  la  vibrante  profession  de  foi  au  Christ  qui 
lui  valut  le  titre  de  chef  de  l'Église  (Matth.,xvi,  13-20). 
D'après  une  tradition  très  ancienne,  rapportée  par 
Eusèbe,  la  femme  hémorrhoïsse  que  Notre-Seigneur 
guérit  était  de  Césarée  de  Philippe.  Cet  historien 
raconte  que  devant  sa  maison  on  voyait  un  monument 
en  bronze  représentant  le  miracle  {Hist.  eccL,  VIII, 
xviii).  Julien  substitua  son  effigie  à  celle  du  Sauveur. 

Césarée  de  Philippe  eut  un  évêché  d'assez  bonne 
heure,  mais  non  point  depuis  les  temps  apostoliques, 
bien  qu'une  tradition  locale  fît  d'Érastus  (Rom., 
XVI,  23)  le  premier  évêque  de  la  ville.  Cet  évêché  dé- 
pendait de  Tyr.  Les  croisés  s'emparèrent  de  Césarée 
en  1129  et  y  établirent  un  évêque  latin.  Le  sultan 
Tadj  el  Moulouk  Bourk  la  reprit  en  1132,  mais  pour  la 
reperdre  bientôt.  Nourreddin  la  reconquit  en  1165  et 
el  Mokatam  détruisit  ses  remparts.  Le  moderne  Bâ- 
nyâs n'est  qu'un  petit  village,  situé  à  329  m.  d'alti- 
tude, au  pied  du  mont  Hermon,  au  milieu  d'une 
région  extrêmement  fertile  à  cause  des  nombreux 
cours  d'eau  qui  descendent  de  la  montagne.  Line  des 
sources  du  Jourdain  sort  de  la  grotte  de  Pan.  Les 
ruines  sont  nombreuses  :  des  colonnes,  des  chapiteaux, 
des  sarcophages,  etc.,  gisent  un  peu  partout.  L'an- 
cienne église  S. -Georges  a  été  transformée  en  mosquée. 

La  liste  des  évêques  grecs  de  Césarée  Panéas  ren- 
ferme une  dizaine  de  noms.  Le  premier  qui  soit  connu 
est  Érastus,  qui  assista  au  premier  concile  de  Nicée 
(325)  (H.  Gelzer,  Patrum  Nicaenorum  nomina,  p.  xli, 
15).  —  Martyrius  fut  mis  à  mort  près  du  temple  de 
Pan  par  ordre  de  Julien  l'Apostat,  napaaTàtreiç 
oûvTOiioi  xpoviKaî  (H.  Gelzer,  Scriptores  originum 
Constantinopolitanarum,  53-54).  —  Baratus  ou  Bara- 
chus  prit  part  au  premier  concile  de  Constantinople 
(381)  (Mansi,  m,  568  C).  —  Olympius  fut  un  des  Pères 
du  concile  de  Chalcédoine  (451)  (Mansi,  vi,  569  D, 
944  D,  1134  B).  —  Anastase  est  signalé  à  la  fin  du 
vif  s.  comme  étant  devenu  patriarche  de  Jérusalem 
(Nicéphore  Calliste,  Eccl.  hist.,  xiv,  39).  —  On  con- 
naît aussi  Sabbas,  sous  Alexis  Comnène,  Gabriel 
Broulas  vers  1320,  Euthyme,  1377-78,  Germain,  1599, 
Callinique,  1645,  Procope,  ?-nov.  1787,  Athanase, 
nommé  en  janv.  1827,  élu  patriarche  de  Jérusalem 
quelques  jours  plus  tard,  enfin  Agathange,  1827-?. 
L'évêché  est  purement  titulaire  chez  les  Melkites 
dissidents. 

Depuis  1886,  Bânyâs  a  été  pourvu  d'un  évêché  mel- 
kite  catholique,  dont  le  titulaire  réside  à  Gedaïdat- 
Margyoun,  près  de  Bânyâs.  Il  ne  compte  encore  que 
trois  prélats  chargés  de  le  gouverner  :  Pierre  Geraï- 
giry,  élu  le  22  févr.  1886  et  devenu  patriarche  d'An- 


211  CÉSARÉE   DE  PHI 

tioche  en  1898,  Mgr  Clément  Malouf,  élu  le  24  nov. 
1901,  t  18  juill-  1941,  et  Léon  Kilzi,  élu  le  10  juill. 
1944.  Le  diocèse  compte  5  000  fidèles  avec  10  prêtres. 

On  ne  connaît  que  deux  titulaires  latins  au  Moyen 
Age  :  Adam,  vers  1132-33,  et  Jean,  mort  en  1169.  Le 
24  oct.  1272,  le  pape  Grégoire  X  écrit  à  l'archevêque  de 
Nazareth  et  aux  évêques  de  Bethléhem  et  de  Panéas, 
mais  le  nom  de  ces  prélats  n'est  pas  indiqué  (Raynaldi, 
Annales,  ad  annum  1272,  n.  19).  Le  titre  de  Césarée  a 
été  conféré  assez  souvent  dans  l'Église  romaine,  mais  il 
est  difficile  de  toujours  préciser  à  laquelle  des  quatre 
Césarées  il  se  rapporte.  D'après  VAnn.  pont,  de  1916,  la 
liste  des  titulaires  de  Césarée  de  Philippe  serait  la  sui- 
vante :  Grant,  O.  S.  A.,  27  juill.  1513.  —  Bon  Rous- 
seau, 1658-68.  —  Aidan  Devereux,  30  juill.  1847- 
t  11  févr.  1854,  vicaire  apostolique  du  district  oriental 
du  Cap  de  Bonne-Espérance.  —  Marino  Shundjick, 
O.  F.  M.,  3  oct.  1854-t  avant  1861,  vicaire  apostolique 
de  Bosnie-Herzégovine.  —  Mathias  Eberhard,  7  avr. 
1862-20  sept.  1867,  coadjuteur  à  Trêves.  —  Robert 
Mayer,  22  oct.  1869-t  1874,  auxiliaire  à  Salzbourg.  — 
.\lexis-Marie  Filippi,  O.  F.  M.,  20  janv.  1876-t  22  nov. 
1888,  vicaire  apostolique  du  Hou-pé  méridional.  — 
Cyrille  Macaire,  15  mars  1895-19  juin  1899,  vicaire 
patriarcal  copte,  puis  patriarche.  —  Julien  Cabras, 
17  déc.  1899-t  19  oct.  1905,  auxiliaire  à  Sassari.  — 
Joseph  Morticelli,  11  déc.  1905-t  16  oct.  1910.  —  Her- 
man  Zschokke,  17  nov.  1910-t  23  oct.  1920,  auxiliaire 
à  Vienne.  —  Antoine  Micozzi,  22  juill.  1921-23  déc. 
1927,  sufïragant  à  Sabine.  —  Hercule  Attuoni, 
15  juill.  1929-16  mars  1933,  auxiliaire  à  Pise.  — 
François  Beretti,  20  déc.  1936,  délégué  du  vicariat  de 
Rome  pour  les  hôpitaux. 

Lequien,  ii,  831-32;  m,  1335-38.  —  Wilson,  Lands  of  the 
Bible,  II,  175  sq.  — •  Thomson,  The  Land  and  the  Book, 
228  sq.  —  V.  Guérin,  La  Galilée,  u,  308.  —  Caesaria,  dans 
Real-Encyclopàdie  Pauly-Wissowa,  iii-a,  1290-91. — -Smith, 
Dictionartj  of  Greek  and  Roman  Geography,  ii,  540.  — 
G.-L.  Arbanitakès,  Kaiaàpeia,  dans  MeycScXT)  éXAr|viK^|  êyKu- 
KÂoiraiSEla,  xiii,  497. 

R.  Janin. 

7.  CÉSARÉE,  évêché  de  la  province  de  THES- 
SALIE,  dépendant  de  Larissa.  Cette  ville,  signalée  par 
Hiéroclès  (G.  Parthey,  Hierodis  Synecdemus  et  Noti- 
tiae  graecae  episco[jatimm,  n.  642,  11,  |).  9)  n'a  pas  en- 
core été  identifiée.  On  la  connaît  de  plus  par  un  pas- 
sage de  Procope  (De  aedif.,  iv,  3)  où  il  est  dit  que  Justi- 
nien  la  rebâtit,  et  par  le  nom  de  deux  de  ses  évêques. 
Elle  ne  figure  sur  aucune  liste  épiscopale,  ce  qui 
semble  indiquer  qu'elle  disparut  avant  le  milieu  du 
vii«  s.,  date  de  la  plus  ancienne  liste,  ou  du  moins 
qu'elle  fut  dépossédée  de  son  évêché. 

Les  deux  titulaires  connus  sont  :  Théoctiste,  qui  se 
mit  du  côté  des  Orientaux  au  concile  œcuménique 
d'Éphèse  (431)  (Mansi,  v,  768A),  et  Timothée,  qui 
figure  dans  une  supplique  envoyée  au  pape  Boni- 
face  II  par  Étienne,  métropolite  de  Larissa,  qui 
demandait  sa  réintégration  sur  son  siège  d'où  il  avait 
été  écarté  par  une  sentence  du  patriarche  de  Constan- 
tinople  Épiphane  (531).  Le  texte  latin  du  document 
porte  sancta  Dicaesarensis  civitatis,  mais  il  y  a  là  une 
erreur  de  copiste  pour  sanctae  Dei  Caesariensis  civita- 
tis, formule  qui  se  retrouve  deux  lignes  plus  bas  pour 
Lamia  (Mansi,  viii,  746  D). 

Le  titre  de  Césarée  ne  semble  pas  avoir  été  conféré 
dans  l'Église  romaine,  bien  qu'il  figure  sur  les  listes  de 
la  Consistoriale. 

Lequien,  ii,  113-14. 

R.  Janin. 

CÉSARÉE-AUGUSTE,  évêché  delà  province 
Euphratésienne,  dépendant  de  Hiérapolis.  U  est  plus 
connu  sous  le  nom  de  Néocésarée-Auguste.  Voir 
ce  mot. 


LIPPE  —  CÉSARIE  212 

1 .  CÉSARIE  (Sainte),  sœur  de  S.  Césaire  et  ab- 
besse  du  premier  monastère  féminin  d'Arles,  au  vi»  s. 
(4657-525?).  L'insuffisance  et  l'incertitude  des  docu- 
ments que  nous  possédons  sur  la  famille  de  S.  Césaire 
ne  nous  permettent  pas  d'apprécier  pleinement  le  rôle 
de  Césarie  et  l'influence  que  son  frère  a  pu  exercer  sur 
elle  ou  réciproquement. 

Nous  savons  par  la  Vita  de  S.  Césaire  que  celui-ci  est 
né  sur  le  territoire  de  Chalon-sur-Saône,  d'une  an- 
cienne famille  du  pays,  indigena,  donc  gallo-romaine  et 
non  burgonde,  qui  dans  sa  double  ascendance  (utraque 
[mss.  :  aeque]  prosapies)  s'était  distinguée  par  ses  tra- 
ditions chrétiennes  :  fide  potius  et  moribus.  Une  lettre 
d'exhortation  à  une  religieuse,  à  laquelle  on  a  imputé 
indûment  le  nom  d'Oratoria  (P.  L.,  lxviii,  1135-38  : 
O  profundum...),  nous  laisse  entendre  que,  pendant 
l'a'dolescence  insouciante  du  futur  évêque,  une  parente 
éloignée  qui  ne  le  connaissait  que  de  nom  :  cuius  in 
multa  praeterea  familia  nomen  tantum  audiiu  noueras, 
avait  déjà  cédé  à  l'attrait  de  la  vie  religieuse. 
L'exemple  de  cette  parente  pourrait  avoir  décidé  de  la 
vocation  de  Césarie,  en  qui  rien  n'autorise  à  voir  une 
sœur  cadette  de  Césaire.  Mais  dom  G.  Morin  a  rejeté 
l'authenticité  de  cette  lettre  {Florileg.  patristic., 
xxxiv,  47-52).  Pour  nous  en  tenir  aux  renseignements 
certains  fournis  par  Cyprien,  biographe  de  Césaire, 
nous  savons  que  la  fondation  d'un  monastère  féminin 
fut  l'un  des  desseins  les  plus  chers  et  les  plus  suivis  de 
son  pontificat.  Il  voulait  doubler  par  des  chœurs  de 
religieuses,  virginum  choris,  les  rangs  déjà  compacts  de 
son  clergé  et  des  congrégations  d'hommes  alors  exis- 
tantes (Viïa,  I,  28).  Désir  de  protéger  et  de  discipliner 
les  vocations  isolées,  de  constituer  dans  son  diocèse  un 
centre  et  un  modèle  éclatant  de  vie  parfaite,  d'assurer 
d'une  façon  meilleure  la  continuité  des  prières  et  de  la 
lectio  divina;  d'associer  d'aussi  près  que  possible  les 
religieuses  au  culte  de  la  cathédrale  tout  en  leur  épar- 
gnant le  contact  du  monde;  espoir  d'obtenir  d'elles  une 
docilité  plus  empressée  que  de  la  part  des  hommes  et 
une  fidélité  plus  étroite  aux  vœux  sédentaires,  tels 
furent  les  principaux  mobiles  qui  ont  dû  inspirer 
S.  Césaire;  mais  de  tels  projets  seraient  restés  sans 
doute  à  l'état  de  souhaits,  s'il  n'avait  pas  eu  pour 
l'aider  à  les  réaliser  une  personne  en  qui  il  pût  placer 
entièrement  sa  confiance,  sa  sœur  Césarie.  On  peut  ad- 
mettre qu'il  conçut  ce  dessein  dès  le  début  de  son 
épiscopat  (502)  et  qu'il  s'y  appliqua  d'une  manière 
effective  après  le  concile  d'Agde  (506).  Les  travaux 
étaient  largement  avancés  et  Césaire  même  y  avait 
travaillé  manu  propria  et  sudore  (  Vita,  i,  28),  quand 
survint  le  siège  désastreux  de  508.  L'édifice  commencé 
fut  en  grande  partie  détruit  :  tabulis  ac  cenaculis 
barbarorum  ferocitate  direptis  pariter  et  eversis.  Il  n'est 
pas  absolument  certain  que  ce  fût  du  fait  des  ennemis  : 
les  matériaux  ont  pu  être  utilisés  pour  renforcer  les 
remparts.  Rien  en  effet  ne  garantit  la  tradition  qui 
veut  que,  avant  d'être  transféré  dans  l'enceinte  de  la 
ville,  le  monastère  ait  été  construit  dans  la  plaine  des 
Alyscamps  (cf.  Malnory,  S.  Césaire,  93  et  259;  contra, 
B.  Krusch,  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov..  m,  470,  n.  3). 
Tout  semble  indiquer  qu'il  était  construit  dans  les 
parages  immédiats  d'une  église  urbaine,  in  latere 
ecclesiae  (i,  35),  soit  la  cathédrale  S. -Étienne,  soit  plu- 
tôt sur  l'emplacement  déjà  réservé  par  l'évêque  pour 
la  future  basilique.  Après  avoir  paré  aux  plus  doulou- 
reuses conséquences  de  la  guerre,  Césaire  revint  à  son 
idée.  L'édifice  fut  repris  sur  le  même  plan,  ad  instar 
prioris  normae,  et  sans  doute  au  même  endroit.  Le  ter- 
rain sur  lequel  il  s'élevait  était  ])ropriété  ecclésias- 
tique. Le  26  août  512  (et  non  513;  cf.  B.  Krusch, 
M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  ni,  444,  n.  9),  Césaire  put 
faire  la  dédicace  de  son  monastère.  Celui-ci  ne  com- 
prenait encore  que  la  Mère  Césarie  et  deux  ou  trois 


213 


CÉSARIE 


214 


compagnes  qui,  désormais,  n'en  devaient  plus  sortir, 
ce  qui  montre  bien  que  le  monastère  ne  fut  pas  trans- 
féré. Césaire,  en  en  condamnant  la  plupart  des  issues 
extérieures,  en  avait  assuré  l'isolement  {Régula,  73). 
«  Il  rappelle  du  monastère  de  Marseille  sa  sœur,  la 
vénérable  Césarie,  qu'il  avait  envoyée  là  pour  s'y 
instruire  de  ce  qu'elle  aurait  à  enseigner,  pour  être 
d'abord  élève  avant  d'être  maîtresse  »  (Vita,  i,  35).  Il 
s'agit  de  la  communauté  fondée  par  Cassien.  Pour 
assurer  la  subsistance  des  moniales,  Césaire,  qui  avait 
renoncé  à  son  héritage  personnel,  dut  leur  constituer 
une  dotation  à  l'aide  de  biens  provenant  du  domaine 
épiscopal. 

Désormais,  l'institution  est  née;  il  ne  reste  plus  qu'à 
en  consolider  l'existence  régulière  et  à  en  garantir  la 
durée.  C'est  pourquoi  en  513,  sans  doute,  Césaire 
demande  au  pape  Symmaque  de  protéger  l'inviola- 
bilité des  personnes  entrées  en  religion  et  de  recon- 
naître la  validité  des  vœux  des  moniales;  en  outre,. il 
essaie  de  faire  légaliser  la  cession  consentie  en  faveur 
du  monastère.  Symmaque,  sur  ce  dernier  point,  ne 
veut  point  consentir  à  une  aliénation  définitive  : 
Horlalur  (Mansi,  vin,  212;  éd.  Morin,  ii,  Ep.).  Plus 
heureux  avec  le  pape  Hormisdas,  qui  le  félicite  vive- 
ment de  son  initiative  :  Exsulto  {P.  L.,  lxxvi,  1285; 
éd.  Morin,  ii,  125),  il  obtient  une  homologation 
rétrospective  de  la  vente  et  de  la  donation,  et  la  garan- 
tie formelle  que  ses  successeurs  n'auront  aucunement 
pouvoir  contre  ledit  monastère  :  nullam  potestalem 
successores  quandoque  lui  habere  penitus  permittanlur, 
c.-à-d.  apparemment  qu'ils  ne  pourront  en  abolir  les 
privilèges  ni  en  changer  le  caractère.  L'existence  de 
son  monastère  cessait  donc  d'être  suspendue  à  la  fa- 
veur de  l'évêque  actuel,  à  la  vie  de  Césaire  :  il  en  avait 
assuré  la  perpétuité.  Mais  il  n'importait  pas  moins  d'en 
préserver  le  caractère  spirituel  :  ce  fut  l'objet  de  la 
Régula,  ou  plutôt  des  instructions  successives  qui, 
sous  leur  forme  définitive,  sont  devenues  la  Régula 
sanctarum  virginum  (Floril.  patristic,  xxxiv). 

Césarie  aurait  pu  se  contenter  de  garder  les  usages 
de  discipline  et  de  piété  dont  elle  s'était  imprégnée  à 
Marseille,  mais  son  frère,  qui  s'était  formé  à  Lérins, 
était  désireux  d'assimiler  autant  que  possible  les  prin- 
cipes de  la  vie  monastique  féminine  à  ceux  des  congré- 
gations d'hommes,  et  en  particulier  d'en  harmoniser 
les  exercices  :  prières,  psalmodies  et  lectures  sacrées. 
Toutefois,  il  reconnut  les  difficultés  qui  auraient  ré- 
sulté de  l'application  pure  et  simple  à  des  moniales  de  ! 
sa  Régula  ad  monachos.  Aussi,  tenant  compte  des 
besoins  particuliers  que  l'expérience  révélait,  toujours 
fidèle  aux  traditions  des  Pères  et  faisant  de  larges  em- 
prunts aux  prudents  conseils  de  S.  Augustin  {Ep., 
ccxi),  il  élabora,  dès  le  début  du  monastère,  in  exordio 
instituiionis  monasterii,  une  constitution  qui  fit  l'objet 
de  fréquentes  retouches,  multis  tamen  postea  vicibus 
ibi  aliquid  addilimus  vel  minuimus,  dont  la  première 
partie  en  47  articles,  pouvant  sous  sa  forme  actuelle 
dater  de  522-523  environ,  fut  suivie  d'une  recapilulatio 
en  23  articles,  qui  est  du  22  juin  534  (S.  Caesarii... 
opéra  omnia,  éd.  Morin,  ii,  101-24). 

Observons  d'abord  qu'il  ne  s'agit  que  d'un  règle- 
ment intérieur,  d'un  guide  de  discipline  pratique. 
Tout  ce  qui  relève  du  droit  canonique  :  condition  des 
personnes,  âge  de  profession,  validité  des  vœux,  res- 
tant sous  le  coup  des  dispositions  conciliaires  ou  des 
décrétales  (cf.  lettre  de  Symmaque  :  Horlalur,  écrite 
en  513),  ne  fait  l'objet  d'aucune  définition  ni  même 
d'aucun  rappel.  Les  principes  qui  sont  mis  en  pleine 
lumière  sont  les  suivants  : 

a)  Abandon  total  de  la  propriété  personnelle.  La  reli- 
gieuse ne  peut,  à  aucun  titre,  conserver  le  moindre 
souci  de  ses  intérêts  séculiers.  Elle  doit  faire  renon- 
ciation expresse  ou  donation  de  tout  ce  qu'elle  possède. 


des  héritages  qui  peuvent  lui  échoir,  et  si  elle  est  en- 
core trop  jeune,  elle  doit  remplir  cette  obligation  aussi- 
tôt qu'elle  atteindra  l'âge  de  sa  capacité  légale  (c.  5 
et  6).  —  b)  Clôture  rigoureuse.  Le  vœu  de  sédentarité 
est  absolu  et  valable  pour  la  vie  :  usque  ad  morlem 
suam  de  monasterio  non  egrediatur  (c.  2).  Cf.  Vita, 
I,  35.  —  c)  Organisation  rationnelle  de  la  vie  en  com- 
mun. Nulle  ne  peut,  à  son  gré,  choisir  la  tâche  qu'elle 
préfère  :  nulle  ne  peut  avoir  de  cellule  privée  ni  d'ar- 
moire ou  coffre  à  clé  qui  lui  soit  personnel,  ni  de  ser- 
vante affectée  à  son  service.  Travail  et  prière  s'ac- 
complissent d'un  mouvement  unanime  :  ensemble, 
sous  la  direction  de  la  praeposita,  elles  exécuteront 
leur  tâche  de  fileuses,  sans  bavardage  ni  murmures 
ni  disputes;  ensemble  elles  prieront  sous  la  conduite 
de  leur  «  Mère  ». 

Mais  sous  réserve  de  ces  conditions  sévères,  la  règle 
écarte  les  fatigues  inutiles,  les  mortifications  épui- 
santes. Les  moniales  de  santé  délicate  bénéficieront 
d'un  régime  plus  doux;  le  vin  n'est  pas  interdit.  Enfin 
si  rigoureuse  que  soit  la  règle  qui  les  fixe  à  jamais  dans 
l'enceinte  du  monastère,  les  religieuses  gardent  un 
certain  contact  avec  leurs  familles  :  elles  peuvent,  sous 
contrôle  et  permission  de  leur  supérieure,  en  accepter 
de  menus  envois  comme,  inversement,  elles  peuvent 
venir  en  aide  à  leurs  parents  dans  la  gêne;  elles 
reçoivent  la  visite  d'une  sœur  ou  d'une  mère;  celle-ci 
peut  même  être  invitée,  si  elle  vient  d'une  autre  ville,  à 
dîner  avec  les  sœurs.  Mais  on  rappelle  que  ces  der- 
nières ont  autre  chose  à  faire  que  de  préparer  des 
festins  :  jamais  on  ne  devra  inviter  ni  évêques,  ni 
abbés,  ni  personnes  du  monde.  Le  monastère  n'est  pas 
un  hôtel  (c.  29);  ce  n'est  pas  davantage  un  orphelinat 
ni  une  maison  d'éducation  (c.  7)  ;  seules  seront  admises 
les  fillettes,  futures  moniales,  qui  seront  en  âge  <•  d'ap- 
prendre les  lettres  et  de  se  conformer  à  l'obéissance  », 
à  partir  de  six  ou  sept  ans. 

La  règle  prévoit,  comme  il  est  naturel  pour  une  com- 
munauté déjà  considérable,  une  certaine  spécialisation 
du  personnel  :  si  l'office  de  cuisinière  et  les  divers  ser- 
vices ménagers  sont  remplis  à  tour  de  rôle  par  les 
sœurs  (c.  14),  il  y  a  des  posticiariae,  afïectées  au  ser- 
vice des  portes  et  aux  relations  avec  le  dehors,  une 
regestoraria,  qui  a  la  garde  des  clés,  une  cellararia  qui 
veille  aux  approvisionnements,  et  surtout,  pour  dé- 
charger la  INlère  des  soucis  administratifs  et  discipli- 
naires, la  praeposita  qui,  entre  autres  tâches,  a  celle 
de  répartir  à  chacune  le  travail  de  la  laine.  La  forma- 
ria  et  la  primiceria  s'occupent  de  l'éducation  des 
novices  et  probablement  des  travaux  de  copie  ou 
d'édition.  Le  provisor,  prêtre  désigné  par  l'évêque, 
s'acquitte  surtout  des  fonctions  du  culte.  La  direc- 
tion spirituelle  aussi  bien  que  l'administration  géné- 
rale du  monastère  relèvent  de  la  Mère  :  c'est  elle  qui 
est  maîtresse  après  Dieu  :  Matri  posl  Deum  omnes 
oboediunt  (c.  18).  L'article  27  nous  donne  une  idée  de 
ses  nombreux  devoirs  :  s'inquiéter  du  bien  des  âmes, 
penser  continuellement  à  la  subsistance  du  monastère, 
recevoir  les  visiteurs,  répondre  aux  lettres  des  fidèles. 
Lorsqu'un  visiteur  se  présente,  elle  le  reçoit  avec 
l'apparat  convenable,  entourée  de  deux  ou  trois  sœurs 
(c.  38).  S'il  s'agit  d'un  évêque  ou  de  quelque  person- 
nage éminent  par  sa  piété,  il  pourra,  sur  sa  demande, 
être  introduit  dans  l'oratoire.  Telle  fut,  pendant  au 
moins  une  douzaine  d'années,  la  charge  remplie  par 
Césarie,  dont  l'existence  se  passa  comme  celle  de  ses 
sœurs  inler  psalmos  atque  ieiunia  vigilias  quoque  et 
lectiones,  donnant  l'impulsion  spirituelle  à  une  com- 
munauté de  plus  en  plus  prospère.  Elle  mourut  peu  de 
temps  après  la  dédicace  de  la  basilique  Ste-Marie,  qui 
fut  célébrée  en  524.  L'évêque  avait  fait  préparer  dans 
le  pavage  de  l'édifice  des  sarcophages  :  monobiles 
arctias...  de  saxis  ingentibus,  destinés  aux  religieuses 


215 


CÉSARIE  GESARINI 


216 


(Vita,  I,  57).  Césarie  fut  inhumée  près  de  l'endroit 
réservé  à  la  sépulture  de  son  frère.  Le  martyrologe 
romain  fait  mention  d'elle  à  la  date  du  12  janv.  Le 
poète  Venance  Fortunat  a  associé  son  nom  à  celui  de 
Ste  Agnès  et  des  vierges  saintes  de  l'Église  dans  un 
poème  adressé  à  Ste  Radegonde  et  à  ses  compagnes 
(VIII,  III,  V.  39-40)  : 

Has  inter  comités  coniuncta  Casaria  fulget 
Temporibus  nostris  Arelatense  decus. 

On  notera  la  forme  exceptionnelle  Casaria  due  à  des 
raisons  métriques  (M.  G.  H.,  Aud.  antiq.,iy,  182). 

Deux  documents  seulement  nous  donnent  des  informa- 
tions sur  l'histoire  de  Césarie  :  Vila  sancti  Caesarii,  éd. 
Krusch,  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  m,  457-501,  ch.  i,  28, 
35,  58  et  II,  26,  et  Régula  sanctarum  virginum,  éd.  G.  Mo- 
rin,  Florileg.  patristic,  xxxiv,  Bonn,  1933;  S.  Caesarii  ep. 
Arelai.  opéra  omnia,  ii,  Maredsous,  1942,  p.  296-345.  —  Les 
deux  lettres  de  Césaire  à  l'abbesse  Césarie  :  Coegisti  me,  i 
tamula  Dei...  et  Vereor,  venerabiles...  (ibid.,  ii,  101-24,  129- 
44)  ne  renferment  aucun  renseignement  personnel. 

G.   DE  PHNVAL. 

2.  CÉSARIE  LA  JEUNE,  abbesse.  Aucune 
indication  ne  nous  a  été  laissée  sur  l'origine  de  la 
seconde  abbesse  du  monastère  arlésien  de  S. -Jean, 
mais  il  est  assez  vraisemblable  de  voir  en  elle  une  pa- 
rente proche,  peut-être  une  nièce  de  l'évêque  Césaire 
et  de  Ste  Césarie.  Formée  par  les  soins  de  la  première 
abbesse,  elle  prit  à  la  mort  de  celle-ci,  probablement 
en  52.5,  la  direction  du  monastère  alors  en  plein  essor 
et  comprenant  plus  de  deux  cents  moniales. 

A  mesure  qu'il  sent  approcher  le  terme  de  sa  vie, 
Césaire  témoigne  au  monastère  qu'il  a  fondé  une  affec- 
tion plus  vigilante.  Il  reprend  le  texte  de  la  Régula, 
rédigeant  de  sa  propre  main  une  recapitulatio  en 
26  articles  qu'il  fait  contresigner  par  sept  de  ses 
confrères  (534).  Il  entre  dans  des  détails  encore  plus 
précis  en  ce  qui  concerne  l'organisation  intérieure  et 
l'ordre  ou  le  calendrier  des  exercices  religieux  et  des 
jeûnes.  Il  fixe  les  conditions  d'élection  de  l'abbesse  et 
veut  que  l'on  choisisse  celle  qui,  par  son  zèle  à  sau- 
vegarder la  règle  et  par  ses  réponses  pieuses,  humbles 
et  charitables,  pourra  donner  du  monastère  l'impres- 
sion la  plus  édifiante.  Mais  il  est  dominé  par  l'idée  d'as- 
surer par-dessus  tout  l'intégrité  de  la  règle  qu'il  a 
établie  :  «  Si  même,  ce  que  je  ne  crois  pas  et  que  Dieu 
dans  sa  miséricorde  ne  permettra  pas,  si  en  quelque 
temps  que  ce  soit  une  abbesse  tentait  de  modifier  ou  de 
relâcher  quelque  chose  de  cette  règle  établie,  si  par 
sentiment  de  famille  ou  pour  quelque  motif  elle  vou- 
lait se  placer  sous  la  dépendance  ou  l'influence  privée 
de  l'évêque  de  la  ville,  avec  l'inspiration  divine  et  sur 
notre  permission,  opposez-lui  une  résistance  respec- 
tueuse et  forte  et  ne  laissez  pas  cela  s'accomplir  sous 
aucun  prétexte,  mais  selon  la  lettre  sacrée  du  très 
saint  pape  de  Rome  (la  bulle  d'Hormisdas),  appliquez- 
vous  à  vous  défendre.  En  particulier  pour  ce  qui 
touche  à  la  recapitulatio  ci-dessous  que  j'ai  écrite  et 
signée  de  ma  main,  je  vous  conjure  de  n'en  retrancher 
absolument  rien.  Que  toute  abbesse  ou  toute  prévôté 
qui  tentera  d'agir  à  rencontre  de  la  sainte  règle  sache 
qu'elle  aura  à  m'en  rendre  compte  devant  le  tribunal 
du  Christ  »  (c.  64). 

Cette  adjuration  fit  encore  l'objet  de  l'émouvante  et 
suprême  instruction  qu'il  donna  aux  moniales  à  la 
veille  de  sa  mort  (Vita,  ii,  34).  C'est  dans  le  même  but 
d'assurer  l'inviolabilité  légale  et  la  sécurité  matérielle 
de  sa  fondation  que,  non  content  des  garanties  accor- 
dées par  la  bulle  d'Hormisdas,  il  adressa  dans  son  Tes- 
tament une  pressante  recommandation  à  l'évêque 
successeur,  le  suppliant  de  reconnaître  les  donations 
assez  considérables  qu'il  avait  effectuées,  abandon  de 
terres  ou  de  vignes  en  Camargue,  au  Trébon,  en 
Crau,  qui  avaient  appartenu  à  l'Église  d'Arles,  spéci- 


fiant que  le  monastère  resterait  placé  sous  l'autorité 
de  l'évêque,  que  les  biens  aliénés  reviendraient  à 
l'Église  en  cas  de  dissolution  de  la  communauté,  mais 
faisant  particulièrement  appel  à  sa  bienveillance  pour 
que  l'évêque  laissât  en  fait  aux  moniales  la  plus  large 
autonomie  et  même  leur  accordât  le  choix  du  prêtre 
desservant,  provisor.  Dans  d'autres  lettres,  aujourd'hui 
perdues,  il  cherchait  à  s'entourer  des  mêmes  garanties 
du  côté  des  autorités  civiles  {Vita,  ii,  41).  Le  monastère 
de  S. -Jean  avait  été  en  effet  pour  Césaire  la  plus  pré- 
cieuse de  ses  créations  :  il  avait  associé  les  moniales  à 
son  œuvre  spirituelle,  il  les  avait  établies  près  de  sa 
cathédrale;  elles  concouraient  au  rayonnement  de  son 
apostolat,  à  la  diffusion  de  ses  écrits  :  entre  elles  et  lui, 
c'était  un  perpétuel  et  surnaturel  échange  de  pensées 
et  de  prières.  Il  voulait  qu'après  lui  cette  communion 
d'âme  et  cette  sainte  affection  continuassent  à  jamais 
d'exister  (Reg.,  c.  72).  Il  lui  semblait  qu'il  ne  pouvait 
prendre  trop  de  précautions  pour  qu'elles  pussent 
garder  la  même  résidence,  le  même  esprit,  la  même 
règle. 

En  ce  qui  concerne  personnellement  Césarie, 
l'évêque  lui  léguait  le  grand  manteau  de  chanvre 
qu'elle  lui  avait  tissé  naguère.  Nous  savons  que  l'ab- 
besse joignait  à  ses  mérites  pieux  de  grandes  qualités 
intellectuelles.  Elle  inspira  à  l'évêque  de  Toulon,  Cy- 
prien,  et  aux  autres  collaborateurs  intimes  de  S.  Cé- 
saire, le  diacre  Étienne  et  le  prêtre  Messien,  l'idée  de 
rédiger  la  biographie  du  grand  évêque  d'Arles.  Maî- 
I  tresse  experte,  elle  a  développé  dans  son  monastère 
l'activité  de  ce  centre  d'édition  d'où  se  sont  répan- 
dus, non  seulement  dans  les  humbles  paroisses  de 
Provence,  mais  encore  dans  tous  les  diocèses  de  Gaule 
et  même  plus  loin,  d'innombrables  copies  des  Sermons 
de  Césaire  et  de  S.  Augustin,  le  texte  des  Livres  saints, 
et  sans  doute  aussi,  des  missels,  des  lectionnaires 
(Vita,  i,  58). 

Ce  fut  aussi  une  femme  d'autorité  qui  dut  veiller 
avec  tout  son  zèle  au  maintien  de  la  règle  et  à  la 
défense  de  ses  droits.  S.  Césaire  avait  réservé  la  basi- 
lique de  Ste-Marie  pour  la  sépulture  des  religieuses.  Il 
arriva  un  jour  que  le  sacrarium  dans  lequel  certains 
prêtres  avaient  été  ensevelis  fut  annexé  à  la  basilique. 
L'abbesse  intervint  pour  que  désormais  le  privilège  de 
la  sépulture  dans  ce  nouvel  emplacement  fût  laissé 
aux  moniales  seules;  elle  exigeait  que  même  dans  la 
tombe  sa  communauté  ne  formât  qu'un  indivisible 
troupeau  (texte  cité  par  D.  G.  Morin,  Floril.  patristic, 
xxxiv,  32  et  Rev.  bénéd.,  xliv,  1932,  p.  19-20). 

Le  poète  Fortunat  a  justement  associé  son  souvenir 
à  celui  de  «  Césarie  la  Grande  »  : 

Sic  hic  Caesaria  et  praecelsa  Casaria  surgat. 

(M.  G.  H.,  Auct.  antiq.,  iv,  app.  xni,  p.  283.) 

Vita  sancti  Caesarii,  éd.  Krusch,  M.  G.  H.,  SS.  rer. 
merou.,  lu,  457-501  ;  Régula  sanctarum  uirginum,  éd.  Morin, 
Flor.  patrisl.,  xxxiv,  Bonn,  1933,  et  Testament  de  S.  Césaire 
(éd.  Morin,  ii,  Maredsous,  1942,  p.  281-89).  —  Une  lettre 
de  Césarie  (Caesaria  exigua)  aux  saintes  dames  PlichUde 
et  Radegonde,  insérée  dans  M.  G.  H.,  Epist.  merov.,  l, 
450-52,  est  dénuée  d'authenticité.  Cf.  R.  Aigrain,  dans 
Bull.  hist.  et  philol.  du  Comité  des  trav.  historiques,  1926- 
1927,  p.  119-27. —  Malnory,  S.  Césaire,  évêque  d'Arles,  Paris, 
1894,  p.  276,  n.  1. 

G.  DE  Plinval. 
CÉSARIENNE  (Sainte),  dont  parle  le  martyro- 
loge hiéronymieii  au  21  juill.  :  Caesarianae,  Cesiariae, 
Taesianae,  et  dont  on  a  fait  une  compagne  d'Adrien, 
est  le  nom  de  la  ville  de  Césarée  où  le  saint  subit  le 
martyre. 

A.  S.,  juin.,  V,  163.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  389. 

R.  Van  Doren. 
1.  CESARINI  (Alessandro),  f  1542.  Fils  de 
Pierpaolo  et  neveu  du  cardinal  Julien  Cesarini  junior, 


217 


CESA 


RINI 


218 


Alexandre  entra  de  bonne  heure  au  service  de  l'Église. 
Parmi  les  charges  qu'il  occupa,  Katterbach  (p.  75, 
n.  22)  mentionne  celles  de  référendaire,  clerc  romain, 
abréviateur,  secrétaire  (6  sept.  1512).  Il  était  proto- 
notaire apostolique  et  ami  intime  du  cardinal  Jean 
de  Médicis,  lorsque  celui-ci  devint  le  pape  Léon  X.  Il 
figura,  à  la  première  promotion  cardinalice  de  Léon  X, 
comme  cardinal-diacre  des  SS.-Serge-et-Bacchus 
(6  juiU.  1517;  Eubel,  m,  18),  titre  qui  avait  été  occupé 
de  1493  à  1503  par  son  oncle.  Le  14  déc.  1523,  il 
échangea  ce  titre  contre  celui  de  S. -Maria  in  via  Lata; 
le  31  mai  1540,  il  fut  évêque  d'Albano  et,  le  14  nov. 
1541,  évêque  de  Palestrina. 

En  outre,  il  se  vit  confier  l'administration  de  plu- 
sieurs diocèses  :  le  6  juin  1519,  ceux  de  Gerace  et  d'Op- 
pido  qu'il  résigna  sans  délai  (Eubel,  m,  225);  le 
27  déc.  1520,  celui  de  Pampelune  (ibid.,  285),  où  il  fit 
publier  en  1531  les  décrets  et  statuts  synodaux  et  qu'il 
résigna  en  1538;  le  9  avr.  1526,  celui  d'Otrante  qu'il 
céda,  le  22  mars  1536,  à  Pierre  de  Capoue,  jeune  clerc 
napolitain  de  23  ans,  plein  d'avenir  (Eubel,  m,  228); 
le  20  juin.  1526,  celui  d'Alessano  qu'il  résigna  en  1531 
(ibid.,  115);  celui  de  Cuenca,  où  il  fut  nommé  le 
24  mai  1538  sur  présentation  de  l'empereur,  et  qu'il 
garda  jusqu'à  sa  mort  (ibid.,  190).  D'après  Chacon,  il 
aurait  aussi  administré  l'évêché  de  Brescia,  mais  il  n'y 
est  signalé  ni  par  Ughelli  ni  par  Eubel. 

Alexandre  Cesarini  fut  cardinal  sous  Léon  X, 
Adrien  VI,  Clément  VII  et  Paul  III.  Avec  ses  7  000  du- 
cats de  revenus  (en  1523,  cf.  Sanuto,  xxxv,  61),  il 
comptait  parmi  les  fortunes  moyennes  du  Sacré 
Collège.  Il  fit  partie  de  trois  conclaves  :  1521-22, 
1523  et  1534.  Est-il  possible  de  déterminer  sa  posi- 
tion dans  le  jeu  diplomatique  qui  s'y  manifesta?  'Tout 
son  curriculum  viiae  prouve  que  ses  sympathies  impé- 
riales dépassaient  la  moyenne  et  qu'il  était  persona 
grala  auprès  de  l'empereur.  Toutefois,  les  témoignages 
de  l'époque  à  son  endroit  sont  assez  réservés.  En  1521, 
Manuel,  l'envoyé  de  Charles-Quint  à  Rome,  le  décrit 
comme  tenant  une  position  médiane,  mais  manquant 
d'indépendance.  (Cf.  G.  A.  Bergenroth,  Calendar  of 
Leliers,  Despalches  and  State  Papers  relating  to  the 
négociations  belween  England  and  Spain  preserved  in 
the  archives  at  Simancas  and  elsewhere,  ii,  n.  370, 
Londres,  1866.)  Le  même  son  de  cloche  se  retrouve, 
treize  ans  plus  tard,  dans  les  rapports  du  cardinal 
Hercule  de  Gonzague  au  duc  de  Mantoue  (10  oct. 
et  6  nov.  1534,  publ.  par  Pastor,  v,  812-15).  Dans 
les  Diarii  de  Marino  Sanuto,  il  est  signalé,  tantôt 
comme  un  partisan,  tantôt  comme  un  adversaire 
des  Médicis  (voir  par  ex.  xxxii,  263,  385).  Par 
contre,  l'envoyé  siennois,  L.  Sigardi,  le  dépeint 
comme  un  adhérent  déclaré  du  parti  impérial  (réfé- 
rences dans  Pastor,  v,  7).  Au  cours  du  huitième  scrutin 
du  conclave  suivant  la  mort  de  Léon  X,  le  6  janv.  1522, 
une  manœuvre  de  Cesarini,  qui  ne  fut  peut-être  qu'une 
plaisanterie,  faillit  aboutir  à  l'élection  d'un  pape; 
mais  le  stratagème  auquel  il  avait  eu  recours  ne  fut 
pas  admis  par  les  Pères  et  la  manœuvre  n'eut  pas  de 
suite.  (Voir  Petrucelli  délia  Gattina,  i,  520-21  et 
C.  Burmann,  Hadrianus  VI,  Utrecht,  1727,  p.  148.) 

Au  conclave  de  1523,  Cesarini  fut  choisi  par  le  cardi- 
nal Médicis  comme  négociateur  avec  le  parti  adverse. 
Il  refusa  de  constituer  un  tiers  parti  avec  les  autres 
cardinaux  romains.  Par  contre  en  1534,  dès  le  début  du 
conclave,  il  forma,  avec  trois  cardinaux  de  ses  amis,  un 
bloc  des  quatre,  aussi  solide  qu'indépendant  vis-à-vis 
des  deux  factions  divisant  le  Sacré  Collège. 

Les  principaux  événements  de  sa  vie  publique  sont  à 
mettre  en  rapport  avec  les  relations  hispano-romaines. 
Après  l'élection  pontificale  d'Adrien  d'Utrecht,  l'envoi 
en  Espagne  d'un  cardinal-prêtre  et  d'un  cardinal- 
diacre  fut  mis  aux  voix  par  le  Sacré  Collège.  Cesarini, 


ayant  obtenu  21  fèves  blanches  contre  15  noires,  fut 
élu,  ainsi  que  le  cardinal  Colonna  (récit  de  l'élection 
par  le  secrétaire  Blosius,  dans  Sanuto,  Diarii, 
xxxii,  387-89).  Cette  ambassade  avait  pour  mission 
d'obtenir  du  nouveau  pontife  la  promesse  de  hâter  son 
voyage  à  Rome,  de  lutter  avec  vigueur  contre  l'hérésie 
protestante,  de  ne  pas  déplacer  de  Rome  le  siège  pon- 
tifical et  de  poursuivre  la  préparation  d'un  concile. 
(Cf.  texte  de  l'instruction  du  19  janv.  1522  aux  trois 
délégués  du  Sacré  Collège  (le  cardinal  Orsini  y  fut  ad- 
joint), dans  Gachard,  Correspondance  de  Charles-Quint 
et  d'Adrien  VI,  Commission  royale  d'histoire,  vi,  10  sq., 
Bruxelles,  1859;  Ch.  Weiss,  Papiers  d'État  du  card.  de 
Granvelle,  d'après  les  mss.  de  la  bibliothèque  de  Besan- 
çon, I,  Paris,  1841,  p.  241  sq.;  voir  corrections  dans 
Pastor,  iv^,  p.  22,  n.  2.)  Faute  d'argent  pour  payer  le 
voyage,  l'ambassade  retarda  son  départ  pendant  plus 
d'un  trimestre.  Cesarini  semble  être  parti  seul,  fin 
avr.  ou  début  mai;  il  rejoignit  le  pape  à  Saragosse.  Du- 
rant le  voyage  de  retour  en  Italie,  Cesarini  fit  voile  sur 
le  même  navire  que  le  pape  avec  l'envoyé  espagnol 
Mendoza  et  2  000  hommes  d'armes.  L'escorte  pontifi- 
cale arriva  à  Civitavecchia  le  26  août,  à  Rome  le  29  ;  le 
couronnement  du  pape  eut  lieu  le  31.  (Récit  du 
voyage  dans  Pastor,  iv^  p.  43  et  Burmann,  op.  cit., 
171-76.  Description  de  l'arrivée  et  des  solennités  dans 
Sanuto,  Diarii,  xxxiii,  427-29.) 

En  1527,  lors  de  l'entrée  à  Rome  des  troupes  impé- 
riales du  connétable  de  Bourbon,  comptant  sur  sa  ré- 
putation de  sympathisant  du  parti,  Cesarini  resta  dans 
son  palais  du  rione  San  Eustachio.  Beaucoup  de  Ro- 
mains y  étaient  venus  cherclier  asile.  Les  chefs  espa- 
gnols avaient  pris  le  palais  sous  leur  protection  contre 
une  rançon  qui,  après  plusieurs  marchandages,  fut 
fixée  à  45  000  ducats;  il  resta  épargné  durant  huit 
jours.  Survinrent  alors  les  lansquenets  en  mal  de 
pillage.  Suivant  une  version,  Cesarini  aurait  fait 
mettre  son  palais  en  état  de  défense  en  même  temps 
que  le  palais  contigu  du  cardinal  Délia  Valle.  Les  assié- 
gés se  seraient  défendus  et  le  bruit  courut  jusqu'à 
Venise  que  Cesarini  était  mort  les  armes  à  la  main. 
D'autres  racontèrent  que,  apprenant  les  excès  et  les 
voies  de  fait  commis  au  palais  Piccolomini,  le  cardinal 
Cesarini  ne  s'estima  plus  en  sûreté  et  alla  chercher 
refuge  au  palais  Colonna.  (Détails  dans  Sanuto,  Diarii, 
XLV,  passim,  résumé  dans  Pecchiai,  436-37.) 

Par  deux  fois,  Cesarini  accompagna  Clément  VII  du- 
rant un  voyage  à  Bologne.  Départ  du  premier  voyage  : 
7  oct.  1529;  itinéraire  dans  Pastor,  Iv^  p.  375,  n.  4; 
entrée  solennelle  à  Bologne  :  24  oct.  Séjour  en  cette  ville 
jusqu'au  début  d'avr.  (?).  Au  cours  de  ce  séjour  eut 
lieu  l'entrée  solennelle  de  Charles-Quint  (4  nov.)  et  son 
double  couronnement  (22  et  24  févr.  1530);  Cesarini 
fut  diacre  assistant  à  la  cérémonie  du  couronnement 
impérial.  Détails  variés  dans  C/onaca...,  éd.  Giordani, 
passim;  Raynaldi,  1529,  n.  78;  Sanuto,  lu,  142-45, 
180-99,  259-73,  612-70. 

Le  second  voyage,  entrepris  lui  aussi  pour  rencontrer 
l'empereur  à  Bologne,  se  place  du  18  nov.  au  8  déc. 

1532.  (Cf.  Sanuto,  lvii,  737.)  Dès  le  lendemain  de  son 
arrivée  à  Bologne,  le  9  déc.  1532,  un  consistoire  décida 
d'envoyer  Grimani  et  Cesarini  à  la  rencontre  de  l'em- 
pereur. Cesarini  séjourna  à  Bologne  jusqu'au  5  mars 

1533.  Il  fut  question  de  lui  pour  une  légation  en 
Espagne,  mais  il  s'excusa.  Au  départ  de  Bologne,  il 
accompagna  l'empereur  avec  deux  cardinaux  jusqu'à 
Pavie  (10  mars). 

Durant  le  pontificat  de  Clément  VII,  Cesarini  fut 
encore  chargé,  pendant  cinq  ans,  de  la  protection  de  la 
ville  de  Jesi.  Le  15  janv.  1532,  il  fut  chargé  d'un  con- 
flit opposant  les  sièges  de  Munster  et  de  Cologne 
(Eubel,  ni,  5,  n.  9).  A  la  mort  de  Clément  VII,  on  lui 
confia  le  règlement  d'un  grave  désaccord,  qui  avait 


219 


CESA 


RINI 


220 


soulevé  le  peuple  contre  les  Strozzi,  au  sujet  de  stocks 
de  grains  détenus  par  ces  derniers  (Orano,  384). 

Dès  les  débuts  de  son  pontificat,  Paul  III  eut  recours 
aux  services  de  Cesarini  pour  ses  travaux  de  réforme  et 
de  préparation  conciliaire.  Le  20  nov.  1534,  trois  car- 
dinaux, Campeggio,  Grimani  et  Cesarini  sont  nommés 
qui  ecclesiae  status  officiâtes  ad  syndicatus  tenerent 
{Acta  consist.,  dans  Ehses,  Conc.  Trid.,  iv,  451). 
Lorsque,  le  8  avr.  1536,  un  consistoire  extraordinaire 
des  cardinaux,  réuni  en  présence  de  l'empereur,  décida 
la  convocation  d'un  concile,  Cesarini  fit  partie  de  la 
commission  de  dix  membres  chargée  de  préparer  la 
bulle  du  2  juin,  portant  indiction  du  concile  à  Mantoue 
pour  le  23  mai  1537  (lettre  de  Giovanni  Agnello  au  duc 
de  Mantoue,  8  avr.  1536,  dans  Pastor,  v,  829;  texte  de 
la  bulle  dans  Raynaldi,  ann.  1536,  n.  35;  Mansi, 
SuppL,  V,  551  ;  Conc.  Trid.,  iv,  2-6).  Les  difficultés  op- 
posées par  le  duc  de  Mantoue  contraignirent  à  renoncer 
à  cette  ville  comme  lieu  de  réunion;  ensuite  la  reprise 
des  hostilités  entre  Charles-Quint  et  François  I'"' 
firent  différer  la  date  de  convocation.  Cesarini  donna  ' 
lecture  (15  oct.  1537)  de  la  bulle  de  prorogation.  Le 
7  janv.  1538,  une  nouvelle  commission  de  9  cardinaux, 
parmi  lesquels  Cesarini,  eut  mission  de  préparer  une 
réunion  du  concile  à  Vicence,  en  1538  puis  en  1539; 
réunion  qui,  en  réalité,  n'eut  jamais  lieu.  (Conc. 
Trid.,  IV,  142  sq.) 

Le  28  oct.  1538,  la  commission  de  réforme  créée  par 
Paul  III  en  oct.  1536  fut  portée  de  4  à  8  membres. 
Cesarini  figure  parmi  les  membres  adjoints.  D'après 
une  lettre  de  N.  Sernini  au  cardinal  de  Gonzague 
(dans  Pastor,  v,  132,  n.  3),  il  y  aurait  pris  une  position 
moins  radicale,  plus  louvoyante,  que  Contarini.  Le 
27  août  1540,  cette  même  commission  fut  portée  à 
12  membres  avec  une  division  plus  poussée  du  travail. 
Cesarini  avec  quelques  autres  fut  deputatus  pro  rota 
(Eubel,  m,  p.  16,  n.  5;  Ehses,  dans  Conc.  Trid.,  iv,  i 
454).  Mais  les  détails  manquent  concernant  l'activité  j 
qu'il  déploya  dans  cette  sous-commission.  Le  10  févr. 

1540,  il  avait  été  désigné  avec  trois  autres  pour  trouver 
des  fonds  destinés  à  soutenir  la  défense  de  l'Europe 
contre  les  Turcs  (Eubel,  ibid.,  n.  6).  Fin  1540  et  début 

1541,  la  commission  dont  il  faisait  partie  fut  chargée 
de  discuter  avec  les  évêques  la  mise  au  point  des 
articles  contenus  dans  un  projet  de  bulle  Superni  dis- 
positione,  visant  à  faciliter  aux  évêques  la  résidence 
effective  dans  leurs  diocèses.  La  rédaction  en  fut 
achevée  au  début  de  1542,  mais  elle  ne  fut  jamais  pu- 
bliée (Ehses,  Kirchliche  Reformarbeiten,  397-400). 

A  deux  reprises  Cesarini  fut  chargé  par  Paul  III 
d'interrompre  ses  activités  réformatrices  pour  accep- 
ter une  mission  de  confiance  de  nature  politique,  pour 
laquelle  ses  anciennes  relations  avec  l'empereur  le 
désignaient  plus  spécialement. 

Le  29  nov.  1535,  il  fut  envoyé  à  Naples  avec  le  car- 
dinal Piccolomini  pour  y  rencontrer  Charles-Quint 
revenu  victorieux  de  Tunis  et  se  disposant  à  traverser 
l'Italie.  Ils  partirent  le  5  déc.  et  arrivèrent  à  Naples 
le  12.  (L.  Dorez,  La  cour  du  pape  Paul  III  d'après  les 
registres  de  la  trésorerie  secrète,  i,  p.  253,  note  6; 
G.  Rosso,  Historié  délie  cose  di  Napoli  sotto  l'imperio  di 
Carlo  Quinto,  1526-1537,  Naples,  1635,  p.  123.  Les 
Nunziaturberichte  aux  Deulschland,  i,  1,  p.  68,  note  2, 
donnent  le  7  déc.)  Ils  étaient  chargés  d'une  mission 
délicate  :  éviter  que  le  rebondissement  de  l'affaire  mi- 
lanaise, consécutive  au  décès  du  duc  François  Sforza, 
n'entraîne  une  reprise  de  la  guerre  franco-impériale. 
La  solution  transactionnelle  qu'ils  présentèrent  à 
l'empereur,  peu  après  leur  arrivée  à  Naples  (22  déc. 
1535),  ne  fut  pas  acceptée  par  ce  dernier  (rapport  des 
deux  cardinaux,  23  déc.  1 535,  Conc.  Trid. ,  iv,  p.  cxxvii). 

A  l'occasion  de  la  Conférence  de  Nice  (1538),  les 
deux  souverains  rivaux  refusant  toute  entrevue  en 


tête-à-tête,  Cesarini  fut  désigné,  avec  ses  collègues 
Ghinucci  et  Cupis,  comme  «  légat  volant  »,  chargé  de 
faire  la  navette  entre  les  deux  souverains  et  le  pape. 

Alexandre  Cesarini  mourut  à  Rome,  le  13  févr.  1542 
(le  14  d'après  Pastor,  v,  142);  il  fut  enseveli  dans  le 
caveau  de  sa  famille  en  l'église  de  l'Ara  Coeli.  Homme 
très  cultivé,  au  témoignage  d'.\lde  Manuce,  il  avait 
brillé  comme  mécène  des  sciences  et  des  arts  au  firma- 
ment de  la  Renaissance  du  Cinquecento.  Le  récit  des 
fêtes  nuptiales  qui  eurent  lieu  dans  son  palais  en 
janv.  1526  à  l'occasion  du  mariage  de  sa  cousine 
(Pecchiai,  326-27)  confirme  pleinement  ce  jugement. 
Le  tableau  généalogique  de  Litta  lui  donne  un  fils 
naturel,  Ascanio,  qui  fut  évêque  d'Oppido  en  Calabre, 
de  1538  à  1542. 

Ne  pas  le  confondre  avec  son  homonyme  Alessandro 
Cesarini,  né  à  Rome  en  1590,  nommé  cardinal-diacre 
de  Sta  Maria  in  Domnica  (30  août  1627),  puis  de 
.Sta  Maria  in  via  Lata,  évêque  de  Viterbe  de  1636  à 
1638,  mort  en  1644  (Moroni,  xi,  123-24;  Katterbach, 
'  241,  268,  287). 

L.  Cardauns,  Paul  III.,  Karl  V.  und  Franz  I.  in  den 
J.  1535  und  1536,  dans  Quellen  und  Forscliungen  des  kgl. 
preuss.  tiist.  Instituts  in  Rom,  xi,  1908,  p.  147  sq.  — L.  Car- 
della,  Memorie  storiclie  de'  cardinali  delta  S.  Romana 
Cliiesa,  iv,  Rome,  1793,  p.  57-58.  —  A.  Ciacconius-Oldoi- 
nus,  Vita  et  res  gestae  pontiflcum  Romanorum  et  S.  R.  E. 
cardinalium,  m,  Rome,  1677,  p.  404  sq.  —  Coneilium  Triden- 
tinum,  IV  :  Actorum  pars  P,  par  S.  Ehses,  Frlbourg,  1904, 
p.  592.  —  Cronaca  délia  venuta  e  dimora  in  Bologna  di  Clé- 
mente VII  per  la  coronazione  di  Carlo  V  celebrata  l'anno 
1530,  publ.  par  G.  Giordani,  Bologne,  1842,  p.  xvii  et 
passim.  —  S.  Ehses,  Franz  I.  von  Frankreicli  und  die  Kon- 
zilsfrage  in  den  J.  1536-1539,  dans  Romiscfie  Quartalsclu-ift, 
XII,  1898,  p.  306  sq.;  Id.,  Kirchlictie  Reformarbeiten  unter 
Paul  III.  vor  dem  Trienter  Konzil,  ibid.,  xv,  1901,  p.  153- 
74,  395-409.  —  Eubel,  m,  p.  18.  —  W.  Friedensburg, 
Kaiser  Karl  V.  und  Papst  Paul  III.  {Scliriften  des  Vereins 
I  ftir  Reformationsgescliicfite,  153),  Leipzig,  1932.  — 
î  A.  Korte,  Die  Konzilspolitilt  Karls  V.  in  den  J.  153S-43 
(même  coll.,  85),  Halle,  1905.  —  B.  Katterbach,  Referen- 
darii  utriusque  Signaturae  (Studi  e  testi,  55),  75,  n.  22.  — 
Litta,  Famiglie  celebri  d'Italia,  tabl.  Cesarini.  —  Moroni, 
XI,  123.  —  Nunziaturbericlite  aus  Deutscfiland,  section  i, 
vol.  i,  595;  vol.  ii,  218;  vol.  m,  302;  vol.  iv,  161;  vol.  v, 
274  (Gotha,  1892-Berlin,  1909).  —  D.  Orano,  Il  Diario  di 
Marcello  Alberini  (  1521-1536 ),  dans  Arch.  délia  Soc.  rom. 
di  storia  patria,  xvin,  1895,  p.  319-98,  401.  —  Pastor,  iv, 
781  ;  V,  875.  —  P.  Pecchiai,  Roma  net  Cinquecento  (Storia 
di  Roma,  xiii),  Bologne,  1948,  p.  560.  —  A.  PendagUa, 
Paolo  III  pontefice,  Carlo  V  imperatore  e  Francesco  I  re  di 
Francia  in  Nizza  per  trattare  la  pace  net  1538.  Lettera  nar- 
rativa  pubbl.  dal  can.  Giuseppe  Anionelli,  Ferrare,  1870.  — 
F.  Petrucelli  délia  Gattina,  Histoire  diplomatique  des 
conclaves,  i,  512-77;  ii,  1-8  (Paris,  1864). 

Roger  MoLS. 
2.  CESARINI  (Julien)  senior  (13987-1444), 
cardinal  de  S. -Ange,  de  Ste-Sabine  et  de  Tusculum, 
légat  en  Allemagne  pour  la  question  hussite,  président 
du  concile  de  Bâle,  membre  actif  de  celui  de  Ferrare- 
Florence,  légat  dans  les  pays  danubiens,  disparu  à  la 
bataille  de  Varna  (10  nov.  1444). 

I.  Avant  le  cardinalat.  —  Né  en  1398  (?; 
l'Ann.  pont.,  1932,  p.  130  et  plusieurs  auteurs  récents 
donnent  1389),  de  parents  peu  fortunés,  Andreuzzo 
Cesarini  et  Paolotia  di  Lorenzo  Rustici,  C.  fut  destiné 
très  jeune  aux  études,  d'abord  à  Rome  sa  patrie,  puis 
à  l'université  de  Pérouse  où  il  commença  son  droit. 
Étudiant  très  soigneux  et  avare  de  son  temps,  il 
savait  suppléer  par  son  zèle  et  son  ingéniosité  au 
peu  d'argent  dont  il  disposait  :  il  étudiait  dans 
des  livres  d'emprunt  et  économisait  les  bouts  de 
chandelle  qu'il  récoltait  aux  tables  des  banquets.  Il 
gagnait  son  gîte  et  son  couvert  en  travaillant  comme 
précepteur  chez  un  bourgeois  de  la  ville,  nommé 
Buontempi,  et  se  lia  d'amitié  avec  toute  la  famille.  Il 
poursuivit  ses  études  à  Bologne  et  à  Padoue,  où  il 


221 


CESARINI 


222 


conquit  son  grade  de  docteur  in  utroque  jure  (G.  Zacca- 
gnini,  Storia  dello  Studio  di  Bologna  durante  il  Rinas- 
cimento,  Genève,  1930,  p.  80;  N.  C.  Papadopolus, 
Historia  gymnasii  Patavini,  i,  Venise,  1726,  p.  214). 
Jeune  lauréat,  il  y  débuta  aussitôt  dans  l'enseignement 
du  droit  canon.  Il  compta  parmi  ses  élèves  Dominique 
Capranica,  qui  devait  devenir  son  collègue  de  promo- 
tion cardinalice,  et  Nicolas  de  Cues,  dont  il  avait 
d'abord  été  le  condisciple  et  qui  lui  dédiera,  le  12  févr. 
1440,  comme  à  son  «  maître  vénéré  »,  une  de  ses 
oeuvres  principales,  De  docta  ignorantia  (dans  Opéra, 
éd.  de  Bâle,  1565,  p.  1  ;  cf.  Vansteenberghe,  266).  Son 
enseignement  dura  deux  ans.  Fechner  (p.  40)  en  place 
le  début  en  1421.  Catalanus  (p.  5,  note)  parle  des 
années  1415  et  1416,  chose  inacceptable  si  l'on  s'en 
tient  à  la  date  admise  pour  sa  naissance.  Voir  détails 
sur  sa  jeunesse  dans  les  deux  esquisses  biographiques 
de  Vespasiano  Bisticci  et  de  Pogge. 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  cardinal  Branda  de  Castiglione, 
partant  pour  sa  deuxième  légation  en  Allemagne 
(1422-1425),  l'emmena  à  sa  suite.  Il  fut  certainement 
présent  à  Mayence  au  printemps  1423,  quand  Branda 
y  publia  sa  constitution  de  réforme.  Il  accompagna 
aussi  le  cardinal  dans  ses  déplacements  en  Europe 
centrale,  en  vue  de  résoudre  la  question  hussite. 

A  peine  rentré  à  Rome,  il  dut  repartir  pour  une  nou- 
velle mission  en  France,  auprès  du  duc  de  Bedford,  en 
vue  d'obtenir  un  règlement  favorable  de  la  question 
des  collations  de  bénéfices.  Il  parvint  à  modifier  le 
sentiment  du  régent  et  à  lui  faire  admettre  la  supé- 
riorité du  système  imposé  par  la  Constitution  ponti- 
ficale du  13  avr.  1425,  laquelle  fut  déclarée  exécutoire 
par  ordonnance  royale  du  26  nov.  (Recueil  des  ordon- 
nances, XIII,  107).  (Cf.  N.  Valois,  Hist.  de  la  Pragma- 
tique Sanction  de  Bourges  sous  Charles  VII,  Paris, 
1906,  p.  XXV,  XXVI,  xxx;  Fechner,  p.  14,  15,  19,  25, 
56,  60  sq.,  105;  Wilkins,  Conc.  Magn.  Britanniae, 
III,  479  sq.) 

J.  Cesarini  remplit  aussi  plusieurs  fonctions  à  la 
Curie.  On  ignore  à  partir  de  quelle  date.  B.  Katter- 
bach  (Referendarii  utriusque  Signaturae  a  Martino  V 
ad  Clementem  IX...,  p.  13,  dans  Studi  e  Testi,  55)  le 
signale  comme  référendaire  de  la  Signature  et  proto- 
notaire apostolique. 

Il  fut  nommé  auditeur  de  la  Rote  le  1"  août  1424  et 
assermenté  le  24  nov.  (Baix,  257;  W.  v.  Hofmann, 
II,  91  ;  E.  Cerchiari,  Capellani  papae  et  apostolicae  Sedis 
auditores  causarum  Sacri  Palatii  apostolici  seu  Sacra 
Romana  Rota  ab  origine  ad  diem  usque  20  sept.  1870, 
II,  44-45). 

Au  retour  de  son  ambassade  anglaise,  il  fut  nommé 
cardinal-diacre,  dans  la  promotion  du  24  mai  1426, 
mais  reservatus  in  pector'e  (texte  du  décret  consistorial 
dans  Catalanus,  167  sq.,  cf.  Eubel,  i,  34,  49).  Sa  nomi- 
nation comme  cardinal-diacre  de  S. -Ange  fut  publiée 
le  8  nov.  1430  {Ann.  pont,  1932,  p.  130). 

Durant  les  années  1426  à  1430,  il  séjourna  principa- 
lement à  Rome.  Pour  seconder  Martin  V  dans  l'éla- 
boration de  ses  projets  de  réforme,  il  compléta,  en  se 
référant  aux  expériences  faites  au  cours  de  ses  léga- 
tions, un  projet  plus  ancien  organisant  la  réforme  de 
la  Curie  (Concilium  Basiliense...,  i,  109,  163  sq.; 
VIII,  18). 

Depuis  le  11  août  1428  (Baix,  n.  686-87,  p.  257; 
Leodium,  ix,  1910,  p.  131),  il  possédait  un  canonicat  et 
une  prébende  à  Liège  ainsi  que  l'archidiaconé  de 
Famenne.  Il  fut  aussi  archidiacre  de  Condroz  (Leo- 
dium, ibid.).  Le  13  mars  1431,  Eugène  IV  lui  commuta 
ces  prébendes  contre  l'archidiaconé  de  Hesbaye  et 
d'autres  à  Liège,  d'un  revenu  deux  fois  supérieur 
(225  marks)  et  en  le  dispensant  de  devoir  y  résider 
(Repertorium  Germanicum,...  Eugens  IV.,  n.  149, 
284,  471,  702,  2111-15). 


II.  Au  CONCILE  DE  Bale.  —  L'attitude  de  C.  au 
concile  de  Bâle  a  été  fort  discutée.  Comme  il  fut  une 
des  figures  maîtresses  de  l'Église  de  son  temps,  beau- 
coup d'auteurs  anciens  ont  essayé  de  l'édulcorer  ou  de 
glisser  sur  ce  chapitre  de  sa  vie.  Raison  de  plus  pour 
l'examiner  en  détail,  à  l'aide  des  trois  principales  séries 
de  documents  publiés  :  les  Monumenta  conciliorum 
generalium  saeculi  xvi,  le  Concilium  Basiliense...  et  les 
Deutsche  Reichslagsakten  (sigles  :  M.  C,  C.  B.,D.  RA.). 

1°  La  campagne  hussite  de  1431.  —  Martin  V  l'ayant 
désigné  (1"  janv.  1431)  comme  légat  en  Bohême  et 
pays  voisins  (Theiner,  op.  infra  cit.,  Hung.,  ii,  206)  et 
lui  ayant  confié  ses  pouvoirs  le  11  du  même  mois, 
C.  se  mit  en  route  le  23  ou  le  24  (M.  C,  i,  67;  ii,  13). 
Son  passage  est  signalé  à  Florence  le  31  janv.  (Arch. 
stor.  ital.,  1894-2,  p.  282),  à  Bologne  le  7  févr.  {Cronica 
di  Bologna,  dans  Muratori,  anc.  éd.,  xviii,  631). 

Il  était  à  peine  parti  qu'une  nouvelle  série  de  bulles 
à  son  adresse,  en  date  du  \"  févr.,  lui  octroyaient  les 
pouvoirs  de  légat  chargé  de  présider  au  nom  du  pape 
le  concile  de  Bâle,  dont  l'ouverture  théorique  avait  été 
fixée  au  8  mars  ;  il  pouvait  prendre  toutes  dispositions 
utiles  pour  garantir  la  sécurité  du  concile  et,  s'il  y  avait 
lieu,  le  retarder,  le  déplacer  ou  le  dissoudre  {M.  C, 
i,  67;  II,  12,  53;  Mansi,  xxix,  8,  11,  53).  Durant  la 
quinzaine  suivante,  Martin  V  le  chargea  encore  de 
prendre,  dans  le  cadre  de  sa  première  légation, 
diverses  mesures  rendues  nécessaires  par  l'avance  des 
Turcs  vers  la  plaine  danubienne  (Repertorium  Germa- 
nicum..., Eugens  IV.,  n.  2-3;  Theiner,  op.  cit.,  Hung., 
II,  210).  Quatre  jours  après  son  dernier  acte,  Martin  V 
mourait  frappé  d'apoplexie  (20  févr.  1431). 

Parti  pour  sa  première  légation,  C,  accompagné  de 
Jean  de  Raguse,  son  théologien,  arriva  à  Nuremberg  le 
4  mars  (Chron.  der  deutschen  Stàdle,  i,  380;  Z).  RA.,  ix, 
608).  Devant  la  diète  réunie  en  cette  ville  il  exposa,  le 
11  mars,  ses  projets  de  croisade  antihussite  pour  l'été 
suivant.  Sur  ces  entrefaites,  l'évêque  d'Olmutz  lui  ap- 
porta les  bulles  romaines  contenant  sa  nomination 
comme  président  du  concile  de  Bâle  (M.  C,  ii,  14; 
I,  67). 

Devant  choisir  entre  deux  missions,  C.  estima  préfé- 
rable de  terminer  d'abord  la  croisade,  d'autant  plus 
que  la  nouvelle  de  la  mort  de  Martin  V  lui  était  parve- 
nue au  plus  tard  le  1"  avr.  (D.  RA.,  x,  144).  D'ailleurs, 
il  était  personnellement  peu  enclin  à  assumer  la  prési- 
dence du  concile  :  il  écrivit  même  au  nouveau  pape 
pour  en  être  déchargé  (M.  C,  ii,  14,  95;  D.iîA.,x,  134). 

Il  partit  pour  une  tournée  de  recrutement  dans  les 
pays  rhénans  et  jusqu'en  »  Flandre  »,  par  Bamberg, 
Wurztbourg,  Francfort,  Mayence,  le  Palatinat,  Cologne 
et  Liège  (M.  C,  i,  72-74).  Au  cours  de  ce  voyage,  il  eut 
une  entrevue  personnelle  avec  Philippe  le  Bon,  dont  il 
obtint  la  promesse  • —  qui  ne  fut  pas  tenue  —  d'une 
aide  militaire  contre  les  hussites  (lettres  de  C.  à  Jean 
de  Raguse  :  Cologne,  16  juin,  Wurtzbourg,  25  juin, 
dans  M.  C,  i,  85;  cf.  Toussaint,  44  sq.).  Il  revint  à  Nu- 
remberg le  27  juin  (D.  RA.,  ix,  611-12;  M.  C,  i,  86). 

Après  avoir  lancé  un  dernier  rappel  à  plusieurs  villes 
de  l'Empire  (\"  juill.,  D.  RA.,  ix,  558  ;  Mansi,  xxx,  53  ; 
M.  C,  1,  90),  il  quitta  Nuremberg  le  7  juill.  à  la  tête  de 
40  000  cavaliers,  dont  un  contingent  de  troupes  per- 
sonnelles de  200  à  300  hommes,  commandés  par  le 
comte  de  Blavo  (D.  RA.,  ix,  560).  Le  1«''  août,  l'armée 
entra  en  Bohême,  mais  subit,  le  14  août,  un  désastre 
dans  les  défilés  de  Taus  (Palacky,  iii-2,  p.  544  sq.  ; 
M.  C,  II,  27).  Au  cours  du  sauve-qui-peut  général,  C. 
perdit  sa  croix,  son  chapeau  de  cardinal  et  jusqu'à  la 
bulle  qui  le  nommait  légat.  Ce  désastre  réduisait  à 
néant  tous  les  espoirs  de  voir  résoudre  la  question 
hussite  par  la  contrainte. 

2°  Ouverture  du  concile.  —  Le  25  avr.  1431,  de  pas- 
sage à  Germersheim,  au  cours  de  sa  tournée  de  recru- 


223 


CESA 


RINI 


224 


tement  pour  la  croisade,  G.  avait  envoyé  Jean  de  Ra- 
guse  à  Bâie,  pour  expliquer  aux  quelques  Pères  déjà 
présents  les  raisons  de  son  retard  et  leur  demander  de 
prendre  patience  (M.  C,  i,  73).  Au  retour  de  sa  tour- 
née, pour  répondre  au  désir  exprimé  par  les  Pères 
(missive  du  4  mai;  M.  C,  i,  76),  il  chargea  Jean  de  Pa- 
lomar  et  Jean  de  Raguse  de  le  remplacer  à  Bâle 
(3  juilL;  M.  C,  i,  86;  Mansi,  xxx,  48).  Ceux-ci,  ayant 
quitté  Nuremberg  le  9  juill.,  ouvrirent  le  concile  le  23 
devant  une  assistance  minuscule. 

Après  sa  défaite  de  Bohême,  G.  assista,  à  Nurem- 
berg, à  un  conseil  des  princes,  présidé  par  Sigismond, 
où  il  fut  décidé  que  le  légat  se  rendrait  sans  tarder  à 
Bâle,  pour  y  régler  pacifiquement  la  question  hussite, 
tandis  que  le  Roi  des  Romains  irait  en  Italie  pour  y 
recevoir  la  couronne  impériale  et  y  rétablir  la  paix 
(D.  RA.,  IX,  632;  x,  138).  Renonçant  donc  à  accompa- 
gner Sigismond,  comme  il  l'avait  espéré  (Altmann, 
n.  12,  p.  289),  le  légat,  parti  aussitôt,  passant  par  Ulm 
et  Laufenbourg,  arriva  à  Bâle,  le  9  sept.  1431,  où  il  fut 
reçu  avec  grande  pompe  (description,  dans  C.  B.,  ii, 
13-14;  Lazarus,  86);  il  prit  logement  d'abord  dans  la 
maison  de  l'ordre  Teutonique,  ensuite  dans  l'abbaye 
S. -Léonard.  Le  11  sept.,  il  inaugura  ses  fonctions.  Puis 
il  fit  expédier  aux  quatre  coins  de  l'Europe  des  invita- 
tions au  concile  (19,  24  sept.,  7  oct.;  M.  C,  i,  110,  115, 
116;  II,  32). 

Le  14  déc,  jour  fixé  pour  l'ouverture  définitive,  G. 
déclara  le  concile  firmalum  et  stabilitum  et  prit  pour 
thème  de  son  allocution  le  texte  d'Isaïe,  lu,  11  :  Mun- 
damini  qui  fertis  vasa  Domini  (Mansi,  xxix,  3; 
M.  C,  II,  46). 

3°  Premier  conflit  avec  Eugène  IV  (1431-33).  —  Au 
cours  du  conclave  d'où  il  devait  sortir  pape,  le  cardinal 
Condolmario  avait  souscrit,  ainsi  que  tous  ses  con- 
frères, à  une  capitulation  stipulant  qu'il  s'en  rapporte- 
rait à  la  majorité  du  Sacré  Gollège  du  soin  de  régler  les 
modalités  du  concile  (Raynaldi,  ann.  1431,  n.  5-6). 

Le  premier  acte  d'Eugène  IV,  le  jour  même  de  son 
couronnement  (12  mars  1431),  fut  d'écrire  à  G.  :  il  le 
confirmait  dans  sa  mission  concernant  «  la  cause  de  la 
foi  »  (c.-à-d.  la  question  hussite),  mais  faisait  des  ré- 
serves et  demandait  conseils  et  plus  amples  informa- 
tions quant  au  concile  (  Mansi,  xxix,  561  ;  cf.  Hefele- 
Leclercq,  t.  vu,  673,  note).  Ges  premières  direc- 
tives furent  confirmées  par  deux  autres  bulles  (22  avr. 
et  30  mai).  Cette  dernière  a  été  souvent  interprétée 
comme  une  ratification  des  pouvoirs  octroyés  par 
Martin  V.  Son  sens  réel  est  bien  plus  réticent  :  le  pape  y 
fait  savoir  au  cardinal  Julien  qu'après  le  règlement  de 
la  question  hussite  il  sera  toujours  temps  pour  lui  de  se 
rendre  à  Bâle  pour  y  prendre  une  décision  conforme  à 
la  situation  telle  qu'elle  se  présentera  alors  (M.  C,  i, 
106-07,  avec  date  inexacte,  31  mai;  Mansi,  xxix,  13). 
Cette  date  tardive  et  ce  texte  réticent  prouvent  que  le 
nouveau  pape  n'éprouvait  à  l'endroit  du  concile  qu'un 
enthousiasme  mitigé. 

C.  eut  connaissance  de  ces  deux  bulles  avant  de  par- 
tir pour  son  expédition  de  Bohême.  A  son  retour,  la  si- 
tuation quant  au  concile  n'avait  pas  changé.  Dès  son 
arrivée  à  Bâle,  il  délégua  à  Rome  son  envoyé  de  con- 
fiance, Jean  Beaupère,  avec  mission  (C.  B.,  ii,  549) 
d'amener  le  pape  à  encourager  la  participation  au  con- 
cile, à  y  venir  lui-même  si  possible,  et  en  tout  cas  à  in- 
tervenir au  plus  tôt  pour  faire  cesser  les  obstacles, 
avant  tout  les  hostilités  entre  les  ducs  de  Bourgogne  et 
d'Autriche  qui  se  déroulaient  aux  portes  même  de 
la  ville. 

Parti  de  Bâle  le  17  sept.  (C.  B.,  ii,  15;  M.  C,  i,  107; 
II,  32),  Beaupère  fit  route  à  petites  journées.  Il  n'arriva 
à  Rome  que  le  2  nov.  (D.  RA.,  x,  146).  Il  y  trouva  un 
pape  devenu  infirme  par  suite  d'une  grave  attaque 
d'apoplexie  dont  il  ne  se  remit  jamais  entièrement.  Les 


renseignements  qu'il  apportait,  en  noircissant  sans 
doute  encore  les  traits  du  tableau,  expliquent  l'issue  de 
sa  mission  :  d'accord  avec  dix  cardinaux,  Eugène  IV 
décréta  la  dissolution  du  concile  de  Bâle  et  la  convoca- 
tion d'un  autre  à  Bologne,  pour  le  printemps  1433 
(Quoniam  alto,  première  rédaction,  12  nov.  1431  ; 
M.  C,  II,  67).  Une  seconde  bulle,  datée  du  même  jour, 
donnait  pouvoir  à  C.  de  dissoudre  le  concile  (cf.  Ray- 
naldi, ann.  1431,  n.  21  ;  M.  C,  ii,  70;  Mansi,  xxix,  561, 
date  inexacte;  D.  RA.,  x,  146).  Il  se  peut  qu'un  docu- 
ment non  daté  (Reperlorium  Germanicum...,  n.  2298), 
permettant  à  G.  de  convoquer  un  concile  particulier  en 
Allemagne  pour  la  question  de  la  réforme,  date  aussi 
de  cette  époque. 

Les  deux  bulles  du  12  nov.  furent  confiées  à  Daniel 
de  Rampi,  évêque  de  Parenzo,  avec  mission,  si  besoin 
en  était,  d'afficher  la  première  aux  portes  de  la  cathé- 
drale de  Bâle.  De  Rampi  eut  en  toute  cette  affaire  une 
attitude  qui  ne  fait  pas  honneur  à  son  rang.  Arrivé  à 
Bâle,  le  23  déc,  il  jugea  plus  prudent  de  ne  pas  dévoiler 
immédiatement  son  message.  Après  plusieurs  jours 
d'atermoiements  et  quelques  déclarations  faussement 
lénifiantes,  il  remit  à  C.  la  seconde  bulle,  nia  avoir  rien 
reçu  d'autre  et  quitta  brusquement  Bâle  pour  se 
rendre  à  Strasbourg  (après  le  6  janv.).  M^gré  les 
efforts  de  C,  averti  au  dernier  moment  de  ce  qui  se 
tramait,  un  clerc  de  la  suite  de  Rampi,  Jean  Geparelli 
de  Prato,  tenta,  le  13  janv.  1432,  de  donner  lecture  de 
la  première  bulle  du  12  nov.,  au  cours  d'une  réunion 
conciliaire.  Il  en  fut  empêché  par  les  Pères  assemblés 
qui  ne  voulurent  rien  entendre  (M.  C,  ii,  64-66).  Le 
conflit  était  ouvert. 

A  ce  moment,  G.  se  rendait  fort  bien  compte  de  la 
situation  délicate  où  le  mettait  sa  qualité  de  président 
du  concile.  Peut-être  l'idée  lui  vint-elle,  au  début, 
d'obtempérer  au  désir  d'Eugène  IV  (Valois,  i,  134).  Il 
ne  la  retint  pas,  comprenant  que  la  mesure  prise  par 
Eugène  IV  s'expliquait  surtout  par  un  manque  d'in- 
formations récentes,  suffisantes  et  exactes  (voir  sa 
réponse  aux  instructions  données  par  le  pape  à 
l'évêque  de  Parenzo,  Mansi,  xxix,  279).  Décrire  au 
pape  la  situation  sous  son  vrai  jour  et,  en  attendant 
que  ses  renseignements  donnassent  à  celui-ci  le  temps 
de  se  raviser,  éviter  que  le  concile  ne  s'engage  sur  une 
pente  irréparable,  tel  semble  avoir  été  son  objectif. 

Il  envoya  trois  messages  à  Rome  :  un  premier,  le 
jour  même  de  l'incident  Geparelli  (13  janv.  1432  :  au 
pape,  M.  C,  II,  95;  aux  cardinaux,  ibid.,  109;  voir 
aussi  Pastor,  i,  300);  un  second  et  un  troisième,  les  22- 
23  janv.,  le  8  ou  9  févr.  (M.  C,  ii,  107,  108;  111-17). 
C'est  seulement  lorsqu'il  écrivit  son  troisième  message 
que  G.  avait  eu  connaissance  d'une  nouvelle  mesure, 
plus  radicale  encore,  qui  avait  été  prise  à  Rome  le 
18  déc.  1431.  Par  une  deuxième  rédaction  de  sa  bulle 
Quoniam  alto  (M.  C,  ii,  72;  Mansi,  xxix,  564), 
Eugène  IV  prononçait  d'autorité  la  dissolution  immé- 
diate du  concile.  Tandis  que  cette  bulle  était  publiée 
aussitôt  à  Rome,  et  que  sa  teneur  était  communiquée 
aux  puissances,  elle  fut  adressée  au  légat  avec  un  ordre 
personnel  lui  enjoignant  in  virtute  sancte  obediencie  de 
quitter  Bâle,  aussitôt  qu'elle  y  serait  publiée,  pour  se 
rendre  là  où  il  pourrait  reprendre  ses  activités  concer- 
nant les  hussites  (C.  B.,  i,  246).  Entre  temps,  l'envoyé 
de  G.,  Jean  Beaupère,  était  lui  aussi  revenu  de  Rome, 
apportant  au  légat  la  confirmation  du  désir  pontifical. 

Toutefois  un  autre  son  de  cloche  se  faisait  entendre 
du  côté  du  Roi  des  Romains.  Sigismond,  venu  en  Ita- 
lie pour  y  recevoir  la  couronne  impériale,  poursuivait 
une  politique  conciliaire  semblable  à  celle  du  légat  et 
gardait  avec  ce  dernier  un  contact  épistolaire  étroit. 
Dès  qu'il  eut  reçu  notification  de  la  bulle  du  18  déc, 
Sigismond  fit  manœuvrer  à  Rome  pour  en  obtenir  la 
révocation  et  il  écrivit  à  G.  de  ne  pas  y  donner  suite. 


225 


CE  S  A 


RI  NI 


226 


(10  janv.  1432;  Altmann,  dans  Regesta  Imperii,  xi, 
n.  9004;  Martène  et  Durand,  viii,  54). 

Se  sentant  épaulé  par  Sigismond,  C.  décida  de  ne 
pas  quitter  Bâle,  tout  en  gardant  ses  coudées  franches 
vis-à-vis  du  concile.  Sa  présence  à  Bâle  serait  purement 
platonique.  11  refusa  de  signer  l'encyclique  conciliaire 
du  21  janv.  protestant  contre  le  décret  de  dissolution. 
A  la  séance  du  8  févr.,  il  récusa  la  présidence  de  l'as- 
semblée certis  de  causis  animum  suum  ad  hoc  movenli- 
bus  (C.  B.,  II,  27).  Le  11  févr.,  il  s'abstint  de  paraître 
aux  délibérations,  puis  il  envoya  un  message  aux 
Pères  pour  leur  demander  de  suspendre  les  réunions  du 
concile,  en  attendant  le  retour  de  leur  délégation  en- 
voyée à  Rome.  11  fut  soutenu  par  l'abbé  de  Cîteaux, 
mais  les  autres  passèrent  outre  et,  d'un  commun  ac- 
cord, la  ii«  session  générale  fut  fixée  au  15  févr. 
(C.  B.,  II,  32).  G.  n'y  parut  pas. 

Retiré  sur  son  Aventin,  le  président  du  concile  garda 
néanmoins  le  contact  avec  l'assemblée  :  il  continua 
d'assister  aux  cérémonies  du  culte  et  de  trancher  les 
cas  difRciles,  pour  lesquels  il  restait,  comme  aupara- 
vant, l'arbitre  ou  le  conseiller.  Pourtant,  l'attitude  de 
Rome  risquant  de  passer  pour  de  l'obstination,  C.  se 
vit  contraint  de  lâcher  du  lest  :  à  partir  du  20  mars,  il 
recommença  à  assister  aux  réunions  de  la  députation 
de  communibus  dont  il  était  président;  à  partir  du 
16  mai  (C.  B.,  ii,  114),  après  avoir  laissé  sans  réponse 
pendant  plus  de  deux  semaines  (C.  B.,  ii,  110-12), 
quelques  Pères  venus  pour  le  fléchir  dulcibus  et 
koneslis  verbis  (C.  B.,  ii,  100),  il  présida  à  nouveau  les 
congrégations  générales.  Aux  iv«,  v«  et  vi«  sessions 
(20  juin,  9  août,  6  sept.),  il  fit  acte  de  présence,  mais 
refusa  d'acquiescer  aux  démarches  faites  pour  qu'il 
reprît  la  présidence  (C.  B.,  ii,  193,  216,  219). 

11  espérait  toujours  qu'un  revirement  poindrait  du 
côté  de  Rome.  Dans  ce  but,  il  adressa,  le  5  juin,  une 
nouvelle  lettre  au  pape;  non  content  de  faire  valoir  des 
raisons  d'opportunité,  il  y  abordait  cette  fois  le  fond  du 
débat  et  réfutait  toutes  les  objections  soulevées  contre 
le  concile  (M.  C,  ii,  203;  Valois,  i,  160-61). 

Pourtant  les  nouvelles  qui  arrivaient  de  Rome  au 
compte-gouttes  étaient  décourageantes.  L'ambassade 
conciliaire  revint  le  2  mai  avec  un  rapport  très  défavo- 
rable. Elle  fut  suivie,  le  14  août,  par  une  ambassade 
pontificale,  conduite  par  l'archevêque  de  Tarente.  La 
commission  des  Douze,  chargée  d'étudier  son  message 
et  d'y  répondre,  se  réunit  toutes  les  après-midi  sous  la 
direction  et  dans  la  maison  de  C.  (C.  B.,  ii,  202).  Le 
3  sept.,  C.  communiquait  la  réponse  négative  aux  en- 
voyés d'Eugène  IV. 

Un  autre  événement  contribua  grandement  à  déta- 
cher C.  de  son  attitude  expectante  :  l'arrivée  à  Bâle  de 
ses  deux  amis,  le  cardinal  Dominique  Capranica  et  Ni- 
colas de  Cues,  venus  rejoindre  le  concile  (Becker,  p.  25- 
26).  Très  influençable  par  l'attitude  de  ses  amis,  cette 
arrivée,  ainsi  que  le  déni  de  justice  dont  Capranica 
avait  été  victime  de  la  part  du  pape,  le  firent  réfléchir  : 
le  12  sept.,  il  accepta  de  reprendre  la  présidence  des 
sessions,  à  condition  toutefois  de  pouvoir  s'en  dé- 
mettre quand  bon  lui  semblerait  (C.  B.,  ii,  219).  11 
présida  donc  la  vu»  session  (6  nov.  ;  C.  B.,  ii,  263), 
ainsi  que  la  viii«  (18  déc.  ;  M.  C,  ii,  288)  qui,  pour 
la  troisième  fois,  mettait  le  pape  en  demeure  de 
retirer  son  décret  de  dissolution  dans  les  soixante 
jours. 

Ce  délai  étant  venu  à  expiration,  la  x«  session 
(19  févr.  1433)  risquait  de  prendre  une  mesure  irrépa- 
rable en  déclarant  le  pape  contumace.  C.  réussit,  par 
une  habile  manœuvre,  à  différer  l'éclat  (Hefele- 
Leclercq,  vu,  792).  Ce  fut  heureux,  car  à  cette  date 
Eugène  IV  avait  enfin  modifié  son  attitude  :  le 
5  mars  (C.  B.,  v,  43),  une  ambassade  romaine,  con- 
duite par  Jean  de  Mella,  arrivait  à  Bâle,  ppur  proposer 

DisT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


le  choix  entre  quatre  solutions  transactionnelles 
(C.  B.y  II,  366-67). 

Peu  après,  une  nouvelle  bulle  (14  févr.  1433;  lue  à 
Bâle  le  27  mars)  acceptait  la  continuation  du  concile  à 
Bâle,  sans  toutefois  ratifier  ce  qui  y  avait  été  accom- 
pli, en  particulier  concernant  les  décrets  de  Constance 
sur  les  rapports  entre  pape  et  concile  (cf.  Mansi, 
xxix,  569;  M.  C,  ii,  370).  Enfin,  le  1"  mars,  le  pape 
désignait  quatre  prélats  pour  présider  le  concile,  sans 
spécifier  s'ils  devaient  remplacer  C.  ou  siéger  avec  lui 
(Raynaldi,  ann.  1433,  n.  8).  Seulement,  ces  prélats 
étant  retenus  à  Rome  par  le  couronnement  imminent 
de  Sigismond  fixé  au  31  mai,  le  pape  manda  à  Jean  de 
Mella  et  â  ses  compagnons  d'assumer  la  présidence: 
intérimaire  (7  mai)  et  leur  adjoignit  C.  (8  mai)  (Mansi, 
XXX,  539,  540;  Martène  et  Durand,  viii,  586-87),. 

A  Bâle,  C.  avait  répondu,  dès  le  4  avr.,  aux  envoyés 
romains,  que  le  concile  ne  pouvait  se  rallier  aux  propo- 
sitions dont  ils  étaient  porteurs  (Mansi,  xxx,  512). 
Aussi,  le  5  juin,  leur  demande  de  pouvoir  partager  la; 
présidence  du  concile  avec  C.  eut-elle  pour  effet  de 
réveiller  l'animosité  des  Pères  (C.  B.,  i,  313  sq.; 
II,  420-21).  Sentant  approcher  l'orage,  C.  essaya,  une 
fois  de  plus,  de  le  conjurer.  Le  19  juin,  il  écrivit  à  l'em- 
pereur, le  priant  d'user  de  toute  son  influence  auprès 
du  pape  {D.  RA.,  xi,  n.  6,  p.  40);  il  joignait  l'ébauche 
d'une  formule  d'adhésion  au  concile  (Dudum  sacrum, 
publ.  dans  Becker,  94)  que  l'empereur  était  prié  de 
faire  accepter  au  pape.  En  même  temps,  il  écrivit  au 
pape,  lui  promettant  de  prendre  sa  cause  en  mains  s'il 
s'engageait  à  suivre  ses  'conseils  (M.  C,  ii,  484). 

Entre  temps,  le  concile  ayant  achevé  sa  réponse  aux 
propositions  pontificales,  C.  la  fit  connaître  le  16  juin 
(M.  C,  II,  373;  Mansi,  xxix,  267);  par  ailleurs,  se  con- 
sidérant comme  président  légitime,  il  refusa  d'user  de 
sa  nouvelle  investiture  (Valois,  i,  246).  Le  lendemain, 
sous  la  conduite  de  l'évêque  de  Coire,  une  délégation 
des  ambassadeurs  de  tous  les  souverains  représentés  au 
concile  —  sauf  le  roi  de  France  —  se  rendit  auprès  du 
légat,  le  priant  de  faire  en  sorte  que  tout  éclat  contre  le 
pape  fût  évité,  aussi  longtemps  que  les  présidents 
définitifs  désignés  par  le  pape  ne  seraient  pas  arrivés 
(C.  B.,  II,  433).  De  son  côté,  le  cardinal  Orsini  écrivit 
de  Rome  au  légat  une  lettre  suppliante  (15  juill.  ;  texte 
dans  E.  Kônig,  116).  Toutefois,  dans  les  députations, 
la  majorité  soutint  la  solution  extrémiste,  qui  fut  ad- 
mise en  congrégation  générale  (19  juin;  C.  jB.,  ii,  434). 
Des  voix  désavouées  par  le  légat  s'ét-aient  même  éle- 
vées pour  soumettre  à  examen  la  légitimité  de  l'élec- 
tion d'Eugène  IV  (M.  C,  ii,  385).  Bien  qu'il  eût  lui- 
même  proposé  une  formule  plus  bénigne  (G.  B.,  ii. 
441)  qui  fut  rejetée  par  34  voix  contre  16,  C.  rédigea  le 
décret,  sévère  dans  sa  forme,  accordant  au  pape  un 
délai  de  soixante  jours  pour  comparaître  (Mansi, 
XXIX,  56;  M.  C,  ii,  398). 

Par  mesure  de  condescendance,  la  xii»  session,  où  il 
devait  être  publié,  fut  retardée  de  dix  jours  :  elle  se 
tint  le  13  juill.,  au  milieu  d'une  très  grande  confusion 
(C.  B.,  I,  66-68). 

Le  terme  du  délai  approchant,  une  nouvelle  tenta- 
tive dilatoire  fut  entreprise  par  le  protecteur  du  con- 
cile, le  duc  de  Bavière.  A  sa  requête  C.  répondit  fort 
raidement  que  la  responsabilité  de  tout  schisme  éven- 
tuel retomberait  sur  le  pape  et  non  sur  le  concile  dont 
la  mansuétude  éclatait  à  tous  les  yeux;  il  conclut  que 
lapso  termina  concilium  procedei  prout  Spiritus  Sanctus 
diclaverii,  et  taliter  quod  dominas  imperator  et  totus 
mundus  meriio  debebit  contentari  (17  août;  C.  B.,  il, 
465;  M.  C,  II,  408;  X).  iîA.,  XI,  n.  20,  p.  53).  . 

Ignorant  ce  nouveau  raidissement  des  milieux  bà- 
lois,  le  pape,  sollicité  par  Sigismond,  publia  trois  nou- 
velles bulles  dont  la  principale,  datée  du  1^''  août, 
n'était  autrç  que  l'ébauche  Dudum  sacrum.  Seulement,, 

H.  —  XII.  —  8  — 


227 


CESARINI 


228 


au  lieu  de  jouer  franc  jeu,  Eugène  IV  voulut  finasser. 
La  bulle  parut  sous  une  double  rédaction.  Une  pre- 
mière, destinée  à  être  mise  sous  les  yeux  de  l'empereur, 
reprenait  le  texte  de  l'ébauche  en  n'y  modifiant  que 
deux  mots  (volumus  et  contentamur  au  lieu  de  decerni- 
mus  et  declaramus).  Une  seconde  sensiblement  plus  mo- 
difiée fut  envoyée  à  Bâle.  Il  se  fit  que  le  texte  de  la 
première,  parvenu  à  Bâle  par  des  voies  détournées,  y 
fut  connu  avant  .celui  de  la  seconde.  Dès  qu'il  en  eut 
connaissance,  C.  vit  le  danger.  11  alerta  l'empereur  et 
insista  pour  qu'il  obtînt  du  pape  le  texte  intégral  de 
l'ébauche  proposée.  L'empereur,  qui  avait  déjà  quitté 
Rome  pour  se  rendre  à  Bâle,  mit  en  branle  la  diploma- 
tie vénitienne  (voir,  sur  la  double  rédaction  Dudum 
sacrum,  D.  RA.,  xi,  15-16  et  les  documents  qui  y  sont 
cités). 

Auprès  du  concile  Sigismond  obtint  juste  à  temps 
(7  sept.),  et  grâce  à  l'entremise  du  légat,  une  promesse 
de  prorogation  ultime  de  trente  jours.  La  xiii'=  session 
(11  sept.),  où  cette  prorogation  devait  être  publiée,  fut 
très  nerveuse  et  faillit  tourner  à  l'orage.  Le  promoteur 
du  concile  ayant  déclaré  le  pape  contumace,  les  am- 
bassadeurs pontificaux  accoururent  pour  protester; 
par  une  intervention  habile  et  éloquente,  C.  apaisa  les 
passions  (C.  B.,  ii,  479;  M.  C,  ii,  444;  D.  RA., 
XI,  n.  27,  p.  61). 

Pendant  le  mois  qui  suivit  (certainement  dès  avant 
le  16  sept.),  C,  tombé  malade,  dut  se  faire  remplacer  à 
la  présidence  par  le  cardinal  placentin  Branda  de  Cas- 
tiglione. 

La  tension  atteignit  son  point  culminant  quand,  le 
jour  même  de  l'expiration  du  délai  (11  oct.  1433),  le 
concile  étant  réuni  sous  la  présidence  du  cardinal 
Branda,  l'empereur  s'y  présenta,  arrivant  tout  droit 
d'Italie.  Sa  première  parole  fut  pour  demander  que  le 
cardinal  de  Saint-Ange  reprît,  si  possible,  ses  fonc- 
tions (M.  C,  II,  464).  Par  considération  pour  Sa  Ma- 
jesté, le  délai  pontifical  fut  prorogé  de  huit  jours. 

Le  surlendemain  (13  oct.),  C,  à  peine  convalescent 
et  craignant  encore  de  prendre  l'air  (rapport  de  .lean 
de  Montoison  à  l'abbé  de  Cluny;  C.  B.,  i,  255),  reprit 
néanmoins  la  présidence.  Lecture  fut  faite  de  la  bulle 
Dudum  sacrum  qui,  examinée  en  députation,  fut  reje- 
tée à  l'unanimité  comme  insuffisante.  C.  prit  une  part 
très  active  aux  discussions  qui  eurent  lieu  les  jours 
suivants  dans  sa  propre  maison  eu  présence  de  l'em- 
pereur (C.  B.,  II,  504;  M.  C,  ii,  468;  bon  résumé 
dans  D.  RA.,  xi,  20-21). 

Le  16,  au  cours  d'une  entrevue  restreinte,  il  prit  la 
parole  au  nom  du  concile.  Dans  un  discours  qui  dura 
au  moins  une  heure  (D.  RA.,  xi,  111),  il  contesta  au 
pape  le  droit  de  dissoudre  un  concile  général.  L'ar- 
chevêque de  Spalato,  Zabarella,  ayant  pris  la  défense 
du  pape,  C.  l'interrompit  par  deux  fois  et  gratifia  en- 
suite son  auditoire  d'un  nouveau  discours  (Mansi, 
XXX,  645;  M.  C,  u,  475).  Finalement  de  nouveaux 
délais  furent  accordés  qui  permirent  le  succès  d'une 
tentative  de  médiation  proposée  par  l'empereur  et  les 
Vénitiens.  L'accord  de  principe  eut  gain  de  cause  au 
concile  (7  nov.,  xiv«  sess.,  Mansi,  xxix,  72),  ainsi  qu'à 
Rome  (15  déc;  M.  C,  ii,  565;  Mansi,  xxix,  78).  La 
paix  fut  scellée  à  Bâle  au  cours  de  la  xvi"  session 
(5  févr.  1434;  M.  C,  ii,  564). 

Ainsi  le  premier  conflit  entre  le  pape  et  le  concile 
s'était  terminé  par  une  victoire  bâloise.  De  fil  en 
aiguille,  Eugène  IV  avait  dû  céder  à  peu  près  sur  toute 
la  ligne  :  reconnaissance  du  concile  et  du  lieu  où  il  était 
réuni,  approbation  rétroactive  des  décisions  prises, 
levée  des  sanctions  prononcées  contre  deux  cardinaux, 
adoption  jusqu'au  dernier  mot  de  la  formule  proposée 
pour  reconnaître  le  concile. 

Si  le  schisme  put  être  évité,  on  le  doit  avant  tout  à 
l'action  médiatrice  personnelle  de  Sigismond  et  de  C. 


Lorsque  plus  tard  ces  deux  appuis  feront  défaut,  à 
cause  de  la  question  grecque,  le  concile  de  Bâle  ne  tar- 
dera pas  à  se  séparer  de  l'obédience  romaine. 

4°  La  question  hussite.  —  L'ancien  compagnon  de 
légation  du  cardinal  Branda  n'oublia  jamais  l'impor- 
tance de  cette  question  pour  la  paix  de  l'Europe.  La 
solution  violente  ayant  échoué  à  Taus,  C.  se  mit,  avec 
la  même  ardeur,  à  rechercher  un  terrain  d'entente 
pacifique.  Ses  principales  interventions  en  ce  domaine 
sont  : 

1.  Envoi  aux  hussites  d'une  invitation  à  venir  au 
concile  (15  oct.  1431;  M.  C,  i,  135;  ii,  38;  Mansi, 
xxix,  233).  Eugène  IV  se  montra  fort  mécontent  de 
cette  initiative;  elle  fut  une  des  causes  de  son  acte  du 
18  déc.  (Mansi,  xxix,  567).  Dans  ses  lettres  au  pape 
des  23  janv.  et  8  févr.  1432,  C.  tenta  de  se  justifier. 
Faisant  état  de  la  tournure  favorable  prise  par  les 
négociations  avec  les  Tchèques,  il  demanda  au  pape  de 
surseoir  à  la  dissolution  du  concile  au  moins  jusqu'en 
juin.  (Mansi,  xxix,  665;  M.  C,  u,  104).  Pendant  près 
d'un  an  il  travailla  sans  relâche  à  obtenir  des  Tchèques 
l'envoi  d'une  délégation  à  Bâle  (M.  C,  i,  135-258). 
Peut-être  fut-il  aussi  l'inspirateur  ou  le  rédacteur  du 
traité  inédit  De  justificatione  vocationis  Bohemorum 
(Valois,  I,  143,  note); 

2.  Discours  d'accueil  très  conciliant  adressé,  le 
12  oct.  1432,  aux  deux  premiers  Tchèques  arrivés 
à  Bâle; 

3.  Négociations  avec  la  délégation  hussite  officielle 
durant  son  séjour  à  Bâle  (4  janv.-14  avr.  1433).  A 
cette  occasion,  il  prononça  trois  discours  remarqués  : 
a)  le  10  janv.  (texte  dans  Mansi,  xxix,  492-522; 
M.  C,  II,  299  sq.),  discours  de  deux  heures  très  émou- 
vant (Palacky,  iii-3,  73);  —  ft^  le  28  janv.,  discours 
très  irénique,  comportant  les  28  articles  extraits  des 
œuvres  de  Wiclefî,  au  sujet  desquels  les  Tchèques 
étaient  priés  de  se  prononcer  (Mansi,  xxx,  258);  — 
c)  le  13  avr.,  discours  d'adieu  (A/.  C,  i,  352  sq.). 
C.  prit  aussi  une  part  prépondérante  aux  échanges  de 
vues  en  séances  publiques  et  en  commissions  (cf.  M.  C, 

I,  258-86  :  Jean  de  Raguse,  Tractatus  de  reductione 
Bohemorum:  ibid.,  289-356  :  Petrus  Zatecensis,  Liber 
diurnus  de  gestis  Bohemorum  in  concilia  Basiliensi). 
Enfin,  il  savait  mieux  que  personne  combien  visites  et 
banquets  peuvent  briser  la  glace  :  il  noua  ainsi  avec 
plusieurs  membres  de  la  délégation  tchèque  de  solides 
contacts  personnels  (Palacky,  iii-3,  75-76); 

4.  Relations  avec  les  deux  ambassades  du  concile 
envoyées  à  Prague  pour  y  continuer  les  conversations 
(avr.  et  sept.  1433)  qui  aboutirent  aux  Compactata 
de  Prague; 

5.  Négociations  avec  le  concile,  l'empereur  et  son 
chancelier,  Kaspar  Schlick,  au  sujet  de  l'aide  à  appor- 
ter aux  catholiques  de  Bohême,  surtout  à  la  ville  de 
Pilsen  assiégée  par  les  hérétiques.  D'abord  très  réti- 
cent aux  ouvertures  de  Sigismond  (7  et  8  nov.  1433), 
les  interventions  de  C.  se  firent  plus  pressantes  au  début 
de  l'année  suivante  (M.  C,  ii,  584); 

6.  Projet  de  rencontre  à  Nuremberg  entre  l'empe- 
reur et  les  hussites  (janv.  1434;  cf.  propositions  du 
légat  à  l'empereur,  à  ses  conseillers  et  réponse  de 
l'empereur,  D.  RA.,  xi.  n.  141-43,  p.  270-74;  M.  C, 

II,  585-89); 

7.  Lettre  sévère  à  Martin  Lupac,  réclamant  l'obser-^ 
vation  par  les  Tchèques  des  Compactata  de  Prague! 
(26  févr.  1434;  Mansi,  xxx,  823;  M.  C,  i,  735);  | 

8.  Contacts  épistolaires  avec  les  nouvelles  ambas-J 
sades  conciliaires  chargées  de  poursuivre  les  pourparJ 
1ers  avec  les  hussites  à  Ratisbonne  (août  1434),  Vienna 
(févr. -avr.  1435),  Brunn  (juill.  1435),  Stuhlweissen-I 
burg  (Alba  Regalis,  déc.  1435-janv.  1436),  Iglaii 
(juill.  1436).  Voir  sur  ces  diverses  ambassades  et  leurs 
relations  avec  Bâle  :  G.  Carlier,  Liber  de  legationibusA 


229 


CESA 


RINI 


230 


dans  M.  C,  i,  361-700;  T.  Ebendorfer,  Diarium  geslo- 
rum  per  legatos  concilii  Basil.,  ibid.,  736-83;  J.  de 
Tours,  Regeslum  actorum  in  legationibus  a  sacro 
concilio  in  Bohemiam,  ibid.,  790-867; 

9.  Réception  de  la  dernière  légation  hussite  à  Bâle 
(18  août  1437;  discours  d'accueil,  M.  C,  n,  1062); 
direction  des  conversations  avec  les  hussites  touchant 
la  communion  sous  les  deux  espèces;  discours  à  leur 
départ  (29  nov. ;  M.  C,  ii,  1080);  préparation  du 
décret  du  23  décembre. 

5"  Travaux  de  réforme.  —  C.  y  consacra  le  plus  clair 
de  son  activité,  surtout  durant  les  deux  années  calmes 
(1434  et  1435).  Chaque  semaine  les  députations  lui 
confiaient  la  solution  de  plusieurs  questions  en  litige, 
de  celles  surtout  qui  intéressaient  l'extirpation  des 
abus.  Impossible  d'énumérer  toutes  ses  initiatives  en 
ce  domaine.  La  première  mesure  prise  dès  qu'il  arriva  à 
Bàle  fut  d'organiser  une  visite  canonique  du  clergé  de 
la  ville  (oct.  1431  ;  C.  B.,  i,  7;  ii,  6).  Une  nouvelle  visite 
fut  prescrite  en  août  1434.  Toutes  deux  furent  fruc- 
tueuses :  la  première  fut  suivie  de  sanctions  sévères 
contre  les  clercs  dont  la  conduite  n'était  pas  régulière 
(C.  B.,  I,  14).  A  la  suite  de  la  seconde,  il  publia  les  sta- 
tuts de  réforme  pour  le  chapitre  de  Bâle  (C.  B.,  vni, 
182  sq.).  De  1434  à  1437,  le  concile  lui  accorda  aussi  à 
plusieurs  reprises  des  pleins  pouvoirs  pour  faire  visiter 
certains  monastères  allemands  (énumération  dans 
Becker,  40  sq.  ;  Zeibig,  Beitrûge  zur  Geschichte  der 
Wirksamkeit  des  Basler  Konzils  in  Oesterreich,  Sit- 
zungsber.  der  Wiener  Akad.  der  Wiss.,  viii,  522  sq.). 

A  l'intérieur  du  concile,  il  inspira  la  rédaction  du 
règlement  De  modo  Vivendi  in  concilio  (résumé  et  réfé- 
rences dans  Valois,  i,  314;  cf.  Mansi,  xxix,  382).  Il 
rappelait  inlassablement  aux  Pères  qu'un  de  leurs  ob- 
jectifs primordiaux  devait  être  le  travail  de  réforme 
(ainsi  les  30  mars  et  20  avr.  1434,  les  25  févr.  et  7  août 
1436;  C.  B.,  ni,  53,  76;  iv,  58,  238).  Du  dehors  on 
s'adressait  à  lui  pour  qu'il  agît  en  ce  sens  (Martène  et 
Durand,  viii,  740;  D.  RA.,  xii,  n.  17,  p.  31).  On  lui  doit 
un  projet  de  décret  contre  la  simonie,  présenté  le 
30  mars  1434  (C.  B.,  m,  53;  M.  C,  u,  676;  R.  Zwôlfer, 
217),  qui  suscita  l'hostilité  des  prélats  et  dut  être  forte- 
ment remanié  avant  son  admission  en  1435. 

Le  principal  obstacle  à  l'avancement  de  ces  travaux 
était  la  manie  du  concile  de  s'occuper  de  toutes  les 
questions  d'administration  courante  de  l'Église,  en 
lieu  et  place  du  pape  et  des  services  romains.  Il  s'en- 
suivait un  embouteillage  de  l'ordre  du  jour  des  dépu- 
tations par  des  causes  de  toutes  espèces  :  suppliques, 
dispenses,  procès,  etc.  Pour  y  remédier,  plusieurs  sug- 
gestions proposées  par  C.  furent  admises  :  interrup- 
tion, à  certains  jours  déterminés,  de  tout  travail  autre 
que  celui  de  la  réforme;  simplification  de  la  procédure 
pour  des  causes  profanes  ou  d'importance  mineure 
(août  1435  et  févr.  1436;  C.  B.,  m,  477;  iv,  60)  :  les 
causes  matrimoniales  et  les  dispenses  ob  defecium  nata- 
lium  furent  directement  confiées  au  légat,  qui  reçut 
aussi  le  pouvoir  de  lever  les  censures  réservées  à  la 
Curie  (M.  C,  ii,  342);  —  il  fut  même  question,  le 
16  mars  1436,  de  lui  confier  le  règlement  de  toutes  les 
dispenses  (C.  B.,  iv,  83). 

Durant  ce  temps,  C.  travaillait  en  privé  à  une  œuvre 
de  plus  grande  envergure,  pour  laquelle  il  sollicitait  la 
collaboration  des  bonnes  volontés.  Le  vol.  viii  du 
C.  B.  renferme  (p.  33-181)  le  texte  de  21  projets  de 
réforme  datant  de  l'été  1432  au  début  de  1435.  Ces 
mémoires,  annotés  en  marge  par  le  légat,  passèrent 
par  la  suite  en  possession  d'un  autre  grand  promoteur 
de  la  réforme,  Nicolas  de  Cues  :  ils  furent  retrouvés  par 
J.  Haller  dans  un  codex  de  la  bibliothèque  de  l'hôpital 
de  Cues  (J.  Haller,  Die  Kirchenreform,  10;  C.  B., 
vin,  4). 

Muni  de  ce  précieux  dossier,  le  légat  se  retira,  fin 


févr.  1435  (C.  B.,  lu,  324),  durant  trois  semaines,  à  la 
chartreuse  de  Klein  Basel,  pour  le  travailler.  Les  Pères 
reçurent  l'avis  de  lui  faire  connaître  leurs  suggestions. 
Le  4  avr.  1435,  Ulrich  Stôckel  manda  à  son  couvent  de 
Tegernsee  que  C.  avait  achevé  un  beau  plan  de  réforme 
en  sept  parties  et  qu'il  en  soumettait  l'ébauche,  partie 
par  partie,  aux  députations  conciliaires  (C.  B., 
I,  89,  92). 

Ce  plan  n'a  pas  été  conservé.  Le  décret  De  cultu 
divine  (xxi«  sess.,  9  juin  1435;  M.  C,  n,  802)  s'est 
inspiré  directement  d'une  de  ses  parties,  comme  aussi 
des  statuts  de  réforme  du  chapitre  de  Bâle  (C.  B., 
VIII,  25,  note  et  28). 

Par  la  suite,  le  projet  C.  fut  relégué  dans  l'ombre 
par  des  questions  plus  brûlantes,  mais  il  ne  tomba  pas 
entièrement  dans  l'oubli  :  en  1440  et  1441,  longtemps 
après  le  départ  de  son  auteur,  des  Pères  de  Bâle  s'in- 
formèrent encore  des  «  cahiers  »  de  l'ancien  légat 
(C.  B.,  VII,  237,  389). 

6°  Armistice  avec  Rome  et  question  des  annales.  — 
L'accord  conclu  de  mauvaise  grâce,  à  la  fin  de  1433, 
était  loin  de  dissiper  toutes  les  préventions  réci- 
proques. Préoccupé  par  les  troubles  graves  qui  avaient 
éclaté  en  1433  dans  ses  États  (troubles  soutenus  en 
sous-main  par  le  duc  de  Milan  et  aussi,  malgré  les  dé- 
mentis de  C,  par  une  fraction  des  Pères  de  Bâle), 
Eugène  IV  dut  se  montrer  plus  accommodant  envers 
le  concile.  Plus  encore,  en  1434,  lorsqu'il  fut  contraint 
de  fuir  sa  capitale  pour  chercher  refuge  à  Florence.  Il 
n'empêche  :  la  lettre  doucereuse,  qu'en  juill.  1434  il  en- 
voya de  Florence  à  C.  et  dans  laquelle  il  présente  la 
suite  des  événements  comme  s'il  n'y  avait  jamais  eu 
entre  Rome  et  Bâle  de  désaccord  quant  au  fond 
(C.  B.,  I,  328),  ne  réussit  pas  à  donner  le  change. 
Eugène  IV  se  méfiait  toujours  des  Pères  de  Bâle  et 
redoutait,  non  sans  raison,  leurs  réactions  anti- 
romaines. Même  en  C.  il  n'avait  pas  une  confiance 
absolue  :  personnellement,  il  reconnaissait  sa  loyauté 
(lettre  d'Eugène  IV  au  doge  :  Raynaldi,  ann.  1433, 
n.  19;  Hefele-Leclercq,  815);  mais  sa  bulle  du 
17  déc.  1433  était  ainsi  rédigée  qu'elle  ne  lui  reconnais- 
sait le  pouvoir  de  présider  le  concile  que  conjointe- 
ment avec  quatre  nouveaux  présidents  (Mansi,  xxix, 
578;  M.  C,  ii,  604).  Et  puis,  C.  n'était  pas  tout  le  con- 
cile. Parmi  le  clergé  de  second  rang,  les  tendances  dé- 
magogiques s'accentuaient.  Elles  avaient  déjà  mis  la 
diplomatie  de  C.  à  une  rude  épreuve.  La  paix  entre 
Rome  et  Bâle  tenait  à  un  fil. 

Le  fil  résista  jusqu'au  printemps  1435.  Bien  que 
non  sans  peine  (M.  C,  ii,  606  sq.;  Valois,  i,  320-29), 
les  quatre  nouveaux  présidents  nommés  par  le  pape 
furent  incorporés  (24  avr.  1434;  C.  B.,  m,  80).  Deux 
jours  après,  la  xvii«  session,  en  présence  de  l'empe- 
reur et  de  106  prélats  mitrés,  fut  présidée  par  eux  en 
même  temps  que  par  C.  Il  en  fut  de  même  dans  la 
suite,  pour  un  grand  nombre  de  réunions.  Toutefois, 
C.  continua  à  tenir  une  place  beaucoup  plus  impor- 
tante qu'eux  dans  les  délibérations.  A  plus  d'une 
reprise,  il  assuma  même  seul  la  présidence,  en  parti- 
culier à  la  xviii*  session,  où  furent  renouvelés  les  dé- 
crets de  1415  sur  la  suprématie  conciliaire  (26  juin 
1434;  C.  B.,  m,  134;  Mansi,  xxix,  91  ;  M.  C,  ii,  712). 

En  1435,  un  nouveau  conflit  surgit  au  sujet  des  an- 
nales. La  suppression  des  annales  et  le  dédommage- 
ment éventuel  à  accorder  au  pape  avaient  déjà  figuré 
en  1433  à  l'ordre  du  jour  des  travaux  conciliaires,  mais 
ils  ne  furent  qu'effleurés;  leur  discussion  reprit  en  1435. 
Une  congrégation  générale  et  la  xxi'=  session,  présidées 
toutes  deux  par  le  seul  C.  —  les  présidents  pontificaux 
ayant  protesté  publiquement  (C.  B.,  m,  408,  412- 
13)  —  décrétèrent  la  suppression  des  annales  (3  et 
9  juin  1435;  Mansi,  xxix,  104;  M.  C,  ii,  801).  Le 
coup  était  d'autant  plus  sensible  pour  Eugène  IV  que, 


231 


CESA 


RINI 


232 


se  trouvant  exilé  à  Florence,  il  ne  touchait  plus  les 
revenus  de  ses  États.  Très  mécontent  de  cette  déci- 
sion, le  pape  en  rejeta  la  responsabilité  sur  le  légat 
(C.  B.,  1,  91)  et  envoya  à  Bâle  une  nouvelle  légation 
conduite  par  le  général  des  Camaldules,  Ambroise 
Traversari.  Il  ne  pouvait  mieux  choisir  son  messager. 
Traversari  et  Cesarini  étaient  d'anciens  amis.  Les  trois 
mois  que  Traversari  passa  à  Bâle  eurent  sur  l'attitude 
du  légat  une  influence  décisive,  malgré  les  apparences. 

Les  lettres  de  Traversari  sont  des  témoignages  de 
première  valeur  sur  l'attitude  psychologique  du  légat 
et  son  évolution  dans  la  question  pontificale.  Excel- 
lent observateur,  Traversari  se  rendit  fort  bien  compte 
de  la  position  de  C.  au  concile.  A  son  arrivée  à  Bâle,  il 
trouva  un  légat  systématiquement  soupçonneux  et 
méfiant  envers  tout  ce  qui  portait  une  empreinte 
romaine,  très  susceptible  aussi  vis-à-vis  de  ses  coprési- 
dents (Epist.,  cxxvi,  éd.  Mehus,  col.  177).  En  1434, 
C.  avait  été  fortement  impressionné  par  la  grandeur 
avec  laquelle  le  pape  avait  subi  son  humiliation.  Il  lui 
en  garda  toujours  une  profonde  admiration  et  ne  se 
faisait  pas  faute  de  le  dire  (Valois,  i,  321).  Mais  il  y 
avait  entre  lui  et  les  milieux  romains  une  opposition  de 
principe.  Profitant  du  séjour  à  Bâle  de  Traversari,  le 
pape  fit  pressentir  G.  (sept.  1435)  pour  qu'il  s'entremît 
entre  lui  et  le  concile.  C.  accepta  et  proposa  au  pape 
une  formule  à  rédiger  en  ce  sens,  en  insistant  toutefois 
pour  qu'Eugène  IV  fît  un  «  geste  audacieux  »  dans  la 
question  des  annates  et  des  indulgences,  afin  de  ba- 
layer d'un  coup  toute  la  rancœur  des  Pères  de  Bâle 
(mémoire  de  C.  au  pape,  4  oct.  1435;  C.  B.,  i,  387  sq.). 

Pendant  tout  son  séjour,  Traversari  eut  avec  C.  des 
conversations  quotidiennes.  Le  général  camaldule 
n'épargna  pas  son  ami;  il  lui  parla  à  cœur  ouvert;  il 
déploya  tous  ses  efforts  pour  lui  faire  abandonner  son 
préjugé  conciliaire  (lettres  à  l'évèque  de  Cervia,  cx- 
cxxv,  col.  141-76).  Plus  d'une  fois  il  crut  l'avoir  em- 
porté, pour  constater  le  lendemain  que  rien  n'était 
fait.  C.  ne  se  livrait  pas.  Traversari  se  plaignit  sou- 
vent de  ne  pouvoir  lire  au  fond  de  sa  pensée. 

Dans  ses  lettres  au  pape  (xii-xvi,  col.  28-35),  Tra- 
versari s'exprime  à  son  sujet  d'une  manière  où  alternent 
l'espoir  et  le  découragement  :  saepe  spes  subit,  saepe 
desperatio  (xv,  col.  33).  Une  même  hésitation  se  mani- 
feste dans  sa  lettre  xliii  (col.  80)  au  cardinal  Orsini,  et 
sa  lettre  li  (col.  86-88)  écrite  à  C.  peu  après  son  départ 
de  Bâle  et  où  il  le  conjure  de  rester  dans  la  bonne  voie. 

Extérieurement,  la  mission  de  Traversari  se  solda 
par  un  échec.  Aux  déclarations  et  propositions  qu'il  fit 
en  public  C.  répondit  en  prenant  la  défense  des  déci- 
sions conciliaires  (3  nov.  ;  M.  C,  ii,  819;  Mansi, 
XXIX,  273).  Mais  le  grand  helléniste  était  assez  fin 
psychologue  pour  remarquer  qu'un  réel  changement 
s'était  opéré  dans  la  mentalité  du  légat  (lettre  cclv,  à 
Cosme  de  Médicis,  col.  333;  lettres  dcii,  dciii,  à  son 
confrère  Mariotto  Allegri,  col.  710,  712). 

Pendant  les  premiers  mois  de  1436,  on  ne  remarqua 
aucun  revirement  dans  l'attitude  extérieure  du  légat; 
il  défendit  quant  au  fond  les  principaux  projets  conci- 
liaires, même  les  moins  favorables  aux  prérogatives 
romaines,  pourvu  toutefois  que  l'on  tînt  compte  de 
l'équité  et  de  la  conciliation;  il  eut  des  paroles  très 
sévères  au  sujet  du  pape  (Valois,  ii,  30-31);  mais 
jamais  il  ne  donna  son  assentiment  à  un  acte  suscep- 
tible d'entraîner  une  rupture. 

Lorsqu'il  fut  question  de  nouveau  d'envoyer  un  mo- 
nitoire  au  pape  pour  «  qu'il  révoquât  toutes  les  mesures 
prises  contre  les  décrets  conciliaires  concernant  la 
réforme  dans  le  chef  et  dans  les  membres  »,  il  proposa 
plutôt  l'envoi  d'une  ambassade  chargée  d'exhorter  le 
pape  à  agir  en  ce  sens;  il  rédigea  le  texte  des  instruc- 
tions à  lui  confier  et  expliqua  la  manière  dont  elle 
aurait  à  se  comporter  (13  et  20  janv.  1436;  C.  B., 


IV,  18, 20-24).  Les  présidents  pontificaux  s'étant  abste- 
nus de  paraître  à  ces  réunions  par  manière  de  protes- 
tation, C.  occupa  seul  la  présidence  et  n'hésita  pas, 
malgré  cela,  à  prononcer  la  conclusion  (C.  B.,  iv,  21). 

Il  fit  de  même  d'une  façon  habituelle,  depuis  le 
11  avr.,  un  nouveau  conflit  ayant  surgi  au  sujet  des 
indulgences  que  les  Bâlois  projetaient  de  décréter 
pour  subvenir  aux  frais  du  concile  d'union  avec  les 
grecs.  Quand  ce  projet  fut  déposé  pour  la  première  fois, 
C.  demanda  que  l'on  suspendît  la  décision  jusqu'à  l'ar- 
rivée des  délégués  pontificaux  envoyés  à  cet  effet 
(9  mars;  C.  B.,  iv,  75).  La  proposition  dont  ils  étaient 
porteurs  n'ayant  pas  donné  satisfaction,  C.  le  leur  noti- 
fia au  cours  d'un  exposé  où  il  prit  catégoriquement 
fait  et  cause  pour  la  théorie  conciliaire.  Il  s'appuyait 
sur  une  interprétation  erronée  des  circonstances  histo- 
riques qui  entourèrent  le  décret  similaire  pris  à  Sienne, 
le  8  nov.  1423  (M.  C,  ii,  868;  C.  B.,  iv,  106). 

Pendant  les  trois  mois  suivants,  il  continua  (sauf 
durant  le  mois  de  juin  où  il  fut  malade)  à  tenir  en 
cette  affaire  une  place  de  vedette  :  il  répond  aux  délé- 
gués romains  (11  mai;  C.  B.,  iv,  132);  il  demande,  à 
trois  reprises,  que  l'on  accélère  les  discussions  à  ce 
sujet  (C.  B.,  IV,  143,  154,  160);  il  est  chargé  de  rédiger 
les  instructions  aux  envoyés  conciliaires  (C.  B.,  iv, 
164);  il  mène  les  négociations  avec  l'ambassade  du  roi 
de  France  (C.  B.,  iv,  190,  202,  227);  il  propose  qu'on 
lui  laisse  choisir  six  ou  huit  compétences  qui  aient  le 
pouvoir  de  prendre  une  décision  (12  et  14  juill.; 
C.  B.,  IV,  204,  207).  Il  finit  toutefois  par  comprendre 
que  cette  question  des  indulgences  était  subordonnée 
à  celle  du  lieu  choisi  pour  la  réunion  avec  les  grecs  : 
le  29  oct.,  il  déclara  s'opposer  à  toute  imposition  de  dé- 
cime, aussi  longtemps  que  le  choix  du  lieu  restait 
incertain  (C.  B.,  iv,  318). 

7°  La  question  de  l'union  des  grecs  et  du  transfert.  — 
La  rupture  entre  C.  et  ses  propres  troupes,  déjà  per- 
ceptible lors  du  conflit  des  annates,  élargie  par  l'action 
personnelle  d'Ambroise  Traversari  auprès  du  légat, 
s'étala  à  tous  les  yeux  à  l'occasion  de  la  question  du 
transfert  du  concile.  Un  des  motifs  allégués  par  Eu- 
gène IV,  au  début  de  son  pontificat,  quand  il  essaya 
de  transférer  le  concile  à  Bologne,  avait  été  que  cela 
faciliterait  une  rencontre  avec  les  grecs.  A  cette 
époque,  C.  taxa  ce  prétexte  de  «  vieille  rengaine  » 
(M.  C,  II,  105).  Forcé  de  s'incliner  devant  Bâle, 
Eugène  IV  attendit  des  temps  meilleurs.  Ceux-ci  s'an- 
noncèrent bientôt.  Les  grecs  ayant  répondu  aux 
avances  du  concile  par  une  ambassade  qui  séjourna  à 
Bâle  de  juill.  1434  à  juin  1435,  l'union  des  Églises 
revint  à  l'avant-plan  de  l'actualité. 

Le  légat  surtout  en  comprit  toute  l'importance  :  son 
discours  de  réception  à  l'arrivée  de  la  délégation 
grecque  (Mansi,  xxix,  1245;  xxx,  671;  cf.  C.  B.,  i, 
335),  ses  interventions  à  la  commission  des  Cinquante, 
qui  se  réunissait  quatre  fois  par  semaine  avec  les  grecs, 
montrent  un  partisan  convaincu  de  l'union.  Plus  tard, 
la  correspondance  qu'il  échangea  avec  Jean  de  Raguse 
et  ses  compagnons,  envoyés  par  le  concile  à  Constanti- 
nople,  le  confirmèrent  dans  ses  sentiments  (Cecconi, 
n.  Lxxv,  Lxxviii,  Lxxix,  Lxxxi;  C.  B.,  i,  372). 

La  grande  pierre  d'achoppement  était  la  question  du 
lieu  où  se  tiendrait  la  réunion.  Par  sa  seule  existence 
désormais  reconnue,  le  concile  de  Bàle  était  en  posses- 
sion. Le  transférer  n'était  justifiable  que  moyennant 
un  motif  sérieux,  homologué  par  une  décision  conci- 
liaire. Seulement  Bâle  était  trop  loin  au  gré  des  orien- 
taux. Ils  avaient  demandé  que  l'on  fit  choix  d'une 
ville  riveraine  de  la  Méditerranée  ou,  à  la  rigueur,  de 
quelque  autre  ville  cisalpine  (Cecconi,   n.  clxiv, 

CXLVI,  CLXXVII,  CLXXX,  CLXXXII,  CLXXXIV,  CLXXXV). 

Ce  motif  était-il  suffisant  pour  transférer  le  concile? 
La  question  fut  discutée  à  partir  du  5  juill.  143 


233 


CESA 


RINI 


234 


(C.  B.,  IV,  196)  et  plus  encore  après  la  mi-octobre 
(C.  B.,  IV,  305).  C.  était  partisan  d'un  transfert  et,  avec 
lui,  la  grande  majorité  des  Pères  de  Bâle.  Mais  leur 
conclusion  n'était  pas  la  même.  Le  légat,  ayant  reçu 
de  la  part  de  Florence  des  propositions  très  avanta- 
geuses (promesse  d'un  prêt  de  100  000  florins  et  autres 
faveurs,  14  et  28  août  1436;  cf.  Cecconi,  n.  lxxxviii, 
Lxxxix,  xc,  cxxxiii;  G.  Miiller,  161),  pressenti  depuis 
longtemps  par  le  pape  (correspondance  épistolaire, 
automne  1436;  C.  B.,  i,  428,  430),  et  sollicité  par  les 
délégations  des  souverains  (demande  de  l'ambassade 
française  :  C.  B.,  iv,  190;  réponse,  M.  C,  ii,  893;  — 
pourparlers  avec  un  représentant  impérial  :  M.  C, 
II,  915;  D.  RA.,  xii,  n.  17,  p.  31),  était  d'avis  que, 
faute  de  pouvoir  rester  à  Bâle  et  y  amener  les  grecs,  il 
fallait  accepter  ne  des  villes  proposées  par  eux  (de 
préférence  Udine,  Pavie  ou  Florence).  Son  avis  était 
partagé  par  un  groupe  qui  se  considérait  comme  la 
pars  sanior  du  concile.  Par  contre,  beaucoup  d'autres, 
surtout  parmi  le  clergé  inférieur  et  les  Français,  pré- 
tendaient qu'ils  ne  quitteraient  Bâle  que  pour  se 
rendre  en  Avignon  ou  en  Savoie. 

C.  s'apercevait  toujours  mieux  que  le  sentiment  do- 
minant chez  ce  groupe  de  Pères  restés  à  Bâle  (plusieurs 
cardinaux,  entre  autres  ceux  qu'il  estimait  le  plus  : 
Castiglione  et  Capranica,  étaient  partis  depuis  long- 
temps) était,  non  le  souci  du  bien  de  l'Église,  mais  une 
hostilité  de  fond  envers  le  pape. 

Son  crédit  auprès  d'eux  avait  considérablement 
baissé  au  bénéfice  du  cardinal  Aleman  (Pérouse, 
p.  247-48,  trace  un  beau  parallèle  entre  les  deux  cardi- 
naux). Déjà  Traversari  et  Piccolomini  avaient  noté  ce 
recul  :  pauciora  jam  cepit  passe  quam  velit,  écrit  Tra- 
versari au  cardinal  Orsini  (lettre  xliii,  col.  80; 
cxxvi,  col.  177),  et  Piccolomini,  dans  une  lettre  à 
Piero  da  Noceto  (21  mai  1437;  Wolkan,  i,  64-65), 
risque  une  comparaison  avec  Cicéron,  Démosthène  et 
même  avec  le  Christ.  Alors  qu'extérieurement  il  tenait 
encore  au  concile,  dans  le  fond  du  cœur  C.  évoluait 
déjà.  Il  se  froissait  surtout  de  se  heurter  à  tout  instant 
à  l'omnipotence  démagogique  du  clergé  inférieur  et  de 
sentir  les  prélats  à  la  merci  de  la  loi  du  plus  grand 
nombre.  C'est  sur  son  ordre  que  Jean  de  Torquemada 
compila,  en  1437  à  Bâle,  ses  Flores  senlenliavum 
B.  Thomae  de  auctoritate  Summi  pontificis,  oslendentes 
papam  esse  super  omnes  (Valois,  ii,  115). 

Le  10  nov.  1436,  inaugurant  sa  politique  de  défense 
agressive,  C.  introduisit  une  demande  quod  nihil  deli- 
beretur  contra  Summum  pontificem...  nisi  prius  audia- 
tur.  Il  ajoutait  quod  si  non  concederetur  exnunc,  illud 
quod  fiai  contra  Sedem  apostolicam,  déclarât  irritum  et 
inane  (C.  B.,  iv,  327;  M.  C,  ii,  914).  La  réponse  qu'il 
fit,  le  17  nov.,  au  promoteur  du  concile  en  dit  tout 
aussi  long  sur  l'évolution  de  sa  mentalité  :  il  entend 
auctoritate  Sedis  apostolice  eligere  locum  ad  quem  in- 
lendebat  Iransire  et  qui  vellet  eum  sequi  sequeretur 
(C.  B.,  IV,  336). 

Le  surlendemain,  au  cours  d'une  cérémonie  d'appa- 
rat, il  remit  à  Nicod  de  Menthon,  capitaine  de  la  flotte 
devant  partir  pour  Constantinopk  au  nom  du  concile 
afin  d'y  embarquer  les  grecs,  le  vexillum  Ecclesiae  et 
les  insignes  de  son  grade  (C.  B.,  iv,  337;  M.  C,  ii,  916; 
D.  RA.,  XV,  783,  845).  Le  21,  il  exposa  en  congréga- 
tion générale  son  opinion  au  sujet  du  lieu  à  choisir 
pour  le  concile  d'union  et  proposa  un  projet  en  ce 
sens  (M.  C,  ii,  917;  C.  B.,  iv,  339-40).  Les  votes 
furent  exprimés  au  cours  des  journées  suivantes.  On 
fit  le  compte  le  5  déc.  :  Avignon  ayant  recueilli  une 
majorité  dépassant  les  deux  tiers,  C.  refusa  de  procla- 
mer cette  décision  ;  finalement  il  admit  de  proclamer  le 
seul  choix  de  Genève  en  Savoie  (Cecconi,  n.  xcvii; 
Mansi,  xxxi,  229;  C.  B.,  iv,  358-59)  —  concession  de 
pure  forme  :  il  savait  le  trésor  ducal  incapable  de  pour- 


voir aux  frais  d'installation  d'une  si  nombreuse  assem- 
blée (C.  B.,  I,  445).  Ce  vote  scindait  le  concile  en  deux 
groupes;  l'épreuve  de  force  commençait. 

Toute  l'année  1437  ne  fut  qu'une  longue  lutte  du  lé- 
gat pour  amener  la  majorité  à  reconsidérer  sa  posi- 
tion, et  éviter  ainsi  une  rupture.  Il  profita  d'abord  de 
toutes  les  occasions  pour  faire  obstacle  à  la  décision  de  la 
majorité.  Le  23  févr.,  il  refusa  d'assister  à  l'assemblée 
générale  (M.  C,  ii,  937).  Le  12  avr.,  à  l'échéance  du 
terme  fixé,  la  ville  d'Avignon  n'ayant  pas  payé  la  tota- 
lité des  70  000  florins  promis  pour  le  transfert  du  con- 
cile, C.  prétendit  faire  dénoncer  par  le  concile  son  ac- 
cord avec  cette  ville  et  en  revenir  à  la  thèse  défendue 
par  la  minorité.  Cette  proposition  donna  lieu  à  des  dis- 
cussions orageuses  :  suivant  un  témoin,  «  des  buveurs 
dans  un  cabaret  eussent  eu  une  meilleure  tenue  » 
(Aeneas  Sylvius,  dans  Mansi,  xxxi,  223). 

Voyant  la  majorité  s'obstiner,  le  légat  changea  de 
tactique.  A  la  tête  de  son  groupe  (55  adhérents  sur 
430  :  rapport  du  concile  à  Sigismond;  C.  B.,  i,  449),  il 
prétendit  opposer  sa  façon  de  voir  jusqu'à  l'imposer. 
Dans  les  députations  et  à  l'assemblée  générale  du 
26  avr.,  ce  fut  la  guerre  ouverte;  les  voies  de  fait  ne 
furent  pas  rares.  La  session  du  27  avr.  fut  si  houleuse 
qu'elle  dut  être  renvoyée.  Un  nouvel  essai,  en  dépit 
des  exhortations  pathétiques  du  légat,  n'eut  pas  plus 
de  suite  (4  mai;  Mansi,  xxxi,  227;  M.  C,  ii,  963  sq.). 

Enfin,  le  7  mai  1437,  la  xxv"  session  se  tint  dans  une 
confusion  complète  et  se  termina  par  la  lecture  simul- 
tanée de  deux  décrets  :  le  "  grand  »  (de  la  majorité, 
pour  Bâle,  Avignon,  ou  la  Savoie;  Cecconi,  n.  cxxi)  et 
le  «  petit  »  (du  légat  et  des  siens,  pour  Florence,  Udine 
ou  tout  autre  lieu  qui  conviendrait  au  pape  et  aux 
grecs;  Cecconi,  n.  cxx).  Voir  le  récit  dans  Valois, 
II,  58-59.  Quand  le  moment  vint  de  sceller  le  «  grand 
décret  »,  la  bulle  s'avéra  introuvable.  C.  l'avait  mise  en 
lieu  sûr,  décidé  à  ne  la  livrer  que  si  on  l'apposait  sur  les 
deux  documents.  Pour  le  fléchir,  il  fallut  recourir  à 
une  intervention  de  l'empereur  (C.  B.,  i,  451-54)  et 
s'en  remettre  à  un  arbitrage  (M.  C,  ii,  970-75;  Valois, 
II,  60).  Seul  le  «  grand  décret  »  reçut  la  bulle  du  concile. 

Quelques  membres  de  l'entourage  du  légat  ne  se 
tinrent  pas  pour  battus.  Dans  la  nuit  du  13  au  14  juin, 
à  l'insu  de  leur  chef  (M.  C,  ii,  982),  ils  défoncèrent  le 
•coffre  contenant  le  sceau,  plombèrent  un  exemplaire 
du  "  petit  décrèt  »  et  remirent  tout  en  place  (récit  de  la 
double  bullation  :  D.  RA.,  xv,  789  sq.;  Valois,  ii,  62- 
63).  Trois  jours  plus  tard,  la  fraude  fut  découverte. 
C.  réussit,  non  sans  peine,  à  dégager  sa  responsabilité. 
Il  exigea  qu'à  l'avenir  des  mesures  fussent  prises  pour 
assurer  une  meilleure  préservation  des  instruments  de 
bullation  (20  juin;  Valois,  n,  66). 

En  juin.  1437,  le  groupe  majoritaire  reprit  son  projet 
de  monitoire  au  pape  (M.  C,  ii,  1010-13).  C.  fut  écarté 
de  la  commission  chargée  de  le  rédiger.  Dans  les  assem- 
blées, il  défendit  la  cause  du  pape,  demanda  un  sursis 
de  trois  jours  pour  rédiger  un  mémoire  et,  celui-ci  lui 
étant  refusé  (M.  C,  ii,  1005),  il  protesta  contre  la  pré- 
cipitation déployée  en  cette  affaire  et  refusa  de  procla- 
mer le  vote  (29  juill.  1437;  M.  C,  ii,  1001;  Valois,  ii, 
105).  A  la  session  du  31  juill.  il  s'abstint  de  paraître, 
«  pour  des  raisons  de  conscience  »  (Mansi,  xxxi,  234). 

Auprès  du  pape,  tous  les  monitoires  conciliaires 
furent  sans  effet.  Eugène  IV  avait  reçu  communica- 
tion du  «  petit  décret  »  et  s'était  empressé  de  lui  donner 
son  approbation  (30  mai),  décidé  à  aller  de  l'avant 
dans  la  voie  de  l'union,  sans  plus  se  soucier  des  Bâlois. 
Le  18  sept.,  par  la  bulle  Doctoris  gentium  (Mansi, 
xxxi,  146;  M.  C,  ii,  1033-40;  Cecconi,  n.  clviii, 
CLix),  il  transférait  le  concile  à  Ferrare,  permettant 
seulement  qu'à  Bâle  on  poursuivît  durant  un  mois  les 
conversations  engagées  avec  les  hussites  au  sujet  de  la 
communion  sous  les  deux  espèces. 


235 


CESA 


RINI 


236 


A  Bâle  aussi  le  vent  était  à  la  rupture  :  à  la  xxvii" 
session  (26  sept.),  les  mesures  hostiles  furent  renfor- 
cées; le  1"'  oct.  (xxvin«  sess.),  Eugène  IV  fut  déclaré 
contumace.  C.  refusa  de  paraître  à  ces  deux  sessions;  il 
joignit  une  note  de  protestation,  offrant  de  se  rendre 
lui-même  auprès  du  pape  pour  trouver  un  terrain  d'en- 
tente. Enfin,  comme  grâce  personnelle,  il  demanda  un 
sursis  de  quelques  jours  (Valois,  ii,  108).  Sa  demande 
fut  rejetée. 

Malgré  la  rupture  virtuelle  résultant  des  dernières 
mesures  prises,  il  continua  d'espérer  contre  tout  espoir. 
Pendant  trois  mois,  il  tint  bon,  se  résignant  à  un  effa- 
cement graduel.  A  partir  d'oct.  il  n'exerça  plus  la  pré- 
sidence, qui  fut  assumée  par  le  patriarche  d'Aquilée 
et  le  cardinal  Aleman;  il  n'intervint  dans  les  commis- 
sions que  pour  discuter  de  la  seule  question  hussite. 
Le  20  et  le  27  déc,  il  lança  deux  derniers  appels  aux 
Pères  pour  rétablir  un  accord  avec  le  pape;  il  parla 
chaque  fois  pendant  plus  d'une  heure;  il  évoqua  la 
paix  promise  aux  hommes  de  bonne  volonté  et  proposa 
la  médiation  de  l'empereur,  dont  il  ignorait  encore  la 
mort  (M.  C,  ii,  1114-22,  1131-39;  Mansi,  xxix, 
1258-69;  Cecconi,  n.  clxvhi).  Ce  fut  en  vain.  Jadis 
«  lumière  »  et  «  colonne  »  du  concile,  il  était  devenu 
maintenant  «  Julien  l'Apostat  »  (M.  C,  ii,  918;  Valois, 
II,  115,  note  4);  on  le  comparait  «  au  berger  qui  aban- 
donne ses  brebis  quand  il  voit  venir  le  loup  »  (  M.  C, 
II,  1130).  Sa  parole  irénique  n'éveillant  plus  d'écho,  il 
décida  de  hâter  son  départ.  Il  aurait  même  offert  des  i 
montures  et  un  viatique  à  ceux  qui  voudraient  partir 
avec  lui  (lettre  de  En.  Sylv.  Piccolomini,  11  janv.  1438, 
Wolkan,  i,  79).  Sa  décision  était  prise  depuis  long- 
temps :  dès  que  l'arrivée  des  grecs  serait  annoncée,  il 
irait  à  leur  rencontre.  Le  7  juin,  il  avait  écrit  en  ce  sens 
au  duc  de  Médicis  (Cecconi,  n.  cxxx).  En  sept.,  il  fit 
pressentir  le  gouvernement  de  Venise  au  sujet  d'un 
séjour  éventuel  en  cette  ville  et  de  certains  avantages 
pécuniaires.  Il  en  obtint  une  réponse  favorable  datée 
du  23  sept,  (lorga,  dans  Revue  de  l'Orient  latin,  vi, 
388).  Sur  sa  demande,  Venise  le  tint  régulièrement  au 
courant  des  nouvelles  concernant  l'arrivée  des  grecs 
(lettres  des  7  et  21  déc.  1437;  lorga,  ibid.,  392,  393).  Il 
était  aussi  en  relations  épistolaires  avec  le  marquis  de 
Mantoue  (cette  correspondance,  du  plus  haut  intérêt, 
n'a  pas  encore  été  publiée).  Dans  la  dernière  lettre 
qu'il  lui  adressa  de  Bâle  (7  janv.  1438;  Valois,  ii,  118), 
il  annonçait  son  départ  dans  les  trois  jours. 

III.  Au  CONCILE  DE  Ferrare-Florence.  —  1"  Fer- 
rare  (8  mars  1438-10  janv.  1439).  —  Invité  par  une 
lettre  particulière  à  se  rendre  n  en  vertu  de  la  sainte 
obéissance  »  au  concile  qui  allait  s'ouvrir  à  Ferrare,  le 
8  janv.  (3  janv.  1438  :  G.  Hofmann,  Epistolae..., 
n.  114  bis,  p.  151  ;  Cecconi,  n.  clxxii),  C.  avait  prévenu 
cet  ordre  en  quittant  Bâle  le  9  janv.  (M.  C,  m,  11; 
pourtant  une  lettre  de  Piccolomini  datée  du  11  janv., 
Wolkan,  i,  79,  annonce  son  départ  imminent).  Les 
Pères  l'escortèrent  jusqu'en  dehors  de  la  ville,  satis- 
faits au  fond  de  ne  plus  être  gênés  par  sa  présence 
(Pérouse,  246). 

Au  cours  de  son  voyage,  il  fit  au  moins  deux  haltes  : 
une  première  à  Venise,  où  il  rencontra  la  délégation 
grecque  (sauf-conduit,  21  janv.;  arrivée  entre  le  18  et 
le  20  févr.  ;  départ,  1"  mars  :  cf.  lorga,  dans  Rev.  de 
l'Orient  latin,  vi,  396,  397,  note;  Cecconi,  n.  clxxxv; 
Traversari,  lettre  cxl,  col.  196;  Sanuto,  dans  Mura- 
tori,  anc.  éd.,  1053,  1055);  une  seconde  à  Mantoue 
(Sanuto,  ibid.,  1056;  Hardouin,  ix,  742). 

L'opinion,  dont  on  trouve  un  écho  dans  une  déclara- 
tion de  Thomas  Ebendorfer  à  la  diète  de  Mayence 
en  1441,  et  suivant  laquelle  le  légat  se  serait  rendu  à 
Venise  pour  y  persuader  les  grecs  d'entreprendre 
quand  même  le  chemin  de  Bâle,  est  dénuée  de  tout 
fondement.  Celle  du  nonce  pontifical  à  Londres, 


Pietro  del  Monte  (lettre  du  30  mars  1438  à  l'arche- 
vêque d'York,  dans  Orientalia  christiana  periodica, 
V,  1939,  p.  415),  l'est  tout  autant  :  C,  indécis,  aurait 
voulu  voir  d'où  venait  le  vent;  constatant  que  les 
grecs  se  rendaient  à  Ferrare,  «  comme  un  prudent  nau- 
tonnier,  il  aurait  suivi  le  courant  ».  Le  contraire  est 
plus  vraisemblable  :  il  aurait  contacté  la  délégation 
grecque  à  Venise  pour  la  détacher  définitivement  de  la 
cause  bâloise.  Traversari,  alors  présent  à  Venise, 
signale  son  arrivée,  «  prêt  à  mourir  pour  Sa  Sainteté, 
s'il  le  fallait  «(lettre  xxx,  col.  59;  Cecconi, n.  clxxxiii). 
D'ailleurs,  ce  ne  fut  pas  le  seul  motif  de  son  passage 
par  Venise.  On  a  conservé  le  texte  d'une  supplique  de 
C,  adressée  le  25  févr.  au  Conseil  de  Venise  (publ.  dans 
Becker,  94  sq.),  sollicitant  la  médiation  de  la  Séré- 
nissime  auprès  du  pape  pour  qu'il  lui  «  fasse  avoir  son 
droit  »  et  en  outre,  si  possible,  un  bénéfice  en  terre 
vénitienne  (Lazarus,  98,  n.  64). 

Accompagné  de  Traversari,  C.  arriva  à  Ferrare  le 

8  mars  1438  (description  dans  Ricordanze  di  Messer 
Gimignano  Inghirami,  p.  54;  cf.  Hofmann,  Ferrara, 
139).  Quantum  ego  sentio  sincerus  et  integer  et  rébus 
nostris  maxime  ulilis  et  necessarius,  dit  de  lui  Traver- 
sari dans  sa  lettre  lviii  au  gouverneur  de  Bologne 
(col.  96;  voir  aussi  lettre  ccclv,  col.  466).  Quand  tous 
les  orientaux  furent  arrivés,  il  prononça  le  discours 
d'ouverture  devant  le  pape,  9  cardinaux,  107  évê- 
ques,  abbés  et  supérieurs  généraux  d'ordres  latins, 

1  l'empereur  d'Orient,  son  frère  et  35  métropolites  et 
grands  dignitaires  orientaux  (9  avr.  1438;  G.  Hof- 
mann, Ferrara,  413).  Même  les  grecs  adversaires 
de  l'union,  tels  Syropoulos,  rendirent  hommage  à 
son  éloquence.  Excellent  juriste  et  diplomate  con- 
sommé, C.  joua  au  concile  d'union  un  rôle  de  premier 
plan. 

La  reprise  des  sessions  publiques  ayant  été  fixée  au 

9  oct.,  C.  proposa,  dès  la  première  réunion  prépara- 
toire (peu  après  le  24  avr.  ;  G.  Hofmann,  Ferrara, 
413-18),  la  formation  d'une  commission  pour  examiner 
les  questions  controversées  entre  orientaux  et  occiden- 
taux, afin  de  déblayer  le  terrain  durant  les  six  mois 
d'intervalle.  Pour  vaincre  la  répugnance  des  grecs,  il 
se  rendit  chez  le  basileus.  On  tomba  d'accord  que,  des 
quatre  points  en  litige  :  origine  du  S. -Esprit,  pain 
azyme,  primat  romain  et  purgatoire,  les  deux  derniers 
pourraient  faire  l'objet  des  discussions  préparatoires 
(Syropoulos,  v,  c.  viii,  p.  122-24). 

Le  4  juin  1438,  C.  ouvrit  le  feu  par  son  exposé  de  la 
doctrine  catholique  du  purgatoire  (texte  de  son  mé- 
moire :  éd.  Petit,  dans  Patrol.  orientalis,  xv,  25-38; 
éd.  Hofmann,  dans  Orientalia  christiana...,  x\i,  1929). 
Les  discussions  se  poursuivirent  jusqu'en  juill.;  C.  in- 
tervint à  de  nombreuses  reprises  (récit  dans  G.  Hof- 
mann, Ferrara,  418-24). 

Il  invitait  aussi  à  sa  table  les  principales  notabilités 
grecques,  en  particulier  Bessarion  (Syropoulos,  v, 
c.  II,  p.  113)  et  Marc  d'Éphèse  (P.  O.,  xvii,  310),  et 
s'entretenait  avec  eux  de  questions  philosophiques. 
Ces  agapes  furent  par  la  suite  interdites  par  le  pa- 
triarche de  Constantinople;  l'interdiction  ne  fut  pas 
bien  observée  (G.  Hofmann,  Ferrara,  410). 

A  partir  de  la  reprise  des  sessions  publiques,  C.  fut 
la  vedette  principale  des  latins  dans  leurs  joutes  théo- 
logiques avec  Bessarion  et  Marc  d'Éphèse.  Théologien 
moins  subtil  que  Jean  de  Raguse,  controversiste  moins 
fougueux  que  l'archevêque  de  Rhodes,  il  était  meilleur 
diplomate,  plus  brillant  orateur  et  plus  versé  dans  la 
connaissance  des  Pères  de  l'Église.  C.  leur  ayant 
concédé  l'initiative  de  la  fixation  de  l'ordre  du  jour 
(ni«  sess.,  13  oct.),  la  première  question  proposée  fut 
celle  de  savoir  si  toute  addition  au  symbole  de  Nicée, 
même  explicative,  est  interdite  ou  si  cette  interdiction 
ne  doit  s'entendre  que  d'une  addition  hérétique.  Après 


237 


CESARINI 


238 


un  exposé  par  Bessarion,  C.  parla  sur  ce  thème  les  1 1 
et  15  nov.,  4,  8  et  13  déc.  1438  (cf.  texte  latin  et  grec 
de  son  exposé,  éd.  Hofmann,  dans  Orientalia  chris- 
tiana...,  xxii,  1931,  p.  5-62;  résumé  des  discussions, 
G.  Hofmann,  Ferrara,  431-35).  Bessarion  fut  forte- 
ment ébranlé  par  son  argumentation  (E.  Candal, 
Bessarion  Nicaenus  in  concilio  Florentino,  dans  Orien- 
talia christiana...,  vi,  1940,  p.  437). 

Ces  séances,  qui  se  prolongeaient  jusqu'à  23  heures 
dans  un  froid  glacial,  étaient  épuisantes.  Et  le  résul- 
tat ne  répondait  pas  aux  efforts.  C.  s'en  rendait 
compte.  Il  insista  à  plusieurs  reprises  auprès  du  pape 
pour  qu'il  veuille  s'entendre  avec  l'empereur  afin 
qu'on  commence  la  discussion  sur  la  question  princi- 
pale :  la  procession  du  S. -Esprit.  Il  lutta  aussi  contre 
l'abus  des  interruptions  intempestives  :  même  l'em- 
pereur se  fit  rappeler  à  l'ordre  par  lui,  à  la  séance  du 
4  déc,  pour  être  intervenu  jusqu'à  cinq  fois  dans  une 
discussion  où  il  n'avait  pas  la  parole. 

Dès  ce  moment,  le  pape  avait  rendu  à  son  ancien 
antagoniste  toute  sa  confiance.  Il  eut  recours  à  lui 
pour  faire  savoir  à  Traversari  son  désir  de  le  voir  par- 
ticiper aux  travaux  conciliaires  (Traversari,  lettre 
DcccxLviii,  col.  976).  Traversari  se  fit  longtemps 
prier  (G.  Hofmann,  Episiolae...,  n.  146).  Dans  l'entou- 
rage pontifical,  tous  n'étaient  pas  aussi  confiants  :  il 
arrivait  à  Torquemada  d'appeler  son  collègue  «  l'ora- 
teur des  Bâlois  ■>  (Apparatus  super  decretum  Florenti- 
num  unionis  graecorum,  xxxiv,  note  2,  éd.  E.  Candal, 
Concilium  Florenlinum,  sér.  B,  vol.  n-1,  Rome,  1942). 
Même  les  Pères  de  Bàle  nourrissaient  encore  des  illu- 
sions à  son  sujet;  ils  lui  firent  proposer  de  travailler  à 
Ferrare  pour  gagner  des  adhérents  à  leur  cause 
{M.  C,  III,  32  sq.). 

2»  Florence  (25  févr.  1439-début  1442?).  —  Le  siège 
du  concile  ayant  été  transféré  à  Florence,  pour  se 
rendre  de  Ferrare  en  cette  ville,  C.  fit  route,  non  avec 
le  pape  et  les  autres  cardinaux,  partis  le  16  janv.  1439, 
mais  avec  l'escorte  du  patriarche  de  Constantinople. 
Le  voyage  et  la  réception  à  Florence  furent  marqués 
d'imprévus  (récit  dans  Mansi,  xxxi,  702,  1561  ; 
Diario  Fioreniino,  dans  Arch.  stor.  ital.,  V«  sér.,  xiv, 
1894-2,  p.  296-97).  Ayant  quitté  Ferrare,  le  26  janv., 
d'abord  en  bateau  puis  à  cheval,  ils  arrivèrent  à 
Faenza,  où  ils  restèrent  bloqués  faute  de  moyens  de 
transport.  Un  mot  de  C.  à  Cosme  de  Médicis  fit  dépê- 
cher de  toute  urgence  un  convoi  d'une  centaine  de 
mules  (lettre  publ.  dans  Orientalia  christiana...,  v, 
1939,  p.  233).  Les  grecs  arrivèrent  devant  Florence  le 
7  févr.  L'empereur  y  fit  son  entrée  le  13,  le  patriarche 
deux  jours  après,  quand  C.  eut  réussi  à  leur  procurer 
des  logements  (Millier,  Documenti,  p.  172).  Ce  fut 
aussi  C.  qui  se  chargea  d'assurer  divers  services,  aux 
frais  du  concile  :  envoi  de  courriers,  achat  de  livres, 
transcription  de  documents  grecs.  En  déc.  1439  le  pape 
le  fit  rembourser  (Gottlob,  60,  61,  63,  66). 

Durant  les  neuf  premières  sessions  (du  25  févr.  au 
24  mars  1439),  il  fut  question  de  la  procession  du 
S. -Esprit,  sujet  proposé  par  C.  qui  demanda  aussi  que 
les  séances  publiques  fussent  tenues  au  moins  une  fois 
la  semaine.  Au  cours  de  ces  séances  il  n'intervint  que 
par  quelques  remarques  et  des  tentatives  de  concilia- 
tion. La  mésentente  entre  les  grecs,  divisés  entre  parti- 
sans de  Bessarion  et  de  Marc  d'Éphèse,  ayant  fait 
surgir  des  difficultés  sur  la  procédure  à  suivre,  une  dé- 
légation latine  vint  trouver  les  grecs  dans  la  demeure 
du  patriarche  malade.  C.  prit  la  parole  au  nom  des 
latins  pour  redemander  la  reprise  des  réunions  pu- 
bliques communes.  Mais  il  ne  put  vaincre  la  répu- 
gnance de  l'empereur  (15  avr.  ;  Mansi,  xxxi,  967; 
Syropoulos,  viii,  c.  xii,  p.  234). 

On  décida  d'un  commun  accord  que  deux  déléga- 
tions de  dix  membres  consacreraient  huit  réunions  à 


poursuivre  la  discussion  des  points  controversés.  C.  fit 
partie  de  la  délégation  latine. 

Parallèlement  à  ces  réunions  bi-partites,  C.  inter- 
vint encore  souvent,  seul  ou  avec  deux  autres  cardi- 
naux latins,  dans  toutes  les  circonstances  et  dé- 
marches plus  délicates.  Le  pape  le  désigna  comme  son 
porte-parole,  lorsque  le  basileus  sollicita  une  audience 
pontificale  pour  obtenir  un  accommodement  au  sujet 
du  Filioque.  C.  eut  alors  avec  le  basileus  trois  entre- 
tiens importants  (15,  21  et  22  mai;  Mansi,  xxxi, 
978  sq.).  Il  assista  aussi  aux  deux  audiences  accordées 
par  le  pape  à  la  délégation  grecque  ou  à  certains  de  ses 
I  membres  (27  mai,  8  juin).  Au  cours  de  cette  dernière 
I  réunion,  on  se  mit  d'accord  sur  le  Filioque.  Il  fut  en- 
!  core  un  des  cardinaux  désignés  par  le  pape  pour  propo- 
!  ser  à  l'empereur  un  programme  d'aide  matérielle  et 
militaire  contre  la  menace  turque  (l'"'  et  2  juin;  Mansi, 
xxxi,  999;  G.  Hofmann,  Ftorenz,  393).  Enfin,  il  fut  du 
nombre  des  trois  prélats  latins  invités  par  l'empereur 
au  synode  grec  du  13  juin,  après  la  mort  du  pa- 
triarche de  Constantinople. 

I-e  9  juin,  le  pape  fit  connaître  à  une  délégation 
grecque  les  quatre  points  moins  capitaux  sur  lesquels 
!  il  fallait  encore  s'entendre,  avant  d'avoir  réalisé 
■  l'union  :  purgatoire,  primauté  romaine,  matière  de 
i  l'eucharistie,  épiclèse  (Mansi,  xxxi,  1004).  Au  cours 
{  des  discussions  qui  se  tinrent  les  jours  suivants,  C.  ap- 
j  porta  quelques  précisions  aux  deux  discours  de  Jean 
'  de  Raguse  sur  le  primat  du  pape  et  à  celui  de  Jean  de 
Torquemada  sur  l'usage  de  l'azyme  (16  et  20  juin; 
Mansi,  xxxi,  1666,  1671,  1676;  Hardouin,  ix,  958-66). 
Une  formule  résumant  les  quatre  points  précités  fut 
proposée  par  les  latins.  C.  réussit  à  dissiper  à  son  en- 
droit les  préventions  des  grecs  et  surtout  du  basileus 
(Mansi,  xxxi,  1014;  Hardouin,  ix,  966  sq.).  Une  diffi- 
1  culté  surgit  encore  en  dernière  heure  au  sujet  de  la 
i  primauté  romaine;  elle  faillit  compromettre  toute 
l'union,  le  basileus  refusant  que  le  séjour  des  grecs  en 
Occident  se  prolongeât  davantage.  C.  manœuvra 
assez  habilement  pour  éviter  la  rupture  (Mansi,  xxxi, 
1018).  Une  nouvelle  commission  bi-partite  de  deux 
fois  6  membres  fut  désignée  le  26  juin  (Hardouin, 
IX,  978).  A  C.  revint  l'honneur  d'y  avoir  proposé,  dès  le 
lendemain,  une  formule  transactionnelle,  qui  fut  ad- 
mise par  les  deux  parties. 

Le  terrain  ainsi  déblayé,  un  synode  partiel  des  latins 
fut  tenu  le  27  juin,  en  présence  du  pape.  C.  y  fit  un 
exposé  d'ensemble  de  l'état  des  pourparlers  avec  les 
grecs,  sur  tous  les  points  controversés,  et  donna  lec- 
i  ture  des  cinq  articles  sur  lesquels  un  accord  avait  été 
réalisé  (Mansi,  xxxi,  1689-93;  Hardouin,  ix,  979  sq.). 
Les  latins  nommèrent  alors  une  commission  de  12 
membres  pour  rédiger,  en  accord  avec  les  grecs,  la 
bulle  d'union  (Hardouin,  ix,  982).  Cette  commission 
siégea  sous  la  présidence  de  C,  matin  et  après-midi, 
dans  l'église  de  S. -François  (Mansi,  xxxi,  1022  sq.; 
Hardouin,  ix,  983).  Quand  son  travail  fut  terminé,  C., 
au  cours  d'un  nouveau  synode  latin,  rendit  compte  au 
pape  du  résultat  obtenu  (4  juill.  ;  Mansi,  xxxi,  1689- 
92;  Hardouin,  ix,  983).  Le  6  juill.  1439,  dans  la  cathé- 
drale de  Florence,  nouvellement  recouverte  de  sa  cou- 
pole par  Brunelleschi,  eut  lieu  la  séance  solennelle  qui 
dura  douze  heures  (récit  dans  Ricordanze  di  Messer 
Gimignano  Inghirami,  p.  57  sq.  ;  liste  des  souscrip- 
tions, dans  G.  Hofmann,  Florent,  414-17).  Après  la 
grand'messe,  C.  donna  lecture  du  texte  latin  du  décret 
I  d'union,  ensuite  Bessarion  lut  le  texte  grec,  puis  les 
deux  prélats,  les  principaux  artisans  de  l'union  réali- 
sée s'embrassèrent.  Le  seul  exemplaire  authentique  de 
l'acte  d'union  fut  remis  au  cardinal  C.  qui  le  déposa 
dans  une  cassette  d'argent  recouverte  de  velours  et  en 
confia  la  garde  à  la  Seigneurie  de  Florence  où  elle  est 
conservée  encore  aujourd'hui  (publ.  dans  C.  Milanesi, 


539 


CESA 


RINI 


"240 


Giornale  slorico  degli  archivi  Toscani,  Florence,  1857, 
p.  210-25).  A  la  promotion  du  18  déc.  1439,  Bessarion 
reçut  la  pourpre;  cette  nomination  fut  en  bonne 
partie  l'œuvre  de  Cesarini. 

Après  l'arrivée  à  Florence  de  la  délégation  armé- 
nienne (13  août  1439),  C.  fut  désigné  pour  prendre  part 
aux  conversations  qui  aboutirent  à  la  signature  du  dé- 
cret d'union  le  22  nov.  (G.  Hofmann,  Die  Einigung 
(ter  armenischen  Kirche  mil  der  katholischen  Kirche, 
dans  Orienlalia  chrisliana...,  v,  1939,  p.  151-85). 

Ayant  réalisé  l'union  avec  les  grecs  et  parallèlement 
aux  conversations  avec  les  arméniens,  Eugène  IV 
s'occupa  aussi  de  la  question  conciliaire.  Loin  de  se 
borner  à  une  condamnation  radicale  de  toutes  les 
mesures  prises  à  Bâle  depuis  la  convocation  du  concile 
de  Ferrare  (Constitution  Moyses,  4  sept.  1439;  Har- 
douin,  IX,  1004  ;  M.  C,  m,  382),  il  s'attaqua  au  fond  de 
là  question  :  les  rapports  entre  pape  et  concile.  Dans 
ce  but,  il  organisa  (sept.-oct.  1439)  une  dispute  con- 
tradictoire sur  la  suprématie  conciliaire  telle  qu'elle 
avait  été  établie  à  Constance  et  à  nouveau  définie  à 
Bâle  (Valois,  ii,  202-04).  C.  fut  choisi  comme  avocat  de 
la  thèse  conciliaire.  Le  texte  de  son  exposé  n'a  pas  été 
conservé.  On  peut  en  conjecturer  la  trame  par  la 
réponse  qu'y  fit,  le  lendemain,  l'avocat  de  la  thèse 
•pontificale,  Jean  de  Torquemada  (Hardouin,  ix, 
1236  sq.,  surtout  1250-76).  Dans  cette  réponse,  Tor- 
quemada ne  nomme  jamais  son  antagoniste,  mais  il  le 
fit  plus  tard  dans  sa  Summa  de  Ecclesia,  \:  II,  C.  A  ce 
moment,  l'évolution  de  C.  vers  le  parti  pontifical 
s'était  encore  accélérée,  par  suite  de  l'étude  approfon- 
die des  textes  canoniques  à  laquelle  il  s'était  livré  au 
cours  de  ses  discussions  avec  les  grecs  (M.  C.  m, 
1319).  Il  interprétait  alors,  semble-t-il,  les  décrets  de 
Constance  comme  établissant  une  subordination  du 
pape  au  concile,  mais  seulement  quand  I9  constitu- 
tion générale  de  l'Église  est  en  danger  (Valois,  11, 
304,  note  3). 

Cette  évolution  se  poursuivit  encore.  Plus  tard, 
dans  un  entretien  qu'il  eut  à  Vienne  avec  Aeneas  Syl- 
vius,  il  reconnut  sans  ambages  qu'il  s'était  trompé 
(Raynaldi,  ann.  1440,  n.  10).  Il  rédigea  même  sur  ce 
sujet  un  traité  (1440  ou  1441)  que  les  Bàlois  quali- 
fièrent de  Tractatus  Juliani  Apostate  magis  perniciosus 
et  plus  furiosus  (M.  C,  m,  1319). 

Lorsqu'on  apprit  à  la  Curie  la  nomination  par  le 
concile  de  Bâle  de  l'antipape  Félix  V  (5  nov.  1439), 
C.  fut  le  seul  à  juger  l'événement  avec  sang-froid  : 
aucun  schisme,  déclara-t-il,  n'était  à  redouter  d'un 
pape  qui  avait  des  enfants  et  dont  la  nomination 
n'était  que  le  résultat  d'intrigues  familiales  et  finan- 
cières (Giaconius,  11,  862;  Pérouse,  334). 

Le  12  mars  1440,  C.  fut  un  des  neuf  membres  de  la 
commission  chargée  de  déterminer  la  procédure  à 
Suivre  pour  condamner  Félix  V,  ce  qui  eut  lieu  le  23  du 
même  mois  (Ricordanze  di  Messer  Gimignano  In- 
ghirami,  dans  Arcfi.  slor.  itaL^V^  sér.,  i,  1888-1,  60-61). 

On  ne  sait  à  partir  de  quelle  date  C.  cessa  de  parti- 
ciper aux  travaux  du  concile  de  Florence.  Après 
juin  1440  on  n'y  relève  plus  aucune  trace  de  sa  pré- 
sence. Sôn'nam  ne  flgure-pas  au  bas  du  décret  d'union 
dès  jacobltes,  signé  le  4  févr.  1442. 
'■■•TV.  Les  dernières  années.  —  1°  Charges  el  titres 
divers.  Tout  en  continuant  souvent  à  se  faire  appe- 
'1er  cardinal  de  S.-Ange,  C.  échangea  son  titre  cardina- 
lice contre  celui  de  cardinal-prêtre  de  Ste-Sabine.  Sur 
la  date  de  cet  échange,  Eubel  se  contredit  à  une  page 
de  distance  (1442  :  11,  76;  1440  :  11,  75).  Les  deux  dates 
sont  d'ailleurs  inexactes,  comme  le  prouvent  de  nom- 
breux documents  antérieurs  à  1440,  où  le  titre  de 
Ste-Sabine  lui  est  donné,  ainsi  que  les  souscriptions  où 
11  signe  de  son  nouveau  titre.  Ce  titre  apparaît  pour  la 
première  fois  dans  un  document  pontifical  du  17  févr. 


1435  (Mansi,  xxix,  580);  celui  de  S.-Ange  lui  est 
donné  pour  la  dernière  fois  le  12  nov.  1434  (C.  B.,  m, 
249);  cependant,  il  n'est  fait  mention  d'une  grand' 
messe  célébrée  par  le  légat  qu'à  l'occasion  de  la  fête  de 
Pâques  1436  (8  avr.;  C.  B.,  iv,  102). 

En  févr.  1439,  C.  fut  nommé  administrateur  de 
l'évêché  de  Grosseto  (Ughelli,  m,  671).  Mais  Vespa- 
siano  se  trompe,  lorsqu'il  affirme  que  le  cardinal  Ju- 
lien refusa  toujours  d'accepter  un  autre  bénéfice.  De 
1440  au  7  mars  1444,  il  administra  aussi  en  commende 
le  siège  métropolitain  de  Tarente  (Ann.  pont.,  1932, 
p.  130;  Eubel,  11,  270,  rem.  1).  Depuis  juin  1439,  il  eut 
en  commende  le  monastère  cistercien  de  S.-Pastor  au 
diocèse  de  Rieti  (Eubel,  11,  6,  n.  8).  Il  avait  aussi  en 
commende  le  monastère  de  S. -Basile  à  Rome,  qu'il 
résigna  le  18  avr.  1440  (ibid.,  27,  n.  5a).  En  1439  en- 
core, il  fut  nommé  archiprêtre  de  S. -Pierre  à  Rome  et, 
depuis  le  23  mai  1443,  il  fut  grand  pénitencier 
(E.  Celani,  p.  241,  n.  lxx;  E.  Gôller,  Die  pàpstliche 
Poenitentiarie  in  ihrem  Ursprung  bis  zur  Umgestallung 
durch  Plus  V.,  ii-l,  Rome,  1911,  p.  9).  A  partir  de 
juin  (?)  1439  il  fut  aussi  cardinal  protecteur  des  Fran- 
ciscains (Wadding,  Annales  Minorum,  t.  ix,  anc.  éd., 
p.  79;  nouv.  éd.,  p.  91).  A  Ferrare,  il  fut  désigné 
comme  protecteur  spécial  des  Lieux  saints  et,  en  cette 
qualité,  il  envoya  à  Jérusalem  le  commissaire  de  la 
province  orientale  des  Franciscains,  Jean  Capistran, 
pour  y  destituer  de  sa  charge  le  procurateur  séculier 
des  Lieux  saints  (Wadding,  op.  cit.,  xi,  anc.  éd., 
p.  47;  nouv.  éd.,  p.  53).  Enfin,  le  6  ou  7  mars  1444, 
tandis  qu'il  était  absent  en  légation,  il  fut  promu  car- 
dinal-évêque  de  Tusculum  (Eubel,  11,  29,  n.  56a; 
71  et  75;  Celani,  n.  lxviii,  p.  241). 

2"  Légation  en  Europe  danubienne.  —  Envoyé 
comme  légat  a  latere  dans  les  pays  danubiens,  auprès 
de  Ladislas  II,  roi  de  Pologne  et  de  Hongrie,  avec  des 
pouvoirs  très  étendus  (14  bulles  datées  du  1"  mars 
1442  sont  conservées  aux  archives  Sforza-Cesarini, 
liste  dans  Celani),  C.  partit  de  Florence  le  14  mars 
(Eubel,  II,  n.  22). 

Le  but  de  sa  mission  était  :  a  )  d'empêcher  le  roi  de 
suivre  les  conseils  de  son  cousin,  le  patriarche  d'Aqui- 
lée,  en  prenant  parti  pour  l'antipape  bâlois;  b)  de 
trouver  un  arrangement  entre  la  reine  mère  Élisabeth 
et  Ladislas  au  sujet  de  la  succession  au  trône  de  Hon- 
grie; c)  et  surtout  d'écarter  le  danger  ottoman  de  la 
plaine  danubienne,  en  promouvant  une  croisade  à  la- 
quelle prendraient  part  les  armées  coalisées  de  Ladis- 
las, de  Jean  Hunyade,  voïévode  de  Transylvanie,  et  de 
Georges  Brankovitch,  prince  de  Serbie  (Dlugosz,  768). 
Par  faveur  spéciale  pour  un  croisé,  les  cardinaux  lui 
avaient  reconnu  le  droit  de  toucher  sa  part  de  leurs 
revenus  communs,  malgré  son  absence  et  pendant 
toute  la  durée  de  celle-ci  (Eubel,  11,  28,  n.  22). 

Pour  cette  croisade,  la  collaboration  de  la  flotte 
vénitienne  était  nécessaire,  afin  d'intercepter  les  Dar- 
danelles. Au  cours  de  son  voyage  d'aller,  C.  passa  par 
Venise,  dont  il  obtint  facilement  le  concours  (arrivé  le 
10  mars,  d'après  Sanuto,  dans  Muratori,  1103).  Il  y 
prolongea  cependant  son  séjour  jusqu'au  delà  du 
26  avr.  (lorga,  dans  Revue  de  l'Orient  latin,  vu,  61), 
sans  doute  pour  régler  avec  la  succursale  vénitienne  de 
la  banque  des  Médicis  le  paiement  de  sa  provision  de 
500  florins  par  mois  (lorga.  Notes...,  11,  21-22). 

Cela  fait,  il  continua  sa  route,  d'abord  vers  Vienne 
afin  d'y  gagner  le  Roi  des  Romains  au  parti  d'Eu- 
gène IV  (Fraknoi,  108).  Mais  Frédéric  était  absent  et 
le  légat  fut  plutôt  mal  reçu.  Il  quitta  Vienne  le  jour  de 
la  Fête-Dieu  (M.  C,  m,  978-79;  1318-19). 

Dès  son  arrivée  auprès  de  Ladislas  (avant  le  27  mai), 
le  légat  réussit  sans  peine  à  neutraliser  l'influence 
bâloise  (cf.  Fraknoi,  19-20;  T.  Zegarski,  Païen  und  das 
Baseler  Konzil,  Fribourg,  1910,  p.  65).  Le  règlement  de 


241 


CESA 


RINI 


242 


la  question  dynastique  fut  plus  ardu.  C.  dut  se  rendre 
à  deux  reprises  à  Raab  (Gyôr),  auprès  de  la  reine  mère 
Élisabeth,  mais  les  conditions  du  compromis  qu'il 
proposa  furent  rejetées,  les  unes  par  Élisabeth,  les 
autres  par  la  diète  hongroise  inspirée  par  Jean 
Hunyade.  Il  ne  réussit  à  obtenir  qu'un  armistice  d'un 
an,  avec  la  promesse  de  négociations  directes  entre  les 
deux  parties  rivales  (8  août  1442;  Dlugosz,  769  sq.  ; 
Fraknoi,  21  sq.).  La  mort  subite  d'Élisabeth  trancha 
le  différend. 

Dans  un  autre  domaine  encore,  la  légation  de  C. 
auprès  de  Ladislas  se  révéla  fructueuse  :  par  un  acte 
daté  de  Buda  (22  mars  1443),  Ladislas  reconnut  aux 
Églises  ruthènes  de  rite  oriental  se  trouvant  dans  ses 
États  des  droits  égaux  à  ceux  dont  jouissaient  les 
Églises  de  rite  latin  en  Pologne  et  en  Hongrie  (texte 
dans  M.  Harasiewicz,  Annales  Ecclesiae  Ruthenicae, 
Leopol,  1862,  p.  78  sq.).  C.  avait  eu  une  grande  part  à 
la  concession  de  ce  privilège,  qui  correspond  bien  à  ses 
sentiments  unionistes  (A.  Ziegler,  Die  Union  des 
Konzils  von  Florenz  in  der  russischen  Kirche,  dans  Das 
ôstliche  Christentum,  fasc.  xlv,  Wurtzbourg,  1938, 
p.  114).  Il  se  pourrait  qu'en  automne  1442  il  soit  ren- 
tré en  Italie.  Eubel  (ii,  28,  n.  25a)  le  signale  parmi  les 
membres  présents  à  la  Curie  le  24  octobre. 

Restait  le  problème  principal  :  la  croisade.  Eu- 
gène IV  en  promulgua  la  bulle,  le  1"  janv.  1443  (Ray- 
naldi,  ann.  1443,  n.  14-19;  G.  Hofmann,  Epistolae..., 
n.  261).  Pour  la  rendre  possible,  il  fallait  le  soutien  de 
Venise  et  la  neutralité  de  Vienne.  Afin  d'obtenir  cette 
dernière,  C.  fit  sonder  les  dispositions  de  Frédéric  III 
par  l'entremise  d'Aeneas  Sylvius  Piccolomini,  entré 
depuis  peu  au  service  de  la  cour  autrichienne  (Wol- 
kan,  I,  n.  45,  p.  127);  il  avait  écrit  dans  le  même  sens 
au  chancelier  Kaspar  Schlick.  Il  reçut  en  réponse  une 
invitation,  en  date  du  6  mai,  à  venir  à  la  diète  de 
Presbourg  (de  Schlick,  Wolkan,  ii,  7  sq.  ;  de  l'empe- 
reur, ibid.,  12  sq.).  C.  s'y  rendit  et  y  obtint  la  promesse 
d'un  pacte  de  non-agression  entre  Frédéric  et  Ladislas 
(lorga,  dans  Revue  de  l'Orient  latin,  vu,  80,  83  sq.). 
Une  lettre  de  Piccolomini  à  Jean  Vrunt,  secrétaire  de 
Cologne,  donne  des  détails  sur  ces  tractations  et  sur  le 
rôle  qu'y  joua  C.  (27  mai  1444;  Wolkan,  i,  n.  141, 
p.  320  sq.).  Durant  ce  séjour  (juin  1443),  il  eut  aussi  de 
longues  conversations  avec  Piccolomini,  dans  le  but  de 
le  détacher  du  parti  de  Bâle.  Dans  sa  bulle  de  rétracta- 
tion du  26  avr.  1463  (Fea,  157),  Piccolomini,  devenu 
Pie  II,  et  désireux  de  s'accorder  le  beau  rôle,  donne  à 
ces  conversations  un  relief  qu'elles  n'eurent  pas  au 
moment  même,  si  l'on  en  juge  par  le  contenu  d'une 
lettre  écrite  par  lui,  juste  après  le  passage  de  C.  en 
Autriche,  et  dans  laquelle  il  s'exprime  au  sujet  du  lé- 
gat et  de  sa  croisade  sur  un  ton  hautain  et  dénigreur 
(Wolkan,  i,  n.  63,  p.  165). 

De  Venise,  C.  avait  déjà  obtenu  l'envoi  de  10  000  li- 
vres de  poudre  pour  appro\asionner  l'armée  de  terre 
(8  août  1442;  lorga,  dans  Rev.  de  l'Orient  latin,  vu, 
73).  Mais  il  fallait  une  aide  plus  effective.  N'ayant  pu 
trouver  l'occasion,  comme  il  l'escomptait,  de  se  rendre 
à  Venise,  il  y  suppléa  par  d'abondantes  relations  épis- 
tolaires  (lorga,  ibid.,  73,  79,  note,  94,  398,  409, 
416  sq.).  La  Sérénissime,  en  froid  avec  le  pape,  se  mon- 
trait méfiante  sous  des  dehors  empressés,  mais  le  légat 
lui  promit  qu'elle  obtiendrait  Gallipoli  et  Salonique 
pour  prix  de  son  concours  (Fraknoi,  42,  54;  Lju- 
bitch,  201). 

Ainsi  garanti,  Ladislas  décida  d'ouvrir  les  hostilités. 
Le  22  juin.,  l'armée  des  croisés  se  mit  en  route.  C.  l'ac- 
compagnait (Dlugosz,  779).  Ayant  franchi  le  Danube, 
elle  défit  les  Ottomans  à  Nisch  (3  nov.)  et  entra  victo- 
rieuse à  Sofia  (lettre  de  C.  à  Frédéric  III;  Wolkan, 
I,  281;  L.  Kupelwieser,  Die  Kàmpfe  Ungarns  mit 
den  Osmanen  bis  zur  Schlacht  bei  Mohacs,  Vienne, 


1895,  p.  67-71,  avec  carte  des  opérations  militaires). 
Mais,  malgré  une  seconde  victoire  à  Kounovitsa 
(24  déc.  1443),  les  rigueurs  de  l'hiver  et  les  difficultés 
d'approvisionnement  contraignirent  les  chrétiens  à 
rejoindre  leurs  bases  de  Hongrie.  C.  rentra  à  Buda  le 
2  févr.  1444  (Fraknoi,  39). 

Apprenant  ces  succès  et  convaincu  que  la  croisade 
reprendrait  avec  le  retour  de  la  bonne  saison,  le  pape 
étendit  la  légation  de  C.  à  la  Grèce  «  et  aux  régions 
voisines  et  transmarines  »  (12  févr.  1444;  Theiner, 
op.  infra  cit.,  Slav.,  i,  n.  549;  G.  Hofmann,  Epistolae..., 
n.  274).  Les  récits  et  les  allusions  relatifs  à  un  retour  de 
C.  en  Italie  au  cours  de  sa  légation  ne  s'appuient  sur 
aucun  témoignage  valable.  Par  contre,  Eugène  IV  et 
C.  restaient  en  rapports  étroits  par  messagers  :  Chris- 
tophe, évêque  de  Coron,  Étienne  de  Hongrie,  Gérard  de 
Cologne,  Revenus  de  Liège  (lorga.  Notes...,  ir,  21-22). 

3°  Les  pourparlers  d'Andrinople  et  de  Szeged  (été 
1444).  —  Les  événements  qui  séparent  la  campagne  de 
1443  de  celle  de  1444  ne  sont  pas  rapportés  de  manière 
identique  par  les  historiens.  Il  faut  s'y  arrêter,  car  de  la 
solution  adoptée  dépend  le  bien-fondé  de  la  principale 
accusation  qui  plane  sur  la  mémoire  du  cardinal  légat. 

Jusqu'en  ces  derniers  temps,  l'opinion  commune 
était  la  suivante  :  conseillé  par  ses  alliés  Brankovitch 
et  Hunyade  et  peu  soutenu  par  l'Occident,  Ladislas 
prêta  l'oreille  aux  ouvertures  de  son  ennemi  vaincu. 
Les  pourparlers  aboutirent  à  une  trêve  de  dix  ans, 
conclue  à  Szeged,  le  15  juill.  1444.  Après  quoi,  Mou- 
rad  II  abdiqua,  cédant  le  pouvoir  à  Mahomet  II,  en- 
core mineur.  Mais  C,  adversaire  de  toute  trêve  et  mé- 
content de  n'avoir  pas  été  consulté,  mit  tout  en  jeu 
pour  obtenir  la  dénonciation  de  l'accord  et  la  continua- 
tion de  la  croisade.  Sous  l'effet  de  cette  contrainte  mo- 
rale, Ladislas  reprit  sa  parole  et  ses  armes. 

Ce  récit  classique  des  événements  peut  s'appuyer 
sur  un  ensemble  impressionnant  de  sources  (Bleyer, 
127  sq.)  :  sources  grecques  :  Laonicus  Chalcocondylas, 
Historiarum  libri  decem,  éd.  Bekker,  1.  VI,  Bonn,  1843, 
p.  316-17,  324-25,  dans  Corpus  script,  hist.  Byzant.; 
Doucas,  Historia  Byzantina,  éd.  Bekker,  Bonn,  1834, 
c.  xxxii,  p.  218,  220,  ibid.; —  sources  turques  :  en  par- 
ticulier deux  lettres  de  Mahomet  II,  datées  de  janv. 
1445;  —  sources  chrétiennes  :  Dlugosz,  789  sq.  ; 
Aeneas  Sylvius  Piccolomini,  lettre  à  l'évêque  de  Pas- 
sau,  28  oct.  1445  (Wolkan,  i,  566);  —  message  de  la 
Diète  polonaise  de  Piotrkow  à  Ladislas,  énumérant  les 
conditions  de  l'accord  (26  août  1444;  A.  Sokolowski, 
Codex  epistolaris  saec.  xv,  i,  dans  Monum.  medii  aevi 
historica  res  gestas  Poloniae  illustrantia,  ii-l,  Cracovie, 
1876,  n.  cxxv,  p.  141-42;  —  chronique  du  Bourgui- 
gnon Jean  de  Wavrin,  dont  le  neveu  Walerand,  en  sa 
qualité  de  commandant  de  la  flotte  auxiliaire  bour- 
guignonne, avait  vu  de  ses  propres  yeux  le  document 
scellant  l'accord  conclu  (Wavrin,  p.  41-46).  Tous  les 
auteurs  anciens  et  la  plupart  des  historiens  modernes 
non  polonais  admettent  en  substance  le  même  récit. 
Le  jugement  qu'ils  formulent  contre  C,  responsable 
de  ce  «  parjure  »,  varie  d'après  l'appartenance  confes- 
sionnelle et  nationale  de  ces  auteurs.  Frankl  (p.  42-76) 
en  donne  une  vue  d'ensemble. 

Plusieurs  historiens  polonais  n'admettent  pas  ce 
récit.  D'après  eux,  il  n'y  aurait  eu  aucune  trêve  con- 
clue entre  chrétiens  et  turcs,  tout  au  plus  des  pourpar- 
lers qui  —  exception  faite  de  la  défection  de  Branko- 
vitch —  n'aboutirent  pas  (cf.  A.  Cieszkowski,  Fontes 
rerum  Polonicarum  e  tabulario  reipublicae  Venetae, 
sér.  I,fasc.  n,  Posen,  1890,  p.  122,  n.  6;  A.  Prochaszka, 
Uwagi  krytyczne  o  klesce  warnenskiej ,  «  Observations 
critiques  sur  la  bataille  de  Varna  »,  dans  Rozprawy 
Akademii  Umiejel  nosci,  «  Travaux  de  l'Acad.  des 
sciences  »,  sect.  hist.  et  philos.,  II«  sér.,  xiv,  Cracovie, 
1900,  p.  1-60). 


243 


CESA 


RINI 


244 


Ce  non-lieu  sans  restriction  s'appuie  sur  le  silence 
des  sources  italiennes  capitales  :  le  rapport  vénitien 
(9  sept.  1444)  au  commandant  de  la  flotte  des  Darda- 
nelles, qui  ne  mentionne  que  «  certains  pourparlers  » 
(texte  dansLjubitch,  212)  ;  — le  récit  d'Andréa  de  Pala- 
cio,  d'après  lequel  les  pourparlers  furent  engagés  par 
les  deux  alliés  de  Ladislas,  à  l'insu  de  ce  dernier 
(16  mai  1445;  A.  Lewicki,  Codex  epislolaris  saec.  xr, 
II,  dans  Monum.  medii  aevi  historica  res  gestas  Poloniae 
iltustranlia,  xii,  Cracovie,  1891,  n.  308,  p.  459). 

La  découverte  d'une  nouvelle  source  italienne  a  per- 
mis de  renouveler  cette  question,  sans  réussir  toute- 
fois à  trancher  le  point  central  de  la  controverse.  Il 
s'agit  d'un  groupe  de  lettres  inédites  de  l'humaniste 
Ciriaco  d'Ancona,  de  passage  à  Andrinople  vers  cette 
époque.  En  combinant  cette  source  nouvelle  avec  les 
précédentes,  on  peut  résumer  comme  suit  les  événe- 
ments de  l'été  1444. 

Le  15  avr.  1444,  la  diète  hongroise  se  réunit  à  Buda. 
Le  légat  y  assista  et  y  fit  un  discours  électrisant 
(Frankl,  19,  26;  le  texte  donné  par  AntoniusBonflnius, 
Rerum  Ungaricarum  décades,  déc.  III,  1.  V,  Hanovre, 
1606,  p.  445-46,  est  incertain).  Le  roi  s'engagea  par 
serment  à  reprendre  la  croisade,  à  condition  d'être 
soutenu  par  l'Occident  (lorga.  Noies...,  ni,  108).  C. 
combina  un  plan  de  campagne  :  les  armées  de  terre 
longeraient  le  Danube,  puis  suivraient  le  rivage  de  la 
mer  Noire  jusqu'à  leur  jonction  avec  la  flotte  qui  dé- 
boucherait des  Dardanelles  à  leur  rencontre.  La  cor- 
respondance échangée  entre  C,  l'ambassadeur  Gio- 
vanni De  Reguardatis  et  les  autorités  vénitiennes  en 
mai  et  juin  1444  parlent  de  la  croisade  comme  d'un 
événement  décidé  (cf.  Cieszkowski,  op.  cit.,  91-96,  106- 
113;  Pall,  Ciriaco...,  27,  37). 

Tandis  que  cela  se  passait  au  vu  et  au  su  de  tous, 
Ladislas,  cédant  sans  doute  aux  suggestions  de  Bran- 
kovich  et  de  Hunyade,  crut  devoir  répondre  aux 
avances  turques  sollicitant  des  pourparlers  :  le 
22  avr.  1444,  il  envoya  Stoïka  Gisdanich,  muni  de 
pleins  pouvoirs.  Celui-ci,  accompagné  des  délégués 
serbes  et  transylvains,  rencontra  le  sultan  à  Andri- 
nople et  conclut  avec  lui,  le  12  juin  1444,  une  trêve  de 
dix  ans,  qui  devait  être  ratifiée  par  le  roi.  La  déléga- 
tion des  chrétiens  rentra  alors  en  Hongrie,  accompa- 
gnée d'une  nombreuse  ambassade  turque  (J.  Turoczi, 
Cfironica  Hungarorum,  part.  IV,  c.  xli,  dans  Scrip- 
(ores  rerum  Hung.,  i,  Vienne,  1746);  elle  arriva  à 
Szeged  vers  la  fin  juill.  Ici  les  récits  divergent.  Cer- 
tains voudraient  qu'à  ce  moment  Ladislas  eût  ratifié  le 
traité  conclu  par  son  chargé  de  pouvoirs.  Il  y  aurait 
donc  eu  une  paix  conclue  entre  les  deux  parties,  con- 
formément aux  indications  contenues  dans  la  majorité 
des  sources.  Seule  la  date  devrait  en  être  reportée  du 
15  juill.  à  la  fin  du  même  mois  (voir  les  deux  articles  de 
F.  Pall).  D'autres  estiment  que  tout  ce  que  disent  les 
sources  se  rapporte  à  l'accord  conclu  à  Andrinople 
(cî.  surtout  les  études  de  O.  Halecki). 

Quoi  qu'il  en  soit,  le  4  août  1444,  le  roi  lança  un  ma- 
nifeste annonçant  la  reprise  de  la  croisade  (texte  dans 
Frankl,  48-50;  Cieszkowski,  op.  cit.,  119-25;  Dlugosz, 
794).  Aucune  allusion  n'y  est  faite  à  un  traité  qui 
aurait  été  conclu  ou  ratifié  moins  d'une  semaine  aupa- 
ravant (Becker,  85). 

Du  point  de  vue  de  la  critique  historique,  le  pro- 
blème n'est  donc  pas  résolu.  Néanmoins,  le  revirement 
qu'il  faudrait  admettre  chez  le  roi,  passant  en  moins  de 
huit  jours  de  temps  de  la  ratification  d'une  trêve  à  la 
décision  de  reprendre  les  hostilités,  n'est  psychologi- 
quement explicable  que  pour  un  motif  de  la  plus 
haute  gravité.  Ce  motif  aurait  pu  être  un  événement 
important  (il  n'y  en  eut  aucun),  ou  une  influence 
extérieure,  par  ex.  celle  du  légat,  doublée  ou  non  d'une 
menace  d'excommunication  (Pall,  Ciriaco...,  44). 


Une  autre  hypothèse,  c'est  que  le  roi  aurait,  dès  le 
début,  tenté  de  miser  sur  les  deux  tableaux.  Toutes  les 
négociations  avec  Mourad  furent  menées  dans  le  plus 
grand  secret.  Extérieurement,  Ladislas  poursuivait 
ses  préparatifs  de  croisade.  La  veille  même  de  son  dé- 
part pour  rencontrer  la  délégation  turque  à  Szeged,  il 
écrivit  au  roi  de  Bosnie  qu'il  «  était  sur  le  point  de 
partir  pour  détruire  ces  maudits  Turcs  »  (24  juill.  1444; 
lorga,  Notes...,  u,  407). 

Il  est  certain  que  des  chrétiens  considéraient  alors 
avec  assez  de  légèreté  une  parole  donnée  à  un  infidèle, 
surtout  lorsqu'ils  étaient  liés  par  ailleurs  envers 
d'autres  chrétiens.  Faut-il  alors  supposer  que  le  roi 
Ladislas,  d'accord  ou  non  avec  C,  aurait  dès  le  début 
joué  la  comédie,  engagé  et  mené  à  terme  des  pourpar- 
lers qu'il  était  décidé  à  rompre  dès  le  lendemain?  Le 
légat  était  un  fin  diplomate,  mais  sa  vie  antérieure 
montre  qu'il  a  toujours  su  respecter  la  frontière  sépa- 
rant la  finesse  de  la  fausseté. 

Si  Ladislas  a  joué  un  double  jeu  (ce  qui  est  loin 
d'être  prouvé),  C.  n'en  fut  pas  responsable.  Rien  ne 
prouve  qu'il  avait  eu  connaissance  des  pourparlers  en 
cours.  L'insinuation  de  Dlugosz  (col.  790)  ne  s'appuie 
sur  rien.  Autre  chose  est  qu'ayant  appris  la  conclu- 
sion d'un  accord  désastreux  pour  la  politique  chré- 
tienne en  Orient,  le  légat  ait  considéré  un  tel  accord 
comme  invalide  et  ait  absous  le  roi  de  son  serment.  A 
en  juger  par  les  reproches  contenus  dans  une  lettre 
adressée  en  juin  1445  par  la  reine  Sophie,  mère  de  La- 
dislas, à  la  diète  de  Hongrie,  la  thèse  de  la  rupture  y 
aura  trouvé  de  chauds  partisans  (cf.  Sokolowski, 
op.  et  toc.  cit.,  ii-l,  Cracovie,  1876,  p.  5;  Pall,  Varna, 
12).  Bien  entendu  les  prétextes  invoqués  à  cette  occa- 
sion pour  rejeter  la  responsabilité  de  la  rupture  sur  les 
infidèles,  et  dont  Dlugosz  (col.  793)  se  fait  l'écho,  ne 
tiennent  pas. 

4"  La  croisade  de  Varna.  —  Décidé  à  reprendre  les 
armes,  Ladislas  fut  encouragé  par  les  nouvelles  favo- 
rables que  C.  venait  de  recevoir  au  sujet  de  la  flotte 
chrétienne  croisant  dans  les  Dardanelles  et  par  une 
missive  du  basileus  Jean  VIII  Paléologue  le  suppliant 
de  ne  pas  déposer  les  armes  et  lui  promettant  le  sou- 
tien des  forces  byzantines  (texte  dans  Dlugosz,  790; 
cf.  O.  Halecki,  La  Pologne  et  l'Empire  byzantin,  dans 
Byzantion,  vu,  1932,  p.  64-65;  F.  Dôlger,  dans  Byzanl. 
Zeitschr.,  1932,  p.  439-40,  tient  cette  lettre  pour 
inauthentique). 

La  guerre  fut  donc  rallumée  (opérations  dans  Ku- 
pelwieser,  op.  cit.,  83).  Mais  le  retard  consécutif  aux 
négociations,  la  défection  de  Brankovitch,  l'incompé- 
tence du  commandement  de  la  flotte  alliée,  et  l'aide 
accordée  par  les  Génois  à  la  flotte  ottomane  expliquent 
le  désastre  qui  frappa  l'armée  chrétienne  à  Varna 
(10  nov.  1444). 

S'étant  heurtée  devant  les  murs  de  cette  ville  à  des 
forces  turques  très  supérieures  en  nombre,  l'armée 
chrétienne  accepta  la  bataille,  malgré  l'avis  du  légat 
qui  conseillait  de  se  renfermer  dans  les  murs  de  la  ville. 
Sur  la  bataille  de  Varna  (sources  et  études  straté- 
giques), voir  les  ouvrages  mentionnés  dans  Pastor,  i. 
335  et  Becker,  86  :  surtout  H.  Zeissberg,  Analekten  zur 
Geschichte  des  xv.  Jahrhunderts,  ii,  Erinnerungen  an 
die  Schlacht  bei  Warna,  dans  Zeitschr.  fur  die  oesterr. 
Gymnasien,  xxii«  année,  1871,  p.  81-114.  Le  détache- 
ment commandé  par  C.  et  portant  la  bannière  de 
l'Église  occupait  une  position  de  choc  à  l'aile  droite.  Il 
fut  bousculé  dès  le  premier  engagement.  Quoique 
blessé,  le  légat  accourut  alors  au  centre  de  la  mêlée 
pour  défendre  l'étendard  de  S.  Ladislas.  C'est  là  qu'on 
le  vit  pour  la  dernière  fois.  Nul  ne  sut  jamais  ce  qu'il 
devint  (Andréas  Palacius  de  Palacio,  Litterae  de  clade 
Varnensi  ad  Ludovicum  cardinalem,  éd.  A.  Lewicki, 
op.  infra  cit.,  n.  308,  p.  459-69). 


245 


CESARINI 


246 


Les  bruits  les  plus  contradictoires  coururent  :  le  lé- 
gat aurait  été  tué  dans  la  fuite  (Laonicus  Chalcocon- 
dylas,  Historiarum  de  origine  atque  rébus  gestis  Turco- 
rum  et  imperii  Graecorum  libri  X,  Paris,  1650,  p.  337); 
achevé  par  un  passeur  valaque  tandis  qu'il  se  débat- 
tait dans  les  eaux  du  Danube  (Dlugosz,  810);  tué  par 
des  fuyards  de  sa  propre  armée  (Piccolomini,  dans 
Wolkan,  i,  538,  567).  Un  autre  récit  voudrait  qu'il  ait 
été  fait  prisonnier,  conduit  devant  le  sultan  et  soumis 
à  de  cruelles  tortures  pour  lui  faire  abjurer  la  foi; 
ainsi  il  serait  mort  martyr  (récit  de  Gilles  Charlier, 
doyen  de  Cambrai,  qui  se  prétendit  témoin  oculaire; 
cf.  Baluze,  Miscellanea,  ui,  Paris,  1680,  p.  301).  Tous 
ces  récits  sont  dépourvus  de  toute  garantie. 

On  raconta  même  qu'il  était  encore  vivant  en  Va- 
lachie,  ainsi  que  le  roi  Ladislas,  disparu  comme  lui,  et 
qu'ils  expiaient  dans  un  ermitage  le  parjure  dont  ils 
étaient  coupables.  Ce  bruit  ayant  circulé  à  Rome,  le 
pape  envoya  à  Ladislas  et  au  voiévode  de  Valachie  un 
message  demandant  des  renseignements  et  une  en- 
quête (A.  Lewicki,  Codex  epistolaris  saec.  xr,  ii,  dans 
Monum.  medii  aevi  hisiorica  res  gestas  Poloniae  illus- 
trantia,  xii,  Cracovie,  1891,  n.  304-05,  p.  452-53). 

La  nouvelle  de  sa  mort  ne  parvint  à  Rome  que  le 
25  juin.  1445;  le  lendemain  un  service  funèbre  fut 
célébré  pour  sa  mémoire  par  le  Sacré  Collège  (Eubel, 
II,  30,  n.  72-73).  Son  oraison  funèbre  fut  prononcée 
par  le  Pogge,  dans  le  style  ampoulé  du  temps  (texte 
dans  A.  Mai,  Spicil.  Romanum,  x,  Rome,  1844, 
p.  374-84). 

V.  Portrait.  —  Pour  juger  équitablement  Julien 
Cesarini,  il  faut  distinguer  le  caractère  de  l'homme  et 
l'attitude  du  théologien. 

Même  en  un  siècle  aussi  fécond  en  éloges  dithyram- 
biques, même  en  faisant  la  part  des  exagérations  et 
des  clichés,  il  est  rare  de  rencontrer  une  telle  unanimité 
à  reconnaître  chez  un  homme  un  si  bel  ensemble  de 
qualités  humaines  et  de  vertus  chrétiennes. 

Le  plus  beau  portrait  psj'chologique  de  G.  est  sans 
doute  celui  de  son  ami  Traversari  dans  sa  lettre  ex  à 
l'évêque  de  Cervia  (éd.  Mehus,  col.  141-42).  Le  Pogge 
dans  son  éloge  funèbre  et  Vespasiano  qui  l'avait  ap- 
proché à  Florence  sont  aussi  très  louangeurs.  De  même 
Aeneas  Silvius  Piccolomini  ne  tarit  pas  d'éloges  à  son 
endroit  (voir  lettre  clxvii  au  duc  de  Milan;  Wolkan, 
I,  490).  Jean  de  Ségovie,  qui  se  trouvait  pourtant  alors 
dans  le  camp  opposé  au  sien,  le  qualifie  de  homo 
indeviabilis  et  inflexibilis  (M.  C,  m,  688;  D.  RA., 
xv-2,  n.  350,  p.  760).  Le  cardinal  Branda  avait  cou- 
tume de  dire  que  si  toute  l'Église  venait  à  se  corrom- 
pre, lui  seul  suffirait  à  en  donner  une  image  dans  sa 
pureté  primitive.  Il  entretenait  sa  pureté  de  conscience 
par  une  confession  quotidienne.  Guiraud  (p.  318)  a 
rassemblé  une  belle  collection  de  détails  sur  sa  piété, 
son  esprit  de  mortification,  sa  charité.  Cette  dernière 
était  proverbiale  :  il  lui  arrivait  de  passer  une  journée 
entière  à  visiter  les  malades;  même  s'il  s'agissait  d'un 
simple  palefrenier  ou  d'un  gâte-sauce,  ses  domestiques 
malades  devaient  recevoir  deux  fois  par  jour  la  visite 
du  médecin.  Se  souvenant  de  ses  débuts  difficiles,  il 
aidait  volontiers  les  étudiants  pauvres  en  payant  leurs 
études  à  Pérouse,  Bologne  ou  Sienne. 

Toutes  ces  belles  qualités  étaient  rehaussées  par  un 
extérieur  attrayant  et  un  tact  sachant  allier  la  simpli- 
cité des  rapports  privés  avec  le  sens  de  la  grandeur  due 
à  son  rang.  A  en  juger  par  une  médaille  commémora- 
tive  dont  le  seul  exemplaire  connu  est  au  British 
Muséum  (reprod.  dans  Becker,  frontispice;  descrip- 
tion, ibid.,  p.  13-14,  note  27),  c'était  un  homme  aux 
traits  doux  et  réguliers. 

C.  n'était  pas  riche  et  ne  le  devint  jamais.  Il  ne  pro- 
fita pas  de  ses  hautes  fonctions  pour  s'enrichir;  il  trou- 
vait l'argent  de  ses  aumônes  en  renonçant  au  luxe  de 


la  table  et  en  vendant  les  doubles  de  sa  bibliothèque. 
Ses  contemporains  ont  pourtant  exagéré  son  déta- 
chement, en  affirmant  qu'à  part  l'évêché  de  Grosseto  il 
ne  posséda  aucun  bénéfice.  Il  savait  les  demander  et 
les  accepter  avec  modération  ;  ses  plaintes  ne  sont  pas 
l'expression  d'un  désir  de  lucre  mais  de  réelles  diffi- 
cultés à  subvenir  au  train  d'une  maison  qui  ne  comp- 
tait que  30  personnes  et  18  mules.  Le  fonctionnaire  de 
la  Curie  qui  rédigea,  vers  1436,  un  plan  destiné  à  cir- 
convenir le  légat  alors  à  Bâle  et  à  payer  son  adhésion 
au  parti  pontifical  par  l'octroi  de  quelque  bon  bénéfice 
(C.  B.,  I,  436-37)  témoigne  d'une  méconnaissance  de 
son  caractère. 

Pas  assez  riche  pour  être  mécène,  il  comptait  pour- 
tant parmi  les  meilleurs  soutiens  de  l'humanisme  nais- 
sant du  Quattrocento.  Chez  les  Latins,  ses  modèles  pré- 
férés étaient  Cicéron,  S.  Augustin  et  Lactance  (Voigt, 
Aeneas  Sylvius,  i,  216).  Il  avait  reçu  des  leçons  de  grec 
de  Traversari  et  se  fit  offrir  par  lui,  à  l'occasion  de  sa 
promotion  cardinalice,  la  traduction  d'une  Vie  de  S.  Gré- 
goire de  Nazianze  (Epist.,  lxiii,  cccv  et  dcccxxxvii, 
101,  396,  959;  cf.  Guiraud,  140).  Il  emprunta  encore  à 
Traversari  diverses  traductions,  dont  un  S.  Jean 
Chrysostome,  que  le  camaldule  faisait  recopier  par 
deux  moines  de  Ste-Marie-des-Anges,  Michel  et  Nico- 
las (Epist.,  ccxxix,  cDxcviii,  cdxcix,  300,  616,  617). 
Il  profita  du  séjour  à  Bâle  de  son  ami  helléniste  pour 
parfaire  sa  connaissance  du  grec  dans  un  «  Boèce  grec 
et  latin  »  (ibid.,  cdxcix,  617).  Un  autre  traducteur, 
Lapo  da  Castiglionchio,  lui  traduisit  les  Vies  d'Aratus 
et  de  Pélopidas  par  Plutarque  (Traversari,  Epist., 
CMXLviii,  1117;  Guiraud,  149,  255).  Léonard  l'Arétin 
lui  dédia  une  histoire  de  la  guerre  contre  les  Goths 
(Mancini,  177, 191).  C.  profitait  de  ses  déplacements  en 
pays  étrangers  pour  acquérir,  à  son  compte  ou  à  celui 
de  ses  amis  comme  le  Pogge  et  Niccolo  Niccoli,  des 
livres  ou  des  manuscrits  anciens  dont  il  avait  la  pas- 
sion (G.  Voigt,  Die  Wiederbelebung  des  klassisctien 
Altertums,  3«  éd.,  i,  Berlin,  1893,  p.  234,  249,  298). 
Pour  tous  les  frais  de  transport  de  livres,  il  avait  conclu 
un  arrangement  avec  la  banque  de  Médicis  (Traver- 
sari, Epist.,  cDxcviii,  DcccxLviii,  616,  977).  A  partir 
de  1438,  l'humaniste  Giovanni  Tortelli  fit  partie  de  sa 
maison  (cf.  Mancini,  lac.  infra  cit.).  A  Florence,  C. 
compta  parmi  le  cercle  d'humanistes  réunis  en  cette 
ville  à  l'occasion  du  concile.  Par  l'entremise  de  Bessa- 
rion  il  entra  en  relations  avec  des  lettrés  byzantins.  Il 
apprit  aussi  l'hébreu  avec  Gianazzo  Manetti  et  Vespa- 
siano rapporte  (i,  172)  qu'il  gagna  à  la  foi  chrétienne 
et  baptisa  de  ses  propres  mains  un  autre  membre  de 
ce  cercle  de  lettrés,  le  médecin  Israélite  Giovanni 
Agnolo. 

Il  s'intéressait  aussi  aux  choses  rares  et  curieuses. 
Peu  avant  la  fin  de  sa  vie,  il  fit  expédier  des  Balkans  à 
Eugène  IV  un  dromadaire  capable  d'abattre  100  milles 
en  un  jour  (Attichy,  121  ;  Mancini,  201). 

Quoi  qu'on  en  ait  dit,  il  ne  semble  pas  qu'un 
reproche  sérieux  puisse  être  adressé  à  son  attitude 
extérieure.  En  vrai  juriste  de  son  époque,  ancien  élève 
de  Bologne  et  de  Padoue,  C.  ne  pouvait  être  qu'un 
adhérent  convaincu  de  la  théorie  conciliaire,  adver- 
saire de  tout  curialisme.  Il  était  persuadé  que,  dans  le 
conflit  entre  Rome  et  Bâle,  le  pape  défendait  une 
position  intenable  et  il  croyait  agir  dans  l'intérêt  supé- 
rieur de  l'Église  en  le  suppliant  de  modifier  son  atti- 
tude. Et  il  ne  se  gênait  pas  pour  le  lui  dire  (par  ex. 
lettre  du  5  juin  1432;  M.  C,  ii,  209).  Mais  il  n'était  pas 
partisan  d'une  politique  de  coups  d'épingles.  D'accord 
pour  combattre  tout  ce  qui  pouvait  être  à  l'origine 
d'abus,  il  voulait  que  les  mesures  prises  dans  le  cadre 
d'une  rejormatio  capitis  tinssent  compte  des  exigences 
de  l'équité  (provision  à  assurer  en  échange  de  la  sup- 
pression des  annales),  et  s'opposait  à  des  projets  dont 


247 


CESARINI 


248 


le  seul  résultat  eût  été  d'attenter  à  la  dignité  du  Siège 
apostolique  sans  aucun  profit  pour  la  réforme  (pou- 
voirs de  légat  a  lalere  proposés  pour  l'ambassade 
conciliaire  en  France).  Lorsque  l'expérience  lui  eut 
ouvert  les  yeux,  en  toute  loyauté  il  ne  s'obstina  pas  et 
se  rallia  consciemment  à  une  tlièse  qu'il  avait  d'abord 
combattue.  Ainsi  qu'il  l'expliqua  plus  tard  à  Picco- 
lomini,  "  c'est  le  privilège  de  l'être  libre  que  de  pou- 
voir abandonner  l'erreur  pour  la  vérité  »  (Fea,  157-58). 

Œuvres.  —  La  trop  courte  vie  de  C,  accaparée  par  les 
fonctions  extérieures,  ne  lui  laissa  pas  le  temps  de  produire 
d'œuvres  importantes.  Les  écrits  cfu'il  composa  à  l'occasion 
des  travaux  conciliaires  (discours  de  controverse  théologique 
ou  d'apparat)  ont  été  signalés  à  leur  place  au  cours  de  cet 
article.  En  dehors  d'eux,  il  ne  reste  de  lui  qu'une  abondante 
correspondance  (aucun  inventaire  ni  édition  d'ensemble). 

Sources.  —  Aeneas  Sylvius  Piccolomini  (Pie  II),  Opéra 
omnia,  Bâle,  1551,  p.  3-81,  115-24.  —  W.  Altmann,  Die 
Urkunden  Kaiser  Sigmunds,  1410-1437,  Innsbruck,  1896- 
1900,  2  vol.,  dans  Regesta  Imperii,  xi.  —  François  Baix, 
La  Chambre  apostolique  et  les  «  Libri  annatarum  »  de 
Martin  V  (1417-1431),  vol.  i,  Bruxelles-Rome,  1947, 
p.  xcviii,  dans  Analecta  Vaticano-Belgica,  xiv.  —  E.  Cecco- 
ni,  Studi  storici  sul  concilio  di  Firenze,  i,  Florence,  1869.  — 
E.  Celani,  Le  pergamene  delV  archivio  Sforza-Cesarini,  dans 
Arch.  délia  Soc.  rom.  di  storia  patria,  xv,  1892,  p.  238-41.  — 
Chevalier,  B.  B.,  844.  —  Concilium  Basiliense.  Studien  und 
Quellen  zur  Geschichte  des  Concils  von  Basel,  éd.  par  la 
Historische  und  antiquarische  Gesellschaft  uon  Basel,  Bâle, 
1896-1936,  8  vol.  (sigle  :  C.  B.).  Comprend  diverses  sources, 
dont  la  principale  est  le  Protocole  du  concile  d'après  le 
manuale  du  notaire  Pierre  Brunei,  éd.  J.  Haller  (vol.  ii-iv). 
—  Bartolommeo  di  Michèle  del  Corazza,  Diario  Fiorentino, 
ann.  1405-1438,  dans  Arch.  stor.  ital.,  V»  sér.,  xiv,  1894, 
p.  282,  296-97.  —  Deutsche  Reichstagsakten,  vol.  ix-xii,  xv- 
XVI,  Gotha,  1898-1935  (sigle  :  D.  RA.).  —  ,1.  Dlugosz, 
Historia  Polonica,  éd.  Leipzig  1711,  vol.  i,  1.  XII,  col.  768- 
810.  —  Eubel,  I,  34,  49;  ii,  6,  27-29,  71,  75,  76.  —  Fabricius, 
Bibliotheca  latina  mediae  et  infimae  aetatis,  vi,  Padoue, 
1754,  p.  16,  18.  —  C.  Fea,  Plus  II  Pont,  majcimus  a  calum- 
niis  vindicatus,  Rome,  1823.  —  H.  Giustiniani,  Acta  sacri 
oeciimenici  concilii  Florentini,  Rome,  1638.  —  Hardouin, 
Acta  concilioruni,  viii-ix,  Paris,  1714.  —  G.  Hofmann, 
Concilium  Florentinum  :  i,  Erstes  Gutachten  der  Lateiner 
ùber  das  Fegfeuer,  dans  Orientalia  christiana  periodica, 
XVI,  1929;  III,  Denkschrift  des  Kardinals  Cesarini  tiber  das 
Symbolum,  ibid.,  xxii,  1931,  p.  5-62;  Briefe  eines  pâpstli- 
chen  Nunzius  in  London  ûber  das  Konzil  von  Florenz,  ibid., 
V,  1939;  Epistolae  ponlificiae  ad  concilium  Florentinum 
spectantes,  Rome,  1940-46,  3  vol.  —  N.  lorga.  Notes  et 
extraits  pour  servir  à  l'hist.  des  croisades  du  XV'  s.,  vol.  ii, 
ni,  Paris,  1899-1902.  Avaient  paru  en  partie  dans  Revue  de 
l'Orient  latin,  iv,  1896,  p.  25-118,  226-320,  503-622; 
v,  1897,  p.  108-212,  311-88;  vi,  1898,  p.  50-143,  370-434; 
VII,  1899-1900,  p.  .38-107,  375-429;  viii,  1900-01,  p.  1-115, 
267-310.  —  S.  Ljubid,  Listine  o  odnosajih  izmedyn  juznoga 
slavenstva  i  Mletacke  Republike,  «  Documents  sur  les  rela- 
tions entre  les  Slaves  du  Sud  et  la  république  de  Venise  », 
IX,  183  sq.,  192  sq.,  212,  216,  dans  Monumenta  spectantia 
historiam  Slavorum  meridionalium,  xxi,  Zagreb,  1890.  — 
Mansi,  xxix-xxxi.  —  E.  Martène  et  U.  Durand,  Veterum 
scriptorum  et  monumentorum...  amplissima  collectio,  vin, 
Paris,  1733.  —  Monumenta  conciliorum  generalium  s.  XV, 
'4  vol.  (sigle  M.  C).  En  particulier  :  t.  i,  Jean  de  Raguse, 
Inititim  et  prosecutio  Basiliensis  concilii,  éd.  Palacky; 
t.  ii-iii,  .Jean  de  Ségovie,  Historia  gestorum  generalis 
synodi  Basiliensis.  —  G.  Mliller,  Documenli  sulle  relazioni 
délie  città  Toscane  colV  Oriente  cristiano  e  coi  Turchi,  Flo- 
rence, 1879.  —  L.  Petit,  Documents  relatifs  au  concile  de 
Florence,  i,  La  question  du  purgatoire  à  Florence;  ii.  Œuvres 
anticonciliaires  de  Marc  d'Êphése  (cf.  R.  GralTm-F.  Nau, 
Patrologia  orientalis,  t.  xv-1,  xvii-2),  Paris,  1920,  1923.  — 
Poggius  Florentinus  (Bracciolini),  Oratio  in  funere  Rev. 
card.  D.  Jul.  Cesarini  Romani,  éd.  Mai,  dans  Spicilegium 
Romanum,  x,  Rome,  1844,  p.  374-84.  —  Repertorium 
Germanicum,  Pontifikat  Eugens  IV.,  vol.  i,  par  R.  Arnold, 
Berlin,  1897.  —  Ricordanze  di  Messer  Gimignano  Inghirami, 
dans  Arch.  stor.  ital.,  V  sér.,  i,  1888-1,  p.  20-68.  —  Marino 
Sanuto,  Vite  dei  duchi  di  Venezia,  dans  Muratori,  Rerum 
ital.  scriptores,  anc.  éd.,  xxii,  1053-56,  1103,  1109-13.  — 
S.  Syropoulos,'l<rrop(a  Tfjs  tv  <I>XcopEVTi<y  cruv65ou,éd.  R.Creygh- 


ton,  Vera  historia  unionis  non  verae  inter  latinos  et  graecos, 
sive  concilii  Florentini  exactissima  narratio,  La  Haye,  1660. 

—  A.  Theiner,  Vetera  monumenta  historiea  Hungariam 
sacram  illustrantia,  Rome,  1860,  p.  206-12,  272;  Vetera 
monumenta  Slauorum  meridionalium  historiam  illustrantia, 

I,  Rome,  1863,  n.  547,  549-551.  —  Ambrosius  Traversari, 
Epistulae  et  orationes,  éd.  Mehus,  Florence,  1759.  —  Vespa- 
siano  Fiorentino  (da  Bisticcl),  Vile  di  uomini  illuslri,  éd. 
Mai,  dans  Spicilegium  Romanum,  r,  Rome,  1839,  p.  166-84; 
éd.  Frati,  i,  Bologne,  1892,  p.  109  sq.  — •  Jehan  de  Wa\Tin, 
Recueil  des  Croniques  et  anchiennes  istories  de  la  Grant 
Bretaigne  a  présent  nommé  Engleterre,  éd.  Hardy,  dans 
Rerum  Britannicarum  medii  aevi  scriptores,  vol.  v,  Londres, 
1891,  p.  16-57.  —  R.  Wolkan,  Der  Briefwechsel  des  Eneas 
Silvius  Piccolomini,  i,  Briefe  aus  der  Laienzeit  (1431-144-ï), 
2  vol.,  dans  Fontes  rerum  Austriaccwum.  Diplomalarin  et 
acta,  Lxi,  Lxii,  Vienne,  1909. 

Travaux.  —  La  seule  biographie  moderne  de  Cesarini 
est  formée  par  un  ensemble  de  deux  thèses,  se  complétant 
l'une  l'autre  :  H.  Fechner,  Giuliano  Cesarini  bis  zu  seiner 
Ankunft  in  Basel,  diss.  Marbourg,  Berlin,  1907;  P.  Becker, 
Giuliano  Cesarini,  diss.  Kallmunz,  1935.  — •  Voir  en  outre  : 
F.  Abert,  Papst  Eugen  IV.,  Mayence,  1884  (voir  sur  cet 
ouvrage  Becker,  op.  cit.,  p.  19,  note  13).  —  G.  Andres, 
Catalogo  de  codici  manoscritti  délia  famiglia  Capilupi  di 
Mantova,  Mantoue,  1797,  p.  27,  100-16.  —  D.  Angyal, 
Le  traité  de  paix  de  Szeged  avec  les  Turcs  (1444),  dans 
Revue  de  Hongrie,  vu,  1911,  p.  254-68,  374-92.  —  Ann. 
pont.,  1932,  p.  130.  —  B.  Arle,  Beitràge  zur  Geschichte  des 
Kardinalkollegiums  in  der  Zeit  vom  Konslanxer  bis  Triden- 
tiner  Konzil,  diss.  Bonn.,  1904,  p.  35  sq.  —  J.  Aschbach, 
Geschichte  Kaiser  Sigmunds,  Hambourg,  1838-45,  4  vol.  — 
L.  d'Attichy,  Flores  hist.  S.  R.  E.  cardinalium,  ii,  Paris, 
1660,  p.  105-22.  —  J.  Bleyer,  Einige  Bemerkungen  ûber 
den  Szegediner  Friedensschluss  und  die  Schlacht  bei  Warna, 
dans  Mitt.  des  Instituts  fur  oesterreich.  Gesch.,  xxv,  1904, 
p.  127-37.  —  E.  Bursche,  Die  Reformarbeiten  des  Basler 
Konzils,  diss.  Bâle,  1921.  L.  Cardella,  Memorie  storiche 
de'  cardinali  délia  santa  romana  Chiesa,  III,  v-2,  Rome, 
1793.  —  M.  Catalanus,  De  oita  et  scriptis  Dominici  Capra- 
nicae  cardinalis,  Fermo,  1793.  —  A.  Ciaconius-Oldoinus, 
Vilae  et  res  gestae  Pont.  Romcui.  et  S.  R.  E.  cardinalium, 

II,  1677,  p.  861-63.  —  A.  Dini-Traversari,  Ambrogio 
Traversari  e  i  suoi  tempi,  Florence,  1912.  —  R.  Durst, 
Kônigin  Elisabeth  von  Ungarn  und  ihre  Beziehungen  zu 
Oesterreich  (1439-1442),  Gymnasialprogramm  Bohmisch- 
Leipa,  1907-10.  — •  G.  J.  Eggs,  Purpura  docta,  ii,  Munich, 
1714,  p.  82-103.  —  F.  Fiorentino,  Il  risorgimento  filosofico 
nel  Quattrocento,  Naples,  1885,  p.  13  sq.  —  V.  Fraknoi, 
Cescœini  Julian  bibornok  magyarorszagi  papai  kôvel  elete, 
»  Vie  du  cardinal  Cesarini,  légat  pontifical  en  Hongrie  », 
Budapest,  1890.  —  P.  Frankl,  Der  Friede  von  Szegedin  und 
die  Geschichte  seines  Bruches,  diss.  Berne,  1903.  —  A.  Gott- 
lob,  Aus  den  Rechnungsbùcher  Eugens  IV.,  zur  Geschichte 
des  Florentinums,  dans  Hist.  Jahrbuch,  xiv,  1893,  p.  39-66. 

—  A.  Gottschalk,  Kaiser  Sigmund  als  Vermittler  zwischen 
Papst  und  Konzil,  diss.  Erlangen,  1911.  — •  J.  Guiraud, 
L'Église  et  les  origines  de  la  Renaissance,  Paris,  1902.  — • 
O.  Halecki,  La  croisade  de  Varna,  dans  Bull,  of  the  Intern. 
Committee  of  hist.  sciences,  vol.  xi-4,  1939,  p.  485-95; 
The  crusade  of  Vcu-na,  a  discussion  of  controversial  problems, 
New-York,  1943,  dans  Polish  Institute  Séries,  n.  3.  — 
J.  Haller,  Die  Kirchenreform  auf  dem  Konzil  zu  Basel, 
dans  Korrespondenzblatt  des  Gesammtvereins  der  deutschen 
Geschichts-und  Altertumsvereine,  Berlin,  1910.  —  Hefele- 
Leclercq,  vu,  667  sq.  —  .1.  Hergenrôther,  E.  S.  Kardinal 
Julian  Cesarini,  dans  Wûrzburger  kath.  Wochenschrift, 
éd.  F.  X.  Himmelstein,  3'  ann.,  v,  Wurtzbourg,  1856,  n.  24, 
p.  369-76;  n.  25,  p.  387-91.  —  G.  Hofmann,  Die  Kon- 
zilsarbeit  in  Ferrara,  dans  Orientalia  christiana  periodica, 
ni,  1937,  p.  110-40,  403-55;  Die  Konzilsarbeit  in  Florenz, 
ibid.,  IV,  1938,  157-88,  373-422.  —  W.  von  Hofmann, 
Forschungen  zur  Geschichte  der  kurialen  Behorden  vom 
Schisma  bis  zur  Reformation,  ii,  Rome,  1914,  p.  91,  n.  8, 
dans  J5i6î.  des  kgl.  preuss.  hist.  Instituts  in  Rom,  xii-xiii.  — 
A.  Huber,  Die  Kriege  zwischen  Ungarn  und  die  Tùrken, 
1440-1443,  dans  Arch.  fur  oesterreich.  Gesch.,  lxviii,  1886, 
p.  159.  —  R.  Jenkins,  The  last  Crusader,  or  the  life  and 
times  of  cardinal  Julian  of  the  house  of  Cesarini,  Londres, 
1861.  —  M.  Koch,  Die  Kirchenpolitik  Kônig  Sigmunds 
wàhrend  seines  Romzuges,  1431-1433,  diss.  Leipzig,  1906.  — 
E.  Kônig,  Kardinal  Giordano  Orsini,  dans  Studien  und 
Darstellungen  aus  dem  Gebiet  der  Gesch.,  vol.  v-1,  1906, 


249 


CESARINI  — 


CÉSAROPOLIS 


250 


p.  62,  69-71,  83,  116.  —  P.  Lazarus,  Dos  Baseler  Konzil. 
Seine  Benijuntj  und  Leitiing,  seine  Gliederung  und  Behôr- 
densorganisdtion,  dans  Hislorische  Sludien,  vol.  c,  Berlin, 
1912.  —  G.  Mancini,  Giovanni  Tortelli,  dans  Arch.  stor. 
ifal.,  LXXviii-2,  1920,  p.  161-268.  —  F.  Palacky,  Ge- 
schichte  von  Bôhmen,  m-iv,  Prague,  1845-60.  —  F.  Pall, 
Ciriaco  d'Ancona  e  la  Crociata  contra  i  Turchi,  dans  Ac. 
roumaine,  Bull,  de  la  sect.  hist.,  xx,  1938,  p.  9-68;  Autour 
de  la  croisade  de  Varna  ;  la  question  de  la  paix  de  Szeged  et 
de  sa  rupture  (1444),  ibid.,  xxii,  1941,  p.  144-58.  — 
Pastor,  I,  875.  —  G.  Pérouse,  Le  cardinal  Louis  Aleman, 
Paris,  1904.  —  G.  Pray,  Annales  rerum  Hungariae,  ii, 
358  sq.;  m,  1-31,  Vienne,  1764-66.  —  Raynaldi,  Annales 
ecclesiastici,  éd.  Mansi,  t.  ix,  1423-1453,  Lucques,  1752.  — 
R.  Thommen,  Basel  und  dos  Baseler  Konzil,  dans  Baseler 
Jahrbuch,  1895.  —  G.  Tiraboschi,  Storia  délia  letteratura 
italiana,  vol.  vi-1,  Florence,  1807,  p.  274  sq.  —  P.  de  Toeth, 
Il  beato  card.  Nicolo  Albergati  e  i  suoi  tempi,  1375-1444, 
Acquapendente,  1934,  2  vol.  —  J.  Toussaint,  Les  relations 
diplomatiques  de  Philippe  le  Bon  avec  le  concile  de  Bâle 
(1431-1449),  Louvain,  1942.  —  F.  Ughelli,  ni,  671-80.  — 
N.  Valois,  Le  pape  et  le  concile  (1418-1450),  Paris,  1909, 
2  vol.  —  E.  Vansteenberghe,  Le  cardinal  Nicolas  de  Cues 
(1401-1464),  Paris,  1920.  —  H.  Vast,  Le  cardinal  Bessarion 
(1403-1472),  Paris,  1878.  —  G.  Voigt,  Die  Wiederbelebung 
des  klassischen  Altertums,  3»  éd.,  Berlin,  1893,  i,  234,  249, 
298;  II,  24,  30;  Enea  Silvio  de'  Piceolomini  als  Papst 
Pius  IL  und  sein  Zeitalter,  vol.  i,  Berlin,  1856.  —  R.  Zwôl- 
fer,  Die  Reform  der  Kirchenverfassung  auf  dem  Konzil  zu 
Basel,  dans  Basler  Zeitschrift  fur  Geschichte  und  Alter- 
tumskunde,  xxviii  et  xxix  (1929  et  1930). 

Roger  MoLs. 

3.  CESARINI  (Julien)  junior  (1466-1510), 
petit-neveu  du  précédent.  Fils  de  Gabriel  Cesarini  et 
de  Giulina  (ou  Godina)  Colonna.  Né  à  Rome,  le 
20  mai  1466.  Cette  date  est  prouvée  par  une  inscrip- 
tion commémorative  de  la  diaeta  slatuaria  dédicacée  le 
jour  anniversaire  de  ses  trente-quatre  ans  (Lanciani, 
Storia  degli  scavi,  i,  133).  Dès  1484,  il  est  conservatore 
di  Roma  et  se  voit  confier  la  seconde  garde  du  Vatican 
durant  le  conclave  d'Innocent  VIII.  Entre  autres 
postes  honorifiques,  il  occupa  ceux  de  protonotaire 
apostolique,  chanoine  de  S. -Pierre  au  Vatican  (proba- 
blement depuis  1490),  43«  abbé  de  S. -Michel  de  Cuxa 
(dioc.  de  Perpignan),  d'archiprêtre  de  Ste-Marie- 
Majeure  (début  1503);  il  obtint  aussi  sous  Jules  II 
l'abbaye  de  Nonantule,  dont  les  revenus  étaient  esti- 
més à  1  600  florins  d'or. 

Alexandre  VI  le  nomma  cardinal-diacre  du  titre  des 
SS.-Serge-et-Bacchus  (20-23  sept.  1493).  Promu  au 
siège  d'Ascoli-Piceno  le  14  févr.  1500  (Eubel,  ii-2,  108; 
Ughelli  et  Gams  donnent  le  19  févr.),  il  ne  résida 
jamais  dans  son  diocèse.  Il  échangea  son  titre  cardi- 
nalice contre  celui  de  S. -Ange,  le  29  nov.  1503  (Eubel, 
m,  82;  Cristofori  donne  le  31  mai). 

Grandis,  pomposus  et  totus  in  vita  et  virtute  magni- 
ficus,  dit  de  lui  Grassi  dans  son  Diaire  (cf.  Burchard, 
Liber  notariim,  p.  462).  Il  fut  traité  avec  des  honneurs 
inaccoutumés  par  Charles  VIII,  lors  du  passage  de 
celui-ci  à  Rome  le  2  janv.  1495  (récit  authentique  dans 
Pastor,  m,  409,  note  2).  Du  27  mai  au  27  juin,  il  fut 
du  nombre  des  vingt  cardinaux  qui  accompagnèrent  le 
pape,  lorsque  celui-ci  se  retira  à  Orvieto,  puis  à  Pé- 
rouse, pour  éviter  de  rencontrer  le  roi  de  France. 
Grâce  au  Liber  notarum  de  Jean  Burchard,  il  est -pos- 
sible de  suivre  ses  principaux  faits  et  gestes,  de  1496  à 
1506;  la  table  alphabétique  des  matières  donne  l'énu- 
mération  détaillée  de  plus  de  cent  cérémonies  aux- 
quelles il  assista,  durant  les  pontificats  d'Alexandre  VI 
et  de  Jules  II. 

Au  conclave  de  sept.  1503,  il  fut  le  seul  à  avoir  voté, 
dès  le  premier  tour,  pour  les  deux  cardinaux  qui  occu- 
pèrent cette  année  même  la  chaire  de  S.  Pierre  : 
Pie  III  et  Jules  II.  Au  conclave  d'oct.  1503,  son  vote 
était  acquis  d'avance  au  cardinal  délia  Rovere.  Il 
accompagna  Jules  II  durant  sa  première  expédition 
à  Bologne  :  voyage  d'aller,  26  août-11  nov.  1506; 


séjour  à  Bologne;  voyage  de  retour,  22  févr.-28  mars 
1507  (nombreux  détails  dans  le  Diaire  de  Paride 
Grassi,  maître  des  cérémonies  de  la  chapelle  pontifi- 
cale). A  peine  rentré  à  Rome,  Cesarini  repartit  sans 
délai  pour  l'Italie  du  Nord,  où  son  passage  à  MUan  et  à 
Brescia  pour  des  affaires  privées  est  signalé  fin  avr. 
(Sanuto,  VII,  56-58). 

Il  fut  emporté  subitement,  après  une  maladie  de 
six  jours,  le  1"  mai  1510,  à  Rome,  et  fut  inhumé  à 
Ste-Marie  in  Ara  Coeli.  Mécène  accompli,  on  lui  doit 
l'aménagement  du  plus  ancien  «  jardin  antique  » 
(diaeta  statuaria)  destiné  «  à  ses  études  et  au  délasse- 
ment honnête  de  ses  familiers  ».  L'inauguration  en  eut 
lieu  le  20  mai  1500,  jour  anniversaire  de  ses  trente- 
quatre  ans  (voir  l'inscription  dans  Hiilsen,  p.  vi). 

F.  Albertini,  De  mirabilibus  novae  urbis  Romae,  éd. 
A.  Schmarsow,  Heilbronn,  1886,  p.  28.  —  Ann.  pont., 
1935,  p.  115.  —  Johannis  Burckardi  «  Liber  notarum  », 
dans  Muratori,  éd.  Città  di  Castello,  t.  xxxii,  part.  I, 
p.  610-611.  —  Cardella,  Memorie  storiche  de'  Cardinali, 
III,  263-64.  —  Ciacconius-Oldoinus,  m,  179.  —  Eubel, 
II-2,  23;  III,  5,  9,  note.  —  Paride  Grassi,  Le  due  spedizioni 
militari  di  Giulio  II,  traite  dal  «  Diario  »,  éd.  L.  Frati, 
Documenti  e  studi  pubblicati  per  cura  délia  R.  deputaz.  di 
storia  patria  per  la  provincia  di  Romagna,  i,  Bologne, 
1886.  —  0.  Hiilsen,  Rômische  Antikengàrten  des  XVI. 
Jahrh.,  dans  Abhandl.  der  heidelb.  Akad.  der  Wiss.,  Phil.- 
hist.  Kl.,  IV,  Heidelberg,  1917,  p.  vi.  —  M.  Sanuto,  I  diarii, 
vol.  i-x.  —  UgheUi,  i,  470-71. 

Roger  MoLS. 

CÉSAROPOLIS  (KaiaapÔTToAis),  évêché  de  la 
Macédoine  II®,  dépendant  de  Philippes.  Cette  ville  est 
de  fondation  assez  tardive  et  ne  remonte  probablement 
pas  au  delà  du  ix«  s.  de  notre  ère.  Elle  portait  le  titre 
d'un  césar  byzantin  et  l'on  a  tout  lieu  de  croire  que  ce 
personnage  n'est  autre  que  Mousélé,  un  des  gendres  de 
l'empereur  Théophile,  qui  conduisit  des  opérations  mi- 
litaires dans  cette  région  vers  830.  En  tout  cas,  l'évê- 
ché  paraît  pour  la  première  fois  dans  la  Notice  épisco- 
pale  dite  de  Léon  le  Sage  (H.  Gelzer,  Ungedruckte  und 
ungenûgend  verôffentliche  Texte  der  Notitiae  episcopa- 
tuum,  dans  Abhandl.  der  kgl.  bayer.  Akad.  der  Wiss., 
part.  I,  t.  XXI,  sect.  III,  p.  558).  On  le  retrouve  au 
xi«  s.  dans  la  Nova  Tactica  (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii 
descriptio  orbis  Romani,  p.  80,  n.  1707),  et  dans  une 
notice  contemporaine  de  Basile  II  le  Bulgaroctone 
(G.  Parthey,  Hieroclis  Synecdemus  et  Notitiae  graecae 
episcopatuum,  p.  123,  n.  578). 

On  ne  connaît  pas  l'histoire  de  ce  diocèse,  sauf  qu'il 
fut  plus  tard  soumis  à  la  métropole  de  Zichna.  Il  dut 
disparaître  au  xiv«  s.,  lorsque  les  Turcs  s'emparèrent 
de  la  région.  La  ville  se  trouvait  dans  le  thème  de 
Serrés,  et  Stilpon  P.  Kyriakidès  (dans  BujavTival 
lasAÉrai,  ii-iv,  Thessalonique,  1939,  p.  268-70)  a  pro- 
posé d'en  voir  le  site  sur  la  colline  appelée  Yilan  Kale; 
d'autres  le  placent  à  SarU. 

Il  n'a  pas  encore  été  découvert  d'évêques  grecs  de  ce 
siège  tardif.  En  revanche  le  titre  de  Césaropolis  a  été 
conféré  plus  de  dix  fois  dans  l'Église  romaine  depuis  le 
xvir"  s.  :  Julien  de  S. -Germain,  auxiliaire  à  Paris; 
François  Picquet  (1674-85),  vicaire  apostolique  de 
Chypre,  Alep  et  Tripoli;  Louis  Gorski,  des  Écoles  pies 
(17  sept.  1781-t  après  1821),  sufïragant  de  Coujavie; 
Joseph  Pecci  (23  nov.  ISSg-l^'  mars  1841),  coadjuteur 
à  Gubbio;  Sigismond  Deaky  (12  juill.  1841-t  1872), 
auxiliaire  à  Gyor;  Jean-Cuthbert  Hedley,  O.  S.  B. 
(25  juill.  1873-18  févr.  1881),  coadjuteur  à  Newport; 
Pierre  Stumpf  (13  mai  1881-17  nov.  1887),  coadjuteur 
à  Strasbourg;  Félix  Midon,  M.  E.  P.  (23  mars  1888- 
15  juin  1891),  vicaire  apostolique  du  Japon  central; 
Étienne  Porro  (8  avr.  1908),  auxiliaire  à  Serajevo; 
Hermann-Joseph  Straeter  (19  juin  1922-16  mars  1943), 
auxiliaire  à  Cologne,  puis  à  Aix-la-Chapelle;  Marc 
Glaser  (10  juin  1943),  adm.  apostoUque  de  Jassy. 


251 


CESAROPOLIS  —  CESLAS 


252 


Stilpon  P.  Kyriakidès,  dans  Bu3avTival  pEXérai,  ii-iv, 
Thessalonique,  1939,  p.  266-70.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  387. 

R.  Janin. 

CESCOMES  (Arnauld).  Voir  Arnauld  (7), 
D.  H.  G.  E.,  IV,  500-08. 

CÉSÈNE,  ville  des  Romagnes  (province  de  Forli), 
d'environ  20  000  habitants.  Les  origines  de  son  siège 
épiscopal  ne  nous  sont  point  connues,  car  on  ne  peut 
accorder  aucun  crédit  à  la  tradition  qui  rattache  sa 
hiérarchie  aux  disciples  de  S.  Paul,  Timothée  et  Phi- 
lémon.  De  même  les  dix-neuf  premiers  personnages 
qui  figurent  dans  la  liste  d'Ughelli  appartiennent  à  la 
légende.  Les  premières  données  certaines  ne  remontent 
pas  au  delà  de  la  deuxième  moitié  du  vi«  s.,  date  à  la- 
quelle le  siège  était  occupé  par  Natale.  Au  cours  du 
siècle  suivant  et  vraisemblablement  pour  des  raisons 
politiques,  Césène,  qui  jusque-là  avait  relevé  direc- 
tement du  S. -Siège,  passa  sous  la  juridiction  de  Ra- 
venne.  Occupée  par  les  Grecs,  puis  par  les  Goths,  elle 
fit  partie  de  l'exarchat,  et  son  histoire  n'est  autre  que 
celle  des  Romagnes.  Détruite  par  Bérenger,  elle  fut 
concédée  par  Grégoire  V  à  Gerbert,  patriarche  de  Ra- 
venne  (998).  Ville  épiscopale  jusqu'au  xi«  s.,  elle 
devint,  à  cette  époque,  une  ville  libre,  tantôt  alhée, 
tantôt  ennemie  des  cités  voisines.  En  1333,  Francesco 
Ordelaffi  en  fut  nommé  vicaire  par  Jean  XXIL  Assié- 
gée et  prise  par  Albornoz,  Césène  passa  sous  l'autorité 
directe  du  S. -Siège  et  fut  gouvernée  par  des  recteurs. 
Concédée  par  Urbain  VI  aux  Malatesti  (1379),  cette 
famille  la  conserva  jusqu'à  la  mort  de  Malatesta  No- 
vello  (1465).  Incorporée  définitivement  aux  États  de 
l'Église,  Jules  II  dota  la  ville  d'une  constitution 
qu'elle  conservera,  avec  de  légères  modifications,  jus- 
qu'à la  Révolution  française.  En  1777,  Pie  VI  rattacha 
au  diocèse  de  Césène  un  certain  nombre  de  paroisses 
qui  avaient  appartenu  autrefois  à  celui  de  Rimini.  De 
nos  jours,  le  diocèse  de  Césène  compte  environ 
95  000  âmes  réparties  en  68  paroisses.  Parmi  les  mo- 
nastères fondés  dans  la  ville  épiscopale,  le  couvent  des 
frères  mineurs  a  droit  à  une  mention  spéciale  en  raison 
de  la  bibliothèque  que  Matteo  Nuti  y  édifia,  de  1447  à 
1452,  grâce  à  la  munificence  de  Malatesta  Novello.  Au 
fonds  primitif,  riche  de  manuscrits  et  d'imprimés  rares, 
fut  unie,  en  1878,  la  bibliothèque  Piana,  que  Pie  VII 
avait  léguée  aux  bénédictins  de  Sta  Maria  di  Monte 
(A.  Campana,  Bibl.  délia  provincia  di  Forli,  dans 
Tesori  bibliograflci  d'italia  :  Emilia,  Milan,  1931, 
p.  83-110). 

Liste  des  évêques.  —  Natale,  c.  560.  —  Concordio, 
603.  —  Mauro,  649,  672  (?).  —  Floro,  680.  —  Costan- 
tino  de  Césène,  690.  —  Candido,  702.  —  Marcello,  709. 

—  Claudio  Mancio,  742.  —  Antonio,  769.  —  Giovanni, 
804.  —  Romano,  826.  —  Floro,  858,  861.  —  Pietro, 
877.  —  Mauro,  934-46.  —  Costanzo,  946.  —  Goiïredo 
de  Césène,  954-70.  —  Guido,  972-88.  —  Sergio,  997, 
1001.  —  Mannazio,  1016.  —  Giovanni  de  Césène,  1042- 
57.  —  Desiderio  de  Césène,  1057-64.  —  Aldebrando, 
1065-82.  —  Gebizone  Ottardi,  1083.  —  Ugone  de  Cé- 
sène, 1106-25.  —  Benno  de'  Cocliti,  1126-49.  —  Od- 
done  de  Césène,  1149-59.  —  Leonardo,  1175-85.  — 
Leto  de  Césène,  1186-1207.  —  Oddone  Mainardi,  1207- 
c.  1223.  —  Manzino  de  Césène,  1232-58.  —  Michèle  de 
Césène,  1259-62.  —  Francesco  de  Césène,  1263-c.  1270. 

—  Averardo  de  Saxe,  1271-c.  1274.  —  Aimerico  de  Cé- 
sène, 1274-91.  —  Leonardo  de  Césène,  1291-1313.  — 
Giovanni  Ricciardelli,  1313-21.  —  Gerardo  de  Fano, 
1323-24.— Tommaso  del  Murro,  1324-26.— Ambrogio, 
1326-33.  —  Giovanni  Acciaiuoli,  1334.  —  Bernardo 
Martellini,  1342-48.  —  Guglielmo  Mirogli,  1348-58.  — 
Vitale  de  Césène,  1358-63.  —  Bencivenne  de  Bologne, 
1363-64.  —  Lucio  SavelH,  1364-74.  —  Giovanni  Ber- 
tet,  1374-76.  —  Luigi  Alvisi,  1376-78.  —  Giacomo, 


1378  (?).  —  En  1380,  Clément  VII,  ayant  transféré  au 
siège  d'Angoulême  G.  Bertet,  nomme  à  celui  de  Césène 
Zenobio,  évêque  de  Tortiboli.  —  Giacomo  Boschetti, 
1391-94.  —  Giacomo  Saladini,  1398-1404.  —  Gregorio 
Malesardi,  1405-19.  —  Vittore  de  Rimini,  1419-25.  — 
Paolo  de  Césène,  1425.  —  Paolo  de  Meldola,  1426-31. 

—  Antonio  de  Fossombrone,  1436-75.  —  Domenico 
Camisati,  1475.  —  Giovanni  Venturelli,  1475-86.  — 
Pietro  Mezi,  1487-1504.  —  Fazio  Santori,  1504-10.  — 
Cristoforo  Spiriti,  1510-56.  • —  Odoardo  Gualandi, 
1557-88.  —  Camifio  Gualandi,  1588-1609.  —  Michel- 
angelo  Tonti,  1609-22.  —  Francesco  Sacrati,  1622-23. 

—  Lorenzo  Campeggi,  1623-28.  —  Pietro  Bonaven- 
tura,  1628-53.  —  Flaminio  Marcellini,  1655-77.  — 
Giacomo  Elefantucci,  1677-79.  —  Vincenzo  M.  Orsini, 
1680-86.  —  J.  Casimiro  Denhoff,  1686-97.  —  Giovanni 
Fontana,  1697-1716.  —  Marco  Battaglini,  1716-17.  — 
Francesco  Sav.  Guicciardi,  1718-25.  —  Giov.  Batt. 
Orsi,  1725-34.  —  Guido  Orselli,  1734-63.  —  Francesco 
Aguselh,  1763-91.  —  Carlo  Bellisomi,  1795-1808.  — 
Francesco  Sav.  Castighoni,  1816-21.  — Antonio  M.  Ca- 
dolini,  1822-38.  —  Innocenzo  Castracane,  1838-48.  — 
Enrico  Orfei,  1848-60.  —  Vincenzo  Moretti,  1860-67. 

—  Paolo  Bentini,  1871-81.  —  Giovanni  M.  Strocchi, 
1881-87.  —  Alfonso  M.  Vespignani,  1888-1904.  — 
Giovanni  Cazzani,  1904-15.  —  Fabio  Berdini,  1915-26. 

—  Alfonso  Archi,  1927-39  (avec  le  titre  personnel  d'ar- 
chevêque). —  Beniamino  Socche,  1939-45.  —  Vin- 
cenzo Gili,  1946. 

Avec  les  listes  épiscopales  dressées  par  Gams  et  par 
Eubel,  on  consultera  :  D.  Bazzocchi-G.  Galbucci,  Cesena 
nella  storia,  Bologne,  1915.  —  G.  B.  Braschi,  Memoriae 
Caesenates,  Rome,  1738.  —  P.  Burchi,  Le  prime  visite  ed  i 
primi  sinodi  posttridentini  a  Cesena,  dans  R.  di  storia  délia 
Chiesa  in  Italia,  ii,  1948,  p.  166-182.  —  Cappelletti,  n,  525- 
56.  —  Kehr,  It.  pont.,  v,  127-31.  —  Lanzoni,  426-27,  466-67. 

—  Fr.  Lanzoni,  Cronotassi  dei  vesc.  di  Cesena,  dans  Appen- 
dice al  sinodo  diocesano  di  Mons.  G.  Cazzani,  vesc.  di  Cesena, 
Gatteo,  1912.  —  F.  A.  Zaccaria,  Séries  episcoporum  Caese- 
natensium...,  Césène,  1779.  —  Ughelli,  ii,  441-67.  — 
R.  Zazzeri,  Storia  di  Cesena  dalla  sua  origine  fino  ai  tempi 
di  Cesare  Borgia,  Césène,  1890. 

M.-H.  Laurent. 
CESLAS  (Bienheureux),  frère  prêcheur  (t  1242). 
D'après  une  tradition  qui  s'exprime  au  milieu  du 
xive  s.  dans  la  Vie  de  S.  Jacko  (Hyacinthe),  écrite  par 
le  dominicain  Stanislas  le  Lecteur  (Bibl.  hag.  lal., 
n.  4052),  Ceslas  aurait  été  frère  de  Jacko  et  comme  lui 
neveu  de  l'évêque  de  Cracovie  Ives  Odrowaz  (1218- 
29)  ;  les  deux  frères  auraient  accompagné  leur  oncle  à 
Rome  et  seraient  entrés  dans  l'ordre  des  Frères  prê- 
cheurs du  vivant  de  S.  Dominique.  Une  fois  profès,  ils 
seraient  venus  à  Cracovie  et  y  auraient  fondé  avec 
l'appui  de  l'évêque  le  premier  couvent  de  l'ordre.  En 
réalité,  on  sait  que  sur  les  trois  premiers  dominicains 
polonais  deux  au  moins  sont  des  Silésiens  :  Jacko 
d'Opole  (Oppeln)  et  Gérard  de  Breslau;  le  troisième 
qui  est  Ceslas  paraît  avoir  la  même  origine;  on  ne  peut 
rien  affirmer  de  leur  parenté  avec  l'évêque  de  Cracovie. 
C'est  à  Paris,  où  ils  étudiaient,  qu'ils  connurent  les 
premiers  frères  prêcheurs  et  qu'ils  s'afiîlièrent  à 
l'ordre  naissant.  Le  couvent  de  Cracovie  fut  fondé, 
en  1222,  par  Jacko  d'Opole  et  Henri  de  Moravie  aux- 
quels l'évêque  Ives  donna  l'église  de  la  Ste-Trinité. 
Vers  ce  temps  on  trouve  Ceslas  à  Prague;  il  y  fonde, 
avec  un  compagnon  du  nom  de  Jérôme,  le  premier 
couvent  dominicain  près  de  l'église  de  S. -Clément. 
Ceslas  arrive  avant  1226  à  Breslau  où  l'évêque  Lau- 
rent lui  donne  l'église  de  S.-Adalbert;  il  sera  le  premier 
prieur  du  couvent  de  Breslau  et,  selon  toute  probabi- 
lité, le  second  provincial,  après  Gérard  de  Breslau,  de 
la  province  polonaise  fondée  en  1228.  Il  mourut  à 
Breslau  le  15  juill.  1242  et  fut  enterré  dans  l'église  de 
S.-Adalbert.  Son  culte  se  développa  parallèlement  à 


253 


CESLAS  —  CEUTA 


254 


celui  de  S.  Jacko;  il  était  honoré  à  Breslau  dès  le 
xiv»  s.  et  son  corps  reposait  sous  un  autel  à  lui  dédié. 
En  1607  Abraham  Bzowski  (Bzovius)  transféra  ce 
corps  dans  une  chapelle  spéciale  de  l'église  de  S.-Adal- 
bert;  il  tenta  sans  succès  de  faire  ouvrir  une  procédure 
de  canonisation.  En  1713  Clément  XI  autorisa  le 
culte  du  Bx  Ceslas  dans  le  diocèse  de  Breslau  et 
Benoît  XIV,  en  1748,  fixa  sa  fête  au  20  avril. 

C.  Blasai,  Der  selige  Ceslaus,  Breslau,  1909;  Geschichte 
von  Kirche  urtd  Kloster  S.  Adalbert  zu  Breslau,  Breslau, 
1912.  —  B.  Altaner,  Die  Dominicanermissionem  des  XIII. 
Jahrh.,  1924.  —  M.  Nlwlnski,  au  mot  Czeslaw,  dans 
Polski  slownik  biograficzny,  t.  iv-4,  p.  357.  —  J.  Woro- 
niecki,  O.  P.,  Blogoslaiviony  Czeslaw  Dominikanin,  Opole, 
1947. 

P.  David. 

CESSATOR  (Saint),  est  cité  comme  32«  évêque 
de  Limoges  (viii®  s.)  par  Bernard  Itier,  moine  et  chro- 
niqueur de  S. -Martial  au  xiii«  s.  Mais  son  nom  ne  figure 
pas  encore  dans  la  liste  due  à  Adhémar  (j  1034). 
Cessator  est  le  nom  d'un  saint  local,  honoré  le  15  nov. 

Duchesne,  i,  47-50.  —  Gall.  christ.,  n,  499,  544-660; 
appendice,  162-204.  —  Gams,  564. 

R.  Van  Doren. 

CESSIA,  Cassia,  mentionnée  au  martyrologe 
hiéronymien  comme  martyre  à  Terracine,  est  une 
pure  graphie. 

A.  S.,  nov.,  I,  82-83.  —  Mari.  Hier.,  éd.  Delehaye,  582. 

R.  Van  Doren. 

CESSUS  (Saint),  Cessius,  est  cité  par  le  martyro- 
loge hiéronymien  le  10  juill.  comme  martyr  à  Nicopolis 
en  Arménie  mineure,  après  Million,  et  le  11  juill.  dans 
un  groupe  de  martyrs  de  Rome.  Ce  nom  ne  désigne 
aucun  personnage  connu. 

A.  S.,  juUl.,  III,  34,  178.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye, 
365,  366,  367,  369. 

R.  Van  Doren. 

CESTROS  (KéoTpoç),  ou  mieux  Cestroi  (Kécrrpoi, 
Kécrrpa),  évêché  d'Isaurie,  dépendant  de  Séleucie. 
D'après  Hiéroclès  (Synecdemus,  n.  7095),  la  ville  de 
Cestroi  se  trouvait  sur  les  frontières  de  l'Isaurie  et 
doit  probablement  se  confondre  avec  celle  de  Caystros 
que  Ptolémée  signale  dans  la  même  région.  Elle  devait 
être  dans  la  plaine,  au  sud-ouest  de  Germanicopolis 
(auj.  Ermenek).  On  n'a  pas  encore  réussi  à  l'identifier. 

L'évêché  fut  fondé  probablement  au  cours  du  iv«  s. 
On  ne  lui  connaît  d'ailleurs  qu'un  seul  titulaire  grec, 
Épiphane,  qui  assista  au  concile  de  Chalcédoine  et  en 
signa  les  actes  (451;  Mansi.  vi,  569  B,  944  B,  981  E, 
1090  A;  VII,  37  B,  121  B,  144  B),  et  qui  souscrivit  la 
lettre  des  évêques  de  la  province  d'Isaurie  à  l'empe- 
reur Léon  au  sujet  du  meurtre  de  Protérius  d'Alexan- 
drie (458;  Mansi,  vu,  553  C). 

Le  titre  de  Cestros  a  déjà  été  conféré  au  moins  six 
fois  dans  l'Église  romaine  :  Jean  Pearson  (1691),  à 
Francfort;  Stanislas  Sieracowski  (1731-39),  coadju- 
teur;  Pie  Vidi  (24  août  1886-t  28  août  1906),  coadju- 
teur  du  vicaire  apostolique  du  Chen-si  septentrional; 
Barnabé  Pietrabuena  (16  déc.  1907-8  nov.  1910),  auxi- 
liaire à  Tucuman;  Édouard-Denys  Kelly  (9  déc.  1910- 
janv.  1919),  auxihaire  à  Détroit;  Jean  Scheifes 
(7  mars  1921-?),  auxiliaire  à  Munster;  Édouard  Bres- 
son,  mariste  (l«f  juill.  1937),  vicaire  apostolique  de  la 
Nouvelle-Calédonie. 

Le  Quien,  ii,  1025-26.  —  Ruge,  Kestros,  dans  Pauly- 
Wissowa,  XI,  359.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  387. 

R.  Janin. 

CETHEUS  (Saint),  évêque  d'Amiterno  (t  vers 
600).  D'après  les  Acta  (B.  H.  L.,  1730-31)  qui  ne  mé- 
ritent pas  entièrement  créance,  Cetheus,  au  moment 
de  l'invasion  de  sa  ville  épiscopale  par  deux  chefs 
lombards  Alais  et  Umbolus,  s'enfuit  d'abord  auprès 
du  pape  S.  Grégoire  le  Grand.  Il  retourna  cependant 


à  Amiterno,  mais  pour  être  bientôt  accusé  par  Umbo- 
lus d'avoir  aidé  Alais,  qui  avait  permis  l'attaque  de  la 
ville  par  Vitalien,  comte  de  Ortona.  Il  fut  jeté  dans  la 
Pescara.  Son  corps  retrouvé  à  Zara  (Dalmatie)  y  fut 
enseveli  avec  honneur  sous  le  titre  de  Peregrinus. 
C'est  sous  ce  nom  qu'il  est  inscrit  au  martyrologe 
romain  qui,  de  cette  victime  d'une  haine  politique, 
a  fait  un  martyr  de  la  foi. 

A.  S.,  juin,  m,  181-90.  —  B.  H.  L.,  n.  1730-31.  — 
Chevalier,  B.  B.,  i,  844;  ii,  3575.  —  Lanzoni,  i,  363.  — 
Mort.  Rom.,  235-36.  —D.  H.  G.  E.,  s.  v.  Amiterno,  u,  1291. 

R.  Van  Doren. 

CEUTA  (ÉVÊCHÉ).  —  I.  Histoire.  —  La  mytho- 
logie grecque  parle  des  «  Colonnes  d'Hercule  »,  dont 
l'une  aurait  été  placée  à  Abyla  (Pauly-Wissowa,  i-l, 
col.  98),  très  probablement  l'Excelisa  de  Ptolemée,  la 
Ceuta  actuelle.  Les  Grecs  l'appelaient  "EiTTàSeAçoi 
6p05,  à  cause  des  sept  collines  sur  lesquelles  elle  se 
trouve  bâtie  {ibid.,  2.  Reihe,  iv,  1550).  La  traduction 
latine  d'"ETrrà56X90i,  Septem  fratres,  a  donné  lieu  au 
nom  actuel  de  Ceuta  (septem,  en  arabe  :  sebta  =  Ceu- 
ta). Au  début  Ceuta  fit  partie  de  l'empire  de  Car- 
thage;  plus  tard,  sous  la  domination  romaine,  elle 
devint  capitale  de  la  Mauritania  Tingitana,  et  l'em- 
pereur Othon  (t  69)  l'attacha  au  Convenlus  juridique 
de  Cadix.  Lorsque  les  Vandales  traversèrent  le  détroit 
de  Gibraltar,  ils  s'emparèrent  de  Ceuta,  mais  ils  en 
furent  chassés  par  Justinien.  Suintila,  général  et  suc- 
cesseur de  Sisebut,  roi  des  Visigoths  d'Espagne,  en 
expulsa  à  son  tour  les  impériaux;  quoique  cette  der- 
nière affirmation  ne  soit  pas  entièrement  sûre,  il  est 
néanmoins  certain  qu'au  moment  où  les  Arabes  s'em- 
parèrent de  Ceuta,  elle  se  trouvait  sous  la  domination 
des  Goths.  A  en  croire  S.  Isidore  (Hist.  Goth.),  déjà  le 
roi  Theudis  avait  tenté  de  la  conquérir,  mais  sans 
succès.  Les  Arabes  restèrent  maîtres  de  Ceuta  jusqu'en 
1415  (14  août),  date  à  laquelle  elle  fut  rachetée  par 
D.  Jean  !«%  roi  de  Portugal.  En  1580,  sous  Philippe  II, 
elle  devint  avec  tout  le  royaume  de  Portugal  posses- 
sion espagnole.  Lorsqu'en  1640  le  Portugal  reprit  son 
indépendance,  Ceuta  resta  soumise  à  l'Espagne,  à 
laquelle  elle  fut  définitivement  incorporée  en  vertu  de 
l'art.  2  du  traité  du  13  févr.  1668.  Depuis  cette  date, 
elle  resta  acquise  à  l'Espagne,  nonobstant  les  efforts 
réitérés  des  Maures  pour  secouer  la  domination 
étrangère. 

II.  L'ÉVÊCHÉ.  —  Après  la  conquête  de  Ceuta,  une 
des  premières  préoccupations  du  roi  D.  Jean  I"  fut 
d'y  ériger  un  évêché.  Par  sa  bulle  Romanus  Pontifex 
(4  avr.  1417),  le  pape  Martin  V  chargea  l'archevêque 
de  Braga,  Ferdinand  de  Guerra,  et  l'évêque  de  Lis- 
bonne, Diego  Alvarez  de  Brito,  d'examiner  le  bien- 
fondé  de  ce  projet  et  les  autorisa  à  procéder  éven- 
tuellement à  l'érection  du  nouveau  siège  épiscopal.  Ce 
qu'ils  firent  effectivement  le  6  sept.  1420.  Martin  V, 
par  le  bref  Romani  Pontificis  (5  mars  1421),  confirma 
le  premier  évêque  de  Ceuta,  Fr.  Aymar,  O.  F.  M., 
d'origine  anglaise. 

Primitivement  l'évêché  de  Ceuta  s'étendait  à  tout  le 
royaume  de  Fez;  mais  au  cours  des  années,  ses  limites 
ont  été  souvent  modifiées  (v.  carte,  art.  Cadix,  supra, 
XI,  109).  Durant  le  Grand  Schisme  d'Occident,  comme 
la  Castille  adhérait  au  pape  d'Avignon  et  le  Portugal  à 
celui  de  Rome,  le  territoire  portugais  appartenant  à 
l'évêché  de  Tuy,  c.-à-d.  la  région  de  Valenza  do  Minho, 
se  détacha  de  sa  métropole  et  quelques  chanoines  de 
cette  Église  se  constituèrent  en  chapitre  indépendant 
entre  1381  et  1392.  En  outre,  la  contrée  d'Olivenza, 
Campo  Mayor  et  Onguella,  soumise  à  l'évêché  de  Ba- 
dajoz  (supra,  v,  105-06),  suivit  l'exemple  de  Valenza  et 
se  détacha  aussi  de  sa  métropole  (aujourd'hui  cette  ré- 
gion appartient  à  l'Espagne).  Ces  deux  territoires  res- 
tèrent indépendants  jusqu'à  ce  que  le  pape  Eugène  IV, 


255 


CEU 


TA 


256 


par  sa  bulle  du  14  juill.  1444,  les  incorpora  au  diocèse 
de  Ceuta.  Nicolas  V  confirma  cette  incorporation  de 
Valenza  (bulle  EIsi  de  singulis  du  27  juin  1452)  et  celle 
d'Olivenza  (bulle  Ex  clemenli  provisione  du  5  août 
1452).  Mais  Sixte  IV  (bulle  du  18  déc.  1475)  détacha 
Olivenza  de  Ceuta  et  l'attacha  à  Braga.  D'autre  part, 
en  vertu  du  contrat  passé  entre  l'évêque  de  Ceuta, 
Fr.  Henri  de  Coïmbre,  et  l'archevêque  de  Braga,  Diego 
de  Sousa,  le  20  sept.  1512,  et  confirmé  par  Léon  X  le 
25  juin  1513,  Valenza  passa  à  Braga  et  Olivenza  à 
Ceuta.  Depuis  cette  date  les  évêques  de  Ceuta  fixèrent 
leur  résidence  à  Olivenza  jusqu'au  moment  où,  sous 
l'épiscopat  de  Jacques  de  Lancaster,  Pie  V  (bulle 
Super  cuncta  du  9  juin  1570)  incorpora  la  région  d'Oli- 
venza à  l'évêché  nouvellement  créé  d'Elvas.  Ce  dernier 
démembrement  réduisit  le  diocèse  de  Ceuta  à  son  seul 
territoire  d'Afrique.  Comme  compensation,  il  reçut  de 
l'évêché  de  l'Algarve  un  impôt  de  1  500  cruzados. 
Encore  durant  la  même  année  1570,  Pie  V  réunit  en  un 
seul  évêché,  suffragant  de  Lisbonne,  les  deux  diocèses 
de  Ceuta  et  Tanger.  En  1668,  le  diocèse  de  Ceuta  cessa 
d'appartenir  à  l'Église  portugaise  et,  le  16  déc.  1675, 
Clément  X  le  détacha  de  celui  de  Tanger;  il  confirma 
en  même  temps  le  premier  évêque  nommé  par  le  roi 
d'Espagne  et  le  subordonna  à  l'archevêque  de  Séville. 
En  vertu  du  concordat  de  1851,  l'évêché  de  Ceuta  fut 
définitivement  uni  à  celui  de  Cadix  (supra,  xi,  109). 
De  1876  à  1879  les  administrateurs  apostoliques 
eurent  leur  résidence  à  Ceuta  et  depuis  1879  l'évêque 
résidentiel  de  Cadix  est  en  même  temps  administra- 
teur apostolique  de  Ceuta  (episcopus  Gaditanus  et 
administ.  apost.  Septensis). 

A  plusieurs  reprises,  on  a  tenté,  mais  sans  succès,  de 
rétablir  le  diocèse  de  Ceuta,  soit  comme  évêché,  soit 
comme  siège  de  la  Préfecture  apostolique  du  Maroc 
avec  juridiction  sur  tout  le  territoire  espagnol 
d'Afrique. 

Primitivement  le  diocèse  de  Ceuta  dépendait  direc- 
tement du  S. -Siège.  Eugène  IV  autorisa  l'évêque 
Fr.  Jean  Emmanuel,  O.  C,  à  s'appeler  Primat 
d'Afrique.  Lors  de  l'érection  de  l'évêché  d'Evora 
(1540),  le  diocèse  de  Ceuta  en  devint  sufïragant;  il  fit 
ensuite  partie  de  la  province  ecclésiastique  de  Lis- 
bonne, enfin  de  celle  de  Séville  comme  nous  venons  de 
le  dire. 

III.  La  ville.  —  D'après  Procope,  Justinien  bâtit  à 
Ceuta  une  église  consacrée  à  la  très  Ste  Vierge  Marie; 
nous  n'avons  pas  d'autres  renseignements  à  ce  sujet. 
Après  la  conquête  de  la  ville  (1415),  la  mosquée  mu- 
sulmane fut  transformée  en  cathédrale  et  consacrée  le 
4  sept.  1420.  D'après  Nicolas  Lanckman  de  Valcken- 
stein,  qui  nous  a  laissé  une  relation  de  son  voyage  à 
Ceuta  le  22  nov.  1451,  cette  église-mosquée  possédait 
180  colonnes  de  marbre  de  diverses  couleurs  et,  tout 
près  du  maître-autel,  deux  grandes  statues  de  pierre 
verte.  Sous  l'action  nocive  du  temps,  cette  église  eut 
beaucoup  à  soufïrir  :  en  1615,  le  roi  de  Portugal  auto- 
risa une  collecte  pendant  six  ans  dans  son  royaume  en 
vue  de  la  restaurer;  mais  l'argent  recueilli  suffit  à 
peine  à  faire  quelques  réparations  sans  importance  ;  en 
1656,  le  chapitre  se  vit  obligé  de  se  réfugier  dans 
l'église  de  N.-D.  d'Afrique,  à  cause  de  l'état  lamen- 
table de  la  cathédrale;  enfin,  lorsque  les  Espagnols 
restèrent  seuls  maîtres  de  Ceuta,  elle  fut  définitive- 
ment abandonnée  et  on  édifia  une  nouvelle  église  dont 
la  construction  dura  quarante-six  ans  (1685-1731). 

Les  sources  signalent  à  Ceuta  l'existence  de  plu- 
sieurs monastères  :  celui  de  S. -Jacques,  bâti  en  1446  et 
confirmé  par  Martin  V  le  2  juin  1420,  qui  jusqu'en 
1568  appartint  aux  franciscains  de  la  province  des  Al- 
garves  et  depuis  1568  aux  trinitaires;  celui  de  S.- 
Jorge des  PP.  dominicains,  qui  passa  aussi  en  1575 
aux  trinitaires;  un  troisième  enfin,  également  aux  tri- 


nitaires. En  1595,  fut  érigée  la  Hermandad  de  la  Mise- 
ricordia,  logée  au  monastère  de  S. -Jorge  parce  qu'ell' 
suivait  la  règle  des  Trinitaires.  Vers  1850  sont  meu 
tionnées  d'autres  confréries,  de  S. -Pierre,  du  Rosair" 
de  S.-Antoine,  de  S. -Joseph,  de  Ste-Barbe,  du  Carmel 
de  N.-D.  de  los  Remédias,  del  Valle  et  de  la  Victoria,  etc. 
Il  y  avait  aussi  plusieurs  ermitages. 

Outre  la  cathédrale,  Ceuta  possède  le  célèbre  sanc- 
tuaire de  Nuestra  Sefiora  de  Africa.  Actuellement  elle 
compte  encore  :  trois  autres  paroisses;  deux  commu- 
nautés enseignantes,  l'une  de  religieux  de  S. -Augustin 
et  l'autre  de  religieuses;  un  hôpital-asile,  confié  à  une 
communauté  de  femmes  ;  un  mont-de-piété,  dirigé  par 
le  clergé.  Elle  fait  partie  de  l'Union  misional  del 
Clero.  Depuis  1926,  elle  possède  une  Preceptoria  de 
latin  y  humanidades,  sorte  de  petit  séminaire  où  une 
vingtaine  d'enfants  sont  instruits  en  vue  de  poursuivre 
leurs  études  au  séminaire  de  Cadix.  Ceuta  compte  env. 
50  000  hab.  presque  tous  catholiques,  20  prêtres  sécu- 
liers, des  religieux  et  le  clergé  de  l'armée.  L'adminis- 
tration ecclésiastique  est  exercée  par  un  vicaire  géné- 
ral, un  vice-vicaire  et  un  secrétaire.  Le  chapitre  com- 
prend 3  dignités,  10  canonicats  simples  et  6  bénéfices. 
La  cathédrale  est  dédiée  à  l'Assomption  de  la  Ste 
Vierge;  patrons  du  diocèse  :  S.  Daniel  et  ses  compa- 
gnons martyrs  (10  oct.). 

Les  constitutions  synodales  furent  promulguées  en 
1553  par  Jacques  de  Lancaster.  Elles  furent,  plus  tard, 
modifiées  et  augmentées.  On  trouve  à  Ceuta  quatre 
dépôts  d'archives  :  à  l'évêché  (1553),  à  la  cathé- 
drale (1572),  à  la  Matriz  (1583)  et  à  la  Câmara  ecclé- 
siastique (1586).  La  plupart  des  documents  antérieurs 
à  1553  ont  été  transportés  à  Simancas. 

IV.  Liste  épiscopale.  —  L'Orbis  seraphicus,  p.  516, 
de  Dom.  de  Gubernatis  et  l'Hist.  seraphica,  V,  c.  xlii, 
d'Esperanza  mentionnent  un  évêque  titulaire  de  Ceuta 
du  xiii«  s.,  Fr.  Lorenzo  de  Portugal,  O.  F.  M.  (voir 
Maroc). 

Évêques  de  Ceuta  (Portugal).  —  Fr.  Aymar  d'Au- 
rillac,  O.  F.  M.  (5  mars  1421-43).  —  Fr.  Juan  Manuel, 
O.  C.  (20  juill.  1443-14  janv.  1459;  1476).  —  Alvaro  de 
Evora  (1459-72).  —  Juan  Alfonso  Ferraz  (9  janv.  1472- 
76).  —  Pedro  Martin  (28  mars-24  sept.  1477).  —  Juan 
Galvao  (14777-79?).  —  Justo  Baldino,  O.  P.?  (1479- 
93;  v.  supra,  vi,  337).  —  Juan  de  Norohna  y  Meneses?. 
— •  Fernando  de  Almeida  (19  juill.  1493-99  ;  v.  supra,  ii, 
640).  —  Diego  Ortiz  de  Villegas  I"  (1500-27  juin  1504). 

—  Fr.  Enrique  de  Coimbra,  O.  F.  M.  (30  janv.  1505- 
t  14  oct.  1532).  —  Fr.  Diego  de  Silva,  O.  F.  M. 
(4  mars  1534-39;  f  déc.  1541).  —  Diego  Ortiz  de  Ville- 
gas II  (24  sept.  1540-t  4  juill.  1544).  —  Jaime  de  Lan- 
castre  (9  oct.  1545-12  mars  1569). 

Évêques  de  Ceula-Tanger.  —  Fr.  Francisco  Guares- 
ma,  O.  F.  M.  (9  juin  1570-76).  —  Manuel  de  Seabra 
(14  janv.  1577-juin  1583?).  —  Diego  Correa  (15  juill. 
1585-19  juill.  1598;  t  9  oct.  1614).  —  Hector  de  Valla- 
dares  (1599).  —  Jeronimo  Govea  (1600-02).  —  Augus- 
tin Riveiro  (1602-13;  t  12  juill.  1621).  —  Antonio  de 
Aguiar  (21  oct.  1613-32;  v.  supra,  i,  1055).  —  Gonzalo 
de  Silva  (3  mars  1633-t  26  févr.  1645).  —  Fr.  Juan 
Andrade  (élu  en  1651-t  1655;  v.  supra,  ii,  1592). 

Évêques  de  Ceuta  (Espagne).  —  Antonio  Medina 
Chacôn  (16  déc.  1675-81).  —  J.  Bautista  Arambures 
(1681-82).  —  Juan  Porras  y  Atienza  (30  juin  1682- 
20  oct.  1683).  —  Luis  Aillôn  (1683-85).  —  Antonio 
Ibafiez  de  la  Riva  (6  juin  1685-23  mai  1687).  —  Diego 
Ibanez  de  la  Lamadrid  (9  juin  1687-t  5  avr.  1694).  — 
Vidal  Marin  (9  nov.  1695-24  mai  1705;  f  10  mars  1709). 

—  José  Salvada  (1709).  —  Sancho  de  Velunza  y  Cor- 
cuera  (24  avr.  1714-sept.  1716).  —  Fr.  Francisco  Lasso 
de  la  Vega,  0.  P.  (2  mai  1717-janv.  1721).  —  Tomâs 
Aguero  (13  nov.  1721-16  févr.  1727).  —  Fr.  Tomâs  del 
Valle,  O.  P.  (1"  mai  1728-13  févr.  1731).  —  Andréa 


257 


CEUTA 


—  CEVA 


258 


Mayoral  (22  juill.  1731-5  mars  1738).  —  Miguel  Aguiar 
de  Padilla  (mai  1738-t  14  févr.  1743).  —  Martin  Bar- 
da (15  juin.  1743-21  oct.  1755;  v.  supra,  vi,  747).  — 
José  de  la  Cuesta  y  Velarde  (26  août  1756-9  avr.  1761). 

—  Antonio  Gômez  de  la  Torre  (7  mars  1762-15  mai 
1770).  —  José  Domingo  de  Rivera  (9  oct.  1770- 
t  23  janv.  1771).  —  Manuel  Fernândez  de  Torres 
(31  oct.  1771-t  6  sept.  1773).  —  Felipe  Antonio  Solano 
(16  août  1774-20  nov.  1778).  —  Fr.  Diego  Martin, 
O.  F.  M.  (26  mai  1780-30  mai  1785).  —  Fr.  Domingo 
de  Benaocaz,  O.  F.  M.  Cap.  (27  avr.  1786-t  16  déc. 
1811;  V.  supra,  vu,  1028).  —  Andrés  Esteban  Gômez 
(13  juin  1816-8  avr.  1817).  —  Fr.  Rafaël  de  Vêlez, 
0.  F.  M.  Cap.  (15  nov.  1817-mai  1824).  —  Fr.  Fran- 
cisco Garcia  Casarrubio,  O.  Cist.  (1825).  —  Fr.  Pablo 
Hernândez,  trinitaire  (9  oct.  1826-t  21  juill.  1829). 

—  Juan  Sânchez  Barragân  (8  oct.  1830-t  14  août 
1846). 

Administrateurs  apostoliques  avec  résidence  à  Ceuta. 

—  Fr.  Franc.  Ildef.  Infante,  O.  S.  B.  (févr.  1876- 
mai  1877).  —  José  Pozuelo  y  Herrero  (26  juin  1877- 
28  févr.  1879). 

Évêques  résidentiels  de  Cadix,  administrateurs  apos- 
toliques de  Ceuta.  —  Jaime  Catalâ  (juin  1879-17  août 
1884).  —  Vicente  Calvo  (août  1884-1898;  v.  supra,  xi, 
494).  —  José  Rancés  (1899-1917).  —  Marcial  Lôpez 
Criado  (1918-32).  —  Ramôn  Pérez  Rodriguez  (1933- 
37).  —  Tomâs  Gutiérrez  (1943). 

Suarez  da  Silva,  Memoria  para  la  histor.  de  D.  Joao  I, 
III,  1464  sq.  —  T.  de  la  Encarnaciôn,  Hist.  Ecclesiae 
Lusit.,  I,  33.  —  Figueiredo,  Lusilaiiia  sacra,  i,  vol.  n, 
p.  135  sq.  —  Sandoval,  Antig.  de  la  Iglesia  cated.  de  Tuy, 
Braga,  1610,  p.  148, 174-85.  —  Flôrez,  xxii,  19, 198,  201.  — 
Struve,  Rerum  Germanicarum  script,  varii.  Hist.  desponsat. 
Frederici  III  cum  Eleonora  Lusit.,  Il,  Strasbourg,  1717, 
p.  11  sq.  —  Xiqiies,  Obispos  g  administ.  apostol.  de  Ceuta, 
dans  Bol.  de  la  B.  Acad.  de  la  hist.,  vol.  xviii,  1891,  p.  402- 
26.  —  Levy  Maria  Jordao,  Hist.  e  Memor.  da  Academia  dos 
sciencias  de  Lisboa,  t.  vi,  trad.  esp.,  Memor.  histor.  de  las 
obispados  de  Ceuta  y  Tanger,  Tanger,  1909.  —  Paiva  Manso, 
Hist.  ecles.  ultramarina,  i,  Lisbonne,  1872.  —  De  Mas  Latrie, 
Les  anciens  évêques  de  l'Afrique  septent.,  Alger,  1887.  — 
J.  Becker,  Hii^c/e  Marruecos,  Madrid,  1915.  —  P.  deCenival, 
Les  sources  inédites  de  l'hist.  du  Maroc,  dans  Arch.  bibl.  du 
Portugal,  i-ii,  Paris,  1934.  —  J.  de  Esaguay,  Libro  de  las 
Veedores  de  Ceuta,  Tanger,  1939.  —  A.  Lôpez,  O.  F.  M., 
Obispos  en  el  Ajrica  septentrional  desde  el  s.  XIII,  Tanger, 
1941.  —  Eubel.  —  Gams.  —  Anuario  ecclesiastico,  Barce- 
lone, 1927.  —  Enc.  Espasa,  xii,  1513  sq. 

F.  PÉREZ. 

CEVA  (ToMMASo),  jésuite,  né  à  Milan  le  20  déc. 
1648,  mort  en  la  même  ville  le  3  févr.  1737.  Il  était  le 
frère  de  Giovanni  Ceva  (1649-1734),  célèbre  mathéma- 
ticien et  économiste,  et  de  O.  Cristoforo  Ceva,  S.  J., 
poète  latin,  auteur  entre  autres  d'une  traduction  en 
vers  latins  de  la  Cerusalemme  liberata  du  Tasse.  Entré 
au  noviciat  le  24  déc.  1663,  Thomas  Ceva  fut,  après  sa 
théologie,  désigné  pour  la  chaire  de  rhétorique  du 
fameux  collège  de  la  Brera  à  Milan  et  l'occupa  pendant 
quatorze  ans.  Il  y  eut  comme  collègue  Carlambrogio 
Cattaneo  dont  il  édita  plusieurs  ouvrages.  Proposé 
pour  la  chaire  de  mathématiques,  il  emporta  les  suf- 
frages de  Caracciolo,  la  grande  autorité  mathéma- 
tique de  l'époque.  Reçu  comme  membre  de  l'Académie 
des  Arcades,  il  prit  le  nom  de  Callimaco  Neridio.  L'em- 
pereur Joseph  1<^'  lui  envoya  un  diplôme  solennel  qui  le 
proclamait  théologien  de  l'empereur.  Il  réunit,  chose 
assez  rare,  la  gloire  du  mathématicien  aux  lauriers  du 
poète.  Son  invention  d'un  instrument  propre  à  exé- 
cuter mécaniquement  la  trisection  de  l'angle  lui  valut 
de  la  célébrité.  Le  marquis  de  Lhospital,  dans  son 
Traité  des  sections  coniques,  publia  l'invention  sans 
parler  de  son  auteur  et  semblait  tout  au  moins  se  l'ap- 
proprier. On  eut  tôt  fait  de  prouver  que  la  publication 
du  jésuite  italien  précédait  de  dix  ans  celle  de  Lhospi- 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


tal.  Ceva  fut  aussi  le  premier  à  formuler  en  Italie  et  à 
défendre  la  loi  de  la  gravitation  universelle  de  Newton, 
dans  son  petit  traité  De  natura  gravium,  publié  parmi 
ses  Opuscula  malhematica  en  1699.  Cette  publication 
garde  un  intérêt  historique  pour  l'état  des  sciences  en 
Italie  à  la  fin  du  xvii«  et  au  début  du  xviiie  s.  Scienti- 
fique par  le  fond,  poétique  par  la  forme,  une  autre  de 
ses  œuvres,  Philosoptiia  novo-antiqua,  marque  une 
date  dans  l'évolution  des  théories  scientifiques  en 
ItaUe.  C'est  en  effet  le  dernier  assaut  sous  forme  litté- 
raire contre  les  nouvelles  théories  physiques.  En  huit 
dissertations,  dont  les  deux  dernières  sont  restées 
manuscrites,  le  P.  Ceva  fait  s'affronter  la  physique 
aristotélicienne  et  les  théories  nouvelles  en  hexamètres 
élégants.  Ce  poème  scientifique  fut  très  admiré  et  eut 
plusieurs  éditions  et  traductions  en  italien.  L'œuvre 
poétique  la  plus  célèbre  de  Ceva,  celle  aussi  où  il  dé- 
ploya le  plus  de  virtuosité  et  de  talent,  est  sans  contre- 
dit son  Jésus  puer  {V«  éd.,  1690).  Le  sujet  du  poème, 
dit  l'auteur  dans  sa  préface,  est  emprunté  à  l'opinion 
développée  par  S.  Athanase,  Titus  de  Bosra,  Théodo- 
ret,  etc.,  qu'il  a  trouvée  dans  les  sermons  de  Sébastien 
de  Barradas,  S.  J.,  missionnaire  portugais  (1542-1615), 
que  Jésus  dans  son  enfance  a  manifesté  peu  à  peu  sa 
divinité  à  ses  concitoyens  de  Nazareth.  Le  poème  dé- 
bute par  le  retour  d'Égypte;  les  dénions  s'efforcent 
d'abord  dans  une  guerre  ouverte  de  précipiter  la  ruine 
du  Sauveur,  puis  d'obscurcir  sa  divinité  qui  se  dévoile. 
Les  habitants  de  Nazareth,  après  maintes  péripéties, 
découvrent  les  supercheries  de  Satan  et  reconnaissent 
la  divinité  de  l'Enfant  vers  lequel  les  attiraient  depuis 
longtemps  l'amour  et  l'admiration.  L'auteur  appelle 
son  poème  Comico-héroïque,  parce  que  les  acteurs  en 
sont  des  humbles  et  des  personnages  illustres.  L'action 
se  développe  en  neuf  livres  et  comprend  4  281  vers. 
On  y  trouve  un  mélange  des  genres  les  plus  divers,  des 
développements  épiques,  une  grande  fraîcheur,  un 
sentiment  de  la  nature  profond,  presque  romantique, 
et  un  véritable  réalisme  dans  les  épisodes  et  scènes  de 
la  vie  champêtre;  partout  une  étonnante  virtuosité 
dans  l'art  du  vers  latin.  Ce  poème  n'eut  pas  seulement 
un  grand  succès  en  Italie,  où  il  connut  nombre  d'édi- 
tions et  trois  traductions,  l'une  du  futur  cardinal 
Zorsi,  une  autre  du  P.  Muzzarelli,  enfin  en  1873  une 
troisième  due  à  Corrado  Ferretti.  L'élite  littéraire 
allemande  du  xviii«  s.  applaudit  au  talent  poétique  du 
P.  Ceva.  L'abbé  Souquet  de  La  Tour,  curé  de  S. -Tho- 
mas d'Aquin  à  Paris,  traduisit  le  poème  en  prose  fran- 
çaise (1843). 

D'autres  poésies  du  P.  Ceva,  d'abord  détachées, 
furent  réunies  sous  le  titre  de  Sylvae  (1699)  et  furent 
rééditées  plus  tard.  Elles  comprennent  des  pièces  d'es- 
pèces variées.  Il  composa  en  outre  plusieurs  oratorios. 
En  1709  il  publia  sous  l'anonymat  deux  opuscules  sur 
l'afïaire  des  rites  chinois  :  Alcune  riflessioni  intorno  aile 
cose  présente  délia  Cina  (s.  1.  n.  d.)  et  Riflessioni  sopra 
la  cosa  delta  Cina,  etc.  La  première  fut  traduite  en  an- 
glais et  en  français.  La  Vita  di  S.  Giovanni  di  Dio, 
d'abord  anonyme  puis  rééditée  plusieurs  fois  sous  le 
nom  de  l'auteur,  est  une  adaptation  en  italien  de  l'ori- 
ginal espagnol  du  P.  Antonio  de  Goea.  Un  autre 
ouvrage  sur  l'erreur  janséniste  est  la  traduction  de 
l'œuvre  du  P.  J.  Brun  sur  les  101  propositions  extraites 
des  Réflexions  morales  sur  le  Nouveau  Testament  de 
Quesnel.  La  Vie  du  P.  Tommaso  Ceva  fut  écrite  par  le 
P.  Guide  Ferrari,  S.  J.,  et  par  le  P.  Giulio  Cesare  Cor- 
dara,  S.  J.,  dans  la  série  des  biographies  Degli  Arcadi 
illustri.  Le  P.  Boero,  dans  sa  réédition  du  Ménologe  du 
P  Patrignani,  se  contente  de  mettre  en  relief  les  vertus 
religieuses  du  P.  Ceva.  On  trouvera  des  renseigne- 
ments biographiques  et  bibliographiques  dans  la  pré- 
face de  la  traduction  de  S.  de  La  Tour,  et  une  biblio- 
graphie complète  dans  Sommervogel. 

H.  —  XIL  —  9  — 


2B9  CE  VA  -  - 

Sommcrvogel,  ii,  1015-24;  ix,  24;  xi,  1284,  1642.  — 
Mémoires  de  Tréimiix.  1738,  p.  323-30.  —  S.  de  La  Toiir, 
Jésus  enfant,  1843.  —  Patrignani-Boero,  Menolngio,  ii, 
Mese  di  Febbrnin.  67-70.  G.  C.  Cordara,  S.  .1.,  Vita  di 
T.  Ceim,  17.51. 

A.  De  Bil. 

CEYLAN,  l'île  «  reine  et  perle  des  Indes  »  an- 
glaises, d'une  superficie  de  65  605  l<m^  comptant 
5  300  000  liab.  d'une  douzaine  de  races,  avec  les  pour- 
centages suivants  :  42,8  Singhalais;  24,2  Kandiens; 
11,5  Tamouls  ceylanais;  13,4  Tamouls  de  l'Inde; 
5,6  Maures  de  Ceylan;  0,73  Maures  des  Indes;  0,65  Eu- 
rasiens; 0,30  Malais;  0,18  Européens;  0,10  Veddas; 
0,49  divers.  Les  Singhalais  sont  bouddhistes,  les  Ta- 
mouls hindouistes,  les  Maures  mahométans. 

Dès  1517  (1518?)  les  franciscains  y  avaient  inauguré 
leur  apostolat.  S.  François-Xavier  visita  le  Nord  en 
1544.  Plus  tard  arrivèrent  les  dominicains  et  les 
augustins.  Au  début  du  xvii«  s.  l'évêque  de  Cochin 
envoya  les  jésuites  dans  le  Nord.  Il  y  aurait  eu  au 
moins  100  000  catholiques  lorsque,  chassant  les  Por- 
tugais, les  Hollandais,  maîtres  en  1658,  expulsèrent 
les  prêtres  et  persécutèrent  les  catholiques.  Le  P.  Cal- 
deiro,  S.  J.  (supra,  xi,  362-63),  fut  décapité  à  Jafïna. 
Les  oratoriens  de  Goa,  parmi  lesquels  le  P.  Vaz  et  le 
P.  de  Miranda,  sauvèrent  ce  qu'ils  purent;  à  l'arrivée 
des  Anglais  en  1796,  il  restait  quelque  50  000  catho- 
liques; après  dix  ans  d'hésitation  l'Angleterre  rendit 
la  liberté  religieuse. 

Divisions  ecclésiastiques.  —  Sous  le  patronat  portu- 
gais (1517-1836),  Ceylan  dépendit  d'abord  de  Goa  et 
depuis  1557  de  Cochin.  La  période  de  1836  à  1886  fut 
celle  des  vicariats  indépendants  :  Colombo  (23  déc. 
1836),  Jafïna  (1849),  Kandy  (16  avr.  1883),  qui  furent 
élevés  au  rang  de  diocèses,  le  1"  sept.  1886,  avec 
Colombo  comme  métropole.  Le  25  août  1893,  furent 
créés  les  diocèses  de  Galle  et  de  Trincomalie;  le 
5  janv.  1939,  celui  de  Chilaw. 

F.  de  Queiroz,  Conquista  temporal  e  espiritual  de  Ceylao. 
—  Streit,  VI,  23-2-1.  —  Ann.  pont.,  1948,  p.  109,  113,  133, 
148,  151,  257.  —  /,.  r.  K.,  ii,  819-20. 

L.  Van  Hee. 

CHAAGE  (Notre-Dame  de),  Cavea  ou  Chagia, 
à  Meaux.  En  1135,  avec  l'approbation  des  auto- 
rités ecclésiastiques,  quelques  chanoines  de  la  cathé- 
drale S.-Étienne  de  Meaux  se  retirent  pour  mener  la 
vie  régulière  dans  une  ancienne  église  paroissiale,  édi- 
fiée sur  les  ruines  d'un  amphithéâtre  romain  et  ayant, 
dit-on,  servi  jadis  de  cathédrale.  L'évêque  Manassès, 
qui  méritera  le  titre  de  rector  et  fundator,  et  le  chapitre 
favorisent  cette  initiative  et  assurent  le  temporel  du 
nouveau  monastère.  Entre  autres  ressources,  les  régu- 
liers jouissent  d'une  prébende,  des  annales  des  autres 
bénéflciers  et  de  cinq  paroisses.  Par  contre,  ils  doivent 
assurer  le  service  hebdomadaire  à  la  cathédrale  et 
voient  leurs  élections  contrôlées  par  le  chapitre.  Ce 
statut,  analogue  à  celui  de  S. -Quentin  de  Beauvais,  est 
caractéristique  pour  les  communautés  formées  par 
une  sorte  de  dédoublement  des  chapitres  séculiers. 

Pour  assurer  la  discipline  régulière,  les  convertis 
choisissent  leur  premier  abbé,  Élie,  à  S. -Victor  de 
Paris.  Assez  ferme  durant  les  premières  années,  le 
lien  avec  la  maison  mère  ne  tardera  pas  à  se  relâcher 
dans  la  suite.  Les  seuls  événements  marquants  du 
xii"  s.  sont  la  fondation  du  prieuré  de  Juilly  en  1184  et 
les  difficultés  avec  S.-Étienne  au  sujet  des  annates.  La 
discipline  subit  un  premier  fléchissement  au  milieu  du 
xiii«  s.  Au  début  du  xvi"  apparaissent  les  abbés  com- 
mendataires.  En  1642  la  communauté  s'aflilic  à  la 
congrégation  de  France. 

Liste  des  abbés,  dans  Coll.  christ.,  viii,  1716-21. 

Invent,  des  arcli.  départ,  de  Seine-et-Marne,  ii,  57-59, 
//  203-211;  IV,  suppl.  13,  n.  844-45.  —  Bibl.  nat.,  Paris, 


CHAALIS  2r,0 

;  coll.  Baluze,  vol.  li,  p.  20.3-08.  —  Chronicon...,  bibl.  Sto- 
Gene%iève,  ms.  727.  -  -  T.  Duplessis,  Hist.  de  l'Église  de 

I   Meaux,  Paris,  1731,  t.  i,  141-44,  569-74;  ii,  458-59. 
Go//,  christ.,  viii.  1715.  -    Pour  plus  de  détail,  L.-H.  Cotti- 
ne^u,  i,  662. 

Ch.  Dereine. 

CH AAL IS,fC/ia/;sii//n,  Karolilocus  (parfois  con- 
i  fondu  avec  Carus  locus,  «  Cherlieu  »),  illustre  abbaye 
I  cistercienne  près  d'Ermenonville,  dép.  de  l'Oise,  dioc. 
!  de  Beauvais  (jadis  Senlis).  Ce  n'était  à  l'origine  qu'un 
î  petit  prieuré  dépendant  de  Vézelay;  pour  une  rente 
i  annuelle  de  dix  sous,  il  fut  vendu  à  l'abbé  de  Ponti- 
gny,  qui  y  envoya  une  colonie  de  ses  moines  ayant  à 
leur  tête  André  de  Baudiment,  premier  abbé.  D'autre 
part,  le  roi  de  France,  Louis  VI  le  Gros,  voulut  doter 
l'abbaye  (charte  de  donation  :  10  janv.  1136,  d'après 
Luchaire,  op.  cit.  infra)  en  mémoire  de  son  cousin, 
Charles  le  Bon,  comte  de  Flandre,  lâchement  assas- 
siné à  Bruges  en  1127  (cf.  Bertulf,  supra,  viii,  1111). 
Louis  VII  le  Jeune  entra  pleinement  dans  les  vues  de 
son  père;  il  confirma  ses  donations  et  fit  lui-même 
d'autres  libéralités.  Le  clergé  et  la  noblesse  imitèrent 
ces  exemples;  l'abbaye  royale  atteignit  ainsi  un  haut 
degré  de  prospérité.  En  1151,  elle  créait  une  maison 
fille  :  la  Merci-Dieu,  Misericordia  Dei,  au  diocèse  de 
Poitiers. 

Durant  son  premier  siècle  d'existence,  Chaalis  four- 
!  nit  un  évêque  à  Senlis,  Amaury  (1154-67),  un  arche- 
vêque à  Bourges  (1183),  Henri  de  Sully,  frère  d'Eudes, 
qu'L^rbain  III  créa  cardinal  (1186),  un  second  arche- 
vêque à  Bourges,  S.  Guillaume  de  Donjeon  (1199- 
1209,  canonisé  en  1218);  plusieurs  autres  seraient  à 
i  citer.  Nombreux  furent  les  abbés  remarquables,  que 
Rome  ou  le  chapitre  général  de  Cîteaux  chargeaient  de 
I  missions  importantes.   Les   sciences  ecclésiastiques 
j  furent  en  honneur  à  Chaalis;  parmi  les  écrivains  nous 
:  voyons  particulièrement  Jacques  de  Thérines  et  sa 
plaidoirie  au  concile  de  Vienne  (1312),  Guillaume  de 
]  Digulleville  et  son  Pèlerinage  (vers  1330).  A  l'époque 
de  la  Renaissance,  Chaalis  voit  se  succéder  une  série  de 
prélats  —  hommes  énergiques  —  théologiens  et  admi- 
I  nistrateurs  :  Jean  Le  Fel,  Robert  de  la  Tourotte,  Si- 
1  mon  Postel.  Malheureusement  la  commende  apparaît 
!  sous  la  pourpre  d'Hippolyte  d'Esté,  appelé  cardinal  de 
i  Ferrare.  «  Politique  habile,  amateur  de  jouissances 
j  raffinées,  ce  prélat  magnifique  prit  soin  de  bien  orner 
sa  nouvelle  abbaye,  mais  ses  moines  mouraient  de 
faim.  »  Son  neveu  hérita  de  tout.  Plus  tard,  on  eut  un 
petit-fils  du  Grand  Condé,  le  trop  fameux  comte  de 
;  Clermont,  qui  se  désintéressa  totalement  de  son  béné- 
I  fice,  moyennant  une  rente  de  45  000  livres.  De  Chaalis, 
!  il  faut  aussi  évoquer  le  souvenir  de  la  bibliothèque 
(v.  infra)  et  de  l'architecture  (infra).  Actuellement 
subsiste  encore  une  chapelle  du  xni"  s.,  mais  l'église 
est  en  ruine.  Les  bâtiments  et  jardins  appartinrent  un 
temps  au  prince  Joachim  Murât;  en  1902,  ils  étaient 
acquis  par  Mme  E.  André-Jacquemart  qui  en  fit  un 
musée  qu'elle  légua  en  mourant  à  l'Institut  de  France. 

Série  des  abbés  d'après  la  Gallia  :  1.  André  de  Bau- 
diment, 1136-42.  —  2.  Amaury,  1142-54.  —  3.  Didier, 
1155-60.  —  4.  Humbert,  1160-71.  —  5.  Enguerrand, 
1174-81.  —  6.  Pierre  I",  1182-87.  —  7.  S.  Guillaume 
de  Donjeon,  1187-99.  —  8.  Adam,  1202-17.  — 
9.  Eudes,  1218-21.  —  10.  Jean  1^'  de  Caen,  1221-27.  — 
11.  Milon,  1227-38.  —  12.  Jean  II  d'Arbone,  1239-55. 

—  13.  Pierre  II  Thomas,  1258-70.  —  14.  Jean  III  Nor- 
man, 1270.  —  15.  Jean  IV  de  Senlis,  1280.  — 
16.  Laurent  de  Marceaux,  1282-90.  —  17.  Daniel 

1  de  Plailly,  t  1296.  —  18.  Réginald  de  Roquemont, 
t  1308.  —  19.  Jacques  de  Thérines,  1308-17.  — 
20.  Jean  V  Picard,  1317-26.  —  21.  Jean  VI  de  Gaillo 
1326-t  1337.  —  22.  Enguerrand  de  Gournai,  1337-4 

—  23.  Laurent  II  de  Marceaux,  1343-52.  —  24 


261 


CHAALIS  —  CHABORA 


262 


Jean  VII  de  Gaillon,  1352-72.  —  25.  Gautier  le  Comte, 
1375-79.  —  26.  Jean  VIII  Dubois,  1380-97.  — 
27.  Laurent  III  de  la  Rue,  1412-18.  —  28.  Paris  de 
Beaune,  1418-21.  —  29.  Alain  de  Sorel,  1438.  — 
30.  Jean  IX  de  Senlis,  1438-55.  —  31.  Guy  d'Autun, 
1456,  devient  abbé  de  Pontigny,  puis  de  Cîteaux, 
1458.  —  32.  Pierre  III  de  Virey,  devient  abbé  de  Clair- 
vaux,  1471.  —  33.  Jean  X  Le  Fel,  1471-1501.  — 
34.  Robert  de  la  Tourotte,  1501-23.  —  35.  Simon  Pos- 
tel,  1523-41.  —  36.  Card.  Hippolyte  d'Esté,  1541-72. 

—  37.  Louis  d'Esté,  1572-86.  —  38.  Julien  de  Saint- 
Germain,  év.  de  Césarée,  1586.  —  39.  Achille  de  Har- 
lay,  1589.  —  40.  Abel  de  Montliard,  1601.  —  41.  Louis 
de  Lorraine,  card.,  1601.  —  42.  Charl. -Louis  de  Lor- 
raine, card.,  1630.  —  43.  Jean  d'Estrades,  év.,  1642.  — 
44.  Jules-Paul  de  Lionne,  1668.  —  45.  Louis,  comte  de 
Clermont,  1721. — 46.  Jean  deBoisgelin  de  Cucé,  1779. 

Bibliothèque.  —  Catal.  des  niss.  de  Chaaiis  dressé  vers  la 
fin  du  XII»  s.  :  ms.  351,  fol.  123-27,  bibl.  de  l'^^senal,  Paris, 
et  reproduit  au  l.  viii,  439  du  Catal.  des  mss.  des  bibl.  de 
France,  .\rsenal.  —  Au  xvii*  s..  Ch.  Le  Tonnelier  dressa 
un  autre  catalogue  :  ms.  4630,  fol.  24-46,  bibl.  de  l'Arsenal. 
• —  En  1713,  dom  Martène  parlait  avec  éloge  de  la  bibl.  de 
Chaaiis,  Voijafie  litt.,  i,  part.  II,  p.  258. 

Architecture.  — -  M.  Aubert,  L'archit.  cisterc.  en  France, 
Paris,  1943,  i,  ii,  passim.  —  C.  Enlart,  Orig.  frnnç.  archit. 
goth.  en  Italie,  Paris,  1894,  p.  229,  230,  275.  —  L.  Gillet, 
Abbaye  de  Chaaiis  et  musée  Jacquemart-André,  Paris,  1914. 

—  Lefè\Te-Pontalis,  L'église  abbatiale  de  Chaaiis,  Caen, 
1903. 

Archives.  —  Départ,  de  l'Oise,  34  registres,  309  liasses  : 
bulles  (xii«-xiv"  s.);  donations  (xii'-xiii»  s.);  sceaux  (xn"- 
XIII»  s.);  inventaire  (xviu'  s.);  comptes  (xviii«  s.);  registre 
des  noviciats,  professions  et  sépultures  (1766-85).  —  Arch. 
nat.  :  L  1002.  —  Arch.  départ,  de  Seine-et-Marne  :  257 
H  1  (H  44),  carte  géométrique  de  la  seigneurie  de  Stains 
(1740).  —  Bibl.  nat.  Paris  :  mss.  lut.  9170,  copies  et  invent, 
des  titres  (xvii»-xvni«  s.);  9976-9982,  copies  et  extr.  de 
chartes;  9983,  ibid.  (xvi»  s.);  9984,  ibid.  (1532);  10400, 
fol.  40,  fragm.  cart.;  11003,  cart.  in-S"  (1390);  17113,  extr. 
par  Gaignières  (xvii"  s.);  mss.  fr.  20901,  n.  65;  nouv.  acq. 
lat.  2316,  chartes  originales  (xii'-xiii»  s.);  coll.  Bastard, 
sceaux,  n.  234;  coll.  Moreau,  ms.  790;  coll.  Duchesne, 
t.  Lxxiv,  fol.  112,  extr.  d'obituaire. —  Bibl.  de  la  Chambre 
des  députés  :  ms.  346,  fol.  118;  ms.  347,  fol.  119.  —  Car- 
pentras,  bibl.  munie.  :  ms.  1791,  fol.  .598.  —  Chaumont, 
bibl.  munie.  :  ms.  79,  lettre  de  l'abbé  .Tean  (1484). 

Cottineau,  i,  662.  —  L.  Delisle,  Catal.  des  actes  de  Philippe 
Auguste,  Paris,  1856,  n.  85,  314,  2099  et  p.  531.  —  Gall. 
christ.,  x,  1508.  —  L.  Gillet,  L'abbaye  de  Chaaiis,  dans 
Revue  des  Deux  Mondes,  1912,  p.  427  sq.  ;  Le  Tasse  à 
l'abbaye  de  Chaaiis,  Paris,  1914.  —  Jaffé,  8267,  9626, 
10690,  11086,  12463,  13749.  —  Janauschek,  Origines 
cisterc.  Vienne,  1877,  p.  44.  —  Jean  de  Jlontreuil,  descrip- 
tion de  l'abbaye,  dans  Martène,  Amp/issima..,  ii,  Paris,  1724, 
col.  1388.  —  A.  Luchaire,  Louis  V7,  Annales  de  sa  vie..., 
Paris,  1890,  n.  563,  596;  Études  sur  les  actes  de  Louis  VII, 
Paris,  1885,  n.  18,  62,  182,  195,  279,  605,  624,  792.  —  Man- 
rique,  dans  Ann.  cisterc,  ann.  1136,  c.  ix,  n.  1,  5,  Lyon,  1642, 
1,  5.  —  E.  MuUer,  Vingt-neuf  chartes  orig...  Chaaiis,  Senlis, 
1892.  —  Potthast,  Rey.,  3239,  3919,  4388,  5373,  5811, 
9528,  25678.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  Cisterc,  i-viii,  éd. 
Louvain,  1933-41;  les  Indices  donnent  la  synthèse  des 
nombreuses  références  concernant  Chaaiis.  —  Trois  lettres 
du  Mercure  de  France  (1736-1740),  rééd.  Paris,  1923  (il 
s'agit  particulièrement  des  visites  du  roi  S.  Louis  à  Chaaiis). 

J.-M.  Canivez. 

CHAALIS  (Adam  de).  Voir  Adam,  abbé  de 
Chaaiis,  i,  465. 

CHABANEL  (Noël).  Voir  Noël  Chabanel 
(Saint). 

CHABANNES  (Adhémar  de).  Voir  Adémar  de 
Chabannes,  I,  535-40. 

CHABANNES  (Rosalie  de),  moniale  cister- 
cienne-trappistine  sous  le  nom  de  Sœur  Augustine. 
Née  en  1770  d'une  famille  noble  de  la  Gascogne,  elle 


entra  âgée  de  dix-huit  ans  à  l'abbaye  cistercienne  de 
S. -Antoine  de  Paris.  La  Révolution  ne  tarda  pas  à  l'en 
faire  sortir;  elle  échappa  de  justesse  à  l'échafaud.  Vou- 
lant continuer  sa  vie  religieuse,  elle  court  en  Suisse  où 
s'était  réfugié,  avec  un  groupe  de  moines,  dom  Augus- 
tin de  Lestrange,  maître  des  novices  à  la  Trappe.  Elle 
devint  bientôt  supérieure  des  trappistines  du  Valais. 
Mais  il  fallut  fuir  la  Révolution  toujours  menaçante; 
elle  suivit  donc  alors  les  moines  dans  leurs  invraisem- 
blables pérégrinations  à  travers  l'Europe.  En  1802, 
elle  fut  envoyée  en  Angleterre  comme  fondatrice.  Elle 
y  créa,  en  effet,  le  monastère  de  Stapehill  qu'elle  gou- 
verna jusqu'en  1844.  Depuis  1935,  Holy-Cross  de 
Stapehill,  par  Wimborne,  dans  le  Dorsetshire,  est 
devenu  abbaye. 

Annales  de  l'abbaye  d'Aiguebelle,  i,  ii.  Valence,  1863.  — 
Comte  de  Charencey,  Hist.  de  l'abb.  de  la  Grande-Trappe, 
II,  Mortagne,  1911,  p.  414.  —  Dom  Lamb.  Nolle,  Das 
Cisterzienserinnenkloster  Stapehill,  dans  Studien...,  1937, 
p.  321.  —  Odyssée  monastique.  D.  de  Lestrange  et  les  Trap- 
pistes pendant  la  Révolution,  Grande-Trappe,  1898.  — 
Vie  de  dom  Antoine  de  Beauregard,  Paris,  1840,  p.  74.  — 
La  Trappe  in  England;  C.hronicles  of  an  unknow  monastery, 
Stapehill,  1937. 

J.-M.  Canivez. 
CHABAS,  évêché  d'Égypte.  Voir  Cabasa,xi,  13. 

CHABERT  (Bernard).  Voir  Bernard  Chabert, 
vin,  660-61. 

CHABORA,  Habora,  Haboura,  Hâbûr,  Khâbûr, 
ville  de  Mésopotamie,  située  près  du  confluent  du  Hâbûr 
et  de  l'Euphrate,  identifiée  par  plusieurs,  à  tort,  avec 
Circesium  (Dussaud,  op.  infra  cit.),  ce  qui  ressort  aussi 
des  listes  épiscopales  de  la  Chronique  de  Michel  le  Sy- 
rien qui  distingue  les  deux  diocèses.  Nous  avons  trouvé 
trace  des  titulaires  suivants  de  cet  évêché  jacobite  : 
Dioscore  (667),  cité  dans  le  ms.  syriaque  Berlin  179 
(Sachau  221),  fol.  110  v°,  qui  gouvernait  également 
le  diocèse  jacobite  de  Singâr;  Étienne  (759-767-68); 
Ézéchiel  (vers  965)  et  Jean  (vers  1004),  tous  deux  en 
même  temps  métropolites  de  Dara;  Bar  Turca  (1130); 
Jean  (1125-65);  Daniel  (1222)  ;  Timothée  (1580).  Deux 
évêques  de  Habora  sont  encore  cités  dans  le  Liber 
vitae,  diptyques  que  le  patriarche  d'Antioche,  Siméon 
Ignace,  fit  dresser  en  1648  et  qui  sont  conservés  dans  le 
nis.  Vat.  syr.  39  (S.  E.  Assemani  et  J.  S.  Assemani, 
dans  Bibliothecae  aposlolicae  Vaticanae  codicum  ma- 
nuscriptorum  catalogus,  ii,  Rome,  1758,  p.  275  sq.),  à 
savoir  :  Abraham  et  Jean;  ce  dernier  gouvernait  en 
même  temps  les  diocèses  de  I.'arran  et  de  Nisibe  et  la 
liturgie  syriaque  jacobite  possède  une  anaphore  qui  lui 
est  attribuée,  composée,  d'après  A.  Baumstark  (Ge- 
schichle  der  syrischen  Litercdur,  Bonn,  1922,  p.  294), 
en  1221-22.  Un  Abraham  de  I.Iabora  est  cité  dans  le 
ms.  British  Mus.  Add.  17  231  (W.  Wright,  Catalogue 
of  the  Syriac  mss.  in  ihe  British  Mus.,  i,  Londres, 
1870  sq.,  p.  300,  col.  2)  comme  auteur  d'un  sedrâ  en 
l'honneur  de  S.  Jean  l'évangéliste;  est-ce  le  même 
personnage  que  l'évêque  mentionné  plus  haut? 

Le  Quien,  ii,  1485-90.  —  J.  S.  Assemani,  Bibliotheca 
orientons,  ii,  Rome,  1721,  p.  111,  227.  —  J.  B.  Abbeloos- 
T.  J.  Lamy,  Gregorii  bar  Hebraei  chronicon  ecclesiasticum, 
I,  Louvain,  1871  sq.,  col.  322,  n.  1;  520,  688.  —  Pauly- 
Wissowa,  xi-1,  col.  505  (au  mot  Kirkesion).  —  J.-B.  Chabot, 
Chronique  de  Denys  de  Tell  Mahré,  Paris,  1895,  p.  60,  90; 
Chronique  de  Michel  le  Syrien,  m,  Paris,  1905  sq.,  p.  466, 
469.  —  E.  Sachau,  Verzeichnis  der  syrischen  Handschriften 
der  kgl.  Bibliolhek  zu  Berlin,  ii,  Berlin,  1899,  p.  587,  col.  1  ; 
Zur  Ausbreitung  des  Christentums  in  Asien,  dans  Abhandl. 
der  preuss,  Akad.  der  Wiss.,  Phil.-hist.  Klasse,  Berlin, 
1919,  p.  46.  —  R.  Dussaud,  Topographie  historique  de  la 
Syrie  antique  et  médiévale,  Paris,  1927,  p.  4.58,  487.  — 
G.  Levi  Délia  Vida,  Documenli  intorno  aile  relazioni  délie 


2  fi  a 

Chie.ie  orientali  con  la  S.  Sede,  Cité  du  Vatican,  1948, 
p.  S6,  89,  dans  Sliirli  e  Tesli,  143. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CHACHAPOYAS,  ville  du  Pérou,  dép.  d'Ama- 
zonas,  fondée  par  Alonso  de  Alvarado  en  1586,  ancien- 
nement appelée  Ciudad  de  la  Frontera  ou  San  Juan  de 
la  Frontera;  depuis  le  4  juill.  1843,  siège  d'un  évêché, 
fondé  à  Maynas  en  1805  et  suffragant  de  Lima. 

Évêque  de  Maynas.  —  Hippolyte  Ant.  Sanchez 
Rangel,  fr.  min.,  27  juin  1805;  trans.  à  Lugo,  18  déc. 
1824.  —  Vacance. 

Évêques  de  Chachapoyas.  —  Pierre  Ruiz,  12  sept. 
1853-t  1863.  —  François  Sol.  Risco,  27  mars  1865; 
dém.  —  Joseph  J.  Yrala,  salés.,  admin.  apost. ; 
év.  8  juin  1904;  dém.  —  Émile  Lisson,  16  mars 
1909;  archev.  de  Lima,  1918.  —  Octave  Ortiz  Arieta, 
1921. 

Gams,  142;  suppl.,  133.  —  Cath.  Enc,  m,  551;  suppl.,  i, 
174.  —  Enc.  Espasa,  xvi,  1382. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHACO.  Voir  Concepcion  de  Paraguay. 

CHACON  (Alonso).  Né  à  Baeza  (Andalousie), 
vers  1540,  Chacon  prit  l'habit  des  frères  prêcheurs  au 
couvent  de  S. -Thomas  à  Séville,  où  il  fut  régent  des 
études.  Nommé  pénitencier  à  S. -Pierre  de  Rome,  il 
s'adonna  à  l'étude  des  antiquités  romaines  et  chré- 
tiennes. Aussi,  lorsqu'en  1578  (31  mai)  un  affaissement 
du  sol  révéla  l'existence  de  galeries  souterraines  sous  la 
i>i^7)a  Sanchez,  Chacon  entreprit-il  l'étude  de  cette 
nouvelle  catacombe.  Les  croquis  qu'il  en  fit  exécuter, 
ainsi  que  dans  d'autres  cimetières  romains  (cata- 
combes de  Priscille  et  de  Novella),  constituent  de  nos 
jours  le  ms.  Vat.  lat.  5409.  Écrivain  prolixe,  la  critique 
s'est  parfois  montrée  sévère  à  l'égard  de  ce  domini- 
cain, que  ses  contemporains  ont  considéré  comme  un 
archéologue  et  un  historien  de  valeur.  Seules,  de  nos 
jours,  les  Vitae  et  res  gestae  Summorum  pontiflcum, 
dans  l'édition  que  le  P.  Oldoini  en  donna  en  1677,  sont 
encore  utilisées.  Chacon  travaillait  à  leur  impression 
(1"  éd.,  Rome,  1601)  quand  il  mourut.  Son  décès  se 
place  certainement  avant  le  19  mai  1599,  très  proba- 
blement, au  témoignage  de  De  Thou,  le  4  févr.  de 
cette  année. 

N.  Antonio,  Bibl.  nova  hispana,  i,  1783,  p.  18-19.  — 
Quétif-Échard,  ii,  344-46.  —  J.-B.  De  Rossi,  La  Roma 
sotterranea  cristiana,  i,  Rome,  1864,  p.  15-17.  —  .1.  Wilpert, 
Die  Katakombengemàhie  und  ihre  alten  Copien...,  Fribourg- 
en-Br.,  1891,  p.  4-23.  —  G.  Mercati,  La  data  délia  morte  del 
P.  Ciacconio,  dans  Studi  Romani,  ii,  1914,  p.  354-56.  — 
Enc.  Espasa,  xvi,  1377.  —  A.  Zucchi,  Roma  domenicana, 
IV,  Florence,  1943,  p.  103,  197-98. 

M. -H.  Laurent. 
CHAD  (Saint).  Voir  Ceadda,  xii,  13. 

CHADIRA,  Hazlra,  Alhazïra,  localité  de  Baby- 
lonie,  située  non  loin  de  Takrit,  et  siège  d'un  évêché 
nestorien.  L'existence  de  ce  dernier  est  attestée  pour 
l'année  1257,  du  fait  que  son  évêque  I5ô'yahb  parti- 
cipa en  qualité  d'archidiacre  à  l'ordination  du  catho- 
licos  Makkîkhâ  IL 

Le  Qiiien,  ii,  1313  sq.  —  J.  S.  Assemani,  Bibliolheca 
orienialis,  Rome,  1719  sq.,  ii,  4,55;  iii-l,  556;  m-2,  736.  — 
G.  Hoffmann,  Aits2ùge  aus  syrischen  Akten  persischer 
Màrtyrer,  Leipzig,  1880,  p.  186  sq.  —  H.  Gismondi,  Maris 
Amri  et  Slibae  ilo  patriarchis  nestorianoriim  commenlaria, 
II»  part.,  trad.  lat.,  Rome,  1897,  p.  69.  —  E.  Sachau,  Zur 
Ausbreitung  des  Cliristentums  in  Asien,  dans  Abhandl.  der 
prenss.  Akad.  der  Wiss.,  Phil.-hist.  Klasse,  Berlin,  1919, 
p.  34-36. 

Arn.  Van  Lantschoot. 
CHADUC  (Blaise),  oratorien  français  (1608-94). 
Voir  D.  T.  C,  II,  2189. 


264 

CHAFFRE  (Saint),  abbé  de  Carméry.  D'après  la 
Vita,  Theofredns,  dont  le  nom  en  languedocien  devint 
Chaffre,  était  né  à  Orange  et  fut  le  2"  abbé  de  Carméry. 
Lors  de  l'invasion  des  Sarrasins,  après  avoir  mis  ses 
moines  en  sécurité,  il  resta  près  de  son  monastère 
pour  le  protéger  contre  les  attaques  des  barbares;  il 
tomba  victime  de  son  dévoûment.  Son  martyre,  selon 
toute  probabilité,  se  place  en  732.  —  Chaffre  jouit  d'un 
culte  très  ancien  (19  oct.),  bien  que  son  nom  n'ait  pas 
été  repris  par  le  martyrologe  romain.  Ses  reliques, 
conservées  dans  l'église  abbatiale,  furent  cachées  à  la 
Révolution  française.  Il  y  en  eut  une  reconnaissance 
en  1822. 

Ce  S.  Chaffre  ou  Theofredus  est  le  même  que 
Teofredo  ou  Eufredo  du  11  oct.,  titulaire  de  Cervere 
et  Cherasco.  Ces  églises  primitivement  dépendaient  de 
Carméry,  mais  en  1457  furent  unies  au  monastère  de 
S. -Pierre  de  Savigliano.  On  fît  alors  de  Teofredo  un 
saint  de  Cherasco  ou  un  martyr  thébain;  et  même, 
l'église  d'Alba  croyait  posséder  son  corps. 

A.  Boit.,  XVI,  104.  —  A.  S.,  oct.,  v,  646-47;  viii,  515-26. 
—  G.  Arsac,  Le  monaslier  S.  Chaffre,  Le  Puy,  1907.  — 
B.  H.  L.,  8103-05.  —  Ceillier,  xn,  45.  —  H.  L.  Fr.,  iv, 
60-61;  vn,  411-12.  —  Mabillon,  Acta  S.  Bened.,  2'  éd., 
Iii-l,  449-50.  —  Savio,  Il  monastero  di  S.  Teofrede  di 
Cervere  ed  il  culto  di  S.  Teofredo,  dans  Miscell.  star,  ilal., 
1897,  p.  57-77.  —  A.  Ferma,  Sull'  origine  del  culto  di 
S.  Cliiaffredo,  dans  A.  Doll.,  lxvui,  362-68. 

R.  Van  Doren. 
CHAGNOALD.  Voir  Caonoald,  xi,  174-75. 

CHAIGNON  (Pierre),  écrivain  ascétique,  S.  J. 
(1791-1883).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2189-90. 

CHAISE-DIEU,  Casa  Dei,  abbayes  de  prémon- 
trés :  1.  au  dioc.  d'Auch,  voir  Case-Dieu,  xi,  1268;  — 
2.  au  dioc.  d'.Arras,  voir  Vi  cogne. 

CHAISE-DIEU  (LA),  Casa  Dei,  SS.-Vital-et- 
Agricola,  ensuite  S. -Robert,  abbaye  de  bénédictins,  au 
dioc.  de  Clermont,  auj.  du  Puy,  arrond.  de  Brioude 
(Hte-Loire).  Ce  monastère,  le  plus  important  de  l'Au- 
vergne, eut  comme  premier  abbé  S.  Robert  de  Tur- 
lande,  qui  y  vécut  d'abord  en  ermite  (1043),  puis  éta- 
blit une  communauté  (1046)  approuvée  par  le  roi 
Henri  I"  en  1052.  Dès  le  début  la  Chaise-Dieu  fut 
l'objet  de  nombreuses  libéralités.  Elle  devint  bientôt 
chef  d'une  congrégation  qui  compta  8  abbayes, 
90  prieurés  en  Auvergne,  186  en  France,  17  en  Es- 
pagne, Suisse  et  Italie.  Ces  maisons  constituaient  un 
groupe  très  centralisé.  Leurs  supérieurs,  d'après  les 
prescriptions  de  Pascal  II  et  d'Eugène  III,  étaient 
élus  par  l'abbé  et  les  moines  de  la  Chaise-Dieu,  et 
aucun  dignitaire  ne  pouvait  être  nommé  sans  leur 
assentiment. 

Les  huit  premiers  abbés  furent  tous  canonisés. 
Parmi  eux  se  signale  S.  Robert  Seguin  qui  aida  à  la 
fondation  des  chartreux.  Le  pape  Clément  VI,  moine 
de  la  Chaise-Dieu,  combla  le  monastère  de  ses  faveurs. 
Il  fit  élever  à  ses  frais  la  splendide  église  abbatiale 
(1344-52),  construite  par  l'architecte  Hugues  Moret. 
Il  la  choisit  comme  lieu  de  sépulture.  Sous  l'influence 
de  Richelieu,  qui  fut  abbé  commendataire,  la  Chaise- 
Dieu  fut  unie  à  la  Congrégation  de  S.-Maur  en  1640.  — 
L'église,  devenue  paroissiale,  a  été  conservée.  Elle 
possède  un  chœur  avec  144  stalles,  un  jubé  remar- 
quable du  xvii"  s.,  une  danse  macabre  du  xv«  s., 
17  riches  tapisseries  exécutées  d'après  les  dessins  de 
Tadeo  Gaddi.  Parmi  les  bâtiments  conventuels,  qui 
subsistent  encore  pour  la  plupart,  se  trouvent  deux 
galeries  du  cloître  du  xv«  siècle. 

Liste  des  abbés.  —  Robert,  1046-t  16  avr.  1067.  — 
Durand,  év.  de  Clermont  en  1078.  —  Robert  Seguin, 


CHABORA  —  CHAISE-DIEU  (LA) 


265 


CHAISE-DIEU  (LAj 


—  CHALAIS 


266 


1078,  t  1094.  —  Ponce  I"  de  Turnon,  1094,  obtint 
l'immunité,  év.  du  Puy  en  1102.  —  Êmeric,  év.  de 
Clermont  vers  1111.  —  Étienne  I"  de  Mercœur,  1114, 
t  1146.  — •  Jourdain  de  Montboisier,  f  24  nov.  1158.  — 
Ponce  II  de  Beaudimer,  f  1169.  —  Guillaume  I" 
de  Torrent,  f  1176.  —  Bertrand  Isarin,  t  1179.  — 
Lantelme  ou  Lancelin,  1179,  év.  de  Valence  en  1192. 

—  Dalmace  de  Cusse  ou  de  la  Cour,  f  1192  (?).  — 
Étienne  II  de  Brezons,  f  1194.  —  Bernard  Balon  ou  de 
Vallons,  1194.  —  Hugues  I"  d'Anglar,  f  1203.  — 
Armand  de  Brezons,  1204,  f  1227.  —  Gérald  de  Mont- 
clar,  1227.  —  Guillaume  II  de  Boissonnelle.  —  Ber- 
trand de  Paulhiac  ou  de  Paulhine,  1247  (?),  t  1259.  — 
Albert  ou  Arbert  de  la  Molette,  f  1282.  —  Eblo  de 
Montclar.  —  Aimoin  de  la  Queuille  (de  la  Cula),  1296, 
1307.  —  Hugues  II  de  Arcu,  t  1318  ou  1319.  —  Jean 
de  Chandorat,  1318,  év.  du  Puy  en  1342.  —  Rigald  ou 
Réginald  I"  de  Montclar,  1342,  f  1346.  —  Pierre  d'Ai- 
grefeuille,  1346,  év.  de  Clermont  en  1347.  — 
Étienne  III  de  Malet,  1347,  archev.  de  Toulouse  en 
1350.  —  Étienne  IV  d'Aigrefeuille,  1350.  —  Guil- 
laume III  Gaultier,  1361,  abbé  de  S.-Médard  de  Sois- 
sons,  1366.  —  Guillaume  IV  de  Ulmo,  t  27  mars  1378. 

—  André  de  Chanac  ou  Airaud,  f  12  mai  1420.  — • 
Hugues  III  Chauvigny  de  Blot,  abbé  de  Menât,  1421, 
démissionna  en  1465,  t  1"  août  1478.  —  Réginald  de 
Chauvigny  de  Blot,  t  9  mai  1491.  —  Jacques  de 
Seneterre,  1491,  f  1518.  —  Gard.  Adrien  Goufler  de 
Boisy,  év.  de  Constance,  1518,  premier  abbé  commen- 
dataire,  céda  en  1519  au  suivant.  —  Card.  François  de 
Tournon,  archev.  d'Évreux;  en  1541,  résigna  l'ab- 
baye en  faveur  de  son  neveu,  tout  en  gardant  l'admi- 
nistration. —  Charles  de  Tournon,  év.  de  Viviers;  en 
1542  déjà,  il  rendit  l'abbaye  à  son  oncle,  qui  garda  la 
commende  jusqu'à  sa  mort,  22  avr.  1562.  —  Henri 
d'Angoulême,  fils  naturel  d'Henri  II,  grand  prieur  de 
Malte,  nommé  en  1562,  tué  en  1586  par  Philippe, 
baron  de  Castellane.  —  Les  moines  élirent  Pierre  de 
Frétât,  grand-prieur,  mais  Henri  III  cassa  l'élection. 

—  Charles  d'Orléans,  fils  naturel  de  Charles  IX,  1586. 

—  En  1589,  le  chapitre  élit  un  moine,  Antoine  d'Urfé; 
mais  Henri  IV  désigna  Nicolas  de  Neufville,  seigneur 
de  Villeroy.  —  En  1608,  ce  dernier  céda  la  Chaise- 
Dieu  à  Louis  de  Valois  qui,  en  1612,  fut  nommé  à 
l'évêché  d'Agde,  mais  ne  reçut  pas  les  ordres.  — 
Louis  de  Valois  s'étant  marié  en  1629,  la  Chaise-Dieu 
passa  au  card.  Armand  I"  du  Plessis  de  Richelieu  qui 
la  garda  jusqu'à  sa  mort,  1642.  —  Card.  Alphonse- 
Louis  du  Plessis  de  Richelieu,  l^"^  août  1643,  t  23  mars 
1653.  —  Card.  Jules  Mazarin,  10  oct.  1653,  t  9  nov. 
1661.  —  Card.  François  Mancini,  son  neveu,  1661, 
t  à  Rome,  28  juin  1672.  —  Hyacinthe  Serroni,  noble 
romain,  O.  P.,  évêque  d'Orange,  puis  de  Mende,  com- 
mendataire  en  1672,  t  7  janv.  1687.  —  Henri  I"- 
Achille  de  la  Rochefoucauld,  déjà  abbé  de  Fontfroide 
et  de  Beauport,  nommé  le  20  janv.  1687, 1  19  mai  1698. 

—  Henri  II  de  la  Rochefoucauld,  abbé  de  Fontfroide 
et  de  Ste-Colombe  de  Sens,  nommé  en  1698,  t  16  déc. 
1708.  —  François  de  Lorraine  d'Armagnac,  24  déc. 
1708,  t  19  oct.  1712.  —  Card.  Armand  II  Gaston  de 
Rohan,  22  avr.  1713. 

A.  S.,  avr.,  m,  317.  —  Acta  S.  ord.  S.  Bened.,  VI,  ii,  183. 

—  V.  Baubet,  Éludes  histor.  et  archéol.  sur  l'abbaye  de  la 
Chaise-Dieu,  1043-1516,  dans  École  des  chartes,  positions 
des  thèses,  1914,  p.  .5-10.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes  et 
prieurés  de  l'anc.  France,  v,  10.  —  Branche,  Hist.  des  ordres 
monastiques  en  Auvergne,  97-135.  —  Cottineau,  i,  667-69. — 
E.  Darand,  La  Chaise-Dieu,  Paris,  1903.  —  M.  Faucon, 
Documents  inédits  sur  l'église  de  la  Chaise-Dieu,  dans  Bull, 
du  Com.  des  trau.  hist.  et  archéol.,  1884-85.  —  Gall.  christ.. 
Il,  327.  —  N.  Gardon,  Hist.  de  la  Chaise-Dieu,  éd.  A.  Jaco- 
tin.  Le  Puy-en-Velay,  1912.  —  P.  Georges,  L'abbaye  béné- 
dictine de  la  Chaise-Dieu,  Paris,  1924.  —  J.  Langlade,  L'ab- 
baye de  la  Chaise-Dieu,  Paris,  1923.  —  Martène-Charvin, 


Hist.  de  la  Congrég.  de  S.-Maur,  n,  222.  —  Ph.  Schmitz, 
Hist.  de  l'ordre  de  S.-Benoît,  m,  109.  —  Devic-Vaissete, 
Hist.  gén.  de  Languedoc,  v,  746-63. 

R.  Van  Doren. 
CHALADE  (LA),  Caladia,  Kaladia,  Quatadia, 
ancienne  abbaye  cistercienne  située  dans  le  dioc.  de 
Verdun  (Meuse),  sur  la  comm.  de  Lachalade,  le  long  de 
la  Biesme.  Ce  n'était  d'abord,  dans  la  forêt  d'Ar- 
gonne,  qu'une  sorte  d'ermitage  où  séjournait  un  petit 
groupe  de  moines.  Quand  leur  fut  enlevé  leur  supé- 
rieur, Robert,  appelé  à  l'abbatiat  de  Beaulieu-en-Ar- 
gonne,  ils  supplièrent  Guy,  l'abbé  cistercien  de  Trois- 
Fontaines,  de  leur  envoyer  quelques-uns  de  ses  reli- 
gieux. La  Chalade  devint  ainsi  abbaye  petite-fille  de 
Clairvaux  (1128).  Des  dons  abondants  lui  furent  con- 
cédés, spécialement  par  le  pieux  évêque  Albéron  de 
Chiny,  au  point  que  la  population  monastique  du  nou- 
vel établissement  atteignit  presque  le  chiffre  de  300 
avant  la  fin  du  xii^  s.  Vers  1398,  un  procès  pénible 
éclata  à  la  suite  de  l'achat  de  l'importante  ferme  La 
Borde  à  Thogny,  que  possédait  l'abbaye  de  Cherninon. 
A  cette  époque  d'ailleurs,  la  feryeur  était  en  baisse. 
En  1637,  Richelieu,  qui  réformait  les  monastères,  fit 
entrer  la  Chalade  dans  la  stricte  observance.  La  com- 
mende n'allait  pas  tarder  à  venir.  L'abbaye  disparut  à 
la  fin  du  xviii»  s.  L'église  est  en  ruine;  ce  qui  reste  des 
bâtiments  conventuels  est  converti  en  habitations 
particulières. 

Abbés.  —  1.  Hugues,  1128.  —  2.  Haton,  1138.  — 
3.  Gontier,  1148,  1156.  —  4.  Remi,  1167,  1169.  — 
5.  Eustache,  1175,  1180.  —  6.  Guy,  1192.  —  7.  Richer, 
1203.  —  8.  Adam,  1206,  1208.  —  9.  Thibaud,  1213.  — 

10.  Robert,  1214.  —  11.  F.,  1228.  —  13.  Roger,  1239. 

—  13.  Geofîroy,  1244.  —  14.  Martin,  1266.  — 
15.  Jean  I",  1310.  —  16.  Jean  II,  1405.  —  17.  Jean  III 
de  Varennes,  1421,  1429.  —  18.  Nicolas,  1451.  — 
19.  Robert  II,  1468.  —  20.  Nicolas  II  Clasquin,  1484.  — 
21.  Jean  IV  de  Monblainville,  1510.  —  22.  Jean  V  Her- 
belet.  —  23.  Jacques  Mahinet,  1529.  —  24.  Claude  I" 
Angenost,  1541.  —  25.  Bernard  de  la  Ferté,  th.  doct., 
1574.  —  26.  Claude  II  Lollier,  1578,  1581.  —  27.  Ni- 
colas-Thomas de  Clermont,  1581.  —  28.  Charles, 
card.  de  Lorraine,  commendataire,  1583.  —  29.  Charles 
Poignant.  —  30.  Christophe  de  la  Vallée,  év.  de  Tulle, 
1592.  —  31.  François  de  Livron  de  Bourbonne,  1634. 

—  32.  Gilbert  de  Clerembaud  de  Palluau,  év.  de  Poi- 
tiers, 1648.  —  33.  Adrien  de  Guittoneau,  1680.  — 
34.  Nicolas  Cheron,  1683.  —  35.  Louis-François  de 
Vassinhac,  1692.  —  36.  N.  de  Geoffreville,  1717.  — 

37.  Charles  de  Broglie,  év.  de  Noyon,  1757.  — 

38.  Claude  de  Tudert,  1774.  —  39.  Jacques-Marc- An- 
toine de  Mahuet  de  Lupecourt,  1779. 

Archives.  —  Départ,  de  la  Meuse  :  i7  H,  1  à  5,  3  cart. 
(1645-1789);  F  89.  —  Bibl.  nat.,  Paris  :  c611.  de  Lorraine, 
ms.  282  (1175-1515);  coll.  de  Champagne,  vol.  v,  fol.  90- 
111,  titres  des  xiF-xiii»  s.,  copie  du  xyiii"  (=  Stein,  Cart. 
franç.,  n.  1788);  coll.  Moreau,  ms.  24i,  copie  de  chartes.  — 
Reims,  bibl.  munie.  :  ms.  346,  fol.  192;  coll.  Tarbé,  ms.  23, 
carton  II,  charte  de  Thibaud  (1228).  —  Verdun,  bibl. 
munie.  :  ms.  18,  sentence  rendue  en  1574.  —  Arch.  de 
Chantilly  :  E  S  (1223-1759). 

M.  Aubert,  L'architecture  cist.  en  France,  Paris,  1943, 
I,  II,  passim.  —  Calmet,  Hist.  de  Lorraine,  i,  preuves,  237; 

11,  95;  VII,  p.  XLiii.  —  Ga».  christ.,  xni,  1319.  —  Janauschek, 
Orig.  cisterc,  i.  Vienne,  1877,  p.  14.  — ■  Laurentii,  Gesta 
episc.  Virdun.,  dans  M.  G.  H.,  SS.,  xii,  513.  —  Manrique, 
Annales  cisterc,  ann.  1128,  Lyon,  1642.  — •  Potthast, 
Rey.,  6978.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  Cisterc,  i-vni,  éd.  Lou- 
vain,  1933-41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CHALAIS,  Calesia,  Chalaisium,  au  dioc.  de 
Grenoble,  comm.  de  Voreppe,  cant.  de  Voiron  (Isère). 
Une  abbaye  y  fut  fondée  sous  le  vocable  de  Notre- 
Dame  et  S.  Jean-Baptiste,  au  début  du  xii«  s.,  par 
l'évêque  de  Grenoble,  S.  Hugues,  avec  Garin  comme 


267 


CHALAIS 


—  CHALANT 


268 


premier  supérieur.  Les  moines  vécurent  d'abord  la  vie  ] 
érémitique  et  portaient  l'habit  blanc.  Mais  dès  avant  j 
1125  ils  devaient  suivre  la  règle  bénédictine  sous  j 
l'abbé  Bernard,  avec  des  constitutions  inspirées  sans  : 
doute  de  Cîteaux.  Une  douzaine  de  monastères,  situés 
dans  le  Dauphiné  et  le  midi  de  la  France,  s'afTdièrent 
bientôt  à  Chalais.  Ce  nouvel  ordre  eut  ses  chapitres 
généraux,  ses  visites  canoniques,  et  reçut  en  1148  une 
Charta  caritatis  semblable  à  celle  de  Cîteaux.  Le  voisi- 
nage des  chartreux,  de  Cîteaux  et  de  prieurés  cluni-  [ 
siens  nuisit  à  l'essor  de  la  congrégation  qui,  en  1171,  j 
s'incorpora  à  Cîteaux  (décision  qui  fut  cassée  par  [ 
Alexandre  III  dès  1172).  En  1247  fut  projetée  l'union  ! 
avec  les  chartreux.  Elle  ne  se  réalisa  qu'en  1304,  après  \ 
la  disparition  de  la  plupart  des  maisons,  ou  leur  afTi-  ' 
liation  à  des  monastères  plus  puissants.  En  1580  Cha-  ; 
lais  fut  supprimé  comme  maison  religieuse  et  uni  à  la 
Grande-Chartreuse.  Vendu  comme  bien  national  à  la  j 
Révolution  française,  il  fut  acquis  par  Lacordaire  en  \ 
1844  pour  y  installer  une  maison  d'études  des  do-  ' 
minicains. 

J.  Albanès,  dans  Bull.  hisl.  des  arch.  de  Valence,  ii,  1881, 
p.  28.  —  U.  Berlière,  La  congr.  de  Chalais,  dans  Rev.  bénéd., 
XXXI,  1914-19,  p.  402-19.  —  P.  Chocarne,  Le  R.  P.  H.  La- 
cordaire, Paris,  1866,  p.  376-86.  —  Cottineau,  i,  670-71.  — 

D.  H.  G.  E.,  I,  1190.  —  J.  de  La  Martinière,  Les  chartes  de 
franchise  de  Ste-Aulaye  et  de  Chalais  (12  déc.  1288-9  oct. 
1339),  La  Rochelle,  1910.  —  Gatl.  christ.,  xvi,  263.  — 

E.  Pilot  de  Thorey,  Abbaye  de  N.-D.  et  S. -J. -Baptiste  de 
Chalais,  Grenoble,  1874.  —  .J.-C.  Roman,  L'ordre  dauphi- 
nois et  provençal  de  Chalais,  Gap,  1920;  Les  chartes  de 
l'ordre  de  Chalais  (1101-liUO),  Ligugé,  1923,  3  vol.  — 
Ph.  Schmitz,  Hist.  de  l'ordre  de  S.-Benoît,  m,  108. 

R.  Van  Doren. 

CHALANT  (AiMON  de).  Voir  Aimon  de  Chal- 
LANT,  I,  1192. 

1.  CHALANT  (Antoine  de).  Il  était  abbé  de 
San  Michèle  délia  Chiusa,  en  Italie  (prov.  de  Cuneo), 
quand  Benoît  XIII  le  désigna  comme  cardinal-diacre 
du  titre  de  Santa  Maria  in  via  Lata  le  9  mai  1404, 
afin  de  s'assurer  les  bonnes  grâces  d'Amédée  VIII  de 
Savoie.  Antoine  lui  fut  longtemps  dévoué;  il  l'accom- 
pagna à  Gênes  en  mai  1405,  puis  à  Savone  :  le  27  janv. 

1406,  il  recevait  les  pouvoirs  de  légat  en  France.  La 
mission  à  effectuer  à  Paris  s'annonçait  pleine  de  diffi- 
cultés. Comment  apaiser  le  mécontentement  que  sus- 
citait la  politique  de  tergiversation  adoptée  par 
Benoît  XIII?  On  était  fatigué  des  vagues  promesses  de 
cession  ou  d'ouverture  de  pourparlers  qui  remédie- 
raient au  schisme  et  qui  jamais  n'aboutissaient  à 
quelque  chose  de  concret.  Parvenu  à  Paris  avant  le 
11  avr.,  le  légat  subit  des  affronts  et  échoua  entière- 
ment. Il  était  de  retour  à  Nice  le  12  octobre. 

Quand  Benoît  XIII  décida  de  se  rendre  de  nouveau 
en  Italie,  il  partit  seul  avec  lui  de  Marseille  le  4  août 

1407,  séjourna  jusqu'au  5  sept,  dans  l'île  S. -Honorât, 
puis  gagna  Nice  afin  d'y  attendre  la  venue  des  autres 
cardinaux,  avant  de  se  rendre  à  Savone  où  devait 
avoir  lieu  une  rencontre  avec  Grégoire  XII.  Le 
20  mai  1408,  le  pape  aragonais  crut  ingénieux  d'adres- 
ser quatre  cardinaux  —  Antoine  fut  du  nombre  — 
aux  membres  du  Sacré  Collège  qui  s'étaient  séparés  de 
Grégoire  XII  et  résidaient  momentanément  à  Pise. 
L'unité  pourrait,  espérait-on,  peut-être  se  conclure  au 
détriment  du  pape  romain.  Un  sauf-conduit  était 
nécessaire  pour  assurer  la  sécurité  de  Pierre  de  Luna. 
Faute  d'obtenir  l'autorisation  de  gagner  Florence,  ses 
ambassadeurs  se  résignèrent  à  se  réfugier  à  Livourne. 
Simon  de  Cramaud  (voir  ce  nom)  constata  rapidement 
qu'A,  de  Chalant  nourrissait  des  sentiments  trop 
favorables  pour  Benoît  XIII;  il  projeta  de  s'emparer 
de  sa  personne,  puis  de  ménager  le  même  sort  au 
pape.  Mis  au  courant  de  ses  desseins,  le  caidinal  quitta 


furtivement  Livourne  de  bon  matin  et  vint  prévenir,  à 
Porto  Venere,  son  maître  de  ce  qui  se  tramait  contre 
lui.  Voilà  comment  s'imposèrent  le  départ  pour  la 
Catalogne  et  la  réunion  d'un  concile  à  Perpignan. 

Antoine  suivit  Pierre  de  Luna  avec  trois  de  ses 
collègues,  Jean  Flandrin,  Louis  Fieschi  et  Bérenger 
d'Anglesola  (15  juin  1408).  En  oct.  survint  un  messa- 
ger des  cardinaux  demeurés  à  Pise  :  il  dévoila  qu'An- 
toine y  avait  précédemment  encouragé  les  partisans  de 
Grégoire  XII  à  participer  à  un  concile,  avec  l'assenti- 
ment de  Benoît  XIII;  en  conséquence,  il  requit  le 
consentement  explicite  de  celui-ci  à  la  convocation 
d'une  assemblée  de  l'épiscopat.  Le  cardinal  protesta 
avec  véhémence  et  prétendit  que  les  dires  de  ses 
collègues  étaient  faux. 

Le  cardinal  de  Chalant  prit  une  part  importante  au 
concile  de  Perpignan  et  y  lut  de  longs  rapports  justi- 
fiant la  conduite  de  Benoît  XIII  (F.  Ehrle,  Aus  den 
Akten  des  Aftersconcils  von  Perpignan,  dans  Archiv 
fur  Literatur-und  Kirchengeschichle,  v,  399,  463; 
VII,  580-666). 

L'adhésion  d'Amédée  VIII  de  Savoie  aux  dernières 
assemblées  à  Pise  l'engagea  à  répudier  la  cause  de 
Benoît  XIII.  En  avr.  1409  Antoine  se  trouvait  en  Sa- 
voie; le  7  juin,  il  arriva  à  Pise;  le  10,  il  rentra  en  pos- 
session de  tous  ses  droits  cardinalices  grâce  à  l'entre- 
mise du  cardinal  Nicolas  Brancacci  qui  plaida  cha- 
leureusement en  sa  faveur.  Quoiqu'il  eût,  suivant  un 
contemporain,  espéré  la  tiare  pour  lui-même,  Antoine 
de  Chalant  vota  pour  Alexandre  V.  Dans  la  suite, 
Jean  XXIII  lui  octroya  le  titre  de  Ste-Cécile  (19  mars 
1412)  qu'il  cumula  avec  l'administration  de  l'arche- 
vêché de  Tarentaise,  —  Benoît  XIII  le  lui  avait 
concédé  le  1='  juin  1404.  A  cette  occasion,  Jean  XXIII 
lui  conféra  le  sacerdoce. 

Le  6  sept.  1413,  Antoine  partit  de  Florence  avec 
François  Zabarella,  ayant  mission  de  négocier  avec 
l'empereur  Sigismond  au  sujet  du  lieu  où  se  réunirait 
un  concile  général  qui  terminerait  le  schisme. 

A  Constance,  il  soutint  la  thèse  de  la  triple  cession 
des  trois  pontifes  qui  prétendaient  gouverner  l'Église. 
De  même  qu'il  avait  abandonné  Benoît  XIII,  il  dé- 
laissa Jean  XXIII  et  concourut  à  l'élection  de  Mar- 
tin V.  Des  détracteurs,  sans  doute,  l'ont  accusé  de 
mauvaises  mœurs  et  d'insuffisance  d'instruction.  Mar- 
tin V  apprécia  pourtant  ses  conseils  et  médita  de  lui 
conférer  d'amples  pouvoirs  comme  légat  en  France, 
d'après  un  partisan  de  Benoît  XIII. 

A.  de  Chalant  mourut  à  Lausanne,  le  4  sept.  1418. 
Ç'avait  été,  semble-t-il,  sa  vie  durant,  un  opportuniste 
ne  craignant  pas  de  se  déjuger.  La  lettre  qu'il  écrivit 
aux  maîtres  de  l'université  de  Paris,  au  lendemain  de 
l'élection  d'Alexandre  V,  dénote  chez  lui  une  singu- 
lière inconscience  (N.  Valois,  La  France  et  le  Grand 
Schisme  d'Occident,  iv,  Paris,  1902,  p.  104,  n.  1). 

Les  éléments  de  la  biographie  d'A.  de  Chalant  sont  dis- 
persés dans  Martin  de  Alpartils,  Çhronica  actitatorum  tempo- 
ribus  domini  Benedicti  XIII,  éd.  F.  Ehrle,  Paderborn, 
1906,  p.  150,  153,  163,  167,  169,  170,  177-84,  et  dans  les 
actes  des  conciles  de  Perpignan,  de  Pise  et  de  Constance 
(voir  F.  Ehrle,  art.  cité).  —  Mansi,  xxvn-xxix. —  iNIartène 
et  Durand,  Thésaurus  novus  anecdotorum,  ii,  Paris,  1717.  — 
H.  Finke,  Acta  concilii  Constanciensis,  Munster,  1896-1928, 
4  t.;  Forschungen  und  Quetlen  zur  Gescitichie  des  Konstan- 
zer  Konzils,  Paderborn,  1889.  —  L'ou\Tage  de  Valois  est 
utile  à  consulter  et  contient  des  inédits.  —  Voir  aussi 
K.  Zahringer,  Das  Kardinalkollegium  auf  dem  Konstanzer 
Konzil  bis  znr  Absetzung  Papsl  Johannes  XXIII.,  Miins- 
ter,  1935. 

G.  MOLLAT. 

2.  CHALANT  (Guillaume  de).  —  Il  fut  succes- 
sivement abbé  de  San  Giusto  à  Suze,  chancelier  de  Sa- 
voie et  abbé  de  San  Michèle  délia  Chiusa,  au  dioc.  de 
Turin.  C'est  sans  doute  grâce  à  l'intervention  de  son 


269  CHALANT  —  CHALCÉDOINE  270 


frère  Antoine  qu'il  reçut  de  Benoît  XIII  le  siège  de 
Lausanne,  le  13  août  1406.  Jean  XXIII  le  transféra 
inutilement  sur  le  siège  de  Narbonne,  le  30  juin  1410. 
Pourvu  le  3  janv.  1415  de  l'évêché  de  Thérouanne, 
Guillaume  pâtit  de  la  situation  religieuse  que  présen- 
tait la  France  à  cette  époque.  Il  lui  advint  de  se  heur- 
ter à  Louis  de  Luxembourg,  élu  par  le  chapitre  et 
confirmé  dans  sa  dignité  par  le  vicaire  général  de 
l'archevêque  de  Reims.  Un  conflit  s'engagea  devant  la 
Chambre  des  comptes  qui  donna  tort  aux  deux  concur- 
rents. Mais  un  mandement  royal  du  1"  août  ordonna  la 
délivrance  de  la  régale  au  profit  de  Louis  de  Luxem- 
bourg. Guillaume  de  Chalant  n'eut  d'autre  ressource 
que  d'obtenir  sa  réintégration  sur  le  siège  de  Lau- 
sanne, le  20  déc.  1417.  Cependant  Martin  V  sauve- 
garda les  droits  du  S. -Siège  en  relevant  son  concurrent 
des  censures  contractées  à  l'occasion  de  son  élévation 
illicite  à  l'épiscopat  et  en  le  pourvoyant  à  nouveau  de 
l'évêché  de  Thérouanne.  Le  24  mars  1415,  Jean  XXIII 
députa  Guillaume  avec  Regnault  de  Chartres,  arche- 
vêque de  Reims,  près  de  l'empereur  Sigismond.  Il 
s'agissait  de  légitimer  son  départ  subreptice  de  Cons- 
tance et  de  transmettre  des  brefs  notifiant  la  promesse 
conditionnelle  d'abdiquer  si  Grégoire  XII  et  Be- 
noît XIII  renonçaient  à  la  tiare.  Guillaume  mourut 
le  20  mai  1431. 

Eubel,  I,  297.  —  N.  Valois,  La  France  et  le  Grand  Schisme 
d'Occidenl,  u,  Paris,  1902,  p.  289,  412,  413.  —  Duplan, 
Monnaie  en  or  de  Guillaume  de  Chalant,  évêque  de  Lausanne, 
dans  Mémoires  et  documents  de  l'acad.  du  Chablais,  vi,  1892, 
p.  iv-x.  —  A.  Morel  Fatio,  dans  Mémoires  et  documents  de  la 
Société  d'hist.  de  la  Suisse  romande,  xxxiv,  1879-1881, 
p.  381-405;  xxxv,  107-119;  Mémoires  de  la  Société  savoi- 
sienne,  vi,  329  (approbation  de  la  fondation  de  Ripaille  le 
1"  mai  1411). 

G.  MOLLAT. 

CHALARD  (Notre-Dame  du),  Castalium,  sur 
risle,  non  loin  de  Lavignac  (Hte-Vienne),  ancien 
dioc.  de  Limoges.  L'existence  d'une  ancienne  abbaye, 
fondée  probablement  au  ix"  s.  en  cet  endroit  désert 
et  détruite  par  les  Normands,  n'est  attestée  que  par 
des  ruines  dans  lesquelles  vint  se  fixer,  le  6  janv.  1088, 
Geoffroy  de  Noth,  prêtre  limousin,  désireux  de  mener 
la  vie  érémitique.  Autour  de  l'ascète  se  forme  spon- 
tanément un  groupe  de  convertis  qui,  après  quelque 
temps,  adoptent  la  règle  de  S.  Augustin  et  les  cou- 
tumes de  S.-Ruf  connues  par  l'intermédiaire  de  Gau- 
cher d'Aureil.  Grâce  à  la  protection  de  Rainaud, 
évêque  de  Périgueux,  les  chanoines  réguliers  surmon- 
tent les  difficultés  causées  par  l'opposition  du  clergé 
séculier,  entre  autres  celles  créées  par  l'archidiacre 
Pierre  Bruchard  qui,  après  avoir  longtemps  persé- 
cuté Geoffroy,  deviendra  son  disciple. 

Jusqu'en  1124,  Geoffroy  mène  au  Chalard  une  vie 
austère  consacrée  à  la  prière  et  au  travail  manuel. 
Il  exerce  sur  les  fidèles  une  grande  influence  et  sa 
renommée  s'étend  grâce  à  l'accomplissement  de  mira- 
cles. Sous  sa  direction  s'élèvent  une  petite  église  et  des 
bâtiments  conventuels  encastrés  dans  les  ruines  de 
l'ancien  monastère.  Le  culte  du  thaumaturge  et  de 
l'ascète  se  développe  rapidement  après  sa  mort  et 
subsiste  encore  de  nos  jours. 

Le  manque  de  documents  ne  permet  pas  de  retracer 
avec  précision  l'histoire  ultérieure  du  prieuré.  A 
Geoffroy  succèdent  Bernard,  fondateur  du  prieuré 
voisin  S. -Nicolas,  puis  Géraud  sous  le  gouvernement 
duquel  un  chanoine  rédige  la  Vie  très  intéressante  du 
premier  ascète.  Un  peu  plus  tard,  une  bulle  du  pape 
Eugène  III  confirme  les  biens  du  prieuré,  entre  au- 
tres la  possession  des  églises  de  Rilhac-Lastours, 
Beynac,  Courbefy,  S. -Nicolas,  Ladignac,  Pleine- 
Maysse  et  Bussière-Galland.  On  ne  sait  si  les  chanoines 
desservaient  eux-mêmes  ces  cures  ou  prieurés-cures. 
A  cette  époque  la  communauté  établit  des  liens  de 


fraternité  avec  les  monastères  voisins  de  Grandmont 
et  de  l'Artige. 

Au  début  du  xv«  s.,  le  prieuré  qui  n'a  jamais 
compté  plus  de  douze  chanoines  est  ruiné  par  les 
guerres.  Les  Anglais  s'y  retranchent  en  effet  et  sou- 
tiennent, en  1419,  un  siège  d'un  mois.  Le  projet 
d'annexion  aux  Jésuites  formé  en  1613  n'eut  pas  de 
suite  mais,  en  1633,  il  n'y  avait  que  trois  religieux. 
A  la  veille  de  la  Révolution  française,  le  Chalard 
n'était  plus  qu'un  bénéfice  régulier  rapportant 
507  livres. 

Bibl.  nat.,  Paris,  coll.  Moreau,  t.  ccui.  —  liibl.  Sle-Cieiie- 
viève,  ms.  717,  fol.  44  sq.;  ms.  376,  n.  20.  —  Beaunier- 
Besse,  t.  v,  p.  23.3.  —  Bernard  Guy,  éd.  Labbe,  Noya 
bibliotheca,  t.  i,  637.  —  A.  Bosvieux,  Vie  de  S.  Geoffroy  du 
Chalard,  Gueret,  1858.  —  G.  Tenant  de  la  Tour,  Le  Chu- 
lard,  dans  Bull,  de  la  Soc.  arc'iéol.  et  hisl-  du  Limousin, 
Lxxiv,  1932,  p.  105-190. 

Ch.  Dereine. 
CHALATA,  AcMat,  Ahlât,  Clalh,  Chalat,  Ghelath, 
Hlath,  Kelat,  Khelalh,  Khilât,  ville  d'Arménie,  de  la 
province  de  Bznouni,  située  sur  la  rive  ouest  du  lac  de 
"Van.  Les  nestoriens  y  établirent  un  évéché  relevant  de 
la  métropole  de  Nisibe  (supra,  i,  317  sq.).  Il  y  eut  éga- 
lement à  Hlath  un  évêché  jacobite.  Michel  le  Syrien 
rapporte  que  le  patriarche  d'Antioche  Cyriaque  (793- 
817)  consacra  Jean  évêque  de  Kelat  à  Calhnice.  Hlath, 
qui  fut  jadis  un  centre  florissant  de  l'hérésie  pauli- 
cienne,  passa  par  bien  des  vicissitudes  au  cours  de 
l'histoire.  La  notice  des  églises,  rédigée  par  l'évêque 
arménien  Uskan  dans  la  seconde  moitié  du  xvii»  s., 
nous  apprend  que  cette  ville  était  le  siège  d'un  évêché 
arménien  sufîragant  de  l'archevêché  de  Van  (voir 
aussi  AcHLAT,  I,  317-18). 

[Richard  Simon],  Hist.  critique  de  la  créance  et  des  cou- 
tumes des  Nations  du  Levant,  publiée  par  le  Sieur  de  Moni, 
Francfort,  1684,  p.  228.  —  M.-J.  Saint-Martin,  Mémoires 
hist.  et  géogr.  sur  l'Arménie,  Paris,  1818-19,  t.  i,  103  sq.; 
II,  396,  429.  —  G.  Cappelletti,  L'Arménie,  i,  Florence, 
1841,  p.  58.  —  P.  Milller-Simonis,  Du  Caucase  au  golfe 
Persique  à  travers  l'Arménie,  le  Kurdistan  et  lu  Mésopotamie, 
Paris-Lyon,  1892,  p.  303  sq.  —  F.  C.  Conybeare,  Tlie  Key 
of  Truth,  Oxford,  1893,  p.  135.  —  F.  Tournebize,  Hist. 
polit,  et  relig.  de  l'Arménie,  Paris,  s.  d.,  p.  847.  —  H.  Gelzer, 
Ungedruckte  und  unqenûgend  verôffentlichte  Texte  der  Noti- 
tiae  episcopatuum,  Munich,  1901,  p.  583,  dans  Abhand.  der 
philos. -philol.  Klasse  der  kgl.  Bayerischen  Akad.  der  Wiss., 
xxi,  3.  —  J.-B.  Chabot,  Chronique  de  Michel  le  Syrien,  lu, 
Paris,  1905  sq.,  p.  451.  —  R.  Dussaud,  Topographie  hist.  de 
la  Syrie  antique  et  médiévale,  Paris,  1927,  p.  484-86,  521. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CHALCÉDOINE,  évêché  de  la  province  de  Bi- 
thynie  dépendant  de  Nicomédie,  puis  métropole  sans 
sufîragant. 

I.  La  ville.  —  C'était  une  colonie  fondée  vers  685 
av.  J.-Ch.  par  des  gens  de  Mégare  sous  la  conduite 
d'un  certain  Archias.  Telle  était  du  moins  la  tradi- 
tion. L'oracle  de  Delphes  se  moqua  plus  tard  de  l'aveu- 
glement des  colons  qui  n'avaient  pas  su  choisir  en  face 
la  colline  sur  laquelle  devait  s'élever  quelque  temps 
après  la  ville  de  Byzaiice.  C'est  pourquoi  il  surnomma 
Chalcédoine  TuçÂôttoâis,  «  Ville  des  Aveugles  ». 
Cependant,  outre  que  la  position  choisie  par  les  colons 
de  Mégare  était  excellente,  avec  ses  deux  ports  natu- 
rels, il  est  probable  que  les  Thraces  n'auraient  peut- 
être  pas  permis  un  établissement  chez  eux  d'aussi 
bonne  heure. 

Le  nom  de  Chalcédoine  (XaAKtiScbv  ou  KaAxriSGbv, 
ce  qui  l'apparente  à  Carthage,  KapxriScbv)  n'est  pas 
grec,  comme  on  l'a  prétendu  pendant  longtemps,  mais 
phénicien,  et  signifie  «  La  nouvelle  Ville  »,  Karichi 
Don,  tout  comme  celui  de  Carthage.  On  a  d'ailleurs 
découvert  à  la  pointe  de  Moda  des  traces  certaines 
d'une  installation  phénicienne.  Les  Mégariens  ne 
firent  donc  que  remplacer  les  gens  de  Tyr  et  de  Sidon. 


271 


CHALCÉDOINE 


272 


Pline  (Hist.  nai.,  v,  43)  prétend  que  les  colons  appe- 
lèrent d'abord  la  ville  Prokératis  (TlpoKepaTis, 
«  Avant  la  Corne  [d'Or]  »).  On  la  désigna  aussi  sous  le 
nom  de  KoArroOaa,  à  cause  de  ses  deux  ports.  Cepen- 
dant l'histoire  n'a  retenu  que  celui  de  Chalcédoine. 
Quand  les  Turcs  s'emparèrent  de  la  ville  vers  le  milieu 
du  xiv«  s.,  ils  l'appelèrent  Kaleca  Diinya,  «  la  terre 
du  Tapis  »,  sans  doute  à  cause  de  l'aspect  riant  de  la 
campagne  environnante.  Après  la  prise  de  Constan- 
tinople,  Mahomet  II  la  donna  en  fief  au  premier  cadi 
ou  juge  de  Stamboul,  Hidir  bey,  d'où  le  nom  de 
Kadikôy,  «  Village  du  Juge  ». 

Chalcédoine  forma  d'abord  un  petit  État  indépen- 
dant, souvent  rival  de  celui  de  Byzance;  il  possédait 
deux  ports  sur  le  Bosphore  pour  commercer  avec  la 
mer  Noire  :  Chrysopolis  (Scutari)  et  Phialé  (Kôrfes). 
Les  Perses  l'occupèrent  à  diverses  reprises  et  pendant 
des  périodes  assez  longues,  puis  elle  fut  engagée  dans 
la  lutte  entre  Athènes  et  Sparte,  ainsi  que  dans  les 
conflits  entre  les  successeurs  d'Alexandre  le  Grand. 
Rome,  qui  la  reçut  de  Nicomède  III,  roi  de  Bithynie 
(78  av.  J.-Ch.),  lui  laissa  ses  privilèges  de  ville  libre,  ce 
qui  lui  assura  ainsi  la  paix  pendant  six  siècles.  Au  dé- 
but du  iv«  s.  de  notre  ère,  la  persécution  religieuse  fit 
une  cinquantaine  de  martyrs,  dont  le  plus  célèbre  est 
Ste  Euphémie.  En  451  se  tint  dans  la  basilique  dédiée 
à  cette  sainte  le  IV<=  concile  œcuménique  qui  condamna 
le  monophysisme.  En  602,  l'empereur  Phocas  fit  exé- 
cuter dans  le  port  d'Eutrope  son  prédécesseur  Maurice 
avec  ses  fils.  Quelques  années  plus  tard  (609,  616,  627), 
les  Perses  firent  des  incursions  jusqu'au  Bosphore, 
prirent  la  ville  et  la  brûlèrent.  Les  Arabes  se  présen- 
tèrent à  leur  tour,  en  657,  717  et  782.  Les  armées  de  la 
première  et  de  la  deuxième  croisade  y  campèrent  avant 
de  s'enfoncer  dans  l'Asie  Mineure.  Celles  de  la  qua- 
trième s'y  établirent  pendant  quelques  jours,  puis 
elles  passèrent  le  Bosphore.  La  conquête  turque  (vers 
1350)  acheva  la  décadence  de  la  ville,  qui  avait  eu,  au 
moins  jusqu'au  vii^  s.,  une  importance  relative.  Quand 
Pierre  Gylles  la  visita,  vers  1545,  ce  n'était  plus  qu'un 
village.  Chalcédoine,  ou  plutôt  Kadikôy,  prit  un  nou- 
veau développement  dans  la  seconde  moitié  du 
xix«  s.  Les  étrangers,  séduits  par  son  climat  agréable, 
s'y  fixèrent  au  nombre  de  3  000  environ  et  l'on  vit  se 
fonder  de  nombreux  établissements  religieux  catho- 
liques. Les  chrétiens  indigènes  affluèrent  également, 
en  sorte  que  la  ville  comptait  plus  de  30  000  hab.  eh 
1928.  Aujourd'hui  la  situation  est  complètement 
changée.  Depuis  1925  les  étrangers  sont  partis  en 
grand  nombre,  la  plupart  des  établissements  catho- 
liques ont  dû  fermer  leurs  portes  en  1935  et  les  chré- 
tiens indigènes  sont  bien  moins  nombreux. 

La  ville  primitive  occupait  la  colline  située  le  long 
de  la  mer  et  se  terminait  un  peu  au  nord-est  de  la 
place  dite  Altiyol,  «  Les  six  Chemins  ».  C'est  des  deux 
côtés  d'Altiyol,  vers  l'Ouest  et  vers  l'Est,  que  se  trou- 
vaient les  deux  ports  naturels,  aujourd'hui  complè- 
tement ensablés.  Celui  de  l'Est  fut  prolongé  sous  les 
règnes  de  Zénon  et  d'Anastase  par  un  nouveau  port  dû 
au  protospathaire  Eutrope  dont  il  prit  le  nom.  On 
découvre  encore  de  temps  en  temps  des  pièces  archéo- 
logiques intéressantes,  telle  une  double  inscription  du 
temple  d'Apollon  qui  devait  se  trouver  à  la  pointe  de 
Moda  (V.  Laurent,  Une  nouvelle  inscription  grecque  de 
Chalcédoine,  dans  Échos  d'Orient,  xxvii,  1928,  p.  24- 
44).  Bon  nombre  de  maisons  sont  construites  sur  des 
substructions  romaines  ou  byzantines  et  les  canalisa- 
tions anciennes  sont  encore  nombreuses.  On  connaît 
quelques  monuments  chrétiens  importants.  Le  princi- 
pal était  la  basilique  de  Ste-Euphémie,  déjà  célèbre  à 
la  fin  du  iv  s.  puisque  la  pèlerine  Éthérie  ou  Égérie 
la  visita  tout  sjiécialement  (Itinera  Hierosolymitana. 
éd.  P.  Geyer,  1898,  p.  70).  La  basilique  avait  été 


construite  sur  le  tombeau  de  la  sainte,  à  un  mille  au 
nord  de  la  ville.  Son  emplacement  exact  n'a  pu  être 
déterminé,  faute  de  ruines  identifiables,  mais  il  devait 
être  un  peu  au  nord  de  la  tranchée  du  chemin  de  fer. 
Nous  possédons  du  moins  quelques  renseignements 
intéressants.  Évagre  (Hist.  eccL,  II,  m,  P.  G., 
Lxxxvi,  2492-93)  en  a  donné  une  description  som- 
maire. C'était  une  grande  église  de  forme  basilicale  et 
précédée  d'un  vaste  atrium;  près  de  l'édifice  s'élevait 
au  Nord-Est  une  vaste  chapelle  de  forme  circulaire 
qui  abritait  le  tombeau  de  la  sainte,  une  châsse  allon- 
gée en  argent  ciselé.  D'après  S.  Astérius  d'Amasée 
(Enarratio  in  martyrium  praeclarissimae  marlyris  Eu- 
phemiae,  P.  G.,  xi,  332),  cinq  tableaux  saisissants  de 
vie  représentaient  les  épisodes  du  martyre  de  la 
sainte.  On  peut  se  demander  si  la  basilique  de  Ste- 
Euphémie  ne  fut  pas  détruite  lors  des  trois  invasions 
perses  au  vii«  s.,  car  aucun  auteur  byzantin  n'en  parle 
depuis  cette  époque  comme  d'un  monument  encore 
debout. 

La  seconde  église  est  celle  de  Ste-Bassa.  En  l'hon-  • 
neur  de  cette  sainte,  martyrisée  sous  Maximin  près  de 
Cyzique,  on  avait  construit  près  de  la  petite  rivière 
Himéros  (auj.  Ayrlikçesmé)  une  église  qui  était  desser- 
vie en  464  par  le  fameux  Pierre  le  Foulon;  elle  fut 
flanquée  d'un  monastère  au  vi«  s.  Elle  se  trouvait 
très  probablement  près  de  l'ancienne  gare  de  Haydar- 
pasa,  où  l'on  a  découvert  des  ruines  importantes. 
L'église  S. -Christophe  est  connue  par  une  inscription 
dédicatoire  découverte  en  1877  (L.  Duchesne,  Inscrip- 
tion chrétienne  de  Bithynie,  dans  le  Bull,  de  correspon- 
dance hellénique,  u,  1878,  p.  289-99).  D'après  ce  texte, 
l'église  fut  commencée  en  450  et  consacrée  en  452. 
Enfin  l'église  S. -Georges  fut  construite  par  le  pa- 
triarche monophysite  Sergius  (610-38),  au  dire  du 
Pseudo-Codinus  (Th.  Preger,  Scriptores  originum 
Constantinopolitanarum,  m,  280).  En  dehors  du  mo- 
nastère de  Ste-Bassa,  on  en  rencontre  un  autre,  édifié 
au  xi"=  s.  par  un  certain  Michaïlitzès  et  qui  porta  son 
nom.  Il  reçut  le  corps  de  S.  Théodore  Graptos,  mort  en 
exil  à  Apamée  Myrleia  (Mudanya)  (Syméon  Méta- 
phraste,  Vita  S.  Theodori  Grapti,  xxxvi,  P.  G.,  cvi, 
684-87;  Syméon  Magister,  Annales.  Theophilus,  23, 
P.  G.,  cix,  704).  Au  dire  du  Pseudo-Codinus,  le  pro- 
tospathaire Eutrope  construisit  aussi  un  monastère, 
probablement  dans  sa  propriété  qui  avoisinait  le  port 
du  même  nom  (Th.  Preger,  op.  cit.,  m,  267).  Notons 
aussi  que  S.  Luc  le  Stylite  passa  quarante-quatre  ans 
(935-79)  sur  une  colonne  près  du  même  port  et  que  son 
successeur  fut  renversé  par  un  tremblement  de  terre 
en  986. 

Jusqu'à  la  seconde  moitié  du  xix"  s.,  les  chrétiens 
indigènes  ne  possédaient  que  deux  sanctuaires  assez 
réduits  :  les  grecs  orthodoxes,  une  petite  église  dédiée 
à  Ste  Euphémie;  les  arméniens  grégoriens,  une  autre, 
voisine,  dite  Sourp-Taqvor,  «  S. -Roi  »  (=  N.-S.  Jésus- 
Christ);  les  arméniens  catholiques  possédaient  seu- 
lement une  chapelle  dans  une  maison  particulière. 
Depuis  lors  les  grecs  ont  bâti  la  belle  église  de  la  Ste- 
Trinité  (1900)  et  ouvert  une  chapelle  au  quartier  de 
Haydarpasa  (1918);  les  Arméniens  catholiques  ont 
construit  une  église  modeste  à  Altiyol  (1910).  Au 
quartier  de  Moda,  les  étrangers  catholiques  commen- 
cèrent en  1862  la  belle  église  de  l'Assomption,  tandis 
que  les  sœurs  de  N.-D.  de  Sion  fondaient  près  de  là  un 
pensionnat  de  jeunes  filles  (fermé  en  1935).  Dix  ans 
plus  tard  les  frères  des  Écoles  chrétiennes  ouvraient 
leur  collège  S. -Joseph,  toujours  en  activité.  Les  mé- 
khitaristes  avaient  au  bord  de  la  mer  un  autre  collège, 
incendié  en  1916.  Le  quartier  de  Haydarpaja,  quelque 
peu  délaissé  jusqu'alors,  vit  s'ouvrir  en  1895  le  pen- 
sionnat Ste-Euphémie  des  sœurs  oblates  de  l'Assomp- 
tion, ainsi  qu'un  local  pour  le  service  religieux  des  fi- 


273 


C  HALCÉDOINK 


274 


dèles.  Celui-ci  est  devenu  l'église  de  N.-D.-du-Rosaire, 
toujours  en  exercice,  alors  que  le  pensionnat  est  fermé 
depuis  1935.  Près  de  là  les  frères  des  Écoles  chrétiennes 
possédaient  depuis  1905  l'externat  S. -Louis,  fermé  en 
1935.  Dans  le  voisinage  du  port,  la  famille  Tubini 
construisit  une  chapelle,  desservie  par  les  franciscains. 
Enfin,  à  Phanaraki  ou  Fenerbagce  (anc.  Hiéria),  les 
Pères  de  l'Assomption  bâtirent  un  couvent  pour  eux  et 
un  autre  pour  les  sœurs  oblates,  tous  deux  fermés 
aujourd'hui.  La  chapelle  continue  à  être  desservie. 
Ces  mêmes  Pères  ont  fondé  à  Kadikôy,  près  de  l'église 
de  l'Assomption  où  ils  sont  installés  depuis  1895,  un 
centre  d'études  byzantines,  dont  la  revue,  les  Échos 
d'Orient,  a  commencé  de  paraître  en  nov.  1897;  pour 
des  raisons  de  prudence  l'œuvre  s'est  transportée  à 
Bucarest  à  l'automne  de  1937  —  c'est  maintenant 
l'Institut  français  d'études  byzantines.  Ils  ont  dû 
fermer  en  1925  le  Séminaire  oriental  qui  groupait 
depuis  un  quart  de  siècle  des  élèves  grecs,  bulgares  et 
mêmes  arméniens  catholiques.  Chargés  depuis  1895  de 
la  paroisse  de  Kadikôy,  ils  ont  vu  le  nombre  de  leurs 
fidèles  tomber  de  3  000  environ  en  1914  à  quelque 
300  en  1950,  à  cause  des  lois  turques  sur  l'activité  des 
étrangers.  Signalons  encore  l'égHse  anglicane  de  Tous- 
les-Saints  dans  le  quartier  de  Moda,  et  l'église  S. -Jean- 
Baptiste  des  grecs  orthodoxes  à  Kalamis. 

II.  La  métropole.  —  On  ne  sait  à  quelle  époque 
Chalcédoine  eut  un  évêque,  mais  il  semble  que  ce  fut 
d'assez  bonne  heure.  Le  plus  ancien  qui  soit  connu  de 
façon  certaine  est  Théocrite,  qui  vivait  à  la  fin  du 
ii«  s.  ou  au  commencement  du  iii«.  Quoi  qu'il  en  soit,  le 
titulaire  était  soumis  au  métropolite  de  Nicomédie, 
capitale  de  la  province.  Après  le  IV«  concile  œcumé- 
nique (451),  l'évêché  fut  élevé  au  rang  de  métropole, 
mais  sans  sufiragant,  institution  alors  anormale.  On 
ne  sait  ni  quand  ni  comment  fut  prise  cette  décision. 
On  a  prétendu  qu'elle  était  l'œuvre  des  Pères  du 
concile  qui  avaient  voulu  honorer  la  ville,  mais  les 
actes  de  l'assemblée  n'en  portent  aucune  trace.  En 
tout  cas,  elle  était  déjà  en  vigueur  en  458,  lors  de  la 
consultation  de  l'empereur  Léon  après  le  meurtre  de 
Protérios  d'Alexandrie  (Mansi,  vu,  523).  Dans  toutes 
les  listes  épiscopales,  Chalcédoine  occupe  uniformément 
le  neuvième  rang  parmi  les  métropoles.  Son  titulaire 
s'appelle  déjà  «  exarque  de  toute  la  Bithynie  »  depuis 
au  moins  le  xiv  s.  (Miklosich-Muller,  Acta  et  diplomata 
graeca  medii  aevi,  i,  531),  tout  comme  ceux  de  Nicomé- 
die et  de  Nicée,  autres  métropolites  de  la  province. 
Pendant  longtemps  l'éparchie  ne  comprenait  que  la 
moitié  de  la  presqu'île  qui  s'étend  du  Bosphore  à  Ni- 
comédie (Ismit).  Quand  la  conquête  turque  eut  fait 
reculer  le  christianisme,  on  lui  adjoignit  le  territoire  de 
celle  d'Héraclée  du  Pont. 

Dès  le  premier  quart  du  xiv«  s.,  la  métropole  de 
Chalcédoine  avait  vu  diminuer  ses  revenus  de  façon 
considérable.  Pour  y  remédier,  le  patriarche  Jean  XIII 
Glykys  (1315-20)  lui  unit  l'archevêché  de  Maronia 
avec  tous  les  droits  y  afférents  (Miklosich-MuUer,  op. 
cit.,  1,  45-46).  Les  difïîcultés  financières  augmentèrent 
naturellement  avec  la  conquête  turque  (vers  1350).  En 
nov.  1387  le  patriarche  Nil  disait  que  le  nombre  des 
fidèles  était  si  réduit  qu'ils  n'avaient  pas  besoin  d'un 
évêque.  Il  voulait  y  nommer  métropolite  le  hiéro- 
moine  Mathieu,  mais  il  préféra  lui  donner  la  métropole 
de  Cyzique  en  lui  adjoignant  celle  de  Chalcédoine  avec 
tous  ses  droits,  y  compris  ceux  qu'elle  possédait  à 
Constantinople  même  —  ces  droits,  si  opposés  aux 
règles  canoniques  ordinaires,  avaient  été  concédés 
par  on  ne  sait  quel  empereur;  ils  comprenaient  entre 
autres  la  juridiction  sur  l'église  Ste-Euphémie  de 
l'hippodrome,  où  avaient  été  déposées  les  reliques  de 
la  sainte  au  moment  de  l'invasion  perse  au  commen- 
cement du  VII»  s.,  le  choix  des  desservants  du  sanc- 


tuaire, des  propriétés  voisines,  etc.  Ce  fut  la  cause  de 
multiples  conflits  avec  le  patriarcat.  Les  choses 
allèrent  même  si  loin  que  le  patriarche  Philothée 
(1354-55;  1364-76)  et  son  synode  décidèrent  de  ne  plus 
nommer  de  métropolite  de  Chalcédoine  pour  couper 
court  aux  abus.  Aussi  peut-on  s'étonner  que  le  pa- 
triarche Nil  ait  reconnu  ces  droits  au  métropolite 
Mathieu  en  nov.  1387.  Moins  de  dix-huit  mois  plus 
tard  (avr.  1389),  le  Saint-Synode  décida  de  nommer  un 
nouveau  titulaire  à  Chalcédoine,  mais  sans  les  privi- 
lèges, et  cela  d'accord  avec  l'empereur  (Miklosich- 
Muller,  op.  cit.,  ii,  131-32).  Le  conflit  ne  doit  pas  avoir 
cessé  pour  autant,  puisqu'un  nouveau  décret  du 
31  août  1390  spécifia  que  Chalcédoine  n'avait  aucun 
droit  sur  l'église  Ste-Euphémie  de  la  capitale  (ibid., 

II,  147-48).  En  janv.  1394  le  métropolite  de  Chalcé- 
doine recevait  l'ordre  de  rendre  au  monastère  d'Acap- 
nos  de  Thessalonique  les  biens  qui  lui  appartenaient 
dans  ce  diocèse  et  dont  la  mense  épiscopale  s'était  em- 
parée (ibid.,  II,  202-03).  En  janv.  1395,  le  métropolite 
de  Chalcédoine  était  désigné  pour  faire  partie  d'une 
commission  chargée  de  faire  restituer  au  patriarcat  le 
monastère  S.-Cyrique  dans  le  diocèse  de  Berrhée 
(ibid.,  II,  234). 

L'éparchie  de  Chalcédoine  fut  jadis  une  des  terres 
privilégiées  du  monachisme.  Au  concile  de  536,  on  ne 
voit  pas  moins  de  quarante  monastères  placés  sous 
l'autorité  de  l'évêque  Photinus  (Mansi,  viii,  1014-18). 
On  trouve  encore  les  ruines  d'une  douzaine  d'entre  eux 
dans  les  environs  de  la  ville  à  moins  de  15  km.  Les 
plus  célèbres  étaient  celui  que  S.  Hypace  construisit  au 
Chêne  et  celui  que  S.  Auxence  fonda  sur  la  montagne 
qui  porta  son  nom.  Il  n'en  existe  plus  un  seul  au- 
jourd'hui. Chalcédoine  est  une  des  quatre  métropoles 
effectives  qui  restent  encore  au  patriarcat  œcumé- 
nique sur  tout  le  territoire  de  la  République  turque. 
Elle  a  été  amputée  d'une  partie  de  son  territoire  en 
janv.  1924  pour  former  la  nouvelle  métropole  de  Prin- 
kipo  (dans  'OpOoSofîa,  i,  1926,  p.  273-74).  Elle  ne 
compte  guère  que  15  000  fidèles  avec  une  dizaine 
d'églises. 

Liste  des  évêques  et  métropolites.  —  Elle  est 
assez  fournie,  bien  qu'elle  ne  soit  pas  complète.  Une 
tradition  grecque  tardive  a  voulu  faire  de  Crescent  et 
de  Tychique,  disciples  de  S.  Paul,  les  premiers  évêques 
de  la  ville,  mais  elle  a  contre  elle,  outre  des  documents 
positifs,  d'autres  traditions,  également  grecques  et 
bien  plus  anciennes.  Le  premier  titulaire  certain  est 
Théocrite,  qui  lutta  contre  les  Ophites  à  la  fin  du 
ii«  s.  ou  au  début  du  iii»  (Praedestinatus,  i,  37,  P.  L., 
LUI,  583).  —  Un  martyrologe  signale  S.  Adrien,  qui 
vécut  entre  le  ii«  et  le  iv«  s.  (A.  S.,  nov.,  ii,  p.  lxi,  131). 
—  Maris,  fougueux  arien,  assista  au  premier  concile  de 
Nicée  (325),  dont  il  signa  les  actes  (H.  Gelzer,  Patrum 
Nicaenorum  nomina,  Leipzig,  1898,  p.  48,  49,  54);  il 
prit  part  au  concile  de  'Tyr  qui  condamna  S.  Atha- 
nase  (335),  se  rendit  la  même  année  à  la  dédicace  de 
l'église  de  la  Résurrection  à  Jérusalem,  participa  à 
l'élection  de  Macédonius  au  siège  de  Constantinople 
(342),  fit  partie  de  la  délégation  d'êvêqucs  orientaux 
envoyée  peu  de  temps  après  à  l'empereur  Constant;  on 
le  retrouve  encore  au  concile  acacien  de  360;  enfin,  il 
paraît  pour  la  dernière  fois,  vieux  et  aveugle,  lors  du 
passage  à  Chalcédoine  de  Julien  l'Apostat  (362)  (So- 
crate,  Hist.  eccl.,  I,  31;  II,  xviii,  xxviii;  III,  xii: 
P.  G.,  Lxvii,  161,  221,  281,  412).  —  Théodule  assista 
au  premier  concile  de  Constantinople  (381  ;  Mansi, 

III,  572  A).  —  Cyrinus,  déjà  évêque  en  403,  adversaire 
de  S.  Jean  Chrysostome,  mourut  avant  juin  405  (So- 
crate,  op.  cit.,  VI,  xv,  P.  G.,  lxvii,  709).  —  Philothée, 
juin  405  (Callinique,  Vita  S.  Hijpatii,  Leipzig,  1895, 
p.  27).  —  Eulalius,  nommé  probablement  en  426, 
1  450  (Callinique,  op.  cit.,  68,  72,  82-84).  —  Éleuthère 


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CHALCÉDOINE 


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assista  au  concile  tenu  dans  sa  ville  épiscopale  (451), 
signa  la  lettre  des  évêques  de  sa  province  à  l'empereur 
Léon  sur  le  meurtre  de  Protérius  d'Alexandrie,  ainsi 
que  le  décret  du  patriarche  Gennade  (459)  (Mansi, 
VII,  523,  917).  —  Héraclien  écrivit,  probablement  du 
temps  de  l'empereur  Anastase,  contre  les  manichéens 
et  les  sévériens  (Photii  bibliotheca,  dans  P.  G.,  cm, 
280).  —  Marcien,  en  518  et  520  (Mansi,  viii,  492, 
1047).  —  Photinus  prit  part  au  concile  de  536  tenu 
par  le  patriarche  Ménas  (Mansi,  viii,  1014-18).  — 
Constantin  assista  au  cinquième  concile  œcuménique 
(553;  Mansi,  ix,  174-92).  —  Pierre  vécut  à  la  fin  du 
vi«  ou  au  début  du  vii«  s.  (P.  G.,  lxxxvii,  2997).  — 
Probus,  un  Syrien,  gouverna  l'éparchie  au  début  du 
vu"  s.  (Chronique  de  Michel  le  Syrien,  trad.  Chabot, 
II,  362-64).  —  Jean  I'''  prit  part  au  VP  concile  œcumé- 
nique (681)  et  au  concile  in  TruUo  (692)  (Mansi,  xi, 
669,  689,  989).  —  S.  Nicétas,  martyr  des  iconoclastes, 
vécut  probablement  au  viii«  s.  ("EAÀr)viK6s  CDiAoAoyiKOS 
SûAAoyoç,  XXXVI,  suppl.,  38,  42).  —  André,  entre  784 
et  787  (A.  S.,  sept.,  v,  281  B).  —  Staurace  assista  au 
second  concile  de  Nicée  (787;  Mansi,  xiii,  146,  181).  — 
S.  Cosmas  vécut  probablement  sous  Léon  l'Arménien 
(P.  G.,  cxvii,  409).  —  S.  Jean  II,  persécuté  pour  la 
cause  des  images,  fut  un  des  correspondants  de 
S.  Théodore  Studite  et  mourut  en  824  (P.  G.,  xcix, 
1360;  S.  Theodori  parva  catechesis,  éd.  Auvray, 
80).  —  On  possède  un  sceau  de  Damien,  viii^-ix^  s. 
(G.  Schlumberger,  Sigillographie  de  l'Empire  byzan- 
tin, 246).  —  Les  deux  patriarcats  de  Photius  virent 
Basile  remplacé  en  858  par  Zacharie;  celui-ci  lui  céda 
la  place  en  870  et  revint  au  pouvoir  en  877  (Mansi, 
XVI,  190  D;  xvii-xviii,  373  B).  —  D'après  Nicolas 
Comnène  Papadopoli,  un  auteur  très  peu  sûr,  Nicon 
aurait  été  métropolite  en  877  {Praenotiones  mystago- 
gicae,  1697,  p.  131).  —  Étienne,  dont  l'épitaphe  a  été 
retrouvée  dans  les  ruines  de  l'église  Ste-Euphémie  de 
l'hippodrome  ('OpOoSoÇfa,  xiv,  70),  remonte  proba- 
blement à  la  fin  du  ix"  s.  —  Dans  les  premières  années 
du  xe  s.,  Michel  I"  (H.  Delehaye,  Les  saints  stylites, 
206,  208).  —  Jean  III  écrivit  au  x«  s.  un  commentaire 
sur  le  concile  Quinisexte  (Le  Quien,  i,  606).  —  Daniel 
est  signalé  en  997  (Rhalli  et  Potli,  SûvTocypa  tcov 
ÎEpcôv  Kavôvcov,  V,  19).  —  Théodore  signa  en  1027 
deux  sentences  synodales  (Rhalli  et  Potli,  op.  cit., 
V,  25,  32).  —  Nicétas  vécut  sous  le  patriarcat  de  Mi- 
chel Cérulaire  ('EAAriv.  OiAoA.  SûAAoyoç,  vu,  sup- 
pl., 63,  note).  —  Léon  eut  de  sérieux  démêlés  avec 
Alexis  Comnène,  ce  qui  amena  sa  déposition  (1080- 
86;  M.  Gédéon,  TTorpiapxiKoi  ttîvockeç,  339).  —  Il  fut 
remplacé  par  Michel  II  (1086-90),  puis  remonta  sur 
son  siège  après  la  réconciliation  (1090-?).  —  Jean  IV 
prit  part  au  synode  des  Blachernes  en  févr.  1147 
(Mansi,  xxi,  705).  —  Constantios  prit  part  à  celui  de 
1155  ('EKKAîicrtacTTiKfi  'AArjÔEia,  iv,  457,  477).  — 
Constantin  est  signalé  le  24  mars  1171  (A.  Papado- 
poulos-Kérameus,  'AvàAEKTa  'lEpoCToAupriTiKfis  Zxa- 
XUoAoyîaç,  iv,  109).  —  Jean  V  gouverna  l'Église  du 
27  nov.  1191  au  9  janv.  1192(AeAT(ov  Ttjç  îcrTopiKfiç 
Kol  êôvoAoyiKîïs  ÈTaipEÎaç  Tfjs  'EAAàSos,  m,  419, 
422).  —  Nicolas  I",  16  janv.  1275  et  22  nov.  1278 
(Pachymère,  Hist.  byz.,  v,  22).  —  Syméon  est  signalé 
le  31  mars  1303  (Neôs  'EAAr|v6nvripcov,  xv,  142).  — 
Théodule,  1315  (Miklosich-Muller,  op.  cit.,  i,  14).  — 
Jacques  prit  part  au  synode  contre  Barlaam  et  Acin- 
dynus  en  1351;  il  était  encore  en  fonctions  en  1370 
(P.  G.,  cLi,  715;  Miklosich-Mullèr,  op.  cit.,  i,  433,  531). 
—  Mathieu  était  en  même  temps  métropolite  de  Cy- 
zique  (Miklosich-Muller,  ibid.,  i,  537).  —  Gabriel 
avr.  1389-?  (Miklosich-Muller,  ibid.,  i,  132).  —  Joseph, 
1477  ('EAArjV.  OiAoA.  lùAAoyoç,  xvn,  suppl.,  715).  — 
Gabriel  II,  1499  ("EAAtivikô,  m,  46).  —  Euthyme, 
1546,  1565  (Turcograecia,  172;  'EAAriv.  OiAoA.  ZûA- 


Aoyoç,  XV,  suppl.,  11,  12).  —  Sisinnius,  janv.  1580 
('EkkAtict. 'AAfi©£ia,  ii,  731).  — Dorothée,  27  févr.  1585 
('OpeoSoÇia,  IX,  255). 

Pendant  la  première  moitié  du  xvii«  s.,  la  succession 
des  métropolites  est  assez  embrouillée  sous  l'in- 
fluence des  intrigues  autour  du  trône  patriarcal  au 
temps  de  Cyrille  Lucaris  et  de  ses  successeurs.  Timo- 
thée,  1593,  1611,  démiss,  en  1620  ("EAAtiv.  OiAoX. 
ZûAAoyos,  XVII,  suppl.,  75;  xx,  suppl.,  98;  A  Papa- 
dopoulos-Kérameus,  MepoCToAupriTiKT)  BigAioôrjKr),  iv, 
9,  20).  —  Jérémie,  1"  juin  1617  (A.  Papadopoulos- 
Kérameus,  'AvàAEKTa  'lEpoCToA.  STa^.,  iv,  90).  — 
Joseph  II,  avr.  1620  (Gallinique  Délikanès,  TîorTpiap- 
XiKÔ  lyypaça,  i,  4).  —  Joasaph,  mai  1623-mars  1626 
('Opeo5o^îo(,  XIX,  74-75).  —  Grégoire  I",  mars  1626 
(ibid., 75).  —  Joseph  III,  nov.  1629  ('Op0o5oÇi'a,  ix, 
437).  —  Isaac,  déposé  en  1630  ('EkkAtict.  'AAriÔEia,  ii, 
695).  —  Nectaire,  10  juin  1630-t  avant  févr.  1637  (ibid.. 
Il,  670).  —  Pachôme,  févr.  1637,  démiss,  avant  juin 

1638  (Sathas,  Bibliotheca  graeca  ntedii  aevi,  m,  573).  — 
Denys  I",  juin  1638-39  (Sathas,  op.  cit.,  m,  579).  — 
Pachôme  (2°)  signa  diverses  décisions  synodales  de 

1639  à  1647  (E.  Legrand,  Bibliographie  hellénique  du 
xvii»  s.,  II,  212).  —  Gabriel  III,  févr.  (?),  1647-70 
('EKKAr)a.  'AAriOeia,  ii,  698).  —  Euthyme  II,  1670, 
démiss,  en  avr.  1671.  —  Jérémie  II,  1671-85  (A.  Papa- 
dopoulos-Kérameus  ('lEpoCT.  BigA.,  iv,  170).  — 
Denys  II,  ex-patriarche,  administra  le  dioc.  de  1685  à 
avr.  1686  (ÂeAtIov  Tfjs  îoropiKfiç...,  m,  308).  — 
Gabriel  IV,  avr.  (?),  1686-87.  —  Clément,  1687,  1689 
(Le  Quien,  i,  612).  —  Gabriel  IV  (2°),  1688-août  1702, 
élu  patriarche  de  Constantinople  (AêAtîov  Tfjç  icrro- 
piKÎjs...,  III,  469).  —  Constantius  II,  1702-20  (Sa- 
thas, op.  cit.,  III,  525).  —  Parthénius,  1720-26  (Dra- 
cou,  'EAAr|viKal  EKKAriCTictariKai  creAfSes,  79).  —  Nico- 
dème,  1726-31  ("EAAr|V.  OiAoA.  ZuAA.,  xx,  suppl., 
110,  112).  —  Callinique  I",  1731-46  (Delicanès,  op. 
cit.,  I,  446,  450,  455,  918).  —  Gabriel  V,  avr.  1746- 
sept.  1747,  alors  déposé  ('EkkAtict.  'AAriÔEict,  xix,  298). 
—  Joannice  I"  Caradja,  sept.  1747-mars  1761  ('EAAtiv. 
OiAoA.  lûAAoyoç,  xx,  suppl.,  117).  —  Joannice  II, 
mars  1761-janv.  1770  (ibid.,  xxi,  suppl.,  104).  — 
Parthénius  IV,  janv.  1770-mai  1777.  —  Parthé- 
nius V,  mai  1777-nov.  1790.  —  Jérémie  III  Mauro- 
cordatos,  nov.  1790-30  nov.  1810  (AeAtîov  ttïs 
ioTopiKfiç...,  IV,  666).  —  Gérasime.  déc.  1810- 
févr.  1820  ('EkkAtict.  'AAiîeEia,  ii,  297,  298,  317; 
Cambouroglou,  MvTipEÏa  t&ûv  *A0r|vcùv,  ii,  291).  — 
Grégoire  II,  févr.  1820-été  de  1821.  —  Anthime,  oct. 
1821-  élu  patriarche  de  Constantinople,  22  juill.  1822 
('EAAtiv.  OiAoA.  ZùAAoyoç,  xix,  suppl.,  14,  15).  —  Calli- 
nique II,  juill.  1822-t  août  1825  (ibid.,  vu,  suppL, 
63,  note  4).  —  Agathange  II,  août  1825-élu  patriarche 
de  Constantinople,  25  sept.  1826  ('EkkAtiq.  *AAf|6Eia, 
II,  328).  -  Zacharie  II,  oct.  1826-mai  1834  (ibid.,  ii, 
328).  —  Hiérothée,  mai  1834-avant  mars  1853 
((6;rf.,ii,  346,  349,  429).  — Gérasime  III,  4  mars  1853- 
mars  1875  (ibid.,  ii,  634).  —  CaUinique  III  Thomaïdès, 
4  mars  1875-t  déc.  1889  (ibid.,  ii,  635).  —  Joachim  III 
Euthyboulès,  16  déc.  1889-22  mai  1897.  —  Germain 
Cabacopoulos,  22  mai  1897-élu  patriarche  de  Constan- 
tinople, 10  févr.  1913.  —  Grégoire  II  Zerboudakès, 
20  févr.  1913-17  déc.  1923.  —  Joachim  III  Georgiadès, 
20  déc.  1923-t  4  févr.  1927.  —  Nicolas  Sacopoulos, 
22  févr.-t  17  mars  1927.  —  Agathange  III  Constanti- 
nidès,  2  avr.  1927-juin  1932.  —  Maximos  Baporitzès, 
28  juin  1932-élu  patriarche  de  Constantinople,  20  févr. 
1946.  —  Thomas,  19  mars  1946.  ' 

Le  titre  de  Chalcédoine  a  été  souvent  conféré  dans 
l'Église  romaine  depuis  le  xiii"  s.  :  Henri,  O.  Cist., 
1263-t  juin  1293,  suffragant  à  Augsbourg.  —  Jacques 
1297-?.  —  Pierre,  ?-t  1388.  —  Jean  Gillet,  O.  F.  M., 
20  mai  1388-?.  —  Paul  Oleni  des  Pratto,  ?-18  juill. 


277  GHALCÉDOINE 

1401.  —  Alphonse  de  Sainte-Croix,  O.  F.  M.,  7  avr. 
1403-?.  —  Pierre  Mattei,  13  août  1404-?,  suffragant  à 
Sienne.  —  Bernard  de  Montaigu,  O.  Garni.,  1"  oct. 
1414-t  1416,  sufîragant  à  Saragosse.  —  Gonzalve, 
0.  F.  M.,  31  août  1416-?.  —  Pierre  de  Calvis,  O.  S.  B., 
18  juin.  1485-?,  auxiliaire  à  Girgenti  et  à  Palerme.  — 
François  Chaillet,  O.  F.  M.,  1505-25,  suffragant  à  Ver- 
den  et  à  Liège.  —  Damien  Jarcinus,  13  août  1515-?, 
sufîragant  à  Vacz.  —  Pierre  Lavisson,  O.  S.  B., 
1«'  juin.  1515-?,  suffragant  à  Reims.  —  Matliieu, 
0.  Praem.,  18  avr.  1524-?,  auxiliaire  à  Durham.  — 
Jean  v.  d.  Heetvelde,  1525-28,  aux.  à  Cambrai.  — 
Hugues  de  La  Chapelle,  14  mars  1535-24  juill.  1538, 
auxiliaire  à  Cambrai.  —  Jacques  Aymeri,  O.  S.  A., 
6  sept.  1536-?,  suffragant  à  Sens  et  à  Lyon.  —  Augus- 
tin Gabel  ou  Ranel,  O.  S.  A.,  18  déc.  1538-t  30  août 
1540,  auxiliaire  à  Cambrai.  —  Pierre  Syman,  ermite  de 
S.-Paul,  13  févr.  1540-?,  suffragant  à  Eger.  —  Martin 
de  Cuyper,  O.  Carm.,  20  nov.  1541-?,  auxiliaire  à 
Cambrai.  — André  Richer,  O.  Cist.,  1550,  auxiliaire  à 
Sens  et  à  Troyes.  —  Mathieu  Moullart,  O.  S.  B., 
29  janv.  1575-?,  suffragant  à  Cambrai.  —  André 
Franquart,  5  janv.  1577-t  1583,  auxiliaire  à  Cambrai. 

—  François  Petrart,  O.  F.  M.,  4  mars  1587-t  l*'  juin 
1592,  auxiliaire  à  Cambrai.  —  William  Bishop, 
juin  1623-t  13  avr.  1624,  premier  vicaire  apostolique 
d'Angleterre.  —  Marcel  Durazzo,  ?-2  sept.  1688,  vice- 
légat  en  Avignon.  —  C...  ?,  1734-?,  secrétaire  à  Rome. 

—  Martien  Carracciolo,  1743,  nonce  à  "Venise.  — 
Jean-Octave  Bufalini,  1745-1«'  déc.  1766.  —  Michel 
Giacomelli,  1772-?.  —  Jean-André  Archetti,  1782- 
20  sept.  1784,  nonce  en  Russie.  —  Paul-François 
Giustiniani,  O.  F.  M.  Cap.,  1787-17  févr.  1789.  — 
Charles  Zeni,  1819-3  août  1825,  nonce  en  Suisse.  — 
Gabriel  Ferretti,  1830-32,  coadjuteur  à  Montefiascone. 

—  Louis  Frezza,  1832-11  juill.  1834.  —  Raphaël  Bo- 
namie,  Picp.,  24  nov.  1837-t  8  juill.  1874.  —  Jean  Si- 
meoni,  15  mars-15  sept.  1875,  nonce  à  Madrid.  — 
Vincent-Léon  Sallua,  O.  P.,  12  mars  1877-t  31  déc. 
1896.  —  Antoine  Belli,  26  août  1897-t  21  janv.  1904. 

—  Antoine  Ayrès  de  Gouvea,  14  nov.  1904-t  17  déc. 
1916.  —  André  Caron,  22  janv.  1915-t  29  janv.  1927. 

—  Jean-Baptiste  délia  Pietra,  3  mars  1937-t  26  août 
1940.  —  Jules-Victor-Marie  Pichon,  30  août  1941, 
anc.  év.  des  Caies.  —  Rite  arménien  :  Pierre  Koyou- 
nian,  17  mars  1911-t  13  déc.  1937.  —  Serkis  Der 
Abrahmian,  13  juin  1938-?.  —  Rite  syrien  :  Clément- 
Michel  Baccache,  30  août  1922. 

Ruge,  Kalchedon,  dans  Pauly-Wissowa,  x-1,  1555-59.  — 
Smith,  Diclionary  of  Greek  and  Roman  Geograpby,  i,  596- 
97.  —  Le  Quien,  i,  599-612.  —  J.  Pargoire,  Les  premiers 
évéques  de  Chalcédoine,  dans  Échos  d'Orient,  m,  85-91, 
204-09;  IV,  21-30,  104-13.  —  S.  Vailhé,  Les  métropolitains  de 
Clialcédoine,  v»-x«  s.,  dans  Êclios  d'Orient,  xi,  347-51.  — 
Mgr  Gennade  d'HéliopoIis,  Suyypaçîa  Tris  loTopîas  Tfjç 
MTlTpOTTÔAecos  XaAKr|56vos  Kal  6  ÈTriCTKOTTiKÔs  otÙTfiç  KaTàXoyoç, 
dans  'Opeo5oÇ(a,  xix,  17-20,  38-41,  70-75,  120-24,  143-45. 

—  R.  .Janin,  La  banlieue  asiatic/ue  de  Constantinople. 
Chalcédoine  (Cadi-Keui),  dans  Échos  d'Orient,  xxi,  352- 
86.  —  H.  Leclercq,  Clialcédoine,  dans  D.A.C.  L.,ni,  90-130. 

—  Ann.  pont.,  1916,  p.  387-88. 

R.  Janin. 

CHALCIDIUS,  traducteur  et  commentateur 
du  Timée  de  Platon.  Les  seuls  renseignements  que 
nous  possédions  sur  lui  nous  sont  fournis  par  les  mss. 
et  par  la  préface  de  l'ouvrage.  D'après  les  mss.,  Ch. 
était  diacre,  voire  archidiacre,  et  il  entreprit  sa  tâche 
à  la  prière  d'Osius,  évêque  de  Cordoue.  La  préface 
est  en  effet  adressée  à  Osius  et,  bien  qu'elle  ne  le  pré- 
sente pas  comme  un  évêque,  nous  n'avons  pas  de 
raison  pour  croire  qu'il  ne  l'ait  pas  été.  Ch.  traduit 
donc  la  I«  partie  du  Timée  jusqu'à  la  p.  53  c  et  accom- 
pagne sa  traduction  d'un  commentaire  qui  s'arrête 
également  à  53  c.  Il  est  hors  de  doute  que  son  exégèse 


—  CHALCIS  278 

de  Platon  doit  beaucoup  à  ses  prédécesseurs  grecs,  en 
particulier  à  Posidonius  et  à  Adraste  d'Aphrodisias.  Il 
l'est  aussi  qu'il  est  chrétien,  qu'il  connaît  les  Écritures 
et  qu'il  utilise  les  Hexaples  d'Origène.  Le  commentaire 
de  Ch.  a  été  très  lu  durant  le  Moyen  Age  qui,  jusqu'à  la 
fin  du  xii«  s.,  lui  a  dû  le  meilleur  de  sa  connaissance  sur 
Platon  :  au  cours  du  xii''  s.,  on  a  même  écrit  un  com- 
mentaire du  commentaire  de  Ch.  Le  principal  intérêt 
de  Ch.  est  le  témoignage  qu'il  rend  aux  préoccupa- 
tions philosophiques  de  certains  chrétiens  de  langue 
latine  dès  la  première  moitié  du  iv"=  s.,  ce  qui  est  la 
date  probable  de  son  activité  littéraire. 

ÉDITIONS  :  Augnstus  .Justinianus,  Paris,  1520.  — 
J.  Meursius,  Leyde,  1617.  —  F.  G.  A.  MuUach,  Fragm. 
philn.',oph.  graecor.,  ii,  Paris,  1867.  p.  149  sq.  —  .1.  Wrobel, 
Leipzig,  1876. 

Voir  :  D.  Tamilia,  De  Chalcidii  aelate,  dans  Sludi  ilal.  di 
fllol.  class.,  VIII,  1900.  —  B.  W.  Switalski,  Der  Chalcidius- 
Commentar  zu  Platos  «  Timaeus  »,  dans  Beiirdge  ziir 
Geschichte  der  Philosophie  des  Mitlelalters,  m,  6,  Munster, 
1902.  —  M.  Schanz,  Geschichte  der  rôm.  Liter.,  iv,  1 :  2'  éd., 
Munich,  1914,  §  823,  p.  137-39. 

G.  Bardy. 

1.  CHALCIS  (XcAkIs),  évêché  de  la  province 
d'Europe,  dépendant  d'Héraclée.  La  ville,  qui  n'eut 
jamais  d'importance,  a  été  identifiée  avec  le  village 
d'Inecilv.  On  ignore  quand  elle  fut  dotée  d'un  évêché. 
Celui-ci  ne  figure  sur  aucune  liste  épiscopale  avant 
celle  de  Léon  le  Sage,  au  début  du  x«  s.  (H.  Gelzer, 
Ungedruckte  und  ungeniigend  verôffentlichle  Texte  der 
Notiliae  episcopalimm,  dans  Abhand.  der  kgl.  baijer. 
Akad.  der  Wiss.,  part.  I,  t.  xxi,  sect.  m,  Munich, 
1900,  p.  552).  Cependant  on  lui  connaît  un  évêque  au 
vixi<=  s.,  Sisinnius,  qui  prit  part  au  II«  concile  de  Nicée 
(787)  (Mansi,  xii,  995  B,  1099  B;  xiii,  388  D). 

Le  titre  de  Chalcis  ne  seriible  pas  avoir  été  conféré 
dans  l'Église  grecque  ni  dans  l'Église  romaine. 

R.  Janin. 

2.  CHALCIS  (XaÀKÎs),  évêché  de  la  province  de 
Grèce  ou  Hellade  I",  dépendant  d'Athènes,  puis  mé- 
tropole. La  ville  de  Chalcis,  capitale  de  l'Eubée,  est 
située  sur  la  côte  occidentale  de  cette  île,  au  bord  d'un 
canal  étroit  qui  la  sépare  de  la  Béotie,  à  laquelle  elle 
est  unie  par  un  pont.  Elle  fut  fondée  probablement 
avant  la  guerre  de  Troie  par  une  colonie  ionienne. 
Quand  elle  se  fut  développée,  elle  essaima  à  son  tour 
des  colonies  en  Calabre  et  en  Sicile.  Elle  fut  l'alliée  de 
la  Béotie  contre  Athènes.  Battue  par  celle-ci,  elle  dut 
subir  son  hégémonie,  même  après  la  guerre  contre  les 
Perses.  Cependant  toute  l'île  se  révolta  en  411  av. 
J.-Ch.  et  reconquit  sa  liberté  pour  quelque  temps.  Au 
temps  d'Alexandre  le  Grand,  la  ville  occupait  une 
étendue  assez  considérable,  puisque  Dicaearchus  lui 
attribue  70  stades  de  tour.  Elle  était  alors  ornée  de 
gymnases,  de  temples  et  autres  édifices  publics.  La 
position  de  Chalcis  en  faisait  une  place  de  guerre  im- 
portante. C'est  pourquoi  les  divers  conquérants  de  la 
Grèce  s'en  emparèrent  tour  à  tour  :  Macédoniens,  An- 
tiochus,  Mithridate  et  enfin  les  Romains.  Le  consul 
Mummius  la  prit  d'assaut  et  la  détruisit  (192  av. 
J.-Ch.).  Elle  se  releva  assez  vite  de  ses  ruines.  Justi- 
nien  la  restaura  et  l'embellit  à  son  tour.  Au  Moyen 
Age  elle  prit  le  nom  du  canal  qui  la  sépare  de  la  Béotie 
et  s'appela  Euripe  (EûpiTTOS),  d'où  l'on  fit  Égripont, 
Negroponte,  à  cause  du  pont  qui  la  relie  au  continent. 
Ville  de  17  000  hab.,  elle  est  aujourd'hui  la  capitale 
du  nôme  (département)  du  même  nom. 

Le  siège  épiscopal  remonte  probablement  assez  haut. 
Cependant  le  premier  titulaire  connu  de  façon  certaine 
est  Constantin,  qui  signa  en  458  la  lettre  des  évêques 
de  sa  province  à  l'empereur  Léon  à  propos  du  meurtre 
de  Protérius  d'Alexandrie  (Mansi,  vu,  612  C).  Depuis 
lors  le  nom  de  Chalcis  fait  place  à  celui  d'Euripe,  sous 
lequel  signent  désormais  les  évêques  (voir  Eubipe, 


279 


CHALCIS  —  CHALDIA 


280 


infra).  Chalcis  a  reparu  dans  les  listes  épiscopales  au 
XIX*  s.  L'éparchie  s'appela  Euripe  jusqu'en  1833,  date 
de  l'organisation  de  l'Église  de  Grèce.  Elle  reçut  alors 
le  nom  d'Eubée,  mais  la  loi  de  1852  lui  rendit  son 
ancien  titre  de  Chalcis.  Celle  de  1900  annexa  à 
l'éparchie  de  Chalcis  celle  de  Carystos  dans  le  sud-est 
de  l'île.  En  1923,  Chalcis  fut  promue  au  rang  de  métro- 
pole en  même  temps  que  les  autres  évêchés  de  l'an- 
cienne (irèce.  Le  diocèse  comprend  maintenant  toute 
l'île  d'Eubée  et  les  îlots  avoisinants.  Il  compte 
120  églises  paroissiales  desservies  par  autant  de 
prêtres  séculiers.  Il  existe  également  six  monastères 
avec  une  trentaine  de  moines. 

Évêques  connus  dans  la  période  moderne  :  Christo- 
phore  Stamatiadès,  élu  en  févr.  1882,  refusa  ('EKKArj- 
CTiacTTiKfi  'AAtiOeio,  II,  1882,  p.  308).  —  Eugène 
Dépastas,  1882-t  fin  juill.  1902  (ibid.,  xxii,  352).  — 
Pantéléimon,  12  oct.  1906-tl907  (ibid.,  xxvi,  615).  — 
Chrysostome  Probatas,  juill.  1907-t  1917  (ibid., 
xxvii,  422;  xxxvii,  32).  —  Grégoire,  déjà  en  1922. 

On  connaît  au  moins  un  évèque  catholique  de  Chal- 
cis pendant  la  domination  latine.  C'est  Théodore,  con- 
verti du  schisme  en  1205,  et  dont  parle  une  lettre  du 
pape  Innocent  III  en  1208  (Potthast,  Reg.,  306, 
n.  3552).  Depuis  lors  l'évêché  est  connu  sous  celui  de 
Nègrepont.  Le  titre  de  Chalcis  a  été  conféré  assez 
souvent  dans  l'Église  romaine  depuis  le  xix«  s.  :  Paul 
Marouchian,  19  avr.  1832-9  avr.  1838,  vicaire  patriar- 
cal arménien  à  Constantinople.  —  Henri  Altmayer, 
O.  P.,  4  avr.  1884-27  nov.  1887,  coadjuteur  à  Bagdad. 
—  Sévère  Garcia,  1""'  juin  1888-t  1890,  ancien  év.  de 
Tunja.  —  Antoine  Dos  Santos,  26  juin  1890-tl896, 
ancien  archev.  de  Bahia.  —  Pierre  Facciotti,  19  avr. 
1897-t  20  avr.  1913,  ancien  év.  de  Ferentino.  — 
Charles  Pietropaolo,  29  avr.  1913-t  29  juin  1922,  délé- 
gué apostolique  au  Venezuela.  —  Jean-Baptiste  Fal- 
lize,  9  oct.  1922-t  24  oct.  1933,  vicaire  apostolique  de 
Norvège.  —  Gallus  Steiger,  déc.  1933,  abbé  de 
Peramiho. 

Le  Quien,  ii,  212-1.5.  —  Smith,  Dictionartj  of  Greek  and 
Roman  Geography,  i,  569-70.  —  Oberhummer,  dans  Pauly- 
Wissowa,  III,  2078-88.  —  G.  Capsalès,  XcAkIs,  dans 
McyàXT)  êXXîiviKf)  éyKUKXoiraiSeia,  xxiv,  427-28.  —  Ann. 
pont.,  1916,  p.  388. 

R.  Janin. 

3.  CHALCIS  (XaÀKÎç),  métropole  de  la  Syrie  I". 
Cette  ville  fut  du  temps  des  Romains  la  capitale  d'une 
province  florissante,  la  Chalcidique,  que  les  ravages 
causés  par  les  diverses  invasions  ont  rendue  presque 
complètement  déserte.  C'est  aujourd'hui  Qennesré  ou 
Qennesrin,  vocable  employé  au  moins  depuis  le 
vii«  s.,  ainsi  qu'il  appert  de  la  Chronique  de  Michel  le 
Syrien.  Ce  fut  un  centre  monophysite  important;  il 
possédait  un  monastère  qui  fournit  plusieurs  évêques  à 
l'Église  jacobite  (Chronique  de  Michel  le  Syrien,  trad. 
Chabot,  m,  499,  452,  453,  454). 

Métropolites  orthodoxes.  —  Tranquille  condamna 
l'hérésie  des  noétiens  (iii«  s.  ;  Praedeslinatus,  hérésie 
30).  —  Thélaphius  fut  un  des  membres  du  conciliabule 
de  Philippopoli,  dissident  du  concile  de  Sardique  (341  ; 
Le  Quien,  ii,  785).  —  Magnus  assista  au  concile  d'An- 
tioche  en  364  et  souscrivit  la  lettre  des  Pères  à  l'empe- 
reur Jovien  (Socrate,  Hist.  eccles.,  III,  xxv).  — 
Eusèbe,  ordonné  par  Eusèbe  de  Samosate,  prit  part  au 
premier  concile  de  Constantinople  (381  ;  Mansi,  m, 
569  D;  Théodoret,  Hist.  eccles.,  "V,  iv).  —  Apringius 
assista  à  celui  d'Éphèse  (431;  Mansi,  iv,  1229  A).  — 
Antoine  (Le  Quien,  ii,  785).  —  Jamblique  prit  part 
au  concile  d'Antioche  qui  condamna  Athanase  de 
Perrhé  (ibid.,  u,  786).  —  Romulus  ou  Romanus  était 
à  celui  de  Chalcédoine  (451),  dont  il  souscrivit  les 
actes  (ibid.,  vi,  568  D,  941  E,  1090  B).  —  Domnus 
signa  en  458  la  lettre  des  évêques  de  sa  province  à 


l'empereur  Léon  sur  le  meurtre  de  Protérius  d'Alexan- 
drie (ibid.,  VII,  548  D).  —  Romanus  fut  chassé  de  son 
siège  par  Pierre  le  Foulon  en  477  (Théophane,  Chrono- 
graphia,  134).  —  Domitius  ou  Démétrius  prit  part  au 
V«  concile  œcuménique  (553;  Mansi,  ix,  175  B,  192  D, 
391  B).  —  Vers  la  fin  du  vi«  s.  Probus  fut  nommé  mé- 
tropolite de  Chalcis  et  envoyé  en  ambassade  à  Chos- 
roès  par  l'empereur  Maurice  (Théophylacte  Simo- 
cattas,  Historia,  V,  15).  On  n'a  pas  de  preuve  que  la 
métropole  orthodoxe  de  Chalcis  ait  subsisté  au  delà 
du  vi"  siècle. 

Métropolites  jacobites  (monophysites).  —  Isidore  fut 
chassé  de  son  siège  par  Justin  I"  en  518  (Chronique  de 
Denis  de  Tell  Mahré,  dans  la  Chronique  de  Michel  le 
Syrien,  ii,  171).  —  Hanania,  sacré  vers  825  (ibid.,  m, 
454).  —  Thomariqa,  vers  835  (ibid.,  m,  454).  — 
Athanase,  vers  870  (ibid.,  m,  457).  —  Ignace,  vers  900 
(ibid.,  III,  460).  —  Thomas,  vers  915  (ibid.,  ni,  462).  — 
Syméon,  vers  945  (ibid.,  m,  464). 

Le  titre  de  Chalcis  de  Syrie  ne  semble  pas  avoir  en- 
core été  conféré  dans  l'Église  romaine. 

Smith,  Dictionarii  of  Greek  and  Roman  Geography,  i,  598. 
—  Escher,  dans  Pauly-Wissowa,  m,  2090-91.  —  Le  Quien, 
II,  785-88. 

R.  Janin. 

CHALDÉENNE  (ÉGLISE).  —  Voir  D.  T.  C, 
XI,  225-323. 

CHALDIA  (XaA5îa,  XaASeîa),  évêché  grec  de  la 
province  du  Pont  Polémoniaque,  dépendant  d'abord 
de  Néocésarée,  puis  de  Trébizonde,  promu  ensuite 
archevêché  et  métropole.  Aucune  liste  épiscopale  ne 
signale  cet  évêché  avant  la  période  turque,  mais  son 
existence  est  attestée  par  d'autres  documents  à  partir 
du  xiv«  s.  Le  Syntaqmation  de  Chrysanthe  de  Jérusa- 
lem lui  donne  le  titre  d'archevêché  (1717).  De  fait, 
cette  promotion  avait  eu  lieu  sous  l'évêque  Sylvestre 
(1624-53).  A  cette  époque,  l'évêché  de  Chaldia  était  dé- 
jà uni  à  celui  de  Chériana.  Il  devint  métropole  en 
juill.  1737.  Le  18  mars  1900,  son  titulaire  reçut  le  droit 
de  s'appeler  «  hypertinios  et  exarque  de  l'Hélénopont  » 
(dans  'EKKAriCTiaoTiKTi  'AAriôeiot,  xx,  121).  Ce  métro- 
polite résidait  à  Giimiishane.  Le  nom  de  Chaldia  n'est 
pas  en  effet  celui  d'une  ville,  mais  celui  d'une  région. 
Clergé  et  fidèles  ont  disparu  pendant  la  guerre  gréco- 
turque  de  1919-22  ou  ont  été  échangés  à  la  suite  du 
traité  de  Lausanne  qui  l'a  suivie. 

Évêques,  archevêques  et  métropolites  connus.  —  Cal- 
listrate,  à  la  fin  du  xiv*  ou  au  début  du  xv«  s.  (Vizan- 
liiski  Vremennik,  v,  679).  —  Sylvestre,  1624-53 
(A.  Papadopoulos-Kérameus,  'l6poaoÂu|jLr|TiKTi  BigAio- 
eriKTi,  I,  212).  —  Euthyme  Phytianos,  déc.  1653,  juiU. 
1656,  1661  (A.  Papadopoulos-Kérameus,  op.  cit.,  i, 
347;  'AvâÂEKTa  MepoCToÀuiiriTiKfis  Ztox.,  i,  303;  Sa- 
thas,  Bibliotheca  graeca  medii  aevi,  m,  588).  —  Gré- 
goire Phytianos,  1680,  5  mai  1681  (A.  Papadopoulos- 
Kérameus,  'lEpoaoAupriTiKT)  BigAio6r|Kr|,  i,  303).  — 
Philothée,  1694-1717  (ibid.,  i,  215,  216).  —  Grégoire 
Phytianos,  archevêque,  12  sept.  1717-31  (ibid.,  i,  206, 
215,  243,  347).  —  Ignace  Codour,  1733,  f  1749  (ibid., 
I,  546;  'AvâXeKTa  'UpocroA.  Itox-,  iv,  55,  56-57).  — ■ 
Ignace  Photianos,  1749-?  ('O  ÎEpôç  vupcpaycoyôs, 
116).  —  Denys,  janv.  1767  (ibid.,  116).  —  Théophile, 
1850-juill.  1864  ('EKKXr|CTiaaTiKfi  'AX^Qaa,  ii.  529, 
n.  5;  XXI,  210).  —  Germain,  14  juill.  1864-mai  1905 
(ibid.,  II,  529,  n.  5;  xxv,  230).  —  Laurent  Papadopou- 
los,  10  mai  1905-24  oct.  1922  (ibid.,  xxv,  230).  — 
Basile  Combopoulos,  24  oct.  1922-?  Lors  de  cette  no- 
mination la  métropole  avait  en  fait  cessé  d'exister. 

Le  titre  de  Chaldia  n'a  pas  été  conféré  dans  l'Église 
romaine  et  il  ne  figure  même  pas  dans  les  listes  de  la 
Consistoriale,  comme  ayant  été  probablement  établi 
après  le  schisme. 


281 


CHA[,1)IA  — 


CHALLONER 


282 


MeyiXri  éA^TlVlK^)  éyKUKXoiraiSeia,  xxiv,  430.  —  Chr>-- 
santhe  Philippidès,  'EKKXT)aia  TpatrEjoOvros,  dans  'ApxEÎov 
novTOU,  v-vr,  1936.  p.  .">3n,  569,  573,  r><t1,  593-9."),  604,  6R3. 

R.  Janin. 

CHALEIVIOT  (Dom  Claude),  cistercien  français, 
t  1667.  Entré  à  l'abbaye  de  Chaalis,  il  en  devint 
prieur;  il  occupa  cette  même  fonction  à  Royaumont  et 
fut  élu  abbé  à  la  Colombe  (1648),  au  diocèse  de 
Bourges,  aujourd'hui  de  Limoges.  Il  était  de  l'étroite 
observance,  mais  sans  le  zèle  outré  d'Étienne  Maugier 
et  autres.  Instruit  et  docteur  en  théologie,  il  composa 
plusieurs  ouvrages  :  des  Annales  cisterciennes  en  deux 
tomes,  qui  ne  furent  pas  imprimées  et  ont  disparu; 
une  histoire  de  l'Église  de  France  qu'il  préparait 
quand  la  mort  le  saisit,  ainsi  qu'une  édition  de  cer- 
taines œuvres  de  Pierre  le  Chantre.  Le  seul  travail  qui 
reste  de  lui  est  Séries  sanctorum  et  beaiorum  ac  illus- 
trium  virorum  S.  O.  Cisterciensis  (Paris,  1666;  2«  éd.  en 
1670).  L'auteur  s'était  proposé  de  corriger  le  Menolo- 
gium  Cislerc.  de  Henriquez  (1630)  et  de  le  compléter. 
Intention  louable,  mais  le  résultat  fut  déficient,  eu 
égard  surtout  aux  exigences  actuelles  de  la  critique 
historique. 

P.  Féret,  Les  docteurs  de  la  faculté  de  théologie  de  Paris, 
V,  Paris,  1907,  p.  295.  —  Sér.  Lenssen,  Aperçu  hist.  sur  la 
vénération  des  saints  cisterciens,  Tilbourg,  1946,  p.  107.  — 
Ch.  de  Visch.  Biltliotheca  script.  S.  O.  Cisterc,  Douai, 
1649,  p.  78. 

J.-M.  Canivez. 

CHALETRICUS  (Saint)  (inscription),  Cha- 
lactericus  (Fortunat),  Caletricus  (Vie  de  S.  Lubin  et 
livres  liturgiques),  Caltry,  Calais,  Calétric.  «  Nous 
n'avons  rien  de  S.  Calétric,  a  écrit  très  judicieusement 
Baillet,  hors  l'épitaphe  que  lui  fit  Fortunat  de  Poi- 
tiers, l'endroit  de  la  Vie  de  S.  Lubin  où  il  est  parlé 
de  sa  maladie,  et  les  souscriptions  des  conciles.  »  Le 
nom  de  ce  saint  i)ersonnage  suit,  sur  la  liste  épisco- 
pale  de  Chartres,  celui  de  S.  Lubin  et  précède  celui 
de  Pappolus.  Il  ne  peut  avoir  été  élu  avant  552  ni 
après  557  ;  il  mourut  au  plus  tard  en  573. 

N'étant  encore  que  prêtre,  il  fut  guéri  d'une  grave 
maladie  après  avoir  reçu  de  S.  Lubin  une  onction 
d'huile  bénite.  Il  assista  au  concile  de  Tours  en  567 
et  à  celui  de  Paris  entre  556  et  563.  Fortunat  l'appelle 
«  l'espoir  du  clergé,  le  protecteur  des  veuves,  le  pain 
des  pauvres  »  et  célèbre,  en  même  temps  que  ses 
vertus,  la  beauté  de  son  visage  et  son  talent  de  chan- 
tre. Il  nous  apprend  aussi  que  l'évêque  Calétric 
mourut  âgé  seulement  de  trente-huit  ans. 

Le  sarcophage  du  saint  évêque  fut  retrouvé,  vide, 
en  1703,  lors  de  la  démolition  de  l'église  des  SS.-Serge- 
et-Bacche  près  de  la  cathédrale,  à  l'entrée  de  l'évêché. 
Il  est  aujourd'hui  conservé  dans  la  crypte  de  la  cathé- 
drale. On  y  lit  une  inscription  primitive,  constatant 
que  Calétric  mourut  un  4  sept,  (pridie  nonas  septem- 
bris),  mais  le  mot  pridie  a  été  martelé  et  oclobris  a 
été  substitué  à  seplembris.  Cette  altération  a  été  faite 
à  une  époque  inconnue,  pour  mettre  d'accord  l'ins- 
cription avec  le  calendrier  liturgique  qui  commémo- 
rait S.  Calétric  le  7  oct.  Cette  date  est  celle  d'une 
invention  déjà  mentionnée  dans  le  martyrologe  char- 
train  écrit  vers  1028  :  Civilaie  Carnosis  invenlio 
corporis  Sancti  Calelrici.  On -se  contentait,  le  jour  de 
la  fête  des  SS.  Serge  et  Bacche,  de  faire  à  leur  olTice 
mémoire  de  S.  Calétric,  ce  qui  explique  l'absence  de 
leçons  historiques.  A  une  date  qui  n'est  pas  connue 
avec  précision,  mais  que  l'étude  des  mss.  liturgiques 
chartrains  permet  de  situer  au  cours  du  troisième 
quart  du  xiv«  s.,  on  voulut  faire  mieux  :  il  y  eut  en 
l'honneur  de  S.  Calétric  une  fête  spéciale,  fixée  au 
8  oct.,  et  comportant  un  office  complet.  Depuis  1917 
la  fête  est  célébrée  le  4  sept.,  anniversaire  de  la  mort 
du  saint,  jour  que  l'on  a  supposé,  sans  preuve,  avoir 
été  celui  d'une  fête  primitive. 


A.  S.,  mars  ii,  315-49;  oct.,  iv,  278.  —  Duchesne,  ii, 
1900,  p.  422.  —  Fortunat,  Poematunv  1.  IV,  vi,  dans  P.  L., 
i.xxxviii,  159.  —  Gnll.  christ.,  viii,  1744,  1096.  -  Lépi- 
nois  et  Merlet,  Cartulaire  de  N.-D.  de  Chartres,  i,  1862, 
p.  xxx.  —  Le  Blant,  Recueil  des  inscript,  clirét.  de  la  Gaule, 
1,  1856,  p.  305.  —  Merlet  et  Clerval,  Un  ms.  chartrain  du 
XI'  s.,  1893,  p.  34. 

Y.  Delaporte. 

CHALIVOY,  Callovium,  Chaliveyum,  Challonel, 
ancienne  abbaye  cistercienne  sur  la  comm.  de  Herry, 
départ,  du  Cher,  dioc.  de  Bourges.  A  l'origine,  un 
ermite,  Julien,  et  quelques  disciples  à  qui  Geoffroy  de 
Magnac  fait  don  d'un  terrain  à  Font-Just  (1133).  Ite- 
rius  de  Boneuil  confirme  la  donation  en  1138,  y  ajou- 
tant le  conseil,  presque  une  condition,  de  se  donner  à 
l'ordre  de  Cîteaux.  L'abbé  de  Bouras  (Bonus  radius) 
accepte  d'y  envoyer  une  colonie  de  moines  avec  Ri- 
chard, premier  abbé,  et  l'on  s'installe  à  Chalivoy,  à 
deux  lieues  de  Font-Just.  Des  donations  pieuses  per- 
mettent à  la  jeune  abbaye  de  prendre  son  essor. 

En  1277,  l'abbé  fut  déposé  par  le  chapitre  général 
qui,  l'année  suivante,  dut  priver  Bouras  de  ses  droits 
de  paternité  sur  Chalivoy  pour  les  confier  à  Pontigny 

—  ils  seraient  ainsi  mieux  exercés.  Le  premier  abbé 
commendataire  que  l'on  signale  est  l'évêque  d'Or- 
léans, Jean  de  Morvilliers  (1563  ou  avant);  mais  à 
cette  date  Chalivoy  semble  ruinée;  elle  reprit  vie 
cependant.  L'église,  brûlée  deux  fois  au  cours  des 
guerres  de  religion,  fut  rebâtie  au  xvii«  s.  Les  statuts 
capitulaires  de  Cîteaux  font  mention  de  cette  abbaye 
jusqu'au  terme  du  xviii«  s.  Depuis  lors  les  bâtiments 
conventuels  ont  disparu,  et  l'église  a  été  totalement 
transformée  pour  servir  d'habitation  privée. 

Abbés.  —  1.  Richard,  1138-50.  —  2.  Mansel,  1153.  — 
3.  Guillaume,  1156,  1162.  —  4.  Ulric  I",  1170.  — 
5.  Geoffoy,  1176.  —  6.  R.  —  7.  Élie,  1180-85.  — 
8.  Ulric  II,  1188-91.  —  9.  Bernard,  1198.  —  10. 
Amand  I",  1220-33.  —  11.  S.  —  12.  Étienne  I",  1255. 

—  13.  Laurent  I",  1267.  —  14.  Amand  II,  1270.  — 
15.  Guillaume  II,  1279-95.  —  16.  Jean  I",  1302.  — 
17.  Henri,  1323.  —  18.  Laurent  II,  1327.  —  19. 
Étienne  Quinaut,  1437.  —  20.  Jean  Jaillet,  1440-49, 
élu  à  Fontmorigny.  —  21.  Alman,  1450.  —  22.  Ber- 
trand Gallois,  1467-1503.  —  23.  Toussain  Gillet,  1503. 

—  24.  Guillaume  Bouchetel,  1549-52.  —  25.  Jean  de 
Morvilliers,  év.  d'Orléans,  commendataire,  1503.  — 
26.  Guillaume  Foucaut,  1581-1611.  —  27.  Palameder 
de  Fondria,  1626.  —  28.  Eustache  Picot,  1637-51.  — 
29.  N.  Girard.  —  30.  Antoine  de  Furetière,  1663-88.  — 
31.  Pierre  de  Beaumont  de  Chantelou  de  Bearnier, 
1688.  —  32.  Hervé  de  Goazanvot,  1710. 

-Archives  au  dépôt  départ,  du  Cher  :  83  art..  Invent,  de 
titres  (1445),  un  cart.  des  xiv"  et  xv  s.  signalé  par  Stein, 
n.  824  —  Galt.  christ.,  ii,  192.  —  Janauschek,  Orig.  cisterc. 
Vienne,  1877,  p.  52.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  ann.  1138, 
cap.  XV,  n.  1,  2.  —  Martène  et  Durand,  Thésaurus,  m, 
1264.  —  Statuta  cap.  ijen.  ord.  Cisterc,  i-viii,  éd.  Lou- 
vain,  1933-41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CHALKIAS    (Jean),   théologien    grec  (xvii"- 
xviii^  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2208. 

CHALLANT.  Voir  Chalani. 

CHALLONER  (Richard),  évêque  de  Debra, 
vicaire  apostolique  du  district  de  Londres,  naquit  à 
Lewes,  dans  le  Sussex,  le  29  sept.  1691,  de  parents 
presbytériens.  Sa  mère,  devenue  veuve,  entra  en  ser- 
vice dans  des  familles  catholiques  :  Sir  John  Gage, 
puis  Lady  Anastasia  Holman.  Cette  dernière  avait 
pour  aumônier  un  prêtre  des  plus  distingués,  John 
(jother,  connu  par  ses  ouvrages  de  controverse.  Il 
s'intéressa  à  l'enfant,  l'instruisit,  le  reçut  dans 
l'Église  catholique  en  1704,  puis  le  fit  admettre  au  col- 


283 


CHALLONRR 


284 


lège  de  Douai  en  1705,  à  l'âge  de  quatorze  ans.  Le 
jeune  Richard,  intelligent  et  laborieux,  fit  d'excel- 
lentes études.  A  vingt  et  un  ans,  il  fut  chargé  de  la 
classe  de  rhétorique  et  de  poésie;  un  an  plus  tard  il  en- 
seignait la  philosophie.  Prêtre  en  1716,  vice-président 
du  collège  et  professeur  de  théologie  en  1719,  il  reçut 
en  1727  le  doctorat  en  théologie  à  l'université  de 
Douai.  Mais  l'enseignement  n'était  pas  sa  vocation 
définitive  :  il  demanda  à  travailler  aux  missions  et  en 
1730  fut  admis  dans  le  clergé  du  district  de  Londres 
par  le  vicaire  apostolique  Mgr  Gifïard.  Challoner  se 
livra  avec  ardeur  au  ministère  dans  les  quartiers 
pauvres  de  Londres.  Il  y  joignit  l'apostolat  de  la 
plume.  Déjà  à  Douai  il  avait  publié  un  petit  livre  de 
piété  :  Think  wetl  on't,  «  Pensez-y  bien  ».  En  1732  pa- 
rurent deux  livres  de  controverse  :  The  imerring  au- 
thority  of  Ihe  CathoUc  Church  in  mallers  of  failh,  et  The 
Grounds  o/  the  Catholic  doctrine  contained  in  the  pro- 
fession of  faith  published  bij  Pope  Pius  the  Fourth.  Un 
peu  plus  tard  deux  petits  tracts  :  A  Roman  Catholick's 
reasons  why  he  cannot  conform  to  the  Protestant  Reli- 
gion, et  The  touchstone  of  the  new  Religion  (1734).  Ces 
livres  étaient  écrits  très  simplement,  mais  avec  beau- 
coup de  clarté  et  de  logique  :  aussi  furent-ils  bien 
accueillis.  A  cette  époque  également  il  entreprit  une 
traduction  anglaise  de  V Imitation.  Un  autre  ouvrage 
sorti  de  sa  plume  en  1737  lui  attira  des  désagréments  : 
The  Catholic  Christian  instructed  in  tlie  Sacrament,  Sa- 
crifice and  Cerenwnies  of  the  Church^  La  préface  réfu- 
tait non  sans  ironie  les  écrits  d'un  Dr  Middleton,  qui 
avait  attaqué  les  cérémonies  de  l'Église.  Celui-ci  prit 
très  mal  la  critique  et  porta  plainte  devant  les  magis- 
trats. Challoner,  pour  éviter  l'application  des  lois  pé- 
nales, dut  quitter  pour  un  temps  l'Angleterre.  A  peine 
était-il  de  retour  que  le  président  du  collège  de  Douai 
mourait,  après  l'avoir  demandé  pour  son  successeur. 
La  nomination  était  faite,  quand  Mgr  Petre,  qui  en 
1734  avait  succédé  à  Mgr  Giffard,  insista  pour  avoir 
comme  coadjuteur  le  Dr  Challoner,  dont  il  avait  fait 
son  vicaire  général,  et  dont  il  déclarait  ne  pouvoir  se 
passer.  Rome  accéda  à  la  demande,  et  Mgr  Challoner 
fut  sacré  en  1741  évêque  de  Debra  et  coadjuteur  de 
Mgr  Petre.  Dans  l'intervalle  il  avait  écrit  un  petit 
livre  destiné  à  une  grande  fortune  :  The  Garden  of  the 
Soul  (1740),  recueil  de  prières,  de  méditations  et  de 
conseils,  simple  mais  substantiel,  qui  se  répandit  très 
vite  et  eut  dans  la  suite  d'innombrables  éditions.  De 
nouveaux  devoirs  s'imposaient  à  Mgr  Challoner,  car 
c'est  lui  qui  allait,  en  fait,  gouverner  le  district,  le  vi- 
caire apostolique  étant  âgé  et  valétudinaire.  Tout 
en  continuant  à  s'occuper  des  fidèles  de  Londres,  il 
dut  visiter  le  vaste  district  (six  comtés,  toute  la  partie 
sud-est  de  l'Angleterre).  Les  catholiques  y  étaient  peu 
nombreux  et  très  dispersés,  ce  qui  ne  facilitait  pas  les 
visites.  Le  surcroît  de  charges  n'interrompit  pas  l'ac- 
tivité littéraire  du  coadjuteur.  En  1741,  il  publia  les 
Memoirs  of  Missionary  Priests  en  deux  volumes, 
simples  notices  des  martyrs  et  des  confesseurs  de  la 
foi  de  1577  à  1682;  l'année  suivante,  un  nouveau  livre 
de  controverse  :  The  Grounds  of  the  old  Religion,  ré- 
ponse à  une  nouvelle  attaque  du  Dr  Middleton;  en 
1745,  Britannia  Sancta,  Vies  des  principaux  saints 
anglais,  écossais  et  irlandais.  Un  peu  plus  tard  il  entre- 
prit une  nouvelle  traduction  anglaise  de  la  Bible, 
pour  remplacer  celle  de  Douai-Reims,  très  imparfaite. 
Ce  travail  fut  terminé  en  trois  ans,  malgré  les  mul- 
tiples occupations  de  l'auteur.  C'est  lui  qui  dut  faire 
toutes  les  démarches  dans  un  long  conflit  de  juridic- 
tion entre  les  religieux  et  les  vicaires  apostoliques. 
Ceux-ci  eurent  gain  de  cause  par  im  décret  de  Be- 
noît XIV  en  1753.  Cette  même  année  parurent  les  mé- 
ditations pour  tous  les  jours  de  l'année.  Considéra- 
tions  upon   Christian   truths  and  Christian  dulies. 


ouvrage  de  solide  piété  et  de  doctrine,  qui  eut  de  nom- 
breuses éditions  et  fut  traduit  en  plusieurs  langues. 
Mgr  Challoner  écrivit  aussi  en  1755  une  Vie  des  Pères 
du  désert,  The  Wonders  of  God  in  the  wilderness,  et  une 
Vie  populaire  de  Ste  Thérèse. 

Il  avait  soixante-sept  ans  lorsque  son  vieil  évêqu 
Mgr  Petre,  mourut  en  1758.  Il  devenait  par  le  fait  vi- 
caire apostolique,  mais  cela  ne  changea  rien  à  sa  vie 
austère  et  laborieuse.  Cependant  il  obtint  un  coadju- 
teur, Mgr  James  Talbot.  Il  lui  confia  la  visite  des 
comtés,  se  réservant  l'apostolat  de  Londres  où  rési- 
daient les  quatre  cinquièmes  des  fidèles  du  district. 
Il  continua  donc  le  ministère  des  âmes,  prêchant,  con- 
fessant, assistant  les  pauvres.  Les  conférences  ecclé- 
siastiques furent  rétablies,  l'évêque  les  présidait  lui- 
même.  Grâce  à  une  sage  économie  du  temps,  il  menait 
de  front  cette  activité  extérieure  et  le  travail  litté- 
raire. Vers  cette  époque  furent  publiés  un  supplément 
au  Britannia  Sancta  :  A  Mémorial  of  ancient  British 
piety,  plusieurs  traductions  :  des  Confessions  de 
S.  Augustin  (1762),  de  V Introduction  à  la  vie  dévote, 
d'un  petit  traité  de  S.  Jean  Chrysostome.  En  1772  il 
révisa  le  catéchisme  de  Douai  :  Abridgement  of  Chris- 
tian doctrine.  Son  dernier  ouvrage  est  un  extrait  de 
l'histoire  de  la  Bible  (1777).  La  question  de  l'éducation 
des  enfants  et  des  clercs  avait  toujours  attiré  son 
attention.  Il  fonda  deux  collèges,  l'un  à  Standon 
Lordship,  l'autre  à  Sedgley  Park.  Grâce  à  ses  efforts, 
les  collèges  anglais  de  S. -Orner  et  de  Valladolid,  laissés 
vacants  par  l'expulsion  des  jésuites,  furent  conservés 
au  clergé  anglais;  celui  de  Lisbonne  fut  réformé.  On 
était  toujours  sous  le  régime  des  lois  pénales.  Certes, 
ces  lois  n'étaient  plus  rigoureusement  appliquées; 
mais  elles  subsistaient  comme  une  menace  perpé- 
tuelle. En  1765  un  certain  William  Payne,  alléché  par 
la  prime  de  100  livres  accordée  aux  dénonciateurs  des 
prêtres,  se  mit  à  faire  le  métier  de  délateur.  Que  d'en- 
nuis ne  causa-t-il  pas?  Mgr  Challoner  lui-même  fut 
accusé,  avec  quatre  de  ses  prêtres,  et  n'échappa  à  un 
dangereux  procès  que  grâce  à  une  fausse  manœuvre 
du  délateur.  L'évêque  allait  voir  poindre  l'aube  de 
temps  meilleurs.  En  1778,  les  catholiques  obtinrent 
un  léger  adoucissement  des  lois  pénales.  C'était  bien 
peu  de  chose  :  ce  fut  assez,  cependant,  pour  provoquer 
une  vague  de  fanatisme,  qui  aboutit  aux  émeutes 
Gordon  en  1780.  Tandis  que  les  chapelles  et  les 
demeures  des  catholiques  étaient  livrées  au  pillage  et  à 
l'incendie,  qu'une  populace  en  délire  le  cherchait  pour 
le  maltraiter,  Mgr  Challoner,  retiré  chez  un  ami, 
priait.  Il  dut  ensuite  s'occuper  à  réparer  les  ruines 
accumulées  en  quelques  jours.  Il  avait  quatre-vingt- 
neuf  ans.  Le  10  janv.  1781  il  eut  une  attaque  de  para- 
lysie, et  mourut  paisiblement  deux  jours  après.  Son 
œuvre  restait.  Non  seulement  il  avait  formé  de  bons 
prêtres  et  laissé  lui-même  l'exemple  d'une  sainte  vie, 
mais  ses  livres  continuèrent  longtemps,  continuent 
encore,  à  entretenir  la  foi  et  la  piété  des  fidèles.  Ses 
restes,  ensevelis  au  caveau  de  la  famille  Barrett  à  Mil- 
ton  (Berkshire),  ont  été  solennellement  transférés  à  la 
cathédrale  de  Westminster  le  1"  mai  1946. 

.1.  Bamard,  Life  of  Vener.  and  Rev.  Richard  Challoner, 
Londres,  1784.  —  J.  Milner,  Brief  account  of  ihe  life  of  the 
Riçihl  Rev.  Richard  Challoner,  Londres,  1798.  —  Ch.  Butler, 
Biographical  account  of  Right  Rev.  Dr.  Challoner,  Catholic 
Spectator,  1824.  —  M.  Brady,  Annals  of  Ihe  Catholic  Hierar- 
chy  of  England  and  Scotland,  m,  Londres,  1877,  p.  164.  — 
E.  H.  Burton  and  Noian,  Sevenlh  Douay  Diary,  dans 
Catholic  Record  Society,  1928.  —  E.  H.  Burton,  The  Life 
and  times  of  Bishop  Challoner,  2  vol.,  Londres,  1909.  — 
M.  Trappes-Loniax,  Bishop  Challoner,  Londres,  1936.  — 
D.  Gwynn,  Bishop  Challoner,  Londres,  1946. —  Richard 
Challoner,  essais  publiés  par  la  Westminster  Calhedral 
Clironicle,  1946. 

P.  Chauvin. 


285  CHALMERS  —  CH 

CHALMERS  (Guillaume),  oratorien  et  théolo- 
gien écossais  (f  1678).  Voir  7).  T.  C.  u,  2211. 

CHALMERS  (Thomas),  presbytérien  écossais 
(1780-1847).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2211-14. 

CHALOCHÉ,  Chalochei  um,  Calocerium,  Kaloche- 
rio,  ancienne  abbaye  cistercienne  au  dioc.  d'Angers 
(départ,  de  Maine-et-Loire)  sur  la  comm.  de  Chau- 
mont,  non  loin  de  Baugé.  D'abord  fondation  de  Savi- 
gny  par  Hamelin  de  Ingrandes  (1129),  elle  entre 
dans  l'ordre  de  Cîteaux  avec  sa  maison-mère  en  1147. 
Plusieurs  délégations  pontificales  furent  confiées  aux 
abbés  de  Chaloché;  notons  spécialement  qu'Hono- 
rius  m  délégua  en  1217  Guillaume  de  Bressey  avec 
l'évêque  d'Autun  et  l'abbé  de  Bouras  pour  faire  l'en- 
quête canonique  sur  les  vertus  de  Guillaume,  arche- 
vêque de  Bourges,  canonisé  en  1218.  En  1359,  les 
moines  quittent  l'abbaye  pour  se  réfugier  à  Angers,  à 
cause  des  fréquentes  incursions  des  bandes,  et  l'ex- 
trême pauvreté  où  ils  furent  réduits  durait  encore 
trente  ans  après. 

Chaloché  ne  prit  point  une  extension  considérable, 
mais  sut  se  dégager  des  étreintes  de  la  commende  et 
aux  xvii«  et  xviii"  s.  eut  encore  à  sa  tête  des  abbés  de 
valeur,  tel  Julien  Meliand,  procureur  général  de 
l'ordre  en  France  et  visiteur  des  provinces  d'Anjou,  du 
Maine  et  de  Touraine.  Les  religieux  embrassèrent  la 
stricte  observance  au  xvii«  s.;  ils  n'étaient  plus  que 
six  en  1768. 

Abbés.  —  1.  Ernisius,  1140.  —  2.  Benoît,  1152.  — 
3.  Adam,  1169.  —  4.  Raoul,  1184.  —  5.  G.,  1190. — 
6.  Robert  I",  1209.  —  7.  Maugier,  1205.  —  8.  Geoffroy 
de  Lucé,  1207-13.  —  9.  Guillaume  de  Bressey,  1 216-23. 

—  10.  Michel.  —  11.  Geoffroy  de  S. -Jacques.  — 
12.  Herbert  II,  1243.  —  13.  Gilles,  1255.  —  14.  André, 
1274-79.  —  15.  Robert  II  de  Caucheiseviller,  1281.  — 
16.  Jean  I"  de  Coinon,  1295-1310.  —  17.  Thomas  I", 
1317-20.  —  18.  Thomas  II,  1345.  —  19.  Mathieu, 
1390-1419.  —  20.  Jean  II  de  Mathefon.  —  21.  Jean  III 
Ragouget,  f  1448.  —  22.  Jean  IV  Barrant,  1448-86.  — 
23.  Jean  V  de  la  Jaille,  f  1521.  —  24.  Pierre  Chevalier, 
th.  doct.,  1555.  —  25.  Bertrand  des  Marais,  1559.  — 
26.  Jean  VI  Terril,  1563.  —  27.  Joachim  d'Availloles, 
1564.  —  28.  Jean  VII  Pinaudeau,  1569.  —  29.  Fran-  j 
çois  Clouseau,  1579-84.  —  30.  René  de  Daillon  du 
Lude,  t  1600.  —  31.  Louis  Legagneur,  1613.  — 
32.  Charles  Crouin,  f  1648.  —  33.  Edmond  Diard, 
1653,  1675.  —  34.  JuHen  Meliand,  t  1689.  —  35.  N. 
Dubois.  —  36.  Marc- Antoine  de  Beaurepaire,  th.  doct., 
1  1727.  —  37.  Eustache  Malfilâtre,  th.  doct.,  1  1739.  — 

38.  Hubert   Carnot,   procureur  général,   1759.  — 

39.  Charles- Joseph  Couthaud,  th.  doct.,  1759-90. 

Archiues.  —  Départ,  de  Maine-el-Loire  :  2.3  art.  A/oii- 
uance  et  domaine  (xw  s. -1572);  invent,  de  meubles  et  d'ar- 
genterie (XVIII»  s.);  précis  historique  par  dom  .Jean  Elye 
(1787).  —  Bibl.  nat.,  Paris  :  nouv.  acq.  lat.  2473,  copie  de 
cartulaire.  —  Angers,  bibl.  munie,  ms.  1022,  notes  sur  l'ab- 
baye. —  Caen,  bibl.  munie.  :  coll.  Mancel,  ms.  4,  n.  31,  du 
28  avr.  1388.  —  Lille,  arch.  :  27  H,  n.  78,  corresp.  des  abbés 
de  Loos  avec  ceux  de  Chaloché  (xviii»  s.). 

Andegauiana,  xxviii,  127-33,  9«  centenaire  de  l'abbaye  de 
Chaloché.  —  M.  Aubert,  L'archil.  cisterc.  en  France,  i,  ii, 
1943,  passim.  —  Cottineau,  i,  673.  —  J.  Denais,  L'ahhaye  de 
Chaloché,  dans  Beviie  de  l'Anjou  hisl.,  1873.  —  Gall.  christ., 
XIV,  720.  —  Guilloreau,  Extr.  d'obit.  de  Chaloché,  La  Flèche, 
1904.  —  .Tanauschek,  Origines  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  97. 

—  Manrique,  Annales  cisterc,  ann.  1148,  cap.  vu,  n.  10; 
cap.  XV,  n.  33.  —  Potthast,  Berj.,  .3048,  5416.  25.J.33.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  Cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain,  19.33- 
41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CHALON  (Amrdée  de).  Voir  Amédée  de  Cha- 
lON,  II,  1147. 


ALON-SUR-SAONK  286 

CHALON-SUR-SAONE.—  I.  ville.  — 

I.  Site  et  topographie.  II.  Histoire  sommaire.  III. 
Institutions  religieuses.  IV.  Monuments  religieux. 
V.  Conciles. 

I.  Site  et  topographie.  —  Le  site  de  Chalon,  Ca- 
billonum,  Cabilonnum,  Cabito,  a  été  fréquenté  par 
l'homme  dès  l'époque  paléolithique  et  la  ville  s'est 
créée  dès  qu'il  y  eut  du  trafic  commercial  en  Gaule. 
Elle  est  située  en  effet  à  un  coude  de  la  Saône,  à  l'en- 
droit où  celle-ci  est  le  plus  rapprochée  des  plateaux 
bourguignons  et  où,  jusqu'aux  chemins  de  fer,  voya- 
geurs et  marchandises  passaient  de  la  voie  fluviale  à  la 
route  de  terre  et  inversement.  Les  objets  trouvés  dans 
les  dragages  de  la  Saône  remontent  à  l'époque  de  la 
Tène,  au  iii«  s.  avant  notre  ère.  Chalon  était  alors  le 
point  de  départ  d'une  route  qui,  en  ligne  droite,  par 
Beaune,  Fleurey-sur-Ouche  et  Châtillon,  menait  à  la 
haute  vallée  de  la  Seine.  A  l'époque  romaine,  la  ville 
fut  sur  la  grande  voie  d'Agrippa  de  Lyon  au  Rhin;  de 
celle-ci  s'y  détachait  un  embranchement  vers  Besan- 
çon et  un  autre  vers  Autun  et  Sens.  On  a  reconnu  avec 
précision  le  tracé  de  l'enceinte  du  iii^  s.,  en  forme  de 
demi-ellipse  appuyée  à  la  Saône,  de  1  300  m.  de  dé- 
veloppement et  d'une  superficie  de  15  hect.;  sa  posi- 
tion vis-à-vis  de  l'île  S. -Laurent  implique  l'existence 
des  deux  ponts  dont  la  présence  de  l'île  facilitait  la 
construction  alors  qu'elle  aurait  compliqué  le  passage 
par  bac.  Cette  enceinte  romaine  est  entièrement  com- 
prise dans  le  lit  majeur  de  la  Saône;  ses  fossés,  creusés 
à  quelque  distance  des  murs  et  sans  communication 
avec  la  rivière,  étaient  maintenus  pleins,  quel  que  fût 
le  niveau  de  celle-ci,  au  moyen  d'une  dérivation  ame- 
nant l'eau  d'une  dizaine  de  km.  en  amont;  cette  déri- 
vation date  peut-être  seulement  du  haut  Moyen  Age; 
c'est  à  tort  en  tout  cas  qu'on  y  a  vu  un  bras  naturel. 
Au  point  le  plus  élevé  de  la  ville,  à  l'angle  sud-ouest  de 
l'enceinte,  s'élevait  une  sorte  de  donjon,  le  Chàtelet. 
Dans  le  haut  Moyen  Age  apparaît  autour  de  la  cité 
une  série  de  faubourgs  :  S. -Jean  de  Maisel  ou  de  Vieil- 
Maisel  {de  veteri  macello,  c.-à-d.  de  la  vieille  boucherie 
et  non  pas  de  la  léproserie  comme  on  le  répète  à  tort), 
le  long  de  la  voie  de  Lyon;  près  de  celle  d'Autun, 
autour  de  l'abbaye  S. -Pierre,  le  bourg  S. -André;  sur 
celle  de  Langres,  Ste-Croix,  dit  aussi  S. -Alexandre;  la 
i  Massonnière,  formée  d'une  rue  unique  entre  le  flanc 
ouest  de  l'enceinte  et  le  fossé;  Ste-Marie  le  long  de  la 
Saône;  en  outre,  dans  l'île,  S. -Laurent  avec,  au  delà  du 
bras  appelé  Genise,  les  Chavannes  ou  Eschavannes. 
Après  l'incursion  des  Grandes  Compagnies  en  1362,  on 
protégea  S. -Jean  et  la  Massonnière  par  des  palissades 
qui  furent  reconstruites  en  briques  au  milieu  du  xv  s. 
avec  un  développement  plus  considérable;  mais  l'en- 
ceinte était  toujours  entièrement  comprise  dans  le  Ht 
majeur  de  la  Saône  et  toujours  protégée  par  la  dériva- 
tion. De  1547  à  1555  fut  construit  un  nouveau  rem- 
part, en  pierre,  bastionné;  il  fut  poussé  jusqu'à  la 
crête  du  coteau  et  engloba  l'abbaye  de  S. -Pierre,  le 
bourg  S. -André  et  une  partie  de  Ste-Croix;  sa  création 
entraîna  la  destruction  de  l'église  Ste-Croix  et  le  bou- 
leversement du  réseau  routier  constitué  alors  encore 
par  les  voies  romaines.  Ste-Marie  et  S. -Laurent  furent 
également  protégés  par  des  fortifications  en  partie  en 
terre.  Après  l'occupation  passagère  par  les  protestants 
en  1562,  une  citadelle  fut  élevée  pour  surveiller  la 
ville;  elle  occupa  le  point  le  plus  élevé  de  l'enceinte,  là 
où  celle-ci  formait  un  angle  qu'il  suffisait  de  couper 
par  une  courtine  transversale;  la  construction  de  ce 
mur  et  le  dégagement  de  ses  abords  amenèrent  la 
destruction  complète  du  bourg  S. -André.  Le  milieu  du 
xvi«  s.  marque  la  transformation  complète  d'une  topo- 
graphie qui  n'avait  guère  changé  depuis  l'époque 
romaine. 

La  citadelle  fut  déclassée,  après  de  nombreuses 


287 


CHALON-S 


TJR-SAONE 


288 


demandes  des  habitants,  en  1788;  l'emplacement  en 
fut  loti  et  coupé  par  la  nouvelle  route  de  Paris;  le 
rempart  tourné  contre  la  ville,  détruit.  Sur  la  rive 
gauche  de  la  Saône,  un  second  bras  fut  creusé  en  1789 
pour  recevoir  une  partie  des  eaux  en  cas  de  crue.  En 
1814,  la  ville  était  encore  entièrement  enfermée  dans 
l'enceinte  du  xvi^  s.  où  tous  les  vastes  enclos  des  cou- 
vents avaient  été  morcelés  et  bâtis;  à  partir  du  règne 
de  Louis-Philippe,  elle  la  déborda  largement,  s'éten- 
dant  surtout  au  Nord  et  à  l'Ouest. 

II.  Histoire  sommaire.  —  Les  événements  poli- 
tiques sont  relativement  rares  dans  l'histoire  de  Cha- 
lon  et  celle-ci  est  avant  tout  la  description  de  son  acti- 
vité commerciale  et  du  développement  de  ses  institu- 
tions. Au  moment  de  l'arrivée  de  César,  la  ville  faisait 
partie  du  peuple  des  Éduens;  en  52,  pendant  que 
César  était  devant  Gergovie,  les  habitants  attaquèrent 
les  Romains  «  qui  s'étaient  établis  là  pour  commer- 
cer ».  De  l'époque  du  Haut  Empire,  nous  ne  savons 
que  ce  qu'apprend  l'archéologie  :  Chalon  est  avant 
tout  un  port  où  débarquent  les  amphores  de  vin  du 
Midi  et  où  l'on  charge  à  destination  de  la  Méditerranée 
les  lingots  de  plomb  de  la  Grande-Bretagne.  Une  ins- 
cription révèle  le  culte  ofTiciel  rendu  à  la  déesse  Saône  : 
Deae  Sauconnae  oppidani  Cabilonnenses.  Au  Bas  Em- 
pire c'est  une  ville  de  garnison  où  réside  le  préfet  de  la 
flotte  de  la  Saône.  De  simple  castrum  la  ville  devient 
ciuitas.  Dès  le  ii''  s.  le  christianisme  s'y  était  introduit 
(voir  Diocèse).  Chalon  est  souvent  cité  à  l'époque 
mérovingienne;  ce  fut  la  résidence  de  plusieurs  sou- 
verains, Théodebert  d'Austrasie  à  la  fin  de  son  règne, 
puis  Contran  (562-93)  et  son  successeur  Thierry; 
l'atelier  monétaire  est  très  actif.  Puis  c'est  le  silence 
jusqu'au  ix«  s.  En  834,  Lothaire  révolté  contre  son 
père  s'empara  de  la  ville  dont  le  comte,  Guérin,  avait 
pris  le  parti  de  Louis  le  Pieux;  elle  fut  incendiée.  Au 
x«  s.,  avec  le  comte  Lambert  (t  978),  Chalon  devint  le 
centre  d'un  comté  qui  comprenait  non  seulement  le 
pagus  Cabilonensis  ou  Chaunois,  mais  la  région  qu'on 
appela  plus  tard  le  Charolais.  Vers  1079,  à  la  mort  du 
comte  Hugues  II,  le  comté  fut  partagé  entre  deux  de 
ses  neveux  et  la  ville  elle-même  morcelée  également; 
une  des  parts,  avec  le  Châtelet,  fut  bientôt  acquise 
par  le  duc  de  Bourgogne;  l'autre  resta  à  la  branche 
issue  de  Gui  de  Thiers,  qui  comprit  trois  comtes  du 
prénom  de  Guillaume  (plutôt  que  deux  comme  on  l'a 
cru  longtemps),  la  comtesse  Béatrice  (1200-27),  mariée 
à  Étienne  d'Auxonne,  puis  séparée,  et  son  fils  Jean. 
Guillaume  II,  par  ses  violences  contre  Cluny,  provoqua 
une  intervention  de  Louis  VII  qui  occupa  le  comté  et 
le  tint  quelque  temps  sous  séquestre  (116C).  Jean,  en 
1237,  échangea  sa  part  avec  le  duc  Hugues  IV,  contre 
des  terres  en  Franche-Comté,  tout  en  gardant  le  nom 
de  Chalon.  Mais,  dans  des  circonstances  mal  connues, 
les  évêques  s'étaient  constitué  un  domaine  temporel 
important,  comprenant  une  quinzaine  de  villages  et 
une  partie  de  la  ville.  On  en  voit  généralement  l'origine 
dans  une  cession  en  gage  faite  par  l'un  des  comtes 
après  le  partage  de  1080,  mais  le  territoire  engagé 
alors  ne  correspond  pas  au  domaine  épiscopal  tel  qu'il 
est  connu  plus  tard.  Pour  la  cité  même,  il  y  a  peut-être 
eu  un  pariage  entre  l'évêque  et  le  duc.  A  la  fin  du 
xiii<=  s.,  le  chapitre  et  le  vicomte  ayant  renoncé  à  leur 
part  de  juridiction,  le  statut  politique  de  Chalon  fut  le 
suivant  :  l'évêque  possédait  Ste-Croix  et  la  Masson- 
nière;  S. -André  était  à  l'abbé  de  S. -Pierre  et  le  reste 
des  faubourgs  au  duc.  Quant  à  la  cité,  la  partie  occi- 
dentale en  était  détenue  par  le  duc  et  la  partie  orien- 
tale ou  «  cloître  »  par  l'évêque.  Le  duc  tenait  en  fief  de 
l'évêque  tout  ce  qu'il  possédait  à  Chalon.  Ste-Croix  et 
la  Massonnière,  mais  non  le  «  cloître  »,  relevaient  di- 
rectement du  roi  et  ressortissaient  au  bailli  royal  de 
Mâcon.  Tout  le  reste  de  l'agglomération  était  du  du- 


ché; le  duc  y  avait  un  bailli,  à  titre  occasionnel 
d'abord,  puis  d'une  façon  permanente  depuis  le  début 
du  xiv«  s.  Toute  la  rive  droite  était  du  royaume  de 
France,  mais  S. -Laurent  et  les  Eschavannes  étaient 
en  terre  d'Empire;  le  parlement  ducal,  après  avoir 
rendu  à  Beaune  des  sentences  dont  on  pouvait  appeler 
au  parlement  de  Paris,  venait  à  S. -Laurent  juger  en 
dernier  ressort  les  causes  de  la  partie  du  duché  sise 
outre-Saône.  Tous  les  habitants  de  la  cité,  sujets  du 
duc  ou  de  l'évêque,  constituaient  une  «  communauté  », 
mentionnée  déjà  en  1221,  dont  faisaient  partie  Ste- 
Marie  et,  avec  une  certaine  autonomie,  S. -Jean  et  S.- 
Laurent. En  1254,  pour  désigner  six  procureurs  char- 
gés de  représenter  la  ville,  les  habitants  devaient  don- 
ner chacun  une  délégation  individuelle  par  devant 
l'ofïicial,  suivant  les  règles  du  droit  privé;  mais  en 
déc.  1256,  le  duc,  qui  en  1234  avait  déjà  fixé  le  chiffre 
de  la  taille,  créa  quatre  «  prud'hommes  »,  plus  tard 
appelés  échevins.  L'échevinage,  à  la  tête  duquel  un 
maire  ne  fut  placé  qu'en  1565,  travailla  sans  cesse  à 
augmenter  ses  droits  et  à  les  étendre  à  toute  la  ville  au 
détriment  de  l'évêque. 

La  fin  du  xiii<'  s.  fut  marquée  par  l'apogée  des  foires 
de  Chalon.  Celles-ci  sont  citées  dès  le  x«  s.  (921,  938, 
953);  vers  1275,  alors  que  leurs  revenus  étaient  mor- 
celés entre  le  duc,  l'évêque,  le  chapitre  et  de  nom- 
breux seigneurs,  le  duc  Robert  II  en  créa  de  nouvelles 
dont  il  entendit  avoir  seul  le  bénéfice;  il  fut  contraint 
de  dédommager  les  parties  lésées,  mais  garda  désor- 
mais la  haute  main  sur  toutes  les  foires;  il  accorda  des 
avantages  aux  marchands  et  institua  un  «  maître  des 
foires  ».  Les  foires  de  Chalon  se  substituèrent  alors 
partiellement  à  celles  de  Champagne  et  jouèrent  un 
rôle  international;  les  marchands  italiens  y  rencon- 
traient ceux  des  Pays-Bas;  elles  se  tenaient  deux  fois 
par  an  —  les  foires  froides  au  début  du  carême,  les 
foires  chaudes  en  août  —  au  faubourg  S. -Jean,  partie 
dans  des  halles  permanentes  ou  «  loges  »,  partie  dans 
les  prairies.  Le  principal  objet  des  transactions  était  le 
drap,  mais  on  y  vendait  aussi  les  fers,  les  chevaux,  les 
épices,  les  pelleteries,  la  poterie  d'étain.  La  guerre  de 
Cent  Ans  amena  la  décadence.  Les  privilèges  accordés 
par  Philippe  le  Bon  et  Charles  le  Téméraire  ne  purent 
arrêter  le  déclin  de  ces  foires  supplantées  par  celles  de 
Genève  et  de  Lyon. 

Lors  de  la  réunion  du  duché  de  Bourgogne  à  la  cou- 
ronne, devant  les  intrigues  des  partisans  de  la  du- 
chesse Marie  et  à  la  suite  de  cas  de  rébellions  plus  ou 
moins  isolés,  les  représentants  du  roi  se  transpor- 
tèrent à  Chalon  avec  des  forces  considérables,  en  mai 
puis  en  juill.  1477,  pour  exiger  des  habitants  le  renou- 
vellement du  serment  de  fidélité;  la  seconde  fois  douze 
bourgeois  furent  exécutés.  S. -Laurent  fut  brûlé  dans 
des  circonstances  inconnues.  Le  rattachement  du  du- 
ché au  domaine  royal  amena  l'unification  de  la  ville  en 
faisant  disparaître  la  distinction  entre  territoire  royal 
et  territoire  ducal;  par  un  accord  de  1495,  appelé  traité 
de  Baudricourt,  du  nom  du  gouverneur  de  Bourgogne 
qui  servit  d'arbitre,  les  échevins  se  firent  reconnaître 
par  l'évêque  le  droit  d'exercer  leur  juridiction  sur  les 
métiers  et  leur  autorité  en  matière  de  guet  et  garde 
dans  toute  la  ville  y  compris  la  Massonnière;  seul  S.- 
Laurent conserva  une  demi-autonomie  mal  définie  qui 
ne  fut  supprimée  qu'en  1790.  Mais  la  séparation  de  la 
Bourgogne  et  de  la  Franche-Comté  fit  de  Chalon  une 
ville  frontière  et  elle  en  subira  les  inconvénients  jus 
qu'à  la  fin  du  xvii*  s.;  les  fortifications  furent  sans 
cesse  renforcées  entraînant  à  chaque  fois  de  nouvelles 
démolitions  de  maisons. 

En  1496,  lors  d'une  peste,  l'assemblée  générale  des 
habitants  décida  «  que  l'on  mectra  sus  le  jeu  et  mistère 
du  glorieux  ami  de  Dieu,  Monsieur  S.  Sébastien  »  et 
désigna  des  acteurs  et  des  machinistes  qui  jurèrent 


289 


CHALON-S 


UR-SAONE 


290 


d'assister  «  à  toutes  les  récitations  générales  ».  En 
1545,  le  protestantisme  est  signalé  à  Chalon;  alors  que 
le  peuple  restait  fidèle  au  catholicisme,  la  Réforme 
gagna  les  bourgeois  les  plus  riches,  marchands  ou 
hommes  de  loi,  qui  constituaient  presque  exclusive- 
ment l'assemblée  des  habitants  et  parmi  lesquels  se 
recrutaient  les  échevins.  Ceux-ci  laissèrent  prêcher  à 
partir  de  1559  les  ministres  François  Guilletat,  puis 
Antoine  Popilloa;  l'année  1561  fut  très  troublée.  A 
l'annonce  de  la  prise  de  Lyon  par  les  protestants  (29- 
30  avr.  1562),  les  échevins  armèrent  leurs  partisans  et 
agirent  en  maîtres.  Les  pillages  d'églises  commen- 
cèrent le  5  mai  et  se  poursuivirent  méthodiquement. 
Les  ofTiciers  royaux,  ne  disposant  d'aucune  force,  mul- 
tiplièrent en  vain  les  concessions,  puis  quittèrent  la 
ville,  qui  ouvrit  ses  portes,  dans  la  nuit  du  22  au  23,  à 
l'armée  de  Montbrun,  venue  de  Lyon.  Mais,  battus 
par  Gaspard  de  Tavannes,  lieutenant  du  roi  en  Bour- 
gogne, dans  une  escarmouche  aux  portes  de  la  ville, 
les  protestants  évacuèrent  celle-ci  le  31  mai.  Soixante- 
dix-sept  condamnations  à  mort  furent  prononcées, 
mais  par  contumace,  et  trois  personnes  seulement 
furent  exécutées,  dont  le  ministre  Guilletat.  Une  gar- 
nison permanente  installée  dans  une  citadelle  surveilla 
dès  lors  la  ville.  Une  partie  des  protestants  chalonnais 
retourna  d'ailleurs  à  l'ancienne  religion  et  Chalon 
montra  un  grand  zèle  pour  le  catholicisme;  en  1568  fut 
créée  une  confrérie  du  S. -Esprit,  première  forme  de  la 
Ligue;  en  1576,  lors  de  la  préparation  des  cahiers  pour 
les  États  de  Blois,  un  «  comité  de  vigilance  »  catholique 
signala  à  la  population  la  tendance  modérée  des 
cahiers  élaborés  dans  une  assemblée  restreinte  et  les 
fit  reviser  dans  un  sens  plus  intransigeant.  Après  l'as- 
sassinat du  duc  de  Guise  à  Blois,  Mayenne  s'assura  de 
Chalon  (18  déc.  1588).  Des  lieutenants  dévoués,  aidés 
à  la  fin  de  troupes  napolitaines  fournies  par  l'Espagne, 
conservèrent  jusqu'au  bout  la  place  à  la  Ligue,  malgré 
les  tentatives  des  royalistes,  malgré  l'évêque  Pontus  de 
Thiard,  partisan  de  Henri  IV,  malgré  les  habitants 
lassés  de  la  guerre  civile.  Mayenne  se  réfugia  à  Chalon 
après  Fontaine- Française;  et  la  trêve  avec  le  roi  fut 
signée  au  château  de  Taisey,  à  une  lieue  de  la  ville.  La 
paix  de  Folembrai  laissa  celle-ci  comme  place  de  sûreté 
à  Mayenne,  sous  le  gouvernement  de  son  fils  pour  six 
ans.  Le  culte  protestant  fut  interdit  pendant  ce  temps. 

Le  xvii«  s.  fut  marqué  par  l'établissement  de  nom- 
breuses maisons  religieuses  et  par  le  développement 
des  œuvres  d'instruction  et  d'assistance;  les  protes- 
tants assez  nombreux  furent  en  butte  à  l'hostilité  des 
autorités;  leur  temple,  bâti  hors  de  la  ville,  sur  la  rive 
gauche  de  la  Saône,  rasé  pour  des  raisons  militaires  en 
1636,  ne  fut,  sous  des  prétextes  divers,  jamais  recons- 
truit; la  révocation  de  l'Édit  de  Nantes  entraîna  le 
départ  de  plusieurs  familles  notables.  La  conquête  de 
la  Franche-Comté  en  1674  mit  fin  à  la  situation  de 
ville-frontière  et,  au  xviii«  s.,  malgré  une  tutelle  admi- 
nistrative étroite  qui  rendit  illusoires  les  libertés  mu- 
nicipales, malgré  des  finances  souvent  précaires,  l'état 
de  Chalon  s'améliora;  le  commerce  se  développa;  les 
remparts  furent  aménagés  en  promenades;  les  portes 
médiévales  qui  gênaient  la  circulation,  détruites;  tout 
le  front  de  l'enceinte  le  long  de  la  Saône  fut  remplacé  à 
partir  de  1762  par  des  quais  bordés  de  beaux  im- 
meubles; le  canal  du  Charolais,  aujourd'hui  du  Centre, 
creusé. 

Lors  des  réformes  de  la  Révolution,  Chalon  perdit 
son  évêché,  Mâcon  lui  fut  préféré  comme  chef-lieu  du 
département,  mais  le  siège  du  tribunal  y  fut  fixé.  Sous 
la  Terreur,  la  ville  posséda  une  Société  populaire  très 
remuante;  de  nombreux  suspects  furent  enfermés  aux 
Cordeliers,  mais  six  exécutions  capitales  seulement 
eurent  lieu.  Pendant  l'Empire,  Chalon  bénéficia 
du  blocus  continental  qui  développa  les  échanges  inté- 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


rieurs  :  les  Chalonnais  furent  en  majorité  d'ardents 
partisans  de  Napoléon  et  offrirent  une  résistance  hono- 
rable aux  Autrichiens  en  janv.-févr.  1814. 

L'introduction  des  bateaux  à  vapeur  amena  l'apo- 
gée de  la  navigation  sur  la  Saône  et  par  conséquent 
celle  de  l'activité  de  la  ville  comme  point  de  transit. 
Les  premiers  projets  de  chemins  de  fer  prévoyaient 
seulement  une  ligne  de  Paris  à  Chalon  et  la  voie  fut 
tracée  en  conséquence.  Le  prolongement  du  chemin  de 
fer  sur  Lyon  a  mis  fin  au  rôle  séculaire  de  Chalon  en 
tant  que  lieu  de  transbordement.  C'est  actuellement 
une  ville  toujours  active,  mais  à  cause  du  commerce 
local  et  d'industries  assez  nombreuses.  La  [jopulation, 
qu'on  peut  évaluer  à  4  000  hab.  pour  le  castrum  ro- 
main, s'élevait,  pour  la  ville  entière,  à  7  000  hab.  en 
1700  (par  suite  des  destructions  du  xvi«  s.,  ce  chiflre 
est  certainement  inférieur  à  celui  du  Moyen  Age),  à 
11  000  au  début  du  xix«s.  et  à  20  000  sous  le  second 
Empire;  elle  est  de  plus  de  30  000  actuellement. 

III.  Institutions  religieuses.  —  1°  Paroisses  et 
cimetières.  —  Les  anciennes  paroisses  de  Chalon 
étaient  S. -Vincent  et  S. -Georges  (voir  plus  loin  Cha- 
pitres), qui  se  partageaient  le  territoire  de  la  cité; 
S. -Jean  de  Maizel;  S. -André  dont  l'église  fut  dé- 
truite en  1562  et  le  territoire  uni  à  S. -Georges;  Ste- 
Croix,  dont  dépendaient  deux  chapelles,  S. -Alexandre 
(à  laquelle,  au  xiii"  s.,  était  jointe  une  recluserie),  et 
S.-Jean-des-Vignes  qui,  après  la  destruction  de 
l'église  Ste-Croix  en  1547,  devint  le  siège  de  la  paroisse 
désormais  extérieure  à  la  ville;  Ste-Marie  et  S. -Lau- 
rent. Sauf  S. -André  qui  appartenait  à  l'abbaye  S.- 
Pierre, ces  églises  étaient  des  prieurés  et  dépendaient 
d'abbayes  hors  de  Chalon  :  S. -Jean,  de  Cluny  (depuis 
le  x«  s.);  Ste-Marie,  ancienne  abbaye,  de  Fructuaria  en 
Piémont  (1024)  puis  de  S.-Bénigne  de  Dijon  (1087- 
1778);  S.-Laurent,  de  S.-Marcel,  puis  de  l' Ile-Barbe 
près  de  Lyon  (1070-1760);  Ste-Croix,  de  l'abbaye, 
puis  collégiale  S. -Pierre  de  Mâcon.  La  vie  conven- 
tuelle y  cessa  très  tôt.  Le  Concordat  ne  rétablit  que 
deux  paroisses  :  S. -Vincent  et  S. -Pierre,  celle-ci  dans 
l'église  ci-devant  abbatiale;  il  s'y  ajouta,  en  1855, 
S.-Cosme,  commune  alors  annexée  à  Chalon  et  dont  le 
curé  sous  l'Ancien  Régime  était  souvent  compté  dans 
le  clergé  de  la  ville,  puis  au  xx«  s.  le  Sacré-Cœur  et 
Ste-Thérèse.  S. -Jean,  Ste-Marie,  S.-Laurent,  Ste- 
Croix  possédaient  leur  cimetière,  mais  les  défunts  de 
la  cité,  y  compris  évêques  et  chanoines,  continuaient 
d'être  ensevelis  dans  la  nécropole  gallo-romaine  située 
sur  le  coteau  à  la  bifurcation  des  voies  d'Autun  et  de 
Langres;  la  tradition  romaine  s'était  sans  doute  con- 
servée grâce  à  l'abbaye  de  S. -Pierre  qui,  établie  à 
l'emplacement  du  cimetière  antique,  bénéficia  du  mo- 
nopole des  inhumations.  Ce  n'est  qu'en  1284  qu'un 
cimetière,  avec  une  chapelle  Notre-Dame,  fut  créé  à 
la  Motte,  à  l'est  de  la  cité;  S. -Pierre  dut  reconnaître 
son  existence  en  1301.  En  1375  seulement,  l'évêque 
Nicolas  de  Vères  obtint  du  pape  l'autorisation  pour  les 
évêques  et  les  chanoines  de  se  faire  inhumer  dans  la 
cathédrale;  dès  lors  les  laïcs  aisés  élirent  aussi  leur 
sépulture  soit  à  S. -Vincent,  soit  dans  les  différents 
couvents  ;  le  cimetière  de  la  Motte  servit  à  la  sépulture 
du  commun  jusqu'à  1778,  date  à  laquelle  les  inhuma- 
tions dans  les  églises  cessèrent  et  où  un  nouveau  cime- 
tière fut  aménagé  plus  loin  de  la  ville. 

2°  Chapitres.  —  Le  chapitre  cathédral  S. -Vincent 
apparaît  à  la  fin  du  ix®  s.  Dès  la  fin  du  siècle  suivant, 
chaque  chanoine  avait  sa  maison  particulière;  soumis 
de  nouveau  à  la  vie  régulière,  sans  doute  depuis  la 
réforme  grégorienne,  le  chapitre  fut  encore  une  fois 
sécularisé  à  une  date  indéterminée  après  1218.  Le 
nombre  des  chanoines,  qui  varia  officiellement  de 
vingt  à  trente,  fut  en  fait  le  plus  souvent  inférieur  à 
ces  chiffres;  le  droit  de  collation  aux  prébendes  appar- 

H.  —  XII.  —  10  — 


C  IIA  L()\-SI'  H-S  A  ONK 


tenait  au  chapitre  seul  qui  l'exerçait  tantôt  eu  corps, 
tantôt  individuellement.  Le  chef  du  chapitre  fut 
d'abord  le  prévôt,  qui  disparut  à  la  fin  du  s.  (le  pré- 
vôt du  cloître  des  xiii«  et  xiv«  s.  est  un  oflicier  subal- 
terne), puis  le  doyen  ;  ensuite  venaient  le  chantre  et  le 
trésorier.  Les  chanoines,  astreints  à  fort  peu  de  rési- 
dence, se  faisaient  assister  ou  suppléer  par  quatre 
prébendiers,  deux  sous-chantres,  et  des  «  choriaux  »  ou 
prêtres  habitués,  dont  le  nombre  à  la  fin  du  xV  s.  dé- 
passait cinquante.  La  cure  de  S. -Vincent  était  unie  au 
chapitre  et  les  fonctions  curiales  exercées  par  un  cha- 
noine, puis,  à  partir  du  xv^  s.,  par  un  vicaire  perpétuel 
amodiateur.  Les  rapports  furent  souvent  tendus  entre 
le  chapitre  et  l'évêque  qui  prétendit  quelquefois  au 
droit  de  présentation  aux  prébendes  ou  à  la  juridic- 
tion sur  les  chanoines.  Le  chapitre  était  sous  la  garde 
royale,  mais  ses  possessions,  divisées  en  neuf  vidamies, 
relevaient  du  duc  et  non  pas  directement  du  roi. 

L'église  S. -Georges  est  citée  dès  834;  elle  était  pa- 
roissiale sous  le  patronage  de  l'abbaye  de  S. -Pierre 
lorsque  Odard  de  Bourgogne,  sire  de  Montaigu,  y  créa 
en  1323  un  chapitre  auquel  fut  unie  la  cure,  confiée 
d'abord  à  un  chanoine,  puis  à  partir  du  xvii«  s.  à  un 
vicaire  perpétuel.  1-e  nombre  des  chanoines,  théori- 
quement de  douze,  puis  de  treize,  plus  le  doyen,  fut 
toujours  plus  faible;  il  y  avait  aussi  des  choriaux. 

3°  Abbayes  urbaines.  -  -  L'abbaye  bénédictine 
d'hommes  de  S. -Pierre  s'éleva  d'abord  sur  le  coteau  au 
nord-ouest  de  la  ville,  au  milieu  de  la  nécropole  ro- 
maine et  probablement  sur  le  tombeau  d'un  saint  ])er- 
sonnage.  La  tradition  attribuait  sa  fondation  à 
S.  Flavius,  évèque  au  vi<=  s.,  mais  son  existence  n'est 
formellement  attestée  qu'en  864,  lorsque  l'évêque 
Gerbaud  la  réforma.  L'abbaye  fut  sous  la  garde  royale 
jusqu'en  1285,  date  à  laquelle  le  roi  abandonna  ce 
droit  au  duc.  L'essentiel  de  l'histoire  du  monastère 
dans  cette  première  partie  de  son  existence  consiste 
dans  la  longue  querelle  qu'il  soutint  contre  les  évêques 
au  sujet  du  droit  exclusif  d'inhumation  qu'il  préten- 
dait posséder,  ainsi  que  nous  l'avons  vu,  querelle  dont 
l'incident  le  plus  violent  se  produisit  en  1333  lorsque 
les  moines  attaquèrent  et  dispersèrent  à  la  sortie  de  la 
ville  le  convoi  funèbre  de  l'évêque  Bertaut  de  la  Cha- 
pelle qui  avait  demandé  à  être  enseveli  dans  son 
village  natal.  Le  7  mai  1562  les  protestants  Sacca- 
gèrent l'abbaye  et  expulsèrent  les  moines;  elle  fut 
ensuite  englobée  dans  la  citadelle  et  transformée  en 
caserne,  l'église  rasée.  On  a  des  descriptions  assez  pré- 
cises du  monastère  à  cette  époque,  fortifié,  avec  une 
grande  église  à  deux  clochers,  riche  en  reliques  et  en 
œuvres  d'art.  Les  moines,  après  plusieurs  asiles  tem- 
poraires, achetèrent  des  maisons  au  faubourg  S. -Jean 
en  1570  et  y  reconstituèrent  leur  abbaye;  ils  construi- 
sirent une  chapelle  (consacrée  en  1580),  puis  des  bâti- 
ments conventuels  (1684-86),  enfin  de  1698  à  1713,  sur 
les  plans  du  bénédictin  dom  Vincent  Duchesne,  une 
église  plus  vaste,  aujourd'hui  paroissiale.  L'abbaye 
s'affilia  à  la  Congrégation  de  S.-Maur  en  1662.  En  1768 
il  n'y  avait  plus  que  huit  religieux,  et  quatre  en  1790, 
bien  que  les  revenus  n'eussent  cessé  de  croître  de  la  fin 
du  xvi«  s.  à  la  Révolution,  atteignant  près  de 
10  000  livres  en  1768,  car  le  domaine  hors  de  Chalon 
était  très  important. 

Lancharre  est  un  hameau  de  la  commune  de  Cha- 
paize,  canton  de  .S.-Gengoux.  Le  monastère  est  cité  au 
début  du  XIII*  s.  avec  le  titre  de  prieuré.  Malgré  la 
qualification  de  sanctimoniales  ordinis  Sancli  Bene- 
dicti  donnée  aux  religieuses,  ce  fut  plutôt  pendant 
toute  la  première  partie  de  son  existence  un  collège  de 
chanoinesses  nobles;  elles  avaient  chacune  une  maison 
avec  jardin  et  des  domestiques.  Depuis  1542  les  archi- 
prieures,  comme  on  disait,  étaient  nommées  par  le  roi 
et  toujours  choisies  dans  la  puissante  famille  du  Blé 


j  d'Huxelles.  Marie  du  Blé,  nommée  en  1611,  procéda  à 
'  une  réforme  complète  du  monastère.  Ayant  obtenu 
l'autorisation  de  l'évêque  et,  grâce  à  son  frère,  gou- 
verneur de  la  ville,  celle  de  la  municipalité,  eUe 
acquit  des  terrains  à  Chalon  au  faubourg  S. -Jean  et  y 
transféra  le  monastère  conformément  aux  prescrip- 
tions du  concile  de  Trente  (1626):  puis  elle  rédigea  une 
constitution  inspirée  de  la  Règle  de  S.  Benoît;  l'évêque 
approuva  cette  règle  et  donna  à  la  prieure  le  titre  d'ab- 
besse  (1638),  ce  qui  fut  approuvé  par  le  pape  en  1666. 
Seize  religieuses  adoptèrent  la  réforme  ;  quelques-unes 
seulement  la  refusèrent  et  restèrent  jusqu'à  leur  mort 
à  Lancharre  oîi  subsiste  une  partie  de  l'église  romane, 
avec  de  belles  pierres  tombales  des  xiii"  et  xiv«  s.  La 
vie  du  monastère  demeura  dès  lors  régulière  et  fer- 
vente; il  y  avait  vingt-sept  religieuses  à  la  fin  du 
xvii«  s.  Les  abbesses  furent  en  règle  générale  choisies 
par  le  roi  parmi  les  plus  nobles  familles  de  la  région. 
Les  revenus  s'accrurent,  passant  de  2  700  livres  en 
1667  à  13  400  en  1786.  De  Lancharre  dépendirent  les 
deux  prieurés  de  Puley  et  de  La  Chaux  (voir  Diocèse). 

4°    Autres  établissements  religieux.    —  Couvents 
d'hommes.  —  Les  carmes  s'établirent  au  faub.  S. -Jean 
en  1324;  les  cordeliers,  dans  l'île  S. -Laurent  en  1451. 
Les  minimes  furent  appelés  par  Mayenne  en  1595.  Les 
!  capucins  s'installèrent  en  1604  à  S. -Jean-des- Vignes, 
1  aux  i)ortes  de  la  ville.  Les  oraloriens  offrirent  en  1624, 
;  sans  résultat,  de  se  charger  du  collège;  ils  créèrent 
I  néanmoins  une  maison  qui  devint  en  1675  le  séminaire 
diocésain.  Le  collège,  mentionné  dès  la  fin  du  xv  s.  à 
son  emplacement  actuel  et  dirigé  par  la  municipalité 
sous  le  contrôle  du  chantre  de  la  cathédrale,  fut  cédé 
en  1634  aux  jésuites,  grâce  à  l'intervention  du  prince 
de  Condé,  gouverneur  de  la  province,  les  protestants 
et  le  parlement  de  Dijon  ayant  fait  échouer  toutes  les 
tentatives  effectuées  dans  ce  sens  depuis  1608;  après 
l'expulsion  des  jésuites,  le  collège  fut  confié  à  un  prin- 
cipal laïc  qui  entra  en  conflit  avec  le  Bureau,  puis  en 
1784  aux  prêtres  missionnaires  de  S. -Joseph  ou  josé- 
phisles  de  Lyon. 

Couvents  de  femmes.  —  Un  couvent  de  clarisses  fut 
fondé  en  1328  au  faub.  Ste-Marie:  la  discipline  s'étant 
très  relâchée,  elles  furent  remplacées  en  1611  par  des 
carmélites  venues  de  Dijon.  Les  jacobines  s'installèrent 
en  1621  au  faub.  S. -André;  les  ursulines  en  1627  (après 
un  échec  en  1616)  et  les  visiiandines  en  1636  s'éta- 
blirent au  faub.  S. -Jean. 

5°  Ordres  militaires.  —  Les  templiers  avaient  au  faub. 
S. -Jean  une  commanderie  qui  est  citée  depuis  le  début 
du  xii^'  s.  ;  elle  relevait  du  grand  prieuré  de  Cham- 
pagne et  était  le  chef-lieu  d'une  «  baillie  »  dont  dépen- 
daient huit  maisons  (voir  Diocèse).  Tout  à  côté 
s'élevait  une  maison  de  l'ordre  de  S.-Jean  de  Jérusa- 
lem ou  de  l'Hôpital,  mentionnée  en  1333,  qui  dépen- 
dait de  la  commanderie  de  Bellecroix.  Sa  chapelle 
était  dédiée  à  Ste  Croix  et  il  ne  faut  pas  la  confondre 
avec  la  paroissiale  de  ce  nom.  Malgré  la  cession  en  1312 
des  biens  de  l'ordre  du  Temple  à  celui  de  l'Hôpital,  les 
deux  établissements  chalonnais  restèrent  distincts  et 
en  1646  le  commandeur  de  Bellecroix  céda  le  sien  aux 
religieuses  de  Lancharre. 

6°  Assistance.  —  Les  hospitaliers  de  S. -Antoine  de 
Viennois,  ou  antonins,  eurent  une  commanderie  dans 
la  cité  depuis  1240  environ;  elle  subsista  jusqu'à  la 
suppression  de  l'ordre  en  1777.  Cinq  douzièmes  des 
biens  furent  attribués  à  l'ordre  de  Malte,  le  reste  au 
chapitre  cathédral.  Il  est  à  remarquer  que  les  archives 
de  cette  maison,  transférées  à  la  commanderie  de 
Pont-à-Mousson,  sont  actuellement  aux  archives  de 
Meurthe-et-Moselle. 

Une  léproserie  ou  Maladière,  avec  une  chapelle  sous 
le  vocable  de  la  Madeleine,  existait  à  1  km.  environ  de 
la  cité,  le  long  de  la  route  de  Chagny;  elle  était  encore 


2!)?. 


r.HAI.ON-SUR-SAONE 


20^. 


utilisée  comme  telle  au  début  du  xvi«  s.  On  la  confond 
souvent  à  tort  avec  l'hôtel-Dieu  S.-Éloi,  cité  depuis  le 
xiii«  s.  et  qui  est  peut-être  le  xenodochium  dont  Gré- 
goire de  Tours  attribue  la  fondation  à  l'évêque  S.  Agri- 
cole. Cet  hôtel-Dieu  se  trouvait  à  proximité  de  la  porte 
septentrionale  de  la  cité,  sur  la  voie  d'Agrippa.  Il  était 
administré  par  un  maître  ou  recteur.  Lors  de  l'inva- 
.sion  suisse  en  1513,  il  fut  rasé  avec  une  partie  des 
bourgs  S.-André  et  Ste-Croix.  Après  un  rétablissement 
provisoire  dans  le  même  quartier,  l'hôpital  fut  recons- 
truit dans  rUe  S.-Laurent  de  1528  à  1546  et  administré 
par  la  ville  avec  une  communauté  de  »  sœurs  ser- 
vantes »  organisée  en  1632  sur  le  modèle  de  celle  de 
l'hôtel-Dieu  de  Beaune. 

'L'hôpital  général,  ou  hospice  S. -Louis,  ou  Charité, 
destiné  aux  vieillards,  aux  orphelins  et  aux  vagabonds, 
fut  projeté  en  1682  par  l'évêque.  L'opposition  de  la 
municipalité  retarda  la  réalisation  jusqu'en  1685; 
situé  au  faub.  Ste-Warie,  il  fut  desservi  par  des  reli- 
gieuses d'un  ordre  spécial,  puis  par  des  sœurs  de 
S. -Vincent  de  Paul.  Celles-ci,  depuis  1660,  adminis- 
traient une  œuvre  fondée  par  des  laïcs  et  appelée  la 
Providence. 

IV.  Monump;nts  religieux.  —  Les  bâtiments  con- 
ventuels du  nouveau  S. -Pierre,  de  Lancharre,  des 
cordeliers,  des  ursulines,  des  visitandines,  datant  du 
xvii»  s.,  subsistent  presque  intacts,  ainsi  que  l'église 
du  Temple,  du  xiii"  s.,  et  la  nouvelle  église  S. -Pierre, 
très  modifiée;  il  reste  des  parties  importantes  de  la 
chapelle  des  carmes  (xv  s.)  et  quelques  vestiges  inté- 
ressants de  Ste-Marie  (xi«-xv^  s.);  du  premier  S. -Pierre 
demeurent  deux  bâtiments,  surtout  du  xv  s.,  dans 
l'un  desquels  a  été  établie  en  1852  une  chapelle  sur- 
montée depuis  1873  d'une  statue  de  la  Vierge  en  exé- 
cution du  vœu  fait  par  la  ville  en  1870.  L'hôpital  qui, 
outre  un  bâtiment  du  xvi«  s.,  encore  tout  gothique, 
comprend  des  constructions  de  toutes  les  époques,  a 
perdu  en  1854  son  ancienne  chapelle  -  grande  salle 
des  malades,  mais  en  conserve  les  vitraux  (milieu  du 
xvi«  siècle). 

La  cathédrale  S. -Vincent  paraît  avoir  occupé  de 
tout  temps  l'emplacement  actuel  contre  le  rempart 
romain;  son  vocable  est  attesté  dès  le  début  du  vi<^  s.; 
tout  ce  qui  a  été  dit  au  sujet  d'un  vocable  antérieur  et 
sur  les  circonstances  de  son  changement  est  hypothé- 
tique ou  erroné.  La  cathédrale  est  orientée  au  Nord- 
Est,  avec  une  brisure  très  nette  de  l'axe.  Les  deux 
absidioles,  les  collatéraux  voûtés  d'arêtes,  les  croi- 
sillons du  transept  presque  entièrement  recouverts  de 
berceaux  brisés,  les  piliers  et  les  grandes  arcades  du 
chœur  et  de  la  nef  sont  romans  et  appartiennent  au 
type  clunisien  caractérisé  par  l'emploi  fréquent  de 
l'arc  et  du  berceau  brisés  et  de  pilastres  cannelés  (les 
cannelures  des  piliers  de  la  nef  sont  modernes);  on 
peut  les  dater  du  xii*"  s.  ;  l'absidiole  sud  peut  être  du 
xi«.  Au  xiii«  s.  on  entreprit  de  reconstruire  la  cathé- 
drale sur  le  même  plan  sans  déambulatoire,  mais  avec 
une  plus  grande  élévation;  l'abside  tout  entière  et  la 
partie  supérieure  du  chœur  et  de  la  croisée  présentent 
les  caractères  du  gothique  bourguignon  du  xiii«  s.  : 
fenêtres  étroites,  galeries  de  circulation  au-dessus  du 
triforium,  têtes  sculptées  à  la  retombée  des  arcs;  c'est 
sans  doute  l'œuvre  du  doyen  Artaud  de  Varennes  vers 
1230.  Une  seconde  campagne  commença  au  début  du 
XIV'  s.  ;  sur  la  partie  inférieure  romane  on  construisit 
alors  le  triforium  de  la  nef,  les  fenêtres  hautes  et  la  toi- 
ture; les  voûtes  entreprises  à  la  fin  du  xiv  s.  furent 
terminées  en  1439.  En  1460  commença  la  démolition 
du  clocher  nord  de  la  façade;  en  1486  on  replaçait  les 
cloches  dans  le  nouveau  clocher  qui  ne  fut  jamais 
entièrement  terminé  et  resta  recouvert  d'une  toiture 
provisoire;  au  Sud  subsista  un  clocher  très  simple, 
roman  ou  plus  ancien,  dont  la  flèche  fut  remplacée 


I  vers  1660  par  un  dôme  à  lanterne.  A  partir  du  début  du 
xv"  s.  jusqu'au  xvr  s.,  on  construisit  les  chapelles  laté- 
rales et  on  multiplia  les  autels;  le  chœur,  qui  compre- 
nait la  croisée  du  transept,  fermé  en  avant  par  un  jubé 
du  xiii'  s.,  fut  clos  des  deux  côtés  par  de  petites  cha- 
pelles jointives  du  type  des  chantry  chapels  anglaises, 
cas  à  peu  près  unique  en  France.  La  cathédrale  fut 
saccagée  par  les  protestants  en  1562;  en  1778  les  cha- 
noines démolirent  jubé,  chapelles  de  la  clôture  du 
chœur,  autels,  tombeaux;  la  Révolution  détruisit  ou 
endommagea  gravement  les  clochers.  Les  restaura- 
tions du  xix«  s.  furent  souvent  malencontreuses  : 
reconstruction  des  clochers  de  1827  à  1844  dans  un 
style  néo-gothique  très  contestable,  réfection  de  cha- 
piteaux, remaniements  intérieurs  exécutés  sans  goût. 
Au  nord  de  la  cathédrale,  l'ancien  évêché,  surtout  du 
xvii«  s.,  possède  encore  une  tour  d'enceinte  médiévale. 

I  Au  Sud  le  cloître,  morcelé  à  la  Révolution,  a  été 

I  reconstitué;  il  présente  encore  trois  galeries  des  xiv<= 

î  et  xv^  siècles. 

I  V.  Conciles.  —  Trois  conciles  rassemblèrent  à  Cha- 
I  Ion  les  évêques  de  tout  un  royaume  mérovingien  :  celui 
I  de  579,  convoqué  par  Contran,  déposa  les  évêques 
d'Embrun  et  de  Gap;  celui  de  603,  à  l'instigation  de 
Brunehaut,  déposa  S.  Didier,  évêque  de  Vienne;  le 
troisième,  réuni  le  25  oct.  d'une  année  indéterminée, 
entre  643  et  652,  par  Clotaire  II,  promulgua  vingt 
canons  de  discipline  ecclésiastique.  Le  concile  réuni  en 
813  par  Charlemagne  fut  l'un  des  plus  importants  de 
la  fin  du  règne;  puis  il  n'y  eut  plus  que  des.  synodes 
provinciaux;  celui  de  873,  rassemblé  à  S.-Laurent, 
attribua  à  l'abbaye  S. -Marcel  cette  église,  reprise  par 
l'évêque  de  Chalon;  celui  de  894,  tenu  à  S. -Jean  de 
Maizel,  acquitta  un  moine  accusé  d'avoir  empoisonné 
l'évêque  d'Autun  Augier.  Au  xi«  s.,  trois  conciles  pro- 
vinciaux furent  tenus  par  les  légats  pontificaux,  en 
1056,  1064  et  1072,  ce  dernier  comprenant  aussi  des 
prélats  des  provinces  de  Vienne  et  de  Besançon;  celui 
de  1064  fixa  les  droits  de  Cluny  à  l'encontre  de  l'évêque 
de  Mâcon.  D'autres  conciles  se  tinrent  à  l'abbaye 
S. -Marcel  (voir  ce  nom). 

La  plus  ancienne  histoire  de  Clialon,  De  l'origine  des 
Bourgongnons...  plus  ilcs  antiqiiilez  d'Autun,  de  Chalon,  de 
Mascon...  (Paris,  1581,  in-fol.),  par  P.  de  Saint-Julien  de 
I  Balleure,  bien  que  publiant  des  documents,  n'est  plus  utile 
\   aujourd'hui  que  par  une  vue  cavalière  de  la  ville  et  le  téinoi- 
'  gnage  de  l'auteur,  doyen  du  chapitre  cathédral,  sur  les  évé- 
nements contemporains.  —  L'ouvrage  fondamental  reste 
celui  du  jésuite  Cl.  Perry,  Hist.  civile  et  ecclésiastique, 
ancienne  et  moderne,  de  la  ville  et  cité  de  Chalon  (Chalon, 
1659,  in-tol.),  rédigée  dans  un  ordre  strictement  chronolo- 
gique, mais  bien  informée.  —  L'illustre  Orbandale  ou  l'his- 
toire ancienne  et  moderne  de  la  ville  et  cité  de  Chalon  (Chalon, 
1662,  2  vol.  in-4'>),  du  minime  L.  Bertaut,  prolixe  et  au  plan 
compliqué,  n'est  intéressante  que  par  les  documents  qu'elle 
donne.  —  Les  histoires  de  V.  Fouque  (1844)  et  de  l'abbé 
L.  Chaumont  (1885;  2'  éd.,  1915)  sont  des  compilations  à 
I   peu  près  sans  valeur. 

;      Les  principales  études  relatives  à  l'histoire  et  à  l'archéo- 
j   logie  religieuses  et  donnant  la  plupart  une  bibliographie 
]   sont,  dans  l'ordre  de  la  notice  ci-dessus  :  P.  Gras,  Les  forti- 
fications et  la  topographie  anciennes  de  Chalon,  dans  Mém. 
de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  de  Chalon,  xxx,  194,3.  — 
M.  Canat,  Précis  concernant  «  le  jeu  et  mistère  de  Monsieur 
S.  Sébastien  »,  joué  à  Chalon-sur-Saône  en  1497,  dans  Bull, 
du  Comité  des  travaux  historiques,  ii,  1850;  P.  Uesnard,  Les 
débuts  de  la  Réforme  et  la  confrérie  du  S.-Esprit  à  Chalon, 
I  .\utun,  1922,  19  p.  —  H.  Batault,  Notice  hist.  sur  les  hôpi- 
taux de  Chalon,  Chalon,  1884,  in-S";  Essai  hist.  sur  les  écoles 
de  Chalon,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'hist.,  vi,  P«  part.,  1872; 
Notice  hist.  sur  l'abbaye  des  bénédictines  de  Lancharre,  ibid., 
lu,  1'"  part.,  1851-5.3;  P.  Besnard,  Recherches  hist.  sur  l'ab- 
baye de  S.-Pierre  de  Chalon,  Autun,  1910-12,  2  brochures  in- 
I   8°;  Les  cordeliers  et  les  cordelières  de  Chalon,  dans  Revue 
d'hist.  franciscaine,  iv,  1927,  n.  4;  Les  capucins  de  Chalon, 
ibid.,  VI,  1929,  n.  1  ;  Les  processions  à  Chalon  .lous  l'Ancien 
Régime,  Autun,  s.  d.,  36  p.  —  P.  Gras,  Les  anciennes  cha- 


CHALON-SUR-SAONE 


296 


pellex  de  la.  calhédralf  S.-Vinrent.  dans  yifrn.  de  la  Snc. 
d'hisl..  xxxr.  1940. 

II.  DIOCÈSE.  —  I.  Origines.  II.  Étendue  et 
circonscriptions.  III.  Liste  des  évêques.  IV.  Établis- 
sements religieux. 

I.  Origines.  —  La  tradition  considère  comme 
apôtre  du  Chalonnais  S.  Marcel,  martyrisé  près  de 
Chalon  dans  le  village  qui  porte  aujourd'hui  son  nom, 


compagnon  de  S.  Valérien  martyrisé  à  Tournus.  Ses 
.\ctes  le  rattachent  à  la  persécution  lyonnaise  sous 
Marc-Aurèle  et  sa  mort  se  placerait  donc  en  177  ou  peu 
après.  Certains  passages  incompréhensibles  de  cette 
Passion  semblent  altérés  ou  interpolés,  mais  l'exis- 
tence même  du  saint,  objet  d'un  culte  ancien  dans 
un  grand  nombre  de  diocèses,  paraît  incontestable. 
Dans  la  Notitia  dignitatum,  au  début  du  s.,  Chalon 
est  encore  qualifié  de  castrum;  la  ville  appartenait 


Carte  de  l'ancien  diocèse  de  Chalon-sur-Saône. 


Léyende.  du  plan  rte  la  ville.  A,  Cité;  B,  faubourg  S. -Jean  de  Maizel  avec  ses  deux  enceintes  du  xiv»  et  du  xv  s.: 
C,  S. -André;  D,  Ste-Croix;  E,  La  Massonnière;  F,  Ste-Marie;  G,  S. -Laurent;  H,  Les  Eschavannes. —  1,  cathédrale  S. -Vin- 
cent; 2,  Les  Antonins;  3,  Collégiale  S. -Georges;  4,  Les  Oratoriens;  5,  Les  Carmes;  6,  Maison  des  Hospitaliers,  puis  abbaye 
de  Lancliarre;  7,  le  Temple;  8,  nouvelle  abbaye  de  S. -Pierre;  9,  S. -Jean  de  Maizel;  10,  les  Ursulines;  11,  les  Visitandines: 
12,  Hôtel-Dieu  S.-Éloi,  puis  .Jacobines;  13,  Ste-Croix;  14,  S. -André;  15,  ancienne  abbaye  de  S. -Pierre,  devenue  citadelle; 
16,  S. -Jean  des  Vignes;  17,  Les  Capucins;  18,  Collège;  19,  Chapelle  de  la  Motte  et  cimetière;  20,  les  Minimes;  21,  la  Cha- 
rité; 22,  les  Clarisses,  puis  les  Carmélites;  23,  Ste-Marie;  24,  le  nouvel  hôpital;  2.">,  S. -Laurent;  26,  les  Cordeliers. 


297 


CHALOiN-S 


U  R-SAO  N  E 


298 


donc  encore  à  la  cité  d'Autun;  l'existence  de  l'évêque 
Donatien,  mentionné  vers  350  par  des  documents  sus- 
pects, est  douteuse.  Mais  un  fragment  d'inscription, 
gravée  sur  une  chaire  épiscopale  de  marbre  dont  on 
possède  quelques  débris,  paraît  rappeler  la  consécra- 
tion de  cette  chaire  en  449  ;  et  vers  470  une  lettre  de 
Sidoine  Apollinaire  mentionne  l'évêque  Paul  comme 
mort  depuis  peu  ;  ce  serait  l'un  des  premiers  évêques, 
sinon  le  premier. 

Outre  S.  Marcel  et  S.  Valérien,  les  saints  propres  du 
diocèse  sont  d'abord  les  évêques  Agricole,  Sylvestre  et 
Loup,  objets  d'un  culte  ancien,  puis  Jean,  Flavius  et 
Grat  ajoutés  au  x«  s.  en  même  temps  que  les  évêques 
apocryphes  Véran,  de  Cavaillon,  et  Tranquille,  moine 
cité  par  Grégoire  de  Tours.  On  considéra  aussi  comme 
évêque  S.  Didier,  ermite  de  Gourdon,  dont  Grégoire  de 
Tours  montre  le  corps  vénéré  dès  sa  mort  au  vi«  s.  Tous 
ces  évêques  ou  considérés  comme  tels  firent  l'objet 
d'une  fête  commune  instituée  en  1315.  Le  diocèse 
honorait  également  comme  saints  le  roi  Gontran  et 
Gervais,  diacre  du  Mans  assassiné  par  des  brigands  sur 
le  territoire  de  Chalon  en  revenant  d'un  pèlerinage  à 
Rome,  au  v^  s.  semble-t-il. 

IL  Étendue  et  circonscriptions.  —  Le  diocèse  de 
Chalon,  tel  qu'il  apparaît  au  milieu  du  Moyen  Age, 
s'étendait  sur  une  partie  des  départements  actuels  de 
Saône-et-Loire  et  de  la  Côte-d'Or  et  avait  une  forme 
singulière.  Outre  un  noyau  de  forme  à  peu  près  circu- 
laire autour  de  Chalon,  correspondant  au  pagus  Cabi- 
lonensis,  il  comprenait  une  antenne  s'insérant  le  long 
de  la  rive  droite  de  la  Saône  entre  les  diocèses  d'Autun 
et  de  Besançon  jusqu'à  celui  de  Langres  où  elle  se 
fragmentait  en  trois  enclaves;  cette  bande  de  terre 
occupait  une  partie  de  l'Oscheret,  ou  pays  de  l'Ouche, 
pagus  Oscarensis.  Aucune  explication  sûre  n'a  été 
donnée  de  cette  forme  singulière.  Le  diocèse  semble 
avoir  adopté  le  cadre  d'une  circonscription  adminis- 
trative ou  militaire  chargée  d'assurer  la  surveillance 
de  la  Saône  sur  une  large  partie  de  son  cours,  avec  une 
tête  de  pont  en  Bresse  vis-à-vis  de  Chalon;  l'extrémité 
nord  en  aurait  été  morcelée  par  l'établissement  posté- 
rieur d'un  couloir  donnant  passage  à  la  route  de  Dijon 
à  S. -Jean  de  Losne.  Mais  on  ignore  complètement 
l'époque  de  ces  créations;  le  chanoine  Chaume  les 
plaçait  volontiers  au  i»'  s.  avant  notre  ère  lorsque 
Éduens,  Lingons  et  Séquanes  se  disputaient  le  contrôle 
de  la  Saône. 

Le  diocèse,  3"=  de  la  province  de  Lyon,  comprenait  un 
peu  plus  de  200  paroisses  dont  les  principaux  patrons 
étaient  l'évêque  (plus  de  60  cures),  le  chapitre  cathé- 
dral  et  l'abbaye  S. -Pierre  de  Chalon  (une  trentaine 
chacun);  il  n'y  avait  que  quelques  patrons  laïcs.  Jus- 
qu'en 1189,  le  nombre  des  archidiacres  cités  dans  les 
textes  ne  dépasse  jamais  trois;  depuis  cette  date,  on 
en  trouve  quatre.  On  ignore  quand  des  circonscrip- 
tions déterminées  leur  furent  attribuées  ;  l'archidiaconé 
de  Chalon  est  mentionné  pour  la  première  fois  en  1179, 
celui  de  Bresse  en  1185,  celui  d'Oscheret  en  1113, 
celui  de  Tournus  en  1234  (toutes  ces  dates  anté- 
rieures à  celles  que  donne  Longnon  dans  les  Pouillés  de 
la  province  de  Lyon).  Au-dessous  des  archidiaconés 
étaient  des  archiprêtrés.  Alors  qu'on  a  la  mention  d'un 
archiprêtré  de  Bresse  dès  1130,  les  autres  ne  sont 
connus  qu'à  partir  de  la  fin  du  xii«  et  du  début  du 
XIII»  s.  Leurs  noms  mêmes  ne  paraissent  avoir  été 
définitivement  fixés  que  dans  le  premier  tiers  du 
xiii«  s.  C'étaient  les  archiprêtrés  de  la  Montagne,  de 
Demigny,  de  Bresse  et  de  Tournus,  et  le  doyenné 
d'Oscheret  (doyenné  étant  le  terme  usité  dans  le 
diocèse  de  Langres  où  l'Oscheret  était  en  partie  en- 
clavé). Ces  archiprêtrés  ou  doyennés  correspondaient 
chacun  à  un  archidiaconé,  sauf  les  deux  premiers  qui 
se  partageaient  celui  de  Chalon.  Au  moment  de  l'éta- 


blissement du  premier  pouillé  connu,  vers  1360,  les 
limites  des  différentes  circonscriptions  étaient  les  sui- 
vantes :  l'archidiaconé  de  Bresse  comprenait  toute  la 
rive  gauche  de  la  Saône,  terre  d'Empire;  celui  d'Os- 
cheret, tout  ce  qui  était  au  nord  de  la  Dheune;  celui  de 
Tournus,  la  partie  du  diocèse  entre  la  Saône  et  la 
Grosne  et,  en  outre,  le  territoire  compris  entre  cette 
dernière  rivière  et  le  Droux,  petit  affluent  de  la  Saône 
à  quelques  km.  en  aval  de  Chalon,  très  court  ruisseau 
formé  par  la  réunion  de  la  Corne,  de  l'Orbize  et  de  la 
Thalie,  et  qui  servit  souvent  de  limite  au  Moyen  Age; 
on  rencontre  plusieurs  fois  dans  les  textes  l'expression 
inter  Gronam  et  Derolum  qui  a  embarrassé  Longnon  ; 
l'archidiaconé  de  Chalon  avait  le  reste  du  diocèse,  la 
limite  entre  l'archiprêtré  de  Demigny  au  Nord  et  celui 
de  la  Montagne  au  Sud  étant  constituée  par  la  voie 
romaine  de  Chalon  à  Autun. 

Vers  1670  apparaissent  seize  nouveaux  archiprêtrés 
qui  se  répartissent  ainsi  dans  les  quatre  archidiaconés 
dont  les  limites  furent  légèrement  modifiées  :  Es- 
barres  et  Les  Maillys  dans  celui  d'Oscheret;  Tournus 
et  Brancion  dans  celui  de  Tournus;  Chalon,  Rully, 
S. -Jean  de  Vaux,  Jambles,  Buxy,  S.-Gengoux,  Mont- 
S. -Vincent  dans  l'archidiaconé  de  Chalon  ;  Ormes,  Mer- 
vans,  Branges,  Alleriot  et  Verdun  dans  celui  de  Bresse. 

III.  Liste  des  évêques.  —  Le  catalogue  contenu 
dans  un  cérémonial  du  xiii«  s.,  aujourd'hui  perdu,  se 
révèle  exact  depuis  la  fin  du  1x1=  s.,  mais  il  est,  pour  la 
période  antérieure,  dans  un  désordre  complet,  ne 
donne  pas  certains  évêques  connus  par  ailleurs  et  en 
renferme  d'apocryphes  comme  S.  Véran,  Tranquille  et 
Didier;  les  évêques  connus  uniquement  par  ce  cata- 
logue sont  donc  douteux,  ou  au  moins  de  date  incer- 
taine. En  éliminant  Donatien,  la  liste  épiscopale  peut 
s'établir  comme  suit  :  Paul,  mentionné,  comme  il  est 
dit  plus  haut,  par  Sidoine  Apollinaire  qui  rapporte  les 
circonstances  de  l'élection  de  son  successeur  Jean, 
vers  470.  —  Jamblique,  Jamhjchus,  évêque  dont  on 
conserve  la  pierre  tombale,  n'était  peut-être  pas  sur  le 
siège  de  Chalon,  à  moins  que  ce  ne  soit  V Amblacus  du 
catalogue.  —  S.  Sylvestre  (probablement  490,  t  532), 
S.  Agricole  (532,  t  580),  S.  Flavius  (580,  t  après  591), 
connus  notamment  par  Grégoire  de  Tours.  —  S.  Loup, 
dont  la  date  n'est  pas  assurée  mais  dont  on  possède 
une  Vie  très  simple  dans  laquelle  il  apparaît  comme  de 
la  même  lignée  que  les  évêques  précédents  et  qu'il  n'y 
a  nulle  raison  de  repousser  jusqu'au  début  de  la 
période  carolingienne,  comme  le  fait  Besnard  (la  crosse 
dite  de  S.  Loup,  conservée  à  S. -Vincent,  est  du 
xiii«  s.).  —  Anleslis,  cité  en  614.  —  Wadeliniis,  évêque 
qui  possédait  des  biens  à  Chalon  mais  n'était  peut-être 
pas  évêque  de  la  ville.  —  Gelderinnus  ou  Gilderinus, 
cité  uniquement  par  la  Vie  de  S.  Grat  comme  prédé- 
cesseur de  celui-ci.  —  S.  Grat,  dont  la  Vie,  tardive  et 
remplie  d'anecdotes  légendaires,  n'a  aucune  valeur, 
mais  qui  est  connu  par  ailleurs,  vers  650-54.  —  Didier, 
persécuteur  de  S.  Léger  vers  670,  n'était  peut-être  pas 
évêque  de  Chalon.  —  A  l'époque  troublée  de  la  fin  des 
Mérovingiens  correspond  une  lacune  où  il  faut  peut- 
être  placer  Legonce,  Théodore  et  Agnibert,  donnés 
uniquement  par  le  catalogue.  —  Les  évêques  certains 
reparaissent  seulement  à  la  fin  du  vjii«  s.  :  Hubert, 
vers  779-90.  — ■  Garnoul,  Warnulfus,  indiqué  à  cette 
place  par  le  catalogue.  —  Fova,  vers  826-37.  — 
Milon,  d'après  le  catalogue  également.  —  Josseau, 
Godesaldus,  clerc  du  palais  nommé  par  Charles  le 
Chauve,  vers  849-62,  ainsi  que  Gerbaud,  Gerboldus, 
vers  864-86,  qui  obtint  de  Charles  le  Gros  que  son 
successeur  serait  élu  par  le  chapitre.  —  Étienne,  vers 
887.  —  .\ndré,  Ardradm,  vers  890-920,  appelé  dans  le 
catalogue  par  une  mauvaise  lecture  Axorantis,  dont  on 
a  fait  à  tort  un  autre  évêque.  —  Stacteus,  vers  922.  — 
Durand,  indiqué  ici  par  le  catalogue.  —  Gibaud,  Mil- 


299 


C  H  A  JL  U  iN  -  S  U  R  -  S  A  0  N  E 


300 


deboldus,  Gildebotdus,  vers  y3b-54.  —  Frogier,  vers 
960.  —  Hugues,  Indiqué  ici  par  le  catalogue.  —  Raoul, 
vers  977-84,  le  premier  dont  on  connaisse  la  famille;  il 
était  frère 'du  comte  I>ambert.  —  Lambert,  vers  990- 
94,  parent  sans  doute  du  précédent.  —  Geoffroi  de 
Semur,  vers  999-1039.  —  Gui,  vers  1044-56.  — 
Achard,  vers  1059-70.  —  Rodenus,  vers  1072-78,  qui 
semble  identique  à  Rodericus  cité  dans  un  diplôme  de 
Philippe  I'''  (Prou,  n.  86).  —  AT)rès  un  intrus  dont  on 
ignore  le  nom,  installé  par  Philippe  I''''  et  déposé  par 
Grégoire  VII,  l'archidiacre  Gautier  de  Couches  —  et  ce 
fut  désormais  la  règle  —  fut  élu  par  le  chapitre,  1080- 
1120.  —  Josseau,  Jotsaldus,  connu  par  des  chartes  non 
ou  mal  datées,  mais  placé  ici  par  le  catalogue.  —  Gau- 
tier de  Sercy,  vers  1129-57.  —  Pierre  de  S. -Marcel, 
vers  1164-78.  —  Engilbert,  vers  1179-82,  se  fit  char- 
treux. —  Robert,  vers  1185,  t  1216.  —  Durand  du 
Puy,  1216,  t  nov.  1231.  —  (iuillaume  de  la  Tour  de 
Chenôves  —  à  tort  appelé  de  Chevannes  —  juin  1231, 
transféré  à  Besançon  le  21  mars  1245.  —  Alexandre 
de  Montaigu,  mai  1245,  f  déc.  1261.  —  Thibaut,  1263, 
t  déc.  1264.  —  Gui  de  Sennecey,  1265,  j  19  mai  1269. 
—  Ponce  de  Sissey,  24  juill.  1269,  t  14  févr.  1273.  — 
Guillaume  du  Blé,  1273,  t  7  sept.  1294.  —  Guillaume 
de  Bellevêvre,  1294,  t  nov.  1301.  —  Robert  de  Dezize 
(et  non  de  Decize  en  Nivernais),  nommé  par  Boni- 
face  VIII  le  25  mai  1302  à  la  suite  d'une  élection 
contestée  où  il  était  en  minorité,  mais  après  laquelle  il 
s'était  rendu  à  Rome  et  avait  résigné  tous  ses  droits 
entre  les  mains  du  pape;  t  fin  1315.  —  Bertaut  de  la 
Chapelle  de  Villars,  1316-33. 

Avec  Hugues  de  Corabœuf,  haut  fonctionnaire 
ducal  (15  mars  1333,  f  entre  mars  1341  et  juin  1342), 
s'ouvre  une  nouvelle  période  de  l'histoire  des  évêques 
qui  furent  désormais  non  plus  élus,  mais  nommés 
par  le  pape  ;  ce  furent  souvent  des  clercs  du  roi,  du  duc 
de  Bourgogne  ou  de  la  Cour  pontificale,  qui  parfois 
conservèrent  leurs  fonctions  administratives  et  ne 
résidèrent  pas.  Hugues  de  Corabœuf  appartenait  à  la 
noblesse  locale;  mais  ses  successeurs  seront  généra- 
lement étrangers  à  la  région.  —  Pierre  de  Chalon, 
ancien  maître  des  ports  et  passages  du  royaume, 
26  juin  1342,  f  15  mars  1345.  —  Jean  Aubriot,  haut 
fonctionnaire  ducal,  21  mars  1345,  t  18  déc.  1350.  — 
Renaud  Chauvel,  dont  on  n'a  connu  longtemps  que 
le  nom  latinisé  Chavelli,  maître  des  comptes  du  roi, 
3  janv.  1351,  transf.  à  Châlons-sur-Marne  le  2  oct. 
1353.  —  Jean  de  Mello,  2  oct.  1353,  transf.  à  Clermont 
le  8  févr.  1357.  —  Jean  l"  Germain  ou  de  Dixmont, 
8  févr.  1353,  transf.  à  Auxerre  le  18  juin  1361.  — 
Jean  de  S.-Just,  le  maître  bien  connu  de  la  Chambre 
des  comptes  de  Paris,  18  juin  1361,  t  27  mai  1369.  — 
Geoffroy  de  Salagny,  qu'on  a  dédoublé  à  tort  en  Jean 
de  Salorney  et  Guillaume  de  Saligny,  18  juin  1369, 
transf.  à  Bayeux  le  14  avr.  1374.  —  Nicolas  de  Vères, 
12  mai  1374,  t  8  nov.  1386.  —  Olivier  de  Martreuil, 
29  janv.  1387,  t  15  mars  1405,  eut  avec  son  chapitre  un 
conflit  auquel  mit  fin  —  c'en  est  un  des  premiers 
exemples  —  un  arrêt  du  parlement  de  Paris.  — 
Étienne  de  Semur,  doyen  du  chapitre,  fut  élu  le 
31  mars  1405  par  les  chanoines  désireux  de  recouvrer 
la  liberté  d'élection  et  qui  s'adressèrent  pour  la  confir- 
mation au  pape  de  Rome  Innocent  VIII;  mais  celui 
d'Avignon,  Benoît  XIII,  à  l'obédience  duquel  le  roi  de 
France  s'était  de  nouveau  rangé  en  1403,  nomma  Jean 
de  la  Coste,  6  avr.  1405,  transf.  à  Mende  le  10  mars 
1408.  —  Phihbert  de  Saulx,  10  mars  1408,  transf.  à 
Amiens  le  14  avr.  1413.  —  Jean  d'Arsonval,  14  avr. 
1413.  t  27  août  1416.  —  Hugues  d'Orges,  élu  par  le 
chapitre  sous  la  pression  de  la  duchesse  de  Bourgogne, 
le  3  sept.  1416,  transf.  à  Rouen  le  19  janv.  1431.  — 
Jean  Rolin,  nommé  par  le  pape  le  26  janv.  1431, 
transf.  à  Autun  le  20  août  1436.  —  Jean  II  Germain, 


transf.  de  Nevers,  20  août  1436,  t  2  févr.  1461,  auteur 
de  nombreux  ouvrages,  chancelier  de  la  Toison  d'Or. 
—  Jean  I"  de  Poupet,  élu  par  le  chapitre  sur  la 
recommandation  du  duc  et  promu  par  le  pape  le 
27  mai  1361,  résigna  en  faveur  de  son  neveu.  — 
André  de  Poupet,  14  juill.  1480,  résigna  aussi  en 
faveur  de  son  neveu.  —  Jean  II  de  Poupet,  11  déc. 
1503,  t  28  déc.  1531,  inaugura  le  cumul  du  siège 
épiscopal  et  d'abbayes  tenues  en  commende.  — 
Antoine  de  Vienne  nommé  par  le  roi  en  vertu  du  con- 
cordat, malgré  les  protestations  des  chanoines,  le 

23  févr.  1532,  t  févr.  1552.  Louis  Guillart,  16  oct. 
1553,  transf.  à  Senlis  le  4  sept.  1560,  ne  résida  pas,  non 
plus  que  ses  deux  successeurs,  Antoine  Erlault 
(15  avr.  1561,  t  28  sept.  1573)  et  Jacques  Fourré 
(16  nov.  1573.  f  20  janv.  1578).  —  F>ontus  de  Thiard  ou 
Tyard,  l'un  des  i)oètes  de  la  Pléiade,  17  mars  1578, 
chassé  de  la  ville  par  les  ligueurs,  prit  son  neveu 
comme  coadjuteur  en  1592  et  résigna  en  sa  faveur.  — ■ 
Cyrus  de  Thiard,  24  janv.  1594,  t  3  janv.  1624,  présida 
à  la  fondation  de  plusieurs  maisons  religieuses,  sup- 
prima la  «  danse  des  chanoines  »  et  la  fête  des  Inno- 
cents, et  fit  adopter  dans  le  diocèse  le  rite  romain.  — 
Jacques  de  Neuchèze,  7  oct.  1624,  t  l*"'  mai  1658, 
continua  la  Contre-Réforme.  —  Jean  de  Maupeou, 
31  juill.  1658,  t  2  mai  1677,  fonda  le  séminaire.  — 
Henri  Staix,  dit  Henri-Féhx  de  Tassy,  18  juin  1677, 
1 10  nov.  1711,  défendit  le  curé  de  S. -Vincent  accusé  de 
quiétisme,  fut  soupçonné  de  sympathies  pour  le  jan- 
sénisme et  vit  ses  Ordonnances  synodales  saisies  en 
1701  comme  «  contraires  aux  libériez  de  l'Église 
gallicane  ».  —  François  de  Madot,  24  déc.  1711, 
t  6  oct.  1753,  publia  la  bulle  Unigenilus,  prit  des 
mesures  contre  les  «  appelants  »,  entra  en  conflit  avec 
son  clergé  qui  estimait  trop  sévère  ses  statuts  syno- 
daux. —  Louis-Henri  de  Rochefort  d'Ally,  fin  1753, 
t  14  juin  1772,  ramena  les  fêtes  chômées  de  43  à  17  et 
substitua  dans  la  liturgie  le  rite  parisien  au  rite 
romain.  —  Joseph-François  d'Andigné  de  la  Châsse, 

24  juin  1772,  démiss,  en  1781.  —  Jean-Baptiste  du 
Chilleau,  sacré  le  30  déc.  1781,  fonda  des  écoles  gra- 
tuites, ne  fut  pas  élu  aux  États  généraux,  les  curés 
du  diocèse  ayant  monté  une  «  cabale  et  complot  » 
contre  le  haut  clergé;  émigra  en  Suisse  et  ne  démis- 
sionna qu'en  1816.  —  A  cette  époque,  il  fut  question 
de  rétablir  l'évêché  de  Chalon  supprimé  en  1790  et  un 
titulaire  fut  même  désigné,  Paul-Ambroise  Frère  de 
Villef rançon.  —  Un  bref  de  1853  a  donné  à  l'évêque 
d'Autun  le  titre  d'évêque  d'Autun,  Chalon  et  Mâcon. 

Les  évêques  de  Chalon  possédaient  un  domaine 
important  dont  un  des  premiers  éléments  paraît  être 
une  donation  de  S.  Loup  au  vi«  s.  Il  était  constitué 
essentiellement  par  «  dix-sept  villages  »  (dont  plusieurs 
n'étaient  que  des  hameaux)  situés  pour  la  plupart  au 
nord  de  Chalon,  relevant  directement  du  roi  (voir 
supra,  Chalon  (Ville)  :  Histoire);  les  derniers  vestiges 
de  leur  indépendance  ne  disparurent  qu'en  1561, 
presque  un  siècle  après  la  réunion  du  duché  à  la  cou- 
ronne; depuis  le  xvii"  s.,  l'évêque  s'intitula  évêque- 
comte  de  Chalon.  Le  domaine  épiscopal  comprenait 
en  outre  des  biens  et  des  redevances  dans  un  grand 
nombre  d'autres  localités.  Parmi  les  droits  épiscopaux 
figure  la  suzeraineté  sur  le  duc  de  Bourgogne  pour 
tout  ce  que  celui-ci  possédait  en  Chalonnais  (attestée 
depuis  1218)  et  sur  le  comte  de  Tonnerre  pour  le 
«  parcours  S. -Vincent  »  autour  des  Riceys  (.\ube). 

IV.  Établissements  religieux.  —  A  la  Révolu- 
tion le  diocèse  comptait  :  cinq  abbayes  d'hommes  : 
S. -Pierre  de  Chalon  (voir  Ville);  l'abbaye  de  cha- 
noines réguliers  de  Tournus.  ancien  monastère  béné- 
dictin sécularisé  en  1627;  les  abbayes  cisterciennes  de 
Cîteaux,  chef  d'ordre,  La  Ferté  et  Maizières  (voir  ces 
noms);  deux  abbayes  de  femmes  :  bénédictines  de  Lan- 


c;UALUiN-SbK-SAUiNE  — 

charre  (voir  Ville),  cisterciennes  de  Molaise  (voir  ce 
nom).  Les  anciens  pouillés  donnent  une  longue  liste  de 
prieurés;  on  peut  y  distinguer  :  les  prieurés-cures, 
églises  paroissiales  dépendant  d'une  abbaye,  oîi  la 
vie  conventuelle,  si  elle  exista  jamais,  cessa  très  tôt, 
et  dont  plusieurs  furent  «  éteints  »  au  xviii*'  s.  (tel 
était  S. -Laurent  de  Chalon);  —  les  prieurés  indépen- 
dants, comme  Lancharre  avant  son  érection  en  ab- 
baye, et  Époisses  (comm.  de  Bretenière,  Côte-d'Or), 
de  l'ordre  de  Grandmont,  connu  depuis  1189,  supprimé 
en  1771  au  profit  du  séminaire;  —  les  prieurés  pro- 
prement dits,  distincts  des  cures  des  paroisses  dans  j 
lesquelles  ils  se  trouvaient,  tel  le  jjrieuré  S. -Pierre  de  ; 
Sermesse,  prieuré  de  l'abbaye  clunisienne  de  Baume,  i 
uni  en  1513  au  collège  de  S. -Jérôme  de  Uole  (du  ' 
diocèse  de  Besançon  jusqu'au  xvi'^  s.,  puis  de  Chalon), 
non  identifié  par  D.  Cottineau;  —  enfin  les  anciens  | 
monastères  indépendants  soumis  ensuite  à  d'autres 
abbayes,  comme  S. -Marcel  (voir  ce  nom),  abbaye 
mérovingienne  agrégée  à  Cluny.  Il  faut  y  ajouter  les 
monastères  disparus  :  Gourdon,  où  Grégoire  de  Tours 
montre  des  moines  réunis  au  vi"  s.  autour  du  saint 
ermite  Didier;  les  deux  prieurés  de  femmes  subor- 
donnés à  Lancharre,  La  Chaux  (comm.  de  Cuisery) 
et  le  Puley,  cités  depuis  le  xiii«  s.  et  réunis  à  Lan- 
charre, le  premier  au  xiv»  s.,  le  second  en  1615. 

Il  y  avait  :  cinq  couvents  d'hommes,  les  récollets  à 
Tournus,  les  quatre  autres  à  Chalon  ;  cinq  de  femmes, 
tous  à  Chalon  depuis  la  réunion  en  1752  des  ursulines 
de  S.-Gengoux  à  celles  de  Chalon.  L'ordre  de  Malte 
possédait  deux  commanderies  :  celle  de  Bellecroix 
(comm.  de  Chagny),  possession  primitive  de  l'ordre  de 
S.-Jean  de  Jérusalem,  dont  dépendaient  cinq  maisons 
parmi  lesquelles  le  Temple  de  la  Chapelle  de  Demi- 
gny;  celle  de  Chalon,  venue  de  l'ordre  du  Temple, 
dont  dépendait  huit  maisons  et  à  laquelle  fut  réunie  la 
commanderie  des  antonins  de  Chalon  (voir  Ville). 

Les  collégiales  étaient  :  celle  de  S. -Georges  de  Cha- 
lon (voir  Ville),  celle  de  Cuisery,  fondée  en  1348, 
formée  d'un  doyen  et  de  six  membres  portant  le  titre 
de  chapelains  ou  concurés  —  c'était  donc  plutôt  un  de 
ces  «  méparts  »  que  l'on  trouvait  dans  la  plupart  des 
bourgs,  à  Buxy  dès  1263,  à  Givry,  créé  en  1485,  à 
Chagny,  à  S.-Gengoux.  La  collégiale  de  trois  cha- 
noines fondée  vers  1270  à  S. -Martin  de  Gâtinois, 
transférée  en  1301  à  Allerey  et  portée  à  un  doyen  et 
sept  chanoines,  disparut  pendant  la  guerre  de  Cent 
Ans. 

Le  grand  séminaire  fut  installé  en  1675  chez  les  ora- 
toriens  de  Chalon;  le  petit  séminaire  fut  créé  à  Tournus 
en  1688  et  réuni  le  plus  souvent  au  collège  municipal 
de  cette  ville,  jusqu'en  1699,  puis  de  1733  à  1742,  puis 
de  1766  à  la  Révolution.  Les  jésuites  dirigèrent  le 
collège  de  Chalon. 

Enfin,  outre  les  hôpitaux  de  Chalon  et  de  quelques 
petites  villes,  toute  une  série  de  maisons-Dieu  avaient 
existé  le  long  des  vieilles  routes,  quelquefois  loin  des 
agglomérations  —  ce  qui  les  a  fait  souvent  prendre 
pour  des  léproseries  —  mais  à  un  carrefour  ou  un 
passage  important  :  celle  du  Pont  de  Grosne  (comm. 
de  Beaumont),  disparue  au  xvi«  s.;  celles  de  Givry  et 
Rully,  réunies  en  1696  à  l'hôpital  de  Chalon;  celle  de 
Chagny,  dont  le  pape  Clément  VIT  en  1394  ordonnait 
la  restauration,  comme  «  située  sur  le  chemin  qui 
mène  de  Paris  à  Avignon  »;  celle  de  Marloux  dont 
l'histoire  est  bien  connue  grâce  aux  archives  de  Remi- 
remont  dont  elle  dépendait. 

P.  Besnard,  Les  origines  et  les  premiers  siècles  de  l'Église 
chalonnaise,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.de  Cha- 
lon, xvri,  1920;  xviii,  1922  (dont  il  parut  une  première  ver- 
sion inoiiis  complète  dans  la  Revue  d'iiisl.  de  l'Ëi/tise  de  ! 
France,  1911).  —  J.-L.  Bazin,  Ilisl.  des  évéciues  de  Chalon, 
dans  Mém.  de  la  Soc.  de  Chalon,  xiv,  l"  part.,  1914-17;  xv,  I 


CllALU.NS-bUfl-MA  H  iN  K 

1918  (sûr  seulement  à  partir  du  xv»  s.;  donne  en  tète  du 
t.  I  une  carte  du  dioc.  avec  toutes  les  paroisses).  — 
Mlle  M.  Pellechet,  Notes  sur  les  livres  liturgiques  des  dioc. 
d'Autun,  Chalon  et  Mâcon,  Autun,  188.3,  in-8°.  —  P.  Gras, 
Notes  sur  deux  pouillés  du  dioc.  de  Chalon  publiés  par  Lon- 
gnon,  dans  Mém.  de  la  Soc.  de  Chalon,  xxx,  1943.  — 
Mme  C.  Dickson,  Les  églises  romanes  de  l'ancien  dioc.  de 
Chalon,  Mâcon,  1935,  in-8''.  —  Mlle  Y.  Fernillot,  Les 
églises  gothiques  de  l'ancien  dioc.  de  Chalon,  dans  École 
nationale  des  chartes.  Positions  des  thèses  de  la  promotion 
1946. —  Chan.  L.  Ravenet,  L«  7iiaison-/)i«ii  (/p  Notre-Dame 
de  Marloux,  Aiitun,  1945. 

1'.  Gkas. 

CHALONS  (Aubeut  oe),  O.  P.,  inquisiteur  de 
France  de  1330  à  1332.  Son  activité  est  connue  par 
diverses  bulles  de  Jean  XXII  (éd.  J.-M.  Vidal, 
ISullaire  de  l' Inquisition  française  an  SiV"  s.,  Paris, 
1913).  Sa  probité  paraît  suspecte,  car  le  pape  intervint 
exceptionnellement  en  faveur  du  chirurgien  Anselme 
de  Gènes  et  d'un  clerc  auxerrois,  mis  indûment  en 
prison  sous  faux  prétexte  d'hérésie  et  de  sorcellerie  et 
délivrés  de  geôle  après  avoir  encouru  d'injustes  et 
lourdes  peines,  et  même  sous  promesse  de  ne  rien 
révéler  des  iniquités  qu'ils  avaient  souffertes.  L'offîcial 
de  Paris  était,  il  est  vrai,  pareillement  compromis  dans 
l'affaire. 

G.  MOLLAT. 

CHALONS-SUR-MARNE.  —  l.  VILLE. 

—  1.  Origine  et  histoire  sommaire.  IL  Établisse- 
ments ecclésiastiques.  III.  Événements  religieux. 

I.  Origines  et  histoire  sommaire.  — -  La  cité  de 
Chàlons  était  à  l'origine  une  simple  bourgade  du  pays 
des  Rèmes  :  Durocatalaunum  ou  Catalaunum  (Reims, 
la  ville  des  Rèmes,  s'appelait  Durocortorum  Remorum). 
On  suppose  qu'elle  fut  fondée  au  i"  s.  de  notre  ère; 
elle  ne  fut  transformée  en  municipe  distinct  que  sous 
l'empereur  Aurélien,  sans  doute  après  la  victoire  que 
celui-ci  remporta  sur  les  troupes  de  l'usurpateur  Te- 
tricus,  près  de  Châlons,  en  273.  C'était  un  «  gîte 
d'étape  »  à  l'endroit  où  la  route  de  Boulogne  à  Langres 
traversait  la  Marne  et  ses  aflluents,  le  Nau  et  le  Mau, 
sur  un  pont  dont  on  a  retrouvé  les  fondations.  Cette 
route  y  rencontrait  une  autre  voie  qui,  par  Autun, 
Auxerre  et  Troyes,  menait  également  du  centre  de  la 
Gaule  vers  la  Bretagne.  Châlons  fut  très  probablement 
entourée  d'une  enceinte  à  la  fin  du  in«  ou  au  début  du 
iv»  s.,  mais  le  tracé  de  cette  muraille  n'a  pu  être  déter- 
miné jusqu'ici  d'une  manière  satisfaisante.  Les  rives 
de  la  Marne  étaient  jadis  très  marécageuses. 

Au  iv«  s.,  les  nécessités  militaires  exigent  un  regrou- 
pement des  circonscriptions  administratives  de  l'Em- 
pire :  Châlons  fut  détachée  de  la  civitas  de  Reims  dans 
la  première  moitié  du  iv^  s.  et  érigée  en  civitas  indé- 
pendante. La  Notifia  Galliarum  la  signale  comme 
étant  la  troisième  des  douze  cités  de  la  Belgique 
seconde.  On  suppose  cjue  la  nouvelle  civitas  fut  consti- 
tuée par  démembrement  des  cités  des  Rèmes  et  des 
Tricasses  :  on  jugeait  sans  doute  que  la  distance  était 
trop  grande  entre  Troyes  et  Reims  pour  organiser  la 
défense  contre  les  Barbares;  or  Châlons  constituait  un 
précieux  point  d'appui  sur  le  cours  moyen  de  la  Marne. 
Le  territoire  de  la  civitas  Catalaunensis  s'étendait  à 
l'Est  jusqu'au  Perthois  et  au  Sud-Est  jusqu'en  amont 
de  S.-Dizier. 

La  cité  elle-même  était  une  importante  ville  de  gar- 
nison où  étaient  cantonnés,  au  début  du  iv«  s.,  des 
cavaliers  dalmates.  C'était  aussi  un  endroit  de  repos 
pour  les  troupes  de  Bretagne.  Ammien  Marcellin,  qui 
connaissait  l'importance  militaire  de  la  cité,  en  parle  à 
deux  reprises.  Vers  450,  Châlons  vit  passer  non  loin  de 
ses  murs  les  hordes  d'Attila  (épisode  de  S.  Alpin). 

M.  Vercauteren  -  -  à  qui  nous  empruntons  de  nom- 
breux éléments  de  cette  notice  —  estime  (ju'à  partir  du 
Bas  Empire  la  superficie  de  Châlons  était  de  6  à 


303 


CHALONS-S 


UR- MARNE 


304 


7  ha.  (alors  que  celle  de  Reims  était  de  20  à  30  ha.)-  H 
est  probable  que  la  cité  de  Chàlons  fut  soumise  par  les 
Francs  peu  après  la  prise  de  Reims,  c.-à-d.  vers  486. 
Après  le  décès  de  Clovis,  en  511,  elle  fit  partie  du 
royaume  d'Austrasie  de  Sigebert  I",  et  elle  resta 
austrasienne  après  la  mort  de  ce  souverain  (575) 
puisqu'en  581  Brunehaut  en  était  encore  maîtresse. 
Grégoire  de  Tours  en  parle  une  fois  seulement  et  la 
nomme  urbs  Calalaunensis  {De  gloria  confessorum, 
Lxvi);  mais  il  emploie  à  plusieurs  reprises  l'adjectif 
Calalaunensis  en  parlant  de  l'évêque  ou  d'un  diacre  de 
la  cité.  La  ville  avait  quelque  importance  :  c'est  là  que 
Thierry  I"  réunit  des  légistes  pour  recueillir  et  coor- 
donner la  Loi  des  Francs  ripuaires. 

L'histoire  de  Châlons  durant  les  longues  guerres 
dynastiques  du  vi'^  s.  nous  échappe  complètement. 
On  sait  toutefois  qu'il  y  avait  dans  la  cité,  à  l'époque 
mérovingienne,  un  atelier  monétaire.  La  plupart  des 
pièces  trouvées  qualifient  Châlons  de  civitas;  une  seule 
l'appelle  caslrum,  ce  qui  laisse  entendre  que  la  ville 
avait  conservé  son  enceinte  du  Bas  Empire. 

On  ne  sait  rien  des  églises  que  comptait  la  cité  de 
Châlons  avant  les  v  et  vi^  s.;  Grégoire  de  Tours 
signale  l'existence  d'une  basilique  dédiée  à  S.  Memmie 
et  située  en  dehors  des  murs.  Il  est  possible  que  l'église 
S. -André,  consacrée  depuis  860  à  S.  Alpin  et  sise  éga- 
lement dans  le  subitrbium,  existait  déjà  au  v«  s.  Ce 
suburbium,  qui  s'étendait  à  l'est  de  la  cité,  semble 
avoir  été  l'endroit  oiî  furent  construits  les  premiers 
établissements  religieux  de  Châlons...  On  ignore  si,  au 
v«  s.  déjà,  la  cité  comptait  une  église  urbaine;  la  tradi- 
tion qui  attribue  à  S.  Alpin  la  construction,  à  l'empla- 
cement de  la  cathédrale  actuelle,  d'une  chapelle  dédiée 
à  S.  "Vincent,  est  incontrôlable  et  sans  doute  sans 
valeur.  Au  viii^  s.,  on  érigea  dans  le  suburbium,  à  côté 
des  basiliques  S. -André  et  S. -Memmie,  une  chapelle 
qui  devint  par  la  suite  N.-D.-en-Vaux. 

La  cité  échappa  aux  désastres  que  les  invasions 
normandes  accumulèrent  dans  la  Francia.  En  887-88, 
les  Normands  s'approchèrent  de  la  cité,  mais  ne 
l'attaquèrent  pas,  sans  doute  parce  que  ses  murailles 
romaines  leur  parurent  trop  difficiles  à  emporter.  Mais 
la  cité  eut  beaucoup  à  souffrir  au  x«  s.  des  guerres  con- 
tinuelles que  se  livraient  les  grands  de  la  région  :  elle 
fut  brûlée  deux  fois;  les  évoques  Bovon  II  et  Gibuin 
eurent  à  relever  ses  ruines. 

Cependant  l'activité  commerciale  prit  à  Châlons  un 
rapide  essor.  Au  ix"'  s.  la  ville  en  est  au  stade  de  l'éco- 
nomie domaniale.  Mais  un  diplôme  tend  à  démontrer 
que  l'économie-argent  n'avait  pas  complètement  dis- 
paru à  cette  époque  :  le  22  nov.  865,  Charles  le  Chauve 
établit  à  Châlons  un  atelier  monétaire  à  la  prière  de 
l'évêque  Erchenraus.  Au  siècle  suivant,  la  foire  an- 
nuelle est  signalée  dès  963;  au  xi«  s.,  les  faubourgs 
étaient  peuplés  de  boutiques  et  d'auberges.  A  cette 
époque,  le  suburbium  n'est  plus  une  région  exclusi- 
vement rurale.  Vers  1050  l'évêque  Roger  II  obtint  de 
Eudes  II,  comte  de  Champagne,  la  promesse  qu'au- 
cune fortification  ne  serait  construite  dans  un  péri- 
mètre de  huit  lieues  autour  de  la  cité  :  c'était  sans 
doute  pour  rassurer  les  marchands  et  les  paysans  qui 
peuplaient  les  suburbia. 

On  suppose  qu'aux  ix«  et  x"  s.  le  nombre  des 
hommes  libres  vivant  dans  la  cité  était  très  restreint. 
Les  non-libres  étaient  soumis  à  l'autorité  de  l'évêque  : 
une  déclaration  du  temporel  de  l'évêché  de  Châlons, 
fournie  au  roi  Charles  VI  le  12  mars  1383,  nous  fait 
connaître  les  taxes  que  l'évêque  percevait  sur  ses  serfs 
et  hommes  de  corps. 

Dès  la  seconde  moitié  du  xi«  s.,  le  territoire  de  Chà- 
lons et  de  ses  faubourgs  était  partagé  entre  quatre  ju- 
ridictions qui,  au  siècle  suivant,  donneront  naissance 
aux  quatre  bans  ou  «  seigneureries  »  qui  dureront  jus- 


qu'à la  fin  de  l'Ancien  Régime  :  le  ban  de  l'Ile  ou  de 
l'abbaye  de  Toussaints,  le  ban  de  S. -Pierre  ou  de  l'ab- 
baye S.-Pierre-aux-Monts,  le  ban  des  Clercs  ou  du  cha- 
pitre de  S.-Étienne,  le  ban  de  l'évêque-comte  de 
Châlons. 

Des  deux  abbayes  que  nous  venons  de  citer  la  plus 
importante  était  celle  de  S.-Pierre-aux-Monts,  située 
à  l'est  de  la  cité,  dans  le  suburbium.  La  tradition  lui 
attribue  une  origine  fort  ancienne,  mais  aucun  texte 
authentique  n'en  fait  mention  avant  le  début  du 
xi^  s.  Un  diplôme  délivré  par  le  roi  Robert  II  en  1028, 
et  qui  confirme  des  donations  faites  à  S. -Pierre  par 
l'évêque  Roger,  est  le  premier  document  qui  nous 
apprenne  quelque  chose  de  positif  sur  le  compte  de 
cette  abbaye.  Elle  reçut  en  1028  tout  le  quartier  ou 
burgus  situé  dans  le  suburbium  autour  de  l'abbaye; 
dans  la  cité,  elle  entra  en  possession  de  l'église  S. -Al- 
pin, avec  les  maisons  voisines,  d'un  four  et  d'un  mou- 
lin. A  ces  libéralités,  l'évêque  ajouta  encore  le  tonlieu 
qui  se  percevait  au  marché  tenu  dans  le  cimetière  de 
S. -Alpin.  En  1043  un  diplôme  d'Henri  I"  confirma 
l'abbaye  dans  la  possession  de  ses  biens  et  y  ajouta 
l'église  S. -Germain,  trois  moulins  situés  dans  la  cité  et 
presque  toute  la  partie  du  suburbium  sise  entre  N.-D.- 
en-Vaux  et  S. -Pierre.  Tout  cela  formait  une  immense 
propriété.  L'abbaye  fut  restaurée  au  début  du  xi«  s. 
Elle  était  à  ce  point  entourée  de  maisons  et  de  cons- 
tructions diverses  qu'elle  constituait  une  vraie  petite 
agglomération  au  milieu  du  faubourg.  Afin  de  la  proté- 
ger efficacement,  elle  fut  entourée  d'une  enceinte  et, 
dès  l'an  1028,  cette  agglomération  porte  le  nom 
caractéristique  de  burgus.  L'abbaye  tenait  une  place 
éminente  dans  le  diocèse.  Les  moines  instruisaient  la 
jeunesse.  En  1700,  on  y  trouvait  vingt  religieux,  mais 
il  n'y  en  avait  plus  que  quatorze  en  1789.  Le  cardinal 
de  Richelieu,  qui  en  était  l'abbé  commendataire,  y 
avait  introduit  la  réforme  de  S. -Vanne  en  1627. 
Aujourd'hui,  les  bâtiments  sont  devenus  une  caserne 
(Annales  S.  Pétri  Calalaunensis,  dans  M.  G.  H.,  SS., 
XVI,  488-90;  G.  Robert,  Le  temporel  de  S.-Pierre-aux- 
Monts  en  13S4,  dans  Nouvelle  revue  de  Champagne  et  de 
Brie,  1929,  p.  154;  Jean-E.  Godefroy,  Les  bénédictins 
de  S.-Vanne  et  la  Révolution  (nombreuses  références); 
Drouet,  Note  sur  les  abbayes  de  S.-Pierre-aux-Monts  et 
de  Toussaints,  dans  Congrès  archéol.  de  France, 
1865,  p.  271). 

L'abbaye  de  Toussaints,  située  au  nord  de  la  civitas, 
dans  une  petite  île,  fut  fondée  vers  le  milieu  du 
XI''  s.  et  dotée  par  l'évêque  Roger  II.  Une  charte  de 
1062,  qui  confirme  sa  fondation,  énumère  aussi  ses 
propriétés;  elles  consistaient  en  terres,  en  maisons, 
en  moulins  situés  dans  les  faubourgs  de  l'Ouest  et  du 
Nord;  la  charte  y  ajoutait  des  redevances  à  percevoir 
sur  les  auberges  de  ces  suburbia.  Un  diplôme  du  roi 
Philippe  1'=',  délivré  avant  le  4  août  1065,  céda  en 
outre  aux  moines  la  dixième  partie  des  taxes  levées 
au  marché  de  Châlons.  Roger  II  avait  fait  venir  des 
chanoines  réguliers;  il  la  plaça  sous  les  vocables  de 
Notre-Dame  et  de  Tous-les-saints.  Les  évêques  de 
Troyes  portèrent  constamment  un  grand  intérêt  à 
cette  maison  :  l'évêque  Hatton  lui  céda  une  cure  de 
son  diocèse.  C'était  une  abbaye  très  riche.  Cinq 
prieurés  en  relevaient.  Les  moines  étaient  fréquem- 
ment en  conflit  avec  le  chapitre  de  la  cathédrale  : 
cette  hostilité  latente  donna  lieu  en  1344  à  une  scène 
scandaleuse  au  cours  de  la  procession  traditionnelle  du 
mardi  de  la  Pentecôte.  Le  pape  excommunia  l'abbaye, 
sentence  qui  ne  fut  levée  qu'en  1350.  En  1392,  l'ab- 
baye, située  alors  extra  muros,  fut  brûlée  par  les  An- 
glais; elle  fut  reconstruite  en  1544  à  l'intérieur  de  la 
cité.  La  réforme  y  fut  introduite  en  1644  :  elle  fut 
rattachée  à  la  congrégation  de  Ste-Geneviève  (abbé 
Lalore,  Chartes  de  Toussaints;  chan.  Prévost,  Le  dio- 


305 


CHALOiNS-S 


UR-MARNE 


30G 


cèse  de  Troyes,  i,  1923,  p.  74;  U.  Robert,  Charte  de 
S.  Bernard,  dans  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  xxxviii, 
1876,  p.  238). 

Le  chapitre  de  S.-Étienne  partageait  avec  l'évêque 
et  les  deux  abbayes  précitées  la  juridiction  de  la  ville. 
Nous  avons  déjà  vu  l'origine  et  le  développement  de 
sa  puissance. 

Nous  avons  dit  également  comment  l'évêque  avait 
acquis  l'ensemble  des  pouvoirs  comtaux  dans  sa  cité 
épiscopale  et  nous  avons  décrit  cette  «  absorption  du 
comitatus  par  l'episcopatus  »  qui  se  produisit  vers  la  fln 
du  x«  s.  Le  «  ban  de  l'évêque  »  comprenait  la  portion  du 
territoire  de  la  ville  correspondant  à  l'ancienne  civitas 
gallo-romaine.  A  l'intérieur  de  celle-ci,  l'évêque  exer- 
çait seul  les  droits  régaliens.  Afin  de  pourvoir  à  l'admi- 
nistration de  la  cité,  il  déléguait  l'exercice  de  son  pou- 
voir temporel  à  un  vidame.  L'existence  de  cet  ofTicier 
est  certaine,  dès  1062  au  moins.  L'évêque  lui  abandon- 
nait certains  droits  utiles,  notamment  une  partie  des 
taxes  de  formariage  et  de  mainmorte  levées  sur  les 
serfs,  ou  hommes  de  corps  épiscopaux. 

Quelle  fut,  dans  leur  cité  épiscopale,  la  politique  des 
évêques  de  Châlons?  Nous  connaissons  seulement  leur 
attitude  à  l'égard  du  mouvement  communaliste,  sans 
pouvoir  dire,  d'ailleurs,  si  cette  attitude  fut  constante  : 
vers  1146,  l'évêque  Gui  s'oppose  à  l'établissement 
d'une  commune  à  Châlons,  sous  prétexte  que  des 
droits  régaliens  lui  ont  été  délégués  (cf.  Mlle  Maillet, 
Les  classes  rurales  dans  la  région  marnaise,  S.-Dizier, 
1921,  p.  66).  Luchaire  cite  une  déclaration  d'un 
évêque  de  Châlons  qui  se  réjouit  de  constater  que  «  la 
fraternité  frauduleuse  »  des  bourgeois  de  sa  cité  n'a  eu 
qu'une  existence  éphémère  (Les  communes,  Paris, 
1890,  p.  240;  voir  aussi  :  P.  Pélicier,  Deux  lettres  de 
l'an  1255  relatives  à  V intervention  de  S.  Louis  dans  les 
démêlés  de  l'évêque  avec  les  bourgeois  de  Châlons,  dans 
Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture,  sciences  et  arts  de  la 
Marne,  1892,  p.  23).  En  matière  sociale,  Philippe  VI 
contesta  aux  évêques  de  Châlons  le  principe  d'une 
autorité  sur  les  collèges  d'artisans,  mais  les  évêques 
n'abdiquèrent  jamais  leurs  prétentions  à  cet  égard 
(cf.  Coornaert,  Les  corporations  en  France  avant  1789, 
Paris,  1941,  p.  98).  Ils  faisaient  bénéficier  les  pauvres 
d'une  immunité  fiscale  sur  le  marché  de  la  ville 
(cf.  A.  de  Barthélémy,  dans  Rev.  de  Champagne  et  de 
Brie,  1882,  p.  504).  La  juiverie  de  Châlons  fut,  elle 
aussi,  une  cause  de  conflit  entre  la  royauté  et  les 
évêques  de  Châlons.  Ceux-ci  prétendaient  que  les 
Juifs  étaient  leurs  hommes  et,  à  ce  titre,  revendi- 
quaient leurs  biens,  confisqués  au  xiv"  s.  au  profit  du 
trésor  royal.  Un  procès  était  pendant  en  1314  au  par- 
lement de  Paris.  Dans  le  dessein,  sans  doute,  de  par- 
venir à  un  arrangement,  Philippe  le  Bel  fil,  à  cette 
date,  donation  à  l'évêque  du  cimetière  juif  de  Châlons 
(cf.  Rev.  des  études  juives,  ii,  72  et  xviii,  269). 

II.  Établissements  ecclésiastiques.  — -  1°  Les 
églises.  —  Il  semble  bien  que  les  églises  suburbaines 
soient  plus  anciennes  que  la  cathédrale  de  la  civitas. 
La  basilique  S.-Memmie,  dont  Grégoire  de  Tours  si- 
gnale l'existence  dans  le  suburbium,  ne  se  trouve  pas 
parmi  les  treize  églises  que  comptait  Châlons  à  la 
veille  de  la  Révolution,  comme  en  1362  (cf.  un  docu- 
ment pontifical  de  cette  date  publié  dans  Rev.  de 
Champagne  et  de  Brie,  1881,  p.  365).  En  revanche, 
S. -André  s'y  retrouvait,  mais  sous  le  vocable  de 
S.  Alpin  :  reconstruite  au  xii«  s.,  cette  église  est  tou- 
jours debout,  avec  son  chevet  du  xvi«  et  ses  beaux 
vitraux  (Mgr  Hurault,  Les  vitraux  de  S.-Alpin,  s.  d.). 
—  L'église  S. -Jean  est  actuellement  la  plus  ancienne, 
avec  sa  nef  qu'on  date  du  milieu  du  xp  s.;  sa  façade 
occidentale  est  du  xi\'*.  —  N.-D. -en-Vaux,  la  plus 
belle,  possédait,  avant  la  Révolution,  cinq  flèches  et, 
malgré  l'amputation  qu'elle  a  subie,  elle  reste  un  ma- 


gnifique chef-d'œuvre  de  l'art  champenois,  fortement 
influencé  par  les  écoles  rhénanes.  En  1107,  une  bulle 
de  Pascal  II  la  qualifie  «  église  et  paroisse  »;  elle  for- 
mait alors  un  édifice  roman,  qui  se  retrouve  pour 
partie  dans  l'édifice  actuel;  au  milieu  du  xii«  s.,  elle 
fut  reconstruite;  dans  sa  forme  nouvelle,  elle  servit  de 
modèle  pour  voûter  le  chevet  de  S.-Remi  de  Reims 
(cf.  L.  Demaison,  Les  chevets  de  N.-D.  de  Châlons  et  de 
S.-Remi  de  Reims,  dans  Bull,  archéol.,  1899,  p.  84  sq.; 
Richard  Hamann,  Geschichte  der  Kunst,  Berlin,  1933, 
p.  204,  en  donne  une  excellente  photographie).  Le 
chœur,  comme  dans  les  églises  de  l'école  germanique, 
est  cantonné  par  deux  clochers;  l'église  possède  un 
carillon  important.  On  a  relevé  des  influences  nor- 
mandes dans  l'architecture  de  ce  monument  (cf.  M. 
Anfray,  L'architecture  normande,  son  influence  dans  le 
nord  de  la  France  aux  x/«  et  xii"  s.,  Paris,  1939  et 
discussion  de  cette  thèse  dans  La  Semaine  religieuse 
de  Châlons,  21  oct.  1949  et  18  nov.  1949).  Les  verrières 
racontent  la  vie  de  S.  Jacques.  N.-D. -en-Vaux  était 
desservie  par  un  collège  de  chanoines,  qui  ne  furent 
jamais  plus  de  dix  :  en  1114,  ils  étaient  six;  en  1159, 
Alexandre  III  permit  d'en  augmenter  le  nombre 
(chan.  Hubert,  N.-D. -en-Vaux,  Épernay,  1941).  Ils 
étaient  très  fiers  d'avoir  la  garde  du  «  Saint  Nom- 
bril ».  Quand  Noailles  supprima  cette  dévotion  bizarre, 
il  se  heurta  à  une  vive  opposition  :  un  mémoire  des 
chanoines  protestant  contre  cette  mesure  fut  imprimé 
et  distribué  (1707).  —  La  cathédrale,  dédiée  à  S. 
Étienne,  fut  consacrée  par  le  pape  Eugène  III  en 
1147,  mais  elle  fut  presque  entièrement  reconstruite 
de  1230  à  1280  (V.  Mortel  et  P.  Deschamps,  Recueil 
de  textes  relatifs  à  l'histoire  de  l'architecture,  ii,  109-11). 
Elle  n'a  certes  pas  la  réputation  de  ses  sœurs  de 
Reims,  Beauvais,  Coutances  ou  Chartres,  mais  elle 
n'est  pas  sans  beauté  (cf.  Mlle  G.  Maillet,  La  cathé- 
drale de  Châlons-s.- Marne,  Paris,  1946). 

Des  autres  églises  châlonnaises,  sept  furent  suppri- 
mées, vendues  et  détruites  sous  la  Révolution  :  Ste- 
Catherine,  S.-Éloi,  Ste-Marguerite,  qui  se  trouvaient 
toutes  les  trois  dans  la  même  rue,  S.-Sulpice,  S.  Ni- 
caise,  S.  Antoine  (cf.  une  note  sur  cette  église  dans 
Rev.  de  Champagne  et  de  Brie,  1886,  p.  239),  La  Trinité, 
collégiale  qui  n'était  séparée  de  la  cathédrale  que  par 
une  ruelle  (cf.  L.  Grignon,  L'ancien  orgue  de  l'église  de 
La  Trinité,  ibid.,  1882,  p.  311).  Il  y  avait  donc  deux 
collégiales  à  Châlons;  il  fut  un  temps  où  il  y  en  avait 
une  troisième  :  S. -Nicolas,  mais  elle  fut  réunie  à  La 
Trinité  au  xiii«  s.  (L.  de  Barthélémy,  Diocèse  ancien  de 
Châlons,  i,  118).  Une  autre  église,  S. -Germain,  située 
à  proximité  de  Notre-Dame  et  de  S.-Alpin,  avait  été 
supprimée,  d'accord  avec  l'évêque,  quelques  années 
avant  la  Révolution  (cf.  L.  Grignon,  Reliques  des 
églises  S.- Germain  et  S. -Antoine,  dans  Rev.  de  Cham- 
pagne et  de  Brie,  1881,  p.  387).  Sauf  La  Trinité, 
c'étaient  des  édifices  peu  importants.  Des  «  treize  » 
églises  de  naguère,  il  ne  reste  donc  que  la  cathédrale, 
Notre-Dame,  S.-Alpin,  S. -Jean,  et  S. -Loup,  érigée 
en  paroisse  en  1245  —  l'édifice  actuel  a  été  commencé 
vers  1400  (cf.  L.  Grignon,  Historique  et  description  de 
l'église  et  paroisse  S.-Loup  de  Châlons-sur-Marne, 
ibid.,  1880,  p.  150).  La  construction  récente  de  Ste- 
Pudentienne  ne  peut,  de  toute  évidence,  compenser 
les  pertes.  On  a  découvert  récemment  des  vestiges  de 
l'église  S.-Sulpice  (cf.  La  Croix  de  Paris,  du  30  nov. 
1946). 

Les  églises  de  Châlons  sont  riches  en  beaux  vitraux. 
Nous  avons  signalé  ceux  de  S.-Alpin,  dont  l'un  montre 
le  curieux  symbole  de  la  «  Vierge  à  la  Fontaine  »  (cf. 
M.  Vloberg,  La  Vierge,  notre  médiatrice,  p.  141).  Ceux 
de  la  cathédrale  ont  été  «  découverts  »  aux  alentours  de 
1900.  Le  plus  remarquable  est  celui  qui  représente  la 
«  Vision  du  prêtre  Lucius  »  (cf.  G.  Maillet,  Les  vitrauxde 


307 


}  1  A  H  )  i\  s-  S  LJ  K-  M  A  K  N  )■. 


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Châlons,  Châlons,  1925;  un  vitrail  représentant  1 
l'église  se  trouve  rei)roduit  dans  le  livre  de  P.  Ladoué,  \ 
Clochers,  p.  121;  un  autre,  qui  montre  la  synagogue 
portant  la  couronne  d'épines,  instrument  du  supplice 
de  Jésus,  est  l'objet  d'une  note  dans  la  Rco.  des 
études  juives,  xlvii,  189).  Les  vitraux  sont  pour  la 
plupart  des  vitraux  romans  (cf.  Les  vitraux  romans 
de  la  cathédrale  de  Châlons,  dans  La  Semaine  religieuse 
du  2  dée.  1949). 

2»  Religieux.  —  Nous  avons  parlé  des  aljbayes  de  [ 
l'oussaints  et  de  S.-Pierre-aux-Monts;  c'étaient  les 
deux  maisons  les  plus  importantes,  qui  abritaient, 
l'une  des  auguslins.  l'autre  des  bénédictins. 

Abbés  de  Toussaints  (d'après  Barthélémy).  -  -  Haine-  ■ 
vard,  1047.       Odoii,  1092.     -  Orbert,  li21.  -  Eus-  i 
tache,  1128.  — Kainibaud.  li;{5.      Pierre  I".  114.').  ! 
.Jacob  1",  1148.  —  Hugues-Hoger,  1174.    -  iMilon, 
1196.  —  Jacob  II,  1202.—  Gérard,  1213.      Pierre  II, 
1235.  —  Guillaume  I",  1259.  —  Clarin,  1280.  —  Pierre 
Eistres,  1299.  —  Henri-Gauthier,  1300.  —  Égide, 
1323.  —  Pierre  d'Antre,  1344.  —  Ferry  de  Beauseys, 
1369.  —  Pierre  IV,  1373.  —  Robert,  1373.  —  Michel, 
1384.  —  Guillaume  Braux,  1419.  —  Nicolas  de  Mailles,  1 
1433.  —  Michel  Joly,  1461.  —  Jean  le  Marmel,  1483.  ' 

—  Jacob  Lambesson,  1521.  —  Claude  de  Godet  de  Fa- 
rémont,  1557.  —  Antoine  Trusson,  1574.  —  Louis  de  j 
Clèves,  1609.  —  Jean  de  Clèves,  1619.  —  Charles  j 
de  Clèves.  —  Charles  Édeline,  1631.  —  J.  Lescot,  1656.  ' 

—  Antoine  Talon.  —  Arthur  Talon.  —  Joseph  Élian, 
1720.  —  Panage  le  Maître  de  Paravis,  1768.  —  N.  de 
Chamillard,  1789. 

Abbés  de  S. -Pierre  (d'après  Barthélémy).  —  Richard, 
t  1060.  —  Odilard,  1070.  —  Lambert,  1099.  —  War- 
nier,  1106.  —  Widon,1110.  —  Benoît,  1118.  —  Raoul, 
1129.  —  Hugues,  1140.  —  Louis,  1166.  —  Thomas, 
1187.  —  Pierre  de  Briei,  1192.  —  Guillaume-Roland, 
1213.  —  Jacob  I",  t  1298.  —  Walcher.  —  Jacob  II.  — 
Nicolas  de  Saint-Germain,  1240.  —  Théobald  I",  1266. 

—  Nicolas  II.  —  Théobald  II,  1287.  —  Jacob  de  Join-  j 
ville.  —  Othon  de  Poitiers.  —  Gérard  de  Podion.  —  I 
Jean  Charpentier,  1377.  —  Hugues  de  Villeneuve,  , 
1403.  —  Jean  de  Triancourt,  1421.  —  Thomas  de 
Bruères,  1446.  —  Jacob  Noisette,  1492.  —  Guillaume 
Piédieu,  1500.  —  Pierre  Ganisson,  1531.  —  Jérôme 
Bourgeois.  —  Cosme  Clausse,  1572.  —  Richelieu.  — 
Bichi,  1657.  —  Mazarin.  —  Pierre  de  Beauvilliers.  — 
Saint-Aignan,  1664.  —  Paul  de  Beauvilliers,  1671.  — 
Guillaume  de  Furstemberg.  —  François  de  Val- 
pergue  de  Mazin,  1680.  —  N.  de  Raigecourt,  1738-89. 

L'ordre  de  Cîteaux  avait  une  maison-refuge  à  Châ- 
lons, qui  porte,  aujourd'hui  encore,  le  nom  bizarre  de 
Haute- M  ère-Dieu;  elle  appartenait  à  l'abbaye  de 
Haute-Fontaine.  L'évêque  Guillaume  du  Perche 
(1210-26)  attire  en  1219  les  dominicains,  en  1224 
les  cordeliers,  en  1225  les  trinitaires  (ou  mathurins);  ce 
fut  dans  le  couvent  des  dominicains  que  se  donnèrent, 
au  xv«  s.,  les  représentations  des  mystères  qui  étaient 
très  en  vogue  à  Châlons;  ce  fut  aussi  dans  cette  maison 
que  se  tinrent  les  séances  de  la  chambre  du  parlement 
de  Paris  transférée  à  Châlons  en  1590-91,  puis,  jus- 
qu'en 1612,  celles  du  présidial.  Le  couvent  comptait 
huit  religieux  en  1789. 

Les  cordeliers  n'étaient  que  cinq  à  la  même  date; 
leur  maison  dépendait  de  la  custodie  de  Reims,  et  non 
de  la  custodie  de  Champagne  (cf.  Rev.  d'histoire  fran- 
ciscaine, 1926,  p.  233).  Dès  l'année  1225,  l'évcque  avait 
chargé  les  mathurins  de  desservir  un  hôpital  situé  hors 
de  Châlons,  entre  l'abbaye  de  Toussaints  (alors  dans 
une  île)  et  l'église  S.-Sulpice.  Ils  furent  placés  tout 
d'abord  sous  la  dépendance  de  l'abbé  de  Toussaints, 
([ui  leur  cétla  l'hôpital,  la  cha|)elle,  le  cimetière  el  le  ; 
clos  où  ils  s'installèrent.  A  la  suite  de  difficultés,  leur 
maison  fut  déclarée  indépendante  en  1257.  Leur  cou-  1 


vent  fut  à  peu  près  rase  au  temps  des  guen'es  de 
Charles-Quint.  Ces  religieux  faisaient  partie  d'un 
ordre  qui  se  consacrait  au  rachat  des  captifs  en  Barba- 
rie. Notons  à  ce  propos  que,  venant  de  Marseille,  les 
processions  de  captifs  libérés  passaient  par  Châlons 
(cf.  Motte,  L'Église  et  les  prisonniers,  Paris,  1942, 
p.  32).  L'un  de  ces  religieux,  le  P.  Bazire,  publia  en 
1668,  sous  le  titre  :  Tableau  de  piété  envers  les  captifs,  la 
relation  d'un  voyage  à  Tunis  et  à  Alger,  fait  en  1666  et 
1667  (cf.  L.  Grignon,  dans  Rev.  de  Champagne  et  de 
Brie,  1887,  p.  194).  Sur  le  couvent  des  mathurins  (ou 
trinitaires)  de  Châlons-s. -Marne,  on  peut  consulter  La 
Croix,  du  6  févr.  1947.  -  Les  ermites  de  S.-Augustin 
s'étaient  installés  en  1292  :  leur  couvent  était  situé 
presque  à  l'extrémité  des  rues  de  Chastillon  et  des 
.\ugustins.  11  y  avait  encore  six  religieux  et  un  frère 
convers  en  1790.  Les  templiers  possédaient,  depuis 
le  XIII»  s.,  un  établissement  dit  «  la  maison  de  Rhodes  «, 
entièrement  soustrait  à  la  juridiction  de  l'évêque.  Ils 
possédaient  également  une  foulerie,  qui  fut  l'occasion 
de  nombreux  litiges.  —  Des  frères  hospitaliers  dits 
Rillettes  étaient  établis  à  Châlons  depuis  l'épiscopat  de 
Guy  de  Joinville  (1164-90).  Après  avoir  été  soumis  à  la 
règle  de  S.  François,  ils  adoptèrent  la  règle  de 
S.  Augustin.  Ils  disparurent  en  1641.  —  La  même 
année  fut  supprimée  une  communauté  très  curieuse, 
celle  des  moines  mariés.  Il  s'agissait,  en  réalité,  d'une 
sorte  de  tiers  ordre,  dont  les  membres  soignaient  les 
aveugles.  —  Les  récollets  (ou  frères  mineurs  de  l'étroite 
observance)  s'étaient  installés  en  1610,  sous  l'épiscopat 
de  Cosme  Clausse.  Dans  la  seconde  moitié  du  xvii«  s., 
leur  maison  abritait  un  peintre  de  talent,  le  frère  Luc, 
qui  vécut  ensuite  au  Canada  et  dont  on  a  plusieurs 
toiles  à  la  chapelle  de  l'hospice  de  Sézanne.  En  1789, 
elle  comptait  11  religieux.  Leur  maison,  bâtie  au 
xviiF  s.,  fut  occupée  depuis  l'an  XIII  jusqu'en  1945 
par  les  religieuses  de  la  congrégation  N.-Dame  (J.  Ché- 
non.  Les  treize  couvents  du  vieux  Châlons,  dans  Alma- 
nach  Matot- Bruine,  1929,  p.  323).  —  Sous  l'Ancien 
Régime,  il  y  avait  à  (Châlons  un  prieuré  S. -Joseph  : 
les  bénédictines  qui  l'occupaient  dépendaient  de  l'ab- 
baye d'Avenay  (cf.  chan.  Lucot,  Le  prieuré  conventuel 
des  bénédictines  de  S.-Joseph  (1614-1788)  et  la  maison 
de  S.-Joseph  de  Châlons,  d'après  des  documents  origi- 
naux, Châlons,  1889. 

3°  Établissements  hospitaliers.  —  Selon  une  tradi- 
tion, il  n'y  aurait  pas  eu  moins  de  quinze  hôpitaux  à 
Châlons.  Il  est  certain  que  l'hôpital  S.-Étienne  existait 
en  920  :  le  chapitre  S.-Ètienne  en  avait  la  haute  direc- 
tion (cf.  Antoine  Héron  de  Villefosse,  Chartes  relatives 
à  l'hôpital  S.-Étienne  de  Châlons,  dans  Rev.  de  Cham- 
pagne et  de  Rrie,  1880,  p.  5).  —  L'hôpital  S.-Maur 
aurait  été  fondé  par  S.  Alpin.  En  réalité,  son  existence 
n'est  attestée  qu'à  partir  du  xii«  s.  Par  la  suite,  il  fut 
confié  aux  religieuses  du  Bon-Pasteur.  Rebâti  en  1594 
et  en  1645,  il  ne  servait  plus,  à  cette  époque,  qu'au 
logement  des  mendiants.  —  L'Hôtel-Dieu,  desservi 
par  des  trinitaires  et  par  des  religieuses,  existait  en 
1197.  Il  fut  rasé  en  1544,  à  cause  de  sa  situation  hors 
des  murs  du  faubourg  de  Marne.  —  L'hôpital  du 
S. -Esprit  existait  en  1224,  date  d'une  autorisation 
donnée  par  Innocent  IV  pour  l'érection  d'une  cha- 
pelle. Les  passants  et  malades  étrangers  y  étaient  soi- 
gnés par  des  religieux  et  des  religieuses.  Des  béguines 
y  furent  introduites  en  1539.  —  On  cite  encore  les 
maisons  de  Ste-Syre,  Ste-Pome,  S.-Liénard,  S. -Léger 
ou  des  Aveugles,  des  Dix-deniers.  —  Aux  xii«  el 
xiii«  s.,  l'abbaye  de  Toussaints  recevait  les  pestiférés, 
qui  furent  ensuite  soignés  à  la  maison  de  S. -Nicolas  à 
La  Neuville  (A.  Perret,  Les  hôpitaux  de  Châlons-s.- 
Marnc  jusqu'au  Wll"  s.,  dans  Positions  de  llièses  de 
l'École  des  chartes.  1946,  p.  123.) 

Un  arrêt  du  18  févr.  1616  réunit  au  «  grand  Hôtel- 


3U'J  CilALUiNs-S 

Dieu  'I,  c.-à-d.  à  l'hôpital  S.-Étienne,  tous  les  hôpitaux 
et  maisons  de  charité  de  la  ville.  L'hôpital  de  Châlons 
possède  de  très  riches  archives. 

4°  Enseignement.  —  Le  collège  de  Chàlons  fut  dirigé 
par  les  jésuites  de  1617  à  1763  (P.  Delattre,  Les  éta- 
blissements des  Jésuites  en  France  depuis  quatre  s., 
Wetteren,  1949,  fasc.  4,  cf.  Châlons;  sur  la  chapelle, 
Rev.  de  Champagne  et  de  Brie,  1897,  p.  140).  Après  leur 
expulsion,  il  fut  confié  à  des  prêtres  séculiers.  L'abbé  | 
Ménard,  qui  était  principal  en  1786,  fut  l'un  des  pro-  I 
moteurs  des  plantations  de  pins  en  Champagne  pouil-  I 
leuse  (cf.  L.  Aubry,  Origine  des  plantations  de  sapins  à  ! 
Soudron,  dans  Almanach  AI atot-B raine,  1913,  p.  179). 
Les  religieuses  de  la  congrégation  N.-D.-de-S. -Pierre  | 
Fourier  donnaient  l'instruction  aux  filles  (voir  Dio- 
cèse). On  y  comptait  jusqu'à  60  religieuses,  non  coni-  i 
prises  les  s(Kurs  converses.  —  Il  y  avait  également  des  | 
ursulines  et  des  dames-régentes  ou  nouvelles  catho- 
liques. Pour  la  fondation  et  les  débuts  du  séminaire, 
V.  infra.  A  la  veiUe  de  la  Révolution,  le  personnel  se 
réduisait  à  quatre  lazaristes  et  quatre  frères  lais.  Un 
petit  séminaire,  transféré,  après  un  incendie,  place 
des  Ursulines,  comptait  25  élèves  en  1785. 

III.  Événements  religieux.  —  Les  conciles  de 
Châlons  de  1113,  de  1115  et  de  1129  et  la  préparation 
de  la  seconde  croisade  par  S.  Bernard  en  1147  sont, 
semble-t-il,  les  événements  les  plus  saillants  de  l'his-  i 
toire  religieuse  de  la  ville  au  Moyen  Age.  Mansi 
(xx,  591)  cite  un  concile  de  Châlons  de  1084,  mais  le 
document  qu'il  publie  à  ce  sujet  prouve  que  cette 
assemblée  eut  lieu  sous  Louis  VI,  roi  de  France  à  partir 
de  1108  :  il  s'agit  donc,  vraisemblablement,  du  concile 
de  1113  (cf.  Hefele-Leclercq,  v,  286).  En  1115,  un  j 
concile  se  tient  à  Châlons  sous  la  présidence  du  car-  j 
dinal  légat  Conon  (ibid.,  549)  et,  en  1129,  un  autre, 
présidé  par  le  légat  Mathieu  d'Albano,  qui  est  réuni 
pour  trancher  le  ditîérend  mettant  aux  prises  Henri, 
évêque  de  Verdun,  et  ses  diocésains  qui  l'accusaient 
de  simonie. 

Pour  l'époque  moderne,  ou  ne  relève  pas  de  fait 
notable  jusqu'à  la  Révolution.  Le  16  brumaire  .an  II 
(6  nov.  1793),  les  statues  de  N.-D. -en-Vaux  sont  bri- 
sées; dix  jours  plus  tard,  ce  furent  de  nouvelles  scènes 
de  vandalisme  dans  cette  église  et  dans  les  autres. 
Il  y  eut  des  massacres  à  Châlons  en  sept.  1792,  mais 
aucun  prêtre  n'en  fut  victime  (Caron,  Les  massacres  de 
Septembre,  Paris,  1935,  p.  374  sq.).  Le  29  sept.  1789,  les 
religieux  de  l'abbaye  de  S. -Pierre  protestèrent  auprès 
de  la  Constituante  contre  les  menaces  visant  les 
moines  (Jean-E.-Godefroy,  Les  bénédictins  de  S. -Vanne 
et  la  Révolution,  Paris,  1918,  p.  93).  L'abbaye  de  S.- 
Pierre devint  «  maison  de  réunion  »  pour  les  moines 
(ibid.,  p.  140  sq.). 

En  l'an  II,  N.-D. -en-Vaux  devint  «  temple  de  la 
Raison  »  (cf.  É.  de  Barthélémy,  La  fête  de  l' inaugura- 
tion du  temple  de  la  Raison  à  Châlons,  dans  Rev.  de 
Champagne  et  de  Brie,  1888,  p.  349).  Il  semble  que  les 
fêtes  civiques  aient  eu  un  certain  succès  à  Châlons  : 
pour  figurer  la  déesse  Raison,  on  trouvait  dix  candi- 
dates (cf.  Souvenirs  d'un  vieux  Châlonnais,  dans 
Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture,  II''  sér.,  xvi,  281).  — 
En  1940,  tout  un  quartier  de  Châlons,  voisin  de 
N.-D. -en-Vaux,  a  été  détruit  :  aucune  église  n'a  été 
gravement  endommagée. 

La  cathédrale,  brûlée  six  fois  avant  1230,  une  sep- 
tième fois  en  1668,  reçut  une  torpille  en  mai  1940,  fut 
encadrée  par  dix  bombes,  le  16  juill.  1944,  qui  ébran- 
lèrent son  flanc  nord  (cf.  art.  de  P.  Labutte,  dans  La 
Croix  de  Paris,  du  25  août  1946). 

On  se  reportera  à  M.  G.  H.,  SS.  reriim  nteroiK,  i-2,  p.  XO.'Î. 
P.  (iarnier,  (^liàlon  (iiicien  et  iioiiiieaii,  payen  et  chrétien, 
depuis    son  origine  jusqu'en  1726,  éd.  .\ubert,  1865.  — 
■I.  Garinct,  ilisl.  de  l'église  cathédrale  de  Chàlons  et  de  son 


UK-AlARi\F.  :5JI) 

chapitre,  Chàlons,  1840.  —  Df  Barthélémy,  llisl.  tle  la 
ville  de  Châlons-sur-Marne,  Châlons,  1854;  2'  éd.,  1888.  — 
D'Hastel,  Hist.  de  la  ville  de  Chàlons  depuis  1789,  Châlons, 
1854.  —  Barbat,  Hist.  de  la  ville  de  Chàlons  et  de  ses  monu- 
ments, Châlons,  18G8,  2  vol.  —  De  Barthélémy,  Cartulaire 
de  l'évêché  et  du  chapitre  S.-Êtienne  de  Chàlons,  1853.  — 
A.  Aubert,  Notices  sur  les  chanoines  de  la  cathédrale  de 
Chàlons,  1871.  —  Anatole  et  Édouard  de  Barthélémy, 
Recueil  des  pierres  tombales  des  églises  et  couvents  de  Chàlons, 
Paris,  1888.  —  L.  Grignon,  Topographie  historique  de  la 
ville  de  Chàlons,  Chàlons,  1889.  —  P.  Pélicier,  Cartulaire  de 
S.-Êtienne  de  Chàlons,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture, 
1825,  p.  1-11.  —  L.  Demaison,  Les  églises  de  Chàlons,  Caen, 
1913.  -  -  Pithois,  Le  journal  d'un  jésuite  cliàlonnais  an 
XVII'' s.  (1637-80),  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture, 
XXI,  1925,  p.  345.  H.  Boullet,  Lu  vie  municipale  à  Chà- 
lons-sur-Marnc  sous  l'Assemblée  Con.stiluante  (mém.  ms., 
1922),  ms.  de  la  Bibl.  de  Châlons  1237.  -  Carrez,  //i.s7.  de 
l'abbé  Champenois  (curé  et  restanrateiir  de  N.-U. -en-Vaux, 
au  xix»  s.).  —  U.  Nicolas,  L'esprit  public  et  les  élections  dans 
le  déparlement  de  la  Marne  de  1790  à  l'an  VIIl,  Chàlons, 
1909.  —  Journal  de  Michel  Cochelet,  marguillier  de  S.-Jean 
de  Chàlons,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture,  II«  sér., 
XIII,  21 1  sq.  —  Chanoine  Gauroy,  Jeanne  d'Arc  à  Chàlons- 
sur-Marne,  Chàlons,  1947. 

il.  DIOCÈSE.  — •  I.  Assiette  géographique.  II.  Ori- 
gines chrétiennes.  III.  Les  évêques  de  Chàlons. 
IV.  Liste  épiscopale.  V.  Principaux  événements  reli- 
gieux. VI.  Le  diocèse  à  la  veille  de  la  Révolution. 
VII.  La  Révolution.  VIII.  Le  xix«  s.  et  l'époque 
contemporaine.  IX.  Établissements  religieux.  X.  Pèle- 
rinages. 

I.  Assiette  géographique.  —  Le  diocèse  actuel, 
qui  a  près  de  6  500  km^  est  tout  entier  compris  en 
(Champagne.  C'est  une  région  de  plaine,  pauvre  et 
sèche  au  centre  et  au  Sud,  humide  et  boisée  à  l'Est,  où, 
par  l'Argonne,  elle  touche  à  la  Lorraine,  et  qui,  à 
l'Ouest,  vient  buter  contre  la  Falaise  de  l'Ile-de- 
F'rance.  Le  diocèse  actuel  s'étend  sur  trois  régions 
naturelles  :  VArgonne,  au  Nord-Est,  dont  nous  venons 
d'indiquer  les  affinités  lorraines,  la  Champagne  pouil- 
leuse, au  centre  et  au  Sud  (Perthois),  la  Brie  champe- 
noise, dont  Sézanne  est  la  capitale,  à  l'Ouest.  Cette 
dernière  région  manquait  à  l'ancien  diocèse,  qui  s'éten- 
dait en  revanche  beaucoup  plus  au  Sud  sur  le  Voilage, 
par  où  il  touchait  au  plateau  de  Langres.  Les  trois 
régions  qui  composent  le  diocèse  actuel  sont  assez 
dissemblables  :  la  zone  centrale  est  crayeuse,  l'Ar- 
gonne et  la  Brie  sont  argileuses.  L'Argonne  est  «  un 
pâté  d'argile  que  les  eaux  ont  isolé  ».  Cette  composi- 
tion tripartite  vérifie  l'observation  de  Jean  Bruhnes  : 
«  La  Champagne  ne  s'est  jamais  suffi  à  elle-même... 
elle  n'a  développé  ses  prédispositions  qu'en  enve- 
loppant des  territoires  d'autres  régions  »  (Géogr. 
humaine  de  la  France,  i,  3;1).  L'expression  tradition- 
nelle «  Champagne  et  Brie  »  illustre  bien  cette  ob- 
servation. 

Il  est  admis  que  le  diocèse  de  Châlons  fut  établi  sur 
le  territoire  de  la  civitas  Catallaunorum;  toutefois,  à 
l'Est,  le  diocèse  comprit  dès  le  début  quelques  loca- 
lités situées  en  dehors  de  la  civitas  :  Ancerville,  Som- 
melonne,  Savonnières,  Couzances  et  Couzancelles.  Des 
origines  à  la  Révolution,  on  ne  voit  apparaître  aucune 
modification  territoriale.  Sous  l'Ancien  Régime,  le 
diocèse  comprenait  392  paroisses  réparties  en  quatre 
archidiaconés  :  Joinville  (qui  comprenait  2  doyennés  : 
Joinville  et  Perthes);  Astenay  (2  doyennés  :  Ste- 
Menehould  et  Possesse);  Chàlons  (3  doyennés  :  Châ- 
lons, Coole  et  Vitry-le-Château,  en  Perthois);  Vertus 
(un  seul  doyenné).  Le  doyenné  de  Châlons  était  de 
beaucoup  le  plus  petit  :  outre  Châlons,  il  ne  comptait 
que  29  paroisses. 

A  la  Révolution,  75  cures  de  l'ancien  diocèse  furent 
doiMiées  aux  diocèses  de  Verdun  et  de  l.angres.  F'n 
revanche,  le  diocèse  reçut,  quand  il  fut  reconstitué  en 
1824,  181  paroisses  des  diocèses  de  Reims,  Sens, 


31.3 


CHALONS-S 


UH-MAKNE 


314 


Soissons  et  Troyes.  Le  diocèse  nctiiel  comprend  donc 
498  paroisses. 

II.  Origines  chrétiennes.  —  Le  diocèse  de  Châ- 
lons  est  un  de  ceux  pour  lesquels  la  question  de 
l'apostolicité  a  été  le  plus  vivement  débattue.  Le 
premier  —  en  date  —  de  ses  historiens,  le  P.  Rapine 
(xvii«  s.),  accrédita  la  légende  de  S.  Memmie,  évangé- 
lisateur  et  premier  évêque  de  Chàlons,  envoyé  par 
S.  Pierre  en  Champagne.  Cette  thèse,  combattue  par  le 
P.  Lelong  {Biblioth.  histor.  de  la  France,  183),  par  les 
auteurs  de  la  Gallia  et  par  les  Bollandistes  {A.  S., 
août,  II,  15),  connut  cependant  un  grand  succès  au 
XIX*  s.,  grâce  aux  chanoines  Boitel,  Pannet  et  Lucot  : 
prédications,  discours,  vitraux  exaltèrent  à  l'envi  la 
mission  de  S.  Memmie  dont  on  précisait  la  date  à  une 
année  près  :  46  apr.  J.-C,  ce  qui  revient  à  dire  que 
Châlons  aurait  reçu  la  Bonne  Nouvelle  plusieurs  an- 
nées avant  Athènes.  On  donne  les  détails  les  plus  pré- 
cis sur  les  origines  de  S.  Memmie  que  l'on  proclame 
membre  de  l'illustre  gens  Memmia  et  parent  de 
Regulusl  En  réalité,  rien  de  tout  ceci  ne  résiste  à  un 
examen  critique  :  sauf  une  réserve,  exposée  ci-des- 
sous, le  catalogue  des  évêques  de  Châlons  étant  consi- 
déré comme  de  bon  aloi  (Duchesne,  m,  92  sq.),  on  ne 
peut  placer  l'épiscopat  de  S.  Memmie  avant  la  fin  du 
III»  s.,  sous  peine  de  se  heurter  à  une  énorme  lacune 
dans  la  succession  des  évêques  :  il  faudrait  supposer 
que  S.  Memmie  a  occupé  durant  quatre-vingts  ans  le 
siège  de  Chàlons  et  que  ses  deux  disciples,  S.  Donatien 
et  S.  Domitien,  venus  avec  lui  de  Rome,  ont  attendu 
au  moins  leur  centième  année  pour  recueillir  sa  succes- 
sion (cf.  J.  Leflon,  Hist.  de  l'Église  de  Reims  du  i"  au 
r«  s.,  Reims,  1942,  p.  90). 

A  ces  objections  tirées  de  l'histoire  locale  primitive 
s'ajoutent  diverses  considérations  portant  sur  les  con- 
ditions dans  lesquelles  a  pris  naissance  cette  légende. 
La  plus  ancienne  Vie  de  S.  Memmie  est  du  viii^  s.;  le 
nom  est  écrit  de  façons  très  différentes  :  Minimius, 
Mius,  Misonius,  Mangius.  Jusqu'au  P.  Rapine,  la 
tradition  est  incertaine  et  tous  les  anciens  bréviaires  de 
Châlons  attribuent  l'envoi  de  S.  Memmie  à  S.  Clément, 
c.-à-d.  après  la  mort  de  S.  Pierre.  (Sur  le  rôle  de  S. 
Memmie  en  Belgique,  à  Dînant  et  à  Namur,  cf.  Éd.  de 
Moreau,  Hisl.  de  l'Église  en  Belgique,  i,  2«  éd.,  p.  30.) 

Dans  la  préface  de  son  premier  ouvrage.  Rapine 
reconnaît  lui-même  que  sa  découverte  au  sujet  de 
S.  Memmie  a  vivement  peiné  les  vieux  Châlonnais. 
D'autre  part,  l'attachement  à  l'apostolicité  ne  fut  pas 
toujours  désintéressé  :  au  début  du  xviii«  s.,  il  s'agis- 
sait de  sauver  la  relique  du  Saint  Nombril,  conservée 
dans  l'église  Notre-Dame  depuis  1389  et  que  le  cardi- 
nal de  Noailles  venait  de  supprimer  (10  mai  1707),  au 
grand  scandale  de  certains  :  le  meilleur  moyen  de  dé- 
montrer l'authenticité  de  la  relique  n'était-il  pas  de 
reculer  le  plus  possible  dans  le  temps  l'introduction  du 
christianisme  à  Châlons?  C'est  ainsi  que,  dans  un  mé- 
moire, Pierre  Garnier,  curé  de  Férébrianges  (1 694-1 736), 
soutient  que  Châlons,  fondée  «  peu  après  le  déluge  » 
par  les  Cattes,  était  dotée  dès  le  i"  s.  apr.  J.-C.  de  sept 
titres  de  confréries  et  d'hôpitaux. 

Ces  élucubrations  étant  éliminées,  il  reste  que  la 
date  exacte  de  l'évangélisation  de  Châlons  et  de  sa 
région  n'est  pas  connue,  ce  dont  il  n'y  a  pas  lieu  de 
s'étonner;  on  s'accorde  pour  ne  pas  la  faire  remonter 
plus  haut  que  le  ni«  s.,  approximation  admise  pour 
toute  cette  région  du  nord-est  de  la  Gaule  (le  4''  évêque 
de  Reims,  Betause,  assiste  avec  son  diacre  Primogeni- 
tus  au  concile  d'Arles  de  314).  La  première  donnée 
chronologique  certaine  se  rapporte  au  9''  évêque, 
Amandinus,  qui  assista  en  461  au  concile  de  Tours. 
«  Cette  donnée,  écrit  Mgr  Duchesne,  permettrait  de 
remonter  à  peu  près  à  la  même  antiquité  qu'à  Sois- 
sons  ».  Or,  selon  le  même  auteur,  l'organisation  auto- 


nome de  cette  Église  remonterait  aux  environs  de 
l'an  300  (i,  14). 

Les  noms  des  six  successeurs  de  S.  Memmie  n'appa- 
raissent que  dans  la  Vita  S.  Memmii;  «  le  catalogue 
épiscopal  reproduisant  textuellement  ce  passage,  il  ne 
faut  accorder  aucune  créance  à  cette  liste  »  (Vercau- 
teren,  Étude  sur  les  o  civitales  »  de  la  Belgique  seconde, 
139).  A  partir  de  l'épiscopat  de  S.  Alpin,  nous  possé- 
dons quelques  certitudes  historiques.  On  a  de  ce  per- 
sonnage deux  biographies  :  la  première,  ancienne, 
mais  courte  et  sans  grand  intérêt,  la  seconde,  plus 
étendue,  mais  postérieure  à  867-68. 

III.  Les  évêques  de  Chalons.  —  L'évêque  de 
Châlons  était  l'un  des  personnages  les  plus  importants 
de  l'ancienne  monarchie,  de  sorte  qu'on  pourrait  écrire 
une  histoire  politique  des  évêques  de  Châlons.  Des 
liens  traditionnels,  dont  nous  ignorons  l'origine  en 
raison  de  leur  ancienneté,  rattachent  étroitement  le 
siège  de  Châlons  à  la  cour  de  France.  S.  Élaphe, 
17*  évêque,  est  un  des  familiers  de  Sigebert  I»'',  roi 
d'Austrasie;  il  meurt  en  580  en  Espagne  où  la  reine 
Brunehaut  l'avait  envoyé  comme  ambassadeur. 
Loup  II  vit  dans  l'intimité  de  Louis  le  Débonnaire; 
Willebert  fut  trésorier  du  même  prince.  Plus  tard, 
Roger  II  est  chargé  d'aller  demander  au  grand-duc  de 
Russie  la  main  de  sa  fille  Anne,  pour  Henri  I".  La  pré- 
sence à  la  tête  du  diocèse  de  prélats  engagés  si  avant 
dans  les  affaires  politiques  n'était  pas  sans  présenter 
quelques  inconvénients,  car  le  diocèse  se  ressentait  des 
querelles  des  grands.  D'autre  part,  les  évêques  négli- 
geaient parfois  leurs  fonctions  propres  :  en  1097, 
l'évêque  Philippe  s'adresse  à  l'évêque  d'Arras  et  le 
prie  de  venir  conférer  les  ordres  dans  sa  ville  épisco- 
pale;  «  les  affaires  dont  il  est  accablé  ne  lui  permettant 
pas  de  s'acquitter  de  ce  devoir  ».  Ajoutons  que  Châ- 
lons eut  —  mais  c'est  un  trait  commun  à  tous  les 
sièges  épiscopaux  —  ses  évêques  casqués  :  on  cite  le 
belliqueux  épiscopat  de  Gui  de  Joinville  (1164-90)  qui 
fit,  en  compagnie  de  l'évêque  de  Verdun,  le  siège  de 
Ste-Menehould. 

L'évêque  de  Châlons  était  l'un  des  grands  seigneurs 
terriens  de  France  :  il  était  même  suzerain  des  comtes 
de  Champagne  (en  ce  qui  concerne  la  châtellenie  de 
Bussy-le-Château)  (cf.  Longnon,  La  formalion  de 
l'unité  française).  A  la  fin  du  viii*  s.,  divers  diplômes 
nous  apprennent  que  les  rois  sécularisent  ])lusieurs 
domaines  de  l'Église  de  Châlons,  mais  il  est  probable 
que  les  biens  que  l'évêque  possédait  à  l'intérieur  de 
l'enceinte  ne  furent  pas  atteints  par  cette  mesure. 

L'évêque  de  Châlons  était  comte  de  sa  ville  épisco- 
pale.  Vers  la  fin  du  x«  s.,  on  assiste,  selon  l'expression 
de  M.  Vercauteren,  à  «  l'absorption  du  comitatus  par 
l'episcopatus  ».  Nous  avons  de  bonnes  raisons  de 
supposer  qu'il  existait  encore  un  comte  laïc  à  Châlons 
au  IX*  s.  Flach  écrit  (Les  origines  de  l'Ancienne 
France)  que  c'est  sous  l'épiscopat  de  Gibuin,  c.-à-d. 
dans  la  seconde  moitié  du  x*  s.,  que  l'évêque  de  Châ- 
lons acquit  l'ensemble  des  pouvoirs  comtaux  dans  la 
cité.  Cependant  aucun  texte  ne  peut  être  cité  à  l'ap- 
pui de  ces  dires,  et,  selon  toute  vraisemblance,  le  pas- 
sage des  pouvoirs  régaliens  aux  mains  de  l'évêque  ne 
s'est  pas  produit  aussi  rapidement  et  aussi  complète- 
ment que  le  pense  Flach.  Jusqu'au  milieu  du  x*  s.,  le 
comte  laïc  conserve  le  droit  de  prélever  une  part  des 
revenus  de  la  foire  et  du  marché  urbain,  droits  qui 
étaient  des  regalia.  Mais,  dans  le  courant  de  ce  siècle, 
son  autorité  disparaît  peu  à  peu  dans  la  cité.  Les 
évêques  prennent  le  titre  de  comtes,  avec  des  droits 
régaliens  qui  ne  seront  rachetés  par  le  roi  qu'en  1640, 
pour  la  somme  de  2  000  livres  (droits  sur  les  fouleries, 
la  jauge,  le  poids,  etc.).  Ils  battaient  monnaie,  perce- 
vaient les  tonlieux  :  le  29  déc.  1306,  à  l'époque  où  le 
roi,  après  un  affaiblissement  de  la  monnaie,  décide  un 


.Tjf)  CîTM.ONS-: 

retour  à  la  monnaie  de  S.  Louis,  un  des  sergents  de 
l'cvêque  de  Chàlons  est  pris  à  partie  au  moment  où, 
percevant  les  tonlieux,  il  en  exige  le  paiement  en 
bonne  monnaie.  Il  en  résulte  une  véritable  émeute. 

L'autorité  des  évêques  absorbe  pendant  plusieurs 
siècles  toute  autorité  à  Châlons.  Leur  titre  de  pair  de 
France  apparaît  pour  la  première  fois  en  1142  avec 
Gui  de  Montaigu.  La  cour  épiscopale  était  digne  d'un 
évêché  aussi  puissant.  Son  organisation  était  due, 
croit-on,  à  Gibuin  II  (vers  l'an  1000);  elle  comptait 
six  ecclésiastiques  et  six  laïques  (sans  doute  à  l'image 
des  douze  pairs).  On  y  voyait  un  maréchal,  un  cham- 
bellan, un  bouteiller,  un  maître  d'hôtel,  un  chapelain 
et  un  écuyer. 

En  face  de  l'évêque  se  dressait  une  autre  puissance, 
le  chapitre  de  S.-Étienne,  avec  lequel  il  était  presque 
continuellement  en  différend.  On  ne  sait  pas  exac- 
tement à  quelle  époque  une  communauté  de  chanoines 
fut  établie  dans  la  cité  de  Châlons.  Ce  fait  a  dû  se  pro- 
duire dans  la  première  moitié  du  ix»^  s.,  et,  plus  proba- 
blement, au  début  de  ce  siècle,  selon  l'hypothèse  de 
M.  Vercauteren. 

La  séparation  du  temporel  en  menses  capitulaire  et 
épiscopale  eut  lieu  assez  tôt  :  un  diplôme  de  Charles 
le  Chauve  du  17  avr.  850,  qui  confirme  une  donation 
faite  par  l'évêque  Loup  II  au  chapitre,  montre  que  la 
mense  canoniale  existait  à  cette  date.  Outre  certains 
biens  fonciers,  les  chanoines  possédaient  également, 
depuis  865,  les  revenus  de  l'atelier  monétaire  et  proba- 
blement les  droits  de  quai  et  de  passage  qui  se  perce- 
vaient le  long  des  rives  de  la  Marne.  Dans  le  suburbium, 
ils  étaient  propriétaires  de  l'église  N.-D. -en-Vaux. 
D'abord  assez  faiblement  organisé,  le  chapitre  se  forti- 
fia singulièrement  après  qu'il  eut  obtenu  la  constitu- 
tion de  son  ban  particulier,  qui  comprenait  le  cloître, 
les  maisons  des  chanoines,  l'Hôtel-Dieu,  etc.  En  1113, 
il  comptait,  indépendamment  des  huit  dignitaires,  le 
doyen,  les  quatre  archidiacres,  le  trésorier,  le  chantre 
et  le  sous-chantre,  quarante  chanoines;  en  1377,  on  y 
ajouta  deux  vicaires  perpétuels;  de  39  chanoines  et 
fiO  chapelains  en  1690,  le  chapitre  était  réduit  en  1789 
à  28  chanoines,  2  vicaires,  3  prêtres  habitués  et  2  vi- 
caires quart-prébendés.  Il  possédait  d'immenses  do- 
maines, une  justice,  une  police  (douze  francs-sergents). 

En  1246,  au  cours  d'un  conflit  entre  l'évêque  Geof- 
froy de  Grandpré  et  le  chapitre,  le  doyen  fit  suspendre 
l'ofïice  divin  dans  la  cathédrale.  En  1268,  l'évêque 
ayant,  de  sa  propre  autorité,  affranchi  quelques  serfs, 
le  doyen  fit  cesser  le  jeu  des  orgues,  obtint  du  prélat 
une  indemnité  de  1  100  livres  tournois  et  ne  fit  recom- 
mencer à  jouer  l'orgue  que  sur  une  bulle  du  pape,  en 
mars  1269.  En  1284,  nouvelle  querelle  avec  l'évêque, 
Jean  de  Châteauvillain.  Les  chanoines  étaient  soute- 
nus par  le  pape  Honorius  IV,  qui  avait  été  lui-même 
chanoine  de  Châlons  :  dès  son  avènement,  il  donna  à 
ses  anciens  confrères  deux  bulles  leur  reconnaissant  le 
droit  d'excommunier  ceux  qui  feraient  tort  à  l'église 
S.-Étienne  (c.-à-d.  la  cathédrale)  et  de  faire  arrêter  et 
punir  ceux,  clercs  ou  laïcs,  qui  commettraient  des 
crimes  dans  le  cloître.  L'évêque,  blessé  dans  sa  supré- 
matie, se  plaignit  au  parlement  et  au  roi  :  les  chanoines 
cessèrent  de  nouveau  l'office  divin.  Jean  de  Château- 
villain se  fit  ouvrir  de  force  la  cathédrale,  y  célébra  la 
messe,  mais  le  parlement  lui  donna  tort;  obsédé  de 
ces  perpétuelles  discussions,  il  s'éloigna  de  Châlons, 
mais,  ce  faisant,  il  n'échappait  pas  à  son  chapitre,  qui 
le  relança  en  lui  adressant  une  monition  des  plus 
sévères  pour  qu'il  eût  à  revenir  sur  son  siège  «  et  à 
cesser  de  mener  une  vie  vagabonde  »  (1295).  Ce  pé- 
nible conflit  ne  prit  fin  qu'en  1300.  Àu  xiv«  et  au 
xv"  s.,  les  pouvoirs  et  l'indépendance  du  chapitre  par 
rapjiort  à  l'autorité  épiscopale  ne  cessent  de  croître; 
en  1452,  le  parlement  permit  aux  chanoines  de  refuser 


UTH-MAHNI''.  .Tin 

le  serment  de  foi  et  hommage.  Il  y  eut  une  réaction  au 
I  xvi^  s.  et,  quand  les  chanoines  prétendirent  que  leur 
évêque  n'avait  ni  siège  ni  juridiction,  ni  autres  droits 
épiscopau.x  dans  l'église  cathédrale,  ni  séance  dans  le 
chapitre  et  qu'il  devait  être  considéré  par  eux  comme 
une  sorte  de  co-évêque,  le  parlement  de  Paris  leur 
donna  tort.  Cet  arrêt,  rendu  le  15  févr.  1564,  ne  mit 
pas  fin  au  conflit,  car  les  Mémoires  du  clergé  rapportent 
encore  trois  autres  décisions  postérieures  se  rapportant 
à  cette  querelle.  En  1690,  le  chapitre  de  Châlons,  de 
nouveau  en  conflit  avec  son  évêque,  demande  une 
consultation  à  tous  les  chapitres  de  France. 

IV.  Liste  épiscopale.  —  Memmius,  Donatianus, 
Domitianus,  Amabilis,  Desiderius,  Sanctissimus,  Pro- 
!  vinctus  (v.  supra).  — •  Alpinus  (v.  supra,  ii,  764,  et 
Dicl.  de  biogr.  Iranç.,  ii,  318;  en  plaçant  Alpinus  avant 
Amandinus,  nous  suivons  l'ordre  adopté  par  la  liste 
épiscopale).  —  Amandinus.  —  Florendus.  —  Provide- 
1  rius.  —  Productor.  —  Lupus  I"  (qui  assiste  en  535  au 
'  concile  de  Clermont;  cf.  Vacancard,  Études  d'histoire 
!  et  de  critique  religieuses,  P«  sér.,  p.  145;  il  serait  mort 
I  en  541  au  concile  d'Orléans).  —  Papio.  —  Eucharius 
1  (vers  577).  —  Teutmodus.  —  Elasius.  —  S.  Lumier 
i  (t  vers  595).  —  Félix  I"  (assista  en  627  au  concile  de 
I  Clichy).  —  Regnault  I".  —  Landebert.  —  Arnulfe 
I  (t  vers  665).  —  Berthoend  (vers  693).  —  Félix  II.  — 
j  Bladier  (vers  754).  —  Scaric  (vers  77)).  ■ —  Ricaire.  — 
I  Gillebaud  (vers  775).  —  Bovon  I"  (v.  supra,  x,  300).  — 
S.  Hildegrin  (qui  devait  évangéliser  la  Saxe  et  mourir 
à  Werden  le  20  juin  827).  —  Aderin.  —  Loup  II  (vers 
j  850).  —  Erchenraus  (vers  860).  —  Guillebert  (f  le 
2  janv.  878).  —  Bernon.  —  Rodoald.  —  Mancion 
I  (vers  900).  —  Letolde  (assista  en  909  au  concile  de 
Troslé,  près  de  Soissons).  —  Bovon  II  (917-47;  v. 
j  supra,  x,  301).  -—  Gibuin  l"  (947-98).  —  Gibuin  II 
(998-1001).  —  Gui  (1001-06).  —  Roger  I".  —  Ro- 
ger II.  —  Roger  III,  dit  de  Thuringe.  —  Philippe  de 
Champagne  (1094-1100).  —  Hugues  (1100-13).  — 
Guillaume   de   Champeaux  (1113-22).  —  Ebaldus 
(1122-25).  —  Albéric  de  Reims  (1125-27).  —  Erlebert 
(1127-30).  —  Geoffroy  (1131-42).  La  succession  de  ce 
dernier  donna  lieu  à  de  graves  incidents.  Le  roi  Louis 
le  Jeune  était  alors  en  guerre  avec  Thibaut  de  Cham- 
pagne; il  mit  opposition  aux  élections  et,  le  chapitre  de 
Châlons  ayant  passé  outre  à  la  défense,  il  refusa  l'in- 
vestiture à  l'élu  Guy  II  de  Montaigu,  cependant  que 
les  troupes  royales  occupaient  Chàlons  et  ravageaient 
tout.  A  ce  prélat  (1142-46)  succéda  Barthélémy  de 
Sentis  (1147-52)  qui  mourut  en  Terre  sainte. 

Viennent  ensuite  :  Aimon  de  Bazoches  (1153), 
V.  D.  H.  G.  E.,  i,  1191.  —  Bovon  (1153-61),  ibid.,  x, 
301.  —  Guy  de  Joinville  (1164-90).  —  Rotrou  du 
Perche  (1190-vers  1200).  —  Gérard  de  Doucy  (f  1210). 

—  Guillaume  II  du  Perche  (1210-26).  —  Philippe  II  de 
Nemours  (j  1236).  —  Geoffroy  de  Grandpré  (assiste  le 
13  mars  1239  à  l'autodafé  du  Mont-Aimé).  — 
Pierre  I"  de  Hans  (f  1261).  —  Conon  de  Vitry  (f  1270). 

—  Arnould  de  Loss  (ou  de  Loches)  (t  1273).  —  Rémy 
de  Somme-Tourbe.  —  Jean  I"  de  Châteauvillain 
(1285-1313).  —  Pierre  de  Latilly  (1313-27).  —  Simon 
de  Châteauvillain  (1327-vers  1331).  — -  Phihppe  III 
de  Melun  (1335-39).—  Jean  II  de  Mandevillain.  — 
Jean  III  de  Happe  (t  1350).  —  Regnault  II  (t  1356). 

—  Archambault  de  Lautrec  (t  vers  1390).  —  Charles 
de  Poitiers  (1390-1413).  —  Louis  de  Bar  (1413-20; 
V.  supra,  VI,  543  sq.).  —  Jean  de  Sarrebruck  (1420- 
38).  —  Jean  Tudert  (1439;  ne  vint  pas  à  Châlons). 
Guillaume  III  le  Tur  (1441-53).  —  Geoffroy  III  de 
S.-Géran  (f  1503).  —  Gilles  III  de  Luxembourg  (1503- 
35).  —  Robert  de  Lénoncourt  (1535-49).  —  Phi- 
lippe IV  de  Lénoncourt  (1550-56).  —  Jérôme  Bour- 
geois (1556-73).  —  Nicolas  Clausse  de  Marchaumont 
(1573-74).  -  ■  Cosme  Clausse  (1574-1624).  —  Henri 


I 


Il  7  (' lî  \  l,()NS-S 

Clausse  (1024-40).      Félix  Vialart  de  Hevsc  (l(;44-80). 
—  Louis-Antoine  de  Noailles  (108(1-95).  —  (}aston  de 
Noailles  (1096-1720).       Nicolas  de  Saulx-Tavannes  \ 
(1721-34).  —  Choiseul-Beauprc  (1734-63).  —  De  Jui- 
gné  (1764-81).  —  De  Clermont-Tonnerre  (1781-90). 

Pour  la  suite,  voir  col.  322  sq. 

V.  Principaux  événements  religieux.  —  Le 
supplice  de  nombreux  hérétiques  au  Mont-Aimé,  près 
de  Vertus,  autodafé  que  présida  l'évèque  Geoffroy  de 
Grandpré,  le  13  mai  1239,  est  l'événement  de  l'histoire 
du  diocèse  de  Châlons  au  Moyen  Age  qui  a  le  plus  mar- 
qué dans  la  mémoire  des  hommes.  Depuis  longtemps 
déjà,  l'hérésie  s'était  attaquée  au  diocèse.  Au  ix^  s., 
dans  l'abbaye  d'Orbais,  sise  dans  le  diocèse  de  Sois- 
sons,  mais  à  quelques  km.  seulement  de  la  frontière  du  . 
diocèse  de  Châlons,  le  moine  Gottescalc  enseigne  le 
prédestinatianisme.  Vers  l'an  1000,  les  manichéens,  i 
partis  de  Bulgarie,  se  manifestent  à  Orléans,  Châlons,  ; 
Liège,  Soissons.  Quelques  années  plus  tard,  les  sec-  j 
taires  pullulent  dans  le  diocèse  de  Châlons.  L'évèque 
consulte  Wazon  de  Liège  sur  les  mesures  à  prendre  :  il 
semble  que  la  population  était  «  enragée  »  contre  les 
hérétiques.  Or  l'évèque  jugeait  ces  sentiments  odieux 
(E.  Vacandard,  L' Inquisition,  Paris,  1907,  p.  41). 

C'est  une  hérésie  de  type  populaire.  A  Vertus,  un 
simple  paysan,  Leutard,  se  déclare  inspiré  de  l'Esprit- 
Saint,  renvoie  sa  femme  «  pour  obéir  au  précepte  évan- 
gélique  »,  brise  les  crucifix  et  se  fait  bien  voir  des  culti- 
vateurs en  leur  enseignant  qu'ils  ne  doivent  pas  la 
dîme.  Il  fait  un  choix  dans  les  Écritures,  disant  qu'il  ' 
ne  fallait  croire  qu'une  partie  de  ce  que  les  prophètes 
avaient  prêché.  L'évèque  de  Châlons,  Gibuin,  le  fait  , 
saisir  et  l'oblige  à  avancer  qu'il  ne  sait  rien  de  la  | 
doctrine  de  l'Église,  ce  qui  le  discrédite  aux  yeux  de  j 
ses  partisans.  "  Quand  il  se  vit  vaincu  et  abandonné  de  i 
ses  disciples,  ajoute  Raoul  Glaber,  il  se  jeta  la  tête  la  ' 
première  dans  un  puits  »  (Lavisse,  Hist.  de  France,  i 
II,  II«  part.,  p.  196).  Au  xii«  s.,  le  canton  de  Vertus  est 
de  nouveau  gagné  à  l'hérésie.  Cette  région  fut  le  ber-  ' 
ceau  de  la  secte  des  apostoliques,  contre  laquelle  lutta 
S.  Bernard.  I 

Beaucoup  de  Juifs  étaient  établis  au  Moyen  Age  à 
Vitry  en  Perthois,  pays  avoishiant  la  région  troyenne 
où  se  trouvait  une  juiverie  très  importante.  En  1321,  il 
y  eut  un  pogrom,  les  Juifs  étant  accusés  d'avoir  pro-  i 
pagé  la  peste  en  empoisonnant  les  fontaines. 

Au  xvi«  s.,  le  diocèse  fut  très  troublé  par  la  Ré- 
forme. La  région  de  Wassy  —  alors  du  diocèse  de  (;;hâ-  j 
Ions,  aujourd'hui  rattachée  à  Langres  —  fut  parti- 
culièrement atteinte.  C'est  là  que  se  produisit,  le  ! 
1"  mars  1562,  le  massacre  qui  inaugura  les  guerres  de 
religion  en  France.  Peu  avant  cet  incident,  l'évèque  de 
Châlons,  Jérôme  Bourgeois,  très  zélé  contre  l'hérésie, 
avait  été  chargé  par  Antoinette  de  Bourbon,  la  mère 
des  Guise,  de  ramener  à  l'orthodoxie  les  habitants  de  ' 
Wassy  dont  beaucoup  s'étaient  donnés  à  la  Réforme.  ! 
Il  s'y  était  rendu  avec  un  moine,  mais,  à  la  suite  d'une  ! 
sorte  de  joute  théologique,  il  avait  dû  se  retirer.  Déjà,  | 
en  déc.  1561,  il  avait  eu  à  Troyes  une  discussion  pu- 
bUque  avec  Jean  Gravelle,  pasteur  de  Dreux,  qui 
avait  tourné  au  désavantage  de  l'évèque.  A  cette  j 
époque,  quoique  en  minorité,  les  calvinistes  étaient 
très  agissants  à  Châlons  (Lavisse  s'avance  trop  en 
disant  qu'ils  en  étaient  les  maîtres).  L'évèque  Bour- 
geois avait  fait  garder  en  1561  par  des  soldats  la  rue 
S.-Martin  où  devait  se  tenir  un  prêche  et,  de  concert 
avec  les  échcvins,  il  avait  obtenu  du  roi  que  les  protes- 
tants ne  pourraient  plus  servir  à  la  garde  des  remparts 
et  des  portes,  mais  qu'ils  seraient  tenus  de  payer  un 
impôt  spécial,  pour  compenser  cette  exemption. 

Le  Perthois  (région  de  Vitry)  est  la  partie  du  diocèse  \ 
où  l'hérésie  avait  fait  le  plus  de  progrès  (cf.  G.  Hérelle,  ' 
Documents  inédits  sur  te  protestantisme  ù  Vitnj-le- 


M?-MAI{\K  .'M  S 

François,  Épensv,  Heillz-lc-Maurupi ,  Nettancourt  et 
Wassy,  dans  Soc.  des  sciences  et  arts  de  V il ry-le- Fran- 
çois, xxvi,  1907,  p.  1).  Vitry  est  une  position-carrefour, 
ouverte  aux  influences  convergentes.  Dès  1524,  un 
certain  Jean  Châtelain,  venu  de  Lorraine,  dénonce 
avec  hardiesse  les  abus  de  l'Église  romaine  à  Vitry; 
l'année  suivante,  il  est  brûlé  à  Metz  (R.  Crozet,  Le  pro- 
testantisme et  la  Ligue  à  Vitry-le-François  et  en  Per- 
thois, dans  Rev.  historique,  clvi,  1).  En  1554,  les  réfor- 
més de  Vitry-le-François  attaquent  l'abbaye  S.-Martin 
de  Huiron,  pour  y  enlever  des  reliques.  Ce  sont  les 
Guise,  maîtres  de  la  région,  par  leurs  terres  de  Join- 
ville  et  d'Éclaron,  qui  prirent  l'initiative  de  la  répres- 
sion. Dès  1559,  le  cardinal  de  Lorraine,  entreprend 
d'extirper  l'hérésie  de  S.-Dizier  et  de  la  région  environ- 
nante. L'un  des  agents  les  plus  actifs  de  cette  répres- 
sion fut  un  procureur  du  roi  appelé  Léonard  Bernard 
(ou  Bernacle)  qui  se  fit  redouter  par  sa  brutalité,  tant 
à  S.-Dizier  qu'à  Vitry-le-François.  Le  milieu  protes- 
tant de  Vitry  se  recrutait  parmi  les  gens  les  plus  puis- 
sants, les  plus  riches  et  les  plus  cultivés. 

Le  diocèse  ne  fut  pas  épargné  par  les  troubles  de  la 
Ligue  :  Joinville  était  l'un  des  bastions  des  Guise.  En 
1585,  Guise  s'empara  de  Vitry  et  de  Châlons.  La  ville 
était  restée  fidèle  au  roi,  et,  par  la  suite,  l'évèque 
Cosme  Clausse,  ligueur  convaincu,  reçut  interdiction 
d'y  rentrer.  (Châlons  était  le  refuge  des  royalistes 
troyens  exilés  (Henri  de  la  Perrière,  Nicolas  de  Haut, 
1927,  ]).  49).  i.e  1'''  mai  1589,  le  roi  installe  à  Châlons 
une  chambre  du  iiarlement  de  Paris.  Ces  événements 
sont  un  épisode  de  la  rivalité  traditionnelle  entre  Vitry 
et  Châlons  :  Vitry  fait  figure  de  ville  rebelle  et  Châlons 
de  ville  fidèle. 

Guerres  et  troubles  laissaient  le  diocèse  dans  un  état 
très  fâcheux  d'où  le  tirèrent  les  épiscopats  réparateurs 
du  xviii=  s.  Celui  de  l'évèque  Cosme  Clausse  (1574-1024) 
les  inaugure  :  ce  prélat,  malheureusement  compromis 
par  la  politique,  fut  en  effet  un  évêque  très  zélé,  qui 
fonda,  dans  son  diocèse,  de  nombreuses  maisons  reli- 
gieuses. Il  favorisa  la  fondation  à  Châlons,  en  1614,  du 
premier  établissement  de  la  congrégation  N.-D.  de 
S.  Pierre  Fourier  qui  ait  été  institué  hors  du  duché  de 
Lorraine,  où  la  congrégation  avait  pris  naissance  (cf. 
L.  Pingaud,  >S.  Pierre  Fourier,  Paris,  1898,  p.  64).  Mais 
c'est  surtout  l'épiscopat  de  Vialart  (1644-80)  qui  régé- 
néra moralement  le  diocèse.  Formé  par  S.  Vincent  de 
Paul,  ce  prélat,  qui  avait  reçu,  tout  jeune,  la  bénédic- 
tion de  S.  François  de  Sales,  était  un  assidu  des  «  Con- 
férences du  mardi  ».  Cousin  de  M.  Olier,  il  avait  été  son 
collaborateur.  En  1658,  1664  et  1665,  il  organise  des 
missions  générales,  confiées  aux  oratoriens,  aux  jé- 
suites, ou  à  la  congrégation  de  S.  Jean  Eudes  (Malart 
devait  à  S.  Jean  Eudes  son  élévation  à  l'épiscopat  ; 
cf.  Boulay,  Vie  de  S.  Jean  Eudes,  m,  Paris,  1907, 
p.  463).  En  1658,  les  missions  de  "Wassy  et  de  Holmoru 
(aujourd'hui  Heiltz-le-Maurupt)  furent  de  magni- 
fiques manifestations  religieuses  (cf.  Claude-Pierre 
Goujet,  La  Vie  de  Messire  Vialart;  E.  de  Barthélémy, 
Un  évêque  de  Châlons  sous  Louis  XIV,  Châlons,  1856; 
Gazier,  Les  dernières  années  du  cardinal  de  Retz).  Le 
diocèse  avait  beaucoup  souffert  des  guerres  et  de  la 
Fronde  :  c'est  lui  qui  fut  l'un  des  premiers  à  bénéficier 
de  l'action  charitable  des  filles  de  S. -Vincent  de  Paul. 
Dès  1653,  ce  dernier  les  installe  à  Châlons,  à  la 
demande  de  la  reine,  avec  mission  de  soigner  les 
blessés  militaires  (M.  Coste,  Le  grand  saint  du  Grand 
siècle,  passim).  En  revanche,  le  nom  de  Châlons  ne 
figure  pas  sur  la  liste  des  villes  où  des  Compagnies  du 
S. -Sacrement  furent  établies  par  celle  de  Paris  (cf. 
liste  dressée  par  dom  H.  Bcauchet-Filleau,  Annales  de 
la  Compagnie  du  S. -Sacrement,  Marseille,  1902). 

Louis  et  Ciaston  de  Noailles,  qui  ont  les  honneurs 
des  Mémoires  de  Saint-Simon,  furent  do  bons  évô- 


319 


CHALONS-S 


UR-MARNE 


320 


ques.  Louis-Antoine  (1680-05)  était  appelé  à  devenir 
archevêque  de  Paris  et  cardinal.  Il  avait  porté  sur  le 
siège  de  Châlons  «  son  innocence  baptismale  ».  Saint- 
Simon  le  loue  d'avoir  gardé  «  une  résidence  exacte  »  et 
d'avoir  été  «  uniquement  appliqué  aux  visites,  au  gou- 
vernement de  son  diocèse  et  à  toutes  sortes  de  bonnes 
œuvres  »  (cf.  Barthélémy,  Le  cardinal  de  Noailles, 
Paris,  1883).  Son  frère,  Gaston,  qui  lui  succéda  (1696- 
1720),  était  «  un  prélat  d'un  grand  exemple,  d'une 
grande  piété  et  d'une  grande  fermeté  contre  la  bulle 
Unigenitus.  Son  savoir  et  ses  lumières  étaient  mé- 
diocres ».  Il  fonda  l'établissement  du  Bon-Pasteur 
pour  les  filles  repenties. 

A  la  révocation  de  l'Édit  de  Nantes,  la  plupart  des 
protestants  du  diocèse  se  retirèrent  en  Westphalie. 
Une  colonie  se  fixa  à  Francfort-sur-l'Oder.  Malheu- 
reusement, l'hérésie  janséniste  fit,  à  cette  époque  et  à 
l'époque  suivante,  d'immenses  ravages  dans  le  dio- 
cèse. L'évêque  Vialart  y  a  sa  part  de  responsabilité. 
L'abbaye  de  Hautefontaine,  près  de  Vitry,  était  un 
foyer  très  actif  où  se  trouvaient  des  presses  clandes- 
tines :  c'est  là  qu'étaient  imprimées  les  fameuses 
Nouvelles  ecclésiastiques.  Sompuis  était  un  autre  foyer 
janséniste.  Cette  paroisse  avait  été  «  évangélisée  » 
(sic )  par  l'abbé  Paul  Collard  (de  la  famille  de  Royer- 
Collard)  (cf.  Gazier,  Hist.  générale  du  mouvement  jansé- 
niste, II,  244;  Rev.  d'hist.  ecclés.,  v,  96,  et  E.  Jovy, 
L'histoire  religieuse  de  Vitry  et  les  «  Nouvelles  ecclésias- 
tiques »,  dans  Bull,  de  la  Soc.  des  sciences  et  arts  de  Vi- 
try, XXI,  692).  «  Pour  le  diocèse  de  Châlons,  écrit 
M.  Dedieu,  l'énumération  [des  actes  d'appel  contre  la 
Constitution  ]  se  poursuit  dans  une  sorte  de  décor 
théâtral.  Nous  voyons  les  curés  des  divers  doyennés  se 
mettre  en  route  pour  Vitry-le-François,  Ste-Mene- 
hould,  Vitry-le-Château,  Vertus,  Coole,  Neuville-au- 
Pont,  Perthes,  Joinville,  Nettancourt,  Givry,  Wassy, 
S.-Dizier  et  donner  avec  enthousiasme  leur  acte  d'ap- 
pel, en  protestant  qu'ils  veulent  défendre  Quesnel  et 
son  livre  des  Réflexions  morales,  qui  a  pris  naissance, 
disaient-ils,  dans  ce  diocèse  et  qui  n'a  fait  que  du 
bien  ».  (Sur  la  pénétration  janséniste  dans  le  diocèse, 
voir  V Inventaire  de  la  coll.  Languet,  dans  Introduction 
aux  études  d'hist.  ecclés.  locale,  m,  535). 

Nicolas  de  Saulx-Tavannes  (1721-34)  tenta  de  ré- 
duire par  la  douceur  l'opposition  janséniste,  mais  il 
n'obtint  que  de  maigres  résultats;  l'un  des  chefs  de  la 
résistance  était  l'austère  curé  de  Vitry-le-François, 
Jean  Le  Boucher,  célèbre  par  son  entêtement. 

En  1735,  le  diocèse  passa  aux  mains  de  Claude  de 
Choiseul-Beaupré,  aumônier  du  roi,  gallican  et  quelque 
peu  philosophe  (en  1748,  il  recevra  Voltaire  à  Sarry), 
qui  rappela  et  réintégra  les  curés  jansénistes  exilés;  il 
se  montra  très  hostile  aux  Jésuites.  Son  successeur, 
Juigné  (1764-81),  futur  archevêque  de  Paris,  suivra 
une  politique  opposée.  Ce  prélat,  très  attaché  à  ses 
devoirs  d'évêque,  était  d'une  charité  inépuisable. 
A  son  arrivée  dans  le  diocèse,  les  jansénistes  le  com- 
blèrent d'éloges,  mais  il  déçut  leurs  espérances.  Quand 
il  eut  établi  dans  son  diocèse  la  fête  de  S. -Vincent-de- 
Paul,  ils  déclarèrent  que  Juigné  était  «  aussi  imbu  de 
préventions  qu'aucun  évêque  constitutionnaire  ». 
Mgr  de  Juigné  fit  preuve  d'un  courage  et  d'un  dévoue- 
ment admirables  lors  de  l'incendie  de  S.-Dizier  en  1775 
(cf.  Pisani,  L'Église  de  Paris  sous  la  Révolution,  i, 
Paris,  1908,  p.  79). 

VI.  Le  diocèse  a  la  veille  de  la  Révolution.  — 
1°  L'évêque.  —  En  1789,  l'évêque  de  Châlons  était 
Anne-Antoine-Jules  de  Clermont-Tonnerre  (1781- 
1808).  Voici  comment  Sicard  {Les  évêques  avant  la 
Révolution,  Paris,  1912,  p.  95)  nous  présente  ce  per- 
sonnage dans  le  cadre  de  sa  cité  épiscopale  :  "  L'évêque 
de  Châlons,  M.  de  Clermont-Tonnerre,  n'est  pas  moins 
magnifique.  Il  passe  l'été  à  Sarry,  maison  de  campagne 


de  l'évêché,  et  n'a  qu'un  pied-à-terre  à  la  ville,  sur 
l'emplacement  même  de  la  maison  habitée  aujourd'hui 
par  l'archiprêtre.  Tous  les  dimanches  et  jours  de  fêtes, 
il  se  fait  porter  à  la  cathédrale  par  une  voiture  attelée 
de  quatre  chevaux  blancs.  Un  piqueur  se  tient  à 
chaque  portière.  Au  devant,  marche  un  de  ses  ofTiciers 
à  cheval,  portant  l'épée  nue,  pour  montrer  que 
l'évêque,  comte  de  Châlons,  a  droit  de  vie  et  de  mort. 
Il  est  reçu  à  l'entrée  de  la  ville.  M.  de  Clermont-Ton- 
nerre, qui  avait  rebâti  presque  entièrement  le  château 
de  Sarry,  se  disposait  à  en  faire  combler  les  fossés, 
quand  éclata  la  Révolution...  Châlons  était  une  des 
très  rares  villes  dépourvues  de  palais  épiscopal,  celui 
bâti  en  1469  par  Geoffroy  Soreau  s'étant  effondré  en 
1709,  et  celui  entrepris  à  cette  époque  par  Gaston 
de  Noailles  n'ayant  pas  été  achevé  »  (sur  le  cérémonial 
d'entrée  des  évêques,  cf.  L.  Grignon,  L'entrée  de 
quelques  évêques  à  Châlons,  dans  Rev.  de  Champagne  et 
de  Brie,  1884,  p.  83). 

2°  État  moral  du  diocèse.  — •  Il  nous  est  révélé  par 
les  comptes  rendus  des  visites  archidiaconales  : 
23  registres  sont  conservés  aux  archives  départemen- 
tales de  la  Marne,  qui  correspondent  aux  années  1696- 
1764.  Ils  ont  été  analysés  par  M.  Gabriel  Le  Bras  (dans 
Nouv.  rev.  de  Champagne  et  de  Brie,  1935).  D'après  ces 
documents,  le  nombre  des  non-pascalisants  ne  dépasse 
pas  10  %  pour  l'ensemble  du  diocèse.  Leurs  noms  nous 
sont  communiqués  :  ce  sont  surtout  des  bourgeois  et 
des  cabaretiers.  Il  y  a  peu  de  manifestations  de  piété; 
on  relève  beaucoup  de  négligence  dans  l'envoi  des 
enfants  au  catéchisme,  d'où  la  faiblesse  de  l'instruc- 
tion religieuse.  On  constate  d'assez  nombreuses  infrac- 
tions à  la  loi  du  dimanche,  et  l'on  se  plaint  de  la 
mollesse  des  pouvoirs  civils  qui  appliquent  sans 
rigueur  les  ordonnances  sur  la  fermeture  des  cabarets. 

3"  L'instruction.  —  Le  premier  essai  de  séminaire 
date  de  1572  :  l'évêque  Jérôme  Bourgeois  avait  décidé 
la  fondation  d'un  établissement  de  ce  genre  et  il  avait 
constitué  en  sa  faveur  une  rente  sur  ses  biens,  mais  il 
fallut  deux  arrêts  du  parlement  pour  contraindre  ses 
héritiers  à  fournir  les  sommes  nécessaires  à  l'acquisi- 
tion de  cette  rente  (arrêts  de  1591  et  de  1606).  Ce 
premier  séminaire  fut,  malheureusement,  absorbé  par 
le  collège  des  Jésuites.  En  1624,  Clausse  de  Marchau- 
mont  reprend  le  projet  :  il  demande  à  Bourdoise  douze 
prêtres  de  sa  communauté,  mais  il  ne  peut  en  obtenir 
que  deux  et  la  tentative  échoue.  Il  appartiendra  à  son 
successeur,  Vialart,  de  la  réaliser.  Dès  l'année  de  son 
installation,  il  achète  une  maison  à  Châlons  et  y  place 
des  prêtres  d'élite  auxquels  il  confie  les  aspirants  au 
sacerdoce;  en  1650,  il  obtient  en  faveur  de  son  sémi- 
naire des  lettres  patentes.  En  1660,  il  y  appelle  les 
Pères  de  la  Doctrine  chrétienne;  mais,  ces  religieux  ne 
lui  ayant  pas  témoigné  une  soumission  à  son  gré  suffi- 
sante, il  les  remplace,  en  1679,  par  des  oratoriens,  qui 
doivent  eux-mêmes  céder  la  place  à  des  lazaristes,  à  la 
suite  d'un  arrêt  du  5  sept.  1680,  qui  les  exclut  du 
séminaire.  On  s'inquiétait  des  tendances  jansénistes 
qui  régnaient  dans  cette  maison. 

Dans  son  ensemble,  le  clergé  paraît  honorable, 
sérieux,  niais  sans  ardeur.  Le  recrutement  sacerdotal 
était  suffisant  :  il  y  avait  environ  80  élèves  au  grand 
séminaire  en  1787.  Le  diocèse  se  suffisait.  Il  envoyait 
même  de  ses  prêtres  aux  diocèses  voisins  (Auxerre)  et 
surtout  à  Paris.  Du  7  avr.  1787  au  7  mars  1789,  Mgr  de 
Clermont-Tonnerre  ordonna  38  prêtres.  En  1790, 
7  prêtres  du  diocèse  de  Châlons  étaient  employés 
dans  le  ministère  à  Paris.  En  revanche,  quelques 
prêtres  des  diocèses  de  Trêves,  de  Coutances  et  de 
Besançon  étaient  incorporés  au  clergé  du  diocèse  de 
Châlons.  Ce  clergé  jouissait  en  grande  majorité  de 
l'estime  de  la  population. 

L'instruction  publique  était  développée.  On  comp- 


il 


(  Il  A  i,(»  \s-sr  n -  M  \  R  \  i-. 


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vil  1789,  37Î)  écoles  primaires  de  garçons  ou  écoles 
mixtes,  servant  aux  392  paroisses  du  diocèse.  Cent 
vingt  religieuses,  appartenant  à  quatre  congréga- 
tions différentes,  desservaient  95  écoles  gratuites  de 
filles.  Six  écoles  normales  formaient  des  maîtresses 
(abbé  Puiseux,  L'instruction  primaire  dans  le  diocèse 
ancien  de  Châlons-sur- Marne,  dans  Mém.  de  la  Soc. 
d'agriculture  de  la  Marne,  xxiv,  1880,  p.  305,  et  xxv, 
1882,  p.  231;  Maggiolo,  Les  écoles  dans  les  anciens 
diocèses  de  Châlons  et  de  Verdun  avant  1789,  dans  Rev. 
de  Champagne  et  de  Brie,  1881,  p.  237).  On  trouvait 
des  collèges  :  à  Châlons  (tenu  par  les  Jésuites,  de  1617  à 
1763),  à  Vitry-le-François  (Pères  de  la  Doctrine  chré- 
tienne, depuis  1665  :  8  professeurs,  tous  prêtres),  à 
Ste-Menehould,  à  Vertus  (collège  dirigé  par  les  bénédic- 
tins de  S. -Sauveur). 

4°  Confréries.  —  On  en  trouvait  dans  la  plupart  des 
paroisses  rurales.  A  Châlons,  il  y  en  avait  deux  :  celle 
de  S. -Jacques  de  Compostelle  et  celle  des  Frères  des 
Dix-deniers,  qui  accompagnaient  les  convois  des 
pauvres  et  soignaient  les  malades  :  ils  furent,  en  1616, 
attachés  à  l'Hôtel-Dieu.  —  A  Joinville,  la  confrérie  de 
la  Ste-Croix  groupait  hommes  et  femmes;  les  premiers 
portaient  un  sac  de  toile,  les  femmes  une  cape  de 
serge  noire. 

Nous  sommes  mal  informés  de  la  pénétration  des 
idées  nouvelles  à  la  veille  de  la  Révolution.  On  cite  le 
cas  de  Morelly,  régent  à  Vitry-le-François  qui,  dès  le 
milieu  du  xviii'^  s.,  prêche  le  communisme  dans  divers 
écrits  :  Le  prince,  ou  les  délices  du  cœur,  1751;  Le  code 
de  la  Nature,  1753.  A  la  fin  du  xvm»  s.,  il  y  avait  des 
prêches  à  Wassy,  Heilz-le-Maurupt,  au  Mesnil-Oger 
(G.  Hérelle,  Le  protestantisme  à  Vitry  (1596-1789), 
dans  Bull,  de  la  Soc.  des  science.'!  et  arts  de  Vitry-le- 
François,  XXII,  1904,  p.  3). 

VII.  La  Révolution.  —  La  Révolution  n'eut  pas, 
dans  la  Marne,  le  caractère  violent  qu'on  lui  connaît 
ailleurs.  Il  y  eut  des  incidents  à  Châlons,  lors  du  départ 
de  l'évèque,  Mgr  de  Clermont-Tonnerre,  qui  faillit  être 
écharpé;  mais  ce  fait  est  isolé.  Sous  réserve  de  ce  que 
nous  dirons  des  déportations  de  Fructidor,  le  diocèse 
ne  donna  guère  qu'une  victime  à  la  persécution  san- 
glante :  l'abbé  Nicolas  Musard,  curé  de  Somme-Vesle, 
prêtre  réfractaire  qui,  rentré  d'émigration  en  1795,  fut 
arrêté  l'année  suivante  et  guillotiné  à  Reims.  Dom 
Leclercq  a  raconté  sa  fin  édifiante  (Les  martyrs,  xii, 
397  sq.). 

Le  siège  épiscopal  de  Châlons  fut  supprimé  et  il  n'y 
eut  plus  qu'un  «  évêché  de  la  Marne  »,  dont  Reims 
était  le  siège.  La  municipalité  de  Châlons  protesta  le 
8  juin  1790;  elle  intervint  également  en  faveur  du 
chapitre,  mais  en  vain,  puisque  la  cathédrale  de  Châ- 
lons fut  fermée  le  19  nov.  1790.  Mgr  de  Clermont- 
Tonnerre  et  l'archevêque  de  Reims,  Talleyrand-Péri- 
gord,  ayant  refusé  le  serment,  ce  fut  Diot,  curé  de 
Vendresse  (Ardennes),  né  à  Reims  en  1744,  qui  fut  élu 
évêque  de  la  Marne  (13  mars  1791).  Le  clergé  du 
diocèse  de  Châlons  avait  été  vivement  troublé  par  des 
écrits  —  la  plupart  anonymes  —  publiés  pour  atta- 
quer ou  pour  défendre  la  Constitution  civile.  Diot  était 
l'auteur  d'une  de  ces  brochures.  C'était  un  prêtre  de 
valeur.  Il  vénérait  l'archevêque  de  Reims,  et  la  lettre 
qu'il  lui  écrivit  le  28  mars  pour  le  supplier  de  se  sou- 
mettre à  la  loi  paraît  sincère.  C'est  à  tort  que  l'abbé 
Puiseux  affecte  d'y  voir  «  un  chef-d'œuvre  d'hypo- 
crisie »  (Semaine  religieuse  de  Châlons,  1891,  p.  144). 
Dans  sa  Lettre  de  communion,  adressée  à  Pie  VI,  Diot 
conservait  cette  attitude  :  il  avait  accepté  le  siège 
vacant,  mais  il  était  prêt  à  se  retirer  aussitôt  que  le 
titulaire  se  mettrait  dans  le  cas  de  pouvoir  y  remonter. 
Il  fut  sacré  le  1"  mai  1791  par  Gobel.  (Abbé  Millard, 
Le  clergé  du  diocèse  de  Châlons  :  la  Révolution,  Châ- 
lons, 1903.) 


Les  preslalions  de  serment  furent  nombreuses  dans 
\  la  Marne,  surtout  dans  les  régions  qui  ne  faisaient  pas 
partie  de  l'ancien  diocèse  de  Châlons  :  46  jureurs  sur 
116  prêtres  dans  le  district  de  Châlons,  mais  53  sur  66 
dans  celui  d'Épernay  et  104  sur  122  dans  celui  de  Sé- 
zanne,  d'après  l'abbé  Millard.  De  nombreux  religieux 
acceptèrent  d'être  élus  curés  constitutionnels;  le  même 
auteur  en  compte  33  dans  ce  qui  forme  aujourd'hui  le 
diocèse  de  Châlons.  Bien  des  serments  restrictifs 
furent  validés  grâce  à  la  complaisance  du  directoire  du 
département,  «  qui  se  montrait  partisan  des  compro- 
mis et  recommandait  de  fermer  les  yeux  sur  le  serment 
des  ecclésiastiques  qui  reconnaîtraient  le  nouvel 
évêque  ».  C'est  pourquoi,  en  certains  endroits,  les  res- 
trictions ajoutées  aux  serments  furent  omises  dans  les 
procès-verbaux.  Des  curés  s'en  arrangeaient  à  mer- 
veille, d'autres  protestaient.  «  Enfin,  il  y  eut  cent  irré- 
gularités, toutes  les  finasseries  de  paysans  retors  » 
(dom  Leclercq,  L'Église  constitutionnelle,  Paris,  1934, 
p.  298).  C'est,  semble-t-il,  la  région  de  Vitry  qui  mar- 
qua le  plus  d'opposition  à  Diot  ;  ce  dernier  se  plaint  que 
les  curés  de  ce  district  ne  font  pas  usage  des  saintes 
huiles  consacrées  par  lui  (sur  Diot,  Pisani,  Répertoire  de 
l'épiscopal  constitutionnel,  Paris,  1907,  p.  199  sq.). 
Il  y  eut  un  «  séminaire  constitutionnel  de  la  Marne  », 
j  mais  il  découragea  successivement  trois  supérieurs, 
!  qui,  d'ailleurs,  ne  manquaient  pas  de  mérite.  L'un 
■  d'eux,  F.  Detorcy,  reste  l'une  des  personnalités  les 
plus  fortes  de  l'Église  constitutionnelle,  éclipsant  au 
concile  de  1802  la  plupart  des  évêques,  tenant  tête  à 
Grégoire,  qui  doit  compter  avec  lui  (J.  Leflon,  Le 
clergé  sous  le  Consulat  et  le  Premier  Empire,  dans  Rev. 
d'hist.  de  l'Église  de  France,  1945,  p.  103). 

Mgr  de  Clermont-Tonnerre  laissa  l'administration 
de  son  diocèse  à  l'abbé  Dubois  de  Crancé  et  se  retira  à 
Rome.  Bien  placé  pour  connaître  les  sentiments  et  les 
intentions  de  la  Cour  pontificale,  il  prêche  la  soumis- 
sion aux  lois  de  la  République  en  l'an  IV,  ce  qui  lui 
valut  d'amers  reproches  du  parti  des  princes  (cf. 
Theiner,  Documents  inédits,  i,  458;  ii,  86;  Mgr  de 
Beauséjour,  Les  Clermont-Tonnerre  comtois,  Besançon, 
1929;  Pisani,  L'Église  de  Paris  et  la  Révolution,  ii,  232). 
Il  refusa  d'adhérer  au  Concordat,  mais  donna  sa  dé- 
mission en  1801  (cf.  Latreille,  Napoléon  et  le  S.-Siège, 
Paris,  1934,  p.  206;  —  sur  ses  relations  avec  Talley- 
rand,  cf.  Henri  Malo,  Le  beau  Montrond,  Paris,  1926, 
p.  50). 

VIII.  Le  xix«^  siècle  et  l'époque  contempo- 
raine. —  Ni  le  diocèse  de  Châlons,  ni  le  diocèse  de 
Reims  ne  furent  rétablis  au  Concordat  :  la  Marne  était 
rattachée  au  diocèse  de  Meaux.  Mgr  de  Barrai,  évêque 
de  ce  siège,  établit  un  conseil  spécial  pour  ce  dépar- 
tement. En  1821,  à  la  suite  des  difficultés  de  ratifica- 
tion du  concordat  de  1817,  on  forma  le  diocèse  de 
Reims,  couvrant  la  Marne  et  les  Ardennes.  Le  6  oct. 
1822,  le  diocèse  de  Châlons  fut  enfin  rétabli,  par  la 
bulle  Pnternne  caritatis.  (Pour  ses  limites,  v.  carte.) 

Le  premier  évêque  fut  Mgr  de  Prilly  (1823-60)  qui 
restaura  l'administration  diocésaine.  C'était  un  ancien 
militaire  de  l'Empire.  En  1825,  il  présida  une  grande 
mission,  qui  se  termina  par  l'érection  d'un  calvaire, 
placé  aujourd'hui  dans  la  cathédrale.  En  1830,  son 
hôtel  fut  pillé  et,  le  11  nov.,  le  petit  séminaire  fut  la 
proie  des  flammes  (Ami  de  la  religion,  25  nov.  1830, 
p.  167).  En  1832,  il  confia  le  grand  séminaire  aux  Laza- 
ristes et  fit  construire,  en  1838,  le  petit  séminaire  S.- 
Memmie.  Fa\  1843,  il  écrivit  contre  l'LIniversité  une 
lettre  si  vive  que  le  gouvernement  en  appela  comme 
d'abus  au  Conseil  d'État.  L'affaire  fit  tant  de  bruit 
que  Victor  de  Balabine.  secrétaire  de  l'ambassade  de 
Russie,  en  fait  mention  dans  son  Journal,  au  18  nov. 
1843  (cL  Le  Correspondant,  25  oct.  1913,  p.  293).  Voir 
la  biographie  de  Mgr  de  Prilly  par  l'abbé  Puiseux  :  Vie 


nirr.  d'htst.  ft  niï  r,Éor,B.  ecclés. 


H.  —  Xn.  —  11  - 


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Il  \  i  ()  \  <  s  I   lî  M  \  I!  \  I-, 


32^1 


et  Mires  de  Myr  de  l'rilly,  évoque  de  Châkms,  liS87.  Ou  a 
prétendu  qu'il  avait  peu  d'action  sur  son  clergé, 
lequel  n'avait  alors,  d'après  les  rapports  ofliciels,  que 
peu  d'influence  sur  la  population  (cf.  Jean  Maurain, 
La  politique  ecclésiastique  de  Napoléon  III,  285).  En 
1856,  on  lui  donna  un  coadjuteur,  Mgr  Bara,  qui  lui 
succéda  à  sa  mort  en  1860.  Mgr  Bara,  t  1864,  fut  rem- 
placé par  le  futur  cardinal  Meignan.  Les  Lazaristes 
donnant  un  enseignement  qu'il  juge  trop  inférieur,  si 
l'on  en  croit  Houtin,  il  les  renvoie  (sur  l'enseignement 
au  séminaire  de  Châlons  après  la  guerre  de  1870,  voir 
les  Mémoires  de  Loisy,  dont  un  chapitre  est  intitulé 
Un  grand  séminaire  en  1874-1878,  i,  35  sq.).  En  1882, 
il  est  nommé  à  l'évêché  d'Arras;  le  jour  même  où  sa 
nomination  paraît  à  l'Officiel  (20  sejit.),  il  quitte  Châ- 
lons sans  prévenir  personne  et  va  s'installer  à  Paris  où 
il  attend  ses  bulles,  procédé  qui  donne  à  entendre  que 
ses  rapports  avec  son  clergé  laissaient  à  désirer  (abbé 
Boissonot,  Vie  du  cardinal  Meignan,  Paris,  1899).  — 
Mgr  Sourrieu,  qui  arrive  à  Châlons  le  14  déc.  1882, 
rétablit,  l'année  suivante,  les  Lazaristes  au  grand  sé- 
minaire. Il  quittera  le  diocèse  en  1894  pour  Rouen.  — 
Mgr  Latty,  futur  archevêque  d'Avignon,  gouverne  le 
diocèse  de  1894  »  1907.  11  préside  à  la  réforme  des 
études  cléricales,  en  édictant  pour  son  grand  séminaire 
d'excellents  règlements,  qu'il  devait  compléter  en  1902 
par  sa  Lettre  aux  directeurs  du  grand  séminaire  (Brugc- 
rette,  l^e  prêtre  français  et  la  société  contemporaine,  ii, 
272).  —  l^e  futur  cardinal  Sevin  prit  possession  de 
l'évêché  en  1908.  Il  le  quitta  en  1912  pour  Lyon.  Il 
réprima  rigoureusement  le  modernisme  et  le  Sillon,  ce 
qui  lui  a  valu  la  réputation  d'un  esprit  étroitement  in- 
transigeant, penchant  vers  l'intégrisme  (cf.  Louis  de 
Lacger,  Mgr  Mignol,  Paris,  1933,  p.  115).  Cependant 
Loisy  crut  voir  dans  son  mandement  de  prise  de  pos- 
session un  appel  paternel  et  cordial  qui  lui  était 
adressé  (Loisy  était  prêtre  du  diocèse  de  Châlons;  cf. 
Mémoires,  m,  27).  La  mémoire  du  cardinal  Sevin  a 
trouvé  un  défenseur  bien  informé  en  M.  le  chan.  Al- 
loing,  dont  la  Vie  du  cardinal  Sevin  fl8ô2-19]6j, 
Paris,  1931,  contient  un  tableau  précis  de  l'état  du 
diocèse  de  Châlons  au  début  du  xx«  s.  —  A  l'inverse  de 
ce  prélat  son  successeur,  Mgr  Tissier,  restera  fidèle  au 
siège  de  S.  Memmie.  Sa  belle  conduite  durant  la 
guerre  de  1914  lui  vaudra  le  titre  d'  «  évêque  de  la 
Marne  ». 

La  première  guerre  mondiale  fut  cruelle  au  diocèse 
de  Châlons  :  nombre  d'églises  furent  endommagées; 
plusieurs  villages  —  tel  Tahure  —  furent  entièrement 
rasés;  ils  ne  furent  pas  reconstruits.  Plusieurs  prêtres 
périrent  à  leur  poste,  victimes  de  la  guerre,  tel  le  doyen 
de  Sompuis.  Le  curé  d'Esternay  faillit  être  fusillé. 
D'autre  part,  plusieurs  prêtres  se  distinguèrent  alors 
par  leur  patriotisme  et  rendirent  d'éminents  services  à 
leurs  concitoyens. 

IX.  Établissements  religieux.  —  La  Gallia 
christiana  énumère  pour  l'ancien  diocèse  de  Châlons 
19  abbayes,  dont  16  abbayes  d'hommes  :  7  appar- 
tenaient à  l'ordre  de  S. -Benoît,  4  à  l'ordre  de  S.  Augus- 
tin, 7  relevaient  de  Cîteaux,  1,  enfin,  appartenait  à 
l'ordre  de  Prémontré. 

1°  Ordre  de  S.-Augustin.  —  D'après  la  tradition,  la 
plus  ancienne  abbaye  du  diocèse  était  celle  de  S. -Mem- 
mie, sise  aux  portes  de  Châlons,  qui  portait  le  nom  de 
son  fondateur.  En  réalité,  on  connaît  mal  l'histoire  de 
cette  maison,  où  les  chanoines  réguliers  s'installent  en 
1131.  Au  milieu  du  xviii''  s.,  on  n'y  trouvera  plus  que 
six  religieux.  —  Châtrices,  sur  l'Aisne,  dans  la  région  de 
Ste-Menehould,  fondée  par  Albéron,  évêque  de  Ver- 
dun, qui  y  envoya  huit  chanoines  réguliers,  entre  1137 
et  1145;  l'abbaye  donna  naissance  à  un  village  (cf. 
L.  Brouillon,  L'abbaye  de  Châtrices,  dans  Travaux  de 
l'académie  de  Reims,  cxii,  1903,  p.  1-108).  —  Tous- 


suints  t  \.  J).-dr ),  à  Châlons,  fondée  on  1013  pai- 
l'évèque  Roger  II.  rattachée  en  1644  à  la  congréga- 
tion de  Ste-{icneviève.  -  Vertus  (N.-D.-dc-),  dont  les 
moines  sont  venus  de  S.-Médard  de  Soissons,  appelés 
par  Thibaut  I'^'';  cette  maison  fut  brûlée  trois  fois 
durant  la  guerre  de  Cent  ans. 

2"  Ordre  de  S.-Benoît.  —  Le  plus  célèbre  monastère 
du  diocèse  était  l'abbaye  de  Montierender,  qui  aurait 
été  fondée  au  vii«  s.  par  S.  Berchaire,  fils  d'un  seigneur 
d'Aquitaine.  Elle  fut  restaurée  au  ix«  s.  par  l'abbé 
Hatton,  qui  fit  venir  des  moines  de  Stavelot.  Au 
xii«  s.,  l'abbé  Vuiter  y  établit  une  école  qui  acquit  une 
certaine  renommée.  L'église  de  l'abbaye  est  un  monu- 
ment de  grande  valeur  (cf.  de  Lasteyrie,  L'architect. 
relig.  en  France  à  l'époque  goth.,  u,  115).  —  Lors  des 
guerres  de  religion,  les  moines  firent  preuve  d'un  esprit 
très  belliqueux,  allant  jusqu'à  prendre  les  armes;  le 
cardinal  de  Guise  était  leur  abbé  (A.  Drion,  Récils 
historiques  et  pittoresques  sur  l'ancien  monastère  de 
Montier-en-Der,  Versailles,  1842;  M.  Prou,  Un  diplôme 
faux  de  Charles  le  Chauve  pour  l'abbaye  de  Montieren- 
der, dans  Mémoires  de  l'Académie  des  inscriptions,  ix, 
215;  Ferdinand  Lot,  Xote  sur  la  date  du  polyptyque 
de  Montierender,  dans  Le  Moyen  Age,  1I«  sér.. 
XXVI,  107;  I,éon  Delessard,  î,' abbaye  de  Montierender 
des  origines  à  ta  fin  du  x  V  s.,  dans  Positions  des  thèses 
de  l' hJrole  des  chartes,  1923;  Inventaire  des  reliques...  de 
Montierender,  dans  Annales  de  la  Soc.  d'hist.  de  Chau- 
niont,  v,  1930,  p.  318).  —  S.-Urbain,  près  de  Joinville, 
fondé  vers  862  par  l'évèque  Erchenrad,  fut  la  première 
étape  de  la  chevauchée  de  Jeanne  d'Arc  (cf.  Louis 
Leclerc,  Proposition  d'une  rectification  à  la  «  Gallia 
christiana  »,  dans  Bull,  histor.  et  philçl.  du  Comité  des 
travaux  historiques,  1889,  p.  102;  H.  Patry,  Le  béné- 
dictin Claude-Cyrille  Peuchot,  premier  archiviste  de  la 
Hte-Marne  (1743-1817),  dans  Le  bibliographe  mo- 
derne. 1899,  20;  G.  Robert,  L'acquisition  de  Cha- 
mouilley  par  S.  Urbain,  dans  Nouv.  rev.  de  Champagne 
et  de  Brie,  1935,  p.  226).  —  S.-Martin  de  Huiron,  fondé 
vers  1070  par  l'évèque  Roger  III,  fut  d'abord  simple 
prieuré  (cf.  dom  Baillet,  Chronique  de  l'abbaye  de  Hui- 
ron, éd.  Hérelle,  dans  La  Réforme  et  ta  Ligue  en  Cham- 
pagne; Prinet,  L'abbaye  de  Huiron,  description  topo- 
graphique  et  historique,  dans  Rev.  de  Champagne  et  de 
Brie,  iv,  1878,  p.  195;  A.  de  Barthélémy,  L'abbaye  de 
Huiron,  ibid.,  v,  18;  de  Lasteyrie,  L'architecture  relig.  à 
l'époque  golh.,  i,  225).  —  Moiremont,  aux  confins  des 
diocèses  de  Châlons  et  de  Verdun,  aurait,  d'après  la 
tradition,  été  fondé  au  début  du  vii^'  s.  Manassès. 
archevêque  de  Reims,  y  envoya  des  bénédictins  en 
1074.  En  1622,  elle  est  gagnée  à  la  réforme  de  S.- 
Vanne.  Elle  possédait  de  grands  biens  (cf.  É.  de  Bar- 
thélémy, Ann.  de  la  Marne,  1865,  p.  471  ;  G.  Robert, 
La  ville  de  Florent,  dans  Travaux  de  l'acad.  de  Reims, 
cxLiii,  1931 ,  p.  98,  et  La  ville  neuve  de  Lu  Neuville-au- 
Ponl,  ibid.,  cxliv,  1932,  p.  112).  —  S.-Sauveur  de 
Vertus,  fondé  par  le  comte  Thibaut  I'''  en  1080.  Au 
XVIII'-"  s.,  les  moines  y  tenaient  école  et  l'un  de  ses 
maîtres,  dom  Mabille,  s'acquit  une  grande  réputation 
(cf.  Maupassant,  Notice  sur  l'abbaye  S.-Sauveur  de 
Vertus,  dans  Séance  publique  de  la  Soc.  d'agriculture  de 
la  Marne,  Châlons,  1839,  p.  211  ;  L.  Grignon,  L'abbaye 
de  S.-Sauveur-lès-  Vertus,  dans  Rev.  de  Champagne,  xxi, 
1886,  p.  225;  Néret,  Vertus,  glanes  d'histoire,  Avize, 
1916,  p.  15).  En  1789,  la  situation  financière  de  cette 
maison  était  difficile  :  ses  maigres  revenus  ne  lui  per- 
mettaient pas  d'amortir  11  000  livres  de  dettes 
criardes  (cf.  .I.-E.  Godefroy,  Les  l>énédictins  de  S.- 
Vanne  et  la  Révolution,  Paris,  1918,  p.  126).  Béné- 
dictines de  l'abbaye  à'Andecy  (v.  D.  H.  G.  E.,  ii,  1556 
sq.)  —  Enfin  S.-Pierre-aux-Monts  (v.  supra,  col.  304). 

3"  Ordre  de  Ctteaux.  La  très  riche  abbaye  de 
Trois-Fontaines,  fondée  par  le  comte  de  Champagne 


i;  Ti  \  i.o  \s-sr  I!  M  \  i;  \  i 


Hugues  l",  CM  1  1  U).  eut.  dès  1  i;57,  six  abbayes  filiales 
dont  Cheminon.  Montiers-en-Argoniie  (voir  ei-dessous) 
et  Haiitefontaine.  (dioc.  de  (;hâlons).  La  Chnrmoyc, 
fondé  en  1167,  par  le  comte  de  Champagne  Henri 
le  Libéral.  —  Montiers-en-Argonne,  fondé  par  l'évêque 
Godefroy  I''''  en  1134,  fut  d'abord  occupé  par  des 
augustins.  Des  cisterciens  les  remplacent  en  1144; 
filiale  de  Trois-Fontaines.  —  S.-Jacques  de  Vitry, 
fondé  en  1235  par  Thibaut,  comte  de  Champagne,  in- 
cendié avec  le  bourg  en  1420.  —  N.-D.  de  S.-Dizier, 
plus  connue  sous  le  nom  de  S.-Pantaléon,  fondée  en 
1227  par  Guillaume  de  Dampierre  et  Marguerite  de 
Flandre. 

4"  Ordre  de  Prémontré.  —  N.-D.  et  S. -Maurice  de 
Moncelz,  filiale  de  Braine,  abbaye  fondée  en  1142,  qui 
ne  devint  jamais  très  importante.  Ni  les  guerres  du 
Moyen  Age,  ni  celles  de  la  Ligue  ne  lui  portèrent  préju- 
dice. En  1789,  on  y  trouvait  un  abbé  et  quatre  reli- 
gieux (cf.  Rev.  Mabillon,  m,  51  ;  Diderot  a  fait  de  cette 
maison  le  cadre  de  son  roman  Jacques  le  fataliste).  — 
Dans  son  livre  Le  diocèse  ancien  de  Ctiàlons-sur-Marne 
(i,  214),  Barthélémy  signale  un  monastère  à  Han- 
court,  mais  il  déclare  lui-même  n'en  avoir  trouvé 
qu'une  siïiiplc  mciilioii  flans  un  titre  des  archives 
(l'Ulmoy. 

.")"  Prieurés.  L'un  des  i)rieurés  les  plus  iniporlanis 
du  diocèse  était  Épineuseval,  près  de  Wassy  (act.  dioc. 
de  Langres);  fondé  par  la  famille  de  Dampierre,  ses 
biens  étaient  considérables.  U  dépendait  de  l'abbaye 
du  Val  des  Écoliers.  Il  disparut  à  la  Révolution  et  il 
n'en  reste  plus,  pour  ainsi  dire,  pierre  sur  pierre  (cf. 
Valin,  Le  prieuré  d' Épineuseval,  Wassy,  s.  d.,  [1930]). 
—  Cette  région  comptait  eu  outre  :  le  prieuré  S.-Fincre 
de  Mathons,  connu  sous  le  nom  de  Maison  des  Bons- 
hommes, établi  dans  les  dernières  années  du  xii"  s.,  pro- 
bablement à  l'instigation  du  l)aron  de  Joinville;  il  fut 
peuplé  par  des  moines  de  Grandmont  (É.  de  Barthé- 
lémy, Cartulaire  du  prieuré  de  Mathons,  dans  Mém.  de 
la  Soc.  d'agricult.  de  la  Marne,  Châlons,  1883,  p.  89).  - 
A  S.-Dizier,  nous  rencontrons  le  i>rieuré  S.-Thiéhaut 
(cf.  C.  Petit,  Le  prieuré  de  S.-Thiébaut  de  Passeloup  à 
S.-Dizier,  dans  Nouv.  rev.  de  Champagne  et  de  Brie, 
XII,  1934,  p.  129),  et,  aux  environs,  le  prieuré  de 
Perthes.  —  A  Joinville,  des  bénédictins  occupaient  le 
prieuré  Ste-Anne  (D.  H.  G.  E.,  ii,  1146)  et  des  béné- 
dictines le  prieuré  N.-D.  de  Pitié,  maison  fondée  en 
1553  par  Antoinette  de  Bourbon.  En  1557,  Paul  I\' 
prononça  l'annexion  à  cette  maison  du  prieuré  voisin 
de  S.-Jacques;  en  1842,  les  bâtiments  furent  occupés 
par  les  religieuses  de  l'Annonciade  (cf.  G.  Robert, 
N.-D.  de  Pitié  de  .Toinville,  dans  Nouv.  rev.  de  Cham- 
pagne et  de  Brie,  ix,  1931,  p.  100).  —  Près  de  Joinville, 
le  prieuré  de  bénédictines,  N.-D.  de  Valdine  ou 
d'Osne-le-Val,  qui  dépendait  de  Molesmes,  fit  fâcheu- 
sement parler  de  lui  au  début  du  xvii«  s.  Il  fut  trans- 
féré en  1701  près  de  Charenton  par  Noailles;  il  abritait 
alors  une  prieure  et  35  religieuses  (cf.  Jobin.Le  prieuré 
du  Val  d'Osne  à  Charenton,  Paris,  1883,  et  Vatin,  Le 
prieuré  d' Épineuseval,  49).  Non  loin  de  là,  dans  le 
canton  actuel  de  Joinville,  se  trouvait  le  prieuré  de 
femmes  de  Vecqueville  (ou  Évêque-Ville).  —  A  Wassy, 
le  prieuré  Notre-Dame,  relevant  de  Montierender, 
appartient  d'abord,  à  partir  de  1625,  aux  jésuites  de 
Reims,  pour  revenir  ensuite  aux  bénédictins.  —  A 
4  km.  de  cette  ville,  le  prieuré  des  Ermites  de  Wassy 
relevait  de  la  fameuse  abbaye  du  Val  des  Écoliers.  On 
trouve  également,  dans  le  voisinage,  les  prieurés  de 
Planrupt,  Trois-Fontaines-Ville  et  Villiers-aux-Bois. 
Le  prieuré  de  Trois-Fontaines-Ville  était  situé  à  Épin- 
lieu;  il  a  laissé  de  beaux  restes  d'une  église  du  xii»  s. 
A  Villiers-aux-Bois,  le  prieuré  Ste-Anne  (omis,  semble- 
t-il,  dans  Cottineau),  fondé,  selon  toute  probabilité, 
par  un  sire  de  Joinville,  relevait  de  Montierender. 


Dans  le  diocèse  actuel  de  Cliàlons.  c'est  dans  la 
(  région  du  Perthois  (qui  touche  d'ailleurs  au  territoire 
du  diocèse  actuel  de  Langres)  que  les  prieurés  étaient 
les  plus  nombreux.  Dans  cette  région,  le  prieuré  béné- 
dictin de  Sermaize  relevait  de  l'abbaye  de  S.-Oyan 
(dioc.  de  Dijon).  En  1428,  le  prieur-curé  de  Sermaize 
était  Henri  de  Vouthon,  frère  d'Isabelle  Romée,  oncle 
\  de  Jeanne  d'Arc  (cf.  A.  Lesort,  Les  chartes  de  fonda- 
tion du  prieuré  de  Sermaize,  dans  Bull,  philol.  et  hist.  du 
Comité  des  trav.  hist.,  1922-24,  p.  99).  —  A  Heiltz-le- 
Maurupt  (ch.-l.  de  cant.  du  Perthois),  le  prieuré  d'Ul- 
moy,  O.  S.  B.,  relevant  de  S. -Bénigne  de  Dijon  (cf. 
!  de  Barthélémy,  Cartulaire  du  prieuré  d'Ulmoy,  dans 
j  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture  de  la  Marne,  Châlons, 
I  1883,  p.  89),  et,  non  loin  de  ce  bourg,  prieurés  de  Va- 
\  naull-le-Châtel  et  de  Vanault-les^Dames.  Ce  dernier 
j  abrita  d'abord  des  religieuses,  puis  des  chanoines  régu- 
j  liers  (Longnon,  Pouillé,  vi,  146,  1G4,  173,  716).  — 
j   Vitry-le-Brûlé,  à  4  km.  de  Vitry-le-François,  comptait 
deux  prieurés  :  Ste-Croix,  O.  S.  B.,  relevant  de  S.- 
Pierre de  Châlons,  et  S.~Thibaud,  qui  abritait  des  clu- 
nistes.  —  Les  prieurés  de  Charmont,  de  Possesse  (S.- 
'  Crépin),  de  Larzicourt,  situés  dans  la  même  région, 
!  n'ont  pas  laissé  de  souvenirs  notables.  —  De  l'autre 
'  côté  de  la  Marne,  vers  S.-Remy-en-BouzemonI ,  le 
1  prieuré  de  S.-Chéron  n'a  pas  jeté  plus  d'éclat, 
î      Au  centre  du  diocèse,  le  prieuré  de  Melette  (village 
situé  près  de  l'Épine,  cjui  disparut  vers  le  xvii"  s.) 
relevait  de  l'abbaye  de  Toussaints;  celui  de  Courtisais, 
sous  le  vocable  de  Ste  Madeleine,  passa  au  séminaire; 
celui  de  S.-Michel-lès-Châlons  (comm.  de  Fagnières), 
qui  relevait,  lui  aussi,  de  Toussaints,  fut  détruit  par  les 
Anglais  en  1351.  Nous  ne  savons  rien  du  prieuré  de 
i  Chepy.  Quant  à  celui  de  Vinets,  occupé  par  des  béné- 
!  dictines  soumises  à  Molesme,  il  était  situé  tout  d'abord 
!  dans  la  commune  de  S.-Martin-sur-le-Pré,  aux  portes 
!  de  Châlons,  et  émigra,  au  début  du  xvii«  s. ,  à  l'intérieur 
i  de  Châlons  (cf.  O.  Beuve,  Rapport  sur  le  concours 
j  d'histoire,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture  de  la 
i  Marne,  xvii,  Châlons,  1920,  p.  63).  —  Dans  le  nord  du 
diocèse,  sur  l'Aisne,  le  prieuré  S.-Laurent  de  Chaude- 
fontaine  relevait  de  l'abbaye  S. -Vanne  de  Verdun;  il 
lui  fut  enlevé  en  1606  pour  être  donné  aux  jésuites; 
Braux-S.-Remy,  maison  importante  (cf.  G.  Robert, 
Visite  des  prieurés  de  S.-Remi  de  Reims  en  1560  et  1561, 
Reims,  1913;  voir  aussi  note  dans  Rev.  de  Champagne 
et  de  Brie.  1887,  p.  211);  Ste-Menehould.  fondé  vers  le 
milieu  du  xiii''  s.  j^ar  l'abbaye  de  Moiremont,  et  Ante, 
près  de  Dommartin-sur-Yèvre,  qui  relevait  de  l'ab- 
baye de  Toussaints.  —  Au  Nord-Ouest,  Grauves, 
Montmort  (prieuré  Notre-Dame,  dépendant  de  La 
Charité-sur-Loire),  Oger  (fondé  en  1153,  dépendant  de 
Toussaints),  Mesnil-sur-Oger,  Chainlrix  n'ont  guère 
laisse  que  leurs  noms.  —  Quant  aux  prieurés  de  Gu- 
monl  et  de  Boucheraumont  (sous  le  vocable  de  S.  Louis), 
nous  n'avons  pu  les  localiser;  nous  savons  seulement 
qu'ils  faisaient  partie  du  doyenné  de  .loinville.  C'est 
de  Boucheraumont  que  sont  venus  les  religieux  qui, 
en  1299,  [irirent  en  charge  le  couvent  des  Rillettes 
à  Paris  (Dumoulin  et  Ontardel,  I^es  églises  de  la  Seine, 
Paris,  1936,  p.  94). 

6»  Ordres  mendiants.  —  L'évêque  Guillaume  du 
Perche  avait  appelé  les  dominicains  et  les  cordeliers  à 
Châlons.  Cosme  Clausse  y  appela  les  récollets,  malgré  la 
vive  opposition  des  cordeliers.  On  trouvait  également 
des  récollets  à  Vitry-le-François  et  des  cordeliers  à 
Joinville  (cf.  Note  sur  les  récollets  en  Champagne,  dans 
Rev.  de  Champagne  et  de  Brie,  1884,  p.  262).  Les  capu- 
cins étaient  établis  à  Ancerville,  à  S.-Dizier  depuis 
1613,  à  Ste-Menehould  depuis  1619,  à  Joinville  depuis 
1635,  à  Wassy  depuis  1643.  Dans  cette  ville,  c'étaient 
des  capucins  irlandais,  du  moins  depuis  1685  (J.  Mas- 
siet  du  Biest,  Notes  sur  les  archives  des  capucins  irlan- 


(.  Il  A  I  ()  \  S-SI'  R-  M  \  I!  \  K 


dais,  (ians  Travaux  de  VAcad.  ludionah  de  Reims. 
cxxxviii,  1924,  1).  245).  Kn  général,  les  ciipucins  reii 
contrèrent  dans  le  diocèse  la  plus  vive  opposition  : 
c'est  ainsi  que,  malgré  les  instances  de  Richelieu,  la 
ville  de  Châlons  leur  ferma  ses  portes  et  qu'ils  ne 
purent  s'y  installer.  —  Il  y  avait  des  ermites  de  S.- 
Auguslin  à  Châlons  et  des  minimes  à  l'fipiiie  (lfi24)  et 
à  Vitry  (1616). 

7"  Autres  ordres.  —  Les  trinitaires  avaient  une  mai- 
son à  Châlons,  à  Vitry  (depuis  1225),  à  I.a  Veuve,  à 
Fère-Champenoise,  à  Ste-Notre-Dame  (Deslandes, 
L'ordre  des  Trinitaires,  i,  1903,  p.  484).  —  L'ordre  du 
Temple  avait  de  nombreuses  maisons  en  Champagne. 
C'est  au  concile  de  Troyes  de  1128  que  sa  règle  fut 
solennellement  approuvée.  Hugues  de  Payens  fonda, 
dès  avant  1132,  la  préceptorerie  de  La  Neuville-au- 
Temple,  puisqu'à  cette  date  nous  voyons  l'évêque  de 
Châlons  donner  des  terres  «  au  Temple  qui  est  à  La 
Neuville  ».  Cette  maison  fut  richement  dotée.  Les 
Templiers  reçurent  le  village  de  S.-Hilaire.  En  1142,  ils 
prennent  la  direction  d'un  hôpital  à  Possesse;  en  1166, 
ils  s'établissent  à  Maucourt,  là-même  où  s'élèvera 
Vitry-le-François.  Entre  1177  et  1191,  ils  fondent  la 
maison  de  Noirlieu,  appelée  La  Neuville-lez-Épense, 
puis  celles  de  S.-Amand  (près  de  Vitry)  et  de  Bussy 
(près  (le  Châlons).  —  L'ordre  de  S.-Jean  de  Jérusalem 
avait  un  hôtel  à  Châlons,  établi  vers  1140,  une  maison 
à  Aultrecourt,  un  petit  hôpital  à  Hraux  (près  de  Ste- 
Menehould),  l'hôpital  de  Wassy,  une  maison  à  S.- 
Amand.  La  destruction  de  l'ordre  du  Temple,  en  1312, 
ne  produisit  aucune  commotion  dans  le  diocèse  et 
l'ordre  de  S.-Jean  hérita  paisiblement  des  biens  de  son 
rival  (cf.  E.  de  Barthélémy,  Notes  sur  les  établissements 
des  ordres  religieux  et  militaires  du  Temple,  de  S.-Jean 
de  Jérusalem  et  de  S. -Antoine  de  Viennois  dans  l'ancien 
archidiocèse  de  Reims,  dans  Travaux  de  l'Acad.  natio- 
nale de  Reims,  lxx,  1882,  p.  1;  A.  de  Barthélémy,  Les 
maisons  du  Temple  en  Champagne,  dans  Rev.  de  Cham- 
pagne et  de  Brie,  1891,  p.  391). 

8"  Congrégations  diverses.  —  On  trouvait  des  jésuites 
et  des  lazaristes  à  Châlons-sur-Marne;  des  ursulines, 
depuis  1646,  à  S.-Dizier,  et,  dans  cette  ville,  des  Dames 
régentes  de  la  congrégation  des  Filles  de  la  Croix,  qui 
donnaient  l'instruction  gratuite.  Elles  continuèrent  à 
vivre  en  communauté  jusqu'au  2  août  1794.  Il  y  avait 
en  outre  de  nombreuses  religieuses  desservant  les  éta- 
blissements hospitaliers. 

9°  Établissements  hospitaliers.  —  11  est  difficile  de 
faire  confiance  à  la  tradition  selon  laquelle  il  n'y  aurait 
pas  eu  moins  de  quinze  hôpitaux  à  Châlons,  dont  cer- 
tains auraient  été  fondés  par  S.  Memmie  ou  S.  Alpin. 
Cependant,  d'après  Barthélémy,  il  y  existait,  dès  920, 
un  hôpital  S.-Étienne,  dont  le  chapitre  avait  la  direc- 
tion. Pour  les  autres  établissements  hospitaliers  de 
Châlons,  voir  la  première  partie  de  cet  article  : 
Châlons  (Ville).  —  L'hôtel-Dieu  de  Vitry-le-Fran- 
çois, fondé  en  1567,  était  desservi  en  1575  par  quatre 
Pères  de  la  Charité  qui  s'affilièrent  par  la  suite  à 
l'institut  des  Frères  de  S.-Jean-de-Dieu  (cf.  H.  Ade- 
net.  Origines  et  fondation  de  l'hôpital  général  de  Vitry- 
le-François,  dans  Almanach- Annuaire  Matot-Braine, 
1906,  p.  359).  Celui  de  Wassy  fut,  à  l'origine,  desservi 
par  l'ordre  de  S.-Jean  de  Jérusalem;  celui  de  S.-Dizier 
devait  sa  fondation  aux  sires  de  Dampierre,  mais  il  ne 
prit  jamais  un  grand  développement.  On  sait,  d'autre 
part,  qu'il  existait  des  Maisons-Dieu  à  Hans  (près  de 
Ste-Menehould,  établissement  important),  à  Romi- 
court,  à  Boucheraumont,  à  Joinville,  à  Arzillières.  à 
S.-Chéron,  à  Possesse  et,  sans  doute,  à  3  autres  en- 
droits e)>core.  Quand  on  constate  que  le  bourg  de 
S.-Memmie  possédait  sa  léproserie,  on  est  en  droit  de 
supposer  que  les  établissements  de  ce  genre  étaient 
nombreux  dans  le  diocèse  (sur  la  léproserie  de  Vertus, 


cf.  I..  Le  Giaiid,  Pour  composer  l'histoire  d'un  établisse 
ment  hospitalier,  dans  Introd.  aux  études  d'hisi.  rrriés. 
locale.  11,  456  et  457). 

10°  Collégiales.  — •  On  en  comptait  trois  à  Châlons 
(cf.  supra,  col.  306),  une  à  Joinville  (le  chapitre  S.- 
Laurent, fondé  au  xii''  s.  par  Geoffroy  III  de  Join- 
ville) ;  une  à  Vitry-en-Perthois,  qui  se  trouvait  sous  la 
dépendance  de  l'abbaye  de  S.-Pierre-aux-Monts  et  du 
chapitre  S.-Étienne  de  Châlons  et  qui  fut  transférée  à 
Vitry-le-François  après  l'incendie  de  Vitry-en-Per- 
thois; une  à  Vertus  (chapitre  S. -Jean-Baptiste,  quali- 
fié, dans  les  deux  derniers  siècles  de  l'Ancien  Régime  : 
«  Chapitre  royal  »;  fondé  en  1188,  il  comprit  jusqu'à 
24  chanoines,  mais,  à  la  fin,  il  n'en  comptait  plus  que  7). 

X.  PÈLERINAGES.  —  On  ne  connaît  guère  qu'un 
pèlerinage,  celui  de  N.-D.  de  l'Épine,  près  de  Châlons. 
Son  origine  est  la  découverte  —  classique  —  d'une 
vierge  dans  un  buisson  par  un  jeune  berger.  L'événe- 
ment serait  de  1409  ou  de  1419.  L'église,  commencée 
presque  aussitôt,  fut  bâtie  en  trois  campagnes  :  elle  ne 
fut  achevée  qu'en  1524.  Les  Lorrains  fréquentaient 
volontiers  ce  pèlerinage  (cf.  Siméon  Luce,  Jeanne 
d'Arc  à  Domrémy,  Paris,  1887,  p.  272).  L'église  est 
grande  comme  une  cathédrale;  elle  imite  S.-Nicaise  et 
Notre-Dame  de  Reims  (cf.  E.  Misset,  N.-D.  de  l'Épine 
près  Châlons-sur-Marne,  la  légende,  l'histoire,  le  monu- 
ment et  le  pèlerinage,  Paris,  1902;  H.  Stein,  N.-D.  de 
l'Épine  à  l'époque  révolutionnaire,  dans  Nouv.  rev.  de 
Champagne  et  de  Brie,  1935,  )).  212;  sur  l'église,  cf. 
de  Lasteyrie,  L'architecture  relig.  en  France  à  l'époque 
gothique,  i,  Paris,  1926,  p.  528;  ii,  491;  Luc  Benoist, 
N.-D.  de  l'Épine,  Paris,  1933). 

Dom  François,  Hist.  du  diocèse  de  Châlons-sur-Marne, 
ms.  (xviii«  s.)  de  la  biblioth.  de  Châlons-sur-Marne.  — 
Abbé  Gagney,  Hist.  ecclés.  de  Châlons,  ms.  de  la  biblioth. 
de  Vitry  {Catal.  général,  xlii,  n.  98).  —  Rapine,  Ann. 
ecclés.  du  diocèse  de  Châlons,  1636,  et  Discours  sur  la  Vie  de 
S.  Memmie,  éd.  revue,  1869.  —  Faron,  Hist.  et  Vie  de 
S.  Alpin,  165(1.  —  Gall.  christ.,  ix.  —  Dom  Marlot,  Hi.it.  de 
la  ville,  cité  et  université  de  Reims,  éd.  latine,  16r)6;  éd. 
française,  1841}.  -  L.  Fr.  Xav.  Beschefer,  Disserlalion  sur  hi 
mission  de  S.  Memmie,  premier  é.véque  de  Châlons,  Chftlons, 
1756.  —  Clouet,  Hist.  ecclés.  de  la  province  de  Trêves  et  des 
pays  limitrophes,  i,  Verdun,  1844;  ii,  1851.  —  Gard.  Gous- 
set, Actes  de  la  province  ecclés.  de  Reims,  4  vol.  1X1-4°,  1842.  — 
J.  Garinet,  Mém.  sur  l'établissement  du  christianisme  à  Châ- 
lons et  sur  les  institutions  qui  s'y  rattachent,  Chaions,  18,37.  — 
Ravenez,  Origines  des  Églises  de  Reims,  de  Soissons  et  de 
Chdions,  1858.  —  Éd.  de  Barthélémy,  Diocèse  ancien  de 
Châlon.^-sur-M(trne,  histoire  et  monuments,  Paris,  Chaumont 
et  Châlons,  1861,  et  Catalogue  histnr.  des  évêques  de  Châlons. 
dans  Annuaire  de  la  Marne,  188;i.  —  L.  Grignon,  Le  diocèse 
de  Châlons  en  1405  (avec  carte),  dans  Além.  de  la  Soc. 
d'agriculture  de  la  Marne,  Châlons,  1890,  II"  part.,  p.  1.  — 
Abbé  Millard,  Variétés  sur  le  diocèse  ancien  de  Châlons, 
,3  vol.,  1891,  et  Le  clergé  du  diocèse  de  Châlons-sur-Marne  : 
la  Révolution,  Châlons,  1903.  —  P.  Pelicier,  Valeur  des 
rentes  de  l'évêché  de  Châlons  en  1SJ2,  dans  Mém.  de  la  Snc. 
d'agriculture  de  la  Marne,  II'  sér.,  v,  1903,  p.  123-58.  — 
R.  P.  L.  de  Chérancé,  Le  premier  apôtre  de  Châlons,  Reims, 
1898.  —  Correz,  Recherches  sur  S.  Élaphe  et  S.  Lumier,  17'  et 
18'  évèques  de  Châlons,  Châlons,  1907.  —  Misset,  La  légende 
de  S.  Memmie,  ou  Menge,  patron  du  diocèse  de  Châlons,  1907; 
S.  Memmie,  la  gens  Memmia  et  Regulus,  Paris,  1912;  Le 
P.  Rapine  en  contradiction  avec  la  tradition  châlonnaise, 
Paris,  1913  (à  rapprocher  de  Lucot,  P.  Rapine  annaliste 
châlonnais  (1593-1648),  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'agriculture 
de  la  Marne,  1881,  p.  161).  —  E.  .Tovy,  Une  mystique  en  pays 
perthois  au  XVII'  s.,  Marie  Douzy  de  Verzet  (1639-79),  Vi- 
try-le-François, 1913.  —  Lettre  circulaire  de  Mgr  de  Prilly, 
évêque  de  Châlons  sur  le  clergé  de  l'arrondissement  de  Vitry- 
le-François,  dans  Soc.  îles  .sciences  et  arts  de  Vitry-le- 
François,  XXI,  661;  Le  séminaire  de  Soudé-Ste-Croix,  ibid., 
693.  —  Houtin,  La  controverse  de  l'apostolicité  des  Églises  de 
France  au  XIX'  s.,  Paris,  1903,  p.  87,  197,  234,  240, 256, 278. 
280.  —  Lallement,  Nos  séminaires  et  nos  évêques  au  lende- 
main de  la  Révolution,  Châlons,  1924.  -—  Vercauteren, 
Élude  sur  les  «  civiiates  '  de  la  Relqiqne  seconde.  Contribution 


32y  C  HALUNb-SUK-MAH 

à  l'histoire  urbaine  du  Nord  de  la  France, de  la  fin  du  ///«s.  (i 
la  fin  du  XI'  s.,  dans  Mém.  de  l'Acad.  royale  de  Belgique, 
XXXIII,  Bruxelles,  1934.  —  G.  Le  Bras,  État  religieux  et 
moral  du  diocèse  de  Châlons,  dans  Rev.  de  Champagne  et  de 
Brie,  1935,  p.  162-80.  —  Crozet,  Hist.  de  Champagne, 
passim.  —  William  Meiidel  Newman,  Le  domaine  royal  sous  ] 
les  premiers  Capétiens,  Paris,  1937,  p.  216.  —  G.  Rigault,  j 
Hist.  génér.  de  l'institut  des  Frères  des  Écoles  chrétiennes,  j 
I,  Paris,  1937,  p.  37,  397,  409;  m,  Paris,  1940,  p.  113.  —  | 
Communications  de  M.  l'abbé  Ulrich,  curé  de  Courtisols,  de 
M.   l'abbé   Gauroy,   curé   de   S. -Loup   de   Châlons,  de 
Mlle  Maillet,  de  M.  le  chanoine  Foillot.  — ■  Walter  Maas, 
Les  moines  défricheurs,  étude  sur  les  transformations  du 
paysage  aux  confins  de  la  Champagne,  Moulins,  1944. 

C.  Laplatte. 
CHALUS  (AiMEWic  UE).  Voir  Aimeric  de  Cha- 
Lus,  I,  1174-76. 

CHAM.  Voir  (^hammuensi ek. 

CHAMALIÈRES, 

Arvernensc,  dans  les  dioc,  caut.  et  arr.  de  Cleriiiont 
(Puy-de-Dôme).  Le  comte  de  S.-Geiiès,  sur  le  conseil 
de  l'évêque  S.  Prix  ( Praejectus ) ,  y  fonda,  vers  665, 
une  abbaye  de  moniales  sous  les  règles  des  SS.  Benoît, 
Césaire  et  Colomban.  Par  la  suite,  celle  de  S.  Benoît 
seule  prévalut.  Cinq  églises  y  furent  édifiées;  celle  de 
S. -Pierre  était  occupée  par  les  moniales,  celle  de  Ste- 
Cécile  par  les  moines.  Au  xvii«  s.,  ces  communautés 
furent  remplacées  par  un  collège  de  douze  chanoines. 

—  On  y  conservait  le  corps  d'une  Ste  Thècle.  A  la 
reconnaissance  qu'on  en  fit,  en  1684,  on  découvrit  une 
inscription  du  ix«  s.  identifiant  cette  sainte  locale,  ou 
soi-disant  locale,  avec  Thècle,  la  martyre  d'Iconium, 
supposée  contemporaine  de  S.  Paul.  —  L'église  prin- 
cipale fut  reconstruite  en  partie  au  xii«  s.  et  au 
xvii«  s.  Son  entrée  est  précédée  d'un  narthex  remar- 
quable. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'aiir.  France, 
V,  88.  —  Cottineau,  676-77.  —  H.  et  E.  du  Banquet,  Église  j 
de  Cit.  près  de  Clermont-Ferrand,  dans  Rev.  d'Auvergne,  i 
XLVi,  1932.  p.  1-68.  —  Gall.  christ.,  n,  321.  —  Mabillon,  | 
Ann.,  1,  328.  —  G.  Morin,  La  formation  des  légendes  proven- 
çales, dans  Rev.  bénéd.,  xxvi,  1909,  p.  24-31.  — -  Tardieu, 
Hist.  de  Montferrand  et  de  Chamalières,  Clermont,  1876. 

R.  Van  Doren. 

CHAMARD  (Dom  François),  bénédictin,  né  à 
Cholet  (Maine-et-Loire)  le  16  avr.  1828,  ordonné  prêtre 
le  17  déc.  1853,  entra  à  Solesmes  le  14  août  1854,  fut 
envoyé  à  Ligugé  le  23  juin  1865;  de  1890  à  1894  fut 
prieur  de  S.-Maur  de  Glanfeuil.  Réfugié  en  Belgique 
par  suite  des  expulsions,  il  mourut  à  Chèvetogne  le 
9  juill.  1 908.  —  Dom  Chamard  s'occupa  de  l'histoire  du 
Poitou  et  publia,  en  1863,  les  Vies  des  saints  person- 
nages de  l'Anjou.  Il  s'intéressa  surtout  à  l'étude  des 
origines  chrétiennes  et  à  l'histoire  apologétique  de 
l'Église,  et  dans  son  ouvrage  Les  Églises  du  monde 
romain  et  notamment  celles  des  Gaules  pendant  les  trois 
premiers  siècles  (1873),  se  fit  l'âpre  défenseur  de  l'apos-  j 
tolicité  de  ces  églises.  Sous  forme  d'annales  (1869-89), 
il  continua  l'Histoire  ecclésiastique  de  Rohrbacher.  Son 
meilleur  travail  traite  des  Reliques  de  S.  Benoît  (1882); 
il  établit  le  caractère  historique  de  la  translation 
au  vi«  siècle. 

Bull.  S.  Mart.  et  S.  Ben.,  xvi,  308-12.  —  P.  de  Montsa- 
bert.  Le  R.  P.  dom  Chamard,  dans  Bull.  S.  Mort,  et  S.  Ben., 
XVII,  1909,  p.  108-17;  Id.,  Dom  Fr.  Chamard,  Ligugé,  1909. 

—  Polybiblion,  1908,  p.  177.  —  «eu.  d'hist.  eccl.,  ix,  1908, 
p.  642.  —  Catholicisme,  ii,  878. 

R.  Van  Doren. 
CHAMAY  (Henri  de),  O.  P.,  remplaça  comme 
inquisiteur  du  Languedoc  Jean  Duprat,  nommé 
évêque  fl'fivreux  le  11  avr.  1328,  et  exerça  sa  charge 
jusqu'il  la  date  de  nomination  de  son  successeur, 
.\yinoii  de  Caumont  (20  janv.  1337).  Ses  actes  de  pro- 


iNh  (,  l-JAA)BAKLliA(,  iiijU 

cédure  sont  inclus  aux  mss.  A'XF//  et  xxviii  du  fonds 
Doat  à  la  Bibl.  nat.  de  Paris.  On  lui  doit  en  particulier 
le  renouvellement  par  Philippe  VI  de  Valois  des  privi- 
lèges accordés  aux  inquisiteurs  par  les  rois  de  France 
{Ordonnances  des  rois  de  France,  ii,  Paris,  1723,  p.  40). 
Le  roi  fit  plus  encore,  en  signifiant  aux  sénéchaux  de 
Nîmes,  de  Carcassonne  et  de  Toulouse  de  les  respecter 
(Hist.  de  Languedoc,  x.  Toulouse,  1889,  Preuves, 
col.  37-38). 

C.  Douais,  Documents  pour  servir  à  l'histoire  de  l'Jnguisi- 
tion  dans  le  Languedoc,  Paris,  1900.  —  Lea,  Hist.  de  l'Inqui- 
sition, trad.  S.  Reinach,  ii,  Paris,  1900-02.  —  J.-M.  Vidal, 
Bullaire  de  l'Inquisition  au  XIV'  s.,  Paris,  1913  (voir  la  table 
des  matières). 

(i.  MOLLAT. 

CHAMBARAND,  Campus  «ru/irfw.s,  abbaye  de 
cisterciens-trappistes  fondée  en  1868,  près  de  Roybon. 
dép.  de  l'Isère,  dioc.  de  Grenoble.  Mgr  Ginouilliac. 
avant  de  quitter  le  siège  de  Grenoble  pour  relui  de 
Lyon,  avait  acheté  le  terrain  nécessaire,  l'abbé  Coiu- 
balot  avait  fait  don  d'une  ferme  qu'il  possédait  dans 
cette  même  région,  et  l'abbé  de  Sept-Fons,  Jehan, 
baron  de  Durât,  avait  envoyé  une  colonie  de  ses 
moines.  Les  débuts  furent  extrêmement  pénibles  en 
raison  du  sol  ingrat;  deux  prieurs  s'y  succédèrent 
rapidement  :  dom  Alphonse  quitte  en  1870  et  dom  Jé- 
rôme Guénat  en  1873.  Le  troisième,  dom  Antoine 
Gaillard,  devint  abbé  en  1878.  Dom  J.-B.  Chautard  le 
remplaça  en  1897  jusqu'à  son  élection  à  Sept-Fons  en 
1899.  Depuis  lors  des  moniales  trappistines  ont  rem- 
placé les  moines. 

E.  Beaumont,  Sept-Fons  moderne  et  contemporain  (1789- 
1936),  Moulins,  1938.  —  Janauschek,  Origines  cisterc. 
Vienne,  1877,  p.  lxxvi.  —  Nortet,  N.-D.  de  la  Trappe  de 
Chambarand,  Grenoble,  1876. 

J.-M.  Canivez. 
CHAMBARLHAC  (Philippe  de).  Natif  du  Pé- 
rigord,  il  étudia  le  droit  civil  et  acquit  les  titres  de  pro- 
fesseur et  de  docteur.  La  i)rotectiou  du  cardinal  Ar- 
naud de  Via,  neveu  de  Jean  XXII,  lui  procura  des  bé- 
néttces,  canonicats  et  prébendes  à  Mende  et  à  S. -Pierre 
de  Rome  (27  et  28  déc.  1326),  qu'il  put  cumuler  avec 
ceux  de  S. -Front  de  Périgueux  —  la  provision  datait 
du  20  juin  1324  —  et  de  Compostelle  (24  sept.  1332). 
L'archidiaconé  de  Gand  et  un  canonicat  à  Tournai 
(4  oct.  1333)  lui  échurent  encore  (G.  Mollat,  Lettres 
communes  de  Jean  XXII,  v,  n.  19795;  vi,  n.  27391  et 
27396;  xii,  n.  58443;  xiii,  n.  61667,  61668).  —  Le 
1"  sept.  1332,  Philippe  recevait  de  la  Chambre  aposto- 
lique 40  florins  d'or  afin  d'atteindre  Rome,  où  le  pape 
l'avait  chargé  de  veiller  à  la  bonne  gestion  des  of- 
frandes déposées  sur  l'autel  de  la  confession,  à  S.- 
Pierre (K.  H.  Schâfer,  Die  Ausgaben  der  apostolischen 
Kammer  unter  Johann  XXII.,  Paderborn,  1911, 
p.  536,  et  G.  Mollat,  op.  cit.,  xii,  n.  58391).  Un  docu- 
ment du  30  nov.  1332  (ibid.,  n.  59050)  lui  attribuait  le 
titre  de  chapelain  pontifical  et  un  autre  du  20  juin  1333 
{ibid.,  n.  60597)  celui  de  vice-recteur  du  patrimoine  de 
S. -Pierre.  Dès  sept.  1332,  Philippe  avait  été  mandaté 
afin  de  recevoir  la  soumission  de  Viterbe,  révoltée 
contre  l'Église  romaine.  Il  prit  possession  des  clefs  de 
la  ville  et  du  château  de  Sipicciano  et  leva  toutes  les 
sentences  d'excommunication  précédemment  promul- 
guées contre  les  rebelles.  Jean  XXII  apprécia  ses 
talents  et  le  dota  de  la  lourde  charge  de  recteur  du 
patrimoine  (1"  juill.  1333)  (Mollat,  op.  cit.,  xii, 
n.  61317). 

La  pacification  du  domaine  ecclésiastique  exigeait 
de  l'habileté  et  de  l'énergie  :  Philippe  arracha,  par  la 
force  des  armes,  Orchia,  qu'avait  usurpé  Lando  Gatti, 
et  réduisit  à  l'impuissance  un  agent  de  désordres.  Ame- 
lia  cl  Todi  donnèrent  aussi  de  gros  soucis  au  recteur. 
Jean  XXII  n'eut  qu'à  se  louer  de  son  zèle.  Légiste 


331 


C  H  A  MB  A  liL  11  AL 


—  C  H  A  M  BÉH\ 


332 


avant  tout,  son  serviteur  lidèle  voulut  mettre  un 
terme  définitif  aux  contestations  perpétuelles  que  les 
sujets  de  l'Église  soulevaient  à  tous  instants,  en  com- 
mençant la  recollection  des  parchemins  attestant  les 
droits  que  possédait  le  S. -Siège.  Le  fruit  de  ses 
recherches  formera  l'amorce  du  précieux  Regislram 
curiae  patrimonii  beali  Pétri  iii  Tiiscia,  encore  existant 
aux  Archives  Vaticanes. 

Remplacé  par  Hugues  Augier  le  13  sept.  1335,  Phi- 
lippe fut  destiné  par  Benoît  XI l  à  la  carrière  diploma- 
tique (J.-M.  Vidal,  Lettres  patentes  et  closes  de  Be- 
noît XII,  I,  n.  527).  En  1336,  il  franchit  les  Pyrénées 
afin  d'amener  le  roi  de  Majorque  et  le  vicomte  de  Roca- 
berti  à  conclure  des  trêves  (Vidal,  op.  cit.,  n.  835-39, 
845  et  895).  Des  lettres  de  créance  du  4  déc.  1336  lui 
enjoignirent  de  liavaillcr  à  conclure  la  jjuix  entre 
Philippe  \1  du  N'alois  el  Édouard  III,  roi  d'Angle 
terre.  Des  aniliassadeurs  des  deux  princes  avaient  solh- 
cité  de  Benoit  Xll  de  s'interposer  entre  eux.  Mais  les 
exigences  du  roi  de  l-rance  rendirent  stériles  les  négo- 
ciations entamées  et  Philippe  de  Chambarlhac  reçut 
des  lettres  de  rappel,  le  6  févr.  1337  (G.  Daumet, 
Lettres  closes,  patentes  et  curiales  de  Benoît  XII, 
n.  238,  241,  244,  246  et  270).  Il  fut  plus  heureux  dans 
la  suite,  en  rétablissant  la  concorde  entre  la  maison  de 
Savoie  et  les  dauphins  de  Vienne  qui  étaient  en  lutte 
depuis  de  longues  années  (ibid.,  n.  335  et  357).  Le 
30  janv.  1338,  une  dernière  tâche  lui  restait  à  accom- 
plir, celle  de  lutter  contre  les  usurpateurs  des  biens 
ecclésiastiques  qui  avaient  profité  des  bouleverse- 
ments politiques  en  Savoie  et  en  Dauphiné  pour  arron- 
dir leurs  domaines  ;  leur  faire  rendre  gorge  fut  difficile 
{ibid.,  n.  402  et  403). 

A  un  homme  qui  avait  bien  servi  l'Église,  une  ré- 
compense s'imposait.  Benoît  XII  le  pourvut  de  l'évê- 
ché  de  Sion  (22  mai  1338)  et  Clément  VI  de  l'arche- 
vêché de  Nicosie  (25  sept.  1342).  Transféré  sur  le  siège 
de  Bordeaux  le  21  juiU.  1360,  Philippe  de  Chambar- 
lhac mourut  en  juin  1361,  à  S.-Thibéry  (Hérault). 

Œuvres.  -  Rapport  sur  la  situation  politique  du 
patrimoine  de  S. -Pierre  adressé  au  pape  et  publié  par 
R.  Cessi,  Roma  ed  il  patrimonio  di  San  Pietro  in 
Tuscia  dopo  la  prima  spedizione  del  Bavaro,  dans  Ar- 
chivio  délia  società  romana  di  storia  patria,  xxxviii, 
1914,  p.  57-86. 

M.  Antonelli,  Vicende  delta  doniinazione  puiitificia  nel  pa- 
Irimonio  di  San  Pielro  in  Tuscia  dalla  Iraslazione  delta  Sede 
alla  reslaurazione  delV  Albornoz,  Rome,  1904,  p.  75-82  et 
198.  —  P.  Fabre,  Registruin  curiae  patrimonii  Reati  Pétri  in 
Tuscia,  dans  Mélanges  d'archéol.  el  d'hist.,  ix,  1889,  p.  298- 
320.  —  A.  Sorbelli,  Vilerbo  nella  storia  delta  Chiesa,  i,  Vi- 
terbe,  1007.  —  C.  Calisse,  /  prefeiti  di  Vico,  Home,  1887.  -  - 
A.  Theiner,  Codex  diploinaticus  dominii  temporulis  Sanctae 
Sedis,  I  et  ii,  Rome,  1861.  —  G.  Krmini,  7  rettori  provinciali 
delta  slato  delta  Chiesa,  (la  Innocenzo  III  ail'  Albornoz,  dans 
Rivista  di  storia  del  dirilto  italiano,  iv,  1931,  p.  29-101.  — 
J.  Gremaud,  Rull.  de  la  Soc.  d'bisl.  et  d'archéol.  du  Périgord, 
VI,  1879,  p.  273-76.  —  De  Mas-Lastrie,  dans  Archives  de  la 
Soc.  de  l'Orient  latin,  u,  part.  I,  1884,  p.  267-72.  —  Mé- 
moires et  documents  de  la  Soc.  d'hist.  de  Suisse  romande, 
1876-80,  XXX,  577-78;  xxxii,  141-44.  —  H.  de  Montégut, 
Philippe  de  Chambarlhac,  évègue  de  Siou,  arclievèque  de 
Rordeaux,  dans  Rull.  de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  du  Péri- 
gord, xxxiv,  1907.  —  Gall.  christ.,  u,  836. 

G.  MOLLAT. 

CHAMBÉRY.  —  l.  ville.  —  I.  Histoire  som- 
maire. II.  Cathédrale.  III.  Ste-Chapelle.  IV.  Églises 
paroissiales.  V.  Établissements  religieux. 

I.  Histoire  sommaire.  —  La  ville  de  Chambéry  est 
construite  au  pied  de  la  colline  au  haut  de  laquelle  se 
trouvait  la  station  romaine  de  Léinenc,  mentionnée 
par  V Itinéraire  d'Antonin  (Lemnicum)  et  par  la  Table 
de  Peutinger  (l.emencum).  Elle  est  située  dans  inie 
petite  vallée  au  sol  sablonneux  et  maivcageux,  ([u'ar- 
rosent  les  torrents  de  la  Leysse  et  de  l'.Mbane,  à  la 


jonction  des  routes  de  Lyon,  de  Grenoble,  de  Genève 
et  de  l'Italie. 

Les  premières  mentions  de  Chand)éry  (Camberia- 
cum)  ne  remontent  pas  plus  haut  que  le  xr'  s.  En  1288. 
le  comte  de  Savoie.  Amédée  V  le  (irand,  lit  l'acquisi- 
tion du  château  qu'il  agrandit  et  fortifia,  pour  y  fixer 
:  sa  résidence  et  faire  de  Chambéry  sa  capitale.  Amé- 
.  dée  VI,  dit  le  comte  Vert,  commença  en  1371  la 
construction  de  nouveaux  remparts;  et  l'érection  de  la 
i  Savoie  en  duché,  en  1416,  donna  à  la  ville  un  éclat  nou- 
veau par  la  cour  nombreuse  et  brillante  qui  vint 
s'y  fixer. 

Chambéry  tomba  aux  mains  des  Français  en  1536, 
sous  le  règne  de  François  l'"';  et  l'occupation  dura  jus- 
qu'au traité  du  Cateau-Cambrésis,  en  1559.  qui  restitua 
le  duché  au  tluc  Emmanuel-Philibert.  En  1562. celui-ci. 
;  sans  doute  pour  elle  |>lus  à  l'abri  en  cas  de  nouvelle 
j  guerre,  li\a  sa  résidence  à  Turin,  laquelle  devint  bien- 
j  tôt  la  capitale  du  duché.  Chambéry  (  ounul  de  nou- 
veau l'occupation  française  sous  Henri  l\  .  de  1600  à 
1601;  sous  Louis  XIIL  de  1630  à  1631,  et  sous 
Louis  XIV,  de  1703  à  1713.  Pendant  la  guerre  de  Suc- 
cession d'Autriche,  ce  furent  les  Espagnols  qui  en- 
trèrent dans  la  ville  à  deux  reprises,  en  1 742  et  en  1 743. 
I  En  1792,  les  Français  s'emparèrent  encore  de  Cham- 
1  béry,  y  amenant  la  Révolution  qui  en  fit  le  chef-lieu  du 
1  nouveau  département  du  Mont-Blanc;  situation  qui 
'  dura  jusqu'au  traité  de  Paris,  en  1815.  Enfin,  en  1860, 
j  par  l'annexion  définitive  de  la  Savoie  à  la  France, 
Chambéry  devint  le  chef-lieu  du  département  de  la 
Savoie.  Ajoutons  que  la  ville  connut  encore  l'occu- 
pation allemande  de  1942  à  1945. 

Au  cours  de  son  histoire,  en  plus  du  joug  que  l'étran- 
ger lui  fit  subir  à  maintes  reprises,  Chambéry  eut  plu- 
sieurs fois  à  souffrir  de  grandes  calamités,  comme 
furent  les  inondations  provoquées  par  des  pluies  tor- 
rentielles en  1550,  1551  et  1553,  ce  qui  nécessita  l'éta- 
blissement d'une  digue  dont  la  construction  et  l'entre- 
tien coûtèrent  des  sommes  considérables;  comme  les 
ravages  de  la  peste  en  1551  et  1564;  comme  aussi  la 
Terreur  qui  y  régna  en  1793  et  la  dictature  du  sinistre 
Albitte  en  1794;  sans  compter  l'épouvante  provoquée 
j  par  l'invasion  des  Voraces  en  1848.  Le  dernier  en  date 
!  de  ces  malheurs  est  le  bombardement  de  l'aviation 
î  anglo-américaine  dont  les  appareils  lâchèrent  sur 
Chambéry,  le  26  mai  1944,  plus  de  400  bombes,  cau- 
sant en  un  instant  la  mort  de  120  personnes  et  jetant 
par  terre  un  nombre  considérable  de  maisons. 

II.  La  cathédrale.  —  Quand,  en  1779,  Chambéry 
fut  érigée  en  évêché.  on  choisit  pour  cathédrale  la  vaste 

!  église  des  Franciscains  conventuels,  construite  en  1439 
j  et  consacrée  en  1488  en  l'honneur  de  S.  l'^rançois  d'As- 
j  sise,  laquelle  était  devenue  j)aroisse  en  1777  i)our  rem- 
placer l'église  S. -Léger  démolie. 

Le  nouvel  évèque,  qui  devait  relever  immédiatement 
du  S. -Siège,  hérita  des  prérogatives  et  des  revenus  du 
j  doyen  de  la  Ste-Chapelle  du  château,  dont  le  chapitre 
j  fut  transféré  à  la  cathédrale. 

j  C'est  à  l'église  S. -François  qu'en  1453  on  avait  dé- 
posé le  S.  Suaire  avant  son  transfert  à  la  chapelle  du 
château  en  1502.  Désafi'ectée  en  1793,  la  cathédrale 
devint,  comme  temple  décadaire,  le  théâtre  de  toutes 
les  mascarades  révolutionnaires.  En  1802,  le  Concor- 
dat la  rendit  au  culte,  mais  avec  pour  patron  non  plus 
S.  F"rançois  d'Assise,  mais  S.  François  de  Sales. 

III.  La  Sainte-Chapelle. —  Construite  par  Amé- 
dée VIII  au  commencement  du  xv«  s.,  la  chapelle 

i  ducale  du  château  de  Chambéry  prit  le  nom  de  Ste- 
!  Chapelle  en  1502,  quand  elle  abrita  le  S.  Suaire,  qui 
'  devait  être  transféré  bientôt  â  Turin,  en  1578,  en  même 
temps  ([uc  la  cour  se  transporta  au  delà  des  monts. 
La  Sle-(;iiai)elle  était  soumise  iinmédiatenienl  au 
î  S. -Siège  et  le  doyen  avait  juridiction  sur  son  chapitre 


•  J  ô  ô 


(.HAAlliE  11  ^ 


334 


composé  de  douze  chanoines.  Ce  fut  ce  chapitre  qui,  en 
1779,  passa  à  la  cathédrale  lors  de  la  création  de  l'évê- 
ché  de  Chambéry. 

IV.  Églises  paroissialks.  —  Chambéry  comptait 
anciennement  trois  paroisses  :  S. -Pierre  de  Lémenc, 
S. -Léger  et  S. -Pierre  de  Mâché,  auxquelles  vint  s'ajou- 
ter, après  la  Révolution,  celle  de  Notre-Dame. 

1°  S.-Pierre  de  Lémenc.  —  Le  prieuré  de  S. -Pierre  de 
Lémenc  est  le  plus  ancien  établissement  religieux  de 
Chambéry.  Restauré  en  1029  par  le  roi  de  Bourgogne 
Rodolphe  III  et  sa  femme  Ermengarde,  il  appartenait 
à  l'ordre  de  S. -Benoît  et  dépendait  de  l'abbaye  lyon- 
naise d'Ainay,  ce  qui  ne  l'empêchait  pas  de  servir  en 
même  temps  de  paroisse.  Le  prieur  était  curé  de  tout  le 
territoire  de  Chambéry  et  avait  juridiction  sur  toutes 
les  églises.  Au  xvu«  s.,  les  Bénédictins  furent  remplacés 
au  prieuré  de  Lémenc  par  les  l-'euillanls,  puis  par  les 
l'raneiscahis.  .Aujourd'hui  ce  sont  les  religieuses  de  la 
Visitation  qui  Loccupent.  -  L'église  coini)orte  une 
crypte  apj)elée  N.-D.-sous-lerre.  avec  un  baptistère 
vieux  de  plus  de  mille  ans.  qui  est  le  monument  chré- 
tien le  plus  ancien  de  la  Savoie  et  l'un  des  plus  anciens 
de  toute  la  France. 

2"  S. -Léger.  —  Cette  église,  dédiée  à  S.  Léger, 
évêque  d'Autun.  était  primitivement  la  seule  paroisse 
située  à  l'intérieur  des  murs  de  Chambéry.  Fondée  au 
XI"  s.,  l'église  avait  été  rebâtie  au  xin«.  Mais  dès  le  dé- 
but du  xvi»  s.,  le  bâtiment  menaçait  ruine  et  on  décida 
de  le  démolir.  Toutefois,  ce  ne  fut  qu'en  1760  que  ce 
projet  fut  mis  à  exécution.  La  paroisse  fut  alors  trans- 
férée à  la  Ste-Chapelle,  puis  à  l'église  S. -François 
en  1777. 

3°  S.-Pierre  de  Mâché.  —  Au  xiv"  s.,  le  comte  de  Sa- 
voie fit  construire  près  du  château  de  Chambéry,  là  où 
se  trouve  aujourd'hui  le  passage  Henri-Murger,  une 
petite  église  qui  prit  d'abord  le  nom  de  S.-Pierre-sous- 
le-Château.  Elle  était  destinée  à  desservir  tout  le  quar- 
tier situé  au  pied  du  château,  ainsi  que  le  faubourg  de 
Mâché.  Mais  un  jour  vint  oii  les  habitants  dudit  fau- 
bourg se  plaignirent  d'être  séparés  de  leur  paroisse  par 
les  murs  de  la  ville,  dont  les  portes  étaient  souvent 
fermées.  En  conséquence  l'église  fut  démolie  en  1718 
et  rebâtie  en  dehors  de  l'enceinte  en  1721.  L'église  ac- 
tuelle date  de  1832  et  porte  le  nom  de  S.-Pierre 
de  Mâché. 

4°  Notre-Dame.  —  L'église  N.-D.  n'est  autre  que 
l'ancienne  chapelle  du  collège  des  Jésuites,  recons- 
truite à  la  fin  du  xvi«  s.  et  consacrée  en  1646.  Elle  fut 
confiée  en  1777  aux  Franciscains  et  devint  paroisse 
après  le  Concordat,  en  1803. 

V.  Établissements  religieux.  —  1°  Avant  la  Ré- 
volution. —  1.  Hommes.  —  Il  y  avait  à  Chambéry, 
avant  la  Révolution,  des  chanoines  hospitaliers  de  S.- 
Antoine de  Viennois  (xii«  s.);  des  hospitaliers  de 
S.-Jean  de  Jérusalem;  des  franciscains  conventuels  ou 
cordeliers  (1220);  des  dominicains  (1418);  des  francis- 
cains de  l'Observance  (xv«  s.);  des  jésuites  (1564);  des 
capucins  (1580);  des  augustins  (1616);  des  carmes 
(1639). 

2.  Femmes.  —  Les  couvents  de  femmes  étaient  ceux 
des  clarisses  urbanistes  (xiii«  s.);  des  clarisses  réformées 
(1470);  des  ursulines  (1613);  des  bernardines  de  la 
Réforme  de  S.  François  de  Sales  (1620);  des  visitan- 
dines  (1624);  des  carmélites  (1634);  des  annonciades 
(1641). 

2°  État  actuel.  —  1.  Hommes.  — ■  Les  capucins  sont 
établis  au  faubourg  de  Montmélian;  et  les  frères  des 
Écoles  chrétiennes,  à  l'orphelinat  du  Bocage. 

2.  Femmes.  —  En  plus  des  visitandines  et  des  carmé- 
lites, qui  revinrent  après  la  Révolution,  on  trouve  les 
filles  de  la  Charité  de  S. -Vincent  de  Paul,  à  l'orphelinat 
(lu  Bocage;  les  sœurs  de  Charité  au  grand  séminaire, 
dans  les  hôpitaux,  les  ouvroirs  et  les  patronages;  les 


sœurs  de  S.-Josepit  (1812),  qui  ont  a  Chambéry  leur 
maison-mère,  et  sont  établies  à  l'orphelinat  et  dans 
diverses  cliniques;  les  sœurs  du  Bon  Pasteur  (1839); 
les  sœurs  gardes-malades  de  N.-D.  Auxiliatrice  (1869); 
les  sœurs  de  V Immaculée-Conception. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'ancienne  l-'rance, 
IX,  Province  ecclésiastique  de  Vienne,  Paris  et  Ligugé,  1932, 
p.  177-88  (—Arch.  de  la  France  mon.,  xxxvi).  —  Abbé  F. 
Bernard,  Les  origines  féodales  en  Savoie  et  en  Dauphiné, 
Grenoble,  1949  (ouvrage  très  important).  —  Burlet, 
Les  cordeliers  de  Chambéry,  dans  Mém.  Soc.  savais,  hist. 
archéol.,  IV«  sér.,  v.  —  Burnier,  Hist.  du  sénat  de  Savoie  et 
des  autres  compagnies  judiciaires  de  la  même  province,  dans 
Mém.  Acad.  Savoie,  II»  sér.,  vi  et  vu.  —  Le  Carmel  de  Cham- 
béry, fondation  tic  la  princesse  Marie-Liesse  île  Lnxembourij, 
1634.  Souvenirs  de  la  dispersion  et  chronique  de  la  restaura- 
lion,  1792- isys.  Tournai,  1910.  T.  (lhapperon,  Cliambéry 
à  la  fin  du  Xrv  s.,  Paris,  186;i.    -  Chevalier,  T.-B.,  tii  1-42. 

—  J.  Cochon,  [.'éijli.se  des  Cordeliers  devenue  la  cuthédrale  de 
Chambéry,  diiiis  Mém.  Soc.  savois.  hist.  archéol.,  j.\  m,  1918. 

I        Costa  de  Beauregard,  La  din  ltes.se  de  \'enlailour,  lonilu-  , 
I   Irice  du  Carmel  de  Chambéry,  dans  Savoie  lillér.  et  scientif., 
j    1921.  —  Louis  Dimier,  Hist.  de  Savoie,  des  origines  à  l'an- 
nexion, Paris,  1913.  —  Fivel,  Le  château  et  la  Ste-Chapelle  de 
Chambéry,  dans  Mém.  Soc.  savois.  hist.  archéol.,  vi.  -  Fo- 
déré.  Narration  hist.  et  topogr.  des  convens  de  l'ordre  de 
I  S.-François   en   la    province    anciennement    appellée  de 
I  Bourgonyne,   Lyon,    1619.  —   Grillet,   Dictionn.  histor. 
littér.  et  statistique  des  dép.  du  Mont-Blanc  et  du  Léman, 
Chambéry,   1807,   3   vol.   in-S"  :  v   Chambéry,    n,  30- 
192.  —  Fernand  Hayward,  Hist.  de  la  maison  de  Savoie, 
Paris,  1941-43,  2  vol.  —  A.  de  Jussieu,  La  .Ste-Chapelle  du 
château  de  Chambéry,  dans  Mém.  Acad.  Savoie,  II"  sér.,  x.  — 
Henri  Ménabréa,  Hist.  de  Savoie,  Paris,  1933.  —  Léon  Mé- 
nabréa,  Hist.  municipale  et  politique  de  Chambéry,  Chambé- 
ry, 1846.  —  Micalod,  L'église  de  Lémenc,  Chambéry,  1906. 

—  Gabriel  Pérouse,  Le  château  de  Chambéry,  dans  Mém.  Soc. 
savois.  hist.  archéol.,  LViii;  Id.,  Le  vieux  Chambéry,  guide 
histor.  et  archéol.,  Chambéry,  1937.  —  Perrin,  L'église 
paroissiale  de  S.-Léger  à  Chambéry,  dans  Mém.  Soc.  savois. 
hist.  archéol.,  vu;  Id.,  Les  hospitaliers  et  la  commanderie  de 

I  S.-Antoine  de  Chambéry,  dans  Mém.  Acad.  Savoie,  IV"  sér., 
II.  -  Perrin  et  Bouvier,  Le  premier  collège  de  Chambéry, 
ibid.,  XI.  —  Ral)ut,  JJocuments  relatifs  au  couvent  de  S.-Do- 
minique  de  Chambéry,  dans  Mém.  Soc.  savois.  hist.  arcliéol., 
I  et  II;  Id.,  Les  Antonins  de  Chambéry,  dans  Mém.  Soc. 
savois.  hist.  archéol.,  vit.  —  De  Saint-Andéol,  d'Oncieu  et 
Pillet,  Le  baptistère  de  Lémenc,  dans  Mém.  Acad.  Savoie, 
11"  sér.,  IX.  —  B.  Secret,  Le  Bon-Pasteur  de  Chambéry 
(1839-1939),  Chambéry,  1940.  —  Fr.  Trépier,  Ste-Claire 
hors  ville  et  l'hôpital  militaire  de  Chambéry,  dans  Mém.  Acad. 
Savoie,  IV"  sér.,  ni,  1890. 

II.  DIOCÈSE.  —  I.  Origines  et  histoire  sommaire. 
II.  Liste  des  évêques.  III.  Établissements  religieux. 
IV.  Pèlerinages. 

I.  Origines  et  histoire  sommaire.  —  Le  diocèse 
de  Chambéry  (Camberiensis)  est  l'un  des  derniers  en 
I  date  des  diocèses  de  France,  non  pas  seulement  du  fait 
de  l'annexion  de  la  Savoie  eu  1860,  mais  encore  parce 
que  sa  création  ne  remonte  qu'à  la  fin  du  xviii^  s. 
Jusqu'à  cette  époque,  le  territoire  de  la  ville  et  des  en- 
virons relevait  du  diocèse  de  Grenoble,  suffragant  de 
Vienne.  C'était  ce  qu'on  appelait  le  décanat  de  Savoie, 
ou  de  S. -André,  dont  cinq  paroisses,  y  compris  celle  de 
S. -André,  furent  ensevelies  dans  les  abîmes  de  Myans, 
en  1248,  par  l'éboulement  du  mont  Granier. 

Les  ducs  de  Savoie  voyaient  de  mauvais  œil  leur 
capitale  et  cette  portion  de  leurs  États  placées  sous  la 
juridiction  d'un  évêque  français.  Plusieurs  fois  des  dé- 
marches furent  entreprises  pour  mettre  fin  à  cet  état 
de  choses.  Ce  fut  d'abord  la  régente  du  duché,  Yolande 
de  France,  veuve  du  duc  Amédée  IX,  qui  parvint  à  ob- 
tenir du  pape  Sixte  IV  une  bulle  en  date  du  20  juin 
1474,  qui  soustrayait  le  décanat  de  Savoie  à  la  juridic- 
tion de  l'évêque  de  Grenoble.  Mais  Louis  XI  en  prit 
ombrage,  et  deux  ans  phis  tard,  sur  son  intervention, 
le  pape  dut  révoquer  sa  bulle.  Un  nouvel  essai  fut 
I  tenté  par  le  duc  Charles  111  auprès  du  pai)e  Léon  X, 


335 


C    A  M  B  É  R  ^ 


qui  aboutit  à  l'érection  de  Cliainbéry  en  archevêché,  le 
21  mai  1515.  Mais,  cette  fois  encore,  le  roi  de  France, 
qui  était  François  I"^',  rendit  cette  décision  sans  elTet. 
Ce  ne  fut  qu'au  xviii'^  s.  que  le  roi  de  Sardaigne  Victor- 
Amédée  III  put  enfin  aboutir.  Après  entente  avec 
Louis  XVI  et  l'évêque  de  Grenoble,  il  obtint  d'abord 
du  pape  Pie  VI  que  le  décanat  de  Savoie  fût  soustrait 


clergé.  Le  serment  fut  imposé  à  tous  les  prêtres,  el 
l'émigration  du  clergé  commença. 

Le  diocèse  fut  supprimé  par  la  Révolution,  qui  créa 
celui  du  ÎSIont-Blanc,  avec  pour  chef  un  évêque  consti- 
tutionnel dont  le  siège  fut  fixé  à  Annecy.  Mgr  Conseil, 
le  premier  évêque  de  (^hambéry,  pour  avoir  refusé  le 
serment  et  protesté  contre  la  nomination  d'un  intrus, 


LÉGENDE 

^^^^n* Limites  des  diocèses 

—  Limites  du  département 

® 

ARCHIPRÉTRe 

o 

Paroisse 

Abbaye 

t 

Ancienne  chapirwee 

Ancien  prieuré 

Échelle 

;    3    4    s   s    T    B   4  ibKm 

Meyrieuf      le  Bourget  it^viers  ^Méry 

S'Pierre-  "Voglans 
'd-A/„ey  leTreUlay 

Veret 


Ail 
le-Jeune 


Xhampagnetjx 

dt^RMe^nl'"^"'"^"        "  """TTE  SERVOLEX 

^STGENIX        °i"^'":y  Biss<,  J  ''^^  '  ° 

.  Arressiem  ,,    ,     oA-n      A        ■'"^P"'     Mâché  «)Notre-Dame  Curieiine 
m  ^  î  "laRavoire 

»      ^      Dullin  ^  S'Cassw  ^       S'Badalph  s'Joire- 

Domessin         ^o^.^  "AiguebeleUe      °  lmala}nale°  "Prieuré 
LêSQNT  de  aisBridOire 
BEAtiVoiSIN  Oiicm 

S^Béron      °  S^fhibaud-de-Coui  ^  France 


STPIERRE  O'ALBIGN 

® 

S^Jean-de 
la- Paru  CM. 

/  Hauteville* 
OISE  /  o  • 

ApremoM  Uyans  ^Chigm'n    .  .      /  oVillard-iLHéty 
"    .  5K.  *  S'PirrrtalaJriniU 


IsThtiile 


S'franc 


o/a  Bauche 

S^Jesn-de-Coui 

^•Pierre-  s'Chnstophe-  ^"fti^ont-lfVieà^ 
de  Geaebrm^la  Grotte 


/         °  la  Table  * 

LA  ROCHETTE  "Etable  J 
Molettes     o        ®   aPresIe  / 

l„^tjitiri  Villaraui 
^^^"\'laChipelleiAr>illartl 


S'-Pierrt-  ,« 

'/i'Fnlrpmnnt  * 


GRE 


O   B  L  E 


•t  ChartTBus^ 
*ïde  S^Hugon 


Fig.  lOG.  —  Carte  du  diocèse  de  Chambéry. 


au  diocèse  de  Grenoble,  pour  être  rattaché  à  l'abbaye 
de  S. -Michel  de  la  Cluse,  en  date  du  8  juill.  1775.  Enfin, 
par  bulle  du  8  août  1779,  Chambéry  fut  érigée  en 
évêché. 

Le  nouveau  diocèse  comprenait  le  décanat  de  Sa- 
voie, avec  un  total  de  64  paroisses;  et  l'église  des 
franciscains  de  Chambéry  fut  choisie  pour  cathédrale. 
Dix  ans  à  peine  après  sa  fondation,  il  subit  le  contre- 
coup de  la  Révolution  française  qui  y  sema  le  trouble 
en  maints  endroits.  Puis  ce  fut  l'invasion  de  la  Savoie 
par  les  armées  révolutionnaires,  en  1792:  avec  pour 
consé(iuencc  la  confiscation  des  biens  d'I^giise,  suivie 
bientôt  de  la  proclamation  ilu  la  Constitution  civile  du 


fut  retenu  captif  dans  son  évêché;  et  c'est  là  qu'il  mou- 
rut en  1793,  prisonnier  de  la  Révolution.  Ce  fut  ensuite 
la  Terreur  avec  ses  fusillades  et  ses  déportations  en 
masse,  tandis  qu'un  petit  groupe  de  prêtres,  au  prix 
de  mille  difficultés,  réussissaient  à  assurer  tant  bien 
que  mal  le  ministère  des  âmes,  au  risque  de  leur  vie. 
En  1802,  avec  la  paix  religieuse,  le  Concordat  rétablit 
le  diocèse,  mais  avec  le  titre  de  Chambéry  et  Genève, 
sous  le  patronage  de  S.  François  de  Sales,  lui  attri- 
buant un  territoire  considérablement  accru,  pour 
corresjjondre  aux  limites  des  deux  départements  du 
Mont-Blanc  et  du  Léman  (act.  ceux  de  Savoie  el  de 
llte-Savoie).  C'est  ainsi  qu'en  i)lus  du  décanal  de  Sa- 


il 


voie  le  nouveau  diocèse  comprenait  les  diocèses  de 
Genève-Annecy,  de  Tarentaise  et  de  Maurienne,  ainsi 
que  le  Pays  de  Gex,  avec  Lyon  pour  métropole.  Mais 
pendant  de  longues  années  encore,  le  manque  de 
prêtres  rendit  très  dilficile  la  reconstitution  des 
anciennes  paroisses. 

En  nov.  1815,  le  second  traité  de  Paris  rendit  la  Sa- 
voie à  ses  princes.  Deux  ans  i)lus  tard,  le  16  juill.  1817, 
le  diocèse  de  Chambéry  fut  séparé  de  Lyon  et  érigé  en 
archevêché,  avec  .Voste  pour  suffragant,  comptant 
jusqu'à  627  paroisses.  Mais  bientôt,  le  8  sept.  1819,  il 
se  vit  amputer  de  (ienève  et  de  toutes  les  paroisses  du 
canton,  qui  furent  rattachées  au  diocèse  de  Lausanne 

—  ce  qui  entraîna  la  suppression  du  titre  de  Genève, 
désormais  uni  à  Lausanne.  Nouvelles  anij)utations  le 
15  févr.  1822  par  le  rétablissement  du  diocèse  d'Anne- 
cy; puis  ))ar  la  restitution  du  Pays  de  Gex  au  diocèse 
de  Belley,  le  U  ocl.  de  la  même  année;  et  enfin,  par  le 
rétablissement  des  diocèses  de  Tarentaise  et  de  Mau- 
rienne, le  ;■)  août  1825. 

Le  diocèse  de  Chambéry  se  trouva  alors  réduit  au.\ 
limites  qu'il  a  encore  aujourd'hui,  comprenant  ()6  pa- 
roisses du  décanat  de  Savoie  détachées  du  diocèse  de 
Grenoble  (des  64  paroisses  de  1779,  4  furent  suppri- 
mées par  la  Révolution  et  6  furent  créées  depuis  1803); 
45  détachées  du  diocèse  de  Genève;  39  de  Belley;  16  de 
Maurienne;  et  6  de  Tarentaise.  Ce  territoire  correspond 
à  celui  de  l'arrond.  de  Chambéry,  à  quoi  il  faut  ajouter, 
d'une  part,  8  paroisses  de  l'arrond.  d'Albertville  et  10 
de  celui  d'Annecy,  au  départ,  de  la  Hte-Savoie;  et 
retrancher,  d'autre  part,  8  paroisses  rattachées  au 
diocèse  de  Maurienne.  Ce  qui  représente  une  super- 
ficie de  1  500  km^,  avec  une  population  d'environ 
130  000  âmes.  Les  paroisses  sont  au  nombre  de  174, 
réparties  en  21  archiprêtrés. 

Le  diocèse  de  Chambéry  a  pour  suffragants  les 
diocèses  d'Annecy,  de  Tarentaise  et  de  Maurienne. 
Quant  à  celui  d'Aoste,  il  fut  rattaché  à  la  métropole 
de  Turin  en  1862,  peu  après  l'annexion. 

Les  troubles  de  1848  eurent  leur  écho  en  Savoie 
comme  partout.  Le  Statulo  accordé  par  le  roi  Charles- 
Albert  marque  le  commencement  de  l'esprit  nouveau, 
qui  se  manifesta  bientôt  par  l'expulsion  des  Jésuites  de 
Chambéry  et  la  loi  sur  les  congrégations,  qui  confis- 
quait les  biens  des  religieux.  Persécution  qui -contribua 
à  détacher  la  Savoie  de  ses  princes  et  à  préparer  l'an- 
nexion de  1860.  Depuis  cette  date,  le  diocèse  de  Cham- 
béry n'a  connu  d'autres  vicissitudes  que  celles  qui  sont 
communes  à  tous  les  diocèses  de  France  :  la  disper- 
sion des  congrégations  en  1880,  l'école  laïque  en  1887, 
la  loi  de  Séparation  en  1905,  qui  confisquait  les  biens 
d'Église;  et  au  milieu  de  tout  cela,  la  déchristianisa- 
tion menée  lentement,  mais  sans  relâche,  par  un  pou- 
voir athée. 

II.  Liste  des  évêques.  —  1.  Michel  Conseil,  ancien 
vicaire  général  et  officiai  du  dioc.  de  Genève,  1780-93. 

—  2.  René  des  Moustiers  de  Mérinville,  anc.  év.  de  Di- 
jon, 1803;  démissionnaire,  1805.  —  3.  Irénée-Yves  de 
Selle,  anc.  év.  de  Digne,  1805;  archev.,  1817-23.  — 
4.  François-Marie  Bigex,  anc.  év.  de  Pignerol,  1824-27. 

—  5.  .\ntoine  Martinet,  anc.  év.  de  Tarentaise,  1828- 
39.  —  6.  Alexis  Billiet,  anc.  év.  de  Maurienne,  1840-73 
(cardinal  en  1861).  —  7.  Pierre-Anastase  Pichenot, 
anc.  év.  de  Tarbes,  1873-80.  —  8.  François  de  Sales- 
Albert  Leuillieux,  anc.  év.  de  Carcassonne,  1881-93.  — 

9.  François  Hautin,  anc.  év.  d'Évreux,  1893-1907.  — 

10.  Gustave- Adolphe  de  Pélacot,  anc.  év.  de  Troyes, 
15  juin-5  août  1907.  —  11.  François- Virgile  Dubillard, 
anc.  év.  de  Quimper,  1907-14  (cardinal  en  1911).  — 
12.  Dominique  Castellan,  anc.  év.  de  Digne,  1915-36. 

-  13.  Pierre-Marie  Durieux.  anc.  év.  de  Viviers,  1937- 
17.  1  1.  I.ouis-Marie-Fernand  île  Bazclaire  de  Rup- 
pière,  anc.  sup.  du  grand  séminaire  de  Nancy,  1947. 


III.  ÉTABLISSEMENTS   KELIOIEUX.       -    1'^   Avulll  la 

Révolution.  —  Le  diocèse  comptait  deux  collégiales  :  à 
Chambéry,  la  chapelle  du  château;  à  Aix,  Notre- 
Dame,  érigée  en  1513.  En  plus  de  cela,  on  y  trouvait  un 
grand  nombre  d'ordres  religieux  d'hommes  :  Ordre  de 
S.-BenoU  :  les  prieurés  de  S. -Pierre  de  Lémenc  (xi'=  s.); 
de  S. -Ours,  ou  S. -Philippe,  de  la  Porte,  à  S.-Jean-de- 
la-Porte  (xi<^  s.);  du  Bourget  (vers  1030):  de  S.  Hippo- 

I  lyte,  ou  S.-Paul,  d'Aix;  de  N.-D.-du-Granier  d'Apre- 
mont,  anéanti  en  1248,  par  la  chute  du  mont  Granier; 
de  S.-Nicolas  d'Arbin  (1011);  de  S. -Christophe  de  Fré- 
terive;  de  N.-D.  des  Échelles  (1042);  de  S. -Maurice  de 
Montailleur;  de  S.-Badoli)h,  qui  remplaça  N.-D.  du 
Granier  après  la  catastrophe  de  1248;  de  S.-Martin  de 

i  Voglans  (1042  ou  1043).  -  Cluini)ines  réguliers  de  S.- 
Auyuslin  :  les  prieurés  de  S.-Jeoire  (1110);  de  N'.-D. 
d'Aix  (xir  s.),  qui  devint  collégiale  en  1513;  de  N.-D. 

;  d'Arvillard;  de  S. -Barthélémy  de  Bassens;  de  S.-Va- 
lentin  de  Bissy;  de  S. -Maurice  de  Clarafoiid  (conuncn- 
cemeut  du  xir  s.);  de  S. -Jean-Baptiste  de  la  Motlc- 

^  Servolex;  de  N.-l).  de  Thoiry  (xii«  s.).  -  Cliurireux  : 
la  chartreuse  de  S.-Hugon,  à  Arvillard  (1173). 
Couvents  divers  :  dominicains,  à  Montmélian  (1318); 
carmes,  à  La  Rochette  (1329)  et  au  Pont-de-Beauvoi- 
sin  (xiv«  s.);  franciscains  de  l'Observance,  à  Myans 
(1458);  capucins,  à  Montmélian  (1596);  ermites  de  S.- 
Augustin, à  S.-Pierre-d'Albigny. 

2°  Étal  actuel.  —  1.  Hommes.  —  Abbaye  N.-D. 
d'Hautecombe,  près  S.-Pierre-de-Curtille;  ancienne 
abbaye  cistercienne  (1135),  reprise  en  1922  par  les 
bénédictins  de  Ste-Madeleine  de  Marseille,  de  la  con- 
grégation de  France.  Hautecombe  fut  choisie  comme 
lieu  de  sépulture  par  les  princes  de  la  maison  de  Sa- 
voie tant  qu'ils  eurent  leur  capitale  à  Chambéry.  — 
Abbaye  N.-D.  de  Tamié,  près  Plancherine,  cisterciens 
(1132),  dont  le  premier  abbé,  S.  Pierre,  mourut  arche- 
vêque de  Tarentaise.  —  Maison  d'études  des  domini- 
cains de  la  province  de  Lyon,  à  Leysse.  —  Frères  des 
Écoles  chrétiennes,  à  la  Motte-Servole.x. 

j  2.  Femmes.  —  .Sœurs  auyustines  de  la  Ctiurité,  au 
Pont-de-Beauvoisin  (1818);  filles  de  la  Charité  de  S.- 
Vincent de  Paul,  à  l'orphelinat  des  Marches;  sœurs  de 
Charité  dans  un  grand  nombre  d'asiles,  d'hôpitaux, 
d'ouvroirs,  de  patronages;  sœurs  gardes-malades  de 
N.-D.  Auxiliatrice,  à  Aix-les-Bains  (1890);  sœurs  de 
N.-D.  du  S. -Rosaire,  dans  plusieurs  écoles  et  hôpitaux; 
sœurs  de  S. -Joseph,  dans  un  grand  nombre  d'hôpitaux, 
ouvroirs,  patronages,  écoles  et  orphelinats. 

IV.  PÈLERINAGES.  —  1°  La  Vlcrgc  noire  de  N.-D.  de 
Myans,  ou  de  N.-D.  de  Savoie;  lieu  de  pèlerinage  très 
ancien,  devenu  très  populaire  depuis  qu'à  la  chute  du 
Granier  (1248)  la  masse  énorme  des  éboulis  épargna  le 
sanctuaire  de  la  Vierge.  Particulièrement  fréquenté  à 
la  fête  de  la  Nativité  (8  sept.)  et  pendant  le  mois  de 
Marie.  —  2°  Chapelle  S.-Anthelme,  à  Chignin;  cons- 
truite sur  les  ruines  du  château  de  Chignin,  lieu  d'ori- 
gine de  S.  Anthelme,  général  des  Chartreux  et  évêque 
de  Belley,  mort  en  1 178.  Fête  le  26  juin.  —  3°  N.-D.  de 
l'Aumône,  à  Rumilly;  ancienne  chapelle  de  chanoines 
réguliers  reconstruite  au  xx«  s.  La  statue  de  la  Vierge 
fut  couronnée  le  16  juin  1946,  à  l'occasion  des  fêtes  du 
septième  centenaire.  —  4.  N.-D.  de  Bellevaux-en- 
Bauges.  Pèlerinage  des  paroisses  environnantes,  le 
lundi  de  la  Pentecôte,  à  une  petite  chapelle  édifiée  sur 
l'emplacement  de  l'ancien  i)rieuré  clunisien  de  Belle- 
vaux  (1090). 

R.  Avezoïi,  La  Sauoie  depuis  les  réjormes  de  Charles-Al- 
bert jusqu'à  l'annexion  à  la  France,  et  La  Savoie  française 
.sous  le  Second  Empire,  dans  Mém.  .Soc.  saimis.  hist.  archéol., 
T.xix-Lxx,  I9:i2-,'Î3,  et  r.xxiv,  19.{7-;H«;  Id..  llisl.  de  .Savoie, 
l'uris,  19tl  ((;<)ll.  Que  sais-jf'.').  Ucaunier-Ui-sse, 
Imye.s...,  IX,  cité  plus  liuul.  Ahbo  Ueriuircl,  llist.  du 
décanat  de  la  Horbetle  (décanal  de  Val-Penouse),  Chaui- 


I.  Il  A  .M  15  K  II  \ 


(.  H  A  .MB  J!  LM».\  I  A)  \ 


béry,  1931;  Id.,  -lu  puyi  de  Montinayeur,  «  in  agro  Piijiii)- 
nensi,  1036  »,  Chanibéry,  1933.  —  Besson,  Mém.  pour 
l'hist.  ecclés.  des  dincése.s  de  Genève,  Tarentaisc,  Aoste  cl 
Maurieime,  Nancy  (Annecy),  1759.  -  Mgr  AI.  Billiel, 
Constitutions  et  instructions  synodales  du  tliocèse  de  Cham- 
l'éry,  Chambéry,  1842;  Id.,  Mém.  pour  sert'ir  à  l'Iiist.  ecclés. 
du  diocèse  de  Chambéry,  Chambéry,  186.">.  —  AlJbc  J.  Biir- 
lel.  Le  culte  de  Dieu,  de  la  Ste  V'iertje  et  des  xain/.v  en  Savoie 
avant  la  Révolution,  Chambéry,  1916.  -  M.-A.  rte  Buttet 
d'Entremont,  Notes  historiques  sur  l'éijtise  et  le  prieuré  du 
Bourget,  dans  Mém.  Soc.  savais,  hist.  archéoh.  II»  sér., 
XXVIII.  —  Abbé  A.  Cartier,  Le  prieuré  de  S.-Jeoire,  Myans, 
1941;  Id.,  La  Vierge  noire  de  Myans,  Myans,  1942.  — 
Chevalier,  T.-B.,  641-12.  —  Chan.  Chevray,  Notice  histor. 
sur  N.-D.  de  Myans,  Chambéry,  1848.  C.  Despine, 
Sanctuaire  et  abymes  de  Myans,  .Vunecy,  1862.  ~  Fodéré, 
op.  supra  cil.  -  G(dl.  christ.,  \vi,  655-.')8;  insir.,  323-30.  - 
(lams,  828  el  .Sup])!.,  ii.'i.  Luvancliy,  Le  diocèse  de  Genève 
(partie  de  Savoie)  pciidtuil  lu  Révolution  française.  \nnw\. 
1891,  2  vol.  Al)bé  (i.  Loridon.  Discours  île  réception  l'i 
l'Académie  de  Savoie  (sur  l'origine  des  diocèses  do  Savoie), 
dans  Mém.  Acad.  Savoie,  V"  sér..  vu.  —.1'.  .Maillel,  l'èleri- 
nage  de  N.-J).  de  Myans.  19(Kt.  -  Al)bé  P.  Martin,  .\.-D.  de 
l'Aumône  à  Rumilly.  Iiunull>,  1913.  A.-l..  Millin. 
Voyage  en  Savoie,  en  Piémont,  à  .Nice  et  à  Gênes,  Paris,  1816, 
2  vol.  —  Abbé  Ém.  Moleins,  Hist.  religieuse  de  la  Révolu- 
tion dans  le  premier  diocèse  de  Chambéry  (1792-1802), 
Bellcy,  1942;  Id.,  Nos  missionnaires  savoyards  depuis  le 
Concordai  (de  1802  à  1942),  Belk-y,  1943.  —  L.  Morand, 
Personnel  ecclésiastique  du  diocèse  de  Chambéry  de  1802  à 
1893,  Chaniliéry,  1893.  —  P.  Mothon,  Le  couvent  des 
frères  prêcheurs  de  Montmélian,  dans  Mém.  Soc.  savais,  hist. 
arehéol.,  xxiii,  1885.  —  G.  Pérouse,  Les  environs  de  Cham- 
béry, Chambéry,  1926-27,  2  vol.  —  M.  Perroud,  Le  jansé- 
nisme en  Savoie,  Chambéry,  1945.  —  Poncet,  Étude  liistor. 
et  artist.  sur  les  anciennes  églises  de  la  Savoie,  dans  Mém. 
Acad.  salésienne,  vu.  —  Trépier,  Rech.  histor.  sur  le  décanat 
de  S.-André,  dans  Mém.  Acad.  Savoie,  ïll"  sér.,  vi  et  vu.  — 
Abbé  J.  Trésal,  L'annexion  de  la  Savoie  à  la  France  (1848- 
60),  Paris,  1913.  —  F.  Vermale,  La  Révolution  en  Savoie, 
Chambéry,  1925. 

M. -Anselme  Dimier. 
CHAMBLY  (AuAM  de).  Voir  Adam  de  C.ham- 

BLY,  I,  472. 

CH  AlVI  BON  (Doiii  TiiÉoDOKE),  abbé  de  la  Trappe 
(dioc.  de  Séez),  1766-83.  11  composa  plusieurs  ouvrages 
restés  mss.,  notamment  un  mémoire  justificatif  de 
l'abbé  de  Rancé  (f  1700),  dont  il  était  le  8«  successeur. 
Il  avait  songé  à  publier  la  Vie  de  Rancé  par  dom  Ger- 
vaise,  en  y  glissant  une  préface  destinée  à  neutraliser 
les  effets  de  la  plume  acerbe  et  critique  de  son  auteur. 
L'abbé  de  Cîteaux  l'en  détourna.  C'est  sous  l'abbatiat 
de  Chambon  que  le  futur  S.  Benoît-Joseph  Labre  se 
présenta  pour  être  reçu  au  noviciat:  il  fut  écarté, 
n'ayant  pas  l'âge  requis  alors  (24  ans).  Dom  Chambon 
assista  au  chapitre  général  de  1768,  où  il  fut  choisi 
comme  déflniteur  par  l'abbé  de  Cîteaux,  et  reçut  mis- 
sion de  collaborer  à  la  rédaction  de  nouvelles  constitu- 
tions. 11  reparut  encore  au  chapitre  de  1771  avec  la 
charge  de  déflniteur. 

Comte  de  Charencey,  Hist.  de  l'abb.  de  la  Grande-Trappe, 
Mortagne,  1911.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc.,  éd.  Loii- 
vain,  vu,  1939. 

J.-M.  Canivez. 
CHAMBONS,  Cumpi  boni,  Cambonium,  an- 
cienne abbaye  cistercienne  créée  en  sept.  1152,  dans  la 
forêt  de  Bauzon,  sur  la  commune  de  Borne  (départ,  de 
l'Ardèche,  dioc.  de  Viviers).  Le  chevalier  Guillaume  de 
Borne  avait  fait  don  d'un  terrain;  des  moines  de  l'ab- 
baye de  Sénanque  vinrent  le  cultiver,  et  ce  fut  la  note 
dominante  de  cette  communauté  durant  son  existence 
de  six  siècles  et  demi  :  travailleurs  agricoles  et  fores- 
tiers. Leurs  propriétés  s'étendirent  d'ailleurs  considé- 
rablement par  acquisitions  successives,  à  titre  gra- 
cieux ou  onéreux:  ainsi,  par  leur  travail  assidu,  les 
moines  firent  de  leur  ahl)aye  l'une  des  plus  opulentes 
de  la  région.  En  1214,  le  chapitre  général  de  Cîteaux, 


sous  l'abbé  Arnaud  If,  crut  devoir  Uanslérer  les  droits 
de  paternité  sur  Chambons  à  l'abbaye  de  Bonneval 
(dioc.  de  Rodez).  Les  statuts  capitulaires  (1490,  n.  18) 
ont  conservé  aussi  le  décret  de  nomination  de  Guil- 
laume Tendille  en  qualité  de  prieur,  pour  gouverner  la 
communauté  au  spirituel  comme  au  temporel,  sous  le 
régime  des  abbés  commendataires.  Le  premier  qui  se 
1  présente  ici  est  Charles  de  Joyeuse,  et  deux  autres  de 
I  la  même  famille  lui  succéderont. 

Liste  des  abbés.  —  1.  Pierre  Gaufred,  1152.  — 
j  2.  Bernard  Duranti,  1154-t  1^59.  —  3.  Guillaume  I*', 
j  1163-73.  —  4.  Pierre  II  de  Mérule,  1173.  —  5. 
I  Pierre  III  Adhémar.  1 180.  —  6.  Pierre  IV  de  La  Cha- 
;  pelle,  1202.  ■    7.  Pierre  V  Aimar,  1212.  —  8.  Arnaud, 
1219.  —  9.  Guillaume  11.  1229  (?).    -  10.  Pierre  VI  de 
La  Chapelle,  r25(i.  -    11.  Mathieu  de  'l'arbe,  1270-80. 
12.  Éblon.  I'i85.      13.  Ponce  de  'l'arbe,  1292-1325. 
I  1.  Pierre  Vil  Roslang,  1327.      15.  Pierre  VIII  de 
Sanipson.  1362.        16.  Armand  <le  Spalel,  13C0. 
17.  Etienne  (iarnier,  1371.   -  18.  Pierre  IX  .\yn,  1395. 
—  19.  Pieric  X  Richard,  1409,  délégué  au  concile  de 
Pise.  —  20.  Jean  de  Roque,  1439-74.  —  2L  Charles  de 
'  Joyeuse,  commendataire,  1474,  f  1502.  —  22.  Guil- 
j  laume  de  Joyeuse.  —  23.  François  de  Joyeuse,  card.  de 
I  Rouen,  t  1615.  —  24.  Henri  de  Lorraine,  1616,  âgé 
;  de  3  ans  (1).  —  25.  Louis  de  Chaumejan  de  Tourilles, 
1642-t  1706.  —  26.  Henri-Xavier  de  Belzunce,  év.  de 
Marseille,  1706.  — -  27.  René- Joseph-Marie  de  Gouyon 
de  Vaurouault,  év.  de  S.-Pol  de  Léon,  1755. 

Archives  :  dépôt  départ.  Ardèche,  43  liasses  (xiii'- 
xviii»  s.).  —  Paris,  Bil)l.  nat.,  ms.  lat.  17149,  extr.  titres  par 
Gaignières;  ms.  fr.  20892,  n.  51;  20901,  n.  75.  —  Poitiers, 
Bibl.  munie,  Coll.  Fonteneau,  lv,  127  :  notes  sur  Cham- 
bons. —  Cottineau,  680.  - —  Gall.  christ.,  xvi,  607.  —  Ja- 
nauschek,  Orig.  cisterc..  Vienne,  1877,  p.  viii,  133.  —  Man- 
rique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1152,  vi,  8,  9.  — 
J.  Régné,  L'abbaye  de  Chambons  de  1153  à  1500,  dans  Rev. 
Mabillon,  1922,  p.  242-62.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc, 

'  éd.  Louvain,  1933-41,  i-viii,  passim.  —  Vaschalde,  L'abb. 
de  Ch.  et  ses  dépendances,  dans  Rev.  Vivarais,  1910,  p.  289-99. 

J.-M.  Canivez. 

j  CHAMBRE-FONTAINE,  Camera-Fons,  Ca- 
merus-Fons,  abbaye  de  l'ordre  de  Prémontré,  située  au 
dioc.  de  Meaux,  à  10  km.  de  cette  ville,  près  de  Guisy, 
départ,  de  Seine-et-Marne,  relevant  de  la  circarie  de 
France  et  filiale  de  Valsecret.  Elle  fut  fondée  vers  1190 
par  Alelme,  chantre  de  l'église  de  Meaux,  et  le  comte  Guy 
de  Cuisy.  D'autres  historiens  rattachent  son  origine  à 
Milon,  seigneur  de  Cuisy,  et  au  fils  de  ce  dernier, 
Pierre,  évêque  de  Meaux.  L'abbaye  fut  d'abord  étabUe 
à  Bruyère,  puis,  en  1257,  elle  fut  transférée  près  de 
Cuisy,  par  l'évèque  Pierre  de  Meaux.  C'est  ce  qui 
explique  la  double  tradition  de  sa  fondation.  Vers 
1600,  l'église  abbatiale  fut  détruite  et  une  partie  des 
biens  claustraux  se  trouvaient  dans  un  état  lamentable 
par  suite  de  l'incurie  des  abbés.  Depuis  1562,  avait 
commencé  le  régime  des  abbés  commendataires,  avec 
Adrien  Lamet.  Ce  n'est  que  vers  1650  que,  grâce  aux 
soins  de  l'abbé  Pierre  Bouguier,  les  bâtiments  furent 
relevés  de  leurs  ruines.  Sous  l'abbé  Molé,  cependant, 
une  nouvelle  déchéance  se  produisit.  L'abbaye  fut 
supprimée  lors  de  la  Révolution. 

Liste  des  abbés.  —  1.  R...  (seule  la  première  lettre  du 
nom  est  connue  par  des  chartes  de  1202  et  1214).  — 
2.  Jean  I",  1230.  —  3.  Galter  de  Mauregard,  t  2  janv. 
1232.  —  4.  Milon  de  Cuisy,  fils  du  comte,  gouvernait  en 
1231,  t  18  févr.  1236.'—  5.  .\rnulphe,  t  1239.  — 

6.  Richard,  organisa  le  transfert  de  la  maison  à  son 
nouvel  emplacement;  abdique  en  1278,  t  1280.  — 

7.  Guillaume  I",  1279.  —  8.  Laurent,  1284,  t  9  févr.  — - 
9.  Jean  II,  t  'e  22  mai  1327;  mentionné  en  1300  et 
1316.  10.  Jean  III  d'Yverni,  l-  17  juill.  1335.  -  - 
I  I.  Simon  l'^'  d'Yverni.  t  11)  aoùl  1317.  -  12.  .lean  l\ 
de  Com|)ans,  j  2  oct.  1355.  -  13.  Simon  11,  f  23  sept. 


341 


L11AM1JKL--I  0-\  1  A  lA  r.         ( .  Il  A  M  P  A  ( .  M  , 


1378.  —  11.  Jean  V,  t  10  Jiov.  -  15.  Otloard,  t  1"  oct. 
1410.  —  16.  Jean  VI  Courroie,  1 403  et  1404,  t  28  nov. 
1423.  —  17.  Jean  VII  Chevance,  f  15  oct.  1458.  - 
18.  Pierre  I"'  Aubert,  t  18  oct.  1487.  -  19.  René  de 
Fonlenay,  coadjuteur  du  précédent  en  1487  et  succes- 
seur, t  16  août  1501.  •  20.  Guillaume  II  Alix,  t  17 
janv.  1517.  —  21.  Aimé  de  la  Fontaine,  docteur  de  la 
Sorbonne,  nommé  dans  une  charte  de  1518,  passa  à 
Cuisy  en  1528  et  présida  comme  vicaire  général  plu- 
sieurs chapitres  de  l'ordre.  —  22.  Égide  Tavernier, 
dernier  des  abbés  réguliers,  1530-t  25  sept.  1536.  — ■ 
23.  Adrien  de  Lamet,  premier  des  abbés  commenda- 
taires,  doyen  d'Amiens,  nommé  le  6  janv.  1538; 
t  20  août  1553.  —  24.  Gaspar  du  Vernai  de  la  Garde, 
nonmié  dans  plusieurs  actes  de  1537  et  1538.  — •  25.  .\s- 
cagne  du  Mas.  nommé  dans  des  chartes  a  partir  de 
1,562,  t28déc.  1597.  26.  Innocent  Moireau.  1601, 
1607;  démissionne  en  1609.  —  27.  l'iaiit,ois  de  N  illiers. 
1609.  — -  28.  Pierre  H  Bouguier.  conseiller  au  parle 
ment  de  Paris,  cité  dans  des  actes  de  161  I  à  1625. 
■!■  1652.  — ■  29.  François  Molé,  tuailre  des  recpiêtes. 
déjà  abbé  de  Ste-Croix  de  Bordeaux  et  de  S. -Paul  de 
Verdun,  obtint  aussi  l'abbaye  de  Chambre-Fontaine; 
t  1712.  —  30.  Ignace  de  Brancas,  désigné  par  le  roi 
le  15  sept.  1712,  passa  à  l'évêché  de  Lisieux  le 
13  janv.  1715,  t  1"  avr.  1760. 

Archives  départementales  de  Seine-et-Maruc.  Van  Wae- 
felghem  signale  un  cartulaire  du  xvi"  s.  se  trouvant  chez 
M.  Parent,  maire  à  Cuisy;  d'autres  documents  sont  au 
grand  séminaire  de  Meaux.  —  C.-L.  Hugo,  Annales  Praem., 
I,  443.  —  Gall.  christ.,  viii,  1728.  —  Toussaints-Duplessis, 
Hist.  de  l'Église  de  Meaux,  ii,  459-63.  —  R.  Van  Waetel- 
ghem.  Répertoire,  54. 

M. -A.  Erens. 

CHAMINADE  (Guillaume-Joseph),  fondateur 
des  Marianistes,  né  à  Périgueux  le  8  avr.  1761,  t  à  Bor- 
deaux le  22  janv.  1850.  Après  des  études  à  Mussidan 
et  à  S.-Sulpice,  il  devint  prêtre  en  1785  et  professeur  à 
Mussidan.  Ayant  refusé  le  serment  à  la  (^Constitution 
civile,  il  doit  renoncer  à  ses  fonctions,  mais  continue  à 
exercer  son  ministère  au  milieu  des  pires  dangers,  jus- 
qu'au moment  où,  en  1797,  il  s'enfuit  en  Espagne;  il 
séjourne  à  Saragosse,  jusqu'à  son  retour  à  Bordeaux, 
en  1800;  c'est  là  que,  le  2  oct.  1817,  il  fonde  la  Société 
de  Marie  (Marianites,  Marianistes,  Frères  ou  Clercs  de 
Marie),  dont  les  constitutions  furent  approuvées  en 
1891,  et  qui  est  destinée  à  l'enseignement.  Dès  1816,  il 
avait  fondé,  avec  la  Mère  Adèle  de  Trenquelléon,  la 
congrégation  des  Filles  de  Marie  (Agen),  à  laquelle 
furent  rattachés  plus  tard  deux  tiers  ordres.  La  cause 
de  G.-J.  Chaminade  fut  introduite  à  Home,  le  8  mai 
1918  (A.  A.  S.,  1918,  p.  246-49). 

H.-J.  Simler,  G.-J.  Ch.,  Bordeaux,  19(»1.   -  11.  Rousseau, 

réveil  relig.  au  lendemain  du  Concordat,  G.-J.  Ch.,  Paris, 
1912.  —  L.  Boyer,  Un  apôtre  de  Marie,  G.-J.  Ch.,  Péri- 
gueux,  1923.  —  L.  T.  K.,  II,  831. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CHAMMUENSTER,  CellaapudCambe,  ancien 
monastère  bénédictin  aux  environs  de  Cham  (citée 
comme  ville  en  976,  passée  aux  Wittelsbach  en  1209), 
situé  dans  le  nord  de  la  forêt  bavaroise  (Haut-Palati- 
nat),  fondé  vers  739  par  le  duc  Otilo  pour  coloniser  la 
forêt,  et  soumis  à  l'abbaye  S.-Emmeram  de  Ratis- 
bonne.  Ce  ne  fut,  sans  doute,  qu'une  fondation  d'ordre 
économique.  Renouvelé  par  le  duc  Tassilo  III,  il  fut 
détruit  lors  des  incursions  hongroises  et  abandonné. 
Lorsque,  en  1260,  S.  Wolfgang  mit  fin  à  l'union  per- 
sonnelle entre  l'évêché  de  Ratisbonne  et  l'abbaye  de 
S.-Emmeram,  Cham  resta  à  l'évêque  et  devint  église- 
mère,  avec  de  nombreuses  filiales.  Le  projet  d'y  ériger 
un  chapitre  de  chanoines  réguliers  échoua.  En  1260, 
S.  .\lbert  le  Grand  incorpora  la  cure  au  chapitre  cathé- 
dral  de  Ratisbonne.  Durement  éprouvé  pendant  les 
guerres  hussitcs,  (2ham  tomba  aux  mains  des  protes- 


I  tants  en  1556,  mais  fut  rendu  aux  catholiques  en  1021 , 
par  le  prince-électeur  Maximilien  l".  La  belle  église, 
avec  ses  parties  ai)partenant  au  premier  et  au  dernier 
art  gothique,  possède  des  fresques  de  grande  valeur. 

•  I.  linnmi'r.  Ileintalbucli  des  bugr.  Bezirl<suinles  Ch.,  1922. 

Iiuienlar  der  Kunstdeul;i)idler  Bagerns,  1914,  ii,  0,  p.  46  sq. 
j  X.  IJiihler,  Deutsche  Gauc,  ii.  11,  p.  86.  L.  T.  K.,  u, 
I  82(1.     -  Cottineau,  i,  682. 

[  P.  VOLK. 

CHAMPAGNAT  (Vén.  Jean-Benoit-Marcel- 
hn),  fondateur  des  Petits  frères  de  Marie  ou  Frères 
niaristes  des  écoles.  Né  à  Rosey  (comm.  de  Marlhes, 
Loire),  le  20  mai  1789,  d'une  famille  d'agriculteurs,  il 
fit  ses  études  à  Verrières,  où  il  eu!  comme  condis- 
ciples Jean-Marie  \iainiey  et  Jean-Claude  (Colin,  le 
futur  fondateur  de  la  Société  de  Marie  (Pèies  nia- 
ristes );  prêtre  en  1816,  il  fut  nommé  vicaire  à  Lavalla 
(connu,  de  S.-Cliamond).  tC'est  là  (|u'il  réalisa  (2  janv. 
1817)  le  plan,  coni,-u  dès  le  séminaire,  de  former  une 
équipe  de  frères,  (jui  seraient,  pour  les  enfants  des 
campagnes,  ce  que  les  disciples  de  Jean-Baptiste  de  la 
Salle  étaient  i)our  la  jeunesse  des  villes.  Une  école  fut 
d'abord  organisée  à  Marlhes,  puis  à  l'Hermitage,  qui 
devint  le  centre  de  la  jeune  congrégation.  Des  difh- 
cultés  diverses  incitèrent  Champagnat,  auquel  se  joi- 
gnirent dix-huit  de  ses  confrères,  à  faire  profession 
dans  la  Société  de  Marie  (approuvée  le  29  avr.  1836)  de 
J.-C.  Colin;  il  démissionna  mais  fut,  par  ce  dernier, 
remis  comme  supérieur  à  la  tête  de  ses  frères.  Il 
mourut  à  l'Hermitage  le  6  juin  1840  et  fut  déclaré 
Vénérable  le  9  août  1896;  Benoît  XV  proclama  l'héroï- 
cité  de  ses  vertus  le  11  juill.  1920. 

A.  Laveille,  Un  condisciple  et  émule  du  curé  d'Ars, 
M.  Champagnat,  Paris,  1921,  435  p. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHAMPAGNE,  Campania,  ancienne  abbaye 
:  cistercienne  (comm.  de  Rouez,  départ,  de  la  Sarthe, 
dioc.  du  Mans).  Au  temporel,  elle  reconnaît  comme 
fondateur  Ironiques  de  Ribole,  seigneur  d'Assé  et  de 
Lavardin.  Savigny,  dûment  autorisé  par  le  chapitre 
général,  envoya  un  groupe  de  moines  en  1189;  c'était 
sa  23^  maison  tille.  Dans  les  bulles  de  protection  et  de 
confirmation  des  biens,  on  signale  particulièrement  la 
possession  de  plusieurs  églises,  Montenai,  Hambers, 
S. -Pierre  de  Cour  —  ce  qui  était  contraire  aux  lois  du 
premier  Cîteaux.  En  1483,  Champagne  cède  l'un  de 
ses  moines,  Raoul  Briton,  à  l'abbaye  de  Tyronneau 
qui  le  demande  pour  prélat.  Au  xviie  s.,  dom  Michel 
Guiton,  délégué  par  l'abbé  de  Prières,  se  présente  dans 
l'abbaye  pour  y  introduire  l'étroite  observance.  Oppo- 
sition violente  de  la  part  des  moines  et  de  leurs  amis  du 
dehors;  en  tête  de  ces  derniers,  le  marquis  de  Vassé. 
Une  intervention  personnelle  de  l'abbé  de  Rancé,  ami 
du  zélé  marquis,  fit  tout  rentrer  dans  l'ordre.  Au 
siècle  suivant,  peu  avant  la  disparition  définitive  de 
l'abbaye,  on  n'y  comptait  plus  que  7  religieux. 

Liste  des  abbés.  —  1.  Mathieu,  1189.  —  2.  Guil- 
laume I",  1190.  —  3.  Nicolas  I",  1203.       4.  Guil- 
laume II  de  la  Chai,  1205.  —  5.  Raoul  P^  1205,  1228. 
-—  6.  Robert  ^^  1229.  —  7.  Joscelin,  1232.  —  8.  Hu- 
gues d'Acé,  t  1233.  —  9.  Luc,  1247.  —  10.  Raoul  II, 
1253.  —  11.  Guillaume  III  de  Maraville,  1270.  — 
12.  Nicolas  II,  1286.  —  13.  Denys,  1303,  1317.  — 
14.  Robert  II.  —  15.  Jean  I",  1349.  —  16.  Richard.  — 
17.  Laurent,  1371-79.  —  18.  Philippe,  1382,  1393.  — 
19.  Jean  II,  1402.  —  20.  Durand  de  La  Chaise,  1406.  — 
j  21.  Jacques  Bouvet,  1407.  —  22.  Michel  Viel,  1420, 
I  t  1449.  —  23.  Jean  111  de  Mayenne,  1441,  f  1483.  — 
i  24.  Jacques  IV  Le  Monnier,  résigne  1491,  f  1496.  — 
25.  Lancelot  I"  de  Beaumanoir,  149.5-1527,  ]■  1531.  — 
■  26.  François  P''  l.avocat.  1547.  -i-  1548.       27.  Lan- 
celot Il  de  \  assé,  coiumendataii'e,  v  1571.      28.  .lean 
de  Vassé,  év.  de  Lisieux.  — ■  29.  Nicolas  Quentin,  1581- 


343 


C  HAiMPAG  iN£ 


CllA.MPlUiN    DK   (.  fCÉ 


344 


87.  —  3U.  Claude  Parisot,  1596.  —  31.  Anne  de  Péruse 
d'Escars,  dit  card.  de  Givry,  f  1612.  —  32.  Pierre  de 
Gondi,  év.  de  Paris,  f  1616.  —  33.  Henri  de  Gondi,  év. 
de  Paris,  f  1622.  —  34.  Jean-François  de  Gondi,  arcli. 
de  Paris.  —  35.  Léonor  d'Estampes  de  Vallançay, 
cv.  de  Chartres,  puis  Reims,  t  1651.  —  36.  Henri 
d'Estampes  de  Vallançay,  t  1678.  —  37.  François  de 
Mornay  de  Montchevreuil,  1678-91.  —  38.  Joseph-An- 
toine de  Fiennes,  t  1727.  —  39.  N.  de  Garanné, 
t  1751.  —  40.  François  Levoué,  f  1754.  —  41.  Jean 
Dumont,  1754-67.  —  42.  N.  Kavel  de  Montmirail, 
1767-90. 

.Archives  :  dépol  départ,  de  la  Sai-Uie,  ô(l  nrl.;  '.i  Invcii- 
laires  (xviii^'  s.);  arch.  du  (Cogner,  série  //,  p.  182  scj., 
publient  in  e.vtenso  1  I  i>iéces  (1240-1355);  au  Mans,  bibl. 
niuiiic,  ms.  i74,  épilaphicr;  Paris,  Hibl.  nal.,  Coll.  Moreau, 
ms.  790;  rioui).  acq.  lui.  3002,  i  luirlulariiim  (  ~=  copie  du 
ms.  lal.  17125  (cf.  Biblioth.  Ëcol.  ilmrles,  1028,  p.  253): 
nis.  frarn'.  :10/i92  (.')6).  M.  .Vuhcrt,  L'arrhil.  tisl.  vu 
France,  i,  ii,  Haris,  lit  13,  jxissim.  .1.  Cha])pée,  plusieurs 
travaux  parus  daus  Jiev.  Iiisl.  du  Mdiiie,  xi-,  266-74;  XLi, 
114-24,  318;  xliv,  26-56.  Galt.  clirisl..  xiv,  .529.  - 
(iuilloreau,  Exir.  ilu  nécroloye...,  Ligugé,  1909.  —  Ja- 
nauschek,  Orii)ines  cislerc.  Vienne,  1877,  p.  Lxxi,  188.  — 
Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1148,  vu,  10; 
1151,  XII,  1,  10;  1188,  VII,  13.  —  Martène,  Amplissima 
collectio,  I,  987  :  lettre  de  Guy  de  Paré,  abb.  de  Cîteaux, 
1189.  —  Piolin,  Uist.  de  l'Église  du  Mans,  iv,  Paris, 
1851-63,  p.  555-60;  591-93.  —  Potthast,  Rey.,  8711, 
10738,  11170.  —  Statuta  cap.  yen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain, 
1933-41,  i-viii,  passim. 

J.-M.  Canivez. 

CHAMPBENOIT,  Campus  benedicfus,  abbaye 
de  bénédictines,  sous  le  vocable  de  Notre-Dame,  fon- 
dée en  1138  par  le  comte  de  Champagne,  Henri  le  Li- 
béral, fils  de  Thibaud  II,  dans  les  environs  de  Provins 
(dioc.  actuel  de  Meaux,  jadis  Sens;  dans  le  doyenné  et 
le  cant.  de  Provins,  départ.  Seine-et-Marne).  Elle 
devint  prieuré  vers  le  milieu  du  xv«  s.  Les  calvinistes 
en  détruisirent  les  bâtiments,  restaurés  un  peu  plus 
tard.  Cependant,  au  xvii«  s.,  la  maison  passa  par  une 
grave  crise  matérielle,  qu'Ambroise  de  Bournonville, 
pair  de  France,  aida  à  surmonter.  On  jugea  cependant 
nécessaire  de  la  transférer  à  Provins  même.  En  1781, 
le  prieuré  de  Villechasson  lui  fut  uni. 

Abbesses.  —  A...,  1197.  —  Eremburge,  1203.  — 
Pétronille  1'%  1233,  1234.  —  Éloïse  P^.  —  Éloïse  II.  — 
HéUssende,  1245.  —  Ahce,  1248,  1274.  —  Pétro- 
nille II  de  Munaud,  1292.  —  Jeanne,  1319.  —  Prieures. 
—  Marie  F"  la  Gaillarde,  1452.  —  Catherine  de  la 
Lande,  1499.  —  Blanche  de  Fumechon,  1552.  — 
Louise  d'Alonville,  1576,  1581.  —  Marie  II  Vipart, 
1586.  —  Jeanne  de  Pellevé,  nommée  1588,  céda  sa 
charge  en  faveur  de  la  suivante,  f  28  déc.  1641.  — 
Renée  de  Garges,  f  29  aoiît  1637.  —  Anne  P«  de  Fres- 
noy,  t  25  mars  1668.  —  Anne  II  de  Sens  de  Morsan, 
resta  en  charge  jusqu'en  1698.  —  Henriette  de  Levi  de 
Charlus.  —  Marie-Thérèse  de  Beauvillier,  1728.  — 
N.  de  Loheac  de  Crapadot,  nommée  abbesse  du  Lis, 
26  juin.  1733. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'anc.  France, 
VI,  42,  63.  —  Cottineau,  684.  —  Gall.  christ.,  xii,  193-95. 

R.  Van  Doren. 

CHAMPEILS  (Léonard),  jésuite  français  (t 
1669).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2214. 

CHAMPION  DE  CICÉ  (Jérome-Marie). — 
1»  Jusqu'à  la  Révolution.  —  Frère  puîné  de  Jean- 
Baptiste-Marie  Champion  de  Cicé,  évêque  de  Troyes, 
puis  d'Auxerre,  avec  lequel  il  ne  faut  pas  le  con- 
fondre, le  futur  archevêque  de  Bordeaux,  puis  d'Aix, 
naquit  le  4  sej)t.  1735,  de  Jérôme- Vincent  Champion 
de  Cicé  et  de  Marie-Rose  de  Varennes.  Au  collège  du 
l'Iessis.  durant  ses  éludes  classiques,  il  se  lie  avec 
.Morellet,  Necker,  de  Boisgelin,  puis,  se  tieslinant  aux 


ordres,  fait  au  séminaire  S.-Sulpice  de  Paris,  à  Rome, 
ses  études  théologiques,  couronnées  par  le  doctorat. 
Sa  haute  naissance,  sa  valeur,  ses  relations  lui  per- 
mirent une  rapide  et  brillante  carrière  dans  l'Église. 
Abbé   commendataire   de   Chantemerle   dès  1760, 
député  du  diocèse  de  Sens  à  l'assemblée  générale  du 
clergé,  il  devient  dès  son  ordination  sacerdotale,  eu 
1761,  vicaire  général  de  son  frère,  l'évêque  de  Troyes, 
et,  en  1765,  avec  M.  de  la  Luzerne,  agent  général  du 
clergé  de  France.  Cette  charge  l'initie  aux  alîaires 
administratives  et  financières,  aux  problèmes  que 
I  j)osent  les  relations  du  spirituel  et  du  temporel,  à  la 
j  diplomatie    ecclésiastique.    A   l'expiration    de  son 
I  mandat  quinquennal  il  est,  comme  M.  de  la  Luzerne, 
!  élevé  à  l'épiscopal. 

Promu  en  1770,  ii  trente-cinq  ans,  au  siège  de  Rodez, 
I  connne  beaucoup  de  ses  collègues  il  entre  en  lutte 
avec  son  chapitj-c  dont  son  autoritarisme  brise  la 
résistance  el,  comme  Boisgelin.  Briemic,  Dillon,  il 
,  réalise  le  type  de  l'évêque  administrateur;  sans  négli- 
ger pour  cela  sa  mission  pastorale,  Champion  de  Cicé 
se  préoccupe  d'améliorer  la  situation  économique,  le 
rendement  des  cultures,  la  perception  des  impôts, 
l'hygiène,  la  justice,  l'enseignement.  Ses  capacités 
incontestables,  la  faveur  de  Necker  lui  valent  de  pré- 
sider, à  partir  de  1779,  l'assemblée  provinciale  de 
Haute-Guyenne,  où  il  rencontre  et  brise  l'opposition 
de  l'intendant.  Ce  succès  lui  obtient,  en  1781,  l'ar- 
chevêché de  Bordeaux. 

Durant  cette  période  prérévolutionnaire,  l'arche- 
vêque de  Bordeaux,  qui  mène  la  vie  fastueuse  d'un 
prélat  d'Ancien  Régime,  se  montre  ouvert  aux  idées 
nouvelles.  Il  admet  la  tolérance  comme  «  fondée  sur 
les  préceptes  du  divin  Législateur  »,  mais  en  distin- 
guant la  tolérance  civile,  «  par  laquelle  le  prince 
permet  dans  ses  États  à  chacun  de  penser  ce  qu'il  lui 
plaît  »,  de  «  la  tolérance  ecclésiastique,  par  laquelle 
l'Église  accorderait  la  même  liberté  dans  la  religion  » — 
il  admet  seulement  la  première,  position  de  principe 
à  laquelle  il  restera  fidèle  sous  le  Consulat  et  l'Empire. 
Champion  de  Cicé  flatte  en  outre  les  tendances  du 
bas  clergé  au  syndicalisme  et  à  l'indépendance,  réunit 
ces  «  coopérateurs  chéris  »  en  «  congrégations  foraines  », 
étudie  avec  eux  les  problèmes  que  posent  les  petites 
écoles,  les  établissements  de  charité,  le  recrutement 
des  séminaires.  Chef  de  la  commission  pour  le  tem- 
porel à  l'assemblée  du  clergé,  il  obtient  pour  eux  une 
augmentation  des  congrues,  réclame  une  retraite 
pour  les  prêtres  indigents  exclus  par  l'âge  et  les 
infirmités  des  travaux  du  saint  ministère.  Membre 
de  la  commission  des  réguliers,  il  propose,  afin  de 
trouver  un  supplément  de  ressources,  des  «  unions 
de  bénéfices  »,  euphémisme  adroit  qui  implique  sup- 
pression pure  et  simple  des  couvents  aux  effectifs 
trop  réduits. 

Si,  par  cet  esprit  de  tolérance,  cette  faveur  accordée 
au  bas  clergé,  cette  réduction  des  monastères,  l'ar- 
chevêque de  Bordeaux  se  pose  alors  en  homme  de 
son  temps,  il  demeure  toutefois  l'homme  de  sa  classe. 
On  le  vit  bien  en  1787,  lorsque  la  révolte  de  la  noblesse 
marque  le  début  de  la  Révolution  :  il  s'oppose  aux 
réformes  nécessaires.  Champion  de  Cicé  en  effet  sou- 
tient l'opposition  de  ses  pairs.  Mais,  soucieux  de  ne 
pas  compromettre  sa  carrière  politique,  car  il  se  croit 
l'étoffe  d'un  Richelieu  ou  d'un  Mazarin,  il  le  fait  avec 
une  prudente  adresse.  A  l'assemblée  des  notables,  le 
prélat  combat  les  projets  de  Galonné,  mais,  à  son 
retour  en  Guyenne,  se  donne  le  beau  rôle  en  expli- 
quant qu'il  a  voulu  sauver  le  capital  immobilier  du 
clergé  et  ses  privilèges  d'ordre,  moyennant  le  sacrifice 
partiel  de  ses  revenus  assujettis  à  l'impôt.  Même 
attitude  louvoyante  dans  la  lutte  engagée  par  lirienne 
contre  les  parlements  et  l'assemblée  du  clergé.  Enfin, 


(  Il  \  \i  f  io  \  1)1-,  (  ic.  i, 


;ipn''s  avoir  ci)iiil)allu.  en  I7NN.  a  |:i  secdiidc  assoin 
bléc  des  notables,  le  doublement  du  tiers,  il  réussit 
à  convaincre  ses  diocésains  qu'ils  doivent  à  son  inter- 
vention auprès  de  Necker  les  avantages  de  ce  double- 
ment, et  ceux-ci  le  reçoivent  avec  l)ouquets,  compli- 
ments en  vers  et  feux  d'artifice. 

Mais  l'archevêque  se  rend  bientôt  compte  que, 
pour  assurer  son  élection  aux  États  généraux,  il  faut 
miser  sur  le  tiers  état  et  suivre  le  mouvement  général 
de  l'opinion.  De  là  une  orientation  nouvelle  qui  s'ac- 
centue de  plus  en  plus.  Celle-ci  se  marque  d'abord 
par  la  publication,  en  1789,  sous  le  titre  suivant,  de 
sa  déclaration  à  l'assemblée  des  notables  de  1787  : 
Discours  prononcé  par  Mgr  l'archevêque  de  Bordeaux 
le  9  août  1787,  ouvrage  où  l'on  trouve  les  preuves  les 
moins  équivoques  de  la  pureté  comme  de  l'étendue  du 
patriotisme  de  ce  premier  prélat  de  la  Guyenne,  et  les 
vœux  qu'il  formait  dès  lors  en  faveur  du  tiers  état, 
même  sous  l'administration  de  M.  de  Calonne.  Cette 
publication  irrita  la  noblesse  et  le  Parlement;  mais 
elle  lui  assura  l'appui  du  tiers  et  lui  permit,  dans  la 
chambre  ecclésiastique,  d'échapper  aux  manœuvres 
du  curé  Pifïon,  le  meneur  du  bas  clergé.  Dans  cette 
chambre  d'ailleurs.  Champion  de  Cicé  conduisit  la 
délibération  avec  tant  de  maîtrise  et  un  si  grand 
esprit  de  concorde  qu'il  ol)tint  un  cahier  de  doléances 
rédigé  sous  son  inspiration,  et  modéré  de  forme,  où, 
selon  sa  manière,  sur  les  questions  brûlantes,  la  pensée 
se  dérobe  sous  des  formes  ondoyantes.  Plus  heureux 
que  beaucoup  de  ses  collègues,  il  réussit  en  outre  à  se 
faire  élire  et  à  se  faire  élire  en  tête.  La  carrière  politique 
qu'il  ambitionnait  lui  est  donc  ouverte.  Dans  la  voie 
qu'il  s'est  désormais  fixée,  l'archevêque  de  Bordeaux, 
va  s'avancer  à  grands  pas. 

2°  Sous  la  Révolution.  Aux  États  généraux. 
Champion  de  Cicé  se  range  aux  côtés  du  bas  clergé, 
avec  les  prélats  libéraux.  Le  Franc  de  Pompignan, 
Lubersac,  Seignelay-Colbert,  du  Tillet,  Talaru  de 
Chalmazel,  Boisgelin.  Dès  le  (i  mai,  dans  la  chambre 
du  clergé,  il  se  prononce  pour  la  vérification  des  pou- 
voirs eu  commun.  On  le  désigne  même  comme  le 
meneur  de  cette  minorité  patriote;  aussi  recueille-t-il 
les  ovations  du  peuple  et  les  injures  de  la  noblesse. 
C'est  chez  lui  que  se  réunissent,  à  partir  du  23  mai, 
les  curés  ligués  contre  la  majorité  des  évêques; 
c'est  de  chez  lui  qu'ils  partent,  le  22  juin,  pour  se 
réunir  avec  lui  et  trois  autres  prélats  aux  députés  des 
communes  dans  l'église  S. -Louis.  L'Assemblée,  où 
il  soutient  Necker  contre  la  cour,  l'élit  membre  du 
comité  de  constitution,  et  le  rapport  qu'il  présente 
au  nom  de  ce  comité  lui  vaut  le  portefeuille  de  garde 
des  sceaux. 

Un  évêque  ne  pouvait  accéder  au  gouvernement 
dans  des  circonstances  plus  délicates.  La  nuit  du 
4  août,  qui  atteint  l'Église  gallicane  par  la  suppres- 
sion des  privilèges,  pose  un  premier  problème.  Le  roi 
doit-il  sanctionner  ce  décret?  Par  une  formule  astu- 
cieuse, Louis  XVI  essaie  de  se  dérober;  il  promet,  le 
21  août,  de  publier  le  décret,  mais  réserve  son  appro- 
bation. On  attribue  le  faux-fuyant  à  Cicé.  Après  les 
journées  d'octobre,  il  faut  capituler  et  le  prélat 
apporte,  le  5,  à  l'Assemblée  la  sanction  exigée.  Cette 
expérience  sans  doute  a  découragé  ses  velléités  de 
résistance,  car  il  met  une  hâte  particulière  à  faire 
sanctionner  par  le  souverain  la  mise  à  la  disposition 
de  la  nation  des  biens  du  clergé. 

La  situation  de  l'archevêque-ministre  devient  en- 
core plus  embarrassante  quand  la  Con.stituante  vote 
la  Constitution  civile  du  clergé.  Sans  doute,  il  est 
gallican;  mais  son  gallicanisme  ecclésiastique  et 
épiscoi)alien  ne  concorde  pas  avec  le  gallicanisme 
parlementaire  et  politique,  dont  la  réforme  ^'inspire 
essentiellement.  Mais,  comme  la  plupart  de  ses  col- 


lègues, il  csconiiilc  un  arrangement  <|ui,  selon  le  mot 
de  Barruel,  ))ermettrait  le  baptême  de  cet  enfant  mal 
I  venu.  Par  là  s'explique  sa  politique  dilatoire.  Pour 
]  obtenir  cet  arrangement,  il  faut  gagner  du  temps. 
Le  24  août,  il  conseille  donc  au  roi  de  sanctionner  la 
Constitution,  «  mais  sans  la  revêtir  des  patentes  qui, 
suivant  les  formes  reçues,  lui  donneraient  force  de 
loi  »,  formule  ambiguë,  conforme  à  sa  manière.  Il 
conseille  en  outre  de  tenir  secrets  les  brefs  adressés 
par  le  pape  à  Louis  XVI,  à  Pompignan  et  à  lui-même, 
pour  détourner  le  roi  d'accorder  sa  sanction  à  cette 
loi  schismatique.  A  son  lit  de  mort,  Cicé  assurera 
n'avoir  rien  à  se  reprocher  au  sujet  de  cette  attitude 
et  sa  sincérité  en  la  matière  ne  peut  être  mise  en  doute. 
Jusqu'au  bout  il  espéra  un  compromis;  pour  ne  pas 
rendre  celui-ci  impossible,  il  crut  sage  d'éviter  une 
rupture  entre  Louis  XVI  et  l'Assemblée.  Les  récents 
travaux  historiques  qui  ont  apporté  sur  cette  crise 
tant  de  lumières  expliquent  son  erreur  et  sa  bonne  foi. 

Lorsque  enfin,  après  un  trop  long  silence.  Pie  VI 
rend  publique'  sa  condamnation,  Cicé,  qui  a  donné 
le  20  sept.  1790  sa  démission  de  ministre,  cesse  de 
louvoyer  et  se  montre  ferme;  il  avait  d'ailleurs  refusé 
de  prêter  le  serment  constitutionnel.  Remplacé  sur 
son  siège  par  Pacareau,  contrairement  à  la  majorité 
de  ses  collègues.  Il  ne  participe  pas  à  la  jiremière 
émigration  et  ne  (fuittera  la  France  qu'en  1792. 
lorsque  la  Législative  obligera  les  réfract aires  à  la 
déportation. 

L'archevêque  de  Bordeaux  connut  alors  les  années 
les  plus  pénibles  de  toute  sa  vie.  Les  prélats  réfugiés 
en  Angleterre  ne  lui  pardonnent  pas  ce  qu'ils  appel- 
lent sa  trahison.  Les  avanies  redoublent  quand,  avec 
Boisgelin,  Émery,  la  Luzerne,  il  déclare  licite  le  ser- 
ment de  Liberté  et  surtout  quand  il  autorise,  après 
l'avènement  de.  «  l'usurpateur  »,  la  promesse  de  fidé- 
lité au  gouvernement  consulaire. 

3°  L'archevêque  concordataire  d'Aix  en  Provence.  — 
Après  son  ralliement  à  Bonaparte,  Champion  de  Cicé 
rentre  en  France,  le  21  févr.  1802.  Peut-être  serait-il 
revenu  plus  tôt,  si  sa  sœur  ne  se  fût  jias  compromise 
avec  le  P.  de  la  Clorivière.  dans  l'attentat  de  la  rue 
S.-Nicaise,  eu  abritant  Carbon  et  Limoléan.  Ce 
n'était  pas  à  tort  qu'il  redoutait  l'hostilité  de  l-'ouché, 
car  celui-ci  le  fait  arrêter  alors  qu'il  vient  de  dîner 
chez  le  consul  Lebrun,  et  Bonaparte  doit  intervenir 
en  personne  pour  qu'on  le  raye  de  la  liste  des  émigrés. 
Le  grand  nom  du  prélat,  sa  haute  valeur,  son  esprit 
de  concorde  et  de  paix  engagent  le  gouvernement 
à  lui  confier  un  siège  concordataire:  le  9  avr.  1802.  il 
est  nommé  archevêque  d'Aix. 

Dans  ce  diocèse.  Champion  de  Cicé  trouve  une 
situation  très  difficile;  il  a  contre  lui  le  préfet,  le 
conventionnel  Delacroix,  les  autorités,  le  commis- 
saire général  de  la  police,  Lecointe,  anticlérical  fa- 
rouche, le  général  Cervoni  qui  se  vante  d'avoir  arrêté 
Pie  VI;  il  se  heurte  à  la  division  de  ses  ouailles,  fort 
échauffée  en  sens  contraire  avec  une  passion  toute 
méridionale.  Fidèle  à  sa  politique  adroite,  ondoyante, 
silencieuse,  l'archevêque  côtoie  les  obstacles  et  ma- 
nœuvre avec  un  art  consommé.  Cet  évêque  adminis- 
trateur d'Ancien  Régime  se  montre  si  entendu  aux 
affaires  qu'il  s'impose  à  Napoléon,  fort  sensible  aux 
compétences,  ce  qui  lui  permet  de  contrôler  les  pré- 
fets, d'obtenir  leur  disgrâce,  de  renouveler  le  personnel 
des  mairies.  A  la  longue,  il  se  rend  maître  du  terrain 
et  redoutable  aux  autorités  locales. 

Chez  lui  se  retrouvent  également  les  conce|)tions 
du  xvm'  s.  en  matière  de  tolérance  religieuse;  libéral, 
comme  par  le  passé,  il  adopte  vis-à-vis  des  constitu- 
tionnels une  attitude  miséricordieuse;  sa  réputation 
de  philosophe  lui  attire  la  sympathie  des  milieux 
irréligieux.  «  C'est  un  renard  et  un  athée  »,  disait 


''11  \  MIMOX 

Napoléon.  A  quoi  Thibcaudeaii  répondail  :  l'n 
renard,  je  vous  raccorde,  mais  je  vous  assure  qu"il  a 
la  foi.  »  De  fait,  s'il  respecte  toutes  les  opinions,  le 
prélat  n'entend  nullement  les  mettre  sur  le  même 
pied,  mais  au  contraire,  quoique  sans  raideur,  et  avec 
une  infinie  souplesse,  assurer  le  triomphe  des  droits 
de  l'Église.  Personne  ne  s'appliqua  mieux,  ni  avec 
plus  de  succès,  à  tourner  les  lois  sur  le  culte,  à  élargir 
leurs  dispositions  restrictives,  à  mériter  ou  à  sur- 
prendre les  faveurs  du  gouvernement.  Insaisissable 
et  subtil,  il  découvrait  et  accentuait  les  fissures, 
étendant  ses  conquêtes,  poussant  ses  avantages  avec 
un  tact,  une  habileté,  une  persévérance  incroyables. 
Rien  ne  résistait  à  ses  entreprises  sinueuses.  Lente- 
ment, mais  sûrement,  à  petits  pas,  il  progressait. 
Dans  la  réorganisation  de  son  vaste  diocèse,  il  avait 
réalisé  un  véritable  chef-d'œuvre. 

La  lutte  qui  s'ouvre,  après  1806,  entre  le  vSacerdoce 
et  l'Empire  l'arrache  à  ses  soucis  locaux  pour  l'en- 
traîner, bien  malgré  lui,  dans  la  politique  générale. 
i<  J'ai  vécu  quelques  mois  de  trop  »,  déclare-t-il  lors- 
qu'il apprend  la  captivité  de  Pie  VIL  L'archevêque 
eût  souhaité  qu'on  le  tînt  en  dehors  de  cette  querelle. 
Mais  il  jouit  d'une  telle  autorité  que  Napoléon  veut 
se  (■ou\'Tir  de  son  prestige,  ))lus  caijaljlc  qu'aucun 
autre  de  gagner  l'épiscopat  à  sa  cause.  Il  sollicite 
flonc;  son  avis  sur  la  ((uestion  litigieuse  el  le  ])rie 
d'écrire  au  pape  afin  d'en  obtenir  la  solution  souhaitée. 
Dans  sa  réponse,  courageuse  el  pathétique.  Cham- 
pion de  (;icé  ose  exprimer  sa  vive  compassion  pour 
les  soulTrances  du  Saint-Père  et  dénoncer  les  périls 
d'un  nouveau  schisme.  Mais,  sur  le  fond  du  ])roblème, 
il  raisonne  en  gallican.  Que  le  pape,  pour  des  raisons 
temporelles,  puisse  refuser  systématiquement  les 
pouvoirs  spirituels  à  tous  les  candidats  de  Sa  Majesté, 
il  ne  semble  pas  l'admettre.  Pie  VII  peut  seulement 
dénier  ces  pouvoirs,  pour  indignité  personnelle,  à  tel 
ou  tel  élu.  En  conclusion,  le  prélat  se  prononce  pour 
le  retour  aux  formes  anciennes.  Une  fois  de  plus, 
dans  l'évêque  concordataire,  l'évêque  d'Ancien  ré- 
gime se  retrouvait.  Sa  manière  caractéristique  ne 
réa])paraît  ])as  moins  dans  sa  lettre  à  Pie  VII  où  il 
masque  sa  pensée  sous  des  formes  si  estompées,  si 
ondoyantes  que  celle-ci  ne  se  trahit  guère. 

Ce  prélat  du  xviii»  s.,  grand  seigneur,  politique, 
philosophe,  mourut  le  22  août  1809,  «  en  chrétien  et 
en  ])rêtre,  sans  faiblesse  ni  mômerie,  conservant  jus- 
qu'au bout  sa  force  d'âme  »,  écrit  Thibeaudeau  dans 
ses  célèbres  Mémoires.  Ce  prélat  gallican,  mais  fidèle 
à  riîglise  romaine,  avant  de  quitter  ce  monde,  lais- 
sait à  son  clergé  cette  recommandation  sui)rènie  : 
«  Soyez  toujours  luiis  an  Siège  ai)ostoliqiie  (|ui  est  le 
centre  de  l'unité.  » 

L.  Lév"y-.Sclineirter,  L'applirniion  <lii  Concordat  piir  un 
Cvèque  d'Ancien  réqime,  Mgr  Cli.  de  ('..,  arch.  d' Aix  et  Arles, 
Piiris,  1921.  -  M.  Lhéritier,  La  Héoolution  ù  liordennx. 
La  fin  de  l'Ancien  lii'qiwe  et  la  préparation  de\  Ëtats  (/<•- 
ncraux  (  J7 S7-17 H!)  j,  Pnris.  1912.  -  V.  Hindcl,  Hist.  reli- 
l/iensc  de  S'apoléon.  Paris.  194(1,  2  vol. 

J.  Leflon. 

CHAMPION  DE  M  AHÉ  (Pierre),  jésuite  né  à 
S.-Martin-de-Chaulieu  (Manche),  le  14  oct.  1632; 
t  à  Nantes  le  28  juin  1701.  Entré  au  noviciat  le 
18  nov.  1651,  sollicita  les  missions  d'Orient;  professeur 
à  Rennes  et  à  Quimper,  où  il  fut  en  rapport  avec  le 
Vén.  P.  Julien  Maunoir,  l'apôtre  et  le  thaumaturge  de 
la  Basse-Bretagne.  Désigné  enfin  pour  les  missions 
d'Extrême-Orient,  il  tomba  malade  à  Marseille  où  il 
comptait  s'embarquer.  Missionnaire  urbain  et  rural, 
aumônier  de  la  flotte,  puis  directeur  de  la  maison  de 
retraite  de  Nantes  et  apôtre  de  la  dévotion  au  Sacré 
Cœur  de  Jésus,  il  subit  l'influence  du  P.  Vincent  Huby 
qui  l'initia  à  la  spiritualité  du  P.  Louis  Lallemant  que 


c  ic  1-,       r  M  \  \rp<  .T^.S 

lui  avait  tiansmisc  le  P.  ,lcan  Rigoleuc.  Plus  que  pai' 
ses  autres  ouvrages,  c'est  par  l'édition  des  écrivains  de 
l'école  mystique  et  ses  biographies  des  apôtres  de  la 
Bretagne  qu'il  mérite  l'attention.  Grâce  à  lui,  nous 
sommes  renseignés  sur  l'œuvre  et  les  méthodes  des 
retraites  bretonnes  :  La  vie  du  P.  J.  Rigoleuc  de  la 
Comp.  de  Jésus  avec  ses  traitez  de  dévotion  et  ses  lettres 
spirituelles,  Paris,  1686;  La  vie  et  la  doctrine  spirituelle 
du  P.  Louis  Lallemant,  Paris,  1694;  La  vie  des  fonda- 
teurs des  maisons  de  retraite  :  M.  de  Kerlivio,  le  P.  Vin- 
cent Hubij  de  la  Comp.  de  Jésus  et  Mlle  de  Francfieville, 
Nantes,  1698.  —  On  lui  doit  aussi  l'édition  des  deux 
premiers  volumes  des  Dialogues  spirituels  du  P.  Jean 
Surin,  comprenant  l'œuvre  de  celui-ci  moins  ce  qui 
avait  été  édité  sous  le  titre  Des  fondements  de  la  vie 
spirituelle,  par  le  P.  Bignon,  S.  J.  D'après  la  préface  du 
S""  vol.,  la  mort  avait  empêché  le  P.  Champion  de 
retoucher  ce  dernier  tome.  Les  Dialogues  parurent 
après  la  mort  du  P.  Champion  :  1704  (privil.  1703). 
Selon  l'habitude  de  l'époque,  le  P.  Champion  retoucha 
le  style  des  auteurs  qu'il  publiait.  Sur  la  «  collabora- 
tion »  du  P.  Champion,  cf.  l'édition  revisée  et  annotée 

[  par  le  P.  Aloys  Pottier,  S.  J.,  du  texte  primitif  de  La 
vie  cl  la  doctrine  spirituelle  du  P.  Louis  Lallemant, 

'   1924,  préface  et  passim,  et  Bremoud,  Hist.  liltér.  du 

i  .sentiment  religieux  en  France,  v,  4,  7,  8  et  39.  -  —  Le 
P.  Watrigani,  on  1886,  et  le  P.  J.-V.  Bainvcl,  en  1929, 
ont  réédité  La  vie  des  fondateurs...:  les  textes  de  ces 
écrits  de  spiritualité  restent  basés  sur  l'édition  du 

I  P.  Champion. 

Sommervogel,  ii,  \i)Xi-r>ry.  —  Moreri,  s.  /'.      E.  Lelierre, 
.S.  .r.,  flindes  sur  le  Sacré  Cœur,  it,  47-.')2. 

A.  De  Bil. 

CHAMPS  (Gilles  des).  Né  à  Rouen,  il  fut  cha- 
noine de  la  cathédrale.  Après  avoir  conquis  les  grades 
de  docteur  en  théologie  et  de  licencié  in  utroque  jure,  il 
se  classa  parmi  les  maîtres  les  plus  réputés  de  l'uni- 
versité de  Paris,  en  raison  de  son  talent  oratoire.  Ce 
fut  avant  tout  un  serviteur  dévoué  de  Charles  VI,  qui 
lui  donna  les  titres  de  confesseur,  de  conseiller  et  d'au- 
mônier. Il  séjourna  à  la  cour  d'Avignon,  de  mai  à 
juill.  1395,  comme  ambassadeur,  et  prononça  des  dis- 
cours en  faveur  de  la  voie  de  cession,  plus  propice  à 
l'extinction  du  schisme.  L'ambassade  aboutit  à  un 
échec,  comme  celles  qui  eurent  lieu  en  Allemagne  et  en 
Espagne,  en  1396.  De  retour  à  Avignon  en  juin  1397, 
Gilles  constata  à  nouveau  que  Benoît  XIII  éludait  la 
j  voie  de  cession  par  des  moyens  dilatoires  et  astucieux, 
j  .\ussi,  lors  du  concile  tenu  à  Paris  en  1398,  il  prôna  la 
!  soustraction  d'obédience  et,  bien  plus,  requit  la  dé- 
'  tention  du  pape.  C'est  ])ourquoi  l'entourage  du  pon- 
tife le  tint  désormais  pour  «  un  ennemi  mortel  ».  Sa 
harangue  revêt  une  grande  importance,  car  elle  posait 
un  principe  cher  plus  tard  aux  gallicans,  à  savoir  que 
j  le  roi  de  France  avait  l'obligation  de  procurer  la  paix  à 
j  l'Église  et  d'empêcher  les  excès  de  pouvoir  que  com- 
j  mettrait  le  S. -Siège.  Gilles  promulgua  soleiuiellemcnt 
.  l'ordonnance  du  27  juill.  1398  sur  la  soustraction 
d'obédience  et  la  légitima  dans  un  discours  (l''  août). 
Il  fit  partie  de  deux  ambassades  qui  n'obtinrent  aucun 
succès  près  de  Benoît  XIII,  en  mars  et  en  sept.  1399. 
En  1400,  le  roi  l'envoya  en  Italie  et  en  Allemagne. 
Gilles  se  trouvait  à  Rome  au  moment  de  la  mort 
d'Innocent  VII  (6  nov.  1406)  et  pria  inutilement  le 
Sacré  Collège  de  surseoir  à  une  élection  pontificale.  La 
i  grande  ambassade,  qui  partit  de  Paris  en  1 407  à  desti- 
i  nation  des  cours  de  Grégoire  XII  et  de  Benoît  XIII  et 
l  à  laquelle  il  participa,  échoua  encore  une  fois  par  le 
I  mauvais  vouloir  des  deux  pontifes.  Lors  du  concile  de 
j  Pise  (1409),  une  commission  entendit  son  témoignage, 
j  A  cette  époque,  il  y  comparut  comme  ambassadeur 
I  royal  et  comme  évêque  de  Coutances.  Alexandre  V 
I  confirma  son  élection  le  2  oct.  1409  et  .lean  XXIII  le 


Il  \  M 


(  1 1  \  \  \  < 


noniiiia  cai'cliiiHl  le  li  juin  llll.  loiil.  en  lui  lai^saiil 
l'admiaistration  du  diocèse  de  C.oulanrps.  I  .c  prélat 
mourut  eu  mars  1418. 

F.  Ehrle,  Archiv  fur  Literalur  -  und  Kircliengeschidite, 
VI,  1892,  p.  273-87  (procès-verbîil  du  concile  parisien  de 
1398).  —  Bourgeois  du  Chastenet,  Nouv.  hist.  <lu  concile  de 
Constance,  Paris,  1718  (preuves).  —  H.  Denifle  ot  E.  Châ- 
telain, Charlularium  universitatis  Parisiensis,  m,  Paris, 
1889-97,  p.  693.  —  N.  Valois,  La  France  et  le  Grand 
Schisme  d'Occident,  Paris,  1896-1902,  4  vol.  —  V.  Martin, 
Les  origines  du  gallicanisme,  Paris,  1939,  2  vol.  —  Martin 
de  Alpartils,  Chronica  actitatorum  temporibus  domini  Bene- 
dicti  XIII,  éd.  F.  Ehrle,  Paderborn,  1906,  p.  76  et  161  (le 
chroniqueur  le  classe  parmi  les  ennemis  mortels  de  Be- 
noit XIII).  • — ■  P.  Feret,  La  faculté  de  théologie  de  Paris  au 
Moyen  Age,  m  et  iv,  Paris,  1897.  —  E.  Martène  et  U.  Du- 
rand, Amplissima  collectio,  vu,  Paris,  1724-33,  p.  479-.Î25 
(journal  de  Gontier  ("ol  sur  l'ambassade  de  1.395  près  de 
Hennît  XIII). 

G.  MOLLAT. 

1 .  CH  AN  AC  (Bertrand  de).  Il  était  fils  de  Gui, 
de  la  branche  d'Allassac  (Corrèze),  et  d'Isabelle  de 
Montbron.  Les  fonctions  de  clerc  de  la  Chambre  apos- 
tohque  le  mirent  en  relief  et  lui  permirent  de  cumuler 
la  paroisse  de  Samatan  (Gers),  le  doyenné  de  S. -Mar- 
tin de  Tours,  uu  canonicat  à  Poitiers  et  à  Tournai, 
l'archidiaconé  d'Agde.  (irégoire  XI  le  nomma  ari^he- 
vèque  de  Bourges  le  2  août  l.'H  I  l'I  Clément  \'1I  pa- 
Iriarche  de  Jérusalem,  ainsi  que  commeiidalaire  de 
l'évêché  du  Piiy  (30  mai  1382).  Le  17  juill.  1385, 
Pierre  Gérard  lui  succéda  au  Puy.  laii-même,  créé 
cardinal  du  titre  de  Ste-Pufleutienne  le  12  juill.  138.5. 
entra  à  la  Curie  le  9  mars  1380.  11  mourut,  d'après 
Eubel,  le  21  mai  1401  et,  d'après  le  chroniqueur  Mar- 
tin d'Alpartil,  le  20  juin,  à  l'heure  de  compiles.  Sa  vie 
durant,  il  suivit  fidèlement  les  directives  de  la  cour  de 
Paris  :  c'est  ainsi  qu'il  assista,  en  mai  1379,  à  l'assem- 
blée de  Vincennes  dans  laquelle  Charles  V  fixa  sa 
ligne  de  conduite  à  l'égard  de  Clément  VII;  qu'il  se 
montra  partisan  de  la  voie  de  cession  sous  Benoît  Xlll 
et  de  la  soustraction  d'obédience.  Alpartil  le  tenait  pour 
un  ennemi  mortel  du  pape  aragonais  et  regardait  son 
trépas  foudroyant  comme  uu  châtiment  céleste.  Le  car- 
dinal possédait  à  Avignon  une  somptueuse  demeure. 

É.  Baluze,  Vilae  paparnm  Avenionensium,  éd.  G.  MoUat, 
II,  Paris,  1928,  p.  849-.j1.  —  F.  Ehrle,  Martin  de  Alpartils, 
Chronica  aciitatornm,  Paderborn,  1906,  p.  35,  87  et  118.  — 
Gall.  christ.,  ii.  —  F.  Duchesne,  Hist.  de  Ions  les  cardinaux 
Irauçois  de  naissance,  Paris,  16(»0-06. 

(ji.  MOLLAT. 

2.  CHANAC  (FouLyuES  dk).  Il  était  fils  de 
Pierre  II  de  Chanac  et  de  Dauphine.  La  possession  de 
l'archidiaconé  berrichon  de  Sancerre  (Cher),  d'un 
canonicat  dans  la  cathédrale  de  Bourges  et  d'un  autre 
dans  l'église  S.-Ursin  à  Bourges  lui  facilitèrent  l'assis- 
tance à  des  cours  de  droit  romain,  de  1328  à  1330 
(G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXII,  vu, 
n.  41950.  et  x,  n.  51977).  En  1333,  il  était  docteur  m 
uiroque  jure.  Son  oncle  Guillaume,  évêque  de  Paris, 
put  ainsi  le  gratifier  de  la  charge  d'ofTicial  en  même 
temps  que  d'un  canonicat  et  d'une  prébende  à  Notre- 
Dame  (ibid.,  XIII,  n.  til401).  Devenu  clerc  du  roi  de 
France,  Foulques  fut  envoyé  en  mission  par  Phi- 
lippe VI  près  de  Benoît  XII  en  1338  et  en  1339,  au 
.sujet  des  troubles  survenus  dans  le  monastère  de  Fon- 
tevrault  (Maine-et-Loire)  et  d'autres  affaires  sur  les- 
quelles les  documents  demeurent  muets.  Les  entre- 
tiens avec  le  pape  se  prolongèrent  à  tel  j)oint  que  des 
excuses  parvinrent  au  souverain  (G.  Daumet,  Lettres 
closes,  patentes  et  cariâtes  de  Benoît  XII,  n.  190  et  ()06). 
Philippe  VI  apprécia  le  talent  du  négociateur  et  le 
récompensa  par  le  titre  de  conseiller.  Clément  VI,  qui 
favorisa  ses  compatriotes  de  façon  choquante,  lui 
accorda  le  titre  de  chapelain  pontifical  et  le  doyenné 
de  Beauvais;  il  ne  larda  pas  à  lui  ouvrir  une  brillante 


i-arriérc.  en  !*•  iiommanl  i-vè(|ue  de  Paris  (28  iiov.  1342) 
sur  les  instances  de  son  oncle.  Le  sceau  du  prélat  a  été 
i  reproduit  par  Baluze  (Vitac  paparum  Avenionensium, 
éd.  G.  Mollat,  H.  Pai-is,  1928,  p.  610).  Consacré  le 
16  févr.  1343,  il  vécut  jusqu'au  25  juill.  1349. 

Gall.  chrisl.,  vu,  131-33.  -  Obituaires  de  la  province  de 
Sens,  I,  Paris,  1902,  p.  219,  228,  372,  .i05,  524,  557.  — 
Denifle  et  Châtelain,  Chartularium  universitatis  Pari.iien- 
sis,  II,  Paris.  189J,  p.  600,  601,  613,  621,  622. 

G.  Mollat. 

3.  CHANAC  (Guillaume  de).  Il  eut  pour  père 
Pierre  I"  et  pour  mère  Alaïs  Foucher  et  fut  ainsi 
l'oncle  de  Foulques  et  du  cardinal  Guillaume.  Il 
posséda  l'archidiaconé  de  Brie,  dans  le  diocèse  de 
Paris,  et  l'échangea  contre  celui  de  Paris  en  vertu 

i  d'une  décision  épiscopale  que  confirma  Jean  XXII  le 
30  mars  1318  (G.  Mollat,  Lettres  communes  de 
Jean  XXII,  ii,  n.  6774).  Les  recteurs  des  paroisses 
soumises  à  sa  juridiction  lui  contestèrent  le  droit  de 
visite,  si  bien  c[ue  Guillaume  eu  appela  au  S. -Siège,  qui 
confia  l'instruction  de  l'affaire  litigieuse  à  des  commis- 
saires le  27  nov.  1322  (ihid.,  iv,  n.  16655).  L'oppo.si- 
tion  qu'il  rencontra  arguait  sans  doute  que  leur  supé- 
rieur n'était  ([ue  diacre.  Guillaume  ne  se  lit  point 
ordonner  |)rOlro  et  ne  reçut  les  ordres  sacrés  ((u'après 
son  élévation  à  la  dignité  épiscopale.  Il  eut  aussi  des 
difficultés  avec  le  doyen  el  l(>  chapitre  de  Notre-Dame 

I  au  sujet  de  l'Iiôpital  du  S. -Sépulcre  établi  sur  la  pa- 
roisse S.-Merry.  ([ui  dépendait  d'eux.  Un  accord  inter- 
vint le  1  mai  1329  :  doyen  et  chapitre  conservèrent  la 
juridiction  si)irituelle  totalement,  la  collation,  l'insti- 
tution et  la  destitution  des  dignitaires,  des  possesseurs 
depersonnats,d'ofliceset  de  bénéfices,  à  charge  d'aban- 
donner à  l'archidiacre  de  Paris  des  terres  représentant 
un    revenu   de   cent   livres  parisis  (ibid.,  viii,  n. 

!  45910).  Le  siège  de  Paris,  devenu  vacant,  lui  fut 

i  donné    le    13    août    1332    (ibid.,    xi,    n.  58038). 

1  Guillaume  ne  s'empressa  point  de  recevoir  la  consé- 
cration épiscopale  et  perdit,  par  suite,  la  jouissance 

I  de  son  canonicat  et  de  sa  prébende  à  Notre-Dame,  de 
même  que  celle  de  son  archidiaconé,  le  8  avr.  1333. 
Jean  XXII  ne  lui  octroya  une  dispense  que  jusqu'au 
8  juin.  Le  20  août,  le  prélat  portait  le  titre  d'évèque  et, 
le  16  sept.,  recevait  l'autorisation  de  lever  un  subside 
caritatif  sur  son  clergé  (ibid.,  xii,  n.  59772,  59959  et 
61033;  XIII,  n.  61414).  Lors  du  service  funèbre  célébré 
à  Notre-Dame  à  l'occasion  du  décès  de  Jean  XXII, 

j  Guillaume  se  querella  avec  le  chapitre  au  sujet  des 
torches,  des  cierges  et  des  ])arements  dorés  et  de  soie 
qui  ornaient  le  catafalque.  Des  arbitres  se  pronon- 
cèrent eu  faveur  de  la  fabrique  (J.  \'iard.  Documents 

■  parisiens  du  règne  de  Philippe  VI  de  Valois,  i,  Paris, 
1899,  p.  297  et  301;  II.  P'urgeot,  Actes  du  parlement  de 

,  Paris,  Jugés,  i,  Paris,  1920,  n.  1003,  1005,  1062).  En 
1339,  Guillaume  fonda  à  Allassac  quatorze  chapelle- 
nies  et  à  Paris  le  collège  S. -Michel.  Son  alïection  jiour 
son  neveu  Foulques  le  poussa  à  se  rendre  à  Avignon 
afin  de  persuader  à  Clément  VI  de  lui  céder  son  évê- 
ché  et  de  lui  donner  à  lui-même  le  patriarcat 
d'Alexandrie  (28  nov.  1342).  Guillaume  de  Chanac 
mourut  le  3  mai  1348  et  fut  enseveli  à  S. -Victor.  La 
Gall.  clirisL,  vu,  129-131,  a  reproduit  son  épitaphe. 

.J.-M.  Vidal,  Bullaire  de  V Inquisition  française  au  XIV' s., 
Paris,  1913,  n.  146,  p.  122.  —  G.  Clément-Simon,  Docu- 
ments sur  G.  de  Chanac,  évêque  de  Paris  et  patriarche 
d'Alexandrie  (1,324-39),  dans  Bull,  hislor.  et  philnl.  du 
Comité  des  travaux  scieîilif.,  1903,  p.  49-59  (l'auteur  corrige 
les  généalogies  dressées  par  Baluze).  —  Obituaires  de  la 
province  de  .Sens,  i,  Paris,  1902,  p.  126,  217,  557,  760.  — 
Denifle  et  Châtelain,  Charlularium  universitatis  Parisien- 
sis.  II.  Paris.  1891.  p.  229  et  505. 

G.  Mollat. 

4.  CHANAC  ((Guillaume  de).  Fils  de  Gui  de 
Chanac.  fie  la  branche  d'Allassac,  et  d'Isabelle  de 


:î:>  I  (■  Il  \  \  \  ( 

AIonLbron,  il  entra,  à  l'iigc  de  scj)!  iins.  monastère 
S. -Martial  de  Limoges  et  conquit  le  fjracle  de  dorteur 
en  droit  à  l'université  de  Paris.  Successivement  chef- 
cier  de  S. -Martial  de  Limoges  (25  févr.  1339),  prieur  de 
Longpont  (S.-et-O.)  et  de  Vézelay  (Yonne),  il  devint 
abbé  de  S. -Florent  de  Saumur  (30  avr.  1354),  chance- 
lier d'Anjou  en  1360,  abbé  de  la  Fontaine-de-Bèze 
(Côte-d'Or).  Nommé  évêque  de  Chartres  le  23  sept. 
1368,  il  fit  partie  du  conseil  du  duc  Louis  I"  d'Anjou  et 
reçut  à  ce  titre  mille  florins  d'or  le  3  sept.  1369  (Hisi. 
de  Languedoc,  ix,  Toulouse,  1885,  col.  827).  Il  était 
évêque  de  Mende  depuis  le  8  janv.  1371,  quand  Gré- 
goire XI  le  créa  cardinal  du  titre  de  S. -Vital  le  30  mai. 
On  le  connut  sous  le  nom  de  cardinal  de  Mende.  Le  roi 
de  France  récompensa  les  services  qu'il  avait  rendus  en 
Guyenne  par  le  don  de  mille  francs  d'or  (21  juill. 
1371)  (ibid.J. 

Guillaume  de  Chanac  paraît  avoir  été  entièrement 
dévoué  à  Louis  I",  duc  d'Anjou;  il  négocia,  en  1371 ,  un 
accord  entre  ce  dernier  et  la  reine  Jeanne  I'"  de  Na- 
ples.  Il  eut  aussi  la  confiance  de  Grégoire  XI  qui  le 
laissa  à  Avignon,  lors  de  son  départ  pour  Rome,  afin 
de  veiller  aux  intérêts  temporels  de  la  papauté.  Guil- 
laume de  Chanac  dut  s'opposer  aux  agissements  des 
officiers  royaux  contre  la  juridiction  de  l'Église  ro- 
maine dans  l'île  sise  sur  le  cours  du  Rhône  et  voisine 
d'Avignon,  ainsi  qu'à  Montélimar.  Toutefois  le  pape 
hii  témoigna  quelque  étonnement  qu'il  n'eût  rien  tenté 
pour  protéger  le  Comtat-Venaissin  contre  les  incur- 
sions probables  des  troupes  françaises,  concentrées  à 
proximité,  à  la  suite  du  mariage  de  Roland  Johel  avec 
la  nièce  du  prince  d'Orange  (L.  Mirot,  Lettres  secrètes 
et  curiales  de  Grégoire  XI,  Paris,  1942,  n.  2068). 

Retenu  en  Provence,  le  cardinal  de  Mende  ne  con- 
courut pas  à  l'élection  d'Urbain  VI.  Après  avoir  donné 
l'ordre  au  châtelain  du  château  S. -Ange  de  lui  livrer 
les  clefs,  il  changea  totalement  de  conduite  à  son  égard 
et  signifia  à  la  chrétienté  son  adhésion  à  Clément  VII 
(É.  Baluze,  Vitae  paparum  Avenionensiiim,  éd.  G.  Mol- 
lat,  IV,  Paris,  1928,  p.  168  et  192). 

Guillaume  de  Chanac  décéda  à  Avignon  le  30  déc. 
1383,  après  avoir  été  promu  évêque  de  Tusculum  et 
avoir  dicté  sou  testament.  Son  corps  reposa  quelque 
temps  chez  les  frères  prêcheurs  d'Avignon,  puis  fut 
transporté  à  S. -Martial  de  Limoges  où  un  luxueux 
cénotaphe  lui  fut  érigé. 

Gall.  christ.,  i  et  viii.  —  F.  Duchesne,  Ilist.  de  tous  tex 
cardinaux  /rancoix  de  naissance,  Paris,  1660.  —  ft.  Baluze, 
Vilae  paparum  Avenionensium,  éd.  G.  Mollat,  ii,  Paris, 
1928,  p.  609-14  (son  testament  a  été  reproduit  au  t.  iv, 
273-89).  —  L.  (iuibert.  Ce  que  roùlail  au  XIV  s.  le  tombeau 
d'un  cardinal,  Paris,  1895;  Le  tombeau  du  cardinal  G.  de 
Clianac  à  S.-Martial  de  Limoges,  dans  Cabinet  liistorique, 
nouv.  sér.,  1882,  p.  23.3-42.  —  (Congrès  arctiénl.  de  France, 
II,  Paris,  1910,  p.  .309.  —  Bibl.  nat.  de  Paris,  Pièces  origi- 
nales, vol.  668,  dossier  Chanac,  n.  2. 

G.  MOLLAT. 

CHANCELADE,  Cancellata,  abbaye  d'augus- 
tins  située  sur  la  Beuronne,  à  5  km.  environ  au  N.-O. 
de  Périgueux,  dans  ce  diocèse.  Chef  d'ordre  de  cha- 
noines réguliers  dès  la  fin  du  xii^  s.,  centre  de  réforme 
rayonnant  sur  tout  le  Sud-Ouest  de  la  France  au 
xvii^  s.,  ce  monastère,  qui  doit  son  nom  à  une  source 
entourée  d'une  grille  de  fer  (camélia),  s'est  formé 
autour  d'un  ermitage  dont  les  origines  sont  obscures. 
Le  petit  groupe  de  clercs  et  de  laïcs  retirés  dans  la  soli- 
tude boisée  de  la  Beuronne  avant  1115  —  date  à  la- 
quelle Foucaud,  abbé  de  Cellefrouin,  se  joignit  à  eux  — 
étaient-ils  disciples  de  Robert  d'Arbrissel,  comme  leurs 
voisins  de  La  Couronne  et  de  Cadouin?  Ou  dépen- 
daient-ils des  ermites  si  nombreux  du  diocèse  tout 
proche  de  Limoges?  On  ne  sait.  Une  notice  de  fonda- 
tion nous  dit,  par  contre,  comment,  dès  1129,  les  clercs 
ermites  jettent  les  bases  d'une  église  destinée  à  rem- 


(11  \  XC  F.  I.  A  hl  .i.-VJ 

jilacer  Ir  modeste  oratoire  primitif.  A  cette  occasion. 
Guillaume  de  Blanche-Roche,  évêque  de  Périgueux  el 
!  ami  des  solitaires,  confirme  la  donation  de  deux  églises 
j  et  celle  des  biens  offerts  par  les  convertis  attirés  par  la 
I  réputation  de  Foucaud  et  de  ses  disciples.  En  1133, 
I  ceux-ci  font  profession  de  vie  canoniale  régulière,  selon 
la  règle  de  S.  Augustin,  et  placent  à  leur  tête  un  abbé, 
Gérard  de  Monlava.  Les  coutumes  adoptées  furent- 
elles  celles  des  anciennes  fondations  du  diocèse,  N.-D. 
de  Châtres  (1077)  et  S. -Jean  de  Côle  (1080)?  Ou  bien 
les  ermites  subirent-ils  l'influence  de  la  communauté 
de  La  Couronne  qui,  par  l'intermédiaire  d'Aureil,  se 
rattachait  à  S.-Ruf?  Étant  donné  le  prestige  de  Lam- 
bert, fondateur  de  La  Couronne,  cette  dernière  hypo- 
thèse paraît  plus  vraisemblable.  L'adoption  du  nou- 
veau statut  ne  se  fit  pas  sans  difliculté  et  le  chroni- 
queur souligne  la  défection  d'un  certain  nombre  de 
disciples,  probablement  désireux  de  rester  fidèles  à 
l'érémitisme  primitif. 

Grâce  à  la  protection  constante  des  évêques  de  Péri- 
gueux, la  communauté  connut,  entre  1150  et  1250,  un 
développement  considérable.  Les  bâtiments  claus- 
traux furent  édifiés  avec  un  certain  luxe,  si  l'on  en 
juge  par  les  nombreuses  consécrations  d'autels  qui 
s'échelonnent  durant  ce  siècle,  l^urant  la  même  pé- 
riode, l'abbaye  acquit  une  bonne  dizaine  d'églises, 
dons  des  évêques  de  Périgueux,  de  Sarlat  et  de  Rodez; 
I  plusieurs  furent  transformées  en  prieurés  ou  en  prieu- 
j  rés-cures.  Ainsi  S. -Saturnin  de  Beuronne,  Ste-Cathe- 
rine  de  Bor,  S. -Jean  de  Morlande,  S. -Saturnin  de  Blis, 
S.-Vincent-sur-l'Isle,  au  dioc.  de  Périgueux;  S.-Sul- 
pice  et  S. -Innocent,  au  dioc.  de  Sarlat;  Chantemerle, 
La  Fayette  et  Cabresie,  etc.  Une  bulle  d'Alexandre  III 
datée  de  1174  confirme  les  possessions  de  l'abbaye. 
Dans  la  première  moitié  du  xiii«  s.,  les  chanoines  de 
Chancelade  i-emplacent  les  bénédictins  de  l'abbaye  de 
Fontenelles,  au  dioc.  de  Luçon;  ils  forment  alors  l'orrfo 
de  Cancellata,  dont  l'organe  centralisateur  est  un  cha- 
pitre général  qui  fonctionne  comme  ceux  des  autres 
réguliers. 

Cette  forte  organisation  permit  aux  abbés  de  Chan- 
celade de  maintenir  longtemps  la  discipline  régulière. 
En  1360,  le  cardinal  Élie  de  Talleyrand  fait  preuve  de 
générosité  à  l'égard  de  l'abbaye  en  lui  donnant  le  capi- 
tal nécessaire  pour  l'entretien  d'une  trentaine  de  cha- 
noines. Toutefois,  les  désordres  du  xv«  s.  et  les  guerres 
de  religion  entraînent  la  ruine  de  l'abbaye.  Le  do- 
maine dilapidé  et  les  bâtiments  en  ruines  n'étaient 
plus  occupés  que  par  quelques  chanoines  lorsque,  au 
début  du  xvii«  s.,  Alain  de  Solminihac  reprit  en  main 
la  communauté.  Grâce  à  son  action  énergique,  Chan- 
celade devient  de  nouveau  un  centre  de  réforme  dont 
l'action  se  fait  sentir  dans  les  diocèses  de  Périgueux, 
Limoges,  Saintes,  Angoulême,  Foix,  etc.  Alalgré  les 
tentatives  du  P.  Faure  qui,  à  la  même  époque,  ré- 
forme Ste-Geneviève  de  Paris  et  en  fait  le  centre  de  la 
congrégation  de  France,  Alain  de  Solminihac  conserve 
son  indépendance  et  introduit  une  discipline  plus  aus- 
tère. Comme  à  Ste-Geneviève,  les  chanoines  portent 
l'habit  blanc,  mais,  au  lieu  du  rochet.  un  petit  scapu- 
laire  de  toile  blanche.  Après  l'élévation  du  réforma- 
teur au  siège  de  Cahors  (1637),  la  discipline  est  mainte- 
nue par  ses  successeurs  et  disciples,  Jean  Garât,  mort 
en  1674,  et  Jean  de  Belair,  sous  lequel,  en  1699,  le  cé- 
lèbre hôpital  d'Aubrac  entrera  dans  la  congrégation 
(Pour  tout  ceci,  voir  art.  Alain  de  Solminihac, 
D.  H.  G.  E.,  1,  1313-17,  et  en  outre  E.  Sol,  Le  vénérable 
Alain  de  Solminihac,  ahbé  de  Chancelade  et  évêque  de 
Cahors,  Cahors,  1928). 

On  trouvera  la  liste  des  abbés  dans  la  Gall.  christ.,  ii, 
1502;  à  compléter  par  un  mémoire  du  xviii«  s., 
éd.  C.  Mavjonade,  dans  Hev.  Mabitlon,  xvii,  1927, 
p.  17-30, 


i 


35.1 


CHANCELADE  — 


CHANOINES 


354 


L'ancien  cartnlaire  dont  on  a  tiré  la  précieuse  Narratio 
lundadonis  (Gall.  christ.,  ii,  itislr.,  492)  est  perdu.  On  en 
conserve  une  copie  partielle  dans  le  ms.  Paris,  B.  N., 
lat.  9937,  et  dans  la  Coll.  Périgord,  iv,  fol.  51-75;  xii, 
fol.  297  et  301  ;  xxxiii,  fol.  299-386.  Des  pièces  relatives  à  la 
réforme  du  xvii«  s.  sont  conservées  dans  les  mss.  Paris,  Ste- 
Gene^^ève,  603,  651,  705,  709,  712,  720.  —  Pour  les  tra- 
vaux, voir  D.  H.  G.  E.,  i,  1316-17,  et  L.-H.  Cottineau, 
I,  689-90. 

C.  Dereine. 

CHANGANACHERY,  ville  des  Indes  britan- 
niques (Travancore),  sur  les  côtes  de  Malabar;  devint, 
le  28  juill.  1896,  le  siège  d'un  vicariat  apostolique  pour 
les  chrétiens  du  rite  syro-malabar;  il  fut  divisé  en  1911 
et  élevé  au  rang  d'évêché,  dépendant  d'Ernaculam,  le 
21  déc.  1923. 

Hiérarchie  :  Matthieu  Makil,  vie.  ap.,  1896.  —  Tho- 
mas Kurialacherry,  vie.  ap.,  1911.  —  Jacques  Kalara- 
kel,  admin.,  1925.  —  Jacques  Kalacherry,  év.,  1927. 

Cat.Enc,  li,  573;  Supp/.,  i,  176.  —  Ann.  ponl.,  1948,  105. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHANGHAI.  Voir  Shanghai. 

CHANGSHA,  Schangsha,  Tchangsha,  ville  mu- 
rée du  Hunan  (Chine  centrale),  siège  du  vicariat  apos- 
tolique de  Houkouang  dès  1696,  du  Hunan  en  1856,  du 
Hunan  méridional  en  1879,  reçoit  le  nom  de  vie.  ap.  de 
Changsha  le  3  déc.  1924.  Après  un  démembrement 
causé  par  l'érection  de  la  préfecture  apostolique  de 
Siangtan  en  1937,  Changsha  fut,  le  11  avr.  1946,  par  le 
décret  instituant  la  hiérarchie  chinoise,  élevé  au  rang 
d'archevêché. 

Il  est  confié  aux  frères  mineurs  italiens.  Le  premier 
archevêque  est  S.  P.  Lacchio,  O.  F.  M.,  1946. 

L.  Van  Hee. 

CHANGTEH,  Tchangleh,  ville  murée  de  la  Chine 
centrale,  siège  du  vicariat  apostolique  du  Hunan  sep- 
tentrional depuis  le  19  sept.  1879;  reçoit  le  nom  de 
vie.  ap.  de  Changteh  le  3  déc.  1924  et  est  élevé  au  rang 
d'évêché  par  le  décret  du  11  août  1946.  Il  est  confié 
aux  Augustins  espagnols;  l"'  évêque  :  G.  Herrero 
Garrote,  O.  E.  S.  A.,  1946. 

L.  Van  Hee. 
CHANIGAR,  Hânigâr,  Khànîgâr,  évêchénesto- 
rien,  localisé  non  loin  de  Daqûq,  sur  la  route  de  Bag- 
dad à  Arbèles.  Le  Livre  de  la  Tour  a  gardé  le  nom  de 
deux  évêques  de  ce  siège  :  Cyriaque,  qui  fut  présent  au 
sacre  du  catholicos  Josué  bar  Nûn  (824-28),  et  Jean, 
qui  fut  ensuite  métropolite  de  Mossoul  et,  en  893,  ca- 
tholicos de  Perse.  Ibn  at-Tayyib  nous  apprend  que, 
sous  le  catholicos  Sergius  (860-72),  une  partie  de  ce 
diocèse  passa  sous  la  juridiction  de  l'évêque  de 
Sahrazûr. 

J.  S.  Assemani,  Bibliotheca  orientalis,  m-2,  Rome,  1728, 
p.  737.  —  Le  Quien,  ii,  1133,  1243-46.  —  G.  Hoffmann, 
Ausziige  ans  syrischen  Akten  persischer  Martyrer,  Leipzig, 
1880,  p.  308  (index).  —  J.-B.  Abbeloos-T.-J.  Lamy, 
Gregorii  Bar  Hebraei  Chronicon  ecclesiasticum,  m,  Lou- 
vain,  1877,  col.  18,  note  1.  —  H.  Gismondi,  Maris  Amri  et 
Slibae  de  patriarchis  nestorianorum  commentaria,  i,  Maris 
oersio  latina,  Rome,  1899,  p.  74;  ii,  Amri  et  Slibae  oersio 
lalina,  Rome,  1897,  p.  38,  46.  —  E.  Sachau,  Zur  Ausbrei- 
tung  des  Christentums  in  Asien,  dans  Abh.  der  preuss.  Akad. 
der  Wiss.,  1919,  Phil.-hist.  Klasse,  i,  Berlin,  1919,  p.  25,  57. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CHANOINES  (Des  origines  auxiii«s.). —  In- 
troduction. —  Les  laïcs,  les  moines  et  les  clercs  forment 
dans  l'Église,  dès  le  iv^  s.,  trois  groupes  hiérarchisés 
ayant  leurs  lois  et  leurs  fonctions  propres.  Très  tôt  au 
Moyen  Age,  les  clercs  par  excellence,  ceux  qui,  par 
leur  nombre  et  les  services  rendus,  représentent  l'ordre 
ne  sont  pas,  comme  aujourd'hui,  les  prêtres  des  pa- 
roisses, mais  les  communautés  de  chanoines  qui, 
autour  des  évêques  et  plus  tard  dans  les  collégiales,  se 
consacrent  principalement  au  chant  de  l'ofiice  divin. 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


L'histoire  fort  négligée  de  cet  ordo  canonicus  ou  cano- 
nialis  devrait  être  envisagée  aux  divers  points  de  vue 
économique,  social,  politique  et  intellectuel.  Dans  tous 
ces  domaines,  en  effet,  les  chapitres  ont  joué,  jusqu'à 
la  fin  de  l'Ancien  Régime,  un  rôle  comparable  à  celui 
des  monastères.  Tout  en  tenant  compte  le  plus  pos- 
sible de  ces  différents  aspects,  nous  nous  bornerons  au 
;  domaine  strictement  religieux,  allant  d'ailleurs  ainsi  à 
:  l'essentiel.  Car,  comme  le  dit  M.  Bloch,  les  services 
I  rendus  à  la  société  par  les  chapitres  et  monastères 
n'étaient  pas  principalement  d'ordre  économique,  cha- 
ritable ou  culturel,  mais  avant  tout  spirituel  (cf.  La  so- 
I  ciété  féodale;  la  formation  des  liens  de  dépendance,  dans 
i  coll.  Évolution  de  l'humanité,  xxxi,  Paris,  1940, p.  139). 

Le  développement  de  l'ordre  soulève  des  problèmes 
!  multiples  qui  concernent  ses  origines,  la  formation 
I  progressive  de  son  idéal,  de  sa  discipline,  de  la  fonc- 
!  tion  canoniale,  enfin  ses  rapports  avec  les  laïcs  et  sur- 
tout avec  les  moines.  Des  principes,  qui  relèvent  de  la 
spiritualité  et  du  droit  canon,  on  devrait  descendre 
aux  faits,  apprécier  les  réalisations,  dépister  les  in- 
fluences, établir  les  périodes  de  décadence  et  de  fer- 
\  veur.  Dans  l'état  actuel  des  travaux,  un  tel  programme 
I  est  difficilement  réalisable.  On  dispose  sans  doute  d'un 
'  bon  nombre  de  monographies  décrivant  les  origines  et 
[  l'organisation  des  chapitres.  Mais  les  ouvrages  de  syn- 
I  thèse  font  défaut  et  l'on  doit  encore  se  reporter  aux 
études  des  érudits  des  xvii«  et  xviii«  s.,  tels  que  Tho- 
massin,  Amort,  Lelarge,  etc. 

Cet  article  sera  limité,  dans  l'espace,  à  l'Occident 
chrétien  et,  dans  le  temps,  aux  douze  premiers  siècles. 
Encore  est-il  surtout  destiné  à  compléter  les  articles 
parus  dans  les  diverses  encyclopédies  :  H.  Leclercq, 
art.  Chanoines,  dans  D.  A.  C.  L.,  ni-1,  247  sq.; 
A.  Smith,  art.  Chanoines  réguliers,  dans  D.  Spir.,  ii, 
463  sq.  ;  P.  Torquebiau,  art.  Chanoines  et  Chapitres  de 
chanoines,  dans  D.  D.  Can.,  ni,  471-88  et  530-66. 

La  matière  ainsi  déterminée  se  divise  assez  natu- 
rellement en  quatre  périodes  :  I.  Les  origines  {i"- 
v«  s.).  IL  L'époque  mérovingienne  (500-750).  III. 
L'époque  carolingienne  (750-1050).  IV.  La  réforme 
grégorienne  (1050-1200)  (au  cours  de  cette  dernière  pé- 
riode, il  sera  principalement  question  des  chanoines 
réguliers). 

Avant  d'aborder  le  sujet,  donnons  encore  quelques 
précisions  de  vocabulaire. 

L'adjectif  latin  canonicus,  du  grec  kovovikos,  si- 
gnifie, comme  ce  dernier,  «  conforme  à  la  règle  » 
(Kavoûv)  et  sert  de  doublet  à  regularis.  Dans  son  sens  le 
plus  large,  il  peut  donc  qualifier  toute  espèce  de  réali- 
tés et,  de  fait,  dans  le  vocabulaire  ecclésiastique,  il  est 
dit  d'un  livre,  d'une  élection,  d'une  décision,  du  droit 
lui-même  qu'ils  sont  «  canoniques  ».  Il  apparaît  accolé 
au  mot  clericus  dès  le  vi»  s.  et  est  très  tôt  employé  seul 
—  comme  substantif  —  p.  ex.  au  concile  de  Tours  de 
567.  Il  n'est  pas  douteux  que,  dès  cette  époque,  l'ex- 
pression clerici  canonici  ait  signifié,  pour  les  contem- 
porains, des  clercs  vivant  selon  la  régula  canonica. 
Telle  est  l'explication  donnée  par  Ecbert  d'York 
{P.  L.,  Lxxxix,  379),  par  Alcuin  et  par  Gautier  de  Ma- 
guelone  au  xii«  s.  Il  importe  donc  peu  de  savoir  si,  du 
point  de  vue  de  l'étymologie  stricte,  le  mot  vient, 
comme  le  veulent  certains,  de  Kavcov,  signifiant  soit  la 
matricule  ou  liste  des  membres  d'une  église,  soit  la  part 
des  revenus  ecclésiastiques,  soit  encore  la  psalmodie. 

Comme  synonymes  on  trouve  les  expressions  clerici 
cardinales  ou  officiâtes,  surtout  en  Italie,  parfois  aussi 
'  malricularii,  bien  que  ce  mot  désigne  plus  générale- 
ment les  fonctionnaires  subalternes  d'une  église.  De 
j  nombreux  documents  emploient  des  formules  plus 
vagues  telles  que  fratres,  servi  Dei,  pauperes  Christi  ou 
même  coenobitae,  termes  qui  désignent  aussi  bien  des 
moines  que  des  chanoines.  Aussi  voudrait-on  trouver 

H.  —  XII.  —  12  — 


3!Sr>  C  H  VNOl  \  l'-.S.  OIUCINKS  350 


dans  le  vocabulaire  qui  désigne  le  genre  de  vie,  les  bâ- 
timents ou  les  autorités  canoniales,  des  critères  per- 
mettant de  distinguer  les  deux  ordres.  Malheureuse- 
ment la  plupart  des  expressions  sont  ambiguës.  En 
eflet,  le  mot  vita  (ou  ordo,  institutio,  disciplina,  régula, 
congregatio)  est  accompagné  indifféremment  des  ad- 
jectifs regularis,  coenohialis,  monasterialis,  claustralis, 
aposlolica  ou  commuais,  pour  désigner  tant  les  clercs 
que  les  moines.  Notons  pourtant  l'effort  tenté  par  les 
carolingiens  pour  distinguer  l'ordo  regularis  (monas- 
tique) de  l'ordo  canonicus  (canonial). 

Si,  à  l'époque  carolingienne,  le  terme  basilica  dé- 
signe le  plus  souvent  une  église  occupée  par  des  clercs, 
par  contre  abbalia,  claustrum,  coenobium  et  monasle- 
rium  ne  peuvent  servir  de  critère,  pas  plus  que  le  voca- 
bulaire emploj'é  pour  les  charges  supérieures,  tel  abbas 
ou  praepositus.  Cette  confusion  dans  la  terminologie 
est  d'ailleurs,  nous  le  verrons,  l'indice  du  rapproche- 
ment opéré  spécialement  à  l'époque  mérovingienne 
entre  les  deux  genres  de  vie. 

Le  vocabulaire  utilisé  pour  définir  le  genre  de  vie 
mené  par  les  chanoines  n'offre  pas  moins  de  difficultés. 
Que  signifient  vivere  secundum  instituta  Patrum,  secun- 
dum  vilam  apostolicam,  communiter,  regulariier,  cano- 
nice  ou  au  contraire  saeculariter,  irregulariler,  more 
laicorum,  ut  acephali,  etc.?  Le  sens  de  ces  formules  a 
varié  considérablement  avec  les  âges.  Disons  seule- 
ment qu'avant  la  réforme  grégorienne  les  mots  mar- 
quant la  régularité  désignent  la  conformité  à  la  règle 
canonique  qui  sera  précisée  au  concile  d'Aix  de  816  et 
comporte  généralement  une  vie  commune  mitigée. 
Les  expressions  exprimant  un  blâme  marquent  sim- 
plement un  état  de  fait  regrettable.  A  partir  de  1050 
au  contraire,  les  formules  marquant  la  régularité  sont 
réservées  pour  ceux  que  l'on  appelle  alors  les  canonici 
regulares,  qui  renoncent  à  la  propriété  privée,  tandis 
que  les  termes  saeculares  et  équivalents  désignent  les 
chanoines  propriétaires  vivant  selon  les  anciennes  tra- 
ditions. Les  mots  regulares  et  saeculares  indiquent 
donc  à  partir  de  ce  moment  deux  états  juridiques  dis- 
tincts. L'emploi  des  adjectifs  français  correspondants, 
«  séculiers  »  et  «  réguliers  »,  devrait  se  modeler  sur 
cet  usage. 

Outre  les  articles  déjà  cités,  voir  :  A.  Poeschl,  Bisihofgut 
und  «  mensa  episcopalis  »,  i,  Bonn,  1908,  p.  48  sq.  — 
.J.  Wirges,  Die  Anjànge  der  Augustiner-Chorlierren...,  Diss., 
Uetzdorf,  1928,  p.  3.5  sq.  —  Pour  le  xi=  s..  Ch.  Dereine,  Vie 
commune,  règle  de  S.  Augustin  et  chanoines  réguliers  (tu 
s.,  dans  fteo.  d'hisl.  eccL,  xi,i,  1946,  p.  ."ÎCi-lOe. 

I.  Les  origines  (i^-y-  siècle).  —  Bien  que  le  mot 
canonicus  n'apparaisse  qu'au  vi«  s.  et  que  la  première 
règle  écrite  date  du  viii«,  on  ne  peut  parler  de  l'ordre 
canonial  sans  remonter  jusqu'aux  origines  du  chris- 
tianisme. Il  n'est  pas  question  de  prétendre,  comme 
l'ont  fait  certains,  que  l'institution  fondée  par  les 
apôtres  a  reçu  d'eux  l'organisation  qui  la  caractérise 
des  siècles  plus  tard.  Mais  le  lien  idéologique  qui  rat- 
tache les  chanoines  aux  premiers  temps  de  l'Église  est 
trop  important  pour  qu'on  n'en  tienne  pas  compte. 
En  outre,  il  semble  exact  de  dire  que  tout  le  clergé 
primitif  est  canonial  au  sens  large  du  mot.  C'est  l'ap- 
parition tardive  d'un  clergé  disséminé  dans  les  pa- 
roisses rurales  et  les  villae  qui  a  entraîné  l'emploi  d'un 
terme  nouveau  pour  désigner  l'institution  ancienne. 

1°  Les  bases  scripturaires.  —  Toute  la  tradition  ca- 
noniale repose  sur  quelques  textes  de  l'Écriture  qui 
ont  inspiré  les  organisateurs  de  l'ordre.  La  législation 
des  lévites  de  l'A.  T.  préfigure  (/!  ti/po  celle  du  sacer- 
doce de  la  Loi  Nouvelle.  De  là  rim])ortance  des  pas- 
sages de  la  Bible  qui  décrivent  la  chasteté  temporaire 
et  le  mode  de  propriété  pratiqués  par  les  fils  d'Aaron. 
De  même,  les  textes  des  ])saumcs  Dominus  pars  here- 
ditalis  meae  (xv,  5)  et  Portio  mea  Dominus  (cxviii,  .57), 


repris  dans  l'ancienne  liturgie  des  ordinations,  four- 
nissent le  point  de  déj)art  de  considérations  sur  le  dé- 
tachement des  biens  terrestres. 
1      L'Évangile  fournit  l'exemple  des  apôtres  aban- 
[  donnant  tout  pour  suivre  le  Maître  et  les  exhortations 
'  du  Christ  à  la  pauvreté  évangélique  (Luc,  xiv,  33  et 
I  Matth.,  XIX,  21).  Très  important  aussi  est  le  passage 
des  Actes  des  apôtres  (iv,  32)  décrivant  l'attitude  d 
la  première  communauté  de  Jérusalem.  Dans  ses 
lettres  pastorales,  S.  Paul  donne  une  série  de  conseils 
I  qui  se  résument  dans  le  grand  principe  :  Nemo  militans 
!  Deo  implicat  se  negotiis  saecularibus  (II  Tim.,  ii,  4), 
;  Exploitant  ces  thèmes,  les  Pères  esquissent  les  grandes 
i  lignes  de  l'idéal  du  clerc.  On  en  trouve  un  bon  exposé 
dans  les  Commentaires  de  S.  Hilaire  (P.  L.,  ix,  551)  et 
de  S.  Ambroise  {ibid.,  xv,  1294)  sur  le  psaume  cxvir 
et  surtout  dans  les  lettres  de  S.  Jérôme  à  Héliodo 
(P.  L.,  xxii,  352),  à  Népotien  {ibid.,  527),  à  Rusticu 
{ibid.,  1072),  qui  exerceront  dans  la  suite  une  grand 
influence. 

2°  Discipline.  —  Dans  la  ligne  ainsi  tracée,  les  auto 
rités  ecclésiastiques  élaborent  progressivement  la  dis 
cipline  propre  au  clergé.  On  sait  que  la  loi  du  céliba' 
,  ecclésiastique  s'est  imposée  petit  à  petit  en  Occident, 
i  Tertullien,  S.  Cyrille  de  Jérusalem  et  S.  Jérôme  té 
moignent  de  l'extension  d'une  coutume  qui  fut  sancr 
tionnée  aux  divers  conciles  d'Elvire  (vers  300),  d" 
Carthage,  de  Tolède  et  de  Turin  (vers  400).  .\u  v  s, 
S.   Léon  étendit  aux  sous-diacres  l'obligation  de! 
chasteté  (cf.  É.  Jombart,  art.  Célibat  des  clercs,  dan 
D.  D.  Can.,  ni,  132). 
j      Signalons,  sans  y  insister,  les  diverses  mesures  pris- 
durant  les  premiers  siècles  pour  écarter  le  clerc  du  mi 
I  lieu  séculier.  Sont  interdits  dans  ce  but  :  le  commerce 
I  les  métiers  incompatibles  avec  la  dignité  sacerdotale 
]  l'administration  des  affaires  temporelles,  les  diver- 
tissements profanes,  etc.  Des  deux  symboles  de  ce 
état  de  séparation,  l'habit  et  la  tonsure,  seule  cett 
dernière  apparaît  à  la  fin  du     s.  Rappelons  aussi  qu 
les  divers  degrés  de  la  hiérarchie  ecclésiastique  s'or 
ganisent  durant  cette  période  (cf.  F.  Mugnier,  art 
Cléricature,  dans  D.  Spir.,  x,  964). 

Il  faudrait  encore  étudier  l'évolution  de  la  législa 
tion  concernant  la  cohabitation  des  clercs  avec  le 
I  femmes,  qui  aboutit  au  canon  du  concile  de  Nicée  (325) 
j  et  de  celle  de  la  stabilité  des  clercs,  déterminée  à  Chai 
!  cédoine  (451).  Notons  seulement  que  c'est  l'ensembl 
de  ces  prescriptions  portées  par  les  papes  et  les  concile 
qui  forment  la  canonica  régula.  Il  nous  reste  à  voi 
dans  quelle  mesure  la  vie  commune  fait  partie  d 
I  l'idéal  primitif  du  clerc. 

j      3°  Vie  commune.  —  A  toutes  les  époques,  des  auteu 
plus  ou  moins  qualifiés  ont  affirmé  que  la  pauvret 
avait  été  imposée  au  clergé  de  l'Église  i)rimitive  a" 
même  titre  que  la  chasteté.  Grégoire  le  Grand  e 
j  Chrodegang,  Hildebrand,  Pierre  Damien  et  Yves  d 
j  Chartres,  plusieurs  canonistes  du  xiv^  s.  et  plus  tar 
encore  les  historiens  des  chanoines  réguliers,  Lelarge 
Zunggo,  Pennotti,  etc.,  ont  partagé  cette  conviction  e 
l'ont  défendue  en  invoquant  les  textes  scriptuaires  e 
patristiques  que  nous  avons  cités  et  aussi  l'exempl 
donné  par  bon  nombre  d'évêques,  entre  autres  S.  Au 
gustin.  On  leur  répond  actuellement  qu'il  ne  faut  pa 
confondre  idéal  et  obligation  stricte,  initiatives  pri 
vées  et  institution,  et  surtout  qu'il  faut  distinguer  le 
divers  degrés  de  vie  commune.   Cette  expressio 
recouvre  en  effet  des  genres  de  vie  très  variés,  depui 
!  l'abandon  de  toute  propriété  jusqu'à  la  simple  fré 
;  quentation  plus  ou  moins  continue  d'un  cloître,  d'u 
j  dortoir  et  d'un  réfectoire  communs  (cf.  F.  Mugnie 
I  op.  cit.,  970-71,  et  J.  Wirges,  op.  cit..  52-55). 
I      L'existence  de  collèges  presbytéraux,  le  fait  qu 
dans  l'exercice  de  leur  ministère  les  clercs  soient  étroi 


357 


CHANOINES.   L'ÉPOQUE   M  É  KO  V I  N  G  1  E  N  N  E 


358 


tement  associés  à  l'évêque,  leur  participation  aux 
biens  ecclésiastiques,  tous  ces  faits  ne  permettent 
donc  pas  de  conclure  à  une  pratique  généralisée  de  la 
pauvreté.  On  n'en  trouve  en  tout  cas  aucune  trace 
dans  le  clergé  des  grandes  villes  telles  que  Milan,  Car- 
thage  et  Rome  au  iv^  s.  (cf.  V.  Monachino,  La  cura 
pastorale  a  Milano,  Cartagine  e  Romci  nel  s.  iv,  Rome, 
1947,  p.  23,  160  et  329). 

Mais,  si  elle  n'a  jamais  constitué  une  obligation 
stricte,  la  pauvreté  «  apostolique  »  n'en  est  pas  moins 
considérée  par  beaucoup  comme  un  élément  impor- 
tant de  l'idéal  canonial.  Dès  le  début,  les  grands 
évèques  comme  S.  Ignace  d'Antioche,  S.  Polycarpe, 
S.  Cyprien,  S.  Ambroise  et  plusieurs  autres  donnent 
l'exemple  du  dépouillement  personnel.  Sous  l'influence 
de  plus  en  plus  forte  de  l'ascétisme  monastique,  cer- 
tains pasteurs  groupent  autour  d'eux  des  clercs  qui 
s'efforcent  de  joindre  au  ministère  sacerdotal  la  pra- 
tique des  vertus  apostoliques.  Mais  il  est  difficile  de 
définir  le  statut  exact  des  communautés  formées  à  An- 
tioche  autour  de  Diodore  et  à  Verceil  autour  de 
S.  Eusèbe.  D'après  S.  Ambroise  (P.  L.,  xvii,  720),  ce 
dernier  in  ecclesia  eosdem  monachos  inslituit  esse  quam 
clericos.  Un  exemple  plus  net  de  vie  commune  stricte 
est  rapporté  par  Sozomème  {P.  G.,  lxvii,.1389), 
d'après  lequel  les  clercs  de  Rhinokoukoure,  fidèles  aux 
institutions  de  l'évêque  Mêlas,  vivaient  sous  le  même 
toit,  fréquentaient  la  même  table  et  mettaient  en  com- 
mun tous  leurs  biens  (cf.  J.  Wirges,  op.  cit.,  52-54,  et 
H.  Leclercq,  op.  cit.,  235). 

Mais  le  promoteur  par  excellence  de  la  pauvreté  des 
clercs  et  de  la  vita  apostolica  est  sans  contredit  S.  Au- 
gustin. On  sait  que  les  sermons  De  vita  clericorum 
(P.  L.,  xxxix,  1569  sq.)  et  la  Vie  écrite  par  Possidius 
{ibid.,  xxxii,  37  sq.)  nous  décrivent  la  discipline  impo- 
sée par  l'évêque  dans  le  monasterium  clericorum.  Faut- 
il  compter  parmi  les  documents  qui  nous  renseignent 
sur  la  doctrine  canoniale  de  S.  Augustin  les  textes 
connus  au  Moyen  Age  sous  le  nom  de  Régula  S.  Augus- 
tini?  Ce  problème  délicat,  déjà  soulevé  au  xii«  s.,  a  fait 
récemment  l'objet  de  nouvelles  polémiques.  Pour  les 
PP.  Mandonnct,  Merlin  et  Hiimpfner,  l'évêque  d'Hip- 
pone  a  d'abord  écrit  l'Ordo  monasterii  (=  OM,  P.  L., 
xxxii,  1449-52)  à  l'usage  de  sa  communauté;  il  y  a 
ajouté  ensuite  la  Régula  tertia  (=  /M,  P.  L.,  xxxii, 
1377-1434),  en  guise  de  commentaire,  et  il  a  transposé 
lui-même  au  féminin  ce  dernier  texte  à  l'usage  de  la 
communauté  de  moniales  dirigée  par  sa  sœur,  dans  la 
lettre  ccxi  (=  EA,  P.  L.,  xxxiii,  958-65).  Pour  dom 
Lambot  au  contraire,  EA  seule  est  l'œuvre  de  l'évêque 
d'Hippone,  tandis  que  RA  résulte  de  la  transposition 
au  masculin  de  la  lettre  ccxi  et  que  OM  est  une  règle 
monastique  datant  du  v«  s.,  mais  d'origine  inconnue. 
Cette  dernière  position  défendue  en  toute  objectivité 
par  des  arguments  très  sérieux  semble  bien  devoir  être 
retenue  (cf.  C.  Lambot,  S.  Augustin  a-t-il  écrit  la  règle 
pour  moines  qui  porte  son  nom?,  dans  Rev.  Bén., 
un,  1940,  p.  42-60).  Au  sujet  de  la  régula  prima, 
pactum  visigothique  du  vin«  s.,  également  attribué  à 
S.  Augustin,  cf.  C.  J.  Bishko,  The  date  and  Ihe  nature 
of  the  spanish  consensoria  monachorum,  dans  American 
Journal  of  philology,  lxix,  1948,  p.  377-95. 

Signalons  dès  maintenant  la  fortune  faite  au  Moyen 
Age  à  ces  textes.  Liés  l'un  à  l'autre,  OM  et  RA  sont 
déjà  employés  par  S.  Césaire  d'Arles,  par  Cassiodore  et 
par  l'auteur  de  la  Régula  Tarnatensis.  Le  fameux  ms. 
de  Corbie  (actuellement  Paris,  BN,  lat.  12634),  datant 
du  vn«  s.,  nous  en  fournit  le  plus  ancien  texte  connu, 
tandis  que  les  catalogues  des  bibliothèques  de  S.  Wan- 
drille,  S.-Gall  et  Reichenau  en  attestent  la  diffusion  au 
ix«  s.  A  la  même  époque,  les  deux  textes  transposés  au 
féminin  servaient  de  règle  aux  moniales  espagnoles  de 
Bobadilla.  Mais  il  faudra  attendre  le  xi«  s.  pour  les  voir 


adoptés  à  nouveau  dans  l'ordre  canonial  (cf.  C.  Lam- 
bot, loc.  cit.,  et  A.  C.  Vega,  Una  adaptacion  de  la  Infor- 
malio  regularis,  dans  Miscellanea  G.  Mercati,  n,  Vati- 
can, 1946,  p.  34  sq.). 

Mais  il  est  plus  important  pour  nous  de  déterminer 
dans  quelle  mesure  l'exemple  donné  par  S.  Augustin  a 
été  suivi  dans  les  autres  diocèses  africains.  Le  rôle  de 
séminaire  joué  par  le  monastère  d'Hippone  permet  de 
penser  que  les  évêques  qui  en  sont  sortis,  Severus  de 
Milève,  Evodius  d'Uzalis,  Possidius  de  Calama,  Fortu- 
nat  de  Citra  et  bien  d'autres,  ont  adopté  à  leur  tour  la 
vita  apostolica  (cf.  J.  Wirges,  op.  cit.,  60-64). 

Avec  les  invasions  des  Vandales  et  la  dispersion  du 
clergé  africain  en  Italie,  en  Espagne  et  en  Gaule,  ce 
genre  de  vie  a-t-il  été  transplanté  dans  ces  régions? 
Plusieurs  auteurs  anciens  l'ont  afiirmé  sans  fournir 
d'arguments  précis.  Seule  une  étude  détaillée  pourrait 
donner  des  résultats  satisfaisants.  Si  Césaire  d'Arles 
unit  en  sa  personne  l'office  des  clercs  et  les  vertus  mo- 
nastiques, rien  ne  prouve  qu'il  ait  imposé  la  vie  com- 
mune à  ses  clercs.  De  même,  la  tradition  qui  veut  que 
le  pape  Gélase  ait  introduit  ce  genre  de  vie  au  Latran 
semble  peu  fondée.  Par  contre,  Julien  Pomère,  dis- 
ciple de  S.  Augustin,  a  défendu  la  doctrine  de  son 
maître  sur  la  pauvreté  apostolique  dans  son  De  vita 

I  contemplativa  (P.  L.,  lix,  411-520)  placé  souvent  au 
Moyen  Age  parmi  les  œuvres  de  Prosper  d'Aquitaine 
(cf.  J.  Wirges,  op.  cit.,  64-66,  et  J.-C.  Plump,  Pome- 

I  riana,  dans  Vigiliae  chrislianae,  i,  1947,  p.  227  sq.). 

I  Voir  pour  tout  ceci,  H.  Leclercq,  loc.  cit.,  223-36.  — 
I  P.  Monceaux,  S.  Augustin  et  S.  Antoine.  Contribution  à 

l'hist.  du  monachisme,  dans  Miscellanea  Agostiniana,  ii, 
j   Rome,  1930,  p.  63-87.  —  Pour  la  règle  de  S.  Augustin,  voir 

un  bon  état  de  la  question  par  .J.  C.  Dickinson,  T/ie  origins 

oj  the  Austin  canons  and  their  introduction  into  England, 

Londres,  19.50,  append.  i. 

IL  L'ÉPOQUE  MÉROVINGIENNE  (500-750).  —  1°  Le 

milieu.  —  Le  rapprochement  déjà  opéré  à  l'époque 
précédente  entre  le  monachisme  et  l'institution  cano- 
niale s'accentue  encore  à  partir  du  vi«  siècle. 

Né  au  désert,  de  l'initiative  de  laïcs,  le  monachisme 
n'avait  à  l'origine  rien  de  commun  avec  le  clergé. 
Mais,  dès  550,  Cassiodore  assigne  aux  moines  du  Viva- 
rium une  fonction  intellectuelle  inconnue  des  Pères  du 
désert.  En  même  temps  apparaissent  dans  les  villes,  à 
Rome  p.  ex.,  les  moines  des  basiliques  qui,  à  côté  du 
clergé,  consacrent  tout  leur  temps  au  chant  de  l'office. 
Leur  genre  de  vie  ressemble  davantage  à  celui  des 
futurs  chanoines  réguliers  qu'à  celui  de  leurs  confrères 
du  Mont-Cassin.  La  coutume  de  plus  en  plus  répandue 
dans  les  monastères  de  recevoir  les  ordres  sacrés,  les 
missions  de  S.  Augustin  de  Cantorbéry  en  Angleterre 
et  celles  des  moines  anglo-saxons  sur  le  continent 
accentuent  encore  le  rapprochement  entre  les  fonc- 
tions canoniales  et  monastiques. 

Cette  évolution  entraîne  une  modification  non  moins 
importante  de  la  propriété  des  moines.  Au  désert,  le 
moine  vit  du  produit  de  son  travail  manuel  et  telle  est 
encore  la  coutume  pour  les  ermites  qui  se  multi- 
plient en  Gaule  et  en  Italie  aux  vi^  et  vii«  s.  Mais,  dans 
les  monastères  où  la  liturgie  prend  de  plus  en  plus 
d'importance,  la  pratique  du  travail  manuel  tombe  en 
désuétude.  Entièrement  occupé  au  chœur,  le  moine  se 
fait  remplacer  aux  champs  par  des  colons  ou  des  serfs. 
En  outre,  la  communauté  s'enrichit  très  vite  de  biens, 
tels  que  les  tonlieux  ou  autres  droits  de  ce  genre,  qui 
mettent  les  administrateurs  des  domaines  sur  le  même 
pied  que  les  séculiers.  Le  moine,  qui  sert  désormais 
l'autel  aussi  bien,  si  ce  n'est  mieux,  que  le  clerc, 
n'a-t-il  pas  droit,  lui  aussi,  à  vivre  du  fruit  des  biens 
ecclésiastiques?  Par  la  fonction  comme  par  le  type  de 
propriété,  le  monachisme  se  rapproche  donc  considé- 
rablement de  l'ordre  canonial.  Les  législateurs  essaie- 


C  H  A  N  0  T  N  i  :  S .  I  /  E  P  O  O  U  1<;   M  E  1^  n  V  T  N  (;  T  K  N  N  }•. 


ront  bien  de  rétablir  la  distinction  primitive  entre  les 
deux  ordres.  Le  fait  domine  néanmoins  toute  l'histoire 
religieuse  de  cette  époque. 

Voir  E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  ecclésiastique  en 
France,  i.  Époque  romaine  et  mérovingienne,  dans  Mém.  des 
Fac.  calh.  de  Lille,  Lille-Paris,  1910,  p.  79-99.  —  T.-P.  Me 
Lauglilin,  Le  très  ancien  droit  monastique  de  l'Occident,  dans 
Arch.  de  la  France  mon.,  xxxvm,  Ligugé,  1935,  p.  1 11-26.  — 
D.  Knowles,  The  monastic  Order  in  Enqland,  Cnmbridge, 
1940,  p.  17. 

2°  La  législation.  —  Dans  les  décisions  des  conciles, 
qui  se  multiplient  en  Gaule  et  en  Espagne  à  partir  de 
l'année  520,  le  mot  canonicus  apparaît  pour  la  première 
fois,  semble-t-il,  dans  le  can.  15  du  concile  de  Cler- 
mont  (535),  le  can.  12  du  concile  d'Orléans  (538),  le 
can.  20  du  concile  de  Tours  (567)  (cf.  Maassen,  dans 
M.  G.  H.,  Conc.  aev.  merov.,  69,  77,  167). 

Ces  mesures  prises  occasionnellement  ne  consti- 
tuent évidemment  pas  une  règle  canoniale  complète. 
Elles  permettent  pourtant  de  se  rendre  compte  de  ce 
que  l'on  entend  à  cette  époque  par  canonicus.  Est  qua- 
lifié ainsi  le  clerc  qui  remplit  les  devoirs  de  sa  charge, 
entre  autres  la  récitation  des  heures  canoniales,  reste 
attaché  à  son  église,  obéit  à  son  évêque  et  mérite  donc 
de  recevoir  les  stipendia  ecclésiastiques;  en  un  mot, 
c'est  celui  qui  observe  les  canones,  c.-à-d.  l'ensemble 
des  textes  scripturaires,  patristiques  et  conciliaires  qui 
fixent  les  traits  essentiels  de  la  vie  cléricale.  Bien  que 
non  codifiée,  cette  tradition  constitue  pour  les  contem- 
porains un  ensemble  bien  défini  de  coutumes. 

Ainsi  compris,  l'ordo  canonicus  —  l'expression  est 
employée  en  670  au  concile  d'Autun  (Mansi,  xii, 
124)  —  se  distingue  de  l'ordre  monastique  qui  com- 
mence à  s'unifier  progressivement  sous  la  règle  de 
S.  Benoît.  Mais  dans  le  clergé,  il  ne  constitue  pas  une 
institution  ni  un  état  juridique  opposé  à  un  autre.  En 
droit,  tous  les  clercs  devraient  être  canonici.  Seule  la 
faiblesse  humaine  ou  les  conditions  d'existence  ne  per- 
mettent pas  toujours  l'observation  complète  de  la 
législation.  Tels  sont  les  clercs  vagabonds  et  ceux  qui 
s'attachent  au  service  de  seigneurs  dans  les  villae. 
Dans  son  De  ecclesiasticis  officiis  (P.  L.,  lxxxiii,  779), 
Isidore  de  Séville  décrit  ainsi  la  situation  :  Duo  sunt 
gênera  clericorum,  unum  ecclesiasticorum  sub  regimine 
episcopali  degentium,  alterum  acephalorum  id  est  sine 
capite,  quod  sequuntur  ignorantiam.  Hos  neque  inter 
laicos  saecularium  officiorum  studia  neque  inter  clericos 
religio  detentat  divina  sed  solutos  atque  aberrantes,  sola 
turpis  vita  complectitur  et  regat.  Notons  pourtant  que 
l'on  distinguera  bien  vite  parmi  les  clercs  vivant  selon 
les  canones  ceux  qui  sont  soumis  à  l'évêque,  le  clergé  de 
cathédrale,  et  ceux  qui  dépendent  des  abbés,  le  clergé 
appelé  plus  tard  de  collégiale. 

Quelle  est  la  place  faite  à  la  vie  commune  dans  la 
législation  de  cette  époque?  Pas  plus  qu'aux  origines 
de  l'Église,  l'abandon  de  toute  propriété  n'est  géné- 
ralement exigé  des  clercs.  Le  XI^  concile  de  Tolède 
(675)  distingue  en  effet  trois  groupes  :  ceux  qui  con- 
servent leurs  biens,  ceux  qui  en  font  l'abandon  à  leur 
église  et  ceux  qui,  n'ayant  jamais  rien  possédé  en 
propre,  vivent  des  revenus  ecclésiastiques  (Mansi, 
XI,  140).  Toutefois,  dans  la  mesure  où  les  circonstances 
le  permettent,  les  chanoines  de  nombreuses  commu- 
nautés sont  tenus  à  une  vie  commune  mitigée  com- 
prenant la  prise  en  commun  des  repas  et  du  sommeil. 
Le  7«  can.  du  IIP  concile  de  Tolède  (589)  prévoit  même 
la  lecture  à  table  (Mansi,  ix,  994).  Mais  c'est  surtout  la 
législation  du  concile  tenu  à  Tolède  en  633  sous  la 
présidence  d'Isidore  de  Séville,  qui  donne  une  idée 
complète  de  l'idéal  canonial  de  l'époque.  Après  avoir 
rappelé  divers  points  de  la  discipline  relative  à  l'âge 
des  ordinations,  à  la  tonsure,  aux  rapports  avec  les 
femmes,  etc.,  les  Pères  rappellent  à  tous  les  clercs. 


depuis  l'évêque  jusqu'aux  adolescents,  l'obligation  de 
vivre  in  uno  conclavi.  Voici  le  can.  23  :  Non  aliter  pla- 
cuit  ut  quemadmodum  antistites  ita  presbyteri  atque 
levitae  quos  forte  infirmitas  aul  aelalis  gravitas  in  con- 
clavi episcopi  manere  non  sinit,  ut  iidem  in  cellulis  suis 
testes  vitae  habeant  vitamque  suam  sicut  nomine  ita  et 
mente  teneant  (Mansi,  x,  626).  Cette  législation  marque 
une  étape  dans  le  développement  de  la  discipline  cano- 
niale. Elle  prépare,  en  effet,  directement  la  fameuse 
règle  d'Aix  dans  laquelle  Louis  le  Pieux,  s'inspirant  de 
cet  exemple,  donnera  à  ces  prescriptions  une  portée 
générale  (cf.  P.  Séjourné,  S.  Isidore  de  Séville,  Paris, 
1929,  p.  203  sq.).  On  ne  peut,  par  contre,  attribuer  la 
moindre  importance  à  un  pseudo-concile  de  Reims 
tenu  en  625,  où  l'archevêque  Sonnantius  et  de  nom- 
breux prélats  de  Gaule  auraient  imposé  à  leurs  clercs 
la  vie  commune  (voir  le  texte  dans  Labbe,  Conc,  v, 
1694,  et  la  critique  chez  C.  de  Clercq,  La  législation  reli- 
gieuse franque  de  Clovis  à  Charlemagne,  dans  Rec.  trav. 
Louvain,  II«  sér.,  fasc.  38,  Louvain,  1936,  p.  65-66). 

Pourtant  l'idéal  de  vie  apostolique  tel  que  l'a  conçu 
S.  Augustin  ne  disparaît  pas  entièrement  de  l'horizon 
des  législateurs.  D'après  Jean  Diacre,  Grégoire  le 
Grand  a  groupé  autour  de  lui  non  seulement  des 
moines,  mais  encore  des  clercs  in  diversis  professioni- 
bus  tiabebatur  vita  communis  ita  ut  talis  esset  tune  sub 
Gregorio  pênes  urbem  Romam  ecclesia  qualem  hanc 
fuisse  sub  Apostolis  et  sub  Marco  evangelista  pênes 
Alexandriam  Philo  commémorât  {P.  L.,  lxxv,  92). 
Bien  plus,  le  pape  lui-même  considère  la  vita  apostolica 
comme  la  règle  du  clergé  de  l'Église  primitive.  A 
Augustin  de  Cantorbéry  qui  l'interroge  sur  la  disci- 
pline à  imposer  au  clergé,  il  répond  :  Hanc  débet  con- 
versationem  instiluere  quae  initia  nascentis  Ecclesiae 
fuit  patribus  nostris;  in  quibus  nullus  eorum  ex  his  quae 
possidebant  aliquid  suum  esse  dicebat  sed  erant  eis 
omnia  communia  (texte  dans  Bède,  Ilist.  eccL,  I, 
xxvii,  éd.  Plummer,  p.  48).  (Pour  tout  ceci,  voir 
L.  Hertling,  Kanoniker,  Augustinerregel,  Augustiner- 
orden,  dans  Zeilschr.  fur  katti.  TheoL,  lui,  1930, 
p.  148  sq.) 

La  fonction  du  clergé  demeure,  au  cours  de  cette 
période,  ce  qu'elle  a  été  à  l'origine.  Les  clercs  inter- 
viennent fréquemment  dans  les  affaires  ecclésiastiques 
comme  les  conseillers  naturels  de  l'évêque.  Au  vi«  s., 
cette  coutume  est  maintenue;  en  général,  toute  modi- 
fication grave  apportée  aux  possessions  des  églises 
requiert  le  consentement  des  clercs.  Sont  soumis  à  la 
même  condition  :  l'établissement  de  monastères,  l'or- 
dination des  clercs  et  la  destitution  de  certains  digni- 
taires, les  pouvoirs  judiciaires  à  l'égard  du  clergé  (cf. 
P.  Torquebiau,  art.  Chapitres  de  chanoines,  dans 
D.  D.  Can.,  m,  535-36). 

Enfin,  les  législateurs  de  cette  époque  ont  encore  le 
souci  d'établir  une  distinction  aussi  nette  que  possible 
entre  les  professions  monastique  et  canoniale.  Les 
prescriptions  relatives  à  ce  sujet  se  rencontrent  sur- 
tout dans  l'œuvre  de  Grégoire  le  Grand.  Pour  le  grand 
pape,  la  vie  monastique  est  essentiellement  une 
retraite;  pour  la  protéger,  il  interdit  aux  moines 
toutes  fonctions  publiques  ou  affaires  séculières.  Les 
oratoires  des  monastères  ne  peuvent  servir  de  cha- 
pelle pour  les  fidèles  et  les  évêques  eux-mêmes  doivent 
éviter  de  troubler  le  calme  des  cloîtres  par  des  visites 
trop  fréquentes.  Il  faut  surtout  éviter  que  des  clercs 
deviennent  supérieurs  des  moines,  ce  qui,  généra- 
lement, entraîne  une  sécularisation  de  la  communauté. 
Pour  le  pape,  il  est  impossible  d'unir  la  militia  clerica- 
tus  et  la  professio  monastica  (P.  L.,  lvii,  680).  (Voir 
U.  Berlière,  L'exercice  du  ministère  paroissial  par  le 
moines...,  dans  Rev.  Bén.,  xxxix,  1927,  p.  231-33. 

3°  Le  clergé  des  cathédrales.  —  Quelques  document 
permettent  de  voir  comment  la  législation  de  l'époqu 


CHANOINES.  L'ÉPUQUE  MÉROVINGIENNE 


362 


était  appliquée  dans  les  cathédrales.  Inutile  de  dire 
que  les  sources  qui  nous  renseignent  sur  la  vie  du  cler- 
gé, souvent  des  Vilae  d'évèques,  doivent  être  soigneu- 
sement critiquées.  Les  documents  légendaires  relatifs 
aux  premiers  évêques  du  Mans  rapportent  tous  com- 
ment ceux-ci  ont  établi  dans  leur  clergé  la  vie  com- 
mune. D'après  l'auteur  des  Actus  pontificum  Ceno- 
manensium,  c.  viii  (éd.  G.  Busson  et  A.  Ledru,  dans 
Archives  historiques  du  Maine,  ii,  Le  Mans,  1902, 
p.  10),  du  temps  de  S.  Julien,  l'idéal  de  vie  aposto- 
lique aurait  rassemblé  autour  des  clercs  un  certain 
nombre  de  chrétiens  qui,  à  l'exemple  de  l'Église  primi- 
tive, auraient  mené  la  vie  commune.  On  ne  peut  da- 
vantage faire  confiance  à  l'auteur  d'une  Vie  tardive  de 
Birinus,  évêque  de  Dorcester,  d'après  laquelle  ce  prélat 
aurait,  vers  635,  placé  des  canonici  regulares  dans  son 
église  (cf.  n.  H.  G.  E.,  viii,  1530),  ni  à  celui  de  la  Vita 
de  S.  Paul  de  Verdun  qui,  écrivant  au  début  du  x«  s., 
emploie  la  formule  très  carolingienne  canonicos  cano- 
nice  vivere  inslituit,  pour  décrire  la  restauration  du 
chapitre  cathédral  (A.  S.,  févr.,  ii,  176).  Les  historiens 
n'attribuent  pas  non  plus  de  valeur  au  témoignage  de 
la  Viia  Rigoberli,  d'après  lequel  cet  archevêque  de 
Reims  aurait  constitué  une  sorte  de  mense  commune 
pour  ses  chanoines  (M.  G.  H.,  'SS.  rer.  mer.,  vi,  63). 

Avec  Grégoire  de  Tours,  nous  nous  trouvons  sur  un 
terrain  plus  solide.  Dans  le  Liber  Vitae  Patrum,  il  est 
fait  allusion  à  une  mensa  canonicorum  à  propos  de 
l'évêque  S.  Gall  et  du  diacre  Patrocle  de  Bourges 
(M.  G.  H.,  SS.  rer.  mer.,  i,  2,  683  et  703).  Dans  l'His- 
toria  Francorum  (X,  xxxi),  il  est  encore  fait  mention 
de  la  même  mensa  établie  à  Tours  par  l'évêque  Baudin 
vers  550.  Parfois  les  repas  communs  étaient  quoti- 
diens, du  moins  autant  que  le  permettait  l'état  des 
ressources,  mais  souvent  aussi  ils  n'étaient  prévus  qu'à 
certaines  fêtes  plus  importantes.  Ainsi,  d'après  les 
Actus  pontificum  Cenomanensium  {op.  cit.,  p.  102), 
l'évêque  Bertrand  aurait  institué  en  616,  à  l'usage  du 
clergé,  un  prandium  le  jour  de  la  dédicace.  \  Milan 
aussi,  d'après  Grégoire  le  Grand  (P.  L.,  lxxvii,  715),  le 
réfectoire  commun  existait  depuis  plusieurs  années. 

Ailleurs,  nous  trouvons  la  trace  d'une  vie  commune 
plus  poussée.  Dans  son  exil,  Fulgence  de  Ruspe  s'en- 
toure de  moines  et  de  clercs.  Pour  ces  deux  groupes,  il 
y  avait  communis  mensa,  commune  cellarium,  commu- 
ais oratio  simul  et  lectio.  Cependant  les  moines 
menaient  une  vie  plus  austère  nihil  omnino  proprium 
possidebant  nec  inter  alios  clericos,  clericorum  more  vive- 
bant  (A.  S.,  janv.,  i,  41).  D'après  Grégoire  de  Tours, 
l'évêque  de  Lisieux,  Aetherius,  observait  la  discipline 
du  concile  de  Tolède  et  dormait  habens  circa  lectum 
suum  multos  lectulos  clericorum  (Hist.  Franc,  277). 
Certains  auteurs  relativement  proches  des  événements 
parlent  même  de  la  pratique  de  la  vita  apostolica. 
D'après  un  disciple  de  S.  Kentigern,  ce  prélat  aurait 
établi,  vers  600,  dans  sa  cathédrale  de  Glasgow,  ma- 
gnam  congregalionem  secundurri  formam  primitivae 
Ecclesiae  viventem  (A.  S.,  janv.,  i,  817).  De  même,  dans 
l'église  de  Vienne,  sous  l'évêque  Sindulphe,  vers  640, 
apostolicam  vitam  lenentes  in  unumque  viventes  plurimi 
clerici  erant  ita  ut  turmis  dispositis  officiorum  ministeria 
peragerent  (ibid.,  55).  Souvent  les  évêques,  tels  S.  Remi 
de  Reims  et  S.  Léger  d'Autun,  favorisent  cette  insti- 
tution d'une  certaine  vie  commune,  en  léguant  à  leurs 
clercs  les  ressources  nécessaires  (cf.  acte  de  677,  dans 
Cartulaire  d'Autun,  éd.  Charmasse,  p.  81-82).  Enfin, 
nous  trouvons  dans  certains  documents  des  traces  de 
réforme.  Il  y  avait  à  Besançon,  dès  le  vii«  s.,  un  réfec- 
toire et  un  dortoir  communs,  mais  ils  avaient  été 
abandonnés  par  les  chanoines.  Vers  700,  l'évêque 
Tetradius  réussit  avec  l'aide  d'un  prieur  de  Luxeuil  à 
restaurer  la  disciplina  regularis  (texte  dans  Chifllet, 
Vesontio  civitas  imperialis...,  Lyon,  1618,  p.  169). 


II  est  important  de  noter  qu'à  cette  époque  le 
régime  des  cathédrales  consiste  non  point  en  une  seule 
église  mais  en  plusieurs,  parfois  séparées  par  de 
grandes  distances.  A  leur  tête  se  trouvent  des  abbates; 
vicaires  des  évêques  dans  l'administration  de  ces 
sanctuaires,  ils  occupent  la  seconde  place  dans  la 
hiérarchie  diocésaine.  Une  lettre  adressée  en  568  à 
Pierre,  évêque  de  Metz,  donne  une  idée  assez  exacte 
des  divers  grades.  Après  l'évêque  figurent  un  rector 
domus  ecclesiae,  des  abbates  sanctis  templorum  Umini- 
bus  conversantes,  un  archidiacre,  un  notaire  et  des 
chantres  (M.  G.  H.,  EE.,  m,  134-35).  On  comprend 
dès  lors  que  des  clercs  de  l'église  diocésaine  soient  aj)- 
pelés  à  remplir  diverses  fonctions  dans  des  monastères, 
des  paroisses,  des  basiliques  urbaines  ou  même  rurales. 
En  outre,  un  canon  du  concile  de  Mérida  (606)  nous 
apprend  que  les  évêques  choisissaient  parfois  leurs 
chanoines  parmi  les  prêtres  de  paroisses;  ceux-ci  con- 
servaient leurs  titres  et  même  une  partie  de  leurs  reve- 
nus et  se  faisaient  remplacer  par  des  vicaires  (Mansi, 
XI,  99).  Voir,  pour  tout  ceci,  E.  Mayer,  Der  Urspruny 
der  Domkapitel,  dans  Zeitschr.  der  Savigny  Stift., 
Kan.  Abt.,  vu,  1917,  p.  1  sq. 

4°  Le  clergé  des  basiliques.  —  A  côté  de  l'ecclesia  de 
l'évêque  apparaissent  déjà,  chez  Grégoire  de  Tours,  un 
grand  nombre  de  basiUcae.  Une  belle  étude  de  L.  Levil- 
lain  sur  l'abbaye  de  S.-Denys  jette  une  vive  lumière 
sur  ces  institutions  très  complexes.  La  plupart  d'entre 
elles  doivent  leur  origine  au  culte  des  martyrs.  Pour 
honorer  les  témoins  du  Christ,  les  fidèles  n'hésitent  pas 
à  construire  de  nouveaux  temples  ou  à  transformer 
complètement  de  petits  oratoires  et  des  églises  parois- 
siales. A  la  suite  d'un  miracle  de  S.  Patrocle,  le  mo- 
deste oratoire  desservi  par  un  seul  clerc  est  remplacé  à 
Troyes  par  une  grande  basilique  (Grégoire  de  Tours, 
Liber  in  glor.  mart.,e,3;  M.  G.  H.,SS.  rer.  mer.,i,  531). 

Mais  on  doit  distinguer  soigneusement  plusieurs 
sortes  de  basilicae.  Outre  les  basiliques  monastiques, 
occupées  exclusivement  par  des  moines,  comme  p.  ex. 
Marmoutier  et  Agaune,  on  trouve  des  basiliques  ur- 
baines et  des  basiliques  rurales.  La  distinction  est  déjà 
établie  par  le  concile  d'Orléans  (538)  (Maassen,  op.  cit., 
74).  Les  premières  dépendent  souvent  très  étroitement 
de  la  cathédrale  qui,  au  vii«  s.,  est  d'ailleurs  désignée 
par  le  même  terme.  Parmi  les  secondes  figurent  un  bon 
nombre  de  paroisses  transformées,  telles,  p.  ex.,  S. -Ju- 
lien de  Brioude,  Candes,  Chinon,  S. -Julien  de  Pernay, 
S.-Marien  d'Évaux  et  N.-D.-d'Évron. 

La  plupart  de  ces  institutions  sont  desservies,  déjà 
au  vie  par  un  clergé  basilical.  On  en  trouve  la  trace  à 
S. -Martin  de  Tours,  S. -Germain  d'Auxerre,  S.-Hilaire 
de  Poitiers,  S.-Symphorien  d'Autun,  S.-Médard  de 
Cambrai  et  S.-Arnould  de  Metz.  Mais  un  bon  nombre 
de  ces  temples  sont  aussi  des  basiliques  à  monastère, 
c.-à-d.  qu'à  côté  du  clergé  se  sont  groupées,  le  plus  sou- 
vent de  manière  spontanée,  des  communautés  de 
moines.  C'est  le  cas,  p.  ex.,  à  S.-Cyrgue  de  Clermont, 
S. -Laurent  de  Paris,  S.-Symphorien  d'Autun  et  S.- 
Marcel de  Chalon.  De  nombreux  textes  prouvent  que 
la  population  diverse  de  ces  basiliques  vivait  sous  la 
direction  d'un  abbas,  titre  qui  n'a  donc,  au  vi''  s.,  rien 
de  spécifiquement  monastique.  On  en  trouve  à  S.- 
Denys,  à  S. -Martin  de  Tours,  S.-Hilaire  de  Poitiers  et 
aux  côtés  des  évêques  de  Rodez  et  de  Cahors  (cf.  Vita 
Desiderii  Cadurcensis  episcopi,  éd.  Krusch,  M.  G.  H., 
SS.  rer.  mer.,  iv,  571  et  593).  D'après  Sidoine  Apolli- 
naire, ces  abbates  sont  les  conseillers  de  l'évêque  dans 
les  jugements,  ses  vicaires  dans  les  églises,  ses  procu- 
reurs dans  les  affaires,  ses  commensaux  dans  la  vie 
privée. 

A  côté  des  clercs  dont  la  charge  essentielle  est  de 
assidue  ministeria  divina  celebrare  (Vita  Gaugerici 
episc,  M.  G.H.,SS.  rer.  mer.,  m,  657),  on  trouve  des 


363 


CHANOINES.  L'ÉPOQUE  CAROLINGIENNE 


364 


fratres  qui  remplissent  divers  offices  ou  métiers,  des 
matrimlarii  ou  pauperes  qui  assurent  principalement 
le  service  des  portes  et  enfin  un  certain  nombre  de  mo- 
nachi  ou  laici  religiosi.  Ces  derniers  n'ont  pas  été  éta- 
blis près  de  la  basilique  par  un  fondateur  et  ne  sont  pas 
à  proprement  parler  des  moines  réguliers.  Leur  com- 
munauté s'est  formée  progressivement  par  le  groupe- 
ment des  convertis  qui  viennent  se  fixer  dans  le  voisi- 
nage du  tombeau  de  grands  thaumaturges  pour  y 
vivre  plus  saintement.  Ils  ne  suivent  pas  une  règle  dé- 
terminée, comme  celle  de  S.  Benoît,  mais  se  rattachent 
plutôt  aux  ascètes  orientaux  ou  aux  disciples  de 
S.  Martin  de  Tours.  Ce  rapprochement  de  deux  popu- 
lations canoniale  et  monastique  aura,  nous  le  verrons, 
une  grande  importance  dans  le  développement  des 
deux  institutions. 

On  voudrait  trouver  dans  les  nombreuses  expres- 
sions employées  pour  désigner  la  population  des  basi- 
liques un  critère  qui  permît  de  distinguer  le  clergé 
proprement  dit  des  autres  habitants.  Mais,  en  dehors 
du  contexte,  la  plupart  des  termes  sont  ambigus  :  cus- 
todes peut  s'appliquer  à  tous  ceux  qui  sont  attachés  au 
service  de  l'institution,  depuis  l'abbé  jusqu'au  dernier 
gardien;  fratres,  pauperes  et  môme  monachi  sont  em- 
ployés pour  parler  de  tous  ceux  qui,  clercs  ou  laïcs, 
vivent  sous  le  gouvernement  de  l'abbé.  Par  contre, 
dans  certains  documents  de  S.-Remi  de  Reims  ou  de 
S.-Denys,  les  clerici  sont  nettement  distingués  des 
fratres  ou  pauperes,  termes  appliqués,  comme  celui 
plus  clair  encore  de  laici  religiosi,  aux  laïcs  ou  aux 
pauvres  qui  se  consacrent  au  service  d'une  église. 

Pour  abriter  ces  divers  groupements,  s'élevait,  à 
côté  de  la  basilique  proprement  dite,  la  domus  basilicae 
ou  monasterium  assez  semblable  à  la  domus  episcopi 
des  cathédrales.  Les  bâtiments  s'élevaient  le  plus  sou- 
vent dans  un  atrium.  On  y  voyait  des  sacristies,  des  lo- 
gements pour  les  hôtes  et  les  malades,  des  locaux  pour 
les  enfants  voués  au  saint  service,  etc. 

La  discipline  adoptée  dans  ces  communautés  de 
clercs  varie  suivant  les  circonstances.  Certains  docu- 
ments permettent  de  s'en  faire  une  idée  assez  précise. 
Ainsi  le  De  vita  et  miraculis  Patrum  Emeritensium 
{P.  L.,  Lxxx,  115-64;  nouv.  éd.,  J.  N.  Garvin,  The  Vita 
SS.  Patr.  Emer.,  Text  and  transi.,  dans  Publ.  of  The 
Cath.  Univ.  of  America,  Washington,  1946)  montre  que 
les  canons  du  IV"  concile  de  Tolède  étaient  appliqués  à 
Ste-Eulalie  de  Mérida  comme  en  bon  nombre  de  com- 
munautés espagnoles.  Dans  cette  canonica,  on  trouve 
des  dortoirs  communs  pour  les  adolescents,  des  cellae 
pour  les  prêtres;  tous  vivent  sous  la  direction  d'un 
praepositus  et  se  réunissent  pour  chanter  l'offlce,  entre 
autres,  matines  (cf.  J.  P.  Llamazares,  Clerigos  y 
monjes,  Léon,  1944,  p.  20-26). 

Dès  le  vie  au  diocèse  du  Mans,  des  communautés 
de  clercs  s'organisent  sous  la  direction  de  saints  per- 
sonnages et  mènent  une  vie  très  édifiante.  Les  dis- 
ciples de  l'abbé  Constantin  congregati  in  unum  commu- 
nem  vitam  ducebant  et  omnia  in  commune  habebant  (cf. 
Ph.  Labbe,  Nov.  bibl.,  ii,  516);  de  même  S.  Alavée, 
retiré  au  désert  de  Ceaucé,  groupe  autour  de  lui  des 
fratres  communem  el  regularem  vitam  amantes  (A.  S., 
sept.,  m,  807).  On  trouve  encore  des  communautés  de 
ce  genre  à  Péronne  au  vu'  s.,  à  S.-Trond  et  à  Andage 
où  les  clercs  vivent  sous  la  direction  de  S.  Bérégise 
(ibid.,  oct.,  I,  527).  L'ambiguïté  du  vocabulaire  em- 
ployé pour  désigner  les  communautés  canoniales  et 
monastiques  rend  souvent  difficile  la  tâche  de  déter- 
miner le  caractère  exact  d'une  fondation.  Souvent  les 
Mauristes  et  leurs  disciples  ont  rangé  parmi  les  moines 
des  groupements  d'ascètes  qui,  du  moins  aux  orignies, 
restaient  fidèles  à  la  profession  canoniale  (cf.  la  discus- 
sion à  ce  sujet,  ibid.,  500-15). 

Le  rap])rochement  entre  clercs  et  moines,  que  nous 


constatons  un  peu  partout,  va  encore  s'accentuer  du 
fait  d'une  transformation  opérée  dans  de  nombreux 
monastères  de  basiliques  vers  l'année  650.  A  cette 
époque,  la  reine  Bathilde  impose  à  tous  les  moines 
'  martinieiis  le  sanctus  ordo  regularis,  c.-à-d.  les  cou- 
I  tûmes  combinées  de  S.  Benoît  et  S.  Colomban  {Vita 
Bathildis,  M.  G.  H.,  SS.  rer.  mer.,  m,  493).  Cette  ré- 
forme atteignit  peut-être  dans  certains  cas  tous  les 
habitants  des  basiliques.  Mais  le  plus  souvent  elle 
aboutit  à  la  situation  assez  confuse  constatée  à  S.- 
Denys,  S. -Martin  de  Tours  et  S.-Hilaire  de  Poitiers,  où 
clercs  et  moines  vivront  encore  longtemps  en  contact 
étroit  (cf.  L.  Levillain,  op.  cit.,  74-78). 

Il  fallait  rappeler  ces  rapports  étroits  entre  les  deux 
genres  de  vie  pour  comprendre  la  confusion  qui  règne 
dans  les  monastères  au  début  du  viii"  s.,  et  les  efforts 
:  entrepris  à  cette  époque  pour  établir  une  distinction 
plus  nette  entre  Vordo  canonicus  et  ï'ordo  regularis. 
j  L'évolution  du  monachisme  et  les  nombreux  rappro- 
!  chements  avec  les  clercs  avaient,  en  effet,  effacé  toute 
I  différence  essentielle  dans  la  conception  de  vie  pour  ne 
j  laisser  subsister  qu'une  certaine  diversité  dans  la  disci- 
pline. De  là  les  nombreux  passages  d'un  ordre  à  l'autre 
et  même  les  hésitations  au  sujet  de  la  profession  à 
i  choisir.  Un  texte  de  la  Vie  de  Ste  Odile,  abbesse 
]  d'Hohenbourg,  morte  vers  720,  éclaire  parfaitement 
I  cette  situation.  Les  religieuses  rassemblées  par  l'ab- 
i  besse  ayant  préféré  la  vita  regularis  plutôt  que  la  cano- 
!  nica,  celle-ci  s'oppose  à  cette  résolution  :  Timeo  nos  si 
j  regularem  vitam  elegerimus  maledictionem  a  successori- 
I  bus  nostris  incurrere  quia  iste  ut  scitis  locus  valde  in- 
'  competens  et  laboriosus  est  regulari  vitae  adeo  ut  nec 
!  aqua  nisi  cum  magno  labore  hic  adipisci  possit.  Unde 
mihi  videtur  si  vestrae  placuerit  almitati  melius  esse  ut  in 
:  canonico  habitu  consistatis.  Tune  omnes  elegerunt  cano- 
'  nicam  regulam.  ..{Vita,  M.  G.  H. ,  SS.  rer.  mer. ,  vi,  46). 
j  Dans  ce  cas  comme  dans  bien  d'autres,  ce  sont  donc  les 
j  circonstances  qui  déterminent  le  choix  de  la  profession. 

'  Pour  cette  époque,  voir  surtout  :  L.  Hertling,  Kanoniker, 
Augiistiiierregel,  Auguslinerordern,  dans  Zeilschr.  fiir  kath. 
Theol.,  Lin,  1930,  p.  335-69.  —  L.  Levillain,  Étude  sur 
j  l'abbaye  S.-Denys  à  l'époque  mérovingienne,  dans  Bibl. 
'  École  des  chartes,  Lxxxvi,  1925,  p.  5-99.  —  J.  C.  Dickinson, 
:  op.  cit.,  p.  17  sq.  —  On  ne  consultera  qu'avec  prudence 
]  A.  Leiarge,  Disquisitiones  de  ordine  canonicoruni,  Paris, 
j   1697,  p.  110  sq. 

III.  L'ÉPOQUE  CAROLINGIENNE  (750-1050).  —  1°  La 

législation.  —  Soucieux  avant  tout  d'ordre  et  d'unité, 
les  Carolingiens  ne  pourront  supporter  longtemps  la 
diversité  quelque  peu  anarchique  des  coutumes  cano- 
niales et  la  confusion  qui  s'était  établie,  au  vu"  s., 
entre  clercs  et  moines.  Dans  la  voie  ouverte  par  Isidore 
de  Séville,  avec  l'aide  des  membres  les  plus  éminents 
du  clergé,  ils  élaboreront  une  discipline  qui  trouvera 
son  expression  la  plus  parfaite  dans  la  règle  composée 
au  concile  d'Aix  de  816. 

Deux  hommes,  Boniface  et  Chrodegang,  font  figure 
de  précurseurs.  Le  premier  maintient  la  vie  commune 
dans  la  communauté  de  Fritzlar  {Epist.,  éd.  M.  Tangl, 
M.  G.  H.,  EE.  sel.,  i,  80)  et  fait  rappeler  par  les  con- 
ciles l'observance  des  antiquorum  palrum  canones 
(M.  G.  //.,  Conc.  karoL,  i,  7).  Le  second  introduit  vers 
750,  dans  la  cité  de  Metz,  les  usages  liturgiques  ro- 
mains et  organise,  à  défaut  de  la  vita  apostolica  qui 
reste  son  idéal,  une  discipline  claustrale  comportant  la 
fréquentation  d'un  dortoir  et  d'un  réfectoire,  mais 
n'excluant  pas  les  maisons  ni  la  propriété  privée.  Les 
clercs  jouissent  en  effet  de  l'usufruit  des  biens  qu'ils 
tiennent  en  précaire  de  l'église  qui  est  aussi  leur  héri- 
tière. Destinée  à  favoriser  la  vie  liturgique,  cette  légis- 
lation est  inspirée  en  grande  partie  de  la  règle 
bénédictine. 

Nous  possédons  plusieurs  versions  de  l'œuvre  de 


305 


CHANOINES.  L'ÉPOQUE  C  A  K  O  L 1  N  G  lE  N  N  E 


366 


Chrodegaiig.  Le  texte  original,  conservé  par  deux  mss., 
a  été  édité  par  W.  Schmitz  (Hanovre,  1889)  et  plus  ré- 
cemment par  J.-B.  Pelt  (Études  sur  ta  cathédrate  de 
Metz.  La  liturgie,  i,  Metz,  1936,  p.  6-28).  Une  version 
légèrement  retouchée  est  donnée  par  P.  L.,  lxxxix, 
1097-120;  tandis  que  le  ms.  Leyde  B.  P.  L.  Si  présente 
une  recension  généralisée,  débarrassée  de  tous  les  élé- 
ments propres  à  l'église  de  Metz  (cf.  éd.  W.  Schmitz,  en 
note).  Une  grande  partie  de  la  règle  passera  en  outre 
dans  la  compilation  d'Aix  et  dans  des  œuvres  ana- 
logues. L'influence  de  Chrodegang  se  fait  encore  sentir, 
entre  750  et  816,  dans  la  législation  des  conciles  et  des 
capitulaires  (cf.  M.  G.  H.,  Capitularia,  i,  32,  35,  60,  96, 
209).  Toute  confusion  entre  clercs  et  moines  est  ban- 
nie. Les  membres  des  communautés  mixtes  sont  tenus 
de  choisir  un  genre  de  vie  déterminé.  Enfin  les  conciles 
tenus  à  Mayence  et  Tours,  en  813,  rappellent  les  points 
essentiels  de  la  discipline  instaurée  à  Metz. 

Tout  cet  eflort  trouve  son  couronnement  dans  la 
règle  composée,  à  la  demande  de  Louis  le  Pieux,  au 
concile  d'Aix  de  816.  Une  première  partie  (c.  i-cxiv) 
contient  les  fameux  Canones  ou  Instituta  Patrum, 
c.-à-d.  l'ensemble  des  textes  patristiques  ou  conci- 
liaires relatifs  à  la  vie  des  clercs,  entre  autres  les  pas- 
sages de  S.  Augustin,  S.  Jérôme,  S.  Grégoire  le  Grand, 
Julien  Pomère  et  Isidore  de  Séville  que  nous  avons 
signalés.  La  seconde  (c.  cxv-cxnv)  donne  des  direc- 
tives plus  précises,  reprises  en  grande  partie  de  Chro- 
degang. Dans  l'ensemble,  la  discipline  claustrale  de 
Metz  est  maintenue.  Toutefois,  au  c.  cxv,  l'auteur  dé- 
finit l'idéal  canonial  et  sa  relation  au  monachisme. 
Bien  que  les  chanoines  soient  tenus  comme  les  moines 
à  la  perfection  évangélique,  ils  peuvent  manger  de  la 
viande,  se  vêtir  de  lin  et  posséder  en  propre  des  biens 
et  des  revenus  ecclésiastiques,  quia  in  sacris  canonibus 
mis  prohibitum  non  legitur  (cf.  A.  Werminghoff,  Die 
Beschliisse  des  Aachener  Concils  im  Jahre  816,  dans 
Neues  Archiv,  xxvi,  1902,  p.  607  sq.,  et  le  texte  de  la 
règle,  dans  P.  L.,  cv,  815  sq.  et  M.  G.  H.,  Conc.  karot., 
I,  308  sq.). 

Tout  en  rappelant  et  précisant  les  traditions  cano- 
niales, Louis  le  Pieux  veut  surtout  procurer  aux  cha- 
noines comme  aux  moines  des  revenus  suffisants  et  un 
statut  juridique  qui  leur  permette  de  vaquer  en  toute 
liberté  à  leur  tâche  essentielle  :  le  chant  de  l'ofTice.  De 
là,  dans  les  années  qui  suivent,  les  nombreuses  mesures 
prises  pour  assurer  la  diffusion  de  la  règle  et  la  cons- 
truction des  cloîtres  (cf.  ibid.,  Capitularia,  i,  289  sq.). 
Bien  que  les  circonstances  politiques  n'aient  pas  favo- 
risé la  réalisation  de  cette  réforme,  son  influence  fut 
beaucoup  plus  considérable  qu'on  ne  l'admet  généra- 
lement. Le  grand  nombre  d'exemplaires  de  la  règle 
d'Aix,  datant  des  ix«,  x«  et  xi«  s.  et  provenant  des  mo- 
nastères comme  des  chapitres,  témoigne  du  succès  ren- 
contré par  ce  code  dans  tous  les  milieux.  D'ailleurs  les 
papes,  les  évêques,  les  empereurs  et  les  rois  ne  cessent 
d'urger  l'application  des  mesures  prises  par  Louis  le 
Pieux,  p.  ex.  aux  conciles  romains  de  826  et  853,  à 
ceux  de  Paris  en  829,  d'Aix  en  836,  de  Meaux  en  843, 
de  Mayence  en  847,  de  Soissons  en  853. 

A  côté  du  code  officiel,  d'autres  textes  témoignent  à 
leur  manière  de  la  vitalité  de  l'idéal  canonial.  A  la  fin 
du  ix«  s.  ou  au  début  du  x»,  un  compilateur  inconnu 
réunit  en  84  chapitres  des  extraits  de  la  règle  d'Aix  et 
de  Chrodegang  (éd.  P.  L.,  lxxxix,  1057  sq.).  Une  ver- 
sion de  ce  code  est  transportée  en  Angleterre  par  le 
Lotharingien  Léofric,  lorsqu'il  monte  sur  le  siège 
d'Exeter  en  1055  (cf.  éd.  A.  B.  Napier,  Early  English 
texl  soc,  dans  Orig.ser.,  n.  150,  Oxford,  1916).  Un  an- 
cien nis.  du  chapitre  de  Paris  précise  en  quelques 
lignes,  intitulées  De  vita  canonici,  les  principales  obli- 
gations canoniales  (éd.  Martène,  De  ant.  eccl.  rit.,  ii, 
102).  La  même  tradition  se  maintient  dans  les  collec- 


tions canoniques  et  aboutit,  au  x^'  s.,  au  Capitulaire 
d'Alton  (P.  L.,  cxxxiv,  30  sq.)  et  aux  Synodica  de 
Rathier  de  Liège  (ibid.,  cxxxvi,  617  sq.). 

Fruit  d'une  étroite  collaboration  entre  les  autorités 
ecclésiastiques  et  laïques,  cette  législation  donne  à 
l'ordre  canonial  l'unité  et  la  stabilité  nécessaires.  Basée 
sur  une  réforme  du  temporel  qui  assure  aux  chanoines 
les  ressources  suflisantes,  la  discipline  comporte  la 
claustralilé  traditionnelle  depuis  Isidore  de  Séville  et 
(Chrodegang.  Mais  l'idéal  de  pauvreté  apostoHque 
j  maintenu  par  ces  derniers,  au  moins  comme  un  idéal, 
I  s'estompe  davantage.  La  distinction  entre  les  profes- 
;  sions  canoniale  et  monastique  est  rétablie,  mais  ne 
1  consiste  plus  dans  des  fonctions  différentes. 

[  En  outre,  voir  :  H.  Leclercq,  loc.  cit.,  240  sq.  —  E.  Four- 
nier,  Nouu.  rech.  sur  les  curies,  chapitres  et  universités  de 
l'Église  de  France,  Arras,  1942,  p.  80  sq.  —  O.  Hanneniann, 
Die  Kanonikerregeln  Clxrodegangs  von  Metz  undder  Aactiener- 
synode  von  SIG  und  dos  Verhàltnis  Gregors  VII.  daxu, 
(thèse),  Greifswald,  1914. 

,  2°  Expansion  de  l'ordre  canonial.  —  Les  circons- 
j  tances  sociales  et  politiques  dans  lesquelles  se  trouvait 
I  l'Occident  au  ix«  s.  ne  favorisèrent  pas  la  promulga- 
I  tion  de  la  discipline  d'Aix.  Pourtant  celle-ci  a  gagné  un 
:  nombre  de  chapitres  beaucoup  plus  important  que  ne 
I  le  disent  en  général  les  historiens.  Sans  doute  les 
1  cloîtres  de  cathédrales  et  de  collégiales  ne  se  sont  pas 
élevés  comme  par  enchantement  au  lendemain  du  con- 
;  cile.  Mais  Louis  le  Pieux  et  ses  successeurs,  aidés  par  de 
i  nombreux  prélats,  ont  poursuivi  inlassablement  la 
I  réalisation  du  plan  primitif  et  l'idéal  d'Aix  s'est  main- 
I  tenu,  comme  nous  l'avons  déjà  signalé,  jusqu'en  plein 
j  xi«  siècle. 

'  Déjà  sous  Charlemagne,  les  évêques  Badurad  de  Pa- 
derborn  et  Leydrade  de  Lyon  ont  rétabli  dans  leur 
église  la  disciplina  monaslerialis  (Gall.  christ.,  ni, 
Instr.,  3).  Dès  814,  Louis  le  Pieux  encourage  la  restau- 
ration des  cloîtres  de  Reims  et  de  Vienne  (ibid.,xvi, 

I  Inslr.,  4).  11  intervient  en  817  à  Limoges,  en  818  à 
Tournai,  en  819  à  Auxerre,  en  822  à  Paderborn,  en  834 
à  Langres,  en  835  au  Mans  où  il  trouve  un  collabora- 
teur zélé  en  la  personne  d'Aldric.  Jusqu'à  la  fin  du 
siècle,  constructions  ou  réparations  se  poursuivent 
sans  arrêt,  à  Nevers,  Arezzo,  Autun,  Spire,  Rouen, 
Verdun,  Mâcon,  Narbonne,  Dijon,  Lausanne,  Asti, 
Bergame.  Dès  858,  l'évêque  d'Autun  Jonas  considérait 
comme  une  exception  le  fait  de  voir  une  cathédrale 
sans  cloître  (Cartulaire  d'Autun,  éd.  A.  de  Char- 
masse, I,  33). 

Dans  ces  cloîtres  comme  dans  les  nombreuses  collé- 
giales fondées  à  cette  époque,  la  règle  d'Aix  reste  long- 
temps en  vigueur  ou  est  rétablie  dès  que  les  circons- 
tances le  permettent.  Le  type  le  plus  parfait  de  régu- 
larité est  créé  à  Hildesheim  où  règne  une  discipline 
presque  monastique.  Elle  est  entretenue  par  les 
évêques  Altfrid,  Bernard  et  Godehard,  qui  donnent 
eux-mêmes  l'exemple  de  la  vie  commune  (Fundatio 
Eccl.  Hildensemensis,  M.  G.  H.,  SS.,  xxx,  944-45).  Al- 
dric  du  Mans,  Aldagaire  d'Autun,  Uldaric  d'Augs- 
bourg,  Bruno  de  Cologne,  Burchard  de  Mayence,  Gé- 
rard de  Toul,  Wolfgang  de  Ratisbonne,  Adalbéron  de 
Reims  maintiennent  ces  traditions  durant  le  x*^  s. 
Elles  sont  aussi  introduites  dans  les  nouveaux  évèchés 
de  Bamberg,  Hambourg  et  Brème  (Adam  de  Brème, 
Hamm.  Eccl.  pont. ,  dans  M.  G.  H. ,  SS. ,  vu,  323  et  329  ; 
Thietmar,  Chronicon,  ibid.,  S.  R.  G.  in  usum  schol., 
470).  Nous  avons  montré  ailleurs  (Vie  commune,  op. 
cit.,  366  sq.)  que  la  règle  canoniale  persiste  aux  x''  et 
xi"  s.,  en  Italie  (Fiesole,  Atino  et  Lucques),  en  France 
(Narbonne,  Nîmes,  Albi,  Apt,  Auch,  Le  Puy,  Troyes, 
Màcon,  etc.)  et  en  Espagne  (Girone,  Barcelone,  Ur- 
gel,  etc.).  On  pourrait  y  ajouter  les  réformes  de  Hugues 
Salin  à  Besançon  (P.  L.,  cxlv,  641),  de  Landulfe  à  Tu- 


367 


CHANOINES.  L'ÉPOQUE  CAROLINGIENNE 


368 


rin  {Hisl.  Pair,  mon.,  DipL,  i,  515),  de  Godefroid  à 
Coutances  (GaZZ  christ.,  xi,  Instr.,  218)  et  d'Artaud  à 
Maurienne  (ibid.,  n,  Instr.,  164).  Sans  doute  la  disci- 
pline a  subi  dans  tous  ces  cas  des  vicissitudes  que  seules 
des  études  approfondies  pourraient  justement  appré- 
cier. Mais  dans  l'ensemble  la  tradition  d'Aix  se  main- 
tient, spécialement  en  terre  d'Empire,  dans  la  zone 
médiane  (Liège,  Metz,  Verdun,  Reims,  Lyon,  Besan- 
çon) et  dans  le  nord  de  l'Espagne. 

A  côté  des  cathédrales  se  multiplient,  durant  la 
même  période,  dans  les  villes  et  les  bourgades,  les  col- 
légiales de  chanoines  d'origines  d'ailleurs  très  variées. 
Dans  un  grand  nombre  de  monastères,  les  chanoines 
remplacent,  du  moins  temporairement,  les  moines.  Au 
diocèse  de  Liège,  cette  transformation  affecte  la  moitié 
des  anciennes  institutions  monastiques,  soit  douze  sur 
vingt-cinq.  L'auteur  des  Gesta  episcoporum  Camera- 
censium  (M.  G.  H.,  SS.,  vu,  454)  constate  le  même  fait 
dans  son  diocèse.  Il  est  d'ailleurs  dû  à  des  causes  di- 
verses. Tantôt  les  moines  eux-mêmes  abandonnent 
leur  profession  pour  prendre  l'habit  et  les  coutumes 
canoniales;  tantôt  la  transformation  est  la  consé- 
quence des  ruines  accumulées  par  les  Normands  ou  des 
exactions  commises  par  les  abbés  laïcs.  L'auteur  du 
Liber  S.  Hidulft...  (M.  G.  H.,  SS.,  iv,  98)  donne  une 
idée  exacte  de  la  situation  des  monastères  de  Haute- 
Lotharingie,  p.  ex.  Senones,  Étival,  Moyenmoutier  et 
Val-Galilée  (voir  aussi  E.  Lesne,  L'origine  des  menses 
dans  le  temporel  des  églises  de  France,  dans  Mém.  et 
trav.  Lille,  fasc.  7,  1910,  p.  41;  —  pour  la  Bavière, 
W.  Wuehr,  Die  Wiedergeburl  Montecassinos  unter  sei- 
nem  ersten  Reformabt  Richer  von  N iederallaich,  dans 
Studi  Gregoriani,  m,  Rome,  1948,  p.  369  sq.). 

Ailleurs,  c'est  l'autorité  ecclésiastique  qui  remplace 
des  moines  décadents  par  des  chanoines  :  ainsi  à  S.- 
Maurice d'Agaune  (Hist.  Pair.  Mon.,  DipL,  ii,  6),  à 
S. -Bernard  de  Romans  en  949  (Cartulaire,  éd.  U.  Che- 
valier, 49),  à  Dom-Èvre  en  1010  (Gall.  christ.,  m, 
Instr.,  1357).  Dans  son  Decretum  (P.  L.,  cxxxvi,  549), 
Rathier  de  Liège  expose  comment,  lui  aussi,  a  été  obli- 
gé de  remplacer  les  moines  de  Magunzano  par  des 
clercs.  (Voir,  pour  tout  ceci,  É.  Amann  et  A.  Dumas, 
L'Église  au  pouvoir  des  laïcs,  dans  Hist.  de  l'Église  de 
Fliche  et  Martin,  vu,  318.) 

Plus  nombreuses  encore  sont,  durant  cette  période, 
les  communautés  de  chanoines  organisées  dans  des 
églises  paroissiales  ou  dans  de  nouveaux  sanctuaires. 
Les  listes  dressées  par  Hauck  (ii  et  m,  Appendice,  2) 
permettent  de  se  rendre  compte  de  l'ampleur  du  mou- 
vement de  fondation.  Entre  950  et  1060,  on  trouve  six 
collégiales  dans  le  diocèse  de  Passau,  huit  dans  celui  de 
Brème-Hambourg,  neuf  dans  celui  d'Hildesheim,  sept 
dans  celui  d'Halberstadt,  cinq  dans  celui  d'Augsbourg, 
cinq  aussi  dans  celui  de  Bamberg,  dix-huit  dans  celui 
de  Mayence  et  à  peu  près  autant  dans  celui  de  Cologne. 
Dans  celui  de  Liège,  outre  les  sept  collégiales  fondées 
au  x"  s.  dans  la  ville  même,  on  en  trouve  dans  des 
bourgades  comme  Aerschot,  Lierre,  Tirlemont,  Ciney, 
Florennes,  Walcourt,  etc.  Le  même  fait  apparaît  dans 
les  autres  diocèses  formant  la  Belgique  actuelle  (voir 
carte  I  a  du  P.  de  Moreau,  Hist.  de  l'Église  en  Bel- 
gique, tome  complément.).  Des  sondages  faits  en 
Auvergne  (L.  Bréhier,  Les  origines  de  l'architecture  ro- 
mane en  Auvergne,  dans  Rev.  Mabillon,  xiii,  1923, 
p.  11)  et  dans  le  nord  de  l'Espagne  prouvent  que  le 
mouvement  a  été  vraiment  général.  Pour  l'Angleterre, 
voir  R.  Darlington,  Ecclesiastical  Rejorm  in  the  late  old 
English  period,  dans  English  hist.  rev.,  li,  1936,  p.  385- 
428,  et  K.  Edwards,  The  English  secular  cathedrals  in 
the  AI.  A.,  Manchester,  1949.  —  Pour  l'ensemble,  voir 
E.  Tomek,  Studien  zur  Reform  der  deutschen  Kloster  im 
XI.  Jht,  I,  Vienne,  1910,  p.  62. 

Les  initiatives  viennent  de  tous  les  milieux.  Fidèles 


à  l'exemple  de  Louis  le  Pieux,  Othon  et  ses  succes- 
seurs ont  fondé  ou  enrichi  bon  nombre  de  chapitres, 
entre  autres  à  Aix-la-Chapelle  (D.  H.  G.  E.,i,  1266-67). 
Tous  les  évêques  cités  plus  haut  ont  installé  des  collé- 
giales dans  leurs  cités.  Ils  furent  imités  par  les  digni- 
taires ecclésiastiques  comme  Amiens,  prévôt  de  Ver- 
dun, qui  édifie  les  églises  de  Ste-Croix  et  Ste-Marie- 
Madeleine  {Gesta  episc.  Vird.,  M.  G.  H.,  SS.,  iv,  49), 
l'archidiacre  Godefroid  de  Cambrai  qui  restaure  S.- 
Aubert  (Gesto  episc.  Cam.,  ibid.,\u,  450).  De  leur  côté, 
les  laïcs  installent  souvent  des  communautés  de  clercs 
dans  les  églises  dont  ils  sont  propriétaires  ou  dans 
leurs  chapelles  claustrales.  Même  les  moines,  p.  ex. 
ceux  de  Lobbes,  fondent  des  chapitres  pour  les  aider 
dans  le  chant  de  l'ofTice. 

3°  L'organisation  canoniale  et  ses  adaptations.  —  Les 
études  récentes  de  Lesne,  Amann,  Dumas  et  Fournier 
permettent  de  passer  rapidement  sur  ce  chapitre,  un 
des  mieux  connus  de  l'histoire  canoniale.  Examinons 
d'abord  les  problèmes  propres  au  clergé  des  cathé- 
drales, pour  nous  tourner  ensuite  vers  les  questions 
communes  à  tous  les  chanoines. 

Au  ix«  s.,  l'évèque  apparaît  encore  comme  le  rector 
ecclesiae,  recevant  les  offrandes  des  fidèles,  gérant  les 
biens  ecclésiastiques  et  dirigeant  la  communauté.  En 
principe,  il  mène  la  vie  commune  avec  ses  clercs  et  les 
plus  zélés  se  soumettent,  nous  l'avons  vu,  à  cette  règle. 
Mais  l'activité  et  les  intérêts  d'un  prélat  de  l'Église  im- 
périale diffèrent  trop  de  ceux  des  chapitres  pour  qu'une 
telle  situation  se  maintienne  longtemps.  Dans  les 
cathédrales  comme  dans  les  monastères,  la  formation 
d'une  mense  capitulaire  s'impose  comme  une  mesure 
propre  à  assurer  la  discipline  claustrale.  Au  lieu  de 
recevoir  de  l'évèque  leurs  ressources,  les  chanoines  se 
voient  attribuer  un  lot  de  terres  et  de  biens  dont  ils 
assument  progressivement  l'administration.  Simple 
mesure  économique  à  l'origine,  cette  divisio  engage  les 

I  chapitres  dans  la  voie  de  l'autonomie  qui  s'étendra 

[  bientôt  du  temporel  au  spirituel. 

j      A  l'égard  des  autorités  civiles,  l'indépendance  des 

j  chanoines  de  cathédrale  n'est  pas  moins  grande.  Pour 
assurer  la  paix  de  ceux  qui  doivent  se  consacrer  entiè- 
rement à  la  prière  publique,  Louis  le  Pieux  et  ses  suc- 
cesseurs leur  accordent  souvent  le  privilège  de  l'immu- 
nité. Dans  les  cités  des  x«  et  xi«  s.,  le  cloître  des  cha- 
noines et  ses  dépendances  forment  donc  une  enclave 
juridiquement  distincte  des  autres  quartiers.  S'ils 

;  évitent  de  la  sorte  les  interventions  des  fonctionnaires 
laïcs,  les  chanoines  se  voient  forcés  d'assurer  eux- 
mêmes  le  bon  ordre  et  la  justice,  charge  qui  les  engage 
profondément  dans  la  vie  séculière. 

Le  nombre  des  chanoines  habitant  les  cloîtres  cathé- 
draux  ou  collégiaux  varie  évidemment  avec  les  res- 
sources des  églises.  La  règle  d'Aix  recommande  aux 
prélats  d'éviter  deux  défauts  :  n'entretenir  qu'un  petit 
nombre  de  clercs  par  avarice  ou  bien  en  recruter,  par 
vanité,  plus  qu'il  n'est  souhaitable.  Les  grandes  cités 
épiscopales  ou  les  collégiales  royales  comptent  cin- 
quante, soixante,  soixante-douze  ou  même  cent 
membres.  Dans  le  midi  de  la  France  et  en  Italie,  les 
diocèses  plus  restreints  ne  permettent  pas  de  dépasser 
la  vingtaine.  A  cause  de  sa  signification  «  aposto- 
lique »,  le  chiffre  douze  est  souvent  adopté  par  les  fon- 

I  dateurs  de  collégiales.  Mais  certaines  abbatiolae  clerico- 
rum  ne  comptent  que  huit,  six,  quatre  ou  même  trois 
membres. 

La  hiérarchie  des  dignitaires  gouvernant  les  cha- 
pitres varie  elle  aussi  suivant  les  régions.  Dans  la  plu- 
I  part  des  cas,  l'archidiacre  perd  ses  droits  au  profit 
I  d'un  primicier,  d'un  doyen  ou  d'un  prévôt.  Ce  dernier, 
chargé  surtout  du  temporel,  voit  sa  puissance  s'ac- 
croître avec  la  formation  de  la  mense  capitulaire.  Dans 
'  bon  nombre  de  cas,  cette  fonction  donna  lieu  à  de  tels 


CHANOINES.  L'ÉPOQUE  CAROLINGIENNE 


370 


abus  que  les  chanoines  en  obtinrent  la  suppression  et 
gérèrent  en  commun  leurs  intérêts  économiques.  On 
trouve,  en  outre,  à  la  tête  des  différents  services  un 
chantre,  un  écolâtre,  un  chancelier,  des  gardiens  (cus- 
todes) chargés  de  l'entretien  du  trésor  (cf.  L.  Amiet, 
Essai  sur  l'organisation  du  chapitre  cattiédral  de  Char- 
tres, Chartres,  1922,  et  J.  Vos,  Les  dignités  et  les  fonc- 
tions de  l'ancien  chapitre  N.-D.  de  Tournai,  2  vol., 
Tournai,  1898). 

Dans  le  cloître,  les  chanoines  fréquentent  en  prin- 
cipe un  dortoir  et  un  réfectoire  communs,  mais  la  règle 
d'Aix  (c.  cxLii)  leur  reconnaît  le  droit  à  une  maison 
particulière,  située  normalement  dans  l'enceinte  claus- 
trale. La  difficulté  des  temps  ne  permit  pas  toujours 
d'observer  strictement  ce  dernier  point  et  l'on  trouve 
souvent  des  demeures  canoniales  dispersées  dans  les 
cités,  mais  gardant  le  privilège  de  l'immunité.  Un  des 
droits  que  les  chanoines  se  font  confirmer  le  plus  sou- 
vent par  les  autorités  ecclésiastiques  ou  civiles  consiste 
dans  la  libre  disposition  de  ces  maisons,  limitée  seule- 
ment par  le  fait  qu'elles  doivent  rester  en  possession  de 
membres  du  chapitre.  Le  droit  de  tester  librement  leur 
est  aussi  souvent  accordé  (cf.  E.  Lesne,  Hist.  de  la  pro- 
priété ecclés.  en  France,  vi,  24-26). 

Le  fait  le  plus  important  dans  l'organisation  cano- 
niale de  l'époque  carolingienne  est  certainement  l'ap- 
parition des  prébendes  individuelles.  Le  mot  praebenda 
et  son  synonyme  canonica  sont  employés  d'abord  pour 
désigner  les  droits  des  chanoines  sur  la  mense  com- 
mune, droits  qui  avaient  été  déterminés  scrupuleuse- 
ment par  la  règle  d'Aix.  Mais  les  supérieurs  du  cha- 
pitre gardent  l'administration  des  biens  et  en  assurent 
la  répartition.  A  la  suite  des  invasions  normandes  et  de 
l'insécurité  qui  en  résulte,  ce  régime  devient  souvent 
précaire.  Lorsque  les  revenus  nécessaires  à  la  table 
viennent  à  manquer,  les  autorités  distribuent  ce  dont 
elles  disposent  et  les  chanoines  assurent,  chacun  en 
particulier,  leur  subsistance.  Imposé  le  plus  souvent 
par  les  circonstances,  ce  système  acquiert  avec  le 
temps  force  de  loi.  Jusqu'au  xii«  s.,  la  division  n'affecte 
que  l'usage,  les  biens  fonciers  demeurant  en  main  com- 
mune. Les  documents  qui  nous  renseignent  sur  cette 
opération  importante  sont  malheureusement  fort  rares 
et  l'ambiguïté  du  vocabulaire  rend  leur  interprétation 
très  délicate.  Les  mesures  prises  pour  la  division  sont 
souvent  temporaires  et  le  régime  de  communauté  est 
susceptible  de  bien  des  nuances.  Un  acte  daté  de  1121 
rappelle  les  vicissitudes  des  biens  de  la  collégiale  S. -Sé- 
vère d'Erfurt  au  xi«  s.  (Stimming,  Mainzer  Urkun- 
denbuch,  395).  L'évolution  subie  par  le  chapitre  S.- 
Barnard  de  Romans  n'est  pas  moins  suggestive  :  ré- 
formé en  995  selon  l'institutio  canonica,  il  ne  semble  pas 
avoir  maintenu  longtemps  la  pleine  régularité  car,  en 
1037,  des  mesures  sont  prises  pour  restaurer  la  commu- 
nia. Un  règlement  spécial  est  prévu  pour  les  bénéfices 
des  clercs  et  des  laïcs.  Chose  curieuse,  un  acte  de  1049 
donne  aux  chanoines  le  droit  de  construire  deux 
cloîtres,  unum  iuxta  ecclesiam  ubi  regulariter  et  commu- 
niter  vivant,  alterum  autem  ad  proprias  mansiones 
aedificandas.  En  1052,  les  autorités  réagissent  contre 
les  déprédations  opérées  par  les  laïcs  et  finalement,  en 
1075,  une  partie  des  clercs  adoptera  la  vie  commune 
stricte  (Cartulaire,  éd.  U.  Chevalier,  68,  85,  95, 
117  et  189). 

Les  inconvénients  du  système  des  prébendes  indivi- 
duelles apparaissent  surtout  au  moment  où,  sous  l'in- 
fiuence  de  la  féodalisation  générale  de  la  société,  elles 
sont  assimilées  à  un  honor  et  deviennent  l'objet  de 
convoitises  de  la  part  de  candidats  intéressés  et  des 
laïcs  (cf.  E.  Lesne,  Les  origines  de  la  prébende,  dans 
Rev.  hist.  de  droit  franç.  et  étranger,  YV"  sér.,  viii, 
1929,  p.  242-90). 

Entre  les  collégiales  d'une  cité  et  la  cathédrale  sub- 


!  sistent  souvent  des  rapports  assez  étroits,  maintenus 
j  en  souvenir  de  l'unité  primitive  du  clergé.  Ils  en- 
I  traînent  des  luttes  entre  la  tendance  centrifuge  des  uns 
I  et  le  conservatisme  des  autres.  Le  Liber  de  dignitate 
I  Ecclesiae  Leodiensis  d'Alger  de  Liège  nous  fournit  des 
détails  intéressants  sur  ces  questions  (éd.  Bormans, 
dans  Bull.  Corn,  royale  d'hist.,  V«  sér.,  vi,  1896 
p.  505-20). 

j      Enfin,  le  problème  des  relations  entre  clercs  et 
!  moines  mériterait  une  étude  approfondie.  Notons  seu- 
I  lement  que  la  règle  d'Aix  (c.  cxv)  afTirmait  la  préémi- 
nence de  l'ordre  canonial  et  que  certains  actes  du  ix«  s. 
I  lui  font  écho  (Charles  le  Chauve,  pour  S. -Martin  de 
j  Tours,  862,  dans  Bouquet,  Rec.  des  hist.  de  Gaule. 
vin,  572).  Mais  comme  la  différence  de  fonction  entre 
les  deux  ordres  s'était  estompée  et  que  la  discipline 
monastique  était  plus  austère,  souvent  les  moines 
l'emportent  dans  l'estime  des  fidèles. 

A.  Poesch,  Bischojqut  imd  «  mensa  episcopalis  »,  ii,  12  sq. — 
E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  ecclés.  en  France,  vi,  55  sq.  — 
É.  Amann  et  A.  Dumas,  L'Église  au  pouvoir  des  laïcs,  loc. 
cit.,  VII,  250-64.  —  E.  Fournier,  Nouv.  rech.  sur  les  curies..., 
140-70.  —  F.  Vercauteren,  Étude  sur  les  «  civiiales  »  de  la 
Belgique  seconde,  dans  Mém.  cour.  Acad.  royale  de  Belgique, 
fasc.  3.3,  Bruxelles,  1934. 

4°  L'activité  des  clmnoines.  —  Ainsi  que  l'affirment 
explicitement  la  plupart  des  actes  de  fondation  de  cha- 
pitres, le  rôle  principal  des  chanoines  est  d'assurer  le 
service  de  la  prière  publique,  commune  et  continue. 
(I  Dans  la  société  chrétienne,  nulle  fonction  d'intérêt 
collectif  ne  paraît  plus  indispensable  que  celle  des  or- 
ganismes spirituels  »  (M.  Bloch,  op.  cit.,  139).  Toute  la 
discipline  claustrale  tend  à  faciliter  cette  tâche  et  les 
donations  sont  faites  ut  liberius  et  deuotius  sacris 
ofjiciis  ualeant  clerici  deseruire.  Aussi  une  histoire  fidèle 
de  l'ordre  canonial  devrait-elle  être  avant  tout  une 
histoire  de  la  liturgie.  Qu'il  suffise  de  rappeler  ici  l'im- 
portance prise  à  l'époque  carolingienne  par  les  écoles 
de  chant  et  les  chapitres  de  Metz,  Lyon,  Chartres, 
Reims,  Liège,  Cologne  et  Mayence.  Les  coutumiers 
canoniaux,  dont  les  Antigua  statuta  Ecclesiae  Lugdu- 
nensis  (P.  L.,  cic,  1092  sq.)  fournissent  un  bon 
exemple,  permettent  de  mesurer  le  souci  de  perfection 
apporté  dans  l'accomplissement  des  diverses  cérémo- 
nies liturgiques.  Les  inventaires  de  mss.  de  V.  Lero- 
quais,  les  publications  d'ordinaires  faites  par  U.  Cheva- 
lier dans  sa  Bibliothèque  liturgique  apportent  de  pré- 
cieux instruments  de  travail,  tandis  que  l'étude  de 
J.-B.  Pelt  (op.  cit.)  sur  la  liturgie  de  Metz  constitue  un 
modèle  du  genre.  Pour  Besançon,  cf.  B.  de  Vrégifie, 
Le  rituel  de  S.-Prothade  et  l'ordo  canonicorum  de  S.- 
Jean de  Besançon,  dans  Rev.  du  M.  A.  latin,  v,  1949, 
p.  97  sq.;  pour  Utrecht,  cf.  P.  Séjourné,  L'ordinaire 
de  S.-Martin  d'Ulrecht,  Utrecht,  1919-21. 

Du  fait  que  certains  textes,  d'ailleurs  rares  (J.  Ma- 
rion,  Cart.  de  Grenoble,  74),  opposent  la  vita  activa  des 
chanoines  à  la  vita  contemplativa  des  moines,  on  aurait 
tort  de  conclure  que  les  chanoines  pratiquaient  le  minis- 
tère de  manière  généralisée.  La  règle  d'Aix  ne  fait  pas 
même  mention  de  cette  activité  et,  si  la  version  ampli- 
fiée du  Code  de  Chrodegang  en  parle  (c.  xliv),  c'est 
pour  recommander  d'éviter  les  négligences  graves 
dans  ce  domaine.  De  fait,  entre  la  vie  canoniale,  consa- 
crée avant  tout  au  chant  de  l'office,  et  le  ministère  pa- 
roissial, régnait  une  certaine  incompatibilité  qui  se 
remarque  entre  autres  dans  le  fait  que  souvent  une 
église  paroissiale  est  construite  à  côté  de  l'église  capi- 
tulaire.  C'était  le  cas  à  Liège  et  dans  la  plupart  des 
villes  rhénanes.  Le  service  de  la  première  était  assuré 
par  un  fonctionnaire  d'ordre  inférieur  qui  n'avait 
guère  d'importance  dans  la  vie  du  chapitre.  Dans  la 
suite,  avec  la  multiplication  des  collégiales,  bon 
nombre  d'entre  elles  étaient  complètement  dépourvues 


37J 


CHANOINES.  L'ÉP(iQUE  CAROLINGIENNE 


de  droits  paroissiaux.  Par  contre,  la  règle  d'Aix  et, 
dans  la  suite,  bon  nombre  de  conciles  prescrivent  aux 
chanoines  la  pratique  de  l'hospitalité.  Aussi  voyons- 
nous  les  évêques  et  dignitaires  des  chapitres  veiller  à  la 
construction  et  à  l'organisation  des  hôpitaux  destinés 
à  recevoir  les  voyageurs,  les  pèlerins  et  les  pauvres. 
Une  partie  des  revenus  du  chapitre  est  spécialement 
consacrée  à  cette  œuvre  et  souvent  les  chanoines  se 
font  un  devoir  d'en  augmenter  les  ressources  (cf. 
E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  ecclés.  en  France, 
VI,  103  sq.). 

L'enseignement,  centré  sur  celui  de  la  Bible,  appa- 
raissait au  Moyen  Age  comme  le  complément  de  la 
prière  et  les  chanoines  entretenaient,  au  moins  dans  les 
centres  importants,  une  école  capitulaire.  Aux  n.'^  et 
XI"  s.  surtout,  leur  importance  est  considérable.  Il 
suffit  de  rappeler  les  noms  de  Reims,  Laon,  Chartres, 
Liège,  Cologne  et  Paris,  d'où  sortira  l'université 
(cf.  ibid.,  v,  passim). 

5°  Ferveur  et  décadence.  —  Le  maintien  de  la  tradi- 
tion d'Aix,  la  multiplication  des  collégiales,  la  vitalité 
des  centres  canoniaux,  voilà  autant  de  faits  qui  nous 
invitent  à  reviser  le  jugement  de  bon  nombre  d'histo- 
riens, pour  qui  la  période  ici  étudiée  est  caractérisée 
par  une  décadence  profonde  du  clergé.  Pour  se  faire 
une  idée  exacte  de  la  situation,  il  faut  se  défier  des  ju- 
gements simplistes  des  réformateurs  grégoriens,  tenir 
compte  des  circonstances  atténuantes  que  constituent 
des  conditions  de  vie  souvent  très  difficiles  et,  enfin, 
répartir  aussi  exactement  que  possible  les  ombres  et 
les  lumières  du  tableau.  Nous  insisterons  d'abord  sur 
ces  dernières. 

Célèbre  dans  toute  la  Gaule  pour  la  perfection  de 
son  chant,  l'église  de  Metz  ne  l'est  pas  moins  pour  ses 
vertus.  Dans  les  dernières  années  du  viii<^  s.,  Aldric, 
élève  de  l'école  palatine,  désireux  de  vie  plus  parfaite, 
obtient  de  Charlemagne  la  permission  de  s'y  retirer. 
Il  y  est  bientôt  promu  à  la  charge  de  primicier  et  mon- 
tera ensuite  sur  le  siège  épiscopal  du  Mans  où  il  restau- 
rera la  vie  commune  (  Gesta  Aldrici,  M.  G.  H.,  SS.,  xv- 
1,  p.  308).  Au  début  du  x"  s.,  le  chantre  Roland  et  le 
chanoine  Guarimbert  mènent,  dans  le  cloître  de  Metz, 
une  vie  sainte  et  retirée.  A  Toul,  les  diacres  Bernier  et 
Warnier  font  aussi  honneur  à  l'ordre  canonial.  A  Li- 
moges, sous  l'évêque  Turpion,  vers  920,  certains  vont 
même  jusqu'à  faire  abandon  de  tous  leurs  biens.  A 
Verdun,  le  doyen  Richer  el  ses  fidèles,  Egbert,  Ayri, 
Gezon  et  Boson,  maintiennent  dans  toute  sa  rigueur  la 
discipline  claustrale  {Gesta  episc.  Vird.,  ibid.,  x,  465). 
Nous  avons  déjà  signalé  plus  haut  la  ferveur  du  clergé 
d'Hildesheim  et  des  autres  chapitres  de  l'Empire  où 
furent  formés  les  saints  prélats  qui  gouvernèrent  les 
diocèses  allemands  aux  x«  et  xi^  s.  L'église  plus  récente 
de  Brème  ne  fait  pas  exception.  Son  prévôt  Eilhard  se 
fait  remarquer  vers  960  par  son  zèle  pour  la  pauvreté. 
Aussi  les  fondateurs  de  la  collégiale  de  Rheperholt 
exigent-ils  que  le  même  ordo  soit  observé  dans  leur 
chapitre  (M.  G.  H.,Dipl.,  ii-l,  p.  358).  Vers  l'an  1000, 
le  doyen  Eppon  assure  une  grande  renommée  de  vertu 
au  chapitre  de  Magdebourg  et  l'archevêque  Taginon 
favorise  de  son  côté,  par  sa  générosité  et  ses  exemples, 
la  vie  régulière  (Thietmar,  op.  cit.,  207  et  353). 

De  nombreux  textes  témoignent  de  la  ferveur  de 
l'église  de  Lyon,  célèbre  surtout  par  la  pureté  de  sa 
tradition  liturgique.  Besançon  ne  lui  cède  en  rien  et 
Liège  constitue  un  centre  de  réforme  dont  des  prélats 
de  la  valeur  de  Wolbodon  et  Wazon  renforcent  encore 
le  rayonnement  (Anselme,  Gesta,  M.  G.  H.,  SS.,  vu, 
205  sq.).  Reims  mérite  d'être  citée  en  exemple  pour  sa 
perfection  in  castilale,  scienlia,  disciplina,  in  correctione 
el  exhibitione  bonuriiin  opcruni  (Hugues  de  Flavigny, 
Chronicon,  P.  L.,  cLiv,  190).  C'est  dans  ce  milieu  que 
vivent  Richard,  futur  réformateur  de  S. -Vanne,  et 


'  deux  chanoines  du  nom  de  Constant,  célèbres  par  leur 
j  amour  de  la  pauvreté  et  des  pauvres  (ibid.,  200).  Au 
I  xi«  s.  encore,  Autun  reste  fidèle  à  sa  tradition  et  la 
transmet  à  la  nouvelle  collégiale  de  S.-Denys  de  Ver- 
giaco  (Gall.  christ.,  iv,  Instr.,  77). 

Des  hommes  de  grande  vertu  se  rencontrent  aussi 
dans  de  simples  collégiales,  tels  le  prévôt  Adrade  et  le 
doyen  Gérard  de  S.-Genès  à  Thiers,  au  diocèse  de 
Clermont  {ibid.,  ii,  Instr.,  76).  Plus  célèbres  encore 
;  sont  les  chanoines  de  Dorât,  au  diocèse  de  Limoges, 
■  S.  Israël  et  S.  Thibaut  qui  maintiennent  la  discipline 
i  claustrale  dans  toute  sa  rigueur  {Vitae,  éd.  Labbe, 
j  dans  Bibt.  mss.,  ii,  565-67  et  682-84).  Signalons  enfin 
i  la  collégiale  de  Loudun,  au  diocèse  de  Bordeaux,  fon- 
dée en  1063  par  des  prêtres  désireux  de  mener  la  vie 
canoniale  authentique  {Gall.  clirist.,  u,  Instr.,  333). 

Le  grand  nombre  de  recrues  fournies  par  les  cha- 
pitres à  l'ordre  monastique  constitue  une  autre  preuve 
de  la  ferveur  du  milieu.  Des  réformateurs  célèbres, 
Odon  de  Cluny,  Erluin  de  Gembloux,  Étienne  de  Liège, 
Richard  de  S. -Vanne,  Robert  de  La  Chaise-Dieu, 
Bruno  le  Chartreux,  etc.,  ont  été  formés  dans  les 
cloîtres  de  chanoines.  En  Lotharingie,  au  x''  s.,  ce  sont 
des  clercs  qui  restaurent  les  centres  monastiques  de 
Gorze,  S.-Èvre,  etc.  S. -Vanne  est  réformé  tout  spé- 
cialement à  l'intention  des  chanoines  de  Verdun  dési- 
reux de  vie  plus  parfaite  (  Gall.  christ.,  khi,  Instr.,  553). 
S. -Laurent  et  S. -Jacques  de  Liège  ont  très  probable- 
!  ment  la  même  origine.  A  Worms,  en  1010,  l'exemple 
d'un  prévôt  entraîne  une  véritable  migration  vers  les 
centres  monastiques.  Burchard  se  voit  obligé  de  rap- 
peler à  son  clergé  que  l'on  ne  peut  changer  de  profes- 
sion sans  permission  préalable,  question  d'ailleurs  dis- 
cutée par  les  canonistes  {Vita  Burchardi,  M.  G.  H., 
SS.,  IV,  840).  L'examen  de  l'obituaire  de  N.-D.  de 
Chartres  prouve  qu'entre  950  et  1100  une  vingtaine  de 
membres  du  chapitre  sont  passés  ad  vitam  arctiorem. 

Mais  la  ferveur  très  réelle  des  uns  n'exclut  évidem- 
ment pas  un  fléchissement  disciplinaire  dans  d'autres 
milieux  canoniaux.  Encore  faut-il  interpréter  correc- 
tement les  textes  qui  en  parlent,  en  établissant  dans 
toute  la  mesure  du  possible  les  causes  et  les  degrés  de 
cette  décadence.  Beaucoup  d'auteurs  n'ont  pas  suffi- 
samment tenu  compte,  dans  leurs  jugements,  des  con- 
ditions de  vie  faites  aux  chanoines,  à  l'époque  des  in- 
vasions normandes,  et  de  l'anarchie  féodale.  De  nom- 
breux témoins  affirment  pourtant  que  seules  les  ruines 
accumulées  par  les  Normands  et  la  dilapidation  des 
biens  accaparés  par  les  laïcs  ont  interrompu  la  vie  com- 
mune. Dans  ses  Gesta  Senonensis  Ecclesiae  (M.  G.  H., 
SS.,  xxv,  273  sq.),  Richer  expose  comment,  après  le 
passage  des  envahisseurs,  il  restait  à  peine,  dans  les 
monastères  les  plus  florissants,  de  quoi  entretenir 
quelques  clercs.  Mêmes  constatations  à  Toul  après  le 
passage  des  Hongrois  {ibid.,  276)  et  à  Chartres  {Gall. 
christ.,  VIII,  Instr.,  28).  La  mention  des  saevitia  paga- 
nonim  et  de  la  cupiditas  malonim  hominum  devient  un 
leitmotiv  dans  les  chartes  de  restauration.  Pour  les 
chanoines  comme  pour  les  moines,  une  pénurie  excès 
sive  de  ressources  ne  pouvait  favoriser  le  maintien  de 
la  discipline  claustrale.  Comme  le  constate  Louis  le 
Pieux  dès  822  :  Canonici...  urgente  omnimoda  inopia, 
longe  a  suo  proposito  aberrantes,  cxorbitauerunt  dum  a 
monasterii  claustris,  turpiter  quaeritando  ea  quibus 
suam  tuerentur  inopiam,  longe  laleque  uagantur  (Quen- 
tin, Cartulaire  de  l'Yonne,  u,  33-34).  Même  constata- 
tion, à  la  fin  du  x«  s.,  chez  Adérald,  archidiacre  de 
Troyes  :  Adhuc  congregatio  S.  Pétri  Trecorum  saecula- 
ribus  nimis  erat  dedita  nec  his  quae  canonicorum  intenta. 
Nec  ex  toto  culpa  imminebat  eis  utpoteque  egestale  com- 
pulsi  saecularibus  deseruiebunt  nec  unde  conuntiniter 
uiuerent  habebanl  {Vita,  A.  S.,  oct.,  viii,  991). 

Provoquée  plus  ou  moins  complètement  par  des 


373 


CHANOINES.  L'ÉPOQUE  CAROLINGIENNE 


374 


causes  d'ordre  économique,  cette  décadence  afïecte 
surtout  les  ecclesiolae  ou  abbatiolae  canonicorum, 
c.-à-d.  les  petites  communautés  canoniales  installées  le 
plus  souvent  de  manière  précaire  dans  les  ruines  des 
anciens  sanctuaires  monastiques,  pour  maintenir  au 
moins  un  certain  culte.  Dès  que  les  circonstances  le 
permettent,  évêques  et  seigneurs  laïcs  s'efforcent  de 
restaurer  l'ancien  état  de  choses  en  remplaçant  ces 
chanoines  par  des  moines.  En  827,  Louis  le  Pieux  con- 
firme, après  enquête  sur  les  origines  du  monastère,  la 
réforme  opérée  à  Montier-en-Der,  au  dioc.  de  Châlons. 
Les  clercs  adoptent  d'ailleurs  spontanément  la  règle 
monastique  (P.  L.,  civ,  1163).  De  son  côté,  Anségise 
restaure  la  Règle  de  S.  Benoît  à  S.-Wandrille  (Gesta 
SS.  Patrum  Font,  coen.,  éd.  Laporte,  97).  Le  mouve- 
ment se  généralise  dans  le  courant  du  x«  s.  On  en 
trouve  des  traces  nombreuses  en  Haute  et  Basse-Lo- 
tharingie, en  Flandre,  en  Normandie,  etc.  Des  évêques 
comme  Albéron  I"  de  Reims  et  son  homonyme  de 
Metz  procèdent  dans  leurs  diocèses  à  une  restauration 
systématique  {Hist.  mon.  Mosomensis,  M.  G.  H.,  SS., 
XIV,  608).  Dans  les  actes  qui  confirment  ces  transfor- 
mations, les  chanoines  sont  en  général  qualifiés  de  ma- 
nière peu  flatteuse  :  acephali,  saeculariter  uiuentes, 
non  satis  honesle  uiuentes,  etc.  Mais  la  notice  consacrée 
à  l'évêque  Roricon  dans  l'obituaire  de  S. -Vincent  de 
Laon  signale  plus  sobrement  qu'il  a  institué  la  Régula 
altéra.  Au  cours  du  xi«  s.,  les  chapitres  ainsi  réformés 
deviennent  le  plus  souvent  des  prieurés  soumis  à  de 
grands  centres  monastiques,  Cluny,  Marmoutier,  Le 
Bec,  S. -Hubert,  etc.  (voir,  p.  ex.,  pour  Marmoutier, 
Piolin,  Hist.  de  l'Église  du  Mans,  m,  659-63).  Le 
renouveau  du  droit  canon,  résultant  de  la  réforme  gré- 
gorienne, répand  la  conviction  que  ea  loca  quae  ali- 
quando  fuerunl  monasleria  ulterius  non  licere  fleri  habi- 
tacula  saecularia.  Telle  était  la  pensée  d'Yves  de 
Chartres  (Lépinois  et  Merlet,  Cartulaire  de  Chartres, 
131).  Aussi  Calixte  H  accorde-t-il  à  Hugues,  évêque 
d'Auxerre,  la  permission  de  remplacer  tous  les  clerici 
saeculares  par  des  moines  ou  chanoines  réguliers 
(P.  L.,  cxviii,  1152).  C'est  donc  souvent  le  désir  de 
restaurer  l'état  primitif  des  choses,  et  non  avant  tout 
la  conduite  scandaleuse  des  clercs,  qui  provoque  ce 
genre  de  réforme.  Dans  certains  cas,  les  chanoines 
n'avaient  d'ailleurs  été  placés  que  provisoirement,  en 
attendant  la  constitution  d'une  communauté  monas- 
tique (Gall.  christ.,  viii,  Instr.,  296). 

H.  Dauphin,  Le  Bx  Richard,  abbé  de  S.-Vanne  de  Ver- 
dun, dans  Bibl.  Bev.  d'hist.  eccl.,  fasc.  24,  Louvain,  1946, 
p.  67. —  J.-F.  Lemarignier,  Étude  sur  les  privilèges  d'exemp- 
tion... des  abbayes  normandes...,  dans  Arch.  France  mon., 
.\Liv,  Paris,  1937,  p.  28-.30.  —  L.  J.  M.  Philippen,  De 
H.  Norbertus  en  de  strijd  tegen  hei  Tanchelmisme,  dans 
Bijdragen  tôt  de  gescbiedenis,  xxv,  1934,  p.  257.  —  P.  G.  Ca- 
raman,  The  caracter  of  the  laie  Saxon  clergy,  dans  Downside 
Beview,  XLni,  1934,  p.  171  sq.  —  K.  Edwards,  The  English 
secular  cathedrals  in  the  Middie  Ages,  Manchester,  1949, 
p.  9  sq.  —  E.  Delaruelle  et  C.  Higounet,  Béforme  prégrégo- 
rienne en  Comminges,  dans  Annales  du  Midi,  LXi,  1949, 
p.  143  sq. 

Cette  décadence,  due  surtout  à  des  causes  écono- 
miques et  affectant  avant  tout  les  abbatiolae,  est  res- 
sentie par  les  contemporains  comme  un  désordre  qui 
fait  que  les  clercs  adoptent  les  mœurs  des  laïcs,  vivant 
more  laicorum,  irregulariler  ou  saeculariter.  Cette 
confusion  est  susceptible  de  bien  des  degrés.  Pour  les 
grégoriens,  le  droit  à  la  propriété  privée  sera  déjà  con- 
sidéré, nous  le  verrons,  comme  un  premier  stade  de 
cette  sécularisation.  Sans  aller  jusque-là,  les  réforma- 
teurs fidèles  à  la  règle  d'Aix  dénoncent  souvent  un 
usage  des  biens  ecclésiastiques  trop  peu  conforme  à 
leur  destination,  qui  est  de  favoriser  l'accomplisse- 
ment de  la  liturgie  et  de  subvenir  aux  besoins  des 
pauvres  et  des  églises.  Tel  est  le  thème  développé, 


p.  ex.,  par  Fulbert  de  Chartres,  dans  sa  lettre  à  Hilde- 
gaire,  trésorier  de  S.-Hilaire  (P.  L.,  cxli,  260).  Sont  le 
plus  souvent  condamnés  le  luxe  dans  la  table  et  le  vê- 
tement et  les  dépenses  occasionnées  par  des  occupa- 
tions profanes,  comme  la  chasse  et  la  guerre.  Pour  les 
jeunes  clercs  éduqués  dans  les  milieux  féodaux,  l'aban- 
don de  ces  deux  activités  constituait  un  sacrifice 
auquel  plus  d'un  se  résignait  difficilement.  Aussi 
voit-on  les  conciles  multiplier  l'interdiction  du  port 
des  armes  par  les  gens  d'Église.  Mais  ici  encore,  il  faut 
tenir  conqite  des  circonstances.  Dans  son  De  continen- 
tia  clericoruin  (P.  /..,  cciii,  819),  Philippe  de  Harvengt 
raconte  comment,  devant  l'inefficacité  des  mesures 
spirituelles  et  la  carence  des  autorités  laïques,  les  cha- 
noines de  S. -Julien  de  Brioude  furent  amenés  à  prendre 
eux-mêmes  la  défense  de  leurs  propriétés.  Le  mariage 
des  chanoines  ayant  reçu  les  ordres  majeurs  constitue 
évidemment  le  comble  de  cette  sécularisation  des 
!  mœurs.  Malgré  les  condamnations  des  autorités,  il 
j  tend,  au  cours  du  xi«  s.,  à  devenir  une  institution,  au 
;  moins  dans  certaines  contrées  comme  l'Italie  du  Sud, 
j  la  Bretagne,  l'Angleterre,  etc.  Mais  ici  encore,  il  faut  se 
i  défier  des  jugements  d'ensemble,  même  de  ceux  qui 
furent  portés  par  des  contemporains  (cf.  A.  Arquil- 
lière,  S.  Grégoire  VII,  dans  L'Église  et  l'État  au 
M.  A.,  IV,  Paris,  1934,  p.  11  sq.). 

Ce  fléchissement  des  mœurs  canoniales  est  encore 
lié  très  étroitement  à  des  abus  d'ordre  institutionnel 
qui  proviennent  tous  plus  ou  moins  directement  de  ce 
que  l'on  appelle  «  l'emprise  laïque  ».  Lorsque  les  cir- 
constances ne  permettent  plus  l'envahissement  brutal 
des  biens  ecclésiastiques,  les  féodaux  ne  renoncent  pas 
pour  autant  à  une  telle  source  de  revenus.  Par  achat  ou 
j  autres  moyens,  ils  arrivent  à  accaparer  au  profit  des 
:  cadets  de  leur  famille  les  prébendes  et  les  charges  les 
!  plus  lucratives  des  chapitres.  Souvent  aussi,  ils  uti- 
I  lisent  les  clercs  des  chapitres  dépendants  de  leur  mai- 
j  son  comme  de  simples  fonctionnaires,  créant  ainsi  la 
I  classe  si  souvent  décriée  des  curiales.  Les  inconvé- 
nients du  système  sont  assez  clairs;  il  aboutissait  à  in- 
'  troduire  dans  les  cloîtres  canoniaux  un  nombre  consi- 
dérable de  recrues  dépourvues  de  véritable  vocation. 
De  là,  outre  la  sécularisation  des  mœurs  déjà  signalée, 
une  série  d'abus  comme  le  refus  de  recevoir  les  ordres 
majeurs,  l'absentéisme,  le  cumul  des  prébendes  et  tout 
le  trafic  des  élections  qui  sera  si  sévèrement  attaqué 
par  les  grégoriens  et  qualifié  de  simonie  (cf.  F.- 
X.  Barth,  Hildeberl  von  Lavardin...,  dans  Kirchen- 
rechtliche  Abh.,  n.  34-36,  Stuttgart,  1906,  p.  47  sq.). 

Les  sources  qui  nous  renseignent  sur  la  décadence  de 
la  vie  canoniale  sont  malheureusement  assez  rares. 
D'où  l'importance  d'un  texte  comme  VHist.  custodum 
Aretinorum  (M.  G.  H.,  SS.,  xxx-2,  1471  sq.),  qui  nous 
expose  en  détail  la  situation  de  l'Église  d'Arezzo. 
L'auteur,  qui  écrit  à  la  fin  du  xi*  s.,  rappelle  d'abord 
comment  le  roi  Lothaire  avait,  vers  830,  urgé  l'appli- 
cation de  la  règle  d'Aix.  Enrichie  par  de  nombreuses 
dotations,  la  communauté  avait  observé  la  vie  com- 
mune durant  un  siècle  environ,  puis  avait  procédé  au 
partage  des  biens.  Mais  au  tournant  du  x"  s.,  l'évêque 
Helpert  reconstruit  le  cloître  et  rétablit  la  discipline 
canoniale.  Dans  la  suite,  pourtant,  un  fléchissement 
sensible  se  produit.  En  voici  la  description  :  Cano- 
nici...  diuites  effecli,  mulieres  conduxerunt,  filiosque  ex 
eis  genuerunl  et  dehinc  ecclesiam  inter  se  diuiderunt 
{ibid.,  1473).  Au  goût  des  richesses  et  au  mépris  de  la 
chasteté,  ces  clercs  joignent  encore  l'orgueil  et  la  né- 
gligence dans  l'accomplissement  de  leur  devoir.  Pour 
cahner  le  peuple  qui  s'indigne  de  l'abandon  ,du  culte, 
ils  engagent  des  prêtres  mercenaires,  plus  ou  moins 
aptes  au  service.  Ainsi  se  forme  la  classe  des  custodes, 
clercs  mariés  de  rang  inférieur,  dont  les  prétentions 
vont  troubler  le  chapitre  pendant  de  longues  années. 


3  75 

Souvent  ils  dispersent  les  biens  d'église  et  emploient  la 
violence  pour  s'approprier  les  offrandes  des  fidèles. 
D'après  Bonizo  de  Sutri  (Liber  ad  amicum,  M.  G.  H., 
Lit.  de  lite,  i,  603),  la  situation  était  la  même  dans  les 
églises  de  Rome  jusqu'au  pontificat  de  Grégoire  VII. 
Ailleurs,  les  abus  ne  sont  pas  aussi  graves.  A  Tournai, 
p.  ex.,  Heriman  ne  signale  que  l'intrusion  des  laïcs 
qui  jugent  leurs  désaccords  dans  le  cloître,  l'accapa- 
rement des  postes  importants  par  les  familles  et  l'ac- 
quisition de  prébendes  à  prix  d'argent  par  des  parents 
désireux  d'assurer  l'avenir  de  leurs  fils  (Liber  restaura- 
tionis  S.  Martini,  M.  G.H.,SS.,  xiv,  280  sq.). 

Pour  porter  un  jugement  équitable  sur  l'état  rte 
l'ordre  canonial,  il  faudrait  établir  des  statistiques,  ce 
que  l'état  des  sources  ne  permet  guère.  Des  études  plus 
approfondies  jetteraient  pourtant  une  lumière  plus 
grande  sur  les  causes  et  les  degrés  de  cette  décadence 
qui,  en  tout  cas,  ne  fut  pas  générale. 

IV.  La  réforme  grégorienne  (1050-1200).  — 
1"  Les  origines.  —  1.  Le  milieu.  —  Alors  que  certains 
évêques  et  dignitaires  ecclésiastiques  travaillent,  au 
cours  du  XI""  s.,  à  restaurer  la  Règle  d'Aix,  d'autres 
réformateurs,  plus  audacieux,  proposent  une  formule 
nouvelle  ou  du  moins  renouvelée  de  vie  canoniale. 
Leur  initiative  donne  naissance  à  ce  que  l'on  appellera 
bientôt  les  chanoines  réguliers.  Les  historiens  ont 
toujours  éprouvé  quelque  peine  à  définir  ce  genre  de 
vie  religieuse.  Un  chanoine  adoptant  la  pauvreté  mo- 
nastique ou  un  moine  ayant  droit  à  l'exercice  du  mi- 
nistère, telle  est,  d'après  beaucoup,  la  nature  hybride 
du  canonicus  reqularis.  D'autres  insistent,  pour  le 
caractériser,  sur  le  choix  de  la  règle  de  S.  Augustin  ou 
sur  le  droit  à  la  cura  animarum.  Mais  ces  traits,  va- 
lables peut-être  pour  la  fin  du  xn«  s.,  ne  se  retrouvent 
pas  aux  origines.  Pour  donner  au  problème  une  ré- 
ponse plus  adéquate,  il  faut  se  demander  pourquoi  les 
chanoines,  qui,  pendant  de  longs  siècles,  passaient  au 
monachisme  lorsqu'ils  désiraient  mener  une  vie  plus 
parfaite,  ont  cherché  dans  leur  ordre  une  formule  de 
vie  plus  régulière.  Seule  l'étude  de  l'esprit  grégorien  et 
de  l'état  du  monachisme  fournira,  pensons-nous,  une 
explication  satisfaisante  de  cette  attitude. 

Ni  les  invasions  normandes,  sarrasines  ou  hon- 
groises, ni  les  désordres  qui  en  résultèrent  ne  réus- 
sirent à  ébranler  l'organisation  de  la  chrétienté,  créée 
par  les  Carolingiens.  A  peine  la  tourmente  écartée,  la 
vie  reprend  dans  le  cadre  de  ce  que  l'on  peut  appeler 
l'Église  impériale.  Nous  avons  vu  que  les  chanoines 
respectent,  du  moins  en  principe,  les  traditions  cano- 
niales d'Aix.  De  même,  les  réformateurs  clunisiens, 
italiens,  normands  et  lorrains  restent  fidèles  au  type 
de  régularité  fixé  par  Benoît  d'Aniane.  On  ne  remarque 
aucune  opposition  tant  soit  peu  généralisée  au  rôle 
joué  par  l'empereur  dans  les  affaires  ecclésiastiques,  ni 
à  la  compénétration  étroite  de  l'Église  et  de  l'État. 
Les  réformes  tendent  à  restaurer  l'ordre  moral,  non  à 
reviser  les  principes. 

Vers  le  milieu  du  xi«  s.  apparaissent,  par  contre,  un 
peu  partout  les  signes  d'une  désaffection  profonde  à 
l'égard' du  programme  carolingien.  Ce  qui  était  consi- 
déré jusque-là  comme  des  adaptations  légitimes  aux 
nécessités  du  temps  constitue  pour  les  nouatores  des 
déviations  graves.  Le  redressement  doit  donc  se  faire 
dans  les  principes  mêmes,  en  réaction  contre  la  législa- 
tion carolingienne  et  par  le  retour  aux  traditions  de 
l'Église  primitive.  Car,  pour  employer  une  formule 
chère  aux  grégoriens,  jamais  la  coutume  ne  peut  pré- 
valoir contre  la  vérité. 

Cette  lutte  pour  la  restauration  de  l'ordre  chrétien 
ne  vise  pas  seulement  à  rétablir  entre  les  laïcs  et  les 
clercs  les  relations  authentiques,  en  réglant  le  fameux 
problème  des  investitures,  elle  prétend  rendre  aux 
chanoines  et  aux  moines  leur  place  et  leurs  fonctions 


37ti 

propres  en  écartant  toute  confusion  entre  leurs  genres 
de  vie.  Le  vrai  moine  renoncera  non  seulement  aux 
fonctions  ecclésiastiques,  mais  surtout  aux  grandes 
propriétés  formées  de  dîmes,  d'autels,  de  droits  féo- 
daux et  de  terres  cultivées  par  des  serfs.  Il  vivra  au 
désert,  à  l'écart  du  système  économique  séculier,  sans 
empiéter  sur  les  biens  des  clercs,  tirant  sa  subsistance 
du  défrichement  des  terres  incultes.  Pour  trouver  le 
temps  de  se  livrer  comme  les  Pères  du  désert  au  tra- 
vail manuel,  il  simplifiera  le  chant  de  l'office,  repre- 
nant d'ailleurs  ainsi  les  traditions  authentiques.  Après 
bien  des  tâtonnements,  cette  réforme  profonde  trou- 
vera son  expression  la  plus  parfaite  dans  les  institu- 
tions de  Vallombreuse,  la  Grande-Chartreuse,  Cî- 
teaux,  etc.  Alors  que  le  législateur  carolingien  avait 
entériné  le  rapprochement  opéré  durant  la  période 
mérovingienne  entre  les  professions  monastique  et 
canoniale,  au  xi''  s.  les  fondateurs  des  ordres  nou- 
veaux tentent  au  contraire  une  synthèse  du  cénobi- 
tisme  et  de  l'érémitisme,  qui  remet  en  honneur  les  élé- 
ments laïcs  du  monachisme  primitif. 

C'est  un  mouvement  parallèle  de  réaction  contre  la 
formule  carolingienne  de  vie  canoniale  et  de  retour 
aux  traditions  de  l'Église  primitive  qui  provoque,  au 
xi«  s.,  l'apparition  des  chanoines  réguliers.  Loin  de 
pouvoir  remédier  à  la  décadence  des  mœurs,  la  règle 
d'Aix  est  considérée  par  les  nouveaux  réformateurs 
comme  la  source  de  tous  les  maux.  N'a-t-elle  pas,  en 
effet,  reconnu  aux  chanoines  le  droit  à  la  propriété 
privée,  qui  n'aurait  jamais  dû  être  qu'une  simple 
tolérance?  Le  retour  à  la  vie  commune  stricte,  qui, 
pense-t-on,  a  été  de  règle  durant  les  premiers  siècles, 
s'impose  donc  comme  seule  mesure  efficace  de  redres- 
sement. 

Avant  d'étudier  le  développement  de  cette  doctrine 
et  l'expansion  de  la  réforme,  insistons  sur  le  fait  que 
nous  tenons  dès  maintenant  l'essence  de  la  profession 
canoniale  régulière.  En  face  d'un  monachisme  qui, 
dans  son  aile  marchante,  remet  en  honneur  les  aspects 
laïcs  de  sa  vocation,  l'idéal  du  clerc  vivant  en  tout 
point  selon  l'exemple  des  apôtres  acquiert  une  origi- 
nalité et  une  force  d'attraction  nouvelles.  Aspect 
particulier  du  mouvement  général  de  retour  à  la  tra- 
dition primitive,  cette  renaissance  de  la  discipline 
canoniale  explique  l'attitude  des  chanoines  qui 
cherchent  dans  leur  ordre  la  perfection  «  aposto- 
lique ».  Comme  dans  le  monachisme,  la  réforme  se 
situe  donc  avant  tout  dans  le  domaine  de  la  pauvreté. 
Dans  la  suite  seulement  apparaîtront  la  règle  de 
S.  Augustin  et  la  revendication  du  droit  à  la  cura 
animarum. 

Cette  esquisse  visant  à  dégager  les  grandes  lignes 
du  mouvement  ne  doit  pas  en  faire  méconnaître  la 
complexité.  Si  l'idéal  primitif  est  simple,  les  réalisa- 
tions seront  aussi  variées  que  possible.  En  outre, 
comme  dans  le  monachisme,  le  courant  nouveau  ne 
supplante  ni  immédiatement  ni  complètement  l'an- 
cien. L'idéal  d'Aix  ne  disparaîtra  pas  entièrement  et 
longtemps  encore,  des  chanoines  se  retireront,  comme 
dans  le  passé,  dans  des  communautés  monastiques. 

P.  Fournier,  Un  tournant  dans  l'histoire  du  droit,  dans 
Nouv.  rev.  hist.  de  droit  franç.  et  étr.,  xli,  1917,  p.  129  sq.  — 
G.  Tellenbach,  Die  Bedeutung  des  Reformpapsttums...,  dans 
Studi  Gregoriani,  u,  Rome,  1948,  p.  12.5  sq.  —  Ch.  Dereine, 
Odon  de  Tournai  et  la  crise  du  cénobitisme  au  XI'  s.,  dans 
Reu.  du  Moyen  Age  lat.,  iv,  1948,  p.  139  sq. 

2.  Les  réformateurs.  —  Les  promoteurs  de  la  réforme  . 
canoniale  se  rencontrent,  aux  xi«  et  xn«  s.,  dans  tous 
les  milieux  atteints  par  les  idées  grégoriennes.  Il 
semble,  dans  l'état  actuel  des  travaux,  que  les  premiers 
centres  soient  situés  en  Italie  du  Nord  et  dans  le  midi 
de  la  France.  Ne  cherchons  d'ailleurs  pas  à  ce  mouve- 
ment un  «  fondateur  »,  comme  on  l'a  fait  souvent, 


CHANOINES.  LA   REFORME  GREGORIENNE 


C  H  A  N  0  I  N  1^  S .   I ,  A      K  F  O  R  M (.HÉ  C,  (~>  R  I E  N  N  l'. 


378 


.  ex.  dans  la  personne  d'Yves  de  Chartres.  L'idée  de 
retour  à  la  tradition  de  l'Église  primitive  est  dans 
l'air;  les  initiatives  se  sont  fait  jour  un  peu  partout, 
indépendamment  les  unes  des  autres. 

Des  ecclésiastiques  de  tous  grades,  depuis  le  simple 
clerc  jusqu'au  pape,  des  moines  et  des  ermites,  des 
laïcs  enfin  participent  à  des  titres  divers  à  la  ré- 
forme. Souvent  ce  sont  les  chanoines  eux-mêmes  qui 
choisissent  la  vie  commune  stricte.  Malheureusement, 
les  sources,  surtout  lorsqu'elles  sont  de  nature  juri- 
dique, insistent  davantage  sur  le  rôle  de  l'organisa- 
teur du  temporel  d'une  fondation  plutôt  que  sur  le 
promoteur  de  la  conversion.  Celle-ci  peut  prendre, 
comme  nous  le  verrons  plus  loin,  des  aspects  variés. 

Lorsqu'un  évêque  approuve  une  réforme  ou  une 
fondation  nouvelle,  il  se  conforme  parfois  simplement 
à  un  devoir  imposé  par  le  droit  canon.  Mais  plusieurs 
d'entre  eux  ont  pris  vraiment  à  cœur  la  vie  régulière 
en  suscitant  ou  en  appuyant  de  tout  leur  pouvoir  les 
initiatives.  Telle  fut  certainement  l'attitude  de  Ger- 
vais  de  Reims,  Altmann  de  Passau,  Anselme  de 
Lucques,  Bertrand  et  Oldégaire  de  Barcelone,  Yves  de 
Chartres,  Conrad  de  Salzbourg,  Othon  de  Freising  et 
plusieurs  autres  que  nous  rencontrerons  dans  la  suite. 
Quelques-uns  sortaient  d'ailleurs  des  rangs  des  régu- 
liers. Dans  ce  domaine  comme  en  bien  d'autres,  l'ac- 
tion de  la  papauté  fut  considérable,  ainsi  que  nous  le 
montrerons  en  étudiant  la  doctrine  des  réformateurs. 

En  Italie  surtout,  les  premières  régularisations 
semblent  avoir  été  faites  sous  l'influence  directe  des 
promoteurs  du  monachisme  nouveau,  tels  Romuald, 
Jean  Gualbert  et  Pierre  Damien.  Dans  la  suite,  on 
rencontre  encore  souvent  des  ermites  à  l'origine  des 
vocations  de  réguliers.  Tel  fut  le  cas  pour  S.  Norbert  et 
Gerhoh  de  Reichersberg.  De  leur  côté,  S.  Bernard,  les 
Cisterciens  et  les  Chartreux  favorisent  la  nouvelle 
institution.  Nous  n'avons,  par  contre,  rencontré  nulle 
part  une  action  importante  de  Cluny. 

De  leur  côté,  les  laïcs  participent  à  des  titres  divers  à 
la  réforme.  Certains  prennent  l'initiative  de  fonda- 
tions hospitalières  qui  se  rattacheront  plus  ou  moins 
étroitement  à  l'ordre  canonial  régulier.  Pour  être 
moins  directe,  l'action  de  la  Pataria  n'est  pas  moins 
considérable  à  Milan  et  dans  le  nord  de  l'Italie.  Ces 
grégoriens  farouches  favorisent  naturellement  l'éta- 
blissement d'un  clergé  «  apostolique  ».  Ailleurs,  les 
rois  et  les  grands  féodaux  contribuent  à  l'établisse- 
ment temporel  des  réguliers.  Signalons  parmi  les  plus 
zélés  Henri  I""'  et  la  reine  Anne  en  France,  Henri  I"  et 
la  reine  Mathilde  d'Angleterre,  Sanche  Ramirez  dans 
l'Espagne  de  la  Reconquista. 

3.  L'idéal.  —  Restaurer  parmi  les  chanoines  la  pau- 
vreté apostolique  pratiquée  par  le  clergé  des  premiers 
siècles,  tel  est,  nous  l'avons  vu,  l'idéal  des  réforma- 
teurs. De  Romuald  à  Gerhoh  de  Reichersberg  en 
passant  par  Pierre  Damien,  Hildebrand  et  Urbain  II, 
cette  doctrine  essentielle  va  se  développer  et  se  diver- 
sifier quelque  peu.  En  Italie  comme  en  France,  les 
premières  réformes  se  font  au  nom  de  la  vita  apostolica 
ou  de  la  vita  ad  instar  primitivae  Ecclesiae.  Au  concile 
de  1059  et  plus  tard  dans  sa  règle,  Grégoire  VII  ne 
connaît  pas  d'autre  autorité.  Se  basant  sur  la  lettre  de 
S.  Jérôme  ad  Nepotianum  et  sur  les  sermons  de 
S.  Augustin,  Pierre  Damien  invoque  comme  argument 
l'étymologie  du  mot  clericus.  Comment  celui  qui,  par 
définition,  est  la  possession  de  Dieu  et  dont  Dieu  est  le 
partage  peut-il  se  laisser  attirer  comme  un  simple  laïc 
par  l'appât  de  la  propriété  privée  (De  communi  vita 
canonicorum,  P.  L.,  cxlv,  504)?  Par  sa  collection  cano- 
nique et  un  libellas  fort  répandu  dans  les  commu- 
nautés italiennes,  Anselme  de  Lucques  élargit  encore 
la  base  traditionnelle  de  la  réforme  en  l'appuyant  sur 
l'autorité  des  Fausses  Décrétales  des  papes  Clément  et 


!  Urbain,  sur  celle  du  concile  de  Tolède,  de  S.  Jérôme, 
S.  Augustin  et  S.  Grégoire  le  Grand.  En  groupant  ces 
textes,  il  vise  évidemment  à  démontrer  la  continuité 
de  la  pratique  de  la  vie  commune  durant  les  sept 
premiers  siècles  de  l'Éghse.  Cette  charte  de  la  vie  com- 
mune va  être  largement  diffusée  par  les  promoteurs  de 
la  réforme,  Yves  de  Chartres,  Pierre  de  Honestis, 
Lietbert  de  S.-Ruf,  Gerhoh  de  Reichersberg,  etc. 
Mais,  plus  que  tout  autre  peut-être,  Urbain  II  a  con- 
tribué à  la  reconnaissance  ofTicielle  de  cette  doctrine. 
Le  premier,  en  effet,  il  introduit  dans  les  bulles  ponti- 
ficales une  formule  qui  rappelle  les  origines  aposto- 
liques de  la  vie  commune  et  l'accueil  qu'elle  a  reçu 
chez  les  principaux  Pères  de  l'Église  (cf.  P.  L.,  cli, 
338-39).  Fréquemment  repris  dans  la  suite,  ce  texte 
servira  de  base  à  plusieurs  privilèges  importants  des 
réguliers.  Désormais  les  formules  Vita  regularis  ou 
Vita  canonica  employées  jadis  pour  désigner  la  règle 
d'Aix  servent  uniquement  à  caractériser  la  vie  com- 
mune stricte.  Le  terme  saecularis  commence  à  être 
employé  pour  désigner  le  clerc  propriétaire,  même  s'il 
suit  la  règle  d'Aix. 

Line  fois  établi  le  caractère  traditionnel  de  leur 
doctrine,  les  réformateurs  ne  pouvaient  que  juger 
sévèrement  le  code  carolingien.  Plusieurs  s'accordent 
à  le  condamner,  dans  la  mesure  même  où  il  s'écarte  de 
VInstilutio  apostolica,  c.-à-d.  dans  les  chapitres  qui 
permettent  le  pécule.  Jamais  les  législateurs  n'auraient 
dû  admettre  comme  un  principe  ce  qui  n'était  tout  au 
j  plus  qu'une  exception.  Cette  attitude  intolérante,  qui 
j  est  celle  d'Hildebrand,  de  Pierre  Damien  et  de 
I  Gerhoh  de  Reichersberg,  n'est  pourtant  pas  adoptée 
par  tous.  Le  can.  4  du  concile  romain  de  1059,  repris 
en  1063,  prouve  en  effet  que  la  majorité  des  Pères  pré- 
féra urger  l'application  de  la  règle  d'Aix  comme  un 
minimum,  tout  en  conseillant  vivement  la  pratique  de 
la  vita  apostolica.  De  fait,  beaucoup  d'évêques  estiment 
que  la  discipline  régulière  complète  la  vie  séculière, 
plutôt  qu'elle  ne  s'y  oppose.  Sur  ce  point  comme  sur 
tout  le  reste  du  programme  grégorien,  les  réforma- 
teurs prennent  une  attitude  intransigeante  ou  plus 
modérée  (voir  P.  Fournier,  op.  cit.,  155). 

Notons  enfin  que  si  les  réformateurs  attachent  tant 
d'importance  à  la  pauvreté,  c'est  à  cause  de  la  valeur 
intrinsèque  de  cette  vertu  évangélique,  mais  aussi 
parce  qu'ils  la  considèrent  comme  le  fondement  et  la 
garantie  de  la  chasteté,  de  l'obéissance  et  de  la  con- 
corde, en  un  mot,  de  tout  l'idéal  canonial.  Elle  seule 
aussi  donne  à  l'apostolat  toute  son  efficacité,  en  libé- 
rant le  clerc  des  enclaves  causées  par  l'avarice  (cf. 
Ch.  Dereine,  Le  problème  de  la  vie  commune  chez  les 
canonistes,  d'Anselme  de  Lucques  à  Gratien,  dans 
Studi  Gregoriani,  m,  287-98). 

4.  L'expansion.  —  Il  n'est  pas  possible,  dans  l'état 
actuel  des  recherches,  de  donner  une  idée  exacte  de 
l'expansion  de  la  réforme  canoniale,  surtout  au  début 
du  xi«  s.  Tantôt  la  rareté  des  sources  ou  l'ambiguïté 
des  formules  ne  permet  pas  de  déterminer  la  nature 
exacte  de  la  discipline  adoptée  par  une  communauté, 
tantôt  le  caractère  spontané  d'une  fondation,  ermitage 
ou  hôpital,  ne  permet  pas  de  fixer  le  moment  où  les 
convertis  adoptent  la  profession  canoniale. 

Nous  continuerons  de  donner  au  cours  de  l'exposé  les  in- 
dications bibliographifiucs  qui  préciseront  l'état  de  la  ques- 
tion. Notons  ici  les  services  très  appréciables  que  peuvent 
rendre  Kehr,  Gerni.  pont,  et  II.  pont.,  de  même  que  les  séries 
des  Papsturkiinilen.  Par  contre,  Cottincau  ne  sera  utilisé 
qu'avec  prudence,  à  cause  de  l'imprécision  des  dates  de 
fondation  et  des  erreurs  au  sujet  du  type  de  régularité. 
Seul  .1.  C.  Dickinson,  The  origins  oj  Ihe  Aiistin  cations  and 
their  introduction  inio  England,  fournit  pour  l'Angleterre 
les  précisions  souhaitables.  —  Cf.,  pour  l'Irlande,  P.  .1.  Dun- 
ning,  The  Arrosian  order  in  médiéval  Ireland,  dans  Irish 
hist.  slndies,  iv,  1945,  p.  297-316.  -     Pour  l'Iîspagne, 


CHANOINES.  I,A  RÉFORME  GRÉGORIENNE 


380 


.).  Vincke,  Die  vila  communis  des  Klerus  imd  dos  spanische 
Konigtum,  dans  Span.  Forschungen  der  Gorresges.,  i-6, 
1037,  p.  30-S9.  —  Pour  l'Allemagne,  voir  les  listes  de 
A.  Hauck,  III  et  iv,  annexe.  —  Pour  la  Belgique,  les  cha- 
pitres consacrés  à  la  réforme  canoniale  par  Éd.  de  Moreau, 
liist.  de  l'Église  en  Belgique,  m,  423  sq.  —  On  trouvera  une 
liste  des  principales  fondations,  D.  H.  G.  E.,  v,  498-628.  — 
Voir  aussi  Ch.  Dereine,  Vie  commune,  règle  de  S.  Augustin  et 
chanoines  réguliers  au  XI'  s.,  dans  Rev.  d'hist.  eccL,  xr.i, 
1946,  p.  365-406. 

2°  Les  divers  types  de  communautés  canoniales.  — 
Quelques  principes  très  simples  constituent,  nous 
l'avons  vu,  l'essence  de  la  nouvelle  discipline  cano- 
niale. S'ils  suffisent  à  donner  l'orientation  première,  ils 
ne  peuvent  régler  dans  le  détail  de  la  vie  quotidienne 
les  actions  des  réguliers.  Pour  répondre  à  ce  besoin,  les 
réformateurs  élaboreront  des  règles  et  des  coutumiers 
dont  la  complexité  contraste  avec  la  simplicité  de  la 
tradition  primitive.  Plusieurs  fois  dans  la  suite,  nous 
constaterons  aussi  des  différences  profondes  dans  l'or- 
ganisation des  communautés  et  même  dans  la  concep- 
tion de  la  vie  régulière.  Or,  cette  variété  trouve  son 
explication  dans  un  fait  essentiel  :  la  diversité  des 
origines. 

Lorsque  la  formule  nouvelle  sera  définitivement 
fixée,  les  chanoines  réguliers  se  propageront,  comme 
les  autres  ordres,  par  colonisation.  Mais,  durant  la 
période  de  formation,  d'ailleurs  assez  longue,  nous 
distinguerons  quatre  types  de  communautés  :  1.  les 
réformes  proprement  dites;  —  2.  les  groupements 
spontanés  de  clercs;  —  3.  les  fondations  érémitiques; 
— •  4.  enfin  celles  qui  sont  orientées,  à  l'origine,  vers  le 
service  hospitalier.  Cette  division  doit  être  entendue 
avec  une  certaine  souplesse.  Elle  se  justifie  pourtant 
par  le  fait  que  chaque  catégorie  présente  des  pro- 
blèmes particuliers.  Par  contre,  il  nous  semble  arbi- 
traire de  vouloir  les  répartir  en  étapes  chronologi- 
quement distinctes. 

1.  Les  réformes  proprement  dites.  —  Le  but  premier 
des  promoteurs  de  la  vie  commune  est  certainement  de 
l'introduire  dans  les  chapitres  déjà  existants.  Nous 
examinerons  les  motifs  de  la  réforme,  les  méthodes 
employées,  les  obstacles  rencontrés  et  les  résultats 
obtenus. 

a )  Les  réjormes  de  cathédrales.  ■ —  Il  est  plus  difficile 
de  réformer  les  anciennes  institutions  que  d'en  créer 
de  nouvelles,  (^ette  constatation  souvent  répétée  par 
les  auteurs  spirituels  du  xii^  s.  se  vérifie  tout  parti- 
culièrement dans  le  cas  des  chapitres  cathédraux.  Le 
grand  nombre  de  chanoines,  la  présence  de  dignitaires 
assez  indépendants  et  les  grands  privilèges  de  la  com- 
munauté constituent  autant  d'obstacles  que  les  réfor- 
mateurs les  mieux  intentionnés  surmontent  diffi- 
cilement. 

Dans  des  régions  entières,  comme  le  centre  et  le 
nord  de  la  France,  les  Pays-Bas,  le  nord  et  l'ouest  de 
l'Allemagne,  les  chanoines  restent  fidèles  aux  an- 
ciennes traditions.  Par  contre,  le  mouvement  de  régu- 
larisation gagne  de  nombreux  sièges  épiscopaux  de 
l'Italie  du  Nord,  Fano,  Florence,  Pistoie,  Milan, 
Gubbio  et  aussi  Cefalu  en  Sicile.  Même  succès  dans  le 
midi  de  la  France,  à  Toulouse,  Avignon,  Maguelone, 
Nîmes,  Arles,  Carcassonne,  Cahors,  Béziers,  Nar- 
bonne,  Lescar,  Apt,  Comminges,  Mende,  Albi,  Nice  et 
Bordeaux.  Sous  l'influence  de  l'évêque  Hugues  de 
Grenoble,  les  chanoines  de  cette  ville,  ceux  de  Taren- 
taise  et  de  Belley  adoptent  aussi  la  règle  de  S.  Augus- 
tin entre  1130  et  1142.  Au  nord  -de  la  Loire,  nous  ne 
voyons  que  Séez  qui  ait  été  réformé. 

En  Espagne,  si  Barcelone  reste  fidèle  à  la  règle 
d'Aix,  malgré  ses  évêques  venant  de  S.-Ruf,  par 
contre  Pampelune,  Jaca,  Roda,  Vich.  Tolède,  Tortosa, 
Tarragone  et  Saragosse  adoptent  la  vie  commune. 
Dans  plusieurs  chapitres,  cette  dernière  est  introduite 


i  en  même  temps  que  la  liturgie  romaine  (cf.  A.  Ubieto 
Arteta,  La  introduccion  del  rito  romano  en  Aragon  ij 
Navarra,  dans  Hispania  sacra,  i,  1948,  p.  299-324). 

En  Allemagne,  Conrad  de  Salzbourg  introduit  des 
réguliers  dans  sa  cité  et  son  exemple  est  suivi  par  Hil- 
debald  de  Gurk.  S.  Norbert  et  ses  disciples  placent  de 
même  des  Prémontrés  dans  les  nouveaux  chapitres  de 
Havelberg,Ratzebourg,  Brandebourg, Breslau  et  Riga. 
A  Carlisle,  en  Angleterre,  et  à  Down,  Clogher  et  Du- 
blin, en  Irlande,  la  réforme  est  aussi  introduite  sous 
l'influence  de  S.  Malachie. 

Malgré  l'indépendance  économique  et  juridique  ac- 
quise par  de  nombreux  chapitres,  les  évêques  inter- 
viennent fréquemment  pour  introduire  la  vie  com- 
mune. Conscients  des  difficultés  de  leur  tâche,  ils 
s'assurent  l'appui  des  papes,  des  empereurs  ou  des 
grands  féodaux.  Même  alors,  leur  tentative  n'a  guère 
de  chance  de  réussir  si  elle  ne  trouve  chez  les  chanoines 
eux-mêmes  des  partisans  décidés.  La  lutte  pour  la  ré- 
forme dure  parfois  de  longues  années.  A  Lucques,  de 
1048  à  1110,  les  évêques  Jean,  Anselme  et  Rangerius, 

I  aidés  par  Léon  IX,  Grégoire  VII  et  la  comtesse  Ma- 
thilde,  surmontent  à  peine  l'opposition  des  chanoines. 
A  Bordeaux,  Geoffroy  de  Lauroux  doit  abandonner 
durant  cinq  années  son  siège  épiscopal;  l'excommuni- 
cation lancée  contre  les  chanoines  rebelles  demeure 
sans  effet  jusqu'au  jour  où  S.  Bernard  et  d'autres  pré- 
lats réussissent  enfin  à  faire  accepter  la  vie  com- 

i  mune  (E.  Kittel,  Der  Kampf  nm  die  Reform  des 
Domkapitels  in  Lucca  im  xi.  Jhl,  dans  Festsclirift 
A.  Brackmann,  Weimar,  1935,  p.  214  et  Gall.  ctirist., 
II,  Instr.,  814).  L'action  d'Arnaud  de  Maguelone  et  de 
Dalmase  de  Narbonne  est  de  même  contrecarrée  et 
n'aboutit  que  sous  leurs  successeurs  (P.  L.,  cli,  408  et 
Gall.  christ.,  vi,  Instr.,  34).  Ailleurs,  à  Séez  p.  ex., 
l'œuvre  de  l'évêque  Jean  est  compromise  par  la  mau- 
vaise volonté  de  son  successeur  Girard  (ibid.,  ix, 

!  Instr.,  160).  Pour  remédier  à  ce  danger,  les  bulles  pon- 
tificales prescrivent  souvent  que  seuls  des  réguliers 
peuvent  désormais  occuper  les  sièges  de  ces  cathé- 
drales (ibid.,  XV,  Instr.,  307). 

La  méthode  employée  par  les  réformateurs  varie 
évidemment  selon  les  circonstances.  Tantôt  ils  réa- 
gissent contre  les  mœurs  décadentes  des  chanoines  en 
imposant  la  vie  commune  :  ainsi  à  Albi  et  Cahors 
(ibid.,  1,  Instr.,  5  et  155).  Ailleurs,  l'évêque  opère  un 
véritable  noyautage  en  s'assurant  le  concours  de 
quelques  clercs;  tel  fut  le  cas  à  Gubbio,  où  l'évêque 
Usbald  réussit  à  introduire  les  coutumes  de  Stè-Marie- 
au-Port  de  Ravenne  (Vita  Usbaldi,  A.  S.,  mars, 
m,  631).  Souvent  aussi  on  fait  appel  à  d'autres 
centres:  ainsi  à  Salzbourg  où  des  chanoines  de  Rolduc 
et  de  Springiersbach  contribuent  à  introduire  la  vie 
commune  (Annales  Roden.ies,  M.  G.  H.,  xvi,  701). 
Ailleurs  encore,  la  règle  de  S.  Augustin  est  adoptée 
par  des  clercs  fidèles  jusque-là  à  la  règle  d'Aix,  mais 
désireux  de  mener  une  vie  plus  parfaite.  On  en  trou- 
vera de  bons  exemples  à  Arles  (D.  H.  G.  E.,  iv,  240)  et 
à  Vich  (Florez,  xxviii,  296).  Dans  tous  ces  cas,  la 
réforme  est  le  plus  souvent  progressive,  c.-à-d.  que  la 
vie  commune  n'est  adoptée  immédiatement  que  par 
ceux  qui  le  désirent  ;  les  autres  membres  de  la  commu- 
nauté gardent  toute  liberté  de  vivre  selon  l'ancienne 
discipline  mais,  à  leur  mort,  ils  sont  remplacés  par  des 
réguliers  (P.  L.,  cli,  362  et  408;  clxxix,  79,  80,  112, 
127,  165,  245,  259,  271,  330,  351,  605). 

Si,  d'une  part,  la  décadence  des  mœurs  entraîne 
presque  inévitablement  la  dilapidation  des  biens,  par 
contre  le  retour  à  la  vie  commune  suppose  la  restaura- 
tion du  temporel.  Restitutions  des  biens,  envahis  par 
les  laïcs  ou  aliénés  par  les  prélats,  et  donations  nou- 
velles précèdent,  dans  la  plupart  des  cas  examinés,  la 
réforme  et  facilitent  d'ailleurs  l'acceptation  de  la  dis- 


CHANOfNF.S.    LA    HKFORMK   ( ',  |{  F,  (  ;  ()  Hf  E  N  N  F. 


382 


dpline  nouvelle.  Le  niouvemcnl  de  régularisation 
rejoint  donc  ici,  une  fois  de  ))lus,  un  autre  point  du 
programme  grégorien  :  le  retour  mu  clergé  de  la  pro- 
|)riété  ecclésiastique. 

Pour  apprécier  l'intensité  du  mouvement  de  ré- 
forme comme  pour  mesurer  les  obstacles  opposés,  il 
faudrait  encore  tenir  compte  des  tentatives  demeurées 
sans  effet.  Malheureusement,  ce  genre  d'initiatives  ne 
laisse  guère  de  trace.  Pourtant  un  chroniqueur  de  Nor- 
mandie nous  a  gardé  le  souvenir  des  efl'orts  faits  par 
Jean,  évêque  de  Lisieux,  et  par  son  confrère,  Geoffroy 
de  Chartres,  pour  établir  la  vie  commune  (Chronica 
nova,  éd.  Chéruel,  dans  Mém.  de  la  Soc.  des  antiquaires 
de  Normandie,  xviii,  1851,  p.  30). 

Les  résultats  atteints  par  la  réforme  dans  les  cha- 
pitres cathédraux  sont,  au  total,  assez  maigres.  Le  suc- 
cès rencontré  dans  certaines  régions  s'explique  soit  par 
la  présence  de  réformateurs  décidés,  comme  Conrad  de 
Salzbourg  et  S.  Norbert,  soit  par  des  circonstances 
d'ordre  temporel.  Beaucoup  plus  nombreux,  mais 
moins  importants,  les  chapitres  des  sièges  épiscopaux 
du  midi  de  la  France  et  du  nord  de  l'Italie  subissent, 
en  effet,  davantage  l'influence  des  évêques.  L'en- 
semble des  bâtiments  de  S.-Trophime  d'Arles,  église, 
cloître,  dortoir  et  réfectoire,  nous  donne  encore 
l'image  exacte  du  cadre  dans  lequel  se  développait,  au 
xn<=  s.,  la  vie  régulière  dans  les  cathédrales  (cf. 
D.  Knowles,  The  calhedral  monasteries.  dans  Down- 
side  reuieiv,  li,  1933,  p.  71-96). 

b )  Les  réformes  de  collégiales.  —  Selon  qu'elle  est  in-  j 
Iroduite  dans  les  chapitres  importants  ou  dans  de 
simples  ecclesiolae,  la  réforme  prend  ici  encore  des 
aspects  variés. 

Dans  certains  cas,  les  clercs  eux-mêmes  poussent  au 
retour  à  la  vie  commune.  A  Cysoing,  près  de  Lille, 
vieille  fondation  carolingienne  alors  occupée  par  des 
séculiers,  deux  chanoines,  Léthard  et  Robert,  désirent 
mener  une  vie  plus  parfaite.  Contre  toute  attente,  ils 
obtiennent  la  collaboration  d'un  nouveau  prévôt, 
choisi  pourtant  de  manière  simoniaque.  Avec  un  clerc 
tournaisien,  ils  se  dirigent  vers  Reims  pour  faire  ap- 
prouver leur  projet.  Bien  accueillis  par  l'archevêque, 
ils  mettent  leurs  biens  en  commun  et  se  placent  sous  la 
direction  d'Anselme,  chanoine  de  S.-Denys  de  Reims. 
.Malgré  l'opposition  d'une  partie  de  la  communauté  et 
des  ministeriales,  ils  prennent  possession  de  l'ancien 
monastère  (cf.  Carlulaire  de  Cysoing,  éd.  I.  de  Cous- 
semaker,  Lille,  1883,  p.  4).  Des  conversions  analogues 
ont  lieu  à  Bourgmoyen  de  Blois  (Gall.  christ.,  viii, 
Inst.,  420),  et  à  N.-D.  d'Eu  (ibid.,  ix,  Instr.,  22). 
A  S.-Étienne  de  Dijon,  le  petit  noyau  des  réforma- 
teurs doit  se  retirer  quelque  temps  dans  une  dépen- 
dance de  l'abbaye.  Considérablement  renforcé,  il 
occupe  de  nouveau  le  monastère  vers  112.5  (ibid.,  iv, 
752-55). 

Des  tentatives  de  ce  genre  se  sont  produites  assez 
souvent  dans  les  collégiales,  au  moment  où  les  idées 
grégoriennes  se  répandaient  un  peu  partout.  Mais, 
dans  bien  des  cas,  la  majorité  des  chanoines  s'op- 
posent à  ce  qu'ils  considèrent  comme  une  nouveauté. 
La  Vie  inédite  de  Gausbert  de  Montsalvy  (ms.  Paris, 
B.  N.,  franç.  24815,  fol.  140)  et  celle  de  S.  Norbert 
(M.  G.  H.,  SS.,  xii,  678)  nous  donnent  des  exemples 
de  ces  luttes. 

Ailleurs,  la  réforme  moins  spontanée  est  surtout 
l'œuvre  des  évêques  ou  des  seigneurs  laïcs.  En  1095, 
Pierre,  évêque  de  Poitiers,  rétablit  la  vie  commune 
stricte  dans  la  collégiale  d'Airvault  (Gall.  christ.,  ii, 
Instr.,  954).  Arnald  de  Bordeaux  agit  de  même  à  S.- 
Émilion  où  certains  clercs  adoptent  la  discipline  nou- 
velle tandis  que  les  autres  acceptent  d'être  remplacés 
progressivement  (ibid.,  ii,  Instr:,  324).  Dans  ces  deux 
cas,  les  réformateurs  font  appel  aux  réguliers  de  l'Es- 


terp  pour  couTirmer  leur  œuvre.  Au  Mont-S.-Éloi,  près 
d'Arras,  et  à  S.-.\ubert  de  Cambrai,  l'évêque  Lietbert 
profite  des  difficultés  économiques  dans  les(iuelles  se 
trouvent  les  communautés  relâchées  pour  imposer  la 
vie  commune;  toutefois,  ceux  qui  n'acceptent  pas  la 
réforme  reçoivent  ailleurs  des  prébendes.  De  même,  à 
S. -Michel  d'Anvers,  sous  l'influence  de  S.  Norbert, 
quatre  chanoines  embrassent  la  vie  commune  tandis 
que  les  autres  se  retirent  dans  l'église  Notre-Dame. 
Parfois,  comme  à  S. -Jean-Baptiste  de  Valenciennes, 
les  réformateurs  chassent  purement  et  simplement  les 
séculiers  et  les  remplacent  par  des  chanoines  tirés  de 
monastères  voisins  (Jacques  de  Guise,  Annales, 
M.  G.  H.,  SS.,  xxx,  207).  Ailleurs  encore,  l'adoption 
de  la  règle  de  S.  Augustin,  loin  de  constituer  une  me- 
sure de  réaction  contre  le  relâchement  moral,  signifie 
un  perfectionnement  de  la  discipline  d'Aix  encore  en 
vigueur.  Ce  fut  le  cas  à  S.-Laon  de  Thouars  {Gall. 
christ.,  II,  Instr.,  373),  à  S. -Paul  de  Besançon  (ibid., 
XV,  26),  à  S. -Paul  de  Narbonne  (ibid.,  vi,  Instr.,  31)  et 
à  S.-Salvy  d'Albi  (Rev.  MabilUm,  xiv,  1924,  p.  201). 

Seules  de  nombreuses  études  locales  permettraient 
de  déterminer  avec  précision  le  nombre  d'institutions 
anciennes  atteintes  d'une  manière  ou  d'une  autre  par 
la  réforme.  Dans  certains  diocèses,  à  Salzbourg  et 
Thérouanne  p.  ex.,  grâce  à  l'action  des  évêques,  la  pro- 
portion est  relativement  élevée.  Ailleurs,  au  contraire, 
comme  à  Liège,  les  chapitres  déjà  existants  ne  sont  pas 
touchés.  Certains  types  de  communautés  canoniales 
semblaient  plus  accessibles  que  d'autres  aux  idées  nou- 
velles. Si  d'anciens  monastères,  jadis  occupés  par  des 
moines  et  sécularisés  dans  la  suite,  tels  S.-Étienne  de 
Dijon,  S. -Maurice  d'Agaune,  S.-Frigidien  de  Lucques, 
S.-Aubert  de  Cambrai,  sont  réformés,  par  contre  les 
collégiales  fondées  aux  x''  et  xi^  s.  échappent  presque 
entièrement  au  mouvement. 

Les  résistances  rencontrées  ne  tiennent  d'ailleurs 
pas  nécessairement  au  mauvais  vouloir  des  clercs  ou  à 
la  décadence  des  mœurs.  Dans  bien  des  collégiales,  la 
règle  d'Aix  est  encore  en  vigueur;  elle  seule  est  impo- 
sée, on  s'en  souvient,  par  les  conciles  réformateurs  de 
1059  et  1063,  alors  que  la  vie  commune  est  simplement 
conseillée.  Il  faut  aussi  tenir  compte  de  l'opposition 
provenant  des  grandes  familles  ou  des  ministeriales 
qui  disposent  des  ressources  d'une  église  comme  de 
biens  héréditaires  et  se  méfient  i)ar  conséquent  de 
toutes  les  mesures  visant  à  écarter  l'emprise  laïque. 

Sauf  dans  ceutaines  régions,  les  réformes  proprement 
dites  restent  donc  plutôt  des  exceptions.  Mais  si  les 
institutions  résistent  aux  idées  grégoriennes,  les  indi- 
vidus y  sont  beaucoup  plus  sensibles.  Leur  initiative 
va  donner  naissance  à  un  grand  nombre  de  nouvelles 
communautés  dont  il  faut  tenir  compte  pour  apprécier 
l'ampleur  de  la  réforme. 

2.  Les  communautés  nouvelles  formées  par  migration 
de  clercs.  —  Si  la  majorité  des  anciens  chapitres  restent 
fidèles  à  la  tradition  carolingienne,  l'attrait  de  la  vita 
apostolica  s'exerce  sur  un  grand  nombre  de  chanoines 
qui,  pour  suivre  pauvres  le  Christ  pauvre,  abandon- 
nent leurs  prébendes  et  se  groupent  dans  des  commu- 
nautés nouvelles.  Là  où  des  clercs  mariés  et  proprié- 
taires s'opposent  à  toute  tentative  de  réforme,  des 
scrupules  de  conscience  provoquent  le  passage  à  la  vie 
régulière.  Telle  est  l'histoire  de  Guillaume,  futur  fon- 
dateur de  Ste-Barbe-en-Auge  (Vita,  éd.  N.  Sauvage, 
Caen,  1907,  p.  20),  de  Gerhoh  de  Reichersberg  (Dia- 
logus  de  clericis  saec.  et  reg.,  P.  L.,  cxciv,  1414),  et  des 
clercs  de  S.-.lcan-de-la-Vallée  à  Chartres  (ibid., 
ci.xii,  294). 

Cette  attitude  de  réaction  contre  le  milieu  prend  un 
caractère  très  aigu  en  Terre  d'Empire,  où  l'excommu- 
nication de  l'empereur  et  de  ses  partisans  pose  le 
grave  problème  des  rapports  entre  fidèles  et  schisma- 


383 


CHANOINES,  LA  TiÉV 


OKMK  GRÉGORIENNE 


tiques.  Voici  comment  Gerhoh  décril  la  situation  : 

Persecutio  quoque  huic  bono  operala  est.  Nam  dum  e  civita- 
tibus  meliores  clerici  eo  quod,  excommunicato  principi 
eiusque  fautoribus  et  commiinicatoribus  suant  substraherent 
communionem,  pellerentur,  in  siluis  et  suburbanis  agellis 
cohabitantes,  ubi  eus  quibus  Deus  inspiravit,  fidèles  ac  pa- 
tentes quidam  tutati  sunt,  ea  coeperunt  conversationis  norma 
degere  quam,  Christo  pro  quo  et  perseculionem  sustinebant, 
maxime  complacitam  agnovissent.  Sicque  in  clero  et  in  mona- 
cliatu  apostolice  institutionis  vita  quae  primo  in  desertis  ac 
silvosis  locis  reviruit,  paulatim  etiam  antiqua  et  suburbana 
cenobia,  revixit,  eiectis  inde  malis  colonis  vel  in  melius  com- 
mutatis...  (Liber  de  investigatinne  Antecbristi,  P.  L., 
cxciv,  1463). 

Les  communautés  de  Marbach,  S.-Pierremont  et 
probablement  Triefestein  doivent  leur  origine  à  ces 
circonstances. 

Mais  le  passage  à  la  vie  régulière  ne  revêt  pas  tou- 
jours cet  aspect  de  crise  ou  de  violence.  Tout  comme 
jadis  les  clercs  désireux  de  vie  parfaite  se  retiraient 
dans  les  monastères  bénédictins,  ainsi  maintenant  ils 
se  groupent  pour  pratiquer  la  vie  apostolique.  Avec 
l'appui  de  leur  évêque  ou  du  chapitre  qu'ils  aban- 
donnent, ils  occupent  des  églises  paroissiales,  relèvent 
les  ruines  d'anciens  sanctuaires  situés  dans  le  subur- 
bium  des  cités  ou  construisent  des  églises  nouvelles. 
S.-Ruf,  Pébrac  et  S.-Denys  de  Reims  sont  fondés  de 
cette  manière  par  des  clercs  d'Avignon,  de  S. -Julien  de 
Brioude  et  de  Reims.  Les  églises  paroissiales  de  S. -Ger- 
main d'Autun,  S.-Loup  de  Nevers,  Ste-Marie  de  Cor- 
nillio,  au  diocèse  de  Lodève,  et  N.-D.-de-Chaage  à 
Meaux  reçoivent  des  chanoines  convertis.  S. -Quentin 
de  Beauvais  et  S. -Léon  de  Toul  sont  construits  spécia- 
lement pour  les  réguliers. 

Les  chapitres  séculiers  d'où  émigrent  les  convertis 
participent  souvent  d'une  manière  ou  d'une  autre  à 
l'établissement  des  nouvelles  communautés.  Ainsi,  les 
chanoines  de  Limoges  fournissent  des  ressources  à 
leurs  confrères  de  Bénévent  et  Aureil  (Gall.  christ.,  ii, 
Instr.,  118);  ceux  de  Meaux,  l'église  de  N.-D.-de- 
Chaage;  ceux  de  Lodève,  l'église  de  Ste-Marie  de  Cor- 
nillio  (ibid.,  vi,  Insir.,  279);  ceux  de  Narbonne,  l'em- 
placement de  S.-Martin-de-Vernete  {ibid.,  vi,  Instr., 
31).  Les  chanoines  de  S. -Julien  de  Brioude  promettent 
aide  et  protection  aux  réguliers  de  Pébrac  (ibid.,  ii, 
Instr.,  131).  Dans  la  plupart  de  ces  cas,  il  est  encore 
prévu  que,  si  des  chanoines  séculiers  désirent  mener  la 
vie  régulière,  ils  jouiront  jusqu'à  la  mort  de  leurs  pré- 
bendes (ibid.,  XII,  Insir.,  336).  Ailleurs  encore,  p.  ex.  à 
à  S. -Quentin  de  Beauvais,  à  S. -Victor  de  Paris,  à  S.- 
Jean-de-la-Vallée  à  Chartres  et  N.-D.-de-Chaage  à 
Meaux,  des  prébendes  d'anciennes  collégiales  figurent 
parmi  les  ressources  des  réguliers. 

Dans  tous  ces  cas  et  d'autres  analogues,  des  rela- 
tions de  fraternité  et  de  dépendance  sont  établies 
entre  les  communautés.  Les  chanoines  de  Pébrac  et 
d'Aureil  sont  reçus  à  S. -Julien  de  Brioude  comme  des 
membres  du  chapitre  (ibid.,  ii,  Instr.,  131  et  Vita 
Gaucheri,  A.  S.,  avril,  i,  852).  A  leur  mort,  ils  jouissent 
des  suflrages  comme  les  séculiers  eux-mêmes.  Mais,  en 
contre-partie,  les  séculiers  se  réservent  souvent  un 
droit  de  regard  sur  les  élections  des  réguliers. 

Dans  les  communautés  issues  de  réformes  propre- 
ment dites  ou  de  fondations  nouvelles,  l'idéal  cano- 
nial reste  toujours  celui  de  la  vita  apostolica  impliquant 
la  vie  commune  stricte  et  les  usages  ne  varient  guère. 
Tel  ne  sera  pas  le  cas  dans  les  types  de  monastères  que 
nous  devons  encore  examiner.  . 

3.  Les  communautés  d'origine  crémitique.  —  Les 
clercs  désireux  de  mener  la  vie  commune  à  l'exemple 
des  apôtres  ne  sont  pas  les  seuls  qui,  aux  xi<=  et  xii^  s., 
quittent  les  anciens  chapitres.  D'autres,  attirés  par  un 
idéal  plus  austère  encore,  se  retirent  dans  les  solitudes 
pour  y  vivre  en  ermites.  Un  certain  nombre  d'entre 


eux,  tels  Robert  de  la  Chaise-Dieu,  Guillaume  Firmat, 
Brunon  de  Reims,  Vital  de  Savigny  et  Girard  de 
Salles,  adoptent  la  profession  et  les  coutumes  monas- 
tiques. D'autres,  au  contraire,  restent  fidèles  à  l'ordre 
canonial.  Nombreuses  sont  les  communautés  régu- 
lières formées  de  la  sorte.  Citons,  parmi  les  plus  im- 
portantes :  Bénévent,  fondée  en  1024  par  Ausbert, 
chanoine  de  Limoges  ;  Bez  et  Mont-Salvy  (dioc.  de  Ro- 
dez), organisées  vers  1060  par  Gausbert,  ancien  cha- 
noine de  S.-Amand  de  Rodez;  Aureil,  fondée  vers  1074 
en  dépendance  de  la  cathédrale  de  Limoges;  Hérival 
(dioc.  de  Toul),  où  s'installe  en  1070  un  certain  Ingil- 
bald;  Chaumouzey  (dans  la  même  région),  où  les  clercs 
se  groupent  en  1080  autour  d'un  ermite  Anthénor; 
Pommerœul  (dioc.  de  Cambrai),  fondée  par  les  clercs 
Reniers  et  Fulbert  en  1082;  Miseray  (dioc.  de  Bourges) 
et  Le  Chalard  (dioc.  de  Limoges),  vers  1089;  Arrouaise 
(dioc.  d'Arras),  en  1090;  Cheminon  (dioc.  de  Châlons), 
en  1095;  Oigny  (dioc.  d'Autun),  Eaucourt  (dioc.  d'Ar- 
ras), Mont-Benoît  (dioc.  de  Besançon),  S.-Nicolas-aux- 
Bois  (dioc.  de  Laon),  vers  les  années  1100  et  1103; 
Mélinais  (dioc.  d'Angers)  et  Rolduc  (dioc.  de  Liège), 
en  1104;  Beâulieu  (région  de  Troyes),  en  1107;  Lônnig 
(près  de  Trêves),  vers  1110;  Clairefontaine  en  Tié- 
rache,  vers  1111;  Monte-Vergine  (dioc.  de  Subiaco), 
Guatines  (dioc.  de  Tours)  et  Bouni  (dioc.  de  Cambrai), 
vers  1115;  Prémontré  (dioc.  de  Laon),  Chancelade 
(dioc.  de  Périgueux),  La  Couronne  (dioc.  d'Angou- 
lême),  Septfontaines  (dioc.  de  Langres),  Breteuil  (non 
loin  de  Beauvais),  vers  1120.  Le  mouvement  continue 
après  cette  date  jusqu'à  la  fin  du  xii«  s.  sans  interrup- 
tion. Citons  encore,  pour  marquer  la  continuité  :  Vi- 
cogne  (dioc.  d'Arras),  en  1125;  Ste-Barbe  d'Auge 
(dioc.  de  Lisieux),  vers  1128;  Stabulo  Rodis  (près  de 
Sienne),  par  Guillaume,  vers  1155;  La  Bloutière  (dioc. 
de  Coutances),  en  1167;  N.-D.  d'Hérivaux  et  de  la 
Roche  (dioc.  de  Paris),  vers  1160  et  1196;  au  début  du 
xiii«  s.,  la  fondation  du  Val-des-Écoliers  (dioc.  de 
Langres). 

Des  fondations  de  ce  genre  se  rencontrent  aussi  en 
Allemagne  :  Springiersbach  et  Dietramzell;  —  en  Es- 
pagne et  en  Angleterre  :  Lanthony,  Nostell,  Dale, 
Bicknacre,  Chirbury,  Bushmead,  Felley,  Thremhall, 
Charley,  etc.  (J.  C.  Dickinson,  143). 

Pour  désigner  ces  clercs  ermites,  les  documents 
parlent  de  convertis  sub  canonica  professione  et  tiabitu 
clericali  heremiticam  vitam  agentes  (Vita  Norberti,  loc. 
cit.,  672),  de  solitarius  clericalem  vitam  agens  ou  de  ca- 
nonicam  regulam  et  heremiticam  vitam  sequens  (Vita 
Stephani  Obasiniensis,  152).  Notons  que  certains 
d'entre  eux  hésitent  entre  la  profession  canoniale  et 
monastique.  Avant  de  s'affilier  à  Cîteaux,  Étienne 
d'Obazine  a  longtemps  mené  la  vie  canoniale  (ibid., 
152);  de  même  les  disciples  de  Girard  de  Salles  qui,  aux 
origines,  mènent  la  vie  de  clerici  eremitae  (Vita  Girardi, 
A.  S.,  oct.,  X,  261).  Ailleurs,  des  communautés  se 
divisent,  une  partie  adoptant  la  vie  monastique, 
l'autre  la  profession  canoniale  (cf.  Vie  de  Christian  de 
l'Aumône,  éd.  M.  Coens,  A.  BolL,  lu,  1934,  p.  18). 

Lorsque  les  témoignages  ne  sont  pas  tout  à  fait 
explicites,  il  est  aussi  difficile  de  distinguer  parmi  les 
clercs  qui  abandonnent  les  chapitres  ceux  qui  veulent 
mener  la  vie  commune  et  ceux  qui  désirent  pratiquer 
l'érémitisme.  Le  groupement  de  plusieurs  individus, 
deux,  trois,  six  ou  sept,  n'exclut  nullement  ce  dernier 
genre  de  vie.  A  défaut  d'autres  indices,  la  situation 
géographique  et  le  titulus  du  sanctuaire  permettent  de 
trancher  avec  une  probabilité  plus  ou  moins  grande. 
Mais  le  critère  par  excellence  de  l'érémitisme  nous 
semble  être  le  désir  d'une  pauvreté  radicale,  basée  sur 
le  rejet  de  toute  forme  de  possessions  séculières  et  la 
pratique  corollaire  du  travail  manuel.  Ces  deux  élé- 
ments se  retrouvent  dans  toutes  les  fondations  énumé- 


385 


CHANOINES.  LA  RÉF 


ORME  GRÉCxORIENNE 


rées  plus  haut.  De  Girard  de  Salles,  qui  passe  de  la 
communauté  régulière  au  désert,  il  est  dit  que  de  pau- 
pere  canonico  factus  est  pauperior  eremita  (  Vila,  loc.  cit., 
255).  De  même  Étienne  d'Obazine  a  préféré  l'érémi- 
tisme  parce  que  canonici  etsi  regulariter  Deo  canunt  est 
eis  ex  accuratis  cibis  lauta  et  copiosa  refectio  ac  diuturna 
quies,  labor  manuum  aut  nullus  aiit  minitmis  {Vita, 
152).  C'est  aussi  le  désir  de  fuir  Volium  de  la  vie  cano- 
niale même  régulière  qui  pousse  le  clerc  Miron  à  cher- 
cher une  autre  retraite  que  l'abbaye  S. -Jean  de  Rip- 
poll  (Vita  Mironis,  Florez,  xxviii,  310).  Ce  même  idéal 
de  pauvreté  basée  sur  le  travail  manuel  et  une  austé- 
rité plus  grande  apparaît  encore  nettement  dans  les 
fondations  d'Aureil,  d'Oigny,  d'Hérival,  de  Rolduc  et 
de  Prémontré  (cf.  Ch.  Dereine,  Les  origines  de  Prémon- 
tré, dans  Rev.  d'hist.  eccl.,  xm,  1947,  p.  370). 

Ces  ermitages  de  clercs  deviennent  rapidement  un 
centre  d'attraction  pour  tous  ceux  qui  recherchent 
une  vie  plus  parfaite.  Des  chanoines  abandonnent 
leurs  prébendes,  des  familles  entières  quittent  le 
monde  pour  mener  avec  ces  solitaires  une  vie  plus 
évangélique  et  plus  pauvre.  Comme,  de  leur  côté,  les 
fondateurs  se  font  souvent  une  règle  de  ne  rejeter  per- 
sonne, ils  se  trouvent  bientôt  à  la  tète  de  communau- 
tés nombreuses  composées  de  clercs  et  de  laïcs, 
hommes,  femmes  et  enfants.  Si,  à  l'origine,  l'exemple 
du  maître  constitue  une  règle  suffisante,  bientôt  le 
choix  d'une  organisation  plus  ferme  s'impose  à  tous. 
Un  grand  nombre,  nous  l'avons  vu,  désirent  rester 
fidèles  à  leur  profession  canoniale  et  adoptent  la  règle 
de  S.  Augustin.  Par  le  fait  même  se  pose  un  problème 
de  conscience  très  délicat.  Faut-il  adopter  purement  et 
simplement  les  coutumes  en  usage  chez  les  chanoines 
réguliers?  Mais  que  reste-t-il  alors  de  l'idéal  primitif 
d'austérité  et  de  pauvreté  plus  grande?  La  crise  pro- 
voquée par  ce  dilemme  ne  fut  pas  résolue  de  manière 
uniforme.  Si  l'ancienne  discipline  canoniale  s'impose 
progressivement  à  bon  nombre  de  communautés  éré- 
mitiques,  ailleurs  les  fondateurs  élaborent  des  cou- 
tumes nouvelles  plus  conformes  à  l'idéal  primitif. 
Nous  signalerons  plus  loin  l'importance  capitale  de  ce 
fait  pour  le  développement  de  la  réforme  canoniale. 

4.  Les  communautés  d'origine  laïque  et  hospitalière.  — 
Au  mouvement  de  conversion  qui  se  manifeste  dans  les 
milieux  canoniaux,  les  laïcs  participent  également  en 
grand  nombre.  Certains,  on  l'a  vu,  se  groupent  autour 
des  clercs  ermites.  D'autres,  plus  aventureux,  mènent 
une  vie  de  pénitents,  de  pèlerins  ou  de  solitaires.  Ils 
attirent,  eux  aussi,  des  disciples  et  deviennent  par  la 
force  des  choses  fondateurs  de  monastères.  Non  loin  de 
Liège,  vers  1080,  un  certain  Gondran  et  une  recluse 
forment  le  premier  noyau  de  l'abbaye  de  S. -Gilles 
(Gilles  d'Orval,  Gesta  episc.  Leod.,  M.  G.  H.,  SS., 
XXV,  93).  Deux  pénitents  vénitiens  qui  se  fixent  dans 
une  solitude  non  loin  de  Limoges  deviennent  les  fonda- 
teurs de  L'Artige  {D.  H.  G.  E.,  iv,  811).  De  même  une 
veuve,  Bénigne,  fonde  Springiersbach  sur  la  Moselle 
(Gall.  christ.,  xiii,  Instr.,  339)  et  un  ménage  de  conver- 
tis, le  monastère  de  Franckenthal  au  dioc.  de  Worms, 
vers  1125  (Vita  Eckemberti,  éd.  H.  Boos,  Monum. 
Wormatiensia,  m,  129). 

Dans  d'autres  cas,  plus  nombreux  encore,  les  laïcs 
donnent  à  leurs  fondations  une  orientation  nettement 
hospitalière.  La  situation  géographique  symbolise  en 
quelque  sorte  cette  intention  :  fondées  au  passage 
d'une  rivière,  d'une  montagne  ou  au  cœur  d'une  forêt, 
ces  maisons  d'accueil,  construites  parfois  sur  les  ruines 
des  anciennes  mansiones  romaines,  sont  destinées  aux 
voyageurs  et  pèlerins.  Une  des  plus  célèbres  est  sans 
contredit  l'hospice  du  Grand-S. -Bernard  dont  les  ori- 
gines sont  malheureusement  fort  obscures.  Mais  on 
trouve  un  peu  partout  des  fondations  de  ce  genre  : 
Flône  (dioc.  de  Liège);  Aubrac,  fondé  par  un  seigneur 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


flamand  dans  les  montagnes  du  Rouergue;  S. -Jean  de 
Falaise  et  Neufontaines  (dioc.  de  Clermont).  Dans  tous 
ces  cas,  l'élément  laïc,  qui  domine  nettement  à  l'ori- 
gine, a  été  supplanté  petit  à  petit  par  les  clercs  qui 
s'organisent  en  communauté  régulière.  Cette  évolution 
ne  s'accomplit  pas  sans  heurts.  Ces  difficultés  pré- 
ludent en  quelque  sorte  aux  révoltes  des  laïcs  que  l'on 
rencontre  à  la  fin  du  xii«  s.  dans  les  ordres  de  Grand- 
mont  et  de  Sempringham.  Notons  toutefois  qu'une  de 
ces  communautés  hospitalières,  S.-Inglevert,  fondée 
vers  1125  au  diocèse  de  Thérouanne  par  un  certain 
Oilard,  réussit  à  conserver  son  caractère  laïc  en  refu- 
sant l'affiliation  à  la  congrégation  d'Arrouaise  {Chro- 
nicon  S.  Bertini,  M.  G.  H.,  SS.,  xxv,  799). 

A  côté  des  clunisiens,  les  chanoines  réguliers  ont 
joué  un  rôle  important  dans  l'organisation  de  la  route 
du  pèlerinage  de  S.-Jacques-de-Compostelle.  L'hospi- 
talité est  donnée  non  seulement  dans  les  chapitres 
réguliers  de  S. -Romain  de  Blaye,  Toulouse,  Commin- 
ges,  Lescar,  Pampelune  et  S. -Léonard  de  Léon,  mais 
dans  des  maisons  spécialisées  comme  Roncevaux,  le 
Somport,  N.-D.  du  Bonheur  et  Arvas.  En  Galice, 
l'ordre  militaire  de  S. -Jacques  de  l'Épée  est  organisé 
par  les  chanoines  réguliers  de  S.-Éloy  pour  assurer  la 
protection  des  voyageurs.  De  même,  en  Terre  sainte, 
les  Templiers  dépendent  étroitement  dans  leur  organi- 
sation et  leur  règle  des  chanoines  réguliers  du  S. -Sé- 
pulcre. (Cf.  A.  Donnet,  S.  Bernard  et  les  origines  de 
l'hospice  du  Mont-Joux,  S. -Maurice,  1942;  E.  Lam- 
bert, Ordres  et  confréries  dans  l'histoire  du  pèlerinage  de 
Compostelle,  dans  Ann.  du  Midi,  lv,  1943,  p.  370-403; 
Ch.  Dereine,  Aspects  de  lavie hospitalièreauxii^s., dans 
Bull,  du  Cercle  pédagogique  de  Louvain,  oct.  1947, 
p.  17-23  et  J.  C.  Dickinson,  op.  cit.,  p.  145  sq.). 

Dans  la  réalité,  les  quatre  grands  types  de  fonda- 
tions que  nous  avons  décrits  se  trouvent  parfois  con- 
fondus :  une  réforme  proprement  dite  se  double  d'une 
migration  de  clercs  ou  bien  l'hospitalité  et  la  vie  éré- 
mitique  s'harmonisent  chez  les  laïcs  et  les  clercs.  Le 
fait  essentiel,  sur  lequel  on  ne  saurait  trop  insister,  est 
la  grande  variété  des  origines  qui,  seule,  permet  de 
comprendre  la  diversité  profonde  que  nous  allons 
retrouver  dans  les  coutumes  et  l'organisation  de  la  vie 
régulière. 

Comme  études  locales,  signalons,  outre  celle  de  P.  J. 
Dunning  déjà  citée  pour  l'Irlande  :  E.  Griffe,  La  réforme 
canoniale  en  pays  audois  aux  Xioet  XII' s.,  dans  Bull.de  litl. 
eccl.  de  Toulouse,  XLiv,  1943,  p.  72-92  et  1.37-49.  —  M.  Gius- 
ti.  Le  canoniche  délia  città  e  diocesi  di  Lucca  al  tempo  délia 
Riforma  gregoriana,  dans  Studi  Gregoriani,  m,  Rome, 
1948,  p.  321-67.  —  L.  de  Lacger,  Vieux-en-Albigeois,  dans 
Rev.  Mabillon,  xii,  1922,  p.  217-41.  —  J.  Stulz,  Geschichie 
des  regulierten  Chorherrenstifles  S.-Florian,  Linz,  1835. — 
A.  Mebel,  Die  Anjdnge  des  Auguslinerchorherrenstiftes 
S.-Peter  auf  ilem  Lauterberge,  Halle,  1916.  —  Voir 
encore,  pour  l'Allemagne,  Vita  Lamberli  praep.  monast. 
Novi  Operis  prope  Hallam  Saxonicam,  éd.  H.  Bresslau, 
M.  G.  H.,  SS.,  xxx-2,  p.  948-52. 

3°  Règles  et  coutumes.  —  Aux  xi«  et  xii«  s.,  les  réfor- 
mateurs cherchent  dans  la  tradition  canoniale  les  prin- 
cipes d'une  discipline  qui  se  fixera  progressivement 
dans  les  règles  et  coutumiers.  Leur  situation  est  assez 
semblable  à  celle  des  moines  du  vii^  s.  qui  se  compo- 
saient un  code  en  puisant  dans  les  Vilae  Patrum.  Il  ne 
faut  pas  croire,  en  effet,  que  la  règle  de  S.  Augustin 
fournissait  aux  réguliers  une  base  comparable,  p.  ex.,  à 
la  règle  bénédictine.  Nous  verrons  que  la  complexité 
des  documents  recouverts  par  cette  formule  pose  des 
problèmes  très  délicats.  Son  apparition  est  d'ailleurs 
assez  tardive.  La  période  de  tâtonnements  et  d'ini- 
tiatives se  prolonge  jusqu'au  début  du  xii'^  s.  A  cette 
époque,  deux  tendances,  déjà  apparentes  antérieure- 
ment, aboutissent  à  des  interprétations  opposées  de  la 
vie  canoniale.  Le  conflit  entre  ce  que  les  contempo- 

H.  —  XII  —  13  — 


C  HANOI  Ni:S.   J- A    UKFORMl-:   G  H  K  G       T  F.  N  \M  : 


rains  appellent  Vordo  antiquus  et  l'ordo  iinuus  pro- 
voque des  troubles  et  des  modifications  de  coutumes 
qui  compliquent  encore  la  situation. 

1.  L'  «  ordo  antiquus  ».  —  Dans  les  centres  les  plus 
anciens  de  réforme,  en  Italie  et  dans  le  midi  de  la 
France,  les  réguliers  restent  d'abord  fidèles  à  la  règle 
d'Aix,  modifiée  sur  le  point  de  la  pauvreté.  Hilde- 
brand  n'avait-t-il  pas  proposé  au  synode  de  1059  de 
corriger  les  chapitres  scandaleux  de  l'ancienne  législa- 
tion? Ce  projet  a  été  réalisé,  car  le  ms.  Vatican  lat. 
48S5,  provenant  probablement  d'une  comnmnauté  ro- 
maine, présente  un  texte  où  les  chapitres  incriminés 
sont  remplacés  par  des  passages  de  l'Écriture  et  des 
Pères  qui  recommandent  la  pauvreté.  A  S.-Ruf  éga- 
lement, les  anciens  usages  étaient  basés  sur  les  Insti- 
tuta  Patrum,  c.-à-d.  sur  toutes  les  œuvres  des  Pères  et 
les  canons  des  conciles  qui  traitent  de  la  vie  canoniale. 
Cet  exemple  sera  imité  un  peu  partout  et  de  larges 
extraits  de  la  règle  d'Aix  subsisteront  dans  les  livres 
liturgiques  des  réguliers,  même  après  l'adoption  de 
codes  nouveaux. 

Mais  le  besoin  d'une  législation  plus  précise  ne  tarde 
pas  à  se  faire  sentir.  Sous  le  pontificat  de  Grégoire  VU, 
les  problèmes  de  liturgie  et  de  discipline  pénitentielle 
se  posaient  d'ailleurs  dans  toute  l'I^glise.  A  cette  occa- 
sion, le  pape  composa  lui-même  une  règle  pour  cha- 
noines réguliers  où,  après  avoir  rappelé  l'idéal  de  pau- 
vreté apostolique,  il  fixe  les  usages  en  matière  de 
jeûne,  d'abstinence,  de  silence  et  de  liturgie.  Dans 
tous  ces  domaines  se  manifeste  son  désir  de  retrouver 
les  anciennes  traditions,  les  antiquorum  Patrum  mores. 
Le  rayonnement  exact  de  ce  code  reste  encore  à  étu- 
dier. Mais  il  influença  certainement  l'ordo  des  monas- 
tères autrichiens  et  bavarois  comme  aussi  celui  de 
S.-Ruf  (pour  le  texte,  cf.  éd.  G.  Morin,  dans  Rev. 
Bén.,  xviii.  1901,  p.  177-83,  et  Ch.  Dereine,  Note  sur 
l'influence  de  la  règle  de  Grégoire  VII,  dans  Rev.  d'hist. 
eccL,  xLiii,  1948,  p.  512-14).  Voir  aussi  le  ms.  Milan, 
Ambrosienne,  lat.  45,  qui  contient  la  règle  de  Gré- 
goire VII  et  la  règle  d'Aix. 

Ce  document  ne  satisfait  pas  encore  tout  le  monde. 
Vers  1115,  Pierre  de  Honestis,  fondateur  et  premier 
prieur  de  Ste-Marie-au-Port  de  Ravenne,  expose  dans 
son  prologue  comment,  après  avoir  vainement  cherché 
un  texte  législatif  complet  —  il  ignore  encore  la  règle 
de  S.  Augustin  —  il  s'est  décidé  à  mettre  par  écrit  ce 
qu'il  a  trouvé  de  mieux  dans  les  usages  adoptés  par  les 
anciens  centres.  Son  œuvre,  approuvée  par  Pascal  II, 
exerça  une  grande  influence  dans  le  nord  de  l'Italie  et 
au  delà  des  monts,  en  Autriche  (texte  dans  P.  L., 
CLxiii,  691  sq.). 

Mais,  entre  temps,  la  première  mention  de  la  Régula 
S.  Augustini  apparaît,  en  1067,  dans  la  province 
ecclésiastique  de  Reims,  et  ensuite  dans  les  actes  des 
fondations  situées  dans  le  nord  de  la  France.  On  la 
repère  à  partir  de  1087  en  Catalogne,  à  partir  de  1090 
en  Autriche.  Dès  le  début  du  xii"  s.,  elle  est  assez 
généralement  mentionnée  dans  les  actes  pontificaux  et 
épiscopaux.  L'examen  des  mss.  confirme  ces  indica- 
tions. Encore  rares  à  la  fin  du  xi«  s.,  les  textes  se  multi- 
plient au  début  du  xii<'.  Mais  il  importe  davantage  de 
savoir  ce  que  signifiait  pour  les  réformateurs  la  Régula 
S.  Augustini.  On  se  rappelle,  en  etîet,  que  dès  le  vi«  s. 
cette  formule  recouvrait  trois  œuvres  très  différentes. 
Les  chanoines  réguliers  ont-ils  choisi  la  Régula  prima, 
la  Régula  te.rtia  (RA)  ou  l'ensemble  formé  par  VOrdo 
monasterii  (OM )  +  RA?  L'examen  des  mss.  prouve 
que,  dans  bien  des  endroits,  ils  ont  manifesté  une  cer- 
taine méfiance  à  l'égard  d'OM.  Ou  bien  ce  texte 
manque,  ou  il  est  mis  hors  d'usage,  ou  il  est  profondé- 
ment modifié  et  amputé  de  ses  prescriptions  les  plus 
originales.  Le  fait  n'a  rien  d'étonnant,  car  l'ascétisme 
extrême  d'OM  et  le  caractère  presque  aberrant  de  ses 


\   usages  ne  cadrent  nullement  avec  l'ensemble  de  l.i 
tradition  canoniale.  La  préférence  est  donc  accordée  ;i 
RA;  notons  pourtant  que  S.-Ruf  fait  une  place  à  la 
Régula  prima. 
Comprendre  la  portée  exacte  du  choix  de  ce  code 
j  augustinien  n'est  pas  chose  facile.  Aux  réguliers  déjà 
I  en  possession  des  Instituta  Patrum,  le  texte  de  RA, 
destiné  primitivement  à  des  religieuses,  n'apportait 
que  des  principes  généraux  de  vie  spirituelle  présentés 
comme  une  explication  de  la  vita  apostolica.  Le  nou- 
veau document  s'insérait,  sans  rien  exclure,  dans  l'en- 
semble de  la  tradition  canoniale,  comme  le  prouve 
l'état  des  mss.  Les  contemporains  donnaient  d'ailleurs 
au  mot  régula  un  sens  très  large.  Il  désignait  d'abord 
l'attitude  concrète  d'un  homme  ou  d'un  groupe  et, 
secondairement,  le  texte  qui  en  transmet  le  souvenir. 
Ainsi  parlaient-ils  de  Régula  aposlolorum  pour  indi- 
quer le  passage  des  Actes  où  est  décrite  la  vie  des 
premiers  chrétiens  et  de  Régula  Sytuestri  pour  une 
décrétale  encore  plus  brève.  Aussi  la  Régula  S.  Augus- 
tini est-elle  pour  beaucoup  l'attitude  adoptée  par 
l'évêque  d'Hippone  et  son  clergé,  telle  qu'elle  nous  est 
connue  par  iî.4,  mais  surtout  par  les  sermons  sur  la  vie 
des  clercs  et  par  la  Vita  de  Possidius.  Ces  deux  der- 
niers documents  présentent  d'ailleurs  l'avantage  de 
j  mentionner  explicitement  des  clerici.  Pour  donner  le 
I  même  cachet  à  RA,  les  réguliers  l'intitulent  Régula 
canonicorum  ou  canonica  S.  Augustini  (cf.  Vie  com- 
I  mune...,  392  sq.  et  Enquête  sur  la  règle  de  S.  A.). 

Sur  cette  base  traditionnelle  élargie,  s'élaborent 
progressivement,  entre  les  années  1070  et  1130,  les 
principaux  types  d'usages  réguliers.  Nous  avons  déjà 
signalé  l'œuvre  de  Grégoire  VII  et  de  Pierre  de  Hones- 
tis. L'étude  des  coutumiers  de  Crémone  (ms.  19  de  la 
bibl.  capitulaire)  et  de  l'importante  congrégation  de 
Mortara  (ms.  non  coté,  musée  de  Pavie)  accroîtrait 
notre  connaissance  des  coutumes  italiennes. 

A  partir  de  1073,  les  fondations  de  S. -Nicolas  de 
Passau,  de  S.-Florian,  de  Reichersberg  et  de  Rotten- 
bach  forment  en  Autriche  et  Bavière  des  centres  im- 
portants de  réforme.  Les  coutumes  de  la  dernière  com- 
munauté sont  adoptées  à  Berchtcsgaden  (1108),  Roi- 
duc  (1111),  Hamersleben  (1112),  Neuwerk  près  de 
Halle  (1116),  Baumburg  (1118),  Diessen  (1132),  et 
Ellendorf  (1154).  Le  ms.  XI.  250  de  S.-Florian  de  Pas- 
sau, conservé  sur  place,  donnerait  l'état  de  la  tradition 
primitive.  Le  Liber  ordinis  de  S. -Nicolas  de  Passau 
montre  qu'en  matière  de  liturgie  et  de  jeûne,  les  régu- 
liers suivaient  la  règle  de  Grégoire  VII  (éd.  Amort, 
950  sq.).  La  description  de  la  vie  canoniale  donnée  par 
Arno  de  Reichersberg,  dans  son  Scutum  canonicorum, 
fournit  une  idée  assez  exacte  des  usages  de  la  région. 
En  fidèle  partisan  de  Vordo  antiquus,  il  considère 
S.  Augustin  comme  une  autorité  entre  beaucoup 
d'autres  et  expose  la  légitimité  de  la  modération  des 
usages  (cf.  P.  L.,  cxciv,  1503  sq.). 

Le  plus  célèbre  des  promoteurs  de  la  vie  canoniale, 
Yves  de  Chartres,  organise  Vordo  de  S. -Quentin  de 
Beauvais  à  partir  de  1070.  Celui-ci  est  conservé  dans  le 
ms.  Paris,  Ste-Geneviève,  349.  Le  prologue  nous  ap- 
prend qu'Yves  s'est  inspiré  des  coutumes  en  vigueur  à 
S.-Martin-des-Champs  de  Paris  et  de  traditions  mo- 
nastiques. Il  base  sa  discipline  sur  les  Instituta  Patrum, 
RA  et  la  Vita  de  Possidius  et  reste  fidèle  à  l'esprit  de 
modération  en  matière  de  jeûne  et  d'abstinence.  Bien 
que  les  monastères  dépendant  directement  de  S.-Quen-, 
tin  de  Beauvais  soient  peu  nombreux,  Vordo  est  adopta 
dans  beaucoup  d'autres  abbayes  de  la  province  eccl^ 
siastique  de  Reims,  p.  ex.  au  Mont-S.-Éloy,  près  d'Ar- 
ras,  d'où  Jean  de  Warneton  le  propage  dans  le  diocèse 
de  Thérouanne.  C'est  encore  à  S. -Quentin  de  Beauvais 
que  viennent  s'initier  les  premiers  clercs  anglais  qui 
implanteront  le  nouveau  genre  de  vie  dans  l'île  au  dé- 


CHANOINES.   I,A   REFORME  G  R  ECxO  R I E  N  N  E 


300 


but  du  xii«  s.  (voir  Les  coutumiers...,  417-21,  et 
J.  C.  Dickinson,  110  sq.)-  Deux  autres  coutumiers, 
celui  de  S.-Denys  de  Reims  (éd.  Martène,  De  anl.  rit. 
EccL,  III,  303  sq.)  et  celui  de  S.-Jean-des-Vignes  de 
Soissons  (ms.  Paris,  Ste-Geneviève,  2973),  se  rat- 
tachient  probablement  au  type  de  S. -Quentin  de 
Beauvais. 

A  S.-Ruf,  fidèle  dès  le  début  à  Vordo  anliquus,  la 
codification  se  fait  sous  l'abbatiat  de  Lietbert.  Le 
Liber  ordinis,  composé  entre  1100  et  1110,  est  con- 
servé dans  le  ms.  Paris,  B.  N.  lal.  1233  et  à  Ste-Croix 
de  Coïmbre  (mss.  336  et  862,  bibl.  de  Porto).  Les  lettres 
adressées  vers  1120  aux  chanoines  de  Chaumouzey  par 
l'abbé  Ponce  et  Gautier,  évêque  de  Maguelone,  dé- 
crivent les  points  essentiels  de  Vordo,  basé  sur  les  anti- 
quorum  Patrum  traditiones.  Le  ms.  149  de  la  bibl.  du 
musée  diocésain  de  \\c\\,  provenant  de  Las  Abadesas, 
près  de  Ripoll,  et  datant  du  milieu  du  xiii«  s.,  donne 
une  idée  plus  concrète  de  ces  coutumes.  A  côté  de  la 
Régula  prima,  de  RA  et  d'OM  fortement  amputé,  on 
y  trouve  de  larges  extraits  de  S.  Isidore  et  de  S.  Jé- 
rôme repris  à  la  règle  d'Aix.  En  dehors  de  l'ordre  lui- 
même,  très  répandu  dans  le  midi  de  la  France,  la  Cata- 
logne et  la  Terre  sainte,  les  usages  de  S.-Ruf  sont  en- 
core adoptés  par  bon  nombre  de  communautés.  Des 
témoignages  positifs  ou  l'analogie  des  constitutions 
permettent  de  retrouver  son  influence  à  Marbach, 
Chaumouzey  et  S.-Pierremont,  à  Pébrac,  Aureil, 
Plaimpied  et  La  Couronne,  enfin  ii  Ste-Croix  de 
Coïmbre,  au  Portugal  (cf.  S.-Ruf  et  ses  coutumes  aux 
.xi"  et  xii"  s.,  dans  Rev.  bén.,  lix,  1949,  p.  163). 

Ces  quelques  exemples,  qu'une  étude  plus  exhaus- 
tive permettrait  de  multiplier,  suffisent  à  nous  faire 
une  idée  exacte  de  Vordo  antiquus.  Pour  ses  promo- 
teurs, la  vita  apostolica  consiste  dans  la  simple  vie 
commune  excluant  toute  propriété  privée.  L'ancienne 
règle  d'Aix,  modifiée  sur  le  point  de  la  pauvreté, 
constitue,  avec  les  sermons  de  S.  Augustin,  la  Vita  de 
Possidius  et  RA,  la  base  traditionnelle  d'usages  carac- 
térisés par  leur  grande  modération.  La  liturgie,  fidèle 
aux  directives  de  Grégoire  VII,  l'habit  de  lin,  l'usage 
modéré  de  la  viande  et  du  vin,  des  jeûnes  espacés,  un 
silence  limité  à  certaines  heures  de  la  journée,  voilà  les 
traits  essentiels  de  cet  ordo  (voir,  pour  plus  de  détails, 
J.  C.  Dickinson,  180  sq.). 

2.  L\  ordo  novus  ».  —  L'existence  de  coutumes  plus 
austères  que  celles  que  nous  venons  de  décrire  a  été 
reconnue  par  plusieurs  historiens,  mais  l'extension  du 
fait  et  son  origine  demandent  encore  des  explications. 
Un  grand  nombre  de  communautés  canoniales  se  sont 
formées,  on  se  le  rappelle,  autour  d'ermitages.  Dans 
ces  centres  règne  naturellement  un  esprit  d'ascétisme 
plus  poussé  que  dans  les  anciens  chapitres  réformés. 
Aussi,  tout  en  adoptant  en  principe  l'ordo  anliquus, 
plusieurs  réformateurs  conservent-ils  sur  certains 
points  des  usages  plus  austères.  A  Aureil,  S.  Gaucher 
introduit  les  coutumes  de  S.-Ruf,  mais  reste  long- 
temps fidèle  à  l'abstinence  complète  de  viande.  A 
Oigny  et  à  Hérival,  des  solitaires  s'efforcent  d'unir  les 
avantages  de  la  vie  commune  avec  leur  ascétisme  pri- 
mitif et  considèrent  entre  autres  le  travail  manuel 
comme  un  élément  essentiel  de  leur  profession.  A  Roi- 
duc,  Ailbert  d'Antoing,  ne  pouvant  maintenir  sa  con- 
ception très  stricte  de  la  pauvreté,  abandonne  ses  dis- 
ciples plutôt  que  de  modifier  son  idéal  apostolique. 

Ces  tendances  encore  peu  cohérentes  prennent  une 
signification  nouvelle  le  jour  où  un  réformateur  croit 
trouver  dans  OM  le  véritable  code  augustinien.  Par  le 
fait  même,  le  travail  manuel,  le  jeûne,  le  silence  perpé- 
tuel et  une  abstinence  très  poussée  sont  considérés 
comme  des  pratiques  canoniales  authentiques.  Cette 
initiative  audacieuse  semble  bien  avoir  été  prise  par 
l'organisateur  de  la  communauté  de  Springiersbach- 


sur-Moselle,  dans  les  premières  années  du  xii«  s.  In- 
fluencé directement  par  cet  exemple,  S.  Norbert 
choisit  à  son  tour  OM  comme  base  de  la  discipline  im- 
posée aux  convertis  qui  se  réunissent  sous  sa  direction, 
en  1120,  dans  la  forêt  de  Voix.  Plus  que  l'exercice  de  la 
cura  animarum,  qui  n'eut  rien  de  systématique  à  l'ori- 
gine, l'austérité  de  vie  et  la  pauvreté  basée  sur  le  tra- 
vail manuel  caractérisent  le  nouvel  ordo,  qui  se  répan- 
dit très  rapidement  dans  les  années  suivantes.  Loin  de 
subir  l'influence  de  Cîteaux,  Norbert  obéit  à  un  esprit 
de  littéralisme  augustinien  et  se  montre  soucieux  de 
rester  fidèle  à  sa  vocation,  canoniale  (cf.  Ch.  Dereine, 
Le  premier  ordo  de  Prémontré,  dans  Rev.  Bén.,  lviii, 
1948,  p.  84-92). 

Une  simple  comparaison  entre  les  deux  ordo  permet 
de  mesurer  le  caractère  révolutionnaire  de  l'innova- 
tion des  fondateurs  de  Springiersbach  et  de  Prémon- 
tré. Non  seulement  les  usages  traditionnels  en  matière 
de  jeûne,  de  silence  et  d'abstinence  sont  entièrement 
modifiés,  mais  l'habit  de  lin  est  remplacé  par  celui  de 
laine  grossière,  la  liturgie  elle-même  est  bouleversée, 
enfin  la  vita  apostolica  n'inclut  plus  seulement  la  vie 
commune,  mais  un  type  de  pauvreté  basée  sur  le  tra- 
vail manuel.  Entre  deux  conceptions  si  dillérentes  de 
la  discipline  canoniale,  une  opposition  ne  pouvait 
manquer  de  naître  qui,  par  bien  des  côtés,  rappelle 
celle  qui,  à  la  même  époque,  divise  Cluny  et  Cîteaux. 
Rendu  plus  sensible  par  de  nombreux  passages  indivi- 
duels ou  collectifs  d'une  observance  à  l'autre,  le  conflit 
porte  non  seulement  sur  la  valeur  traditionnelle  des 
usages,  mais  également  sur  l'authenticité  du  texte 
augustinien  servant  de  base  aux  deux  observances. 
Les  partisans  de  Vordo  antiquus  dénient  en  efiet  toute 
valeur  à  OM  qui  ne  peut  être  l'œuvre  de  l'évèque 
d'Hippone,  tandis  que  S.  Norbert  affaiblit  l'impor- 
tance de  RA  en  rappelant  qu'elle  a  d'abord  été  compo- 
sée pour  des  femmes. 

Mais  les  deux  types  de  vie  canoniale  n'étaient  pas 
destinés  à  rester  à  l'état  pur.  Après  s'être  modifiés  par 
influence  réciproque,  ils  donneront  naissance  à  des 
usages  de  transition.  Diversité  et  instabilité  caractéri- 
seront par  le  fait  même  la  spiritualité  des  chanoines 
réguliers  durant  tout  le  xii«  siècle. 

3.  Les  règles  de  transition.  —  L'austérité  très  grande 
des  prescriptions  d'OM,  la  distribution  étrange  des 
heures  liturgiques  et  certaines  obscurités  ne  tardèrent 
pas  à  provoquer  chez  ses  partisans  une  inquiétude  et 
même  des  défections.  En  août  1118,  Gélase  II,  consulté 
par  la  communauté  de  Springiersbach,  conseillait  au 
prévôt  Richard  de  se  conformer,  surtout  en  matière  de 
liturgie,  aux  usages  traditionnels.  Le  coutumier  con- 
servé dans  le  ms.  Vienne  lat.  1482  prouve  que  l'adap- 
tation nécessaire  fut  exécutée  dans  le  chant  de  l'office. 
Par  contre,  le  travail  manuel  y  est  encore  présenté 
comme  faisant  partie  intégrante  de  la  profession 
canoniale.  Une  évolution  analogue  eut  lieu  à  Prémon- 
tré, où  Honorius  II  intervint  entre  1126  et  1128  pour 
ramener  la  communauté  à  des  usages  liturgiques  plus 
conformes  à  la  tradition.  L'œuvre  législative  accom- 
plie par  Hugues  de  Fosses  entre  1130  et  1134  répondit 
à  ces  exigences. 

Mais,  dans  les  communautés  fidèles  jusqu'alors  à 
Vordo  antiquus,  l'apparition  des  coutumes  nouvelles, 
même  mitigées,  provoqua  une  véritable  crise  de 
conscience.  Où  trouver  désormais  la  tradition  cano- 
niale authentique?  Seule  l'intervention  énergique  de 
Ponce,  abbé  de  S.-Ruf,  et  de  Gautier  de  Maguelone 
empêcha  les  chanoines  de  Chaumouzey  d'adopter  la 
nouvelle  observance.  A  Rolduc,  dès  1120,  l'abbé 
Richer  impose  la  tunique  de  laine,  le  silence  et  le  jeûne 
plus  sévère,  l'ne  tentative  analogue  a  lieu  à  Reichers- 
berg  sous  l'influence  de  Gerhoh,  qui  fait  le  voyage  de 
Rome  pour  se  procurer  le  texte  d'OM.  L'abbé  d'Ar- 


391 


CHANOINES.  LA   RÉFORMF-    (;  R  ÉG  O  R  TE  N  N  l-. 


392 


rouaise,  Gautier,  modifie  également  les  anciennes  cou- 
tumes, probablement  sous  l'influence  des  Prémontrés 
(pour  ce  dernier,  cf.  H.  Gosse,  Hisl.  de  l'abbaye  d'Ar- 
rouaise,  Lille,  1784,  et  les  mss.  Douai  558  et  Tournai, 
cathédrale,  non  coté).  Plusieurs  autres  coutumiers  im- 
portants, entre  autres  ceux  de  S. -Victor  de  Paris  (éd. 
Martène,  De  ant.  eccl.  ritibus,  m,  252  sq.)  et  de  Mont- 
fort-La-Cane  (éd.  Martène  et  Durand,  Thésaurus..., 
IV,  1215  sq.),  semblent  également  présenter  des  cou- 
tumes ayant  subi  l'influence  des  deux  courants. 

A  côté  des  règles  et  des  coutumiers  proprement  dits, 
on  trouve  encore  dans  les  mss.  utilisés  par  les  réguliers 
certains  documents  qui  ont  valeur  quasi  oiïicielle.  Les 
uns  ont  été  écrits  à  l'occasion  des  polémiques,  telles 
p.  ex.  les  bulles  de  Gélase  II  et  d'Honorius  II,  les 
lettres  de  Ponce  de  S.-Ruf  et  de  Gautier  de  Maguelone 
qui  sont  groupées  sous  le  titre  Episiolae  déclarantes 
regulam  S.  Augustini.  De  portée  plus  générale  sont  le 
commentaire  de  la  règle  publié  par  Migne  parmi  les 
œuvres  d'Hugues  de  S. -Victor  (P.  L.,  clxxvi,  881- 
925)  et  que  certains  mss.  attribuent  à  Lietbert  de  S.- 
Ruf,  le  De  claustro  animae  d'Hugues  de  Fouilloy 
(ibid.,  1051  sq.),  le  Colloquium  magistri  et  discipuli  in 
regulam  S.  Augustini  de  vita  clericorum  de  Richard  de 
Brindlington  (ms.  Bodleian  lib.  lat.  Iheol.  d.  17),  le  Pro- 
logus  cuiusdam  sapientis  in  regulam  S.  Augustini 
(ms.  Vienne,  lat.  2207). 

P.  David,  Régula  S.  Augustini,  dans  Rev.  Portuguesa  de 
tiistoria.  m,  1943,  p.  27-42.  —  Ch.  Dereine,  Les  coutumiers 
de  S.-Quentin  de  Deauvais  et  de  Springiersbacli,  dans  Rev. 
d'Iiist.  ecct.,  XLiii,  1948,  p.  411-42;  Id.,  Le  premier  «  ordo  »  rfe 
Prémontré,  dans  Reu.  Bén.,  LViii,  1948,  p.  84-92;  Id.,  S.-Ruf 
et  ses  coutumes  au  XII'  s.,  ibid.,  lix,  1949,  p.  161  sq.  —  J.  C. 
Dickhison,  op.  cit.,  164-94.  —  J.  Leclercq,  Doc.  pour  l'hist. 
des  clianoines  réguliers,  dans  Rev.  d'hisl.  eccl.,  xLiv,  1949, 
p.  556-69.  —  On  trouvera  une  liste  plus  complète  des  édi- 
tions et  mss.  de  coutumiers  et  ordinaires  dans  Ch.  Dereine, 
Coutumiers  et  ordinaires  de  clianoines  réguliers,  à  paraître 
dans  Scriptorium,  1950. 

4°  L'exercice  de  la  «  cura  animarum  ».  —  L'interpré- 
tation proposée  plus  haut  des  formules  vita  apostolica 
et  Régula  S.  Augustini  enlève  tout  fondement  à  l'opi- 
nion des  historiens  qui  voient  dans  l'exercice  de  la  cura 
animarum  le  motif  du  choix  de;  la  règle  augustinienne 
et  un  élément  essentiel  de  la  profession  canoniale. 
Quelques  textes  plus  ou  moins  tardifs  d'Anselme  de 
Havelberg,  de  Philippe  de  Harvengt  et  de  Jacques  de 
Vitry  ne  peuvent  en  effet  prévaloir  contre  les  faits  qui 
prouvent  que  les  problèmes  de  pauvreté  et  de  liturgie 
ont  préoccupé  plus  que  tous  autres  les  chanoines  régu- 
liers, du  moins  aux  origines.  D'ailleurs,  ici  encore,  il 
faut  tenir  compte  de  la  diversité  des  fondations;  quand 
bien  même  ils  l'auraient  voulu,  bon  nombre  de  cha- 
noines réguliers  se  seraient  vu  interdire  par  les  cir- 
constances tout  exercice  d'apostolat  paroissial  ou  de 
prédication.  La  tâche  de  l'historien  consiste  donc  à  dé- 
terminer à  quelle  époque  et  dans  quelle  mesure  la  cura 
animarum  a  été  pratiquée  dans  les  différentes  régions. 
Seules  des  enquêtes  très  minutieuses,  que  le  manque 
de  sources  rend  d'ailleurs  fort  ingrates,  permettraient 
d'obtenir  une  réponse  satisfaisante.  Nous  nous  conten- 
terons donc  de  donner  ici  quelques  indications 
générales. 

A  l'époque  où  apparaissent  les  chanoines  réguliers, 
plusieurs  circonstances  contribuent  à  poser  avec  une 
acuité  toute  nouvelle  un  vieux  problème  :  ceux  qui 
ont  renoncé  au  monde  peuvent-ils  encore  exercer  les 
diverses  formes  d'apostolat?  Parmi  les  promoteurs  de 
la  réforme  grégorienne  figurent  en  effet  bon  nombre  de 
moines  et  d'ermites  lancés  dans  la  prédication  par  les 
papes  on  de  leur  propre  initiative.  Avec  une  âpreté 
farouche,  ils  stigmatisent  tous  les  vices,  spécialement 
ceux  du  clergé;  même  lorsqu'ils  font  preuve  de  modé- 
ration, ils  attirent  les  foules  et  détournent  ainsi  une 


partie  des  ofTrandes  revenant  aux  curés.  Attaqués 
dans  leur  réputation  ou  menacés  dans  leurs  intérêts, 
ceux-ci  ripostent  en  contestant  la  légitimité  de  telles 
prédications.  De  quel  droit  ceux  qui  sont  morts  au 
monde  s'occupent-ils  encore  des  choses  du  siècle? 
L'objection  semble  avoir  été  fort  répandue,  car  Pierre 
Damien,  Bernold  de  S. -Biaise,  Urbain  II  et  Rupert  de 
Deutz  s'emploient  successivement  à  la  réfuter. 

Par  ailleurs,  la  doctrine  de  ces  hommes  très  in- 
fluents, qui  n'hésitent  pas  à  dire  que  ceux  qui  ont 
renoncé  au  monde  sont  plus  aptes  que  d'autres  à 
veiller  au  salut  des  fidèles,  et  surtout  l'apostolat 
exercé,  avec  l'approbation  des  autorités  ecclésias- 
tiques, par  de  nombreux  ermites,  tels  Gautier  de 
L'Esterp,  Gaucher  d'Aureil,  Gausbert  de  Mont-Salvy, 
Robert  d'Arbrissel  et  Norbert  de  Gennep,  créaient  un 
précédent  de  grande  importance. 

Quelle  sera  donc  l'attitude  des  chanoines  réguliers? 
Plus  encore  que  des  vues  systématiques,  les  circons- 
tances guident  leur  conduite.  Dans  les  communautés 
formées  par  régularisation  d'anciens  chapitres,  le  sta- 
tut antérieur  subsiste.  Dans  certains  cas,  les  réguliers 
auront  donc  à  maintenir  le  service  paroissial,  dans 
d'autres  ils  devront  se  contenter  d'assurer  le  chant  de 
l'office.  Dans  les  nouvelles  fondations  spontanées,  la 
situation  varie  de  même,  suivant  que  les  chanoines  se 
groupent  dans  des  sanctuaires  pourvus  ou  non  de 
droits  paroissiaux.  L'histoire  des  fondations  d'origine 
érémitique  est,  à  ce  point  de  vue,  paradoxale.  Il  est 
certain,  en  effet,  que  l'idéal  de  pauvreté  et  de  solitude 
des  premiers  occupants  ne  les  préparait  en  rien  à  deve- 
nir les  pasteurs  des  populations.  Mais  l'attraction 
exercée  sur  la  foule  par  leurs  vertus  et  les  besoins 
pressants  de  ministère  sacerdotal  dans  les  régions  très 
retirées  entraînèrent  bon  nombre  d'entre  eux  à  la 
pratique  fréquente  de  la  cura  animarum. 

En  outre,  les  chanoines  réguliers  ont  acquis  à  cette 
époque  de  nombreuses  églises  paroissiales.  Dès  leur 
fondation,  S. -Laurent  d'Oulx,  Mont-Salvy  et  L'Artige 
en  possèdent  ])lus  de  vingt.  Calixte  II  en  confirme  un 
nombre  très  considérable  à  S.-Étienne  de  Dijon  en 
1124  {P.  L.,  CLxin,  1333);  Innocent  II  en  confirme  de 
même  une  trentaine  à  Airvault  (P.  L.,  clxxix,  216),  à 
S. -Martin  de  Nevers  (ibid.,  71),  à  S.-Jean-des-Vignes 
de  Soissons  (ibid.,  514-15),  quinze  à  S. -Sauveur  de 
Casale  (ibid.,  647)  et  six  à  Springiersbach  (ibid.,  642). 
Souvent  les  donations  sont  le  fait  de  laïcs  qui  éprou- 
vent quelque  scrupule  à  conserver  des  biens  ecclésias- 
tiques. Parfois  aussi  un  évêque  assure  de  cette  ma- 
nière la  subsistance  d'une  communauté  dont  il  est  le 
protecteur.  Jamais  on  ne  constate  qu'une  église  ait  été 
donnée  pour  être  desservie  par  des  réguliers. 

Quelques  exemples  feront  mieux  comprendre  les 
limitations  apportées  par  diverses  circonstances  à 
l'exercice  de  la  cura  animarum.  Bon  nombre  de  com- 
munautés régulières  furent  installées,  on  l'a  vu,  dans 
les  banlieues  des  villes,  dans  des  églises  secondaires 
abandonnées  ou  sur  le  territoire  dépendant  d'un  an- 
cien chapitre.  Ainsi  à  Géronsart,  près  de  Namur,  et  à 
Neufmoustier,  près  de  Huy.  Lors  de  la  fondation  de 
ces  deux  monastères,  les  anciennes  institutions  se  ré- 
servent explicitement  tous  les  droits  paroissiaux  (cf. 
A.  Barbier,  Hist.  de  Géronsart,  Namur,  1888,  p.  7,  et 
J.  Closon,  Alexandre  de  Juliers...,  dans  Bull.  Soc.  art  et 
hist.  du  dioc.  de  Liège,  xiii,  1902,  p.  467).  Une  mesure 
analogue  est  prise  souvent  ailleurs,  p.  ex.  dans  la  fon- 
dation bavaroise  de  Berchtesgaden  (P.  L. ,  clxxix,  574). 

Ailleurs,  ce  sont  les  réguliers  eux-mêmes  qui  refusent 
les  occasions  d'apostolat.  A  Rolduc,  Ailbert  restitue 
au  comte  de  Saflenberg  l'église  du  village  plutôt  que 
d'en  faire  assurer  le  service  par  un  de  ses  clercs 
(Ann.  Rodenses,  M.  G.  H.,  SS.,  xvi,  698).  Le  futur 
évêque  de  Brixen,  Hartmann,  agit  de  même  alors  qu'il 


393 


CHANOINES.  LA   KÉFURME   (i  KÉGO  RIE  N  NE 


394 


était  prévôt  de  Klosterneubourg  (  Vi7a,  éd.  A.  Sparber, 
Bressanone,  1940,  p.  43).  Dans  une  bulle  adressée  en 
1143  aux  chanoines  de  La  Couronne,  Lucius  II  spécifie 
de  même  :  Nullus  eliam  qui  canonicus  in  eadem  ecclesia 
fuerit,  capellanus  parochialis  ecclesiae  fiât  (éd.  Cas- 
taigne,  L'abbaye  de  La  Couronne,  Paris,  1864,  p.  119). 
Même  les  Prémontrés,  que  beaucoup  prétendent  avoir 
été  fondés  en  vue  de  l'exercice  du  ministère,  limitent, 
dans  leurs  statuts  de  1134,  la  pratique  de  l'apostolat  à 
l'existence  d'une  abbaye  qui  en  soit  le  centre.  Plu- 
sieurs personnalités  importantes  de  l'ordre,  tels 
Hugues  de  Fosses,  Gautier  de  S. -Maurice  et  Adam 
Scot  favorisent  plutôt  la  tendance  contemplative.  On 
voit  certaines  communautés  abandonner  l'emplace- 
ment primitif  de  leur  fondation,  à  leur  gré  trop 
bruyant,  pour  chercher  dans  la  solitude  le  calme  et  la 
paix  (cf.  F.  Petit,  La  spiritualité  des  Prémontrés.. ■., 
p.  47-51  ;  N.  J.  Weyns,  Het  premonstratenser  Klooster- 
leven  volgens  Adam  van  Dryburgh,  Tongerloo,  1948; 
Ch.  Dereine,  Les  origines  de  Prémontré,  lac.  cit.,  370). 

L'opinion  publique  était  d'ailleurs  peu  préparée  à 
voir  des  clercs,  ayant  fait  profession  de  quitter  le 
monde,  reprendre  des  charges  considérées  alors  comme 
séculières.  Même  des  auteurs,  par  ailleurs  bien  disposés 
à  l'égard  des  réguliers,  s'étonnent  de  leur  prétention  au 
service  des  églises  paroissiales  (cf.  Liber  de  diuersis  or- 
dinibus,  P.  L.,  ccxiii,  836).  A  la  fin  du  xi«  s.,  les 
évêques  de  Limoges  et  d'Orléans  n'hésitent  pas  à  leur 
interdire  toute  activité  de  ce  genre.  Dans  ses  Sentences 
(éd.  G.  Lefèvre,  p.  1883,  p.  32),  Anselme  de  Laon  les 
place  à  ce  point  de  vue  sur  le  même  pied  que  les 
moines.  Consulté  sur  la  question,  Yves  de  Chartres 
répond  qu'en  principe  les  réguliers  sont  plus  qualifiés 
que  d'autres  pour  diriger  les  âmes,  mais  il  conseille  en 
pratique  une  grande  prudence  {Epistolae,  P.  L., 
CLxii,  88  et  216).  Les  autorités  ecclésiastiques  ne  tar- 
dèrent pas  à  prendre  position.  Par  le  3*  canon  du 
concile  de  Nîmes,  Urbain  II  confirme  à  ceux  qui 
suivent  la  régula  apostolorum  et  mènent  la  vita  com- 
munis  le  droit  d'administrer  tous  les  sacrements 
(Mansi,  xx,  934).  Cette  mesure,  si  elle  est  authen- 
tique, semble  viser  avant  tout  les  chanoines  réguliers. 
En  1100,  le  concile  de  Poitiers  réitère  la  même  pres- 
cription (ibid.,  1123).  Dans  une  bulle  adressée  à  la 
communauté  de  Colchester,  Pascal  II  s'exprime  en- 
core de  cette  manière  :  Cum  autem  huic  ordini  a  Pa- 
tribus  nostris  dispensatio  Verbi  Dei,  praedicationis 
officium,  baptismus,  reconciliatio  paenitentium  semper 
crédita  fuerit...  nos  eorum  exempta  secuii...  Patrum 
sancita  confirmamus  (P.  L.,  cxliii,  443).  Mais  on  ne 
peut  se  fier  à  ce  document  qui  a  été  au  moins  partielle- 
mont  falsifié. 

Fort  de  ces  approbations,  les  chanoines  réguliers 
ont  certainement  desservi  eux-mêmes  les  paroisses 
dans  lesquelles  étaient  installées  leurs  communautés 
ou  qui  dépendaient  d'eux.  Dès  1089,  Urbain  II 
s'adressait  en  ces  termes  à  l'abbé  de  S.-Jean-des- 
Vignes  de  Soissons  :  Interdicimus  ne  aliquis  saecularis 
in  parochialibus  ecclesiis  vestris  substituatur  presbyter 
nisi  qui  ab  abbate  vestro  cum  consensu  capituli  vestri 
diocesano  fuerit  praesentatus  episcopo.  Vobis  autem 
claustri  vestri  canonicos  per  parochiales  ecclesias  vestras 
liceat  ordinare  (P.  L.,  cli,  515).  Cette  mesure  sera 
reprise  dans  la  suite  dans  les  bulles  adressées  par  le 
même  pape,  en  1093,  à  S. -Quentin  de  Beauvais  (Anal, 
juris  pont.,  v,  1869,  p.  532);  par  Pascal  II  à  S.-Pierre- 
mont  en  1 102  (Pflugk-Harttung,  m,  25)  ;  par  Cahxte  II 
à  Chaumouzey  en  1119  et  à  Cheminon  en  1120  (Bul- 
laire,  éd.  LJ.  Robert,  i,  113  et  183);  par  Innocent  II  à 
S.-Étienne  de  Dijon  en  1139  (P.  L.,  clxxix,  440). 
Eugène  III  et  Alexandre  III  les  reprennent  encore 
dans  les  privilèges  pour  les  communautés  anglaises  de 
Osney  et  Merton  (J.  C.  Dickinson,  220).  Ces  textes 


nous  prouvent  que  les  paroisses  étaient  desservies 
tantôt  par  des  réguliers,  tantôt  par  des  séculiers  choisis 
par  la  communauté.  Certains  coutumiers,  tels  ceux  de 
Marbach,  S.-Denys  de  Reims  et  S. -Victor,  règlent  le 
statut  des  foranei,  stationarii  ou  in  obedieniiis  commo- 
i  rantes,  c.-a-d.  des  membres  des  communautés  attachés 
j  à  des  églises  paroissiales  (Martène,  De  anf.  rit.  EccL, 
j  III,  279,  298,  371). 

Mais  c'est  surtout  en  terre  d'Empire  que  la  pratique 
de  la  cura  animarum  par  les  réguliers  semble  avoir  été 
très  développée.  On  voit,  p.  ex.,  les  archevêques  de 
Mayence  concéder  régulièrement  le  pouvoir  de  bapti- 
ser, de  confesser,  d'administrer  l'extrême-onction,  de 
prêcher,  aux  clercs  vivant  selon  la  règle  de  S.  Augustin 
dans  les  communautés  d'Ettersburg,  Bolanden  et 
Fredelsloh  (Stimming,  Mainzer  Urkundenbuch,  407, 
471,  531).  Les  papes  confirment  de  même  des  droits 
étendus  aux  monastères  de  Fraiikenthal,  Ilbenstadt  et 
Schâftlarn  (P.  L.,  clxxix,  198,  493, 528).  Une  enquête 
menée  par  K.  H.  Schâfer  relève  des  traces  d'apostolat 
I  paroissial  à  Kaltenborn,  Halberstadt,  Schifïenberg, 
j  Wadgassen,  Steinfeld,  Arnstein,  Grâfrath,  Hamersle- 
j  ben,  Vessra,  etc.  (Zeitschr.  der  Savigny-Stift.,  Kan. 
!  Abt.,  XIV,  1925,  p.  161  sq.).  Le  témoignage  de  cer- 
tains polémistes  confirme  l'universalité  du  fait.  Dans 
son  Epistola  apologetica,  Anselme  de  Havelberg  reven- 
j  dique  le  droit  à  la  cura  animarum  pour  tous  les  cha- 
!  noines  réguliers;  seule  l'envie  peut  pousser  certains  à 
le  mettre  en  question  (P.  L.,  clxxxviii,  1129).  De 
même,  l'auteur  du  Dialogus  inter  Cluniacensem  et 
j  Cisterciensem  reproche  aux  Prémontrés  :  negant  se  esse 
j  monachos  quia  volunt  dici  praedicatores  et  ecclesiae 
I  redores  (Thes.  nov.  anecd.,  v,  1616).  C'est  encore  un 
auteur  allemand,  probablement  Honorius  Augusto- 
I  dunensis,  qui,  dans  le  De  vila  vere  apostolica  (P.  L., 
CLXX,  631),  reproche  aux  chanoines  réguliers  d'avoir 
j  fait  de  la  prédication  un  élément  essentiel  de  la  vita 
apostolica. 

Lors  du  concile  tenu  au  Latraii  en  1179,  Alexan- 
j  dre  III  décida,  par  le  5"  canon,  que  désormais  les  régu- 
I  liers  non  singuli  per  villas  et  oppida  seu  ad  quascumque 
î  parochiales  ponantur  ecclesias  sed  in  maiori  conventu 
[  aut  cum  aliquibus  fratribus  maneant  (Mansi,  xxii,  224). 
,  Dans  les  bulles  adressées  à  diverses  communautés  il 
i  urgea  la  règle  en  spécifiant  que  les  églises  paroissiales 
devaient  être  desservies  par  trois  ou  quatre  chanoines, 
dont  l'un  serait  investi  de  la  cura  animarum  (P.  L., 
ce,  903;  Codex  diplomaticus  S. -Ru fi,  éd.  U.  Chevalier, 
68;  Holtzmann,  Papsturk.  England,  ii,  n.  169).  Il  est 
difficile  de  savoir  dans  quelle  mesure  cette  décision  fut 
appliquée.  Elle  devait  certainement  réduire  le  nombre 
des  églises  desservies  par  les  réguliers  eux-mêmes,  car 
bien  des  communautés  ne  pouvaient  fournir  un  per- 
sonnel aussi  nombreux  à  plusieurs  jjaroisses.  La  dis- 
tinction entre  les  chanoines  foranei,  desservant  les  pa- 
roisses, et  ceux  qui  demeuraient  dans  le  cloître  provo- 
qua plus  d'une  fois  des  difficultés  sérieuses,  p.  ex.  à 
S.-Jean-des-Vignes  de  Soissons  (cf.  Étienne  de  Tour- 
;  nai,  P.  L.,  ccxi,  354). 

La  pratique  plus  intense  de  la  cura  animarum  dans 
certaines  régions  de  l'Empire,  comme  la  Bavière  et  le 
diocèse  de  Magdebourg,  provoqua  chez  certains  réfor- 
mateurs des  réflexions  sur  les  rapports  entre  vie  active 
et  vie  contemplative.  Les  résultats  auxquels  ils  arri- 
vèrent méritent  d'être  notés.  Pour  la  première  fois 
dans  l'histoire  de  la  spiritualité  chrétienne,  nous  trou- 
j  vous  en  effet  une  théorie  nuancée,  où  une  priorité  est 
réciproquement  accordée  aux  deux  activités.  Arno  de 
Reichersberg  et  surtout  Anselme  de  Havelberg  ont 
,  élaboré  cette  doctrine  qui  prépare  celle  de  la  vie 
I  mixte,  développée  au  xiii«  s.  par  S.  Thomas  d'Aquin 
I  (voir  surtout  Anselme  de  Havelberg,  Epistola  apologe- 
j  tica,  P.  L.,  CLXXXVIII,  1132-36). 


395 


CHANOINKS.  LA   RÉFORMK  GRÉGOKlEiNNE 


On  peut  résumer  de  la  manière  suivante  l'attitude 
très  variable  des  chanoines  réguliers  à  l'égard  de  la 
cura  animarum.  Pas  plus  qu'elle  ne  détermine  le  choix 
de  la  règle  de  S.  Augustin,  sa  pratique  ne  constitue,  à 
l'origine,  un  élément  essentiel  de  la  profession.  Dans 
bien  des  cas,  en  efïet,  le  désir  de  mener  une  vie  retirée 
ou  les  obstacles  créés  par  les  droits  des  anciennes  insti- 
tutions ont  écarté  les  réguliers  du  champ  de  l'aposto- 
lat. Par  contre,  dans  les  régions  dépourvues  de  pas- 
teurs, ils  devinrent,  au  cours  du  s.,  les  auxiliaires 
attitrés  des  évêques.  Appuyés  sur  l'autorité  d'Ur- 
bain II  et  d'Yves  de  Chartres,  ils  arguèrent  de  leur 
profession  canoniale  pour  revendiquer  le  droit  à  la 
cura  animarum  tout  en  le  déniant  aux  moines. 

P.  Mandonnet,  S.  Dominique,  ii,  189  sq.  —  G.  Schreiber, 
Gregor  VJl.,  Cliinij,  Cîteaiix;  Préniontré  zu  Eigenkirche, 
Parocliie,  Seelsonjc,  dans  Zeitscitr.  dcr  Sav.  Stijl.,  Kan.  Abl., 
xxxiu,  1947,  p.  151.  —  J.  C.  Dickinson,  op.  ci(.,  220  s(i. 

5°  Les  rapports  des  chanoines  réguliers  auec  les 
moines  et  les  séculiers.  —  1.  Rapports  avec  les  moines.  — 
Dans  le  ch.  cxiv  de  la  règle  d'Aix,  les  législateurs  caro- 
lingiens s'étaient  efforcés  de  fixer  les  rapports  entre 
clercs  et  moines.  Mais  l'apparition  conjointe  du  mona- 
chisme  de  type  cistercien  et  des  chanoines  réguliers 
exigeait  une  révision  complète  des  solutions  tradi- 
tionnelles. On  en  trouve  la  trace  dans  les  nombreuses 
œuvres  de  spiritualité  et  de  droit  canon,  qui,  à  cette 
époque,  sont  consacrées  à  définir  la  nature  des  profes- 
sions canoniale  et  monastique.  Ces  débats  sur  l'anti- 
quité, la  priorité  et  la  dignité  des  deux  ordres  peuvent 
nous  paraître  quelque  peu  puérils.  Mais  il  ne  faut  pas 
oublier  que  l'enjeu  de  la  discussion  n'était  pas  de  défi- 
nir une  simple  supériorité  abstraite,  mais  de  régler  le 
problème  crucial  du  passage  ad  vitam  arctiorem. 

La  grande  diversité  des  genres  de  vie  religieuse  ré- 
sultant de  l'apparition  des  ordres  nouveaux  provoque, 
en  efïet,  à  la  fin  du  xi"  s.,  une  inquiétude  et  une  instabi- 
lité qui  affectent  surtout  les  milieux  canoniaux.  Indi- 
viduellement ou  en  groupe,  des  chanoines,  ayant  fait 
profession  de  vie  régulière,  passent  à  l'ordre  monas- 
tique. Quelques  exemples  choisis  entre  beaucoup 
d'autres  permettront  de  mesurer  l'ampleur  de  ce 
mouvement. 

Dans  le  diocèse  de  Passau  qui,  dès  1073,  devint  un 
centre  important  de  réforme  canoniale,  quatre  commu- 
nautés de  chanoines  réguliers,  Garsten,  Seitenstetten, 
Melk  et  Gottweig  passent  au  monachisme  (Kehr, 
Germ. pont.,  i-l,  p.  219,  225,  227,  234).  lien  va  de  même 
à  Neresheim  (dioc.  d'Augsbourg)  et  à  Walderbach 
(dioc.  de  Ratisbonne)  (ibid.,  i-2,  p.  303  et  n-1,  p.  102). 
Les  deux  fondations  de  Hasungen  et  Eberbach  (dioc. 
de  Mayence)  subissent  le  même  sort  (Stimming, 
Mainzer  Urkundenbuch,  257  et  490). 

Dans  le  cadre  de  la  Belgique  actuelle,  les  commu- 
nautés de  S. -Martin  de  Tournai,  de  Ste-Madeleine-en- 
risle  à  Liège,  de  Bornhem  et  de  Pommerœul  sont  assi- 
milées par  l'ancien  monachisme,  tandis  qu'Aulne  et 
Orval  deviennent  cisterciennes  (U.  Berlière,  Monasti- 
con,  passim).  En  France,  S.-Martin-des-Champs  de 
Paris,  Montdidier,  S. -Nicolas  de  Regny  et  S. -Laurent 
d'Heilly  (dioc.  d'Amiens),  S.-Étienne  de  Nevers,  S.- 
Médard  de  Dalon  près  de  Nantes  et  S.-Georges-l'Ab- 
baye  (dioc.  de  Rouen)  sont  soumis  à  Cluny  ou  à  un 
grand  centre  bénédictin,  tandis  que  Boulancourt, 
Cheminon  et  Montier-en-Argonne  passent  aux  cister- 
ciens (cf.  Cottineau). 

Les  cas  de  passage  individuel  ne  sont  pas  moins 
nombreux  et  certains  ont  laissé  des  traces  dans  des 
œuvres  littéraires  importantes.  Deux  chanoines  de  S.- 
Ruf  s'associent  à  S.  Bruno  dans  la  fondation  de  la 
Grande-Chartreuse.  Des  membres  des  communautés 
de  Prémontré,  d'Eaucourt,  de  S. -Victor  de  Paris  et  de 
Ste-Barbe-en-Auge  sont  attirés  par  la  vie  cistercienne. 


Deux  augustins  flamands  se  retirent  à  S. -Berlin,  tan- 
dis qu'un  clerc  de  S. -Jean  de  Sens  est  accueilli  à  La 
Charité-sur-Loire.  Un  prieur  de  Hamersleben  et  des 
chanoines  de  Berchtesgaden  passent  aussi  à  la  vie  mo- 
•  nastique.  Notons  enfin  les  cas  d'Adam  Scot,  qui  aban- 
1  donne  les  Prémontrés  pour  la  chartreuse  de  Witham, 
et  de  S.  Waltheof,  qui  se  retire  chez  les  cisterciens  (cf. 
J.  C.  Dickinson,  209  sq.). 
I  Pour  remédier  à  l'instabilité  qui  afiecte  les  com- 
munautés canoniales,  les  réformateurs,  appuyés  par 
les  autorités  ecclésiastiques,  prennent  des  mesures 
dont  nous  retrouvons  la  trace  dans  les  conciles  et  les 
bulles  pontificales.  Déjà  sous  Grégoire  VII,  le  concile 
d'Autun  s'élève  contre  la  propagande  de  certains 
moines  qui  s'efforcent  de  détourner  les  chanoines  régu- 
liers de  leur  profession  (Mansi,  xx.  801).  Mais,  dans  ce 
domaine  comme  sur  plusieurs  autres  points,  c'est  Ur- 
bain II  qui  prend  des  mesures  décisives.  Dans  un  pri- 
vilège adressé  vers  1095  à  l'abbé  de  S.-Ruf,  Arbert,  il 
stipule  que  nemo  alicuius  levitatis  instinctu  vel  dis- 
trictioris  religionis  obtentu  ex  eodem  clauslro  audeal  sine 
abbatis  totiusque  congregationis  permissione  discedere 
(U.  Chevalier,  Codex  diplom.  S.-Rufi,  9).  Cette  formule, 
avec  le  vel  districtioris  religionis  obtentu  qui  en  fait 
l'originalité,  sera  reprise  souvent  par  le  même  pontife 
et  par  ses  successeurs,  entre  autres  par  Calixte  II,  dans 
les  bulles  adressées  aux  communautés  de  S.-Étienne  de 
Cahors,  S. -Pierre  de  Loo,  Berchtesgaden  et  Rolduc 
(voir  Bullaire,  éd.  U.  Robert,  i,  61,  107,  339,  et  ii,  23). 
Dans  un  document  célèbre  envoyé  aux  chanoines  de 
Berchtesgaden,  Innocent  II  reprendra  le  même  texte 
en  l'appuyant  sur  une  théorie  de  l'excellence  de 
l'ordre  canonial  (Pflugk-Harttung,  ii,  319).  Pour  donner 
plus  d'efiicacité  à  leur  décision,  les  pontifes  spécifient 
que  les  transfuges  doivent  être  pourvus  de  lettres  de 
recommandation  et  accordent  aux  abbés  le  droit 
d'excommunier  les  réfractaires. 

La  grande  dillusion  donnée  à  la  bulle  d'Urbain  II 
—  que  l'on  trouve  dans  bon  nombre  de  mss.  à  la  suite 
des  coutumes  ou  de  la  règle  de  S.  Augustin  et  dans  les 
collections  canoniques  d'Yves  de  Chartres  et  de  Gau- 
tier de  Thérouanne  —  prouve  l'importance  que  les 
réguliers  attachaient  à  ce  privilège.  Leurs  adversaires 
s'efforcèrent  d'ailleurs  d'en  limiter  la  portée  en  souli- 
gnant qu'il  ne  peut  avoir  été  concédé  que  dans  un  cas 
particulier  et  exceptionnel  (De  vita  vere  apostolica, 
P.  L.,  CLXx,  ()60).  Pour  enlever  toute  force  à  cet  argu- 
ment, les  chanoines  réguliers  n'hésitèrent  pas  à  rédiger 
des  actes  où  le  même  privilège  est  concédé  par 
Léon  IX  et  Gélase  II  à  tout  l'ordre  canonial  (cf. 
W.  Levison,  Eine  angebliche  Urkunde  Papst  Gela- 
sius  II.,  dans  Zeilschr.  dcr  Sav.-Stijt.,  Kan.  Abl., 
VIII,  1918,  p.  40). 

Tous  ces  documents  sont  largement  utilisés  dans  des 
œuvres  de  polémique  où  le  problème  des  rapports 
entre  chanoines  réguliers  et  clercs  est  traité  dans  toute 
son  ampleur.  Pour  résoudre  la  question  du  passage,  les 
adversaires  sont,  en  effet,  amenés  à  traiter  de  l'origine 
et  de  la  nature  des  deux  ordres.  Mais,  dans  le  camp  des 
moines,  ce  sont  surtout  les  clunisiens,  Abclard, 
Hugues  de  Rouen,  Rupert  de  Deutz  et  ses  disciples, 
qui  se  montrent  agressifs.  Plus  que  les  cisterciens  qui, 
d'eux-mêmes,  renoncent  aux  biens  ecclésiastiques  et  à 
tout  exercice  de  la  cura  animarum,  ils  se  sentent,  en 
I  effet,  visés  par  les  théories  des  réguliers.  Ceux-ci,  par  la 
voix  de  leurs  grands  hommes,  Arno  et  Gerhoh  de  Rei- 
chersberg,  Anselme  de  Havelberg.  Philippe  de  Har- 
vengt  et  Lietbert  de  S.-Ruf,  soulignent  la  priorité  de 
l'ordre  canonial.  Préfiguré  par  Aaron  et  les  lévites  de 
r.\.  T..  l'ordo  S.  Pétri  a  été  fondé  par  les  apôtres.  Par 
son  antiquité  comme  i)ar  sa  dignité,  l'ordre  canonial 
!  dépasse  donc  le  monachisme  qui,  laïc  à  l'origine,  ne 
1  reçoit  le  sacerdoce  que  par  concession,  alors  que  les 


CHANOINES.   LA    KÉFUKME   li  U  É  G  U  R  I E  iN  N  E 


398 


clercs  en  possèdent  toute  la  plénitude.  La  vocation  des 
clercs  est  donc  plus  dangereuse,  mais  aussi  plus  utile, 
car  elle  unit,  à  l'exemple  de  S.  Paul  et  de  S.  Augustin, 
les  avantages  de  la  vie  active  et  de  la  vie  contempla- 
tive. Passant  à  l'attaque,  les  promoteurs  de  la  vie 
canoniale  stigmatisent  la  conduite  des  moines  qui,  par 
orgueil  et  envie,  rendent  la  vie  difficile  aux  réformés. 
Au  lieu  de  prendre  la  place  des  clercs,  ils  devraient, 
fidèles  aux  principes  de  leur  vocation,  vivre  au  désert 
dans  l'humilité  et  la  pratique  du  travail  manuel  (cf. 
Philippe  de  Harvengt,  De  continentia  clericorum,  P.  L., 
ccni,  771  sq.;  Arno  de  Reichersberg,  Scutum  canoni- 
corum,  ibid.,  cxciv,  1493  sq.;  Anselme  de  Havelberg, 
Epistola  apologetica,  ibid.,  clxxxviii,  1119). 

C'est  surtout  Rupert  de  Deutz  qui  s'est  fait  le  dé- 
fenseur de  la  conception  clunisienne  du  monachisme. 
Pour  lui,  l'essence  de  la  cléricature  consiste  dans  le  ser- 
vice des  autels,  que  le  moine  exerce  aussi  bien  que  le 
chanoine,  en  y  ajoutant  la  dignité  de  la  profes- 
sion monastique.  Son  sacerdoce  vaut  celui  du  clerc  et 
lui  donne  des  droits  équivalents  aux  biens  ecclésias- 
tiques et  à  l'exercice  de  l'apostolat.  Nouveaux  venus 
dans  l'Église  et  menant  une  vie  moins  austère  que 
celle  des  moines,  les  réguliers  doivent  donc  admettre  la 
légitimité  du  passage  des  leurs  à  la  vie  monastique  (In 
regulam  S.  Benedicti,  P.  L.,  clxx,  531;  voir  aussi  le 
De  vita  vere  apostolica,  ibid.,  660  et  Hugues  de  Rouen, 
Dialogorum  libri,  vu,  ibid.,  cxcii,  1217). 

Ces  discussions  d'ordre  spéculatif  se  doublent,  dans 
certains  cas,  d'oppositions  sur  le  plan  des  intérêts  tem- 
porels. Il  n'est  pas  rare,  en  effet,  de  trouver  des  com- 
munautés de  réguliers  qui,  du  fait  de  leurs  origines, 
sont  placées  sous  la  tutelle  de  grandes  abbayes  béné- 
dictines et,  après  quelque  temps,  supportent  avec 
peine  cette  sujétion.  La  longue  querelle  qui  oppose,  à 
Liège,  les  augustins  de  S. -Gilles  aux  moines  de  S.- 
Laurent offre  un  cas  typique  des  difricultés  de  ce 
genre  (cf.  Wibald  de  Stavelot,  Ëpistolae,  éd.  Jaffé, 
Bibl.  rer.  germ.,  i,  526  et  589  sq.).  L'importance  de  la 
lutte  d'idées  et  d'intérêts  entre  moines  et  clercs  ne 
doit  pourtant  pas  être  exagérée.  Dans  bien  des  cas,  la 
paix  et  la  collaboration  unissent  les  deux  ordres. 

2.  Rapports  avec  les  séculiers.  —  L'attitude  intransi- 
geante adoptée  par  des  réformateurs  comme  Hilde- 
brand,  Pierre  Damien  et  Gerhoh  de  Reichersberg,  à 
l'égard  de  ceux  qu'ils  appellent  les  acephali,  irregula- 
res,  proprictarii,  saeculares,  provoqua  dans  certains 
milieux  une  opposition  assez  vive  entre  les  partisans  de 
la  règle  d'Aix  et  les  réguliers.  Un  canon  d'un  concile 
tenu  à  Francfort  en  1130  condamne  les  critiques  exa- 
gérées des  réformateurs  à  l'égard  de  leurs  confrères, 
tandis  qu'Innocent  II  s'efTorce  de  protéger  les  augus- 
tins de  Hamersleben  contre  les  attaques  des  séculiers 
(P.  L.,  cLxxix,  375).  Mais  on  aurait  tort  de  croire 
qu'un  antagonisme  général  divisait  les  deux  camps. 
Nous  avons  vu  comment,  en  bien  des  cas,  les  cha- 
noines qui  n'acceptaient  pas  pour  eux-mêmes  la  ré- 
forme s'efforçaient  du  moins  d'aider  les  fondations 
régulières  et  s'unissaient  à  elles  par  des  liens  de  frater- 
nité (cf.  supra,  383).  Beaucoup  d'entre  eux,  tels  Bo- 
nizo  de  Sutri,  Meingot  d'Utrecht  et  Raimbaud  de 
Liège,  admettaient  sans  difficulté  la  priorité  de  la  vie 
commune,  tandis  que  bon  nombre  de  partisans  de 
cette  dernière  reconnaissaient,  avec  les  Pères  du  con- 
cile de  1059,  la  légitimité  des  deux  genres  de  vie. 

La  reconnaissance  légale  et  le  voisinage  perpétuel  de 
deux  disciplines  canoniales  différentes  ne  pouvaient 
manquer  de  susciter  un  certain  nombre  de  problèmes 
auxquels  les  canonistes  se  sont  efforcés  de  donner  une 
solution.  Les  témoignages  d'Hildebrand  et  de  fierhoh 
de  Reichersberg  nous  prouvent  que  la  lecture  de  la 
règle  d'.A^ix  constituait  pour  les  chanoines  réguliers 
une  perpétuelle  tentation.  Pourquoi  l'enoncer  à  la 


'  propriété  privée,  puisque  l'Église  en  reconnaît  l'usage 
légitime  aux  clercs?  Tantôt  des  communautés  entières 
abandonnent  rapidement  la  discipline  régulière,  tantôt 
des  individus  se  laissent  aller  à  la  prnesumptio  parti- 
cularitatis.  Pour  écarter  ces  dangers,  les  papes  inter- 
disent dans  leurs  bulles  de  changer  l'orrfo  établi  dans 
les  communuatés  et  ajoutent  qu'une  fois  profession 
faite  il  est  interdit  aux  chanoines  réguliers  de  posséder 
rien  en  propre  ou  d'abandonner  la  vie  commune  (cf. 
i  p.  ex.  P.  L.,  cLi,  295).  Le  cas  plus  compliqué  d'un  cha- 
noine d'Utrecht  qui,  après  avoir  fait  profession  de  vie 
régulière  selon  la  règle  de  S.  Augustin,  à  Springiers- 
bach,  désirait  retrouver  sa  place  au  chapitre,  provo- 
qua une  longue  polémique  à  laquelle  prirent  part  les 
canonistes  les  plus  fameux  de  la  province  ecclésias- 
tique de  Cologne  (voir  le  dossier,  éd.  P.  JalTé,  Bibl. 
rer.  germ.,  v,  Berlin,  1899,  p.  366-82). 

Il  fallait  aussi  régler  le  passage  des  séculiers  a  la  vie 
régulière.  Quand  des  liens  étroits  unissaient  deux  insti- 
tutions comme  S. -Julien  de  Brioude  et  Pébrac,  ou 
bien  S.-Étienne  de  Limoges  et  Aureil,  il  était  souvent 
I  prévu  que  les  membres  des  premières  communautés 
1  désireux  de  vie  plus  parfaite  pouvaient  librement  trou- 
■  ver  place  dans  les  secondes.  En  outre,  les  bulles  ponti- 
ficales accordées  à  diverses  communautés  régulières 
spécifient  qu'aucun  évêque  ou  prélat  ne  peut  s'opposer 
à  la  vocation  d'un  séculier  (cf.  p.  ex.  P.  L.,  cli,  480). 
Le  seul  problème  vraiment  discuté  était  de  savoir  si  le 
passage  d'un  chanoine  ad  vitam  arcliorem  était  licite, 
même  sans  la  permission  de  l'évêque  ou  des  autorités 
du  chapitre.  Avec  Urbain  II,  beaucoup  de  canonistes 
répondaient  par  l'affirmative,  mais,  en  pratique,  la 
question  restait  discutée  et  parfois  des  évêques,  tel 
Lambert  d'Arras,  menaçaient  de  peines  canoniques  les 
supérieurs  de  réguliers  qui  admettaient,  sans  leur 
assentiment,  des  chanoines  convertis. 

Voir  pour  toute  cette  partie,  .1.  C.  Dickinson,  209  sq.  et 
Cil.  Dereine,  Le  statut  canonique  dex  chnnninoi  réduliers,  à 
I   piu-aître  dans  lieu.  d'Isixt.  eccl. 

6°  L'organisation  des  communautés  et  des  congréga- 
tions. —  La  diversité  des  origines  qui  marque  si  for- 
tement les  usages  des  réguliers  et  leur  attitude  à 
l'égard  de  la  cura  animarum  explique  encore  dans  une 
large  mesure  la  variété  que  l'on  rencontre  à  chaque 
pas  dans  l'organisation  de  l'ordre.  La  constitution  des 
communautés,  le  titre  du  supérieur,  les  relations  avec 
les  autorités  ecclésiastiques  et  la  structure  des  congré- 
gations difTèrent  en  elTet  suivant  les  cas. 

;  1.  Les  communautés.  —  Si  les  clercs  constituent  dans 
les  chapitres  réformés  l'unique  élément  de  la  commu- 
nauté, par  contre,  dans  les  fondations  spontanées, 
érémitiques  ou  hospitalières,  les  laïcs,  hommes  et 
femmes,  occupent  une  place  importante.  La  présence 
de  ces  conversi  et  conversae  s'explique  par  le  mouve- 
ment de  conversion  qui  pousse  des  individus,  mais 
aussi  des  familles  entières,  à  se  mettre  à  l'école  d'un 
prédicateur  errant  ou  d'un  solitaire.  Parfois  même,  on 
l'a  vu,  les  laïcs  prennent  l'initiative  de  la  fondation, 
mais  les  clercs  qui  se  groupent  spontanément  autour 
d'eux  ne  tardent  pas  à  prendre,  dans  la  plupart  des 
cas,  la  direction  de  l'ensemble.  De  là,  les  nombreux 
monastères  doubles  que  l'on  trouve  un  peu  partout, 
spécialement  dans  l'ordre  de  Prémontré.  On  sait  que, 
pour  Herman  de  Laon,  la  conversion  d'un  nombre 
considérable  de  femmes  de  toutes  classes  constitue  un 
des  principau.K  titres  de  gloire  de  S.  Norbert  (Mira- 

i  cula  S.  Marias  Laudunensis,  P.  L.,  clvi,  996).  De  son 
côté,  Arno  de  Reichersberg  considère  comme  un  carac- 
tère «  apostolique  »,  et  comme  un  des  avantages  de  la 
mediocritas  des  usages,  le  fait  de  ])ouvoir  accepter  des 
femmes  et  même  des  enfants  ])arnn  les  convertis 
(Scutum  canonicorum,  P.  L.,  cxciv,  1503). 

Dans  ces  communautés  doubles  ou  même  triples. 


399 


CHANOINES.  LA   RÉFORME  GRÉGORIENNE 


400 


les  rapports  entre  chanoines  et  convers  ne  diffèrent 
pas  sensiblement  de  ceux  qui  régnent  dans  les  monas- 
tères bénédictins  ou  cisterciens.  Les  premiers  vaquent 
à  l'office  divin,  dans  une  mesure  variable,  à  la  cura 
animarum  et  au  travail  manuel,  surtout  dans  les  mo- 
nastères où  Vordo  novus  est  en  vigueur.  Les  seconds  se 
consacrent  entièrement  à  la  culture,  l'élevage  et  les 
travaux  domestiques  ou  bien  se  spécialisent  dans  la 
pratique  de  l'hospitalité.  Par  contre,  la  présence  de 
sorores  conversae  pose  à  la  longue  des  problèmes  déli- 
cats. Ces  femmes  ne  se  vouent  pas,  à  l'origine,  au 
chant  de  l'ofTice  comme  les  moniales,  mais  bien  aux 
travaux  manuels  appropriés,  tels  le  tissage,  la  couture 
et  le  lavage  des  vêtements.  Elles  vivent  dans  une  clô- 
ture très  stricte.  Le  contact  avec  l'extérieur  se  fait 
uniquement  par  une  fenêtre,  en  présence  de  deux 
autres  sœurs.  Le  maintien  de  cette  discipline  suppose 
une  distribution  particulière  des  bâtiments  qui  n'est 
pas  toujours  réalisée.  Avec  le  temps,  le  souci  de  la 
réputation  et  certains  abus  provoquent  une  tendance 
générale  à  l'éloignement  de  la  communauté  féminine. 
Les  difTicultés  économiques  rendent  aussi  cette 
mesure  souhaitable,  car  l'entretien  de  communautés 
souvent  nombreuses  de  conversae  devient  rapidement 
une  lourde  charge.  Le  chapitre  général  de  Prémontré 
prend  une  mesure  dans  ce  sens  en  11 4L  Elle  est  géné- 
ralement appliquée  dans  les  années  qui  suivent  et  un 
mouvement  analogue  se  produit  dans  les  autres  con- 
grégations et  même  dans  les  monastères  doubles 
indépendants. 

Mais  la  séparation  des  communautés  pose,  elle 
aussi,  des  problèmes  délicats.  Il  faut,  en  effet,  opérer 
une  distribution  équitable  des  ressources  et  détermi- 
ner le  mode  d'administration  des  deux  parts.  A  plus 
d'une  reprise,  les  papes  ont  dû  rappeler  aux  abbés  de 
Prémontré  leurs  obligations  de  justice  à  l'égard  des 
sœurs,  par  lesquelles  leur  était  parvenue  la  plus  grande 
partie  de  leurs  biens.  Une  fois  isolées,  les  sorores  se 
transforment  rapidement  en  moniales  pour  qui  le 
chant  de  l'ofTice  constitue  la  principale  occupation. 
Dans  bien  des  cas,  le  droit  de  regard  conservé  par  le 
supérieur  de  l'ancien  monastère  double  sur  les  élec- 
tions et  l'administration  devient  la  source  de  conflits 
que  les  autorités  ecclésiastiques  s'efforcent  d'apla- 
nir. (Voir,  pour  tout  ceci,  les  Annales  Rodenses, 
M.  G.  H.,  SS.,  XVI,  706  sq.  et  A.  Erens,  Les  sœurs 
dans  l'ordre  de  Prémonlré,  dans  Anal.  Praemonslraten- 
sia,  V,  1929,  p.  1  sq.) 

2.  Les  supérieurs  des  communautés.  —  Suivant  les 
régions,  les  supérieurs  de  communautés  régulières 
prennent  des  titres  variés.  En  France,  ils  portent  géné- 
ralement celui  d'abbé,  déjà  en  usage  dans  certaines 
communautés  canoniales  à  l'époque  carolingienne;  en 
Italie,  celui  de  prieur,  et  en  Allemagne,  celui  de  prévôt. 
Cette  variété  a  des  causes  diverses.  Dans  les  fonda- 
tions érémitiques,  une  certaine  répugnance  se  mani- 
feste à  l'égard  des  usages  de  l'ancien  monachisme  et 
l'on  rejette  le  terme  d'abbé  par  souci  de  simplicité 
évangélique.  Il  semble  bien  qu'en  terre  d'Empire,  le 
désir  de  conserver  aux  communautés  un  caractère  plus 
strictement  canonial  ait  fait  préférer  le  terme  de 
praepositus.  Dans  les  régions  frontières,  cette  diversité 
ne  pouvait  manquer  de  provoquer  des  conflits.  Au 
nom  de  l'ancien  monachisme,  Rupert  de  Deutz  pro- 
teste contre  l'introduction  du  titre  d'abbé  dans  les 
communautés  liégeoises  de  S. -Gilles  et  Rolduc  (Com- 
ment, sur  la  règle  de  S.  Benoît,  P.  L.,  clxx,  526). 
Lorsque  la  coutume  s'étend  à  Springiersbach,  le 
premier  abbé,  Richard,  se  charge  de  répondre  aux 
objections  du  grand  clunisien.  Notons  que  certaines 
bulles  pontificales  i)arlent  à'abbas  vel  praepositus; 
celle  d'Honorius  pour  Beuron  accorde  au  supérieur  le 
droit  au  titre  d'abbé  et  à  l'usage  de  la  crosse  s'il  le  juge 


bon  (P.  L.,  CLXvi,  1313).  Ce  qu'il  faut  surtout  retenir 
de  tout  ceci,  c'est  que,  chez  les  chanoines  réguliers, 
une  communauté  placée  sous  la  direction  d'un  prieur 
ou  d'un  prévôt  et  donc  appelée  prieuré  n'est  pas  néces- 
sairement dans  l'état  de  dépendance  juridique  que  ce 
terme  indique  dans  le  monachisme.  Beaucoup  de  ces 
prieurés  augustins  ont  connu  un  développement  com- 
parable en  tous  points  à  celui  d'abbayes  bénédictines. 

Elaboré  en  pleine  époque  grégorienne  par  des  papes 
réformateurs,  le  statut  des  chanoines  réguliers  con- 
tient entre  autres  privilèges  celui  d'élire  librement 
leur  supérieur  secundum  timorem  Dei  et  regulam 
B.  Augustini.  Le  plus  souvent,  il  est  conseillé  de  choi- 
sir celui-ci  dans  la  communauté  même  et  de  ne  recou- 
rir qu'en  cas  d'extrême  nécessité  à  un  étranger  (ainsi 
Innocent  II  pour  Beuron,  P.  L.,  clxxix,  82).  Ici  en- 
core, la  diversité  des  coutumes  était  la  source  de 
grandes  difTicultés,  comme  le  prouve  l'histoire  de  l'ab- 
baye de  Rolduc,  où  deux  supérieurs  choisis  à  Sprin- 
giersbach troublèrent  longtemps  le  bon  ordre  en  vou- 
lant introduire  les  usages  de  leurs  monastères  (Ann. 
Rodenses,  M.  G.  H.,  SS.,  xvi,  706-07).  Là  où  l'évêque  a 
joué  un  rôle  important  dans  la  fondation,  il  se  réserve 
parfois  le  droit  d'y  intervenir.  Des  chapitres  séculiers 
ayant  participé  à  la  fondation  exerçaient,  eux  aussi, 
on  l'a  vu,  un  certain  contrôle  (cf.  G.  Schreiber,  Kurie 
und  Kloster  in  XI i.  Jhl,  ii,  331). 

3.  Les  relations  avec  les  autorités  ecclésiastiques.  — 
Dans  ce  domaine  encore,  la  diversité  la  plus  grand^ 
règne  parmi  les  chanoines  réguliers  à  cause  de  la  va 
riété  des  origines.  Les  communautés  issues  de  ré 
formes  proprement  dites  conservent  normalement  1 
statut  de  l'ancienne  institution.  Ainsi  à  Aulne  (dioc.  de 
Liège),  le  supérieur  des  réguliers  doit  continuer  à  rem- 
plir auprès  de  l'évêque  de  Liège  l'office  de  chapelain, 
comme  l'avaient  fait  ses  prédécesseurs  séculiers  (cf. 
Miraeus  et  Foppens,  ii,  823).  Par  contre,  lorsque 
l'évêque  réformateur  a  pris  l'initiative  d'une  fonda- 
tion ou  a  du  moins  participé  dans  une  large  mesure  à 
son  organisation,  il  établit  le  plus  souvent  des  liens 
assez  étroits  entre  la  communauté  et  l'autorité  dio- 
césaine. Ainsi  Hugues,  évêque  de  Grenoble,  spécifie 
que  les  chanoines  réguliers  de  S. -Georges  obedientes  et 
subiecti  existant  nobis  et  successoribus  nostris  tamquam 
canonici  proprio  episcopo  (Cartulaire  de  Grenoble,  éd. 
J.  Marion,  138-39).  A  S. -Quentin  de  Beauvais,  l'évêque 
fondateur  Guy  avait  conservé  un  droit  de  regard  sur 
les  élections  de  la  communauté.  Les  évêques  de 
Bayeux  et  de  Liège  agissent  de  même  pour  le  Plessis- 
Grimoult  et  Géronsart;  Yves  de  Chartres  intervient 
également  de  manière  assez  constante  dans  l'adminis- 
tration de  S.-Jean-en-Vallée  (cf.  P.  L.,  clxiii,  104  et 
CLxxxx,  1462).  Ailleurs,  les  évêques  se  réservent  au 
moins  le  droit  de  surveillance,  à  l'exclusion  de  leurs 
officiers  subalternes.  Ainsi,  en  1142,  l'évêque  de  Liège, 
Albéron  II,  spécifie  pour  Géronsart  que,  ut  more 
aliarum  ecclesiarum  in  quibus  regulariter  vivitur,  prior 
nulli  personae  nisi  nobis  et  successoribus  nostris... 
responderet  (cf.  Anal,  pour  hist.  ceci.  Belgique,  iv, 
1867,  p.  465).  On  trouve  une  mesure  analogue  de  l'ar- 
chevêque de  Mayence  pour  Schwabenheim  en  1130 
(Stimming,  Mainzer  Urkundenbuch,  438).  Parfois 
même,  certaines  communautés  jouissent  de  l'exemp- 
tion de  la  juridiction  archidiaconale. 

Toutes  les  circonstances  que  nous  venons  de  rappe- 
ler expliquent  aussi,  dans  une  large  mesure,  le  fait  que 
les  réguliers  n'ont  obtenu  que  très  rarement  l'exemp- 
tion de  la  juridiction  épiscopale  (cf.  G.  Schreiber, 
Kurie  und  Kloster  in  xii.  Jlit,  i,  101-05,  171,  238). 

4.  Les  congrégations  de  chanoines  réguliers.  -  On  a 
vu  comment,  à  l'origine,  les  communautés  régulières 
se  sont  formées  par  suite  d'initiatives  multiples,  en 
ordre  dispersé.  Leur  développement  fut  en  partie 


401 


CHANOINES.  LA  RÉF 


OJUIE  GRÉGORIENNE 


402 


compromis  par  le  nombre  même  des  fondations  et  par 
la  concurrence  des  autres  ordres  monastiques,  tel  Cî- 
teaux,  alors  en  plein  essor.  Lorsque,  vers  1110, 
Hugues  de  Fouilloy  entre  au  prieuré  d'Heilly,  celui-ci 
ne  compte  que  sept  frères,  quatre  chanoines  et  trois 
convers,  qui  n'avaient  pas  assez  de  biens  pour  entre- 
tenir une  charrue  (H.  Peltier,  Hugues  de  Fouilloy, 
dans  Rev.  du  Moyen  Age  lut.,  ii,  1946,  p.  29).  Telle 
devait  être  la  situation  dans  un  grand  nombre 
d'autres  monastères  qui,  au  cours  de  leur  histoire, 
soulïrirent  toujours  de  la  ienuitas  de  leurs  ressources. 
Pour  eux,  le  seul  moyen  de  survivre  était  de  s'afTdier  à 
un  organisme  plus  vigoureux. 

Ainsi  se  formèrent  progressivement  autour  de 
centres  plus  importants,  tels  que  S.-Ruf,  S. -Quentin  de 
Beauvais,  Arrouaise,  Rottenbuch,  S. -Victor,  Sprin- 
giersbach.  Prémontré,  etc.,  les  grandes  congrégations 
de  chanoines  réguliers.  Le  rayonnement  de  la  person- 
nalité de  leur  fondateur  et  la  renommée  de  leur  ordo 
contribuèrent  tout  autant  que  les  difficultés  d'ordre 
temporel  à  rassembler  autour  de  la  maison  centrale  un 
grand  nombre  de  dépendances.  Outre  cet  accroisse- 
ment par  afTiliation,  elles  essaimèrent  bientôt  en  en- 
voyant de  tous  côtés  des  colonies.  Pour  donner  de  la 
cohésion  à  l'organisme  ainsi  constitué,  les  législateurs 
établirent  des  constitutions  communes  en  se  basant, 
dans  la  plupart  des  cas,  sur  l'exemple  donné  par  les 
cisterciens  dans  la  carta  caritatis.  Ici  comme  là,  le 
grand  instrument-  de  l'unité  fut  le  chapitre  général 
réuni  tous  les  ans  à  l'abbaye-mère.  Nous  le  voyons 
fonctionner  à  Prémontré,  S. -Victor,  Springiersbach  et 
dans  les  congrégations  diocésaines  d'Halberstadt  et  de 
Worms  (cf.  G.  Schreiber,  op.  cit.,  ii,  326).  Dans  bien 
des  cas,  son  action  centralisatrice  ne  réussit  qu'avec 
peine  à  contre-balancer  les  forces  de  dispersion.  Le 
grand  nombre  d'affiliations,  le  développement  extrê- 
mement rapide  et  la  diversité  des  coutumes  ne  pou- 
vaient que  contribuer  au  maintien  d'une  certaine  auto- 
nomie, au  moins  dans  le  détail  de  la  discipline. 

7°  Les  chanoines  réguliers  dans  l'Église  au  Xii"  siècle. 
—  Aux  yeux  des  profanes  et  même  de  beaucoup  d'his- 
toriens, le  xii«  s.  est  celui  de  S.  Bernard  et  de  Cîteaux. 
Sans  vouloir  rabaisser  le  moins  du  monde  la  gloire  et 
les  mérites  du  grand  Docteur  et  de  son  ordre,  il  im- 
porte, si  l'on  veut  se  faire  une  idée  exacte  de  l'époque, 
de  placer  à  côté  d'eux  les  chanoines  réguliers.  Rappe- 
lons seulement  quelques  faits  qui  permettront  d'esti- 
mer plus  exactement  le  rôle  joué  par  eux  en  des  do- 
maines très  variés. 

Quatre  papes  du  xii«  s.,  Honorius  H,  Innocent  II, 
Lucius  II  et  Adrien  IV,  ont  été  formés  dans  les  com- 
munautés régulières  de  Ste-Marie-de-Rheno,  du  La- 
tran,  de  Ste-Croix  de  Jérusalem  et  de  S.-Ruf.  Nom- 
breux aussi  sont  les  cardinaux,  légats  et  évêques  sor- 
tis des  rangs  des  disciples  de  S.  Augustin  et  qui,  par 
leur  science  et  leur  sainteté,  ont  puissamment  secondé 
les  papes  dans  leur  œuvre  de  réforme.  Parmi  les  prin- 
cipaux collaborateurs  d'Urbain  II,  de  Pascal  II  et 
d'Innocent  II,  nous  trouvons  Yves  de  Chartres,  Oldé- 
gaire  de  Barcelone,  Gautier  de  Maguelone,  Conon  de 
Préneste  et  Norbert  de  Magdebourg.  Seule  la  mort 
prématurée  de  ce  dernier  l'empêcha  de  jouer  un  rôle 
comparable  en  tous  points  à  celui  de  S.  Bernard. 
A  côté  de  ces  étoiles  de  toute  première  grandeur,  on 
trouve  encore  bien  des  prélats  qui  travaillèrent  à  la 
réforme,  dans  le  cadre  de  leur  diocèse  :  Ramon  de 
Roda-Barbastro,  Bertrand  de  Barcelone,  Bernard  de 
Tarragone  et  Gaufred  de  Tortose,  formés  à  S.-Sernin 
de  Toulouse  et  à  S.-Ruf,  agissent  dans  l'Espagne  du 
Nord  et  dans  les  territoires  repris  sur  les  Maures.  De 
même,  Anselme  de  Havelberg,  Evermode  et  Isfrid 
de  Ratzebourg  évangélisent  les  Wendes.  Jean  de  War- 
neton  et  Milon,  prémontré,  rétablissent  la  paix  et  la 


discipline  ecclésiastique  dans  le  diocèse  de  Thé- 
rouanne.  Citons  encore  l'action  de  Gérard  d'Oulx, 
devenu  évêque  de  Sisteron,  Guillaume  de  Champeaux, 
év.  de  Châlons-sur-Marne,  Ayrald  de  Grenoble,  év.  de 
Maurienne,  Lambert  de  la  Couronne,  év.  d'Angou- 
lême,  Giraud  et  Béranger  de  Cassan,  devenus  év.  de 
Béziers  et  d'Agde,  Godescalc  du  Mont-S. -Martin,  év. 
d'Arras,  Guillaume  Corbeil,  archevêque  de  Cantor- 
béry,  et  Robert  de  Béthune,  év.  d'Hereford,  Laurent, 
év.  de  Dublin,  Jean  de  Guicamp,  év.  d'Aleth  et  de 
S.-Malo,  Hartmann  de  Klosterneubourg,  év.  de 
Brixen,  Guérin  de  Mortara,  év.  de  Préneste,  Albert, 
patriarche  de  Jérusalem  et  organisateur  du  Carmel, 
Jacques  de  Vitry,  disciple  de  Marie  d'Oignies  et  év.  de 
S.-Jean-d'Acre,  etc.  Notons  enfm  le  rôle  joué  dans  la 
réforme  de  l'Église  par  des  personnages  de  la  taille  de 
Manegold  de  Lautenbach  et  Gerhoh  de  Reichersberg. 

Dans  certaines  régions,  comme  la  Catalogne  et 
l'Aragon,  les  provinces  ecclésiastiques  de  Reims,  Co- 
logne, Trêves,  Constance,  Salzbourg  et  Magdebourg, 
comme  aussi  en  Terre  sainte,  les  chanoines  réguliers 
dépassent  les  cisterciens  par  le  nombre  des  commu- 
nautés et  la  rapidité  de  l'expansion.  Dans  ces  monas- 
tères aux  origines  les  plus  diverses,  la  sainteté  fleurit 
non  seulement  parmi  les  chanoines,  mais  aussi  chez  les 
convers  et  converses.  A  côté  des  prélats  déjà  cités, 
tels  qu'Oldégaire  de  Barcelone,  Jean  de  Warneton, 
Jean  de  S.-Malo  et  Laurent  de  Dublin,  qui  furent 
canonisés,  nous  trouvons  ceux  que  l'on  a  appelés  ré- 
cemment 11  les  héros  du  mouvement  apostolique  »  :  des 
fondateurs  ermites  comme  Gautier  de  L'Esterp,  Gaus- 
bert  de  Mont-Salvy,  Gaucher  d'Aureil,  Ailbert  de  Roi- 
duc  et  Garembert  de  Mont-S. -Martin;  des  organisa- 
teurs comme  Hugues  de  Fosses  et  Guillaume  d'Eskill; 
des  curés  comme  Frédéric  de  Feikome;  des  chanoines 
comme  Herman  Joseph,  le  Juif  converti  de  Steinfeld; 
des  seigneurs  comme  Godefroid  de  Cappenberg  et 
Louis  d'Arnstein  ;  des  converses  comme  Ode  de  Bonne- 
Espérance,  Mathilde  de  Diessen,  Herluque  de  Bern- 
ried  et  Marie  d'Oignies.  Chez  beaucoup  d'entre  eux, 
apparaît  déjà  cette  dévotion  tendre  à  l'humanité  du 
Christ  et  à  la  Vierge  qui  prendra  son  plein  développe- 
ment dans  la  spiritualité  franciscaine  (cf.  F.  Petit,  La 
spiritualité  des  Prémontrés  aux  .xn"  etxiii^s.,  Paris, 
1947,  p.  65  sq.). 

Indépendamment  même  de  ces  fruits  extraordi- 
naires de  sainteté,  la  réforme  a  provoqué  un  relève- 
ment considérable  des  mœurs  du  clergé.  Pour  juger 
équitablement  des  résultats  obtenus,  il  faut  tenir 
compte  non  seulement  des  difTicultés  inhérentes  à  une 
telle  entreprise,  mais  encore  du  fait  que  jamais  la  vie 
commune  n'a  été  imposée  par  l'autorité  ecclésiastique. 
Voilà  pourquoi  le  nombre  des  anciennes  institutions 
atteintes  par  la  réforme  est  relativement  peu  élevé. 
Mais,  par  contre,  son  action  sur  les  individus  ne  saurait 
être  exagérée.  Des  milliers  de  clercs  ont  abandonné 
leurs  prébendes  et  une  vie  parfois  peu  édifiante,  pour 
mener  la  vie  apostolique  et  suivre,  pauvres,  le  Christ 
pauvre.  Leur  exemple  a  certainement  contribué  à 
relever  le  niveau  général  des  mœurs  canoniques,  même 
chez  ceux  qui  ne  suivirent  pas  le  mouvement. 

Bien  des  études  particulières  seront  nécessaires  pour 
apprécier  exactement  les  résultats  atteints  par  la  ré- 
forme canoniale.  Mais,  dès  maintenant,  nous  pouvons 
mesurer  la  part  qu'elle  a  prise  dans  le  mouvement  des 
idées  aux  xi<'  et  xii»  s.  La  formation  de  la  théorie  sur  la 
vie  commune  chez  Hildebrand,  Pierre  Damien  et  An- 
selme de  Lucques  est  le  plus  pur  produit  de  l'esprit 
grégorien  :  réaction  contre  la  coutume  et  la  législation 
carolingiennes;  lutte  contre  le  désordre  et  la  confusion 
introduits  par  elles  dans  la  structure  de  la  société  chré- 
tienne; retour  à  la  tradition  de  l'Église  primitive 
—  tous  les  traits  essentiels  de  la  mentalité  réforma- 


40:;  CHA^Oll^ES.  la  kéfo 

trice,  avec  sou  radicalisme  et  ses  vues  quelque  peu 
subjectives,  s'y  trouvent  nettement  marqués  dès  l'an- 
née 1059.  Le  développement  de  l'idéal  canonial  par 
Urbain  H,  Yves  de  Chartres,  Philippe  de  Harvengt, 
Anselme  de  Havelberg,  Arno  et  Gerhoh  de  Reichers- 
berg  marque  une  étape  importante  dans  l'histoire  de 
la  spiritualité.  Aux  problèmes  des  rapports  entre 
clercs  et  moines,  entre  vie  active  et  contemplative,  ils 
apportent  des  solutions  originales  qui  préparent  celles 
des  théologiens  du  xiii"=  siècle. 

Dans  le  domaine  plus  largement  compris  de  la  vie  î 
religieuse  et  de  la  théologie,  les  chanoines  réguliers  ont  ! 
encore  rendu  de  grands  services.  Faut-il  rappeler  ; 
l'œuvre  de  Richard  et  Hugues  de  S. -Victor  et  des  j 
autres  maîtres  de  cette  école  trop  peu  étudiée?  Par  I 
son  De  claustro  aninuie,  Hugues  de  Fouilloy  se  rendit  , 
non  moins  célèbre  dans  les  communautés  canoniales  et  j 
monastiques.  Par  ses  trois  livres  de  dialogues.  An-  j 
selme  de  Havelberg  vulgarise  les  idées  de  Grégoire  de  | 
Nazianze  sur  le  développement  du  dogme,  tout  en  ré-  j 
futant  les  objections  des  orientaux.  Gerhoh  de  Rei- 
chersberg  prit  part  lui  aussi  aux  discussions  théolo- 
giques de  son  temps. 

.J.  de  Ghellinck,  L'essor  delà  littérature  latine  au  A//"  s., 
table.  —  .J.  C.  Dickinson,  op.  cit.,  18.5.  —  G.  Schreiber, 
Praernonslratenserkiiltiir  des  XII.  Jht,  dans  Anal.  Prae-  1 
monstratensia,  xvi,  1940,  p.  41-107.  —  Pli.  Delhaye,  L'orga- 
nisation scolaire  au  XII'  s.,  dans  Spéculum,  v,  1947,  p.  241- 
47.  —  .J.  Chàtillon,  Le  contenu,  l'authenticité  et  la  date  du  i 
«  Liber  exceplionum  »  et  tles  «  Sermones  centum  »  de  Richard 
de  Saint-Victor,  dans  Hev.  du  Moyen  Age  lat.,  iv,  1948,  ! 
p.  23-52  e(  343-66.  —  A.  Cordoliani,  Note  sur  un  auteur  peu  1 
connu,  Gerland  de  Besançon,  ibid.,  i,  1944,  p.  411  sq.  —  | 
F.  Pelster,  Die  anonyme  Verteidigung  der  Lehre  Gilberts  i 
uon  Poitiers...,  dans  Sludia  Medievalia  in  hon.  R.  Martin, 
Bruges,  1918,  p.  113-46.  1 

Nous  avons  déjà  signalé  plus  haut  le  rôle  joué  par  les 
chanoines  réguliers  dans  l'organisation  des  routes  de  1 
pèlerinages,  spécialement  dans  celle  de  S. -Jacques  de  ! 
Compostelle.  Notons  encore  leur  influence  dans  le  do-  i 
maine  de  l'art.  S.-Sernin  de  Toulouse,  S.-Jean-des- 
Vignes  de  Soissons,  Airvault,  La  Couronne  et  S.-Ruf 
d'Avignon  devinrent  des  centres  importants  d'archi-  j 
lecture,  tandis  que  Neufmoustier,  près  de  Huy,  et  j 
Oignies,  abritèrent  les  grands  orfèvres  mosans,  Renier 
de  Huy,  Godefroid  de  Claire  et  Hugo  d'Oignies. 

Les  faits  rassemblés  au  cours  de  cette  enquête  per- 
mettent de  mieux  saisir  la  portée  des  considérations 
faites  plus  haut  à  propos  des  origines  des  chanoines 
réguliers.  La  connaissance  de  la  doctrine  des  réforma- 
teurs nous  empêche  de  considérer  leur  œuvre  comme 
une  simple  tentative  de  «  monachisation  »  du  clergé, 
quelle  que  soit  l'importance  des  emprunts  faits  aux  di- 
verses législations  monastiques.   Par  contre,  nous 
avons  constaté  que  la  cura  animarum,  dont  l'exercice 
par  les  réguliers  est  loin  d'être  systématique,  ne  consti- 
tue pas  un  trait  essentiel  de  leur  profession.  Quant 
aux  motifs  qui  déterminent  le  choix  de  la  règle  de 
S.  Augustin,  ils  varient  suivant  que  l'on  entend  par 
cette  formule  la  Régula  tertia  ou  l'Ordo  monasterii.  Les 
partisans  de  ce  dernier  y  trouvent  une  justification  de 
leur  ascétisme  extrême,  tandis  que  les  promoteurs  de 
la  première  y  voient  une  explication  de  leur  idéal  de  I 
vita  apostolica.  Cette  expression  sans  cesse  reprise  par 
les  réguliers  nous  donne  vraiment  la  solution  du  pro- 
blème. Mais,  pour  en  saisir  la  signification,  il  faut  se 
rappeler  la  grande  inquiétude  religieuse  du  xi«  S.,  la  i 
lutte  pour  le  bon  ordre  et  le  retour  aux  traditions  de  ! 
l'Église  primitive  qui  forment  les  traits  essentiels  de  la  | 
mentalité  grégorienne.  Tout  comme  le  moine  veut 
retrouver  au  delà  de  toute  adaptation  la  discipline  des 
Pères  du  désert  ou  la  lettre  de  S.  Benoît,  de  même  le  i 
chanoine  rejette  la  législation  d'Aix  et  reprend  la  vie  i 
comnunie  stricte  adoptée,  pense-l-il,  aux  origines  de 


KME   (i  H  EGO  RI  EN  ni:  'i04 

l'ordre,  à  l'exemple  des  apôtres  et  des  premiers  chré- 
tiens. Le  même  esprit  de  fidélité  à  la  tradition  le 
pousse  à  reviser  les  autres  points  de  la  discipline, 
entre  autres  la  liturgie. 

Mais  cet  idéal  canonial  qui,  à  l'origine  du  moins,  ne 
compte  pas  l'exercice  de  la  cura  animarum  comme  un 
élément  essentiel,  est-il  vraiment  original?  Ne  faut-il 
pas  admettre  avec  l'auteur  du  Dialogus  inter  Clunia- 
censem  et  Cisterciensem  que,  malgré  leur  prétention, 
les  chanoines  réguliers  ne  sont  que  des  moines?  Telle 
n'était  certes  pas  la  pensée  d'Urbain  II  lorsqu'il  inter- 
disait le  passage  ad  vitam  arctiorem,  ni  celle  des  promo- 
teurs de  la  vie  canoniale  dont  nous  avons  analysé  les 
œuvres.  Pour  comprendre  leur  position,  il  faut, 
croyons-nous,  se  placer  dans  la  perspective  d'une 
église  entièrement  «  apostolique  ».  En  face  d'un  mona- 
chisme  de  type  cistercien,  retiré  au  désert,  adonné  au 
travail  manuel  et  refusant  les  biens  ecclésiastiques  ou 
séculiers,  les  chanoines,  observant  la  vie  commune 
stricte,  y  auraient  trouvé  une  place  définie  et  nette- 
ment différenciée.  Mais,  en  réalité,  la  réforme  aboutit 
à  la  juxtaposition  des  chanoines  séculiers  et  réguliers, 
des  moines  blancs  et  noirs.  En  face  de  ces  derniers  qui 
prétendent  unir  la  plénitude  du  sacerdoce  à  la  profes- 
sion monastique,  les  clercs  fidèles  à  la  uita  apostolica 
n'offraient  pas  une  grande  originalité,  si  ce  n'est  dans 
le  mode  d'habillement  et  la  manière  de  clianter  l'of- 
fice —  deux  points  d'ailleurs  très  importants  aux  yeux 
des  médiévaux.  Cette  complexité  de  la  vie  spirituelle 
et  la  diversité  des  coutumes  canoniales  ont  certaine- 
ment contribué  à  affaiblir,  dans  la  seconde  moitié  du 
xii«  s.,  l'originalité  de  la  réforme  dont  les  premiers  pro- 
moteurs avaient  un  sens  très  aigu.  Mais,  au  cours  des 
siècles  suivants,  plusieurs  mouvements  religieux  trou- 
veront encore  dans  la  vie  canoniale  régulière  la  for- 
mule de  spiritualité  adaptée  à  leurs  besoins.  Au 
xiii«  s.,  le  Val-des-Écoliers,  les  Croisiers  belges  et 
d'autres  congrégations  font  revivre  l'érémitisme,  tan- 
dis que  S.  Dominique  organise  dans  le  même  cadre  ses 
Prêcheurs.  Plus  tard  encore,  le  Latran  en  Italie, 
Chancelade  et  Ste-Geneviève  de  Paris,  Windesheim 
et  Groenendael,  centres  de  la  mystique  des  Pays-Bas, 
reprendront  les  traditions  canoniales  du  xi«  siècle. 

Bibliographie.  —  Elle  a  déjà  été  dressée  en  grande  par- 
tie dans  les  articles  déjà  cités  du  D.  A.  C.  L.,  du  D.  D.  Can. 
et  du  D.  de  Spir.  —  Parmi  les  anciens  ouvrages,  il  faut  sur- 
tout retenir  :  E.  Amort,  Vêtus  disciplina  canonicorum 
saecularium  et  regularium,  Venise,  1747.  —  [A.  Lelarge],  De 
ordine  canonicorum  disquisitiones,  Paris,  1697.  —  J.  \. 
Zunggo,  Hisloria  generalis  et  spccialis  de  ordine  canonicorum 
regularium  S.  Augustini  Prodromus,  Tiguri,  1742,  2  vol.  — 
Des  listes  précieuses  de  cartulaires  des  cathédrales  et  collé- 
giales sont  fournies  par  A.  Hauck,  iv,  in  ftne,  pour  l'Alle- 
magne, et  par  E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  ecclés.  en 
France,  vi.  Églises  et  monastères  centres  d'accueil...,  LiUe- 
Paris,  1943,  in  fine,  pour  la  France.  —  Parmi  les  travaux 
déjà  cités,  voir,  pour  leur  portée  générale  :  .J.  C.  Dickinson, 
The  origins  oj  the  Austin  canons  and  their  introd.  inio 
England,  Londres,  1950.  —  E.  Fournier,  Nouv.  rech.  sur  les 
curies,  cliapitres  et  universités  de  l'ancienne  Église  de  France, 
Arras,  1942.  —  L.  Hertling,  Kanoniker,  Auguslinerregel, 
Augustinerorden,  dans  Zeitschr.  fur  kath.  Théologie,  un, 
1930,  p.  335-69.  —  L.  Levillain,  Études  sur  l'abbaye  de 
S.-Denys  à  l'époque  mérovingienne,  dans  Bibl.  de  l'École 
des  chartes,  lxxxvi,  1925,  p.  5-99.  —  E.  Lesne,  Ilist.  de  la 
propriété  ecclés.  en  France,  dans  Mém.  publ.  par  la  Fac. 
cath.  de  Lille,  fasc.  6,  19,  30,  34,  44,  46,  50,  53,  Lille-Paris, 
1910-43.  —  J.  P.  Llamazares,  Clerigos  y  monjes,  Léon, 
1934.  —  P.  Mandonnet,  M. -H.  Vicaire  et  R.  Landner, 
S.  Dominique,  l'idée,  l'homme  et  l'œuvre,  ii,  Paris,  1937.  — 
A.  Poeschl,  Bischofgut  und  «  nwnsa  cpiscopalis  »,  Bonn, 
1908.  —  H.  Schaefer,  Pjarrkirchc  und  StiH  im  M.  A., 
dans  Kirchenrechtl.  Abh.,  fasc.  3,  Stultgart,  1903.  —  G. 
Sclireiber,  Kurie  und  Kloster  im  XIT.  Jht,  ibid.,  fasc.  67- 

68,  Stuttgart,  1910.  J.  Wirgt-s.  J)ie  Anfànge  der  Augus- 

tincr-Chorherren....  Diss.,  Betzdorf,  1928.  —  On  trou- 
vera une  bibliographie  courante  dans  les  AnalecUi  Prae- 


4U5  CHANOINES 

monsiratensia,  Tongerloo,  depuis  1925,  et  dans  Ordo  canoni- 
cus,  Rome,  depuis  1947. 

Ch.  Dereine. 
CHANT  AL  (AiMON  de).  Voir  Aimon  de  Chal- 

LANT,  I,  1192. 

CHANTAL  (Jeanne-Françoise  de).  Voir 
Jeanne-Françoise  de  Chantal  (Sainte). 

CHANTELLE  (S.-Vincent),  Cantella,  dioc.  de 
Clermont,  aujourd'hui  Moulins  (Allier),  sur  la  Bouble. 
En  937,  Ainaud  et  sa  femme  Rothilde  fondèrent  en 
l'église  de  S.-Vincent  à  Chantelle  un  monastère  qu'ils 
donnèrent  aux  chanoines  réguliers  de  S. -Pierre 
d'Évaux.  Cette  église,  ancienne,  est  déjà  mentionnée 
par  Sidoine  Apollinaire  (fin  du  v«  s.).  Il  ne  semble 
pas  qu'avant  d'avoir  été  confiée  aux  chanoines  régu- 
liers elle  ait  été  occupée  par  des  bénédictins,  comme 
on  l'a  cru.  Le  monastère  ne  fut  d'ailleurs  organisé  en 
prieuré  qu'au  xii«  s.  et  ses  religieux  ne  furent  jamais 
nombreux.  —  Réuni  au  collège  des  jésuites  de  Mou- 
lins en  1612,  il  reçut,  en  1644,  la  réforme  des  chanoines 
réguliers  de  la  Congrégation  de  France.  Il  fut  vendu 
comme  bien  national  en  1794  et,  en  1853,  cédé  aux 
bénédictines  de  Pradines,  qui  y  établirent  une  fon- 
dation, érigée  en  abbaye  en  1890. 

L'église  du  xiii«  s.  et  une  partie  du  cloître  des  xi" 
et  XV*  s.  sont  conservées. 

Baunier-Besse,  Abbages  et  prieurés...,  v,  108.  —  Benne- 
tôt,  Chantelle  et  son  monastère,  Roanne,  1892.  —  Boudant, 
Hist.  de  Chantelle,  1862.  —  Cottineau,  i,  692.  —  M.  Fazy, 
M.  Génermont,  Un  millénaire  en  Bourbonnais.  Le  prieuré 
de  S.-Vincent  de  Chantelle  et  l'abbaye  de  Chantelle,  dans 
Bull,  de  la  Soc.  d'émul.  du  Bourbonnais,  xl,  1937,  p.  173- 
212.  —  P.  Flamant,  Le  premier  seigneur  de  Bourbon  et  la 
charte  de  fondation  de  Chantelle.  —  Gall.  christ.,  i,  66;  ii, 
35,  254;  Instr.,  6.  —  P.  Delattre,  Les  établissements  des 
Jésuites  en  France  depuis  quatre  siècles,  fasc.  v,  Wetteren, 
1949,  col.  1284-88. 

R.  Van  Uoren. 
CHANTELOU  (Claude),  bénédictin  de  la  con- 
grégation de  S.-Maur  (t  1664).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2215. 

CHANTEMERLE  (Abbaye  S.-Serein  de).  Con- 
nus Merulae,  cant.  de  Sézanne,  dép.  de  la  Marne,  an- 
cien dioc.  de  Troyes,  aujourd'hui  de  Chàlons-s. -Marne. 
Cette  ancienne  cella,  connue  par  la  Vie  légendaire  de 
S.  Serein  (vii«  s.?)  et  mentionnée  en  826  dans  une 
translation  de  S.  Sébastien,  ne  réapparaît  dans  l'his- 
toire qu'en  1135,  date  à  laquelle  les  chanoines  de  la 
collégiale  établie  entre  temps  adoptent  la  règle  de 
S.  Augustin.  La  nouvelle  communauté,  placée  sous  la 
dépendance  de  l'évêque  de  Troyes,  bénéficie  des  lar- 
gesses des  comtes  de  (Champagne  et  de  la  protection  du 
pape  Alexandre  III  qui,  en  1165,  confirme  le  statut  et 
les  biens  de  l'abbaye  (Jafïé,  11176).  Dès  1156, 
Adrien  IV  était  intervenu  pour  aplanir  le  différend 
surgi  entre  les  chanoines  et  les  moines  de  Moustier-la- 
Celle  (Meinert,  Papsturkurjden,  nouv.  sér.,  i,  49). 

Le  manque  presque  total  de  documents,  constaté 
déjà  en  1610  par  l'historien  du  dioc.  de  Troyes,  Camu- 
zat,  ne  permet  pas  de  retracer  l'histoire  ultérieure  de 
l'abbaye  qui  fut  unie  en  1640  à  S. -Loup  de  Troyes  et 
avec  cette  dernière  à  la  Congrégation  de  France  en 
1650.  Toutefois,  en  1682,  J.  Cousinet  relève  dans  l'obi- 
tuaire  la  liste  des  abbés  et  entre  en  relation  avec  Pape- 
broch  au  sujet  de  la  vie  et  du  culte  de  S.  Serein. 

Liste  des  abbés  (d'après  Gall.  christ.,  xii,  593)  : 
Girard,  1155.  —  Ponce,  1163.  —  Grégoire,  1165.  — 
Guibert,  1185.  —  Thibaut,  1210.  —  Henri,  1218.  - 
Jean  I",  1223.  —  Jean  II,  1239.  -  Guy,  1242.  — 
Henri,  1259.  —  Nicolas  1",  1267.  -  Pierre  I",  1325. 
Robert,  1326.  —  Nicolas  II,  1332.  —  Jean  III,  1347. 
-  -  Thibaut,  1384.       Pierre  II,  1399.  -  -  Gilles  I", 


—  LHAOSHIEN  4UU 

1411.  Jean  IV,  1416.  ■  Michel  I",  1417.  — 
GiUes  II,  ?  —  Jean  V,  1473.  —  Julien  le  Mayrat,  1491. 
—  Jean  VI  Chenier,  1516.  —  Sébastien  Soniielon,  ?  — 
Michel  II,  1569.  —  Jean  VII,  1632.  —  Ferry  de 
Choiseul,  commendataire,  1625.  —  Gilbert  de  Choi- 
seul,  1631.  —  Robert  le  Blanc,  ?  ■ —  Louis  Bourgeois 
d'Heauville,  1680.  —  Henri  de  Briquerille,  1706.  — 
De  Montenoy,  1760.  —  De  Cicé,  1789. 

Archives  du  dép.  de  l'Aube,  H,  quelques  pièces.  —  Bibl. 
Ste-Geneviève,  mss.  12S0  et  727.  —  Beaunier-Besse, 
Abbayes  et  prieurés...,  vi,  144.  —  Gall.  clu-ist.,  xii,  592-93.  — 
Vita  S.  Sereni,  éd.  des  A.  S.,  oct.,  i,  345  (=  B.H.  L.,  7592). 

1  —  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  Il,  ann.  826.  —  N.  Camuzat, 
Promptuarium  sacrum  antiquitatum   Tricassinensis  dioc, 

\   Troyes,  1610. 

Ch.  Dereink. 
CHANTEUGES,  Cuntoyilum,  autrefois  dioc.  de 
j  S.-Flour,  aujourd'hui  du  Puy;  cant.  de  Langeac,  arr. 
I  de  Brioude  (Hte-Loire),  au  confluent  de  l'Allier,  de  la 
Desges  et  de  la  Fioule.  En  936,  Cunibert,  prévôt  de 
Brioude,  y  établit,  avec  l'agrément  de  Raymond, 
comte  de  "Toulouse,  une  abbaye  de  bénédictins  sous  le 
titre  des  SS. -Julien  (de  Brioude)-et-Marcellin.  Elle  fut 
soumise  en  1137  à  la  Chaise-Dieu,  mais  cette  appar- 
tenance fut  souvent  contestée  par  Brioude.  Aujour- 
d'hui des  bâtiments  claustraux  snbsiste  l'église  du 
xii«  s.  avec  sa  façade  du  xvi". 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  277.  —  Bréhier, 
Origines  de  l'archit.  romane  en  Auvergne,  dans  Reuue  Mabil- 
I  Ion,  XIII,  22.  —  A.  Bninereau,  Chanteuges,  son  hist.,  ses  mo- 
I  numents,  dans  AUuanach  de  Brioude  et  de  son  arrondisse- 
!  ment,  7'  ann.,  1926,  p.  107-28.  —  Chevalier,  T.  B.,  653.  — 
Cottineau,  l,  693-94.  —  Gall  christ.,  u,  334,  346,  436-37.  — 
j  Grellet,  Chanteuges,  son  hist.,  ses  antiq.  et  ses  traditions,  dans 
j  Annales  Soc.  agric,  x.  Le  Puy,  1839,  p.  273.  —  Mabillon, 
i  Annales  O.  S.  B.,  m,  433,  707.  —  Devic-Vaissete,  Hist.  gén. 
'   de  Languedoc,  v,  17],  188,  699. 

R.  Van  Doren. 
CHANTOIN  (S.-Piehre  de),  Cantabennum  ou 
Cantonium,  à  Clermont,  dioc.  de  Clermont.  Grégoire  de 
Tours  nous  a  gardé  le  souvenir  d'une  crypte  de  Chan- 
toin,  où  fut  enterré  au  début  du  iv*  s.  Ubricus,  et  d'un 
j  oratoire  élevé  sur  elle  à  la  lin  du  v<=.  Nous  ne  connais- 
;  sons  rien  de  l'histoire  du  monastère  de  moniales  qu'y 
j  installe  au  vii«  s.  S.  Genès,  évêque  de  Clermont.  A  la 
I  fin  du  xii"^  s.,  maître  Alfred  y  place  une  communauté 
de  chanoines  réguliers  qu'il  unit  bientôt  à  la  célèbre 
abbaye  de  Pébrac,  fondée  un  siècle  auparavant  par 
S.  Pierre  Chabanon.  En  1219  et  1229,  Robert,  évêque 
de  Clermont,  encourage  par  des  indulgences  la  généro- 
sité des  fidèles  à  l'égard  de  la  nouvelle  fondation  et 
précise  son  statut  de  dépendance  à  l'égard  de  Pébrac. 
L'histoire  de  Chantoin  se  confond  avec  celle  de  cette 
maison  jusqu'au  milieu  du  xvii"'  s.  A  cette  date,  les 
revenus  de  la  mense  abbatiale  sont  unis  à  ceux  de 
Notre-Dame-du-Port  et  une  communauté  de  carmes 
déchaux  est  installée  dans  le  monastère  jusqu'à  la 
Révolution.  Au  xix«  s.,  les  missionnaires  diocésains 
occupent  la  maison. 

Line  chronique  très  brève  contenant  des  renseigne- 
ments d'ordre  politique  a  été  rédigée  à  Chantoin,  pro- 
bablement au  xiii'^  s.,  et  éditée  partiellement  par  Bou- 
quet, Recueil  des  hist.  de  France,  x,  169. 

Bibl.  de  Clermont,  ms.  672,  fol.  1-12.  —  Grégoire  de 
Tours,  Hist.  Francorum,  1.  I,  c.  xxxix;  II,  xxi.  —  Beau- 
nier-Besse, Abbayes  et  prieurés...,  v,  108.  —  Gall.  christ.,  ii, 
j   245;  Instr.,  124.  —  Cohadon,  Becherches  hist.  sur  Cluuitoin, 
!   dans  Tablettes  /lis/.,  m,  .529.  —  Pour  plus  de  détails,  voir  Colti- 
j  neau,  i,  694. 

'  Ch.  Dereine. 

CHAOSHIEN,  Tchaoshien,  ville  du  Hopeh 
(Tchély),  préfecture  apostolique,  est  détachée  de 
Chengting  le  18  mars  1929,  devient  vicariat  aposto- 
lique le  11  jaiiv.  1932,  est  érigé  en  évèché  suflraganl  de 
Pékin  le  11  avr.  1946.  Il  est  confié  au  clergé  indigène. 


407 


CHAOSHIEN 


GHAPEAVILLE 


40S 


En  1934  :  35  856  catholiques;  5  393  catéchumènes;  I 
25  prêtres. 

Évêque  :  Jean  Tchang,  préf.  ap.,  1929;  vie.  ap., 
1932;  év.,  1946. 

L.  Van  Hee. 

CHAPDELA INE  (Auguste),  né  le  6  janv.  1814, 
neuvième  enfant  d'une  famille  normande  qui  avait 
caché  des  prêtres  sous  la  Révolution.  Obligé  de  tra- 
vailler aux  champs,  il  dut  attendre  sa  vingtième  an- 
née avant  de  commencer  le  latin.  Admis  au  grand  sémi- 
naire de  Coutances  en  1839,  il  y  devint  le  «  bon  et  saint 
Chapdelaine  ».  Prêtre  en  1843  et  quelque  temps  vi- 
caire, il  aimait  la  retraite  et  l'étude.  Très  austère,  il 
jeûnait  le  vendredi  et  le  samedi. 

Entré  aux  Missions  étrangères  à  trente-sept  ans,  il 
part  d'Anvers  en  mai  1852  et  atteint  Hongkong  en 
1853.  En  1854,  il  est  au  Kwangsi.  A  peine  arrivé  à 
Silin,  il  est  arrêté,  puis  relâché.  Bon  nombre  de  fa- 
milles embrassent  la  foi.  Pendant  la  persécution  il  se 
cache  chez  un  vieux  néophyte.  En  févr.  1856,  les  satel- 
lites arrivèrent  à  Yaochan.  Furieux  de  ne  pas  trouver 
l'Européen,  ils  battent  les  femmes,  pillent  le  village  et 
arrêtent  la  catéchiste,  Agnès  Ts'ao.  Le  matin  du 
25  févr.,  des  mandarins  se  présentent,  suivis  de  deux 
cents  soldats.  Le  missionnaire  est  arrêté  avec  quatre 
chrétiens.  Au  prétoire,  le  sous-préfet  lui  fait  infliger 
trois  cents  coups  de  bambou,  mais  les  bourreaux  ne 
s'arrêtent  que  lorsque  le  corps  est  tout  ensanglanté. 
Jusqu'au  lendemain  soir,  Ch.  reste  à  genoux  sur  des 
chaînes  de  fer  tendues,  maintenu  au  moyen  de  cordes 
qui  le  tiennent  suspendu  par  les  pouces  et  les  cheveux. 
Le  26,  il  reçoit  trois  cents  coups  de  semelle  sur  les 
joues.  Attribuant  le  silence  du  martyr  à  un  sortilège, 
le  juge  fait  égorger  un  chien  pour  lui  verser  le  sang 
tout  chaud  sur  la  tête  —  stupéfaits  du  courage  des 
missionnaires,  attribuant  leur  force  d'âme  à  des  pro- 
cédés magiques,  plus  d'une  fois  les  mandarins  les  arro- 
sèrent avec  du  sang  de  chien  :  c'est  que  le  sang  du  chien 
(du  chien  noir  surtout)  était  considéré  comme  antidote 
de  la  magie.  —  Chapdelaine  mourut  le  4  mars  1856. 

L.  Van  Hee. 

CHAPEAVILLE  (Jean),  théologien  et  histo- 
rien, né  à  Liège  le  5  janv.  1551,  t  à  Liège  le  11  mai 
1617.  J.  Chapeaville,  ou  Chapeauville,  élève  des  uni- 
versités de  Cologne  et  de  Louvain,  où  il  obtint  en  1576 
sa  licence  en  théologie,  fut  ordonné  prêtre,  puis  nommé 
en  1579  curé  de  S. -Michel  à  Liège  et,  en  1582,  chanoine 
de  S. -Pierre  dans  la  même  ville  et  inquisiteur  épisco- 
pal.  En  1585,  le  nonce  de  Cologne,  Bonomi,  lui  obtint 
les  fonctions  d'examinateur  synodal  et,  en  1586,  Sixte- 
Quint  lui  conféra  à  la  cathédrale  de  Liège  une  pré- 
bende de  chanoine  pénitencier.  En  1592,  Chapeaville 
assuma  la  présidence  du  grand  séminaire  de  Liège;  en 
1598,  il  devint  vicaire  général,  scelleur  et  conseiller  pri- 
vé; en  1599,  prévôt  de  S. -Pierre  et,  en  1600,  archi- 
diacre de  Famenne.  Il  fut  inhumé  dans  l'église  de  Ste- 
Gertrude,  à  Liège. 

Chapeaville  est  surtout  célèbre  par  ses  Gesta  pontifi- 
cum,  recueil  de  chroniques  liégeoises,  compilation  in- 
telligente continuée  par  Chapeaville  lui-même.  Il  eut  le 
mérite  de  chercher  les  meilleurs  manuscrits  et  d'éditer 
les  textes  avec  science  et  bonne  foi.  Pour  l'histoire  du 
xvi'5  et  du  xviie  s.,  il  se  montra  bon  historien,  généra- 
lement bien  informé  et  faisant  preuve  d'un  certain 
souci  de  critique  historique. 

Comme  théologien  et  fonctionnaire  ecclésiastique,  le 
rôle  de  Chapeaville  ne  fut  pas  moins  considérable.  On 
retiendra  surtout  la  part  qu'il  prit  à  la  fondation  et  à 
l'organisation  du  séminaire  de  Liège,  ainsi  qu'à  la  mise 
en  pratique  du  concours  pour  la  collation  des  cures. 
Hn  outre,  il  fit  paraître  plusieurs  traités  de  théologie 
morale  dont  on  trouvera  la  description  dans  la  liste 
bibliographique  qui  suit. 


De  l'homme,  nous  savons  peu  de  chose,  si  ce  n'est 
qu'il  fut  un  des  partisans  les  plus  sincères  de  la  réforme 
catholique,  un  bienfaiteur  héroïque  des  pestiférés  et  un 
guide  énergique  pour  le  clergé. 

Œuvres.  —  Tractatus  de  necessilate  et  modo  admi- 
nistrandi  sacramenta  tempore  pestis,  Liège,  1586,  in-8"; 
Mayence,  1612,  in-8°;  Cologne,  1623,  in-8'';  Louvain, 
1637,  in-12;  Strasbourg,  1680,  in-12.  —  Petit  traité  des 
vices  et  des  vertus,  desquels  est  faicte  mention  ès  évangiles, 
Liège,  1594,  in-4'>;  réimprimé  en  1595  avec  l'ouvrage 
suivant.  —  Abrégé  de  la  somme  des  péchez  M.  J.  Bene- 
dicti,  Liège,  1595,  in-4''.  — De  casibus  reservatis,  tracta- 
tus in  duas  partes  distinctus,  Liège,  1596,  in-S";  Liège, 
1603,  in-8°;  Milan,  1608,  in-12;  Liège,  1614,  in-12; 
Douai,  1627,  in-12;  Liège,  1635,  in-12;  à  partir  de  la 
quatrième  édition,  ce  traité  est  intitulé  Thésaurus  ca- 
suum  reservatorum.  —  Pastorum  instructiones,  d'An- 
toine Ghénard,  avec  une  épître  dédicatoire  de  Chapea- 
ville, Liège,  1598,  in-8'>.  —  Catechismi  Romani  elucida- 
tio  scholastica,  Liège,  1600,  in-8°;  Brescia,  1601,  in-8<'; 
Liège,  1603,  in-8''.  —  Historia  admirandarum  curatio- 
num,  quae  divinitus  ope  deprecationeque  divi  Perpetui 
Leodiensis  episcopi  et  confessoris,  ad  ejus  sacras  reli- 
quias  Dionanti,  anno  1599  et  aliquot  superioribus  conti- 
gerunt.  Adjecta  est  vita  diui  Perpetui,  cum  descriptione 
urbis  Dionantensis,  Liège,  1601,  in-4";  éd.  franç.  la 
même  année  chez  le  même  éditeur.  —  Summa  cate- 
chismi Romani,  in  gratta  ordinandorum,  catechistarum 
et  parochorum  dioec.  Leodiensis,  Liège,  1605,  in-12; 
nombreuses  éd.  ultérieures,  dont  une  éd.  flamande  pu- 
bliée à  Liège  en  1609.  —  Epistola  ad  catechistas.  De 
taedio  quod  catechistis  obrepere  solet  ejusque  remediis, 
Liège,  1605,  in-12;  Liège,  1608;  Liège,  1613.  —  Tracta- 
tus historiens  primae  originis  festivitatis  sacratissimi 
corporis  et  sanguinis  Christi,  ex  vera  testataque  revela- 
tione  divinitus  facta  sanctae  virgini  Julianae;  on  as- 
sure qu'une  édition  française  de  ce  traité  vit  le  jour, 
avant  que  son  texte  latin  ne  soit  inséré  au  t.  ii  des 
Gesta.  —  Qui  Gesta  pontiftcum  Tungrensium,  Trajec- 
tensium  et  Leodiensium  scripserunt  auctores  praecipui, 
Liège,  1612,  1613,  1616,  3  vol.;  en  1618,  l'imprimeur 
ajouta  aux  exemplaires  qui  lui  restaient  un  titre  nou 
veau,  avec  la  date  de  1618,  le  portrait  de  Chapeaville 
par  Valdor  et  sa  Vie  par  un  anonyme.  —  Catalogue  des 
évesques  de  Tongres,  Maëstricht  et  Liège,  ...tiré  du  latin 
veu  et  prouvé  par  R.  P.  Jean  Chapeauille...,Liège,  1617, 
in-8°;  réimpression,  avec  préface,  par  Ad.  Delvaux 
de  Fenffe,  Liège,  1929. 

J.  Daris,  Hist.  du  dioc.  et  de  la  principauté  de  Liège  pen- 
dant le  XVI'  s.,  Liège,  1884,  p.  627. —  J.  Daris,  Notices  sur 
les  églises  du  dioc.  de  Liège,  i,  Liège,  1867,  p.  95;  iv,  Liège, 

1871,  II'  part.,  p.  177.  —  M.  Delcoiirt-.T.  Hoyoux,  Torren- 
tius  créancier  de  Chapeanville,  dans  les  Miscellanea  J.  Gess- 
ler,  Louvain,  1948,  p.  376-85.  —  J.  de  Theux  de  Montjar- 
din.  Le  chapitre  de  S.-Lambert  à  Liège,  m,  Bruxelles,  1871, 
p.  184.  —  X.  de  Theux  de  Montjardin,  Bibliogr.  liégeoise, 
2»  éd.,  Bruges,  1885,  col.  19,  24-27,  36,  41,  43,  45,  49,  51,  55, 
120.  —  A.  Dubois,  Le  chapitre  calhédral  de  S.-Lambert  à 
Liège  au  XTII»  s.,  Liège,  1949,  p.  207,  257.  —  T.  Goberl, 
Liège  à  travers  les  dges,  iv,  Liège,  1935,  p.  310-11.  —  H.  Hel- 
big,  Ciiapeauville,  dans  la  Biogr.  nationale,  ni,  Bruxelles, 

1872,  col.  428-32.  —  L.  Lahaye,  Analyse  des  actes  coiitenus 
dans  le  registre  du  scel  des  grâces  sous  Ernest  de  Bavière 
(1580-1602),  Liège,  1938,  p.  53,  139,  150.  —  L.  Mergent- 
heim.  Die  Quinquennaljakultdten  pro  foro  externo,  i,  Stutt- 
gart, 1908,  p.  201.  —  E.  Poncelet,  Inventaire  analytique  des 
chcu-tes  de  la  collégiale  de  S.-Pierre  à  Liège,  Bruxelles,  1906, 
p.  xxviii.  —  E.  Poncelet,  Liste  des  vicaires  généraux  et  des 
scelleurs  de  l'évêché  de  Liège,  dans  le  Bull,  de  la  Soc.  d'art  et 
d'hist.  du  dioc.  de  Liège,  xxx,  Liège,  1939,  p.  44.  —  E.  Pon- 
celet, Mémorial  des  archives  détruites  en  lt)44,  i.  Inventaire 
des  dépêches  du  conseil  privé  de  Liège  (1581-1612),  Liège, 
1945,  p.  82-111.  —  E.  Schoolmeesters,  Une  lettre  de  Cha- 
peauville concernant  Huy,  dans  Leodium,  ii,  Liège,  1903, 
p.  63-64.  —  E.  Schoolmeesters,  Un  rescrit  de  la  nonciature  de 
Cologne  contre  le  vicaire  général  Chapeaville,  dans  Leodium, 


409 


CHAPEAVTLT>K 


C  H  A  P  E I.  L  I    T  A I L I .  R  F  \\  R 


410 


III,  Liège,  1901,  p.  10-12.  —  G.  Sinu-non,  La  nominalion  des 
curéx  <ln  dioc.  de  Liège  après  le  mncile  de  Trente,  dans  Leo- 
dium,  VII,  Liège,  1909,  p.  2-4.  —  G.  Simenon,  L'historien 
Cliapeauille,  dans  la  Revue  eeclésiastique  de  Liège,  xxv, 
Liège,  1933-34,  p.  284-92.  —  G.  Simenon,  Chapeaville  et  ses 
études  théologiques,  dans  la  Revue  eeclésiastique  de  Liège, 
XXVI,  Liège,  1934-3.'î,  p.  213-28. 

L.-E.  Halkin. 
CHAPELAUDE  (La),  Chapelle-Aude,  Chape- 
lotte,  Capella,  dioc.  de  Bourges,  aujourd'hui  de  Mou- 
lins, cant.  d'Huriel,  arr.  de  Montluçon  (Allier).  Pa- 
tron :  S.  Denis.  Ce  prieuré  des  bénédictins  de  l'abbaye 
de  S. -Denis  en  France  fut  fondé  par  Amblard  Godeth 
avant  1060.  Il  eut  quelque  importance  jusqu'au  jour 
où  il  devint  un  simple  bénéfice.  Son  église  romane  est 
conservée. 

Beaimier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  56.  —  M.  A. 
Chazaud,  Fragments  du  carlulaire  de  la  Ch.-A.,  Moulins, 
1868.  —  Chevalier,  T.  B.,  6.54.  —  Cottineau,  i,  695.  — 
M.  Fazy,  Les  origines  du  Bourbonnais,  Moulins,  1924 
(contient,  ii,  137,  la  liste  des  prieurs).  —  D.  Félibien,  Hist. 
de  S.-Denis,  129-30.  —  Janin,  Hist.  de  Montluçon,  507.  — 
Moret,  Paroisses  bourb.,  i,  408-14.  —  Raynal,  Hist.  du 
Berry,  i,  482. 

R.  Van  Doren. 

CHAPELLE-AUX-PLANCHES  (La),  Ca- 
pella ad  Plancas,  abbaye  de  l'ordre  de  Prémontré,  si- 
tuée au  dioc.  de  Troyes,  près  de  Beaufort,  arr.  de  Vas- 
sy-sur-Blaise  (Hte-Marne),  relevant  de  la  circarie  de 
France,  et  filiale  de  Beaulieu.  Cette  maison  fut  fondée 
en  1145  ou  1146  par  Simon  de  Beaufort  et  sa  famille. 
Une  chapelle  en  bois  avait  été  édifiée  à  l'endroit  oii  fut 
fondée  l'abbaye  et  lui  donna  son  nom.  La  première 
communauté  vint  de  l'abbaye  de  Bellelaye.  Le  pape 
Eugène  III,  de  passage  à  Paris,  approuva,  en  1147,  la 
fondation  de  l'église  et  sa  dotation;  en  1152  Simon,  fils 
du  fondateur,  reconnut  officiellement  les  dispositions 
de  son  père  en  faveur  de  la  fondation  de  l'abbaye;  il 
concéda  en  outre  l'immunité  de  ses  possessions. 

Liste  des  abbés.  —  1.  Galter,  mentionné  en  1145  et  en 
1152,  t  25  avr.  —  2.  Rainald,  mentionné  en  1172  et  en 
1175.  —  3.  Obert,  vivait  en  1182  et  1187.  —  4.  Jean  I", 
mentionné  en  1188.  —  5.  Richer,  mentionné  en  1192. 

—  6.  Odon,  mentionné  en  1196.  —  7.  Noé,  élu  en  1197. 

—  8.  Bertrand,  mentionné  en  1202.  —  9.  Guillaume  I", 
mentionné  en  1212  et  1220.  —  10.  (Nothus),  signalé  en 
1225.  —  11.  Isembart,  mentionné  en  1242.  —  12.  Her- 
bert, mentionné  en  1242.  —  13.  Fulcon,  vivait  en  1257. 

—  14.  Jean  II  Danisy,  t  31  mai  1336.  —  15.  Jean  III, 
promit  obéissance  sous  l'évêque  Pierre  d'Arcis  (1377- 
95).  —  16.  Nicolas  I",  promit  obéissance  à  l'évêque 
Jean  Léguisé  (1426-50).  —  17.  Guillaume  II,  promit 
obéissance  à  l'évêque  Louis  Raguier  (1450-83).  — 
18.  Étientie  I",  vivait  en  1472.  —  19.  Hugues  de  S.- 
Siria,  mentionné  en  1481.  —  20.  Étienne  II  Remy,  élu 
en  1501,  t  16  mai.  —  21.  Jean  IV  Nanthier,  alias 
Manthier  de  Droye,  élu  en  1519,  abdiqua  en  1528, 
t  1536.  —  22.  Jean  V  le  Sellier,  alias  Ceiclant,  du  dioc. 
d'Amiens,  premier  abbé  commendat.,  nommé  par  le 
roi  et  confirmé  par  l'abbé  de  Bellelaye,  f  le  l""'  nov. 
1545.  —  23.  Louis  Dauvet,  fils  du  seigneur  de  Rieux. 
En  même  temps  prieur  de  Longpont.  —  24.  Jacques  I" 
du  Plessis  de  Richelieu,  aumônier  du  roi,  évêque  de 
Luçon,  commendataire  en  même  temps  de  l'abbaye  de 
Nieuil-sur-l'Autize.  —  25.  Jacques  II  Genovillac,  pro- 
tonotaire apostolique,  commendataire.  —  26.  Claude 
Lhoste,  démissionna  après  quelques  années.  —  27.  Ni- 
colas II  Lhoste,  fils  du  précédent,  fit  profession  à  Pré- 
montré et  assista  au  chapitre  général  de  1618. 
28.  Jacques  III  Lescot,  nommé  en  oct.  1638;  promu 
évêque  de  Chartres,  le  22  juill.  1643,  céda  l'abbaye  en 
faveur  du  suivant.  —  29.  Jacques  IV  Lescot,  neveu  du 
précédent,  obtint  l'abbaye  en  1670.  —  30.  N.  de  Brè- 
vedent,  seigneur  de  Berville,  frère  du  sénateur  de 


;  Rouen,  était  en  possession  en  1680  et  1691.  —  31.  Hen- 
ri Guichard,  seigneur  de  Vouldy,  frère  de  N.  camérier 
du  roi  et  chanoine  de  Troyes  en  Champagne,  obtint 
l'abbaye  en  1691,  t  1699.  —  32.  N.  Boursault,  seigneur 
de  Viantais,  fils  du  marquis  de  ce  nom,  nommé  le 

24  déc.  1699.  —  33.  N.  de  Fusée  de  Voizenon,  prêtre, 
doyen  et  vicaire  général  de  Boulogne,  nommé  par  le  roi 
en  déc.  1733.  Céda  en  1742  cette  abbaye  pour  celle  du 
Jard  (Seine-et-Marne).  —  34.  Jean-Baptiste  Natal  le 
Rouge,  docteur  et  syndic  de  la  faculté  de  théologie  de 
Paris,  chapelain  de  la  reine  et  chanoine  de  la  collégiale 
de  S. -Nicolas  du  Louvre,  fut  désigné  comme  abbé  par 
le  roi  le  2  avr.  1742,  f  14  janv.  1753.  —  35.  N.  Gouault, 
vicaire  général  de  l'évêque  de  Troyes,  obtint  du  roi  la 
commende  le  27  janv.  1753. 

Archives  départementales  de  la  Hte-Marne,  cartulaire, 
plans,  registres,  bulles  et  chartes,  etc.  —  Un  obituaire  se 
trouve  à  la  Bibl.  nat.  de  Paris.  —  C.  L.  Hugo,  Annales 
Praem.,  i,  455.  —  Gall.  christ.,  xii,  621-24.  —  Ch.  Lalore, 
Cartulaire  de  la  Chapelle-aux-Planches,  dans  Coll.  des  cartu- 
laires  du  dioc.  de  Troyes,  1878.  —  R.  Van  Waefelghem, 
Répertoire,  55. 

M. -A.  Erens. 
CHAPELLE  TAILLEFER  (Pierre  de  la). 
Il  naquit  à  La  Chapelle-Taillefer  (Creuse),  du  chevalier 
Étienne.  Prévôt  d'Eymoutiers  (Hte-Vienne)  et  cha- 
noine de  Notre-Dame  à  Paris,  il  professa  le  droit  civil 
à  Orléans.  C'est  là  qu'il  connut  Bertrand  de  Got,  le  fu- 
tur Clément  V,  qui  peut-être  écouta  ses  leçons.  Phi- 
lippe le  Bel  le  remarqua  et  apprécia  ses  services.  En 
1288  Pierre  tenait  le  parlement  à  Toulouse  et  en  1290  à 
Paris.  Nommé  évêque  de  Carcassonne  (15  mai  1291),  il 
s'acquitta,  en  1296,  d'une  mission  délicate  que  lui  avait 
donnée  à  remplir  l'épiscopat  de  la  province  ecclésias- 
tique de  Narbonne.  Il  s'agissait  de  promettre  au  roi  de 
France  le  paiement  de  décimes  moyennant  la  conces- 
sion de  libertés.  Or  la  publication  subséquente  de  la 
bulle  Clericis  laicos  constituait  un  obstacle  redou- 
table. L'entrevue  qui  eut  lieu  aux  environs  de  Limoges 
avec  Philippe  le  Bel  se  borna  à  un  échange  mutuel  de 
politesses  sans  conséquences  (H.  L.  Fr.,  xxxiv,  68-69). 
Le  prince  mandata  Pierre  pour  effectuer  les  restitu- 
tions de  territoires,  stipulées  dans  le  traité  qui  avait 
été  signé  avec  Jayme  II,  roi  d'Aragon  (1298)  (Ê.  Ba- 
luze,  Vitae  paparum  Avenionensium,  éd.  G.  Mollat, 
m,  Paris,  1913-27,  p.  18-38).  Il  ne  put  qu'agréer  son 
transfert  à  Toulouse  que  lui  aimonça  Boniface  VIII  le 

25  oct.  1298  (ibid.,  ni,  229).  L'érection  en  1295  du 
diocèse  de  Pamievs  lésait  gravement  les  intérêts  de  la 
mense  du  nouvel  évêque;  il  eut  assez  de  crédit  près  du 
pape  pour  obtenir  une  enquête  qui  prouva  le  bien- 
fondé  de  ses  doléances  (J.-M.  Vidal,  Les  origines  de  la 
province  ecclésiastique  de  Toulouse,  Toulouse,  1903, 
p.  25-27).  L'élection  de  Clément  V  lui  assura  un  bril- 
lant avenir.  Créé  cardinal  du  titre  de  S. -Vital  le 
15  déc.  1305  et  parvenu  à  la  Cour  pontificale  le 
30  janv.  suivant,  il  capta  la  confiance  du  S. -Père  qui  se 
déchargea  sur  lui  d'affaires  épineuses.  Le  13  mars  1306, 
il  devait  partir  pour  le  Languedoc  afin  de  recueillir  des 
témoignages  relatifs  aux  plaintes  que  les  habitants  de 
Carcassonne  et  d'Albi  avaient  exprimées  contre  les  in- 
quisiteurs et  l'évêque  Bernard  de  Castanet.  Pierre  ins- 
trumenta de  concert  avec  Bérenger  Frédol,  réforma 
les  abus  réels  commis  et  donna  tort  à  Castanet  qui  fut 
suspendu  de  ses  fonctions  en  1307  (C.  Douais,  Docu- 
ments pour  servir  à  l'hist.  de  l'Inquisition  dans  le  Lan- 
guedoc, Paris,  1900,  II"  part.,  p.  306  sq.).  Au  cours  de 
sa  mission  il  reçut  l'évêché  de  Palestrina  (déc.  1306). 
Philippe  le  Bel  lui  témoigna  également  sa  confiance, 
l'envoya  traiter  la  paix  avec  l'Angleterre  et  le  chargea 
d'examiner  les  clauses  du  traité  d'Athis-sur-Orge  con- 
tracté avec  les  Flamands  (1306)  (G.  Lizerand,  Clé- 
ment V  et  Philippe  IV  le  Bel,  Paris,  1910,  p.  63,  71).  Le 


(:h\pkî,i-f.  taii,i,efkr  chappes 


cardinal  joua  un  rôle  actif  dans  le  procès  fameux  des 
Templiers.  Habilité  pour  en  connaître  par  bulles  du 
13  juin.  1308  et  chargé  de  la  garde  des  prisonniers,  il 
les  remit  entre  les  mains  du  roi  (Baluze,  op.  cit.,  m, 
82-83).  Le  don  de  16  000  livres  tournois  récompensa 
sans  doute  cette  complaisance  (ibid.,  138-40).  Quant  à 
l'instruction  du  procès  même,  elle  paraît  avoir  été 
menée  avec  trop  de  rapidité.  En  1309,  Pierre  négocia 
avec  les  diplomates  aragonais  la  question  de  la  Corse 
et  de  la  Sardaigne  qui  divisait  Jayme  II  et  les  Pisans 
(H.  L.  Fr.,  XXXIV,  125-26).  En  août  1310,  on  le  trouve 
chargé  d'enquêter  sur  le  procès  intenté  à  la  mémoire  de 
Boniface  VIII.  Il  eût  dû  également  essayer  d'apaiser 
les  querelles  surgies  entre  les  spirituels  et  les  conven- 
tuels, mais  une  maladie  l'empêcha  de  s'en  occuper.  Il 
mourut  le  16  mai  1312  et  fut  inhumé  dans  le  chœur  de 
la  collégiale  fondée  par  lui  à  La  Chapelle-Taillefer.  Son 
tombeau  en  cuivre  émaillé  disparut  pendant  la  Révo- 
lution française,  après  avoir  été  démonté  en  1767  et 
transporté  à  Guéret. 

H.  Finke,  Acla  Aragonensia,  Berlin,  1908-23.  —  Baluze, 
op.  cit.,  II,  106-11.  —  Douët  d'Arcq,  Cotlection  de  sceaux, 
II,  Paris,  1863,  n.  6175.  —  H.  L.  Fr.,  xxvii,  423-24;  xxxiv 
(voir  la  table  des  matières).  —  J.  de  Font-Réaux,  Le  c/in- 
pitrc  de  La  Ctiàtre  et  tes  paroi.tses  de  Fresselines  el  de  La  Cha- 
pelle-Taillefer, dans  Mémoires  de  la  Soc.  des  sciences  natu- 
relles et  archéol.  de  la  Creuse,  xxi,  1920,  p.  303-10.  —  H.  de 
P.erranger-H.  Hiigon,  La  fin  du  mausolée  ù  La  Chapelle- 
Taillefer,  ibid.,  XXV,  1931-34,  p.  477-83.  —  G.  Lizerand, 
op.  cit.,  passim.  —  ,I.-M.  Vidai,  Bullaire  de  V Inquisition 
française  au  XIV'  s.  et  jusqu'à  la  fin  du  Grand  Schisme, 
Paris,  1913,  p.  9-21,  41-42;  Documents  sur  les  origines  de  la 
province  ecclésiastique  de   Toulouse,  Paris,  1901. 

G.  MOLLAT. 

CHAPIVIAIM  (Henry-Palmer,  dom  John),  né 
dans  le  Suftolk  (Angleterre),  le  25  avr.  1865,  fit  ses  étu- 
des à  Oxford  et  Cuddesdon  et  fut  nommé  recteur  de  S.- 
Pancrace  à  Londres.  II  se  convertit  au  catholicisme  le 
8  déc.  1890,  entra  à  l'abbaye  bénédictine  de  Maredsous 
en  1892  et  passa  à  celle  d'Erdington  (Angleterre)  en 
1895.  Il  devint  supérieur  des  bénédictins  de  Caldey  en 
1911.  Il  fut  rattaché  à  l'abbaye  de  Downside  en-1919, 
dont  il  devint  abbé  en  1929.  t  le  7  nov.  1933. 

Principales  publications.  —  Bishop  Gore  and  the 
Catholic  daims,  1905;  The  flrsl  eight  gênerai  councils 
and  papal  infaUibitity,  1906;  The  condemnation  of 
Honorius,  1907;  Notes  on  the  early  histonj  of  the  Vul- 
gale  Gospels,  1908;  John  the  Presbyter  and  the  Fourth 
Gospel,  1911;  Studies  on  the  early  papacy,  1928;  St 
Benedict  and  tlie  sixth  century,  1929.  —  Il  collabora  à 
plusieurs  revues  de  théologie  et  d'histoire. 

Bull,  d'hist.  bénéd.,  iv,  1932-41,  p.  191*-92*.  —  Had.  de 
Moreaii,  Dom  Jean  Chapman,  dans  Keu.  lit.  et  mon.,  xix, 
1934,  p.  441-47.  —  R.  Hudleston,  7"he  spiritual  letiers  of 
dom  John  Chapman,  2»  éd.,  1935,  p.  1-30.  -—  Rev.  d'iiist. 
eccl.,  XXX,  1934,  p.  204,  456,  725.  —  Catholicisme,  ii,  948. 

R.  Van  Doren. 

I.  CH APRES  (Pierre  de).  Docteur  en  droit 
civil,  il  sut  se  ménager  à  la  Cour  pontificale  de  puis- 
sants protecteurs,  tels  que  Louis  de  Clermont,  sire  de 
Bourbon,  le  cardinal  Arnaud  de  Pellegrue  dont  il  était 
chapelain,  et  le  régent  Philippe  le  Long  près  duquel  il 
remplissait  les  fonctions  de  clerc  et  de  conseiller.  Aussi, 
dès  le  7  sept.  1316,  Jean  XXII  lui  conférait  à  la  fois 
des  canonicats  à  Châlons-s. -Marne,  à  Bourges  et  à  Pa- 
ris, quoiqu'il  en  possédât  déjà  un  à  Reims  et  un  autre  à 
S.-Outrille  de  Bourges,  en  plus  d'une  paroisse  et  des 
prieurés  de  Duabus  Casis  (dioc.  de  Carcassonne)  et  de 
Chavenon  (Allier)  (G.  MoUat,  Lettres  communes  de 
Jean  XXII,  i,  n.  202,  297,  346).  En  janv.  1317,  la  di- 
gnité de  chancelier  de  France  le  mit  en  relief.  Philippe 
le  Long  lui  prouva  sa  confiance  en  le  choisissant 
comme  arbitre  dans  le  conflit  survenu  avec  le  duc  de 
Bourgogne  et  la  noblesse  champenoise,  à  l'occasion  de 


son  accès  au  trône  royal.  En  mars  1318,  le  chancelier  se 
rendit  à  Avignon  afin  de  participer  aux  pourparlers 
qui,  espérait-on,  mettraient  fin  aux  hostilités  existant 
entre  le  roi  et  les  Flamands.  Si  la  sentence  pontificale 
fut  rendue  le  8  mars,  la  ratification  du  traité  de  paix 
n'eut  lieu  que  le  7  janv.  1320.  Ce  jour-là,  P.  de  Chappes 
exposa  longuement  l'état  de  la  question  dans  une  ' 
séance  du  grand  conseil.  A  une  date  imprécise  le  roi 
sollicita  pour  lui  un  évêché,  dans  une  lettre  souscrite 
de  sa  propre  main.  N'ayant  pas  obtenu  satisfaction,  il 
exprima  sa  «  stupéfaction  »  à  Jean  XXII,  qui  d'abord 
lui  rappela  les  faveurs  accordées  à  Pierre  au  début  de 
son  pontificat,  puis  dévoila  crûment  ses  sentiments  :  le 
chancelier  était  «  dévoré  d'ambition,  avide  d'honneurs 
temporels  et  de  dignités,  jaloux  de  ceux  qui  recevaient 
l'épiscopat  »  (A.  Coulon,  Lettres  secrètes  et  curiales  de 
Jean  XXII,  i,  n.  799).  Philippe  le  Long  insista-t-il  en- 
core? On  ne  sait.  Quoi  qu'il  en  soit,  Jean  XXII  accorda 
l'évêché  d'Arras  à  son  protégé,  le  29  oct.  1320  (G.  Mol- 
lat,  op.  cit.,  m,  n.  12528).  Cette  faveur  surprend,  car 
P.  de  Chappes  commit  certaines  indélicatesses  dans 
l'exercice  de  ses  fonctions  de  chancelier,  qu'il  aban- 
donna le  24  janv.  1321  (L.  Perrichet,  La  grande  chan- 
cellerie de  France,  des  origines  à  1328,  Paris,  1912, 
p.  312-18,  533-35;  O.  Morel,  La  grande  chancellerie 
royale  et  l'expédition  des  lettres  royaux,  Paris,  1900, 
p.  423).  Chose  curieuse,  la  faveur  royale  demeura  inté- 
gralement :  le  prélat  resta  membre  du  grand  conseil  et 
le  souverain  le  désigna  pour  son  exécuteur  testamen- 
taire. En  1323,  Charles  le  Bel  le  nommera  ministre  de 
Louis  de  Crécy. 

P.  de  Chappes  tarda  à  recevoir  la  consécration 
épiscopale,  postérieurement  au  1"  févr.  1321  (G.  Mol- 
lat,  op.  cit.,  III,  n.  12900).  Il  eut  des  difficultés  avec  les 
héritiers  de  son  prédécesseur  à  Arras  et  avec  des  barons 
rebelles  (ibid.,  n.  12903,  12904). 

Le  revirement  de  l'opinion  du  pape  à  l'égard  du  nou- 
vel évêque  se  manifesta  très  rapidement.  On  le  voit  lui 
accorder  sa  confiance  en  1323  dans  une  affaire  judi- 
ciaire qui  fut  en  son  temps  sensationnelle,  puisque  la 
cour  de  France  s'en  mêla.  Il  s'agissait  du  procès  d'in- 
quisition intenté  par  l'inquisiteur  Maurice  de  Saint- 
Paul  au  sire  de  Parthenay,  Jean  l'Archevêque.  P.  de 
Chappes  fut  chargé  d'en  connaître  avec  Pierre  de  Mor- 
temart.  La  cause  traîna  en  longueur  et  des  intrigues  se 
produisirent,  si  bien  que  l'inculpé  et  l'inquisiteur  com- 
parurent à  Avignon  devant  les  deux  évêques  auxquels 
avaient  été  adjoints  deux  assesseurs.  D'ailleurs,  dans 
l'intervalle,  P.  de  Chappes  avait  été  transféré  sur  le 
siège  de  Chartres,  le  21  mai  1326.  Les  séances  d'au- 
dience s'effectuèrent  dans  la  salle  du  Consistoire.  Tou- 
tefois le  prononcé  de  la  sentence  appartint  à  Bertrand 
de  Déaulx  et  à  Raymond  de  Mostuéjouls  (J.-M.  Vidal, 
Le  sire  de  Parthenay  et  l' Inquisition  (1323-25),  dans 
Bull.  hist.  et  philol.  de  la  Commission  des  travaux  scien- 
tifiques, 1903,  p.  414-34). 

Promu  cardinal-prêtre  du  titre  de  S.-Martin-aux- 
Monts  le  18  déc.  1327,  P.  de  Chappes  fut  mêlé  à  l'ins- 
truction d'un  procès  inquisitorial  avec  trois  de  ses  col- 
lègues vers  1331.  L'inquisiteur  de  Carcassonne  avait 
sollicité  une  décision  pontificale  relativement  à  la  con- 
fiscation des  biens  de  dix-huit  hérétiques,  morts  depuis 
longtemps  et  non  convaincus  d'hérésie.  L'instruction 
du  procès  se  prolongea  et  n'était  pas  encore  terminée 
le  10  mars  1334.  Le  mémoire  des  cardinaux,  qui  sub- 
siste dans  le  ms.  Doat  xxxii,  120-64,  a  été  en  partie  pu- 
blié par  Mahul,  Cartulaire...  de  Carcassonne,  Carcas- 
sonne, V,  1857,  p.  688-89  et  par  C.  Douais,  Documents 
pour  servir  à  l'hi.^t.  de  l' Inquisition  dans  le  Languedoc, 
I,  Paris,  1900,  p.  ccix. 

Jean  XXII,  qui  avait  précédemment  censuré  l'am- 
bition «  démesurée  »  du  chancelier  de  France,  oublia 
une  fois  encore  ses  préventions  et  se  plut  à  le  combler 


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d'avantages  matériels,  en  lui  laissant  en  conimende  les 
j  prieurés  de  Radonvilliers  (Aube)  le  13  juin  1328,  de 
I  Souvigny  (Allier)  le  8  mars  1329,  de  Doncliery  (Ar- 
dennes)  le  15  mars  1330,  de  Moutier-en-l'Isle  (Aube)  le 
18  sept.  1333,  de  S.-Amand  (Marne)  le  29  déc.  1333,  de 
j  Moissat  (Puy-de-Dôme)  le  7  févr.  1334,  de  Salon 
(Basses-Alpes)  le  3  juin  1334,  et  de  Moret  (Seine-et- 
Marne)  le  14  juin.  1334,  un  canonicat  et  la  prévôté  de 
Chablis  dans  l'église  S. -Martin  de  Tours  le  13  juin 
1328,  un  canonicat  à  Bourges,  Autun  et  Nevers  les 
9  mars  et  29  déc.  1332,  les  archidiaconés  de  Flavigny 
(Côte-d'Or),  de  Châteauroux  (Indre)  et  de  Nevers  les 
9  mars  1332  et  18  janv.  1333,  la  prévôté  de  Béquigny 
(Somme)  le  13  janv.  1334.  Que  de  bienfaits  accordés 
encore  à  son  frère,  à  ses  multiples  neveux,  à  ses  chape- 
lains ou  chambriersl  Toutefois  Jean  XXII  imposa  à  1 
l'heureux  cardinal  une  souscription  de  200  florins  d'or 
au  profit  de  la  croisade,  en  1330  (E.  Gôller,  Die  Ein- 
nahmen  der  aposlolischen  Kammer  unler  Johann  XXII., 
Paderborn,  1910,  p.  351).  Lors  de  la  mort  du  pape,  le 
3  déc.  1334,  P.  de  Chappes  assista  à  la  déclaration  que 
fit  le  pape  au  sujet  de  la  vision  béatiflque  (Denifle- 
Châtelain,  Chartularium  univer.iitatis  Parisiensis,  ii, 
Paris,  1897,  n.  987). 

Benoît  XII  ne  se  montra  pas  moins  généreux  à 
l'égard  de  P.  de  Chappes,  qui  avait  au  surplus  gardé 
son  crédit  à  la  cour  royale  et  qui  servait  à  Avignon  les 
intérêts  de  Philippe  VI  de  Valois.  Le  pape  tolérait 
qu'il  lui  communiquât  oralement  les  désirs  du  souve- 
rain (G.  Daumet,  Lettres  closes,  patentes  et  curiales  de 
Benoît  XII,  n.  112).  Il  lui  accorda  de  nouveaux  béné- 
fices :  canonicats  à  Meaux,  à  Paris  et  à  Tours  les  j 
9  janv.  et  22  févr.  1335,  l'archidiaconé  d'au  delà  de  la 
Loire  (Indre-et-Loire)  le  22  févr.  1335,  le  prieuré  de 
Prévenchères  (Lozère)  le  7  oct.  1335.  Les  cardinaux 
Arnaud  de  Pellegrue  et  Pierre  de  Mortemart  le  choi- 
sirent comme  exécuteur  testamentaire.  Lui-même 
mourut  le  24  mars  1336  (J.-M.  Vidal,  Lettres  communes 
de  Benoît  XII,  ii,  427). 

P.  Lehiigeur,  Hist.  de  Philippe  le  Long,  roi  de  France 
(1316-1322),  I,  Paris,  1897,  p.  100,  101,  125,  155.  164,  .'533. 

—  G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXII,  et  .I.-M.  Vi- 
dal, Lettres  communes  de  Benoît  XIJ  (voir  les  tables  de 
matières,  au  mot  Petrus  de  Capis).  —  É.  Baluze,  Vitae  papa- 
riim  Avenionensium,  éd.  G.  Mollat,  ii,  Paris,  1928,  p.  266-67. 

—  F.  Duchesne,  Hist.  de  tous  les  cardinaux  françois  de  nais- 
sance, Paris,  1660-66.  1.  Lestocquoy,  Les  évéques  d'Arras, 

dans  Mémoires  de  la  commission  départementale  des  monu- 
ments historiques  du  Pas-de-Calais,  iv,  fasc.  i.  —  J.-M.  Vi- 
dal, Bullaire  de  l'Inquisition  française  au  XI V  s.,  Paris, 
1913,  p.  79-84.  89,  !)3,  107-10,  159.  204.  —  Gall.  christ., 
III,  335. 

G.  Mollat. 

2.  CHAPPES  (Pierre  de),  frère  du  cardinal, 
lequel  lui  fit  avoir  des  bénéfices  avantageux  :  des  cano- 
nicats à  S.-Outrille  de  Bourges,  à  la  cathédrale  de  cette 
ville,  à  Chàlons-s. -Marne,  à  Anagni,  à  Autun,  à  Sens  et 
à  Nevers.  Lorsqu'il  fut  pourvu  de  l'archidiaconé  de 
Nevers,  il  dut  résigner  le  prieuré  séculier  de  Graçay 
(Cher)  le  4  mars  1331.  Maître  en  théologie,  il  obtint 
l'autorisation  d'étudier  le  droit  civil  pendant  trois  ans. 
Cette  faveur,  octroyée  le  16  août  1326,  fut  renouvelée 
le  1"  sept.  1328  et  le  25  août  1329.  A  cette  dernière 
date  les  documents  lui  attribuent  le  grade  de  licencié 
et  le  19  nov.  1330  celui  de  professeur.  Pierre  de 
Chappes  lisait  encore  le  droit  civil  le  9  mars  1331.  Le 
13  nov.  l'évêché  de  Soissons  lui  était  conféré.  Le  dia- 
conat et  le  sacerdoce  ne  lui  furent  donnés  qu'après  le 
26  nov.,  mais  il  ne  reçut  l'onction  épiscopale  qu'après 
le  9  mars  et  avant  le  26  sept.  1332.  Il  mourut  en 
sept.  1349. 

G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXII,  et  J.-M.  Vidal,  [ 
lettres  communes  de  Benoit  XII  (voir  tables  de  matières, 
aux  mots  Prlrus  de  Capis  et  Petnis  episcopus  .Suessionensis).  \ 


CH  V  liC  AS  /,\\ 

s.  Sainrir.  f.r  iliar.  de  Snissnns,  i,  TÎvroiix.  1!)3.").  -  Gall. 
rlirisl.,  tx. 

Cl.  Mollat. 

CH APPUIS  (Jean),  canoniste  français  (xv«'- 
xvie  s.).  Voir  D.  D.  Can.,  m,  610-11. 

CHAPT  DE  RASTIGNAC  (Armand),  polé- 
miste français  (1726-92).  Voir  D.  T.  C,  ii.  2215-16. 

CHAQQARA,  monastère  en  Égypte.  Voir 
D.  A.  C.  L.,  III,  519-58. 

CHARAC-MOBA  (KapaKpcogTi),  évêché  de  la 
Palestine  Ille,  dépendant  de  Pctra.  Charac-Moba  est  la 
transcription  de  Keral<a  de  Moab,  terme  par  lequel  le 
Targum  a  rendu  le  nom  de  Qir  Moab,  équivalent  de 
Qir  Haraseth,  qui  était  celui  de  la  capitale  du  pays  de 
Moab.  Les  Grecs  modernes  ont  appelé  la  ville  Kyriako- 
polis.  C'est  aujourd'hui  la  ville  de  Kérak  (12  000  hab.), 
près  de  laquelle  se  dresse  la  forteresse  construite  par 
Payen  le  Bouteiller,  vers  1140,  et  illustrée  par  Renaud 
de  Châtillon. 

On  ne  connaît  qu'un  seul  évêque  de  Charac-Moba, 
Démétrius,  qui  assista  au  concile  de  Jérusalem  en  536 
(Mansi,  viii,  1174  A).  Le  titre  de  Charac-Moba  ne 
semble  pas  avoir  été  conféré  par  l'Église  grecque,  ni 
par  l'Église  romaine. 

Le  Quien,  m,  729-34.  MeyàATi  ' EXXti i^ikt)  'EyKUKÀoirai- 
Seia,  XXIV,  478.  -  F. -M.  Abel,  O.  P.,  Céorir.  de  la  Pales- 
tine, II,  118-19,  au  mot  Qir  llaroselh. 

R.  Janin. 

CH ARADROS  (XàpaSpos),  évêché  d'Isaurie,  dé- 
pendant de  Séleucie.  Il  fut  uni  à  celui  de  Lamus  au 
moins  dès  le  v»  s.  (voir  à  Lamus).  Charadrus  est 
aujourd'hui  le  village  de  Karadran  ou  Kaladian. 

Le  titre  a  été  assez  souvent  conféré  dans  l'Église 
romaine  depuis  le  xviii"  s.  :  Cajetan  de  Paulis,  1745, 
auxiliaire  à  Velletri.  — ■  Jean  Buckel,  17  janv.  1746, 
auxiliaire  à  Spire.  —  Jean-Didier  de  S. -Martin, 
M.  E.  P.,  13  juin.  1783-t  13  nov.  1801,  vie.  ap.  du  Su- 
Tchuen.  —  Pierre  Tranchant,  M.  E.  P.,  1802-  f  16  févr. 
1806,  vie.  ap.  du  Sii-Tchuen.  —  Joseph-Élie  Puyana, 
sept.  1849-15  avr.  1859,  vie.  ap.  de  Tamaulipas.  — 
Jean  Léonard,  O.  S.  F.  S.,  1"  oct.  1872-t  17  févr.  1908, 
vie.  ap.  du  district  occidental  du  cap  de  Bonne-Espé- 
rance. —  Michel-Antoine  Vuylsteke,  O.  P.,  10  juin 
1910-t  4  août  1930,  vie.  ap.  de  Curaçao. 

Le  titre  de  Charadrus  a  disparu  de  la  liste  de  la  Con- 
sistoriale  et  ne  sera  plus  conféré. 

Smith,  Dictionary  oj  Greek  and  liomun  geoyruphij,  i,  603. 
—  Le  Quien,  ii,  1017-18.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  388. 

R.  Janin. 

1 .  CHARALAMPE,  prêtre,  qui  subit  le  martyre 
à  Antioche  de  Pisidie  le  10  févr.  202  ('?),  avec  les  sol- 
dats Porphyre  et  Baptacs  et  trois  femmes,  n'est  pas 
mentionné  au  martyrologe  hiéronymien.  Il  est  vénéré 
à  l'église  de  Wadelincourt  (Hainaut)  (jui  en  possède 
des  reliques. 

A.  S.,  févr.,  n,  381-86.  —  Delaiinois,  Vie  de  S.  Char,  hono- 
ré à  Wadelincourt,  Paris,  1808.  —  Fidjricius,  B.  G.,  x,  20  s(j. 
• —  Martinov,  Ann.  Eccl.  gr.  slai>..  1864,  p.  66-67,  225-26.  — 
Sgnax.  Ectl.  Constant.,  455. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHARALAMPE,  prêtre,  martyr  (28  avr.), 
qui  était  fêté  dans  l'église  de  Ste-Euphémie  à  Constan- 
tinople,  apparaît  au  martyrologe  hiéronymien  avec 
Eusèbe  et  168  compagnons.  Au  martyrologe  romain  il 
est  cité  avec  Aphrodisius  —  probablement  le  nom 
d'une  ville  —  Agape  et  Eusèbe. 

.\lart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  215-16.  —  Mari.  Boni..  159-60. 
-  Sfinax.  Ecrl.  Constant.,  717. 

H.  Vav  Doren. 

CHARCAS.  Voir  Sucre. 


415 


CHARDON   —  CHARISIUS 


CHARDON  (Charles-Mathias),  bénédictin, 
théologien  français,  f  1771-  Voir  D.  T.  C,  ii,  2216. 

CHARDON  DE  LUGNY  (Zacharie),  prêtre 
français,  f  1733.  Voir  J).  T.  C,  u,  2216. 

CHARENTON  ou  BELLEVAUX,  Carenio- 
nium,  Bella-Vallis,  dioc.  de  Bourges,  arr.  de  S.-Amand- 
Mont-Rond  (Clier).  Patronne  :  Notre-Dame.  Abbaye 
de  moniales,  fondée,  dit-on,  vers  620  par  le  Vén.  Théo- 
dulphe,  surnommé  Bobolène,  sous  la  règle  de  S.  Co- 
lomban,  qui  fut  remplacée  plus  tard  par  la  règle  béné- 
dictine. En  1113,  l'archevêque  Léger  substitua  des 
chanoines  réguliers  aux  moniales,  qui  en  1120,  à  la 
mort  du  prélat,  reprirent  le  monastère.  Celui-ci,  en 
1503,  s'afTilia  à  la  congrégation  de  Chezal-Benoît.  Vers 
1630,  les  moines  de  Ch.-B.  furent  remplacés  par  les 
bénédictins  de  S.-Maur  pour  le  ministère  auprès  des 
moniales.  Charenton  était  en  pleine  décadence  lorsque, 
en  1 677,  Mme  Renée  de  Mesgrigny  entreprit  sa  restaura- 
tion spirituelle  et  matérielle.  —  Des  édifices  subsistent 
encore  l'église  avec  belles  parties  romanes,  les  fonts 
baptismaux  du  xi«  s.,  une  travée  du  cloître  gothique 
(xvi«  s.),  les  bâtiments  de  1698. 

Liste  des  abbesses.  —  Agnès,  1147.  —  Adélaïde, 
1187-1209.  —  Ermengarde,  1223-40.  —  Sibille  l's 
1247-61.  —  Isabelle  P»,  1261-1306.  —  Isabelle  II  de 
Culant  1309-12.  —  Sibille  II,  1312.  —  Margue- 
rite I™  de  Sancerre,  1315,  f  1345.  —  Jeanne  de 
Vaillac,  1345-60.  —  Marie  de  Sancerre,  1367.  — 
Blanche  de  S. -Julien,  1371-78.  —  Superana  de  Gros, 
fut  transférée  à  l'abbaye  S. -Laurent  de  Bourges.  — 
Catherine  P«  le  Cellérier,  1381.  —  Jeanne  II  de  Tref- 
fort.  —  Marguerite  II  de  Treffort,  1401,  démissionna 
en  1436.  —  Jeanne  II  de  Bazerne,  1436,  t  20  mai  1461. 
—  Madeleine  d'Amboise,  1461,  fut  aussi  abbesse  de 
S.-Ménulphe  (Mailly);  en  1497  résigna  en  faveur  de  la 
suivante,  sa  nièce.  —  Marie  II  de  Rochechouart, 
t  3  févr.  1518.  —  Madeleine  II  de  Chazeron,  f  23  févr. 
1539.  —  Madeleine  III  des  Aages,  en  1551  résigna  en 
faveur  de  sa  nièce,  j  29  mars  1559.  —  Anne  de  la 
Grange  de  Montigny,  t  12  mars  1630.  —  Margue- 
rite III  de  la  Grange  de  Montigny,  sa  sœur,  17  juill. 
1659.  —  Marie  III  de  Culant,  1660,  t  1674.  — 
Catherine  II  de  La  Rochefoucaud,  nommée  le  21  mai 
1674,  transférée  en  1675  au  monastère  du  Paraclet.  — 
Renée  de  Mesgrigny,  22  sept.  1675,  t  26  déc.  1697.  — 
Marie  IV  Louise  de  Beauverger  Mongon,  nommée  le 
29  mars  1698,  1715.  —  *■**  de  Mongon,  nommée  le 
20  avr.  1715. 

Beaitnier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  42.  —  U.  Ber- 
lière,  La  congrégation  bénédictine  de  Chezal-Benoît,  dans 
fteu.  bénéd.,  1900,  p.  124-26.  —  Chevalier,  T.  B.,  657.  — 
C'.ottineau,  i,  704.  —  A.  de  Mesgrigny,  Mémoire  concernant 
l'anc.  fondation  du  couvent  de  Charenton,  1698.  —  Gall. 
christ.,  II,  174-78.  —  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  I,  297; 
VI,  61.  —  Martène-Cliarvin,  Hist.  de  la  Congrégation  de 
S.-Mniir,  u,  100. 

R.  Van  Doren. 
CHARIOPOLIS  (XapioOuoÂis),  évêché  de  la 
province  d'Europe,  dépendant  d'Héraclée.  Sa  créa- 
tion semble  relativement  tardive,  puisqu'il  ne  figure 
pas  sur  la  liste  épiscopale  du  Pseudo-Épiphane 
(vii'=  s.),  ni  sur  celle  de  806-15  (8"  de  G.  Parthey).  Il  pa- 
raît pour  la  première  fois  sur  celle  dite  de  Léon  le  Sage 
(début  du  x«  s.)  (H.  Gelzer,  Ungedruckte  und  ungenii- 
gend  verôfjentlichte  Texte  der  Notiliae  episcopatuum, 
dans  Abli.  der  k.  bayer.  Akad.  der  Wiss.,  l'^  part., 
t.  XXI,  Munich,  1901,  sect.  m,  p.  552).  Cependant  on 
trouve  déjà  un  évêque  de  Chariopolis  à  la  fin  du  viii«  s. 
L'évêché  devint  purement  titulaire  probablement 
après  la  conquête  turque,  à  la  fin  du  xiv  s.  Il  existait 
certainement  encore,  en  août  1347,  puisque  une  déci- 
sion du  patriarche  Isidore  le  remet  sous  la  juridiction 


du  métropolite  d'Héraclée,  conformément  au  prostag- 
ma  que  l'intéressé  avait  obtenu  de  l'empereur.  Le  mé- 
tropolite aurait  tous  les  droits  afférents  à  sa  dignité,  y 
compris  celui  de  sacrer  l'évêque  (Miklosich-MùUer, 
Acta  et  diplomata  graeca  Medii  Aevi,  i,  257).  L'évêché 
de  Chariopolis  ne  figure  pas  sur  la  liste  épiscopale  éta- 
blie vers  la  fin  du  xv«  s.  (H.  Gelzer,  op.  cit.,  633).  La 
bourgade,  qui  eut  jadis  une  certaine  importance 
comme  centre  de  transactions  commerciales,  a  été 
identifiée  avec  le  village  de  Hayrebolu,  dont  le  nom 
est  la  transcription  turque,  à  peine  déformée,  du  vo- 
cable ancien. 

Éuêques  grecs  connus,  —  Théophylacte  prit  part  au 
second  concile  de  Nicée  (787)  (Mansi,  xii,  995  B, 
1099  B  ;  XIII,  388  C).  —  Cosmas  était  à  celui  de  879  qui 
réhabilita  Photius  (ibid.,  xvii-xviii,  877  D).  —  N.  prit 
part  à  celui  que  le  patriarche  Calliste  réunit  contre 
Barlaam  et  Acindynus  (1351)  (Allatius,  De  synodis 
Photianis,  445).  —  N.  faisait  partie  du  synode  du  pa- 
triarche Athanase  I"  contre  Jean  Drimys.  • —  Géra- 
sime  occupait  le  siège  en  1725  {Revue  de  l'Orient  latin, 

1893,  p.  315).  —  Joasaph,  ?-oct.  1798  ('EKKÀTiCTiaa- 
TiKTi  'AAiîeEia,  II,  278).  —  Denys,  déc.  1818-?  {ibid., 
XXI,  52).  —  Jacques,  juin  1824-juin  1827,  auxiliaire  à 
Pélagonia.  —  Daniel,  7-1833  {ibid.,  xxi,  52;  Cophinio- 
tès,  'H  'EKKÀTiCTÎa  6V  'EAXàSi,  7).  —  Anthime,  27  juin 
1837-?  ('EKKÂriaiaCTTiKiî  'AArieEia,  ii,  331,  n.  3).  — Pro- 
cope,  auxiliaire  à  Péra,  ?-3  déc.  1855  {ibid.,  ii,  443, 
n.  3).  —  Dorothée,  3  déc.  1855-11  janv.  1861,  auxi- 
liaire à  Péra  (Calliphron,  'EKKArjCTiaCTTiKÔv  SeAtiov, 
151;  'EKKÀTiaïaaTiKfi  'AArjÔEia,  ii,  483,  n.  3). —  Calli- 
nique,  1863-?.  —  Gennade  Scholarios,  30  sept.  1867- 

1894,  auxiliaire  à  Psamathia  ('EKKAr|CTictCTTiK7)  'AXr|- 
ÔEia,  II,  530;  xix,  437).  —  Germain  Caranvanghélis, 
20  févr.  1896-21  oct.  1901,  auxiliaire  à  Péra  {ibid., 
XVI,  410;  xxi,  465).  —  Philothée  Michaélidès,  13  févr. 
1903-11  mars  1908  {ibid.,  xxiii,  86,  115).  —  Constan- 
tin, 16  mars  1908-10  janv.  1912,  auxiliaire  à  Nicomé- 
die.  —  Gennade  Zésiadès,  27  mars  1926-  f  25  juill. 
1939,  auxiliaire  à  Tatavla  ('OpSoSofia,  i,  13;xiv,  223). 

Titulaires  latins.  —  Jean-Chrysostome  Kaczkowski, 
25  juin  1781-16  déc.  1798,  suffragant  à  Lutsk.  —  Ra- 
phaël Serena,  2  oct.  1837-t  1848,  auxiliaire  à  Naples. 
—  Agapios  Bsciai,  copte,  3  févr.  1866-t  1887,  vie.  ap. 
au  Caire  pour  les  coptes.  —  François  Giampaolo, 
1"  juin  1888-t  1898.  —  Joachim  Buléon,  S.-Espr., 
6  juin  1899-t  13  juin  1900,  premier  vie.  ap.  de  la  Séné- 
gambie.  —  Claude-Marie  Chanrion,  mar.,  31  juill. 
1905-t  17  oct.  1941,  vie.  ap.  de  Nouvelle-Calédonie.  — 
Timothée-Georges  Raymundos,  O.  F.  M.  Cap.,  1945. 

MEyàÂTi  '  EXXTjviKT)  'EyKUKAoïralSeia,  xxiv,  484.  —  Le  Quien, 
i,  1133-34.  —  Germain  de  Sardes,  'ETTiaKOTriKol  KaTàXoyoi 
TÎis  'AvaToAiKfjç  Kai  Autiki^is  GpaKÎaç,  dans  GpOKiKà,  vi, 
193,5,  p.  134-3.S.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  381. 

R.  Janin. 

CHARIS,  martyr  (ou  martyre?),  28  janv.,  est 
mentionné  par  un  synaxaire  du  xiv«  s.  (Bibl.  nat., 
1852),  mais  ne  se  retrouve  dans  aucun  document  latin. 
On  ignore  tout  du  personnage. 

A.  S.,  janv.,  m,  447.  —  Sijnax.  Eccl.  Constant.,  429-.';.5; 

XXXVIII-XXXIX. 

R.  Van  Doren. 
1.  CHARISIUS,  Charisia,  martyr,  16  avr.,  est 
mentionné  à  cette  date  par  le  martyrologe  romain  avec 
sept  autres  compagnons  de  Callistus,  qui  tous  furent 
précipités  à  la  mer,  à  Corinthe.  Le  bréviaire  syriaque 
et  l'hiéronymien  avaient  placé  en  premier  lieu  Leoni- 
des,  négligée  par  le  martyrologe  actuel,  et  lisaient  les 
noms  au  féminin. 

A.  S.,  avr.,  ii,  402-04.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  193- 
94,  203.  Mart.  Rom.,  139-40.  —  Synax.  Eccl.  Constant., 
604-0.5. 

R.  Van  Doren. 


417 


CHARTSIUS 


-  CHARITÉ  (LA) 


418 


2.  CHAR IS lus,  prêtre  de  Philadelphie  au  s. 
Il  se  signala  à  la  vi<'  session  du  concile  d'Éphèse  (22 
juin.  431)  en  dénonçant  un  symbole,  soi-disant  héré- 
tique, qu'un  certain  Jacques,  venu  à  Philadelphie, 
avait  fait  signer  à  quelques  clercs  de  la  ville  et  à  un 
certain  nombre  de  quartodécimans  désireux  de  rentrer 
dans  l'Église.  Le  symbole  en  question  avait  pour 
auteur  Théodore  de  Mopsueste  et  certaines  de  ses  ex- 
pressions avaient  une  saveur  nestorienne.  Charisius, 
qui  avait  refusé  de  le  souscrire,  avait  été  traité  d'héré- 
tique et  excommunié  à  Philadelphie.  Le  concile 
d'Éphèse,  devant  lequel  il  en  appela,  le  releva  de  son 
excommunication  et  interdit,  sous  les  peines  les  plus 
graves,  l'adoption  de  tout  autre  symbole  que  celui  de 
Nicée.  Cette  décision,  prise  à  la  lettre,  devait  être  pour 
le  concile  de  Chalcédoine  l'objet  de  maintes  discussions. 

Mansi,  iv,  1347  sq.  —  Hefele-Leclercq,  ii-l,  p.  330-31.  — 
G.  Bardy,  dans  Fliche-M;»rtin,  Flist.  de  l'Église,  iv,  186.  — 
F.  Kattenbusch,  Das  apostolische  Sumhol,  i,  Leipzig,  189-1, 
I,  p.  358-61. 

G.  Bardy. 

CHAR  ISS  I  MUS,  Charisius,  martyr,  22  août- 
1"  mars.  Le  sj'naxaire  de  Constantinople  mentionne  ce 
Charissimus  au  22  août,  avec  Néophyte,  comme  servi- 
teurs de  Ste  Anthuse.  Ces  noms,  qui  proviennent  de  la 
Passio,  très  romancée,  de  la  sainte,  représentent-ils 
des  personnages  réels,  ou  sont-ils  dus  à  l'invention  du 
rédacteur,  on  ne  saurait  le  dire.  Le  martyrologe  ro- 
main, au  22  août,  cite  Anthuse  et  ses  deux  serviteurs, 
sans  donner  leurs  noms.  C'est  sans  doute  ce  Charissi- 
mus dont  parle  l'hiéronymien  au  1"  mars. 

A.  Boll.,  XII,  5-42;  lxvi,  86-87.  —  A.  S.,  août,  iv,  417-22. 

—  B.  H.  G.,  136,  137,  182,  199.  —  D.  H.  G.  E.,  m,  538.  — 
Mari.  Hier.,  éd.  Delehaye,  120-21.  —  Mort.  Rom.,  352-53. 

—  Siinax.  Eccl.  Con.^tant.,  915-16. 

R.  Van  Doren. 
CHARITÉ  (Sainte),  appartient  au  groupe  fa- 
meux des  trois  sœurs  vierges  et  martyres  :  Foi,  Espé- 
rance et  Charité,  dont  la  mère  s'appelait  Sophie.  Tan- 
dis qu'Usuard  unit  les  quatre  saintes  au  même  jour,  le 
martyrologe  romain,  sans  motif  apparent,  place  les 
trois  vierges  au  1"  août  et  leur  mère  au  30  sept.  Leur 
culte  est  ancien,  à  Rome  et  ailleurs,  mais  le  lieu  et  la 
date  du  martyre,  les  noms  eux-mêmes  sont  incertains, 
au  point  qu'on  conclut  à  une  pieuse  fiction.  —  La 
vogue  des  saintes  fut  grande,  puisqu'elles  connurent 
des  Actes  latins,  grecs  et  orientaux,  qui  n'ont  aucun 
détail  digne  de  créance.  Quant  aux  reliques,  de  nom- 
breuses églises  déclarent  les  posséder. 

A.  S.,  août,  I,  16-19.  —  B.  H.  G.,  1638.  —  B.  //.  L., 
2966-73.  —  B.  H.  O.,  1082-85.  —  Delehaye,  Les  orinines  du 
culte  des  martyrs,  286.  —  De  Rossi,  Roma  sotteranea,  i,  180, 
182.  —  L.  T.  K.,  III,  1035-36.  —  Mort.  Rom.,  317-18.  — 
F.  Savio,  dans  Riv.  di  scienze  storiche,  m,  1906,  p.  90-95.  — 
Synax.  Eccl.  Constant.,  51-52. 

R.  Van  Doren. 
1. 'CHARITÉ  (La),  Caritas,  ancienne  abbaye 
cistercienne  au  dioc.  de  Besançon,  sur  la  commune 
de  Neuvelle-lez-La-Charité,  dép.  de  la  Hte-Saône. 
D'abord  prieuré  de  chanoines  réguliers,  cette  maison 
devient  abbaye  cistercienne  en  déc.  1133.  Bellevaux, 
fondée  jadis  par  Guy  de  Bourgogne,  archevêque  de 
Vienne  et  futur  Calixte  II,  fournit  une  colonie  de 
moines  blancs.  Dès  1139,  ceux-ci  créent  une  filiale, 
La  Grâce-Dieu,  dans  le  même  diocèse.  Thierry,  abbé 
de  La  Charité  en  1268,  élu  ensuite  à  Bellevaux,  est  1 
repris  en  1294  par  l'archevêque  de  Besançon  comme 
auxiliaire.  Jean  de  Watteville  sera  pris  également  à 
La  Charité  pour  devenir  cvêque  de  Lausanne  en  1607. 
L'année  1336  marque  un  désastre  pour  l'abbaye  :  la 
Franche-Comté  fut  alors  ravagée;  «  une  ligue  formi- 
dable désolait  le  pays  en  haine  d'Eudes  IV,  comte  de  1 
Bourgogne...,  les  murs  de  La  Charité  furent  renversés  »  ' 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


(Denifle,  La  désolation  des  églises,  monastères...  en 
France,  ii,  52).  La  commende  eut  quelque  peine  à 
s'installer  ici  en  raison  des  nominations  simultanées 
faites  par  le  roi  de  France  et  celui  d'Espagne  (cf.  pro- 
cès de  nomination...,  dans  Bull,  de  l'Institut  hist. 
belge  Rome,  de  xi,  1931,  p.  192).  Le  dernier  abbé  com- 
mendataire  fut  l'archevêque  de  Besançon  lui-même, 
Raymond  de  Durfort. 

Série  des  abbés.  —  1.  Pierre,  1137.  —  2.  Jacques  1", 
1170.  —  3.  Thibaut,  1173.  —  4.  Martin,  1195.  — 
5.  C,  1212.  —  6.  Amédée,  1216.  —  7.  Guillaume  I", 
1249.  —  8.  Thierry,  1268.  —  9.  Hugues  I",  1286.  — 
10.  Othon,  1286-96..  —  11.  Jean  I",  1299.  — 
12.  Hugues  II,  t  1309.  —  13.  Simon,  1320,  f  1329.  — 
14.  Jacques  II  de  Veseth,  1336,  f  1343.  —  15.  Étien- 
ne  I"  de  Neuville,  f  1359.  —  16.  Jean  II  de  Salins, 
t  1380.  —  17.  Étienne  II,  t  1399.  —  18.  Étienne  III, 
1402,  t  1410.  —  19.  Étienne  IV  de  Salins,  f  1429.  — 

20.  Guillaume  II  de  Salins,  th.  dr.,  1429,  t  1460.  — 

21.  Jean  III  de  Maisières,  1467,  t  1493.  —  22.  Jean  IV 
Bousson,  t  1496.  —  23.  Guillaume  III  de  Chazerans, 
1497,  t  1525.— 24.  Louis  de  Vers,  1529,  tl553.— 25. 
Jean  V  de  l'Aubespin,  1553,  tl577.— 26.  Claude  de 
Grammont,  1601,  tl609.— 27.  Jean  VI  de  Watteville, 
coadj.,  devient  év.  de  Lausanne,  1607.  —  28.  Jean- 
Charles,  comte  de  Schwarzenberg,  1649.  —  29.  Jo- 
seph Arnolfini  de  Illescas,  t  1674.  —  30.  Nicolas- 
Éléonor  Bouton  de  Chamilly,  1675.  —  31.  Charles- 
François  d'Hallencourt  de  Dromesnil,  év.  de  Verdun, 
1706,  t  1V54.  —  32.  Élisabeth-Théodore  Le  Tonnelier 
de  Breteuil,  1754-81.  —  33.  Raymond  de  Durfort, 
archev.  de  Besançon,  1781-90. 

Archives  :  dép.  du  Doubs,  série  H  :  4  art.  décrits  dans 
Rev.  Mabillon,  1927,  p.  74;  dép.  de  la  Hte-Saône,  H  11  : 
(1230-1790);  dép.  du  Nord,  28  H,  n.  104  :  correspondance 
des  abbés  de  Vaucelles  avec  ceux  de  La  Cliarité-Besançon, 
bibl.  munie.,  référ.  au  Catal.  des  mss.,  xxxiii,  1238;  Gray, 
bibl.  munie,  ms.  6,  fol.  56  :  les  méfaits  des  sires  d'Oiselay 
(xiiP,  xiv«  s.);  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Moreau,  ms.  873, 
fol.  223  :  double  des  inventaires  (xviii"  s.).  —  Cottineau, 
I,  704.  —  L.  Delisle,  Mss.  de  l'abb...  au  Musée  britannique, 
dans  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  Li,  1890,  p.  372.  —  GalL 
christ.,  XV,  266.  —  .1.  Gauthier,  Catal.  des  mss.  de  La  Charité, 
rédigé  par  dom  Guill.  Pinard,  religieux  de  la  Chartreuse, 
1766,  dans  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  xi.ii,  1881,  p.  19-29. 
—  Janauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  30.  —  Man- 
rique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1133,  iv,  2;  vu,  1.  — 
Potthast,  Reg.,  2415.  —  G.  Jourdy,  Les  deux  chron.  de  La 
Charité,  dans  Soc.  grayloise  d'émulation,  1898,  p.  21-23.  — 
.1.  de  Trévillers,  Sequania  monast.,  Vesoul,  s.  d.,  105.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  éd.  de  Louvain,  1933-41, 
i-viii,  nombreuses  références. 

J.-M.  Canivez. 
2.  CHARITÉ  (La),  Caritas,  S.  M.  de  Caritate  de 
Lesiniis,  ancienne  abbaye  fondée  en  1184,  ou  même 
plus  tôt,  par  Guillaume  de  Lézinnes  en  faveur  de  mo- 
niales, située  dans  le  dioc.  de  Langres,  aujourd'hui  de 
Sens  (Yonne).  Les  statuts  capitulaires  de  Cîteaux  ont 
conservé  le  décret  faisant  suite  à  la  demande  de  Ro- 
bert de  Torote,  évèque  de  Langres,  puis  de  Liège,  d'ac- 
cepter ces  moniales  au  nombre  des  leurs;  c'était  en 
1237.  Deux  siècles  plus  tard,  en  1434,  l'abbé  de  Clair- 
vaux,  Guillaume  d'Autun,  demande  au  chapitre  géné- 
ral de  convertir  cette  maison  en  une  abbaye  de  moines; 
il  y  envoie  en  effet  Thomas  de  Rouen  comme  premier 
abbé,  et  la  Charité  devient  la  80'=  et  dernière  fille  de 
Clairvaux.  Les  huguenots  y  passèrent  en  1568,  met- 
1  tant  tout  à  feu.  C'est  l'époque  où  la  commende  allait 
faire  une  courte  apparition  en  la  personne  de  Georges 
de  Mandelot  (1573).  La  série  des  abbés  réguliers  qui 
viennent  ensuite  nous  ol^re  deux  figures  particulière- 
ment intéressantes  :  Barthélémy  Joly,  qui  devint  pro- 
cureur général  en  Cour  de  Rome,  et  Louis  Meschet, 
1  procureur  général  pour  la  France.  Ce  dernier,  chauvin 
'  partisan  des  prérogatives  de  l'abbé  de  Cîteaux,  fit  édi- 

H.  —  XII.  —  14  — 


fy  1  9 

ter  en  1713  les  Privilèges  de  l'ordre  de  Cisteaux  recueillis 
et  compilez  de  l'autorité  du  chapitre  général  et  par  son 
ordre  exprès.  Évidemment  il  eiit  son  contradicteur.  De 
l'abbaye  de  la  Charité  l'église  a  disparu  et  quelques 
bâtiments  conventuels  sont  devenus  une  ferme. 

Série  des  abbés.  —  1.  Thomas  de  Rouen,  1434.  — 
2.  Claude  I",  1458.  —  3.  Érard  de  Chassenay,  1464-80. 

—  4.  Mathieu  d'Ampilli,  1486-90.  —  5.  Érard  II  de 
Landreville,  1500-19.  —  6.  Jean  I"  de  Narteau,  1522- 
27.  —  7.  Jacques  de  la  Chaulme,  1539-58.  —  8.  Fran- 
çois Dorge,  1558-60.  —  9.  Georges  de  Mandelot,  1573- 
82.  —  10.  Claude  II  Tassard,  1589.  —  11.  Nicolas 
Profit,  th.  dr.,  1601-13.  —  12.  Barthélémy  Joly,  1626. 

—  13.  Jean  II  Cattois,  1633-41.  —  14.  Jean  III  le 
Comte,  th.  dr.,  1645-65.  —  15.  Michel  Turpin,  1675.  — 
16.  Louis  Meschet,  1678,  f  1715.  —  17.  N.  de  Reque- 
laine,  1715. 

Archives  :  dép.  de  l'Yonne,  //  2063  :  liasse;  2064  : 
registre.  —  Paris,  arch.  nat.,  S  3304;  Bibl.  nat.,  ms.  fr. 

20892,  n.  68.  —  Gall.  chri.-it.,  iv,  847.  Janauschek,  Orig. 

cisterc.  Vienne,  1877,  p.  275.  —  J.  Laurent,  art.  dans  Beau- 
nier-Besse,  Ahbaijes  et  prieurés...,  xn,  1(141,  p.  373-407.  — 
Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1133,  vu,  1.  — 
Martène,  Thésaurus,  i,  1087  :  test.  Mathildis...,  12.57.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  éd.  de  Louvain,  1933-41, 
i-viii,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CHAR iTÉ-SUR-LO IRE  (La),  Caritas  ad  Li- 
gerim  (Notre-Dame),  au  dioc.  d'Auxerre,  aujourd'hui 
de  Nevers,  arr.  de  Cosne  (Nièvre),  prieuré  de  bénédic- 
tins. D'après  la  tradition,  le  monastère  de  La  Charité  ou 
Seys  remonte  au  viii«  s.  Il  fut  fondé  par  Rolland,  sei- 
gneur de  Ronssillon,  qui  y  établit  des  moines  basiliens 
sous  la  conduite  du  sous-diacre  Loup.  Pépin,  roi  des 
Francs,  le  confia  à  des  moines  bénédictins.  Il  fut  dé- 
truit par  des  bandes  armées  en  743  et  en  771.  Après 
cette  date  l'endroit  resta  désert  pendant  trois  siècles. 

—  D'après  les  sources  historiques,  Bernard  de  Chail- 
lant  voulut,  en  1056,  restaurer  une  église  ruinée  qu'il 
avait  sur  ses  terres.  En  1059,  avec  l'approbation  de 
Geoffroy  de  Champaleman,  évêque  d'Auxerre,  il  en 
fit  donation  à  S.  Hugues  de  Cluny,  qui  y  envoya  une 
colonie  de  moines,  avec  Gérard  comme  premier  prieur. 
Les  travaux  furent  menés  si  activement  que  déjà  en 
1107  Pascal  II  pouvait  en  consacrer  l'église  dédiée  à  la 
sainte  croix.  La  Charité,  «  fille  aînée  de  Cluny  »,  fut, 
comme  son  nom  l'indique,  d'une  grande  générosité  à 
l'égard  des  populations  avoisinantes.  Grâce  à  la  muni- 
ficence du  S. -Siège,  des  rois,  des  évêques  et  des  sei- 
gneurs, elle  jouit  rapidement  d'une  puissance  maté- 
rielle considérable,  non  moins  que  d'une  réelle  autorité 
spirituelle.  Elle  avait  juridiction  sur  cinquante  prieu- 
rés, dont  les  plus  importants  sont  :  S. -Pierre  de  Rates 
(Portugal);  Northampton,  Pontefract,  Wenlock  et 
Bermondsey  (Grande-Bretagne);  Ste-Croix  (Venise); 
Longueville  (Normandie);  Sézanne  (Champagne).  Elle 
possédait  des  centaines  d'églises.  Au  temps  de  sa 
splendeur,  elle  comptait  jusqu'à  deux  cents  moines.  La 
vie  conventuelle  s'y  maintint  jusqu'à  la  Révolution. 

Au  cours  des  siècles,  ce  monastère  connut  de  nom- 
breux revers  :  incendies  en  1204,  1424,  1559;  sièges  et 
dévastations  pendant  la  guerre  de  Cent  Ans  et  les 
guerres  de  religion;  occupations  par  les  bourguignons 
et  les  huguenots.  Malgré  les  mutilations  nombreuses,  la 
plupart  des  bâtiments  claustraux  sont  encore  conser- 
vés. L'église,  aujourd'hui  paroissiale,  ofi're  un  type 
complet  de  l'architecture  romane  de  transition  de 
l'école  bourguignonne. 

Liste  des  prieurs.  —  Gérard  (Bx),  1056,  t  1087.  — 
Vilencus,  1088,  f  1107.  —  Odon  I"  Arpini,  vicomte  de 
Bourges  et  seigneur  de  Montfaucon,  1107-21.  —  Yma- 
rus,  1130.  —  Oldric?  —  Pierre  I''^  de  Paule,  1143.— 
Guillaume  I",  1143-50.  —  Théotard,  1 150.  —  Rainald, 
1154-61.       Humbald,  1162.  —  Rodulphe  de  Sully, 


420 

1164,  abbé  de  Cluny  en  1173.  —  Gaufrid  I",  1173. 
Rodulphe  de  Sully,  démissionnaire  de  Cluny,  f  21  sept. 
1176.  — -  Odon  II,  1177,  1179.  —  Guidon  1",  1182-92. 

—  Savaric,  1192,  1194.  —  Guillaume  II,  d'abord 
prieur  de  Sézanne,  1198,  fut  destitué.  —  Gaufrid  II, 
1209,  fut  destitué  par  Innocent  III,  1214  (?).  —  Guil- 
laume III,  nommé  en  1212,  n'entra  en  fonction  qu'en 
1214.  —  Hugues  de  Bourbon,  d'abord  prieur  de  Sé- 
zanne, ensuite  également  prieur  de  La  Charité.  — 
Élie  de  Lopsent,  1217.  —  B...,  1220.  —  Etienne, 
d'abord  prieur  de  Reuil,  1224,  1230.  —  Landeric, 
1235.  —  Théobald,  prieur  de  Reuil,  1237.  —  Guil- 
lauine  IV  de  Pontoise,  moine  de  Flavigny,  prieur  de 
S.-Martin-des-Champs,  1244,  abbé  de  Cluny  en  1245. 
— ■  Jean  I",  t  1262.  —  Milon  de  Vergy,  prieur  de  S.- 
Martin-des-Champs,  1262,  t  1273.  —  Simon  d'Armen- 
tières,  1274,  créé  cardinal  le  20  sept.  1294.  —  Ber- 
trand de  Colombières,  1294,  abbé  de  Cluny  en  1295.  — 
Pierre  II  de  Beljoyeuse,  1296-1330.  —  Jean  II  de  Ma- 
zières,  prieur  de  Cluny,  4  mars  1333,  t  1335.  —  Guil- 
laume V  de  Poitiers,  1336,  évêque  de  Langres  en  1346. 

—  Othon  II  de  Poitiers,  son  frère,  abbé  de  S. -Pierre  de 
Châlons,  1350,  puis  év.  de  Verdun.  — •  Pierre  III, 
12  juin  1350,  prieur  de  Bonny-s. -Loire  en  1364.  — 
Bernard,  prieur  de  Bonny-s. -Loire,  échangea  avec  le 
précédent  le  6  juill.  1364,  t  1394.  —  Valentin,  prieur 
de  Reuil,  1394,  t  1420.  —  Guillaume  IV  de  Bosco- 
vario,  nommé  en  1421,  échangea  la  même  année  avec 
le  suivant.  —  Guidon  II  de  Nourris,  prieur  de  S.-Mar- 
tin-des-Chami)s,  1421.  —  Jean  III  de  Vinrelles,  prieur 
d'Inimont,  puis,  en  même  temps,  d'Ancre,  ensuite  de 
Sauxillanges,  grand-prieur  de  Cluny,  prieur  de  La  Cha- 
rité le  5  oct.  1421,  devint  abbé  de  S. -Claude  de  Jura.  — 
Théobald  Doët,  1433.  —  Jean  IV  Quinart,  1434,  sans 
doute  compétiteur  du  précédent.  — -  Jean  V  Cham- 
bellan, 1439,  t  1470.  —  Philibert  de  Marassin,  abbé  de 
Méobec  de  Bourges,  1470,  f  1486.  —  Charles  de  Bour- 
bon, cardinal,  év.  de  Clermont  et  archev.  de  Lyon, 
t  17  sept.  1486.  —  Antoine  de  Rupe,  créé  prieur  titu- 
laire en  1488.  —  Jean  VI  de  la  Magdelaine  de  Ragny, 
1504,  abbé  de  Cluny  en  1518,  démissionna  bientôt  et 
revint  à  La  Charité.  — •  Jacques  Le  Roy,  abbé  de  S.- 
Florent de  Saumur,  nommé  par  l'abbé  de  Cluny,  mais 
résigna  bientôt  en  faveur  du  suivant.  — -  Robert  de 
Lenoncourt,  cardinal,  év.  de  Châlons,  Metz,  Arles, 
Évreux,  prieur  commendataire  en  1538,  en  même 
temps  abbé  de  plusieurs  autres  monastères;  réduisit 
à  trente  le  nombre  des  moines,  démissionna  eu  1561  en 
faveur  de  son  neveu,  f  1561.  —  Philippe  de  Lenoncourt, 
cardinal,  év.  de  Châlons,  puis  d'Auxerre,  abbé  d'autres 
monastères,  réduisit  les  moines  à  dix-huit,  f  à  Rome 
1591.  —  L'abbé  de  Cluny,  Claude  de  Guise,  nomma 
Benoît  Jacquet,  moine  de  La  Charité,  mais  celui-ci, 
selon  une  convention,  résigna  en  faveur  du  suivant.  — 
Louis  de  Clèves,  chan.  régulier  de  S.-Augustin,  fils 
naturel  de  François  de  Clèves,  abbé  de  Bourras,  fut 
nommé  en  1595  par  Clément  VIII,  sous  la  condition  de 
faire  profession  monastique.  En  1606,  devint  év.  titu- 
laire de  Bethléem,  et  résigna  en  faveur  de  son  neveu. 

—  Jean  VII  de  Clèves,  chan.  régulier  de  S.-Augustin, 
fut  nommé  prieur  commendataire  en  1606,  19  oct. 
1619.  —  Charles  de  Gonzague  de  Clèves,  commenda- 
taire le  9  mars  1622;  devenu  duc  de  Nevers,  il  quitta  la 
cléricature  et  démissionna  en  faveur  du  suivant.  • — 
Jean  VIII  de  Passelaigue,  moine  de  La  Charité, 
19  juill.  1625.  Il  reçut  encore  d'autres  bénéfices,  parmi 
lesquels  le  siège  de  Belley.  Après  quatre  ans,  céda  en  fa- 
veurdu  suivant. — -Alphonse-Louis  du  Plessis  de  Riche- 
lieu, card.,  archev.  de  Lyon;  commendataire  le 
22  juill.  1629,  réforma  le  monastère,  dut  quitter  ce 
bénéfice  par  suite  d'une  sentence  du  grand  conseil.  — 
A  cette  époque,  Charles-Louis  de  Lorraine,  fils  naturel 
du  card.  de  Guise,  fut  nommé  prieur  de  La  Charité, 


CHARITE  (LA)      -  C  M  .\  R IT  E-S  U  R-LO I  R  R  (LA) 


^1 


421 


CHARITÉ-SIIR-LOIRE  (LA) 


—  CHARITON 


422 


mais  il  est  difTicile  de  lui  assigner  une  date  précise.  — 
Pierre  IV  Payen  des  Landes,  1646,  résigna  en  faveur 
de  son  neveu,  t  15  janv.  1664.  —  Jacques  Martineau, 
nommé  en  déc.  1663,  après  six  mois  échangea  La  Cha- 
rité contre  l'abbaye  des  Vertus  et  le  prieuré  de  S. -Vi- 
vant en  faveur  du  suivant,  f  1681.  —  Nicolas  Colbert, 
év.  de  Luçon,  puis  d'Auxerre.  Après  six  mois,  à  son 
tour,  résigna  en  faveur  de  son  neveu.  —  Jean-Nicolas 
Colbert,  nommé  en  1665.  Fut  nommé  coadjuteur  de 
l'archev.  de  Rouen,  archev.  et  primat  de  Carthage, 
4  août  1680,  t  10  déc.  1707.  —  Frédéric-Constantin  de 
La  Tour  d'Auvergne,  chan.  de  Strasbourg,  nommé  en 
1707.  —  Frédéric- Jérôme  de  Roye  de  La  Roçhefou- 
cauld,  prieur  à  La  Charité;  coadjuteur  de  Cluny, 
29  sept.  1738;  abbé  de  Cluny,  en  1747,  à  la  mort  de  son 
oncle.  —  Dominique  de  La  Rochefoucauld,  vie.  gén.  de 
l'archev.  de  Bourges,  reçut  de  ce  dernier  la  commende 
de  La  Charité  et  la  coadjutorerie  de  Cluny,  fut  nommé 
archev.  d'Albi  le  30  avr.  1747,  de  Rouen  le  5  avr.  1759; 
nommé  abbé  de  Cluny  en  1757,  il  céda  La  Charité  au 
suivant.  —  François-Joachim  de  Pierre  de  Bernis,  com- 
mendataire,  1757,  card. -diacre  en  1758,  archev.  d'Albi 
le  30  mai  1764. 

C.  Aveline,  Petite  hist.  de  La  Charité,  La  Charité-s. -Loire, 
1924.  —  Baunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  vi,  94.  — 
P.  Beaussart,  L'église  bénédictine  de  La  Charité-s. -Loire, 
La  Charité,  1929.  —  Cottineau,  705-06.  —  Gall.  christ.,  xii, 
403.  —  R.  de  Lespinasse,  Cartulaire  du  prieuré  de  La  Charité- 
s.-Loire  ( Nièvre),  ordre  de  Cluni,  Nevers,  1887.  —  .1.  Loc- 
quin,  Neiiers  et  Moulins.  La  Charité-s. -Loire,  coll.  Les  villes 
d'art  célèbres,  Paris.  1913.  —  Mabillon,  Annales  O.  S.  B., 
IV,  134,  562;  v.  —  L.  Serbat,  La  Charité,  dans  Congr. 
archéol.  de  France,  lxxx«  sess.,  1916,  p.  374-400. 

R.  Van  Doren. 

1 .  CHARITON,  martyr,  est  cité  le  23  janv.,  par 
un  synaxaire  de  Grottaferrata  (xii«  s.),  comme  com- 
pagnon de  S.  Clément  d'Ancyre. 

A.  S.,  janv.,  m,  71.  —  Sgnax.  Eccl.  Constant.,  417-41. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHARITON,  martyr  en  Syrie  le  6  mars  (?). 
A  cette  date  le  martyrologe  hiéronymien  porte  Cari, 
Attonis.  Certaines  variantes  lisent  Cariaitonis.  Mais  ce 
ou  ces  personnages  ont-ils  jamais  existé? 

A.  S.,  mars,  i,  361-62.  —  Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  128. 

R.  Van  Doren. 

3.  CHARITON  est  mentionné  au  1"  juin  par  le 
synaxaire  de  Constantinople,  avec  Justin,  comme 
martyrs  romains.  Mais  les  documents  latins  les 
ignorent. 

.4.  S.,  juin,  I,  16-22.  —  Sgnax.  Eccl.  Constant.,  721-22. 

R.  Van  Doren. 

4.  CHARITON,  martyr, 3  sept. Le  martyrologe 
romain  cite  Chariton  avec  Zénon  et  ajoute  qu'ils 
furent  précipités  dans  un  foyer  ardent.  Ce  détail  et 
l'union  des  deux  noms  proviennent  des  ménées  et 
n'ont  aucune  base  historique. 

A.  S.,  sept.,  I,  615.  —  Mart.  Rom.,  377.  —  Synax.  Eccl. 
Constant.,  18. 

R.  Van  Doren. 

5.  CHARITON,  martyr, mentionné  par  le  syna- 
xaire de  Constantinople  au  9  sept.  Le  personnage  est 
inconnu  par  ailleurs. 

Sgnax.  Eccl.  Constant.,  32. 

R.  Van  Doren. 

6.  CHARITON  (Saint),  fondateur  de  colonies 
d'ermites  (laures)  en  Palestine  au  iv«  s.,  fêté  dans 
l'Église  grecque  le  28  sept.  D'après  sa  Vie  (voir  injra), 
Chariton,  membre  d'une  famille  en  vue  d'Iconion,  con- 
fesse la  foi  sous  Aurélien  (270-75);  libéré  à  la  mort  du 
persécuteur,  il  se  met  en  route  pour  Jérusalem,  et  non 
loin  de  la  Ville  sainte  tombe  aux  mains  de  brigands  qui 
le  séquestrent  dans  une  caverne;  ceux-ci  meurent 
bientôt  tous  ensemble  pour  avoir  bu  du  vin  empoi- 


sonné; à  l'emplacement  de  la  caverne,  Chariton  fonde 
la  laure  de  Pharan,  avec  la  «  Vieille  église  »  qu'il  dédie 
sous  l'épiscopat  de  Macaire  de  Jérusalem,  un  des 
Pères  de  Nicée.  Bientôt,  incommodé  par  les  foules 
qu'attirent  ses  miracles  et  sa  réputation  de  sainteté,  il 
décide  de  quitter  Pharan;  après  avoir  fait  ses  recom- 
mandations à  ses  disciples,  il  se  retire  dans  une  autre 
grotte,  au  désert  de  Jéricho  :  c'est  l'origine  de  la  laure 
de  Douka.  Il  fonde  ensuite  de  la  même  manière  la 
laure  de  Souka  ou  «  Vieille  laure  »,  à  environ  14  stades 
de  Thécua;  à  Souka,  il  élit  domicile  dans  une  grotte 
inaccessible  où  il  fait  jaillir  miraculeusement  une 
source,  et  qui  portait  encore  du  temps  de  l'auteur  le 
nom  de  KpepaCTTov  toO  àyîou  XapÎTCovoç.  Prévenu  par 
Dieu  de  l'imminence  de  sa  mort,  il  retourne  à  Pharan, 
et  adresse  avant  de  mourir  une  longue  exhortation 
aux  moines  des  trois  laures  réunis  autour  de  lui. 

La  Vie  grecque  de  S.  Chariton  a  été  publiée  sous  sa 
forme  métaphrastique  {B.  H.  G.,  301)  par  le  P.  J.  Stil- 
tingh,  en  1760,  dans  les  A.  S.  (sept.,  vu,  612-21),  puis, 
en  1864,  dans  P.  G.  (cxv,  899-918).  La  Vie  ancienne, 
dont  la  recension  métaphrastique  est  un  remanie- 
ment, n'a  été  éditée  qu'en  1941  {Bull,  de  l'Inslihit 
hi.it.  belge  de  Rome,  xxi,  16-46). 

L'auteur  ne  donne  sur  lui-même  que  des  renseigne- 
ments vagues.  A  la  fin  de  son  œuvre  (c.  xlii),  il 
explique  qu'il  écrit  longtemps  après  les  faits  qu'il 
raconte,  et  sans  le  secours  d'aucun  document  écrit. 
Il  Car  des  autres  saints  ascètes  qui  brillèrent  par  leurs 
vertus  monastiques  bien  plus  tard  [que  S.  Chariton], 
on  a  écrit  la  vie,  soit  de  leur  vivant,  en  cachette,  soit 
immédiatement  après  leur  mort...  Mais  personne  du 
temps  de  S.  Chariton  n'a  recueilli  sa  vie  par  écrit,  car 
les  moines  étaient  rares  [en  ce  temps-là],  et  même  les 
chrétiens  étaient  très  peu  nombreux,  et  de  plus  pour- 
chassés par  les  persécuteurs.  C'est  seulement  par  tra- 
dition orale  que  les  moines  des  monastères  fondés  par 
S.  Chariton  se  sont  transmis  successivement  les  uns 
aux  autres  les  faits  et  gestes  du  saint,  et  ont  ainsi 
conservé  jusqu'à  nous  [le  souvenir]  de  ce  que  nous 
avons  raconté.  » 

Comme  l'a  montré  le  P.  Stiltingh  (loc.  cit.,  p.  609-10, 
n.  8-14),  l'auteur  qui  parle  ainsi  devait  vivre  à  une 
époque  notablement  postérieure  à  celle  de  S.  Chariton; 
il  écrivait  vraisemblablement  au  vi"  s.,  et  peut-être  à 
l'exemple  de  Cyrille  de  Scythopolis. 

L'hagiographe  déclare,  on  l'a  vu,  qu'il  tient  tous  ses 
renseignements  de  la  tradition  orale.  11  semble  que  l'on 
puisse  se  fier  à  cette  tradition  orale  pour  l'essentiel  de 
ce  qui  est  rapporté  dans  la  partie  proprement  monas- 
tique de  la  Vie  (c.  xiii-xxv);  les  laures  de  S.  Chariton 
pouvaient  avoir  conservé  fidèlement  le  souvenir  de 
leur  fondateur,  et  le  récit  ne  semble  pas  devoir  grand 
chose  à  la  pieuse  imagination  de  l'auteur.  Il  faut  sans 
doute  lire  avec  plus  de  défiance  la  première  partie  de 
la  Vie,  où  sont  racontées  la  confession  de  Chariton 
sous  Aurélien  (c.  ii-viii)  et  l'histoire  de  brigands  qui 
lui  advint  ensuite;  cette  partie  a  une  allure  plus  légen- 
daire et,  s'il  y  a  quelque  vérité  dans  le  récit  de  lc*(on- 
fession,  l'auteur  semble  bien  en  tout  cas  faire  erreur  en 
plaçant  cet  épisode  sous  l'empereur  Aurélien  (270-75), 
car  il  est  difficile  de  concilier  cette  donnée  chronolo- 
gique avec  l'autre,  de  bien  meilleur  aloi,  qui  fixe  la 
dédicace  de  l'église  de  Pharan  sous  l'épiscopat  de  Ma- 
caire de  Jérusalem  (314-33  environ).  Dans  la  recen- 
sion remaniée  du  Chronographicon  sijntomon  de  Nicé- 
phore  le  Patriarche  (f  815),  recension  qui  a  vu  le  jour 
vers  l'an  850,  peut-être  à  Jérusalem,  une  interpolation 
au  texte  de  Nicéphore  place  la  confession  de  Chariton 
sous  le  règne  de  Tacite  (275-76)  (éd.  C.  de  Boor,  Nice- 
phori  archiepisc.  Constanl.  opuscula  fiistorica,  Leipzig, 
1880,  p.  95,  cf.  p.  xxxiv);  cette  interpolation  dérive 
sans  doute  de  la  Vie. 


4  2  3 


CIIAIUTON 


CHAULE  MA(ÎNF, 


4  ■>  r. 


L'hagiographe  fait  mourir  S.  Chariton  à  Pharaii 
(c.  xxxvn);  dans  une  lettre  de  817  {Epist.,  ii,  17, 
P.  G.,  xcix,  1169  C),  Théodore  Studite  exprime  à 
l'higoumène  de  la  laure  de  S.  Chariton  (c.-à-d.  de  Sou- 
ka)  le  désir  qu'il  aurait  de  visiter  le  tombeau  du  saint. 

Sources.  —  Vie  prémétaphrastique,  éd.  G.  Garitte,  dans 
Bull,  de  l'inslit.  hist.  belç/e  de  Borne,  xxi,  1941,  p.  16-46.  — 
Vie  métaphrastique,  dans  B.  H.  G.,  301  :  éd.  J.  Stiltingh, 
dans  A.  S.,  sept.,  vu,  Anvers,  1760,  p.  612-21  :  éd.  de  Paris, 
1867,  p.  .572-81  ;  2«  éd.  indépendante  de  la  première,  dans 
P.  G.,  cxv,  Paris,  1864,  col.  899-918.  —  Notice  du  synaxaire 
grec,  dérivée  de  la  Vie,  éd.  H.  Delehaye,  dans  Synax.  Eccl. 
Constant,  (dans  A.  S.,  Propylaeum  de  nov.),  Bruxelles,  1902, 
col.  85-86.  —  Vie  géorgienne  de  S.  Chariton,  conservée 
dans  le  codex  Addil.  11281  du  British  Muséum,  fol.  145  r"- 
162  V»  (xi"  s.)  :  J.  O.  Wardrop,  A  Catal.  oj  Georg.  Maniis- 
cripls  in  the  Brit.  Mus.,  Londres,  1913  (appendice  à  F.  C.  Co- 
nybeare,  A  Catal.  of  the  Armenian  Maniiscripts  in  the  Brit. 
Mus.),  p.  397-405;  cette  version  représente  la  recension  pré- 
métaphrastique. Une  version  géorgienne  de  la  recension  mé- 
taphrastique  est  conservée  dans  le  ms.  20  d'Iviron,  fol.  105 
r''-113  r°  :  R.  P.  Blake,  dans  Rev.  de  l'Orient  chrétien,  xxix, 
1933-34,  p.  127,  n.  15.  —  Version  arabe  d'une  des  deux 
Vies  grecques  dans  le  ms.  arabe  .395  du  Sinaï  (daté  de  1328- 
29)  :  Le  Muséon,  lxiii,  1950. 

Travaux.  —  J.  Stiltingh,  dans  A.  S.,  sept.,  vu,  Anvers, 
1760,  p.  607-12;  Paris,  1867,  p.  568-72.  —  F.  Oltarzevsklj, 
Palestinskoe  monasestvo  s  IV  do  VI  vjexa,  dans  Pravosl.  Pa- 
lest.  Sbornik,  xv-2,  S.-Pétersbourg,  1896,  p.  24-41.  — 
F.  R.  Génier,  Vie  de  S.  Euthyme  le  Grand,  Paris,  1909,  p.  7- 
15  (coll.  Eludes  palest.  et  orient.)  —  S.  Schiwietz,  Dos  mor- 
genldndische  Mônchtum,  u,  Mayence,  1913,  p.  131-36.  — 
."j.  P.  Kirsch,  art.  Chariton,  dans  L.  T.  K.,  u,  1931,  col.  841. 

—  G.  Garitte,  La  Vie  prémétaphrastique  de  S.  Chariton,  dans 
Bull,  de  rinstilut  hisl.  belge  de  Rome,  xxi,  1941,  p.  5-50.  — 
F.  Drexl,  dans  Ifijz.  Zeilschr.,  xm,  1942,  p.  314.  —  P. 
Peeters,  dans  A.  Bail.,  i.x,  1942,  p.  230-31.  —  P.  V.  Corbo, 
dans  La  Terra  santa,  xxii,  1947,  p.  159-62.  —  Sur  les 
laures  fondées  par  S.  Chariton,  voir  A.  Couret,  La  Palestine 
sous  les  empereurs  grecs  (326-636),  thèse,  Grenoble,  1869, 
appendice,  p.  vi-x.  —  C.  Schick-K.  Marti,  dans  Zeilschr.  d. 
deutsch.  Palestina-Vereins,  m,  1880,  p.  6-11,  37-39.  — 
S.  Vailhé,  Les  premiers  monastères  de  la  Palestine,  dans 
Bessarione,  ni,  1897-98,  p.  39-58;  Id.,  dans  Reu.  de  l'Orient 
chrétien,  iv,  1899,  p.  524-25  (Souka),  528  (Crémaste),  ,528- 
29  (Douka);  v,  1900,  p.  42  (Pharan);  x,  1904,  p.  333-58.  — 
S.  Schiewietz,  Das  morgenlàndische  Mônchtum,  u,  1913, 
p.  136-43.  —  H.  Leclercq,  art.  Laures  palestiniennes,  dans 
D.  A.  C.  L.,  VIII,  1966-72.  —  F.-M.  Abel,  Géographie  de  la 
Palestine,  u,  Paris,  1938,  p.  307,  404,  471  (coll.  Études  bibl.). 

—  Carte  des  monastères  et  laures  de  Palestine  à  la  fin  du 
volume  de  M.-.I.  Rouët  de  .Journel,  Jean  Moschus.  Le  Pré 
spirituel,  Paris,  1946,  coll.  Sources  chrétiennes. 

G.  Garitte. 

CHARLAS  (Antoine),  1634-98,  ecclésiastique 
français  qui  fut  mêlé  à  la  querelle  de  la  régale,  au  cours 
de  laquelle  il  seconda  Caulet,  évêque  de  Pamiers.  Il  na- 
quit à  Puymaurin  (Comminges),  en  1634,  étudia  à 
l'université  de  Toulouse  où  il  fut  l'élève  du  domini- 
cain Raymond  Maillât,  théologien  insigne  et  réforma- 
teur de  la  discipline  religieuse  dans  son  ordre.  Sur 
recommandation  de  ce  dernier,  il  est,  dès  16.57,  nommé 
par  Caulet,  évêque  de  Pamiers,  vice-secrétaire  de 
î'ofiîcialité  ;  en  1660,  il  est  agrégé  au  chapitre  de 
N.-B.-du-Camp;  en  1670,  il  est  promu  ofïicial  et  direc- 
teur du  séminaire;  en  1678,  vicaire  général. 

Charlas  joua  un  rôle  de  premier  plan  dans  la  querelle 
de  la  régale.  Son  rôle  a  été  ainsi  défini  par  son  dernier 
historien,  Mgr  Vidal  :  «  Parmi  les  hommes  de  son  en- 
tourage, celui  à  qui  François-Étienne  de  Caulet, 
évêque  de  Pamiers,  paraît  s'être  le  plus  confldem- 
ment  livré,  c'est  Antoine  Charlas,  à  qui  il  remit  le 
soin  de  sa  propre  conscience,  puis  la  direction  de  son 
séminaire,  enfin,  à  titre  de  vicaire  général,  le  gouver- 
nement du  diocèse.  L'homme  se  distinguait  en  effet 
par  une  intelligence  vive,  une  science  vaste  et  un 
solide  jugement.  Il  fut  le  penseur  et  le  théologien  du 
groupe  qui  entourait  l'évêque;  aussi  vertueux  d'ail- 
leurs que  ses  saints  confrères  et  de  bon  conseil  plus 


qu'aucun  d'eux.  »  Charlas  collabora  à  la  rédaction  des 
écrits  de  Caulet  contre  la  régale  :  «  M.  du  Ferrier,  écrit 
Laborde,  a  fourni  la  matière  du  Traité  sur  la  régale: 

1  mais  MM.  Charlas,  Cazenave  et  Jullien  l'ont  mis  en 
la  forme  qu'il  est.  »  Ces  trois  auteurs  avaient  des  confé- 
rences à  Toulouse  où  Cazenave  et  Jullien  résidaient. 
Il  faut  noter  que  Charlas  était  un  modéré,  qu'il  don- 

1  nait  à  Caulet  des  conseils  de  prudence  qui  n'étaient 
pas  toujours  suivis.  C'était  aussi  son  confesseur  et 
c'est  lui  qui  l'assista  à  ses  derniers  moments.  Caulet 
mourut  le  7  août  1680;  aux  obsèques,  (charlas,  désigné 
comme  exécuteur  testamentaire,  fit  un  discours  au 
peuple.  Le  chapitre  lui  conféra,  ainsi  qu'à  Cerle,  des 
pouvoirs  de  vicaire  capitulaire.  Ils  furent  tous  deux 
obligés  bientôt  de  s'enfuir  pour  se  dérober  aux 
recherches  de  la  police.  Charlas  mena  quelque  temps 
une  vie  errante,  fuyant  de  cachette  en  cachette,  mais, 
nul  asile  n'étant  sûr  pour  lui  en  terre  de  France,  il  lui 
fallut  s'expatrier  et  chercher  refuge  à  Rome  (1683  ou 
1684),  où  il  vécut  comme  un  ascète,  très  estimé  du 
pape  et  de  plusieurs  cardinaux.  Cependant  la  police 
française  ne  l'oubliait  pas  et,  en  1687,  il  fut  impliqué 
dans  le  procès  dirigé  contre  le  médecin  Peysonnel  de 
Marseille  qui  servait  d'intermédiaire  et  faisait  passer 
la  correspondance  des  réfugiés.  Il  fut  condamné  au 
bannissement  à  vie  et  ses  biens  furent  confisqués. 

A  Rome  il  ne  borne  pas  son  activité  aux  affaires  de 
la  régale;  il  s'occupe  du  quiétisme  et  dans  cette  affaire 
il  seconde  les  agents  de  Bossuet  qui,  dans  sa  corres- 
pondance, l'appelle  Nicodème.  Cependant  la  mort  de 
Cerle  (vers  1691)  l'obligea  à  s'immiscer  plus  avant 
dans  l'administration  de  son  diocèse  :  c'est  lui  qui 
communique  en  tant  que  vicaire  général  la  bulle 
d'indiction  du  jubilé;  Mgr  Vidal  a  publié  in  extenso  la 
très  belle  lettre  qu'il  envoya  à  cette  occasion  aux 
fidèles  de  Pamiers.  Le  2  juill.  1692,  il  rend  une  ordon- 
nance prescrivant  des  prières  publiques  pour  le  roi, 
la  famille  royale  et  l'État.  Il  mourut  le  7  avr.  1698.  Il 
logeait  alors  chez  les  oratoriens  de  la  Vallicella;  tombé 
dans  une  sorte  de  léthargie,  un  médecin  français  essaya 
de  l'en  tirer  par  un  remède  violent  qui  le  tua.  Il  fut 
inhumé  à  Ste-Sabine.  Ceux  qui  l'avaient  connu  décer- 
nèrent de  grands  éloges  à  sa  mémoire.  C'était  «  un 
oracle  »  pour  les  cardinaux  qui  le  consultaient.  Il  avait 
été  «  le  penseur  et  l'écrivain  du  groupe  antirégaliste  », 
combattant  également  les  théories  gallicanes  dont  il 
fut  le  contradicteur  acharné.  Son  Tradatus  de  liber- 
tatibus  a  été  inscrit  à  l'Index  par  décret  du  4  juin  1721. 

j      Œuvres  principales.  —  Tradatus  de  libertatihus 

j  Ecdesiae  gallicanae...,  1682;  De  la  puissance  de  l' Église, 
ou  réponse  au  traité  historique  de  Monsieur  Maim- 
bourg...;  Du  concile  général...,  Liège,  1688;  Primatus 
jurisdidionis  Romano  pontifiai  assertus...,  Cologne, 
1700;  Causa  regaliae  penitus  explicata...,  1685 ;  Dispu- 
tatio  theologica  de  opinionum  deledu  in  quaestionibus 
moralibus. 

.J.-M.  Vidal,  Antoine  Clicu-las,  Castillon-en-Couserans, 
1934,  extr.  du  Bull.  hist.  du  dioc.  de  Pamiers  (avec  portrait 
de  Charlas). — R.  Naz,  dansD.  D.  Can.,  m,  617.  —  Mgr  Mar- 
tin, Les  origines  du  gallicanisme,  i,  Paris,  1939,  p.  30. 

C.  Laplatte. 

CHARLEIVIAGNE,  en  latin  Carolus  Magnus, 
nom  donné  par  l'histoire  à  Charles,  le  plus  grand  des 
rois  des  Francs,  qui  régna  de  768  à  814.  | 

I.  Premières  années.  —  Né  en  742,  il  était  le  fils 
aîné  de  Pépin  le  Bref  et  de  Bertrade,  fille  de  Charibert, 
comte  de  Laon.  Il  avait  un  frère  cadet,  Carloman  , 
(supra,  XI,  1060-61,  Carloman-2).  A  l'âge  de  douze 
ans,  le  28  juill.  755,  il  fut  sacré  à  S. -Denis,  avec  son 
père  et  son  frère,  par  le  pape  Étienne  II,  venu  en 
Gaule,  qui  les  oignit  tous  trois  de  l'huile  sainte.  Le  I 
pape  fit  ensuite,  sous  la  menace  de  l'excommunica- 
tion, défense  aux  Francs  de  choisir  jamais  un  roi  en 


425 


CHAHLEMAGNE 


426 


dehors  de  la  descendance  de  Pépin.  Cet  acte  indiquait 
que  Dieu  et  l'apôtre  Pierre  confirmaient  Pépin  dans 
sa  royauté  et  rendaient  la  couronne  héréditaire  dans 
sa  famille.  Ainsi  fut  fondée  la  dynastie  carolingienne, 
dont  Charlemagne  fut  le  roi  le  plus  glorieux  (Levil- 
lain,  De  l'authenticité  de  la  «  clausula  de  unctione 
Pippini  »,  dans  Dibl.  de  l'École  des  chartes,  1927, 
p.  20-42). 

Le  pape  donna  aussi  aux  princes  qu'il  venait  de 
sacrer  le  titre  de  n  patrices  des  Romains  ».  Désormais 
les  lettres  expédiées  par  la  Chancellerie  pontificale  à 
l'adresse  de  Pépin  et  de  ses  fils  portèrent  cette  men- 
tion :  «  Aux  seigneurs  nos  très  excellents  fils,  le  roi 
Pépin...,  Charles  et  Carloman,  tous  trois  patrices  des 
Romains.  "  Ce  n'était  à  la  vérité  qu'un  titre  honori- 
fique, dont  il  était  difficile  de  déterminer  la  portée. 
Pépin  le  Bref  n'y  attacha  guère  d'importance  et  ne  le 
porta  point  dans  ses  actes.  Mais,  plus  tard,  Charle- 
magne sut  en  tirer  des  conséquences  pratiques. 

II.  DÉBUTS  DU  RÈGNE.  — •  En  768,  Pépin,  sentant  sa 
fin  prochaine,  partagea,  en  présence  des  grands,  son 
royaume  entre  ses  deux  fils  :  car,  comme  les  Mérovin- 
giens, à  qui  il  avait  succédé,  il  était  imbu  de  l'idée 
qu'un  royaume  était  semblable  à  un  patrimoine,  dont 
chaque  fils  devait  avoir  sa  part.  Charles,  l'aîné,  eut  le 
lot  le  plus  avantageux  comprenant  la  majeure  partie 
de  l'Austrasie  et  de  la  Neustrie  et  l'Aquitaine  occiden- 
tale. Carloman  reçut  la  Bourgogne,  la  Provence,  la 
Septimanie,  l'Alsace  et  l'Alémanie,  avec  quelques 
comtés  en  Neustrie  et  en  Austrasie  et  le  reste  de 
l'Aquitaine. 

Pépin  mourut  peu  après,  le  24  sept.  768.  Le  9  oct., 
ses  deux  fils  furent  élevés  à  la  royauté,  Charles  à 
Noyon  et  Carloman  à  Soissons,  «  par  leurs  grands  et  la 
consécration  des  prêtres  ». 

Les  deux  jeunes  rois  ne  ijaraissenl  pas  avoir  été 
toujours  d'accord.  Mais  Carloman  mourut  trois  ans 
après,  le  4  déc.  771.  Il  laissait  des  enfants  en  bas  âge. 
Charles  s'empressa  d'occuper  son  royaume  et  de  se 
faire  reconnaître  roi  par  ses  grands.  L'unité  de  la  mo- 
narchie franque  était  rétablie.  Charles,  qui  était  main- 
tenant le  plus  puissant  des  princes  de  l'Occident,  allait 
continuer  l'œuvre  de  son  père  Pépin,  en  y  mettant  la 
marque  d'un  prestige  incomparable. 

III.  Guerres.  —  Charlemagne  fut  occupé  presque 
chaque  année  de  son  règne  à  faire  campagne.  Comme 
le  dit  son  historien  Éginhard,  «  le  royaume  franc,  qu'il 
avait  reçu  de  Pépin,  son  père,  déjà  vaste  et  puissant, 
noblement  développé  par  lui,  fut  augmenté  de  près 
du  double  ». 

Il  affermit  d'abord  son  autorité  sur  des  pays  qui, 
après  avoir  été  soumis  par  Pépin,  s'étaient  révoltés. 
L'Aquitaine,  qui  s'était  soulevée  en  769,  fut  rapide- 
ment domptée.  Le  duc  Tassilon  de  Bavière,  qui  s'était 
reconnu  vassal  de  Pépin,  ne  tenait  guère  ses  engage- 
ments :  en  788,  Charles  finit  par  le  faire  tondre  et  en- 
fermer dans  un  couvent  et  annexa  la  Bavière.  Des 
comtes  francs,  établis  en  Aquitaine  et  en  Bavière,  y 
remplacèrent  les  cadres  indigènes. 

Surtout  Charlemagne  conquit  de  nouveaux  terri- 
toires. Il  faut  remarquer  que  la  plupart  de  ces  guerres 
eurent  un  caractère  religieux.  En  Italie,  il  s'agissait  de 
défendre  le  Siège  apostolique  contre  un  roi  chrétien 
qui  le  menaçait.  Ailleurs  Charles  eut  à  combattre  des 
peuples  ennemis  de  la  foi  chrétienne,  qui  étaient  pour 
le  royaume  des  Francs  des  voisins  dangereux. 

1"  Expéditions  en  Italie.  —  Comme  son  père,  Charle- 
magne fut  amené  à  intervenir  en  Italie  à  la  demande 
du  pape,  à  qui  Pépin  le  Bref  avait  constitué  un  do- 
maine temporel  dont  les  Lombards  auraient  voulu 
s'emparer. 

Au  début  de  son  règne,  il  semblait  que  tout  était 
disposé  pour  une  paix  durable.  En  756,  le  duc  de  Tos- 


cane, Didier,  avait  été  élu  roi  des  Lombards  grâce  à 
l'appui  du  pape  Étienne  II  et  de  l'abbé  Fulrad  envoyé 
du  roi  des  Francs.  Il  avait  juré  solennellement  d'exé- 
cuter les  engagements  pris  par  son  prédécesseur  As- 
!  tulf  et  même  promis  au  pape  de  lui  céder  plusieurs 
cités  voisines  de  l'exarchat  de  Ravenne  et  de  la  Pen- 
tapole.  Pépin  le  Bref  s'était  imaginé  que  ce  roi  serait 
un  allié  fidèle  de  la  royauté  franque  et  du  Saint- 
Siège. 

I  Didier  ne  répondit  pas  au.x  espérances  qu'on  avait 
\  mises  en  lui.  En  768,  à  la  mort  du  pape  Paul  I",  il 
tenta  d'installer  dans  la  chaire  de  S.  Pierre  une  de  ses 
créatures,  le  diacre  Philippe,  qui  d'ailleurs  ne  put  pas 
s'y  maintenir.  Le  pape  Étienne  III,  élu  à  la  place  de 
Philippe,  avait  de  justes  raisons  de  se  méfier  de  ce 
perfide  allié.  Bien  plus,  en  770,  Didier  essaya  aussi  de 
disposer  de  l'évêché  de  Ravenne  qui  pourtant  faisait 
partie  du  Patrimoine  de  S. -Pierre. 

Cependant,  du  côté  franc,  on  faisait  encore  con- 
1  fiance  à  Didier.  Après  la  mort  de  Pépin,  ses  deux  fils 
I  Charles  et  Carloman,  dociles  aux  conseils  de  leur  mère, 
I  la  reine  Bertrade,  croyaient  possible  de  s'entendre 
t  avec  lui.  Même,  Charles  répudia  sa  première  femme 
Himiltrude  pour  épouser  la  fille  de  Didier,  que  sa 
[  mère  lui  amena  d'Italie. 

1      Vainement  le  pape  Étienne  III  écrivit  aux  deux  rois 
[  des  Francs  une  lettre  énergique  pour  les  détourner  de 
:  l'alliance  lombarde.  Il  leur  rappelle  qu'il  est  contraire 
aux  usages  de  leur  famille  d'épouser  des  étrangères, 
qu'au  surplus  ils  sont  mariés  et  que  la  loi  de  Dieu  leur 
interdit  de  «  recevoir  des  femmes  autres  que  celles 
'  qu'ils  ont  primitivement  acceptées  ».  Puis  il  les  prie 
I  de  considérer  «  qu'ils  ont  promis  au  prince  des  apôtres 
!  et  à  ses  vicaires  d'avoir  les  mêmes  amis  et  les  mêmes 
j  ennemis  que  lui  »,  et  qu'ils  ne  peuvent  s'unir  en 
conscience  à  un  peuple  parjure  «  qui  ne  cesse  d'atta- 
;  quer  l'Église   de   Dieu   et   d'envahir  la  province 
.  romaine  ». 

La  lettre  pontificale  n'émut  point  Charles,  qui 
croyait  encore  aux  Lombards.  Cependant  Didier 
menaçait  de  plus  en  plus  l'indépendance  du  Siège 

,  apostolique.  En  771,  sous  prétexte  de  venir  prier  sur 

i  la  tombe  du  prince  des  apôtres  et  de  traiter  directe- 
ment avec  le  pape,  il  pénétra  à  S. -Pierre  de  Rome  avec 
une  troupe  armée,  arrêta  le  primicier  Christophe  et  son 

j  fils  le  secondicier  et  leur  fît  crever  les  yeux.  Il  sem- 

1  blait  tenir  le  pape  à  sa  discrétion. 

Néanmoins  il  ne  put  pas  exploiter  son  succès  jus- 
qu'au bout.  Le  pape  Étienne  III,  étant  mort,  fut 
aussitôt,  malgré  les  intrigues  du  parti  lombard,  rem- 
placé par  un  pontife  énergique,  Adrien  I",  qui  était 
issu  d'une  vieille  famille  romaine  (Adrien  I",  supra, 

I  I,  614-19). 

1  Didier,  tout  en  cherchant  à  négocier  avec  le  nou- 
,  veau  pape,  mit,  en  avr.  772,  la  main  sur  Faenza  et  le 
'  duché  de  Ferrare  et  dévasta  les  environs  de  Ravenne. 
!  Bientôt  il  fit  avancer  ses  troupes  à  travers  la  Penta- 
I  pôle.  De  plus  en  plus  l'indépendance  du  S. -Siège  était 
j  mise  en  péril. 

I  Entre  temps,  Charles  avait  répudié  la  fille  de  Didier 
qu'il  avait  renvoyée  à  son  père.  Le  roi  des  Lombards 

!  aggrava  la  brouille  en  donnant  asile  à  la  veuve  et  aux 
deux  fils  de  Carloman,  qui  venait  de  mourir.  Même  il 
travailla  de  toutes  ses  forces  à  faire  rendre  aux  deux 
jeunes  princes  l'héritage  de  leur  père,  dont  Charles 
s'était  emparé. 

Aussi,  en  janv.  773,  Charlemagne,  se  trouvant  à 

I  Thionville,    fit    bon    accueil    à    l'ambassade  que 

j  Adrien  1"  lui  avait  députée  pour  implorer  son  secours. 
L'envoyé  pontifical  lui  rappela  que,  depuis  le  jour  où 
Étienne  II  lui  avait  donné  l'onction  royale  et  le  patri- 
ciat  des  Romains,  il  était  devenu  le  protecteur  légi- 
time et  le  défenseur  de  ces  derniers.  Laisserait-il  plus 


427 


CHARLEMAGNE 


428 


longtemps  la  Ste  Église  de  Dieu  exposée  aux  attaques 
de  ses  ennemis? 

Charles,  alors  occupé  par  la  guerre  de  Saxe,  chercha 
d'abord  à  négocier  avec  le  roi  des  Lombards.  N'ayant 
obtenu  aucun  résultat  satisfaisant,  il  se  décida  à  inter- 
venir en  Italie.  A  l'automne  de  773,  il  franchit  les 
Alpes  et,  après  quelques  jours  de  campagne,  il  obligea 
Didier  à  se  renfermer  dans  Pavie.  Il  jugea  préférable 
de  réduire  la  ville  par  la  famine  plutôt  que  de  l'empor- 
ter de  vive  force.  Aussi  le  siège  durait  encore  au  prin- 
temps de  774. 

Pavie  étant  rigoureusement  bloquée,  Charles  alla  à 
Rome  célébrer  les  fêtes  de  Pâques  auprès  des  tom- 
beaux des  apôtres.  Le  pape  Adrien  l'accueillit  avec  le 
cérémonial  qui  avait  été  autrefois  en  usage  «  pour 
recevoir  un  exarque  et  un  patrice  ».  Des  délégations 
vinrent  au-devant  de  lui,  à  mesure  qu'il  approchait  de 
la  Ville  éternelle  :  les  unes  bannières  en  tête,  les  autres 
portant  des  palmes  et  des  rameaux  d'olivier.  Enfin,  à 
l'entrée  de  la  ville,  il  fut  reçu  par  les  croix  des  sept 
régions  ecclésiastiques.  Le  patriciat  du  roi  des  Francs, 
qui  jusqu'alors  était  resté  honorifique,  semblait 
prendre  valeur,  en  se  confondant  avec  la  fonction 
d'exarque. 

En  entrant  dans  Rome,  le  samedi  saint  2  avr.  774, 
Charles  mit  pied  à  terre,  voulant  montrer  qu'il  ne 
venait  qu'en  pèlerin.  Baisant  chaque  degré,  il  monta 
les  marches  qui  donnaient  accès  à  l'atrium  de  S.- 
Pierre. Le  pape,  qui  l'attendait  sur  le  palier,  le  reçut 
dans  ses  bras.  Puis,  tenant  la  main  du  pontife,  le  roi 
des  Francs  entra  dans  l'église,  pendant  que  le  clergé 
chantait  :  «  Béni  soit  celui  qui  vient  au  nom  du  Sei- 
gneur 1  »  Arrivé  au  terme  de  son  pèlerinage,  le  roi  avec 
sa  suite  alla  se  prosterner  devant  la  confession  de 
S.  Pierre. 

Charles  suivit  pieusement  avec  le  pape  toutes  les 
cérémonies  des  fêtes  pascales.  Après  quoi  commen- 
cèrent les  conversations  politiques.  Charles,  s'étant 
fait  relire  les  promesses  faites  par  son  père  au  Siège 
apostolique,  les  confirma  et  les  augmenta.  Désormais 
le  Patrimoine  de  S. -Pierre  devait  comprendre  les  cités 
et  les  territoires  sis  au  sud  d'une  ligne  qui,  partie  de 
Luna  près  de  la  Spezia  à  l'embouchure  de  la  Magra, 
remontait  le  cours  de  cette  rivière,  franchissait  l'Apen- 
nin au  col  de  la  Cisa  pour  englober  tout  l'exarchat  de 
Ravenne,  tel  qu'il  était  anciennement  constitué,  ainsi 
que  la  Vénétie  et  l'Istrie  qui  étaient  encore  sous  la 
domination  byzantine.  Les  duchés  de  Spolète  et  de 
Bénévent,  ainsi  que  la  Corse,  étaient  pareillement 
réservés  au  pape.  Ainsi  était  tracée  une  démarcation 
entre  la  zone  d'expansion  pontificale  et  celle  du  roi 
franc  pour  le  cas  d'une  défaite  du  roi  des  Lombards. 
En  raison  de  diverses  difilcultés,  le  S. -Siège  ne  put  pas 
prendre  possession  de  tous  les  territoires  qui  lui 
avaient  été  attribués. 

Après  s'être  accordé  avec  le  pape,  Charles  reprit  la 
direction  du  siège  de  Pavie.  En  juin,  la  place  se  rendit  : 
Didier  et  sa  famille  furent  envoyés  en  captivité  à  Cor- 
bie.  Maintenant  Charlemagne  était  maître  de  tout  le 
royaume  lombard  et  aussi  protecteur  des  Romains. 
Désormais  il  s'intitula,  dans  la  suscription  de  ses 
actes  :  Carolus  gratia  Dei  rex  Fmncorum  atque  Lango- 
bardoriim  ac  patricius  Romanorum. 

Roi  des  Lombards,  il  gouvernait  ce  peuple  au  lieu  et 
place  de  Didier.  La  Lombardie  continuait,  en  prin- 
cipe, à  former  un  royaume  distinct.  Mais  Charlemagne 
prit  des  mesures  pour  assurer  la  domination  franque  : 
il  installa  dans  le  pays  des  comtes  et  des  vassaux 
d'origine  franque;  il  y  concéda  des  domaines  à  de 
grandes  églises  de  Francia  comme  S. -Martin  de  Tours; 
il  le  fit  constamment  visiter  par  ses  missi. 

Patrice  des  Romains,  Charlemagne  fit  de  ce  titre 
une  fonction  efl'ective  qui  lui  permettait  de  s'immiscer 


dans  les  afïaires  de  la  Respublica  Romana.  Sans  doute, 
depuis  qu'il  n'y  avait  plus  de  duc  de  Rome,  le  pape 
exerçait  l'autorité  temporelle  dans  le  Patrimoine  de 
S.-Pierre.  Mais  le  patrice,  en  sa  qualité  de  défenseur  de 
la  Ste  Église  romaine,  avait  constamment  son  mot  à 
dire  :  il  accueillait  les  plaintes  des  Romains  contre  les 
officiers  pontificaux,  il  envoyait  ses  missi  à  Rome 
pour  faire  des  inspections;  au  besoin  il  adressait  au 
pape  les  remontrances  qu'il  jugeait  opportunes.  De 
plus  en  plus,  la  situation  du  Souverain  pontife  res- 
semblait à  celle  d'un  évêque  du  royaume  des  Francs, 
qui,  tout  en  jouissant  de  certaines  prérogatives  tem- 
porelles sous  le  couvert  de  l'immunité,  n'en  était  pas 
moins  soumis  à  la  souveraineté  royale. 

2°  Conquête  de  la  Saxe.  — -  Avant  Charlemagne, 
aucun  prince  franc  n'avait  entrepris  de  conquérir  la 
Saxe.  La  domination  franque  ne  s'étendait  au  delà  du 
Rhin  que  sur  la  Thuringe,  la  Hesse  et  la  Bavière. 

Les  Saxons  occupaient,  dans  la  Germanie  septen- 
trionale, des  pays  qui  du  côté  de  l'Ouest  étaient 
proches  du  Rhin  et  allaient  à  l'Est  jusqu'à  l'Elbe  et 
son  affluent  la  Saale;  ils  s'étendaient  aussi  sur  le 
littoral  de  la  mer  du  Nord,  de  l'embouchure  de  la 
Weser  à  celle  de  l'Eider.  Ils  étaient  divisés  en  un 
grand  nombre  de  peuplades  indépendantes,  sans  unité 
politique.  Mais  ils  formaient  bloc  dès  qu'ils  se  sentaient 
menacés. 

C'étaient  pour  les  Francs  des  voisins  dangereux. 
Restés  païens,  ils  molestaient  et  massacraient  les  mis- 
sionnaires chrétiens  qui  cherchaient  à  les  convertir. 
Ils  allaient  sans  cesse  piller  et  dévaster  les  pays  limi- 
trophes soumis  à  la  domination  franque. 

Jusqu'alors  les  maires  du  palais  et  Pépin  le  Bref 
n'avaient  fait  en  Saxe  que  des  expéditions  punitives 
qui  se  bornaient  à  manifester  la  force  franque  et  à 
exercer  des  représailles.  Il  ne  s'agissait  pas  de  conqué- 
rir le  pays.  Tel  fut  encore  le  caractère  des  premières 
expéditions  de  Charlemagne. 

En  772,  pour  punir  les  Saxons  qui  avaient  envahi  la 
Hesse,  il  détruisit  le  sanctuaire  de  l'idole  Irminsul,  qui 
était  l'objet  d'une  vénération  particulière;  il  s'empara 
du  château  d'Ehresburg  pour  en  faire  une  position 
avancée  de  son  royaume;  puis  il  parcourut  le  pays 
jusqu'à  la  Weser  en  dévastant  et  en  brûlant.  Arrivé 
sur  les  bords  de  ce  fleuve,  il  reçut  des  chefs  saxons  qui 
lui  donnèrent  douze  otages  en  garantie  de  leur  fidélité. 

L'année  suivante,  773,  les  Saxons,  profitant  du 
départ  de  Charles  pour  l'Italie,  ravagèrent  de  nouveau 
la  Hesse  et  la  Frise.  S'étant  emparés  de  la  basilique  de 
Fritzlar  consacrée  par  S.  Boniface,  ils  la  profanèrent. 
C'est  seulement  en  sept.  774  que  Charlemagne,  revenu 
d'Italie,  lança  à  travers  la  Saxe  quatre  colonnes  qui, 
après  avoir  incendié  et  ravagé  le  pays,  rentrèrent 
avec  un  grand  butin. 

En  775,  Charlemagne  commença  à  songer  à  la  con- 
quête de  la  Saxe.  La  campagne  militaire  entreprise 
avec  des  forces  importantes  eut  un  plein  succès.  Les 
Saxons,  rassemblés  en  masse  sur  les  bords  de  la  Weser, 
furent  dispersés  au  premier  choc.  Charles  s'avança  en- 
suite jusqu'à  rOcker.  De  nombreux  chefs  saxons 
vinrent  le  trouver  pour  faire  leur  soumission  :  ils  lui 
jurèrent  fidélité  et  lui  remirent  des  otages.  Pour  sur- 
veiller le  pays,  une  garnison  franque  fut  établie  en  per- 
manence à  Syburg  sur  la  Ruhr.  Désormais,  suivant  le 
plan  qui  avait  été  arrêté  à  l'assemblée  de  Quiersy 
avant  l'ouverture  de  la  campagne,  commença  l'évan- 
gélisation  méthodique  du  pays  :  des  évêques  et  des 
abbés,  qui  avaient  suivi  l'armée,  prêchèrent  la  doctrine 
chrétienne  à  cette  nation  attachée  depuis  la  «  création 
du  monde  au  culte  des  démons  »,  afin  de  «  la  soumettre 
par  la  croyance  au  joug  doux  et  suave  du  Christ  ». 

Néanmoins,  en  776,  tandis  que  Charles  était  reparti 
pour  l'Italie,  les  Saxons  reprirent  l'olTensive.  Mais,  dès 


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GHARLEMAGiNE 


430 


l'été,  le  roi  des  Francs  revint  en  Saxe  et  riposta  victo- 
rieusement. La  terreur  qu'il  inspira  amena  une 
prompte  soumission.  De  nombreux  Saxons,  venus  de 
toutes  les  parties  du  pays  avec  leurs  femmes  et  leurs 
enfants,  se  rendirent  aux  sources  de  la  Lippe  où  se 
trouvait  Charles;  non  seulement  ils  remirent  au  roi 
autant  d'otages  qu'il  voulut,  mais  encore  ils  lui  pro- 
mirent d'embrasser  le  christianisme.  Pour  la  première 
fois  le  baptême  fut  conféré  à  des  multitudes,  spectacle 
propre  à  frapper  l'imagination  populaire.  Il  semblait 
que  la  foi  au  Dieu  des  chrétiens  était  inséparable  de  la 
fidélité  au  roi  des  Francs.  Pour  plus  de  sûreté,  Charles 
organisa  une  «  marche  »,  zone  d'occupation  militaire, 
entre  la  frontière  de  la  Hesse  et  le  cours  de  la  Lippe. 

En  777,  Charlemagne  compléta  ces  mesures  par  une 
solennelle  manifestation.  Accompagné  d'un  grand  ap- 
pareil de  guerre,  il  tint  un  plaid  général  à  Paderborn  en 
Westphalie.  De  nombreux  Saxons  s'y  présentèrent 
pour  recevoir  le  baptême  :  ils  jurèrent  fidélité  au  roi, 
ainsi  qu'à  la  religion  chrétienne,  déclarant  que,  s'ils 
manquaient  à  leurs  engagements,  ils  consentaient  «  à 
être  privés  de  leur  patrie  et  de  leur  liberté  ».  En  même 
temps,  une  première  organisation  ecclésiastique  fut 
établie  en  Saxe  :  le  pays  fut  divisé  en  zones  de  mission 
confiées  à  des  évêques  et  des  abbés  venus  de  Francia. 

Paderborn  devint  le  centre  d'évangélisation  de  la 
Saxe.  Une  église  y  fut  construite.  Sturm,  abbé  de  Ful- 
da,  y  fut  installé  pour  diriger  la  prédication  du  chris- 
tianisme. Ce  vieillard,  qui  remontait  aux  temps 
héroïques  de  S.  Boniface,  connaissait  bien  les  Saxons 
avec  qui  il  avait  vécu  en  contact  depuis  son  enfance. 
Honoré  d'un  grand  respect  par  Charlemagne,  il  obtint 
avec  ses  prêtres  d'heureux  résultats. 

La  conversion  des  Saxons  semblait  en  bonne  voie. 
Mais,  en  778,  parut  un  rude  adversaire,  Witikind,  l'un 
des  premiers  parmi  les  Westphaliens.  N'ayant  pas 
pris  part  à  l'assemblée  de  Paderborn,  il  était  resté  in- 
soumis avec  quelques  autres  chefs.  Dès  que  Charle- 
magne fut  parti,  il  parcourut  le  pays,  provoquant  des 
soulèvements  de  tous  côtés.  Le  roi  des  Francs  étant 
occupé  en  Espagne,  les  Saxons  s'avancèrent  jusqu'au 
Rhin,  en  brûlant  les  bourgs  et  les  villages  de  la  rive 
droite  de  Deutz  à  Coblence  et  en  massacrant  les  habi- 
tants. De  plus  en  plus,  la  lutte  devenait  atroce. 

En  779,  Charlemagne  revint  en  Saxe.  Il  parcourut  la 
Westphalie  en  vainqueur,  tuant,  ravageant  et  brûlant. 
Bientôt  des  rebelles  vinrent  lui  prêter  serment  et  lui 
donner  des  otages.  Il  fit,  en  780,  avec  un  égal  succès 
une  démonstration  semblable  qui  le  mena  jusqu'à 
l'Elbe.  La  situation  paraissait  rétablie.  L'année  781  fut 
tranquille.  L'Anglo-Saxon  Willehad  qui,  après  la  mort 
de  Sturm,  avait  été  chargé  de  la  direction  des  mis- 
sions, obtint  de  nombreuses  conversions. 

Au  début  de  782,  Charles  pouvait  croire  que  la  Saxe 
était  définitivement  soumise.  En  juill.  il  tint  à  Lipp- 
springe  une  assemblée  où,  comme  en  777,  il  se  montra 
en  grand  appareil  de  guerre.  Beaucoup  de  chefs  saxons 
vinrent  lui  jurer  fidélité.  Il  institua  pour  administrer 
le  pays  des  comtes,  «  pris  parmi  les  plus  nobles  des 
Saxons  ».  C'était  une  première  ébauche  d'organisation 
administrative. 

Mais,  à  l'automne,  une  formidable  insurrection 
éclata  à  l'instigation  de  Witikind,  qui  ne  s'était  pas 
soumis.  Les  Saxons  baptisés  qui  persistaient  dans  leur 
foi  nouvelle  furent  châtiés  et  les  prêtres  durent 
prendre  la  fuite.  Une  armée  franque  fut  surprise  et 
taillée  en  pièces  au  pied  du  Siintelgebirge,  sur  la  rive 
gauche  de  la  Weser.  Deux  officiers  du  palais,  quatre 
comtes  et  vingt-quatre  personnages  de  l'élite  de  la  no- 
blesse franque  restèrent  sur  le  terrain. 

En  apprenant  ce  désastre,  Charlemagne  se  rendit 
immédiatement  en  Saxe,  bien  que  la  saison  fût  avan- 
cée. Ayant  battu  l'ennemi  à  Verden,  près  du  confluent 


de  l'Aller  et  de  la  Weser,  il  fit  décapiter  4  500  Saxons 
qui  lui  avaient  été  désignés  comme  fauteurs  de  la 
révolte.  Ces  hommes  étaient  coupables  d'avoir  man- 
qué au  serment  de  fidélité  qu'ils  avaient  prêté  au  roi 
des  Francs  :  suivant  le  droit  du  temps,  ils  méritaient 
la  peine  de  mort. 

Cette  répression  atroce  n'amena  pas  la  soumission 
définitive.  Witikind  et  ses  compagnons  continuèrent 
la  lutte.  Charlemagne  se  décida  à  en  finir  en  faisant  la 
conquête  de  toute  la  Saxe.  Pendant  trois  années  de 
suite  (783-85),  dès  que  l'herbe  des  prés  commençait 
«  à  pousser  »,  il  se  mit  en  campagne.  Il  gagna  quelques 
batailles  rangées;  mais  surtout,  «  courant  de  tous 
côtés,  il  mêlait  partout  le  massacre  à  l'incendie,  pillant 
et  prenant  les  châteaux  ». 

Tout  le  pays  saxon  étant  dévasté,  Witikind  comprit 
que  la  résistance  était  inutile  et  décida  de  se  rendre. 
Conduit  à  Attigny  devant  le  roi  des  Francs,  il  lui  prêta 
le  serment  de  fidélité  et  reçut  le  baptême.  Charles  fut 
son  parrain  et  lui  fit  de  riches  présents;  mais  il  l'en- 
voya résider  quelque  part  en  Gaule  (785). 

Désormais  toute  la  Saxe  semblait  conquise.  Charle- 
magne, dans  la  Capitulatio  de  partibus  Saxonie,  édicta 
une  loi  sévère  propre  à  prévenir  toute  nouvelle  révolte. 
Diverses  infractions  contre  la  religion  chrétienne 
étaient  punies  de  mort  :  non  seulement  le  meurtre  d'un 
évêque,  d'un  prêtre  ou  d'un  diacre  ou  les  sacrifices 
humains,  mais  encore  le  vol  dans  une  église,  l'iiiobser- 
vation  du  carême,  la  crémation  des  cadavres,  le  refus 
du  baptême.  La  peine  de  mort  était  aussi  portée  contre 
celui  qui  manquait  à  la  fidélité  envers  le  roi. 

Dans  les  années  suivantes,  la  hiérarchie  ecclésias- 
tique commença  à  être  organisée  en  Saxe.  En  787, 
Willehad  fut  sacré  évêque  et  fixa  son  siège  à  Brème 
sur  l'estuaire  de  la  Weser.  Des  évêchés  furent  aussi 
créés  à  Minden  et  à  Verden. 

Pendant  plusieurs  années,  la  Saxe  resta  tranquille. 
Mais  il  y  eut  encore  une  révolte  en  793.  Des  troupes 
franques,  qui  traversaient  la  Westphalie  i)our  aller 
faire  la  guerre  contre  les  Avars,  furent  attaquées  par 
des  bandes  saxonnes  sur  la  Weser  et  taillées  en  pièces. 
La  rébellion  devint  bientôt  générale.  <•  Comme  le  chien 
qui  retourne  à  son  vomissement,  les  Saxons  retour- 
nèrent au  paganisme,  mentant  à  Dieu  et  leur  seigneur 
le  roi,  qui  les  avait  pourtant  comblés  de  bénéfices,  et 
entraînant  avec  eux  les  peuples  païens  d'alentour... 
Toutes  les  églises  qui  se  trouvaient  sur  leur  territoire 
furent  détruites  ou  incendiées;  ils  rejetèrent  leurs 
évêques  et  leurs  prêtres,  se  saisirent  même  de  quelques- 
uns  d'entre  eux,  en  tuèrent  d'autres  et  se  replongèrent 
dans  le  culte  des  idoles.  »  (Annales  Laureshamenses, 
793.) 

Une  fois  de  plus,  tout  était  à  recommencer.  Charle- 
magne dut  faire  quatre  campagnes,  de  794  à  797,  pour 
rétablir  son  autorité.  Pour  venir  à  bout  des  résis- 
tances, il  recourut  au  moyen  nouveau  de  la  déporta- 
tion. A  la  fin  de  chaque  campagne,  des  milliers  de 
Saxons  furent  transportés  au  loin  dans  l'intérieur  du 
royaume;  leurs  terres  furent  attribuées  à  des  établisse- 
ments ecclésiastiques,  à  des  Francs,  à  des  nobles 
saxons  restés  fidèles. 

A  la  suite  de  ces  mesures,  la  majeure  partie  de  la 
Saxe  se  soumit.  D'accord  avec  les  chefs  saxons,  Charle- 
magne publia,  en  797,  le  Capitulare  Saxonicum,  qui 
adoucit  le  régime  de  terreur  institué  par  la  Capitulatio 
de  785.  Les  délits  contre  la  religion  chrétienne  ou  la 
fidélité  envers  le  roi  n'étaient  plus  punis  de  mort  :  ils 
n'étaient  réprimés  que  par  l'amende  de  60  sous  qui 
sanctionnait  les  manquements  au  ban  du  roi  ou  par 
des  compositions  pécuniaires  au  profit  des  victimes  ou 
de  leur  famille.  La  Saxe  entrait  dans  le  droit  commun 
de  la  monarchie  franque. 

Il  restait  cependant  à  conquérir  la  Nordalbingie,  sur 


431 


CHARLE MAGNE 


432 


la  rive  droite  du  cours  inférieur  de  l'Elbe.  Après  des 
expéditions  faites  en  802  et  en  804,  ce  pays  fut  vidé  de 
ses  habitants,  qui  furent  remplacés  par  des  Francs  ou 
des  peuples  fidèles. 

C'est  ainsi  que  toute  la  Saxe  fut  incorporée  à  la  mo- 
narchie franque.  Peu  à  peu,  le  christianisme  pénétra 
profondément  dans  tout  le  pays.  Des  évêchés  furent 
encore  créés  à  Paderborn  en  799  et  à  Munster  entre 

800  et  802.  Assez  rapidement  le  pays  s'habitua  au 
nouveau  régime.  C'est  au  point  que,  vers  830, 
Éginhard  écrivait  que,  «  unis  aux  Francs  »,  les  Saxons 
<t  ne  formaient  plus  avec  eux  qu'un  seul  peuple  ». 

3"  Guerres  aux  frontières.  —  L'extension  du  royaume 
franc  le  mit  en  contact  avec  de  nouveaux  peuples  : 
Arabes,  Avars  et  Danois,  qui  ne  professaient  pas  la 
foi  chrétienne.  Ces  peuples  étaient  ennemis  des  Francs, 
parce  qu'ils  étaient  des  infidèles.  Charlemagne,  pour  se 
défendre  contre  leurs  incursions,  fut  amené  à  organiser 
des  marches  ou  commandements  militaires  sur  ses 
frontières. 

1.  Au  sud  de  la  Gaule,  les  musulmans  d'Espagne, 
que  l'Occident  tenait  pour  des  païens,  avaient  été  fort 
dangereux  au  temps  de  Charles  Martel.  Battus  à  Poi- 
tiers, en  732,  ils  avaient  encore  conservé  en  Gaule  la 
Septimanie,  qui  avait  été  reconquise  par  Pépin  le  Bref. 
A  l'avènement  de  Charlemagne,  la  domination  arabe 
s'arrêtait  aux  Pyrénées.  Le  voisinage  avec  le  royaume 
franc  fut  continu  après  la  soumission  complète  de 
l'Aquitaine. 

Charlemagne  était  attiré  vers  les  chrétiens  d'Es- 
pagne, demeurés  sous  le  joug  des  infidèles,  dont  il 
recevait  fréquemment  les  plaintes.  L'occasion  lui 
parut  favorable  à  un  moment  où  les  chefs  arabes 
étaient  divisés  entre  eux.  En  777,  le  vali  de  Saragosse, 
en  révolte  contre  l'émir  de  Cordoue,  vint  à  l'assemblée 
de  Paderborn  solliciter  son  secours,  »  abandonnant  au 
roi  les  cités  auxquelles  il  commandait  ». 

Au  printemps  de  778,  Charles  se  mit  en  route  et 
franchit  les  Pyrénées.  Arrivé  à  Pampelune,  il  reçut  la 
soumission  des  chefs  arabes  de  la  région.  Puis  Huesca, 
Barcelone  et  Gérone  tombèrent  aux  mains  des  Francs. 
Mais  le  roi  ne  put  prendre  possession  de  Saragosse  :  un 
chef  arabe  qui  s'était  installé  dans  la  place  en  l'ab- 
sence du  vali  refusa  de  la  livrer.  N'ayant  pas  de  forces 
suffisantes  pour  s'en  emparer  et  rappelé  vers  le  Nord 
par  le  soulèvement  des  Saxons,  Charlemagne  battit  en 
retraite.  Avec  le  gros  de  son  armée,  il  repassa  les  Pyré- 
nées, sans  éprouver  de  résistance,  au  défilé  de  Ronce- 
vaux;  mais  son  arrière  garde  y  fut  surprise  et  massa- 
crée par  des  bandes  de  Basques  (15  août  778). 

Dans  ce  combat  d'arrière-garde,  périrent  plusieurs 
grands  personnages,  dont  le  comte  Roland,  «  préfet  de 
la  Marche  de  Bretagne  ».  L'événement  n'avait  pas  au 
point  de  vue  militaire  une  grande  importance.  Néan- 
moins Charlemagne  en  eut  une  profonde  douleur, 
parce  qu'il  marquait  l'échec  de  son  expédition  d'Es- 
pagne par  la  mort  de  plusieurs  de  ses  grands.  Avec  le 
temps,  la  légende  le  développa  pour  inspirer,  au  xi^  s., 
la  Chanson  de  Roland. 

Charles  ne  put  envoyer  de  nouvelles  expéditions  en 
Espagne  que  quelques  années  plus  tard.  En  785,  ses 
troupes  occupèrent  Gérone  au  nord  de  la  Catalogne;  en 
790,  elles  avancèrent  le  long  des  côtes  de  la  Méditerra- 
née. Mais,  en  793,  les  Arabes  reprirent  l'offensive  : 
ayant  franchi  les  Pyrénées,  ils  incendièrent  les  fau- 
bourgs de  Narbonne;  arrêtés  par  le  duc  Guillaume, 
comte  de  Toulouse,  sur  les  bords  de  l'Orbieu,  à  mi- 
chemin  entre  Narbonne  et  Carcâssonne,  ils  rentrèrent 
en  Espagne. 

Les  campagnes  offensives  se  succédèrent  ensuite, 
presque  d'année  en  année.  Sous  la  direction  du  duc 
Guillaume,  les  Francs  s'emparèrent  de  Barcelone  en 

801  ;  dans  les  années  suivantes,  ils  devinrent  à  peu  près 


maîtres  de  la  ligne  de  l'Èbre,  qui  marqua  la  frontière 
sud  du  royaume  des  Francs. 

Les  territoires  conquis  constituèrent  une  circons- 
cription militaire  comprenant  toute  la  Catalogne,  qui 
fut  bientôt  désignée  du  nom  de  «  Marche  d'Espagne  ». 
Ils  furent  divisés  en  comtés.  Les  musulmans  ayant 
quitté  le  pays,  celui-ci  était,  comme  la  Septimanie,  à 
peu  près  vide  d'habitants.  Des  colons,  pour  la  plupart 
chrétiens  réfugiés  d'Espagne,  furent  autorisés  à  occu- 
per les  terres  vacantes  :  cette  aprisio  fut  réglée  par  des 
capitulaires. 

A  l'autre  extrémité  des  Pyrénées,  une  série  d'heu- 
reuses expéditions  permit  aussi  de  constituer  la 
«  Marche  de  Navarre  »,  qui  couvrit  les  cols  de  la  partie 
occidentale  de  la  chaîne. 

2.  Après  avoir  achevé  la  soumission  de  la  Bavière, 
depuis  longtemps  chrétienne,  Charlemagne  fut  en  rap- 
port avec  les  Avars. 

Venus  du  cœur  de  l'Asie,  les  Avars,  que  les  Francs 
désignaient  couramment  du  nom  de  Huns,  étaient  de 
race  turco-tartare.  Campés  en  Pannonie,  dans  la  vallée 
du  Danube,  ils  faisaient  des  courses  de  pillage  dans 
toutes  les  directions  aux  dépens  des  pays  balkaniques 
et  des  contrées  de  l'Europe  centrale.  Les  trésors  qu'ils 
amassaient  étaient  accumulés  dans  une  enceinte  forti- 
fiée que  les  Occidentaux  appelaient,  d'un  terme  germa- 
nique, Ring  ou  «  cercle  ».  Restés  païens,  ils  étaient 
aussi  n  ennemis  des  églises  et  persécuteurs  des 
chrétiens  ». 

Les  Avars  avaient  soutenu  les  Bavarois  dans  leur 
révolte  contre  les  Francs.  Après  la  défaite  de  Tassilon 
de  Bavière,  ils  lancèrent,  en  788,  contré  les  Francs  des 
attaques  qui  furent  repoussées.  Dans  les  années  sui- 
vantes, Charlemagne  chercha  à  négocier  avec  eux. 
Leurs  incursions  n'en  reprenaient  pas  moins. 

Enfin,  en  791,  Charles  envahit  la  Pannonie,  avec  des 
forces  considérables.  Le  pays  fut  mis  à  feu  et  à  sang. 
De  semblables  expéditions  furent  entreprises  dans  les 
années  suivantes.  C'est  seulement  en  796  que  fut  frap- 
pé un  coup  décisif.  Les  années  franques  occupèrent 
toute  la  contrée  et  s'emparèrent  du  Ring.  Charle- 
magne donna  au  pape  une  partie  des  trésors  qui  y 
étaient  entassés  et  partagea  le  reste  entre  ses  fidèles. 

Les  Avars  ne  purent  jamais  se  relever  de  ce  coup.  Il 
y  eut  encore  quelques  soulèvements  locaux  dans  les 
années  suivantes.  Mais  ils  furent  promptement  ré- 
primés. 

Les  anciens  territoires  avars  sur  la  rive  gauche  du 
Danube  furent  réunis  à  la  monarchie  franque.  Des 
marches  y  furent  organisées  pour  protéger  la  fron- 
tière. Des  celons,  la  plupart  d'origine  bavaroise, 
furent  installés  dans  ces-  pays  qui  étaient  presque 
déserts. 

Les  Avars  qui  n'avaient  pas  fui  se  soumirent  au  roi. 
La  religion  chrétienne  se  répandit  aussi  parmi  eux.  A 
la  différence  de  ce  qui  s'était  passé  en  Saxe,  il  n'y  eut 
pas  de  conversions  forcées.  Mais  une  prédication  mé- 
thodique eut  rapidement  d'heureux  résultats.  Les 
Avars  se  convertirent  en  grand  nombre.  En  805  leur 
khagan  reçut  le  baptême. 

3.  Après  avoir  conquis  la  Saxe  et  la  Bavière,  Charle- 
magne rencontra  d'autres  peuples  païens,  les  Slaves  et 
les  Danois,  dont  il  ne  soumit  que  quelques  tribus. 

Les  Slaves  étaient  divisés  en  un  grand  nombre  de 
peuplades.  Parmi  eux,  les  Carinthiens  étaient  déjà  à 
demi  gagnés  par  les  Bavarois  à  la  civilisation  chré- 
tienne :  après  la  défaite  de  Tassilon,  ils  acceptèrent  la 
domination  franque  et  peu  à  peu  se  convertirent  à  la 
religion  du  Christ,  qui  leur  fut  prêchée  par  des  mission- 
naires envoyés  par  l'évêque  de  Salzbourg.  Un  autre 
peuple  slave,  les  Abodrites,  établis  sur  la  rive  droite  de 
l'Elbe  inférieur,  qui  étaient  exposés  aux  coups  des 
Danois,  des  Saxons  et  des  Slaves  du  voisinage,  se 


433 


CHARLEMAGNE 


434 


mirent,  dès  789,  sous  la  protection  du  roi  des  Francs 
et  lui  restèrent  ensuite  fidèles;  cependant  rien  ne 
fut  fait  pour  les  évangéliser. 

Quant  aux  autres  peuples  slaves  établis  sur  les  bords 
de  l'Elbe  ou  en  Bohême,  Charlemagne  se  contenta  de 
les  tenir  en  respect.  Lorsqu'ils  venaient  piller  des  pays 
incorporés  à  la  monarchie  franque,  des  expéditions  de 
représailles  étaient  faites  sur  leur  territoire,  qui  se  bor- 
naient à  des  dévastations.  Des  châteaux  furent  aussi 
construits  sur  la  rive  droite  de  l'Elbe  pour  préserver  la 
frontière.  Mais  Charlemagne,  occupé  par  d'autres  sou- 
cis, ne  songea  pas  à  les  conquérir.  Il  ne  fit  rien  non 
plus,  malgré  les  conseils  d'Alcuin,  pour  répandre  parmi 
eux  la  foi  chrétienne. 

Au  nord  de  la  Saxe,  Charlemagne  rencontra  les  Da- 
nois du  Jutland,  qu'on  appelait  aussi  les  Normands.  Il 
chercha  à  leur  tenir  tête  par  les  Abodrites  qu'il  fit  ap- 
puyer par  ses  troupes.  Il  établit  ensuite,  en  808,  sur  la 
rive  nord  de  l'Elbe,  un  système  de  défenses  avancées, 
qui  constitua  la  «  Marche  des  Normands  ».  Les  Danois 
étaient  aussi  dangereux  par  leurs  courses  maritimes  : 
déjà  leurs  vaisseaux  venaient  dévaster  les  côtes  de  la 
Manche  et  de  l'Atlantique.  Dès  800,  Charlemagne 
commença  à  organiser  une  flotte  pour  réprimer  ces  in- 
cursions. Malheureusement  ses  successeurs  ne  surent 
pas  mettre  un  frein  aux  pirateries  des  Normands. 

IV.  Gouvernement  et  administration.  —  L'auto- 
rité de  Charlemag'ne,  comme  celle  de  son  père  Pépin  le 
Bref,  avait  un  caractère  assez  complexe. 

Il  était  d'abord  l'élu  des  grands.  Cette  élection 
n'était,  à  la  vérité,  qu'une  simple  formalité,  qui  avait 
été  plusieurs  fois  renouvelée.  En  768,  Pépin  le  Bref 
avait,  avec  le  consentement  des  grands,  désigné  ses 
deux  fils  pour  lui  succéder  et  attribué  à  chacun  une 
part  de  son  royaume;  la  même  année,  après  la  mort  de 
Pépin,  Charles  et  son  frère  «  furent  élevés  sur  le  trône 
par  leurs  grands  »;  de  même,  en  771,  Carloman  étant 
mort,  Charles  «  fut  constitué  roi  du  consentement  de 
tous  les  Francs  ». 

Un  autre  fondement  du  pouvoir  était  le  sacre  par 
l'onction  de  l'huile  sainte,  qui  donnait  au  roi  un  carac- 
tère religieux,  presque  sacerdotal.  Charlemagne  fut 
sacré  deux  fois  :  en  755,  avec  son  père,  par  le  pape 
Étienne  II;  et  en  768,  à  son  avènement  au  trône,  par 
des  évêques  de  Gaule.  Le  sacre  mettait  le  roi  au-dessus  ■ 
des  laïques  :  ainsi  un  pape  écrit,  en  769,  à  Charles  et  à  ! 
son  frère  qu'ils  sont  «  une  famille  sacrée  et  un  royal  i 
sacerdoce  ».  Les  deux  jeunes  princes,  les  premiers  1 
parmi  les  rois  des  Francs,  voulurent  marquer  qu'ils  j 
tenaient  leur  pouvoir  de  la  clémence  de  Dieu  :  dès  le 
commencement  de  leur  règne,  chacun  s'intitulait  dans 
ses  diplômes  :  gratia  Dei  rex  Francorum. 

La  royauté  confirmée  par  le  droit  divin  était  l'insti- 
tution maîtresse  qui  unissait  des  peuples  de  langues  et  j 
de  lois  diverses.  Tous  les  habitants  du  royaume  étaient  [ 
des  fidèles  du  roi  et  de  l'Église  de  Dieu.  | 

La  sujétion  envers  le  roi  avait  un  caractère  person-  i 
nel.  Dès  sa  douzième  année,  tout  habitant  du  royaume  | 
de  sexe  masculin  devait  jurer  d'être  fidèle  au  seigneur 
Charles,  fils  du  roi  Pépin  et  de  la  reine  Bertrade.  Des 
envoyés  spéciaux  étaient  chargés  de  recueillir  les  ser- 
ments des  hommes  libres  du  commun  et  d'enseigner 
aux  intéressés  les  conséquences  de  leur  engagement. 
On  n'avait  guère  l'idée  de  l'État  comme  entité  perma- 
nente; mais  le  roi  régnant  exigeait  que  chacun  des 
hommes  qu'il  avait  la  charge  de  gouverner  lui  mani- 
festât individuellement  sa  foi  (A.  Dumas,  Le  serment 
de  fidélité  et  la  conception  du  pouvoir  du  j"  au  ix'  s., 
dans  Revue  hist.  de  droit,  1931,  p.  30,  289). 

Le  serment  de  fidélité,  ainsi  que  l'indique  le  capitu- 
laire  de  802,  impliquait  une  soumission  sans  réserve  à 
la  personne  du  roi.  Notamment  il  obligeait  celui  qui 
l'avait  prêté  à  obéir  ponctuellement  à  ses  ordres,  à  ne 


pas  se  soustraire  aux  convocations  pour  le  service  mili- 
taire, à  payer  avec  exactitude  le  cens  et  autres  sommes 
dues. 

Les  fidèles  du  roi  étaient  aussi  les  fidèles  de  Dieu. 
Le  capitulaire  de  802  marquait  bien  que  le  serment  de 
fidélité  comportait  divers  devoirs,  comme  «  se  main- 
tenir au  service  de  Dieu  »,  ne  commettre  «  ni  fraude,  ni 
rapine  contre  les  saintes  églises  de  Dieu,  les  veuves,  les 
orphelins,  les  voyageurs  ». 

Aussi  Charlemagne  gouvernait  et  administrait  son 
royaume  à  l'aide  de  clercs  comme  de  laïques.  Les  deux 
éléments  assistaient  le  prince  désigné  par  Dieu,  soit 
dans  son  palais,  soit  dans  les  pays  placés  sous  sa  dé- 
pendance. Cette  organisation,  dans  l'ensemble,  procé- 
dait de  celle  qui  avait  été  établie  par  les  Mérovingiens. 
Le  mérite  de  Charlemagne  fut  de  tirer  le  meilleur  parti 
des  anciennes  institutions. 

Le  principal  agent  de  l'administration  locale  était  le 
comte.  Pris  à  l'ordinaire  dans  le  personnel  du  palais, 
c'était  un  serviteur  du  roi  chargé  d'une  circonscrip- 
tion, appelée  pagus,  qui  tantôt  correspondait  au  terri- 
toire d'une  ancienne  cité  romaine,  tantôt  était  une 
subdivision  de  la  cité.  Dans  son  pagus,  le  comte  repré- 
sentait le  roi  avec  plénitude  d'attributions.  Il  faisait 
exécuter  les  ordres  du  roi,  réunissait  les  contingents 
militaires  qu'il  amenait  à  l'armée,  rendait  la  justice, 
levait  les  impôts  et  les  amendes.  Il  était  assisté  par  des 
employés  désignés  par  lui  :  le  vicomte  qui  le  remplaçait 
quand  il  était  absent  ou  empêché,  les  vicaires  qui 
étaient  préposés  à  des  circonscriptions  secondaires,  dé- 
nommées vicaries  ou  centaines. 

Dans  l'ancienne  cité  romaine  résidait  aussi  l'évêque 
qui  participait  à  la  puissance  temporelle.  Il  jouissait 
d'un  important  patrimoine  foncier,  couvert  par  le  pri- 
vilège de  l'immunité,  qui  en  interdisait  l'entrée  au 
comte  et  à  ses  agents.  Dans  ces  domaines  il  exerçait  la 
puissance  publique  aux  lieu  et  place  du  comte  :  non 
seulement  il  y  faisait  rendre  la  justice  par  son  avoué, 
mais  encore  il  y  entretenait  des  hommes  d'armes  qu'il 
devait  amener  à  l'armée  du  roi.  De  plus,  il  donnait  au 
roi  l'appui  de  son  autorité  spirituelle  :  il  prêchait  ou 
faisait  prêcher  par  tout  son  diocèse  quels  étaient  les 
devoirs  des  fidèles  envers  le  roi. 

Le  roi  avait  aussi  des  vassaux  répandus  par  tout  le 
royaume  (vassi  dominici);  c'étaient  des  hommes  qui 
lui  avaient  juré  leur  foi  en  mettant  leurs  mains  dans  les 
siennes.  Étant  en  rapports  personnels  avec  le  roi,  ils 
relevaient  directement  de  lui,  sans  l'intermédiaire  du 
comte  dans  le  pagus  de  qui  ils  résidaient.  Tenus  avant 
tout  au  service  militaire,  ils  constituaient  une  armée  de 
cavalerie  entièrement  dévouée  au  roi.  Le  roi  récompen- 
sait ses  vassaux  en  leur  concédant  en  bénéfice  des 
terres  fiscales,  dont  les  revenus  leur  procuraient  les 
moyens  de  le  servir. 

Pour  surveiller  ce  personnel  dispersé  sur  tout  le  ter- 
ritoire du  royaume,  des  inspections  étaient  faites  par 
les  missi  dominici.  Cette  expression  désignait  des  en- 
voyés du  maître,  qui  venaient  sur  les  lieux  faire  exé- 
cuter ses  ordres  ou  recueillir  des  renseignements. 
L'institution  avait  déjà  existé  à  l'époque  mérovin- 
gienne, mais  elle  n'avait  alors  qu'un  caractère  excep- 
tionnel. Charlemagne  la  dévelo])pa.  11  organisa  des  ins- 
pections régulières  par  tous  les  pays  soumis  à  sa  domi- 
nation. A  la  fin  de  son  règne,  quatre  fois  par  an,  deux 
envoyés  du  roi  munis  de  ses  instructions,  un  évêque  et 
un  comte,  faisaient  ensemble  une  tournée  dans  un 
cercle  qui  leur  était  assigné  et  qui  comprenait  plu- 
sieurs cités. 

Au  cours  de  leurs  visites,  ils  réunissaient  en  divers 
lieux  des  assemblées  où  étaient  convoqués  non  seule- 
ment tous  les  fonctionnaires  laïques  et  les  dignitaires 
ecclésiastiques  du  pays,  mais  encore  un  grand  nombre 
d'hommes  libres.  Ils  commençaient  par  expliquer  les 


435  CHAKLE  MAGNE  436 


ordres  du  roi  en  exhortant  ses  fidèles  à  s'y  conformer. 
Puis  ils  examinaient  la  conduite  de  tous  ceux  qui  exer- 
çaient quelque  autorité  :  des  comtes  et  de  leurs  agents, 
des  vassaux  royaux  et  aussi  des  évêques,  des  abbés  et 
des  clercs  de  tout  rang.  A  cet  effet,  ils  recevaient  les 
plaintes  des  populations  :  tantôt  ils  jugeaient  eux- 
mêmes  les  cas  qui  leur  étaient  soumis,  tantôt  ils  les 
renvoyaient  à  l'examen  du  roi. 

Tout  aboutissait  au  roi.  Celui-ci  était  secondé  dans 
sa  tâche  par  le  palais,  nom  donné,  suivant  une  an- 
cienne tradition,  à  son  entourage  permanent.  Le  palais 
n'était  pas  fixé  en  un  lieu  déterminé  ;  il  était  ambulant, 
suivant  le  prince  dans  la  plupart  de  ses  déplacements. 
Il  comprenait  un  personnel  nornbreux,  qui  était  en 
tout  temps  à  la  disposition  du  maître  pour  l'assister, 
lui  donner  des  conseils,  transmettre  ses  ordres. 

Dans  le  palais,  divers  dignitaires  étaient  pourvus  de 
charges  particulières.  Des  officiers  laïques,  tels  que  le 
sénéchal,  le  comte  du  palais,  le  connétable,  le  cham- 
brier  et  le  bouteiller,  s'occupaient  des  services  domes- 
tiques. Les  clercs  n'avaient  pas  seulement  à  assurer  le 
service  de  la  chapelle  ;  ils  étaient  aussi  employés  aux 
écritures,  sous  la  direction  du  chancelier,  également 
homme  d'Église. 

Presque  chaque  année,  le  palais  du  roi  s'étendait 
par  la  réunion  du  plaid  général.  Les  grands,  préposés  à 
l'administration  locale,  comtes,  vassaux  royaux, 
évêques  et  abbés,  se  rendaient  auprès  du  roi  pour  l'in- 
former de  ce  qui  se  passait  et  recevoir  ses  ordres.  Sous 
Charlemagne,  ces  assemblées  se  tenaient  au  printemps 
ou  au  commencement  de  l'été,  souvent  au  moment  où 
se  préparait  une  expédition  de  guerre.  Chaque  grand 
y  venait  avec  des  troupes  qu'il  conduisait  à  l'armée  du 
roi.  Aussi  le  plaid  prenait  l'aspect  d'une  réunion  géné- 
rale du  peuple. 

A  l'occasion  du  plaid,  le  roi  s'entretenait  avec  les 
grands  de  diverses  questions.  Souvent  il  se  bornait  à 
leur  demander  des  renseignements.  Parfois  aussi  il 
requérait  leur  avis  sur  les  décisions  à  prendre  :  chacun 
était  appelé  à  donner  son  opinion;  puis  le  roi  se  pro- 
nonçait en  toute  indépendance.  Ensuite  le  peuple  qui 
avait  suivi  les  grands  était  réuni  :  le  roi,  dans  un  dis- 
cours, lui  adressait  ses  admonitiones  par  lesquelles  il 
lui  expliquait  ce  qu'il  aurait  à  faire.  Ces  instructions  du 
roi  portant  sur  divers  articles  étaient  des  capitulaires 
(supra,  XI,  863,  Capitulaires).  Tous  les  fidèles  pré- 
sents promettaient  de  s'y  conformer.  C'était  ce  que, 
dans  le  langage  de  l'époque,  on  appelait  le  consensus 
populi. 

Gouvernant  par  ces  divers  organes,  Charlemagne 
eut  le  souci  constant  de  tout  rapporter  au  service  de 
Dieu,  dont  il  tenait  la  place  ici-bas.  Comme  il  le  dit 
dans  Vadmonitio  generalis  de  789,  il  n'estimait  pas 
avoir  de  tâche  plus  urgente  que  de  ramener  «  le  peuple 
de  Dieu  »  dans  la  voie  du  Seigneur  et  de  l'aider  à  faire 
son  salut.  Il  lui  appartenait  de  «  veiller  à  ce  que  cha- 
cun, selon  son  intelligence,  ses  forces  et  sa  situation, 
s'appliquât  au  saint  service  de  Dieu  ». 

Inlassablement  il  recommanda  à  ses  grands,  et  en 
particulier  aux  évêques,  de  faire  garder  les  lois  de 
l'Église.  Il  entendait  que  tous  les  enfants  fussent  bap- 
tisés, que  tous  les  fidèles  apprissent  au  moins  le  Pater 
et  le  Credo,  que  le  repos  du  dimanche  fût  observé.  Il 
rendit  obligatoire  le  paiement  de  la  dîme  destinée  à 
l'entretien  des  ministres  du  culte.  Il  en  vint  même  à 
s'occuper  du  dogme  et  de  la  liturgie. 

11  estimait  aussi  que,  comme  roi  chrétien,  il  avait  le 
devoir  de  maintenir  entre  ses  sujets  la  paix  et  la  jus- 
tice.A  cet  effet,  il  prit  diverses  mesures  dont  l'applica- 
tion pratique  n'était  point  facile,  mais  qui  devaient 
donner  un  programme  à  tous  les  princes  du  Moyen  Age. 

La  paix  était,  à  l'époque,  troublée  par  les  guerres 
|)rivées.  La  punition  d'un  crime  contre  un  particulier 


ne  regardait  que  la  victime  et  sa  famiUe,  qui  pouvaient 
en  tirer  vengeance  sans  s'adresser  aux  tribunaux. 
C'était  le  régime  de  la  faida,  qui  était  reconnue  légi- 
time par  les  lois  barbares.  Charlemagne  proclama  que 
la  paix  devait  s'établir  par  la  «  concorde  »,  c.-à-d.  par 
l'union  des  cœurs.  Il  ordonna  à  ses  grands  de  mettre 
fin,  par  tous  les  moyens  en  leur  pouvoir,  aux  guerres 
entre  ses  sujets.  Celui  qui  ne  voulait  pas  recevoir  la 
composition  pécuniaire,  qui  lui  était  due  pour  prix  de 
sa  vengeance,  devait  être  amené  devant  le  roi  qui 
l'enverrait  là  où  il  ferait  le  moindre  mal.  Devait  aussi 
être  exilé  le  coupable  qui  ne  voulait  pas  payer  à  sa 
victime  le  prix  de  la  faida.  La  paix  du  roi  était  garantie 
particulièrement  aux  faibles  qui  ne  pouvaient  pas 
prendre  les  armes  pour  se  défendre  :  aux  églises,  aux 
pauvres,  aux  veuves  et  aux  orphelins;  à  la  composi- 
tion due  à  la  victime  s'ajoutait  une  amende  au  profit 
du  roi. 

Charlemagne  s'occupa  aussi  de  faire  rendre  à  chacun 
la  justice  qui  lui  était  due.  Le  principal  devoir  des 
missi  était  de  surveiller  si  la  justice  était  bien  rendue. 
Dans  leurs  assises,  ils  recevaient  les  prises  à  partie  des 
juges  qui  s'étaient  rendus  coupables  de  négligence  ou 
de  partialité.  D'importantes  réformes  furent  aussi  fai- 
tes dans  l'organisation  judiciaire  ou  dans  la  procédure. 

V.  Charlemagne  et  l'Église.  —  Charlemagne, 
étant  au  service  de  Dieu,  ne  considérait  pas  seulement 
qu'il  devait  faire  appliquer  par  ses  sujets  les  lois  et  les 
enseignements  de  l'Église.  Il  pensait  aussi  qu'il  lui 
appartenait  de  régir  l'Église  pour  la  défendre  contre  les 
périls  qui  la  menaçaient. 

Il  était  maître  du  choix  des  évêques.  Déjà  à  l'époque 
mérovingienne,  les  rois  intervenaient  dans  les  élec- 
tions épiscopales  pour  recommander  et  imposer  leurs 
candidats.  Charlemagne  continua  ces  pratiques,  esti- 
mant qu'elles  n'étaient  que  la  conséquence  du  pouvoir 
que  Dieu  lui  avait  donné  sur  l'Église.  C'est  au  point 
que  l'archevêque  de  Lyon,  Leidrade,  lui  écrivait  en 
s'intitulant  :  Divina  dispensatione  et  vestra  miseralione 
episcopus.  De  la  même  façon  le  roi  disposait  des  ab- 
bayes, que  souvent  il  donnait  à  des  laïques. 

Les  évêques,  qui  tenaient  leur  dignité  de  la  faveur 
du  roi,  n'avaient  qu'à  lui  obéir,  même  dans  les  ma- 
tières religieuses.  Suivant  la  tradition  de  ses  prédéces- 
seurs, Charlemagne  réunit  plusieurs  fois  des  conciles 
qu'il  présidait  et  où  il  faisait  prévaloir  ses  vues.  Par 
ses  capitulaires,  il  régla  la  discipline  ecclésiastique, 
rappelant  aux  clercs  de  tous  rangs  qu'ils  avaient  le 
devoir  de  prêcher  au  peuple  les  préceptes  de  la  reli- 
gion et  de  mener  une  vie  exemplaire.  Il  réforma  aussi 
la  liturgie  en  imposant  d'autorité  le  rite  romain.  Au 
surplus,  les  missi  avaient  pour  instructions  de  sur- 
veiller la  conduite  des  clercs  et  de  rappeler  à  l'ordre 
ceux  qui  commettaient  quelques  écarts. 

Charlemagne  se  mêla  aussi  de  trancher  des  ques- 
tions dogmatiques.  Sans  prendre  l'avis  du  pape,  il  fit 
insérer,  dans  le  Credo  qui  se  chantait  à  la  chapelle  ' 
Palatine,  le  Filioque  qui  marque  que  le  S. -Esprit  pro- 
cède du  Fils  comme  du  Père  :  c'est  seulement  plus  tard 
que  l'Église  romaine  adopta  cet  usage.  En  793,  il  usa 
de  toute  son  autorité  pour  faire  blâmer  par  un  concile 
tenu  à  Francfort  le  concile  de  Nicée  de  787,  pourtant 
approuvé  par  le  pape  Adrien,  qui,  en  condamnant  < 
l'hérésie  des  iconoclastes,  avait  admis  le  culte  des 
images.  Il  est  vrai  que,  d'accord  avec  le  pape,  il  fil 
condamner  l'adoptianisme  par  le  même  concile  de 
Francfort. 

Non  content  de  diriger  l'Église  franque,  Charle- 
magne prétendit  aussi  s'imposer  au  Souverain  pontife. 
Assurément  il  ne  cessa  de  proclamer  son  respect  pour 
le  Siège  apostolique.  Mais,  maître  de  Rome  comme  pc- 
iricius  Romanorum,  il  tendit  de  plus  en  plus  à  traiter  le 
pape  en  subordonné. 


437 


CHARLEMAGNE 


438 


Adrien  essaya  encore  de  se  défendre  contre  sa  tu- 
telle envahissante.  Il  ne  cessa  de  rappeler  au  roi  ses  pro- 
messes de  774  concernant  le  Patrimoine  de  S. -Pierre, 
qu'il  n'était  guère  disposé  à  tenir.  Vainement  aussi 
il  protesta  contre  les  empiétements  des  agents  royaux 
dans  les  domaines  pontificaux.  Surtout  il  chercha  à 
sauvegarder  l'autorité  du  Siège  apostolique  dans  les  ma- 
tières proprement  spirituelles  :  il  affirma  nettement  son 
point  de  vue  dans  les  allaires  des  images  et  de  l'adop- 
tianisme;  il  fit  au  roi  des  remontrances  sur  les  abus 
qui  se  commettaient  dans  les  élections  épiscopales. 

Léon  III,  qui  succéda  à  Adrien  I"  en  795,  fut  plus 
humble.  Dès  son  avènement,  il  écrivit  à  Charlemagne 
pour  lui  promettre  obéissance  et  fidélité;  ses  légats  ap- 
portèrent au  roi,  avec  d'autres  présents,  les  clefs  de  la 
confession  de  S.  Pierre  et  l'étendard  de  la  ville  de 
Rome;  ils  le  prièrent  aussi  d'envoyer  quelqu'un  de  ses 
grands  pour  recevoir  le  serment  de  fidélité  du  peuple 
romain.  Par  ces  actes  le  nouveau  pape  reconnaissait 
nettement  la  supériorité  temporelle  du  patrice  des 
Romains. 

Dans  sa  réponse,  Charlemagne  marqua  nettement 
sa  conception  des  rapports  des  deux  pouvoirs  :  «  A 
moi  il  appartient,  avec  l'aide  de  la  divine  piété,  de  dé- 
fendre en  tous  lieux  la  Ste  Église  du  Christ  par  les 
armes  :  au  dehors  contre  les  incursions  et  les  dévasta- 
tions des  infidèles;  au  dedans  en  la  protégeant  par  la 
diffusion  de  la  foi  catholique.  A  vous.  Très  Saint  Père, 
il  appartient,  élevant  les  mains  vers  Dieu  avec  Moïse, 
d'aider  par  vos  prières  au  succès  de  nos  armes.  »  Le  roi 
ne  manquait  pas  au  reste  de  rappeler  au  pape  ses 
devoirs  comme  chef  de  l'Église  :  «  Que  votre  prudence 
s'attache  en  tous  points  aux  saints  canons  et  à  suivre 
constamment  les  règles  tracées  par  les  Pères!  »  Ainsi  le 
roi  franc  prétendait  surveiller  la  manière  dont  le  pape 
dirigeait  l'Église  (Alcuin,  Correspondance, lettre  xciii). 

Léon  III  avait  d'autant  plus  besoin  du  roi  que  sa  si- 
tuation à  Rome  n'était  point  sûre.  Le  25  avr.  799,  il 
faillit  être  victime  d'un  attentat  provoqué  par  deux 
ofTiciers  du  palais  pontifical.  Tandis  qu'il  traversait  la 
ville  à  cheval,  il  fut  assailli  par  une  bande  de  conjurés, 
qui  le  jetèrent  à  bas  de  sa  monture,  le  rouèrent  de 
coups  et  essayèrent  de  lui  crever  les  yeux  et  de  lui  cou- 
per la  langue.  Emprisonné,  il  ne  fut  mis  en  liberté  que 
grâce  à  l'intervention  de  deux  missi  du  roi  des  Francs. 
Mais  bientôt  l'émeute  était  maîtresse  de  la  ville. 

Le  malheureux  pape  se  rendit  à  Paderborn  où  se 
trouvait  Charlemagne.  Le  roi  le  fit  ramener  à  Rome 
par  des  commissaires  qui  le  rétablirent  dans  son  auto- 
rité (30  nov.  799). 

Néanmoins  les  instigateurs  du  complot  cherchaient 
à  se  justifier  en  accusant  Léon  III  d'adultère  et  de 
parjure.  Ces  griefs  furent  soumis  à  l'examen  de  Charle- 
magne. Vainement  Alcuin  lui  fit  remarquer  que,  sui- 
vant la  tradition,  le  Siège  apostolique  jugeait  tout  le 
monde,  mais  n'était  jugé  par  personne.  Le  roi  vint 
quand  même  à  Rome  pour  faire  une  enquête  sur  les 
faits  reprochés  au  pape. 

Le  1"  déc.  800,  Charlemagne  réunit  à  S. -Pierre  une 
assemblée  composée  de  dignitaires  ecclésiastiques  et  de 
grands  de  l'ordre  laïque,  à  laquelle  il  soumit  les  accu- 
sations portées  contre  le  pape.  Mais  la  solution  de  l'af- 
faire n'était  point  facile.  D'un  côté,  personne  ne  se 
présenta  pour  soutenir  l'accusation.  De  l'autre,  les 
ecclésiastiques  déclarèrent  unanimement  «  qu'ils 
n'osaient  juger  le  Siège  apostolique  qui  est  la  tête  de 
toutes  les  Églises  de  Dieu  et  ne  saurait  être  jugé  par 
personne  ». 

Le  roi  était  fort  embarrassé.  Plusieurs  semaines  pas- 
sèrent sans  qu'on  trouvât  la  solution.  Enfin  le  pape  dit 
qu'  «  il  était  prêt  à  se  purifier  par  serment  des  fausses 
accusations  portées  contre  lui  i>.  Cette  procédure,  qui 
était  conforme  aux  usages  de  l'époque,  fut  acceptée. 


Le  23  déc.  800,  dans  l'église  S.-Pierre,  en  présence  du 
roi  et  de  son  entourage,  Léon  III  monta  en  chaire  et 
prêta  «  devant  Dieu  qui  connaissait  sa  conscience  et 
devant  S.  Pierre,  le  serment  qu'il  n'avait  pas  commis 
les  crimes  qui  lui  étaient  reprochés  ».  Certes  il  dit  qu'il 
faisait  cette  déclaration  spontanément  et  volontaire- 
ment sans  vouloir  créer  un  précédent  qui  ])ourrait  être 
invoqué  contre  ses  successeurs.  Il  n'en  reconnaissait 
pas  moins  que  Charlemagne  était  venu  à  Rome  pour 
entendre  cette  cause.  C'est  à  ce  prix  que  le  pontife 
parut  réhabilité. 

Il  reprit  l'avantage  le  surlendemain,  jour  de  Noël,  en 
couronnant  le  roi  des  Francs  empereur. 

VI.  Élévation  a  l'empire.  —  A  la  fin  du  viii«  s., 
Charlemagne  réunissait  sous  sa  domination  un  grand 
nombre  de  peuples  de  l'Europe  occidentale.  Depuis  le 
temps  des  Romains,  on  n'avait  pas  vu  de  puissance 
semblable  à  la  sienne.  Les  lettrés  de  son  entourage  ne 
cessaient  pas  d'exalter  son  prestige  en  prose  ou  en  vers. 
Par  lui  «  le  Christ  avait  dilaté  le  royaume  de  la  chré- 
tienté ».  Dans  le  vaste  territoire  uni  par  la  vraie  foi,  où 
il  commandait,  il  y  avait  Rome,  la  première  des  cités, 
Rome  autrefois  maîtresse  du  monde,  aujourd'hui  en- 
core son  honneur  et  sa  tête.  Ainsi  Charles  était  le  plus 
célèbre  des  rois  que  le  Créateur  eût  donné  aux  peuples 
pour  défenseur  et  pour  père.  On  parlait  de  «  l'éléva- 
tion de  son  empire  »,  «  de  la  beauté  de  son  règne  im- 
périal ». 

Alcuin  marqua  la  situation  exceptionnelle  occupée 
dans  la  chrétienté  par  Charlemagne,  dans  une  lettre 
qu'il  lui  écrivit  en  juin  799.  Il  rappelait  que,  jus- 
qu'alors, trois  personnages  avaient  été  au  sommet  de 
la  hiérarchie  dans  le  monde  :  le  pape,  vicaire  de 
S.  Pierre,  l'empereur  qui  régnait  à  Constantinople,  la 
seconde  Rome,  et  le  roi  des  Francs.  A  la  suite  de  l'at- 
tentat commis  contre  Léon  III,  le  prestige  de  la  pa- 
pauté était  fort  diminué;  à  Constantinople,  l'empe- 
reur avait  été  déposé.  En  conclusion,  Alcuin  disait  à 
Charlemagne  :  «  Vient  en  troisième  lieu  la  dignité 
royale  que  Notre-Seigneur  Jésus-Christ  vous  a  réser- 
vée, pour  que  vous  gouverniez  le  peuple  chrétien.  Elle 
l'emporte  sur  les  deux  autres  dignités,  les  éclipse  en 
sagesse  et  les  surpasse  »  (Alcuin,  Correspondance, 
lettre  clxxiv). 

Au  même  moment  des  poètes  exaltaient  le  roi 
Charles,  «  tête  du  monde  et  sommet  de  l'Europe  », 
r«  Auguste  »,  le  «  grand  Auguste  »,  l'«  honneur  et  la 
gloire  du  peuple  chrétien  ».  En  lui,  «  Rome,  capitale  du 
monde,  voyait  son  protecteur  ». 

L'idée  était  donc  dans  l'air  que  Charles  était  plus 
qu'un  roi.  Elle  se  précisa  au  cours  du  voyage  qu'il  fit  à 
Rome  en  déc.  800. 

Suivant  les  annales  de  Lorsch,  généralement  bien 
informées,  une  initiative  fut  prise  par  l'assemblée 
tenue  le  23  déc.  pour  recevoir  la  justification  de 
Léon  III.  Après  que  le  pape  se  fut  purifié  par  son  ser- 
ment, tous  furent  d'avis  qu'il  était  juste  que  «  Charles, 
roi  des  Francs,  qui  possédait  Rome,  où  les  Césars 
avaient  toujours  eu  coutume  de  résider,  ainsi  que  les 
autres  cités  d'Italie,  de  Gaule  et  de  Germanie,  que 
Dieu  avait  remises  en  son  pouvoir,  reçût  le  titre  d'em- 
pereur ».  Charles  déclara  qu'il  ne  voulait  pas  repousser 
la  demande  des  évêques  et  du  peuple  (Annales 
Laureshamenses,  801). 

Beaucoup  d'historiens  ne  veulent  pas  admettre  ce 
récit,  sous  prétexte  qu'il  n'est  pas  confirmé  par 
d'autres  sources.  Pourtant  des  érudits  autorisés  lui 
font  confiance  :  car  seul  il  explique  le  grand  événe- 
ment qui  arriva  deux  jours  après  (Levillain,  Le  cou- 
ronnement impérial  de  Charlemagne,  dans  Rev.  d'hisl. 
de  l'Église  de  France,  1932,  p.  5-19). 

Le  jour  de  Noël  de  l'an  800,  tous  ceux  qui  avaient 
assisté  aux  assemblées  précédentes  se  pressaient  dans 


439 


CHARLEMAGNE 


440 


la  basilique  de  S. -Pierre  pour  entendre  la  messe. 
Charles  fit  son  entrée,  revêtu  de  la  longue  tunique,  de 
la  chlamyde,  ayant  aux  pieds  la  chaussure  des  Ro- 
mains, et  alla  prier  devant  la  confession  de  S.  Pierre. 
Comme  il  se  relevait,  le  pape  lui  posa  sur  la  tète  une 
couronne  d'or.  Aussitôt  l'assistance  chanta  des  laudes 
comprenant  cette  formule,  qui  revint  par  trois  fois  : 
•>  A  Charles  Auguste,  couronné  par  Dieu,  grand  et  paci- 
fique empereur  des  Romains,  vie  et  victoire  1  »  Les 
laudes  terminées,  le  pape  «  adora  »  le  nouveau  César, 
suivant  la  coutume  observée  à  l'égard  des  anciens 
princes,  c.-à-d.  qu'il  se  prosterna  devant  lui  en  baisant 
le  bord  de  son  vêtement  (Liber  pontiftcalis,  Léo, 
23-24;  Annales  regni  Francorum,  801). 

Évidemment  cette  cérémonie  avait  été  préparée  à 
l'avance  :  car  chacun  des  participants  connaissait  le 
rôle  qu'il  devait  jouer.  Tous  les  actes  s'en  déroulèrent 
conformément  au  rituel  qui  était  en  usage  à  Byzance 
pour  le  couronnement  de  l'empereur  :  le  pape  Léon, 
suivant  l'exemple  du  patriarche  de  Constantinople, 
imposa  la  couronne  au  nom  de  Dieu;  les  acclamations 
de  l'assistance  représentaient  l'élection  par  le  peuple 
romain;  l'adoration  était  la  marque  de  la  soumission 
de  l'officiant. 

Pourtant  Charlemagne  ne  se  prévalut  pas  immédia- 
tement du  titre  impérial.  Dans  un  diplôme  du  4  mars 
801,  il  s'en  tenait  encore  au  titre  de  patrice  des  Ro- 
mains. Au  lendemain  de  la  cérémonie,  il  regretta  la 
hâte  avec  laquelle  elle  avait  été  organisée  :  peut-être  à 
la  réflexion  trouva-t-il  que  le  pape  avait  eu  un  rôle 
trop  important.  Ainsi  peut-on  comprendre  qu'il  ait  dit 
à  quelques-uns  de  ses  familiers  que  son  couronnement 
avait  été  pour  lui  une  surprise  :  «  S'il  avait  pu  prévoir 
l'intention  du  pape,  il  n'aurait  pas  mis  les  pieds  à 
l'église  ce  jour-là,  malgré  la  solennité  de  la  fête  » 
(Éginhard,  Vita  Caroti  Magni,  19). 

Au  bout  de  quelques  mois  les  hésitations  de  Char- 
lemagne cessèrent.  Laissant  tomber  son  titre  de  pa- 
trice, il  se  dit  ofiîciellement  empereur.  C'est  ce  qui  ap- 
paraît dans  un  diplôme  du  29  mai  801.  Désormais,  jus- 
qu'à sa  mort,  il  s'intitula  dans  ses  actes  :  Karolus, 
serenissimus  Augustus,  a  Deo  coronatus,  magnus,  paci- 
ficus  imperator,  Romanum  gubernans  imperium,  qui 
et  per  miser icordiam  Dei  rex  Francorum  et  Langobar- 
dorum. 

Cette  longue  titulature  appellerait  tout  un  commen- 
taire. Le  nouvel  Auguste  était  sérénissime  comme  les 
anciens  empereurs  romains.  Il  indiquait  qu'il  tenait 
directement  sa  couronne  du  Tout-Puissant  :  reprenant 
la  formule  du  chant  des  laudes,  il  marquait  qu'il  était 
«  couronné  par  Dieu  ».  Il  se  considérait  comme  grand, 
prenant  l'épithète  de  magnus  que  la  postérité  devait 
accoler  à  son  nom.  Il  se  disait  aussi  pacifique  (pacifl- 
cus),  parce  que,  suivant  le  vrai  sens  du  mot,  il  «  faisait 
la  paix  »,  en  l'imposant  aux  peuples  barbares  et  à  ses 
sujets.  Ainsi  il  gouvernait  l'Empire  romain;  mais 
cependant  il  restait,  par  la  miséricorde  de  Dieu,  roi  des 
Francs  et  des  Lombards,  titre  qui,  jusqu'alors,  avait 
été  le  principal  fondement  de  sa  puissance. 

L'élévation  de  Charlemagne  à  l'empire  provoqua 
des  protestations  de  la  part  de  Constantinople.  Les 
relations  du  nouvel  empereur  avec  l'ancien,  qui  ré- 
gnait en  Orient,  furent  d'abord  assez  tendues.  A  la 
longue,  l'affaire  s'arrangea.  En  812,  l'empereur  de 
Constantinople  Michel  Rhangabé  reconnut  Charle- 
magne comme  empereur  et  «  basileus  ».  Il  y  avait  dé- 
sormais deux  empires,  l'un  d'Orient,  l'autre  d'Occi- 
dent, dont  les  chefs  s'intitulaiént  chacun  empereur 
et  Auguste. 

Le  titre  impérial  ne  change  pas  grand  chose  à  la 
façon  de  gouverner  de  Charlemagne.  Pas  ])lus  qu'aupa- 
ravant, il  n'avait  une  idée  bien  nette  de  l'État  comme 
institution  supérieure  à  la  personne  du  prince.  Il  en 


j  resta  à  la  conception  patronale  et  patrimoniale  du 
I  pouvoir. 

i      L'autorité  était  toujours  fondée  sur  le  serment  de 
,  fidélité.  En  802,  Charlemagne  chargea  ses  missi  d'exi- 
;  ger  que  tout  homme  qui  lui  avait  prêté  serment  à 
I  titre  de  roi  lui  renouvelât  sa  promesse  à  titre  de  César, 
j  Ce  n'était  encore  qu'un  engagement  personnel  par 
lequel  chacun  donnait  sa  foi  au  seigneur  Charles,  fils  de 
j  Pépin  et  de  Bertrade,  très  pieux  empereur.  Il  était 
même  précisé  que  le  promettant  devait  lui  être  fidèle 
«  comme  par  droit  un  homme  devait  être  envers  son 
seigneur  et  maître  ». 
I      L'idée  d'État  apparut  encore  moins  dans  le  partage 
^  que  Charlemagne  fit  de  ses  royaumes  entre  ses  trois 
fils.  Le  6  févr.  806,  dans  un  plaid  tenu  à  Thionville,  il 
fit  une  divisio  regnorum  suivant  l'ancienne  conception 
I  patrimoniale  de  la  royauté.  A  chacun  de  ses  fils  il  attri- 
i  hua  un  lot  qui  devait  constituer  un  royaume  distinct. 
I  II  n'était  pas  question  de  transmettre  à  l'un  d'eux  la 
dignité  impériale  qui,  en  lui  donnant  la  supériorité  sur 
ses  frères,  aurait  été  une  cause  de  querelles.  Peut-être 
Charlemagne  considérait-il  que  cette  dignité  lui  était 
personnelle  et  devait  s'éteindre  à  sa  mort, 
j      Dans  les  années  suivantes,  deux  des  fils  de  Charle- 
magne moururent.  Un  seul  lui  restait,  Louis,  déjà  roi 
d'Aquitaine,  à  qui  il  jugea  bon  de  conférer  le  titre  im- 
périal en  lui  transmettant  toute  sa  succession.  Le 
10  sept.  813,  dans  une  assemblée  de  grands  tenue  à 
Aix-la-Chapelle,  il  le  fit  «  acclamer  »  comme  empereur. 
Puis,  le  lendemain,  dans  la  chapelle  d'Aix,  il  lui  remit 
de  sa  main  une  couronne,  semblable  à  la  sienne,  qui 
avait  été  déposée  sur  l'autel,  tandis  que  l'assistance 
criait  :  «  Vive  l'empereur  Louis!  »  Dans  cette  cérémo- 
nie, à  la  différence  de  ce  qui  s'était  passé  en  800,  il  n'y 
eut  point  d'intervention  de  l'Église.  Charles  avait 
montré  qu'il  n'avait  pas  besoin  du  pape  pour  disposer 
de  la  couronne  impériale. 

Charlemagne  mourut  quelques  mois  après,  le 
28  janv.  814,  ayant  régné  un  peu  plus  de  quarante- 
cinq  ans. 

VII.  Charlemagne  et  la  postérité.  —  L'admira- 
tion témoignée  à  Charlemagne  par  ses  contemporains 
augmenta  après  sa  mort  de  siècle  en  siècle.  Le  Moyen 
Age  le  considéra  comme  le  souverain  idéal. 

Déjà,  vers  840,  le  surnom  de  Magnus  fut  attaché 
inséparablement  à  son  nom  par  Nithard  dans  l'his- 
toire que  celui-ci  écrivit  des  fils  de  Louis  le  Débon- 
naire (i,  1,  éd.  Lauer,  p.  4).  Désormais  la  postérité  ne 
l'appela  plus  que  Carolus  Magnus,  «  Charlemagne  ». 

Il  laissait  le  souvenir  d'un  grand  empereur  qui  avait 
réuni  sous  son  autorité  la  plupart  des  peuples  d'Occi- 
dent. Son  empire  se  disloqua  au  cours  du  ix^  s.  Au 
x«  s.,  le  roi  de  Germanie,  Otton  le  Grand,  prétendit  le 
rétablir  en  se  faisant  couronner  par  le  pape  empereur 
des  Romains.  Ce  titre  resta  dans  la  nation  germanique 
jusqu'à  la  fin  du  xviii«  s.  Beaucoup  s'imaginèrent  au 
cours  des  âges  qu'il  donnait  droit  à  la  domination 
universelle. 

La  légende  se  mêla  aussi  de  glorifier  Charlemagne. 
Dès  le  ix"  s.,  elle  commença  à  prendre  corps  dans  le 
livre  du  moine  de  S.-Gall,  recueil  d'anecdotes  composé 
entre  883  et  887.  Elle  prit  un  nouvel  élan,  aux  xi<'  et 
xn«  s.,  dans  les  chansons  de  geste,  premiers  monu- 
ments de  la  littérature  française,  qui  donnèrent  à 
l'empereur  l'allure  d'un  souverain  féodal  et  d'un  pré- 
curseur des  croisades.  Ces  récits  épiques  imaginés  en 
France  se  répandirent  bientôt  par  tous  les  pays 
d'Occident. 

On  fit  encore  de  Charlemagne  un  saint,  quoique  sa 
vie  privée  n'eût  pas  été  très  édifiante.  Dès  le  ix«  s., 
Raban  Maur  l'inscrivit  dans  son  martyrologe.  En 
Allemagne  on  le  vénéra  comme  l'apôtre  des  Saxons. 
A  Aix-la-Chapelle,  où  il  avait  été  enseveli,  ses  reliques 


'tdl  r.HARIJ'MAGNE 

étaient  déjà  au  xi^  s.  l'objet  d'un  culte  :  des  pèlerins  i 
venaient  prier  devant  son  image  éclairée  par  d'abon- 
dants luminaires. 

Frédéric  Barberousse  prétendit  faire  reconnaître 
officiellement  la  sainteté  du  «  divin  Charles  »,  qu'il  se 
proposait  pour  modèle.  «  De  l'assentiment  et  de  l'auto- 
rité »  de  l'antipape  Pascal  III  qui  s'était  réfugié 
auprès  de  lui,  il  tint  le  25  déc.  1165,  dans  le  palais 
d'Aix-la-Chapelle,  une  cour  solennelle  composée  de  i 
ses  grands  laïques  et  ecclésiastiques  pour  l'élévation 
et  la  canonisation  du  corps  «  très  saint  »  de  l'empereur. 
Désormais  le  28  janv.  fut  considéré  comme  le  jour  de 
S.  Charlemagne  (A.  S.,  janv.,  m,  504).  j 

Parmi  les  ouvrages  généraux,  il  faut  indiquer  :  Klein- 
clausz.  L'empire  carolingien.  Ses  origines  et  ses  transforma-  ' 
lions,  Paris,  1902;  Charlemagne,  Paris,  1934.  —  F.  Lot, 
Chr.  Pfister  et  F.  L.  Ganshof,  Les  destinées  de  l'empire  en 
Occident,  Paris,  1928-35,  au  t.  i  de  Ja  section  Moyen  Age, 
dans  G.  Glotz,  Hist.  générale.  —  É.  Amann,  L'époque  caro- 
lingienne, dans  Fliche-Martin,  Hist.  de  l'Église,  vi,  Paris, 
1937.  —  F.  Cabrol  et  H.  Leclercq,  art.  Charlemagne,  dans 
D.  A.  C.  L.,  III,  656-82.5.  —  J.  Calmette,  Charlemagne.  Sa 
vie  et  son  oeuvre,  Paris,  1945.  —  L.  Halphen,  Charlemagne  et 
l'empire  carolingien,  dans  L'évolution  de  l'humanité,  Paris, 
1947  (donne  une  liste  détaillée  des  sources  et  des  travaux 
concernant  l'histoire  de  Charlemagne,  501-11). 

Auguste  Dumas. 

CHARLES    LE   CHAUVE  (Charles  I",  roi 
de  France;  Charles  II,  empereur),  quatrième  fils  de  i 
Louis  le  Pieux,  né  en  823,  mort  en  877,  roi  de  la  j 
France  occidentale,  puis  einpereur  des  Romains.  j 

L'empereur  Louis  le  Pieux  avait  déjà  trois  fils  de  sa 
première  femme  Hermengarde.  En  817  il  partagea 
entre  eux  son  empire.  Lothaire,  l'aîné,  était  appelé  à 
succéder  à  la  dignité  impériale,  avec  autorité  directe 
sur  la  plus  grande  partie  des  pays  soumis  à  la  domina- 
tion franque.  Des  royaumes  étaient  attribués  aux  deux 
autres  :  à  Pépin,  l'Aquitaine;  à  Louis,  la  Bavière,  avec 
d'autres  pays  au  delà  du  Rhin  ;  mais  ils  devaient  rester 
étroitement  subordonnés  à  leur  frère  aîné.  Cette  ordi-  : 
natio  imperii  paraissait  maintenir  l'unité  de  l'empire  j 
fondé  par  Charlemagne. 

Devenu  veuf,  Louis  le  Pieux  épousa  en  819  Judith 
de  Bavière,  qui  en  823  lui  donna  Charles,  son  qua- 
trième fds.  Dès  829,  le  partage  de  l'empire  fut  remanié 
pour  lui  faire  sa  part.  Ce  fut  la  cause  de  troubles  qui  I 
agitèrent  désormais  le  règne  de  Louis  le  Pieux.  Plu-  j 
sieurs  fois  encore,  le  malheureux  empereur  refit  son 
partage,  sans  arriver  à  satisfaire  tous  ses  enfants. 

.\  la  mort  de  Louis,  en  840,  il  ne  lui  restait  que  trois 
fils  ;  Lothaire,  Louis  dit  le  Germanique,  et  Charles 
qui,  plus  tard,  fut  surnommé  le  Chauve;  Pépin  était 
mort  en  838,  laissant  un  fils,  dit  Pépin  II,  qui  parais- 
sait devoir  être  exclu  par  ses  oncles.  Lothaire  préten- 
dit faire  exécuter  Vordinatio  de  817  qui,  avec  le  titre 
d'empereur,  lui  donnait  une  autorité  prépondérante  et 
un  lot  avantageux.  Mais  ses  deux  frères,  invoquant  la 
tradition  franque,  entendaient  que  la  succession  pater- 
nelle fût  partagée  également,  sans  prérogative  d'aî- 
nesse. L'ne  guerre  civile  éclata.  Lothaire  fut  battu  par 
ses  frères  à  Fontenoy-en-Puisaye,  le  25  juin  841.  Ce 
combat  n'était  cependant  pas  décisif.  Après  diverses 
péripéties,  les  trois  frères  se  mirent  d'accord  pour  con- 
clure la  paix  à  Verdun,  en  août  843. 

Le  traité  de  Verdun  partagea  l'empire  de  Charle- 
magne en  trois  lots  à  peu  près  égaux,  qui  allaient  du 
Nord  au  Sud.  Lothaire  reçut  le  lot  du  milieu,  ou 
Francia  média  :  il  comprenait,  avec  l'Italie,  une 
bande  qui  s'étendait  en  Gaule  de  la  mer  du  Nord  à  la 
Méditerranée  et  qui  était  limitée  approximativement, 
du  côté  de  l'Est,  par  le  Rhin  et,  du  côté  de  l'Ouest,  par 
la  Meuse,  la  Saône  et  les  Cévennes.  Le  second  frère, 
Louis  le  Germanique,  eut  pour  sa  part  la  Francia  > 
orienlalis,  comprenant  l'ensemble  des  pays  entre  le  j 


—  CH.\HL1-:S  1er 

Rhin  et  l'Elbe,  appelés  aussi  du  nom  de  Germanie. 
Quant  à  Charles  le  Chauve,  le  traité  lui  attribua  la 
Francia  occidentalis,  formée  de  tous  les  pays  de  Gaule 
à  l'ouest  du  royaume  de  Lothaire,  au  delà  de  la  ligne 
Meuse-Saône-Céyennes.  Lothaire  conservait  bien  le 
titre  d'empereur;  mais  il  n'avait  aucune  autorité 
sur  ses  frères. 

Ce  partage  fut  fait  seulement  pour  assurer  aux  trois 
frères  des  revenus  équivalents.  Il  ressemblait  aux  par- 
tages antérieurs  qui  s'étaient  faits  entre  les  rois  méro- 
vingiens ou  carolingiens.  Aucune  considération  de 
langue  ni  de  nationalité  n'intervint.  La  part  de  Lo- 
thaire comprenait  des  peuples  de  langue  romane  et  de 
langue  germanique,  entre  lesquels  il  n'y  avait  point 
d'opposition  de  race.  Les  lots  de  ses  frères,  en  raison  de 
leur  situation,  étaient  plus  homogènes  :  les  sujets  de 
Louis  étaient  tous  de  langue  germanique;  presque  tous 
ceux  de  Charles  étaient  de  langue  romane. 

L'unité  de  l'empire  de  Charlemagne  était  définiti- 
vement brisée.  Le  pape  et  les  évêques,  soucieux  de 
maintenir  la  paix,  cherchèrent  à  y  substituer  un 
régime  de  «  concorde  »  fondé  sur  la  fraternité  des  rois 
et  la  communauté  de  foi  de  leurs  peuples. 

L'idée  apparut,  dès  844,  dans  une  bulle  du  pape 
Serge  II,  instituant  l'évêque  de  Metz,  Drogon,  son  vi- 
caire apostolique  en  Gaule  et  en  Germanie.  Le  Souve- 
rain pontife  déclarait  qu'il  n'était  pas  tolérable  que 
trois  frères,  unis  dans  la  même  foi  en  la  Trinité, 
pussent  s'écarter  de  la  dilection  mutuelle  et  de  la  com- 
mune équité.  Si  l'un  d'eux  se  dérobait  à  la  paix  géné- 
rale, il  devait  être  châtié. 

Peu  après,  en  oct.,  les  trois  frères  voulurent  montrer 
qu'ils  n'étaient  pas  sourds  à  ces  exhortations.  Accom- 
pagnés de  leurs  fidèles,  ils  tinrent  une  conférence  au 
palais  de  Yiitz,  près  de  Thionville.  Les  prélats  des 
trois  royaumes,  après  en  avoir  délibéré  sous  la  prési- 
dence de  Drogon,  leur  soumirent  un  programme  qu'ils 
acceptèrent.  Les  rois  jurèrent  devant  leurs  grands  de 
garder  entre  eux  «  les  droits  de  la  fraternité  et  de  la 
charité  »  et  de  s'entr'aider  contre  les  ennemis  du 
dehors.  Des  assemblées  semblables  se  tinrent  encore  à 
Meerssen,  en  847  et  851,  où  des  capitulaires  furent 
arrêtés  en  commun  pour  assurer  le  maintien  de  la 
concorde. 

Mais  ces  réunions  ne  donnèrent  que  des  déceptions. 
Les  bonnes  paroles,  qui  y  furent  échangées,  n'eurent 
guère  de  résultats  pratiques.  Chacun  des  trois  frères 
continua  à  poursuivre  ses  intérêts  particuliers,  sans 
s'occuper  du  bien  commun. 

La  France  occidentale,  attribuée  à  Charles  le 
Chauve,  était  particulièrement  troublée.  L'autorité  du 
roi  n'était  reconnue  ni  dans  le  sud  ni  dans  l'ouest  de 
son  lot.  En  Aquitaine,  son  neveu  Pépin  II  prétendait 
conserver  une  part  du  patrimoine  carolingien,  dont  il 
avait  été  exclu  par  le  traité  de  Verdun  :  il  provoqua 
plusieurs  révoltes  et  Charles  ne  fut  vraiment  maître  du 
pays  qu'en  864,  quand  il  l'eut  fait  prisonnier.  En 
Bretagne,  Charles  eut  affaire  à  des  chefs  indigènes,  No- 
minoé,  puis  Erispoé,  qui  prétendaient  à  l'indépen- 
dance; en  851,  il  finit  par  reconnaître  à  ce  dernier  le 
titre  de  roi  contre  une  vaine  promesse  de  fidélité.  Puis 
vint  le  roi  Salomon,  qui,  après  plusieurs  rébellions,  ac- 
cepta, en  863,  de  lui  prêter  l'hommage. 

Charles  le  Chauve  fut  aussi  très  occupé  par  les  Nor- 
mands, dont  les  invasions  se  multiplièrent.  Remontant 
les  fleuves  sur  leurs  barques,  ces  pirates  pénétraient 
fort  loin  à  l'intérieur  du  royaume.  Dès  841,  une  bande 
vint  piller  et  brûler  Rouen.  Depuis  843,  l'Aquitaine  et 
la  Bretagne  furent  sans  cesse  ravagées.  Plusieurs  fois, 
la  vallée  de  la  Loire  fut  saccagée  jusqu'à  Orléans. 
Paris  aussi  fut  pillé  en  845,  856  et  861. 

Pendant  longtemps,  Charles  le  Chauve  ne  put  guère 
résister  à  ces  incursions.  En  vain,  il  réunissait  une 


443 


CHAR! 


LES  1er 


444 


armée  :  plusieurs  fois  ses  troupes  furent  prises  de  pa- 
nique, quand  elles  furent  en  présence  de  l'ennemi;  le 
roi  en  fut  réduit  à  acheter  la  retraite  des  pirates  en 
leur  promettant  un  «  tribut  »,  qu'il  levait  sur  ses 
sujets.  Souvent  aussi  les  Normands  trouvaient  un  ap- 
pui dans  des  partis  de  rebelles. 

En  861,  Charles  commença  à  réagir  plus  efficace- 
ment. Il  confia  alors  le  commandement  des  pays  entre 
Seine  et  Loire  à  l'un  de  ses  grands,  Robert  le  Fort,  qui 
était  déjà  pourvu  de  plusieurs  comtés  dans  la  vallée  de 
la  Loire  et  en  Neustrie.  Cet  homme  valeureux  rem- 
porta plusieurs  succès;  mais,  en  866,  il  fut,  avec  le 
comte  de  Poitiers,  tué  au  combat  de  Brissarthe.  Après 
cette  bataille,  les  Normands  purent  ravager  à  leur  aise 
la  vallée  de  la  Loire. 

Dans  les  dernières  années  de  son  règne,  Charles  le 
Chauve  recourut  à  d'autres  mesures.  Il  barra  le  cours 
de  la  Seine  avec  des  ponts  fortifiés  et  des  châteaux. 
Il  fit  aussi  restaurer  les  murailles  romaines  de  plu- 
sieurs villes.  En  873,  il  réussit,  avec  l'aide  des  Bretons, 
à  chasser  complètement  les  Normands  de  la  vallée  de 
la  Loire.  Mais  ce  ne  fut  qu'un  succès  temporaire,  qui 
n'empêcha  pas  les  pirates,  dans  les  années  suivantes, 
de  faire  de  nouvelles  incursions. 

De  plus  en  plus  d'ailleurs  la  France  occidentale 
tombait  dans  l'anarchie  :  les  grands  tendaient  à  relâ- 
cher le  lien  qui  les  unissait  au  roi.  En  droit  les  comtes 
n'étaient  que  des  fonctionnaires  révocables  au  gré  du 
roi;  mais  ces  fonctionnaires  n'étaient  pas  toujours  très 
dociles  :  chaque  comte  réunissait  autour  de  lui  des  vas- 
saux armés,  qu'il  employait  souvent  plus  pour 
ses  intérêts  particuliers  que  pour  le  service  du  roi.  Cer- 
tains d'entre  eux  avaient  autorité  sur  plusieurs  comtés, 
qui  avaient  été  groupés  en  marche  pour  mieux  assurer 
la  défense  du  pays  :  étant  plus  puissants,  ils  étaient 
moins  obéissants.  Souvent  ces  grands  se  révoltèrent 
contre  le  roi,  sous  prétexte  qu'il  ne  les  traitait  pas  sui- 
vant la  justice.  Charles  le  Chauve  se  voyait  obligé  de 
composer  avec  eux  :  de  plus  en  plus,  il  lui  était  impos- 
sible de  révoquer  un  comte  rebelle.  Il  commençait  à  pa- 
raître normal  qu'un  comte  restât  en  fonctions  jusqu'à 
sa  mort  et  même  que,  après  sa  mort,  ses  «  honneurs  » 
fussent  concédés  à  ses  enfants. 

Cette  situation  troublée  fut  exploitée  par  l'un  des 
frères  du  roi,  Louis  le  Germanique,  qui  n'était  guère 
imbu  de  l'esprit  de  concorde  prêché  par  l'Église.  Déjà, 
en  852,  il  était  en  relations  avec  quelques-uns  des 
grands  de  son  frère.  En  856,  des  grands,  soulevés 
contre  Charles  le  Chauve,  lui  offrirent  de  venir  régner 
sur  eux.  Il  ne  répondit  à  cet  appel  qu'en  858  :  ayant  en- 
vahi la  France  occidentale,  il  tint,  le  1"  sept.,  un  plaid 
à  Ponthion  où  de  nombreux  comtes  vinrent  lui  prêter 
le  serment  de  fidélité. 

Charles  le  Chauve  fut  sauvé  par  le  clergé.  Réunis  à 
Quiersy,  les  évêques  des  deux  provinces  de  Reims  et  de 
Rouen  refusèrent,  à  l'instigation  de  l'archevêque  de 
Reims  Hincmar,  de  reconnaître  Louis  pour  leur  roi. 
Cette  résistance  donna  à  Charles  le  temps  de  se  ressai- 
sir. Ayant  pu  se  refaire  une  armée,  il  se  jeta  à  l'impro- 
viste  sur  Louis,  qui,  se  croyant  sûr  du  succès,  avait 
dispersé  ses  troupes  et  l'obligea  à  battre  précipitam- 
ment en  retraite  (15  janv.  859).  La  paix  fut  rétablie  en 
860.  De  nouveau  la  fraternité  fut  proclamée  entre  les 
deux  frères  et  leurs  neveux,  fils  de  l'empereur  Lothaire 
mort  depuis  quelques  années. 

A  son  tour,  Charles  le  Chauve,  violant  le  pacte  de 
fraternité,  chercha  à  s'agrandir  aux  dépens  des  fils  de 
Lothaire  qui  s'étaient  partagé  le  patrimoine  pater- 
nel. 

En  861,  il  se  jeta  sur  le  royaume  de  Provence,  por- 
tion de  la  Francia  média,  échue  à  Charles,  le  plus 
jeune;  mais  l'entreprise  échoua.  Puis,  en  869,  à  la 
mort  de  Lothaire  II,  roi  de  Lorraine,  qui  ne  laissait 


point  d'enfants,  il  se  hâta  d'envahir  le  royaume  du  dé- 
funt; il  se  fit  reconnaître  par  les  grands  du  pays  et  se 
fit  sacrer  et  couronner  à  Metz.  Mais  Louis  le  Germa- 
nique voulut  avoir  une  part  de  la  succession.  En  870, 
les  deux  frères,  dans  une  entrevue  qu'ils  eurent  à 
Meerssen,  finirent  par  s'entendre  pour  partager  la 
Lorraine. 

Désormais  l'ambition  de  Charles  le  Chauve  fut  sans 
bornes.  En  août  875,  mourut  le  dernier  survivant  des 
fils  de  Lothaire,  Louis  II,  qui,  à  la  mort  de  son  père, 
avait  hérité  le  royaume  d'Italie  et  la  dignité  impé- 
riale, et  à  qui  aussi  appartenait  la  Provence  depuis  la 
mort  de  son  frère  Charles.  Immédiatement  Charles  le 
Chauve  occupa  la  Provence  et  réclama  l'empire.  Ras- 
semblant ses  fidèles,  il  partit  avec  eux  pour  l'Italie.  Il 
fut  bien  accueilli  par  le  pape  Jean  VIII  et  les  Italiens, 
qui  comptaient  sur  lui  pour  les  protéger  contre  les  Sar- 
rasins. Le  pape  lui  donna  1'  «  onction  et  la  couronne 
impériale  »  dans  l'église  S. -Pierre  de  Rome,  le  25  déc. 
875,  jour  anniversaire  du  couronnement  de  Charle- 
magne.  Puis,  le  31  janv.  876,  Charles  fut  couronné,  à 
Pavie,  roi  des  I^ombards. 

Le  nouvel  empereur  n'avait  pas  les  moyens  de  sou- 
tenir son  état.  Déjà,  pendant  qu'il  était  en  Italie,  son 
frère  Louis  le  Germanique  avait  envahi  la  France  occi- 
dentale et  avait  célébré  la  Noël  à  Attigny.  Il  ne  put 
exploiter  ce  succès,  parce  que  les  grands  restèrent  fi- 
dèles à  Charles.  Rentré  dans  son  royaume,  il  mourut  le 
26  août  876.  Mais  ses  fils  restaient  en  guerre  avec 
Charles  le  Chauve. 

Charles  avait  d'ailleurs  compris  qu'il  ne  fallait  pas 
prolonger  trop  longtemps  son  séjour  en  Italie.  Rentré 
en  France,  il  se  fit  prêter  serment  comme  empereur 
par  ses  grands,  dans  un  plaid  tenu  à  Ponthion  en 
juin  876. 

Mais  bientôt  le  pape,  attaqué  par  les  Sarrasins,  le 
sollicita  de  revenir  en  Italie.  Il  lui  remontra  que  le 
premier  devoir  de  l'empereur  était  de  protéger  le  S.- 
Siège  contre  ses  ennemis.  En  877,  Charles  se  décida  à 
une  nouvelle  expédition  au  delà  des  Alpes.  Pourtant 
les  Normands  menaçaient  d'occuper  la  vallée  infé- 
rieure de  la  Seine  :  il  acheta  leur  retraite  en  leur  payant 
un  tribut. 

Avant  de  se  mettre  en  route,  il  réunit  ses  grands,  en 
juin  877,  à  Quiersy-s.-Oise,  pour  régler  l'administra- 
tion de  la  France  en  son  absence.  Dans  le  capitulaire 
qu'il  publia  à  cette  occasion,  il  s'occupa  particulière- 
ment des  vacances  qui  surviendraient  dans  les  com- 
tés :  il  arrêta  diverses  dispositions  qui  tendaient  à  ré- 
server les  honneurs  de  la  fonction  comtale  aux  fils 
des  comtes  décédés.  On  a  vu  à  tort  dans  cet  acte  la 
charte  constitutive  de  la  féodalité,  qui  aurait  établi 
définitivement  le  principe  de  l'hérédité  des  offices. 
Ce  n'était  à  la  vérité  qu'une  mesure  de  circonstance; 
elle  n'en  montre  pas  moins  que  déjà  on  trouvait  natu- 
rel que  le  fils  d'un  comte  succédât  à  son  père. 

Après  cette  réunion,  l'empereur  partit  en  août  pour 
l'Italie.  Se  trouvant  en  sept,  à  Pavie,  il  apprit  que 
Carloman,  l'aîné  des  fils  de  Louis  le  Germanique,  mar- 
chait contre  lui  avec  des  forces  considérables,  tandis 
que,  en  France,  plusieurs  grands  s'étaient  soulevés.  Il 
se  résolut  à  rentrer  en  France.  Atteint  de  dysenterie,  il 
franchit  en  litière  le  col  du  Mont-Cenis,  pour  mourir  le 
6  oct.  877  dans  un  hameau  de  la  Maurienne. 

Charles  le  Chauve  avait  été  un  prince  actif  et  éner- 
gique. Mais  il  n'avait  pas  su  mesurer  ses  ambitions 
aux  moyens  dont  il  disposait. 

On  trouvera  un  répertoire  complet  des  sources  et  des 
ouvrages  concernant  Charles  le  Chauve  dans  L.  Halphen, 
Charlemagne  el  l'empire  carolingien  {Biblioth.  de  synthèse 
hist.  L'évolution  de  l'humanité,  xxxiii),  Paris,  1947,  p.  501- 
11.  Voir  particulièrement,  dans  la  bibliographie,  les  n.  53- 
56.  61.  68-75.  78,  83,  86-89,  9.3-94.  100.  121-31,  134.  150, 


445 


CHARLES  1er        rHARJ/l':S  III 


44(i 


l.il,  161.  —  .1.  Dhondt,  Études  sur  la  naissance  des  princi-  \ 
paillés  terrilnrinles  en  France  dX'-X-  s.),  Bruges,  1048.  ! 

A.  Dumas. 

CHARLES  LE  GROS  (Charles  II,  roi  de 
France;  Charles  III,  empereur),  fils  de  Louis  le 
Germanique,  né  en  839,  mort  en  888,  empereur  des 
Romains. 

Louis  le  Germanique,  roi  de  Francia  orientalis,  mou- 
rut en  876,  laissant  trois  flls,  dont  Charles  était  le  der- 
nier. Les  trois  frères  se  partagèrent  le  royaume  de  leur 
père  :  Charles  reçut  pour  sa  part  l'Alémanie,  la  future 
Souabe,  avec  l'Alsace  et  sans  doute  la  Rhétie. 

De  tous,  il  était  le  plus  proche  de  l'Italie.  Dès  la  fin 
de  l'année  877,  la  mort  de  Charles  II  le  Chauve  laissa 
vacantes  les  deux  couronnes  d'empereur  des  Romains 
et  de  roi  d'Italie.  Le  pape  Jean  VIII,  après  avoir  fait 
de  vaines  démarches  auprès  de  plusieurs  princes,  en 
arriva,  en  879,  à  les  offrir  à  Charles  le  Gros,  espérant 
trouver  en  lui  un  protecteur.  Le  roi  d'Alémanie  se  déci- 
da, en  oct.  879,  à  franchir  les  Alpes.  Arrivé  à  Pavie,  il 
se  fit  reconnaître  roi  d'Italie  par  les  grands.  Mais,  mal- 
gré les  instances  du  pape  qu'il  rencontra  à  Ravenne  en 
janv.  880,  il  n'alla  pas  jusqu'à  Rome.  C'est  seulement 
l'année  suivante  que,  cédant  à  l'appel  du  Souverain 
pontife,  il  vint  dans  la  Ville  éternelle.  Conformément 
aux  précédents  depuis  Charlemagne,  il  reçut  la  cou- 
ronne impériale  des  mains  de  Jean  VIII  dans  l'église 
S.-Pierre,  le  12  févr.  881.  Il  ne  devait  jamais  plus 
revenir  dans  la  capitale  de  l'Empire. 

De  plus  en  plus,  le  nouvel  empereur  était  attiré  vers 
la  Germanie.  Ses  deux  frères  aînés  étant  morts  à 
quelques  mois  d'intervalle,  il  recueillit  en  882  les  por- 
tions de  la  Francia  orientalis  qui  leur  avaient  été 
attribuées.  Il  reçut  aussi  le  serment  de  fidélité  des 
grands  de  Lorraine.  Déjà,  il  réunissait  sous  son  auto- 
rité près  des  deux  tiers  de  l'empire  de  Charlemagne. 

Charles  le  Gros  ne  fut  pas  à  la  hauteur  de  sa  tâche. 
Tandis  que  les  Sarrasins  menaçaient  Rome,  les  Nor- 
mands faisaient  sans  cesse  des  incursions  en  Germanie 
et  en  Lorraine.  Dans  les  derniers  mois  de  881  et  au 
commencement  de  882,  ils  saccagèrent  impunément 
les  pays  de  la  basse  Meuse  et  du  Rhin.  En  mai  ou 
juin  882,  l'empereur  ayant  réuni  une  armée  vint  les 
assiéger  dans  Elsloo,  près  de  Maëstricht;  mais  bientôt 
il  préféra  acheter  le  départ  des  pirates  moyennant  un 
tribut  qu'il  leva  sur  les  églises.  Cette  conduite  était  un 
encouragement  pour  les  envahisseurs  :  des  bandes 
normandes  revinrent  dans  les  années  suivantes  pour 
piller  Deventer  en  882,  Duisburg  en  883,  la  Frise  occi- 
dentale en  884.  Encore  moins  Charles  le  Gros  alla-t-il 
en  Italie  lutter  contre  les  Sarrasins. 

Néanmoins  Charles  conservait  son  prestige.  Le  roi 
de  France  occidentale,  Carloman,  mourut  le  12  déc. 
884,  ne  laissant  pour  plus  proche  parent  qu'un  jeune 
frère,  Charles,  dit  le  Simple,  qui  n'avait  que  cinq  ans. 
Les  grands  du  royaume  firent  appel  à  Charles  le  Gros, 
qui  était  le  seul  descendant  légitime  de  Charlemagne 
en  état  de  porter  les  armes.  L'empereur  vint  recevoir 
leurs  hommages  à  Ponthion,  en  juin  88.5.  L'unité  de 
l'empire  de  Charlemagne  était  rétablie  au  profit  de 
l'un  de  ses  arrière-petits-fils. 

Malheureusement  Charles  le  Gros  n'avait  rien  de 
l'énergie  et  de  l'esprit  résolu  de  son  glorieux  prédéces- 
seur. Pas  plus  qu'auparavant,  il  ne  fut  capable  d'arrê- 
ter les  invasions  normandes  qui  dévastaient  la  France 
occidentale,  comme  la  Lorraine  et  la  Germanie.  En 
nov.  885,  une  grande  armée  normande  assiégea  Paris. 
Grâce  à  la  vaillance  de  l'évêque  Gozlin  et  du  comte 
Eudes,  fils  de  Robert  le  Fort,  la  cité  résista  à  toutes 
les  attaques.  C'est  seulement  en  oct.  886  que  l'empe- 
reur vint  à  son  secours,  avec  une  armée  formée  des 
contingents  de  l'Est  et  de  l'Ouest.  Mais,  cette  fois  en- 
core, il  n'osa  pas  engager  la  bataille.  Il  acheta  le  départ 


!  des  Normands  en  leur  permettant  de  ravager  la  Bour- 
gogne et  en  leur  promettant  un  tribut.  Les  pirates,  en- 
couragés par  cette  inertie,  firent,  pendant  l'hiver  de 
887-88,  d'autres  incursions  en  Champagne,  sur  la 
Meuse  et  la  Moselle,  et  dans  la  vallée  de  la  Loire. 

Charles  était  peut-être  déjà  atteint  d'une  maladie 
qui,  au  début  de  887,  nécessita  une  opération  à  la  tête. 
De  plus  en  plus,  son  caractère  apparaissait  faible  et 
irrésolu.  Les  grands  ne  voulurent  plus  obéir  à  un  tel 
seigneur.  Des  soulèvements  éclatèrent  un  peu  partout 
en  Germanie.  Les  rebelles  élurent  roi  Arnulf  de  Ba- 
vière, bâtard  de  Carloman,  frère  aîné  de  l'empereur. 
Le  11  nov.  887,  Charles,  qui  avait  convoqué  un  plaid  à 
Tribur,  fut  abandonné  par  tous  ses  grands,  qui  allèrent 
au  devant  d'Arnulf  pour  lui  prêter  l'hommage.  Il 
traita  bientôt  avec  Arnulf,  qui  lui  laissa  quelques 
domaines  en  Alémanie.  Il  mourut  peu  après,  le 
13  janv.  888,  à  Neidingen  près  de  la  Forêt  Noire. 
On  trouvera  toutes  les  indications  nécessaires  dans  : 

E.  Lavisse,  Hist.  de  France,  ii,  1911,  I"  part.,  p.  390,  n.  1 .  — 

F.  Lot,  Chr.  Pfister  et  F.  L.  Ganshof,  Les  destinées  de  l'em- 
pire en  Occident,  au  t.  i  de  la  section  du  Moyen  Age,  dans 

G.  Glotz,  Hist.  générale,  Paris;  réimpr.,  1940-41,  2  vol., 
avec  quelques  additions.  —  L.  Halphen,  Charlemaqne  et 
l'empire  carolingien,  Paris,  1947,  p.  441-69.  —  J.  Dhondt, 
Études  sur  la  naissance  des  principautés  territoriales  en 
France  (IX'-X^  s.},  Bruges,  1948. 

A.  Dumas. 

CHARLES  LE  SIMPLE  (Charles  III),  roi  de 
France  occidentale,  flls  de  Louis  le  Bègue,  né  en  879, 
mort  en  929. 

Louis  II  le  Bègue,  qui  avait  succédé  à  son  père 
Charles  le  Chauve  en  France  occidentale,  mourut  le 
10  avr.  879.  Il  laissait  deux  fils  de  sa  première  femme 
Ansgarde,  Louis  III  et  Carloman,  qui  furent  sacrés  et 
couronnés  en  sept,  suivant  (supra,  xi,  1065  sq.,  Car- 
LOMAN-4).  Mais  sa  seconde  femme  Adélaïde  était  en- 
ceinte. Le  17  de  ce  même  mois  de  sept.,  elle  accoucha 
d'un  fils,  Charles,  qui  fut  plus  tard  surnommé  le 
Simple.  Il  ne  fut  pas  question  d'associer  ce  posthume  à 
ses  frères. 

Louis  III  mourut  en  882,  puis  Carloman  le  12  déc. 
884.  Le  jeune  Charles  n'avait  encore  que  cinq  ans.  Le 
royaume  étant  dévasté  par  les  invasions  normandes, 
les  grands  ne  songèrent  pas  à  prendre  pour  roi  un 
enfant.  Ils  firent  appel  à  Charles  le  Gros,  déjà  roi  de 
Germanie  et  d'Italie  et  empereur  des  Romains,  seul 
Carolingien  d'âge  mûr  qui  subsistât.  (;elui-ci  mourut 
le  13  janv.  888. 

A  ce  moment,  Charles  le  Simple  était  bien  le  seul 
descendant  légitime  de  Charlemagne;  mais  il  n'avait 
encore  que  huit  ans.  Les  grands  de  France  occidentale 
l'écartèrent  une  seconde  fois  et  prirent  pour  roi  le 
comte  de  Paris,  Eudes,  qui  paraissait  capable  de  dé- 
fendre le  royaume  contre  les  Normands.  Il  fut  sacré 
par  l'archevêque  de  Sens,  Gautier  (29  févr.  888). 

Il  y  avait  cependant  encore  un  parti  carolingien 
pour  qui  Eudes  n'était  qu'un  usurpateur.  L'un  des 
plus  ardents  fauteurs  de  la  légitimité  était  l'arche- 
vêque de  Reims,  Foulque,  qui  avait  recueilli  Charles  le 
Simple.  Le  28  janv.  893,  il  donna  l'onction  du  sacre  au 
jeune  prince,  qui  avait  atteint  l'âge  de  treize  ans,  alors 
sufiisant  pour  le  faire  considérer  comme  majeur. 
Presque  tous  les  grands  d'Austrasie  le  reconnurent, 
tandis  que  la  Neustrie  restait  fidèle  à  Eudes. 

Une  guerre  civile  commença  entre  les  deux  adver- 
saires. Au  début  de  897,  ils  firent  la  paix.  Il  semble 
qu'Eudes  promit  au  jeune  Charles  de  le  proposer  aux 
grands  pour  lui  succéder.  Eudes  étant  mort  le  l''''  janv. 
898,  Charles  fut  reconnu  sans  difficulté  par  tous  les 
grands,  même  par  Robert  le  frère  du  défunt,  qui 
réunissait  les  comtés  de  Paris,  de  Blois,  de  Touraine 
et  d'Anjou. 

A  l'avènement  du  nouveau  roi,  les  invasions  nor- 


447 


C  HA  R.LES  1 1 1 


-  CHARLES  IV 


44.S 


mandes  continuaient  à  désoler  le  pays.  Pendant  plu- 
sieurs années,  elles  se  renouvelèrent,  suivies  de  pillages 
et  de  massacres.  Charles  battit  plusieurs  fois  les  en- 
vahisseurs; mais  il  n'obtint  pas  de  résultat  décisif. 

En  911,  les  Normands  avaient  pour  chef  Rollon  qui, 
après  avoir  essayé  de  prendre  Paris,  ravagea  le  Dunois 
et  le  pays  chartrain.  Mais  le  comte  Robert,  assisté 
d'autres  grands,  lui  infligea  une  sérieuse  défaite  devant 
Chartres.  Le  roi  en  profita  pour  entamer  une  négocia- 
tion avec  le  chef  normand.  Charles  et  Rollon  eurent 
une  entrevue  à  S.-Clair-sur-Epte,  où  ils  conclurent  la 
paix.  Rollon  s'engagea  à  embrasser  le  christianisme  et 
à  cesser  ses  dévastations.  Le  roi  lui  abandonna  en 
Neustrie  un  territoire  que  les  barbares  occupaient 
depuis  longtemps  et  dont  il  n'y  avait  guère  d'espoir  de 
les  déloger  :  il  avait  pour  centre  la  ville  de  Rouen  et 
comprenait  plusieurs  comtés  voisins  de  la  basse  Seine, 
de  l'Epte  jusqu'à  la  mer. 

Ce  traité  eut  pour  conséquence  d'incorporer  les  Nor- 
mands à  la  civilisation  franque.  Rollon  fut  baptisé  par 
l'archevêque  de  Rouen.  Ses  compagnons  suivirent  son 
exemple;  les  Normands  furent  de  bons  chrétiens. 
Bientôt  les  abbayes  anciennes  se  relevèrent  de  leurs 
ruines  et  de  nouvelles  furent  fondées.  Rollon  prêta 
aussi  l'hommage  à  Charles  le  Simple  :  il  prit  place 
parmi  les  grands  du  royaume,  en  qualité  de  comte  de 
Rouen,  et  fut  toujours  fidèle  à  son  roi.  Les  hommes 
qui  l'avaient  suivi  épousèrent  des  femmes  du  pays  et 
se  mirent  à  parler  la  langue  romane. 

Désormais  l'ère  des  grandes  invasions  normandes 
était  close.  Sans  doute,  des  courses  de  pillage  furent 
encore  entreprises,  les  années  suivantes,  dans  des  pays 
voisins,  comme  la  Bretagne;  mais  elles  venaient  de 
l'initiative  de  quelques  bandes,  sans  que  Rollon  y 
participât. 

Tranquille  du  côté  de  l'Ouest,  Charles  le  Simple  se 
tourna  vers  la  Lorraine,  où  depuis  longtemps  il  avait 
des  partisans.  Le  roi  de  Germanie,  Louis  III  l'Enfant, 
qui  y  dominait,  mourut  le  24  sept.  91 1  :  l'occasion  parut 
favorable.  Les  Lorrains  étaient  très  attachés  à  la 
famille  carolingienne  qui  était  originaire  de  leur  pays. 
Ils  refusèrent  de  reconnaître  Conrad,  le  nouveau  roi  de 
Germanie,  qui  avait  été  élu  par  les  grands  d'outre- 
Rhin,  firent  appel  à  Charles  le  Simple,  qui  restait  le 
dernier  descendant  de  Charlemagne,  et  le  proclamèrent 
roi.  Charles  prit  possession  de  l'héritage  de  ses  an- 
cêtres, dès  la  fin  de  l'année  911,  sans  éprouver  de  résis- 
tance sérieuse.  Désormais  il  fit,  dans  ce  pays,  de  longs 
séjours,  le  préférant  à  tout  autre. 

Le  royaume  de  Charles  s'étendait  maintenant  jus- 
qu'au Rhin,  réunissant  la  Francia  média  et  la  Francia 
occidentalis.  Plus  que  les  autres  rois,  à  qui  étaient  échus 
quelques  morceaux  de  l'empire  de  Charlemagne,  il 
pouvait  se  considérer  comme  roi  des  Francs.  Jus- 
qu'alors, il  s'était  intitulé  dans  ses  diplômes  rex  tout 
court,  sans  indiquer  la  nation  sur  laquelle  il  régnait.  Il 
reprit  le  titre  de  rex  Francorum,  qui  avait  été  délaissé 
depuis  la  mort  de  Charlemagne. 

Malheureusement,  depuis  un  siècle,  l'autorité  royale 
avait  bien  diminué.  Un  roi  devait  ménager  ses  grands, 
évêques  et  comtes,  qui,  appuyés  sur  leurs  vassaux, 
tendaient  à  l'indépendance.  Charles  manifestait  trop 
ouvertement  pour  les  Lorrains  une  préférence  qui  mé- 
contenta les  grands  de  France  occidentale.  Ceux-ci  lui 
reprochaient  de  se  passer  de  leurs  conseils  pour  suivre 
les  avis  d'un  certain  Haganon,  d'origine  lorraine,  mais 
de  basse  extraction.  A  partir  de  920,  ils  lui  firent  une 
vive  opposition. 

En  922,  le  comte  de  Paris,  Robert,  qui  était  long- 
temps resté  fidèle  au  roi,  se  révolta  et  fut  suivi  par 
plusieurs  grands  au  nombre  desquels  était  son  gendre 
Raoul,  duc  de  Bourgogne.  Robert,  élu  roi  le  30  juin  par 
les  rebelles,  fut  sacré  le  lendemain  à  S.-Remi  de  Reims, 


par  l'archevêque  de  Sens  Gautier  qui,  déjà  en  888, 
avait  donné  l'onction  sainte  à  son  frère  Eudes. 

Charles  rassembla  une  armée,  composée  principale- 
ment de  Lorrains.  Les  deux  partis  se  rencontrèrent  en 
armes  à  Soissons,  le  15  juin  923.  Robert  fut  tué  dans  la 
mêlée;  mais  Charles  dut  battre  en  retraite,  dans  le  plus 
grand  désordre.  Les  insurgés  victorieux  élurent  comme 
roi  Raoul  de  Bourgogne,  qui  fut  sacré  le  13  juill.  par 

'  l'archevêque  de  Sens. 

Charles  croyait  encore  pouvoir  soutenir  la  lutte. 
Beaucoup  de  grands  n'avaient  pas  pris  parti.  Le  comte 
de  Vermandois,  Herbert,  feignit  de  se  soumettre. 

j  Charles  crut  en  sa  parole  et  vint  à  lui  en  pleine  con- 
fiance. Il  fut  aussitôt  arrêté,  pour  demeurer  aux  mains 
d'Herbert  jusqu'à  sa  mort.  Il  mourut  prisonnier,  à  Pé- 
ronne,  le  7  oct.  929. 

;      E.  Favre,  Eudes,  comte  de  Paris  et  roi  de  France,  1893.  — 

i  R.  Parisot,  Le  royaume  de  Lorraine  sous  les  Carolingiens, 
1898.  —  A.  Eckel,  Charles  le  Simple,  1899.  —  Lauer, 

i  Robert  I"  et  Raoul  de  Bourgogne,  rois  de  France,  1910.  — 
Prentout,  Essai  sur  les  origines  et  la  fondation  du  duché  de 
Normandie,  1911  ;  Étude  critique  sur  Dudon  de  S.-Quentin  et 
son  histoire  des  premiers  ducs  normands,  1916.  —  A.  Fliche, 
L'Europe  occidentale  de  888  à  1125,  tome  ii  de  la  section  du 
Moyen  Age,  dans  G.  Glotz,  Hisl.  générale,  1930,  p.  60- 
82.  —  J.  Dhondt,  Études  sur  la  naissance  des  principautés 

:  territoriales  en  France  (IX^-X'  s.),  Bruges,  1948. 

A.  Dumas. 

CHARLES  IV  LE  BEL,  roi  de  France  (1322- 
28).  Il  fut,  conformément  à  la  tradition  capétienne,  un 
ami  de  l'Église,  mais  aussi  un  défenseur  des  droits  de 
l'État.  L'année  même  de  son  avènement,  il  se  dispo- 
sait à  partir  en  Terre  sainte,  sur  la  demande  de 
!  Jean  XXII,  pour  secourir  les  rois  de  Chypre  et  d'Ar- 
ménie; le  projet  n'eut  pas  de  suite.  Dans  la  lutte  entre 
Jean  XXII  et  Louis  de  Bavière,  il  se  rangea  aux  côtés 
I  du  pape  :  il  eut  même,  à  ce  sujet,  un  entretien,  à  Bar- 
j  s. -Aube,  le  17  juill.  1324,  avec  le  duc  Léopold  d'Au- 
triche, qui  lui  promit  l'Empire  :  l'aventure  échoua.  De 
même,  dans  l'affaire  de  succession  de  Majorque.  Le 
I  conseil  de  régence,  malgré  l'opposition  de  quelques 
;  seigneurs  et  pour  faire  échec  aux  convoitises  du  roi 
d'Aragon,  avait  désigné  comme  tuteur  du  jeune  roi 
don  Philippe  de  Majorque  :  Jean  XXII  avait  approuvé 
ce  choix.  Charles  IV  prit  fait  et  cause  pour  le  pape  :  il 
'  signifia  au  comte  de  Foix  qu'il  devait  cesser  toute  in- 
trigue dans  le  Roussillon  et  il  ordonna  à  ses  sénéchaux 
j  du  Languedoc  de  soutenir  le  candidat  pontifical 
;  (11  juin  1325). 

Mais  lorsque  Jean  XXII  voulut  lever  un  subside 
dans  le  midi  de  la  France,  pour  financer  la  guerre  que 
son  légat  Bertrand  du  Poujet  faisait  aux  Visconti  et 
I  aux  gibelins,  Charles  IV  s'y  opposa;  il  pria  le  sénéchal 
de  Beaucaire,  le  12  oct.  1326,  d'interdire  cette  levée  et 
I  demanda  des  explications  au  pape.  Quand  celui-ci 
j  l'eut  autorisé  à  percevoir  le  produit  de  deux  années  de 
j  dîmes,  Charles  IV  consentit  à  la  levée  du  subside 
(Lea,  Hist.  de  l'Inquisit.  au  M.  A.,  m,  Paris,  1902, 
j  p.  80).  De  même,  les  conflits  de  juridiction  qui  oppo- 
!  salent  depuis  un  siècle  et  plus  les  tribunaux  laïques 
aux  officialités,  s'ils  s'apaisèrent  dans  la  pratique, 
demeurèrent  en  théorie  aussi  aigus.  Si  le  roi  et  le  parle- 
ment défendent  les  privilèges  des  clercs  (affaires  de 
Laon,  juill.  1322;  d'Arras,  21  sept.  1322;  de  Carcas- 
sonne,  30  avr.  1323;  de  Montreuil,  10  févr.  1327;  de 
Senlis,  20  juin  1327),  ils  font  aussi  respecter  contre 
les  clercs  les  droits  du  pouvoir  séculier  (affaire  de 
I  Luçon,  5  mai  1323;  d'Amiens,  23  févr.  1324;  d'Or- 
I  léans,  10  mai  1324;  de  Lisieux,  21  mai  1326...). 

Ordonnances  des  rois  de  France,  i.  —  Isambert,  Rec.  gén. 
des  anc.  lois  franç.,  m.  —  Devic-Vaissete,  Hist.  gén.  de  Lan- 
guedoc, IX.  —  E.  Lavisse,  Hist.  de  France,  iu-2,  Paris,  1901, 
par  Langlois.  —  Fournier,  Les  officialités  au  Moyen  Age, 
Paris,  1880;  Le  royaume  d'Arles  et  de  Vienne,  Paris,  1891.  — 


449 


CHARLES  IV 


—  CHARLES  V 


450 


Olivier-Martin,  L'assemblée  de  Vincennes  de  1329...,  Paris, 
1909.  —  G.  Mollat,  Les  piipes  d'Aviqnon.  9»  éd..  Paris,  1950. 
—  Fawtier,  L'Europe  occidentale  de  1270  à  1380,  1"  part., 
Paris,  1940,  coll.  Glotz.  —  Pirenne,  etc.,  La  fin  du  Moyen 
Age,  I"  part.,  Paris,  19.31,  coll.  Halphen.  —  Registre  de 
Jean  XXII,  vi,  vu. 

H.  Maisonneuve. 
CHARLES  V  LE  SAGE,  roi  de  France  (1365- 
1380).  Deux  idées  fondamentales  s'imposent  :  d'une 
part,  la  très  grande  piété  du  roi,  qui  prenait  S.  Louis 
pour  modèle  (Christine  de  Pisan,  Livre  des  faits  et 
bonnes  mœurs  du  sage  roi  Charles  V;  Ph.  de  Mézières, 
Le  songe  du  vieux  pèlerin);  d'autre  part,  l'autonomie 
du  pouvoir  royal  envers  le  pouvoir  ecclésiastique 
(Ph.  de  Mézières  (?),  Le  songe  du  verger).  On  étudiera  : 
I.  La  politique  commune  du  roi  et  du  pape.  IL  Les 
conflits  de  juridiction.  III.  L'affaire  du  Schisme. 

I.  I^A  POLITIQUE  COMMUNE  DU  ROI  ET  DU  PAPE.   

Les  relations  entre  les  cours  de  Paris  et  d'Avignon 
furent  excellentes.  Ainsi  tout  d'abord  dans  l'affaire  du 
mariage  flamand.  Charles  V  craignait  une  alliance  trop 
étroite  de  l'Angleterre  et  de  la  Flandre;  Édouard  III 
désirait,  en  effet,  que  son  fils  Aymon,  comte  de  Cam- 
bridge, épousât  Marguerite,  héritière  de  Flandre.  Or  il 
fallait  une  dispense  de  mariage  au  troisième  degré. 
Urbain  V  refusa  la  dispense,  mais  il  favorisa  le  plus 
possible  l'union  de  Marguerite  avec  Philippe  le  Hardi, 
duc  de  Bourgogne  et  frère  du  roi  de  France  (18  déc. 
1364-30  oct.  1365).  Cette  même  année  1365,  en  mars, 
c'est  à  Avignon,  sous  les  auspices  du  pape,  que 
Charles  V  et  Charles  le  Mauvais  signèrent  la  paix.  En 
mai-juill.  le  pape  et  le  roi  essayèrent  pareillement 
d'engager  les  Compagnies  au  service  du  roi  de  Hon- 
grie, contre  les  Turcs;  l'affaire  n'ayant  pas  réussi, 
Charles  V  décida  d'envoyer  les  Compagnies  en  Cas- 
tille.  Au  mois  d'oct.,  le  pape  donna  de  gros  subsides  à 
Du  Guesclin.  En  1366,  L^rbain  V  se  résolut  à  rentrer  en 
Italie;  Charles  V  lui  envoya  une  ambassade  solennelle 
qui  essaya  en  vain  de  retenir  le  pape.  Urbain  V  partit 
cependant  et  puis  revint  escorté  par  les  galères  royales. 

Les  relations  continuèrent,  presque  aussi  excel- 
lentes, sous  le  pontificat  de  Grégoire  XL  C'est  encore 
sous  ses  auspices  qu'Édouard  III  et  Charles  V  firent  la 
paix,  à  Bruges,  en  1375.  Grégoire  XI  eut  aussi  à  cœur 
la  défense  de  la  foi.  D'où  une  recrudescence  de  l'Inqui- 
sition. Dans  le  nord  de  la  France,  le  pape  envoya 
Jacques  de  More  contre  les  «  Turelupins  ».  Le  roi 
récompensa  par  une  donation  de  50  livres  les  peines 
de  l'inquisiteur,  et  reçut,  pour  son  zèle,  les  remercie- 
ments de  Grégoire  XI  (Lea,  ii,  148).  Dans  le  Dauphiné, 
repaire  de  Vaudois,  sévissait  Jacques  Borel,  mais  les 
officiers  du  roi,  loin  de  le  soutenir,  se  faisaient  plutôt 
complices  des  victimes.  Grégoire  XI  s'en  plaignit  à 
Charles  V  {Registre  de  Grégoire  XI,  27  mars  1373, 
n.  1171,  1172,  1173),  sans  obtenir  l'appui  attendu.  II 
dut  multiplier  les  inquisiteurs,  gourmander  clercs  et 
laïcs,  déployer  une  activité  intense  pour  arracher, 
croyons-nous,  à  Charles  V  des  ordonnances  exigeant 
l'application  des  lois  contre  les  hérétiques.  Le  résultat 
fut  admirable.  Mais  on  a  l'impression  que  le  roi  agit 
plus  par  déférence  envers  le  pape  que  par  zèle  inquisi- 
torial.  En  1376,  Grégoire  XI  voulut  s'assurer  une  part 
des  confiscations.  Charles  V  s'y  opposa;  sans  doute  y 
trouvait-il  son  compte.  Il  s'engagea  pourtant  —  mais 
seulement  après  la  mort  de  Grégoire  et  en  accord  avec 
son  successeur,  probablement  Clément  VII  • — •  par 
ordonnances  du  19  oct.  1378,  à  verser  aux  inquisiteurs, 
aux  lieu  et  place  du  fruit  de  leurs  confiscations,  un 
traitement  annuel  de  190  livres  tournois;  il  leur  dé- 
fendit encore  de  démolir  les  maisons  des  hérétiques, 
sauf  pour  délits  «  énormes  »,  mais  toujours  avec  l'auto- 
risation du  gouverneur  du  Dauphiné  (Isambert,  v,  594). 

II.  Conflits  de  juridiction.  —  Depuis  l'assemblée 
de  Vincennes,  de  1329,  la  juridiction  laïque  n'avait 

dict.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


cessé  d'empiéter  sur  la  juridiction  ecclésiastique, 
quelles  que  fussent  et  la  personnalité  du  roi  et  les  cir- 
constances politiques.  «  La  lutte  contre  la  juridiction 
ecclésiastique,  écrit  Olivier-Martin,  p.  252,  est  devenue 
une  œuvre  collective,  menée  par  les  officiers  royaux 
sous  le  contrôle  et  la  direction  du  Parlement,  en  com- 
plet accord  de  vues  avec  le  Conseil  du  roi.  »  Au  temps 
de  Charles  V,  plusieurs  ordonnances  sont  à  ce  sujet 
particulièrement  significatives.  Le  14  mars  1368,  le  roi 
ordonna  aux  sénéchaux  de  Toulouse,  Carcassonne  et 
Beaucaire  la  publication  de  trois  bulles  ;  celles  des 
papes  Grégoire  (IX?)  et  Clément  (IV?),  en  vertu  des- 
quelles aucune  censure  d'excommunication  ou  d'inter- 
dit ne  pourrait  être  fulminée  dans  le  royaume  sans  l'au- 
torisation du  Siège  apostolique;  puis  celle  d'Urbain  V, 
défendant,  aussi  longtemps  que  la  papauté  demeure- 
rait au  delà  des  monts,  à  tout  prélat  ou  tout  autre 
ecclésiastique,  de  citer  des  sujets  du  roi,  clercs  ou 
laïcs,  sous  quelque  prétexte  que  ce  soit,  devant  l'un  ou 
l'autre  des  conservateurs  apostoliques  institués  par  le 
concile  (I"  de  Lyon,  c.  1;  cf.  Décrétâtes,  1.  I,  tit.  xiv) 
et  siégeant  hors  du  royaume  (le  roi  se  plaignait  amère- 
ment des  atteintes  que  les  juges  d'Église  portaient  à  la 
juridiction  séculière  :  quod  nobis  displicuit  et  displicet  in 
immensum).  Le  8  mars  1372,  Charles  V  publia  une  or- 
donnance très  importante,  interdisant  aux  juges  ecclé- 
siastiques «  de  connaître,  même  par  rapport  aux  clercs, 
de  toutes  les  actions  réelles  ou  possessoires,  et  des  cens 
et  rentes  assignés  sur  les  héritages  »  (De  Héricourt,  Les 
loix  ecclésiastiques  de  France,  1756,  p.  120,  c.  2).  Gré- 
goire XI  protesta  (bulle  du  28  nov.  1372;  Olivier-Mar- 
tin, op.  cit.,  pièces  justificatives,  v).  Charles  V  ajourna 
peut-être  pour  des  raisons  mal  connues  —  affaire  de 
Bretagne  —  mais  sans  aucunement  les  annuler  —  ses 
importantes  dispositions.  La  même  année  (22  juin),  il 
soumit  les  clercs,  comme  les  nobles  et  autres  privilé- 
giés, aux  taxes  et  autres  impositions  levées  sur  cer- 
tains héritages.  En  1377,  il  ordonna,  le  23  août,  au 
bailli  de  Màcon  de  signifier  au  chapitre  de  Lyon  de  ne 
pas  s'occuper  d'actions  réelles  ou  mixtes,  car  ces  choses 
«  si  elles  étaient  tolérées,  nuiraient,  dit  le  texte,  à  la  ju- 
ridiction temporelle  ».  A  la  fin  de  son  règne,  Charles  V 
acheta  le  comté  d'Auxerre.  Or  les  anciens  comtes 
avaient  accordé  aux  habitants  certains  privilèges  :  ils 
avaient  même  juré,  en  accord  avec  les  archevêque  et 
évêque  de  Sens  et  d'Auxerre,  qu'au  cas  où  ils  viole- 
raient leurs  engagements,  ils  seraient  excommuniés  et 
leurs  terres  seraient  interdites.  Le  roi  confirma  les  pri- 
vilèges, mais  rejeta  comme  attentatoires  à  la  majesté 
royale,  et  sans  doute  aussi  contraires  aux  privilèges 
pontificaux  accordés  à  la  couronne  de  France,  les 
clauses  relatives  aux  censures  ecclésiastiques  (août 
1379). 

Plus  nombreux  sont  les  arrêts  du  Parlement.  En  voi- 
ci quelques  exemples.  En  1364,  le  bailli  de  Mâcon, 
ayant  condamné  un  clerc  à  mort,  fut  excommunié  par 
l'archevêque  de  Lyon.  Sur  la  plainte  du  bailli,  le  Parle- 
ment saisit  le  temporel  de  l'archevêque;  celui-ci,  pour 
le  récupérer,  dut  lever  l'excommunication.  En  1369, 
l'archevêque  de  Bourges,  qui  avait  défendu  aux  offi- 
ciers du  roi  de  connaître  au  criminel  des  clercs  mariés, 
à  peine  d'excommunication,  dut  se  rétracter.  En  1370, 
l'évêque  de  Chartres,  ayant  jeté  l'interdit  sur  le  do- 
maine du  roi,  fut  contraint  par  le  bailli  de  Chartres  de 
lever  la  censure.  En  1371,  l'évêque  de  Châlons,  ayant 
exigé  des  gouverneurs  de  la  léproserie  de  S. -Jacques 
une  reddition  de  comptes,  et  ayant  essuyé  un  refus, 
avait  excommunié  les  gouverneurs.  Sur  la  plainte  des 
échevins,  l'évêque  dut  lever  la  censure.  En  1372,  un 
très  grave  conflit  de  juridiction  opposa  l'archevêque  de 
Rouen,  Philippe  d'Alençon,  qui  était  de  sang  royal,  et 
le  bailli  Oudart  d'Attainville,  qui  fut  excommunié;  sa 
famille  fut  chassée  des  églises.  Le  Parlement  signifia  à 

H.  —  XIL  —  15  — 


-ini  CHA1U,KS   V  — 

l'archevêque  de  lever  les  censures,  sous  menace  de  sai- 
sie de  son  temporel  (13  août  1373).  Grégoire  XI  inter- 
vint. L'afi'aire  traîna  en  longueur,  aucune  des  deux 
parties  ne  voulant  céder.  Finalement,  en  1375,  l'arche- 
vêque se  retira  à  Avignon;  le  bailli  fut  absous  par  le 
pape,  mais  envoyé  à  Mâcon;  le  roi  rendit  à  l'archevê-  i 
ché  le  temporel.  En  1378,  les  archevêque  et  évêques 
de  Tours,  d'Angers,  du  Mans  avaient  excommunié 
plusieurs  personnes  pour  refus  de  dîmes  et  du  tiers  des 
meubles  des  défunts.  Sur  la  plainte  du  duc  d'Anjou  et 
des  principaux  notables  du  pays,  ils  furent  obligés  de 
lever  les  censures.  On  trouvera  dans  Olivier- Martin 
(p.  253  sq.)  beaucoup  d'autres  exemples. 

III.  L'affaire  du  Schisme.  —  Après  l'élection 
agitée  d'Urbain  "VI,  le  8  avr.  1378,  les  cardinaux  fran- 
çais se  retirèrent  à  Anagni.  En  juill.,  ils  dépêchèrent  au 
roi  le  franciscain  Jean  de  Guignicourt,  qui  témoigna 
des  circonstances  troublantes  de  l'élection  d'Ur- 
bain VI;  ils  demandèrent  subsides  et  protection  : 
Charles  V  leur  envoya  «  grande  finance  »  et  routiers, 
invita  la  reine  Jeanne  de  Naples  à  intervenir  en  leur 
faveur,  les  assura  de  toute  sa  sollicitude.  Les  cardinaux 
lui  envoyèrent  deux  nouveaux  messagers  :  Arnauld, 
évêque  de  Famagouste,  et  Nicolas  de  Saint-Saturnin, 
maître  des  Sacrés  Palais.  Charles  V  réunit  alors  à  Pa- 
ris, le  11  sept.,  en  une  conférence,  six  archevêques, 
trente  évêques,  des  abbés,  des  docteurs  de  Paris,  d'An- 
gers, Orléans,  des  membres  du  Parlement.  L'assemblée 
ne  prit  aucune  décision;  le  roi  non  plus,  du  moins 
officiellement,  car  il  inclinait  de  plus  en  plus  vers  les 
cardinaux  dissidents.  Il  envoya  des  lettres  encoura- 
geantes à  son  cousin  —  au  8^  degré  —  Robert  de 
Genève,  lequel  fut  élu  précisément  le  20  sept.,  sous  le 
nom  de  Clément  VII.  Aussitôt  le  nouveau  pontife 
autorisa  le  roi  à  lever  un  subside,  pendant  trois  ans, 
sur  le  clergé  français.  Charles  V  réunit  alors  une  nou- 
velle conférence,  cette  fois  à  Vincennes,  le  16  nov.,  qui 
se  prononça  nettement  en  faveur  de  Clément  VII, 
lequel,  dès  le  18  nov.  —  échange  d'amabilités  —  mit  à 
la  disposition  du  roi  la  provision  de  cent  canonicats  et 
à  la  disposition  du  dauphin  celle  de  cent  autres  cano- 
nicats. Pendant  l'année  1379,  Charles  V  s'efforça  de 
rallier  à  la  cause  de  Clément  VII  les  puissances  spiri- 
tuelles et  temporelles  de  la  chrétienté.  En  France 
d'abord;  il  y  eut  quelques  oppositions,  peu  impor- 
tantes, à  Toulouse  et  en  Normandie.  Quant  à  l'univer- 
sité de  Paris,  elle  se  montrait  extrêmement  réservée. 
Elle  se  rallia  finalement  au  parti  clémentin,  à  l'excep- 
tion toutefois  des  «  nations  »  anglaise  et  picarde,  sous 
l'influence  notamment  des  légats  Jean  de  Cros,  Guil- 
laume d' Aigrefeuille,  Guy  de  Malesset,  à  l'assemblée  de 
Vincennes  du  mois  de  mai.  Quelques  semaines  plus 
tard,  le  20  juin  exactement.  Clément  VII  et  sa  suite, 
fuyant  l'Italie,  s'installaient  à  Avignon.  Hors  de 
France,  Charles  V,  ou  plutôt  son  frère,  le  duc  d'An- 
jou, réussit  à  gagner  au  parti  clémentin,  puis  à  rega- 
gner la  reine  Jeanne  de  Naples,  et  aussi  Amédie  VI  de 
Savoie,  Pierre  II  de  Chypre,  Robert  II  d'Écosse,  Fer- 
dinand de  Portugal,  quelques  princes  allemands.  Il  ob- 
tint seulement  la  neutralité  bienveillante  de  la  Castille 
et  de  l'Aragon.  Il  échoua,  non  seulement,  comme 
c'était  à  prévoir,  en  Angleterre  et  en  Flandre,  mais 
aussi  dans  l'Empire  et  en  Hongrie.  Aussi  le  roi  de 
France  voulut-il,  avant  de  mourir,  justifier  sa  conduite 
auprès  des  seigneurs  et  des  évêques,  et,  comme  il  avait 
des  doutes  et  des  craintes,  il  déclara  s'en  remettre 
d'avance  »  au  concile  général  ou  à  tout  autre  concile 
compétent  qui  pourrait  statuer  sur  la  question  ».  Il 
mourut  quelques  heures  plus  tard  (16  sept.  1380). 

Ordonnances  des  roix  de  France,  vi.  —  Isambert,  liée.  yén. 
des  anc.  luis  jranç.,  v.  —  Devic-Vaissele,  Hisl.  gén.  de  Lan- 
guedoc, IX.  —  E.  Lavisse,  Hist.  de  France,  iv-2,  J'aris,  1902, 
par  Petit-Dutaillis.  — -  Olivier-Martin,  L'assemblée  de  l'i/i- 


CHA  RJ.  RS  Vî  4r>'_> 

cennes  de  1329.  Paris,  litOT.  -  Lea,  Hist.  de  l'Inqiiis.  nii 
M.  A.,  I,  II.  —  (i.  Mollat,  Les  papes  d'Avignon,  9'  éd.,  Paris, 
1950.  —  Co\iIl<>.  L'Enrope  occidentale  de  1270  à 
II»  part.,  Paris,  1941,  coll.  filotz.  —  Pircnne,  La  fin  du 
Moyen  Age,  coll.  Halphen.  —  N.  Valois,  La  France  et  le 
Grand  Schisme  d'Occident,  .>  éd.,  Paris,  19.31.  —  Calmette, 
Charles  V,  Paris,  194.5. 

H.  Maisonneuve. 
CHARLES  VI,  roi  de  France  (1380-1422).  On 
étudiera  comme  ci-dessus  :  I.  La  politique  commune 
du  roi  et  du  pape.  II.  Les  conflits  de  juridiction.  III. 
L'affaire  du  Schisme. 

I.  La  politique  commune  du  roi  et  du  pape.  — 
Dans  les  premières  années  de  son  règne  (1380-92), 
Charles  VI  continue  la  politique  d'afiiance  avec  la  pa- 
pauté avignonnaise.  D'abord  en  Flandre  :  Charles  VI 
se  propose  non  seulement  de  mater  la  révolte  de  Phi- 
lippe Van  Artevelde,  mais  encore  d'amener  les  Fla- 
mands à  l'obédience  de  Clément  VII.  Il  le  signifie  ex- 
pressément aux  Gantois,  à  Courtrai,  en  déc.  1382. 
Mais  l'année  suivante  (23  févr.  1383),  le  parlement  de 
Westminster  dépêche  en  Flandre  l'évêque  de  Norwich, 
Henri  Despenser,  pour  maintenir  ce  pays  dans  l'orbite 
de  l'Angleterre  et  en  même  temps  dans  l'obédience 
d'Urbain  VI.  Louis  de  Maie  appelle  Charles  VI.  Les 
deux  armées  contiennent  prêtres  et  moines  d'obé- 
diences différentes,  autorisés  par  leurs  papes  à  porter 
les  armes.  Les  évêques  des  deux  partis  s'excommu- 
nient mutuellement.  Louis  de  Maie  meurt  le  30  janv. 
1384.  Son  gendre,  le  duc  de  Bourgogne,  fait  la  paix 
avec  les  Flamands,  ses  nouveaux  sujets,  à  Tournai,  le 
18  déc.  1385,  et  il  accorde  aux  Gantois  ce  qu'on  pour- 
rait appeler  la  liberté  de  conscience. 

De  son  côté.  Clément  VII  poursuit  la  réalisation  de 
son  rêve  italien  :  évincer  son  rival  Urbain  VI,  en  s'ap- 
puyant  sur  la  maison  de  France.  Il  donne  au  jeune 
Louis  II  d'Anjou  le  royaume  de  Naples  (21  mai  1385) 
et  le  couronne  à  Avignon;  il  promet  au  duc  d'Orléans 
une  partie  des  États  de  l'Église;  il  abandonne  à 
Charles  VI  qui  vient  le  visiter  à  Avignon,  en  nov.  1389, 
la  collation  de  sept  cent  cinquante  bénéfices;  il  invite 
même  le  roi  de  France  à  descendre  en  Italie  où  Ur- 
bain VI  vient  de  mourir.  Soudain  Richard  II  d'Angle- 
terre —  est-ce  pour  sauver  le  nouveau  pape  romain 
Boniface  IX?  —  sollicite  de  Charles  VI  une  entrevue 
pour  une  paix  définitive.  Les  négociations  traînent  en 
longueur;  les  ducs  de  Bourgogne  et  de  Berri,  mécon- 
tents d'avoir  été  évincés  du  Conseil,  se  rapprochent 
des  Anglais.  Sur  ces  entrefaites,  Charles  VI  devient  fou 
(août  1392). 

II.  Les  conflits  de  juridiction.  —  Comme  sous  le 
règne  précédent.  Parlement  et  ofiicialités  s'opposent  et 
la  juridiction  laïque  finit  par  s'imposer,  non  plus  seule- 
ment en  fait,  mais  en  droit.  Très  significatif  à  ce  sujet 
est  le  procès  qui  s'engage,  en  août  1384,  entre  le  duc  de 
Bourgogne  et  l'évêque  de  Chalon,  «  non  à  propos  d'une 
affaire  déterminée,  écrit  Olivier-Martin,  mais  sur  la 
question  de  compétence  en  matière  réelle  »  {L'assem- 
bléede  Vincennes  de  iJ29...,p.347).  Le  Parlement  argu- 
mente :  Deus  summus  collator  duo  brachia  videlicet  sa- 
cerdothim  et  imperium  et  duas  jurisdictiones  ad  invicem 
separalas,  distinclas  et  divisas  ab  ipso  Dec  coequaliter 
procedentes  quitus  principaliter  hic  mundus  regitur  de 
super  contulerit  et  ordinaverit...  On  pourrait  croire, 
n'était  le  coequaliter,  lire  une  décrétale  de  Boni- 
face  VIII  ou  d'Innocent  III.  Mais  précisément  ce  coe- 
qualiter justifie  l'autonomie  de  la  juridiction  tempo- 
relle :  nostraque  juridictio  temporalis  in  nullo  jurisdic- 
tioni  spirituali  subsit  cum  in  terris  superiorem  non  reco- 
gnoscamus...  On  mesure  tout  le  chemin  parcouru 
depuis  un  siècle  par  la  juridiction  laïque.  De  ce  prin- 
cipe découlent  toutes  les  conséquences,  à  savoir  que 
les  tribunaux  ecclésiastiques  ne  peuvent  connaître  que 
des  causes  spirituelles  relatives  aux  ordres  sacrés,  aux 


m 


453 


CHARLES  VI 


454 


clercs  célibataires,  au  mariage,  aux  délits  ecclésias- 
tiques, et  à  quelques  rares  actions  personnelles;  tout  le 
reste  est  usurpation.  L'évêque  proteste  au  nom  du 
droit  divin,  canonique  et  civil.  L'argumentation  est 
traditionnelle  :  Dieu  gouverne  le  monde  par  le  minis- 
tère des  anges,  puis  des  hommes,  prophètes  et  prêtres, 
pourvus  de  la  double  juridiction  spirituelle  et  tempo- 
relle. Le  Christ  a  exercé  l'une  et  l'autre;  il  a  transmis 
ses  pouvoirs  à  Pierre  et  aux  apôtres  et  à  leurs  succes- 
seurs, les  papes  et  les  évêques.  Ces  droits  fondamen- 
taux ont  été  reconnus  à  l'Église  par  Théodose,  Justi- 
nien,  Charlemagne.  Depuis  lors,  l'Église  de  Chalon  a 
toujours  vécu  dans  la  tranquille  possession  de  ses  pri- 
vilèges. S.  Louis  a  défendu  contre  la  ligue  des  seigneurs 
les  libertés  de  l'Église.  Philippe  le  Bel  les  a  approuvées, 
Phili])pe  de  Valois  les  a  confirmées.  Il  y  a  prescription. 
Mais  la  cause  était  perdue  d'avance.  L'évêque  de  Cha- 
lon fut  expressément  invité,  par  arrêt  du  9  sept.  1385, 
à  ne  plus  connaître  désormais  que  des  seules  causes 
spirituelles. 

Le  roi  est  le  patron  des  églises,  leur  défenseur,  leur 
champion  :  afjectantes  ecclesias  et  viros  ecclesiasticos 
regni  nostri,  quorum  promptus  defjensor  et  pugil  existere 
glnriamur  (Isamhert,  vi,  n.  83).  Aussi  veille-t-il,  au  nom 
même  de  la  liberté  que  Jésus-Christ  a  voulu  garantir  à 
son  Église,  à  la  correction  des  abus,  qui  sont  nombreux.  | 
Charles  VI  les  dénonce  :  1.  Des  cardinaux  de  Clé- 
ment VII  et  d'autres  clercs  s'adjugent  des  bénéfices 
uniquement  pour  en  percevoir  les  revenus.  Aussi  le  ser- 
vice divin  est  abandonné,  les  locaux  d'habitation  ne 
sont  pas  entretenus,  les  terres  sont  incultes;  en  outre, 
comme   ces   bénéficiers   demeurent   en   dehors   du  | 
royaume,  ils  «  diminuent  les  droits  du  roi  et  abolissent  ] 
les  études  dans  les  universités  ».  —  2.  pes  collecteurs  et  j 
sous-collecteurs  raflent,  à  la  mort  des  évêques  et  des  ; 
abbés,  leurs  biens  et  leurs  meubles,  de  telle  sorte  que 
leurs  successeurs  sont  réduits,  pour  vivre,  à  vendre 
les  reliques,  les  vases  sacrés,  les  ornements  d'église;  ils 
s'emparent  encore  des  revenus  du  bénéfice  pendant  la 
vacance,  «  au  préjudice  de  la  juridiction  temporelle  et 
des  droits  du  roi  »,  et  même  pendant  la  première  année 
de  collation.  —  3.  Des  clercs  «  soi-disans  nonces  du 
pape  »  ou  délégués  lèvent  de  tels  impôts  sur  le  clergé 
que  celui-ci  en  est  presque  réduit  à  la  mendicité  :  quod 
nisi  super  hec  nosira  regalis  majestas  provideret,  viri 
ecclesiastici  regni  nostri  quasi  vagabundi  in  penuria 
maxima  constitua,  circa  divinum  officium  vacare  nequi- 
rent,  ecclesiarum  edificia  ruinosa,  ac  cetera  hereditagia  \ 
inculta  remanerent.  Aussi  le  roi  ordonne-t-il  au  prévôt 
de  Paris  et  à  tous  les  baillis  et  sénéchaux  de  remédier  à 
ces  abus  suivant  les  directives  qu'il  leur  donne  le  ' 
6  oct.  1385.  Cette  ordonnance  est  enregistrée  au  Par- 
lement le  16  févr.  1386  d'après  Isambert;  les  Ordon- 
nances... disent  au  contraire  que  l'arrêt  du  Parlement 
est  du  16  févr.  1385  et  que  c'est  parce  qu'on  n'en  a  pas 
tenu  compte  que  le  roi  a  promulgué  l'ordonnance  du 
6  oct.  Quoi  qu'il  en  soit,  il  y  eut  certainement  des  né-  î 
gligences  et  des  résistances,  comme  en  témoignent  les 
ordonnances  du  20  sept.  1386  et  du  7  sept.  1394,  celle-  \ 
ci  avec  menace  de  peines  {Ordonnances  des  rois  de  j 
France,  vu,  133,  159,  673).  ! 

Pour  mieux  confiner  les  évêques  dans  l'exercice  de  , 
leur  juridiction  spirituelle,  le  Parlement  fait  sienne  la  j 
théorie  de  Jean  Lecoq,  avocat  du  roi,  qui,  plaidant  [ 
contre  l'évêque  de  Paris  à  propos  de  la  saisie  d'un  ! 
hérétique  par  les  agents  de  l'officialité,  établit  une 
distinction  entre  territoire  et  juridiction.  Suivant  les 
principes  du  droit  romain,  le  roi  a  juridiction  sur  tout 
le  territoire  et  il  ne  peut  rien  distraire  de  sa  souverai- 
neté; l'évêque,  lui.  n'a  pas  de  territoire,  »  car  il  ne  peut 
exécuter  lui-même  ses  sentences  »  :  autant  dire  qu'il 
n'exerce  qu'une  juridiction  spirituelle.  C'est  ce  que  le 
Parlement  rappelle  encore  en  1397.  L'official  d'Amiens 


ayant  déclaré  excommunié  quiconque  porterait  at- 
teinte à  la  juridiction  ecclésiastique,  le  Parlement  fait 
saisir  le  temporel  de  l'évêque.  Celui-ci  désavoue  son 
officiai  et  le  temporel  lui  est  rendu.  (On  trouvera 
d'autres  exemples  dans  l'ouvrage  cité  d'Olivier- 
Martin.)  Concluons  qu'à  la  fin  du  xiv^  s.  la  juridiction 
laïque  a  fait  des  progrès  immenses  et  que  «  déjà  s'éla- 
borent les  théories  politico-religieuses  que  généralisera 
bientôt  le  gallicanisme  »  (Olivier-Martin,  op.  cit., 
p.  389;  cf.  G.  Mollat,  Les  origines  du  gallicanisme  par- 
lementaire aux  XI et  XF«  s.,  dans  Reu.  d'hist.  eccL, 
XLiv,  1948,  p.  90-148). 

III.  L'affaire  du  Schisme.  —  Charles  VI,  autant 
que  sa  folie  le  lui  permit,  s'efforça  de  rebâtir  l'unité  de 
l'Église  :  en  fait,  il  agit  le  plus  souvent  sous  l'influence 
de  l'université  de  Paris  et  sans  doute  aussi  du  Parle- 
ment qui  voyait  peut-être  dans  cette  affaire  un  moyen 
de  soustraire  l'Église  gallicane  à  la  juridiction  ponti- 
ficale. 

1°  De  l'élection  de  Benoît  XIII  à  la  soustraction  d'obé- 
dience. —  En  1394,  la  campagne  d'Italie,  projetée  par 
Clément  VII  et  Charles  VI,  un  moment  contrariée  par 
l'intervention  anglaise,  est  toujours  l'objet  des  pré- 
occupations royales,  mais  elle  est  aussi,  en  France,  im- 
populaire. Le  clergé,  que  la  fiscalité  avignonnaise  ré- 
duit, on  l'a  vu,  à  la  mendicité  à  tel  point  que  le  roi  est 
obligé  d'intervenir,  se  détache  de  Clément  VII,  sans 
d'ailleurs  adhérer  à  Boniface  IX.  L'université  de  Pa- 
ris, surtout,  s'inquiète  de  la  prolongation  scandaleuse 
du  schisme  et  décide  d'intervenir.  En  janv.  1394,  les 
docteurs  organisent  une  sorte  de  référendum  d'oià  il 
ressort  que  la  solution  apparaît,  non  dans  la  «  voie  de 
fait  »  caressée  par  Charles  VI  et  Clément  VII,  mais 
dans  l'une  ou  l'autre  des  «  trois  voies  »,  dites  de  ces- 
sion, de  compromis  ou  du  concile.  Ils  réussissent,  après 
des  démarches  infructueuses  et  grâce  à  l'appui  du  duc 
de  Bourgogne,  à  obtenir  l'audience  du  roi  :  le  30  juin, 
ils  lui  remettent  un  mémoire  dans  lequel  ils  déclarent 
notamment  la  nécessité  d'en  finir  avec  le  schisme,  in- 
diquent les  moyens  de  solution  suivant  l'ordre  de  leurs 
préférences  (comme  ci-dessus),  et  estiment,  au  cas  où 
l'un  des  pontifes  rendrait  toute  solution  impossible, 
devoir  rompre  toute  relation  avec  lui.  Le  roi  les  écon- 
duit.  Les  choses  en  sont  là  quand  Clément  VII  vient  à 
mourir  subitement,  le  16  sept.  Alors  le  roi  se  rap- 
proche de  l'Université  et,  l'occasion  étant  belle,  invite 
les  cardinaux  avignonnais  à  surseoir  à  toute  élection. 
Le  Sacré  Collège  se  fût  peut-être  laissé  convaincre, 
mais  les  agissements  du  cardinal  d'Aragon,  Pierre  de 
Luna,  décident  ses  collègues  à  entrer  en  conclave,  dans 
l'intérêt  même  de  l'union.  Toutefois  chaque  cardinal 
prête  serment  de  faire  tout  son  possible,  au  cas  où  il 
serait  élu,  pour  ramener  l'Église  à  l'unité,  même  en 
abdiquant  le  pontificat.  Pierre  de  Luna  est  élu,  à  l'una- 
nimité moins  une  voix,  et  prend  le  nom  de  Benoît  XIII 
le  28  sept.  (art.  de  Baix  et  Jadin,  dans  D.  H.  G.  E., 
VIII,  135  sq.).  Comme  il  ne  se  désiste  point,  le  roi  réunit 
à  Paris,  au  commencement  de  févr.  1395,  une  assem- 
blée de  clercs  et  de  laïcs  éminents,  théologiens  et  ju- 
ristes, qui  décident  d'envoyer  au  pape  une  ambassade 
solennelle,  conduite  par  les  ducs  de  Berri,  de  Bour- 
gogne et  d'Orléans,  pour  l'inviter  à  la  «  cession  ».  Le 
pape  s'y  refuse,  mais  propose  une  quatrième  «  voie  », 
celle  de  la  discussion  avec  son  rival  de  Rome.  En  réali- 
té, c'est  une  fin  de  non-recevoir.  L'Université,  fu- 
rieuse, s'entête  pour  la  «  cession  »;  le  roi  s'efforce  d'y 
gagner  les  princes  étrangers,  il  échoue;  le  pape  s'efforce 
lui  aussi,  par  une  politique  insinuante  et  l'exercice  ju- 
dicieux de  sa  juridiction  gracieuse  :  dispenses  de  ma- 
riages (N.  Valois,  III,  8  sq.),  de  se  concilier  les  esprits. 
En  réalité  l'opposition  entre  le  roi  et  le  pape  se  fait 
chaque  jour  plus  grave.  En  août  1396,  Charles  VI 
réunit  à  Paris  une  deuxième  assemblée  sous  la  prési- 


CHARLES  VI 


456 


dence  de  Louis  d'Orléans.  Deux  partis  s'y  opposent  : 
l'un,  radical,  en  faveur  de  la  "  cession  »  immédiate; 
l'autre,  modéré,  pour  un  ajournement;  ce  dernier  l'em- 
porte, mais  de  justesse.  Charles  VI  réussit  à  gagner  à 
sa  cause  Henri  III  de  Castille  et  Richard  II  d'Angle- 
terre; celui-ci,  dans  l'espoir  d'épouser  Isabelle,  fille  du 
roi  de  France,  incline  à  suivre  la  politique  de  son 
futur  beau-père,  mais,  après  son  mariage  célébré  à 
Calais  le  4  nov.  1396,  il  se  montre  réticent  —  au  reste, 
le  clergé  anglais  est  hostile,  par  principe,  à  la  politique 
française.  Charles  VI  a  une  entrevue,  à  Reims,  en 
mars  1398,  avec  Wenceslas  de  Luxembourg,  mais  qui 
n'aboutit  à  rien;  il  échoue  auprès  de  Martin  d'Aragon. 
De  leur  côté,  Renoît  XIII  et  Roniface  IX  négocient 
pour  la  forme,  comme  s'ils  s'étaient  entendus  secrète- 
ment pour  se  partager  les  dépouilles  de  l'Église.  Alors, 
Charles  VI,  pressé  par  l'Université,  convoque  à  Paris, 
le  22  mai  1398,  une  troisième  assemblée,  considérable 
par  le  nombre  et  la  qualité  de  ses  membres;  après  des 
débats  contradictoires  et  des  scrutins  falsifiés  (N.  Va- 
lois, m,  148-88),  elle  décide  de  soustraire  la  France  à 
l'obédience  de  Renoît  XIII. 

2°  Effets  de  la  soustraction  d'obédience.  —  1.  Effets 
juridiques.  —  La  soustraction  d'obédience  fut  signi- 
fiée aux  Français  par  ordonnance  du  27  juill.  1398. 
En  voici  la  substance.  D'abord  un  historique  de  la 
question,  depuis  la  mort  de  Grégoire  XI.  Ensuite 
les  conséquences  canoniques  :  refus  de  toute  juridic- 
tion spirituelle  du  pape  :  ne  prefato  Benedicto,  ejusque 
sequacibus  ac  officiariis  et  audiloribus  seu  justitiariis 
quibuslibet  obedire  quomodolibet,  aut  contra  tenorem 
presencium  aliquid  attemptare  présumant,  si  penas 
graves  nostra  et  Ecclesiae  eis  auctoritate  infligendas 
cupiunt  non  subire;  et  de  toute  la  fiscalité  avignon- 
naise  :  volentes  inter  cetera,  quod  ab  inde  in  antea  ipsi 
Benedicto,  suisque  collectoribus  et  aliis  officiariis  qui- 
buscumque  suis,  eciam  complicibus,  fautoribus  et  sequa- 
cibus, ac  procuratoribus  eorumdem,  nullus  cujuscumque 
conditionis  fuerit,  de  redditibus,  proventibus  et  emolu- 
mentis  ecclesiasticis  quomodocumque  et  ex  quacumque 
causa,  solvere  et  respondere  présumât.  Quant  aux  béné- 
fices, ceux  qui  seraient  actuellement  aux  mains  des 
créatures  de  Renoît  XIII  doivent  leur  être  enlevés  et 
mis  en  commende,  jusqu'à  ce  qu'ils  soient  pourvus 
canoniquement;  ceux  qui  sont  vacants  doivent  être 
pourvus,  soit  par  élection,  soit  par  collation,  conformé- 
ment aux  anciens  usages,  et  dans  la  plus  grande  liberté 
sans  pressions  d'aucune  sorte.  Enfin  les  sanctions  :  dé- 
fense est  faite  aux  officiers  de  Renoît  XIII  de  faire 
aucun  acte  de  juridiction  ni  de  procéder  contre  les  su- 
jets du  roi,  et  ordre  spécial  est  donné  au  sénéchal  de 
Reaucaire  d'arrêter,  sans  toutefois  les  mettre  en  prison, 
les  porteurs  de  bulles  et  autres  lettres  pontificales 
(Isambert,  vi,  242  sq.;  Ordonnances,  viii,  258  sq.).  Le 
clergé  était  donc  afïranchi  des  collecteurs  pontificaux, 
mais  le  roi  lui  infligea  le  paiement  d'une  aide,  qui  lui 
fut  «  consentie  et  accordée  »  pour  trois  ans  aux  deux 
conditions  suivantes  :  «  pourveu  que  ce  feust  sanz  pré- 
judice des  libertez  et  franchises  des  églises  et  des  per- 
sonnes ecclésiastiques...  et  aussi  que  les  exécutions  qui 
seront  à  faire  pour  lesdiz  aydes  lever  sur  lesdictes  gens 
d'église,  soient  faictes  de  l'auctorité  de  l'église...  et  par 
personnes  d'église,  qui  à  ce  seront  nommées  par  cha- 
cun prélat  en  sa  diocèse  »  (2  août  1398;  Isambert,  vi, 
247,  248).  La  contribution  du  clergé,  écrit  N.  Valois 
(m,  187),  fut  «  exceptionnellement  large.  Le  clergé... 
accepta  de  i)ayer  au  roi  30  francs  d'or,  au  lieu  de  20, 
par  muid  de  sel  vendu  ou  distribué,  et  non  pas  le  hui- 
tième, mais  le  quart  du  prix  des  boissons  débitées  au 
détail  ».  Ce  ne  fut  pas  tout  :  l'année  suivante,  une  nou- 
velle assemblée  du  clergé,  qui  se  tint  à  Paris  du 
20  févr.  au  14  mars,  dut  consentir  un  subside,  puis  une 
décime  entière,  soit  le  vingtième  des  revenus,  qui  fut 


!  levé  en  deux  termes  par  des  gens  d'Église;  le  produit 
j  fut  centralisé  par  des  commissaires,  dont  l'évêque  de 
Paris,  qui  devaient  le  verser  à  la  Chambre  des  comptes. 
Ces  impositions  enrichirent  surtout  les  princes.  Elles 
ne  furent  pas  les  seules.  Si,  en  1401,  le  roi  n'osa  pas 
demander  au  clergé  le  renouvellement  des  aides  con- 
senties en  1398,  d'autres  à  sa  place  se  chargèrent  d'im- 
poser les  prélats  et  les  abbés,  sans  reculer  devant  la 
confiscation  du  temporel  des  évèques  récalcitrants.  Le 
clergé  était  donc  affranchi  de  toute  ingérence  pontifi- 
cale dans  la  collation  des  bénéfices,  mais  d'une  part  la 
cour  et  les  princes  proposent  leurs  candidats  :  le  duc  de 
Rourgogne,  notamment,  intervient,  et  avec  succès, 
dans  les  élections  aux  évêchés  d'Autun  et  de  Nevers,  et 
à  l'abbatiat  de  S. -Denis;  d'autre  part  surtout  l'Uni- 
versité réclame  des  bénéfices;  à  l'assemblée  de  1399 
qui  supprime  toutes  les  expectatives  de  Clément  VII 
et  de  Renoît  XIII,  elle  en  arrache  un  millier  et  exige 
que  les  électeurs  ou  collateurs  élisent  ou  nomment,  une 
fois  sur  deux,  un  de  ses  suppôts.  Charles  VI  confirme, 
le  7  mai  suivant,  les  décisions  de  l'assemblée  en  ce  qui 
concerne  les  expectatives,  et  menace  de  sanctions, 
dans  ses  lettres  du  20  mars  1400,  ceux  qui  refuseraient 
de  satisfaire  aux  désirs  de  l'Université. 

2.  Effets  politiques.  —  Le  1"  sept.  1398,  Tristan  du 
Ros  et  Robert  Cordelier,  maîtres  des  requêtes  et  com- 
missaires du  roi,  publient  à  Avignon  l'acte  de  sous- 
traction d'obédience  et  invitent  les  clercs,  même  étran- 
gers, à  quitter  la  Cour  pontificale.  Les  cardinaux  s'en- 
fuient à  Villeneuve,  en  France;  ils  adhèrent,  le  17  sept., 
à  la  soustraction  d'obédience,  et  ne  craignent  pas  de 
s'acoquiner  avec  Geoffroy  Roucicaut  et  ses  bandes  de 
j  routiers,  lesquels  entrent  dans  Avignon,  terrorisent  la 
I  population  et  assiègent  le  pape  dans  son  propre  châ- 
I  teau  (sept. -nov.).  Les  malheurs  de  Renoît  XIII 
j  retournent  l'opinion  en  sa  faveur.  Sur  l'intervention 
I  diplomatique  et  armée  —  encore  que  celle-ci  ait 
échoué,  janv.-mars  1399  —  de  Martin  d'Aragon, 
Charles  VI  consent  à  desserrer  le  blocus  du  palais  pon- 
tifical (avr.-mai  1399);  sur  la  demande  de  Renoît  XIII, 
il  consent  même  à  rappeler  ses  troupes  et  la  garde  du 
pape  est  confiée  au  duc  d'Orléans  (18  oct.  1400;  pour  le 
détail  des  négociations,  voir  N.  Valois,  m,  205  sq.). 
Quant  aux  autres  puissances,  elles  ne  suivent  guère,  ou 
même  pas  du  tout,  la  soustraction  d'obédience  :  la  di- 
plomatie de  Charles  VI  —  disons  plutôt  celle  des  ducs 
de  Rerri  et  de  Rourgogne  —  échoue  en  Navarre,  en  Sa- 
voie, en  Angleterre,  en  Écosse,  en  Italie,  à  Chypre,  en 
Allemagne;  elle  est  même  contrecarrée,  avec  timidité, 
puis  avec  assurance  par  les  universités  d'Orléans  (févr. 
1402),  de  Toulouse  (mars  1402),  d'Angers  (juill.  1402). 
L'université  même  de  Paris,  avec  Gerson  et  Nicolas  de 
démanges,  incline,  pour  des  motifs  qui  ne  sont  peut- 
être  d'ailleurs  pas  tous  désintéressés,  comme  on  l'a  dit 
ci-dessus,  vers  une  solution  d'apaisement.  Enfin  le  Sa- 
cré Collège  s'humilie  à  son  tour  devant  Renoît  XIII  et, 
malgré  les  rebuffades  du  pape,  implore  son  pardon 
(janv.-févr.  1403).  Alors  Charles  VI,  avec  l'avis  de  son 
conseil,  convoque,  par  lettres  patentes  du  28  févr.,  une 
nouvelle  et  solennelle  assemblée  du  clergé  et  de  la  no- 
blesse, pour  le  mois  de  mai  suivant,  mais  il  défend  en- 
core de  prêcher  contre  la  soustraction. 

3°  De  la  restitution  d'obédience  à  la  neutralité.  — 
Charles  VI,  considérant  les  résultats  négatifs  de  la 
soustraction  et  persuadé  que  le  pape  avait  enfin  accep- 
té la  voie  de  la  cession  :  attendentes  eciam  quod...  prefa- 
tus  summus  pontifex  viam  cessionis  ab  eo  requisitam  ac- 
ceplavit,  met  à  nouveau  le  royaume  sous  l'obédience 
de  Renoît  XIII  (30  mai  1403;  Ordonnances,  vin, 
593;  Isambert,  vu,  306).  Ce  même  jour,  grande  mani- 
festation à  Notre-Dame.  En  présence  du  roi  et  des 
princes,  l'évêque  de  Cambrai,  Pierre  d'AiUy,  annonce 
au  peuple  le  retour  d'obédience  et  donne  lecture  des 


457 


CHARLES  VI 


458 


promesses  de  cession  faites  par  Benoît  XIII.  Mais  les 
difTicultés  ne  tardèrent  pas  à  renaître.  D'abord  au  sujet 
des  bénéfices.  Benoît  XIII  refuse  de  reconnaître  la  va- 
lidité des  provisions  ecclésiastiques  faites  pendant  la 
soustraction  et  entend  même  conférer  ces  bénéfices  à 
ses  créatures;  de  plus,  il  envoie  des  collecteurs  qui 
lèvent  sur  les  clercs  des  impôts  «  excessifs  »,  à  peine  de 
censures,  et  osent  même  réclamer  les  arrérages  de  plu- 
sieurs années  de  vacants  et  autres  décimes.  Charles  VI 
proteste  et,  en  sa  qualité  de  «  gardien,  deffenseur  et 
protecteur  des  églises  »  du  royaume,  ordonne  le  main- 
tien dans  leurs  bénéfices  des  clercs  pourvus  pendant  la 
soustraction  et  le  refus  de  paiement  de  tous  arrérages 
des  taxes  pontificales  (29  déc.  1403;  Ordonnances,  m, 
622;  Isambert,  vu,  315).  Ces  ordonnances,  révoquées 
le  9  juin  1404  —  on  nageait  alors  en  pleine  euphorie  de 
part  et  d'autre,  N.  Valois,  m,  361  —  sont  remises  en 
vigueur  le  16  déc.  de  la  même  année  et  encore  le 
3  juin.  1406  (Isambert,  vu,  354).  Vers  le  même  temps, 
semble-t-il  (N.  Valois,  m,  442,  n.  4;  429),  les  taxes 
apostoliques  cessent  d'être  perçues;  elles  sont  abrogées 
par  arrêt  du  Parlement  (11  sept.  1406).  Cependant 
Benoît  XIII,  au  lieu  de  tenir  ses  promesses  de  cession, 
essayait  de  résoudre  le  schisme  par  la  «  voie  de  fait  ». 
Grâce  à  une  propagande  intense,  il  réussit  à  s'imposer  à 
presque  toute  l'Europe  occidentale,  notamment  à 
l'Italie.  En  1404,  le  rêve  italien  de  Clément  VII,  con- 
trarié par  l'intervention  anglaise  (voir  ci-dessus),  se 
réalise  en  partie.  De  nouveau  le  pape  et  le  roi  suivent 
une  politique  commune  où  l'impérialisme  de  la  papau- 
té «  clémentine  »  s'unit  à  l'impérialisme  de  la  maison  de 
France,  représentée  notamment  par  le  duc  d'Orléans, 
le  roi  de  Sicile,  le  maréchal  Boucicaut,  frère  de  Geof- 
froy. Mais  Benoît  XIII  ne  put  s'entendre,  ni  avec  Bo- 
niface  IX,  mort  en  oct.  1404,  ni  avec  Innocent  VII.  De 
son  côté,  Charles  VI  ne  voulut  pas,  malgré  les  invita- 
tions pressantes  de  Benoît  XIII  (15  août  1405),  en- 
voyer des  troupes;  il  empêcha  le  départ  du  duc  de 
Bourbon  et  rinter\'ention  du  roi  de  Sicile  (25  août 
1405).  Bientôt  la  maladie  et  la  guerre  civile  en  Toscane 
obligèrent  le  pape  à  se  retirer  à  Savone  (8  oct.  1405). 
La  marche  sur  Rome  s'achevait,  comme  dit  N.  Valois 
(m,  416),  «  dans  la  rivière  de  Gênes  ». 

L'affaire  des  bénéfices  d'une  part,  l'échec  de  la  cam- 
pagne italienne  d'autre  part  soulevèrent  à  ce  point 
contre  le  pape  le  clergé,  l'Université,  la  cour,  qu'il  fut  à 
nouveau  question  de  soustraction  d'obédience. 
Charles  VI  convoque  à  Paris,  pour  la  Toussaint  1406, 
une  nouvelle  assemblée  du  clergé,  au  moins  la  qua- 
trième de  son  règne.  Elle  se  prononce  pour  une  nou- 
velle soustraction  et  en  appelle,  pour  la  solution  du 
schisme,  au  futur  concile.  Une  autre  assemblée,  moins 
nombreuse,  se  tient  en  janv.  1407.  Elle  déclare  nulles 
les  provisions  ecclésiastiques  faites  par  Benoît  XIII  au 
mépris  des  clercs  qui  avaient  été  pourvus  pendant  la 
soustraction,  nulles  aussi  les  censures  qui  avaient  été 
portées  par  lui  ou  ses  officiers.  De  son  côté,  Charles  VI 
prépare  des  ordonnances,  le  18  févr.,  d'après  lesquelles 
les  bénéfices  seraient  de  nouveau  attribués,  conformé- 
ment aux  lois  canoniques,  sans  tenir  compte  des  grâces 
ou  expectatives,  et  les  officiers  du  pape  sont  invités  à 
ne  plus  lever  de  ta.xes  sur  le  clergé.  L'intervention  du 
duc  d'Orléans  en  fait  ajourner  la  publication.  C'est  que 
le  nouveau  pape,  Grégoire  XII,  se  dispose  à  négocier 
avec  Benoît  XIII  l'extinction  du  schisme.  .\ussitôt 
Charles  VI  décide  d'envoyer  aux  deux  papes  une  am- 
bassade solennelle  et  lui  donne,  par  lettres  patentes  du 
18  févr.,  des  instructions  précises  :  inviter  les  deux 
papes  à  la  cession  à  distance;  à  défaut,  leur  ménager 
une  entrevue;  en  cas  de  mauvaise  volonté  de  la  part  de 
Benoît  XIII,  le  roi  publiera  les  ordonnances  de  sous- 
traction. On  lira  dans  N.  Valois,  m,  502  sq.,  et  supra,  à 
l'art.  Benoit  XIII  qui  la  résume,  l'histoire  des  palino- 


dies pontificales.  En  France,  on  s'impatiente.  Le  duc 
d'Orléans,  le  temporisateur,  ayant  été  assassiné  le 
23  nov.,  le  parti  des  violents  s'impose  à  Charles  VI.  Le 
roi  décide,  le  12  janv.  1408,  que,  si  le  jour  de  l'Ascen- 
sion (24  mai),  il  y  a  encore  deux  papes,  il  gardera  la  neu- 
tralité (Ordonnances,  ix,  342;  Isambert,  vu,  404). 
L'ordonnance  produit  un  gros  elTet  en  Italie  où 
Benoît  XIII  se  voit  peu  à  peu  abandonné.  Informé 
aux  environs  de  Pâques,  celui-ci  envoie  le  18  avr.  au 
roi  de  France  une  lettre  affectueuse,  mais  il  y  joint  une 
bulle  du  19  mai  1407,  tenue  secrète,  par  laquelle  il 
excommuniait  quiconque  ferait  soustraction  d'obé- 
dience ou  se  permettrait  —  fût-il  roi  —  d'en  appeler 
des  décisions  du  pape.  La  double  missive  pontificale 
est  remise  à  Charles  VI,  le  14  mai,  avant  la  messe.  Ce 
fut  un  beau  tapage.  Aussitôt  sont  promulguées  les  or- 
donnances du  18  févr.  de  l'année  précédente.  Le 
21  mai,  devant  la  cour,  le  Parlement,  l'Université,  le 
peuple,  Pierre  de  Luna  est  déclaré  hérétique,  schisma- 
tique,  perturbateur  de  la  paix;  la  bulle  est  lacérée,  les 
partisans  ou  présumés  tels  de  l'ex-pontife  sont  empri- 
sonnés; le  22  mai,  Charles  VI  essaie  de  débaucher  les 
!  cardinaux  de  Grégoire  XII  et  les  invite  à  s'unir  à 
l'autre  collège;  le  25  mai,  il  fait  publier  «  à  son  de 
trompe  »  l'ordonnance  de  neutralité;  le  5  juin,  il  défend 
de  tenir  compte  des  bulles  de  Pierre  de  Luna,  consécu- 
tives au  19  mai  1407;  il  veut  que  celles  qui  pourraient 
être  présentées  soient  déchirées  et  que  leurs  porteurs 
soient  saisis  et  punis  «  tèlement  que  ce  soit  exemple  à 
tous  autres  »  (Ordonnances,  ix,  342,  346).  Enfin,  une 
cinquième  ou  sixième  assemblée  du  clergé  se  tint  à 
Paris,  à  la  fin  de  l'année  1408.  Elle  décida  notamment 
la  périodicité  de  conciles  provinciaux,  l'attribution  des 
bénéfices,  comme  au  temps  de  la  première  soustrac- 
tion, avec  toutefois  quelques  réserves  :  création  d'une 
commission  suprême  de  contrôle,  interdiction  des 
recommandations,  défense  de  dépasser  un  taux  déter- 
miné de  revenus  suivant  la  qualité  des  bénéfices.  En 
même  temps,  le  roi  réclame,  avec  une  insistance  qui  en 
dit  long,  la  moitié  ou  le  quart  du  dixième  des  bénéfices 
ecclésiastiques,  destinés  à  couvrir  les  frais  de  l'union  de 
l'Église  (5  mars,  3  avr.,  26  oct.,  1",  7,  12  déc;  Ordon- 
nances, IX,  217,  309,  373,  396,  397,  399). 

4°  De  la  neutralité  à  l'élection  de  Martin  V.  — 
Charles  VI  s'intéresse  à  l'initiative  des  cardinaux  et 
invite  même  très  expressément,  par  lettres  des  2  et 
8  janv.  1409,  les  délégués  du  clergé  à  se  rendre  à  Pise 
pour  le  25  mars,  et  les  autres  membres  du  clergé  à 
payer  les  frais  de  voyage.  Il  reconnaît  Alexandre  V, 
mais  il  défend  aux  Frères  Mineurs  d'user  des  privilèges 
—  l'Université  et  les  autres  ordres  étant  jaloux  —  que 
ce  pape  leur  a  octroyés  (26  févr.  1410).  Il  défend  encore 
aux  représentants  du  pape  d'inquiéter  les  possesseurs 
de  bénéfices  ecclésiastiques  pourvus  pendant  la  pé- 
riode de  neutralité  (17  avr.  1410).  Il  entretient  avec 
Jean  XXIII  des  relations  excellentes  :  tandis  que  le 
pape  impose,  sous  des  noms  divers,  les  anciennes  taxes 
apostoliques  et  continue  de  pourvoir  aux  bénéfices,  il 
reçoit  l'autorisation  de  lever  lui-même  des  aides  pour 
une  période  de  trois  ans  (11  juin  1410),  et  il  finit  par 
imposer  à  l'assemblée  de  1412,  sous  divers  prétextes, 
des  subsides  qui  seront  perçus  rigoureusement  (4  févr.- 
8  avr.  1412).  Le  concile  de  Rome,  de  1412,  n'a  d'autre 
résultat  que  de  resserrer  l'alliance  de  Charles  VI  et  de 
Jean  XXIII.  Les  ambassadeurs  du  roi  demandent  au 
pape  (discours  de  Jean  de  Montreuil,  janv.-févr.  1413) 
le  droit  permanent  de  provision  à  une  partie  des  béné- 
fices. Le  pape,  craignant  le  retour  des  «  libertés  de 
l'Église  »,  envoie  un  légat,  le  cardinal  Adimari,  qui 
!  remet  à  la  disposition  de  la  cour  et  de  l'Université,  le 
;  16  avr.  1414,  le  droit  de  provision  pour  cinq  cent  trente 
bénéfices. 

I      L'alliance  de  Charles  VI  et  de  Jean  XXIII  est  de 


459 


CHARLES  VI  —  CHARLES  VII 


460 


courte  durée.  Le  roi  est  absorbé  par  la  rivalité  des  par- 
tis et  par  la  guerre  anglaise;  son  rôle,  jusqu'ici  prépon- 
dérant dans  l'atlaire  du  Schisme,  passe  à  l'empereur. 
Quant  au  pape,  il  est  déconsidéré,  poursuivi  dans  ses 
retraites  successives,  menacé,  contraint  d'abdiquer. 
Cependant  Charles  VI  convoque  à  Paris,  le  1"  oct. 
1414,  une  assemblée  du  clergé,  qui  envoie  une  déléga- 
tion au  concile  de  Constance  (sur  l'importance  et  le  rôle 
de  cette  délégation,  voir  N.  Valois,  m,  256  sq.).  La 
cour  de  France  hésite  à  reconnaître  Martin  V.  On 
craint,  notamment,  pour  les  «  libertés  de  l'Église  galli- 
cane »  (ordonnance  de  mars  1418,  que  la  révolution 
bourguignonne  fait  annuler  le  9  sept.  1418,  et  que  le 
Parlement  doit  enregistrer  le  31  mars  1419).  L'année 
suivante,  Charles  VI  est  déchu  (traité  de  Troyes, 
21  mai  1420).  Il  meurt  le  21  oct.  1422. 

Ordonnances  des  rois  de  France,  vii-xii.  —  Isambert, 
Rec.  gén.  des  anc.  lois  franç.,  vi,  vu.  —  N.  Valois,  La  France 
et  le  Grand  Schisme  d'Occident,  ii,  m,  iv.  —  Calmette- 
Deprez,  L'Europe  occidentale  de  la  fin  du  XI V  s.  aux  guerres 
d'Italie,  Paris,  1937,  coll.  Glotz,  vu.  —  Halphen,  La  fin  du 
Moyen  Age,  Paris,  1931,  coll.  Halphen,  vu. 

H.  Maisonneuve. 

CHARLES  VII,  roi  de  France  (1422-61).  Le  souci 
constant  du  roi  fut  de  maintenir,  voire  de  renforcer,  les 
libertés  de  l'Église  gallicane,  sans  toutefois  rejeter  la 
juridiction  pontificale.  On  étudiera  :  I.  Le  maintien  des 
libertés  de  l'Église  gallicane.  II.  La  Pragmatique 
Sanction.  III.  Les  projets  de  concordat. 

I.  Le  maintien  des  libertés  de  l'Église  galli- 
cane.—  Le  dauphin  et  le  Parlement  s'accordèrent  à  pro- 
clamer une  fois  de  plus,  en  nov.  1417,  ces  fameuses  li- 
bertés (cf.  ordonnance  du  27  juill.  1398,  précédemment 
commentée).  Or,  dans  le  même  temps,  l'Université,  qui 
convoitait  des  bénéfices,  avait  présenté  au  pape  un 
«  rôle  »  que  celui-ci  avait  approuvé;  d'où  conflit  entre 
dauphin  et  Parlement  d'une  part,  Université  de  l'autre. 
Le  dauphin  fit  emprisonner  le  recteur;  l'Université  se 
soumit.  L'année  suivante,  en  mars,  le  Conseil  prépara 
des  ordonnances  aux  termes  desquelles  la  reconnais- 
sance de  Martin  V  était  pratiquement  conditionnée  par 
la  reconnaissance  des  «  libertés  »  par  le  nouveau  pape. 
L'arrivée  de  l'archevêque  de  Tours,  Jacques  Gelu,  qui 
revenait  de  Constance,  procura  toutefois  une  détente  : 
il  témoigna  des  excellentes  et  bienveillantes  disposi- 
tions de  Martin  V  envers  la  France;  de  son  côté,  le 
Conseil  craignit  qu'un  excès  d'intransigeance  ne  jetât 
le  pape  dans  le  parti  de  Sigismond;  Martin  V  fut 
reconnu,  mais  «  très  simplement  ».  Néanmoins  les  or- 
donnances de  mars  furent  publiées  et  enregistrées  le 
13  avr.  (Isambert,  viii,  653);  une  autre,  du  12  mai,  dé- 
fendit de  transporter  hors  du  royaume,  sans  autorisa- 
tion, de  l'argent,  des  bijoux,  des  objets  précieux,  sous 
prétexte  de  procurations,  d'annates  ou  de  vacants. 
Cependant  Martin  V  conclut  avec  la  ■>  nation  »  fran- 
çaise, représentée  à  (Constance,  une  convention  d'après 
laquelle  il  renonçait  à  certains  impôts  ou  en  condition- 
nait la  levée  au  consentement  des  prélats;  il  renonçait 
encore  à  certaines  provisions  de  bénéfices  majeurs  et 
mineurs,  aux  abus  de  la  commende.  Cette  convention 
ne  pouvait  satisfaire,  pour  conciliante  qu'elle  fût,  l'in- 
transigeance du  dauphin,  du  conseil  et  du  Parlement. 

Les  choses  en  étaient  là  quand  la  révolution  bour- 
guignonne éclata.  Elle  eut  pour  effet  l'annulation  des 
ordonnances  de  mars,  le  9  sept.,  et  la  soumission  totale 
à  Martin  V  de  cette  partie  de  la  France  qui  obéissait  au 
duc  de  Bourgogne.  De  son  côté,  le  dauphin  envoya  une 
ambassade  au  pape  et  se  déclara  prêt,  aux  États  de 
Clermont,  en  1421,  à  reconnaître  la  convention  passée 
entre  le  pape  et  la  «  nation  »  française,  lorsque,  brus- 
quement, en  automne  1422,  et  non  le  8  févr.  1423 
comme  le  déclarent  les  Ordoimances,  xiii,  22  (Isam- 
bert, viii,  10;  cf.  N.  Valois,  Hist.  de  la  Pragmatique 


Sanction...,  p.  xiv),  il  rappela  la  nécessité  de  maintenir 
les  «  libertés  »  et  ordonna  de  punir  les  «  infracteurs  de 
constitutions  et  ordonnances  royaux,  sans  aucune  dis- 
simulation, et  tellement  que  ce  soit  exemple  à  tous 
autres  ».  Au  concile  de  Sienne,  la  «  nation  »  française 
réclama  de  nouveau  ses  «  libertés  »,  mais,  après  la  dis- 
solution du  concile  (7  mars  1424),  Charles  VII  entra  en 
négociations  avec  Martin  V  :  lettres  du  10  févr.  1425, 
où  il  demanda  au  pape  d'autoriser  les  «  libertés  ».  Mar- 
tin V  répondit  par  bulles  du  21  août  1426.  Entre  autres 
choses,  il  anrmlait  toutes  les  censures  encourues  par  les 
partisans  du  roi  pour  défaut  de  résidence  dans  leurs  bé- 
néfices situés  en  pays  occupé  par  les  Anglais;  il  confir- 
mait dans  leurs  bénéfices  vingt-cinq  clercs  nommés 
par  les  collateurs  ordinaires;  il  autorisait  le  roi  à  pour- 
voir, à  certaines  conditions,  à  trois  cents  bénéfices;  il 
réduisait  le  nombre  des  réserves  pontificales  (N.  Va- 
lois, op.  cit.,  n.  22,  23,  24).  Les  bulles  furent  enregis- 
trées, non  sans  résistance  (lettres  du  24  nov.,  enregis- 
trées au  Parlement  le  23  janv.  1427).  Malgré  certaines 
difficultés  d'interprétation,  l'accord  réalisé  entre  le 
pape  et  le  roi  ne  laissait  pas  de  donner  satisfaction  à 
l'un  et  à  l'autre.  Il  dura  jusqu'à  la  mort  du  pape 
(20  févr.  1431). 

II.  La  Pragmatique  Sanction.  —  Charles  VII  es- 
saya d'obtenir  davantage  d'Eugène  IV.  Il  lui  envoya 
une  ambassade  dont  on  ne  sut  jamais  au  juste  quel  fut 
le  résultat  (N.  Valois,  op.  cit.,  p.  lxi  sq.).  Il  décida,  le 
10  mars  1432,  que  nul  ne  pourrait  obtenir  un  bénéfice 
qu'à  la  condition  d'être  né  Français,  afin  d'obliger  le 
pape  à  ne  nommer  aux  bénéfices  que  des  sujets  et  des 
amis  du  roi,  à  peine  de  saisie  des  bulles,  du  temporel  et 
des  bénéfices  des  clercs  indésirables  (Ordonnances, 
XIII,  177;  Isambert,  viii,  64).  Il  essaya  aussi  de  remplir 
entre  le  concile  de  Bàle  et  Eugène  IV  une  mission  mé- 
diatrice qui  lui  permît  de  sauvegarder  les  libertés  de 
l'Église  gallicane  tout  en  maintenant  l'amitié  tradi- 
tionnelle des  rois  de  France  avec  la  papauté.  C'est  dans 
cette  perspective  qu'il  faut  situer,  pour  la  bien  com- 
prendre, l'assemblée  de  Bourges  de  1438.  Elle  comprit, 
outre  le  roi,  le  dauphin  et  quelques  seigneurs,  quatre 
archevêques,  vingt-cinq  évêques,  des  abbés,  des  repré- 
sentants des  chapitres  et  universités,  même  de  celle  de 
Paris  —  la  capitale  avait  été  conquise  l'année  précé- 
dente, —  des  délégués  d'Eugène  IV  et  du  concile  de 
Bâle.  Comme  au  temps  du  Grand  Schisme,  le  roi  de 
France  —  tel  était  le  vœu  du  clergé  —  était  qualifié 
pour  rétablir  l'union  de  l'Église.  L'assemblée  désigna 
une  commission  de  dix  membres  qui  examina  les  dé- 
crets réformateurs  de  Bâle,  les  soumit  à  l'assemblée 
pour  discussion,  et  finalement  rédigea  les  vingt-trois 
titres  de  la  Pragmatique  Sanction. 

Ce  document  se  compose  d'un  préambule  dont  voici 
les  idées  essentielles.  Les  rois  tiennent  leur  pouvoir  de 
Dieu  «  pour  protéger  et  défendre  la  Ste  Église...  et  pour 
faire  observer  dans  toute  leur  sincérité  et  garder  dans 
toute  leur  intégrité  les  très  salutaires  décrets  inspirés 
par  l'Esprit  de  Dieu  et  promulgués  par  les  saints  et  les 
anciens  Pères...  ».  Les  conciles  de  Constance,  Sienne, 
Bâle  ont  précisément  pour  objet  «  de  réformer  l'état 
ecclésiastique,  tant  dans  son  chef  que  dans  ses 
membres,  réforme  qui  s'impose  à  l'heure  actuelle...  • 
La  cause  de  tous  les  maux  «  est  dans  ces  réserves  de 
prélatures,  de  dignités  et  autres  bénéfices  ecclésias- 
tiques, dans  la  multiplication  de  ces  grâces  expecta- 
tives qui  constituent  un  droit  vraiment  exorbitant  à 
des  bénéfices  qui  ne  sont  pas  encore  vacants...  »;  elle 
est  encore  dans  le  choix  des  ministres,  indignes,  incon- 
nus.ou  étrangers,  qui  souvent  manquent  à  la  résidence. 
D'où  les  effets  :  désirs  de  la  mort  du  prochain,  litiges, 
disputes,  rixes,  rancunes,  haines,  ambition,  oppres- 
sions, calomnies,  chicanes,  vexations,  simonie,  etc. 
«  De  là  une  grande  perturbation  dans  l'ordre  hiérar- 


401 


CHARLES  VII 


462 


chique  de  l'Église,  une  suite  d'attentats  contre  le  droit 
divin  et  humain,  et  d'oppressions  qui  tournent  à  la 
ruine  des  âmes...  »,  enfin  un  appauvrissement  général, 
au  spirituel  et  au  temporel,  de  l'Église  et  du  Royaume 
de  France.  —  En  conséquence,  l'assemblée  de  Bourges 
adopte,  en  les  modifiant  quelque  peu,  les  décrets  réfor- 
mateurs du  concile  de  Bâle. 

Suivent  les  titres  dont  voici  la  très  succincte  ana- 
lyse. I.  L'autorité  et  le  pouvoir  des  conciles  généraux, 
d'après  les  sessions  v  et  xxxix  du  concile  de  Constance 
et  I  du  concile  de  Bâle  :  affirmation  de  la  nécessité  pé- 
riodique des  conciles  et,  d'après  la  session  xi  du  concile 
de  Bâle,  de  la  supériorité  du  concile  sur  le  pape.  — 
a.  Les  élections,  d'après  les  sessions  xii  et  xxiii  du 
concile  de  Bâle  :  leurs  nécessité,  solennités,  conditions, 
confirmation;  la  Pragmatique  «  ne  croit  pas  répréhen- 
sible  si  le  roi  et  les  princes,  en  s'abstenant  de  menaces 
et  de  violences,  se  ser\'ent  parfois  de  prières  bienveil- 
lantes et  douces,  au  profit  de  personnes  de  mérite,  zé- 
lées pour  le  bien  de  l'État...  ».  —  m.  L'abolition  de 
toutes  les  réserves  passées  ou  à  venir  :  il  n'y  a  d'excep- 
tion que  pour  les  réserves  expressément  désignées  dans 
le  corps  du  droit,  et  celles  exercées  par  les  papes  sur  le 
territoire  de  l'Église  romaine.  —  iv.  Les  collations, 
d'après  la  session  xxxi  du  concile  de  Bâle  :  suppression 
des  expectatives;  réglementation  des  collations  béné- 
ficiales,  capitulaires  et  paroissiales,  en  faveur  des  gra- 
dués des  universités;  vœu  de  l'assemblée  de  Bourges 
en  faveur  du  droit  de  patronage  et  du  maintien  du 
droit  de  collation  à  tous  les  bénéfices,  quels  qu'ils 
soient,  au  pape  régnant,  c.-à-d.  à  Eugène  IV,  mais  à 
lui  seul.  «  Une  telle  conclusion,  dit  le  texte  de  la  Prag- 
matique, est  personnelle  au  pape  régnant,  qui  ne  pour- 
ra en  user  au  préjudice  des  libertés  et  droits  de  l'Église 
gallicane.  Elle  ne  passera  point  à  ses  successeurs.  »  — 
v.  Les  causes,  d'après  la  session  xxxi  du  concile  de 
Bâle  :  les  causes  de  toutes  sortes,  sauf  les  causes  ma- 
jeures (celles  des  cardinaux  et  autres  officiers  de  la 
Curie  romaine,  celles  des  provinces  situées  à  moins  de 
quatre  journées  de  Rome),  doivent  se  traiter  sur  les 
lieux  mêmes;  les  appels  doivent  être  interjetés  au 
supérieur  immédiat,  ensuite  seulement  au  Souverain 
pontife;  l'assemblée  insiste  encore  davantage  sur  le 
rétablissement  des  juridictions  des  ofïicialités.  —  vi. 
Les  appels  frivoles,  d'après  la  session  xx  du  concile  de 
Bâle.  —  VII.  Les  possesseurs  pacifiques,  d'après  la  ses- 
sion XXI  du  concile  de  Bâle  :  il  appartient  à  l'Ordinaire 
seul,  non  aux  tribunaux  de  rechercher  les  possesseurs 
de  bénéfices  sans  titre  canonique,  mais  de  bonne  foi,  et 
de  régulariser  leur  situation.  —  viii.  Nombre  et  quali- 
tés des  cardinaux,  d'après  la  session  xxii  du  concile  de 
Bâle  :  ce  nombre  ne  dépassera  24  que  de  très  peu  et  ra- 
rement; les  cardinaux  doivent  être  pris  dans  tous  les 
pays  chrétiens,  très  rarement  parmi  les  princes,  jamais 
dans  la  famille  du  pape  ou  d'un  cardinal;  ils  doivent 
être  gradués.  —  ix.  Les  annates,  d'après  la  session  xxi 
du  concile  de  Bâle  :  suppression  pure  et  simple;  l'as- 
semblée de  Bourges  fait  à  ce  sujet  quelques  remarques, 
notamment  pour  le  maintien  des  annates  à  Eugène  IV 
«  comme  don  gratuit  et  non  autrement,  sans  préjudice 
des  libertés  de  l'Église  de  France,  et  seulement  la  vie 
durant  du  pape  actuel  ».  —  x.  La  récitation  de  l'office 
divin,  d'après  la  session  xxi  du  concile  de  Bâle  :  «  sans 
préjudice,  ajoute  l'assemblée  de  Bourges,  des  louables 
coutumes,  statuts  et  observances  spéciales  de  chaque 
Église  du  royaume  et  du  Dauphiné  ».  —  xi.  Le  temps 
de  présence  au  chœur,  d'après  la  session  xxi.  —  xii. 
Comment  les  heures  canoniales  doivent  être  dites  hors 
du  chœur,  d'après  la  session  xxi  :  «  non  de  bouche,  en 
balbutiant  entre  leurs  dents,  en  retranchant  des  syl- 
labes, ou  en  y  entremêlant  des  rires  et  des  conversa- 
tions, mais  avec  révérence,  en  prononçant  distincte- 
ment chaque  parole  et  dans  un  lieu  convenable  pour  la 


dévotion  —  xiii.  Les  promenades  dans  l'église  pen- 
dant le  temps  des  offices,  d'après  la  session  xxi.  — 
xiv.  Le  tableau  apposé  au  chœur,  d'après  la  session 
XXI.  —  XV.  Les  abus  de  la  messe,  d'après  la  session 
XXI.  —  XVI.  L'absence  à  l'office  divin,  d'après  la  ses- 
sion XXI.  —  XVII.  La  tenue  d'un  chapitre  pendant  la 
messe,  d'après  la  session  xxi.  —  xviii.  Les  spectacles 
dans  l'église,  d'après  la  session  xxi  :  abolition  de  tous 
usages  concernant  les  fêtes  et  représentations  données 
dans  les  églises  ou  cimetières;  les  Ordinaires  et  les  curés 
devront,  sous  peine  de  privation  des  fruits  de  leurs  bé- 
néfices pendant  trois  mois,  punir  les  transgresseurs  de 
censures  ou  autres  peines.  —  xix.  Les  concubinaires, 
d'après  la  session  xx  :  recherche  et  poursuite  des  clercs 
vivant  en  état  de  concubinage  public  ou  notoire,  et 
sanctions  canoniques.  —  xx.  Les  excommuniés  non 
vitandi,  d'après  la  session  xx  :  adoucissement  de  la 
discipline;  «  il  n'y  a  plus  obligation  de  s'abstenir  de 
communiquer  »  avec  eux.  —  xxi.  La  réglementation 
de  l'interdit,  d'après  la  session  xx.  —  xxii.  Suppres- 
sion de  la  clémentine  du  1.  Il,  tit.  vu,  c.  un.,  in  Clem., 
d'après  la  session  xxiii.  —  xxiii.  Conclusions.  —  En 
résumé,  la  Pragmatique  Sanction  présente  un  carac- 
tère théologique,  dans  la  ligne  des  conciles  de  Cons- 
tance et  de  Bâle;  et  un  caractère  disciplinaire,  tradi- 
tionnel en  ce  qu'elle  remet  en  honneur  les  ordonnances 
de  1418,  et  nouveau  en  ce  que  l'intervention  du  prince 
dans  la  collation  des  bénéfices,  qui  était  un  fait,  s'est 
transformée  en  droit. 

Le  roi,  considérant  les  vœux  de  l'assemblée  de 
Bourges,  promulgua  la  Pragmatique  Sanction.  Don- 
née à  Bourges  le  7  juill.  1438,  elle  fut  enregistrée  au 
parlement  de  Paris  le  23  juill.  1439  (cf.  Ordonnances, 
xiii,  267-91;  Isambert,  ix,  110;  texte  français,  dans 
Duballet,  Cours  complet  de  droit  canonique,  i,  Paris, 
1896,  p.  1  à  50*). 

Charles  VII  usa,  sans  discernement,  avec  caprice,  du 
droit  que  lui  donnait  la  Pragmatique  :  ses  candidats  ne 
furent  pas  toujours  des  plus  idoines,  ni  ses  recomman- 
dations des  plus  élégantes.  Il  en  abusa,  en  se  réservant 
la  collation  de  plus  de  six  cents  bénéfices  et  en  ressus- 
citant à  son  profit  les  expectatives  pontificales.  Enfin, 
il  laissa  le  pape,  qui  bien  entendu  ne  reconnaissait  pas 
la  Pragmatique,  pourvoir  aux  bénéfices  ecclésias- 
tiques, ce  qui  ne  laissait  pas  de  créer  des  situations 
confuses  et  pénibles  ;  il  lui  recommanda  même,  quelque- 
fois, suivant  ses  intérêts,  ses  propres  candidats.  Voir  les 
nombreux  exemples  donnés  par  N.  Valois  (op.  cit., 
p.  xcii  sq.).  De  là  une  opposition,  pas  toujours  des 
plus  désintéressées  d'ailleurs,  à  la  Pragmatique,  et  par 
conséquent  un  désir  plus  ou  moins  marqué  de  retour  en 
arrière.  L'université  de  Paris  avait,  certes,  des  ten- 
dances gallicanes,  mais  elle  avait  aussi  des  ambitions. 
C'était  ordinairement  à  ses  maîtres  et  à  ses  suppôts  que 
les  papes  conféraient  les  bénéfices.  Or,  de  même  qu'au 
temps  de  la  soustraction  d'obédience,  sous  le  régime  de 
la  Pragmatique  l'Université  se  vit  négligée.  D'où  ses 
doléances  (25  déc.  1438;  25  oct.  et  16  nov.  1441; 
22  déc.  1445  :  lettre  au  roi  pour  le  retour  à  l'ancien 
régime,  c.-à-d.  au  régime  des  collations  pontificales;  de 
même  le  12  févr.  1446)  et  ses  tractations  avec  Nico- 
las V  (25  oct.  1447). 

III.  Les  projets  de  concordat.  —  De  1438  à  la  fin 
du  règne,  le  roi  et  le  pape,  sans  rompre  jamais  leurs 
relations,  s'efforcèrent,  l'un  de  maintenir  tant  bien  que 
mal  sa  Pragmatique,  l'autre  d'amener  le  roi,  par  une 
politique  de  négociations  astucieuses  et  persévérantes, 
à  supprimer  cette  Pragmatique.  Mais,  comme  le  Sou- 
verain pontife  se  rendait  compte  que  les  beaux  temps 
de  la  papauté  avignonnaise  étaient  révolus,  il  se  rési- 
gna à  composer  avec  le  roi  en  lui  i)roposant  un 
concordat. 

Dans  une  première  période  décennale  (1440-50), 


463 


CHARLES  VII 


—  CHARLES  VIII 


464 


Charles  VII  connut  d'abord  la  tentation  du  schisme. 
A  une  deuxième  assemblée  de  Bourges  (août  1440), 
Thomas  de  Courcelles,  délégué  du  concile  de  Bàle, 
plaida  en  faveur  de  Félix  V.  Son  discours,  dit-on, 
(1  plut  beaucoup  au  roi  ».  Néanmoins  Charles  VII  se 
prononça  pour  Eugène  IV.  Mais  l'assemblée  refusa  aux 
représentants  du  pape  d'apporter  à  la  Pragmatique  la 
moindre  correction.  Elle  voulut  bien  seulement  recon- 
naître au  futur  concile  général  le  droit  de  lui  apporter 
quelque  tempérament  (2  sept.  1440;  Ordonnances, 
XIII,  319-22).  Nouvelle  tentative  d'Eugène  IV,  avec 
Antoine  de  Bourras,  secrétaire  du  duc  de  Bourgogne  et 
chanoine  de  Chalon,  auprès  de  l'université  de  Paris. 
Audience  de  l'Université  le  2  sept.  1441.  Mais  les 
outrances  de  langage  du  délégué  firent  échouer  sa  mis- 
sion. Loin  de  se  décourager,  Eugène  IV  envoya  l'an- 
née suivante  l'évêque  de  Brescia,  Pierre  dal  Monte,  qui 
parvint  à  rejoindre  le  roi,  d'abord  à  Montauban 
(23  déc.  1442),  puis  à  Poitiers  (juin  1443).  Il  chercha, 
avec  beaucoup  de  finesse,  en  se  glissant  dans  ses 
bonnes  grâces,  à  obtenir  l'abrogation  de  la  Pragma- 
tique. Il  parut  y  réussir.  Produisant  alors  son  projet 
concordataire,  il  représenta  au  roi  les  concessions  du 
pape  :  suppressions  de  beaucoup  de  réserves,  de  toutes 
les  expectatives,  restrictions  des  appels  en  Cour  de 
Rome,  collation  aux  bénéfices  non  électifs  alternative- 
ment avec  les  collateurs  ordinaires,  respect  des  élec- 
tions, avantages  accordés  aux  suppôts  de  l'Université; 
mais  sur  la  question,  très  irritante,  des  taxes  pontifi- 
cales, les  termes  du  concordat  manquaient  de  préci- 
sion. Charles  VII  fit  étudier  le  projet  concordataire  par 
une  commission,  puis  il  le  soumit  à  une  autre  assem- 
blée de  Bourges  qui  se  réunit  en  sept.  1444.  Elle  se 
montra  assez  réticente,  diminuant  la  liste  des  béné- 
fices réservés  au  pape,  exigeant  encore  davantage  pour 
les  suppôts  de  l'Université  (décision  du  28  sept.).  Rien, 
cependant,  n'était  encore  perdu;  d'ailleurs,  le  roi 
n'avait  pas  assisté,  ni  à  fortiori  n'avait  pu  donner  sa 
sanction  aux  délibérations  de  l'assemblée.  Il  en  prit 
connaissance  à  Nancy.  Elles  furent  de  nouveau  sou- 
mises à  une  assemblée  ecclésiastique;  cette  assemblée 
fut  encore  plus  sévère  que  celle  de  Bourges.  Elle  exigea 
une  réduction  très  sensible  des  taxes  pontificales;  le 
représentant  d'Eugène  IV,  sans  doute  le  dominicain 
Thomas  Tomasini,  évêque  de  Feltre  et  Bellune,  s'y 
refusa.  Les  pourparlers  cessèrent. 

Ils  reprirent  néanmoins  dès  1445  ;  Eugène  IV  envoya 
l'archevêque  de  Lyon,  puis  l'archevêque  d'Aix,  Robert 
Roger;  après  la  mort  de  Robert  Roger,  Nicolas  V  dé- 
puta le  doyen  de  Tolède,  Alphonse  de  Segura  (janv. 
1448),  lequel  accorda  au  roi  et  à  sa  maîtresse,  Agnès 
Sorel,  des  faveurs  spirituelles,  cependant  qu'il  lui  pré- 
sentait un  nouveau  projet  de  concordat,  qui  n'était  en 
réalité  que  le  premier  projet,  plus  favorable  néanmoins 
au  clergé  de  France.  Alors  de  nouveau  Charles  VII  con- 
voqua une  assemblée,  à  Rouen  d'abord  (févr.  1450), 
puis  à  Chartres  (mai  1450).  Mais  l'absence  du  roi,  sur- 
tout la  production  inattendue  de  la  «  Pragmatique 
Sanction  de  S.  Louis  »,  le  discours  enfin,  très  gallican, 
de  l'évêque  du  Mans,  Martin  Berruyer,  firent  à  nou- 
veau échec  aux  propositions  pontificales.  Toutefois 
certains,  dont  le  représentant  de  l'évêque  de  Châlons, 
estimaient  qu'on  pouvait  faire  l'essai  du  concordat, 
jusqu'à  la  convocation  d'un  concile  général,  qui  se 
tiendrait  en  France  au  bout  de  deux  ans  et  oii  seraient 
réglés  définitivement  les  rapports  du  S. -Siège  avec 
l'Église  de  France.  Vu  les  dispositions  de  Nicolas  V, 
c'était  une  fin  de  non-recevoir. 

Dans  une  deuxième  période  décennale  (1450-60), 
les  tentatives  d'entente  entre  la  France  et  le  S. -Siège 
reprirent  et  continuèrent.  L'initiative  appartint  encore 
au  pape.  D'abord  à  Nicolas  V  :  il  envoya  en  1451  le 
cardinal  d'Estouteville,  qui  arriva  en  France  au  mois 


de  décembre.  Charles  VII  réunit  encore  une  nouvelle 
assemblée  du  clergé,  à  Bourges,  en  juill.  1452.  D'au- 
cuns, notamment  l'archevêque  de  Bordeaux,  Pey  Bor- 
land, et  l'évêque  de  Périgueux,  Élie  de  Bourdeille,  esti- 
maient qu'on  pourrait  faire  au  pape  de  larges  conces- 
sions. La  majorité  opina  en  sens  contraire;  toutefois 
elle  consentit  à  Nicolas  V  la  perception,  à  titre  person- 
nel, du  tiers  des  bénéfices  majeurs,  exempts  et  vacants. 
Ce  fut  à  peu  près  tout.  L'assemblée  s'en  remit  pour  le 
reste,  comme  l'assemblée  précédente,  au  futur  concile 
général.  Le  roi  sanctionna  ces  décisions  (ordonnance 
du  9  août  1452). 

Néanmoins  Calixte  III  dépêcha  un  nouveau  légat,  le 
cardinal  de  Coëtivy  (oct.  1456).  Mais  le  pape  avait 
d'autres  soucis  :  le  péril  ottoman.  Il  essaya  d'entraîner 
Charles  VII  dans  une  croisade  contre  les  Turcs  —  c'est 
peut-être  avec  cette  arrière-pensée  qu'il  autorisa  la 
revision  du  procès  de  Jeanne  d'Arc  —  le  roi  ne  voulut 
rien  entendre.  Du  moins  Calixte  essaya-t-il  de  lever  des 
décimes  sur  le  clergé;  il  se  heurta  à  l'opposition  de 
l'université  de  Toulouse,  des  clercs  normands,  de 
l'évêque  d'Autun,  le  cardinal  Jean  Rollin,  qui  voyait 
dans  cette  levée  de  décimes  un  moyen  détourné  de 
recouvrer  les  taxes  abolies.  Le  légat  fulmina  des 
excommunications  contre  les  clercs  normands,  qui  en 
appelèrent  au  Parlement.  Finalement  le  roi  autorisa,  à 
titre  exceptionnel,  la  levée  d'une  décime,  mais  «  sans 
préjudice  des  droits,  franchises,  libériez  et  préroga- 
tives de  l'Église  de  France  pour  le  temps  à  venir  » 
(3  août  1457;  Ordonnances,  xiv,  443;  Isambert,  ix, 
236).  Devant  cette  intransigeance.  Pie  II  se  fâcha.  Il 
dénonça,  dans  la  bulle  Exsecrabilis,  du  18  janv.  1459, 
comme  attentatoire  à  l'autorité  du  S. -Siège,  l'appel  au 
concile  général;  il  déclara  nuls  les  appels  antérieurs  et 
fulmina  l'excommunication  latae  sententiae  contre  qui- 
conque se  permettrait  à  l'avenir  d'en  appeler  encore. 
Le  Parlement  éleva  à  son  tour  deux  protestations 
solennelles  (10  nov.  1460  et  10  févr.  1461).  Son  porte- 
parole,  le  procureur  Jean  Dauvet,  interpréta  la  bulle 
pontificale  comme  attentatoire  au  roi  et  aux  libertés 
de  l'Église  gallicane,  conformément  aux  canons  des 
j  conciles  de  Constance  et  de  Bàle,  et  interjeta  appel  au 
;  futur  concjle  de  toutes  les  mesures  que  le  pape  se  per- 
î  mettrait  de  prendre  contre  le  roi.  De  fait.  Pie  II  songea 
peut-être  à  déposer  Charles  VII  sous  prétexte  d'héré- 
sie. Il  se  contenta  de  lui  adresser,  le  25  mars,  une 
lettre  sévère,  où  il  affirmait  le  primat  suprême  et  uni- 
versel du  S. -Siège  et  dénonçait  une  fois  de  plus  la 
Pragmatique  comme  un  «  travail  illicite,  perpétré  par 
les  prélats  de  ton  royaume,  qui  ne  peuvent  le  mettre  à 
profit  sans  compromettre  leur  salut  ».  Charles  VII 
mourut  le  22  juill.  Concluons  avec  N.  Valois  :  «  Toutes 
les  négociations  échouèrent  du  vivant  de  Charles  VII  : 
non  que  ce  prince  fût  intransigeant  sur  le  chapitre  des 
j  «  libertés  »...,  mais  au  contraire  parce  que,  habitué  à  en 
!  prendre  fort  à  son  aise  avec  la  Pragmatique,  il  n'éprou- 
I  vait  pas  un  besoin  urgent  de  révoquer  cette  ordon- 
nance... Dans  la  Pragmatique,  il  voyait  un  moyen 
commode  d'empêcher  l'ingérence  de  la  Cour  de  Rome 
quand  celle-ci  le  gênait...  Il  se  faisait  la  part  large 
dans  les  dépouilles  du  S.-Siège...  Enfin  il  flattait  la 
passion,  non  certes  de  tout  le  clergé,  ni  surtout  des 
universitaires,  mais  d'un  parti  puissant  dans  le  clergé 
et  dans  la  magistrature...  »  (op.  cit.,  p.  cxcii). 

Ordonnances  des  rois  de  France,  xiii,  xiv.  —  Isambert, 
Rec.  gén.  des  anc.  lois  franç.,  vu,  vin,  ix.  —  N.  Valois,  Hist. 
de  la  Pragmatique  Sanction  de  Bourges  sous  Charles  VII.  — 
Calmette-Deprez,  L'Europe  occidentale...,  coll.  Glolz,  vu.  — 
Halphen,  La  fin  du  Moyen  Age,  coll.  Halphen,  vu. 

H.  Maisonneuve. 
CHARLES  VIII,  roi  de  France  (1483-98).  I.  Le 
roi.  IL  La  régence  et  le  mariage.  III.  Le  règne  :  situa- 
I  tion  politique  et  religieuse.  IV.  La  guerre  d'Italie. 


465 


CHARLES  Vlir 


466 


1"  Causes  et  préparatifs.  2°  Florence  et  Savonarole. 
3"  Rome  et  Alexandre  VI.  4»  Le  retour.  V.  Dernières 
années  et  mort. 

I.  Le  roi.  —  Lorsque  son  père  meurt,  le  30  août 
1483,  Charles  n'a  qu'un  peu  plus  de  treize  ans  :  ce  fils 
de  Louis  XI  et  de  Charlotte  de  Savoie  est  né  le 
30  juin  1470.  Malingre,  chétif  et  délicat,  il  a  été  élevé  à 
Amboise.  Sa  croissance  a  été  pénible  :  aussi  a-t-on  pris 
plus  de  soin  de  son  développement  physique  que  de  sa 
formation;  la  chasse  l'a  plus  tenu  que  les  études;  les 
Grandes  Chroniques  de  France  et  les  romans  de  cheva- 
lerie sont  ses  lectures  préférées. 

Il  devait  se  montrer  fougueux  et  aventureux, 
quelque  peu  chimérique,  assez  libéral,  «  si  bon,  a  dit 
Commynes,  qu'il  n'est  possible  de  voir  meilleure  créa- 
ture »,  avec  un  grand  fonds  de  religion.  Petit,  la  tête 
trop  grosse  pour  le  corps,  il  a  des  goûts  bizarres  pour 
les  parfums  et  les  bijoux.  Affligé  d'une  certaine  nervo- 
sité, il  fait  un  peu  «  fin  de  race  ». 

II.  La  régence  et  le  mariage.  —  Ce  défaut  de 
précocité,  alors  même  qu'il  allait  être  majeur,  pousse 
le  prudent  Louis  XI  à  inviter  son  fils  à  obéir,  après  son 
trépas,  à  Pierre  de  Beaujeu,  son  gendre,  lieutenant 
général  du  royaume  dès  1482,  et  il  le  lui  confie  sur 
son  lit  de  mort.  Anne,  épouse  de  Pierre,  devait  s'avé- 
rer une  maîtresse  femme,  intelligente,  fine  et  rusée 
comme  son  père;  elle  sera  «  Madame  la  Grande  ». 

Pierre  et  Anne  agirent  avec  sagesse  pour  éviter  une 
réaction  contre  le  régime  autoritaire  établi  par  le  feu 
roi.  D'ailleurs,  la  bonne  structure  administrative  et 
judiciaire,  la  solidité  des  finances,  l'armée  permanente 
avaient  fortifié  la  royauté.  Pourtant  des  concessions 
furent  faites  :  les  conseillers  trop  compromis  du  roi 
sont  écartés,  des  charges  honorifiques  accordées  aux 
grands  seigneurs,  les  impôts  arriérés  abandonnés.  En 
outre,  en  partie  pour  apaiser  la  jalousie  de  Louis,  duc 
d'Orléans,  les  États  généraux  sont  convoqués  le 
24  oct.  1483. 

Ils  se  réunissent  le  15  janv.  1484.  Le  «  chapitre  de 
l'Église  »  y  réclame,  outre  le  sacre  rapide  du  souve- 
rain, le  rétablissement  des  anciens  canons  sur  la  provi- 
sion des  bénéfices  et  le  jugement  des  causes  ecclésias- 
tiques, soit  les  franchises  et  libertés  de  l'Église  galli- 
cane remontant  au  «  roi  Clovis,  à  S.  Charlemagne, 
S.  Louis...  »,  et  enfin  le  respect  des  immunités  (Jour- 
nal de  Jehan  Masselin,  Appendice,  661-66);  on  s'offre 
aussi  à  satisfaire  les  droits  du  S. -Siège  dans  un  pro- 
chain concile  général.  Le  «  chapitre  du  commun  » 
aborde  également  le  problème  ecclésiastique  par  le 
biais  des  questions  financières  :  la  crise  financière 
provient,  en  partie  au  moins,  du  transport  considé- 
rable d'espèces  envoyées  à  Rome  pour  la  provision  des 
bénéfices,  ainsi  que  des  contributions  ordinaires  ou 
extraordinaires  (ibid.,  669,  671  sq.).  Aucune  réponse 
n'est  donnée  sur  le  «  chapitre  de  l'Église  »  à  cause  de 
l'opposition  des  prélats  à  la  Pragmatique  Sanction  de 
Bourges  (1438),  dont  le  rétablissement  est  ainsi 
demandé.  Quant  aux  autres  requêtes,  des  promesses 
sont  faites;  en  particulier,  on  décide  que  le  roi  prési- 
dera le  Grand  Conseil  et,  en  son  absence,  le  duc  d'Or- 
léans :  ainsi,  il  suffira  aux  Beaujeu  de  faire  venir  le 
souverain  pour  assurer  leur  pouvoir.  Philippe  Pot 
avait  proclamé  que  «  la  souveraineté  n'appartient  pas 
aux  princes,  car  ils  n'existent  que  par  le  peuple...  Les 
États  généraux  sont  dépositaires  de  la  volonté  com- 
mune. Un  édit  ne  pren(f  force  de  loi  que  par  la  sanction 
des  États...  ».  Mais  les  régents,  une  fois  leur  position 
affermie,  renvoient  l'assemblée  et  recommencent  à 
imposer  le  pays  comme  auparavant. 

Le  duc  d'Orléans  provoque  alors  la  «  guerre  folle  », 
puis  deux  soulèvements,  l'un  en  1486,  l'autre  en  1488, 
dans  lesquels  il  s'appuie  sur  le  duc  de  Bretagne;  à  la 
suite  de  la  défaite  de  S.-Aubin-du-Cormier,  François  II 


doit  signer  la  paix  de  Sablé  (21  août  1488)  :  il  s'engage 
à  ne  pas  marier  sa  fille  sans  l'autorisation  du  roi. 

En  effet,  sa  mort  laisse  Anne  seule  héritière  du  du- 
ché (9  sept.  1488),  encore  indépendant  du  domaine 
royal.  Pour  maintenir  cette  situation,  les  conseillers  du 
duc  lui  font  épouser  Maximilien  d'Autriche,  le  19  déc. 
1490,  en  dépit  des  engagements  de  Sablé.  Les  troupes 
royales  s'emparent  alors  de  Nantes,  et  mettent  le  siège 
devant  Rennes.  La  duchesse,  abandonnée  par  Maxi- 
milien, finit  par  consentir  à  épouser  Charles  VIII  qui, 
par  le  contrat  (13  déc.  1491),  devient  duc  de  Bretagne, 
après  avoir  renvoyé  sa  fiancée,  Marguerite  d'Autriche. 
Anne  est  couronnée  reine  à  S. -Denis  au  début  de  1492; 
quant  au  roi,  il  a  vingt  et  un  ans.  Aussi,  les  Beaujeu  se 
retirent  après  avoir  gouverné  avec  autant  de  décision 
que  d'habileté. 

III.  Le  règne  :  situation  politique  et  reli- 
gieuse. —  Malgré  l'évolution  vers  l'absolutisme  et  la 
reconnaissance  de  l'autorité  royale  comme  émanée 
directement  de  Dieu,  le  gouvernement  est  paternel, 
soucieux  du  bien  public  :  les  ordonnances  de  1493 
améliorent  la  justice  selon  le  vœu  des  États  de  1484. 
La  prospérité  du  pays  aide  au  développement  du 
capitalisme  naissant.  Si  la  royauté  s'immisce  dans  les 
corps  de  métier  pour  réglementer  leurs  statuts,  un 
patronat  oligarchique  se  réserve  les  maîtrises  qui  ten- 
dent à  devenir  héréditaires.  D'ailleurs,  le  négoce  ne 
suffit  pas  aux  marchands  :  l'agiotage,  l'accaparement, 
la  spéculation  permettent  l'élaboration  de  fortunes 
immenses  (Du  Peyrat,  Semblançay).  Avec  la  richesse, 
un  luxe  extravagant,  la  folie  du  jeu,  puis  la  débauche, 
des  violences  et  des  crimes  prennent  plus  d'importance 
dans  la  société.  Quoi  d'étonnant  que  la  foi  s'affaiblisse 
en  nombre  d'âmes,  qui  perdent  avec  le  respect  de  la 
religion  celui  des  choses  saintes. 

Les  abus  de  la  fiscalité  pontificale,  la  vente  des 
offices,  voire  de  bulles,  ne  sont  pas  faits  pour  remé- 
dier à  cette  situation.  Le  S. -Siège,  par  ailleurs,  ne 
pense  pas  tant  à  arracher  le  clergé  de  France  à  l'em- 
prise du  pouvoir  royal  qu'à  tirer  profit  de  l'autorité 
acquise  par  le  pouvoir  temporel  :  sa  grande  crainte  est 
de  voir  rétablir  la  Pragmatique  Sanction  abolie  par 
Louis  XI  en  1467.  En  fait,  celle-ci  paraît  appliquée, 
quoique  pour  la  nomination  des  prélats  le  gouverne- 
ment ne  semble  pas  avoir  une  conduite  bien  arrêtée. 
En  général,  les  chapitres  et  communautés  monas- 
tiques, en  vertu  de  leurs  anciens  droits,  élisent  évêques 
et  abbés.  De  son  côté,  le  pape  nomme  aussi,  sous  pré- 
texte de  l'abolition  de  la  Pragmatique.  Il  s'ensuit  des 
démêlés,  des  agitations;  les  concurrents  soutiennent 
leurs  droits  devant  les  parlements,  ou  par  les  armes. 
Le  Conseil  du  Roi,  selon  ses  intérêts  ou  la  nécessité  de 
l'heure,  recommande  son  candidat  ou  confirme  l'élec- 
tion. Le  protégé  de  la  cour  l'emporte  souvent  dans  la 
compétition.  Au  fond,  le  mode  de  nomination  importe 
moins  au  gouvernement  que  la  nomination  elle-même, 
par  la  voie  la  plus  sûre,  d'un  de  ses  favoris. 

Ainsi,  en  1485,  au  Puy,  l'élu  du  chapitre  est  concur- 
rencé par  celui  du  pape,  Geoffroy  de  Pompadour,  qui, 
aumônier  du  roi,  et  ainsi  soutenu  par  la  cour,  demeure 
en  possession  du  siège.  A  Pamiers,  la  même  année,  le 
candidat  papal  et  l'élu  capitulaire  plaident  au  parle- 
ment de  Toulouse;  le  second  gagne  le  procès,  repousse 
avec  l'aide  du  vicomte  de  Narbonne  les  troupes  en- 
voyées par  la  reine  de  Navarre  en  faveur  de  son  adver- 
saire, et  demeure  sur  le  siège.  En  1491,  pour  le  rem- 
placement de  l'abbesse  de  Ste-Croix  à  Poitiers,  se  font 
une  nomination  papale  et  deux  élections;  l'une  des 
élues,  sœur  du  sénéchal  de  Poitou,  est  appuyée  par  la 
force  armée  qui  envahit  et  occupe  le  monastère.  Par- 
fois, comme  à  Paris  en  1492,  le  roi  présente  un  candi- 
dat officiel  à  l'élection  des  chanoines,  qui  tiennent 
d'ailleurs  à  garder  leur  indépendance. 


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CHARLES  Vin 


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La  conimende  lait  de  grands  progrès,  ainsi  que  le 
cumul  des  bénéfices  :  l'archevêque  d'Auch  possède 
huit  abbayes;  les  grandes  familles  s'emparent  des 
revenus  des  évêchés  et  des  abbayes  :  le  cardinal 
d'Épinay  a  trois  frères  évêques  et  une  sœur  abbesse,  le 
cardinal  d'Amboise  quatre  frères  évêques.  Certains 
bénéfices  sont  troqués  contre  d'autres  mieux  pourvus 
de  rentes  :  on  déploie  autant  d'efforts  pour  parvenir 
aux  dignités  que  dans  la  primitive  Église  pour  les  évi- 
ter (Hisl.  de  l'Église  gallicane,  t.  xxi,  210). 

Beaucoup  de  ces  prélats  ne  résident  guère,  l'esprit 
du  monde  les  gangrène;  ils  semblent  moins  soucieux  de 
leur  tâche  apostolique  que  désireux  de  récupérer  leurs 
frais  de  nomination;  souvent  installés  grâce  à  la  faveur 
royale,  ils  prêtent  volontiers  leur  concours  au  gouver- 
nement. Ils  laissent  le  Parlement  leur  arracher  peu  à 
peu  leurs  pouvoirs  :  il  visite  les  couvents,  s'occupe  des 
indulgences,  des  reliques,  de  l'impression  des  livres 
liturgiques;  il  va,  en  1487,  jusqu'à  étudier  la  question 
de  savoir  si  les  évêques  peuvent  porter  la  traîne  hors  de 
leur  diocèse.  Ces  prélats  sont,  par  contre,  très  jaloux  de 
leurs  droits  vis-à-vis  des  patrons  de  bénéfices,  en  parti- 
culier des  chapitres  et  monastères,  qui  se  défendent 
par  la  procédure  ou  par  les  violences  :  ainsi,  l'arche- 
vêque de  Sens  est-il  chassé  du  chœur  de  Notre-Dame 
de  Paris  par  deux  chanoines,  le  2  févr.  1492.  Pour  ren- 
trer dans  ses  frais,  l'évêque  multiplie  les  excommuni- 
cations et  les  dispenses,  et  élève  les  droits  d'enregistre- 
ment des  testaments. 

Quant  aux  curés,  eux  aussi  ne  résident  guère,  et  se 
contentent  de  percevoir  les  revenus  de  la  cure.  Les 
desservants,  sans  fortune,  vendent  les  sacrements  ou 
pratiquent  des  métiers  manuels,  afin  de  pouvoir  faire 
face  aux  exigences  épiscopales.  La  formation  sacer- 
dotale des  uns  et  des  autres  est  vague;  certains  ne 
connaissent  même  pas  le  latin,  et  baragouinent  tant 
bien  que  mal  leur  messe,  et  le  concubinage  des  prêtres 
renaît  :  Charles  de  Bourbon  a  maîtresse  et  en- 
fants. 

Chez  les  réguliers,  la  situation  n'est  guère  meilleure  : 
l'abbé  de  Coustel  vit  avec  femme  et  enfants,  les  reli- 
gieuses du  Paraclet  vont  au  bal,  l'abbesse  de  Fare- 
moutiers  entretient  une  meute  de  cent  chiens.  Les 
couvents  des  Clunisiens  et  des  Cisterciens  s'éman- 
cipent, rejetant  l'autorité  des  chapitres  généraux.  La 
vie  commune  disparaît  peu  à  peu.  Des  moines  plus  ou 
moins  authentiques  vendent  parfois  de  fausses  reliques 
ou  indulgences;  les  abus  des  Hospitaliers  conduisent  à 
la  sécularisation  de  certains  hôpitaux;  les  Mendiants 
(qui  ont  extorqué  à  Sixte  IV,  avec  la  bulle,  le  droit  de 
devenir  propriétaires)  sont  en  lutte  continue  avec  les 
évêques  dont  ils  répudient  l'autorité,  ou  avec  les  curés 
dont  ils  envahissent  le  domaine. 

Faut-il  croire  Jean  Raulin  qui  tient  le  peuple  chré- 
tien, mal  instruit  par  ses  pasteurs,  pour  «  inculte  et 
malheureusement  presque  païen  »? 

Un  mouvement  de  réforme  est  cependant  déclen- 
ché :  le  chapitre  général  clunisien  de  1491  restaure  la 
règle  primitive;  les  chapitres  de  1494,  tant  clunisien 
que  cistercien,  procèdent  à  une  rénovation  radicale;  en 
1496,  pénètre  en  France  l'influence  de  la  congrégation 
de  Windesheim;  Charles  VIII  se  fait  le  protecteur  des 
Minimes,  dont  l'institut  est  approuvé  définitivement 
en  1493. 

Chez  les  séculiers,  se  notent  aussi  certains  centres  de 
réforme  :  le  concile  de  Sens  (1485)  se  réunit  pour  rani- 
mer la  vie  religieuse  et  morale  des  clercs  et  des  fidèles, 
renforcer  la  discipline  ecclésiastique  et  réformer  les 
mœurs  du  clergé;  à  Tours  (nov.  1493),  un  projet  de 
réforme  est  ébauché  pour  lutter  contre  la  corruption 
des  mœurs,  et  favoriser  la  restauration  des  conciles 
ainsi  que  le  rétablissement  du  droit  électif;  une  ordon- 
nance royale  du  7  mars  1493  ordonne  aux  évêques  de 


résider  dans  leur  diocèse  et  de  veiller  à  la  conduite  des 
clercs  et  à  la  célébration  des  offices. 

Un  certain  nombre  de  prêtres  et  de  moines  s'at- 
tachent à  l'éducation  du  clergé  et  des  fidèles,  tel  Jean 
Standonck  au  collège  de  Montaigu,  qui  espère  aboutir 
à  un  redressement  de  la  doctrine  et  des  mœurs,  de 
même  qu'à  une  rénovation  du  sentiment  religieux,  en 
renforçant  les  études  des  ecclésiastiques.  Des  prédica- 
teurs populaires,  comme  Olivier  Maillard,  Étienne 
Brùlefer,  ont  grand  succès  auprès  du  peuple,  qui  reste 
croyant  et  d'une  piété  facile  à  émouvoir.  Le  culte  de  la 
Ste  Vierge  (en  particulier  les  Sept  Douleurs,  l'Imma- 
culée Conception)  et  des  saints  est  très  vivant.  Les 
catéchismes  de  colportage  se  diffusent  dans  les  masses, 
ainsi  que  les  petits  livres  d'édification.  On  insiste  sur 
l'éducation  chrétienne  des  enfants  par  les  parents. 

L'ockhamisme  reste  permis  à  l'université  de  Paris. 
La  faculté  de  théologie  défend  toujours  avec  énergie 
la  doctrine  de  l'Immaculée  Conception;  les  censures 
qu'elle  porte  indiquent  assez  bien  les  tendances  con- 
temporaines :  thèses  sur  le  célibat  sacerdotal,  sur  l'au- 
torité de  l'Église  romaine,  sur  les  prétentions  des 
Mendiants.  Déjà  se  laisse  percevoir  le  courant  nouveau 
qui  voudra  une  réforme  de  l'enseignement  parisien  : 
dès  1492,  Lefèvre  d'Étaples  publie  des  commentaires 
sur  les  ouvrages  d'Aristote. 

IV.  La  guerre  d'Italie.  —  1°  Causes  et  préparatifs. 
—  Le  problème  des  causes  de  l'expédition  italienne  de 
Charles  VIII  est,  avec  celui,  connexe,  de  sa  portée,  l'un 
des  plus  discutés.  Certains  (H.  Hauser)  y  voient  des 
années  perdues  pour  la  formation  de  la  France  mo- 
derne, une  «  guerre  de  magnificence  »;  d'autres  la 
lutte  des  deux  plus  puissants  États  de  l'Europe  conti- 
nentale, France  et  Espagne,  ou  une  échappée  pour  la 
noblesse  française;  d'aucuns  (duc  de  Chaulnes,  duc  de 
Lévis-Mirepoix)  mettent  en  relief  le  besoin  national 
d'expansion,  l'aboutissement  de  la  politique  de 
Louis  XI. 

Il  ne  faut  pas  oublier  les  ajipels  venus  d'Italie  même, 
I  dont  les  États  plus  faibles  invoquent  le  secours  de 

l'étranger.  Louis  XI  n'avait-il  pas  déjà  joué  le  rôle  de  - 
j  médiateur?  Ferrand,  le  roi  de  Naples,  est  particulière- 
ment remuant;  Innocent  VIII  le  menace  plusieurs  fois 
d'offrir  son  royaume  à  Charles  VIII,  héritier  de  la  mai- 
son d'Anjou,  souveraine  de  Naples  et  chassée  par  les 
Aragonais.  La  tyrannie  de  Ferrand  renforce  le  parti 
angevin.  A  Milan,  gouvernée  par  Ludovic  le  Alore,  au 
nom  de  son  neveu  Jean-Galéas  Sforza,  une  demande 
identique  est  faite.  Enfin,  les  adversaires  d'Alexan- 
dre VI,  le  cardinal  Julien  de  la  Rovère  en  tête,  in- 
vitent le  roi  à  se  rendre  à  Rome  pour  assurer  la  réforme 
de  l'Église.  Étienne  de  Vesc  et  Guillaume  Briçonnet, 
conseillers  du  souverain,  sont  favorables  à  l'expédi- 
tion, dont  le  détournent  les  anciens  conseillers  de  son 
père,  Commynes  et  les  Beaujeu  notamment.  Et  le 
jeune  roi,  aventureux  et  chevaleresque,  voit  au  delà  de 
Naples  Jérusalem  et  la  croisade.  N'avait-il  même  pas 
des  droits  à  l'empire  d'Orient,  droits  cédés  par  le  der- 
nier Paléologue?  Cela  sans  parler  de  visions  et  de  pré- 
sages qui  l'inclinent  en  ce  sens. 

Charles  VIII,  par  les  traités  d'Étaples  (3  nov.  1492),  i 
de  Barcelone  (19  janv.  1493)  et  de  Senlis  (23  mai 
1493),  règle  les  difficultés  pendantes  avec  l'Angleterre,  i 
l'Aragon,  l'Autriche,  et  confie  la  régence  à  Pierre  de  j 
Beaujeu.  Il  passe  en  Italie  en  sept.  1494. 

2°  Florence  et  Sauonarole.  — =  Le  célèbre  prédicateur 
dominicain  annonçait  depuis  plusieurs  années  de 
grands  châtiments  pour  l'Église;  aussi  proclame-t-il 
que  «  le  glaive  est  venu,  les  prophéties  s'accomplissent, 
le  Seigneur  mène  ses  armées  ».  Le  9  nov.,  Florence  se 
soulève  contre  le  Médicis  et  envoie  Savonarole  vers  | 
Charles  VIII;  il  le  reconnaît  comme  «  le  nouveau  Cy- 
rus  »  désigné  pour  «  soulager  les  maux  dont  souflre 


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CHARLES  VIII 


—  CHARLES  IX 


470 


l'Italie  et  réformer  l'Église  abattue  »,  mais  il  le  menace 
des  châtiments  divins  s'il  ne  respecte  pas  la  ville.  Le 
roi  promet  de  sauvegarder  la  cité,  et  y  fait  son  entrée 
le  17  nov.  Avant  son  départ,  le  28  suivant,  Savonarole 
l'exhorte  à  convoquer  un  concile  général  en  vue  de 
déposer  Alexandre  VI  dont  l'élection  avait  été 
simoniaque. 

3°  Rome  et  Alexandre  VI.  —  Le  pape,  qui  avait 
gardé  sur  le  trône  pontifical  ses  mauvaises  mœurs,  ap- 
préhende cette  éventualité,  d'autant  que  son  grand 
adversaire  du  conclave,  le  cardinal  de  la  Rovère,  se 
trouve  avec  le  roi.  Il  pense  un  instant  résister,  puis 
renvoie  les  troupes  napolitaines  et  se  réfugie  avec  Cé- 
sar Borgia  au  Château  S. -Ange.  Le  31  déc,  Char- 
les VIII  pénètre  à  Rome. 

On  le  poussait  à  réformer  l'Église;  mais  il  est  «  jeune 
et  mal  accompagné  pour  conduire  à  bien  une  si  grande 
œuvre  »  (Commynes).  D'ailleurs,  le  pape,  qui  avait 
pensé  fulminer  une  excommunication  majeure,  se  ra- 
vise; après  avoir  reçu  les  ambassadeurs  du  roi,  il  con- 
sent à  rendre  aux  cardinaux  du  parti  royal  leurs  digni- 
tés, à  offrir  libre  passage  aux  troupes  françaises,  enfin 
à  donner  en  otages  César  et  le  prince  Djem,  frère  du 
sultan  Bajazet,  mais  il  refuse  au  roi  l'investiture  de 
Naples  (15  janv.  1495).  Charles  VIII  prête  obédience 
au  pontife,  et  Briçonnet  reçoit  le  chapeau.  Le  28,  l'ar- 
mée française  quitte  Rome.  Les  partisans  de  la  ré- 
forme sont  déçus,  et  Savonarole  proclame  que  le  roi 
appelle  sur  sa  tête  la  colère  du  ciel. 

Le  souverain  entre  à  Naples  le  22  février. 

4°  Le  retour.  —  Ces  succès  inquiètent  Ludovic  le 
More  lui-même;  d'accord  avec  Venise,  le  pape  toujours 
effrayé  par  la  perspective  d'un  concile,  l'empereur  et 
Ferdinand  d'Aragon,  il  forme,  le  31  mars  1495,  une 
ligue  pour  la  «  défense  de  la  dignité  pontificale  et  des 
droits  du  Saint  Empire  romain  »,  ainsi  que  pour  la  ga- 
rantie réciproque  de  leurs  territoires. 

Charles,  averti  par  Commynes,  ambassadeur  à 
Venise,  décide  le  retour.  Auparavant,  il  se  fait  couron- 
ner roi  de  Naples,  et  fait  son  entrée  solennelle  en  cos- 
tume impérial,  le  globe  à  la  main.  Il  remonte  ensuite 
vers  le  Nord,  traverse  Rome  abandonnée  par 
Alexandre  VI,  et  échappe  aux  coalisés  à  Fornoue 
(6  juin.).  Rentré  à  Lyon,  il  prépare  une  nouvelle  expé- 
dition destinée  à  dégager  Gilbert  de  Montpensier,  laissé 
à  Naples  avec  dix  mille  hommes;  mais  ce  dernier  devra 
capituler  devant  Gonzalve  de  Cordoue  à  Atella 
(27  juin  1496). 

De  cette  expédition  ne  restaient  que  «  gloire  et  fu- 
mée •  (Commynes),  mais,  si  l'Espagne  avait  réussi  à 
s'implanter  en  Italie,  la  France  gardait  Asti  et  des 
liens  plus  étroits  avec  la  Renaissance  italienne. 

V.  Dernières  années  et  mort.  —  Les  déceptions 
s'accumulent  sur  le  roi  qui  perd  son  fils  aîné,  puis  deux 
autres  enfants.  Ces  épreuves  répétées  le  frappent  :  il 
change  son  mode  de  vie,  songe  au  bien  du  peuple,  dimi- 
nue les  impôts,  sépare  le  Grand  Conseil,  chargé  de  la 
justice,  du  Conseil  du  roi.  La  réforme  de  l'Église  le 
préoccupe  toujours  :  «  Il  avait  bien  vouloir  qu'un 
évêque  n'eût  tenu  qu'un  évêché  s'il  n'eût  été  cardinal, 
et  celui-là  deux,  et  qu'ils  se  fussent  allés  sur  leurs  béné- 
fices »  (Commynes).  Au  début  de  1498,  il  consulte  la 
Sorbonne  sur  la  nécessité  d'un  concile  universel,  et  sur 
le  droit  pour  les  princes  de  le  convoquer.  Savonarole 
l'entretient  par  une  lettre  dans  cette  pensée. 

Mais  le  7  avr.  il  meurt  inopinément,  après  s'être 
heurté  la  tête  à  une  porte  basse  du  château  d'Amboise. 
Commynes  en  dit  «  catarrhe  ou  apoplexie  »;  peut-être 
un  transport  au  cerveau  ;  de  toute  manière,  l'usure 
prématurée  de  son  organisme  n'y  fut  pas  indilTérente. 
Sa  «  conversion  »  de  1497  ne  put  porter  ses  fruits. 

Sources.  —  .\.  Molinier  relève  les  sources  imprimées 
dans  Les  sources  de  l'Iiist.  de  France  des  origines  jusqu'aux 


guerres  d'Italie,  v,  Paris,  1902,  p.  146-92;  de  même  H.  Hau- 
ser.  Les  sources...  :  le  XVI'  s.,  i,  Paris,  1906,  p.  1-120.  —  On  y 
joindra  le  Journal  des  États  généraux  de  liSi,  par  Jehan 
Masselin,  éd.  A.  Bernier,  Paris,  1835.  —  Angelo  de  Vallom- 
brosa,  Epistola  ad  papam  Alex.  VI,  Florence,  1496  (en 
faveur  du  projet  de  croisade  de  Ch.  VIII);  Lettre  au  peuple 
de  France  en  faveur  de  Ch.  VIII,  s.  1.,  1496.  —  Procès-ver- 
baux du  conseil  de  régence  de  Ch.  VIII,  éd.  A.  Dernier,  Paris, 
1866.  —  M.  Sanudo,  La  spedizione  di  Carlo  VllI,  éd.  Fulin, 
Venise,  1873.  —  Lettres  de  Ch.  VIII,  éd.  P.  Pélicier- 

B.  de  Mandrot,  Paris,  1898.  —  Ph.  de  Commynes,  Mé- 
moires, éd.  J.  Calmette,  Paris,  1924.  —  Kervyn  de  Let- 
tenhove.  Lettres  et  négociations  de  Ph.  de  Commynes, 
Bruxelles,  1867-74. 

Travaux.  —  Outre  les  ouvrages  de  Ch.  Petit-Dutaillis  et 
de  H.  Lemonnier  (coll.  E.  Lavisse,  Hist.  de  France,  iv-2; 
v-1),  de  H.  Pirenne  (coll.  Peuples  et  civilisations,  vii-2)  et 
de  H.  Hauser  et  A.  Renaudet  (ibid.,  vin-1),  on  consultera  : 

C.  de  Clierrier,  Hist.  de  Ch.  VIII,  Paris,  1888.  —  G.  Picot, 
Le  parlement  de  Paris  sous  Ch.  VIII,  Paris,  1877.  —  Lévis- 
Mirepoix,  La  France  de  la  Renaissance,  Paris,  1947.  — 
J.-A.  Néret,  Charles  VIII,  Paris,  1947. 

Sur  la  régence  :  P.  Pélicier,  Essai  sur  le  gouvernement  de  la 
dame  de  Beaujeu,  Paris,  1882;  J.  d'Orliac,  Anne  de  Beau  jeu, 
roi  de  France,  Paris,  1926;  J.  Viple,  Les  enseignements 
d'Anne  de  France,  Moulins,  1935;  Anon,  Les  géants  de  la 
politique,  1'"  sér.,  Paris,  1943,  p.  76-184.  —  Sur  les  États 
généraux  :  G.  Picot,  Hist.  des  États  généraux,  Paris,  1888.  — 
Sur  le  mariage  :  A.  Dupuy,  Hist.  de  la  réunion  de  la  Bret.  à 
la  France,  Paris,  1880;  A.  de  la  Borderie,  Hist.  de  la  Bret., 
IV,  Paris,  1896-1914;  E.  Gabory,  Anne  de  Bret.,  Paris,  1941. 

—  Sur  l'Église  :  L.  Pastor,  Gesch.  der  Pdpste,  v,  Eribourg, 
1898;  A.  Renaudet,  Préréforme  et  humanisme,  Paris,  1919; 
A.  Dutourcq,  Hist.  moderne  de  l'Église,  vu,  Paris,  1925; 
P.  Imbart  de  la  Tour,  Les  orig.  de  la  Réforme,  i-2,  Paris, 1948. 

—  Sur  les  guerres  d'Italie  :  ,1.  Delaliorde,  L'expédition  de 
Ch.  VIII  en  Italie,  Paris,  1888;  Ed.  Fueter,  Gesch.  des 
europ.  Staatensystems  v.  1492-1559,  Munich-Berlin,  1919; 
H.-F.  Delaborde,  Un  épisode  des  rapports  d'Alex.  VI  avec 
Ch.  VIII,  Nogent-le-Rotrou,  1887;  Anon,  Sur  quelques 
épisodes  de  l'expédition  de  Ch.  VIII  en  Italie,  Nogent-le- 
Rotrou,  1900;  J.  Schnitzer,  Savonarola,  Munich,  1924, 
2  vol.;  R.  Roeder,  Savonarole,  Paris,  1933;  V.  Magni, 
Savonarole,  Paris,  1946. 

Ch.  Lefebvre. 

CHARLES  IX,  roi  de  France  (1560-74).  I.  Le  roi 
et  la  reine  mère.  II.  Michel  de  l'Hôpital  et  la  veille  des 
guerres  de  religion.  III.  La  première  guerre  de  religion 
et  la  fin  du  concile  de  Trente.  IV.  La  seconde  guerre  de 
religion  et  la  fin  de  la  politique  de  l'Hôpital.  V.  La 
Saint-Barthélemy  et  ses  origines.  VI.  La  fin  du  règne 
et  l'apparition  du  parti  des  politiques. 

I.  Le  roi  et  la  reine  mère.  —  Charles,  duc  d'Or- 
léans, était  le  second  fils  de  Henri  II  et  de  Catherine  de 
Médicis,  né  à  S.-Germain-en-Laye  le  27  juin  1550.  Les 
morts  inopinées  de  son  père  et  de  son  frère  aîné 
(5  déc.  1560)  ont  pour  effet  de  l'appeler  au  trône. 
L'éducation  du  jeune  roi  sera  négligée  :  s'il  n'a  guère  de 
mémoire,  ni  d'éloquence,  il  est  doué  de  brillantes  qua- 
lités intellectuelles  (poète  même)  et  morales,  et  à  ce 
point  de  vue  profitera  des  leçons  de  son  précepteur 
Amyot;  mais  il  est  nerveux,  au  point  d'avoir  des  hallu 
cinations,  et  prédisposé  à  la  tuberculose,  qui  finira  par 
l'emporter  (A.  Paré);  les  exercices  violents  auxquels 
il  s'abandonne,  en  particulier  la  chasse,  accuseront 
l'emportement  croissant  de  son  caractère  (A.  Chaus- 
sade,  A.  Paré  et  Ch.  IX,  Paris,  1926).  Aussi,  il  sera  tou- 
jours sous  l'influence  de  sa  mère,  et  même  après  la 
proclamation  de  sa  majorité  par  le  parlement  de 
Rouen  (17  août  1563),  ou  après  son  mariage  avec  Éli- 
sabeth  d'x\utriche,  fille  de  Maximilien  II  (1566),  elle 
seule  gouvernera  en  réalité. 

Catherine  de  Médicis  se  ressentira  dans  ses  procédés 
de  gouvernement  de  son  origine  italienne,  mais  elle  est 
mère  et  préoccupée  de  maintenir  avec  l'héritage  de  ses 
enfants  la  paix  dans  le  royaume  et  avec  l'étranger; 
r  «  opportunisme  »  (cf.  Lennie  England)  l'emporte  chez 
elle  pour  assurer  la  conciliation;  souvent,  la  peur 


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CHARLES  IX 


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—  l'affolement  même  —  joueront  un  rôle  déterminant 
dans  ses  interventions  (H.  Hauser,  Rev.  hist.,  cxciv, 
336);  sont-ce  des  traits  compatibles  avec  les  qualités 
d'  «  homme  d'État  »  (J.  Héritier)? 

Il  n'en  reste  pas  moins  que  la  France  —  et  l'Église — 
sont  à  une  époque  troublée  :  au  danger  de  guerre,  à  la 
fois  religieuse  et  civile,  se  joint  le  péril  extérieur;  Ca- 
therine est  assez  indifférente  aux  problèmes  religieux, 
mais,  si  l'on  peut  parler  de  tolérance  de  fait,  c'est  sa 
psychologie  surtout  qui  semble  donner  la  clef  des  va- 
riations, au  moins  apparentes,  de  sa  politique. 

II.  Michel  de  L'Hôpital  et  la  veille  des 
GUERRES  DE  RELIGION  (1560-62).  —  Chancelier  depuis 
le  30  juin  1560,  il  est  homme  de  gouvernement  et  mo- 
déré, sous  l'influence  de  l'humanisme  érasmien,  et 
d'accord  avec  la  reine  mère  pour  parvenir  à  une  conci- 
liation. Aux  États  généraux  convoqués  à  Orléans, 
pour  le  13  déc.  1560,  en  vue  de  résoudre  les  diflîcultés 
religieuses  et  financières,  il  prêche  le  calme  et  la  bonne 
entente,  et  suggère  la  vente  massive  des  biens  du  clergé 
afin  de  venir  en  aide  au  Trésor  (dette  publique  : 
43  millions  et  demi  de  livres,  dont  19  immédiatement 
exigibles).  Quintin,  obscur  orateur  du  clergé,  donne 
une  réponse  négative,  et  se  plaint  des  hérétiques; 
quant  au  baron  de  Rochefort,  orateur  de  la  noblesse,  il 
demande  la  liberté  du  culte,  et  insiste  sur  les  abus  de  la 
justice  ecclésiastique;  le  tiers  s'unit  aux  deux  autres 
ordres  pour  demander,  avec  la  réforme  de  l'Église 
gallicane,  le  retour  à  la  Pragmatique.  Les  lettres  du 
28  janv.  susjjendent,  en  fait,  les  persécutions  contre 
les  protestants. 

L'ordonnance  du  31  janv.  consacre  ses  29  premiers 
articles  à  la  question  religieuse  :  l'art.  1  rétablit  en 
partie  l'élection,  et  laisse  au  roi  le  soin  de  choisir,  pour 
les  évêques  et  archevêques,  entre  trois  candidats  pré- 
sentés par  les  électeurs;  les  annates,  suivant  le  vœu 
du  clergé,  sont  supprimées;  enfin,  divers  statuts  disci- 
plinaires de  la  Pragmatique  de  1438  sont  repris,  ainsi 
en  matière  de  résidence,  de  visite,  d'enseignement  ou 
de  simonie. 

Entre  temps,  le  pape  Pie  IV  a  publié  la  bulle  de  con- 
vocation du  concile  (6  déc.  1560);  or,  pour  remédier 
aux  désordres  croissant  en  France,  ainsi  qu'à  l'aug- 
mentation des  calvinistes,  la  reine  mère  estime  la  con- 
ciliation préférable.  Aussi,  elle  annonce  le  choix  des 
participants  français,  puis  précise  qu'ils  ne  seront  en- 
voyés que  lorsque  Ferdinand  et  Philippe  II,  qu'elle 
sait  rester  dans  l'expectative,  auront  envoyé  les  leurs. 
Cette  temporisation  lui  permet  de  publier  l'édit  de 
juin,  destiné  à  en  imposer  à  la  fois  au  triumvirat 
(Guise,  Montmorency,  Saint-André)  et  à  Coligny  : 
toute  assemblée  est  interdite,  de  même  que  toute  nou- 
veauté dans  l'administration  des  sacrements,  mais  en 
même  temps  est  prohibée  toute  violence  pour  motif 
de  religion. 

Le  caractère  provisoire  de  cet  édit  ressort  de  la  con- 
vocation (12  juin)  d'un  concile  national  pour  le 
20  juin,  à  Paris  (Poissy).  Quelques  canons  discipli- 
naires sont  composés.  Én  même  temps,  des  négocia- 
tions s'engagent  en  vue  de  régler  la  question  finan- 
cière; sous  la  pression  des  États  réunis  (août)  à  Pon- 
toise,  le  clergé  s'engage  à  payer  pendant  six  ans 
1  600  000  livres  pour  le  rachat  des  domaines  et  des 
droits  divers  aliénés  aux  créanciers  du  roi;  pendant  dix 
autres  années,  des  annuités  seront  versées  pour  amor- 
tir les  rentes  constituées  sur  l'Hôtel  de  ville  au  capital 
de  7  650  000  livres  :  ainsi  naissait  le  «  don  gratuit  » 
(Contrat  de  Poissy,  21  sept.).  Pendant  cet  arrange- 
ment, les  calvinistes,  convoqués  dès  le  25  juill.,  trans- 
forment le  synode  en  Colloque  :  Théodore  de  Bèze,  dès 
le  9  sept.,  indique  sa  position  sur  l'eucharistie;  tout 
accord  s'avère  impossible,  et  les  interventions  de  Lor- 
raine et  de  Laynez  ne  feront  que  manifester  l'opposi- 


tion existant  aussi  avec  la  thèse  luthérienne  sur  ce 
point.  La  clôture  du  Colloque  (14  oct.),  qui  marque 
l'échec  de  la  politique  de  conciliation,  est  suivie  d'un 
progrès  notable  de  la  religion  «  réformée  »,  surtout  chez 
les  nobles  et  les  moyens  bourgeois. 

Ces  progrès  décident  la  reine  à  un  «  concordat  avec 
les  protestants  »  (édit  de  janv.)  :  la  liberté  du  culte  pu- 
blic est  reconnue  hors  des  villes  closes,  dans  les  fau- 
bourgs; à  l'intérieur  des  villes,  seulement  dans  les 
maisons  privées  —  en  bref,  l'Édit  de  Nantes  avant  la 
lettre  (L.  Cristiani,  418).  Mais  une  telle  solution  est 
prématurée  :  elle  ne  satisfait  ni  les  uns  ni  les  autres.  La 
surexcitation  des  esprits  est  telle  que  se  produit  le  mas- 
sacre de  Wassy  (1<=''  mars  1562).  La  politique  de  Cathe- 
rine de  Médicis  et  du  chancelier  suppose  avant  tout  un 
pouvoir  fort;  il  faut  bien  dire  que  peu  de  circonstances 
lui  étaient  favorables. 

III.    La   PREMIÈRE    GUERRE   RELIGIEUSE  (1562-63) 

ET  LA  FIN  DU  CONCILE  (1563).  —  La  guerre  ne  tarde  pas 
à  s'engager,  et  chacun,  comme  il  est  de  règle  quand  de 
très  graves  intérêts  sont  en  jeu,  fait  appel  à  l'étranger  : 
Catherine  recourt  à  Philippe  II,  à  Emmanuel-Phili- 
bert de  Savoie,  et  à  Pie  IV;  Élisabeth  se  fait  promettre 
Calais.  Mais  les  chefs  de  partis  disparaissent  rapide- 
ment, en  particulier  Guise  assassiné  devant  Orléans. 
La  pacification  d'Amboise  accorde  peut-être  la  liberté 
de  conscience,  mais  l'édit  de  janv.  est  limité  à  une  ville 
par  présidial,  aux  seigneurs  haut-justiciers,  et  ne 
s'étend  pas  aux  vicomté  et  prévôté  de  Paris  (19  mars 
1563).  Le  protestantisme  risque  ainsi  de  paraître 
aristocratique. 

L'affaiblissement  des  adversaires  va  permettre  à 
Catherine  de  faire  prévaloir  la  politique  de  modéra- 
tion, d'autant  qu'elle  parvient  à  régler  rapidement 
l'affaire  de  Calais  avec  Élisabeth  (avant  1564). 

Cependant  sa  politique  subit  un  autre  échec  du  fait 
de  la  reprise  du  concile  de  Trente,  le  18  janv.  1562. 
Sans  doute,  le  concile  renvoie  au  pape  le  problème  de 
la  concession  du  calice  aux  laïques,  mais  les  décrets  sur 
le  sacrifice  de  la  messe  montrent  bien  que  le  concile 
reste  dans  la  ligne  des  premières  réunions.  Or  les  ins- 
tructions données  aux  prélats  français  non  seulement 
demandent  l'usage  du  calice  en  France,  mais  réclament 
l'administration  des  sacrements,  le  chant  des  psaumes 
à  la  messe  ainsi  qu'aux  vêpres  en  langue  française,  en- 
fin le  mariage  des  prêtres  «  et  autres  telles  choses  » 
(J.  Dupuy).  Les  ambassadeurs  du  gouvernement  sont 
arrivés  en  mai,  Lorraine  seulement  le  13  nov.  1562. 
Les  Français  appuient  les  impériaux  et  demandent  une 
réforme  du  pape  et  de  la  Curie  romaine.  Le  24  janv. 
1563,  du  Ferrier  proteste  contre  un  membre  de  phrase 
du  projet  de  décret  :  «  Le  pape  régit  l'Église  »;  les  ins- 
tructions recommandent  de  sauvegarder  les  principes 
gallicans.  Le  prestige  de  Lorraine  est  grand  et,  après  la 
mort  du  cardinal  de  Mantoue,  certains  pensent  à  lui 
pour  la  présidence  du  concile;  mais  son  attitude  galli- 
cane lui  fait  préférer  Morone  (17  mars  1563),  qui  a 
l'adresse  de  se  concilier  l'empereur  et  Lorraine.  Dès 
lors,  les  obstacles  principaux  sont. franchis.  A  l'ofien- 
sive  dirigée  contre  la  Curie,  les  légats  répondent  par  la 
nécessité  d'une  réforme  des  princes;  du  Ferrier,  en  par- 
ticulier, proteste  le  22  sept,  par  un  discours  qui  indigne 
les  évêques  français  eux-mêmes.  Néanmoins,  si  l'auto- 
rité suprême  du  pape  est  affirmée,  sa  supériorité  sur  le 
concile  n'est  pas  définie,  mais  Morone  a  l'habileté  de  la 
faire  admettre  implicitement  le  4  déc,  en  demandant 
au  pape  l'approbation,  et  en  ajoutant  que  les  décrets 
conciliaires  n'auraient  de  force  que  saloa  apostolicae 
Sedis  auctoritate. 

L'ensemble  des  décisions  est  trop  contraire  à  la  poli- 
tique de  la  reine  pour  que  celle-ci  puisse  en  imposer 
l'application.  D'ailleurs  la  condamnation  tant  impli- 
cite que  parfois  explicite  du  gallicanisme,  au  moins 


CHARLES  IX 


474 


royal,  est  une  raison  de  plus  dans  le  même  sens.  Aussi, 
le  conseil  privé  du  22  janv.  1564  se  prononce  pour  la 
négative,  malgré  Lorraine.  Plus  tard,  il  en  sera  de 
même  quand  le  pape  citera  des  évêques  suspects 
d'hérésie,  et  quand  il  déposera  Jeanne  d'Albret,  reine 
de  Navarre,  comme  protestante. 

Il  n'en  reste  pas  moins  qu'en  dépit  de  l'échec  subi  au 
concile  la  politique  de  la  reine  mère  paraît  avoir  des 
chances  de  succès,  au  moins  momentanément. 

IV.  La  seconde  guerre  de  religion  (1567-68)  et 

LA  FIN  DE  LA  POLITIQUE  DE   L'HOPITAL.           En  effet 

une  politique  de  renforcement  du  pouvoir  royal  s'af- 
firme (proclamation  de  majorité  du  roi  à  Rouen;  or- 
donnance de  Moulins),  alors  que  les  catholiques,  si  les 
protestants  parlent  haut,  n'ont  plus  comrne  chef  que 
le  septuagénaire  Montmorency.  D'ailleurs,  les  étran- 
gers (Rome,  Espagne,  Empire,  Savoie)  poussent  en  fa- 
veur d'une  application  stricte  des  décrets  conciliaires, 
mais  Catherine  trouve  des  raisons  pour  éluder  ces  pro- 
positions. A  Rayonne  notamment  (14  iuin-2  juill. 
1565),  durant  le  célèbre  voyage  du  roi,  elle  s'engage  à 
ne  «  porter  remède  aux  choses  de  religion  »  qu'une  fois 
le  voyage  terminé;  l'engagement  lui-même  est  au  sur- 
plus bien  vague  et  équivoque.  L'Espagne  le  comprend 
bien,  et  les  relations  entre  les  deux  pays  ne  font  qu'em- 
pirer; le  pape  Pie  V  peut  cependant  éviter  une  rupture, 
tout  en  faisant  remarquer  à  la  reine  que  «  plus  vous 
serez  indulgente  pour  les  hérétiques  et  plus  s'accroî- 
tront leurs  audaces  »  (17  juin  1566). 

Des  violences,  locales,  se  produisent  (Languedoc, 
juin  1566),  dont  l'autorité  vient  à  bout;  au  conseil  pri- 
vé, elle  impose  la  réconciliation  aux  Guise  et  aux 
Chastillon.  Mais  les  protestants  se  plaignent  que 
l'exercice  du  culte  réformé  soit  interdit  en  tout  lieu  où 
le  roi  séjournera  (déclaration  de  Lyon,  24  juin  1564), 
de  même  que  soit  prohibé  le  travail  à  boutique  ouverte 
les  jours  de  fêtes  catholiques  (14  juin  1564),  et  que  la 
liberté  du  culte  soit  restreinte  aux  lieux  où  était  célé- 
bré le  culte  protestant  lors  de  l'édit  d'Amboise.  Là-des- 
sus, éclate  le  soulèvement  des  Pays-Ras  (août  1566)  : 
la  tension  déjà  existante  avec  l'Espagne  ne  peut-elle 
être  accrue?  Malgré  Coligny,  Condé  tente  un  coup  de 
main  sur  la  famille  royale,  et  en  même  temps  une 
révolte  générale  éclate  dans  les  centres  d'Orléans  et  du 
Ras-Languedoc.  L'Hôpital  tente  bien  de  ramener  la 
paix,  mais  les  protestants  réclament  le  rétablissement 
des  institutions  libres  et  la  convocation  des  États  géné- 
raux. Il  faut  se  résigner  à  la  guerre.  Les  négociations 
ne  tardent  cependant  pas  à  s'engager;  la  paix  de  Long- 
jumeau  (23  mars  1568)  rétablit  la  pacification  d'Am- 
boise sans  limites  ni  restrictions.  Cette  paix,  conclue 
malgré  l'Espagne  et  Pie  V,  entraîne  d'ailleurs  la  dis- 
grâce de  L'Hôpital;  la  reine  ne  lui  pardonne  pas 
l'échec  de  sa  politique  à  l'égard  des  protestants,  à  qui 
pourtant  elle  accorde  avec  l'amnistie  le  maintien  des 
avantages  antérieurs  (24  mai  1568).  Elle  paraît  déci- 
dée à  abandonner  la  politique  de  modération. 

V.  La  Saint-Rarthélemy  et  ses  origines  (1568- 
72).  —  De  fait,  la  politique  protestante  s'est  aliéné 
l'opinion  par  ses  maladresses  et  ses  violences,  alors  que 
le  redressement  catholique  se  manifeste.  Aux  moines, 
réorganisés  et  populaires,  s'ajoutent  les  jésuites,  recon- 
nus depuis  le  Colloque  de  Poissy;  comme  ils  le  font  à 
cette  même  date  en  Allemagne,  ils  développent  l'en- 
seignement; à  Rillon,  Mauriac,  Tournon,  Toulouse, 
Lyon,  Paris,  Chambéry,  Rordeaux,  Cambrai,  S.-Omer, 
Douai,  Verdun  se  sont  fondés  des  collèges,  de  1559  à 
1566,  pour  enrayer  l'attrait  des  nouveautés  hérétiques. 
Par  ailleurs,  des  confréries  et  des  ligues  se  constituent, 
et  le  duc  d'Anjou,  fils  préféré  de  Catherine,  prend  la 
tête  du  mouvement  de  réorganisation  catholique.  Il  ne 
peut  être  question  d'une  intervention  en  faveur  des 
Pays-Ras,  où  momentanément  triomphe  Philippe  IL 


Néanmoins,  l'exemple  donné  par  la  conduite  du  duc 
d'Albe  à  l'égard  de  Hornes  et  d'Egmont  est  une  indi- 
cation pour  Catherine.  Aussi,  Coligny  et  Condé 
prennent  peur;  ils  se  retirent  à  La  Rochelle,  en  adres- 
sant au  roi  un  manifeste  (23  août  1568)  dans  lequel  ils 
déclarent  être  obligés  d'en  appeler  aux  armes  pour  se 
défendre  contre  le  cardinal  de  Lorraine  et  sa  politique. 
Appuyée  par  Pie  V,  qui  met  à  la  disposition  du  roi  les 
biens  du  clergé  «  pour  réprimer  le  soulèvement  des 
huguenots  hérétiques  et  rebelles  »,  Catherine  interdit 
tout  culte  autre  que  le  culte  catholique,  tout  en  main- 
tenant la  liberté  de  conscience  (édit  du  28  sept.  1568). 
Malgré  Jarnac  (13  mars  1569)  et  Moncontour  (3  oct.), 
les  opérations  traînent  en  longueur;  aussi,  devant  les 
maux  engendrés  dans  le  pays  par  cette  lutte,  des  négo- 
ciations s'engagent;  mais  Charles  IX  s'emporte  quand 
les  protestants  réclament  la  liberté  du  culte  et  deux 
places  de  sûreté.  Cependant  les  hostilités  leur  devien- 
nent favorables,  alors  que  les  Guise  veulent  le  mariage 
d'Henri  de  Guise  avec  Marguerite  de  Valois,  et  que 
Philippe  II  écarte  le  projet  de  mariage  en  vue  avec 
cette  même  princesse.  Irrités,  le  roi  et  Catherine  con- 
sentent à  la  paix  de  S. -Germain;  les  libertés  de  cons- 
cience et  du  culte  sont  admises  comme  avant  guerre, 
sauf  autour  des  résidences  royales  et  de  Paris;  les  pro- 
testants obtiennent  quatre  places  de  sûreté,  qu'ils  ren- 
dront deux  ans  plus  tard,  s'il  y  a  pacification 
(8  août  1570). 

L'épuisement  des  combattants  était  une  des  causes 
de  cette  paix,  d'autant  que,  comme  après  la  pacifica- 
tion d'Amboise,  les  chefs  les  plus  acharnés  sont  morts 
ou  en  disgrâce.  Mais  l'animosité  du  roi  et  de  la  reine 
mère  contre  Philippe  II  leur  fait  envisager  une  aide  au 
soulèvement  prévu  par  Guillaume  d'Orange  aux  Pays- 
Ras;  cette  politique  entraîne  un  rapprochement  avec 
l'Angleterre;  Philippe  II  ne  soutient-il  pas  les  préten- 
tions de  Marie  Stuart  contre  Élisabeth?  Enfin,  la 
clientèle  française  en  Allemagne  et  en  Italie,  la  Tur- 
quie même  peuvent  être  appelées  à  la  rescousse.  Ces 
projets  supposent  une  réconciliation  :  Henri  de  Na- 
varre ne  peut-il  épouser  Marguerite  de  Valois?  En 
tout  cas,  Coligny  est  appelé  au  Conseil  (15  sept.  1570). 

Ce  n'est  qu'après  le  17  juill.  1572,  lors  de  la  déroute 
de  Genlis  venu  au  secours  des  révoltés  dans  les  Pays- 
Ras,  que  Catherine  se  rend  compte  des  réalités  :  Elisa- 
beth a  déjà  refusé  le  mariage  avec  le  duc  d'Anjou,  les 
princes  luthériens  d'Allemagne  sont  réticents,  les 
princes  italiens,  Cosme  I"  de  Toscane  en  particulier, 
négocient  avec  l'empereur  et  Philippe  II,  les  Turcs 
sont  dispersés  à  Lépante,  mais  surtout  la  puissance 
militaire  espagnole  s'avère  invincible;  aussi,  à  tout 
prix,  faut-il  s'opposer  à  la  guerre  préconisée  par  Coli- 
gny, ne  serait-ce  que  pour  éviter  le  retour  des  luttes 
civiles  en  France. 

Les  traditions  politiques  italiennes  donnent  le 
moyen  de  se  débarrasser  des  gêneurs;  mais  pour  éviter 
une  réaction  trop  violente  des  protestants  Catherine 
attend  qu'ait  été  célébré  le  mariage  d'Henri  de  Na- 
varre avec  Marguerite  de  Valois  (18  août  1572).  Le  22, 
Maurevel,  l'assassin  à  gages  du  roi,  tire  un  coup  d'ar- 
quebuse sur  Coligny.  Quoique  l'amiral  n'ait  été  que 
j  blessé,  la  colère  des  protestants  est  extrêmement  vive; 
j  ils  accusent  les  Guise,  et  même  le  duc  d'Anjou.  Com- 
ment faire  pour  se  tirer  de  ce  pas?  Catherine  apeurée 
propose  à  certains  membres  du  Conseil  la  mise  à  mort 
des  chefs  protestants,  tous  présents  à  Paris.  Charles  IX 
résiste  d'abord;  mais  la  reine  mère,  qui  connaît  son 
pouvoir  sur  son  fils,  et  le  caractère  de  ce  dernier,  par- 
vient à  lui  arracher  la  décision  pour  éviter  le  pire.  Les 
chefs  seuls  doivent  être  mis  à  mort,  sauf  Henri  de  Na- 
varre et  le  jeune  prince  de  Condé;  mais  le  peuple  ne 
fait  pas  de  distinction  et,  malgré  l'ordre  donné  le  24 
entre  3  et  5  heures,  on  massacre  encore  le  lendemain  et 


475  CHARLES  IX  - 

le  surlendemain.  Il  y  a  à  Paris  deux  à  trois  mille  morts, 
et  en  i)rovince,  où  le  massacre  continue  jusqu'au 
3  oct.,  plus  d'un  millier. 

La  mort  des  chefs  empêchera-t-elle  une  nouvelle 
guerre? 

VI.  La  fin  de  Charles  IX  et  l'apparition  du 
PARTI  POLITIQUE.  —  L'absencc  de  préméditation,  sauf 
à  l'égard  de  Coligny,  était  certaine,  même  de  la  part 
des  Guise,  malgré  certains  propos  du  cardinal  de  Lor- 
raine; mais  il  fallait  donner  une  justification.  Le  roi 
ordonne  au  Parlement  l'ouverture  d'une  instruction 
contre  Coligny  et  ses  complices,  coupables  de  conjura- 
tion contre  la  famille  royale.  Grégoire  XIII,  Phi- 
lippe II,  le  Sénat  de  Venise,  Cosme  I"  et  Philibert- 
Emmanuel  acceptent  l'explication,  mais  Maximi- 
lien  II,  Élisabeth,  les  princes  protestants  d'Allemagne, 
les  Suisses  et  la  population  vénitienne  la  rejettent  plus 
ou  moins  vivement. 

Quant  à  Catherine,  elle  ne  songe  qu'à  exploiter  la 
décapitation  du  parti  protestant,  et  reprend  les  négo- 
ciations matrimoniales  avec  Philippe  II,  sans  parler  de 
nouvelles  conversations  avec  les  princes  protestants 
d'Allemagne  et  des  Pays-Bas  ou  avec  Élisabeth. 

Mais  le  sentiment  religieux  est  trop  ancré  dans  cer- 
tains milieux  populaires  protestants  pour  ne  pas  les 
entraîner  à  la  résistance  :  dans  le  Midi,  à  Sancerre,  à 
La  Rochelle,  la  lutte  reprend  immédiatement,  et  l'édit 
de  Boulogne  (juill.  l.'îTS)  accorde  la  liberté  de  cons- 
cience dans  tout  le  royaume,  et  la  liberté  du  culte  à  La 
Rochelle,  Nîmes  et  Montauban,  villes  auxquelles  on 
ajoute  Sancerre  (19  août). 

Toutefois  ces  concessions  ne  lavent  pas  les  crimes 
commis  :  les  protestants  de  Montauban  exigent  la 
réhabilitation  des  victimes,  et  d'autres  estiment  toute 
réconciliation  impossible  avec  la  reine  mère.  L'opposi- 
tion ne  peut  que  passer  sur  le  terrain  politique,  et 
François  Hotman  publie  la  Franco- Gallia  où  il  s'efforce 
de  donner  une  base  historique  aux  théories  proclamées 
dans  les  États  d'Orléans.  D'autre  part,  un  certain 
nombre  de  catholiques  (du  Ferrier,  Montmorency, 
Turenne,  Matignon)  souhaitent  une  entente  avec  les 
protestants,  afin  de  sauver  l'intérêt  commun  du  pays. 
François  d'Alençon,  d'accord  avec  le  roi  de  Navarre, 
tente  d'imposer  la  retraite  de  Catherine.  Mais,  si  une 
entente  aboutit  avec  les  protestants,  la  reine  réagit 
avec  vigueur. 

Subitement,  la  santé  de  Charles  IX  s'aggrave;  son 
caractère  s'était  assombri  depuis  la  Saint-Barthélemy, 
cependant  que  le  prenaient  des  accès  d'activité 
fiévreuse  qui  l'entraînaient  à  la  chasse  plusieurs  jours 
de  suite.  Son  organisme,  miné  physiquement  et  mora- 
lement, devait  le  faire  succomber  le  30  mai  1574. 

Quelle  est  la  situation  religieuse  de  l'Église  de 
France  à  la  fin  du  règne?  Les  ruines,  tant  physiques 
que  morales,  accumulées  par  les  guerres,  surtout  par  la 
crise  de  1562-63,  sont  considérables  (V.  Carrière), 
quoique  bien  des  contrées  aient  échappé  aux  dévasta- 
tions (H.  Sée,  A.  Rebillon,  E.  Préclin,  Le  XF/* s.,  Paris, 
1942,  p.  396).  Néanmoins,  si  le  parti  des  politiques  a 
fait  son  apparition  (cf.  F.  de  Crue),  certaines  positions 
des  catholiques  et  des  protestants  sont  si  irréductibles 
que  la  paix  religieuse  ne  semble  pas  encore  poindre 
à  l'horizon. 

Sources.  —  II.  Hauser,  Les  sources  de  l'hist.  de  France, 
XVI"  s.,  m,  Paris,  1906-lC.  —  V.  Carrière,  Intr.  aux  ét. 
d'hist.  eccl.  locale,  i,  Paris,  1940.  — .1.  Héritier,  Catherine 
de  Médiris,  Paris,  1941. — L.  Cristiani,  L'Église  à  l'époque  du 
conc.  de  l>ente,  Paris,  1947,  p.  357,  note;  p.  .39fi,  note  1. 

Travaux.  —  .I.-H.  Mariéjol,  La  Réforme  et  la  Ligue, 
coll.  Hist.  de  France  d'ii.  Lavisse,  vi-1.  —  John  Viénot, 
Hist.  de  la  Héforme  française  des  orig.  à  l'Édit  de  Nantes, 
Paris,  1926.  —  J.  W.  Thompson,  The  uiars  of  rel.,  Chicago, 
1909.  —  L.  Romier,  Le  royaume  de  Catherine  de  Médicis, 
Paris,  1922;  Catholiques  et  huguenots  à  la  cour  de  Ch.  IX, 


—  CHARLES  X  47(i 

Paris,  1924.  —  J.-H.  Mariéjol,  Catherine  de  Médicis,  Paris, 
1920;  Marguerite  de  Valois,  Paris,  1928.  —  P.  Van  Dyke, 
Catherine  de  Médicis,  New- York,  1922.  —  J.  Héritier, 
Catherine  de  Médicis,  Paris,  1941.  —  G.  Delaborde,  Vie  de 
l'amiral  de  Coligny,  Paris,  1878-82.  —  E.  Marcks,  G.  de 
Coligny,  sein  Leben  und  das  Frankreich  sein.  Zeil,  Leipzig, 
1918.  —  H.  Amphoux,  M.  de  l'Hôpital  et  la  liberté  de 
conscience  au  XVI^  s.,  Paris,  1900.  —  A.  E.  Shaw,  M.  de 
VIL  and  his  policy,  Londres,  190,5.  —  J.  Deseymard,  La 
sagesse  auvergnate  du  chanc.  l'Hôpital,  dans  Rev.  des  Deux 
Mondes,  Paris,  1941.  — •  A.  Renaudet,  La  France  de  1559  à 
1610,  Paris  (cours  de  Sorbonne),  1946.  —  E.  Doucet,  Les 
institutions  de  la  France  au  XVI"  s.,  1948,  p.  661  sq. 

Sur  les  réunions  de  Poissy  :  L.  Romier,  Catholiques  et 
huguenots  à  la  cour  de  Ch.  IX,  Paris,  1924;  H.  O.  Evenett, 
Card.  of  Lor.  and  Ihe  counc.  of  Tr.,  Cambridge,  1930; 
Roserot  de  Melin,  Rome  et  Poissy,  dans  Alélanges  de  l'École 
de  Rome,  xxxix,  1921;  L.  Serbat,  Les  assemblées  du  clergé 
de  France,  dans  Bi67.  de  l'École  des  hautes  études,  fasc.  154; 
N.  Valois,  Les  essais  de  conciliation  religieuse,  dans  Rev. 
d'Iiist.  de  l'Église  de  France,  1945.  —  Sur  la  S.-Barthélemy  : 
L.  Romier,  La  S.-Barthélemy,  dans  Rev.  du  XFI'  s.,  i,  1913, 
p.  .529-60;  S.  L.  England,  The  mass.  of  St  Barth.,  Londres, 
1938;  H.  Hauser,  Le  P.  Ed.  Auger  et  le  mass.  de  Bord.,  dans 
Bull.  hist.  du  prot.  français,  1911,  p.  289-311.  —  Sur  le 
concile  de  Trente  et  son  application  :  P.  Richard,  Le  concile 
de  Trente,  Paris,  1930-31;  H.  O.  Evenett,  op.  cit.;  V.  Mar- 
tin, Le  gallicanisme  et  la  Réforme  cath.,  Paris,  1919; 
Ch.  Hirschauer,  La  politique  de  S.  Pie  V  en  France,  dans 
Bibl.  de  l'École  française  de  Rome,  Paris,  1922,  fasc.  120.  — 
Situation  religieuse  :  J.  Grente,  Une  paroisse  à  Paris  sous 
l'Ancien  Régime,  Paris,  1897;  A.  Lefranc,  La  vie  quotidienne 
an  temps  de  la  Renaissance,  1938;  V.  Carrière,  Les  épreuves 
de  l'Église  de  France  au  XVI^  s.,  dans  Introd.  aux  études 
d'hist.  eccl.  locale,  1,  Paris,  1936.  —  L.  Febvre,  Le  problème 
de  l'incroyance  au  XVI'  s.,  Paris,  1942. 

Ch.  Lefebvre. 
«  CHARLES  X».  —  Charles  de  Bourbon-Ven- 
dôme naquit  en  1517,  cinquième  fils  de  Charles  de 
Bourbon  et  de  Françoise  d'Alençon,  et  ainsi  frère 
d'Antoine  de  Bourbon,  roi  de  Navarre.  Il  est  arche- 
vêque de  Rouen  et  cardinal,  quand  meurt  le  duc  d'An- 
jou, frère  de  Henri  III,  et  héritier  présomptif  de  la 
couronne  (10  juin  1583).  La  Ligue  se  refuse  à  admettre 
Henri  de  Navarre,  désormais  plus  proche  parent  de 
Henri  III,  comme  successeur  possible;  sur  ses  ins- 
tances, le  cardinal  de  Bourbon  signe  à  Péronne 
(30  mars  1585)  un  manifeste  :  Déclaration  des  causes 
qui  ont  amené  Monseigneur  le  cardinal  de  Bourbon  et  les 
pairs,  princes,  seigneurs,  villes  et  communautés  catho- 
liques de  ce  royaume  de  France  de  s'opposer  à  ceux  gui, 
par  tous  moyens,  s'efforcent  de  subvertir  la  religion 
cattiolique  et  l'État.  Ce  document  est  en  même  temps  un 
appel  aux  mécontents.  Quatre  ans  plus  tard,  le  jour 
même  de  l'assassinat  du  duc  de  Guise  (23  déc.  1588),  le 
cardinal  est  arrêté.  Dès  l'assassinat  de  Henri  III 
(1"  août  1589),  Mayenne,  chef  de  la  maison  de  Guise  et 
de  la  Ligue,  le  fait  cependant  proclamer  roi  sous  le  nom 
de  Charles  X.  Mais  il  meurt  le  15  mai  1590. 

H.  Hauser,  Les  sources  de  l'Iiist.  de  France.  Le  XVI' s., 
Paris,  1906-16.  —  E.  Saulnier,  Le  rôle  politique  du  cardinal 
de  Bourbon,  dans  Bibl.  de  l'École  des  hautes  études,  1912. 

Ch.  Lefebvre. 
CHARLES  X,  roi  de  France  (1824-30).  I.  L'An- 
cien Régime.  II.  L'exil.  III.  Les  première  et  seconde 
Restauration.  IV.  Le  règne.  1°  La  politique  religieuse; 
législation,  gallicanisme,  mennaisianisme.  2°  Le  minis- 
tère Martignac  et  les  ordonnances  de  1828.  3°  Le 
ministère  Polignac.  V.  Dernières  années. 

I.  L'Ancien  Régime.  —  Charles-Philippe,  comte 
d'Artois,  naquit  à  Versailles,  le  9  oct.  1757;  quatrième 
enfant  du  dauphin,  fils  de  Louis  XV,  et  de  Marie- 
Josèphe  de  Saxe.  Jusqu'en  1764,  il  reçoit  de  son  père 
une  éducation  très  soignée;  mais,  à  la  mort  de  celui-ci, 
il  a  comme  gouverneur  le  duc  de  La  Vauguyon,  qui  a 
déjà  assumé  la  formation  de  ses  trois  frères  :  le  duc  de 
Bourgogne,  mort  à  dix  ans,  le  duc  de  Berry  (futur 


4  77  CHA}- 

Louis  XVI),  et  le  comte  de  Provence.  Aimable,  géné- 
reux, spontané  et  quelque  peu  désinvolte,  il  n'est  pas 
guerrier,  comme  beaucoup  de  Bourbons;  affranchi  de 
toute  contrainte,  il  passe  très  vite  à  une  indépendance 
absolue. 

Le  16  nov.  1773,  il  épouse  Marie-Thérèse,  fille  de 
Yictor-Amédée  III,  roi  de  Sardaigne;  il  en  aura  deux 
lils,  Louis,  duc  d'Angoulême,  né  en  1775,  et  le  duc  de 
Berry,  né  en  1778.  Grand  seigneur,  il  mène  une  exis- 
tence royale  mais  frivole  dans  l'aile  gauche  du  châ- 
teau; le  soir,  de  somptueux  dîners  sont  suivis  d'un  bal 
qui  se  prolonge  tard  dans  la  nuit.  Ce  train  de  vie 
amène  des  difficultés  financières;  en  1780,  le  roi  lui 
avait  donné  14  millions  et  demi  de  livres;  lors  de  la 
Révolution,  il  a  16  millions  de  dettes  exigibles.  Aussi, 
son  crédit  diminue  à  la  cour  et  ses  frivolités  le  compro- 
mettent aux  yeux  de  la  noblesse. 

En  politique  au  moins,  le  comte  d'Artois  se  montre 
tout  de  suite  adversaire  irréductible  de  toutes  les  idées 
nouvelles;  toute  sa  vie,  il  restera  le  défenseur  de  l'ab- 
solutisme, le  fidèle  partisan  des  institutions  de  l'An- 
cien Régime;  son  aveugle  intransigeance  à  l'égard  du 
tiers  devait  être  lourde  de  conséquences.  D'abord,  la 
politique  de  Necker  reçoit  son  approbation,  car  elle  le 
favorise;  dès  que  Necker  propose  la  création  d'assem- 
blées provinciales  (1779),  d'Artois  prend  la  défense  des 
privilégiés;  son  opposition  se  précise  avec  la  publica- 
tion du  Compte  rendu  (1781).  Sa  réaction  est  aussi  vive 
quand  Galonné  propose,  dans  le  mémoire  du  20  août 
1786,  tout  un  plan  de  réformes,  dont  le  remplacement 
des  vingtièmes  par  la  «  subvention  territoriale  »,  impôt 
sur  toutes  les  terres  sans  exemption  pour  personne; 
dans  l'assemblée  des  notables,  réunie  le  29  déc.  sui- 
vant, l'hostilité  de  l'aristocratie  est  telle,  surtout  à  la 
suite  de  l'Avertissement  de  Gerbier,  que  Galonné  finit 
par  être  renvoyé  (8  avr.  1787).  Brienne,  qui  a  été  son 
adversaire,  le  remplace,  mais  reprend  ses  projets; 
quand  la  question  des  nouveaux  impôts  est  portée 
devant  le  bureau  dirigé  par  le  comte  d'Artois,  La 
Fayette  aurait  proposé  la  convocation  d'une  assem- 
blée générale  :  «  Quoi,  se  serait  écrié  le  comte,  vous 
demandez  la  convocation  des  États  généraux?  — 
Oui,  Monseigneur,  et  même  mieux  que  cela.  »  L'idée 
devait  être  reprise,  mais  l'aristocratie  comptera  l'ex- 
ploiter à  son  propre  avantage.  Après  le  renvoi  de 
l'assemblée,  le  Parlement  se  montre  aussi  irréductible; 
le  14  août,  il  est  exilé  à  Troyes;  mais  des  troubles 
éclatent,  et  le  17  le  comte  est  mal  reçu  à  la  Cour  des 
aides  où  il  est  allé  faire  enregistrer  l'édit  de  la  «  sub- 
vention »;  la  Cour  réclame  publiquement  la  convoca- 
tion des  États  généraux.  Après  les  incidents  qui 
marquent  la  fin  de  1787  et  le  printemps  de  1788,  l'arrêt 
du  Conseil  du  5  juill.  annonce  la  réunion  des  États 
généraux,  fixée  au  1"  mai  1789,  par  l'arrêt  du  8  août. 
La  noblesse,  en  lutte  avec  le  souverain,  espère  en  faire 
sortir  définitivement  sa  prépondérance. 

Mais  la  question  financière  reste  pendante,  d'où 
l'appel  de  Necker  à  une  seconde  assemblée  des 
notables;  elle  va  fournir  au  comte  d'Artois  l'occasion 
de  préciser  la  position  de  l'aristocratie.  Le  mémoire  du 
12  déc.  1788  rappelle  qu'il  faut  «  conserver  la  seule 
forme  de  convocation  des  États  généraux  qui  soit 
constitutionnelle...,  la  distinction  des  ordres,  le  droit 
de  délibérer  séparément,  l'égalité  des  voix,  ces  bases 
inaliénables  de  la  monarchie  française  ».  Ce  mémoire 
accroît  l'hostilité  contre  les  privilégies  :  le  tiers  devient 
le  parti  national;  le  souverain  semble  prendre  le  parti 
de  ce  dernier  en  admettant  le  doublement  dans  le 
Résultat  du  Conseil  du  27  déc.  1788. 

Toutefois,  il  n'est  pas  précisé  que  le  vote  aura  lieu 
«  par  tête  »,  et  la  lutte  s'envenimera  jusqu'il  la  réunion 
des  États  le  5  mai  suivant.  Le  comte  d'Artois  se 
montre  en  particulier  intraitable  :  à  Necker  qui  offre  sa 


LFS   X  471=; 

démission,  il  répond  :  «  Nous  vous  garderons  comme 
otage,  et  nous  vous  rendrons  responsable  de  tout  ce  qui 
pourra  arriver»  (J.  Flammermonl,  Lr  deuxième  minis- 
tère Necker,  dans  Reu.  Iiist.,  1891,  p.  25).  Son  activité 
;  est  grande,  fin  juin  et  début  de  juill.,  pour  en  finir  avec 
I  l'Assemblée  nationale;  il  ne  tardera  pas  à  en  subir  les 
conséquences. 

II.  L'exil.  —  Le  14  juill.,  au  Palais-Royal,  sa  tête 
est  mise  à  prix;  et  le  16,  il  reçoit  du  roi  l'ordre  de  quit- 
ter le  territoire.  Son  départ  précipité  semble  donner  à 
la  noblesse  le  signal  de  l'exil. 

Mais  le  comte  d'Artois  n'est  pas  admis  à  Bruxelles  ;  il 
part  pour  Turin,  chez  le  roi  de  Sardaigne,  son  beau-père, 
qui  l'accueille  avec  quelque  appréhension  pour  ce  mi- 
lieu voltairien.  De  La  Vénerie,  d'Artois  pense  agir 
pour  sauver  le  roi,  rallier  les  émigrés  et  faire  appel  aux 
puissances  étrangères.  Rejoint  par  Galonné  et  une  cen- 
taine de  gentilshommes,  il  envoie  des  émissaires  soule- 
ver les  catholiques  contre  les  protestants  à  Montau- 
ban,  le  10  mai  1790,  et  à  Nîmes,  le  10  juin.  Entre  temps 
I  le  prince  Victor  de  Broglie  est  dépêché  à  Rome  pour 
;  influencer  les  dispositions  du  pape  dans  un  sens  hostile 
au  régime  nouveau.  Dans  l'affaire  des  princes  alle- 
mands dépossédés  par  les  décrets  des  5-11  août,  il 
délègue  le  marquis  de  Larouzière  à  Ratisbonne  en  vue 
d'aboutir  à  un  conflit;  l'attitude  de  Léopold  à  Venise 
ruine  ses  espoirs. 

Après  avoir  assisté  à  Turin  au  passage  de  ses  tantes. 
Mesdames  Victoire  et  Adélaïde,  en  route  pour  Rome, 
le  comte  d'Artois  rejoint  Madame  de  Polastron  à 
Vienne.  Sa  première  entrevue  avec  l'empereur,  le 
17  mai  1791,  manifeste  l'intention  de  celui-ci  de  lui 
voir  suspendre  son  activité.  Il  se  rend  alors  à  Coblence 
(17  juin),  où  il  espère  meilleur  accueil  de  la  part  des 
I  princes  allemands;  Monsieur  l'y  rejoint  le  7  juill.  On 
I  connaît  l'état  religieux  des  émigrés;  les  pascalisants 
j  n'y  sont  guère  qu'une  dizaine,  suivant  le  témoignage 
1  de  Calonne. 

\      Une  seconde  entrevue  avec  Léopold  à  Vienne  n'est 
i  pas  plus  encourageante  que  la  première;  mais  la  décla- 
I  ration  de  Pillnitz  ne  tarde  pas  à  rendre  l'optimisme 
j  au  comte  d'Artois.  Survient  la  déclaration  de  guerre 
■  du  20  avr.  1792.  et  il  espère  pouvoir  rétablir  la  mo- 
'  narchie  grâce  à  l'armée  constituée  avec  Condé;  il  ne 
peut  que  suivre  l'armée  prussienne,  et,  après  Valmy, 
est  entraîné  dans  la  retraite.  Il  échoue  à  Hamm  (West- 
phalie),  où  l'a  précédé  Monsieur.  Ils  y  apprennent  la 
j  mort  du  roi. 

;  Monsieur,  devenu  régent,  nomme  son  frère  lieute- 
;  nant  général  du  royaume  et  l'envoie  en  cette  qualité  à 
I  S.-Pétersbourg;  d'Artois  en  revient  avec  un  projet  de 
[  débarquement  en  Bretagne.  Mais  dès  son  arrivée  en 
;  Angleterre,  le  cabinet  britannique  l'invite  à  regagner 
Hamm.  Revenu  le  7  août  1795,  il  y  apprend  l'écrase- 
ment des  royalistes  à  Quiberon;  malgré  son  ignorance, 
il  est  rendu  responsable  de  l'échec  (Ch.  Robert,  iîxpe- 
dition  des  émigrés  à  Quiberon,  Paris,  1899).  Pour  ven- 
ger ce  désastre,  le  gouvernement  britannique  autorise 
un  débarquement;  le  2  oct.,  il  est  à  l'île  d'Yen,  face 
aux  armées  républicaines;  Charette  l'attend,  mais 
n'indique  pas  d'endroit  propice;  les  troujjes  anglaises 
se  découragent,  de  même  que  les  conseillers  du  prince, 
qui  lui  représentent  les  dangers  d'une  opération;  le  10 
nov.,  la  flotte  repart  pour  l'Angleterre.  D'Artois  devait 
tenter  de  se  justifier  en  arguant  d'un  ordre  du  cabinet 
anglais.  Il  se  retire  alors  à  Holy-Rood,  avec  une  pen- 
sion de  500  livres.  L'isolement,  l'aigreur,  la  jalousie 
amènent  une  mésentente  avec  son  frère;  le  mariage  de 
son  fils,  le  duc  d'Angoulême,  avec  .Madame  Royale 
consomme  la  rupture  (1799). 

Louis  XVIII  est  hostile  à  un  autre  projet  de  débar- 
quement en  Bretagne  et  d'Artois  abandonne  l'idée  de 
.se  mettre,  en  sept.  1799,  à  la  tête  d'une  armée  suisse 


479 


CHARLES  X 


480 


jointe  aux  Russes.  Il  annonce  cependant  toujours  son 
arrivée  en  France,  encourageant  les  attentats  contre 
le  Premier  Consul.  L'échec  du  complot  de  Cadoudal, 
qu'il  avait  patronné  ouvertement,  lui  aliène  tout  le 
pays.  La  rentrée  des  émigrés  accroît  ses  déceptions.  Là- 
dessus  meurt  Madame  de  Polastron  qui  lui  avait  fait 
promettre  de  changer  de  vie.  Le  prince  devait  être  fidèle 
à  son  serment,  mais  lui  serait-il  donné  un  jour  de  servir 
un  pays  qu'il  semblait  comprendre  de  moins  en  moins? 

IIL  Les  première  et  seconde  Restaurations.  — 
Les  défaites  de  Napoléon  tirent  le  comte  d'Artois, 
Monsieur,  de  l'oubli  où  il  est  tombé;  le  27  janv.  1814,  il 
débarque  à  Scheveningen,  près  de  La  Haye,  et  lance 
une  proclamation  au  peuple  français;  de  là,  il  gagne 
Bâle,  puis  Vesoul.  Mais  les  alliés  n'ont  pour  lui  que  mé- 
fiance et  dédain;  aucun  prince  ne  croit  même  à  la 
possibilité  d'un  retour  des  Bourbons;  le  peuple  fran- 
çais lui-même,  témoigne  A.  Cournot  (Souvenirs,  1760- 
1860,  Paris,  1913,  p.  120),  a  oublié  son  nom.  Vitrolles 
cependant  plaide  sa  cause  auprès  de  Metternich; 
comme  la  route  de  Paris  est  ouverte,  Monsieur  reçoit  à 
Vitry-le-François  communication  de  la  constitution 
adoptée  par  le  Sénat;  la  nation  appelle  de  ses  vœux  le 
roi  —  mais  n'est-ce  pas  nier  le  «  dogme  »  de  la  monar- 
chie de  droit  divin?  Pourtant,  le  12  avr.,  lui  est  réservé 
un  accueil  enthousiaste,  et  d'Artois  prend  la  tête  du 
gouvernement  provisoire  :  «  Rien  n'est  changé  en 
France,  dit-il,  si  ce  n'est  qu'il  s'y  trouve  un  Français 
de  plus.  » 

Mais  les  émigrés  ne  se  sont  rendu  compte  que  dans 
une  certaine  mesure  de  leurs  erreurs;  la  plupart  sont 
revenus  à  l'Église,  mais  en  même  temps,  ils  identifient 
leur  cause  avec  celles  de  la  religion  et  de  la  monarchie; 
ils  vont  tendre  à  «  restaurer  l'autorité  de  ces  deux  puis- 
sances, afin  de  rétablir  leur  situation  et  leurs  privi- 
lèges ».  Ils  seront  «  ultras  et  cléricaux  »  (J.  Leflon). 
Monsieur  précisément  prend  la  direction  de  ce  mouve- 
ment; à  côté  du  gouvernement  royal  s'organise  bien- 
tôt un  gouvernement  occulte;  «  le  pavillon  de  Marsan, 
où  il  demeure,  est  l'asile  et  la  forteresse  de  l'Ancien 
Régime  »  (S.  Charléty,  p.  32).  Par  l'intermédiaire  de 
l'abbé  de  Latil,  son  aumônier,  Monsieur  est  au  courant 
des  intentions  du  comité  ecclésiastique,  et  peut  influer 
dans  le  sens  de  l'abolition  du  Concordat  de  1801.  En  ce 
qui  concerne  l'Université,  il  aurait,  dès  le  13  avr.  1814, 
fait  préparer  un  projet  de  réforme  (J.  Poirier,  L'Uni- 
versité provisoire,  dans  Rev.  d'hisi.  moderne,  1926, 
p.  249),  sans  parler  d'une  influence  au  moins  indirecte 
sur  les  mesures  qui  devaient  suivre. 

L'épopée  des  Cent  Jours  balaie  les  réorganisateurs, 
mais  dès  le  8  juill.  Louis  XVIII  est  de  retour,  et  les 
élections  du  22  août,  préparées  par  les  Chevaliers  de  la 
foi,  donnent  la  majorité  aux  ultras;  Monsieur  devient 
chef  de  parti.  Il  encourage  les  représailles;  à  la  tête  de 
la  garde  nationale,  il  se  croit  maître  de  la  France. 
Cette  attitude  partage  la  cour  en  deux  camps  :  parti- 
sans et  ennemis  de  la  Charte.  Après  le  renvoi  de  la 
Chambre  introuvable,  il  continue  ses  attaques  contre 
le  parti  constitutionnel,  sans  jamais  comprendre  les 
efforts  du  roi  pour  faire  vivre  côte  à  côte  la  monarchie 
et  la  France  nouvelle.  Il  n'hésite  pas  à  organiser  un 
vaste  complot  qui  assurerait  le  renvoi  de  tous  les  mi- 
nistres; dans  une  note  secrète  rédigée  par  Vitrolles,  il 
demande  le  maintien  des  troupes  étrangères  sur  le  sol 
national.  L'assassinat  du  duc  de  Berry  (13  févr.  1820) 
entraîne  la  chute  de  Decazes  et  provoque  le  redouble- 
ment des  attaques  contre  Richelieu.  Avec  la  compli- 
cité de  Madame  de  Cayla,  l'amie  du  roi,  il  pousse  au 
pouvoir  Villèle,  avec  qui,  peut-on  dire,  commence  son 
règne.  La  mort  de  Louis  XVIII  (16  sept.  1824)  con- 
sacre ce  pouvoir;  le  nouveau  souverain  fait  son  entrée 
à  Paris  le  27  suivant. 

IV.  Le  RftGNE  DE  Charles  X.  - —  1"  Politique  reli- 


gieuse. —  Il  inaugure  une  politique  réactionnaire, 
principalement  orientée  vers  le  côté  religieux,  comme 
l'attestent  le  sacre  et  le  couronnement  à  Reims.  Le 
pape  Léon  XII,  dans  son  allocution  du  25  mai  1825, 
souligne  les  espoirs  fondés  sur  le  nouveau  roi.  De  fait, 
Charles  X,  que  certains  croient  même  prêtre  et  affilié  à 
la  Congrégation,  estime  que  le  seul  moyen  de  consoli- 
der le  trône  est  de  le  placer  sous  la  sauvegarde  du 
clergé  :  l'Église  lui  paraît  la  seule  force  capable  de 
résister  aux  révolutions.  Il  ne  se  rend  pas  compte  que 
le  clergé,  discrédité  lui  aussi,  ne  peut  que  compro- 
mettre les  Bourbons.  A  partir  de  1824  surtout,  les 
nobles  catholiques  envahissent  les  hauts  postes  admi- 
nistratifs et  les  ministères;  l'administration,  si  forte- 
I  ment  centralisée,  passe  au  service  des  ultras.  Le  grou- 
!  pement  de  ces  derniers  dans  une  association  religieuse, 
]  la  Congrégation  du  P.  Delpuits,  mais  surtout  dans  l'or- 
j  ganisation  secrète  de  l'Association  des  bannières,  ne 
>  pouvait  manquer  d'accroître  leur  influence  (G.  Bertier 
I  de  Sauvigny,  Ferdinand  de  Bertier,  p.  406). 
;      1.  Mesures  législatives.  —  Les  ultras  déploraient  no- 
I  tamment  que  la  Charte  n'ait  pas  rendu  un  hommage 
[  solennel  à  la  religion,  malgré  la  reconnaissance  de  son 
caractère  de  «  religion  d'État  »  (art.  6).  Le  4  janv.  1825 
I  sont  déposés  deux  projets.  L'un  devait  devenir  la  loi 
sur  le  sacrilège  du  20  avr.  Elle  punit  des  travaux  for- 
cés, de  mort  simple,  ou  de  mort  selon  le  mode  d'exé- 
cution des  parricides,  le  crime  de  sacrilège.  La  discus- 
sion, où  interviennent  en  particulier  Bonald  et  Royer- 
Collard,  met  en  relief  l'opposition  entre  les  principes  de 
la  législation  laïque  et  ceux  de  l'Église.  Cette  loi  consti- 
!  tue  une  véritable  révolution  dans  le  droit  public  mo- 
j  derne.  Elle  ne  devait  d'ailleurs  pas  être  appliquée. 
Le  second  projet  touchait  les  congrégations  de 
femmes;  il  faisait  suite  à  un  projet  de  1824  donnant 
l'autorisation,  par  simple  ordonnance,  à  toute  congré- 
gation religieuse;  la  Chambre  des  pairs  l'avait  repous- 
sé. La  nouvelle  loi  du  24  mai  1825  réglemente  la  situa- 
tion juridique  des  seules  religieuses;  une  loi  reste  obli- 
gatoire, conformément  au  décret  du  3  messidor  an  XII 
(art.  4),  pour  la  fondation  de  toute  nouvelle  congréga- 
tion de  femmes;  une  simple  ordonnance  cependant 
suffira  pour  la  reconnaissance  de  congrégations  exis- 
tant déjà  en  fait,  et  pour  la  formation  d'établissements 
appartenant  à  des  congrégations  autorisées  avant  le 
1"  janv.  1825;  deux  types  de  congrégations  subsiste- 
ront ainsi  côte  à  côte.  Les  établissements  des  congré- 
gations autorisées  reçoivent,  par  simple  ordonnance 
royale,  l'autorisation  de  posséder  et  de  recevoir;  quant 
aux  religieuses,  pour  éviter  l'accroissement  des  biens 
dits  de  mainmorte,  elles  ne  peuvent  disposer  en  faveur 
de  leur  ordre  que  du  quart  de  leurs  biens,  sans  que  ce 
quart  puisse  dépasser  10  000  francs.  De  plus,  les  con- 
grégations doivent  préalablement  faire  approuver  leurs 
statuts  par  l'évêque;  ceux-ci  sont  ensuite  soumis  à  la 
vérification  et  à  l'enregistrement  du  Conseil  d'État. 
Quant    aux    établissements,    le    consentement  de 
l'évêque  et  du  conseil  municipal  suffisent. 

Ce  programme  est  complété  par  le  projet  de  loi  sur  le 
droit  d'aînesse  et  le  milliard  aux  émigrés,  ainsi  que  par 
de  nombreuses  mesures  concernant  les  personnes,  la 
garde  nationale  et  la  presse. 

2.  Gallicanisme.  —  La  politique  de  Charles  X  reste 
d'ailleurs  inspirée  des  principes  traditionnels.  Le  sou- 
verain proteste  contre  la  communication  faite  par  le 
nonce  Macchi  aux  Ordinaires  de  la  bulle  du  jubilé;  le 
roi  doit  avoir  revêtu  cette  dernière  de  son  placet.  L'or- 
donnance du  26  janv.  1826  autorisant  ensuite  la  pu- 
blication de  cette  bulle  précise  qu'elle  n'entend  pas 
approuver  «  les  clauses,  formules  ou  expressions  qu'elle 
renferme,  qui  pourraient  être  contraires  à  la  Charte 
constitutionnelle,  aux  lois  du  royaume,  aux  franchises, 
libertés  et  maximes  de  l'Église  gallicane  ».  Pour  la  même 


481 


C  H  A  R 


lp:s  X 


482 


raison,  Charles  X  interdit  V Exhortation  aux  frères  dis- 
sidents appelés  communément  anticoncordatistes,  par 
laquelle  Léon  XII  veut  faire  rentrer  dans  l'unité  des 
adhérents  de  la  Petite  Église.  Le  gouvernement  exi- 
gera même  que  les  procès  canoniques  des  évêques 
passent  par  le  ministère  des  Affaires  étrangères.  Les 
nominations  épiscopales  d'ailleurs  sont  parfois  faites 
sans  l'approbation  du  S. -Siège;  ainsi,  le  roi  accepte  la 
démission  de  Mgr  Tharin,  évêque  de  Strasbourg,  et  dé- 
signe immédiatement  son  successeur.  Ceci,  sans  faire 
mention  de  la  pression  exercée  pour  évincer  Fesch  du 
siège  de  Lyon  au  profit  de  Mgr  du  Pin,  administrateur 
apostolique  du  diocèse.  Léon  XII  proteste  contre  les 
uns  et  les  autres  de  ces  actes  (archives  des  Affaires 
étrangères,  Rome  962,  fol.  19-21),  et  il  ne  cédera  pas 
sur  la  question  du  remplacement  de  Fesch. 

Le  haut  et  le  bas  clergé  sont,  au  surplus,  aussi  galli- 
cans dans  leur  ensemble.  La  déclaration  de  1682  est 
enseignée  dans  les  séminaires;  douze  diocèses  seuls  sur 
quatre-vingts  font  des  réserves  sur  le  rappel  qui  en  est 
fait  par  la  circulaire  de  Corbière,  en  mars  et  mai  1824 
(F.  19  3955).  La  position  des  «  Tablettes  du  clergé  »  est 
caractéristique  sur  ce  point,  et  Frayssinous  obtient 
l'adhésion  de  tous  les  évêques,  sauf  trois  ou  quatre 
(en  particulier  Bonald,  du  Puy  et  d'Aviau,  de  Bor- 
deaux), à  une  déclaration  protestant  contre  l'ouvrage 
de  Lamennais,  De  la  révolution  considérée  dans  ses  rap- 
ports avec  la  politique  (1825).  Ce  gallicanisme  semble  un 
mélange  des  doctrines  d'Ancien  Régime  et  des  doc- 
trines concordataires  fCh.-H.  Pouthas,  L'Église  et  les 
questions  religieuses,  Paris,  cours  de  Sorbonne,  1946, 
p.  295). 

3.  Mennaisianisme.  —  Le  problème  soulevé  par 
Lamennais  n'est  pas  moins  net;  dès  cette  date,  Il 
exerce  déjà  une  sorte  de  «  dictature  »  (F.  Duine,  La- 
mennais, 1.  II,  La  dictature  de  L.).  Dès  la  fin  de  1823, 
devenu  chef  d'école,  il  s'oriente  vers  les  idées  libérales 
dans  le  Mémorial  catholique,  tout  en  gardant  son  anti- 
gallicanisme, qui  stigmatise  r«  erreur  théologique  »,  et 
aussi  0  révolutionnaire  »,  des  doctrines  gallicanes. 

Son  souci  de  libérer  l'Église  le  mène  à  abandonner 
ses  positions  absolutistes;  le  gallicanisme  de  la  monar- 
chie, son  cléricalisme  impolitique  soulèvent  l'opinion 
contre  le  «  parti-prêtre  »;  la  mise  en  tutelle  de  l'Uni- 
versité et  les  autres  lois  d'inspiration  religieuse  abou- 
tissent à  des  résultats  diamétralement  opposés  à  ceux 
qui  sont  recherchés.  Aussi  faut-il,  comme  le  disait  le 
publiciste  Eckstein  {Le  catholique,  ni,  225),  «  changer 
l'esprit  par  l'esprit  i>,  refaire  la  société  (ibid.,  vu,  116). 
Si  l'épiscopat  royaliste,  aristocratique  et  gallican, 
réplique  par  une  déclaration  collective,  le  jeune  clergé 
est  cependant  attiré  par  le  novateur. 

Les  prélats  insistent  auprès  du  roi  pour  une  inter- 
vention du  pape.  Léon  XII  reçoit  Lamennais  en  1824 
et,  finement,  le  juge  :  «  C'est  un  de  ces  amants  de  la 
perfectibilité  qui,  si  on  les  laissait  faire,  bouleverse- 
raient le  monde...,  c'est  un  homme  qu'il  faut  conduire 
avec  la  main  dans  son  cœur.  »  Aussi,  Rome  garde  le 
silence  «  qui  est  toujours  le  parti  qui  convient  le  mieux 
à  la  religion  et  à  la  politique  »  (archives  des  Affaires 
étrangères,  Rome  960,  fol.  267-70).  L'attitude  du 
nonce  Lambruschini,  en  1827,  sera  identique. 

4.  Le  «  Mémoire  à  consulter  ».  —  Outre  la  réaction  de 
Lamennais,  la  politique  du  souverain  devait  provoquer 
celle  de  Montlosier.  Reprenant  en  partie  les  reproches 
adressés  par  les  libéraux,  il  dénonce  (févr.  1826)  quatre 
fléaux  particulièrement  dangereux  :  la  Congrégation, 
les  jésuites,  l'ultramontanisme,  et  l'esprit  d'envahisse- 
ment des  prêtres.  Les  jésuites,  en  effet,  qu'il  ne  faut 
pas  confondre  avec  les  Pères  de  la  Foi  ou  les  Pères  du 
Sacré-Cœur,  ne  pouvaient,  quoi  qu'ait  pensé  le  P.  de 
Clorivière,  rentrer  officiellement.  Profitant  des  dispo- 
sitions de  la  Charte,  ils  reviennent  s'attacher  à  l'œuvre 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


des  petits  séminaires  et  des  missions;  la  société  des 
Missions  de  France  exerce  un  apostolat  extrêmement 
fécond  à  travers  toute  la  France  (E.  Sevrin,  Les  mis- 
sions religieuses,  p.  100  sq.).  A  eux  aussi  était  due  la 
célèbre  Congrégation,  alors  dirigée  par  l'abbé  Legris- 
Duval  et  le  P.  Ronsin,  et  dont  l'activité  propre  est 
exclusivement  religieuse,  quels  que  soient  ses  liens 
avec  l'Association  des  bannières.  Pourtant,  en  1824,  la 
Compagnie  de  Jésus  ne  comprend  qu'un  effectif  de 
108  prêtres  et  de  212  scolastiques  ou  frères  coadju- 
teurs.  Mais  les  évêques  ont  beau  protester,  et  Frayssi- 
nous louer  «  l'excellence  et  l'utilité  de  cet  ordre  comme 
corps  enseignant  »,  les  accusations  vont  leur  chemin. 
En  1827,  Bellema  estime  à  plus  de  cent  cinquante  les 
ouvrages  parus  depuis  un  an  contre  les  jésuites  (Trois 
procès  en  un,  Paris,  1827,  p.  75). 

2°  Ministère  Martignac  et  ordonnances  de  1828.  — 
Ces  tendances,  jointes  aux  lois  impopulaires  sur  la 
presse  (1827),  achèvent  de  discréditer  le  gouvernement 
Villèle.  Après  les  élections  de  nov.,  le  roi  fait  appel  à 
Martignac,  sans  abandonner  pour  autant  sa  politique 
réactionnaire;  Villèle  n'aurait  dû  sa  chute  qu'à  son 
impopularité  personnelle. 

Le  nouveau  ministère  songe  à  des  concessions  libé- 
rales sur  le  terrain  religieux.  Le  10  févr.  1828,  Vati- 
mesnil  reçoit  la  direction  du  nouveau  ministère  de 
l'Instruction  publique;  il  s'appliquera  à  réduire  la  por- 
tée des  directives  de  Mgr  Frayssinous.  Le  21  avr.,  les 
évêques  se  voient  retirer  sur  les  écoles  les  droits  obte- 
nus de  l'ordonnance  de  Corbière  du  8  avr.  1824;  mais 
un  comité  de  neuf  membres,  présidé  par  le  délégué  de 
l'évêque,  et  dont  deux  autres  ecclésiastiques  sont 
membres,  statuera  sur  la  nécessité  d'ouvrir  de  nou- 
velles écoles;  le  recteur  décidera.  En  ce  qui  concerne 
les  écoles  secondaires  ecclésiastiques,  la  commission 
d'enquête,  nommée  le  28  janv.,  trouve  53  écoles  en 
fraude  sur  197  :  huit  ont  été  confiées  aux  jésuites. 
Après  un  rapport  de  Mgr  Feutrier,  ministre  des 
Affaires  ecclésiastiques,  le  ministère  publie  deux  or- 
donnances, le  16  juin  :  la  première,  de  Portails,  mi- 
nistre de  la  Justice,  expulse  les  jésuites  des  établisse- 
ments indiqués  et  exige  de  leurs  successeurs  une  décla- 
ration écrite  qu'ils  n'appartiennent  à  aucune  congréga- 
tion non  autorisée;  la  seconde,  signée  de  Mgr  Feutrier, 
limite  à  vingt  mille  les  élèves  des  petits  séminaires,  et 
oblige  ceux-ci,  après  deux  ans  de  séjour,  au  port  du 
costume  ecclésiastique.  Un  comité  de  défense,  présidé 
par  Mgr  de  Quélen,  proteste  en  vain  dans  un  mémoire 
rédigé  par  Clermont-Tonnerre,  archevêque  de  Tou- 
louse; soixante-dix  évêques  y  adhèrent.  Mais  le  S.- 
Siège  finit  par  conseiller  de  s'en  remettre  à  la  piété  du 
souverain  (A.  Garnier,  Les  ordonnances  du  16  juin, 
Paris,  1929).  Les  écoles  en  question  furent  ramenées  au 
chiffre  de  127  avec  16  858  élèves  en  1829  (Ch.-H.  Pou- 
thas, op.  cit.,  p.  223  sq.),  d'où  une  grave  diminution  de 
cet  enseignement  (ibid.,  p.  300). 

Charles  X  n'avait  signé  ces  ordonnances  qu'à  contre- 
cœur; aussi,  la  droite  redouble-t-elle  ses  attaques,  alors 
que  les  libéraux  se  montrent  plus  exigeants  encore. 

30  Ministère  Polignac.  —  Devant  l'ampleur  des 
questions  politiques  qui  se  posent,  les  problèmes  reli- 
gieux passent  au  second  plan.  Le  clergé  soutient  le 
programme  de  la  droite;  quelques  évêques  même  pu- 
blient des  mandements  contre  les  221;  Lamennais, 
bien  au  courant  de  la  mentalité  du  jour,  se  plaint  des 
«  extravagances  »  du  clergé  :  «  Si  la  religion  se  perd  en 
France,  c'est  lui  seul  qui  l'aura  perdue.  »  Les  ordon- 
nances du  25  juin.  1830  sonnent  le  glas  de  la  Restau- 
ration; la  royauté  entraîne  dans  sa  chute  le  clergé  et 
l'Église  en  France.  L'alliance  du  trône  et  de  l'autel  est 
une  cause,  à  laquelle  il  faut  joindre  la  mentalité  vol- 
tairienne  de  la  bourgeoisie  qui  accède  au  pouvoir,  sans 
parler  des  classes  populaires  aigries  par  la  crise  écono- 

H.  —  XII.  —  16  — 


CHARLES  X 


—  CHARLES  LE  BON 


484 


inique  et  travaillées  par  les  sociétés  secrètes,  sur  l'ac-  1 

tion  desquelles  d'ailleurs  des  recherches  sont  à  faire.  ■ 

V.  Les  dernières  années.  —  Le  souverain  déchu  ^ 

part  en  Angleterre,  où  l'attend  la  plus  grande  indiffé-  ; 

rence,  sinon  l'hostilité.  Deux  ans  plus  tard,  il  laisse  ' 

Holy-Rood  et  est  hébergé  au  Hradschin,  qu'il  quitte  j 
pour  Goritz,  où  il  meurt  le  6  nov.  1836. 

Son  règne  s'est-il  soldé  par  un  échec,  tant  au  point  ; 

de  vue  religieux  qu'au  point  de  vue  politique?  Les  ap-  ^ 

parences  l'indiquent;  on  connaît  le  caractère  antireli-  j 

gieux  de  la  révolution  de  1830.  Il  faut  cependant  j 

avouer  que  certains  travaux  récents  d'E.  Sevrin  et  de  | 

G.  de  Bertier  de  Sauvigny  incitent  à  rectifier  un  i 
jugement  peut-être  trop  absolu  :  le  chiffre  des  ordina-  ! 
tions  a  triplé  en  sept  ans,  les  fondations  de  congréga-  j 
tions  hospitalières  et  charitables  sont  multiples,  les  i 
réguliers    doublent    leurs    effectifs    et  atteignent 
30  000  membres;  quant  à  la  pratique  religieuse  à  la 
campagne,  dans  les  petites  villes,  même  de  la  part  des 
ouvriers,  si  elle  est  entachée  de  conformisme,  elle  n'en 
est  pas  moins  générale,  semble-t-il.  , 

On  trouvera  une  bibliographie  complète  dans  J.  Lellon, 
La  crise  révolutionnaire,  dans  Hist.  de  l'Église  de  A.  Fliche  : 
et  V.  Martin,  xx,  Paris,  1949,  p.  10  sq.,  12-14;  321,  note  1  ;  ; 
394,  note  2.  —  Pour  la  période  antérieure  et  quelques  points  i 
particuliers,  voir  :  Th.  Anne,  Mémoires,  souvenirs  el  anec-  ' 
dotes  sur  l'intérieur  du  palais  de  Charles  X  et  les  événements 
de  1815  à  1830,  Paris.  1831.  —  Chr.  de  Parrel,  Les  papiers  de 
Colonne  :  les  finances  des  princes  en  1790,  91,  92,  Cavaillon, 
1932.  —  P.-L.-F.  Villeneuve,  Ch.  X  et  Louis  XIX  en  exil,  \ 
mém.  inéd.,  Paris,  1889.  —  Vaudreuil  et  Artois,  Correspon-  ' 
dance  int.  pendant  l'émigration,  Paris,  1889.  —  R.  Busquet, 
B.  Roberty,  A.-J.  Parés,  Mém.  de  L.  Richaud  sur...  l'émi-  \ 
gration,  Paris,  1930.  —  Cérémonial  du  sacre...,  avec  le  formu-  1 
iaire  modifié  pour  le  sacre  de  Ch.  X,  La  Rochelle,  1931.  — 
Stendhal,  Souv.  d'égolisme,  Paris,  1941.  — Vitrolles,  Mém., 
I,  Paris,  1950. 

Autres  travaux  utiles  :  Ch.  Boissonet,  Le  sacre  de  Ch.  X, 
Poligny,  s.  d.  —  Vicomte  de  Reiset,  Le  mariage  du  comte 
d'Artois,  Thiers,  s.  d.  —  C.-J.  Bailleul,  La  France  sous  le 
règne  de  Ch.  X,  Paris,  1824.  —  E.  Daudet,  Hist.  de  l'émi- 
gration française  pendant  la  Rév.  jranç.,  Paris,  1904-07.  —  l 
Dr  Cabanes,  L'éducation  des  3  dern.  Bourbons,  Paris,  1923. 
—  F.  Baldensperger,  Le  mouvement  des  idées  pendant  l'émi- 
gration franç.,  Paris,  1924.  —  Ch. -H.  Pouthas,  Guizot  pen- 
dant la  Restauration,  Paris,  1924.  —  E.  Vingtrinier,  La 
Contre-Rév.,  1789-91,  Paris,  1924-25.  —  P.  de  Vaissière, 
A  Coblence,  Paris,  1924.  —  J.  Lucas-Dubreton,  Ch.  X,  ' 
Paris,  1927.  —  N.  F.  Scander,  La  France  en  1814  et  le  gou- 
vernement provisoire,  Paris,  1934.  —  E.  Beau  de  Loménie, 
La  carrière  politique  de  Chateaubriand,  Paris,  1929.  — 

H.  Robert,  Les  grands  procès  de  l'hist.,  Paris,  1932.  — 
E.  Lavaquery,  Necker,  Paris,  1933.  —  E.  Chapuisat,  Necker, 
Paris,  1938.  —  G.  Lefebvre,  La  révolution  aristocratique 
(cours  de  Sorbonne),  Paris,  1946.  — •  F.  Trochu,  L'abbé 
Ch.  Foyer  (1771-1842),  Lyon-Paris,  1948.  —  Ch.  Girault, 
Rochecotte  et  la  chouannerie  manc,  Laval,  1949. 

CHARLES   D'ABBEVILLÈ,  capucin  fran- 
çais (xvii<-  s.).  Voir  D.  T.  C,  n,  2272. 

CHARLES    D'ARENBERG.    Voir  Aren- 
BERG  (Charles  d'),  m,  1642. 

CHARLES  DE  L'ASSOMPTION  (Char 
LES  DE  Brias),  carme  français,  moraliste  (1625-86). 
Voir  D.  T.  C,  ii,  2272-73. 

CHARLES  D'AUTRICHE,  évêque  de  Bres- 
lau.  Voir  Autriche  (Charles  d'),  v,  882. 

CHARLES  DE  BLOIS  (Bx).  Voir  Blois  (Bx 
Charles  de),  ix,  223-28. 

CHARLES  LE  BON  (Bx),  comte  de  Flandre 
(17  juin  1119-2  mars  1127),  fils  de  S.  Canut,  roi  de 
Danemarlv  (v.  D.  H.  G.  E.,  xi,  814-15),  et  d'Adèle  de 


Flandre,  troisième  fille  de  Robert  le  Frison.  En  1086, 
année  de  l'assassinat  de  son  père,  il  était  encore  un 
tout  jeune  enfant,  filius  parvulus.  Étant  née  entre 
1065  et  1071,  sa  mère  ne  peut  s'être  mariée  qu'entre 
1080  et  1083;  elle  eut  trois  enfants,  dont  Charles 
semble  avoir  été  l'aîné.  Celui-ci  naquit  donc  vraisem- 
blablement entre  1082  et  1086.  .\rrivé  en  Flandre 
avec  sa  mère  en  1087,  il  aura  vécu  avec  elle,  sans  doute 
dans  les  terres  comtales  d'Harlebeke,  jusqu'aux  se- 
condes noces  d'Adèle  avec  Roger,  duc  de  Fouille, 
célébrées  peu  après  1090.  Depuis  cette  date  il  passa 
son  jeune  âge  à  la  cour  de  son  grand-père.  On  connaît 
peu  de  choses  de  son  éducation.  Charles  savait  lire 
(il  possédait  un  psautier  et  il  l'employait)  et  écrire 
(H.  Nélis  a  prouvé  qu'il  souscrivit  au  moins  deux 
chartes  de  sa  main.  Deux  chartes  de  Charles  le  Bon 
pour  rabbai/e  de  S.-Bavon,  dans  les  Annales  de  la  Soc. 
d'émul.  de  Bruges,  lvi,  1906,  p.  129-42).  Il  ne  faut 
cependant  pas  en  conclure,  comme  on  l'a  fait,  qu'il 
fut  d'abord  destiné  à  une  carrière  ecclésiastique.  On 
admettra  plutôt  qu'éduqué  à  la  cour  de  Robert  le 
Frison,  loué  par  Grégoire  VII,  Urbain  II  et  Guibert  de 
Nogent  pour  sa  culture  littéraire  (C.  Verlinden,  Robert 
le  Frison,  Bruxelles,  1935,  p.  10,  n.  2),  Charles  aura 
reçu  une  instruction  littéraire  soignée,  qui  n'était 
d'ailleurs  plus  en  ce  moment  chose  si  rare  dans  les 
familles  régnantes.  Créé  chevalier,  il  passa  quelque 
temps  en  Terre  sainte  au  service  des  croisades  de 
secours.  Il  faudra  rattacher  cet  épisode  de  sa  vie  au 
voyage  matrimonial  et  politique  que  Bohémond  de 
Tarente,  beau-frère  de  sa  mère,  a  fait  en  France  en 
1105-06  et  au  cours  duquel  il  parvint  à  convaincre  de 
nombreux  chevaliers  de  prendre  la  croix.  Revenu  en 
Flandre,  Charles  allait  reprendre  une  existence  sans 
histoire,  lorsque,  en  1111,  à  la  mort  de  son  oncle  Ro- 
bert II,  il  devint  le  principal  conseiller  du  successeur, 
Baudouin  VII,  qui  n'avait  que  dix-huit  ans.  La  pré- 
sence de  Charles  est  fréquemment  attestée  dans  les 
actes  du  jeune  comte.  Pendant  les  multiples  expédi- 
tions militaires  en  Normandie  et  durant  les  longs 
mois  de  la  maladie  du  comte,  c'est  Charles  qui  aura 
dirigé  les  affaires.  Il  est  permis  de  supposer  que  la 
réputation  de  sévérité  attribuée  à  Baudouin  VII  et 
qui  lui  valut  le  surnom  de  «  à  la  Hache  »  est  due  à 
l'énergie  avec  laquelle  son  conseiller  et  successeur 
Charles  gouverna  le  comté. 

En  1119,  Baudouin  succomba  des  suites  d'une 
blessure  mal  soignée.  Déjouant  les  intrigues  de  sa  mère 
Clémence,  qui  soutenait  la  candidature  de  Guillaume 
de  Loo,  petit-fils  de  Robert  le  Frison  et  né  d'une  rotu- 
rière, le  comte  alité  avait  désigné  Charles  comme  son 
successeur;  il  avait  contraint  sa  mère  à  conclure  un 
pacte  avec  Charles  et  avait  rallié  à  ses  vues  les  évêques 
et  les  grands.  Cependant  peu  après  la  mort  de  son 
fils,  Clémence,  aigrie,  épousa  Godefroid  de  Louvain. 
duc  de  Brabant,  et  suscita  contre  son  neveu  une  coali- 
tion dangereuse.  Mais  Charles  parvint  à  la  disloquer 
et  réussit,  dès  le  commencement  de  son  règne,  à  faire 
respecter  sa  volonté.  Comme  ses  prédécesseurs,  il  fit 
appliquer  la  pax  Dei,  décrétée  dès  le  commencement 
du  XI"  s.,  par  les  évêques  de  la  province  ecclésiastique 
de  Reims  et  complétée  plusieurs  fois  dans  la  suite.  Il 
en  fut  le  premier  jureur  et  le  principal  garant.  Pro 
poiestate  sibi  a  Deo  attributa  (Gautier  de  Térouanne, 
Vita  Karoli,  §  16),  il  se  devait  de  faire  observer  cette 
législation  d'origine  ecclésiastique.  A  côté  d'elle,  il 
imposa  des  mesures  nouvelles  pour  la  sauvegarde  de 
l'ordre  public  :  il  obligea  au  respect  des  temps  de  tiêve 
et  de  paix,  défendit  le  port  des  armes  dans  les  villes 
et  aux  marchés,  engagea  les  nobles  à  liquider  leurs 
querelles  devant  un  tribunal  plutôt  que  par  les  armes. 
Ces  mesures  mécontentaient  sans  doute  les  éléments 
turbulents;  elles  favorisaient  d'autre  part  le  commerce 


Jl 


485 


CHARLES  LE  BON 


—  CHARLES  BORROMÉE 


486 


et  l'agriculture.  Lors  de  la  grande  famine  de  1125,  il 
édicta  encore  une  série  d'édits  pour  combattre  le 
marché  noir.  C'est  donc  à  juste  titre  qu'il  a  été  célébré 
par  ses  contemporains  comme  défenseur  des  pauvres 
et  comme  gardien  de  la  justice  et  de  la  paix. 

La  renommée  de  son  courage  et  de  sa  prudence 
faillit  deux  fois  le  faire  entrer  dans  la  politique  euro- 
péenne. En  1123,  il  refusa  la  couronne  de  Jérusalem. 
En  1125,  à  la  mort  de  l'empereur  Henri  V,  il  s'opposa 
à  ce  qu'on  présentât  sa  candidature  à  l'Empire. 

Les  qualités  humaines  et  surnaturelles  de  Charles, 
sa  bonté  surtout,  ses  convictions  religieuses,  ses 
multiples  formes  de  dévotion  sont  abondamment 
décrites  par  Gautier  et  Galbert  (ce  dernier  ne  lui 
attribue  d'autre  péché  que  la  transgression  de  la  loi 
ecclésiastique  défendant  les  tournois).  Ses  largesses 
et  ses  interventions  au  profit  des  institutions  reli- 
gieuses sont  nombreuses.  Les  32  chartes  qu'on  con- 
naît de  lui  sont  toutes  délivrées  en  leur  faveur.  C'est 
dans  ces  milieux  aussi  que  sa  mort  provoqua  le  plus 
d'émotion  et  une  abondante  littérature. 

De  sa  vie  familiale  on  ignore  à  peu  près  tout. 
Marié  à  Marguerite,  fille  de  Rainaud,  comte  de  Cler- 
mont,  on  ne  rencontre  son  épouse  qu'une  seule  fois 
dans  un  acte,  ce  qui  ne  laisse  pas  d'étonner  quand  on 
constate  que  Clémence  de  Bourgogne  est  mentionnée 
de  nombreuses  fois  dans  les  actes  de  son  mari.  Tou- 
jours est-il  qu'aucun  enfant  n'est  né  de  ce  mariage. 
Faut-il  incriminer  la  nature  ou  voir  là  un  effet  d'une 
forme  d'ascétisme,  prêchée  par  les  milieux  dévots? 

Le  2  mars  1127,  Charles  fut  assassiné  à  l'église  S.- 
Donatien de  Bruges.  Les  circonstances  de  ce  meurtre 
ont  permis  à  l'Église  de  vénérer  en  Charles  le  Bon  un 
martyr  et  un  bienheureux  (culte  immémorial  reconnu 
en  1882).  Elles  méritent  qu'on  s'y  attarde  un  instant. 
Voulant  sauvegarder  les  intérêts  de  son  domaine,  le 
comte  ordonna  d'établir  la  liste  complète  de  ses  serfs. 
Un  incident  fortuit  lui  apprit  que  la  famille  des  Erem- 
baud,  une  des  plus  éminentes  du  comté,  —  elle  avait 
comme  chef  Bertoux,  prévôt  de  S. -Donatien,  et  elle 
était,  par  les  nièces  de  celui-ci,  alliée  à  six  familles 
de  la  meilleure  noblesse,  —  était  elle  aussi  d'origine 
serve.  Charles  se  crut  obligé,  pour  ne  pas  infirmer  une 
politique  domaniale  suivie  un  peu  partout  à  ce  mo- 
ment, de  poursuivre  son  droit  et  de  faire  reconnaître 
par  les  Erembaud  qu'ils  n'étaient  pas  d'origine  libre. 
Il  leur  permit  cependant  de  produire  en  justice  la 
preuve  de  leur  liberté,  par  serment  prêté  par  l'un 
d'eux  avec  douze  cojureurs  nobles.  Les  Erembaud 
ne  purent  trouver  les  cojureurs,  ni  donc  aussi  olîrir 
cette  preuve.  Se  sentant  déshonorés,  ils  en  conçurent 
une  haine  tenace  contre  le  comte. 

A  ce  conflit  vint  s'en  ajouter  un  autre,  qui  allait 
provoquer  la  mort  de  Charles.  Un  neveu  de  Bertoux, 
Bourchard,  menait  une  guerre  privée  contre  Tancmar 
de  Straten,  son  voisin.  De  nombreuses  fois  déjà  le 
comte  avait  enjoint  aux  deux  partis  de  respecter 
la  trêve  de  Dieu.  Après  une  nouvelle  violation  du  ser- 
ment de  paix,  commise  au  détriment  de  Tancmar  et 
restée  elle  aussi  impunie,  voilà  qu'en  l'absence  du 
comte,  Bourchard  organise,  en  temps  de  paix  encore 
une  fois,  une  incursion  armée  dans  le  domaine  de 
Tancmar.  Une  série  de  crimes,  tombant  manifeste- 
ment sous  les  défenses  de  la  législation  de  la  paix  de 
Dieu,  sont  commis  :  effractions  de  demeures,  dépré- 
dations, pillages  des  paysans,  meurtres  mêrne.  Cette 
fois  Charles,  revenu  de  l'ost,  décide  de  punir  cette 
injure  faite,  comme  il  s'exprime,  «  moins  à  lui  qu'à 
Dieu  t,  dont  l'Église  a  lié  le  nom  à  sa  législation  de 
paix.  Il  convoque  ses  barons  à  Ypres.  On  y  décide 
de  descendre  sur  les  lieux.  Impressionné  par  le  spec- 
tacle qu'il  y  voit  et  cédant  aux  instances  de  ses  grands, 
le  comte  fait  appliquer  le  droit  d'arsin  sur  la  demeure 


de  Bourchard,  coupable  d'infraction  à  la  paix.  Charles 
considère  donc  comme  un  devoir  de  religion  la  puni- 
tion sévère  de  cette  violation  exorbitante  de  la  paix 
de  Dieu.  Il  admet  les  risques  que  son  action  peut  com- 
porter pour  sa  personne.  Par  deux  fois,  le  27  févr.,  il 
en  parle  devant  témoins  et  il  exprime  l'avis,  partagé 
par  le  canoniste  Gautier,  archidiacre  de  Térouanne, 
qui  assiste  aux  entretiens,  que  périr  dans  ce  différend 
serait  tomber  pour  une  cause  religieuse  et  accéder  au 
martyre.  Deux  jours  après  l'arsin,  Bourchard,  furieux 
d'une  punition  sévère  mais  légale,  assassine  le  comte. 
Le  jour  même  les  ecclésiastiques  brugeois  émettent 
l'avis  que  leur  comte,  mort  dans  l'exercice  d'un  devoir 
de  religion,  incombant  à  sa  tâche,  est  un  martyr  et 
ils  engagent  déjà,  contre  l'abbé  de  S. -Pierre  de  Gand, 
une  lutte  pour  la  sauvegarde  du  pretiosum  thesaurum 
qu'est  son  corps,  devenu  une  relique  insigne.  Le  même 
sentiment  se  retrouve  exprimé  d'innombrables  fois 
chez  tous  les  auteurs  contemporains  qui  ont  traité  du 
meurtre  de  Charles  le  Bon.  M.  F.  L.  Ganshof,  ne  consi- 
dérant que  la  querelle  domaniale  qui  mit  aux  prises 
1  le  comte  avec  une  famille  de  chevaliers  serfs,  n'a  pas 
'  assez  souligné  les  motifs  de  vengeance  qui  ont  armé 
la  main  de  Bourchard  :  coupable  d'avoir  violé  l'ins- 
titution ecclésiastique  de  la  paix  de  Dieu,  ce  dernier 
ne  fut  puni  par  le  comte  que  pour  cette  seule  raison 
et  ce  fut  de  cette  seule  punition  qu'il  prétendit  se 
venger,  farouchement,  deux  jours  après.  N'ayant  relu 
]  les  sources  que  dans  la  perspective  du  remarquable 
j  travail  de  M.  Ganshof,  le  P.  de  Moreau  (Hist.  de 
l'Église  en  Belgique,  m,  Bruxelles,  1945,  p.  9-17)  n'a 
pas  exposé  le  véritable  caractère  du  meurtre  de  Char- 
les le  Bon  ni  la  théologie  du  martyre  qui  se  dégage  des 
;  sources. 

Parmi  les  sources  narratives,  citons  :  Galbert  de  Bruges, 
Hist.  du  meurtre  de  Charles  le  Bon,  comte  de  Flandre  (1127- 
28),  suivie  de  poésies  httines  contemporaines,  éd.  H.  Pirenne, 
Paris,  1891;  éd.  ancienne,  dans  A.  S.,  mars,  i,  179-219.  — 
Gautier  de  Térouanne,  Vita  Karoli  comitis  Flandriae,  dans 
A.  S.,  mars,  i,  163-79.  —  Anonymi  passio  Karoli,  dans 
'   M.  G.  H.,  SS.,  XII,  619-23.  —  De  nece  Karoli,  dans  Neues 
\  Archiv,  xv,  1890,  p.  448-52.  —  Hériman  de  Tournai, 
Hist.  restaurationis  ecclesiae  S.  Martini  Tornacensis,  dans 
M.  G.  H.,  SS.,  XIV,  274-327. 
I       Pour  les  actes  du  règne  :  F.  Vercauteren,  Actes  des  comtes 
j  de  Flandre,  1071-1128,  Bruxelles,  1938,  n.  93-124  (à  con- 
I   sulter  avec  les  remarques  de  Eg.  I.  Strubbe,  dans  Revue 
i  belge  de  philol.  et  d'hist.,  xviii,  1939,  p.  1017-1123,  et  de  J. 
Gessler,  dans  son  livre  Critica  latina,  Louvain,  1941,  p.  161- 
72). 

On  trouvera  cités  dans  P.  Allossery,  Gescliiedkundige 
Boekenschouw,  i,  Bruges,  1912,  n.  3502,  les  anciennes  bio- 
graphies. Le  seul  travail  digne  de  retenir  l'attention  paru 
depuis  cette  date  est  celui  de  F.  L.  Ganshof,  Étude  sur  les 
ministeriales  en  Flandre  et  en  Lotharingie,  Bruxelles,  1926, 
qui  contient  (p.  343-51)  un  exposé  intéressant,  mais  à 
notre  avis  incomplet,  des  mobiles  du  crime.  Précieux  aperçu 
du  règne  de  Charles  dans  F.  L.  (ianshof,  La  Flandre  sous 
ses  premiers  comtes,  Bruxelles  [1943]. 

J.  M.  De  Smet. 

CHARLES  BORROMÉE  (Saint),  cardinal, 
archevêque  de  Milan  (2  oct.  1538-t  3  nov.  1584).  I. 
Premières  années  (1538-60).  II.  Période  romaine 
(1560-66).  III.  Période  milanaise  (1566-84).  i.  Borro- 
mée  à  Milan,  ii.  Borromée  hors  du  Milanais.  IV.  l\Iort 
et  survie. 

I.  Premières  années  (1538-60).  —  Deuxième  fils 
et  troisième  des  sept  enfants  du  comte  Giberto  Borro- 
mée et  de  Margherita  de  Médicis,  Charles  naquit  au 
château  de  Rocca  d'Arona,  en  vue  du  lac  Majeur,  dans 
la  nuit  du  2  oct.  1538.  Cette  naissance  aurait  été 
accompagnée  de  phénomènes  merveilleux.  (Détails 
généalogiques  dans  F.  Caivi,  Famiglie  nolabili  mila- 
nesi.  II,  Milan,  1881,  tableau  vin;  G.  Galbiati,  Albero 
genealogico  délia  famiglia  principesca  Borromeo  di 
Milano  in  cinque  tavole.  Milan,  1935.) 


487 


CHARLKS  BORROMÉK 


488 


Ses  premiers  biographes  le  dépeignent  volontiers 
comme  un  enfant  prédestiné,  donnant  des  indices 
manifestes  de  vocation.  Chez  un  fils  cadet,  de  telles 
dispositions  étaient  de  bon  augure. 

Des  événements  plus  sérieux  aiguillèrent  l'avenir  du 
jeune  cadet  vers  la  cléricature  :  âgé  de  huit  ans,  Charles 
reçut  la  tonsure  (15  oct.  1545);  en  1550,  son  oncle, 
Giulio  Cesare  Borromée,  lui  céda  son  premier  béné- 
fice :  le  monastère  des  SS.-Gratiniano-et-Felino,  situé 
à  Arona.  Charles  aurait  demandé  d'en  pouvoir  consa- 
crer les  revenus  —  13  000  livres  —  aux  bonnes  œuvres 
comme  étant  «  le  bien  de  Dieu  et  par  conséquent  des 
pauvres  »  (Bascapè,  4). 

Charles  fut  envoyé  à  Milan,  pour  y  suivre  les  leçons 
d'un  précepteur,  sous  la  direction  du  prévôt  de  S.- 
Ambroise,  Bonaventura  Castiglioni.  Le  jeune  élève 
avait  une  intelligence  i^lus  solide  que  brillante.  Bas- 
capè (4)  déplore  que  le  manque  de  promptitude  de 
son  esprit  l'eût  empêché  de  faire  des  progrès  insignes 
dans  les  lettres.  Pourtant,  dès  l'âge  de  treize  ans,  son 
bagage  de  latiniste  était  suffisant  pour  lui  permettre 
—  fût-ce  avec  l'aide  de  son  précepteur  —  d'adresser  à 
son  père  une  lettre  correcte,  émaillée  de  réminiscences 
classiques  et  lui  demandant  comme  cadeau  des  ou- 
vrages de  Pline,  Salluste  et  d'Aristote  (1  déc.  1551; 
texte  et  trad.  dans  Sylvain,  i,  15-16). 

A  l'automne  de  1552,  Giberto  Borromée  envoya  son 
fils  faire  ses  études  de  droit  à  l'université  de  Pavie. 
Charles  promit  d'y  suivre  à  la  lettre  les  recommanda- 
tions de  son  père  (28  oct.  1552;  fac-similé  dans 
S.  C.  B.,  26).  Il  arriva  à  Pavie  le  2  nov.  La  vie  du 
jeune  étudiant  fut  studieuse,  retirée,  peu  expansive, 
fidèle  à  toutes  les  obligations  incombant  à  un  tonsuré 
et  éprouvée  par  de  continuels  embarras  financiers 
causés  par  la  parcimonie  avec  laquelle  son  père  lui 
ouvrait  les  cordons  de  sa  bourse.  Il  manifesta  aussi  sa 
nature  scrupuleuse  à  propos  de  la  licéité  canonique 
de  certains  cours  figurant  au  programme  de  ses  études 
(Sylvain,  i,  25-27). 

A  plusieurs  reprises,  Charles  fut  obligé  d'inter- 
rompre ses  études  pour  de  longs  séjours  à  Milan  et  à 
Arona;  il  passa  de  nombreux  mois  dans  la  propriété 
paternelle,  à  diriger  les  vendanges,  à  surveiller  les 
hommes  de  la  garnison  et  à  restaurer  diverses  cons- 
tructions. En  août  1558,  par  suite  de  la  mort  de  son 
père  (27  juill.),  il  eut  à  porter  le  poids  des  afi'aires 
successorales  :  en  particulier,  il  dut  négocier  avec  les 
autorités  espagnoles  désireuses  d'entrer  en  possession 
de  la  forteresse  d'Arona.  Il  révéla  ainsi  ses  talents 
d'administrateur  et  de  diplomate. 

Le  6  déc.  1559,  Charles  fut  promu  docteur  in  utroque 
jure  (fac-similé  du  diplôme  dans  L.  Gramatica,  Di- 
ploma  di  laurea  in  diriito  canonico  e  civile  di  S.  Carlo 
Borromeo,  Milan,  1917).  L'éloge  académique  du  nou- 
veau lauréat  fut  prononcé  par  son  maître  et  ami  Fran- 
cesco  Alciati. 

Les  régestes  de  cette  partie  de  sa  vie  furent  reconstitués 
par  A.  Rivolta,  Epislolario  giovanile  di  S.  C.  B.,  dans 
Aevum,  xii,  1938,  p.  253-67;  Corrispondenti  di  S.  C.  B. 
(1550-59),  ibid.,  556-619.  La  première  liste  contient 
199  lettres  écrites  par  Ch.  B.  avant  son  départ  de  Milan; 
l'autre  indique  6.52  lettres  qui  lui  furent  adressées  à  la 
même  époque. 

Trois  deuils  déterminèrent  la  carrière  de  S.  Ch.  B.  : 
la  mort  du  pape  régnant,  Paul  IV;  celle  de  Frédéric 
Borromée,  son  frère  aîné;  et  celle  de  son  oncle  mater- 
nel, devenu  pape  à  son  tour.  . 

Le  mois  même  où  Charles  venait  de  recevoir  ses 
lauriers  à  Pavie,  son  oncle  maternel,  le  cardinal  Gian 
Angelo  de  Médicis,  succéda  (25  déc.  1559)  à  Paul  IV 
qui  venait  de  mourir.  Dès  le  lendemain  de  son  élec- 
tion (Pastor,  VII,  80),  le  nouveau  pape.  Pie  IV,  qui 
considérait  son  neveu  «  comme  son  œil  droit  »  (rap- 


port de  Ricasoli  à  Florence,  12  janv.  1560;  Pastor, 
VII,  80),  le  fit  venir  à  Rome.  Frédéric,  son  aîné,  l'y 
avait  précédé;  arrivé  à  temps  pour  assister  au  cou- 
ronnement de  Pie  IV  (6  janv.  1560),  il  sera  promu 
capitaine  général  de  l'Église,  le  2  avr.  1561. 

Charles  quitta  Milan,  le  3  janv.  1560,  faisant  route 
à  une  allure  de  sept  postes  par  jour,  par  des  chemins 
couverts  de  neige,  et  vivement  acclamé  dans  les  loca- 
lités situées  sur  son  passage.  Venu  par  la  Romagne, 
les  Marches  et  l'Ombrie,  il  arriva  à  Rome  au  plus  tard 
le  13  janvier. 

II.  PÉRIODE  ROMAINE  (1560-66).  —  1»  Charges, 
titres  et  honneurs.  —  Dès  son  arrivée  à  Rome  auprès 
de  son  oncle  et  durant  tout  son  séjour.  Ch.  B.  en  fut 
comblé.  Voici  les  principaux  : 

1.  Protonotaire  apostolique,  le  13  janv.  1560; 

2.  Référendaire  de  la  Signature  apostolique,  le 
13  janv.  1560  (B.  Katterbach,  Referendarii  utriusque 
Signalurae  [Studi  e  Testi,  lv],  Rome,  1931,  p.  121, 125); 

3.  Cardinal-diacre  des  SS.-Gui-et-Modeste  :  nommé 
au  consistoire  secret,  le  31  janv.  1560  (Paschini,  10- 
11);  chapeau  conféré  le  lendemain,  au  consistoire 
public  (Acta  consist.,  dans  Baronius-Raynaldi,  1560, 
II.  92;  Massarelli,  Diarium  et  Firmani,  Diaria,  dans 
Conc.  Trid.,  ii,  342,  532);  bouche  ouverte,  le  14  févr. 
(Eubel,  III,  41).  Le  4  sept.  1560,  il  échangea  cette 
diaconie  cardinalice  contre  le  titre  de  S. -Martin  in 
Monlibus,  bien  que  ce  titre  fût  ordinairement  porté 
par  des  prêtres  (Eubel,  m,  76).  A  l'époque  de  son  ordi- 
nation, il  fut  promu  cardinal-prêtre,  le  4  juin  1563 
(Pastor,  VII,  95).  Il  n'échangea  son  titre  cardinalice 
contre  celui  de  Ste-Praxède  qu'un  an  plus  tard,  le 
18  nov.  1564  (Paschini,  115),  et  conserva  ce  dernier 
titre  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie.  Avant  1575,  il  signa 
toujours  de  son  nom  patronymique;  après  cette  date, 
il  le  remplaça  par  son  titre  cardinalice; 

4.  Cardinal  protecteur  :  du  royaume  de  Portugal. 
depuis  le  début  de  1565  jusqu'en  1572;  —  b)  des 
Pays-Bas,  depuis  mars  1566  (Oltrocchi,  27  a)  jus- 
qu'en 1572  (le  13  mars  1570,  il  est  qualifié  de  proleclor 
Belgiae;  Eubel,  m,  41);  —  c)  des  cantons  catholiques 
de  la  Suisse,  du  12  mars  1560  (Baronius-Raynaldi, 
1560,  n.  95;  Reinhardt-Steffens,  p.  xxvii)  jusqu'à  sa 
mort;  —  de  plusieurs  ordres  religieux  :  Francis- 
cains mineurs  et  conventuels,  du  6  mai  1564  (Sevesi, 
dans  Arch.  franc,  hist.,  xxxi,  1938,  p.  77;  le  texte 
de  ce  bref  tel  qu'il  est  rapporté  par  G.  M.  d'Ancona, 
dans  le  vol.  xix  des  Annales  de  Wadding,  année  1564, 
n.  2,  est  corrompu)  au  27  oct.  1572;  Carmes,  jusqu'au 
27  oct.  1572;  Humiliali,  du  13  févr.  1560  (Sala,  Dis- 
sertazioni,  414)  à  leur  suppression;  des  Chevaliers  de 
Malle  ou  de  S. -Jean  de  Jérusalem,  avant  le  29  juill. 
1560  jusqu'à  sa  mort;  des  Chanoines  réguliers  de  la 
Ste-Croix  à  Coïmbre,  des  Chevaliers  de  S. -Lazare  (avait 
cessé  de  l'être  en  oct.  1571).  En  1580  et  1582  il  envoya 
un  légat  pour  réformer  et  pacifier  l'ordre  du  Christ 
en  Portugal; 

5.  Administrateur  du  diocèse  de  Milan,  avec  obli- 
gation de  rester  à  Rome  (bref  de  nomination  du 
7  févr.  1560,  expédié  le  23  févr.;  ainsi  s'explique  la 
double  date  donnée  par  Sala,  Fascic.  conclus.,  12  sq.  ; 
cf.  Eubel,  m,  41,  257).  Il  sera  préconisé  archevêque 
de  Milan  le  12  mai  1564  (Sala,  Docum.,  m,  819)  et 
comptera  les  années  de  son  épiscopat  à  partir  de  cette 
date  (Paschini,  85); 

6.  Administrateur  des  légations  de  Bologne  et  de 
Romagne  depuis  le  26  avr.  1560,  et  des  Marches 
depuis  une  date  plus  tardive  (Acta  consist.,  dans  Baro- 
nius-Raynaldi, 1560,  n.  92;  Massarelli,  £)/a/-iu/n,  dans 
Conc.  Trid.,  ii,  344);  il  garda  cette  fonction  jusqu'au 
7  déc.  1563  (S.  C.  B.,  73); 

7.  Conimendatairc  de  nombreuses  abbayes  avec 
douze  églises  (Bascapè,  15-16).  Dès  le  22  janv.  1560. 


p 


489 

il  en  reçut  trois  dont  une  en  Portugal  et  une  en  Flan- 
dre; 

8.  Préposé  à  la  Secrétairerie  d'État  (voir  para- 
graphe suivant); 

9.  Membre  de  la  Consulta,  assemblée  de  huit  ou  dix 
juristes  se  réunissant  deux  ou  trois  fois  la  semaine 
pour  l'expédition  des  affaires  courantes  intéressant 
l'administration  civile  des  États  pontificaux;  avant 
le  22  janv.  1560  (Rivolta,  Epistolario,  276;  Giac. 
Soranzo,  dans  Albèri,  x,  135;  Paschini,  126); 

10.  Membre  de  la  commission  des  quatorze  cardi-  I 
naux,  se  réunissant  tous  les  jeudis  "  pour  la  réforme 
des  mœurs  »;  depuis  mars  1560  (Massarelli,  Diarium, 
dans  Conc.  Trid.,  ii,  343); 

11.  Membre  de  la  commission  de  cinq  cardinaux 
créée  le  18  août  1563  pour  préparer  la  fondation  du 
séminaire  romain  (Susta,  iv,  196); 

12.  Archiprêtre  de  Ste-Marie-Majeure,  peu  après  le 
6  oct.  1564,  jusqu'en  1572  (Paschini,  115); 

13.  Grand  pénitencier,  du  3  nov.  1565  (Paschini, 
147,  n.  9)  jusqu'en  1572  (E.  Gôller,  Die  pàpstliche 
Poenitenliarie,  ii-2,  Rome,  1911,  p.  98,  n.  27); 

14.  Membre,  de  la  commission  de  ravitaillement  de 
la  ville  de  Rome,  avant  le  17  févr.  1560  (Paschini, 
22,  107); 

15.  Citoyen  d'honneur  de  la  ville  de  Rome,  lel«'juill. 
1561  (diplôme  reproduit  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  207). 

Dans  tous  ces  emplois,  il  considéra  toujours  le 
service  à  rendre  plutôt  que  la  gloire  à  récolter.  En  le 
favorisant  ainsi,  Pie  IV  avait  fait  montre  de  «  népo- 
tisme providentiel  ». 

2°  Le  bras  droit  du  pape.  —  1.  Le  cardinal  neveu.  — 
L'intention  du  pape  était  de  faire  de  Charles  son  bras 
droit  :  il  mit  à  sa  disposition  un  logement  au  Vatican  ; 
il  l'aida  à  recruter  les  cent  cinquante  membres  de  sa 
jamilia  et  les  fit  habiller  de  velours  noir  aux  frais  du 
trésor  pontifical.  L'un  d'eux,  Giulio  Pogiani,  entré  à 
son  service  comme  secrétaire,  a  laissé  sur  lui  de  nom- 
breux détails  dans  sa  correspondance,  publiée  en  1757. 

ïîxtérieurement,  le  nouveau  cardinal  ne  payait  pas 
de  mine  :  il  n'eut  jamais  le  sens  du  panache  et  fut 
handicapé  par  plusieurs  défauts,  dus  avant  tout  à  la 
timidité  de  son  tempérament  et  à  une  certaine  len- 
teur d'esprit.  Tous  ceux  qui  le  rencontrèrent  pour  la 
première  fois  parlent  de  lui  comme  d'une  personnalité 
très  effacée  (Mocenigo  et  Girol.  Soranzo,  ambassa- 
deurs vénitiens,  1560  et  14  juin  1563,  dans  Albèri,  x, 
53,  74;  le  cardinal  de  Mantoue  au  duc  de  Florence, 
9  mars  1562,  dans  Susta,  ii,  407;  Requesens  à  Phi- 
lippe II,  30  avr.  1564,  5  janv.  1565,  dans  Pastor,  vu, 
87). 

Mais  le  pape  avait  discerné  chez  son  neveu  les  indis- 
pensables qualités  de  fond  :  serviabilité,  patience, 
modestie,  désintéressement,  zèle,  conscience  du  de- 
voir; il  savait  pouvoir  compter  sur  lui  pour  neutraliser 
l'influence  des  hauts  dignitaires  ecclésiastiques,  des 
souverains  et  de  leurs  créatures. 

Ch.  B.  répondit  pleinement  aux  espoirs  de  son 
oncle.  Les  témoignages  qui  le  concernent  sont  très 
louangeurs  :  È  huomo  di  frutto  et  non  di  fiore,  de'fatti 
et  non  di  parole,  écrivait  de  lui  le  cardinal  Seripando  (à 
Paolo  Manuzio,  28  juill.  1562;  Pastor,  vu,  98).  Sa 
capacité  de  travail  semblait  sans  limites  :  il  i)ouvait 
consacrer  sept  heures  d'affilée  à  l'étude  d'une  question 
sans  se  fatiguer  (Bascapè,  182),  et  il  ne  cessa  jamais 
de  mesurer  fort  étroitement  le  temps  réservé  aux  re- 
pas et  au  sommeil  (Pastor,  vu,  89),  bien  que  cette 
dernière  privation  lui  eût  été  au  début  fort  pénible 
(B.  à  son  oncle  Guido,  22  janv.  1560;  Sylvain,  i,  50). 

2.  La  Secrétairerie  d'État.  —  Voir  P.  Richard,  ; 
Origines  et  développement  de  la  Secrétairerie  d'État 
apostolique  (1417-1823),  dans  Revue  d'hist.  ecclés., 
XI,  1910,  p.  521  sq.  La  tradition  qui  représente  B,  | 


490 

comme  le  premier  en  date  des  secrétaires  d'État  est 
historiquement  controuvée.  Son  action  organisatrice 
s'y  borna  à  améliorer  quelques  services  préexistants. 
La  partie  principale  de  ses  occupations  consistait  à 
en  assurer  le  fonctionnement.  Par  bonheur,  il  y  était 
puissamment  secondé  par  Tolomeo  Gallio,  l'ancien 
secrétaire  du  cardinal  de  Médicis,  resté  à  son  service 
après  qu'il  fut  devenu  pape  (voir  sur  lui  P.  O.  von 
Tome,  Ptolémée  (sic)  Gallio,  cardinal  de  Côme,  Paris, 
1908).  Chaque  matin,  accompagné  de  Gallio,  B.  se 
rendait  auprès  de  son  oncle  et  passait  plusieurs  heures 
à  lui  soumettre  les  résumés  de  toutes  les  missives 
reçues  au  cours  de  la  journée  précédente  et  à  prendre 
note  des  réponses  à  faire  (Girol.  Soranzo,  dans  Albèri, 
x,  77;  Susta,  i,  p.  xxxiv).  La  rédaction  des  dépêches 
revenait  à  Gallio,  mais  les  minutes  en  étaient  toujours 
revues  par  B.  et  parfois  soumises  par  lui  au  ])ape  en 
personne.  Cette  correspondance  était  énorme  :  outre 
les  relations  épistolaires  avec  le  concile  de  Trente  et 
celles  avec  les  envoyés  accrédités  auprès  des  puis- 
sances, elle  comprenait  toute  la  paperasserie  admi- 
nistrative courante  (suppliques,  demandes  de  faveurs, 
recommandations,  réclamations,  etc.).  Le  iii«  vol. 
des  Documenti  publiés  par  Sala  permet  dè  se  faire 
une  idée  de  la  variété  des  affaires  qui  étaient  soumises 
à  B.  Destinataire  de  toutes  les  lettres  adressées  au  S.- 
Siège,  reviseur  et  signataire  de  la  presque  totalité  de 
celles  qui  en  étaient  expédiées,  on  peut  dire  qu'il 
«  tenait  entre  ses  mains  les  fils  d'une  machinerie  colos- 
sale »  (Dieringer,  147). 

Pourtant  son  rôle,  tout  élevé  qu'il  fût,  était  celui 
d'un  subordonné.  On  l'a  parfois  oublié  :  des  hagio- 
graphes,  plus  soucieux  de  panégyriques  que  de  vérité 
historique,  ont  voulu  voir  en  B.  le  vrai  responsable  de 
tout  le  pontificat  de  Pie  IV.  C'est  là  fausser  les  pers- 
pectives. Celles-ci  sont  excellemment  rétablies  par 
L.  Celier  (43-44)  :  «  Pie  IV  n'avait  abdiqué  entre  les 
mains  de  son  neveu  aucune  part  de  son  autorité. 
S.  Charles,  surtout  dans  les  premières  années,  ne  fait 
pas  du  tout  figure  de  chef  de  gouvernement  :  cela 
n'aurait  convenu  ni  à  son  âge,  ni  au  caractère  de 
Pie  IV.  Le  pape  donnait  l'impulsion  à  tout  et  gardait 
la  décision  suprême;  son  neveu  s'elTorçait  de  le  se- 
conder... Les  lettres  signées  par  S.  Charles  sont  innom- 
brables; il  ne  faut  pas  oublier  qu'elles  étaient  desti- 
nées à  transmettre  non  sa  propre  pensée,  mais  celle  du 
pape.  » 

Il  est  certain  que  la  pondération  du  neveu  n'approu- 
vait pas  toutes  les  décisions  à  l'emporte-pièce  de  son 
oncle.  Il  ne  refusait  pas  ses  conseils,  mais  ce  n'était 
pas  à  lui  d'imposer  sa  façon  de  voir,  ni  même  de  la 
suggérer.  On  constate  que,  dans  des  questions  où  son 
attitude  ultérieure  montra  qu'il  ne  partageait  pas  les 
sentiments  de  son  oncle,  il  poussa  la  déférence  jus- 
qu'à n'en  rien  laisser  voir  tant  que  celui-ci  vécut. 
Ainsi  dans  la  célèbre  affaire  du  procès  et  du  châti- 
ment infligé  aux  cardinaux  Carafa  (R.  Ancel,  Le 
procès  et  la  disgrâce  de<!  Carafa,  dans  Revue  bénéd., 
XXII,  1905,  p.  525;  xxiv,  1907,  p.  224,  479;  xxv,  1908, 
p.  194;  XXVI,  1909,  p.  52,  189,  301). 

3°  Ch.  Borromée  et  le  concile  de  Trente.  —  1.  Négo- 
ciations. —  Des  auteurs  de  second  rang  et  des  pané- 
gyristes ont  exagéré  le  rôle  joué  par  B.  à  l'occasion  de 
la  reprise  du  concile.  Une  histoire  impartiale  et  mieux 
éclairée  doit  rendre  à  chacun  son  dû.  Le  premier 
artisan  de  la  reprise  du  concile  de  Trente  fut  le  pape 
en  personne.  A  lui  en  revient  le  mérite  principal.  Il 
est  vraisemblable  qu'avant  de  s'y  décider  il  en  aura 
parlé  à  son  cardinal  neveu;  B.  aura  donc  pu  par  ses 
;  conseils  confirmer  son  oncle  dans  sa  décision  en  faveur 
I  de  la  solution  adoptée.  Cette  décision  pr\t  corps  rapi- 
dement. Le  29  nov.  1560,  fut  promulguée  la  bulle 
[  d'indiction  pour  le  jour  de  Pâques,  6  avr.  1561  (Bull. 


CHARLES  BORROMEE 


I 


491 


CHARLES  BORROMÉE 


492 


Rom.,  VII,  90  sq.  ;  Conc.  Trid.  (Ehses),  viii,  103).  Mais 
l'aplanissement  de  nombreuses  difTicultés  prélimi- 
naires surgissant  du  côté  des  souverains  força  à  en 
remettre  l'ouverture  jusqu'au  18  janv.  1562. 

En  sa  qualité  de  secrétaire  d'État,  B.  dirigea  la  cor- 
respondance entre  Rome  et  Trente;  il  s'acquittait  de 
cette  tâche  en  suivant  fidèlement  les  directives  de  son 
oncle.  Sa  charge  lui  permit  de  ne  rien  ignorer  des  intri- 
gues, manœuvres  et  machinations  inséparables  de 
toute  réunion  conciliaire.  Le  récit  de  l'activité  qu'il 
déploya  à  cette  occasion  relève  plus  de  l'histoire  du 
concile  de  Trente  que  de  sa  biographie.  Nous  nous 
bornerons  ici  à  mentionner  la  part  déjà  considérable 
qui  lui  revient  personnellement. 

La  correspondance  de  B.  avec  Trente  n'est  pas 
exempte  de  passages  confidentiels  où  perce,  à  travers 
l'exposé  de  la  façon  de  voir  pontificale,  celle  du  secré- 
taire d'État.  Il  eut  même  l'occasion  de  joindre  aux 
missives  officielles  des  billets  exprimant  son  opinion 
personnelle  :  ainsi  au  sujet  du  sauf-conduit  à  accorder 
aux  protestants  (B.  à  Simonetta,  avr.  1562;  §usta, 
II,  76),  du  devoir  de  résidence  des  évêques  (B.  aux 
légats,  11  mai  1562;  ibid.,  136),  de  la  préférence  à  ac- 
corder aux  canonistes  par  rapport  aux  théologiens  pour 
le  règlement  des  questions  délicates  (ibid.,  m,  272). 

L'action  personnelle  du  cardinal  B.  fut  encore  plus 
visible  lors  du  conflit  concernant  l'indiction  conci- 
liaire et  lors  de  la  menace  de  disgrâce  du  cardinal  de 
Mantoue,  président  du  concile.  Fallait-il  déclarer 
explicitement  que  l'assemblée  réunie  à  Trente  conti- 
nuait les  deux  réunions  tridentines  précédentes? 
Conformément  à  une  directive  romaine  du  29  mars 
1562  (Susta,  II,  71),  les  légats  avaient  promis  de  n'en 
rien  faire,  ce  qui  tranquillisait  la  délégation  allemande 
soucieuse  de  ménager  les  susceptibilités  luthériennes. 
Mais  les  Espagnols  insistèrent  à  Rome  et  y  obtinrent 
gain  de  cause  :  un  bref  du  30  mai  1562  (ibid.,  175)  en- 
joignit aux  légats  de  faire  cette  déclaration.  N'osant 
obtempérer  à  cet  ordre,  les  légats  venaient  de  décider 
le  départ  pour  Rome  d'un  des  leurs,  le  cardinal  Al- 
teinps,  lorsqu'un  nouveau  bref  parvint  à  Trente, 
expédié  de  Rome  quelques  heures  après  le  précédent 
(ibid.,  180);  le  pape  y  modérait  ses  premiers  ordres 
et  en  remettait  l'application  à  la  circonspection  de 
ses  légats.  Une  lettre  du  cardinal  B.  jointe  au  même 
courrier  (ibid.,  181)  expliquait  comment  le  pape 
s'était  ravisé  après  une  nuit  de  réflexions.  On  s'ac- 
corde à  croire  que  les  conseils  de  son  neveu  n'y  furent 
pas  étrangers. 

Parmi  les  questions  soumises  aux  délibérations 
conciliaires  figurait  le  point  de  savoir  si  la  résidence 
des  évêques  dans  leurs  diocèses  était  de  droit  divin. 
Sur  ce  point  le  désaccord  était  profond  entre  deux 
groupes  de  prélats  (la  majorité  des  Italiens  contre 
tous  les  autres),  ainsi  qu'entre  deux  légats  pontifi- 
caux, le  cardinal  de  Mantoue,  président  du  concile, 
et  le  cardinal  Simonetta,  éminent  canoniste  (20  avr. 
1562;  Susta,  ii,  86).  Le  pape,  alerté  par  Simonetta 
(27  et  30  avr.  1562;  ibid.,  91,  135),  décida  avec  sa 
célérité  coutumière  d'envoyer  à  Trente  de  nouveaux 
légats  avec  un  nouveau  président  (8  mai;  ibid.,  135). 
B.  obtint  du  pape  de  surseoir  à  l'envoi  de  la  nouvelle 
délégation.  Entre  temps,  il  avertit  Mantoue  de  ce  qui 
se  tramait  (11  mai;  ibid.,  139-43),  lui  donna  l'occa- 
sion de  se  disculper  (18  mai;  ibid.,  146-49),  et  décida 
finalement  le  pape  à  envoyer  d'abord  à  Trente  un  de 
ses  parents  et  amis,  l'évêque  de  Vintimille,  Carlo 
Visconti,  en  qualité  de  négociateur  entre  les  parties 
en  conflit  (instructions  rédigées  par  B.,  20-25  mai; 
ibid.,  455-60).  Averti  par  \'isconti  du  tort  qu'aurait 
fait  au  concile  le  départ  de  Mantoue  (25  juin;  ibid., 
488),  le  pape  refusa  sa  démission  et  lui  rendit  sa  con- 
fiance (ibid.,  220). 


Le  cardinal  B.  parvint  encore  à  obtenir  des  Pères 
du  concile  qu'ils  s'en  remissent  au  pape  pour  tout  ce 
qui  concernait  la  réforme  de  la  Curie  romaine,  cette 
question  épineuse  et  délicate  menaçant  de  devenir 
un  nouveau  point  de  friction. 

A  partir  de  1563,  les  relations  entre  Rome  et  Trente 
furent  moins  agitées  et  plus  confiantes.  Alors  qu'en 
janv.  1562  B.  invitait  les  légats  à  tenir  le  S. -Siège 
au  courant  de  la  moindre  nouvelle,  sans  regarder  à 
la  dépense  occasionnée  par  l'envoi  répété  de  courriers 
(Susta,  II,  1-2),  il  leur  demande,  en  mai  1563,  de 
n'écrire  que  pour  des  choses  importantes,  en  se  bor- 
nant à  informer  de  ce  qui  se  fait  et  non  pour  solliciter 
à  tout  instant  des  ordres  et  des  directives  (ibid.,  m, 
272).  Il  fallait  avant  tout  accélérer  les  délibérations 
pour  pouvoir  achever  le  concile  cette  année  même.  La 
correspondance  de  B.  se  concentra  bientôt  sur  cet 
unique  objectif.  Il  pouvait  d'ailleurs  s'en  remettre 
entièrement  aux  qualités  diplomatiques  du  cardinal 
Morone,  président  du  concile  depuis  la  mort  de  Alan- 
toue. 

B.  fut  aussi  chargé  de  l'économat  des  services  conci- 
liaires. Son  administration  financière  fut  prudente  : 
durant  ses  années  d'études,  il  avait  appris  à  compter. 
Cependant,  il  ne  mesura  jamais  ses  crédits  (B.  au 
cardinal  de  Mantoue,  11  juill.  1562;  C.  Vitali,  S.  C.  e 
il  concilio  di  Trenlo,  dans  Scuola  callolica,  sér.  IV, 
xviii,  1910,  p.  780),  même  lorsque  les  disponibilités 
commencèrent  à  tarir  dangereusement  (B.  aux  légats, 
31  mars  1563;  ibid.). 

Toute  cette  action  extérieure  du  cardinal  se  dou- 
blait encore  de  celle  qu'il  exerçait  tous  les  matins  au 
cours  de  ses  entretiens  avec  le  pape  et  dont  il  sera 
toujours  impossible  de  déterminer  l'ampleur. 

Le  26  janv.  1564,  une  bulle  pontificale,  contresignée 
par  tous  les  cardinaux  présents,  parmi  lesquels  B., 
donnait  force  légale  aux  décisions  tridentines. 

2.  Application.  —  L'instrument  de  réforme  était 
forgé;  restait  à  s'en  servir.  Ici  encore,  le  cardinal  B. 
exerça  une  action  de  premier  plan. 

Il  se  mit  sans  retard  à  prendre  connaissance  per- 
sonnellement des  nouveaux  décrets.  Fidèle  à  son  tem- 
pérament méthodique,  il  les  classa  dans  ce  but  en 
trois  catégories  :  le  Sancta  sanciorum,  concernant  la 
foi  et  les  sacrements;  le  Sancla,  groupant  les  questions 
de  réforme  et  de  discipline  ecclésiastique;  la  dernière 
catégorie  se  rapportant  aux  laïques  (Giussano,  37). 

Il  fit  partie  du  groupe  des  quatre  cardinaux  dési- 
gnés au  consistoire  du  18  août  1563,  puis  de  nouveau 
le  29  déc,  pour  faire  observer  les  bulles  de  réforme 
(Paschini,  107,  110).  Il  fit  partie  également  de  la 
Congrégation  de  huit  cardinaux  instituée  par  un  motu 
proprio  pontifical  pour  l'interprétation  des  décrets 
du  concile  (2  août  1564;  Bull.  Rom.,  vu,  300;  Pastor, 
VII,  658  sq.  ;  Panvinius,  dans  Conc.  Trid.,  ii,  599),  et 
qui  devint  la  Congrégation  Super  inquisitione  herelicae 
prauitatis  (Bull.  Ront.,  vu,  301,  298). 

Sur  plusieurs  points,  le  concile  s'était  borné  à  des 
directives  générales,  laissant  à  l'initiative  pontificale 
le  soin  de  les  préciser.  En  particulier,  la  rédaction 
d'un  sommaire  de  la  doctrine  chrétienne,  la  revision 
de  la  Bible  et  des  livres  liturgiques,  l'établissement 
d'un  Index  furent  confiés  au  pape.  Selon  une  très 
ancienne  tradition,  B.  aurait  surveillé  la  composition 
du  Catéchisme  du  concile  de  Trente,  qui  était  prêt 
à  paraître  lorsqu'il  quitta  Rome.  Il  aurait  aussi  col- 
laboré à  la  revision  du  missel  et  du  bréviaire  (Oltroc- 
chi,  38  b),  ainsi  qu'à  la  nouvelle  édition  originale  des 
Pères  grecs  avec  traduction  latine  entreprise  en  1561 
par  P.  Manuzio.  Paschini  (75)  met  en  doute  qu'il  ait 
pris  une  part  directe  importante  à  ces  travaux.  On 
sait  qu'il  obtint  du  duc  de  Florence  des  manuscrits 
patristiques  grecs  (Pastor,  vu,  296;  Oltrocchi,  38  a); 


493 


CHARLES  BORROMÉE 


494 


on  sait  qu'il  continua  de  Milan  à  s'intéresser  à  l'achè- 
vement du  missel  et  du  bréviaire  (J.  Schmid,  Theol. 
Quarlalschri/t,  1884,  p.  654);  on  sait  qu'il  fit  des 
démarches  en  faveur  de  la  composition  d'un  homi- 
liaire  (Sala,  Docum.,  ii,  244,  246,  258);  on  sait  que 
son  secrétaire  Pogiani  travailla  au  Catéchisme  (Pastor, 
VII,  291).  Mais  ce  ne  sont  là  que  des  indices  secondaires. 

Concernant  la  musique  d'Église,  le  concile  avait 
blâmé  toute  mélodie  profane  et  toute  polyphonie 
empêchant  de  comprendre  le  texte  chanté.  Cette 
directive  théorique,  appliquée  à  la  lettre,  eût  conduit 
à  supprimer  toute  la  musique  usitée  à  cette  époque. 
Une  commission  cardinalice,  chargée  de  trouver  une 
solution,  délégua  à  cet  effet  les  cardinaux  Borromée  et 
Vitelli.  Ceux-ci  firent  appel  à  Palestrina,  maître  de 
chapelle  de  Ste-Marie-Majeure  depuis  1561,  et  lui 
demandèrent  de  composer  trois  messes.  On  a  cru 
longtemps,  sur  la  foi  d'un  codex  des  archives  de  la 
chapelle  Sixtine,  qu'un  groupe  de  trois  messes,  dont 
la  seconde  est  la  célèbre  Messe  du  pape  Marcel,  fut 
composé  à  cette  occasion;  en  réalité,  celle-ci  est 
quelque  peu  antérieure  (Harbel,  Die  Kardinalskom- 
mission  von  1-564  und  Palestrinas  «  Missa  Papae 
Marcelli  »,  dans  Kirchenmiisikalisches  Jahrbuch,  vi, 
1892,  p.  82,  97).  En  1565,  B.  fit  encore  composer  des 
messes  en  «  musique  intelligible  »  par  deux  composi- 
teurs milanais,  Ruffo  et  Don  Nicolas. 

4°  Vie  privée.  —  Sans  avoir  jamais  mené  une  vie 
licencieuse,  le  cardinal  B.  ne  fut  pas,  dès  le  début, 
l'ascète  qu'il  devint  dans  la  suite.  Au  milieu  de  toutes 
ses  besognes,  il  trouvait  encore  le  temps  de  s'instruire 
et  savait  user  des  distractions  propres  aux  jeunes  gens 
de  son  âge  entrés  dans  la  cléricature  (échecs,  balle, 
culture  physique,  voire  parties  de  chasse;  Steinherz, 
1,  324,  et  A.  Boll.,  xix,  76-77  :  dans  une  lettre  du  4  déc. 
1561  il  demande  au  nonce  d'Allemagne,  Delflno,  qu'on 
lui  envoie  des  chiens  de  grosse  chasse).  Il  était  aussi 
un  des  meilleurs  musiciens  du  Sacré  Collège,  sachant 
manier  le  luth  et  le  violoncelle. 

Pour  combler  les  lacunes  de  sa  formation  intellec- 
tuelle, il  réunissait,  le  soir,  quatre  fois  par  semaine, 
dans  ses  appartements,  un  cénacle  de  brillants  esprits 
choisis  parmi  ses  familiers.  Ils  formèrent  l'académie 
des  Noctes  Vaticanae.  Leurs  réunions  se  tinrent  du 
20  avr.  1562  au  14  sept.  1565.  Il  y  avait  là,  entre 
autres,  un  futur  pape,  Ugo  Boncompagni  (Gré- 
goire XIII),  plusieurs  cardinaux  ou  futurs  cardinaux  : 
Simonetta,  François  de  Gonzague,  Guido  Ferrari, 
Agostino  Valier,  Francesco  Alciati,  Silvio  Antoniano, 
Carlo  Visconti,  Tolomeo  Gallio.  A  chaque  réunion 
étaient  prononcés  plusieurs  discours  latins  en  l'hon- 
neur d'un  princeps  excellentissimus,  élu  au  sort  tous 
les  mois  par  les  membres  de  l'académie.  Celui-ci  devait 
alors  y  répondre  par  autant  d'improvisations.  Un 
recueil  de  ces  exercices  oratoires  fut  publié  au  xviiie  s. 
par  G.  A.  Sassi  {infra,  bibliographie).  Il  contient  trois 
discours  signés  Chaos  (pseudonyme  dont  Ch.  B.  se 
servait  durant  ces  réunions)  ;  un  commentaire  de  la 
quatrième  béatitude,  une  condamnation  de  la  luxure 
et  un  éloge  de  la  charité.  Ce  sont  d'honnêtes  exercices 
de  style  à  la  mode  du  temps  (L.  Berra,  L'accademia 
délie  Nolli  Vaticane  fondata  da  S.  C.  B.,  Rome,  1915). 

Une  part  non  moins  importante  de  son  activité 
était  consacrée  aux  nombreuses  cérémonies  et  récep- 
tions pontificales  :  entrées  princières,  processions, 
solennités  diverses  (énumération,  d'après  le  calen- 
drier hebdomadaire  de  VAvvisatore  di  Roma,  dans 
Paschini,  17-18,  31-34,  115;  autres  détails  d'après 
Firmani,  Diaria,  dans  Conc.  Trid.,  ii,  536-42). 

Il  profita  aussi  de  sa  situation  pour  accroître  le 
lustre  de  sa  famille.  La  grandeur  des  Borromée  n'était 
pas  pour  lui  un  vain  mot.  Se  rendant  à  Rome  pour 
rejoindre  son  oncle  nouvellement  élu  pape,  il  écrivit 


en  cours  de  route  à  Arona  pour  qu'on  lui  fît  parvenir 
sans  retard  écussons  et  notices  de  famille  (Rivolta, 
Epislolario,  267).  Deux  ans  plus  tard,  il  revint  à  la 
charge  auprès  de  Tullio  Albonese  pour  obtenir  des 
détails  généalogiques  (2  juill.  1562;  Paschini,  14).  Son 
zèle  se  dépensa  surtout  pour  ménager  à  ses  frères  et 
sœurs  des  alliances  brillantes  :  son  frère  aîné,  Frédéric, 
épousa  Virginie  délia  Rovere,  fille  du  duc  d'Urbin 
(mariage  par  procuration,  5  mai  1560)  ;  sa  sœur  Camille 
se  maria  avec  César  de  Gonzague  (entre  le  29  mai  et  le 
16  juin  1560,  dans  Paschini,  35-36;  ce  beau-frère 
devint  un  de  ses  plus  fidèles  correspondants);  sa  sœur 
Geronima,  avec  un  seigneur  napolitain,  Fabrizio 
Gesualdo,  prince  de  Venosa  (peu  avant  le  16  mai 
1562;  ibid.,  39);  sa  sœur  Anne,  avec  Fabrizio  Coloniia, 
amiral  de  la  Ootte  de  Sicile  (9  juill.  1562;  ibid.,  40-41); 
sa  demi-sœur  Hortense,  avec  son  cousin  germain 
Annibal  von  Hohenems  (6  janv.  1565).  Dans  toutes  ces 
tractations  matrimoniales,  le  rôle  du  cardinal  B.  fut 
très  important.  Mais  il  n'admettait  pas  que  ses  parents 
se  prévalussent  des  liens  du  sang  pour  obtenir  des 
avantages  ecclésiastiques  :  «  En  matière  de  bénéfices, 
écrit-il,  je  ne  veux  ni  ne  dois  faire  aucune  considéra- 
tion de  personne,  mais  avoir  égard  seulement  au  plus 
grand  service  de  Dieu  »  (Sylvain,  m,  127).  A.  Rivolta 
(Epislolario,  267-80)  donne  le  régeste  de  sa  corres- 
pondance privée  de  1560  à  1565. 

Le  19  nov.  1562,  Frédéric  Borromée  fut  emporté 
par  une  mort  presque  soudaine.  Cette  disparition  de 
son  aîné  lui  faisant  «  toucher  au  vif  notre  misère  et  la 
vraie  félicité  de  la  gloire  éternelle  »  (B.  à  une  parente, 
15  déc.  1562;  Sylvain,  i,  75),  fut  pour  Charles  le 
signal  d'une  première  «  conversion  ».  Le  soir  même, 
il  manda  son  confesseur  franciscain  et  mit  au  point 
avec  lui  un  programme  de  changement  de  vie  (Bas- 
capè,  9;  Oltrocchi,  27  d). 

Bien  qu'il  fût  désormais  l'aîné  de  la  famille  et  le 
continuateur  du  nom,  il  résolut  de  se  préparer  au 
sacerdoce.  Depuis  1560  (déc.?),  il  était  déjà  sous-diacre 
(A.  Boll.,  xiv,  346)  et  probablement  aussi  diacre 
(Paschini,  19).  Les  biographes,  se  recopiant  mutuel- 
lement depuis  Giussano  (29),  voudraient  que  Pie  IV 
eût  conçu  le  projet  de  lui  faire  quitter  la  carrière 
ecclésiastique  et  prendre  femme.  Des  rumeurs  de 
cette  espèce  circulèrent  dans  l'entourage  pontifical, 
durant  les  premiers  mois  de  1563  (Bascapè,  9). 
Pie  IV  les  démentit  catégoriquement,  lors  du  consis- 
toire du  3  juin,  et  y  éleva  son  neveu  au  rang  de  car- 
dinal-prêtre (A.  Bail.,  xiv,  346;  Sala,  Docum.,  m, 
269;  Paschini,  82;  Acta  consisl.,  dans  Susta,  iv,  68). 

Ch.  B.  fut  ordonné  prêtre  par  le  cardinal  Cesi, 
le  17  juill.  1563  (Pastor,  vu,  95).  Le  7  déc.  de  la  même 
année  et  le  25  janv.  1564,  il  reçut  la  consécration  épis- 
copale  et  le  pallium  (Sala,  Docum.,  m,  817-18;  Pas- 
chini 84-85;  les  dates  données,  à  la  suite  de  Giussano, 
par  beaucoup  d'auteurs  sont  inexactes). 

Au  cours  des  mois  suivants,  il  imprima  à  son  train 
de  vie  un  cachet  plus  ascétique  :  il  restreignit  son  per- 
sonnel à  quatre-vingts  membres  et  son  écurie  à  vingt 
chevaux  (Pastor,  vu,  97,  note;  cf.  341,  note);  il  se 
refusa  tout  divertissement,  fût-ce  une  simple  prome- 
nade; il  renforça  son  programme  de  veilles,  de  jeûnes, 
de  prières  et  de  disciplines.  Depuis  mai  1563,  sous 
l'influence  d'un  nouveau  membre  nommé  Pellegrino, 
il  avait  transformé  les  Nocles  Vaticanae  en  conférences 
religieuses.  Il  s'efforça  aussi  de  compléter  les  lacunes 
de  sa  formation  première,  trop  exclusivement  juri- 
dique. Il  s'exerça  surtout  à  l'éloquence,  prenant  la 
parole  à  Ste-Marie-Majeure,  à  Ste-Praxède  et  dans 
divers  monastères.  D'après  Pastor  (vu,  95),  l'idée 
lui  serait  même  venue  d'entrer  chez  les  Camaldules; 
il  en  aurait  été  détourné  par  l'évêque  de  Braga,  Bar- 
thélémy des  Martyrs.  Mais  le  texte  de  Bascapè  (9) 


495 


CHARLES  BORROMÉE 


496 


est  très  vague  et  celui  de  Giussano  peut  être  compris 
d'un  désir  de  se  recueillir  quelques  jours  dans  un 
ermitage.  Cependant,  l'évêque  de  Braga,  comme 
aussi  son  confrère  dominicain,  l'évêque  de  iModène, 
Egidio  Foscarari,  comptent  parmi  les  principaux 
artisans  de  la  transformation  ascétique  de  B.  Ils  par- 
tagent cet  honneur  avec  son  directeur  de  conscience, 
le  jésuite  Ribera,  par  qui  il  se  fit  donner  les  Exercices 
de  S.  Ignace  comme  préparation  immédiate  au 
sacerdoce  ou  à  sa  première  messe  (Ratti,  4;  Paschini, 
83;  voir,  ibid.,  93-94,  le  récit  de  la  manière  pitto- 
resque dont  le  cardinal  fit  la  connaissance  du  jésuite). 

Fort  mécontent  de  ce  qu'il  appelait  des  mœurs  de 
théatin,  Pie  IV  menaça  de  consigner  la  porte  de  son 
neveu  aux  deux  jésuites,  les  PP.  Ribera  et  Laynez, 
qu'il  estimait  les  princii)aux  responsables  de  cette 
transformation  ascétique  (Pastor,  vu,  96).  Cette 
affaire  fit  du  bruit  jusqu'en  Espagne,  ce  qui  nécessita 
une  mise  au  point  du  secrétaire  général  des  Jésuites 
(Polanco  à  Araoz,  28  avr.  1564,  dans  Astrain,  ii, 
208  sq.;  sur  cet  épisode,  voir  aussi  Polanco,  Comple- 
menta,  éd.  Mon.  hist.  S.  J.,  i,  449-52,  et  Canisii  epis- 
tiilae,  éd.  Braunsberger,  530-36). 

B.  tint  bon.  L'énergie  qu'il  déploya  à  appliquer 
dans  sa  propre  maison  les  directives  tridentines  força 
l'admiration  générale.  L'envoyé  vénitien,  Giacomo 
Soranzo,  notait  en  1565  :  «  Il  donne  à  chacun  un  si 
splendide  exemple  que  l'on  peut  dire  à  bon  droit 
qu'à  lui  seul  il  fait  plus  de  bien  à  la  Cour  de  Rome  que 
tous  les  décrets  tridentins  réunis  »  (Albèri,  x,  133-34, 
138).  Finalement  ce  fut  le  pape  qui,  s'inspirant  de 
l'exemple  de  son  neveu,  réduisit  le  train  de  sa  mai- 
son (Paschini,  105;  Pastor,  vu,  344).  Il  lui  donna 
aussi  plusieurs  nouvelles  marques  de  confiance  :  per- 
mission générale  d'emprunter  les  livres  de  sa  biblio- 
thèque, y  compris  les  «  registres  »  (22  juin,  17  nov. 
1564;  Paschini,  71-72);  charge  de  conserver  dans  les 
archives  tous  les  procès-verbaux  des  propositions 
faites  au  cours  des  consistoires  (6  déc.  1564;  ibid., 
113).  Au  consistoire  du  12  mars  1565,  il  ne  nomma 
que  des  cardinaux  conseillés  ou  du  moins  approuvés 
par  lui  (Giac.  Soranzo,  135;  Herre,  89  sq.). 

5°  Borromée  et  Milan  avant  1566.  —  Nommé  depuis 
févr.  1560  administrateur  de  l'archevêché  de  Milan 
et  ne  pouvant  s'y  rendre  en  personne,  il  délégua  en 
mai  1560  Antonio  Roberti  pour  en  prendre  possession 
en  son  nom;  il  s'y  fit  ensuite  représenter  à  demeure 
par  son  agent  Tullio  Albonese.  A  la  fin  de  1561,  il 
pria  Sebastiano  Donato,  évèque  de  Bobbio,  de  le  visi- 
ter. Donato  ayant  été  surpris  par  la  mort,  Borromée 
s'adressa  à  Girolamo  Ferragata,  qui  arriva  à  Milan 
le  23  avr.  1562. 

Durant  cette  même  année,  désirant  introduire  les 
jésuites  dans  son  diocèse,  il  insista  auprès  du  Sénat 
milanais  pour  vaincre  sa  méfiance  (Sylvain,  m,  56). 
L'année  suivante,  son  vœu  fut  exaucé  :  le  24  juin 
1563.  les  Pères  Palmio  et  Carvajal  venaient  s'installer 
à  Milan. 

Plus  importante  encore  par  ses  conséquences  fut 
l'envoi  à  Milan  comme  vicaire  général  d'un  prêtre  de 
Vérone,  Niccolô  Ormaneto  (sur  ce  dernier,  voir  F.  M. 
Carini,  Mons.  Nicole  Ormaneto,  Rome,  1894;  C.  Robin- 
son,  Nicolo  Ormaneto,  Londres,  1920).  Ormaneto 
arriva  à  Milan  le  l''''  juill.  1564.  Il  convoqua  un  synode 
diocésain  et  y  promulgua  les  principaux  décrets  du 
concile  de  Trente  (29-31  août;  Acla  Eccl.  Mediol.,  i, 
265-66).  Outre  diverses  mesures  de  réforme  et  quel- 
ques visites  d'églises,  sa  réalisation  principale  fut 
l'ouverture,  à  la  S. -Martin  1564,  d'un  séminaire  dio- 
césain, installé  d'abord  dans  des  locaux  de  fortune, 
puis,  à  i)artir  du  5  mai  1565,  dans  la  prévôté  S.  Gio- 
vanni in  Porta  Orientale,  qu'un  niotu  proj^rio  du  pape 
avait  enlevé  aux  Humiliati  (Sala,  Docum.,  i,  150). 


B.  obtint  du  P.  Laynez,  général  des  Jésuites,  l'envoi 
à  Milan,  de  trente  Pères,  chargés  à  la  fois  de  l'admi- 
nistration du  séminaire,  de  la  direction  spirituelle  et 
de  l'enseignement  (13  déc.  1564).  Ormaneto  s'étant 
fait  l'écho  de  protestations  élevées  par  des  membres 
du  clergé  milanais,  le  cardinal  maintint  son  choix 
(B.  à  Ormaneto,  6  janv.  1565;  Sylvain,  m,  57-58). 
B.,  qui  avait  supporté  les  principaux  frais  d'installa- 
tion de  son  séminaire,  témoignait  à  son  égard  d'une 
sollicitude  particulière;  il  désirait  être  renseigné, 
«  jour  par  jour  »,  sur  tout  ce  qui  le  concernait,  y  com- 
pris le  programme  des  cours,  la  liste  des  élèves  et  la 
couleur  de  leur  uniforme  (B.  à  Ormaneto,  20  janv. 
1565;  Sylvain,  i,  264). 

Ormaneto  s'attaqua  aussi  à  la  réforme  des  couvents 
de  religieuses.  L'observation  de  la  clôture  y  était 
tombée  si  bas  que  des  témoins  du  procès  de  canoni- 
sation racontèrent  y  avoir  assisté  à  des  bals  (Sylvain, 
I,  266).  Le  retour  à  la  normale,  mesure  qui  comportait 
alors  le  placement  des  grilles  dans  les  parloirs,  ren- 
contra une  très  vive  opposition,  tant  parmi  les  reli- 
gieuses que  parmi  les  membres  de  leur  famille.  Le 
couvent  des  dominicaines  de  la  Porta  I.udovica,  où 
habitaient  deux  sœurs  du  pape  et  Isabelle,  la  sœur 
aînée  du  cardinal,  se  fit  remarquer  par  son  obstination. 
B.  et  Pie  IV  durent  leur  écrire  longuement  pour 
leur  faire  entendre  raison  (lettre  du  cardinal,  28  avr. 
1565;  lettre  du  pape,  26  mai  1565;  Sylvain,  i,  267-70). 

Le  concile  de  Trente  avait  prescrit  à  chaque  métro- 
politain de  réunir  ses  suffragants  en  un  concile  pro- 
vincial. B.  ne  pouvait  se  soustraire  à  ce  devoir.  Pie  IV 
lui  permit  de  se  rendre  pour  quelque  temps  à  Milan, 
ajoutant  aux  pouvoirs  de  légat  a  latere  pour  toutes  les 
régions  d'Italie  qu'il  traverserait  d'autres  pouvoirs 
exceptionnels  (17  et  31  août  1565;  Sala,  Docum.,  i, 
155  sq.,  483). 

Parti  de  Rome  le  1"  sept.,  B.  reçut  un  accueil  prin- 
cier dans  toutes  les  villes  où  il  Ht  halte  (Florence, 
Bologne,  Modène,  Parme,  Plaisance);  il  s'arrêta  aussi 
dans  son  abbaye  de  Nonantola  et  dans  celle  de  Chiara- 
valle.  Le  23  sept.,  il  fit  son  entrée  solennelle  à  Milan 
«  comme  archevêque,  avec  la  chape  et  la  mitre, 
monté  sur  un  cheval  blanc,  et  non  point  comme  un 
légat  »  (B.  au  cardinal  de  Côme,  23  sept.  1565;  dans 
S.  C.  B.,  116-17).  Le  récit  de  ce  voyage  est  publié 
dans  A.  Castellucci,  Un  episodio  delta  vita  di  S.  C.  B., 
Rome,  1927. 

Le  soir  même  de  son  arrivée,  il  entreprit  la  réunion 
d'un  concile  provincial.  Celui-ci  se  tint  du  15  oct.  au 
3  nov.  et  groupa  onze  évêques  (Acta  Eccl.  Mediol.,  i, 
1-50;  approbation  par  Pie  V,  6  juin  1566,  dans  Bull. 
Rom.,  VII,  458;  cf.  Baronius-Laderchi,  xxxv,  année 
1566,  n.  209).  Pie  IV  félicita  le  cardinal  dès  le  22  oct. 
1565  (Sylvain,  i,  288).  Muni  d'un  bref  du  24  oct. 
(Sala,  Docum.,  i,  168),  B.  visita  aussi  les  monastères  et 
collégiales  de  sa  ville  épiscopale. 

Quelques  jours  après  la  clôture  du  concile,  il  quitta 
Milan  pour  Trente,  en  compagnie  du  cardinal  de  Ver- 
ceil,  afin  d'y  escorter  vers  leur  nouvelle  patrie  les  deux 
archiduchesses.  Barbe  et  Jeanne  d'Autriche,  fiancées 
l'une  au  duc  de  Ferrare,  Alphonse  II  d'Esté,  l'autre 
au  prince  héritier  de  Florence,  François  de  Médicis. 
Tandis  que  l'escorte,  partie  de  Trente  après  le  21  nov., 
faisait  route  à  petites  journées,  des  dépêches  alar- 
mantes parvenaient  de  Rome  au  cardinal  concernant 
la  santé  de  Pie  IV.  Finalement,  il  n'y  tint  plus,  quitta 
à  Firenzuola  l'escorte  princière  et  revint  à  Rome  à 
bride  abattue,  juste  à  temps  pour  préparer  son  oncle 
à  la  mort,  lui  administrer  les  derniers  sacrements  et 
recevoir  son  dernier  soupir  (9  déc.  1505;  Baronius- 
Raynaldi,  année  1565,  n.  28;  Panvinius,  dans  Conc. 
Trid.,  u,  600;  la  date  du  10  déc.  avancée  par  beaucoup 
d'auteurs  est  inexacte). 


497  CHARLES  BORROMÉE  498 


6°  Le  conclave  de  1-565.  —  Après  le  décès  de  Pie  IV, 
plusieurs  cardinaux  soulevèrent  des  objections  contre 
l'ouverture  immédiate  d'un  conclave.  Mais  le  cardinal 
B.  insista  pour  que  la  prescription  renouvelée  par  le 
pape  peu  avant  sa  mort  et  selon  laquelle  un  conclave 
devait  s'ouvrir  dans  les  dix  jours  ne  restât  pas  lettre 
morte.  Il  eut  gain  de  cause. 

Au  conclave,  ouvert  le  19  déc.  1565,  le  cardinal  B., 
leader  incontesté  des  vingt-quatre  cardinaux  nommés 
par  son  oncle,  était  de  ce  fait  l'arbitre  de  la  situation  : 
son  groupe  disposant  de  plus  du  tiers  des  voix,  «  en 
sa  main  était  l'exclusive  de  tous  ceux  qui  se  trouvaient 
dans  le  conclave  »  (C.  Borghèse  à  César  Borromée, 
2  févr.  1566;  Arch.  slor.  Lomb.,  1903,  p.  360).  Aussi, 
dans  leurs  rapports,  les  observateurs  étrangers  signa- 
lent-ils toujours  avec  soin  la  position  prise  par  B. 
à  l'égard  des  candidats  possibles.  Sur  son  lit  de  mort. 
Pie  IV  lui  avait  donné  à  ce  sujet  ses  dernières  recom- 
mandations :  faire  élire  un  membre  de  son  groupe 
ou,  à  défaut,  le  candidat  recommandé  par  Florence 
(Pastor,  VIII,  17).  Toutefois,  avant  d'entrer  au  con- 
clave, B.  ayant  consulté  des  jésuites  sur  l'attitude  à 
y  adopter  (Salmeron,  Epistolae,  éd.  Mon.  hist.  S.  J., 
II,  p.  XIV,  60,  n.  9)  résolut  de  laisser  une  grande 
liberté  aux  membres  de  son  groupe  :  il  s'engagea 
même  vis-à-vis  de  son  cousin  le  cardinal  Altemps  à 
ne  pas  appuyer  la  candidature  d'un  religieux  (Pastor, 
VIII,  27).  Mais  il  était  décidé  à  n'accepter  qu'un  par- 
tisan convaincu  de  la  réforme  tridentine.  Il  réussit 
ainsi  à  contrecarrer  toutes  les  candidatures  qui  lui 
déplaisaient,  mais  ne  parvint  à  faire  passer  ni  Morone, 
bien  qu'il  l'eût  essayé  à  trois  reprises,  ni  Sirleto. 
Finalement  il  tenta  une  démarche  auprès  de  Farnèse 
pour  le  convaincre  de  renoncer  à  sa  candidature  et 
de  proposer  un  candidat  qui,  réunissant  l'assentiment 
des  deux  groupes  principaux,  serait  assuré  de  l'élec- 
tion. L'accord  se  fit  et,  en  moins  de  deux  heures,  le 
choix  tomba  sur  le  cardinal  Ghislieri  qui  fut  élu  et 
prit  le  nom  de  Pie  V  (7  janv.  1566;  cf.  B.  Hilliger,  Die 
Wahl  Pius'V.  zum  Papste,  Leipzig,  1891). 

Dès  le  début  de  son  pontificat.  Pie  V  manifesta  son 
désir  de  faire  largement  appel  au  concours  du  car- 
dinal B.  Le  12  janv.,  il  créa  une  commission  de  cardi- 
naux chargée  d'étudier  les  affaires  allemandes;  l6  23 
du  même  mois,  il  en  institua  une  autre  pour  la  réforme 
du  clergé  romain.  B.  fît  partie  de  l'une  et  de  l'autre, 
mais  il  n'eut  guère  le  temps  d'y  déployer  son  acti- 
vité. Désireux  de  regagner  son  diocèse,  il  en  obtint 
la  permission,  moyennant  la  promesse  de  revenir  en 
automne.  Il  se  mit  en  route  sans  apparat  le  11  mars 
et,  passant  par  Lorette,  arriva  dans  sa  ville  de  Milan 
le  5  avr.  1566. 

Durant  tout  l'été  1566,  le  retour  de  B.  à  Rome  fut 
considéré  comme  certain,  tellement  sa  présence  y 
paraissait  indispensable  à  la  bonne  marche  des 
affaires,  en  particulier  à  celle  de  la  réforme  romaine. 
Mais  Ormaneto,  rappelé  de  Milan  à  Rome  (8  juill.),  y 
prit  sa  place  et  resta  en  étroite  correspondance  épis- 
tolaire  avec  lui.  B.  était  aussi  en  rapports  étroits 
avec  ses  agents  et  hommes  de  confiance  romains, 
G.  F.  Bonomi,  Bernardino  Carniglia  et  Cesare  Spe- 
ciani.  Par  leur  intermédiaire,  B.  faisait  parvenir  au 
Souverain  pontife  conseils  et  suggestions  :  comme  par 
exemple  de  contrebalancer  l'influence  des  anciens  car- 
dinaux par  «  une  bonne  promotion  d'hommes  d'élite, 
vraiment  dignes  d'être  les  pivots  sur  lesquels  s'appuie 
l'Église  »  (B.  à  Ormaneto,  date  incertaine,  1566;  Syl- 
vain, I,  326);  ou  bien  encore  de  mettre  en  demeure  tous 
les  évêques  présents  à  Rome,  même  revêtus  de  la 
pourpre,  d'avoir  à  rejoindre  leurs  diocèses  (B.  à 
Bonomi,  17  avr.  1566;  ibid.,  319).  Par  la  même  filière, 
il  fit  tenir  au  pape,  non  sans  l'avoir  notablement  re- 
touché, un  projet  de  réforme  du  Sacré  Collège,  qu'il 


avait  composé  sous  le  pontificat  de  son  oncle.  Il  y 
ajouta  un  plan  constituant  une  mense  commune 
formée  par  la  réunion  de  toutes  les  abbayes  commen- 
dées  à  des  cardinaux;  les  revenus  mis  en  commun 
permettraient  une  distribution  annuelle  de  3  000  écus 
à  chaque  cardinal;  ainsi  serait  bannie  à  tout  jamais 
la  principale  source  de  cupidité  et  d'ambition  (B.  à 
Ormaneto,  4  nov.  1566;  ibid.,  326-28).  Au  témoignage 
de  Speciani,  Pie  V  estimait  ses  avis  au  plus  haut 
prix  (Pastor,  ix,  896). 

Il  se  fit  aussi  l'interprète  de  l'inquiétude  de  ses 
diocésains  devant  la  bulle  du  1"  avr.  1566  (Bull. 
Rom.,  VII,  434  sq.)  autorisant  les  poursuites  en  cer- 
taines matières  inquisitoriales  non  solum  per  accusa- 
iionem  et  inquisitionem  sed  etiam  ad  simplicem  et 
secrelam  denunciationem  (cf.  Verga,  31). 

Pie  V  avait  songé  à  réunir,  à  l'automne  de  1566, 
un  synode  national  de  tous  les  évêques  d'Italie.  Mais 
comme  les  décrets  du  premier  synode  de  Milan  parus 
entre  temps  avaient  pourvu  à  tout  le  nécessaire,  il 
jugea  son  premier  projet  superflu  et  se  borna  à  édicter 
qu'aucune  mesure  ne  fût  prise  en  opposition  avec 
les  décrets  susdits  (B.  à  l'évêque  de  Brescia,  27  déc. 
1566,  Sala,  Docum.,  ii,  272).  Aussi  un  contemporain 
put-il  dire  en  toute  vérité  que  «  la  réforme  romaine 
était  fille  de  la  milanaise  »  (Pogiani  à  B.,  déc.  1566, 
Epi'il.,  Il,  p.  xv).  Tous  les  retours  définitifs  de  l'ar- 
chevêque de  Milan  à  Rome  restèrent  à  l'état  de  projet; 
B.  put  désormais  se  consacrer  entièrement  à  l'admi- 
nistration de  son  diocèse. 

III.  PlÎRIOUE  MILANAISE  (1566-1584).  —  /.  BORRO- 
MÉE A  MILAN.  —  1°  Le  réformateur.  —  1.  Administra- 
tion diocésaine.  —  Le  diocèse  dont  B.  prit  en  mains 
l'administration  était  un  des  plus  importants  d'Italie  : 
46  collégiales,  753  paroisses,  1  420  succursales,  3  352 
prêtres  et  clercs  séculiers,  190  couvents  et  monastères, 
environ  560  000  hab.,  dont  180  216  pour  la  métro- 
pole lors  d'un  dénombrement  prescrit  par  le  cardinal. 
La  i)rovince  ecclésiastique  de  Milan  comprenait 
15  évêchés  sufTragants,  réjjartis  sur  le  Milanais,  la 
Vénétie  et  le  duché  de  Montferrat.  Le  clergé  et  les 
fidèles,  délaissés  par  leurs  pasteurs  toujours  absents, 
offraient  un  tableau  moral  peu  encourageant,  bien 
qu'il  ne  faille  pas  le  noircir  à  l'excès.  Aussi  l'arche- 
vêque décida-t-il,  dès  le  début,  d'adopter  une  poli- 
tique de  présence  et  de  refondre  les  rouages  de  l'admi- 
nistration diocésaine.  La  réglementation  et  le  fonc- 
tionnement en  sont  décrits  dans  Acta  Eccl.  MedioL,  i, 
535-97.  Le  diocèse  fut  divisé  en  douze  circonscrip- 
tions, six  pour  la  partie  urbaine,  six  pour  la  partie 
rurale.  Chaque  partie  était  confiée  à  la  haute  surveil- 
lance d'un  visiteur  général,  et  chacune  des  douze  cir- 
conscriptions placée  sous  la  responsabilité  d'un  préfet. 
Soixante  vicaires  forains,  responsables  d'un  secteur 
plus  restreint,  devaient  se  réunir  à  dates  fixes  avec 
tous  les  prêtres  de  leur  secteur. 

A  l'archevêché,  B.  créa  le  poste  de  vicaire  général 
et  rationalisa  les  services  judiciaires  et  la  chancellerie. 
Il  veilla  spécialement  à  l'intégrité  des  fonctionnaires 
et  à  la  gratuité  des  services.  Il  fit  aussi  tenir  à  jour, 
dans  les  paroisses  et  les  doyennés,  un  grand  nombre 
de  registres  spéciaux.  Leurs  renseignements,  colla- 
tionnés  à  Milan,  donnaient  une  vue  d'ensemble  de 
l'état  religieux  du  diocèse,  où  chaque  église  avait  sa 
monographie  renfermant  tous  les  détails  intéressants 
à  connaître  :  personnel,  fondations,  œuvres  pies,  au- 
tels, œuvres  d'art,  etc.  Les  visiteurs  devaient  mettre 
tous  leurs  soins  à  obtenir  des  précisions  numériques. 
Le  premier  concile  provincial  prescrivit  aussi  la  tenue 
de  registres  paroissiaux  pour  les  baptêmes,  confir- 
mations, mariages  et  sépultures,  ainsi  que  d'un  liber 
status  animarum  contenant  l'énumération  des  foyers 
avec  le  nom  et  l'âge  de  leurs  habitants  et  devant 


499  CHARLES  BORROMÉE  500 


être  tenu  à  jour  par  inscription  et  radiation  des 
nouveaux  arrivés  et  des  émigrants  (Acla  Eccl.  MedioL, 
I,  20,  22).  En  1574,  on  ajouta  des  directives  précises 
sur  la  manière  de  tenir  ces  documents,  ainsi  que  l'obli- 
gation d'en  déposer  un  exemplaire  tous  les  ans  à 
l'archevêché  {ibid.,  i,  685-88).  Le  IV«  concile  provin- 
cial fit  en  outre  tenir  par  chaque  curé  des  listes 
nominatives  de  trente-cinq  catégories  de  chrétiens 
représentant  l'élite  et  la  lie  des  paroissiens  (énuméra- 
tion,  ibid.,  i,  142-43,  560-61).  Grâce  à  ces  diverses' 
mesures,  B.  peut  être  considéré  comme  un  précurseur 
de  la  statistique  religieuse. 

Très  large  pour  doter  son  administration  diocésaine 
en  hommes  et  en  ressources,  il  veillait  par  contre  à 
réduire  le  personnel  de  sa  maison  privée  au  minimum 
compatible  avec  sa  dignité. 

Collaborateurs  et  familiers  étaient  soumis  chez  lui 
à  une  discipline  presque  claustrale.  S'inspirant  sans 
doute  des  modèles  ignatiens,  il  avait  rédigé  à  leur  in- 
tention un  règlement  spécial  pour  chaque  ofTice,  par- 
tagé en  une  partie  spirituelle  et  une  partie  pratique. 
Les  exercices  spirituels,  confiés  au  soin  d'un  préfet 
spirituel,  comprenaient  tous  les  jours  :  méditation, 
examen  de  conscience,  office  divin  ou  de  la  Ste  Vierge, 
assistance  à  la  messe  et  instruction  religieuse.  Sur 
certains  points  de  discipline  le  cardinal  se  montrait 
très  strict.  Cette  école  de  formation  borroméenne 
produisit  nombre  d'ouvriers  d'élite  de  la  Contre-Ré- 
forme; elle  fut  une  pépinière  d'évèques  et  de  nonces. 
Citons  le  cardinal  Silvio  Antoniano,  Niccolô  Ormaneto, 
Carlo  Bascapè,  Gianfrancesco  Bonomi,  Giambattista 
Gastelli,  Niccolô  Mascardo,  Bernardino  Mora,  Gio- 
vanni Fontana,  Antonio  Seneca,  Cesare  Speciani, 
Girolamo  Trivulzio. 

Dans  un  autre  domaine  encore,  l'influence  de  cette 
école  n'a  peut-être  pas  été  mise  assez  en  lumière.  On 
sait  que  Giovanni  Botero,  un  des  principaux  écono- 
mistes italiens  de  la  Renaissance,  a  été  secrétaire  de 
B.  Ne  serait-ce  pas  là  qu'il  puisa  son  sens  de  l'obser- 
vation et  son  souci  de  la  mesure  quantitative  des 
choses  et  des  personnes?  (C.  Gioda,  La  vila  e  le  opère 
di  Giovanni  Botero,  Milan,  1895,  3  vol.). 

2.  Conciles  provinciaux  et  synodes  diocésains.  — 
Ayant  réuni  son  premier  concile  de  la  province  de 
Milan  en  1565,  B.  réussit  à  en  maintenir  presque  sans 
accroc  la  périodicité  triennale  prescrite  par  le  concile 
de  Trente  :  11^  conc,  24  avr.  1569  (Acla  Eccl.  MedioL, 
I,  51-67);  bref  d'approbation  moyennant  quelques 
corrections,  12  mai  1570  (Bull.  Rom.,  vu,  819);  — 
III«  conc,  9  avr.  1573  (Acla  Eccl.  MedioL,  i,  67-89);  — 
IVe  conc,  10  mai  1576  (ibid.,  90-165);  l'approbation 
romaine  fut  très  difficile  à  obtenir  (voir  plus  loin);  — 
conc,  7  mai  1579  (Acla...,  166-242);  —  VI«  conc, 
10  mai  1582  (ibid.,  242-64);  —  un  septième  concile 
avait  été  convoqué  pour  1585;  la  mort  de  B.  empêcha 
sa  réunion. 

Sur  le  point  de  l'assistance  à  ces  conciles,  B.  était 
inexorable  et  sourd  aux  excuses  habituelles;  il  n'hési- 
tait pas  au  besoin  à  provoquer  ordres  et  sanctions 
de  la  part  de  Rome.  Il  faisait  préparer  ces  réunions 
plusieurs  semaines  à  l'avance  par  des  prières  com- 
munes, des  exercices  spirituels,  des  prédications.  La 
législation  qui  y  fut  édictée  constitue  l'application  la 
plus  complète  des  directives  tridentines.  Dans  toute 
l'Europe  de  nombreux  conciles  ultérieurs  se  bornèrent 
à  les  démarquer. 

Outre  celui  que  présida  son  vicaire  Ormaneto  en 
1564,  l'archevêque  de  Milan  réunit  dix  synodes  dio- 
césains :  4  août  1568;  15  avr.  1572  (présidé  par  le 
vicaire  général  Castelli,B.  étant  à  Rome  au  conclave); 
16  nov.  1574;  puis  tous  les  ans  de  1578  à  1584  (décrets 
dans  Acla  Eccl.  MedioL,  i,  266-342).  D'après  les  déci- 
sions tridentines,  il  aurait  fallu  en  réunir  tous  les  ans; 


mais  divers  empêchements  s'y  opposèrent  durant  les 
années  du  début.  Chaque  fois  le  cardinal  sollicita  du 
pape  une  permission  d'ajournement. 

B.  compléta  la  législation  des  conciles  provinciaux 
et  des  synodes  diocésains  par  une  série  d'instructions 
reprenant  systématiquement  les  matières  les  plus 
importantes  :  prédication  de  la  parole  de  Dieu  (Acla 
Eccl.  MedioL,  i,  390-407);  administration  des  sacre- 
ments (ibid.,  407-66);  construction,  aménagement  et 
entretien  des  églises  (ibid.,  466-535). 

En  parcourant  les  prescriptions  de  ces  conciles  et 
synodes,  le  lecteur  du  xx^  s.  pourrait  se  sentir  dépaysé 
par  la  méticulosité,  la  sévérité  et  le  caractère  appa- 
remment vexatoire  d'un  bon  nombre  de  leurs  articles: 
par  ex.  indication  du  nombre  et  des  dimensions  de 
tous  les  objets,  outils  et  instruments  devant  se  trouver 
dans  chaque  sacristie  paroissiale;  défense  à  tous  les  dio- 
césains d'entreprendre  un  en  voyage  en  pays  hérétique 
sans  la  permission  de  l'archevêque  ou  du  vicaire 
général;  profession  de  foi  imposée  aux  médecins,  aux 
libraires  et  jusqu'aux  professeurs  d'arithmétique; 
obligation  aux  imprimeurs  et  aux  libraires  de  sou- 
mettre mensuellement  le  catalogue  de  toutes  leurs 
publications;  réglementations  concernant  l'habille- 
ment, le  logement,  l'activité  des  Juifs;  énumération 
des  activités  publiques  interdites  à  l'heure  des  offices 
dominicaux,  et  bien  d'autres  choses.  En  faire  grief 
au  cardinal  B.,  ce  serait  oublier  que  ces  mesures  furent 
prises  pour  sauvegarder  la  foi  en  une  époque  diffé- 
rente de  la  nôtre  et  en  un  point  stratégique  de  la  chré- 
tienté. 

3.  Visites  pastorales.  —  Chaque  année,  sauf  empê- 
chement, B.  consacrait  plusieurs  mois  d'été  à  la  visite 
pastorale  de  son  diocèse.  L'année  1566,  la  première 
après  sa  rentrée,  fut  employée  presque  exclusivement 
à  la  cathédrale  puis  aux  autres  églises  milanaises.  A 
cette  occasion,  il  réforma  le  chapitre  de  S.-Ambroise 
et  lui  donna  des  constitutions  très  détaillées  (9  avr. 
1567;  Sala,  Docum.,  ii,  472-88);  il  se  montrait  très 
exigeant  sur  le  point  des  prestations  obligatoires,  mai 
très  généreux  en  matière  de  prébendes,  augmentan 
les  revenus  de  ses  chanoines  chaque  fois  qu'il  leur  pres- 
crivait de  nouvelles  obligations  chorales  de  jour  o' 
de  nuit;  il  recourait  souvent  à  eux  pour  l'aider  dan 
ses  fonctions  administratives.  En  1566,  il  visita  auss 
l'église  abbatiale  d'Arona,  dont  il  était  le  bénéficie 
(S.  M.  Vismara,  La  visita  pastorale  di  S.  C.  B.  ne 
1566  alla  Badia  dei  SS.  Gratiniano  e  Felino  in  Arona 
dans  Riv.  stor.  bened.,  iv,  1910,  p.  571-84). 

En  1567,  il  entreprit  la  visite  de  la  partie  rurale 
qu'il  continua  et  reprit  inlassablement  durant  la  plu 
part  des  saisons  suivantes  jusqu'à  sa  mort.  La  recons 
titution  d'un  itinéraire  n'a  pas  encore  été  tentée.  Eli 
exige  comme  condition  préalable  le  dépouillement  d 
son  énorme  correspondance,  l'inventaire  de  nom 
breuses  inscriptions  commémoratives  et  l'examen  cri 
tique  d'un  bon  nombre  de  traditions  locales.  Actuel 
lement  on  en  est  encore  loin. 

Pour  1583,  année  dont  on  peut  reconstituer  I 
calendrier  presque  en  entier,  on  sait  que  le  cardina' 
outre  son  retour  de  Rome  et  sa  tournée  dans  le  V 
Mesocco,  quitta  Milan  à  onze  reprises  pour  des  a 
sences  variant  de  trois  jours  à  trois  semaines.  C'étaien 
presque  toujours  des  visites  pastorales;  il  ne  séjourn 
guère  plus  de  deux  cents  jours  dans  sa  métropole. 

4.  Correspondance  et  réceptions.  — ■  La  correspon- 
dance de  B.  constitue  un  des  principaux  monument 
de  la  réforme  catholique.  Les  268  volumes  de  lettre 
conservées  à  l'Ambrosienne  (Zerbi,  Arch.  stor.  Lomb 
1891,  p.  81)  témoignent  par  leur  seule  existence  d 
son  zèle  inlassable,  de  son  énorme  capacité  de  trava* 
et  de  son  sens  de  l'organisation.  Ils  prouvent  auss 
que  Ch.  B.  était  devenu  dès  son  vivant  une  person 


501  CHARLES  BORROMÉE  502 


nalité  aux  dimensions  mondiales.  Une  même  conclu- 
sion se  dégage  des  entrevues  qu'il  eut  avec  de  grandes 
personnalités  de  l'époque  :  à  Monza  (10  août  1574), 
avec  Henri  III,  revenu  de  Pologne  pour  ceindre  la 
couronne  de  France  (relation  de  cette  entrevue  faite 
au  pape  sur  sa  demande  par  B.,  dans  Sala,  Docum., 
II,  428,  trad.  Sylvain,  ii,  366-72;  récit  fait  par  Otta- 
viano  de  Ferreri  au  procès  de  canonisation,  dans 
Oltrocchi,  214);  à  Lodi  (2  oct.  1581),  avec  la  reine 
d'Autriche,  sœur  du  roi  d'Espagne;  à  Milan  nov. 
1583  et  27  août  1584),  avec  le  prince  André  Bathory, 
venu  à  Rome  pour  y  devenir  cardinal  et  repartant  en 
Pologne  comme  légat  du  S. -Siège. 

5.  Enseignement  et  œuvres  sociales.  —  La  formation 
d'un  clergé  capable  et  vertueux  fut  le  principal  but 
apostolique  du  cardinal  B.  Sa  sollicitude  alla  avant 
tout  à  son  séminaire.  Les  difTicultés  de  première  ins- 
tallation sous  Ormaneto  (voir  plus  haut)  se  dou- 
blèrent rapidement  de  difficultés  internes  :  la  concen- 
tration de  tous  les  pouvoirs  dans  un  séminaire  diocé- 
sain entre  les  mains  de  religieux  exempts  se  révéla 
funeste  et  aboutit  à  un  grave  différend  entre  l'arche- 
vêque et  les  Jésuites.  Le  cardinal  ne  tarda  pas  à  cons- 
tater que  l'élite  de  ses  séminaristes  entrait  au  noviciat 
des  Pères.  Tout  en  craignant  de  contrarier  de  vraies 
vocations,  il  désirait,  pour  de  multiples  raisons,  freiner 
cette  hémorragie;  il  tenta  d'obtenir  du  général  l'en- 
gagement de  ne  plus  recevoir  ses  séminaristes,  mais 
se  heurta  à  un  refus;  son  appel  au  pape  provoqua  le 
bref  du  28  juill.  1570,  interdisant  aux  séminaristes 
milanais  l'entrée  en  religion  avant  d'avoir  exercé  le 
ministère  pendant  quatre  ans  (Sala,  Docum.,  i,  245; 
correspondance  préliminaire  entre  Milan  et  Rome, 
17  mai,  3,  14  juin  1470).  Un  bref  à  portée  similaire 
aurait  aussi  été  donné  le  6  nov.  1582  par  Grégoire  XIII 
(Pastor,  IX,  185,  n.  2). 

La  situation  ne  s'améliora  que  lorsque  l'adminis- 
tration du  séminaire  fut  remise  entre  les  mains  des 
oblats  de  S.-Ambroise,  en  1579.  Cette  même  année, 
une  imprimerie  fut  adjointe  au  séminaire.  Une  des 
premières  œuvres  qui  sortirent  de  ses  presses  fut  une 
édition  spéciale  des  sermons  du  P.  Louis  de  Grenade, 
dont  un  exemplaire  d'hommage  fut  distribué  à  tous 
les  prêtres  du  diocèse.  Aussi  S.  Ch.  B.  est-il  désigné 
comme  patron  de  la  bonne  presse  (A.  Bernareggi,  // 
Seminario  e  gli  Oblati,  dans  Humilitas,  n.  21,  1930, 
p.  681-722;  La  lipografia  del  seminario  di  Milano, 
ibid.,  n.  2,  1928,  p.  49-57,  75-79). 

Pour  subvenir  à  des  nécessités  particulières,  le  car- 
dinal fonda  encore  les  établissements   suivants  : 

a)  S.  Giovanni  aile  case  Rotte,  à  Milan,  150  places, 
pour  les  vocations  tardives  et  l'acquisition  des  con- 
naissances indispensables  au  ministère  sacerdotal;  — 

b)  \e  proséminaire  Beatae  Mariae  alla  Canonica,  à 
Milan,  60  places,  pour  la  formation  spécialisée  des 
curés  de  village  (Sala,  Docum.,  i,  428);  —  c)  les  deux 
petits  séminaires  de  Celana  (1579)  et  d'Inverigo  (1582), 
40  places  chacun,  pour  l'enseignement  de  la  gram- 
maire (de  1566  à  1579,  le  premier  avait  été  uni  à  une 
école  apostolique  des  P.  Émiliens  à  Somasca)  (ibid., 
188,  412,  443,  473,  559  sq.);  —  rf;  la  filiale  du  sémi- 
naire à  Arona;  —  e)  \e  collège  helvétique  à  Milan, 
érigé  le  l"  juin  1579  pour  décharger  le  séminaire  qui, 
depuis  plusieurs  années,  hébergeait  20  séminaristes 
de  Suisse  et  des  Grisons  aux  frais  de  l'archevêque;  il 
fut  établi  dans  l'ex-prévôté  S.  Spirito  des  Humiliati; 
les  élèves  suivaient  les  cours  à  l'université  de  Brera 
(Bull.  Rom.,  viii,  269  sq.;  Sala,  Docum.,  i,  219,  317, 
374,  393,  410;  D'Alessandri,  254-58;  bibliogr.  détaillée 
dans  Pastor,  ix,  521);  —  le  collège  pour  les  Grisons 
à  Ascona;  un  premier  essai  à  Locarno  ayant  échoué, 
B.  travailla  à  cette  fondation  à  la  (in  de  sa  vie;  il 
s'y  rendit  deux  fois  lui-même  :  le  15  juin  1583,  pour 


la  pose  de  la  première  pierre,  et  le  30  oct.  1584,  pour 
l'inauguration  (Sala,  Docum.,  i,  248,  453;  D'Ales- 
sandri, 323,  402). 

L'enseignement  moyen  et  supérieur  fut  enrichi  par 
les  fondations  suivantes  :  le  collège  Borromée  à 
Pavie,  pour  loger  les  étudiants  démunis  de  ressources, 
construit  de  1564  à  1568  (R.  Majocchi-A.  Moiraghi, 
L'Almo  collegio  Borromeo.  S.  C.  B.  studente  a  Pavia  e 
gli  inizi  del  collegio,  Pavie,  1912;  C.  Baroni,  //  collegio 
Borromeo.  San  Carlo,  il  Pellegrini  e  la  costruzione  del 
collegio,  dans  Bail.  slor.  Pavese,  i,  1937-38,  p.  113-215); 
—  le  collège  des  Nobles  à  Milan,  qui  existait  déjà,  mais 
qui  fut  transféré  à  deux  reprises  en  des  locaux  plus 
vastes;  —  le  collège  des  Théatins;  —  l'université  de 
Brera,  confiée  aux  jésuites  (ouverte  le  7  janv.  1572); 
ses  douze  chaires  comprenaient  les  humanités  et  le 
cycle  complet  de  philosophie  et  théologie. 

Un  dessin  représentant  le  saint  entouré  de  ses 
vingt-six  principales  fondations  est  reproduit  dans  La 
Scuola  cattolica,  sér.  IV,  xviii,  1910,  p.  107,  et  dans 
S.  C.  B.,  199. 

Dans  le  domaine  de  l'enseignement  primaire  et 
catéchétique,  le  nom  de  S.  Ch.  B.  est  inséparable  de 
celui  de  la  Compagnie  de  la  doctrine  chrétienne.  Cette 
compagnie  avait  été  fondée  en  1536  par  un  prêtre  de 
Côme,  Castellino  da  Castello,  aidé  d'un  cardeur  de 
laine  milanais,  Francesco  Villanova;  elle  s'adonnait  à 
l'instruction  élémentaire  des  enfants  et  à  des  œuvres 
de  charité.  Dès  son  arrivée  à  Milan,  B.  travailla  à  la 
développer  et  à  l'organiser  sur  la  base  d'une  spéciali- 
sation du  travail;  à  côté  des  officiers  généraux  et  du 
directeur  spirituel,  il  y  eut  des  correcteurs,  des  infir- 
miers, des  conciliateurs  ou  pacificateurs  et  des  «  pê- 
cheurs »,  ces  derniers  chargés  de  parcourir  les  rues  de 
la  ville  pour  y  raccoler  des  élèves  parmi  les  vaga- 
bonds. Le  succès  fut  rapide  et  durable  :  onze  ans 
après  la  mort  du  saint,  en  1595,  les  écoles  de  la  Doc- 
trine chrétienne  comptaient  20  504  auditeurs  réguliers 
(S.  C.  B.,  196).  Sur  les  débuts  de  cette  œuvre,  voir 
G.  B.  Castiglione,  Storia  délia  Dottrina  cristiana  in 
Milano  e  fuori;  seule  la  première  partie  allant  jusqu'à 
l'arrivée  de  B.  à  Milan  a  été  imprimée  (Milan,  1800); 
la  seconde  partie,  de  1566  à  1777,  est  conservée  manus- 
crite à  l'Ambrosienne  (Sommaruga,  92;  J.-A.  Keller, 
Des  hl.  K.  B.  Satzungen  und  Regeln  der  Gesellschaft 
der  Schulen  christlicher  Lehre,  Paderborn,  1893;  A. 
Tamborini,  La  Compagnia  e  le  Scuole  délia  Dottrina 
cristiana.  Milan,  1939;  Sala,  Dissertazioni,  63-100). 
L'enseignement  primaire  fut  aussi  organisé  dans  plu- 
sieurs centres  ruraux  du  diocèse,  comme  à  Varèse  en 
1567,  à  Bellinzona  en  1583. 

Dans  le  domaine  social,  B.  développa  surtout  les 
œuvres  de  bienfaisance  et  de  réhabilitation.  Milan 
fut  doté  d'un  asile  de  repenties  (Ste-Marie-Égyptienne) 
et  d'un  home  de  protection  pour  les  jeunes  filles  (Ste- 
Valérie).  L'orphelinat  des  Somaschi  fut  agrandi.  Un 
asile  de  nuit,  VOspedale  délia  Stella,  ouvrit  ses  portes 
dans  un  ancien  couvent  désaffecté  et  offrit  gîte  et 
couvert  aux  vagabonds  et  aux  pauvres  errants.  Une 
institution  originale,  fondée  par  Isabelle  d'Aragon  et 
dénommée  II  Soccorso,  recueillait  pour  un  temps  les 
épouses  maltraitées  ou  dont  le  mari  était  absent. 
En  temps  de  disette,  B.  fit  installer  des  soupes  popu- 
laires et  organisa  l'importation  des  vivres;  il  fit  aussi 
développer  la  culture  du  maïs  qui  devint  la  base  de 
l'alimentation  du  peuple. 

2°  Borromée  et  les  ordres  religieux.  —  Les  Barnabites, 
fondés  en  1533,  avaient  compté  parmi  leurs  premiers 
membres  plusieurs  .Milanais,  dont  un  ancien  compa- 
gnon d'université  de  B.,  Alexandre  Sauli.  Ils  limi- 
taient leur  apostolat  au  pays  de  Milan.  Devenu 
archevêque  de  Milan,  B.  invita  Sauli  à  son  premier 
concile  provincial;  de  1567  à  1570,  Sauli,  élu  supé- 


503 


CHARLES  BORROMÉE 


504 


rieur  général  de  sa  congrégation,  résida  à  Milan  et  fut 
chargé  par  B.  de  nombreuses  missions  de  confiance 
ainsi  que  de  la  prédication  du  soir  à  la  cathédrale;  en 
mars  1570,  il  reçut  de  ses  mains  la  consécration  épis- 
copale.  B.  choisissait  volontiers  ses  auxiliaires  parmi 
les  Barnabites  :  le  P.  Asinari  l'accompagna  souvent 
durant  ses  visites  pastorales;  le  P.  Bascapè,  qui  devint 
son  meilleur  biographe,  reçut  de  nombreuses  marques 
de  confiance.  Leur  couvent  était  pour  lui  un  asile  où 
il  venait  se  recueillir  et  vaquer  aux  Exercices;  on  y  a 
conservé  la  pierre  sur  laquelle  il  lavait  alors  la  vais- 
selle avec  les  frères.  Le  chapitre  général  de  1578  ayant- 
chargé  le  P.  Bascapè  d'achever  la  rédaction  des  cons- 
titutions de  son  ordre  et  ce  travail  ayant  suscité  des 
critiques,  le  P.  Besozzi,  général,  sollicita  de  Rome  la 
désignation  du  cardinal  B.  comme  reviseur.  Ces  pou- 
voirs lui  furent  délégués  le  28  juill.  Le  cardinal  fit 
réunir  un  chapitre  général  de  dix  jours  durant  le  mois 
de  nov.  ;  on  y  mit  au  point  le  texte  nouveau,  qui  fut 
promulgué  le  25  mai  1579.  Les  Barnabites  considèrent 
S.  Ch.  B.  comme  leur  second  fondateur;  l'église  de 
leur  couvent  de  Rome,  édifiée  deux  ans  après  sa  cano- 
nisation, fut  placée  sous  son  vocable;  ce  même  cou- 
vent possède  un  des  fonds  les  plus  riches  d'archives 
borroméennes. 

Plus  encore  que  par  leur  collaboration  apostolique, 
l'importance  de  l'action  des  Jésuites  sur  la  vie  du 
cardinal  se  situe  au  plan  intérieur.  Ce  fut  dans  la  spiri- 
tualité ignatienne,  qui  correspondait  à  merveille  à 
son  tempérament,  que  S.  Ch.  B.  puisa  les  traits  prin- 
cipaux de  sa  vie  religieuse.  Le  P.  Ribera,  puis  le 
P.  Adorno  furent  ses  directeurs  de  conscience.  Le 
cardinal  les  avait  en  très  haute  estime.  Après  l'élec- 
tion de  Grégoire  XIII,  il  présida  la  commission  chargée 
de  se  prononcer  sur  le  maintien  des  modifications 
apportées  par  S.  Pie  V  à  l'institut  de  la  Compagnie. 
Il  reconnut  le  bien-fondé  des  objections  présentées 
par  le  P.  Nadal  et  obtint  du  pape  le  retour  au  régime 
antérieur  (Astrain,  m,  2).  A  la  mort  du  quatrième 
général  de  la  Compagnie,  Évrard  Mercurian,  B.  entre- 
prit des  démarches  (on  ne  sait  trop  qui  en  eut  l'ini- 
tiative; J.  M.  March,  S.  J.,  Don  Luis  de  Reqaesens, 
Madrid,  1946,  163,  note)  pour  lui  faire  élire  comme 
successeur  le  P.  Adorno  ou  le  P.  Palmio.  Il  écrivit  en 
ce  sens  au  pape  et  à  son  agent  romain,  Mgr  Speciani, 
et  fit  présenter  une  requête  à  la  quatrième  congré- 
gation générale  (Astrain,  m,  215,  n.  ;  J.  M.  March, 
op.  cil.,  163,  note).  Cette  démarche  échoua. 

Dans  l'ensemble,  les  rapports  entre  B.  et  les  Jésuites 
furent  excellents  :  à  de  très  nombreuses  reprises  le 
cardinal  fit  appel  à  eux  pour  divers  ministères  apos- 
toliques et  pour  l'enseignement.  Il  leur  confia  la  pa- 
roisse milanaise  de  S.  Fedele  et  chargea  son  architecte 
Pellegrini  d'y  construire  pour  eux  une  église  (première 
pierre,  3  juin  1569;  inauguration,  24  juin  1579).  Au 
cours  de  ses  visites  diocésaines,  il  se  fit  habituellement 
accompagner  de  plusieurs  Pères.  Le  couvent  de  Brera, 
devenu  libre  par  suite  de  la  suppression  des  Humi- 
liati,  devint  sous  Grégoire  XIII  un  collège  de  jésuites. 
B.  favorisa  aussi  leur  établissement  en  dehors  de  son 
diocèse,  en  particulier  dans  les  cantons  suisses.  Lors- 
qu'il fut  nommé  visiteur  apostolique  en  Suisse,  il 
consulta  Pierre  Canisius  sur  la  manière  de  résoudre 
certaines  difiicultés  canoniques  en  un  pays  à  moitié 
protestant;  il  lui  demanda  ensuite,  en  des  termes 
presque  comminatoires,  de  l'accompagner  au  cours  de 
sa  tournée,  mais  cette  dernière  demande  n'eut  pas  de 
suite(Ca/!(s;(  ep/s^u/ae,  éd.  Braunsberger,  VIII,  947, 949). 

Cependant  l'entente  entre  le  cardinal  et  la  Compa- 
gnie fut  loin  d'être  toujours  parfaite.  B.  reprocha  aux 
divers  généraux  de  lui  mesurer  au  compte-gouttes  les 
renforts  en  hommes  qu'il  ne  cessait  de  réclamer.  Il 
aurait  voulu  que  le  P.  Gagliardi  vint  enseigner  la 


théologie  à  Milan;  le  duc  de  Savoie  ayant  refusé  de 
s'en  dessaisir,  il  fut  question  d'envoyer  le  P.  Bellar- 
min;  ce  projet  n'eut  pas  de  suite  (Polanco,  Comple- 
menta,  éd.  Mon.  hist.  S.  J.,  ii,  160-64,  244-45).  Si  on 
l'avait  laissé  faire,  il  aurait  volontiers  accaparé  la 
Compagnie  entière  pour  son  seul  diocèse.  Les  généraux 
assaillis  de  toutes  parts  devaient  bien  parfois  faire 
la  sourde  oreille.  Les  deux  heurts  principaux  furent 
occasionnés  par  la  question  du  séminaire  (voir  plus 
haut)  et  celle  du  P.  Mazarini.  Celui-ci,  un  parent 
éloigné  du  célèbre  Mazarin,  avait  pris  parti  en  chaire 
pour  le  gouverneur  de  Milan  et  censuré  l'attitude  de  B. 
(Sommervogel,  v,  829).  D'où  un  procès  canonique  qui 
lava  le  jésuite  de  l'accusation  d'hérésie,  mais  non  de 
celle  d'insolence  envers  le  chef  du  diocèse.  Dans  le  feu 
de  la  polémique,  B.  écrivit  des  phrases  assez  dures 
contre  la  Compagnie.  Ses  ennemis,  ravis  de  cette  au- 
baine, en  publièrent  des  recueils  (Lellere  del  glorioso 
arcivescovo  di  Milano,  Lugano,  1712;  Nuova  racolla  di 
Lellere  del  glorioso  S.  Carlo,  Lugano,  1762;  voir  aussi 
dans  Sommervogel,  xi,  183,  244,  638,  670)  qui  trou- 
vèrent leur  réplique  (G.  Boero,  Riposta  a  Vincenzo 
Gioberti  sopra  le  lettere  di  S.  C.  B.  inlorno  ai  Gesuiti, 
Rome,  1849;  Milan,  1850).  Ces  légers  nuages  ne  par- 
vinrent pas  à  ternir  la  solide  affection  que  l'arche- 
vêque de  Milan  portait  à  ceux  qu'il  considérait 
comme  d'excellents  collaborateurs. 

L'ancienne  amitié  unissant  B.  à  Philippe  de  Néri 
aurait  pu  faire  croire  que  les  Oraloriens  occuperaient 
une  place  importante  parmi  les  auxiliaires  religieux 
de  la  Contre-Réforme  milanaise.  Il  n'en  fut  rien.  En 
1575,  après  de  longs  efforts,  B.  finit  par  obtenir  de 
son  ancien  ami  l'envoi  à  Milan  de  quatre  prêtres  de  sa 
congrégation.  Mais  des  dissentiments  ayant  éclaté 
par  suite  de  la  prétention  du  cardinal  de  disposer  des 
religieux  à  sa  guise,  ceux-ci  furent  rappelés  à  Rome 
par  leur  général  (lettre  du  17  déc.  157'7,  où  B.  expose 
les  raisons  profondes  de  son  dissentiment  avec  Phi- 
lippe de  Néri;  A.  BolL,  lui,  1935,  p.  435). 

En  1570,  la  desserte  de  l'église  S.-Calimère  fut 
confiée  par  l'archevêque  de  Milan  à  une  communauté 
de  Théatins,  comptant  quatorze  membres,  parmi  les- 
quels S.  André  Avellini  qui  devint  pour  B.  un  confi- 
dent et  un  ami.  Au  lendemain  de  la  peste,  en  récom- 
pense de  leur  dévouement,  il  leur  offrit  de  se  fixer  dans 
l'église  S.  Antonio,  plus  centrale  et  plus  spacieuse. 

A  la  congrégation  des  Somasques  fut  attribuée 
l'église  de  S.-Mayeul,  à  Pavie,  confiée  jusqu'alors  aux 
Glunisiens  (1568). 

En  sa  qualité  de  protecteur  des  Frères  Mineurs, 
B.  eut  de  très  nombreux  rapports  avec  les  fils  de 
S.  François.  I)  s'occupa  d'abord  d'un  projet  ancien 
repris  en  1567  par  le  P.  Pozzi,  comportant  la  fusion 
des  amadéens  et  des  claréniens  avec  la  branche  prin- 
cipale des  mineurs  de  l'Observance  (dossier  dans  Se- 
vesi,  dans  Arch.  franc,  hist.,  1938,  p.  83-87).  Le  20  janv. 
1568,  B.  présida  le  chapitre  provincial  des  mineurs  à 
Milan  qui  avait  cette  affaire  à  son  ordre  du  jour  (Wad- 
ding,  Annales,  éd.  Quaracchi,  xx,  1931,  p.  557).  Le 
princii)e  de  la  fusion  fut  accepté.  La  bulle  Beatus 
Christi  (23  janv.  1568;  Wadding,  Annales,  xx,  558; 
Bull.  Rom.,  VII,  691)  en  détermina  les  normes  et  en 
confia  l'exécution  à  B.  Un  an  plus  tard,  en  janv.  1569. 
un  nouveau  projet  combina  une  fusion  entre  conven- 
tuels et  mineurs  de  l'Observance  (pièces  principales 
dans  Sevesi,  ibid.,  94-104).  Pie  V  ayant  élevé  des 
difficultés,  ce  projet  fut  abandonné  (mai).  Le  désir  de 
B.  d'être  déchargé  de  son  protectorat  rencontra  chez 
Pie  V  le  même  accueil  défavorable.  Mais  le  cardinal 
obtint  la  faculté  de  déléguer  ses  pouvoirs,  ce  qu'il 
fit  en  faveur  de  son  procureur  à  Rome,  Mgr  Speciani 
(15  avr.  1572;  Sevesi,  ibid.,  121).  Grégoire  XIII  lui 
ayant  permis  de  résigner  son  protectorat,  il  s'elïorça 


n05  CHAULES  BORROMÉK  50(5 


d'obtenir  eu  faveur  des  observants  un  protecteur  | 
distinct  de  celui  des  conventuels,  en  quoi  il  échoua. 
Parmi  les  observants,  il  éprouvait  une  sympathie 
particulière  pour  le  groupe  des  «  réformés  »;  mais  il 
refusa  d'accepter  leur  vice-protectorat,  que  le  P.  Sera- 
flno  Tornielli  lui  offrit  à  plusieurs  reprises  (mai  1577; 
Sevesi,  ibid.,  422,  424-25).  Le  bref  Cum  illius  vicem 
(13  juin  1579)  ayant  confirmé  une  bulle  de  GlémentVII 
qui  déterminait  la  situation  canonique  autonome  des 
réformés  par  rapport  aux  autres  observants,  le  car- 
dinal B.  fut  chargé  de  son  exécution  (Wadding,  op.  cit., 
XXI,  535)  et  veilla  à  sa  stricte  observation,  surtout  à 
l'occasion  des  élections  aux  custodies  de  Milan  et  de 
Gênes  (Sevesi,  ibid.,  1945,  p.  238-39).  Dans  sa  corres- 
pondance avec  Speciani  à  Rome,  il  reprit  aussi  un 
projet  conçu  par  le  P.  Giacomo  da  Gandino  de  nommer 
un  gardien  général  de  la  réforme  (févr.  1581).  lJh\- 
succès  qu'il  rencontra  ne  le  découragea  jamais  de 
soutenir  les  partisans  de  la  réforme,  même  après  la 
suspension  du  bref  Cum  illius  vicem  (31  janv.  1582). 

Dans  les  couvents  de  religieuses,  le  cardinal  veilla 
d'abord  à  renforcer  les  mesures  prises  par  Ormaneto 
pour  rétablir  la  clôture.  Dans  ce  but  il  obtint  du  pape 
la  bulle  du  29  mai  1566  (Bull.  Rom.,  vu,  447).  Il 
accorda  une  confiance  particulière  aux  Angeliche,  les 
seules  religieuses  qui  à  son  témoignage  n'eussent  pas 
eu  besoin  d'une  réforme;  il  se  rendait  volontiers  en 
leur  couvent  et  leur  adressait  des  exhortations  spiri- 
tuelles, dont  une  de  ses  auditrices  a  conservé  le  texte. 

En  1568,  B.  introduisit  dans  son  diocèse  une  asso- 
ciation dont  les  membres  ne  formaient  encore  qu'une 
sodalité  pieuse  vaquant  à  l'enseignement  et  aux  œu- 
vres de  charité.  Il  en  fut  très  satisfait  mais  leur  imposa 
néanmoins  les  trois  vœux  et  la  vie  commune.  Gré- 
goire XIII  approuva  cette  disposition  en  1572.  En 
1579,  B.  fut  nommé  visiteur  de  la  nouvelle  congréga- 
tion et  en  modifia  totalement  l'institut  en  la  soumet- 
tant directement  à  l'autorité  des  Ordinaires.  Grâce  à 
ses  recommandations,  les  ursulines  furent  établies 
dans  nombre  d'évêchés  voisins  (V.  Postel,  Hist.  de 
Sle  Angèle  de  Merici  et  de  tout  l'ordre  des  Ursulines 
depuis  sa  fondation  jusqu'au  pontificat  de  Léon  XIII, 
I,  Paris,  1878,  342  sq.). 

3"  Les  conflits  de  juridiction  sous  Alburquerque.  — 
Quand  B.  prit  possession  de  son  siège,  le  pouvoir 
civil  était  représenté  à  Milan  par  le  gouverneur  espa- 
gnol, Gabriel  de  la  Cueva,  duc  d'Alburquerque  (abu- 
sivement orthographié  Albuquerque  par  de  nombreux 
auteurs),  et  par  le  Sénat  milanais.  Alburquerque  était 
un  homme  entièrement  dévoué  à  son  Dieu  et  à  son 
roi.  B.,  à  qui  il  avait  été  présenté  lors  de  son  séjour  à 
Milan  en  1565,  ne  tarit  pas  d'éloges  à  son  égard  (B.  au 
cardinal  Altemps,  26  sept.  1565;  Sylvain,  i,  374).  Mais 
les  bonnes  dispositions  du  gouverneur  furent  souvent 
neutralisées  par  l'attitude  du  Sénat  de  Milan,  qui  for- 
mait une  oligarchie  toute-puissante. 

Les  premières  difficultés  avec  le  gouverneur  surgi- 
rent pour  des  questions  de  protocole  et  de  rubriques, 
peu  importantes  en  elles-mêmes;  les  deux  partis  firent 
montre  d'une  égale  ténacité  (Serrano,  iii,  p.  x;  la 
meilleure  étude  sur  les  débuts  du  conflit  entre  le  car- 
dinal et  le  gouverneur  est  celle  de  M.  Bendiscioli,  L'ini- 
zio  délia  controversia  giurisdizionale  a  Milano  Ira  l'arci- 
vescovo  C.  B.  e  il  Senato  Milanese  (1566-1568),  dans 
Arch.  stor.  Lomb.,  lui,  1926,  p.  241-80,  409-62). 

Une  autre  friction  fut  causée  par  la  prétention  des 
sénateurs  de  censurer  les  décrets  du  premier  concile 
provincial,  sous  prétexte  que  plusieurs  points  étaient 
contraires  aux  pouvoirs  royaux  (Bendiscioli,  op. 
cit.,  258,  n.  3,  les  énumère).  Le  cardinal  refusa  et, 
pour  prévenir  d'éventuelles  complications,  avertit  le 
nonce  en  Espagne  (Sylvain,  i,  376).  L'affaire  n'alla 
pas  plus  loin. 


Beaucoup  plus  grave  fut  le  conflit  juridictionnel  de 
1567.  Pour  couper  court  à  des  scandales  publics, 
l'archevêque,  voyant  l'inanité  de  ses  avertissements  et 
la  longanimité  des  tribunaux  séculiers,  prétendit 
renouer  avec  une  tradition  tombée  en  désuétude  par 
suite  de  la  longue  vacance  du  siège  épiscopal  :  s'étant 
fait  couvrir  par  un  bref  du  22  mai  1566,  lui  accordant 
de  larges  pouvoirs  judiciaires  (Sala,  Docum.,  i,  178; 
cf.  Serrano,  m,  p.  x),  il  cita  au  tribunal  d'Église  plu- 
sieurs des  principaux  coupables.  Aussitôt  les  magis- 
trats civils  crièrent  à  l'usurpation  de  leurs  droits,  et 
le  Sénat  fit  savoir  à  l'archevêché  qu'à  l'avenir  il  ne 
tolérerait  plus  que  l'on  portât  la  main  sur  un  laïque. 
A  ce  dissentiment  s'ajoutait  une  question  de  port 
d'armes  par  des  membres  de  la  maison  du  cardinal. 

Sur  la  requête  de  Philippe  II,  Pie  V  promit  de  tran- 
cher le  différend.  Tandis  que  l'affaire  était  pendante  à 
Rome,  elle  se  compliquait  à  Milan  :  le  6  juill.,  le  vicaire 
de  l'archevêque  fil  arrêter  et  incarcérer  un  individu 
nommé  Castiglione  qui  «  pour  de  l'argent  livrait  son 
propre  honneur  et  celui  de  sa  maison  »  (Bonelli  à  Cas- 
tagna,  2  août  1567;  Sylvain,  i,  380).  En  guise  de  repré- 
sailles, le  capitaine  de  justice  de  la  ville,  ayant  ren- 
contré au  matin  du  12  juill.  le  barigello  de  l'arche- 
vêque porteur  d'armes  soi-disant  prohibées,  lui  fit 
donner  en  public  «  trois  tours  de  corde  »  et  l'expulsa 
de  Milan  (rapport  de  Bonelli  à  Castagna;  25  juill. 
1567;  Serrano,  ii,  169  sq.;  Sala,  Docum.,  iji,  388). 
Grave  violation  de  l'immunité  ecclésiastique.  Le  car- 
dinal excommunia  aussitôt  les  quatre  principaux 
responsables  et  jugea  insuffisantes  les  propositions  de 
conciliation  présentées  par  le  Sénat  (Serrano,  m, 
p.  XIV,  n.  3;  Bendiscioli,  410).  Le  Sénat  fit  parvenir  au 
pape  un  appel  de  protestation  (13  juill.;  Sala,  ibid.), 
auquel  Pie  V  répondit  en  faisant  savoir  à  Alburquer- 
que qu'il  approuvait  l'archevêque  (28  juill.  et  15  sept.; 
Serrano,  ii,  171,  197)  et  en  citant  trois  sénateurs  mila- 
nais à  comparaître  sans  retard  (19  août;  Serrano,  ii, 
196,  181). 

De  son  côté,  Philippe  II  tenta  de  trouver  un  accom- 
modement, d'abord  par  des  négociations  directes  avec 
B.  (1"  sept.;  Serrano,  ii,  202;  m,  p.  xvi),  puis  par 
l'envoi  à  Rome,  via  Milan,  du  marquis  de  Cerralbo 
(lettre  de  créance,  12  oct.  1567;  Serrano,  ii,  220). 
Celui-ci  était  muni  d'instructions  secrètes  très  sévères 
pour  B.,  menacé  d'être  dénoncé  comme  «  perturbateur 
de  la  paix  publique  »  des  États  de  Philippe  II  (Serrano, 

II,  220-21,  note).  Cerralbo  n'arriva  à  Rome  que  fin 
janv.  1568,  après  une  entrevue  à  Milan  avec  B.  qui 
demeura  inexorable  (Serrano,  m,  p.  xvii-xix).  Il  eut 
grand'peine  à  faire  accepter  par  le  pape  une  reprise 
des  négociations,  qui  aboutirent,  fin  mars,  à  un  modus 
Vivendi  interprété  par  les  historiens  actuels  comme 
une  reculade  romaine.  En  fait  chacun  resta  sur  ses 
positions. 

Le  conflit  devait  rebondir  bientôt.  Excipant  d'un 
droit  contesté  et  dont  la  condition  mise  par  Clé- 
ment VII  à  sa  concession  ne  fut  jamais  réalisée,  les 
chanoines  du  chapitre  de  S.  Maria  delta  Scala  à  .Milan 
prétendirent  être  exempts  du  droit  de  visite  de  l'ar- 
chevêque. Ils  furent  soutenus  par  les  autorités  urbai- 
nes. Le  tribunal  diocésain  ayant  fait  emprisonner  un 
clerc  de  la  Scala,  le  chapitre  fit  lancer  l'anathème 
contre  deux  fonctionnaires  de  l'archevêché.  De  son 
côté,  .\lburquerque  fit  afTicher,  le  25  août  1569,  un 
édit  punissant  de  peines  allant  jusqu'à  la  mort  tout 
acte  portant  ombrage  à  la  juridiction  royale  (Serrano, 

III,  p.  xxxii).  Le  texte  avait  une  portée  générale, 
mais  chacun  savait  qui  était  visé.  Dès  le  lendemain, 
pris  de  peur,  les  fonctionnaires  de  l'archevêché  refu- 
sèrent tout  travail,  justifiant  leur  attitude  par  l'édit 
du  gouverneur.  Le  cardinal  dut  improviser  un  per- 
sonnel de  fortune.  Couvert  par  Pie  V,  il  décida  alors 


507  CHARLES  BORROMÉE  508 


de  procéder  sans  retard  à  la  visite  canonique  de  la 
Scala;  il  refusa  même  le  délai  de  trois  jours,  que  lui 
demandait  le  gouverneur.  Le  30  août  1569  {Arch. 
stor.  Lomb.,  Il»  sér.,  x,  1893,  p.  554;  S.  C.  B.,  184), 
comme  il  s'avançait  processionnellement  vers  la  Scala, 
il  s'en  vit  interdire  l'accès  les  armes  à  la  main;  des 
membres  de  sa  suite  furent  gravement  molestés  et  les 
coupables,  loin  de  tenir  compte  des  peines  canoniques 
fulminées  contre  eux,  portèrent  l'audace  jusqu'à  pro- 
noncer contre  l'archevêque  une  sentence  d'interdic- 
tion formulée  par  un  certain  Barbesta,  paré  pour  cette 
circonstance  du  titre  fantaisiste  de  subexecutor  aposto- 
licus  (récit  de  B.  à  Ormaneto;  Sylvain,  ii,  7-8).  Profi- 
tant de  cette  situation  trouble,  le  Sénat  soutenu  par 
le  gouverneur  monta  une  cabale  contre  l'archevêque  : 
son  intolérance,  ses  prétentions  furent  dénoncées  à 
Rome  et  à  Madrid.  Il  s'agissait  de  faire  comprendre 
en  haut  lieu  qu'étant  discuté  la  paix  publique  exigeait 
son  effacement  (Serrano,  m,  p.  xxx;  Sylvain,  ii,  11). 

B.  se  défendit  vaillanmient.  Il  délégua  à  Rome  un 
chanoine  de  sa  cathédrale,  Mgr  Speciani,  qui  avait  été 
témoin  des  événements.  Mis  au  courant,  le  pape  inter- 
vint :  au  gouverneur  de  Milan  il  fit  parvenir  deux 
avertissements  sévères  (10  sept.,  8  oct.  1569;  Sylvain, 
n,  12;  Baronius,  xxxvi,  136);  à  B.,  une  admonestation 
paternelle  (16  sept.;  Baronius,  xxxvi,  137)  et  un  ordre 
de  procéder  sans  retard  à  la  visite  contestée  (8  oct., 
ibid.);  au  gouverneur  et  au  Sénat  une  note  de  protes- 
tation contre  le  décret  du  25  août  préjudiciable  à  la 
liberté  ecclésiastique  (19  oct.;  Sala,  Docum.,  ii,  20). 
Il  avait  songé  à  envoyer  aussi  un  délégué  spécial  à 
Madrid,  mais  se  borna  à  informer  le  nonce  et  à  adresser 
au  roi  d'Espagne  une  missive  protestant  contre  les 
agissements  de  son  subordonné  de  Milan  (25  oct.; 
Sylvain,  ii,  13-15). 

De  son  côté,  ému  par  la  nouvelle  de  l'arquebusade 
du  26  oct.  (voir  plus  loin),  Philippe  II  manda  à  Albur- 
querque  qu'il  désapprouvait  son  attitude  dans  l'af- 
faire de  la  Scala  et  le  priait  de  mieux  prendre  le  parti 
du  cardinal  à  l'avenir  (Serrano,  m,  192). 

L'affaire  se  termina  par  la  soumission  des  coupables 
et  la  levée  des  censures  ecclésiastiques  (24  déc.  1569, 
pour  les  fonctionnaires  incriminés;  5  févr.  1570,  pour 
les  chanoines  de  la  Scala).  Alburquerque,  également 
absous  de  ses  censures,  révoqua  son  édit  du  25  août 
(12  et  29  déc;  Baronius-Laderchi,  année  1569,  n.  18; 
1570,  n.  153). 

4"  L'affaire  des  Humiliati  el  l'attentai  du  26  oct.  1569. 
—  Un  autre  conflit  qui  faillit  se  terminer  tragique- 
ment opposa  le  cardinal  B.  aux  Humiliati.  Cette 
congrégation,  d'origine  milanaise,  avait  grandement 
contribué  au  développement  de  l'industrie  lainière  au 
Moyen  Age,  ce  qui  lui  avait  valu  de  s'enrichir  et  de 
perdre  sa  ferveur  première. 

Déjà  en  1562,  le  cardinal  avait  essayé,  mais  en 
vain,  d'y  réprimer  certains  abus.  En  1567,  profitant 
du  décès  du  général  des  Humiliati,  Pie  V  reprit  l'affaire 
en  mains.  Un  programme  de  réformes,  proposées  par 
B.,  fut  prescrit  par  un  bref  du  1"  mai  (Baronius- 
Laderchi,  année  1567,  n.  74;  Sala,  Docum.,  i,  195  sq.), 
et  un  nouveau  bref  autorisa  le  cardinal  à  substituer 
un  général  de  son  choix  à  celui  qui  serait  élu  par  le 
chapitre,  s'il  ne  donnait  pas  toutes  garanties  (10  mai; 
Sala,  ibid.,  201).  Les  Humiliati  réunis  à  Crémone 
(5-14  juin)  firent  obstruction  contre  toutes  les  propo- 
sitions de  réforme  et  élurent  comme  général  le  P.  Toso. 
B.  cassa  leur  élection  et  fit  accepter  comme  supérieur 
le  P.  Louis  Bascapè.  Celui-ci  apporta  un  concours 
loyal  à  l'œuvre  de  réforme.  Le  cardinal  visita,  par 
lui-même  ou  par  des  délégués,  toutes  les  maisons  des 
Humiliati.  Couvert  par  de  nouvelles  dispositions  pon- 
tificales (28  juin,  18  sept.  1567;  29  mai,  11  sept.  1568; 
Sala,  ibid.,  205,  209,  215,  220),  il  revisa  tous  leurs 


contrats  financiers;  il  institua  un  noviciat  sérieux, 
supprima  la  perpétuité  des  charges  et  la  propriété 
personnelle  des  membres. 

Ces  réformes  se  heurtèrent  à  un  mauvais  vouloir 
général.  Un  premier  essai  de  résistance  ouverte  ayant 
échoué,  grâce  à  une  intervention  énergique  du  gou- 
verneur, quatre  conjurés  du  couvent  de  Brera  à  Milan, 
Girolamo  Donato,  surnommé  Farina,  Clémente  Meri- 
sio,  Lorenzo  Campagna  et  Girolamo  Legnana,  déci- 
dèrent de  recourir  au  crime.  Farina,  chargé  de  l'exé- 
cution, se  procura  l'argent  nécessaire  par  un  vol 
sacrilège  et,  après  des  péripéties  vaudevillesques, 
guetta  l'occasion  de  porter  son  coup. 

Le  mercredi  26  oct.  1569,  tandis  que  le  cardinal 
assistait  dans  sa  chapelle  à  la  prière  récitée  en  com- 
mun avec  sa  maisonnée,  au  moment  où  l'on  chantait 
le  verset  Non  turbetur  cor  vestrum  neque  formidet,  un 
coup  d'arquebuse  fut  tiré  sur  lui  presque  à  bout  por- 
tant. Une  balle  et  un  plomb  trouèrent  son  rochet  et 
sa  soutane  à  la  hauteur  de  l'épine  dorsale,  mais  le 
saint  resta  indemne  et  fit  achever  la  prière.  On  possède 
deux  récits  principaux  de  cet  événement  :  l'un,  dans 
une  lettre  de  B.  à  Pie  V  (29  oct.;  S.  C.  B.,  366;  et  avec 
fac-similé  dans  //  più  prezioso  autograjo  di  S.  C.  B, 
pressa  le  Benedetiine  di  S.  Maria  in  Firenze,  publ.  A. 
Amelli,  Milan,  1911);  l'autre,  anonyme  et  non  daté 
(Sala,  Docum.,  m,  418;  Sylvain,  ii,  23)  (voir  l'ouvrage 
de  L.  Anfosso,  Storia  dell'  archibugiata  tirata  al  card. 
Borromeo  in  Milano  1569,  Milan,  1913).  Cette  pré- 
servation, considérée  comme  miraculeuse,  accrut  en- 
core considérablement  la  popularité  de  l'archevêque 
parmi  ses  diocésains,  et  de  tous  les  coins  de  la  chré- 
tienté plus  de  deux  cents  lettres  de  félicitations  lui 
furent  adressées  par  les  personnalités  les  plus  émi- 
nentes.  Pour  faire  oublier  leur  attitude  passée,  le 
gouverneur  de  Milan  et  ses  magistrats  se  montrèrent 
pleins  de  zèle,  au  grand  déplaisir  du  cardinal  gêné  par 
toutes  leurs  mesures  de  protection  :  «  J'aimerais  beau- 
coup mieux,  écrivit-il,  les  voir  plus  diligents,  plus 
zélés,  pour  écarter  les  entraves  et  les  obstacles  apportés 
à  la  liberté  et  à  la  juridiction  de  mon  Église  et  de  mon 
devoir  pastoral  »  (B.  au  nonce  en  Espagne,  4  nov. 
1469;  Sylvain,  ii,  27). 

Antonio  Scarampa,  évêque  de  Lodi,  fut  spéciale- 
ment commissionné  par  Pie  V  pour  enquêter  sur  cette 
affaire.  Laissant  libre  cours  à  la  justice,  le  cardinal  se 
retira  pour  quelque  temps  à  la  chartreuse  de  Cari- 
gnano.  A  la  faveur  du  désarroi,  le  meurtrier  avait 
réussi  à  s'esquiver.  Sa  tête  fut  mise  à  prix  :  2  000  écus, 
plus  d'autres  faveurs,  furent  promis  à  qui  le  dénon- 
cerait. L'enquête  n'aboutit  à  rien,  mais  deux  prévôts 
des  Humiliati,  complices  de  l'attentat,  espérant  se 
sauver  eux-mêmes,  dénoncèrent  Farina.  Mandés  par- 
devant  Scarampa,  ils  dévoilèrent  toute  la  trame  de 
l'affaire. 

Le  châtiment  fut  exemplaire  :  Farina,  qui  s'étai 
enrôlé  dans  l'armée  du  duc  de  Savoie,  fut  extradé  e 
exécuté  le  11  août  1570  avec  ses  complices  {Arch 
stor.  Lomb.,  1908,  p.  187-88).  Une  bulle  du  7  févr.  157' 
supprima  l'ordre  des  Humiliati  et  une  autre  du  len 
demain  distribua  ses  possessions  (Bull.  Rom.,  vu 
885,  888).  B.  tenta  de  faire  transférer  quelques-un 
de  ces  couvents  à  d'autres  ordres  religieux,  mais  il  s 
heurta  à  un  refus  de  la  part  de  Pie  V.  Grégoire  XII 
se  montrera  plus  généreux  sur  ce  point. 

5"  Le  rit  ambrosien.  —  Une  liturgie  spéciale,  anté 
rieure  à  S.  Ambroise  mais  qui  fut  certainement  enri 
chie  par  lui,  était  en  usage  dans  l'Église  milanaise 
Transmis  de  siècle  en  siècle,  ce  précieux  dépôt  avai 
quelque  peu  perdu  de  sa  pureté  primitive.  Or,  un 
directive  tridentine  envisageait  l'uniformisation  de  1 
prière  publique  de  l'Église  :  le  pape  était  chargé  d 
déterminer  les  mesures  pratiques  en  ce  sens.  Par  s 


509 


CHARLES  BORROMÉE 


510 


bulle  Quod  a  nobis  (9  juill.  1568;  Bull.  Rom.,  vu,  685), 
Pie  V  supprima  tous  les  offices  n"ayant  pas  au  moins 
deux  siècles  d'existence,  ainsi  que  ceux  ayant  subi 
des  changements  importants. 

Quand  le  bréviaire  et  le  missel  romains  furent  prêts, 
d'aucuns,  parmi  lesquels  Speciani  et  le  cardinal  Mo- 
rone,  tentèrent  de  les  faire  adopter  par  l'archevêque 
de  Milan.  Mais  ils  échouèrent  :  B.  prétendit  que  son 
Église  resterait  fidèle  à  son  ancienne  liturgie.  Encou- 
ragé par  un  bref  pontifical  du  25  janv.  1575  (Oltrocchi, 
254  c)  lui  laissant  la  latitude  d' «  introduire  ou  de  réta- 
blir cet  usage  du  rit  et  de  l'office  ambrosien  »,  il  conçut 
même  le  projet  d'étendre  ce  rit  à  tout  son  diocèse.  Il 
eut  gain  de  cause  dans  quelques  localités  secondaires, 
mais  sa  tentative  de  l'introduire  à  Monza  (11  juin 
1576)  y  fut  très  mal  accueillie.  Soutenus  par  le  gou- 
verneur de  Milan,  les  habitants  de  Monza  dénoncèrent 
le  cardinal  à  Rome,  comme  un  esprit  novateur  hostile 
aux  usages  romains  et  désireux  d'imposer  ses  singula- 
rités à  ses  subordonnés.  Ces  accusations  trouvèrent 
audience  dans  les  milieux  romains  et  provoquèrent 
un  tollé  contre  le  cardinal.  Mgr  Speciani  eut  beaucoup 
de  peine  à  défendre  son  maître  (Speciani  à  B.,  21  juin, 
14  juill.  1578;  Sylvain,  ii,  341-43).  Les  nouvelles  de 
plus  en  plus  défavorables  qu'il  lui  communiquait  de 
Rome  concernant  l'attitude  de  Grégoire  XIII  (Speciani 
à  B.,  9,  15,  30  août,  1"  oct.  1578;  Sylvain,  ii,  347-49) 
le  convainquirent  de  ne  pas  s'obstiner  :  le  16  oct., 
B.  prescrivit  l'emploi  de  la  liturgie  romaine  à  Monza 
(F.  Frisi,  Memorie  sloriche  di  Monza  e  di  sua  corte. 
Milan,  1794;  T.  M.  Abbiati,  //  rito  ambrosiano  a 
Monza  secondo  una  corrispondenza  inedita  di  S.  C, 
dans  La  Scuola  cattolica,  lxvih,  1940,  p.  200-09).  On 
put  même  craindre  un  moment  que  l'existence  du  rit 
ambrosien  tout  entier  ne  fût  menacée,  mais  une  lettre 
à  la  fois  soumise  et  ferme  du  cardinal  (Oltrocchi,  881  a) 
écarta  le  danger. 

Dans  le  but  de  restituer  à  la  liturgie  ambrosienne  sa 
forme  primitive,  B.  chargea  Pietro  Galesino  de  l'épurer 
de  toutes  innovations  et  excroissances.  Les  liturgistes 
actuels  jugent  très  sévèrement  l'œuvre  de  cet  épura- 
teur  à  l'esprit  fanatique  et  totalement  dépourvu  de 
critique;  étrange  erreur  commise  par  un  homme  ordi- 
nairement si  judicieux  dans  le  choix  de  ses  collabora- 
teurs (M.  Magistretti,  S.  Carlo  e  il  rito  ambrosiano, 
dans  S.  C.  B.,  137-50).  Cette  refonte  du  bréviaire  et 
du  missel  ambrosiens  fut  achevée  en  1582.  A  cette 
occasion,  B.  fut  aussi  en  correspondance  suivie  avec 
le  cardinal  Sirlet,  président  de  la  commission  ponti- 
ficale à  la  refonte  des  livres  liturgiques.  Cette  corres- 
pondance fut  publiée  par  Riboldi,  VIII  leltere  édite  ed 
XL  inédite  di  S.  C.  B.  al  card.  G.  Sirlelo,  dans  La 
Scuola  cattolica,  38«  année,  mars  et  mai  1910,  appen- 
dice. 

Parallèlement  à  son  action  en  faveur  du  rit  ambro- 
sien, B.  collabora  aussi  par  ses  conseils  et  par  diverses 
démarches  à  l'édition  des  œuvres  de  S.  Ambroise 
entreprise  par  le  cardinal  Peretti  de  Montalto  (le 
futur  Sixte-Quint)  (août  1577-févr.  1580;  voir  sa  cor- 
respondance publiée  à  Viterbe,  1868,  et  //  XV°  cen- 
tenario  délia  morte  di  S.  Ambrogio,  sér.  II,  1895-98, 
n.  4,  6). 

6»  La  «  Peste  de  S.  Charles  »  (1576-77).  —  Voir 
bibliographie  spéciale  dans  Pastor,  ix,  899.  Le  jour 
même  où  Don  Juan  d'Autriche,  frère  du  roi,  faisait  son 
entrée  solennelle  à  Milan  (11  août  1576),  le  fléau  qui 
depuis  plusieurs  mois  cheminait  à  travers  villes  et 
campagnes  vénitiennes  et  lombardes,  atteignit  le 
faubourg  de  la  Porta  di  Como.  A  cette  nouvelle,  l'ar- 
chevêque absent  revint  en  toute  hâte  vers  sa  métro- 
pole que  Don  Juan,  Ayamonte,  le  gouverneur,  et 
Lopez  de  Monténégro,  le  grand  chancelier,  s'apprê- 
taient à  fuir. 


Les  premières  mesures  :  mise  de  la  ville  en  quaran- 
taine, prières  publiques  quotidiennes,  au  cours  des- 
quelles B.  visitait  à  pied  les  églises,  accompagné  d'une 
foule  éplorée  et  suppliante,  eurent  pour  effet  de  rendre 
courage,  mais  furent  impuissantes  à  enrayer  le  mal. 
Ces  mesures  comportaient  aussi  le  rassemblement  des 
pestiférés  dans  un  vaste  enclos  entouré  d'un  portique  : 
le  lazaret  S.  Gregorio,  situé  près  de  la  porta  Venezia. 
Ils  y  étaient  absolument  séparés  du  monde  des  vivants 
et  privés  de  tout  secours  :  pas  de  pain,  pas  de  remèdes, 
pas  de  lits,  pas  d'infirmiers,  pas  de  prêtres;  les  monalti 
eux-mêmes  étaient  en  nombre  insuffisant  pour  emme- 
ner et  ensevelir  les  cadavres. 

Le  cardinal  comprit  que  toute  l'organisation  d'une 
assistance  chrétienne  à  ces  malheureux  reposait  sur 
lui.  Pour  cela  il  fallait  des  ressources  et  des  dévoue- 
ments. Pour  les  ressources  matérielles,  il  fit  quêter  en 
ville  et  au  dehors  et  puisa  sans  compter  dans  son 
patrimoine,  vendant  ce  qu'il  lui  restait  d'objets  pré- 
cieux, cédant  les  tentures  de  son  palais  pour  en  con- 
fectionner des  vêtements.  Ne  perdant  pas  de  vue  le 
salut  des  âmes,  il  fit  demander  au  pape  des  indulgences 
exceptionnelles  en  faveur  des  pestiférés,  de  ceux  qui 
les  assistaient,  leur  administraient  les  sacrements, 
participaient  aux  jeûnes  et  aux  i)rières  publiques  pour 
la  cessation  du  fléau  (Sala,  Docum.,  i,  315,  324-25). 
Les  dévouements,  il  espérait  les  trouver  parmi  le 
clergé  :  il  rappela  à  ses  curés  l'obligation  de  ne  pas 
abandonner  les  pestiférés  et  leur  adressa  à  cette  occa- 
sion un  mémoire  qui  forme  comme  un  guide  complet 
(le  la  conduite  à  tenir  en  cas  de  peste. 

Mais  pour  l'aider  dans  sa  tâche  surhumaine,  il 
comptait  surtout  sur  les  religieux.  Pourtant,  seuls  les 
capucins  répondirent  dès  le  début  et  avec  empresse- 
ment à  son  appel  :  trois  des  hôpitaux  de  pestiférés  leur 
furent  confiés  (B.  à  Speciani,  13  nov.  1576;  Oltrocchi, 
312).  Théatins,  barnabites,  jésuites,  chanoines  du 
Latran,  observants,  augustins,  carmes  prirent  aussi 
une  part  du  fardeau.  Mais  il  ne  trouva  pas  chez  eux, 
et  moins  encore  chez  son  ami  Philippe  de  Néri,  un 
concours  aussi  entier  qu'il  l'avait  escompté.  Aussi 
fit-il  demander  au  pape  la  faculté  de  réquisitionner 
pour  le  service  des  pestiférés  tous  les  religieux  qu'il 
jugerait  convenir  à  cette  fin,  sans  avoir  même  besoin 
du  consentement  de  leurs  supérieurs.  Cette  conces- 
sion, spéciflait-il,  ne  me  paraît  pas  exorbitante,  dans 
un  cas  où  le  danger  de  mort  est  si  grand  (cité  par  Syl- 
vain, II,  146). 

Le  cardinal  payait  aussi  de  sa  propre  personne.  Les 
témoignages  que  l'on  recueille  sur  ce  point  dans  la 
correspondance  du  temps  et  dans  les  dépositions  au 
procès  de  canonisation  sont  éloquents.  Voir  en  parti- 
culier la  lettre  du  P.  Jacques  de  Milan,  capucin  qui 
l'accompagnait  dans  ses  tournées  (Sylvain,  ii,  151). 
Afin  d'être  toujours  prêt  à  accourir  au  premier  signe 
de  détresse,  il  réduisit  son  sommeil  à  une  couple 
d'heures  ;  il  visitait  lui-même  tous  les  quartiers,  remon- 
tait les  courages  défaillants,  pénétrait  au  lazaret  et 
dans  les  autres  camps  qu'il  avait  fallu  aménager  pour 
les  pestiférés,  administrait  lui-même  les  derniers  sacre- 
ments aux  curés  victimes  de  leur  dévouement.  Le 
pape  dut  lui  faire  rappeler  de  modérer  son  zèle  (Syl- 
vain, II,  142-43);  mais  Charles  continua  comme  aupa- 
ravant à  se  dépenser  sans  compter.  Il  prenait  cepen- 
dant les  précautions  nécessaires  :  éponge  imbibée  de 
vinaigre,  herbes  aromatiques.  Cela  fait,  il  allait  de 
l'avant  (B.  à  l'évêque  de  Brescia,  9  juill.  1577;  Syl- 
vain, II,  144). 

Malgré  le  danger  qui  pouvait  résulter  de  ces  rassem- 
blements, il  prescrivit  un  triduum  de  prières  publiques 
avec  processions  :  le  premier  jour  à  S.  Ambrogio,  le 
second  à  S.  Nazaro,  le  troisième  le  long  de  l'ancienne 
enceinte,  en  portant  la  relique  du  «  clou  sacré  ». 


511 


CHARLES  BORROMÉE 


512 


La  peste  ne  fit  qu'augmenter  durant  tout  l'au- 
tomne. Une  quarantaine  consignant  tous  les  habitants 
dans  leurs  demeures  fut  prescrite  dans  toute  la  ville 
et  dut  être  renouvelée;  le  cardinal  réussit  à  adapter 
son  action  apostolique  à  cette  situation  nouvelle  :  les 
cloches  des  églises  devinrent  pour  tous  les  foyers  le 
signal  de  la  prière.  Le  fléau  ayant  diminué  après  la 
Noël,  la  quarantaine  fut  rapportée  en  févr.  Le  cardinal 
promulgua  alors  le  jubilé  spécial  accordé  par  le  pape 
aux  villes  délivrées  de  la  peste;  il  ordonna  trois  pro- 
cessions expiatoires  qu'il  suivit  lui-même  nu-pieds; 
à  la  cathédrale  il  fut  acclamé  par  la  foule  comme  le 
«  dompteur  de  la  mort  »;  il  décréta  le  retour  à  l'an- 
cienne date  initiale  du  carême;  il  voulut  aussi  orga- 
niser des  tournées  de  bénédiction  dans  toutes  les 
demeures.  Le  magistrat  urbain,  qui  n'avait  pas  cette 
assurance  quant  à  l'extinction  du  fléau,  fit  interdire 
ces  tournées,  mais  il  était  trop  tard.  Le  trafic  des  vête- 
ments contaminés  ayant  provoqué  un  réveil  de  la 
peste,  B.  l'interdit  sous  peine  d'excommunication 
(22  mars  1577)  et  le  magistrat  prescrivit  une  nouvelle 
quarantaine.  Cette  mesure  qui  empêchait  le  déroule- 
ment normal  des  solennités  prévues  pour  le  jubilé  fut 
très  mal  accueillie.  Dès  la  fête  de  l'Annonciation,  elle 
fut  violée  pour  la  cérémonie  du  Pardon;  elle  dut  être 
suspendue  au  moment  de  Pâques.  Le  3  mai,  pour  la 
procession  du  saint  clou,  suivie  d'une  adoration  des 
Quarante  heures,  on  s'arrêta  à  une  solution  mitoyenne: 
la  participation  à  cette  solennité  fut  réservée  aux  seuls 
hommes  et  garçons  âgés  de  plus  de  douze  ans.  Il  y 
aurait  eu  plus  de  80  000  assistants. 

On  a  reproché  au  cardinal  B.  d'avoir  en  cette  cir- 
constance contrecarré  par  ses  cérémonies  de  prières 
publiques  l'effet  visé  par  les  mesures  administratives. 
Mesuré  à  l'aune  de  l'état  actuel  de  la  science  médicale 
et  des  préoccupations  prophylactiques  d'aujourd'hui 
le  reproche  est  fondé.  Mais  la  mentalité  d'alors  n'au- 
rait pu  comprendre  qu'une  cérémonie  religieuse  pût 
constituer  un  danger  de  contagion,  puisqu'elle  était  un 
hommage  vibrant  rendu  à  l'Auteur  de  toute  vie  et 
de  toute  santé. 

Le  fléau  traîna  durant  tout  l'été;  il  s'éteignit  en 
automne,  sans  doute  faute  d'aliment  :  il  aurait  fait 
18  000  victimes.  Le  7  sept.,  le  cardinal  bénit  la  pre- 
mière pierre  de  l'église  votive  de  S. -Sébastien;  le 
15  oct.,  il  conduisit  la  procession  du  nouveau  jubilé; 
le  20  janv.  1578,  la  peste  fut  déclarée  éteinte.  Le 
22  déc.  1577,  le  cardinal  avait  adressé  à  ses  diocésains 
un  long  opuscule.  Mémorial,  rappelant  les  épreuves 
passées  et  remerciant  Dieu  pour  la  délivrance  obtenue 
(Acia  Eccl.  Mediol.,  ii,  1045-1220).  Au  concile  pro- 
vincial il  réédita  le  guide  qu'il  avait  composé  au  cours 
de  la  peste  sur  les  moyens  de  s'en  préserver  et  les 
soins  matériels  et  spirituels  à  donner  aux  malades 
(Pratica  el  inslrullioni  per  i  curati  el  sacerdoti...  inlorno 
alla  cura  degli  infermi  et  sospetti  di  peste,  dans  Acta 
Eccl.  Mediol.,  i,  182-210).  Ce  vade-mecum  eut  un  tel 
succès  qu'il  fut  réimprimé  lors  de  la  terrible  peste  de 
Milan  en  1630. 

7°  Les  Oblats  de  S.-Ambroise.  —  Les  travaux  apos- 
toliques toujours  plus  nombreux,  que  l'archevêque  ne 
cessait  d'entreprendre  dans  son  diocèse,  exigeaient 
beaucoup  d'ouvriers.  Le  clergé  diocésain  n'avait 
jamais  suffi  à  la  tâche  et  était  retenu  par  son  ministère 
pastoral.  Parmi  les  réguliers,  S.  Charles  avait  trouvé 
de  nombreux  dévouements,  mais  il  s'était  heurté  plus 
d'une  fois  aux  instituts,  aux  règles  et  aux  supérieurs. 
Réfléchissant  à  ces  obstacles,  un  projet  mûrit  dans 
son  esprit  :  fonder  lui-même  une  congrégation  de 
prêtres  diocésains  vivant  en  commun,  sous  l'obéis- 
sance de  l'Ordinaire,  et  destinés  à  s'adonner,  sous  sa 
direction  exclusive,  au  ministère  des  âmes,  là  où  il  le 
jugerait  bon.  L'idée  lui  en  était  venue  en  voyant  un 


groupement  similaire,  les  Prêtres  de  la  paix,  existant 
à  Brescia.  Dès  1574  il  exposa  son  projet  à  Mgr  Car- 
niglia  (B.  à  Carniglia,  9  nov.  1574;  Sylvain,  m,  81-82). 
Il  essaya  d'abord  de  transformer  son  chapitre  cathé- 
dral  en  une  communauté  de  ce  genre,  mais  se  heurta 
au  refus  de  plusieurs  chanoines  de  souscrire  à  son  pro- 
gramme de  pauvreté  (Bascapè,  185).  Il  songea  alors 
au  groupe  de  prêtres  de  la  Doctrine  chrétienne  rési- 
dant près  de  l'église  du  S. -Sépulcre  et  son  projet  prit 
corps  (il  est  exposé  tout  au  long  dans  une  lettre  à 
Mgr  Speciani,  début  de  1578;  Oltrocchi,  376;  Svlvain, 
III,  84-87). 

Chargé  de  sonder  les  dispositions  pontificales  et 
éventuellement  d'obtenir  l'autorisation  de  Gré- 
goire XIII,  Speciani  y  réussit  non  sans  peine  (Syl- 
vain, III,  87-88).  Muni  du  blanc-seing  pontifical,  le 
cardinal  B.  se  mit  à  la  besogne.  Au  synode,  il  exhorta 
son  clergé  à  s'enrôler  sous  la  bannière  de  S.  Ambroise; 
il  adressa  des  invitations  personnelles  aux  prêtres  les 
plus  zélés;  un  registre,  déposé  au  secrétariat  de  l'ar- 
chevêché, devait  recueillir  les  signatures  des  volon- 
taires. Son  appel  fut  entendu  :  le  16  août  1578,  B. 
présida  à  l'institution  canonique  des  Oblats  de  S.- 
Ambroise  en  l'église  du  S. -Sépulcre.  S'aidant  des 
conseils  de  Philippe  de  Néri  et  ayant  eu  recours  sur 
un  point  controversé  à  l'arbitrage  du  Frère  Félix, 
convers  capucin,  il  rédigea  les  règles  de  la  nouvelle 
congrégation,  qui  furent  définitivement  octroyées  le 
13  sept.  1581  (sur  les  débuts  de  cette  congrégation  et 
ses  rapports  avec  S.  Charles,  voir  B.  Rossi  (Rubeus), 
De  origine  et  progressa  congregationis  Oblatorum  sanc- 
torum  Ambrosii  et  Caroli,  Milan,  1739;  A.  Bernareggi, 
Le  origini  délia  congregazione  degli  Oblati  di  S.  Am- 
brogio,  dans  Humilitas,  n.  21,  Milan,  1931).  En  1611 
au  lendemain  de  la  canonisation  de  Ch.  B.,  la  congré- 
gation des  Oblats  a  ajouté  à  son  patronyme  S.  Am- 
broise celui  de  S.  Charles. 

Les  Oblats  de  S.-Ambroise  répondirent  aux  espoirs 
de  leur  fondateur.  Sous  leur  direction,  l'église  du  S.- 
Sépulcre  devint  le  centre  de  nombreuses  œuvres  spiri- 
tuelles milanaises.  La  congrégation  des  oblats  prêtres, 
qui  compta  rapidement  plus  de  200  membres,  fut 
doublée  d'une  autre  congrégation  d'oblats  restés 
laïcs;  ces  précurseurs  de  l'action  catholique  ne  se 
liaient  par  aucun  vœu,  mais  s'engageaient  si)ontané- 
ment  au  service  de  l'apostolat  dans  le  diocèse.  La 
direction  du  séminaire  et  celle  de  plusieurs  collèges  et 
sanctuaires  (par  ex.  celui  de  Rhô)  furent  confiées  aux 
Oblats. 

8°  Les  conflits  avec  Requesens  et  Ayamonte.  —  Après 
la  mort  d'Alburquerque  (nuit  du  20  au  21  août  1571) 
et  le  gouvernement  par  intérim  du  commandant  de  la 
citadelle  de  "Milan,  Alvaro  de  Sande  (sept.  1571-avr. 
1572),  le  poste  de  gouverneur  du  Milanais  fut  confié 
à  Louis  de  Requesens,  grand  commandeur  de  Castille 
et  lieutenant  général  de  la  flotte  espagnole  victorieuse 
à  Lépante.  Sous  son  gouvernement,  les  relations  entre 
les  deux  pouvoirs  furent  normales  la  première  année, 
mais  elles  s'envenimèrent  fortement  en  l'été  de  1573. 
Un  Milanais  nommé  Resta  était  en  procès  avec  des 
religieuses  de  Gallarate;  en  vertu  de  la  bulle  In  cena 
Domini,  l'affaire  relevait  du  for  ecclésiastique.  Mais 
les  ministres  royaux  prétendirent  s'en  mêler.  Sur  ces 
entrefaites,  la  vieille  question  du  port  d'armes  par  les 
hommes  de  l'archevêque  revint  à  l'ordre  du  jour.  Une 
décision  de  Philippe  II  avait  limité  à  cinq  le  nombre 
des  hommes  de  l'archevêque  autorisés  à  porter  les 
armes  et  leur  avait  interdit  le  port  de  certaines  armes 
comme  les  arquebuses  (Sala,  Docum.,  m,  451-52). 
I  Cette  décision  fut  notifiée  au  fiscal,  le  15  juill.  1573, 
par  trois  gentilshommes  milanais.  Malgré  les  prières  de 
son  entourage,  le  cardinal  excommunia  le  gouverneur. 
Celui-ci  riposta  en  élevant  une  protestation  publique 


513  CHARLES  BORROMÉE  514 


(8  août;  Sala,  ibid.,  ii,  33),  en  faisant  interdire  aux 
écoles  de  la  Doctrine  chrétienne  et  aux  confréries  de 
pénitents  toute  réunion  sans  l'assistance  d'un  délégué 
du  pouvoir  civil  (Sala,  ibid.,  iii,  484),  en  défendant  le 
port  des  uniformes  et  insignes  distinctifs  des  congré- 
gations, en  afïîchant  aux  portes  des  églises  un  pas- 
quino,  pamphlet  diffamatoire  contre  le  cardinal 
(31  août;  Sala,  ibid.,  n,  23;  m,  491;  Sylvain,  ii,  74). 
Un  cordon  de  troupes  surveilla  les  issues  de  l'arche- 
vêché et  le  cabinet  noir  censura  sa  correspondance 
avec  Rome.  Le  gouverneur  fit  aussi  occuper  manu 
militari  le  château  d'Arona  et  les  terres  patrimoniales 
du  cardinal.  Sur  ce  dernier  point,  B.  avait  ordonné 
de  n'opposer  aucune  résistance. 

De  part  et  d'autre  on  en  appela  au  pape.  B.  manda 
à  Rome  un  envoyé  spécial  et  le  tint  au  courant  des 
événements  par  une  correspondance  presque  journa- 
lière. Grégoire  XIII,  très  mécontent,  soumit  l'affaire 
au  consistoire  du  7  sept.  1573  et  en  confia  l'examen  à 
la  Congrégation  pour  la  juridiction  ecclésiastique, 
qu'il  porta  à  cette  occasion  de  3  à  6  membres.  Annibale 
Grassi  fut  dépêché  comme  envoyé  spécial  à  Madrid, 
où  il  arriva  le  14  nov.,  et  obtint  l'envoi  à  Rome  de 
deux  juristes  espagnols.  Tandis  que  les  négociations 
se  poursuivaient  entre  Rome  et  Madrid,  Requesens 
avait  reçu  de  Philippe  II  sa  désignation  pour  les  Flan- 
dres. Il  prit  occasion  de  son  départ  imminent  pour 
solliciter  et  obtenir  du  pape  l'absolution  de  sa  cen- 
sure. Mais  le  cardinal  n'ayant  pas  été  averti  de  ce 
fait,  il  en  résulta  des  situations  très  pénibles  dont  il 
se  plaignit  fortement  à  Rome  (4  oct.  ;  Sala,  Docum.,  m, 
520).  Une  mise  au  point  de  Rome  (10  oct.;  Sala,  ibid., 
529)  et  le  départ  de  Requesens  pour  les  Pays-Bas 
rétablirent  l'ordre. 

Le  nouveau  gouverneur,  le  marquis  Antonio  de 
Ayamonte,  arriva  à  Milan  le  17  sept.  1573.  Dès  la 
première  entrevue  avec  lui,  le  cardinal  eut  une  impres- 
sion défavorable  (B.  à  Castelli,  7  oct.  1573;  Sala, 
Docum.,  iii,  528).  Toutefois,  durant  les  cinq  premières 
années,  les  hostilités  se  bornèrent  à  des  coups  d'épin- 
gle. Infatué  de  sa  personne,  hautain,  ombrageux  et 
tranchant,  Ayamonte  jalousait  la  popularité  du  car- 
dinal et  s'oublia  un  jour  jusqu'à  la  lui  reprocher  en 
face  (B.  à  Speciani;  Oltrocchi,  359).  Le  cardinal 
ayant  pris  diverses  mesures  pour  assurer  le  bon  ordre 
des  cérémonies  religieuses  et  le  respect  des  lieux  du 
culte,  il  s'estima  froissé  de  ne  pas  en  avoir  été  averti 
au  préalable.  Il  puisa  à  nouveau  dans  l'ancien  arsenal 
des  accusations  et,  par  l'entremise  du  cardinal  Alciati, 
essaya  d'agir  sur  la  Curie  en  dénonçant  B.  comme  un 
violateur  des  droits  du  pouvoir  civil,  un  novateur  et 
un  perturbateur  de  l'ordre  public,  brandissant  à  tout 
propos  les  foudres  canoniques  pour  les  motifs  les  plus 
futiles.  Il  harcelait  plus  encore  Philippe  II  de  plaintes 
incessantes. 

A  force  d'être  répétées,  ces  accusations  finirent  par 
trouver  créance;  elles  n'étaient  d'ailleurs  pas  entière- 
ment dépourvues  de  fondement.  La  réputation  du 
cardinal  fut  sérieusement  atteinte  dans  les  milieux 
romains  et  madrilènes.  Même  de  bons  esprits  se 
demandèrent  si  B.,  malgré  ses  excellentes  intentions, 
ne  manquait  pas  de  discrétion,  s'il  n'oubliait  pas  par- 
fois que  le  mieux  est  l'ennemi  du  bien  et  qu'il  ne  faut 
pas  exiger  la  perfection  de  la  moyenne  des  fidèles.  Dès 
mars  1578,  le  nonce  en  Espagne  note  chez  le  roi  une 
certaine  désaffection  à  l'égard  du  cardinal  (Sylvain, 
II,  208);  et  pour  donner  un  gage  aux  réclamations 
espagnoles,  Grégoire  XIII  fit  demander  à  B.  de  redou- 
bler de  circonspection  (Speciani  à  B.;  30  août  1578). 
Le  pape  accorda  aussi  au  gouverneur  sur  sa  demande  le 
privilège  de  faire  célébrer  les  offices  en  rit  romain  par- 
tout où  il  se  présenterait.  .Mais  le  cardinal  ayant  pro- 
testé, ce  privilège  fut  retiré  (B.  à  Speciani,  28  oct.  1578). 

DicT.  d'mist.  et  de  GÉOOR.  ecclés. 


Une  cause  plus  grave  de  friction  éclata  en  1579, 
quand  Ayamonte,  désireux  de  rehausser  sa  popularité 
et  de  faire  pièce  au  cardinal,  décida  de  donner  de 
l'extension  aux  fêtes  du  carnaval  en  y  ajoutant  des 
réjouissances  inédites  :  tournois,  bals,  mascarades, 
courses  de  chevaux  et  de  chars,  et  en  maintenant  la 
prolongation  des  festivités  jusqu'au  premier  dimanche 
de  carême.  Le  cardinal  protesta  dans  une  lettre  pas- 
torale (22  févr.).  Ayamonte  rétorqua  en  étendant  les 
fêtes  à  tous  les  dimanches  du  carême.  Il  remporta 
tout  d'abord  un  franc  succès  :  la  foule  qui  se  pressa 
aux  spectacles  se  déroulant  sur  la  place  du  Dôme  était 
si  dense  que  le  cardinal  lui-même  eut  de  la  peine  à 
s'y  frayer  un  chemin  pour  entrer  dans  l'église.  Mécon- 
tent, B.  publia  un  édit  rappelant  les  décrets  de  Trente 
qui  interdisaient  les  réjouissances  profanes  à  l'heure 
des  cérémonies  religieuses  et  excommuniant  tous  ceux 
qui  à  l'avenir  assisteraient  à  ces  jeux.  Le  peuple  dut 
bien  obéir,  mais  la  colère  du  gouverneur  dépassa  toutes 
les  bornes.  Il  résolut  de  profiter  des  dispositions 
équivoques  qu'il  croyait  exister  en  haut  lieu  :  par  une 
pression  exercée  sur  des  fonctionnaires  subalternes, 
par  un  espionnage  organisé  de  ses  faits  et  gestes, 
Ayamonte  soutira  une  collection  de  plaintes  contre 
le  cardinal  (Bascapè,  1.  V,  c.  i,  p.  110).  Il  en  fit  dresser 
un  réquisitoire  en  vingt  et  un  points  (texte  dans 
M.  Formentini,  La  dominazione  spagnuola  in  Lombar- 
dia.  Milan,  1881,  p.  486),  contraignit  les  décurions  de 
la  ville  à  le  signer  (B.  à  Speciani,  17  mai  et  4  juin  1579; 
Oltrocchi,  473)  et  le  fit  porter  au  pape  par  Giacomo 
Ricardi.  Grégoire  XIII  en  adressa  une  copie  à  B.,  qui 
y  répondit  en  mettant  toutes  choses  au  point  (28  juill. 
1579;  Sylvain,  ii,  221-25).  Le  cardinal  n'avait  jamais 
cessé  de  tenir  le  pape  au  courant  des  affaires  mila- 
naises; dès  le  début  du  pontificat,  il  s'était  déclaré 
prêt  à  obéir  en  tout,  dût-il  y  perdre  de  ses  prérogatives 
(B.  à  Grégoire  XIII,  15  sept.  1573;  Sala,  Docum.,  m, 
500).  Voyant  que  le  conflit  s'envenimait,  il  se  décida 
à  suivre  les  conseils  de  Speciani  (Bascapè,  1.  V,  c.  vu, 
p.  123)  et  à  venir  lui-même  à  Rome  pour  remettre 
tout  le  règlement  de  l'affaire  entre  les  mains  du  pape 
(23  juill.).  Ce  voyage  fut  un  succès  complet  (voir  plus 
loin). 

Entre  temps  Ayamonte  résolut  de  renouveler  sa 
tentative,  espérant  bien  obtenir  ainsi  l'éloignement 
définitif  de  son  ennemi.  Par  diverses  pressions  et 
chantages,  il  fit  décider  par  une  réunion  groupant 
36  décurions  sur  60  l'envoi  à  Rome  de  deux  d'entre 
eux,  Lonato  et  Trotto,  chargés  de  présenter  au  S. -Père 
une  nouvelle  supplique  contre  B.  Ces  ambascialori  del 
carnovale,  comme  on  les  surnomma  à  Rome,  partirent 
de  Milan  le  26  déc.  1579.  Le  pape,  qui  avait  d'abord 
refusé  de  les  recevoir,  ne  se  ravisa  que  sur  les  instances 
de  B.  qui  présenta  lui-même  les  deux  Milanais.  Tandis 
qu'ils  étaient  à  Rome,  B.  revint  à  Milan.  Avant  de 
partir  de  Rome,  il  avait  reçu  de  Grégoire  XIII  la 
consigne  ferme  de  résister  à  tout  empiétement  sur  les 
droits  de  l'Église.  A  son  arrivée  à  Milan,  le  premier 
vendredi  de  carême,  il  se  vit  souhaiter  la  bienvenue 
par  Ayamonte  escorté  du  commandant  de  la  place, 
des  sénateurs  et  décurions.  Dès  le  surlendemain,  le 
gouverneur  prétendit  renouveler  les  festivités  de 
l'année  précédente.  Mais  il  en  fut  pour  ses  frais  :  crai- 
gnant les  foudres  cardinalices,  les  Milanais  se  tinrent 
cois,  les  fils  du  gouverneur  eux-mêmes  se  heurtèrent 
à  un  veto  décidé  de  leur  mère,  et  seul  un  escadron  de 
cavalerie  participa  aux  festivités  au  milieu  de  l'indif- 
férence générale.  L'archevêque  excommunia  tous  ceux 
qui  avaient  assisté  aux  jeux. 

Ayamonte  mourut  à  la  fin  d'avr.  1580,  réconcilié 
avec  l'Église.  Le  cardinal  n'en  décida  pas  moins  d'en- 
voyer auprès  de  Philippe  II  un  messager  chargé  de 
lui  exposer  de  vive  voix  tous  les  détails  des  conflits 

H.  —  xn.  —  17  — 


515  CHARLES  BORROMÉE  5dr. 


l'ayant  opposé  aux  gouverneurs.  Son  choix  tomba  sur 
le  barnabite  Carlo  Bascapè.  Envoyé  en  juin,  il  arriva 
à  Badajoz  le  4  août  1580  et  fut  reçu  le  surlendemain 
par  Philippe  II.  Sa  mission  réussit  entièrement  (Bas- 
capè, 132-40;  voir  les  actes  dans  Sala,  Docum.,  n,  70- 
94).  B.  put  vivre  sur  pied  de  paix  avec  les  deux  gou- 
verneurs suivants,  Guevara  y  Padilla  (1580-83)  et  le 
duc  de  Terranueva  (depuis  juin  1583). 

//.  BORROMÉE  HORS  DV  MILANAIS.  —  1°  Première 
tournée  alpestre  (1567).  —  Elle  fut  l'achèvement 
naturel  de  la  visite  pastorale  au  cours  de  laquelle  B. 
parcourut,  pour  la  première  fois,  la  partie  rurale  de  son 
diocèse  (été  de  1567).  Les  trois  vallées  tessinoises  de 
Leventina,  Blenio  et  Riviera  avaient  été  cédées  par 
•  les  ducs  de  Milan  en  condominium  aux  trois  cantons 
confédérés  de  Schwyz,  Uri  et  Nidwalden,  mais  conti- 
nuaient à  relever  au  spirituel  du  siège  de  Milan.  La 
délimitation  entre  le  spirituel  et  le  temporel  y  était 
très  confuse;  en  pratique,  les  autorités  locales  avaient 
accaparé  presque  tous  les  pouvoirs  et  les  conflits  de 
juridiction  étaient  monnaie  courante  (détails  dans 
Reinhardt-Stefïens,  p.  cxcix  sq.). 

S'embarquant  à  Anghera,  le  13  oct.,  sur  le  lac 
Majeur,  le  cardinal  rejoignit  le  lendemain,  à  Bellin- 
zona,  cinq  notables  cantonaux  chargés,  sur  sa  requête, 
de  l'accompagner  au  cours  de  sa  tournée  :  Johannes 
Zum  Brunnen,  Walter  Roll,  Heinrich  Biintener,  Mel- 
chior  Lussy,  Johannes  Casser  (ibid.,  p.  ccxv,  ccxvii). 
Tous  ensemble  se  rendirent  alors  d'une  traite  jus- 
qu'au S.-Gothard,  puis  ils  redescendirent  la  vallée  du 
'Tessin  en  visitant  chaque  village  sans  omettre  les 
vallées  latérales  (détails  chronologiques,  itinéraire  et 
rapports  sur  chaque  localité  dans  D'Alessandri,  18-56). 

La  visite  fut  clôturée,  le  29  oct.,  par  une  assemblée 
du  clergé  tessinois  à  Cresciano,  avec  promulgation  des 
décrets  tridentins,  profession  de  foi,  répression  des 
abus  (texte  des  ordonnances  de  Cresciano,  en  33  ou 
35  articles,  dans  D'Alessandri,  57-61  ;  Reinhardt- 
Stefïens,  p.  ccxxii).  Le  délégué  d'Uri,  Zum  Brunnen 
(Zambruno),  promit  l'appui  des  autorités  civiles 
(D'Alessandri,  66-68).  B.  rentra  à  Milan  le  1"  nov.  Le 
clergé  tessinois  fut  profondément  transformé.  Mais 
un  projet  du  cardinal  déterminant  la  compétence 
réciproque  des  pouvoirs  civil  et  religieux  ne  fut 
accepté,  le  29  déc.  1567,  à  la  diète  de  Brunnen  par  les 
Seigneurs  des  trois  cantons  que  moyennant  des  réser- 
ves qui  ne  satisfirent  pas  B.  (D'Alessandri,  80-92, 
donne  le  détail  de  ces  pourparlers). 

2°  Mission  à  Mantoue  (1568).  —  La  nomination  de 
Camillo  Campeggio  comme  inquisiteur  à  Mantoue 
avait  renforcé  la  tension  qui  existait  de  longue  date 
entre  le  duc  de  Mantoue  et  l'Inquisition  de  cette  ville. 
Un  conflit  entre  le  nouvel  inquisiteur  et  un  chanoine 
de  la  cathédrale  accusé  d'avoir  tenu  des  propos  aver- 
roïstes  mit  le  feu  aux  poudres.  La  nuit  de  Noël  1567, 
deux  tertiaires  de  S. -Dominique  furent  trouvés  assas- 
sinés par  des  mains  inconnues  {Arch.  stor.  Lomb.,  vi, 
1879,  p.  792).  Le  pape  alerté  chargea  l'archevêque 
de  Milan  d'enquêter  sur  cette  affaire  et  de  rétablir 
l'ordre  (lettre  du  10  févr.  1568;  Sylvain,  i,  406-07). 
B.  partit  aussitôt;  dès  le  25  févr.,  il  était  sur  place  et,  | 
grâce  à  des  mesures  à  la  fois  prudentes  et  énergiques, 
réussit  en  peu  de  jours  à  pacifier  la  ville  :  un  autodafé 
eut  lieu  le  4  avr.  ;  trois  étrangers  furent  livrés  au  bras 
séculier  et  décapités. 

3"  Deuxième  tournée  alpestre  et  voi/age  en  Suisse 
(1570).  —  Pour  de  multiples  raisons,  B.  désirait  nouer 
des  contacts  personnels  avec  les  cantons  suisses,  mais 
ce  projet  se  heurtait  à  de  nombreuses  susceptibilités, 
tant  de  la  part  des  confédérés  restés  catholiques  que 
de  ceux  passés  à  la  Réforme.  En  l'été  de  1570,  il 
décida  de  réaliser  son  projet,  sous  le  couvert  d'une 
visite  h  rendre  à  sa  sreur  Horlensc  on  son  (rhntean  de 


Hohenems,  près  du  lac  de  Constance.  Il  combina  ce 
voyage  avec  une  seconde  visite  aux  vallées  tessinoises, 
qu'il  commença  les  3  et  4  août  par  Brissago,  Locarno 
et  le  sanctuaire  mariai  del  Sasso.  Il  remonta  alors  les 
trois  vallées  suivant  un  parcours  à  peu  près  inverse 
de  celui  qu'il  avait  emprunté  trois  ans  auparavant 
(itinéraire  dans  D'Alessandri,  120-155).  Le  19,  il 
atteignait  le  S.-Gothard,  entreprenant  la  partie  prin- 
cipale de  son  voyage.  L'itinéraire  de  ce  voyage  helvé- 
tique n'a  pu  être  reconstitué  avec  une  certitude  abso- 
lue. En  particulier  la  date  de  sa  visite  à  Einsiedeln 
reste  incertaine.  On  ne  dispose  i)  cet  effet  que  de  la 
déposition  de  son  valet  de  chambre,  Ambroise  For- 
nero,  au  procès  de  canonisation,  et  de  quelques  pièces 
de  correspondance  (surtout  sa  lettre  du  10  sept.  157(i 
à  son  cousin  le  cardinal  Altemps;  dans  Robinson, 
40-43).  Voici  les  dates  les  plus  vraisemblables  :  S.- 
Gothard,  nuit  du  19  au  20  août;  .\ltdorf,  20-21; 
Stans,  21-22;  visite  au  tombeau  de  S.  Nicolas  de  Vlue, 
22;  Lucerne,  22-23  et  23-24;  Zug,  24-25;  Lichtensteig. 
25-26;  S.-Gall,  26-27;  Rorschach,  27-28;  Hohenems, 
28-29  et  29-30  (peut-être  cette  seconde  nuit  à  Feld- 
kirch);  Einsiedeln,  30-31;  Schwyz,  31  aoùt-l«'  sept.; 
le  1"  sept.,  il  se  rend  à  Altdorf,  où  il  a  une  entrevue 
avec  plusieurs  personnalités  politiques  confédérées. 

Revenu  à  Milan  le  6  sept.,  le  cardinal  composa  un 
rapport  détaillé  sur  la  Suisse  et  ses  possibilités  d'apos- 
tolat, qu'il  expédia  au  pape  le  30  du  même  mois 
(Reinhardt-Stefïens,  p.  cccxxiii-cccxxvii  ;  6-17).  Il 
y  proposait  la  désignation  d'un  délégué  pontifical  per- 
manent qui  n'aurait  pas  à  s'occuper  de  questions  poli- 
tiques comme  les  nonces,  mais  seulement  de  réforme, 
ainsi  que  la  fondation  de  nouvelles  maisons  reli- 
gieuses. Ce  dernier  vœu  prit  rapidement  corps  :  en 
1574  un  collège  de  jésuites  était  fondé  à  Lucerne; 
peu  après,  les  capucins  s'établissaient  à  Altdorf  (S. 
Wind,  Der  hl.  K.  B.  und  die  Einfûhrung  der  Kapuziner 
in  die  Schweiz,  dans  Zeitschr.  f.  schw.  KG.,  xxix, 
1935,  p.  213-19;  H.  Huwyler,  S.  Carlo  e  l'introduzione 
dei  cappuccini  in  Svizzera,  dans  La  Scuola  cattoUca, 
Lxvi,  1938,  p.  474-81).  L'affaire  du  délégué  pontifical 
dut  encore  mûrir  :  après  de  longues  négociations,  sur 
une  suggestion  de  B.  (janv.  1579  et  16  avr.  1579; 
Reinhardt-Stefïens,  i,  316),  l'évêque  de  Verceil, 
G.  F.  Bonomi,  fut  désigné  comme  délégué  pontifical 
pour  la  Suisse  intérieure  (2  mai  1579;  ibid.,  325). 

Du  6  au  19  oct.  1570,  le  cardinal  visita  à  nouveau  la 
rive  nord  du  lac  de  Lugano  (Valsolda  et  pieve  de  Tes- 
serete).  Il  y  trouva  une  situation  envenimée  par  suite 
des  prétentions  du  Focht  (podesià)  de  la  Riviera,  un 
certain  Beato  Hoffer.  Celui-ci,  ayant  fait  emprisonner 
le  P.  Gardien  des  mineurs  de  Lugano  (août  1571),  fut 
excommunié  par  le  cardinal.  L'affaire  traîna  encore 
jusqu'en  1572  (détails  dans  D'Alessandri,  188,  189, 
192,  195-203). 

4°  Conclave  et  séjour  à  Rome  (été  de  1572).  —  S.  Pie  V 
étant  mort  (l"''  mai  1572),  le  cardinal  B.,  sans  égards 
pour  sa  santé  encore  minée  par  une  fièvre  obstinée, 
partit  aussitôt  pour  le  conclave,  qui  s'ouvrit  le  12  mai. 
Dès  le  lendemain,  Ugo  Boncompagni,  cardinal  de 
Bologne,  était  élu;  il  prit  le  nom  de  Grégoire  XIII.  De 
son  propre  aveu  (lettres  au  roi  d'Espagne,  aux  ducs  de 
Toscane  et  de  Savoie),  le  cardinal  B.  avait  eu  une  in- 
fluence certaine  sur  cette  élection,  bien  que  Bon- 
compagni ne  fût  pas  son  candidat  préféré;  B.  ne  l'eût 
sans  doute  pas  soutenu  du  tout,  s'il  avait  été  au  cou- 
rant d'un  détail  de  sa  vie  privée  (Pastor,  ix,  9,  note). 

Le  conclave  terminé,  le  nouveau  pape,  appuyé  par 
les  médecins,  exigea  du  cardinal  une  prolongation  de 
son  séjour  à  Rome  jusqu'à  la  lin  des  chaleurs  estivales. 
Pour  calmer  sa  conscience,  B.  sollicita  du  pape  un  bref 
(17  août  1572;  Sala,  Docum.,  i,  258)  le  dispensant 
durant  nii  trimestre  fin  deviiir  de  résidence;  Il  réitérii 


517  CHARLES  BORROMÉE  518 


aussi  sa  demande  d'être  déchargé  de  plusieurs  fonc- 
tions incompatibles  avec  l'administration  effective 
d'un  vaste  diocèse  :  protectorat  des  Carmes  et  des 
Franciscains,  archiprêtré  de  Ste-Marie-Majeure,  charge 
de  grand  pénitencier.  Il  eut  gain  de  cause.  De  Rome, 
il  gouverna  son  diocèse  par  une  correspondance  inces- 
sante avec  son  vicaire  Castelli;  il  lui  fit  réunir  le 
III«  synode  diocésain  et  régla  les  sujets  à  y  traiter. 
Parti  de  Rome  après  le  27  oct.,  il  était  de  retour  à 
Milan  pour  l'avent  ambrosien,  après  avoir  passé  par 
Lorette  (31  oct.)  où  il  resta  toute  la  nuit  en  prières  à 
la  Casa  Santa.  Dès  son  arrivée  à  Milan,  il  écrivit  à 
tous  les  intéressés  pour  leur  confirmer  sa  résignation 
des  fonctions  dont  il  avait  obtenu  d'être  déchargé 
(12  et  19  nov.  1572;  Sevesi,  Arch.  franc,  hist,  1938, 
p.  388-390). 

5°  Pèlerinage  du  jubilé  (1575).  —  Voulant  rehausser 
l'inauguration  du  jubilé  de  1575,  Grégoire  XIII  convia 
tous  les  princes  de  l'Église  à  se  trouver  à  Rome  pour 
l'ouverture  de  l'année  sainte.  B.,  qui  avait  projeté 
de  faire  son  pèlerinage  à  l'automne  de  1575,  modifia 
ses  plans.  Il  prit  ses  dispositions  comme  pour  une 
longue  absence,  adressa  une  belle  lettre  pastorale  sur 
le  jubilé  (10  sept.  1574;  Acta  Eccl.  Mediol.,  ii,  930)  et 
célébra  une  messe  d'adieux  au  cours  de  laquelle  il 
distribua  lui-même  la  sainte  communion  à  ses  dio- 
césains (Sylvain,  ii,  114-15). 

Parti  de  Milan  le  8  déc,  comme  un  simple  pèlerin 
et  sans  interrompre  son  programme  ascétique  de 
l'avent,  il  fit  route  durant  treize  jours,  visitant  au 
passage  Vallombreuse  (Echi  di  S.  C.  B.,  18-24),  l'er- 
mitage de  Gamaldoli,  le  Mont-Alverne,  le  Mont-Olivet 
(récit  de  son  compagnon  de  route  Lanfranc  Reyna; 
dans  Oltrocchi,  249,  note).  A  Rome,  il  logea  d'abord 
chez  les  chartreux  de  Ste-Marie-des-Anges,  puis  dans 
la  petite  demeure  qu'il  s'était  fait  construire  près  de 
son  église  titulaire  Ste-Praxède  et  qu'il  transforma  en 
hôtellerie  à  l'usage  des  pèlerins  milanais.  Au  procès  de 
canonisation  son  page  a  raconté  la  manière  édifiante 
dont  il  vivait  (Sylvain,  ii,  118).  Accompagné  d'Ottavio 
Forreri,  il  entreprit  aussi  la  visite  architecturale  des 
églises  romaines,  cherchant  des  indices  d'usages 
liturgiques  primitifs.  Il  conseilla  au  pape  d'étendre 
aux  diocèses  du  nord  de  l'Italie  la  pratique  des  visites 
apostoliques  inaugurée  dans  les  États  de  l'Église  dès 
1573.  Cette  suggestion  fut  bien  accueillie.  On  décida 
de  commencer  cette  année  même.  Le  cardinal  obtint 
aussi  par  faveur  spéciale  l'extension  du  jubilé  à  son 
diocèse  pour  l'année  suivante,  inaugurant  ainsi  un 
usage  qui  se  généralisera  plus  tard.  Parti  de  Rome  le 
31  janv.  1575,  il  fit  route  en  hâte  par  Florence  et 
Bologne,  en  sorte  qu'il  put  assister,  à  Guastalla,  à  la 
mort  de  son  beau-frère;  il  était  de  retour  à  Milan  le 
25  février. 

6°  Visite  des  diocèses  de  Crémone  et  de  Bergame 
(1575).  —  En  vertu  des  décisions  prises  concernant  les 
visites  apostoliques,  un  bref  d'avr.  1575  répartit  les 
diocèses  à  visiter  entre  les  évèques  visiteurs.  Tandis 
que  l'évêque  de  Famagouste,  Girolamo  Ragazzoni, 
irait  à  Milan  (visite  qui  commença  en  mai),  B.  reçut 
en  partage  Crémone  et  Bergame. 

La  visite  de  Crémone  prit  trois  mois  (12  juin-4  sept. 
1575).  L'évêque  de  ce  diocèse,  Nicolas  Sfondrati  (le 
futur  Grégoire  XIV),  revenu  après  une  absence  de 
quelques  mois,  fut  émerveillé  des  résultats  obtenus. 

Après  un  séjour  à  Milan  pour  fêter  la  Nativité  de 
la  Vierge,  B.  s'attela  à  la  visite  de  Bergame  qui  dura 
un  peu  plus  de  deux  mois  (22  sept. -début  déc).  Il 
en  prit  occasion  pour  opérer  la  translation  des  restes 
des  SS.  Firmus  et  Rusticus,  ce  qui  ne  se  fit  pas  sans 
quelques  désordres.  Cette  visite  égala  en  fruits  apos- 
toliques celle  de  Crémone.  Les  actes  ont  fait  l'objet 
d'une  publication  par  Roncalli  et  Forno. 


Revenu  en  son  diocèse,  B.  y  prépara  l'extension  du 
jubilé  qui  fut  solennellement  ouvert  au  Dôme,  le 
12  févr.  1576  (lettre  pastorale  du  20  janv.  ;  instructions 
aux  curés  et  aux  fidèles,  4  et  6  févr.;  autres  docu- 
ments en  rapport  avec  le  jubilé  dans  Acta  Eccl.  Mediol., 
II,  936-51  ;  détails  dans  P.  Tacchi  Venturi,  L'anno 
santo  del  1575  celebrato  da  S.  Carlo  in  Milano  seconda 
una  lettera  inedita  del  P.  Benedetto  Palmio,  Milan,  1938, 
extr.  des  Echi  di  S.  C.  B.). 

7°  Troisième  tournée  alpestre  (1577).  —  A  l'automne 
de  1577,  l'archevêque  de  Milan  envoya  Mgr  Bernar- 
dine Tarugi  comme  visiteur  dans  les  Tre  Valli  du 
Tessin.  Cette  visite  se  clôtura  par  une  assemblée  du 
clergé  tessinois  à  Biasca  (3  déc),  où  furent  fulminées 
une  série  d'excommunications  contre  divers  potentats 
locaux,  coupables  d'avoir  enfreint  des  privilèges  ecclé- 
siastiques. 

Malgré  les  frimas,  B.  décida  de  se  rendre  à  Biasca 
pour  confirmer  de  son  autorité  les  mesures  prises  par 
Tarugi.  La  légende  a  complètement  travesti  le  vrai 
caractère  de  cette  réunion,  ainsi  que  le  motif  qui 
poussa  B.  à  s'y  rendre.  D'après  elle,  il  se  serait  agi 
d'une  réunion  de  prêtres  mécontents  que  le  cardinal 
aurait  décidé  de  ramener  à  la  raison. 

Parti  de  Milan  le  9  déc.  de  bon  matin,  il  arriva 
l'après-dîner  à  Ponte  Tresa  et,  les  montures  ne  pou- 
vant aller  plus  loin,  l'archevêque  et  sa  suite  franchi- 
rent à  pied  et  en  pleine  obscurité  le  col  du  Ceneri 
couvert  de  neige  et  de  glace,  en  avançant  «  comme  des 
chats  »,  suivant  l'expression  d'Ambroise  Fornero  qui 
fut  de  l'expédition.  Le  lendemain,  deux  heures  avant 
l'aube,  son  arrivée  à  Biasca  provoqua  l'étonnement 
général.  Le  jour  même,  il  tint  une  congrégation  du 
clergé  (procès-verbal  dans  D'Alessandri,  229-30).  Il 
consacra  les  quatre  jours  suivants  à  une  visite  rapide 
des  principales  paroisses  de  la  région  et  revint  le 
16  déc.  à  Milan  (procès-verbal  des  visites  dans  D'Ales- 
sandri, 230-35). 

8°  Pèlerinage  au  saint  suaire  de  Turin  (1578).  — 
En  exécution  d'une  promesse  faite  lors  de  la  peste, 
le  cardinal  B.  projetait  de  se  rendre  à  Chambéry  en 

1578,  pour  y  vénérer  le  saint  suaire.  Le  duc  de  Savoie, 
Emmanuel  Philibert,  ayant  fait  transporter  la  pré- 
cieuse relique  à  Turin  (14  sept.  1578),  le  voyage  du 
cardinal  en  fut  abrégé  d'autant.  Le  récit  de  ce  pèle- 
rinage fut  écrit  par  un  de  ses  onze  compagnons  de 
route,  le  P.  Adorno,  jésuite  et  recteur  du  collège  de 
Brera  {Descrizione  del  viaggio  di  san  Carlo  Borromeo 
(a  Torino)  per  venerare  la  santa  sindone,  publ.  par 
P.  Savio,  dans  Aevum,  vu,  1933,  p.  433-54;  sur  une 
soi-disant  publication  de  1578  et  une  trad.  latine  de 

1579,  ibid.,  429-30). 

Partis  de  Milan,  le  matin  du  6  oct.,  les  douze  pèle- 
rins firent  à  pied  et  en  quatre  jours  les  150  kilomètres 
de  leur  pèlerinage;  ils  marchaient  deux  à  deux,  faisant 
alterner  méditations,  psaumes  et  rosaire,  et  s'arrêtant 
dans  les  églises  pour  les  offices,  suivant  un  ordre  prévu 
(Adorno,  ibid.,  440  sq.).  Reçus  en  triomphe  à  Turin 
par  les  principales  personnalités  du  pays  (soir  du 
9  oct.;  Adorno,  ibid.,  446  sq.),  une  exposition  privée 
du  saint  suaire  fut  faite  en  leur  honneur  le  lendemain. 
Le  dimanche  12,  les  solennités  publiques  avec  proces- 
sion, exposition  de  la  relique  et  adoration  des  Qua- 
rante heures  se  déroulèrent  devant  le  château  ducal 
et  à  la  cathédrale;  B.  prit  deux  fois  la  parole.  Le  mardi 
14  eut  lieu  une  réédition  des  festivités  de  l'avant-veille. 
B.  repartit  de  Turin  le  16;  il  combina  son  voyage  de 
retour  de  manière  à  y  inclure  une  visite  au  monastère 
de  S. -Michel  in  Chiusa  et  au  sanctuaire  du  Monte 
Varallo  où  il  séjourna  plusieurs  jours  (Adorno,  ibid., 
454). 

9"  Voyage  à  Rome  (1579).  —  Au  cours  des  années 
1578-79,  les  relations  entre  le  cardinal  et  le  gouver- 


519  CHARLES  BORROMÉK  r>2n 


neur  de  Milan,  Ayamonte,  s'étaient  tellement  enve- 
nimées que  B.  se  résolut  finalement  à  se  rendre  en 
personne  à  Rome  pour  en  traiter  directement  avec  le 
Souverain  pontife  (voir  plus  haut).  Venu  d'abord  à 
Brescia,  au  chevet  de  son  suffragant,  Domenico  Bolani, 
il  en  partit  entre  le  15  et  le  17  août.  Comme  d'habi- 
tude, il  combina  son  voyage  avec  une  suite  de  pèle- 
rinages :  six  jours  à  l'ermitage  de  Camaldoli  (J.  B.  Mit- 
tarelli,  dans  Annales  Camaldulenses,  viii,  "Venise, 
1764,  p.  158-59)  —  le  bruit  courut  même  qu'il  y  reste- 
rait toujours;  visite  au  mont  Alverne  et  à  Loretta 
(7  sept.;  voir  un  récit  contemporain  de  son  séjour  à 
Lorette  dans  S.  C.  B.,  458).  Il  arriva  le  13  sept,  à  Rome 
où  il  fut  reçu  par  une  foule  enthousiaste.  Le  pape,  en 
villégiature  à  Frascati,  le  pria  de  séjourner  quelques 
jours  auprès  de  lui;  dans  la  suite,  ils  eurent  encore  de 
fréquentes  entrevues,  au  cours  desquelles  le  cardinal 
exposa  au  pape  la  situation  milanaise  et  le  rendit 
entièrement  favorable  à  son  point  de  vue.  Il  remporta 
encore  un  autre  succès  :  le  texte  du  IV«  concile  de 
Milan  avait  été  remis  depuis  plus  de  deux  ans  pour 
examen  au  cardinal  Montalto,  lequel  s'en  était  dé- 
chargé sur  des  curialistes  hostiles  à  B.  Ceux-ci  lui 
avaient  fait  subir  tant  de  retouches  que  leur  travail 
ressemblait  plus  à  un  coup  d'éponge  qu'à  des  coups 
de  lime  (Oltrocchi,  473  c).  Comme  pour  justifier  leur 
oeuvre,  ils  avaient  joint  à  leurs  corrections  un  dossier 
complet  de  libelles,  plaintes  et  réclamations  adressées 
de  Milan  contre  le  cardinal.  Grégoire  XIII  se  fit  re- 
mettre le  texte  original  du  concile  incriminé  et,  en 
ayant  pris  connaissance,  lui  donna  son  entière  appro- 
bation, ainsi  qu'à  celui  du  V«  concile  provincial  que 
le  cardinal  B.  avait  apporté  avec  lui. 

Parti  de  Rome  le  29  ou  30  janv.,  il  se  rendit  d'abord 
à  Venise  où  il  consacra  six  jours  à  traiter  avec  le  doge 
de  diverses  questions  pendantes  :  tribunal  de  l'Inqui- 
sition; étudiants  étrangers  suspects  d'hérésie  admis 
à  l'université  de  Padoue;  visite  apostolique  du  diocèse 
de  Brescia.  Il  mit  son  séjour  à  profit  pour  signaler  au 
pape  divers  points  méritant  réforme  et  pour  corriger 
des  abus  disciplinaires  dans  le  comportement  du 
clergé.  Il  quitta  Venise  le  samedi  13  févr.  ;  son  arrivée 
à  Milan,  le  vendredi  19,  déchaîna  l'enthousiasme  popu- 
laire. 

lO"  Visite  du  diocèse  de  Brescia  (1580).  —  La  visite 
de  ce  vaste  diocèse,  rendue  difficile  à  cause  des  infil- 
trations hérétiques  qui  s'y  étaient  produites,  s'étendit 
sur  presque  toute  l'année  1580.  Dès  le  début,  B.  dut 
l'interrompre  pour  assister  sur  son  lit  de  mort  le 
gouverneur  de  Milan,  Ayamonte,  et  pour  présider  le 
synode  diocésain  du  20  avr.  ;  ensuite  il  tomba  malade 
à  son  tour  et  ne  put  reprendre  sa  visite  que  fin  juin. 
Il  commença  par  les  localités  rurales  de  la  plaine  lom- 
barde :  Orzinuovi,  Quinzano,  Verola,  Asola,  restant  de 
quatre  à  sept  jours  dans  chaque  centre.  A  Castiglione 
délie  Stiviere,  où  il  séjourna  du  19  au  23  juill.,  il  pré- 
para le  prince  Louis  de  Gonzague,  alors  âgé  de  douze 
ans,  à  recevoir  la  sainte  communion  qu'il  lui  donna 
de  sa  main.  Rejoignant  alors  la  rive  ouest  du  lac  de 
Garde,  il  demeura  à  Salô  du  24  juill.  au  7  août.  Il 
entreprit  ensuite  la  visite  des  trois  vallées  alpestres  : 
Val  Toscolano,  Val  Trompia  et  Val  Camonica,  remon- 
tant ce  dernier  jusqu'aux  confins  de  la  Valteline,  pays 
soumis  par  les  Grisons  et  enjeu  de  tractations  nom- 
breuses de  la  diplomatie  de  cette  époque.  Arrivé  là, 
il  ne  put  résister  au  désir  de  visiter  le  sanctuaire  ma- 
riai de  Tirano  tout  proche,  mais  situé  en  territoire 
valtelin.  L'accès  en  avait  été  interdit  par  les  Grisons 
à  l'évêque  de  Côme  dont  il  relevait.  Ayant  demandé  et 
obtenu  l'autorisation  de  l'Ordinaire  du  lieu  (Came- 
nisch,  250),  B.  franchit  à  pied  la  montagne,  arriva  à 
Tirano  dans  la  nuit  du  27  au  28  août,  y  célébra  la 
messe  et  prêcha. 


Poursuivant  sa  visite  par  le  Val  Trompia,  il  s'arrêta 
dans  la  ville  minière  de  Gardone.  L'autorité  véni- 
tienne avait  usé  de  la  manière  forte  contre  l'hérésie 
qui  s'y  était  infiltrée  trente  ans  plus  tôt;  elle  n'avait 
abouti  qu'à  la  remplacer  par  de  l'indifférence;  à 
l'arrivée  du  visiteur,  nul  ne  quitta  son  travail  pour 
l'accueillir.  Il  fallut  des  ordres  officiels  pour  amener 
le  peuple  au  sermon.  Le  cardinal  trouva  l'accent  qui 
amollit  ces  rudes  écorces.  Il  y  laissa  l'évêque  de  Ma- 
riano  et  des  jésuites  pour  achever  son  œuvre. 

Ayant  interrompu  sa  visite  une  seconde  fois  pour 

1  fêter  à  Milan  la  Nativité  de  la  Vierge,  il  la  reprit  au 

;  début  d'oct.,  passa  rapidement  par  les  régions  rurales 
non  encore  visitées,  puis  procéda  à  la  visite  de  la  ville 
de  Brescia,  qui  ne  fut  terminée  que  le  22  nov.,  bien 
qu'il  y  poursuivît  le  travail  jusqu'à  minuit  (B.  à 
Speciani;  Sylvain,  ii,  325).  Il  rédigea  alors  le  mémo- 
rial et  les  ordonnances  de  sa  visite  (la  revue  Brixiu 
sacra,  i,  1910,  a  publié  une  série  de  monographies 
sur  le  passage  du  saint  dans  diverses  localités  du  dio- 
cèse :  Asola  [A.  Besutti],  Chiari  [L.  Rivetti],  Orzi- 
nuovi [F.  Perini],  Valle  Camonica  [A.  Sina],  Sal<i 
[P.  Bettoni],  Valle  Trompia  [O.  Piotti];  une  vue 
d'ensemble  y  fut  donnée  par  P.  Guerrini). 

11°  Voyages  de  1581.  —  De  juin  à  sept.  1581,  B. 

j  fut  continuellement  en  route.  Il  se  rendit  d'abord  en 

I  Piémont,  pour  une  deuxième  visite  au  saint  suaire 
de  Turin.  A  Masino  il  eut  une  entrevue  avec  le  duc  de 
Savoie,  Charles-Emmanuel.  Revenant  par  Arona  et  le 
lac  Majeur,  il  parcourut  en  tous  sens  la  région  monta- 
gneuse des  Préalpes  séparant  ce  lac  de  celui  de  Lugano. 
Malgré  la  fièvre,  il  y  consacra  douze  églises  entre  le 
18  juill.  et  le  début  d'août.  Quittant  Bellinzona  le 
2  août,  il  monta  directement  jusqu'au  S.-Gothard,  où 
il  officia  le  surlendemain.  Redescendant  le  Tessin,  il 
visita  plus  en  détail  encore  que  lors  de  sa  première 
tournée  les  villages  des  deux  rives  jusqu'au  confluent 

j  du  Brenno,  dont  il  remonta  la  rive  gauche  (itinéraire 
et  documents  dans  D'Alessandri,  272-97). 

Arrivé  à  Olivone,  au  lieu  de  rebrousser  chemin  vers 
le  Midi  comme  lors  de  ses  visites  précédentes,  il  pour- 
suivit sa  route  avec  dix  compagnons,  pour  répondre 

l  à  une  invitation  de  l'abbé  bénédictin  de  S. -Martin  de 
Disentis  (Grisons),  Christian  von  Castelberg.  Ayant 

I  franchi  le  col  du  Lukmanier  (1917  m.),  il  arriva  le 
25  août  à  Disentis.  Il  n'y  séjourna  que  vingt-quatre 

I  heures  environ,  mais  tint  à  y  passer  la  nuit  en  prières 
devant  les  reliques  des  SS.  Placide  et  Sigisbert.  Re- 
parti le  26  pour  l'Italie,  il  reprit  le  cours  de  sa  tournée 
interrompue,  présida  une  assemblée  régionale  du 
clergé  à  Biasca  (30  août),  visita  les  villages  du  Val 
Capriasca  et  revint  à  Milan  le  4  sept.  Trois  jeunes  gens 
originaires  du  pays  des  Grisons  l'accompagnaient 
comme  futurs  séminaristes.  L'un  d'eux,  Giovanni 
Sacco,  devint  curé  de  Disentis  et  écrivit  une  relation 
de  la  visite  de  B.  en  cette  localité  (imprimée  à  Coire, 
1605;  résumé  dans  Oltrocchi,  587-90,  note,  et  dans 
Sylvain,  m,  19-22;  cf.  C.  Cahannes,  Die  Pilgerreise 
Carlo  Borromeo's  nach  Disentis  im  August  1581,  dans 
Zeitschr.  f.  schw.  KG.,  xviii,  1924,  p.  136-65). 

12°  Voyages  de  1582-83.  —  A  l'occasion  de  la  Fête- 
Dieu  (14  juin  1582),  le  cardinal  B.  fit  un  troisième 
pèlerinage  au  saint  suaire  de  Turin.  Revenu  à  Milan 
par  les  rives  du  Pô  (26  juin),  il  en  repartit  le  4  juill. 
pour  une  cinquième  tournée  dans  les  Alpes,  choisis- 
sant un  itinéraire  passant  plus  à  l'Est  que  les  précé- 
dents et  plus  proche  des  frontières  de  la  Valteline. 
Par  Monza  et  les  rives  méridionales  du  lac  de  Côme. 
il  rejoignit  à  Porlezza  l'extrémité  du  lac  de  Lugano 
(16  juill.).  Il  revit  la  région  montagneuse  séparant 
ce  lac  de  la  vallée  du  Tessin  et  remonta  cette  vallée 
jusqu'à  Giomico  seulement  (réunion  du  clergé  régio- 
nal, 30  juill.).  Revenant  sur  ses  pas  par  Bellinzona, 


521 


CHARLES  BORROMÉE 


522 


Lugano  et  Porlezza  (7  août;  itinéraire  du  25  juill.  au 
7  août  dans  D'Alessandri,  311-17),  il  entreprit  la 
visite  du  massif  montagneux  bordant  les  rives  orien- 
tales du  lac  de  Côme.  Le  6  sept.,  il  venait  de  quitter 
Lecco  pour  rentrer  à  Milan,  quand  il  apprit  que  sa 
sœur  Camille  était  gravement  malade.  Il  partit  la 
nuit  même  pour  Guastalla,  à  une  allure  si  rapide  que 
le  postillon  lui-même  ne  put  la  soutenir;  il  ne  s'arrêta 
qu'à  Lodi  pour  dire  la  messe  et  continua  sans  manger 
jusqu'à  Parme;  cependant  il  arriva  trop  tard  pour 
trouver  sa  sœur  encore  en  vie. 

Comptant  se  rendre  à  Rome  quelques  semaines 
plus  tard  et  déjà  muni  selon  sa  coutume  de  la  per- 
mission de  prolonger  son  absence  hors  de  son  diocèse 
(28  août  1582;  Sylvain,  m,  138),  il  décida  de  passer 
ce  temps  au  couvent  des  capucins  de  Sabbioneta;  il 
régla  par  courrier  les  affaires  diocésaines  encore  en 
suspens  et  se  livra  à  cœur  joie  à  de  rudes  austérités 
(Giussano,  637-38).  Il  composa  aussi  durant  ce  séjour 
quelques  avis  spirituels  et  les  confia  à  Agostino  Va- 
lier,  cardinal  de  Vérone,  qui  les  retoucha  et  en  fit  un 
opuscule.  De  arle  meditandi,  resté  inédit  (Oltrocchi, 
638  b). 

Quittant  sa  retraite  de  Sabbioneta  le  27  sept.,  il  se 
rendit  à  Rome  en  litière  par  l'itinéraire  habituel, 
Mantoue,  Bologne,  Florence,  trajet  qui  lui  permit  de 
visiter  au  passage  le  sanctuaire  de  N.-D.  délia  Quercia. 
Arrivé  à  Rome  le  24  oct.,  il  fut  pendant  quatre  jours 
l'hôte  du  pape  dans  sa  villa  des  Castelli;  il  se  fixa 
ensuite  dans  sa  demeure  près  de  Ste-Praxède.  Réser- 
vant le  plus  clair  de  ses  nuits  à  l'oraison  et  aux  péni- 
tences, il  consacra  ses  journées  aux  affaires  de  son 
Église.  Aidé  du  cardinal  Paleotti,  il  persuada  Gré- 
goire XIH  de  nommer  une  commission  pour  régler 
les  rubriques  et  le  cérémonial  :  ce  fut  l'origine  de  la 
Congrégation  des  Rites.  Il  obtint  aussi  du  pape  l'érec- 
tion du  siège  de  Bologne  en  arclievêché  (10  déc). 

A  son  départ  de  Rome,  il  fut  chargé  par  le  pape 
d'une  triple  mission  :  rétablir  la  concorde  entre  les 
branches  des  Frères  Mineurs;  parcourir  comme  visi- 
teur apostolique  les  pays  soumis  aux  autorités  helvé- 
tiques (bref  du  27  nov.  1582);  prononcer  le  cas  échéant 
la  nullité  du  mariage  contracté  entre  le  duc  Vincent 
de  Mantoue  et  Marguerite  Farnèse  (bref  du  15  janv. 
1583). 

Ayant  quitté  Rome  ainsi  chargé  (mi-janv.  1583),  il 
choisit  le  trajet  par  Lorette.  A  Mantoue,  il  rencontra  le 
duc,  le  28  janv.,  et  traita  avec  lui  de  l'affaire  du  ma- 
riage. Cette  question  obligea  le  cardinal  à  séjourner 
à  trois  reprises  à  Parme,  au  cours  de  cette  même 
année  :  d'abord  en  févr.,  pour  attendre  le  verdict 
médical;  ensuite  vers  la  mi-mai,  pour  y  apprendre 
la  décision  de  Marguerite  Farnèse  d'entrer  au  cou- 
vent de  S.-Paul;  enfin  le  30  oct.,  pour  y  recevoir  ses 
vœux. 

13°  Dernière  tournée  alpestre  (1583).  —  Le  bref  du 
27  nov.  1582  accordait  au  cardinal  B.  des  pouvoirs 
très  étendus  de  visiteur  apostolique,  réformateur  et 
légat  dans  les  parties  des  diocèses  de  Constance,  Lau- 
sanne, Sion.  Coire,  Côme,  soumises  aux  autorités  hel- 
vétiques et  grisonnes  (D'Alessandri,  321).  Compre- 
nant la  difficulté  de  la  tâche  qui  lui  était  confiée,  du 
fait  de  l'attachement  ombrageux  des  Suisses  à  leurs 
libertés  et  de  leur  méfiance  à  l'égard  de  toute  initia- 
tive romaine,  le  cardinal  recourut  d'abord  à  un  strata- 
gème diplomatique  :  il  fit  sonder  les  principales  puis- 
sances européennes  et  quelques  personnalités  locales 
importantes  pour  obtenir  des  lettres  de  recomman- 
dation auprès  des  autorités  confédérées,  présentant 
son  déplacement  comme  une  réédition  de  son  voyage 
privé  de  1570  auprès  de  sa  sœur  de  Hohenems. 

B.  ouvrit  sa  visite  par  une  tournée  dans  le  Val 
Mesocco  (ou  Mesolcina;  en  allemand  Misox).  Cette 


vallée  tributaire  du  Tessin  s'enfonçait  comme  un  coin 
entre  des  terres  relevant  au  spirituel  de  sièges  italiens. 
Au  civil,  elle  était  soumise  à  une  sorte  de  protectorat 
plutôt  nominal  des  autorités  grisonnes.  En  fait,  les 
pouvoirs  locaux  étaient  omnipotents.  Cette  vallée 
était  devenue  un  lieu  de  refuge  et  un  repaire  pour  tous 
ceux  qui  avaient  eu  maille  à  partir  avec  les  autorités 
milanaises.  Sur  la  requête  des  autorités  locales,  le  car- 
dinal y  avait  envoyé  un  docteur  en  droit,  Mgr  Bor- 
sato,  pour  y  enquêter  sur  une  affaire  de  sorcellerie. 
Celui-ci  y  arriva  le  6  oct.  (D'Alessandri,  328). 

B.  quitta  Milan  le  9  nov.  1583,  avec  une  nombreuse 
suite,  parmi  laquelle  trois  prédicateurs  de  marque  :  le 
chan.  Ottaviano  Forerio,  le  jésuite  Ach.  Gagliardi  et 
le  franciscain  Franc.  Panigarola.  S'étant  arrêtés  à 
Lugano,  Tesserete  et  Bellinzona,  ils  arrivèrent  le  12 
à  Roveredo,  première  localité  importante  du  Val 
Mesocco,  et  y  tinrent  une  mission  de  six  jours  qui  se 
solda  par  de  nombreuses  conversions  et  beaucoup  de 
retours  à  la  pratique  religieuse.  Il  y  avait  dans  cette 
ville  un  groupe  d'une  centaine  de  sorciers  et  sorcières 
accusés  de  crimes  abominables  (Sylvain,  m,  171).  Le 
prévôt  même  de  la  collégiale,  Domenico  Quattrino, 
fut  trouvé  coupable  de  nombreux  crimes  sacrilèges, 
sorcelleries  et  impudicités.  Après  enquête,  onze  sor- 
cières furent  déclarées  coupables  et  livrées  au  bras 
séculier;  elles  périrent  sur  le  bûcher  en  trois  séances. 
Pendant  longtemps  on  crut  que  le  prévôt  lui  aussi 
avait  figuré  au  nombre  des  condamnés  et  on  en  avait 
fait  grief  au  cardinal.  Il  est  vrai  qu'au  cours  de  l'en- 
quête B.  fit  prier  l'évêque  de  Coire  de  ne  pas  intercéder 
en  faveur  de  son  subordonné  (lettre  à  Bernardino 
Mora,  28  nov.  1583;  Oltrocchi,  694  a).  Mais  le  pré- 
venu fut  seulement  contraint  de  renoncer  à  sa  fonc- 
tion (Orsenigo,  158).  Deux  documents  prouvent  qu'en 
1587  il  vivait  encore  (D'Alessandri,  354-55,  note; 
sur  cet  épisode,  voir  F.  Segmùller,  S.  Carolus  Borro- 
maeus  vindicatus,  oder  S.  Cari  und  die  Hexenprozessen 
in  der  Schweiz,  Einsiedeln,  1924;  Id.,  dans  La  Scuola 
caftolica,  lix,  1931-32,  p.  28-40). 

Au  cours  de  la  mission  de  Roveredo,  B.  réunit  les 
vingt-quatre  chefs  du  Val  Mesocco  et  leur  demanda  de 
confirmer  de  leur  autorité  les  ordonnances  qu'il  avait 
promulguées  :  ratification  des  décrets  de  visite; 
limitation  à  trois  jours  du  droit  d'asile  aux  prêtres 
transfuges;   désignation   de   deux  responsables  de 
l'instruction  de  la  jeunesse;  amélioration  de  la  légis- 
lation matrimoniale  et  testamentaire;  fondation  d'un 
collège  de  jésuites.  Du  18  au  21,  le  cardinal  remonta 
la  vallée  jusqu'à  Mesocco  où  il  séjourna  du  21  au  26. 
Mais  il  s'y  heurta  à  l'hostilité  d'une  population  déta- 
chée en  bonne  partie  de  la  foi  romaine...  De  Roveredo 
il  avait  envoyé,  le  18  nov.,  Bernardino  Mora  et  Antoine 
Fornero  auprès  des  autorités  des  Trois  Ligues  gri- 
sonnes pour  négocier  avec  elles  un  séjour  éventuel  du 
cardinal  en  Valteline.  En  attendant  les  résultats  de 
ces  pourparlers,  il  revint  à  Bellinzona  et  y  poursuivit 
son  travail  de  réforme  dans  la  ville  et  ses  environs 
(29  nov.-17  déc;  docum.  dans  D'Alessandri,  363-91). 
Une  lettre  peu  encourageante  de  l'évêque  de  Coire 
(23  nov.  1583,  nouveau  style;  Sylvain,  m,  182)  et 
une  autre  de  Mora  tout  à  fait  alarmiste  lui  firent 
'  renoncer  à  ses  projets.  Il  écrivit  en  hâte  à  ses  envoyés 
i  d'interrompre  leurs  négociations,  mais  il  était  trop 
j  tard  :  le  l*'  déc,  le  conseil  des  Trois  Ligues  grisonnes, 
réuni  à  Coire,  ayant  examiné  la  requête  du  cardinal, 
j  décida  que  B.  aurait  toujours  libre  passage  à  travers 
leur  territoire,  qu'il  y  recevrait  les  plus  grands  hon- 
j  neurs,  mais  que  tout  exercice  du  ministère  ecclésias- 
1  tique  serait  strictement  interdit  à  quiconque  n'était 
!  pas  natif  du  pays,  et  que  toutes  les  mesures  prises  dans 
le  Val  Mesocco  sans  leur  assentiment  étaient  annulées. 
Cet  échec  ne  lui  fit  pas  abandonner  ses  projets. 


523 


CHARLES  BORRUMÉE 


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IV.  Mort  et  survie.  —  1°  La  dernière  année  (1584). 
—  La  dernière  année  de  Charles  fut  comme  un  résumé 
de  l'activité  de  toute  sa  vie.  Le  cardinal  l'inaugura 
en  convoquant  à  Milan  une  réunion  extraordinaire 
de  tous  les  visiteurs  et  doyens  ruraux;  elle  s'ouvrit  le 
18  janv.  et  dura  environ  trois  semaines.  Peu  après, 
un  accès  d'érysipèle  l'obligea  à  garder  le  lit;  ce  qu'ap- 
prenant, le  pape  l'obligea  sous  peine  de  péché  d'obéir 
aux  médecins,  ordre  dont  le  saint  se  plaignit  amère- 
ment (lettre  au  card.  de  Côme,  avr.  1584;  Sylvain, 
III,  325-27).  Quelque  peu  rétabli  et  revenu  d'une 
visite  au  chevet  de  l'évêque  de  Brescia  (l«''-3  mai),  il 
reprit,  comme  de  coutume,  ses  tournées  pastorales  : 
d'abord  un  peu  plus  d'un  mois  (début  mai-11  juin) 
dans  les  villages  de  la  partie  méridionale  du  diocèse; 
ensuite  deux  circuits  d'une  dizaine  de  jours  à  Monza 
et  environs  (essai  de  calendrier  dans  Oltrocchi,  743  a); 
enfin  une  longue  tournée  (15  juill.-27  août)  dans  la 
région  accidentée  de  la  Brianza  et  sur  les  deux  rives  du 
Lago  di  Lecco.  Il  repartit  le  19  sept,  pour  Turin  :  son 
voyage  unissait  un  but  de  piété  (quatrième  visite  au 
saint  suaire)  à  un  objectif  diplomatique  (obtenir 
l'appui  du  duc  de  Savoie  et  du  cardinal  de  Verceil 
pour  ses  projets  suisses).  Quittant  Turin  le  8  oct.,  il 
obliqua  sur  son  sanctuaire  préféré  du  Monte  Varallo 
où  il  arriva  le  11. 

Le  17  oct.,  il  y  reçut  du  cardinal  de  Verceil  une 
demande  de  rendez-vous  pour  le  lendemain  à  Arona. 
Cette  entrevue  à  objet  mystérieux,  mais  sans  doute 
en  rapport  avec  le  projet  caressé  par  le  cardinal  B. 
de  pénétrer  coûte  que  coûte  en  pays  grison,  s'étant 
terminée  le  20,  il  remonta  vers  Varallo  où  il  reprit  le 
cours  de  ses  exercices  spirituels,  consacrant  six  heures 
par  jour  et  parfois  la  nuit  entière  à  la  méditation  (voir 
détails  dans  Bascapè,  1.  VI,  c.  vi,  p.  161  sq.).  A  partir 
du  24  oct.,  les  accès  de  fièvre  ayant  reparu,  il  accepta, 
sur  l'ordre  de  son  directeur  le  P.  Adorno,  de  prendre 
un  peu  de  pain  grillé  trempé  dans  du  vin.  Il  quitta 
Varallo  le  28  oct.  pour  Ascona  où  il  présida,  le  30,  à 
l'ouverture  du  collège.  Il  comptait  être  rentré  à 
Milan  pour  la  Toussaint,  mais  un  nouvel  accès  de 
fièvre  le  terrassa  tandis  qu'il  était  en  route  :  force  lui 
fut  de  s'arrêter  à  Arona  au  noviciat  des  jésuites.  D'au- 
cuns ont  rapporté  que,  durant  cette  dernière  maladie, 
le  saint  aurait  eu  la  révélation  de  sa  mort  prochaine. 
Cela  ne  semble  pas,  si  l'on  en  croit  le  témoignage 
d'une  lettre  envoyée  d' Arona  le  1"  nov.  à  Mgr  Spe- 
ciani,  où  il  est  question  d'un  qualche  negozio  secreto 
qu'il  lui  faut  arranger  avec  son  beau-frère,  le  comte 
Hannibal  von  Hohenems,  et  que  l'on  ne  peut  com- 
prendre que  d'une  démarche  liée  à  ses  projets  de 
voyage  dans  les  Grisons  (L'ultima  lettera  scriita  da 
S.  C.  B.,  dans  Boll.  stor.  délia  Svizzera  italiana,  xxvi, 
1904,  p.  56-57). 

Le  lendemain  2  nov.,  c'était  un  moribond  qu'un 
bâteau-civière  ramenait  incognito  à  Milan.  Les  méde- 
cins appelés  en  hâte  furent  impuissants.  Au  soir  du 
3  nov.,  l'archevêque  avait  cessé  de  vivre.  Sur  la  mort 
du  saint,  voir  deux  lettres  de  témoins  oculaires  : 
Ch.  Bascapè  à  l'évêque  de  Plaisance,  8  nov.  1584 
(publiée  à  Venise,  1584;  reproduite  dans  S.  C.  B., 
517-22);  Giammaria  Tagliaferri  au  cardinal  Sirlet, 
même  date  (ibid.,  522-25);  autres  récits,  dans  Bas- 
capè, 163,  et  Arch.  stor.  liai.,  xxv,  126.  Sur  les  réac- 
tions du  pape,  voir  Pastor,  ix,  881.  Aux  funérailles 
célébrées  le  7  nov.  par  le  cardinal  Sfondrati,  l'éloge 
funèbre  fut  prononcé  par  le  P.  Panigarola  (dix  éditions 
sous  deux  titres  divers,  de  1584  à  1611;  cf.  Sevesi, 
Arch.  franc,  hist.,  1947,  p.  150;  Arch.  stor.  Lomb., 
Ile  sér.,  X,  1893,  p.  555-56).  La  dépouille  fut  déposée 
dans  la  crypte  devant  le  maître-autel  du  Dôme  de 
Milan  (description  dans  Pastor,  ix,  76,  note,  et  dans 
S.  C.  B.,  592;  épitaphe  dans  Ughelli,  iv,  276).  Réserve 


faite  de  quelques  souvenirs  légués  à  ses  serviteurs. 
Ch.  B.  avait  désigné  comme  légataire  universel 
VOspedale  Maggiore  de  Milan  (testament  du  9  sept. 
1576;  dans  Sala,  Docum.,  m,  831  sq.). 

2°  Portrait  :  l'homme  et  le  saint.  —  Dans  une  lettre 
adressée  en  1938  à  Mgr  Galbiati,  le  P.  Delehaye, 
bollandiste,  avouait  que  «  nous  ne  connaissons  pas 
encore  la  vraie  physionomie  de  S.  Charles  ni  le  milieu 
où  il  a  vécu;  pour  atteindre  ce  résultat,  de  longues 
enquêtes  historiques  sont  encore  à  faire  »  (Una  voce 
bollandista.  Ancora  la  biografia  di  S.  Carlo,  dans 
Echi  di  S.  C.  B.,  629).  Il  faut  donc  se  borner  à  une 
esquisse. 

S.  Charles  était  d'une  taille  un  peu  au-dessus  de  la 
moyenne;  il  avait  de  grands  yeux  bleus,  des  cheveux 
bruns,  le  nez  long,  le  teint  pâle;  jusqu'en  1574,  il  porta 
une  barbe  courte,  d'un  brun  roux  et  fort  négligée;  il 
ordonna  alors  à  son  clergé  de  se  raser  et  en  donna  lui- 
même  l'exemple. 

L'iconographie  du  saint  est  très  riche;  ses  princi- 
paux portraits  sont  reproduits  dans  les  deux  publi- 
cations jubilaires  San  Carlo  Borromeo  (1910)  et  Echi  di 
San  Carlo  Borromeo  (1938),  ainsi  que  dans  la  mono- 
graphie de  L.  Ferretti.  Trois  de  ces  images  forment 
comme  le  résumé  de  toute  sa  vie  :  la  médaille  gravée  en 
1563  par  Rossi,  le  portrait  de  Figini  plus  récent  d'une 
dizaine  d'années,  et  le  moulage  pris  sur  son  lit  de 
mort.  Il  faut  y  ajouter  le  célèbre  tableau  de  S.  Charles 
soignant  les  pestiférés,  le  plus  populaire  de  tous, 

La  manière  dont  S.  Ch.  B.  réalisa  son  programme 
d'austérités  prouve  qu'il  jouissait  d'une  forte  consti- 
tution physique  et  d'un  bel  équilibre  des  facultés  et 
du  système  nerveux.  En  mordant  sur  ses  nuits  et  ses 
loisirs,  il  réussit  à  doubler  la  durée  de  ses  journées  de 
travail,  sans  en  ressentir  une  fatigue  paralysante 
mais  non  sans  miner  la  résistance  intérieure  de  son 
organisme.  Depuis  un  grave  accroc  en  1571,  sa  santé 
resta  chancelante.  Malgré  cela  il  ne  s'accordait  qu'un 
minimum  de  ménagements.  A  la  mort  de  Pie  V 
(!'=■■  mai  1572),  il  ne  voulut  pas  écouter  les  médecins 
qui,  redoutant  une  complication  phtisique,  lui  décon- 
seillaient de  se  rendre  au  conclave.  Il  consentit  toute- 
fois à  emporter  un  arsenal  complet  de  médicaments 
chargés  sur  un  mulet.  On  raconte  qu'au  cours  du 
voyage  le  mulet  apothicaire,  longeant  un  cours  d'eau 
près  de  Bologne,  fit  un  faux  pas  et  tomba  à  l'eau  avec 
tout  son  chargement.  Borromée  se  serait  montré  ravi 
de  l'aventure  et  il  est  certain  qu'il  arriva  à  Rome  en 
excellente  santé.  La  seule  précaution  spéciale  qu'on 
le  vit  jamais  prendre  de  sa  propre  initiative,  ce  fut 
durant  la  peste  de  1576,  au  cours  de  laquelle  il  se 
dépensa  sans  compter  au  chevet  des  contagieux  :  il 
avait  soin  alors  d'employer  tous  les  préservatifs  en 
usage  de  son  temps. 

Le  récit  des  dernières  années  de  sa  vie  abonde  en 
traits  édifiants  montrant  le  peu  de  cas  qu'il  faisait  de 
sa  santé.  En  ce  domaine,  il  suivait  des  normes  qui 
n'étaient  pas  celles  du  commun  des  mortels  et  qu'il 
justifiait  par  des  maximes  d'un  radicalisme  exagéré. 
A  moins  de  sous-entendre  une  protection  spéciale  de 
Dieu,  on  ne  peut  interpréter  certains  de  ses  compor- 
tements que  comme  des  imprudences  ayant  abrégé 
sa  vie.  Cependant,  les  quarante-six  ans  qu'il  vécut 
l'emportent  sur  la  durée  de  vie  de  tous  les  autres 
membres  de  sa  famille. 

La  frugalité  de  ses  repas  était  devenue  proverbiale  : 
dans  son  entourage,  jeûnes  et  abstinences  étaient 
appelés  »  le  remède  du  cardinal  B.  ».  A  partir  de  1577, 
sauf  aux  jours  de  grande  fête,  il  ne  prit  plus  qu'un 
repas  par  jour,  avec  du  pain,  de  l'eau,  quelques  fruits 
et  légumes.  En  voyage,  il  descendait  de  préférence 
dans  des  couvents,  sûr  de  pouvoir  s'y  livrer  plus  à  son 
aise  à  ses  austérités.  Sans  parler  des  nuits  consacrées 


525  CHAULES 

tout  entières  à  la  prière,  il  rationnait  son  sommeil  à 
quatre  ou  cinq  heures  (deux  heures  seulement  durant 
la  peste),  qu'il  passait  sur  une  chaise  ou  une  paillasse. 
En  hiver,  bien  qu'il  eût  les  mains  crevassées  par  les 
intempéries,  il  n'admettait  pas  de  feu  dans  sa  chambre. 
Il  refusait  obstinément  de  porter  des  habits  neufs  : 
pour  le  tromper,  son  camérier  devait  porter  d'abord 
pendant  quelques  temps  ceux  qui  lui  étaient  destinés. 
Pour  obtenir  de  lui  une  mitigation  de  ses  habitudes, 
les  prières  de  ses  amis,  les  interventions  de  ses  méde- 
cins, même  en  public  (par  ex.  Gianangelo  Cerri  au 
IV»  concile  [Sylvain,  i,  438],  et  Annibale  Castiglione), 
étaient  souvent  insuffisantes.  A  plusieurs  reprises  le 
pape  dut  manifester  sa  volonté.  Même  alors  le  cardinal 
n'obtempérait  qu'à  son  corps  défendant  et  pour  un 
minimum  de  temps. 

Les  exemples  de  détachement,  de  mortilication, 
d'abnégation  rapportés  à  son  sujet  par  ses  biographes 
et  les  témoins  de  sou  procès  de  canonisation  sont  in- 
nombrables. Son  panégyriste,  le  P.  Panigarola,  O.F.M., 
ne  recourait  pas  à  un  effet  oratoire  lorsqu'il  disait  : 
«De  toutes  ses  richesses,  il  n'a  pas  profité  davantage 
qu'un  chien  de  celles  de  son  maître  :  un  peu  de  pain, 
de  l'eau  et  de  la  paille  »  (Bascapè,  1.  VII,  c.  ni,  p.  173). 
Pourtant,  les  richesses  ne  lui  manquaient  pas  :  en 
1563,  l'envoyé  vénitien  à  Rome,  Girolamo  Soranzo, 
estimait  ses  revenus  annuels  à  près  de  48  000  écus 
(.\lbèri,  11-4,  92).  Les  postes  principaux  en  étaient  : 
archevêché  de  Milan,  7  000  écus;  abbayes  d'Arona, 
de  Mozzo  (Vénétie),  délia  Folliua  (ibid.),  de  Colle 
(ibid.j,  de  Nonantola  (duché  de  Modène),  et  une 
sixième  dans  le  pays  de  Na|)les,  9  000;  i)ension  du  roi 
d'Espagne,  à  prélever  sur  l'archevêché  de  Tolède, 
!)  000;  légations  de  Bologne  et  de  fiavenne,  7  000  et 
5  000;  gouvernement  de  Spolète,  3  000;  biens  patri- 
moniaux, 4  000  (Paschini,  81). 

Venu  résider  à  Milan,  il  se  dépouilla  des  biens  qu'il 
n'avait  conservés  jusqu'alors  que  pour  pouvoir  garder 
son  rang  de  prince  de  l'Église,  neveu  du  pape.  Il  fît 
remettre  à  ses  oncles  la  propriété  des  terres  patrimo- 
niales d'Arona  et  d'ailleurs  dans  le  Milanais,  n'en 
conservant  que  l'usufruit;  il  céda  à  un  autre  membre 
de  sa  famille  le  marquisat  de  Romagnano;  il  vendit 
pour  30  ou  40  000  écus  d'or  la  principauté  napoli- 
taine d'Oria,  héritage  de  son  frère  aîné,  et  en  partagea 
le  prix  entre  les  pauvres,  les  hôpitaux  et  les  commu- 
nautés religieuses  de  Milan;  un  legs  de  20  000  écus 
transmis  par  sa  belle-sœur  alla  rejoindre  le  même 
chemin  ;  il  vendit  aussi  trois  galères  armées  —  encore 
un  héritage  de  Frédéric  —  et  en  donna  le  prix  à  l'or- 
phelinat de  Gênes;  il  réalisa  encore  au  profit  des  pau- 
vres de  Milan  et  de  Venise  une  part  des  objets  d'art  et 
des  meubles  précieux  qui  ornaient  son  palais  à  Rome. 
Le  reste  fut  distribué  entre  parents,  amis,  églises  et 
couvents  (statues  de  marbre  valant  4  000  écus  d'or, 
médailles  et  statues  de  bronze,  tapisseries,  soieries, 
ornements  sacrés,  fourrures  et  une  horloge  mécanique 
de  grand  prix;  détails  dans  Sylvain,  i,  321,  note); 
en  lin  il  renonça  à  tous  les  biens  et  propriétés  des 
Carafa  dont  son  oncle  l'avait  libéralement  gratifié 
après  leur  exécution.  Ce  qui  l'ofTusquait  dans  le  luxe, 
c'était  surtout  le  contraste  avec  la  misère  des  malheu- 
reux. Ayant  fait  halte  au  cours  d'un  voyage  dans  la 
villa  des  cardinaux  Farnèse  et  Gambara,  à  Caprarola 
et  Bagnaia,  il  y  vit  des  volières,  des  étangs  artificiels, 
des  enclos  pour  animaux  exotiques.  Il  écrivit  le  jour 
même  à  l'un  d'eux  pour  lui  dire  son  étonnement  de 
ne  pas  avoir  vu,  «  parmi  tant  de  commodes  demeures 
destinées  à  des  animaux,  un  lieu  de  refuge,  ou  du 
moins  une  place,  pour  y  recevoir  ces  malheureux 
catholiques...  chassés  de  leur  patrie  par  les  ennemis  de 
l'Église  »  (B.  à  Gambara,  30  janv.  1580;  Sylvain,  ii, 
249). 


liORUOMÉE  520 

Son  intelligence  compensait  par  sa  solidité,  sa  jjon- 
dération  et  son  culte  de  l'ordre,  un  certain  manque  de 
spontanéité  et  de  brillant.  B.  s'intéressait  aux  choses 
de  l'esprit  sans  passion  et  en  les  subordonnant  tou- 
jours à  son  devoir  d'état.  Il  étudia  la  théologie  par 
devoir  et  ce  fut  par  devoir  aussi  qu'il  s'exerça  à 
l'éloquence.  Celle-ci  se  ressentait  chez  lui  d'un  défaut 
de  langue  encore  accentué  par  une  timidité  native.  Il 
fallut  au  saint  plusieurs  années  pour  surmonter  son 
agoraphobie.  Plutôt  que  du  haut  de  la  chaire,  il  par- 
lait de  préférence  le  dos  tourné  à  l'autel  et  revêtu  de 
ses  ornements  sacerdotaux,  décor  qui  renforçait  son 
assurance.  Avare  de  son  temps,  il  se  faisait  faire  la 
lecture  tout  en  mangeant  ou  en  se  faisant  raser.  Bour- 
reau de  travail,  il  déclara  un  jour  à  son  économe, 
Girolamo  Castani  :  «  Les  évêques  doivent  être  comme 
les  capitaines  et  les  soldats  :  les  plus  braves  dorment 
assis.  1) 

B.  avait  une  des  princi))ales  qualités  d'un  bon  chef  : 
homme  d'ordre  et  de  méthode,  il  ne  laissait  rien  à 
l'improvisation.  Son  ordre  du  jour  et  celui  de  ses  ser- 
viteurs était  réglé  minutieusement,  de  même  que  les 
horaires  de  ses  déplacements  et  les  divers  exercices 
qui  devaient  les  accompagner.  Il  s'était  composé  un 
fichier  contenant  les  principaux  renseignements  re- 
cueillis au  cours  de  ses  visites,  ses  impressions  per- 
sonnelles et  le  résumé  de  ses  entretiens  avec  ses  visi- 
teurs. Il  le  consultait  avant  d'entreprendre  un  dépla- 
cement. Ainsi  il  était  sûr  de  n'arriver  nulle  part  en 
pays  inconnu,  mais  se  trouvait  prêt  à  alîronter  inmié- 
diatement  les  principaux  problèmes  et  à  en  recher- 
cher sans  tarder  une  solution  concrète.  Il  employait 
la  même  méthode  au  cours  de  ses  lectures  et  de  ses 
études  :  les  détails  à  retenir  étaient  transcrits  sur  des 
polizzini,  classés  suivant  un  ordre  idéologique  de  son 
invention.  Quelques  liasses  de  ces  fiches  furent  conser- 
vées. A  Rome,  il  classa  tous  les  papiers  administratifs 
datant  de  son  passage  à  la  Secrétairerie  d'État.  A  son 
départ,  il  les  laissa  dans  sa  demeure  de  Ste-Praxède, 
spécifiant  qu'elles  y  demeureraient  à  la  disposition  des 
Souverains  pontifes.  En  1570,  Pie  V  les  ayant  fait 
réclamer,  ils  ne  furent  pas  remis,  B.  ayant  estimé  qu'au 
Vatican  ils  ne  seraient  pas  assez  à  l'abri  des  curiosités 
indiscrètes.  Huit  ans  plus  tard,  sous  Grégoire  XIII,  il 
fut  à  nouveau  question  du  transfert  de  ce  dépôt  au- 
quel les  rongeurs  avaient  déjà  occasionné  de  sérieux 
dégâts  (Merkle,  dans  Conc.  Trid.,  i,  p.  xix,  n.  11,  13). 
Nous  avons  déjà  vu  qu'il  imprégna  son  administration 
milanaise  du  même  esprit  de  méthode. 

Autre  qualité  d'un  bon  administrateur  :  B.  avait  le 
don  de  discerner  les  talents  d'élite  et  de  les  attacher 
au  service  de  son  Église.  Il  faut  «  n'avoir  aucune 
considération  pour  qui  que  ce  soit,  quand  il  s'agit  de 
l'honneur  de  Dieu  et  de  la  réforme  de  son  Église  », 
écrivait-il  à  Bonomi  (15  mai  1566;  Sylvain,  i,  323). 
Pour  apprécier  quelqu'un,  seule  la  compétence  et  la 
valeur  personnelle  entraient  en  ligne  de  compte.  Cette 
passion  d'accaparer  les  compétences  le  mit  en  conflit 
avec  plusieurs  ordres  religieux,  avec  des  princes,  et 
même  avec  ses  meilleurs  amis,  tel  S.  Philippe  de  Néri, 
qui  lui  reprochait  d'avoir  à  cet  égard  une  vraie 
«  sensualité  »  (cf.  A.  S.,  26  mai,  p.  1055). 

Pour  juger  de  la  culture  intellectuelle  de  B.,  l'his- 
torien dispose  d'un  témoin  idéal  :  le  catalogue  de  sa 
bibliothèque,  dont  il  légua  les  trésors  au  chapitre  de 
la  cathédrale.  Sa  publication  en  1936  par  A.  Saba 
(dans  la  coll.  Fontes  Ambrosiani)  éclipse  tous  les 
travaux  antérieurs  (C.  Canetta,  Arch.  stor.  Lomb., 
1882,  p.  535-56;  F.  Barbieri,  Gior.  stor.  delta  tetter. 
itat.,  1926,  p.  280).  11  se  dégage  de  cette  liste  que  le 
cardinal  B.  considérait  sa  bibliothèque,  non  comme 
un  luxe,  mais  comme  un  instrument  de  travail.  Une 
bonne  moitié  des  pages  de  l'inventaire  sont  occupées 


527  CHARLES  BORROMÉE  528 


par  des  ouvrages  de  théologie,  depuis  la  Bible  jus- 
qu'aux auteurs  ascétiques  les  plus  récents.  Les  édi- 
tions nouvelles  y  étaient  à  leur  place;  la  bibliothèque 
était  tenue  à  jour.  La  Bible  Royale  qui  venait  de 
sortir  des  presses  plantiniennes  s'y  trouvait  déjà,  et 
de  même  VEpiscopus  publié  en  1573  par  son  ami 
Agostino  Valier,  ainsi  que  les  œuvres  du  P.  Louis  de 
Grenade.  En  outre,  plus  d'un  millier  d'ouvrages  non 
théologiques  :  385  de  littérature,  130  de  philosophie, 
270  d'histoire,  145  de  poésie  et  96  de  médecine  et 
branches  annexes.  Ce  dernier  poste  mérite  de  retenir 
l'attention  On  y  voit  figurer  les  premières  produc- 
tions d'une  science  encore  dans  les  langes.  Il  témoigne 
assurément  de  l'ouverture  d'esprit  du  cardinal. 

Ce  catalogue  est  très  certainement  incomplet  :  il  ne 
renferme  aucune  mention  d'ouvrages  juridiques, 
absence  inconcevable  chez  un  docteur  in  utroque  et 
un  homme  d'administration.  La  bibliothèque  juri- 
dique et  canonique  de  B.  formait  donc  un  ensemble  à 
part.  Sa  richesse  résulte  de  l'inventaire  général  dressé 
en  1584  et  conservé  aux  archives  de  l'Ospedale  Mag- 
giore  (publ.  par  G.  C.  Bascapè  L'eredità  di  S.  C.  B. 
aU'Ospedale  Maggiore  di  Milano,  Milan,  1936).  De 
cette  liste,  C.  G.  Mor  {La  culiura  giuridica  di  S.  C, 
dans  Echi  di  S.  C.  B.,  641-46)  a  extrait  ce  qui  se 
rapporte  aux  manuscrits  juridiques  de  S.  Charles. 

S.  Ch.  B.  n'était  pas  insensible  aux  beautés  de  la 
nature  et  de  l'art.  Mais  il  appliquait  ici  comme  par- 
tout le  iantum  quantum  ignatien.  Les  rives  des  lacs  et 
les  vallées  alpestres  ne  reçurent  sa  visite  que  pour  le 
service  de  Dieu  et  de  ses  ouailles.  Il  ne  se  déplaça  ja- 
mais que  par  nécessité  ou  par  zèle  apostolique.  Il 
s'intéressa  spécialement  aux  deux  arts  les  plus  utiles 
pour  un  chef  d'Église  :  l'architecture  et  la  musique. 
Déjà  à  Rome,  il  avait  secondé  son  oncle  dans  son 
mécénat  artistique.  C'est  sur  son  initiative  que  Michel- 
Ange  transforma  la  salle  des  Thermes  de  Dioclétien  en 
une  basilique  dédiée  à  Ste  Marie  des  Anges;  il  entreprit 
de  nombreux  embellissements  à  Ste-Marie-Majeure  et 
dans  ses  deux  églises  titulaires,  S. -Martin  in  Montibus 
et  Ste-Praxède;  il  construisit  un  nouvel  édifice  pour 
l'université  de  Bologne  (1562)  et  renforça  les  fortifi- 
cations de  Civitavecchia  et  d'Ancône  (1562). 

Devenu  archevêque  de  Milan,  il  transforma  son 
diocèse  et  sa  ville  épiscopale  par  de  nombreuses 
constructions  et  des  embellissements  d'édifices  reli- 
gieux. Son  architecte  préféré  fut  Pellegrino  Pellegrini 
ou  Tibaldi  (1527-96;  voir  sur  lui  :  S.  C.  B.,  400-05; 
G.  Rocco,  L'architelto  di  San  Carlo  :  lettere  di  Pellegrino 
Pellegrini  a  San  Carlo,  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  217-23, 
262-67;  F.  Malaguzzi-Valeri,  Pellegrino  Pellegrini  e 
le  sue  opère  in  Milano,  dans  Arch.  slor.  Lomb.,  II«  sér., 
xxviii,  1901,  p.  307-50).  B.  lui  confia  la  construction 
ou  le  remaniement  du  palais  archiépiscopal  (1570),  de 
l'Ospedale  Maggiore,  du  palais  de  Brera,  des  églises  de 
S.  Fedele  (1569-79),  S.  Sebastiano  (1577),  S.  Raffaele, 
des  sanctuaires  de  Caravaggio,  Rho  (1584),  Saronno 
(achevé  en  1582),  Varallo  (1578  sq.),  des  collèges  de 
Pavie  (1564-68)  et  d'Ascona. 

B.  l'employa  plus  encore  à  l'achèvement  du  Dôme 
de  Milan  dont  il  fut  nommé  architecte  en  titre  le 
7  juin.  1567.  Pellegrini  y  travailla  durant  dix  ans  : 
il  construisit  ou  aménagea  la  crypte,  le  baptistère,  le 
chœur  et  les  portes.  Les  Annali  délia  Fabbrica  del 
Duomo  di  Milano  daW origine  sino  al  présente,  iv, 
années  1562-84,  p.  44  sq.,  conservent  le  souvenir  des 
libéralités  de  l'archevêque  pour  sa  cathédrale,  en 
faveur  de  laquelle  il  aurait  dépensé  3  millions  de 
scudi  (détails  dans  S.  C.  B.,  405-07).  Lorsque  les  tra- 
vaux furent  terminés,  le  cardinal  présida,  le  20  oet. 
1577,  à  la  consécration  de  l'édifice  selon  le  rite  ambro- 
sien. 

S.  Charles  recourut  aussi  aux  services  des  architectes 


Bassi  (église  S.  Lorenzo),  Meda  (séminaire,  1570)  et 
Brambilla  (ornementation  du  Dôme).  Au  cours  de  ses 
visites  pastorales,  il  s'intéressait  spécialement  à  l'état 
des  édifices  du  culte  et  chargea  Lodovico  Moneta  de 
rédiger  des  directives  pour  la  construction  et  l'aména- 
gement des  églises  {Instructionum  fabricae  et  suppel- 
lectilis  ecclesiae  libri  duo.  Milan,  1577,  dans  Acta  Ecct. 
Mediol.,  éd.  de  1683,  i,  466-532). 

Avec  les  années,  l'affection  du  saint  pour  ses  pro- 
ches ne  se  refroidit  pas,  nonobstant  certaines  mesures 
de  détachement  extérieur,  comme  sa  renonciation  à 
l'usage  de  ses  armoiries  familiales  et  de  sa  signature 
patronymique.  A  partir  de  1575,  il  ne  conserva  comme 
emblème  que  VHumilitas  couronhée  figurant  sur  les 
armes  de  sa  famille  et  remplaça  sa  signature  par  celle 
de  cardinal  de  Sle-Praxède.  Mais  il  tint  à  rester  tou- 
jours pour  ses  proches  un  conseiller  et  un  soutien 
moral.  Ce  fut  lui  qui  procura  à  son  neveu.  Don  Ferrant 
de  Gonzague,  un  gouverneur  espagnol  capable  de 
diriger  son  éducation  princière  et  chrétienne  (22  sept. 
1575);  plus  tard  il  eut  son  mot  à  dire  à  l'occasion  de 
son  mariage  (B.  à  sa  sœur  Camille,  5  juill.  1578;  Syl- 
vain, III,  117).  A  sa  sœur  Geronima,  il  procura  un 
surintendant  des  affaires  (oct.  1575).  A  sa  sœur  Anne, 
devenue  veuve,  il  conseilla  de  ne  pas  prendre  le  voile, 
comme  elle  en  avait  l'intention,  mais  de  se  consacrer 
à  l'éducation  de  ses  deux  fils  (1580).  Pour  la  dot  de 
sa  nièce  Marguerite  de  Gonzague,  il  obtint  du  grand- 
duc  de  Toscane  un  prêt  de  25  000  écus  (oct.  1581; 
Sylvain,  m,  118;  Sala,  Docum.,  m,  723).  On  a  vu  plus 
haut  comment  il  interrompait  occupations  et  voyages 
pour  accourir  au  chevet  de  ses  frères  et  sœurs.  Quand 
son  oncle,  le  comte  Giulio  Cesare,  chef  de  la  branche 
puînée,  vint  à  mourir  (août  1572),  Charles  aida  sa 
veuve  et  ses  deux  fils,  René  et  Frédéric,  alors  âgés  de 
douze  et  de  huit  ans  :  à  l'aîné,  il  procura  un  précep- 
teur, Bartolomeo  Rossi,  et  il  dirigea  plus  tard  dans 
la  voie  ecclésiastique  le  cadet  qui  devait  lui  succéder 
un  jour  sur  le  siège  de  Milan. 

Les  biographes  contemporains  et  les  témoins  du 
procès  de  canonisation  sont  unanimes  à  décrire  S.  Ch. 
B.  comme  un  homme  de  prière.  Son  oraison  fut  grati- 
fiée par  Dieu  de  dons  extraordinaires  :  il  ne  mesurait 
jamais  le  temps  qu'il  lui  consacrait.  Il  avait  fait  cons- 
truire un  passage  privé  lui  permettant  de  se  rendre 
directement  de  ses  appartements  dans  la  crypte  du 
S. -Sépulcre,  afin  d'y  passer  une  partie  de  ses  nuits  en 
prières.  Il  s'ingéniait  à  combiner  ses  itinéraires  de 
manière  à  y  faire  figurer  le  plus  possible  de  pèleri- 
nages et  de  lieux  de  recueillement.  Normalement  il 
y  passait  alors  une  nuit  entière  en  prières.  Ses  dépla- 
cements ménageaient  aussi  toujours  un  retour  à 
Milan,  pour  le  8  sept.,  fête  titulaire  de  sa  cathédrale, 
dont  il  voulait  présider  l 'office  en  personne.  Il  avait 
une  dévotion  spéciale  à  S.  Ambroise.  Son  culte  pour 
les  reliques  était  aussi  fervent  que  dépourvu  de  toute 
critique.  Il  présida  en  grande  pompe  à  plusieurs  trans- 
lations (Verceil,  Mantoue,  Brescia,  et  S.  Simplicien  à 
Milan,  27  mai  1582);  il  entreprit  même  une  démarche 
auprès  de  l'archevêque  de  Cologne  pour  rentrer  en  pos- 
session d'une  relique  d'un  des  trois  rois  mages,  enlevée 
à  Milan  du  temps  de  Frédéric  Barberousse,  et  fit 
intervenir  dans  ce  but  Grégoire  XIII  et  Philippe  II. 

Il  eut  très  à  cœur  de  renforcer  parmi  ses  diocésains, 
non  seulement  la  foi,  mais  encore  la  piété.  Dans  ce  but, 
il  organisa  de  grandes  cérémonies  :  prières  publiques, 
processions,  translations,  inaugurations,  et  veilla  à 
leur  exécution  parfaite.  Au  premier  concile  provin- 
cial, il  fit  décréter  le  maintien  perpétuel  de  la  prière 
des  Quarante  heures  et  son  extension  à  tous  les  dio- 
cèses de  sa  province.  Il  prit  de  nombreuses  mesures 
pour  renforcer  la  dévotion  mariale  des  Milanais  (Sala, 
Dissertazioni,  iv,  110-23).  L'attrait  exercé  par  son 


529 


charlp:s  borromée 


530 


renom  de  sainteté  sur  les  âmes  pieuses  était  considé-  ! 
rable.  Ses  séances  de  confession  et  de  distribution  î 
de  la  sainte  eucharistie  se  prolongeaient  durant  des 
iieures  (Arch.  stor.  Lomb.,  1893,  p.  554;  Sala,  Docum., 
II,  471).  Il  établit  à  Milan  la  confrérie  du  S. -Sacrement 
(Fête-Dieu  1583)  et  celle  du  S. -Rosaire  (Annonciation 
1584). 

Est-il  possible  de  défendre  S.  Ch.  B.  de  toute  ten- 
dance à  un  certain  rigorisme?  Il  faut  s'entendre. 
Méticuleux,  il  l'était  certainement.  L'histoire  a  popu- 
larisé le  sobriquet  d'  «  empereur-sacristain  ».  A  lire 
certaines  de  ses  instructions  et  réglementations,  l'épi- 
thète  cardinal-sacristain  ne  semblerait  pas  déplacée. 
Les  jansénistes  ont  prétendu  se  prévaloir  de  son  exem- 
ple pour  justifier  leurs  tendances.  En  quoi  Innocent  XI 
leur  a  donné  tort  (Degert,  211).  En  fixant  la  première 
communion  au  delà  de  dix  ans,  en  conseillant  pour 
certains  cas  de  faire  revenir  le  pénitent  plusieurs  fois 
avant  de  l'absoudre,  B.  ne  s'écartait  pas  de  la  pratique 
suivie  à  son  époque  (voir  G.  Sofia,  La  dottrina  di 
S.  C.  B.  sul  confessore,  dans  La  Scuola  cattolica,  lxv, 
1938,  p.  16,  142,  261,  359,  481,  562).  Il  n'empêche 
que,  par  tempérament,  l'archevêque  de  Milan  incli- 
nait vers  une  certaine  sévérité.  On  ne  le  voit  pas  très 
bien  signant  l'Introduction  à  la  vie  dévote. 

3"  Canonisation.  —  Les  démarches  ofiicielles  en  vue 
d'obtenir  la  canonisation  de  Ch.  B.  s'ouvrirent  en 
févr.  1601  par  une  requête  présentée  par  les  Oblats  de 
S.-Ambroise  au  vicaire  général  de  l'archevêché.  Une 
commission  diocésaine  fut  nommée  qui  travailla  deux 
ans.  A  partir  de  1601,  sur  le  conseil  du  cardinal  Baro- 
nius,  les  anniversaires  du  4  nov.  donnèrent  lieu  à 
des  manifestations  de  piété  populaire  toujours  plus 
imposantes  (description  par  C.  Locatelli,  //  4  Nov. 
1601,  memorie  e  documenti,  Milan,  1901;  le  même  au- 
teur composa  des  ouvrages  similaires  pour  les  anni- 
versaires de  1602  à  1608,  Milan,  1902-08;  voir  aussi 
O.  Premoli,  //  culto  di  S.  Carlo  a  Milano  nel  1603, 
Rome,  1913;  C.  Castiglioni,  Studi  sul  seicento,  dans 
Convivium,  1938,  p.  61-74  [contient  la  revue  des 
panégyriques  prononcés  chaque  année  devant  la 
tombe  du  saint  par  les  meilleurs  orateurs  sacrés  de 
l'époque];  C.  A.  Vianello,  L'anuninistrazione  civica  di 
Milano  per  la  canonizzazione  di  S.  C.  B.,  dans  Arch. 
stor.  Lomb.,  nouv.  sér.,  v,  1940,  p.  264-69). 

En  déc.  1603,  deux  suppliques  furent  adressées  à 
Clément  VIII,  l'une  au  nom  du  clergé  milanais,  l'autre 
en  celui  du  Conseil  des  Soixante  de  la  ville  (publ.  dans 
M.  A.  Grattarola,  Successi  maravigliosi  délia  venera- 
tione  di  S.  Carlo,  Milan,  1614,  p.  80-112).  La  double 
délégation  fut  reçue  par  lè  pape,  les  4  et  7  févr.  1604. 
De  leur  côté,  les  princes  firent  intercéder  dans  le 
même  sens;  plusieurs  écrivirent  personnellement  au 
Souverain  pontife.  Le  16  févr.  1604,  le  procès  ofïiciel 
fut  ouvert  et  confié  à  la  Congrégation  des  Rites;  les 
évêques  de  Côme  et  de  Plaisance  furent  spécialement 
désignés  pour  étudier  la  cause. 

En  1606,  Paul  V  fit  reprendre  le  procès  et  procéder 
le  6  mars  à  la  reconnaissance  de  la  dépouille,  qui  fut 
découverte  intacte  malgré  l'humidité  de  l'endroit. 
Le  7  mars  1607,  le  nouvel  oratoire  construit  sur  son 
tombeau  étant  achevé,  les  restes  du  saint  furent  remis 
en  place  (voir  l'histoire  du  tombeau,  dans  S.  C.  B., 
587  sq.).  Entre  temps  se  poursuivait  l'interrogatoire 
des  témoins.  En  1609,  une  supplique  collective  fut 
adressée  à  Rome  au  nom  de  tous  les  évêques  lombards. 
Enfin,  les  trois  consistoires  d'usage  ayant  eu  lieu  les 
30  août,  14  sept,  et  21  sept.  1610,  Ch.  B.  fut  canonisé 
le  1"  nov.  1610  (Bulle  Unigenitus  Patris  Filius;  Bull. 
Rom.,  XI,  643).  A  cette  date  10  982  ex-voto  d'argent 
et  9  618  objets  précieux  déposés  sur  son  tombeau 
témoignaient  de  la  vénération  des  Milanais  pour  leur 
ancien  pasteur  (S.  C.  B.,  580).  Après  1610,  le  culte  du 


saint  se  répandit  rapidement,  surtout  dans  les  pays 
soumis  à  la  monarchie  espagnole.  Des  autels,  des  cha- 
pelles, des  églises  lui  furent  consacrés;  des  confré- 
ries, des  séminaires  placés  sous  son  vocable;  sa  mé- 
moire fut  popularisée  par  l'image.  Un  an  après  sa 
canonisation,  on  avait  frappé  150  000  000  de  médailles 
en  son  honneur  (S.  C.  B.,  587).  En  1690,  sa  statue 
géante,  le  Carlone,  haute  de  28  mètres  et  dressée  sur  un 
piédestal  de  14  mètres,  fut  érigée  près  d'Arona,  sur  une 
colline  dominant  tout  le  rivage  sud  du  lac  Majeur 
(œuvre  de  J.  B.  Crespi  et  B.  Falcone).  A  l'occasion 
du  troisième  centenaire  de  sa  canonisation,  en  1910, 
son  culte  a  connu  un  regain  d'intensité.  Nombre  de 
publications  ont  vu  le  jour.  Pie  X,  dans  l'encyclique 
Editae  saepe  (23  juin  1910,  A.  A.  Sedis,  n,  1910,  p.  357- 
80),  résuma  quelle  fut  la  place  de  S.  Ch.  B.  dans  l'his- 
toire de  la  vie  et  de  la  pensée  chrétiennes. 

Sources.  —  Manuscrit.i.  —  La  documentation  manus- 
crite concernant  S.  Ch.  B.  est  tellement  considérable  que 
les  boUandistes,  pour  ne  pas  retarder  outre  mesure  la 
continuation  des  A.  S.  de  nov.,  se  résolurent  à  le  passer. 
Les  six  tonds  principaux  renfermant  des  sources  borro- 
méennes  sont  :  Milan,  curie  archiépiscopale  :  documents 
concernant  son  administration  diocésaine.  —  Milan, 
Ambrosienne  :  correspondance;  dossiers  divers;  esquisses 
d'homélies  et  de  sermons,  essais  ascétiques;  Notli  Vati- 
cane;  procès  de  canonisation  (il  existe  des  inventaires). 

—  Rome,  archives  de  la  S.  C.  des  Rites  :  actes  du  procès 
de  canonisation.  —  Rome,  archives  dn  Vatican  :  noncia- 
ture d'Espagne;  nonciature  de  Germanie,  fonds  suisse. 

—  Rome,  bibliothèque  des  barnabites  à  S.  Carlo  ai  Cati- 
nari  :  correspondance.  —  Bruxelles,  bibliothèque  des  bol- 
landistes  :  notes  et  documents  réunis  par  le  P.  Van  Ortroy 
pour  les  A.  S.,  et  documents  rassemblés  par  Mgr  A.  Ratti 
et  confiés  par  lui  aux  bollandistes.  —  Les  archives  privées 
de  la  famille  Borromée  à  Milan  furent  détruites  lors  d'un 
raid  aérien  en  août  1943. 

Œuvres.  —  S.  Ch.  B.  a  énormément  écrit,  mais  très  peu 
publié.  Les  Opère  complète  <li  S.  C.  B.,  publiés  par  le  préfet 
de  la  Bibliothèque  ambrosienne,  G.  A.  Sassi  (Sa.Yius) 
[éd.  de  Milan,  1747,  5  vol.;  éd.  d'Augsbourg,  1758,  2  vol.], 
contiennent  surtout  des  oeuvres  de  pastorale  et  les  Noctes 
Vaiicaiiae.  Celles-ci  furent  rééditées  à  part  en  1784. 

En  règle  générale,  S.  Ch.  B.  ne  composait  pas  ses  sermons; 
il  en  dressait  le  plan  avec  la  suite  des  idées,  choisissant  de 
préférence  des  sujets  d'apostolat  pratique,  de  dévotion 
et  de  morale;  peu  de  théologie  spéculative.  Quelques  volu- 
mes de  ces  sctiémas  furent  conservés,  ainsi  que  de  rares 
textes  in  extenso  de  sermons  ou  d'allocutions.  —  Les  Acta 
Eccl.  Mediol.  reproduisent  ses  discours  de  clôture  des  six 
conciles  provinciaux  (éd.  de  1683,  vol.  i,  49,  64,  88,  164, 
240,  261),  une  adaptation  latine  des  quatre  instructions 
qu'il  prononça  au  XI"  synode  diocésain  (ii,  1229-49),  et 
l'éloge  funèbre  de  la  reine  d'Espagne,  Aune  d'Autriche, 
prononcé  le  6  sept.  1581  (ii,  1220-29,  avec  traduction 
latine).  —  Plusieurs  de  ses  instructions  spirituelles  aux 
religieuses  Angeliche  de  Milan  furent  recueillies  par  la 
Mère  Agatlia  Sfondrata;  dix-sept  furent  publiées  par  G. 
Volpi,  Padoue,  1720.  Autres  publications  :  Ammaestra- 
menti  di  S.  C.  B.  aile  persane  religiose.  Discorsi  aile  Ange- 
liche del  monaslerio  di  S.  Paolo,  Lodi,  1885,  et  2"  éd.. 
Milan,  1902;  Vingt  discours  de  S.  C.  B.  à  des  religieuses, 
suivis  de  quelques  lettres  inédiles  du  saint  à  sa  sœur  Isabelle 
Borromée,  Roulers,  1910.  —  Des  extraits  en  forme  de 
chrestomathie  furent  rassemblés  par  C.  Gorla,  Le  piit  belle 
pagine  délie  omette  di  S.  C,  Milan,  1928  (Biblioteca  dei 
sanli).  —  Une  autre  collection  comprenant  les  Monita  ad 
clerum  fut  publiée  par  P.  Mauri,  Monza,  1910. 

La  correspondance  de  .S.  C.  B.  est  restée  en  majeure 
partie  inédite.  Il  n'en  existe  que  deux  régestes  à  objet 
limité  :  par  A.  Rivolta,  pour  l'époque  antérieure  à  son 
arrivée  à  Rome  et  pour  la  correspondance  privée  de  l'époque 
romaine;  et  par  P.  Sevesi,  pour  la  correspondance  avec 
les  franciscains.  —  La  Bibliothèque  ambrosienne  a  entre- 
pris la  confection  d'un  Epistolario  di  S.  C.  B.,  ossia  raccolta 
e  indice  complelo  dei  corrispondenti  di  S.  C.  B.  secondo  la 
coltezione  amhrosiana,  devant  paraître  bientôt  dans  les 
Fontes  ambrosiani.  —  Il  existe  actuellement  des  recueils 
de  lettres  de  S.  Ch.  B.  publiés  :  à  .\nvers,  1623;  Venise, 
1762;  Lugano,  1762-63,  3  vol.;  Milan,  1868  (dans  Sala, 


531  CHAKLEb  BUKHUMÉE 


Uocnin..  II,  18;)-4j7;  m,  !)-"8,')).  Jin  outre,  des  pièces 
inédites  furent  publiées  dans  diverses  revues,  surtout 
l'ArcIi.  stor.  Lombardo,  la  Zeitschr.  f.  schweiz.  KG.  et  La 
Scuola  callolica.  —  Sa  correspondance  avec  le  cardinal 
Hippolyte  d'Esté  fut  publiée  par  Baluze,  Miscellanea, 
éd.  Mansi,  iv,  Lucques,  1764,  p.  377-439. 

Les  documents  se  rapportant  directement  à  Vadminis- 
tralion  du  diocèse  se  trouvent  rassemblés  dans  les  Acla 
Ecclesiae  Mediolanensis.  S.  Ch.  B.  eut  une  part  prépon- 
dérante à  leur  rédaction;  ils  peuvent  donc  figurer  à  bon 
droit  parmi  ses  œuvres.  Éditions  des  Acta  Eccl.  Mediol.  : 
Milan,  1582,  par  B.  lui-même  aidé  de  Pietro  (ialesino  (il 
avait  d'abord  conçu  le  plan  d'une  édition  romaine  con- 
fiée à  C.  Bascapè;  cf.  La  Scuola  cattolica,  1910-11,  p.  850); 
ce  fut  un  grand  succès  de  librairie  (détails  intéressants 
dans  Pastor,  ix,  61);  —  Milan,  1599,  2  vol.,  par  le  card. 
Frédéric  Borromée;  —  Brescia,  1603,  suivant  un  plan 
idéologique;  —  Paris,  1643,  par  M.  Olier  et  les  Sulpiciens; 
incomplet,  cf.  A.  Degert,  dans  Bull,  de  lillér.  ecclés.  de 
Toulouse,  IV  sér.,  iv,  1912,  p.  193  sq.;  —  Lyon,  1683,  avec 
trad.  latine  des  textes  italiens;  cf.  Degert,  loc.  cit.,  207;  — 
Bergame,  1738;  —  Padoue,  1754;  —  Milan,  1843-46;  — 
Milan,  1890-92  (vol.  ii  et  m  de  la  collection  complète  des 
actes  de  l'Église  milanaise  par  A.  Ratti  =  Pie  XI).  Nous 
renvoyons  à  l'éd.  de  Lyon,  1683. 

Parmi  les  documents  réunis  dans  les  Acia  Eccl.  Mediol., 
il  faut  distinguer  :  les  actes  des  conciles  provinciaux  et  des 
synodes  diocésains;  les  édits  et  décrets  concernant  divers 
points  disciplinaires;  —  les  instructions,  étudiant  dans  leur 
ensemble  les  principales  questions  louchant  à  la  vie  reli- 
gieuse des  fidèles;  —  les  institutions  ou  règlements  imposés 
à  certaines  catégories  d'inférieurs  ou  d'  «  ofTiciers  »  dio- 
césains; —  les  lettres  pastorales  et  le  «  niéniorial  »  adressé 
en  1579  aux  diocésains  à  l'occasion  de  l'extinction  de  la 
peste.  La  plupart  de  ces  documents  fiu-ent  publiés  au  fur 
et  à  mesure  de  leur  parution;  certains  tirent  l'objet  de 
plusieiu-s  publications  successives.  Citons  :  Conslilutione.-i 
et  décréta  sex  prouinc.  siinodoruin  Mediolanensinin,  éd.  dans 
plusieurs  diocèses  en  dehors  de  Milan  (par  ex.,  éd.  D.  Zuc- 
chinetti,  Venise,  1596,  jointe  à  une  éd.  de  la  biographie  du 
saint  par  (^h.  Bascapè).  —  Epilome  decretorum  oiimium  con- 
cilionim  provitic.  et  diocesaii.  S.  Mediolanensis  Ecries.,  éd.  H. 
Corio,  Milan,  1640.  —  Instructionuin  [abricae  et  suppellec- 
tilis  ecclesiae  libri  duo.  Milan,  1577.  —  /  cinque  libri  degl'av- 
vertimenti,  ordini,  guide  ed  editti...  nei  tempi  délia  peste 
nel  1676  e  1577,  éd.  S.  Centorio,  Venise,  1579.  —  Instruc- 
tiones  praedicationis  verbi  Dei,  Milan,  1.581,  et  autres.  — 
Inslilutionum  ad  Oblatos  S.  Ambrosii  pertinentium  epitome, 
1.581,  et  autres.  —  Institutiones  ail  universum  seniinarii 
regiinen  pertinentes,  1618.  —  Hicnrdi  overo  Ammaestramenti 
generati  per  il  vivere  christiano,  Venise,  1687  et  autres.  — 
Opusculum  de  choreis  et  spectaciilis,  Rome,  1753.  —  Avver- 
leuze  per  li  cnnles.sori,  qui  fut  très  souvent  édité  et  traduit 
depuis  l'année  1572  (par  exemple,  Paris,  1657,  aux  frais 
de  l'.Vssemblée  générale  du  clergé  de  France;  Rome,  1700, 
sur  ordre  du  pape  Innocent  XII;  Milan,  1910,  etc.). 

Biographies  contemporaines.  —  Les  trois  plus  anciennes, 
celle  de  son  ami  Agostino  Valerio  (Valier),  év.  de  Vérone, 
Vita  C(a-oli  Borromaei,  Vérone,  1586  (trad.  ital..  Milan, 
1587),  celle  de  Gian  Francesco  Bonomi,  Vita  et  obitus 
C.  B.,  Milan,  1587;  Borromaeis,  ibid.,  1589,  et  celle  de  son 
ancien  secrétaire  G.  B.  Possevino,  Discorsi  délia  vita  ed 
aitioni  di  C.  Borromeo  cardinale  ed  archivescovo  di  Milano, 
Rome,  1591,  sont  peu  importantes.  Par  contre  les  deux  sui- 
vantes sont  des  ouvrages  capitaux  : 

Ch.  Bascapè  (Carolus  a  Basilica  Pétri),  De  vita  et  rébus 
gestis  Caroli  card.  S.  Praxedis  archiepiscopi  Mediolani, 
Ingolstadt,  1592;  Brescia,  1602;  Lodi,  1658;  plus  d'une 
fois  joint  sans  nom  d'auteur  à  la  fin  des  Acta  Eccl.  Mediol., 
par  ex.  éd.  Zucchinetti,  Venise,  1596;  Paris,  1643;  trad. 
l'ranç.  A.  Caillot,  Paris,  1825.  Ancien  supérieur  des  bar- 
nabites  de  Milan  et  comptant  parmi  les  intimes  de  Ch.  B., 
Bascapè,  devenu  évêque  de  Novare,  composa  sa  biographie 
sur  la  prière  de  son  entourage,  surtout  du  nonce  .1.  F. 
Bonomi;  il  se  documenta  avec  soin  chez  les  anciens  ser- 
viteurs du  saint  et  aurait  compulsé  30  000  lettres  de  sa 
correspondance.  Le  maître  du  Sacré  Palais  ayant  fait 
opposition  à  l'impression  de  certains  passages,  Bascapè 
dut  chercher  un  imprimeur  en  Bavière.  Sur  l'auteur  voir  : 
L.  Manzini,  S.  Carlo  e  il  vén.  Bascapè,  dans  La  Scuola 
cattolica,  sér.  IV,  xvii,  1910,  p.  51-66,  256-265,  383-401, 
538-56,  685-704,  849-62.  —  A.  Saba,  Carlo  Bascapè, 
scrittore  e  bioyrafo  di  S.  Carlo,  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  151- 


59.  —  G.  Guariglia,  La  corrispundenzu  di  C'or/o  Bascapè 
a  S.  Carlo  Borromeo  (157>t-S4),  dans  Aeuuni,  x,  1936, 
p.  282-.337. 

G.  P.  Giussano  [Glussianus],  Istoria  délia  vita,  virlii, 
morte  e  miracoli  di  Carlo  Borromeo,  Milan,  1610;  titre 
devenu,  après  la  canonisation,  Vita  di  S.  Carlo  Borromeo, 
j  Rome,  1610;  Brescia,  1612;  Venise,  1613;  dernière  éd., 
Varèse,  1938.  Ancien  secrétaire  et  commensal  du  saint, 
i  son  ouvrage  devint  la  biographie  classique  du  saint  et  fut 
j  maintes  fois  traduit.  Une  traduction  à  mettre  hors  pair 
est  celle  en  latin  de  B.  Rossi  (Rubeus),  richement  annotée 
par  B.  OItrocchi,  Milan,  1751.  —  Dix  autres  traductions 
en  allemand,  anglais,  espagnol,  français,    cf.    Echi  di 
S.  C.  B.,  727.  —  Sur  l'auteur,  voir  G.  Casati,  //  primo 
biografo  di  S.  Carlo,  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  189-93. 

Autres  sources.  —  E.  Albèri,  Le  relazioni  degli  ambascia- 
tori  Veneli  al  Senato  durante  il  sec.  XVI,  sér.  II,  iv  (vol.  x 
de  la  sér.),  Florence,  1857.  —  P.  D'Alessandri,  Alti  di 
S.  Carlo  Borromeo  rigucu-danti  la  Svizzera  e  i  suoi  lerrilori, 
Locarno,  1909.  —  C.  Baronius,  Annales  ecclesiastici, 
continué  par  O.  Raynaldi  et  J.  Laderchi,  éd.  Bar-le-Diic, 
1879  sq.,  XXXIV,  année  1560,  n.  92,  94,  95;  1565,  n.  21-28; 
XXXV,  1566,  n.  209-13;  1567,  n.  71-75;  xxxvi,  1568,  n.  27- 
42,  45-46;  1,569,  n.  1-20;  xxxvii,  1570,  n.  153-61;  1571, 
n.  147-57.  —  Bullarium  diplomatum  et  privilegiorum  .S'. 
Roman.  Ponti/icum,  vii-viii,  Turin,  1862.  —  Pétri  Canisii 
epislulae  et  acta,  éd.  Braunsberger,  m-viii,  Fribourg,  1901- 
23.  —  K.  Fry,  Giov.  A.  Volpi,  Nunzius  in  der  Schwei:, 
1565-68,  vol.  I,  Fribourg,  1936;  ii,  Stans,  1946.  —  G.  Gal- 
biati,  /  duchi  di  Savoia,  Emanuelc  Filiberto  e  Carlo  Enui- 
nuele  I,  net  loro  rarteijgio  con  S.  C.  B.,  Milan,  1941.  —  Con- 
cilium  Tridentinum,  éd.  Gorresgesellschaft,  i  (S.  Merkie), 
Fribourg,  1901,  p.  883;  ii  (S.  Merkie),  Fribourg,  1911. 
p.  9U3  (ce  tome  contient  en  particulier  :  A.  Massarelli, 
Diai-ium,  245-362;  II.  Seripandus,  De  Trid.  concil.  comment., 
468-88;  L.  Firmani,  Diaria,  518-72;  O.  Panvinius,  De  crea- 
tioue  PU  IV,  papae,  573-602);  ui  (S.  Merkie),  Fribourg, 
1931;  vui  (S.  Ehses),  Fribourg,  1919,  p.  991  (actes  du 
concile,  sess.  xvii-xxii);  ix  (S.  Ehses),  Fribourg,  1924, 
p.  1166  (actes  du  concile,  sess.xxii-xxv);  xiii-1  (V.  Schweit- 
zer-II.  Jedin),  Fribourg,  1938,  p.  431-fln.  —  I.  Pogiani, 
Epistolae  et  orationes,  Rome,  1757.  —  A.  Rivolta,  Episto- 
lario  giovanile  di  S.  C.  B.,  dans  Aeuum,  xii,  1938,  p.  25,'i- 
80  (concerne  les  années  antérieures  à  1560  et  la  corres- 
pondance privée  de  1560  à  1565);  Corrispondenti  di  S.  C.  B. 
(1550-59),  ibid.,  xii,  5.56-670;  xiii,  6,5-116.  —  A.  G.  Ron- 
calli-P.  Forno,  Gli  atli  délia  visita  apostolica  di  S.  C.  a 
Bergamo  (1576),  dans  Fontes  ambrosiani,  xiii-xviii 
(1936-49).  —  A.  Saba,  La  biblioteca  di  S.  Carlo,  Florence, 
1936  (Fontes  ambrosiani,  xii);  très  précieux  appendices.  — 
A.  Sala,  Docunienti  circa  la  vita  e  le  opère  di  S.  C.  B.,  3  vol.. 
Milan,  1857-61.  —  D.  L.  Serrano,  Correspondencia  diplo- 
matica  entre  Espaha  y  la  Scuita  Sede  durante  el  ponti/icado 
de  S.  Pio  V,  4  vol.,  Rome,  1914;  voir  surtout  vol.  m, 
p.  v-XL.  —  F.  Steflens-H.  Reinhardt,  Nunzialurberichtc 
aus  der  Schweiz,  part.  I,  Die  Nunziatur  von  G.  F.  Bonlio- 
mini,  1579-81,  Soleure,  1906-10,  2  vol.  —  S.  Steinherz, 
Nunziaturberichte  aus  Deutschland,  sect.  ii,  1560-72,  t.  i. 
Die  Nuntien  Hosius  und  Delfino,  1560-61,  Vienne,  1897. 
—  G.  Susta,  Die  rômische  Kurie  und  das  Konzll  von  Trient 
unter  Pius  IV.,  Vienne,  1909,  4  vol. 

Travaux.  —  Biographies  non  contemporaines.  —  Une 
liste  publiée  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  727-28,  et  intitulée  Le 
principali  biografie  di  S.  Carlo,  énumère  46  biographies 
parues  entre  1610  et  1938.  Parmi  elles  les  suivantes  sont 
à  retenir  :  Ant.  Sala,  Biografia  di  S.  C.  B.,  avec  disserta- 
zioni  et  ;io/e  par  son  fils  Arist.  Sala,  Milan,  1858  (sert  de 
préface  aux  Documenti  publiés  par  ce  dernier).  —  V.  Civati. 
S.  C.  B.  nelle  opère  e  nello  spirito.  Milan,  1884;  3"  éd.,  Milan, 
1937.  —  C.  Sylvain,  Hist.  de  S.  Ch.  B.,  Lille,  1884,  3  vol. 
(ouvrage  de  première  main  mais  manquant  de  critique). 
S.  M.  C.  Papalardo,  S.  C.  B.,  Studio  psicologico,  Palernie, 
1905.  —  C.  Orsenigo,  Vita  di  S.  C.  B.,  Milan,  1911  ;  .3»  éd.. 
Milan,  1929,  2  vol.;  plusieurs  trad.  —  L.  Celier,  .S'.  Ch. 
Borromée,  Paris,  1912,  coll.  Les  Saints;  6«  éd.,  1923;  plu- 
sieurs trad.  —  D.  Franceschi,  Carlo  B.,  Bologne,  1930; 
2'  éd.,  Turin,  1938.  —  A.  Rivolta,  S.  C.  B.,  note  biograflche. 
Studio  suite  sue  lettere  e  sui  suoi  documenti.  Milan,  1938.  — 
Ajouter  les  biographies  plus  récentes  :  P.  Gorla,  Milan, 
1939,  2  vol.  (paru  en  partie  dans  Echi  di  S.  C.  B.,  en  1937- 
38);  G.  Soranzo,  Milan,  1944. 

Études  particulières.  —  A  mentionner  tout  d'abord  les 
deux  publications  jubilaires  parues  sous  forme  de  pérlo- 


533 


CHAHLI^iS  BOKKUMEE 


(;iiAKjj^:h  GAH IN  11:11 


534 


cliques  :  l'une  à  l'occasion  du  troisième  centenaire  de  sa 
canonisation,  San  Carlo  Borromeo  nel  111°  cent,  délia  sua 
canoniziazione,  1610-1910,  26  fasc.  Milan,  1908-10  (sigle 
S.  C.  B.)\  et  l'autre  pour  le  IV  centenaire  de  sa  nais- 
sance, Echi  di  San  Carlo  Borromeo,  pubblicazione  milanese  di 
contributi  par  la  storia  délia  religione  e  délia  cultiira,  20  fasc. 
mensuels,  1937-38  (sigle  Echi  di  S.  C.  B.);  en  1941,  G. 
Galbiati  a  publié  im  complément  intitulé  Dopo  il  cente- 
nario  di  San  Carlo  Borromeo,  Scrilli  su  S.  C.  B.,  Milan,  1941. 

—  En  1910,  La  Scuola  catlolica  et  Brixia  sacra  ont  publié 
des  numéros  spéciaux  consacrés  à  des  questions  borro- 
méennes.  Ces  deux  revues,  ainsi  que  Arch.  slor.  Lomb.  et 
Zeitschr.  f.  schw.  KG.,  contiennent  de  nombreuses  contri- 
butions à  une  biographie  de  S.  Ch.  Borromée. 

Mentionnons  en  outre  :  A.  Arrigioni,  S.  C.  B.  e  Monza, 
Monza,  1910.  —  A.  Astrain,  Hist.  de  la  Compania  de  Jesùs 
en  la  Asistencia  de  Espaiia,  ii-iii,  Madrid,  1905-09.  —  F. 
Barbieri,  La  controrijorma  nello  stato  di  Milano,  da  S.  Anto- 
nio a  S.  C.  B.,  dans  Boll.  délia  soc.  Pavese  di  stor.  pair., 
XIII,  1913,  p.  119-50.  —  G.  Battaglia,  Il  ininistero  parro- 
chiale  e  S.  C.  B.,  Rome,  1945.  —  F.  Bertani,  S.  C,  la  bolla 
«  Coenae  »  e  la  (jiurisdizione  ecclesiastica  in  Lombardia, 
Milan,  1888.  —  P.  Borella,  S.  C.  B.  e  il  cerimoniale  dei  ves- 
covi,  Varèse,  1937  (avait  paru  en  latin  dans  Ephemerides 
liturgicae,  Li,  1937,  p.  64-80).  —  P.  Broutin,  La  lignée 
épiscopale  de  S.  Ch.  B.,  dans  Nouv.  rev.  théol.,  LXix,  1947, 
p.  1036-64.  —  C.  Camenisch,  Carlo  Borromeo  und  die  Gegen- 
reformation  in  Veltlin,  Coire,  1901.  —  G.  B.  Castiglione, 
Senlimenti  di  S.  C.  B.  intorno  ai  spettacoli,  Bergame,  1759. 

—  C.  Castiglioni,  Sludi  sul  seicento.  S.  C.  iiella  poesia  e 
nell'oraioria  sacra,  Turin,  1938;  Un  codice  supposto  perduto, 
dans  Aevuni,  xxi,  1947,  p.  233-37.  —  A.  Chiapelli,  S.  C.  B. 
e  Pistoia,  Pistoie,  1910.  —  A.  Ciaconius-Oldoinus,  Vitae  et 
res  gestae  Pontiflcum  Romanorum  et  S.  B.  E.  cardinalium, 
m,  Rome,  1677,  p.  891-904.  -  A.  Degert,  S.  Ch.  B.  et  le 
clergé  français,  dans  Bull,  de  littér.  ecclés.  de  Toulouse, 
sér.  IV,  IV,  1912,  p.  145-59,  193-213.  —  R.  Dieringer,  Der 
hl.  K.  B.  und  die  Kirchenverbesserung  seiner  Zeit,  Cologne, 
1846.  —  L.  Ferretti,  S.  Ch.  B.,  Art  religieux  italien,  Turin, 
1923,  32  reprod.;  S.  C.  B.  nelVarte,  Rome,  1927.  —  A. 
Gemelli,  A  proposito  di  alcune  accuse  contro  S.  C.  B., 
Ricerche  epidemiologiche  sulla  peste  di  Milano  del  1576, 
Rome,  1910.  —  K.  Germanus,  Reformatorenbilder,  Fribourg, 
1883,  c.  V,  Karl  B.  —  F.  Giacomello,  Padova  e  S.  C.  B., 
Padoue,  1910.  —  L.  Gramatlca,  S.  C.  B.  e  la  Terra  santa, 
Monza,  1919.  — •  J.  Guillermin,  La  survivance  d'un  saint, 
dans  Études,  cxxv,  1910,  p.  305-35.  —  Hefele-Leclercq, 
ix-2.  —  P.  Herre,  Papsttum  und  Papstwahl  im  Zeitalter 
Philipps  IL,  Leipzig,  1907.  —  G.  Leca,  5.  Carlo  e  i  Dome- 
nicani,  dans  Rosario,  nov.  1910.  —  U.  Mannucci,  S.  Carlo 
e  S.  Francesco  di  Sales  nella  storia  délia  Controrijorma, 
Rome,  1910.  —  J.  G.  Mayer,  Dos  Konzil  von  Trient  und  die 
Gegenreformation  in  der  Schweiz,  Stans,  1901-03,  2  vol.  — 
P.  Paschini,  Il  primo  soggiorno  di  S.  C.  B.  a  Roma  (  1560- 
65),  Turin,  1935.  —  Pastor,  vu,  viii,  ix,  passim;  Carlo 
Borromeo,  dos  Muster  eines  tridentinischen  Bischofs,  dans 
Charaklerbilder  kath.  Reformatoren  des  XVI.  Jahrh.,  Fri- 
bourg, 1927,  p.  105-37.  —  A.  Pighi,  S.  C.  in  Verona, 
Vérone,  1887.  —  L.  Prosdocimi,  Il  diritto  ecclesiastica  dello 
Stato  di  Milano  dall'inizio  délia  signoria  viscontea  al  periodo 
tridentino.  Milan,  1941.  —  A.  Ratti  (Pie  XI),  S.  C.  negli 
scritti  del  cardinale  Federico  Borromeo,  Milan,  1910  ;  S.  Ch.  B. 
et  les  Exercices  de  S.  Ignace,  2"  éd.,  Paris,  1922  (Biblioth. 
des  Exercices,  32).  —  E.  Rembry,  Le  culte  de  S.  Ch.  B.  à 
Bruges,  dans  Ann.  de  la  Soc.  d'émulat.  de  Bruges,  xlix, 
1899;  L,  1900.  —  C.  Robinson,  S.  Ch.  and  Switzerlaiid, 
Bruges,  1912.  —  G.  Romerio,  S.  C.  a  Varallo,  dans  II 
Santuario  di  Varallo,  i,  1909,  n.  10;  San  C.  B.  collezionista 
di  medaglie,  dans  Rivista  ital.  di  numismatica,  m,  1913, 
p.  441  sq.  —  G.  A.  Sassi.  Archiepiscoporum  Mediolanen- 
tiunt  séries  historico-chronologica,  m,  Milan,  1755,  p.  1117- 
60.  —  I.  Schuster,  //  IV"  cent,  délia  nascità  di  S.  C,  Varèse, 
1937.  —  P.  Sevesi,  S.  C.  B.,  arcivescovo  di  Alilano,  card. 
protettore  0.  F.  M.  e  terziario  francescano,  dans  Studi  fran- 
txscani,  nouv.  sér.,  x,  1924,  p.  133-43;  S.  C.  B.  e  il  ven. 
Francesco  Gonzaga  per  la  seraflca  riforma,  ibid.,  nouv. 
sér..  XI,  1925,  p.  156-86;  S.  C.  B.  cardinale  protettore  del 
ordine  dei  Frati  Minori  (1564-1572),  dans  Arch.  franc, 
hist.,  XXXI,  1938,  p.  73-126,  387-437;  S.  C.  B.  e  la  congre- 
gazione  dei  Amadeiti  e  dei  Clareni  (1567-1570),  ibid., 
xxxvn,  1944,  p.  104-64;  S.  C.  B.  e  i  Frati  Minori  délia 
'serafica  riforma,  ibid.,  xxxviii,  1945,  p.  231-313;  S.  C.  B. 
ed  il  P.  Francesco  Panigarola,  O.  F.  M.,  ibid.,  xl,  1947, 


p.  143-207.  —  F.  Sprotle,  Die  synodale  Tàtigkeit  des  Id. 
K.  B.  nebst  clu-onologisch  geordneten  Regesten  ùber  seine 
erzbischôfliche  Wirksamkeit,  Oppeln,  1885  (ouvrage  vieilli). 
—  A  Steeger,  Karl  B.  als  Erzieher,  dans  Der  Katholik, 
1910-12,  p.  321-28.  —  S.  Sugenheim,  Der  hl.  B.  und  die 
Jesuiten,  Leipzig,  1872.  —  H.  Thurston,  S.  Ch.  Borromeo 
and  the  récent  encgclica,  dans  The  Month,  fasc.  dlvf,  1910, 
p.  390-406.  —  G.  Tononi,  S.  C.  B.  a  Piacenza,  Plaisance, 
1910.  —  E.  Wymann,  Der  hl.  K.  B.  und  die  schweizer. 
Eidgenossenschaft,  Stans.  1903;  Kardinal  K.  B.  in  seiner 
Bezieliungen  zur  alten  Eidgenossenschaft,  Stans,  1910  (ces 
deux  articles  avaient  paru  auparavant  dans  Der  Geschichts- 
freund,  lii-liv  et  lxv-lxvi).  ^ 

Roger  MoLs. 

CHARLES  GARN  1ER  (Saint),  jésuite,  un  des 
huit  martyrs  canado-américains  canonisés  le  29  juin 
1930.  Né  à  Paris  le  25  (26)  mars  1606,  martyrisé  à  la 
mission  de  S. -Jean  le  7  déc.  1649.  Il  appartenait  à  une 
famille  considérée  et  eut  trois  frères  dans  les  ordres. 
Élève  au  collège  de  Clermont  (plus  tard  Louis-lc- 
Grand),  entré  au  noviciat  le  5  sept.  1624,  il  fut  profes- 
seur au  collège  de  Clermont,  puis  à  celui  d'Eu,  où  il  eut 
comme  préfet  le  1'.  de  Brébeuf,  expulsé  de  Québec 
par  les  Anglais  lors  de  la  prise  de  cette  ville  (1629)  et 
rentré  en  France.  L'influence  de  ce  vétéran  fut  sans 
doute  à  l'origine  de  la  vocation  missionnaire  du  jeune 
professeur.  Rentré  au  collège  de  Clermont  pour  y  faire 
sa  théologie  (1632-36),  Charles  Gariiier  sollicita  la 
mission  du  Canada.  II  se  heurta  à  une  opposition 
décidée  de  son  père  à  rencontre  de  laquelle  les  suiié- 
rieurs  ne  voulurent  pas  aller.  Enfin  M.  Garnier  se 
laissa  fléchir  et,  quelques  mois  après  son  ordination 
sacerdotale  qu'il  reçut  en  même  temps  que  S.  Isaac. 
Jogues,  le  P.  Garnier  s'embarqua  à  Dieppe  le  8  avr. 
1636,  en  compagnie  des  PP.  Isaac  Jogues  et  Châte- 
lain. Arrivés  à  Québec  le  10  juin,  les  PP.  Garnier  et 
Châtelain  partent  le  16  juill.  pour  Trois-Rivières,  pre- 
mière escale  de  la  mission  huroune;  le  21  juill.,  les 
deux  jeunes  missionnaires  vont  à  Ste-Marie  se  mettre 
à  la  disposition  du  P.  de  Brébeuf,  et  y  assistent  à  une 
horrible  scène  de  cannibalisme  qui  leur  fait  toucher  du 
doigt  les  difTicultés  de  l'évangélisation  de  ces  peu- 
plades farouches.  L'épidémie  de  1636,  qui  faillit  com- 
promettre à  jamais  la  mission  huroinie,  lui  fournit 
l'occasion  de  se  dévouer  aux  malades.  En  1638  et 
1639,  il  rayonne  autour  de  sa  résidence  d'Ossossané 
et,  grâce  à  la  maîtrise  des  dialectes  qu'il  acquiert,  son 
influence  sur  les  sauvages  s'accroît.  En  1640,  il  est 
envoyé  chez  la  nation  des  Pétuneux  en  comjjagnie  du 
P.  Jogues,  mais  s'y  heurte  à  l'obstination  de  la  popu- 
lation, line  seconde  mission  en  1641  rencontre  moins 
de  préventions.  En  1642  il  est  envoyé  à  la  mission  de 
S. -Joseph  et  l'année  suivante  à  Ste-Marie.  En  1649, 
au  moment  de  la  destruction  de  la  mission  de  S.- Ignace 
et  du  massacre  des  PP.  de  Brébeuf  et  Lalemant,  le 
P.  Garnier  se  trouvait  à  S. -Jean,  au  pays  des  Pétu- 
neux. Dans  une  lettre  du  27  avr.  adressée  au  P.  Bon- 
tard  du  collège  de  Bourges,  il  écrit  :  «  Il  faut  que  je  vous 
fasse  participant  d'une  grande  merveille  de  ce  pays, 
qui  est  de  grande  consolation.  C'est  qu'il  a  plu  à 
Notre-Seigneur  de  donner  la  couronne  du  martyre  à 
deux  de  nos  Pères...  Bénissez  Dieu,  je  vous  en  prie, 
(le  la  faveur  qu'il  a  faite  à  cette  mission.  »  Au  mois  de 
nov.,  le  P.  (iarnier  fut  averti  que  cette  mission  se 
trouvait  elle  aussi  menacée.  Le  7  déc,  alors  que  par 
une  fausse  manœuvre  la  bourgade  se  trouvait  sans 
défenseurs,  l'irruption  iroquoise  se  produisit.  Le  P. 
Garnier  courut  à  la  chapelle  pour  exhorter  les  néo- 
phytes et  se  rendit  ensuite  dans  les  cases  yiour  y 
conférer  le  baptême.  C'est  dans  l'exercice  de  ce  minis- 
tère qu'il  fut  surpris.  Blessé  d'un  coup  de  feu  et  tombé 
à  terre,  il  cherchait  à  se  relever  pour  continuer  son 
œuvre  lorsqu'un  Iroquois  lui  fendit  le  crâne  d'un 
coup  de  tomahawk. 

Le  P.  Garnier  se  distinguait  par  sa  charité,  sa  moi- 


535 


CHARLES  GARNIER 


-   CHA  KL E VOIX 


53H 


tiflcatioii  et  son  abnégation.  La  Bse  Marie  de  l'Incar- 
nation écrivait  dans  une  de  ses  lettres  spirituelles  : 
«  Il  faudrait  un  gros  livre  pour  décrire  la  vie  de  ce 
Révérend  Père.  Il  était  éminemment  humble,  doux, 
obéissant  et  rempli  de  vertus  acquises  par  un  grand 
travail.  On  avait  du  plaisir  à  voir  la  suite  de  ses  vertus 
dans  la  pratique.  II  était  dans  un  continuel  colloque 
et  devis  familier  avec  Dieu.  » 

P.  de  Charlevoix,  S.  J.,  Hist.  de  la  Nouvelle  France,  Paris, 
1644.  —  F.  Rouvier,  S.  J.,  Les  bienheureux  martyrs  de  la 
Compagnie  de  Jésus  au  Canada,  2'  éd.,  Montréal,  1925.  — 
C.  de  Rochemonteix,  S.  J.,  Les  Jésuites  et  la  Nouvelle  France 
au  XVII' s. .Paris,  1895-96.  —  Martyrs  de  la  Nouvelle  France, 
extraits  des  relations  et  lettres  des  missionnaires  jésuites, 
publiés  par  G.  Rigault  et  G.  Goyau,  Paris,  1925.  —  R.  Go- 
billot,  Les  premiers  martyrs  du  Canada,  Paris-Toumai,  s.  d. 

A.  De  Bil. 

1.  CHARLES  DE  SA INT -  BERNARD, 

feuillant  (t  1621).  Né  à  Paris  de  la  noble  famille  de 
Texier,  il  entra  en  religion  en  1613  et  pratiqua  les 
vertus  de  son  état  à  un  degré  remarquable.  Sur  l'ordre 
royal,  il  dirigea  la  reprise  par  les  feuillants  du  château 
de  Fontaine-lez-Dijon,  où  S.  Bernard  avait  vu  le  jour 
et  où  bientôt  s'élèverait  une  basilique.  Voir  texte  du 
décret  de  Louis  XIII  dans  Morozzo.  Sa  biographie  a 
été  écrite  par  son  confrère,  dom  Charles  de  Ste-Marie, 
Paris,  1622. 

Morozzo,  Cistercii  reflorescenlis,  seu...  Fuliensis...,  Turin, 
1690,  p.  219.  —  AU.  Zimmermann,  Kalendarium  benedic- 
tinum,  IV,  Metten,  1937,  p.  29. 

J.-M.  Canivkz. 

2.  CHARLES  DE  SAINT-BERNARD, 

originaire  de  la  famille  Malleti.  de  Turin  (t  1658). 
11  entre  chez  les  feuillants  d'Italie  en  161.3.  Prédica- 
teur, canoniste,  théologien,  il  devient  examuiateur 
synodal,  consulteur  du  S.-Offlce,  supérieur  du  monas- 
tère de  Ste-Marie  Consolatrice.  Parmi  ses  ouvrages, 
citons  :  Médilations,  Turin,  165.5;  Théologie  morale, 
Turin,  1656;  De  hierarchia  et  iure  Ecclesiae...,  Turin, 
1660  ([)osthume). 

Morozzo,  Cistercii  reflorescenlis,  seu...  Fuliensis...,  Turin, 
1690,  p.  108.  —  Ch.  de  Visch,  Auctarium  ad  Bibl.  cisterc, 
Bregenz,  1927. 

J.-M.  Canivez. 
CHARLES  DE  SAINT-PAUL,  feuillant 
de  la  congrégation  française,  né  à  Paris  de  Félix 
Vialart,  maître  des  requêtes  au  Palais,  et  de  Jeanne 
Hennequin.  Son  origine,  ses  vertus,  ses  connaissances 
acquises  le  firent  estimer  de  tous.  Abbé  de  Feuillant 
d'abord,  puis  supérieur  de  sa  congrégation  (1637-40), 
il  fut  nommé  évêque  d'Avranches  en  1640.  C'est  dans 
l'église  des  feuillants  de  Paris  qu'il  reçut  le  sacre 
épiscopal  (1642),  en  même  temps  que  son  neveu, 
Félix  Vialart,  évêque  de  Châlons-sur-Marne.  L'évêque 
d'Avranches  n'eut  qu'un  épiscopat  de  deux  ans;  il 
mourait  déjà  en  1644.  On  a  de  lui  :  Géographie  sacrée, 
Paris,  1641  ;  rééd.,  Amsterdam,  1703  et  1704;  Tableau 
de  la  rhétorique  française,  Paris,  1632  (assez  pauvre); 
Mémoires  du  ministère  du  cardinal  de  Richelieu,  Paris, 
1640,  ouvrage  condamné  à  être  brûlé,  mais  cet  arrêt 
ne  fut  pas  exécuté. 

Gall.  christ.,  xi,  502.  —  Ganis,  506.  —  Morozzo,  Cistercii 
reflorescenlis,  seu...  Fuliensis...,  Turin,  1690,  p.  35,  90.  — 
Ch.  de  Visch,  Bibl.  script,  ord.  cisterc,  Cologne,  1656,  p.  61. 

J.-M.  Canivez. 

CHARLES  DE  SAINTE-MARIE,  feuil- 
lant de  Paris,  de  son  nom  de  famille,  Lauson.  Philo- 
sophe et  théologien,  doué  pour  la  prédication  et  ascète 
sévère,  il  remjilit  les  fonctions  d'abbé  général  de  sa 
congrégation  (1634-37).  Mort  à  Paris  le  17  déc.  1659, 
après  quarante-quatre  ans  de  vie  religieuse.  Il  laissa 
un  ouvrage  :  Catalogus  monuchorum  qui  inter  Fulienses 
sanctiiatis  opinione  claruerunt;  Henriquez  l'utilisa 
pour  son  Menologium,  Anvers.  1630. 


Morozzo,  Cistercii  reflorescenlis,  seu...  Fuliensis...,  Turin, 
1690,  p.  36,  78.  —  Ch.  de  Visch,  BibL  script,  ord.  cisterc, 
I   Cologne,  1656,  p.  61. 

;  J.-M.  C.\XIVEZ. 

I      CHARLES  DE  SEYN,   abbé  de  Villers-en- 
i  Brabant  (1197-1209).  Originaire  de  Cologne,  il  entre  à 
l'abbaye  cistercienne  de  Himmerode,  prend  part  à 
'  la  fondation  de  Heisterbach  ou  Val-S. -Pierre  (1189)  et 
I  y  devient  prieur.  Comme  abbé  de  Villers-en-Brabant, 
i  il  se  montre  un  modèle  de  vie  sainte  et  contribue 
j  notablement  à  la  prospérité  de  son  monastère.  Il 
,  entreprend  la  construction  de  bâtiments  claustraux 
i  et  achève  l'admirable  église  abbatiale  dont  les  ruines 
grandioses  sont  toujours  debout.  Il  jouit  d'un  crédit 
considérable  auprès  du  duc  de  Brabant  et  d'autres 
princes  :  en  1207,  le  duc  Henri  I"  le  délègue  à  la  diète 
de  Gelnhausen,  tenue  sous  la  présidence  du  roi  des  Ro- 
mains, Philippe  de  Souabe.  En  1209,  il  fait  accepter 
sa  démission  par  l'abbé  de  Clairvaux,  Conrad  d'Urach, 
jadis  abbé  de  Villers,  et  il  revient  à  Himmerode.  Mais 
contrairement  à  ses  désirs  et  à  son  espoir  de  vivre 
caché,  l'abbaye  naissante  de  Ste-Agathe  (plus  tard 
I  occupée  par  des  moniales)  le  réclame  pour  prélat. 
I   II  sauva  de  la  ruine  ce  pauvre  monastère  et  y  décéda 
i  vers  1215.  Il  n'est  pas  solidement  établi  qu'il  jouisse 
d'un  culte  immémorial. 

A.  S.,  janv.,  m,  .591,  texte  un  peu  interpolé.  —  M.  G.  H., 

I   .sa.,  XXV,  220  :  Vita  Karoli,  par  un  contemporain,  éd.  G. 

I  Waitz.  —  Gall.  christ.,  m,  586,  1024.  —  Martène,  Thé- 
saurus..., m,  1311,  interpolé.  —  Éd.  de  Moreau,  L'abbaye 
lie  Villers,  Bruxelles,  1909,  p.  40  sq.  —  Studien  und  Mittei- 
lungen...,  1909,  p.  327.  —  A.-N.  Zimmermann,  Kalenda- 

!  rium  benediclinum,  r,  Metten,  1933,  p.  141. 

,I.-M.  Canivez. 
CHARLES  -  JOSEPH  DE  SAINT- BE- 

I  NOIT,  feuillant,  originaire  de  la  famille  Imbonati. 
de  Milan.  A  Rome,  il  fut  élève  de  Bartolocci,  qui  en 
fit  un  éloge  sans  réserve  dans  sa  Bibliotheca  magna 
rabbinica  de  scriptoribus,  iv,  1694,  p.  229.  Il  fut  chargé 
parfois  de  remplacer  son  professeur,  notamment  au 
collège  des  Néophytes.  Il  laissa  un  travail  inédit  : 
Adventus  Messiae  ab  haerelicorum  ac  judaeorum  errori- 
bus  vindicatus... 

Morozzo,  Cislerrii  reflorescenlis,  seu...  Fuliensis...,  Turin, 
j    1690,  p.  1.32. 

J.-M.  Canivez. 
CHARLES  VERRI  DE  CRÉMONE,  capu- 
cin italien,  moraliste  (xvii"  s.).  Voir  D.   T.  C,  ii, 
2274. 

CHARLESTON,  dioc.  des  États-Unis  d'Amé- 
rique, suffragant  de  Baltimore,  érigé  le  12  juill.  1820 
et  comprenant  actuellement  l'État  de  la  Caroline  du 
Sud. 

Évêques  :  John  England,  1820-42.  —  Ignace  A. 
Reynolds,  1844-55.  —  Patrick  N.  Lynch,  1858-82.  — 
Henry  P.  Northrup,  1883-1916.  —  William  T.  Russell, 
1917-27.  —  Emmet  M.  Walsh,  1927,  transf.  à  Young- 
stown,  1949.  —  John  J.  Russell,  1950. 

Cath.  Enc,  m,  630-31.  —  Cath.  Directory,  1950,  p.  28.')- 
87.  —  Ann.  pont.,  1948,  p.  106. 

É.  Van  Cauwenberoh. 
CHARLEVOIX  (Piehre-François-Xavierde). 
jésuite,    né    à    S. -Quentin    le  29  (24)  oct.  1682, 
mort  au  collège  de  La  Flèche  le  1"  févr.  1761.  Il 
entre  au  noviciat  le  15  sept.  1698.  De  1705  à  1709  il 
est  professeur  au  collège  de  Québec,  puis  il  revient  en 
;  France  pour  y  faire  ses  quatre  ans  de  théologie  au 
i  collège  Louis-le-Grand  et  voyage  en  divers  pays.  Il 
manifeste  son  intérêt  pour  les  missions  de  la  Com- 
pagnie, dont  il  sera  appelé  l'Hérodote,  par  une  œuvre 
de  jeunesse  :  Hist.  de  l'établissement,  du  progrès  et  de 
In  décadence  du  christianisme  dans  l'empire  du  Japon, 


r)37  CHAHJJ'.VOl  X 

1715  (traduite  en  anglais  la  même  année).  Plus  tard 
il  reprendra  son  sujet  sur  une  base  plus  large  et 
avouera,  dans  la  bibliographie  critique  à  la  fin  de  l'ou- 
vrage, s'être  mépris  sur  plus  d'un  point  dans  cette 
cpuvre  de  jeunesse. 

En  1720  il  rentra  au  Canada  chargé  d'une  mission 
d'information  parle  duc  d'Orléans,  régent  du  royaume 
pour  le  jeune  Louis  XV.  Le  traité  d'Utrecht  avait 
compromis  le  commerce  extérieur  du  Canada.  Dès 
1717  on  élabora  le  projet  de  rechercher  une  route  vers 
la  mer  de  l'Ouest  qu'on  appelait  mer  Vermeille,  qui 
devait  conduire  aux  relations  avec  le  Japon  et  la 
Chine.  C'était  une  variante  de  la  recherche  du  pas- 
sage vers  le  Nord-Ouest  qui  avait  lianté  Gavelier  de 
la  Salle.  On  se  faisait  une  idée  fausse  de  la  largeur  du 
continent  nord-américain.  Charlevoix  devait  parcourir 
les  diverses  parties  de  la  Nouvelle  France  et  prendre 
partout  des  informations  sur  cette  route.  Parti  de 
Paris  en  juin  1720,  il  débarqua  à  Québec  fin  sept.  La 
saison  ne  se  prêtant  pas  au  voyage,  il  parcourut  la 
colonie  canadienne,  recherchant  partout  des  voya- 
geurs susceptibles  de  l'informer.  Au  début  de  mai 
1721  il  entreprend  son  voyage  par  Catarakoni,  Nia- 
gara, Détroit,  Michillimakinac,  Michigan,  les  grands 
lacs,  la  rivière  des  Illinois,  gagne  le  Mississipi,  la  Nou- 
velle-Orléans, l'embouchure  du  grand  fleuve  et  s'em- 
barque pour  S.-Domingue;  mais  il  fait  naufrage  en 
face  des  Bahamas,  retourne  au  Mississipi  par  la  côte 
de  la  Floride,  reprend  son  voyage  vers  S.-Domingue 
et  débarque  au  Havre  le  26  déc.  1722.  Reçu  par  le 
régent  le  13  janv.  1723,  il  lui  expose  les  résultats  de  son 
expédition  et  signale  deux  moyens  de  rechercher  la 
route  de  l'Ouest  :  remonter  le  Missouri  ou  établir  une 
mission  chez  les  Sioux.  Quand  on  se  décide  pour  la 
seconde  solution,  il  s'ofïre  pour  la  mission.  A  partir  de 
ce  moment  sa  vie  est  consacrée  à  l'histoire  du  Nouveau 
Monde. 

En  1724,  il  publie  la  Vie  de  la  Mère  de  l'Incarna- 
tion, en  exécution  d'une  promesse  lors  d'un  grand 
danger.  La  Vie  est  précédée  d'une  longue  préface 
apologétique  sur  la  mystique,  intéressante  comme 
caractéristique  de  l'attitude  du  xvii^'  s.  envers  la 
mystique.  En  1730,  il  publie  son  Histoire  de  l'Isle 
espagnole  ou  S.-Domingue,  d'après  les  notes  du  P.  J.- 
B.  Le  Pers  pendant  vingt-cinq  ans  missionnaire  en 
cette  île,  mais  aussi  d'après  de  nombreux  documents 
originaux  du  ministère  de  la  Marine.  De  1733  à  1755, 
il  est  attaché  à  la  direction  du  Journal  de  Trévoux  et  y 
public  de  nombreux  articles,  entre  autres  son  plan 
pour  une  histoire  du  Nouveau  Monde,  reproduit  à  la 
fin  de  son  histoire  de  la  Nouvelle  France.  En  1736, 
il  publie  son  Hist.  et  description  générale  du  Japon, 
œuvre  de  compilation  basée  en  partie  sur  l'histoire  du 
Japon  et  du  Siam  de  Kaempfer.  Sa  bibliographie 
critique  à  la  fin  de  l'ouvrage  (vol.  ix)  dénote  un  grand 
souci  d'information.  Il  semble  avoir  lu  tous  les 
mémoires  publiés  sur  cette  matière.  En  1744  paraît 
la  première  édition  de  son  Hist.  et  description  générale 
de  la  Nouvelle  France,  6  vol.,  œuvre  de  première 
importance  pour  l'histoire  de  l'ancienne  colonie 
française  d'Amérique.  Il  y  a  joint  son  journal  de 
voyage  sous  forme  de  lettres  à  la  duchesse  de  Lesdi- 
guières,  qui  contient  de  nombreux  détails  intéressants 
sur  les  diverses  nations  indiennes.  Enfin  eu  1756,  il 
donne  Hist.  du  Paraguay.  Contrairement  aux  ouvrages 
précédents,  on  n'y  trouve  pas  de  bibliographie  systé- 
matique, mais  nombre  de  pièces  justificatives  qui 
prouvent  son  souci  de  documentation  originale. 

C.  de  Rochemonteix,  S.  J.,  Les  jésuites  et  la  Nouvelle 
France  au  XVIII'  s.,  i.  —  Sommervogel,  ii,  197.)-80. 

A.  De  BlL. 

CHARLIER  (GiLLKs).  Voir  Carlieh,  xi.  1046- 
10.50. 


-  CHAHMKNA  538 

CHARLIEU  (S.-Étienne),  Carus  locus,  Cari- 
\  locus,  dioc.  de  Mâcon,  auj.  de  Lyon,  arr.  de  Roanne 
j  (Loire).  Abbaye  de  bénédictins,  fondée  vers  876  par 
I  Ratbert,  évêque  de  Valence,  et  Édouard,  son  frère, 
sur  leurs  propres  terres.  Le  premier  abbé  fut  Gausmar. 
En  946,  ce  monastère  passa  à  Cluny,  mais  il  lui  fut 
enlevé  bientôt  par  le  seigneur  Sebo  ou  Sobo,  qui  le 
restitua  sous  l'abbé  Aimard.  Cependant,  Odalric, 
archidiacre  et  plus  tard  archevêque  de  Lyon,  contesta 
aux  Clunisiens  la  possession  de  Charlieu,  mais,  à  son 
'  tour,  il  le  leur  rendit  sous  l'abbé  Odilon,  qui  fit  recons- 
;  truire  les  bâtiments  conventuels  avec  l'église,  consa- 
crée en  1094  sous  le  vocable  de  S.  Fortunat.  Charlieu, 
qui  était  déjà  réduit  au  rang  de  prieuré  en  1034, 
comptait  en  1412  vingt-six  moines.  Il  fut  frappé  par 
les  édits  de  1768  et  de  1773,  et  supprimé  définitive- 
ment en  1789.  Les  édifices  claustraux  disparurent 
presque  tous  en  1792.  Subsistent  encore  une  partie  de 
l'église,  avec  son  porche  célèbre  (xii»  s.),  les  cloîtres, 
la  salle  du  chapitre,  et  une  grosse  tour. 

Abbés  et  prieurés  connus  :  Gausmar,  abbé  en  876.  — 
Ingelarius,  887.  —  Robert,  1034.  —  Achard,  xii«  s.  — 
Guillaume,  1145.  —  Altard,  1180.  —  Guillaume  de 
Espinacia,  1412.  —  Simon  de  Ronchival,  1428.  — 
Jean  de  Magdalena,  1518.  —  Claude  de  Magdalena, 
1527.  —  Gabriel  de  Roquette,  év.  d'Autun,  échangea 
Charlieu  contre  le  prieuré  de  Val-Benoît,  dans  son 
diocèse,  7  avr.  1697.  —  Bertrand  de  Senaux,  aupara- 
vant prieur  de  Val-Benoît,  7  avr.  1697. 

Dr  Barbat,  Charlieu.  Ses  monuments,  son  abbaye,  2'  éd., 
I  Charlieu,  1925;  Dévastation  du  prieuré  de  Charlieu  pendant 
!  la  Révolution,  dans  Ann.  de  l'Acad.  de  Mâcon,  III"  sér.,  xv, 
1910;  II»  part.,  p.  309-15.  —  A.  Bruel,  Mémoire  de  l'abbé 
de  Cluny  [Bertrand  1"  de  Colombier]  contre  les  entreprises 
[  de  Guichard  VI,  sire  de  Beaujeu,  sur  les  droits  de  l'abbaye 
■  et  des  prieurés  de  Charlieu  et  de  Salles  en  Beaujolais  (  1305), 
!  dans  Bull,  philol.  et  hist.  du  Comité  des  travaux  hist.,  Paris, 
j  1917,  p.  239-45.  —  Chevalier,  T.  B.  —  Cottineau,  707.  — 
j  J.-B.  Desevelinges,  Hist.  de  la  ville  de  Charlieu  depuis  son 
origine,  Roanne,  1836.  —  Galt.  clvist.,  iv,  1111.  —  Mabillon, 
Ann.  O.  S.  B.,  lu,  183,  192,  222,  257,  403,  486;  vi,  205.  — 
A.  Rhein,  Charlieu,  dans  Congrès  archéol.  de  France,  sess. 
Lxxx,  p.  242-69.  —  N.  Thlollier,  etc.,  Fouilles  à  Charlieu 
sur  l'emplacement  de  l'église  S.-Fort,  dans  Bull,  de  la  Diana, 
XXII,  1926,  p.  475-500.  —  J.  Vallery-Radot,  Les  analogies 
des  églises  S.-Fort  de  Charlieu  et  d'Anzy-le-Duc,  dans  Bull, 
monum.,  lxxxix,  1929,  p.  243-68. 

R.  Van  Doren. 
CHARLOTTETOWN,  dioc.  du  Canada, 
comprenant  l'île  du  Prince-Édouard,  située  dans  le 
sud  du  golfe  du  S. -Laurent;  il  fut  érigé  en  vicariat 
apostolique  le  23  nov.  1818  et  en  évêché  le  11  août 
1829,  dépendant  depuis  1852  d'Halifax. 

Évêques  :  Bernard  A.  Me  Eachern,  1829-35.  —  Ber- 
nard D.  Me  Donald,  1837-59.  —  Peter  Me  Intyre, 
I  1860-91.  —  James  Ch.  Me  Donald,  1891-1912.  — 
Henry  J.  O'Leary,  1913-20.  —  Louis  J.  O'Leary,  1920- 
30.  —  Joseph  A.  O'Sullivan,  1931-44.  —  James  Boyle, 
1944. 

I      Cath.  Enc,  m,  632-33.  —  Calh.  Directory,  1943,  III»  part., 
p.  73-74.  —  Ann.  pont.,  1948,  p.  106. 

I  É.  Van  Cauwenberoh. 

CH  ARM  EN  A  (Xappaiva,  Xap^éva),  évêché  de 
la  province  de  Thessalie,  dépendant  de  Larissa.  Il  ne 
paraît  qu'à  une  époque  tardive  parmi  les  nombreux 
sièges  épiscopaux  qui  pullulèrent  dans  la  région  aux 
xin«  et  xiv«  s.  (G.  Parthey,  Hieroclis  Hynecdemus  et 
Notitiae  graecae  episcopatuum,  Berlin,  1866,  p.  121, 
218,  260).  On  n'en  connaît  aucun  évêque.  Du  moins 
les  documents  patriarcaux  fournissent  deux  rensei- 
gnements sur  son  compte.  En  août  1317,  une  décision 
du  patriarche  Jean  XIII  Glykys  permet  au  métropo- 
lite de  Larissa,  qui  ne  peut  rentrer  dans  son  éparchie 

I  à  cause  de  la  guerre,  d'exercer  dans  celle  de  Charmena 


CHAH MENA  —  CHARHOUX 


540 


ses  pouvoirs  épiscopaux  :  ofrices  publics,  ordination  de 
diacres  et  de  prêtres,  etc.,  à  l'exclusion  du  trône 
épiscopal  (Miklosich-Miiller,  Acta  et  diplomata  graeca 
medii  aevi,  i,  79-80).  En  cet.  1318,  le  même  patriarche 
déclare  que  l'évêque  de  Charmena  n'a  aucun  droit 
sur  le  monastère  patriarcal  twv  Mapuapiôtvoov,  bien 
qu'il  soit  voisin'  de  son  siège  (Miklosich-MûUerj  i,  88). 

Le  titre  de  Charmena  est  inconnu  des  listes  de  la 
Consistoriale. 

R.  Janin. 

CHARMOYE  (La),  Charme.ia,  Camiria,  an- 
cienne abbaye  cistercienne  fondée  en  1167  par 
Henri  I",  comte  palatin  de  Champagne,  comm.  de 
Alontmort  (Marne),  dans,  les  l)ois  de  Charmes,  non 
loin  d'iïpernay,  dioc.  de  Ghâlons.  L'abbaye  de  Vau- 
clair,  tille  de  Clairvaux,  fournit  les  moines.  En  1275, 
l'abbé  de  La  Charmoye  fut  déposé  par  le  chapitre 
f^énéral  de  Cîteaux;  il  faisait  partie  de  ce  groupe  de 
neuf  abbés  qui  s'étaient  insurgés  contre  les  définiteurs 
(lu  chapitre;  deponnnlur  in  instanti,  dit  le  décret.  On 
signale  également  en  1454  la  déposition  de  l'abbé 
Jean  de  Saint-Éloi;  le  cas  fut  assez  grave  pour  que  le 
chapitre  général  crût  devoir  lui-même  nommer  à  la 
prélature  vacante,  supprimant  ainsi  l'élection  cano- 
nique. On  choisit  un  religieux  de  Clairvaux,  Nicolas 
de  Milleville,  qui  démissionna  six  ans  après.  La  com- 
mende  ne  put  faire  qu'un  essai  à  La  Charmoye.  En 
1602,  Octave  Arnolfini  fit  profession  monastique,  se 
transformant  ainsi  en  abbé  régulier.  On  eut  ensuite 
Étienne  Maugier,  l'un  des  chefs  de  l'étroite  obser- 
vance, fougueux  abstinent,  dont  les  allures  aggres- 
sives  nuisirent  beaucoup  à  la  cause  qu'il  défendait. 
L'année  1697  vit  l'élection  du  savant  Paul- Yves 
Pezron.  La  suppression  de  l'abbaye  à  la  fin  du  xvni»  s. 
n'y  trouva  même  plus  dix  religieux. 

Série  des  abbés  :  1.  Bernard,  1167-73.  —  2.  Jean  l", 
1183.  —  3.  Joscelin,  1192-1200.  —  4.  Évrard,  1207.  — 
5.  Arnold,  1220.  ^  6.  Léodegaire,  1223.  —  7.  Jean  II, 
1235.  ~  8.  Guillaume,  1246.  —  9.  Égide,  1250.  —  10. 
Jean  III,  1266.  —  11.  Garnier,  1299.  —  12.  Jean  IV, 
1360.  —  13.  Égide  Baudonnart,  1445.  —  14.  Jean  de 
Saint-Éloi  (Gall.  christ.  :  Philippe),  déposé  en  1454.  — 
15.  Nicolas  de  Milleville,  démissionna  en  1460.  —  16. 
Baudouin  Caulier,  1460.  —  17.  Jean  de  Longpré  (Galt. 
christ.  :  Sompuis),  1463.  —  18.  Jacques  de  Tournai, 
1474-93.  —  19.  Claude  Duplessis,  1497.  —  20.  Jacques 
Duplessis,  1506-11.  —  21.  Jacques  du  Chesnel  (Gall. 
christ.  :  Quesnet),  1524.  —  22.  Eustache  du  Bellay, 
év.  de  Paris,  commendataire,  1543.  —  23.  François 
de  Tournon,  cardinal,  1550.  —  24.  François  des  Es- 
sarts,  1550-77.  —  25.  Philippe  Porcherot,  1577.  —  26. 
Simon  de  Sommière,  1587.  —  27.  Octave  Arnolfini, 
1602.  —  28.  Étienne  Maugier,  th.  dr.,  f  1637.  —  29. 
Étienne  le  Gendre,  1647.  —  30.  Charles  Bourgeois, 
th.  dr.,  1667.  —  31.  Étienne  Guérin,  th.  dr.,  1680.  — 
32.  Thomas  Chevalier,  th.  dr.,  f  1697.  —  33.  Paul- 
Yves  Pezron,  démissionna  en  1702,  f  1706.  —  34. 
.Jacques  Noël  (Gall.  ctirist.  :  Nouet),  th.  dr.,  1702-26. 
—  35.  Siméon  Hénault,  1726,  t  1733.  —  36.  Mallon- 
Nicolas  Gruel,  1 734.  —  37.  Martian,  1 765.  —  .38.  Simon 
Louvet,  1771. 

Archives  :  dép.  de  la  Marne  :  12  reg.,  31  lia.sses,  1  plan; 
(l^p.  du  Nord,  3.3,  H,  n.  2  :  sceau  de  Pierre,  abbé  rte  La 
Charmoye;  Paris,  Bibl.  nat.,  nis.  fr.  20892,  n.  71.  —  Éd.  de 
liarthélemy.  Recueil  des  chartes  de  La  Charmoye,  Paris, 
1886  (recueil  factice  d'actes  des  années  1169-1355,  dit  Stein, 
n.  1794).  —  Cottineau,  708.  —  Gall.  christ.,  ix,  970.  — 
Janauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  155.  —  Man- 
rique,  cisterc,  Lyon,  1642,  année  1167,  ix,  l;t.  iv, 

r>(iï.  —  Slaliiia  cap.  gen.  on/,  cisterc,  i-viii,  éd.  de  Lou- 
vain,  1933-41,  passim. 

J.-M.  Ganivez. 
CHARON,    Gratta  B.  Mariae,  de  Carone,  Ja- 
riintn.  ancienne  abbaye  cistercienne  au  pays  d'Aunis. 


Le  roi  d'Angleterre,  Richard  Cœur  de  Lion,  avait 
voulu  cette  fondation  en  ce  lieu  qui  relevait  de  lui  en 
tant  que  duc  de  Normandie  et  d'Aquitaine,  1189 
(Gall.  clirist.,  ii,  Instr.,  388).  Des  moines  venus  de 
La  Grâce-Dieu,  dioc.  de  Saintes,  s'installèrent  en 
1191  près  de  l'Océan,  à  trois  lieues  de  La  Rochelle, 
jadis  dioc.  de  Saintes.  Les  auteurs  du  Gallia  reprodui- 
sent l'inscription  lapidaire  de  la  porte  d'entrée;  elle 
cite  les  grandes  étapes  de  l'abbaye  :  détruite  en  1562 
par  les  huguenots,  elle  fut  restaurée  en  1614  par  le 
prieur  Pierre  Bagon,  qui  fit  la  même  besogne  à  l'ab- 
baye des  Châtelliers  et  à  celle  de  Boschaud.  En  1714, 
Charron  ne  comptait  plus  qu'un  seul  religieux;  ils 
étaient  quatre  en  1768. 

Série  incomplète  des  abbés.  —  1.  P.,  1204.  — •  2.  An- 
dré, élu  à  La  Grâce-Dieu,  1408.  — ■  3.  Nicolas,  1441.  — 
4.  Jean  I",  1451.  —  5.  Jean  II  Assille.  1464-80.  —  6. 
Hilaire  Chapperon,  1527.  —  7.  Hubert  de  Prie,  com- 
mendataire, 1535-64.  —  8.  François  Bonnault,  1590. 

—  9.  Jacques  Jousselin,  aumônier  du  roi.  —  10. 
Jean-Raymond  Ferrier,  1676-1714. 

Archives  :  dép.  de  Charente-Infér.,  H,  21-31 :  12  articles, 
copie  de  titres  de  1188  à  1789,  procès-verbaux  de  visites 
(xviii"  s.);  La  Rochelle,  bibl.  municipale,  mss.  S3;  95-96, 
p.  367;  123,  fol.  5;  283,  fol.  7;  621,  fol.  187;  Paris,  Bibl. 
nat.,  ms.  lat.  12858;  ms.  /r.  20901,  n.  81.  —  Cottineau,  710. 

—  Gall.  christ.,  u,  1399.  —  Janauschek,  Orig.  cisterc. 
Vienne,  1877,  p.  194.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon, 
1642,  année  1191,  vu,  7.  —  Meschinet  de  Richemond, 
Cartulaire  de  l'abb...  Choron  en  Aunis,  La  Rochelle,  1883. 

—  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain,  1933- 
41,  paisim. 

J.-M.  Canivez. 
CHARPUT,  Kharput.  Voir  Hesna  de  Zaid. 

CHARROUX  (S. -Sauveur  ou  Ste-Croix), 
Carrofwn,  Carrofense,  arr.  de  Civray  (Vienne),  dioc.  de 
Poitiers.  Abbaye  de  bénédictins,  fondée  vers  785  par 
Roger  de  Limoges  et  sa  femme  Euphrasie.  Ce  monas- 
tère attirait  de  nombreux  pèlerins  à  cause  de  la  pré- 
sence de  reliques  importantes,  notamment  une  par- 
celle de  la  croix,  envoyée,  dit  Adhémar,  à  Charle- 
magne  par  le  patriarche  de  Jérusalem,  ou,  d'après  une 
autre  tradition,  remise  par  le  pèlerin  breton  Fréde- 
land  à  Roger  de  Limoges.  Gharroux  fut  l'objet  de 
plusieurs  donations  de  la  part  de  Louis  le  Pieux.  Très 
éprouvé  par  la  guerre  de  Cent  ans,  ensuite  par  les 
guerres  de  religion,  et  quoique  unie,  en  1587,  à  la 
congrégation  des  Exempts,  l'abbaye  ne  parvint  pas  à 
se  relever.  Quand,  en  1760,  elle  fut  unie  au  chapitre  de 
Brioude,  il  n'y  avait  que  huit  religieux,  qui  n'obser- 
vaient plus  la  vie  commune.  L'église  et  le  monastère 
furent  détruits  au  commencement  du  xix«  s.  Il  en 
subsiste  pourtant  un  magnifique  clocher  octogonal, 
construit  entre  1028  et  1047.  Le  trésor  des  reliques  fut 
transféré  à  l'église  S.-Sulpice  (xii''  et  xv«  s.). 

Liste  des  abbés  :  Dominique.  — •  David,  799.  — 
Justus,  817.  —  Gombald  I",  830.  —  Walafrid,  869.  — 
Guillaume  I",  862,  869.  —  Frotarius.  —  Grinferius, 
879.  —  Alboin,  937,  devint  év.  de  Poitiers.  —  Adal- 
bald.  —  Pierre  l",  simoniaque,  expulsé  par  Guillaume 
d'Aquitaine,  qui  fit  appel  à  des  moines  de  S.-Savin 
pour  réformer  Charroux.  —  Gombald  II,  1014.  - 
GolTred  I",  1017,  f  1"18.  --  Hugues  I",  f  1017. 
Rainald  ou  Réginald.    -  Fulcherius,  1028,  1040.  - 
Hugues  II,  1050,  1061.  —  Kulrad  (Fulcaud),  1088. 
Pierre  II,  1140.  —  Fulcald,  1147.  —  Guillaume  II, 
1180,  1187.  —  GolTred  II,  1195.  —  Guillaume  III. 
1203.  —  Hugues  III,  1208,  1210.  —  Jourdain  II, 
1217.  —  Émeric,  1217,  1220.  —  Jourdain  III,  1234, 
1269.  —  Pierre  III,  1279,  1282.  —  Gui  de  Baussay.  — 
Raimond  de  Chàteauneuf,  1295,  1308.  —  Pierre  IV 
Bertaud,  1340.  —  Matthieu,  devint  év.  d'Aix  en  Aqui- 
I  taine,  en  1.358.  •-  Pierre  V  la  Flotte.  1372.  —  Gérald 


r./i1  CUAKHOIJX 


(le  Jovion,  devint  abbé  de  S. -Martial  et  de  S.-Martin  de 
Limoges.  —  Bertrand,  1398.  —  Adhéinar,  1390.  — 
Guillaume  IV  Robert,  1444.  —  Jean  I'""'  Chaperon, 
1 444-1447.  —  Louis  Fresneau,  abbé  commendataire, 
1481.  —  Godefroid  III  de  Cluys  de  Briantes,  abbé 
régulier,  1504-1507.  —  Pierre  VI  Chateigner  de  la 
Hocheposay,  1251,  1555  (?),  donna  Charroux  en 
échange  de  l'abbaye  de  La  Grenetière.  —  Lazare  de 
Haïf,  abbé  de  La  Grenetière.  —  René  (Louis)  de  Dail- 
lon,  év.  de  Luçon,  abbé  de  Charroux  de  1559  à  1567.  — 
l^antaléon  de  la  Rochejaiibert,  1588.  —  l'Yançois  de 
la  Hochejaubert,  lti14.  —  Jean  II  de  la  Rochejau- 
bert,  1(535.  —  .lean  III  Armand,  card.  du  Plessis  de 
Richelieu.  —  Richard  Smith,  Anglais,  év.  de  Chalcé- 
doine,  l(>48.  -.Iules,  rard.  Mazarin,  1650.  —  Louis  II 
Maurice  de  la  Trémoille,  comte  de  Laval,  1651,  t  1681. 

-  Frédéric-Guillaume  de  la  Trémoille,  prince  de  Tal- 
mont,  obtint  les  abbayes  de  son  oncle,  en  1681;  il 
quitta  l'état  clérical  en  1689.  —  Charles  F"rotier  de  la 
Messelière,  doyen  de  S.-Hilaire  de  Poitiers,  1689- 
1708. 

Abbaye  S.-Sauveur.  Charroux,  son  abbaye,  ses  reliquaires, 
Poitiers,  1896.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés..., 
III,  228.  —  Berlière,  La  congr.  bénéd.  des  Exempts  de  France, 
dans  Revue  bénéd.,  1897,  p.  413.  —  Besly,  Hist.  des  comtes 
de  Poitou,  149-64.  —  G.  Chapeau,  L'église  abb.  de  Charroux, 
dans  Bull,  de  la  Soc.  de.s  antiq.  de  l'Ouest,  III«  sér.,  vui, 
1929,  p.  503-33;  Fondation  de  l'abb.  de  Charroux,  ibid.,  vu, 
1926,  p.  471-508;  Les  grandes  reliques  de  l'abb.  de  Charroux, 
ibid.,  1928,  p.  101-28.  —  Chevalier,  T.  B.,  660.  —  Cotti- 
neau,  711.  —  P.  de  Monsabert,  Chartes  et  documents  pour 
servir  à  l'histoire  de  l'abb.  de  Charroux,  Poitiers,  1911  (éd. 
277  chartes  [ix'-xviii«  s.],  un  pouillé  des  bénéfices  et  la 
liste  des  abbés).  —  Comte  de  Saint-Saud,  Églises  du  Péri- 
gord  dépendant  d'abbayes  poitevines,  i,  Abb.  de  Charroux, 
dans  Bull,  de  la  Soc.  hist.  et  archéol.  du  Périgord,  xlviii, 
1921,  p.  139-43.  —  Gall.  christ.,  ii,  1277.  —  H.  L.  Fr.,  v, 
39-40. 

R.  Van  Doren. 
CHARSZEWSKI  (Raymond  a  sancto  Casi- 
miro,  O.  P.),  év.  de  Théodosie,  t  v.  1659.  Frère  prêcheur, 
il  enseigna  d'abord  quelque  temps  à  l'université  de 
Cracovie,  puis  fut  envoyé  en  Crimée  pour  évangéliser 
les  Tartares  et  secourir  les  nombreux  chrétiens  captifs 
en  cette  région.  Son  apostolat  fut  des  plus  féconds  :  au 
seul  centre  de  mission  existant  à  son  arrivée,  celui  de 
Théodosie.  il  ajouta  ceux  de  Kara-Su-Basar,  Bakczy- 
seraï  et  d'Eupatoria,  puis  quelques  groupements  de 
moindre  importance,  de  chrétiens  on  de  catéchumènes, 
qui  tous  restaient  sous  sou  influence  directe.  Il  fut 
promu  au  siège  de  Théodosie  vers  1658  et  y  mourut 
vers  1659.  Il  a  laissé  une  curieuse  Succincta  relatio  de 
statu  missionis  Tarlariae  facta,  où  il  décrit  l'état  de 
ces  chrétientés  et  esquisse  son  action  apostolique  et 
pastorale  à  l'époque  de  la  révolte  des  cosaques  contre 
l'État  polonais;  les  confins  sud-est  de  ce  pays  étaient 
alors  dévastés  par  de  continuelles  invasions  tartares  et 
des  déportations  de  chrétiens. 

S.  Baracz,  Rys  dziejow  zakonu  Kaznodziejskiego  w  Polsce, 
II,  Lwow,  1861,  p.  57.  —  R.  Loenertz,  Le  origini  delta  mis- 
sione  seicentesca  dei  Dominicani  in  Crimea,  dans  Archiv 
Fr.  Praedic,  v,  1935.  —  .M.  Dynowska,  R.  Charszewski, 
dans  Polski  Slownik  Hiograficzng,  m,  Cracovie,  1937,  p.  265. 

J.  OSTROWSKI. 

1.  CHARTIER  (.\lain),  poète,  orateur  et 
homme  politique.  Xé  à  Bayeux,  à  une  date  non  jiré- 
ci.sée,  mais  certainement  antérieure  à  1395,  il  était  fils 
de  .lean,  bourgeois  de  cette  ville,  mentionné  en  1387 
et  en  1404.  Il  étudia  à  l'université  de  Paris  el  ses  pre- 
miers vers.  Le  loi  de  plaisance,  dateraient  de  1414. 
C'est  peu  après  la  bataille  d'Azincourt  qu'il  composa 
le  premier  de  ses  ouvrages  célèbres,  Le  livre  des  quatre 
dames,  qui  traite  de  quatre  personnes  ayant  perdu 
dans  la  défaite  leurs  chevaliers  :  l'un  a  été  tué,  un 
autre  a  été  fait  prisonnier  par  les  Anglais,  le  troisième 


-    C  H  A  riTfl'.  U 

a  disparu  et  le  dernier  s'est  déshonoré  jiar  la  fuite;  cha- 
cune d'elles  se  juge  la  plus  malheureuse.  Chartier 
s'était  rendu  à  Paris  lors  de  l'occupation  de  la  Nor- 
mandie par  les  Anglais  et  il  adressa  à  Charles  VI,  en 
1418,  une  épître  de  félicitations  au  sujet  du  maintien 
des  privilèges  de  l'Église  gallicane.  Il  fut  alors  attaché 
à  la  personne  du  dauphin  dont  il  adopta  la  cause  et 
écrivit,  avant  le  4  juin  14'20,  une  lettre  à  l'université 
de  Paris  pour  défendre  les  droits  de  l'héritier  de  Char- 
les VI,  qu'il  suivit  dans  sa  retraite.  Il  vécut  alors  à  la 
cour  et  les  comptes  du  dauphin  le  montrent  recevant 
des  sommes  assez  considérables.  Le  spectacle  de  cette 
cour  oisive,  ni  édifiante  ni  sincère,  lui  inspira  beau- 
coup de  ses  œuvres  qui  peuvent  être  placées  entre 
1421  et  1428.  Le  quadrilogue  invectif,  que  l'on  date  de 
1422,  met  face  à  fa(*  la  France  et  les  trois  ordres,  et 
il  est  peu  d'ouvrages  où  il  y  ait  autant  de  poésie  que 
dans  ce  chef-d'reuvre  de  la  prose  française  :  la  France 
expose  ses  malheurs  et  supplie  ses  habitants  d'avoir 
pitié  de  leur  mère,  le  peuple  reproche  aux  nobles  de 
le  pressurer  et  de  vivre  sur  lui,  la  noblesse  répond  en 
blâmant  ses  excès,  les  meurtres  et  insurrections,  le 
clerc  se  pose  comme  juge  entre  eux  et  est  assez  ménagé 
par  l'auteur.  Il  n'en  est  pas  de  même  dans  un  de  ses 
livres  postérieurs,  Le  livre  de  l'espérance  ou  consolation 
des  trois  vertus  (foi,  espérance  et  charité),  qui  prend  le 
clergé  violemment  à  partie  et  lui  rei)roche  avec  verve 
et  éloquence  la  frivolité  de  sa  vie  et  la  dissolution  de 
ses  mœurs  :  «  Les  nuits  leur  ont  été  trop  courtes  pour 
leurs  dévergondées  plaisances  et  les  jours  trop  brefs 
pour  dormir.  »  Le  curial,  apparemment  de  la  même 
époque,  rédigé  en  latin  et  traduit  en  français  par  un 
inconnu,  est  une  satire  amère  contre  la  cour.  Dans  le 
Dialogus  familiaris  amici  et  sodalis,  il  se  pose  en  mora- 
liste et  dit  que  ce  sont  les  mauvaises  mœurs  qui 
causent  la  ruine  de  la  France. 

Entre  temps,  il  avait  été  chargé  de  missions  diplo- 
matiques. Il  avait  peut-être  été  marié,  mais  en  1425 
il  était  clerc,  sans  avoir  reçu  les  ordres,  et  possédait 
l'église  de  S. -Lambert  au  diocèse  d'Angers;  en  1426, 
il  avait  un  canonicat  à  Tours,  et  devait  alors  être  reli- 
gieux. En  1425  il  avait  été  envoyé  en  Allemagne  vers 
l'empereur  Sigismond  pour  tenter,  mais  inutilement, 
d'obtenir  un  secours  ou  une  intervention  en  faveur  de 
la  paix;  il  prononça  la  harangue  aux  hussites  pour  les 
ramener  à  la  vraie  foi.  Son  ambassade  se  continua 
par  Rome  vers  le  pape  Martin  V,  puis  par  Venise. 
L'année  suivante,  il  fut  envoyé  vers  Philippe  le  Bon, 
duc  de  Bourgogne,  toujours  à  la  recherche  de  la  paix, 
mais  cette  «  paix  heureuse,  fille  du  Dieu  des  dieux  », 
ne  produit  de  fruits,  dit-il,  que  si  elle  est  dans  les 
âmes.  En  mai  1428  il  fut  envoyé  en  Écosse  pour  renou- 
veler les  alliances  et  négocier  le  mariage  du  jeune 
dauphin  avec  Marguerite  d'Écosse,  mission  accomplie 
avec  succès  et  dont  la  jeune  princesse  lui  sut  gré,  si 
l'on  ajoute  foi  à  la  légende  d'après  laquelle  il  aurait, 
étant  endormi,  reçu  d'elle  un  baiser,  en  dépit  de  sa 
laideur  mais  par  amour  et  estime  de  la  poésie.  La 
dernière  œuvre  d'Alain  Chartier  est  la  lettre  à  l'em- 
pereur Sigismond  sur  Jeanne  d'Arc  (1429);  il  mourut 
])robableinenl  à  la  fin  de  cette-  année,  peut-être  à 
Avignon.  Il  est  encore  l'auteur  de  beaucoup  d'autres 
pièces,  discours,  rondeaux,  ballades  et  chansons, 
d'un  poème,  La  belle  dame  sans  merci,  ou  il  se  présente 
comme  le  plus  dolent  des  amoureux  et  qui  a  beaucoup 
contribué  à  sa  réputation.  Ses  Œuvres  ont  été  publiées 
en  1529  par  (ialiot  LJu  Pré,  puis  en  1617  par  A.  Du- 
chesne,  ce  dernier  ouvrage  contenant  du  reste  des 
travaux  qui  lui  sont  attribués  à  tort. 

(jomnie  écrivain  politique,  Alain  Chartier  est  par- 
tisan du  dauphin,  de  la  résistance  à  l'Angleterre,  de 
l'unité  nationale,  pressant  le  duc  de  Bourgogne  (Le 
lui]  lie  pair)  de  nirmtrer  qu'il  est  né  en  France  et 


543 


CHA  HTIER 


-  CHARTRES 


544 


d'oublier  le  temps  passé.  Il  ne  craint  pas  de  mécon- 
tenter le  monde  en  dénonçant  la  paresse  des  nobles, 
la  lâcheté  du  «  fol  peuple  qui  ne  désire  que  mutation  », 
du  clergé  qui  de  biens  temporels  a  pris  un  tel  faix  «  qu'il 
le  courbe  tout  vers  la  terre  et  le  destourbe  à  regarder 
sus  aux  cieux  ».  Certaines  apostrophes  annoncent 
Bossuet  :  «  O  rois  de  la  terre  qui  séez  en  chaire  trem- 
l)lante  et  commandez  par  autorité  décevable  sur  le 
le  peuple  pervertible,  retenez  cette  leçon  du  roi  des 
cieux  qui  siet  en  trône  perdurable,  dont  le  royaume 
ne  se  peut  changer  ne  l'autorité  contredire.  Votre 
règne  faut  avec  la  vie,  le  sien  seigneurit  sur  la  vie  et 
sur  la  mort  de  tous  et  de  toutes  choses.  »  «  Celui  qui 
tout  peut,  déport  et  retranche  les  puissances  et  de  sa 
perdurable  éternité  mue  les  choses  qui  sous  le  temps 
décourent.  « 

(i.  de  Beaucourl,  Les  Chartier,  1869.  —  Notice  par  Char- 
pennes,  dans  l'éd.  de  La  belle  dame  sans  merci,  1901.  — 
Notice  par  E.  Droz,  dans  Le  quadrilogue  inueclif,  1923.  — 
Notice  par  R.  Bouvier  pour  le  même,  1944.  —  P.  Cham- 
pion, Hist.  poétique  du  XV'  s.,  i.  —  C.  J.  Hoffmann,  Alain 
Chartier,  his  works  and  réputation,  1942.  —  Le  livre  de  F. 
Perrot,  Reclierches  sur  la  fdiation  de  Guillaume,  Alain  et 
Jean  Chartier,  1900,  est  sans  valeur. 

M.  Prévost. 
2.  CHARTIER  (Guillaume),  évêque  de  Paris. 
Né  à  Bayeux  et  frère  cadet  d'Alain  (v.  notice),  il  fut 
le  premier  «  écolier  »,  c.-à-d.  boursier  de  Charles  VII 
encore  dauphin.  En  1432,  qualifié  «  docteur  fameux 
en  l'un  et  l'autre  droit  »,  il  fut  envoyé  à  l'université 
de  Poitiers,  nouvellement  fondée,  pour  y  enseigner 
le  droit  canon.  Il  possédait  la  cure  de  S. -Lambert  de 
Saumur,  avait  le  titre  d'archidiacre  de  Gand,  de 
conseiller-clerc  au  parlement  de  Poitiers  en  1433.  En 
1435  il  prit  part  aux  négociations  qui  aboutirent  au 
traité  d'Arras.  En  1437  il  était  chanoine  de  Paris,  fut 
élu  évêque  en  déc.  1447,  sacré  à  S. -Victor  et  prit 
possession  le  4  avr.  suivant.  En  nov.  1449  il  fut  en- 
voyé en  Normandie  par  Charles  VII  pour  des  confé- 
rences avec  les  commissaires  anglais.  Il  est  mentionné 
dans  divers  actes  administratifs  diocésains  :  il  fait 
faire,  le  13  oct.  1449,  une  procession  en  action  de 
grâces  pour  la  victoire  de  Formigny,  bénit  ou  consacre 
des  chapelles  ou  églises  à  Charonne,  à  S. -Denis,  à 
Groslay,  fonde  une  chapelle  à  Bayeux,  remet  en  état 
les  domaines  épiscopaux  à  Gentilly  et  à  Moissy- 
l'Évêque,  est  membre  de  la  commission  qui  préside 
à  la  réforme  de  l'Université,  figure  en  1455  au  nombre 
des  commissaires  délégués  par  Calixte  II  pour  la 
réhabilitation  de  Jeanne  d'Arc.  En  1459,  faisant 
partie  de  l'ambassade  envoyée  par  Charles  VII  à 
Mantoue,  il  fut  reçu  en  audience  par  le  pape  Pie  II 
qu'il  harangua,  et  le  pontife  loua  l'élégance,  l'art  et  le 
charme  de  ce  discours  qui  est  conservé  dans  le  ms. 
lat.  8576  de  la  Bibl.  nat.  Il  fut  chargé,  avec  Thomas 
de  Courcelles,  de  la  réforme  de  l'abbaye  de  Fonte- 
vrault. 

II  assista  aux  funérailles  de  Charles  VII  et  au  sacre 
de  Louis  XI,  mais  quand  le  nouveau  roi  vint  à  Paris, 
l'évêque  demanda  et  obtint  le  maintien  des  libertés 
ecclésiastiques  et  du  privilège  claustral  de  Notre- 
Dame.  Lors  de  la  Ligue  du  bien  public,  il  prit  parti 
pour  les  mécontents  et  demanda  au  roi  que  les  affaires 
fussent  conduites  par  «  bon  conseil  ».  Quand  le  roi 
fut  parti  pour  la  Normandie,  l'évêque  entra  en  rela- 
tions avec  les  princes  confédérés  au  sujet  de  leur  entrée 
à  Paris,  ce  dont  le  roi  fut  fort,  mécontent.  Chartier 
mourut  subitement  le  1"'  mai  1472.  Il  était,  dit  le 
chroniqueur  Jean  Castel,  «  saint,  bonne  personne  et 
grand  clerc  ».  Mais  Louis  XI,  qui  ne  pardonnait  pas, 
exigea  que  l'on  mît  sur  son  épitaphe  qu'il  lui  avait  été 
hostile  et  avait  agi  contre  lui.  L'inscription  disparut 
après  la  mort  du  roi  et  fut  remplacée  par  un  éloge. 


[  II  possédait  un  des  exemplaires  originaux  du  procès 
de  réhabilitation  de  Jeanne  d'Arc,  qui,  maintenant 
à  la  Bibl.  nat.,  a  servi  à  Quicherat  pour  son  édition. 

G.  de  Beaucourt,  L^s  Chartier,  1869.  • —  L.  Jaunay,  Les 
éoêques  et  archevêques  de  Paris,  258-62.  —  Gall.  christ., 
VII,  152.  —  Les  histoires  et  clu-oniques  de  Charles  VU 
et  de  Louis  XI. 

M.  Prévost. 

I      3.  CHARTIER  (Jean),  chroniqueur,   xiv^  s. 
I  On  manque  de  notions  précises  sur  le  commencement 
(  de  sa  carrière;  on  l'a  longtemps  dit  frère  d'Alain  et  de 
i  Guillaume  et  on  l'a  fait  naître  à  Bayeux,  mais  rien 
■  ne  prouve  la  communauté  de  famille  ou  d'origine.  La 
I  première  mention  que  l'on  trouve  de  lui  est  de  1430, 
j  où  il  est  dit  prévôt  de  La  Garenne,  ce  qui  en  faisait  un 
des  dignitaires  de  l'abbaye  de  S. -Denis  et  lui  assurait 
I  de  bons  revenus.  Il  l'échangea,  en  1433,  contre  la 
prévôté  de  Mareuil-en-Brie.  Il  fut  dans  les  années 
suivantes  désigné  par  l'abbé  de  S. -Denis  comme  son 
procureur   pour   diverses   affaires,   administrait  la 
préceptorie  et  était,  dès  1435,  commandeur  de  l'ab- 
t  baye.  En  1445  enfin,  il  recevait  la  dignité  de  grand 
chantre.  C'est  à  tort  que  Vallet  de  Viriville  le  fait 
vivre  jusqu'en  1470;  le  nécrologe  de  S. -Denis  men- 
tionne son  décès  à  la  date  du  19  févr.  1464. 

Il  pourrait  avoir  commencé  à  s'occuper  d'historio- 
graphie à  S. -Denis  vers  1407,  fut  nommé  en  1437  his- 
toriographe de  France  et,  vers  la  même  époque,  cha- 
pelain du  roi.  En  dépit  de  son  titre,  il  ne  paraît  pas 
avoir  accompagné  Charles  VII  ailleurs  qu'en  la  cam- 
pagne de  Normandie  de  1450;  c'est  à  S. -Denis  qu'il 
recueillait  les  témoignages  et  renseignements  qui  lui 
étaient  utiles;  les  sources  de  sa  chronique  sont  géné- 
ralement de  caractère  officiel;  il  parle  rarement  en  son 
nom  personnel.  Cette  chronique  a  été  publiée  pour  la 
première  fois  dans  l'édition  des  Grandes  chroniques  de 
1476-1477,  de  nouveau  par  Denis  Godefroy  en  1661 
j  et  enfin  par  Vallet  de  Viriville  en  1858-1859.  Il  est 
!  également  l'auteur  d'une  chronique  latine  qui  em- 
I  brasse  la  plus  grande  partie  du  règne  de  Charles  VII, 
puisqu'elle  ne  s'arrête  qu'au  milieu  de  l'année  1450, 
et  qui  paraît  avoir  servi  de  canevas  à  la  chronique 
française;  elle  est  conservée  dans  le  ms.  des  Nouv. 
ncq.  lat.  1796,  de  la  Bibl.  nationale. 

De  Beaucourt,  Les  Chartier;  Hist.  de  Charles  VII.  — 
Vallet  de  Viriville,  notice  en  tête  de  l'éd.  de  la  Chronique 
de  Charles  VII.  —  Ch.  Samaran,  La  chronique  latine  inédite 
de  Jean  Chartier,  1928. 

M.  Prévost. 
CHARTRES.  —  i.  VILLE  ET  faubourgs. 

—  I.  Histoire  sommaire.  II.  Origines  chrétiennes. 
III.  Liste  épiscopale.  IV.  Légendes.  V.  Pèlerinage. 
VI.  Cathédrale.  VII.  Chapitre  cathédral  et  autres 
chapitres.  VIII.  Écoles  de  Chartres.  IX.  Paroisses  et 
principales  chapelles.  X.  Abbayes  et  principaux 
prieurés.  XI.  Communautés  et  congrégations. 

I.  Histoire  sommaire.  —  Située  en  grande  partie 
sur  une  sorte  de  promontoire  triangulaire  délimité  de 
deux  côtés  par  les  vallées  de  l'Eure  et  du  ruisseau  des 
Vauroux,  la  ville  de  Chartres  occupe  une  position  dont 
I  la  valeur  stratégique  a  dil  être  reconnue  dès  les  temps 
[  préhistoriques.  Là  se  trouvait,  à  l'époque  gauloise, 
1  un  des  centres  de  la  peuplade  des  Carnutes,  dont  l'im- 
mense territoire  comprenait  aussi  la  région  de  Gena- 
bum,  devenu  plus  tard  Orléans.  Après  la  conquête 
romaine,  la  ville,  appelée  Autricum,  devint,  vers  le 
milieu  du  iii^  s.,  le  chef-lieu  de  la  civitas  Carnotum, 
comprise  d'abord  dans  la  province  Lugdunensis,  et 
à  la  fin  du  iv«  s.  dans  la  Lugdunensis  IV  ou  Senonia. 
Les  autres  cités  de  la  même  province  correspondaient 
aux  territoires  de  Sens  (métropole),  d'Auxerre,  de 
Troyes,  d'Orléans,  de  Paris  et  de  iMeaux.  Ces  terri- 
toires deviendront  les  diocèses  primitifs  de  la  province 


545  CHAR 

ecclésiastique  de  Sens,  auxquels  on  ajoutera  plus  tard 
celui  de  Nevers. 

Il  ne  reste  à  peu  près  rien  de  la  ville  d'Autricum.  Un 
mur  paraissant  du  iii«  s.  et  passant  sous  l'abside  de 
la  cathédrale,  mur  dont  on  ne  sait  au  juste  s'il  a  appar- 
tenu à  une  enceinte  fortifiée  ou  à  quelque  monument 
religieux  ou  civil;  une  stèle  probablement  funéraire, 
ornée  d'une  effigie  très  fruste;  un  chapiteau  de  pilastre 
corinthien;  quelques  fûts  ou  tronçons  de  fûts  de  colon- 
nes et  quelques  chapiteaux  de  basse  époque  conservés 
à  l'église  S. -Martin -au-N'al,  dans  un  faubourg;  quel- 
ques restes  d'aqueducs  et  d'égouts;  voilà  à  peu  près 
tout  ce  qu'on  peut  mentionner  en  fait  de  vestiges 
gallo-romains. 

Comme  plusieurs  autres  chefs-lieux,  la  ville  perdit 
son  nom  pour  prendre  celui  de  la  cité  :  Autricum  de- 
vint Carnotum;  ainsi  est-elle  appelée,  à  la  fin  du 
ivî  s.,  par  Sulpice-Sévère.  Sous  l'influence  d'un  texte 
bien  connu  de  César  (De  bello  gallico,  VI),  la  forme  Car- 
nutum  a  prévalu  à  l'époque  moderne,  mais  c'est  Car- 
notum que  l'on  trouve  dans  tous  les  textes  ecclésias- 
tiques jusqu'au  milieu  environ  du  siècle  dernier. 

Nous  ne  croyons  pas  utile  de  résumer  l'histoire  de 
Chartres  pendant  la  longue  période  qui  s'étend  de  la 
chute  de  l'Empire  romain  aux  premiers  Capétiens. 
Cette  histoire,  d'ailleurs,  est  une  suite  de  désastres.  En 
600,  la  ville  fut  saccagée  par  l'armée  de  Thierry,  roi  de 
Bourgogne;  elle  fut  incendiée,  avec  la  cathédrale,  par 
Hunald,  duc  d'Aquitaine  en  743.  Nouvelle  dévasta- 
tion, accompagnée  de  massacres,  en  858  par  les  Nor- 
mands, qui  revinrent  en  911,  mais  furent  défaits 
devant  les  murs  de  la  ville,  sur  lesquels  l'évêque  avait 
arboré  la  «  chemise  »  de  la  Vierge  —  nous  verrons  plus 
loin  ce  qu'était  cette  relique  —  donnée  à  l'Église  de 
Chartres  par  Charles  le  Chauve. 

A  partir  du  x""  s.,  Chartres  eut  des  comtes,  dont  le 
premier  fut  Thibault  le  Tricheur;  les  comtes  de  Char- 
tres eurent  également  sous  leur  domination  Blois  et 
la  Champagne.  En  963,  Richard,  duc  de  Normandie, 
en  guerre  avec  Thibault  le  Tricheur,  s'empara  de  la 
ville  qu'il  dévasta.  Avec  le  xi«^  s.  commence  une  pé- 
riode plus  tranquille.  Grâce  à  ses  célèbres  écoles,  Char- 
tres devient  un  centre  intellectuel.  En  11.50,  S.  Ber- 
nard y  prêche  la  seconde  croisade. 

Le  comté  de  Chartres  fut  réuni  à  la  couronne  en 
1286.  Peu  après,  la  ville  obtint  de  Charles  de  Valois, 
frère  de  Philippe  le  Bel,  une  charte  de  franchises  muni- 
cipales. Son  état,  à  cette  époque,  est  assez  bien  connu. 
C'est  une  ville  où  le  clergé  exerce  une  influence  pré- 
pondérante, localité  principale  d'une  région  agricole 
et  viticole,  où  prospèrent  le  commerce  et  l'industrie 
artisanale. 

C'est  dans  la  banlieue  chartraine  que  fut  conclu,  en 
1360,  le  traité  de  Brétigny.  Plus  tard,  en  1417,  le  parti 
bourguignon  livra  Chartres  aux  Anglais  qui  en  restè- 
rent maîtres  jusqu'en  1432.  Après  les  guerres  des  xiv^ 
et  xv«  s.,  Chartres  connut  une  période  de  prospérité  et 
de  tranquillité  relatives  qui  dura  jusqu'aux  guerres  de 
religion.  C'est  à  cette  époque  que  le  domaine  de  Char- 
tres fut  érigé  en  duché  (1528).  A  partir  de  1562,  le 
pays  chartrain  eut  beaucoup  à  souffrir,  mais  du  mohis 
la  ville  de  Chartres  ne  fut  jamais  au  pouvoir  des  hugue- 
nots qui,  après  l'avoir  assiégée  en  mars  1568,  furent 
contraints  de  se  retirer  sans  avoir  pu  y  pénétrer. 

Depuis  l'avènement  des  Bourbons,  la  ville  de  Char- 
tres, fortement  intégrée  à  l'unité  française,  n'a  guère 
d'autre  histoire  que  celle  du  pays  tout  entier.  La 
Fronde  y  causa  quelques  troubles.  Les  principaux 
événements  des  xvii"  et  xviii«  s.  furent  des  visites 
royales  ou  des  pèlerinages  de  personnages  illustres.  La 
Révolution  s'y  passa  d'une  manière  plus  calme  que 
dans  d'autres  villes  ;  cependant,  quoi  qu'on  en  ait  dit  — 
des  documents  ont  été  systématiquement  détruits  — 


TRES  546 

il  y  eut  des  victimes,  dont  un  prêtre,  Jacques-Louis 
Brière,  guillotiné  le  22  août  1794  pour  cause  de  reli- 
gion. 

Supprimé  par  le  Concordat,  le  siège  épiscopal  de 
Chartres  a  été  rétabli  en  1817,  en  principe,  mais  seu- 
lement, de  fait,  en  1821. 

Depuis  la  Révolution,  l'existence  de  Chartres  est 
celle  d'une  ville  d'une  certaine  importance  commer- 
ciale, qui  doit  sa  prospérité  à  sa  situation  au  milieu 
d'une  région  de  grande  culture.  Au  cours  de  cette 
période,  la  ville  a  connu  trois  fois  l'occupation  étran- 
gère. La  dernière  guerre  lui  a  été  particulièrement 
funeste  en  raison  de  la  destruction,  le  26  mai  1944,  de 
sa  bibliothèque  où  étaient  rassemblées  les  richesses 
littéraires  de  l'ancien  chapitre  de  la  cathédrale  et  des 
autres  établissements  religieux  antérieurs  à  la  Révo- 
lution. 

La  population  de  Chartres  est  actuellement  d'un  peu 
plus  de  27  000  habitants;  elle  paraît  plus  nombreuse 
qu'à  aucune  époque  du  passé. 

La  ville  a  conservé  en  grande  partie  son  aspect 
ancien.  Malgré  le  charme  de  ses  vieilles  rues,  elle  serait 
une  ville  comme  il  y  en  a  tant  en  France  si  elle  ne 
possédait  sa  prestigieuse  cathédrale,  chef-d'œuvre 
de  l'art  gothique,  dont  la  renommée  mondiale  attire 
chaque  année  des  milliers  de  pèlerins  de  l'art  et  de  la 
foi. 

IL  Origines  chrétiennes.  —  Cette  question  — 
fort  heureusement  —  peut  aujourd'hui  être  traitée 
sans  passion.  Le  temps  n'est  plus  où  un  certain  nombre 
de  membres  de  la  Société  archéologique  d'Eure-et- 
Loir  réclamaient,  et  obtenaient,  sous  menace  de 
démission  collective,  la  modification  d'un  passage  de 
l'introduction  du  Cartulaire  de  Noire-Dame  de  Char- 
tres où  l'apostolicité  de  l'Église  chartraine  était  con- 
testée. Le  temps  est  également  révolu  où  les  repré- 
sentants de  l'école  critique  se  croyaient  obligés  d'adop- 
ter le  ton  du  persiflage.  La  question,  à  notre  avis,  a 
fait  couler  plus  d'encre  qu'il  n'était  nécessaire. 

Il  existe  au  sujet  des  origines  chrétiennes  de  Char- 
tres une  opinion  dite  «  traditionnelle  »  qui,  en  somme, 
se  base  uniquement  sur  la  Passion  des  SS.  Savinien 
et  Potentien.  Voici,  en  résumé,  ce  qu'on  y  lit. 

Savinien,  Potentien  et  leur  compagnon  Altin  étaient 
du  nombre  des  soixante-douze  disciples  du  Seigneur. 
Ayant  suivi  S.  Pierre  à  Antioche,  puis  à  Rome,  ils 
furent  par  lui  envoyés  en  Gaule.  Ils  se  fixèrent  d'abord 
dans  un  faubourg  de  Sens,  où  ils  convertirent  Sérotin 
et.Eodald,  qui  furent  ordonnés  diacres.  De  là,  Savi- 
nien, fondateur  du  siège  de  Sens,  envoya  ses  compa- 
gnons évangéliser  d'autres  cités  :  Altin  et  Eodald 
visitèrent  successivement  Orléans,  Chartres  et  Paris; 
Potentien  et  Sérotin  se  rendirent  à  Troyes.  Après 
avoir  annoncé  l'Évangile  au  péril  de  leur  vie,  car  il  y 
eut  des  martyrs  parmi  les  nouveaux  convertis,  les 
missionnaires  revinrent  à  Sens  pour  y  travailler,  sous 
la  direction  de  Savinien,  à  l'établissement  de  la  vraie 
religion.  Ils  y  terminèrent  leur  carrière  apostolique 
par  le  martyre  qu'ils  subirent  à  des  dates  différentes. 
A  Chartres,  où  une  église  avait  été  dédiée  en  l'honneur 
de  la  Mère  de  Dieu  par  Altin  et  Eodald,  la  persécution 
ordonnée  par  le  gouverneur  (praeses)  Quirinus  avait 
fait  des  victimes,  au  nombre  desquelles  était  une 
vierge  appelée  Modeste.  Les  corps  des  martyrs  avaient 
été  précipités  dans  un  puits  voisin  de  l'église. 

Telle  est,  réduite  à  ses  éléments  essentiels,  l'histoire 
des  origines  chrétiennes  de  Chartres  d'après  la  Passion 
des  SS.  Savinien  et  Potentien. 

Quelle  valeur  convient-il  d'attribuer  à  ce  document? 
On  en  connaît  le  lieu  d'origine  :  Sens.  On  en  connaît 
la  date,  passablement  tardive  :  le  troisième  quart  du 
xi«  s.  L'auteur  a  utilisé  certaines  données  topogra- 
phiques, onomastiques  ou  liturgiques  qui  sont  exactes 


DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


H.  —  XII.  —  18  - 


CHARTRES 


548 


et  (loiiiient  à  son  récit  une  certaine  apparence  d'au- 
thenticité. Mais  il  n'est  pas  besoin  d'une  longue  étude 
pour  se  convaincre  que  ce  récit  fourmille  d'invraisem- 
blances et  d'anachronismes.  De  plus,  ainsi  que  l'a  fort 
bien  fait  remarquer  Mgr  Duchesne,  «  à  Chartres,  à 
Troyes,  à  Orléans,  on  ne  relève,  sur  ce  fait  de  la  mis- 
sion, aucune  tradition  indépendante  de  celle-ci  et 
capable  de  l'appuj'er  ».  I.a  Passion,  in  extenso  ou  sous 
forme  d'extraits,  apparaît  au  xii"  s.  dans  les  manus- 
crits liturgiques  chartrains,  mais,  antérieurement  à 
cette  époque,  on  ne  trouve  dans  les  documents  d'ori- 
gine locale  aucun  renseignement  de  nature  à  en  confir- 
mer les  assertions.  J,a  Passion  de  S.  Chéron,  qui  place 
au  I"  s.  la  venue  à  Chartres  de  ce  saint,  n'y  fait  aucune 
allusion. 

Faut-il  donc  croire,  avec  le  rédacteur  des  leçons  du 
l)réviaire  chartrain  de  1783,  qu'  «  en  raison  des 
malheurs  des  temps  et  de  l'incurie  des  auteurs  l'his- 
toire des  premiers  évêques  de  Chartres  est  tellement 
obscure  que  Dieu  seul  les  connaît  »?  Ce  serait  pousser 
trop  loin  le  scepticisme.  Chartres,  nous  le  verrons, 
possède  une  liste  épiscopale  de  nature  à  inspirer  con- 
fiance. Le  nom  qui  figure  au  troisième  rang  de  cette 
liste,  Valentinus,  est  très  probablement  celui  d'un 
contemporain  de  S.  Martin.  En  somme,  il  est  prudent 
de  conclure  avec  Mgr  Duchesne  que  le  siège  épiscopal 
de  Chartres  est  un  de  ceux  dont  la  fondation  «  est  une 
conséquence  de  la  tolérance  religieuse  pratiquée  par 
Constantin  et  proclamée  par  les  édits  de  311  et  313  ». 
Remarquons  d'ailleurs,  toujours  avec  le  même  histo- 
rien, qu'il  faut  distinguer  entre  la  constitution  des 
Églises  épiscopales  et  l'existence,  qui  peut  remonter 
plus  haut,  de  fidèles  isolés  ou  même  de  ])etits  groupes 
de  chrétiens  dans  les  principales  localités  de  la  Lyon- 
naise. Bien  avant  que  la  Passion  des  SS.  Savinien  et 
Potentien  ait  été  connue  à  Chartres,  on  y  honorait  des 
martyrs  locaux  :  S.  Chéron,  S.  Eman,  S.  Piat  et  S. 
Prest,  ces  deux  derniers  confondus  à  partir  d'une  cer- 
taine époque  avec  d'autres  saints  homonymes,  et 
Paris  rendait  un  culte  à  S.  Lucain,  martyr  in  pago 
Dunensi.  N'oublions  pas  cependant  que  le  seul  de  ces 
martyrs  dont  l'époque  soit  certaine,  S.  Eman,  n'a 
vécu  qu'au  vi''  siècle. 

IIL  Liste  épiscopale.  —  Chartres  est  en  posses- 
sion d'une  liste  de  ses  évêques  que  l'on  trouve  sous 
diverses  formes  dans  des  documents  manuscrits  et 
dans  les  ouvrages  d'histoire  ecclésiastique  locale.  Dans 
les  copies  postérieures  au  xiv<^  s.,  cette  liste  renferme 
des  erreurs  de  plus  en  plus  nombreuses  et  s'encombre 
d'indications  chronologiques  manifestement  fausses. 
Le  plus  ancien  document  donnant  la  série  des  évêques 
de  Chartres  est  le  ms.  lai.  13758  de  la  Bibl.  nat.,  pro- 
venant de  l'abbaye  de  Vendôme;  on  y  trouve,  de 
première  main,  les  noms  des  évêques  qui  se  sont  suc- 
cédé depuis  l'origine  jusque  vers  1160.  Ce  catalogue 
inspire  confiance,  car,  comme  R.  Merlet  l'a  remarqué 
avec  raison,  «  il  ne  contredit  aucune  des  corrections 
que  les  auteurs  du  Gallia  christiana  ont  apportées  aux 
autres  listes,  soit  d'après  les  souscriptions  de  conciles, 
soit  d'après  des  pièces  authentiques.  On  doit  donc  lui 
accorder  une  semblable  autorité  pour  la  succession  des 
évêques  sur  lesquels  on  n'a  point  d'autre  moyen  de 
vérification,  du  moins  jusqu'à  ce  qu'on  ait  de  vérita- 
bles preuves  à  ai)porter  à  rencontre  ».  Quant  aux 
évêques  de  la  lin  du  xii"  s.  et  des  siècles  suivants,  ils 
sont  connus  ])ar  ailleurs  et  il  ne  peut  y  avoir  de  doute 
sur  leur  identité  et  le  temps  où  ils  ont  vécu. 

Voici  cette  liste  prolongée  jusqu'à  notre  époque  : 
Adventus.  —  Optatus.  —  Valentinus  (Sulpice-Sévère, 
Dial.,  II,  II).  —  Martinus.  —  Anianus  (S.  Aignan), 
V.  D.  H.  G.  E.,  I,  1111-14.  —  Severus.  —  Castor.  — 
Africanus.  —  Posse.ssor.  —  Polochronius  (d'après  dom 
Cl.  Morin  ce  personnage  et  le  précédent  seraient  des 


j  évêques  de  Vcrdim  «  réfugiés  »  à  Chartres).  —  Palla- 
I  dius  (nom  omis  par  erreur  dans  la  liste  des  Fastes  épis- 
\  copaux...  de  Duchesne).  —  Arboastus.  —  Flavius.  — 
I  Sollemnis  (S.  Solenne,  contemporain  de  Glovis;  Vie 
ancienne).  —  Adventinus  (S.  Aventin;  concile  d'Or- 
[  léans,  511),  v.  D.  H.  G.  E.,  v,  102.5.  ~  Aetherius 
I  (conciles  d'Orléans,  533,  538,  541).  —  Leobinus  (S.  Lu- 
bin;  Vie  ancienne;  conciles  d'Orléans,  549,  et  de 
Paris,  552).  —  Caletricus  (S.  Caletric;  conciles  de 
Paris,  556,  573;  de  Tours,  567),  v.  D.  H.  G.  E.,  xn, 
281.  —  Pabulus  (Papolus;  conciles  de  Paris,  573;  de 
Mâcon,  585).  —  Boetharius  (S.  Béthaire;  vers  600, 
Vie  ancienne),  v.  D.  H.  G.  E.,  vin,  1244.  —  Magne- 
bodus.  —  Sigoaldus.  —  Mainulfus.  —  Theodaldiis 
(concile  de  Paris,  614).  —  Bertegesilus  (concile  de 
Glichy,  627).  —  Malardus  (S.  Malard;  privilège  de 
j  Rebais,  637  ou  638;  concile  de  Chalon-sur-Saône, 
650).  — ■  Gauzbertus  (chartes  de  660  et  667).  —  (irodo- 
!  bertus.  —  Deodatus.  —  Domo.  —  Probo  (ou  Promo). 
j  —  Bertharius.  —  Bertegrannus.  —  Haiminus.  —  Hai- 
[  gradus  (ou  Ageradus;  concile  de  Rouen,  688  ou  689; 
!  charte  de  696  ou  697).  —  Agatheus.  —  Leobertus.  — 
Hado.  —  Flavinus.  —  Godalsaldus.  —  Bernoinus 
(concile  de  Paris,  839;  mentionné  en  836  dans  la 
Translation  de  S.  Liboire).  —  Helias  (concile  de  Beau- 
vais,  845),  t  853.  —  Burchardus  (mentionné  en  853  et 
854).  —  Frotbaldus  (assemblée  de  Bonneuil,  856), 
victime  des  Normands  en  857  ou  858.  —  Gislebertus 
(divers  conciles,  859-878).  —  Haimo  (translation  des 
1  SS.  Wandrille  et  Ansbert,  885).  —  Girardus  (cité  en 
886  ou  887).  —  Haimericus  (mentionné  en  890  et  891). 

—  Wantelmus  (mentionné  en  911).  —  Haganus, 
t  941.  — -  Rainfredus.  —  Harduinus.  —  Vulfaldo 
(chronique  de  Flodoard,  962).  —  Odo,  f  1003.  — 
Radulfus,  1004-06.  —  Fulbertus  (S.  Fulbert),  1006- 
28.  —  Teodoricus,  1028-49.  —  Agivertus  (ou  Agober- 
tus;  chartes  de  1052-60).  —  Hugo,  simoniaque,  déposé 

]  par  Alexandre  II  vers  1063.  —  Rotbertus,  f  1068  ou 
\  1069.  —  Arraldus  (mentionné  en  1070),  t  1075.  — 
Robert  dont  l'élection  fut  annulée  pour  simonie  par 
Grégoire  VII  en  1076.  — •  Geoffroy,  déposé  par  Ur- 
bain II  en  1089.  —  S.  Yves,  1090-1115.  —  Geoffroy 
de  Lèves,  1115-49.  —  Goslein  de  Musy,  dit  de  Lèves, 
1149-56.  —  Robert,  1156-64.  —  Guillaume  de  Champa- 
gne, 1164-76.  —  Jean  de  Salisbury,  1 176-80.  —  Pierre 
de  Celles,  1180-83.  —  Renaud  de  Mouçon,  1183-1217. 

—  Gauthier,  1217-34.  —  Hugues  de  la  Ferté,  1234-3(i. 

—  AubryCornut,  1236-44.  —  Henri  de  Grez,  1244-46. 

—  Mathieu  des  Champs,  1247-59.  —  Pierre  de  Mincy, 
1260-76.  —  Simon  de  Perruchay,  1276-97.  —  Jean  de 
Garlande,  1298-1315.  —  Robert  de  Joigny,  1315-26. 

—  Pierre  de  Chappes,  1326-27.  —  Jean  Pasté,  1327-32. 

—  Aymeric  de  Chastellux,  1332-42,  —  Guillaume 
Amy,  1342-49.  —  Louis  de  Vaucemain,  1349-56.  — 
Simon  Lemaire,  1357-60.  —  Jean  d'Anguerant,  1360- 
68.  —  Guillaume  de  Chanac,  1368-69.  —  Guérin 
d'Arcy,  1370-76.  —  Ebles  du  Puy,  1376-80.  —  Jean 
Lefèvre,  1380-90.  —  Jean  de  Montaigu,  1390-1406.  — 
Martin  Gouges  de  Charpaignes,  1406-15.  —  Philippe 
de  Boisgiloud,  1415-18.  — •  Jourdain  des  Ursins,  1418- 
19  (ne  prit  pas  possession).  —  .lean  de  Frétigny. 
1419-32.  —  Robert  Dauphin,  1432-34.  -  Thibaut 
Lemoine,  1434-41.  —  Pierre  de  Comborn,  1441-43.  - 
Pierre  Bèchebien.  1443-59.  —  Miles  d'Iiliers,  1459-92. 

—  René  d'Iiliers,  1492-1507.  Érard  de  la  Marck, 
1507-25.  —  Louis  Guillard,  1525-53.  —  Charles  Guil 
lard,  1553-73.  —  Nicolas  de  Thou,  1573-98.  —  Phi 
lippe  Hurault  de  Cheverny,  1598-1620.  —  Léonor 
d'Estampes  de  Valençay,  1620-41.  —  Jacques  Lescol, 
1641-56.  —  Ferdinand  de  Neufville  de  Villeroy,  1657- 
90.  —  Paul  de  Godet  des  Marais,  1690-1709.  —  Char- 
les-François des  Monstiers  de  Mérinville,  1709-46.  ■ 
Plerre-Auguste-Bernardiii  de  Rosset  de  l""leurv,  1716 


549 


CHAR 


TRES 


550 


80.  —  Jean-Baptiste- Joseph  de  Lubersac,  1780, 
démissionne  en  1801.  Pendant  son  épiscopat,  Nicolas 
Bonnet  fut  évêque  constitutionnel  (1791-93).  En  vertu 
du  Concordat  de  1802,  l'Eure-et-Loir  fut  rattaché  à 
l'évêché  de  Versailles  jusqu'en  1821.  —  Jean-Baptiste- 
Marie-Anne  De  Latil,  1821-24.  —  Claude-Hippolyte 
Clausel  de  Montais,  1824-53.  —  Louis-Eugène  Re- 
gnault,  1853-89.  —  François  Lagrange,  1890-95.  — 
Gabriel  Mollien,  1896-1904.  —  Henri-Louis  Bouquet, 
1906-26.  —  Raoul-Octave-Marie  Harscouët,.  1926. 

IV.  LÉGENDES.  —  Les  origines  de  l'Église  de  Char- 
tres ont  donné  lieu  à  une  floraison  de  légendes,  assez 
discréditées  au  xviii«  s.,  remises  en  honneur  au  xix«, 
dont  nous  ne  pouvons  nous  dispenser  de  faire  mention. 
Ces  légendes  se  trouvent  sous  leur  forme  la  plus  déve- 
loppée dans  la  Parthénie  de  Roulliard  (1609),  livre  qui 
paraît  avoir  suffi  à  la  curiosité  du  public  jusqu'à  la 
réaction  critique  du  xvii"  s.  Voici,  résumés  en  quelques 
mots,  les  faits  que  l'auteur  narre  sur  le  mode  oratoire. 

Cent  ans  avant  l'incarnation  du  Sauveur,  les 
druides  chartrains,  mus  par  une  inspiration  prophé- 
tique, érigèrent  dans  une  grotte  un  autel  et  une  statue 
en  l'honneur  de  la  Vierge  qui  devait  enfanter  (Virgo 
paritura).  Le  souverain  de  Chartres,  Priscus,  fit  don 
de  son  royaume  à  cette  Vierge  qui  dès  lors  fut  la 
»  Dame  de  Chartres  ».  Lorsque,  vers  l'an  44,  les  SS. 
Potentien,  Altin  et  Eodald  arrivèrent  à  Chartres,  ils 
trouvèrent  les  druides  en  prière  devant  l'image  de 
cette  Vierge.  Ils  n'eurent  pas  de  mal  à  les  convaincre 
que  ce  qu'ils  attendaient  était  arrivé.  Les  Chartrains 
furent  baptisés;  la  grotte,  dûment  consacrée,  devint 
une  église,  qu'un  clergé,  ordonné  à  cette  fin,  fut  chargé 
de  desservir. 

Après  le  martyre  des  victimes  de  la  persécution, 
racontée  par  Roulliard  comme  par  l'auteur  de  la 
Passion  des  SS.  Savinien  et  Potentien,  à  ce  détail 
près  que  Modeste  est  devenue  la  propre  fille  de  Quiri- 
nus,  les  Chartrains,  ayant  retrouvé  la  tranquillité, 
envoyèrent  à  Marie  une  députation  pour  lui  faire 
savoir  qu'en  vertu  de  la  donation  de  Priscus  elle  était 
devenue  leur  souveraine,  titre  que  la  Vierge  daigna 
accepter.  Roulliard  n'en  dit  pas  très  long  sur  cet 
épisode,  mais  Savard,  auteur  d'une  autre  Parthénie 
restée  manuscrite  (1664),  est  plus  renseigné.  Il  nous 
apprend  que  1'  «  ambassade  »  se  composait  de  trois 
membres  choisis  dans  les  «  trois  estats  »;  il  nous  donne 
le  texte  de  leur  harangue  à  Marie  ainsi  que  celui  de 
la  réponse  de  celle-ci;  il  reproduit  la  traduction  d'une 
lettre  adressée  aux  Chartrains  par  «  Marie,  l'indigne 
servante  du  Seigneur  »,  lettre  dont  l'original  en  hébreu 
est  conservé,  dit-il,  dans  le  trésor  de  l'église  de  Char- 
tres. 

N'accusons  pas  Roulliard  d'avoir  inventé.  Cet  au- 
teur est  crédule,  mais  d'une  entière  bonne  foi.  Quand 
on  peut  identifier  ses  sources,  qu'il  ne  cite  pas  tou- 
jours, on  constate  qu'abstraction  faite  du  style  il  les 
reproduit  exactement.  Ici,  sa  source  est  un  écrit  de 
1389,  connu  sous  le  nom  de  Vieille  chronique,  dans  le- 
quel, cependant,  il  n'est  pas  fait  mention  des  druides, 
l'érection  de  l'autel  et  de  la  statue  y  étant  attribuée 
aux  «  pontifes  des  idoles  ». 

L'introduction  des  druides  dans  la  légende  est 
constatée  dans  différents  écrits  ne  remontant  pas 
plus  haut  que  le  commencement  du  xvi<=  s.,  notam- 
ment dans  un  Petit  traicté...  touchant  la  fondation  et 
érection  de  l'église  Notre-Dame  et  cité  de  Chartres,  com- 
posé par  l'ofTicial  Estienne  Prévost  (1558).  On  croit 
que  le  rôle  des  druides  avait  été  imaginé  par  quelque 
érudit  ayant  lu  César;  tel  est,  à  peu  de  chose  près, 
notre  avis.  Nous  pensons  que  le  premier  auteur  qui 
ait  mentionné  les  druides  à  propos  de  Chartres, 
mais  sans  leur  attribuer  l'établissement  du  culte  de 
la  Virgo  paritura,  est  Oerson;  un  lecteur  trop  peu 


attentif  de  son  poème  intitulé  Josephina  aura  cru  y 
voir  ce  que  l'auteur  n'y  a  pas  mis. 

A  part  ce  qu'il  dit  des  druides,  Roulliard  doit  à 
peu  près  tout  ce  qu'il  sait  à  la  Vieille  chronique  de 
1389.  Mais  où  l'auteur  de  cet  écrit  a-t-il  lui-même 
puisé?  Il  s'est  servi  comme  source  principale  de  la 
Passion  des  SS.  Savinien  et  Potentien.  Il  est  à  noter 
cependant  qu'il  n'est  nulle  part  question  dans  ce  docu- 
ment du  culte  prophétique  de  la  Virgo  paritura;  il  y 
est  dit  seulement  que  l'Église  de  Chartres  a  été  fondée 
du  vivant  de  la  Vierge,  assertion  souvent  répétée  au 
xiv  s.  On  a  supposé  que  l'auteur  de  la  Vieille  chro- 
nique s'était  fait  l'écho  de  traditions  très  anciennes, 
qu'il  pourrait  s'agir  de  quelque  survivance  d'un  culte 
païen  christianisé.  De  l'antiquité  incontestable  du 
«  puits  des  Saints-Forts  »,  retrouvé  en  1902,  on  ne  sau- 
rait, croyons-nous,  conclure  à  celle  du  culte  prophé- 
tique de  la  Virgo  paritura;  car,  bien  qu'on  ait  dit  que 
la  dévotion  à  ce  puits  fut  associée  de  temps  immémo- 
rial au  culte  de  la  Vierge,  le  moine  Paul,  de  S. -Père 
de  Chartres,  qui  écrivait  au  xi«  s.,  n'évoque  à  ce  propos 
d'autre  souvenir  que  celui  des  fidèles  massacrés  en  858 
par  les  Normands.  Il  semble  donc  que  les  traditions 
enregistrées  en  1389  dans  la  Vieille  chronique  n'étaient 
pas,  à  cette  date,  fort  anciennes.  Si,  au  xi»  s.,  S.  Ful- 
bert de  Chartres  les  avait  connues,  n'y  aurait-il  pas 
fait  allusion  dans  l'un  ou  l'autre  de  ses  sermons  pour 
la  Nativité?  Et  l'auteur  de  l'original  latin  du  Livre 
des  miracles,  qui  écrivait  dans  les  premières  années  du 
xiii"  s.,  ne  leur  aurait-il  pas  emprunté  quelque  récit, 
si  elles  avaient  eu  cours  de  son  temps?  Il  n'est  pas 
impossible  qu'un  mot  isolé  de  son  contexte  ait  été 
pour  quelque  chose  dans  le  développement  ou  même 
la  naissance  du  culte  de  la  Virgo  paritura.  Dans  son 
office  de  la  Nativité  autrefois  répandu  dans  tout  l'Oc- 
cident, Fulbert  n'a-t-il  pas  célébré  Marie  enfant, 
regem  paritura  supremum? 

Est-il  besoin  d'ajouter  qu'en  pareille  matière  on  est 
forcé,  presque  toujours,  de  se  contenter  de  probabi- 
lités? Peut-être  cependant  est-il  permis  d'espérer  plus 
de  lumière.  S'il  n'y  a  plus  rien  à  tirer  des  documents 
chartrains,  aujourd'hui  bien  connus,  il  y  aurait  peut- 
être  quelque  chose  à  attendre  du  rapprochement  de  la 
tradition  chartraine  avec  celle  de  Nogent-sous-Coucy, 
oli  un  culte  de  la  Virgo  paritura  est  attesté  dès  le  début 
du  xii«  s.  par  l'abbé  Guibert  de  Nogent,  c.-à-d.  par 
un  auteur  qui  n'était  pas  des  plus  crédules. 

V.  PÈLERINAGE.  —  Le  pèlerinage  de  Notre-Dame  de 
Chartres  est,  depuis  un  temps  immémorial,  un  des 
grands  pèlerinages  français.  L'un  des  objets  matériels 
que  vénèrent  les  pèlerins  est  la  relique  connue  autre- 
fois sous  le  nom  de  «  chemise  »  et  aujourd'hui  sous 
celui  de  «  voile  »  de  Notre-Dame,  donnée  à  l'Église  de 
Chartres,  vers  876,  par  Charles  le  Chauve.  On  s'est 
demandé  si  c'est  en  raison  du  pèlerinage  que  la  relique 
a  été  donnée  à  la  cathédrale,  ou  si  c'est  à  la  relique 
que  le  pèlerinage  doit  son  existence.  Faute  de  ren- 
seignements, la  question  est  insoluble,  mais  on  ne  peut 
mettre  en  doute  que  la  célébrité  de  la  relique  ait  gran- 
dement contribué  au  développement  du  pèlerinage. 
Enfermée  vers  l'an  mille  dans  une  châsse  qui  resta 
close  jusqu'en  1712,  la  relique  passa  pour  une  che- 
mise; lorsque  Mgr  de  Mérin ville  en  fit  la  reconnais- 
sance, on  constata  avec  étonnement  qu'elle  consistait 
en  une  pièce  d'étoffe  de  soie  écrue,  parfaitement  unie, 
large  entre  les  deux  lisières  de  G  m.  46  et  longue  d'en- 
viron 5  m.  35.  Dès  le  xii"  s.,  et  sans  doute  avant,  la 
«  sainte  châsse  »  était  conservée  au  rétable  du  maître- 
autel;  les  pèlerins  y  accédaient  pour  la  vénérer  et 
rapportaient  de  Chartres,  comme  objets  de  dévotion, 
soit  de  véritables  chemises,  destinées  surtout  aux 
gens  de  guerre  ou  aux  futures  inères,  soit  de  petits 
insignes  en  forme  de  «  chemi.sette  »,  encore  en  usage 


551 


CHA  RTT^  KS 


aujourd'hui.  La  relique  Tuf  morcelée  et  dispersée  en 
1793.  Le  trésor  de  la  cathédrale  en  récupéra  depuis 
plusieurs  morceaux,  dont  un  long  de  plus  de  2  m., 
qui  fut  mis  dans  une  nouvelle  châsse.  L'étofïe,  exa- 
minée en  1927  par  M.  d'Hennezel,  conservateur  du 
musée  des  tissus  de  la  chambre  de  commerce  de  Lyon, 
peut  remonter  à  l'époque  à  laquelle  la  tradition  l'at- 
tribue. 

Au  xii«  s.,  on  vint  beaucoup  à  Chartres  implorer 
Notre-Dame  pour  la  guérison  du  «  mal  des  ardents  ». 
La  Translation  de  S.  Germer  fait  mention  du  pèleri- 
nage que  firent  à  cette  intention,  en  1132,  les  habitants 
de  Beauvais.  Nous  savons,  par  la  traduction  en  vers 
français  (xiii'^  s.)  du  Livre  des  miracles,  que  les  pèlerins 
étaient  hospitalisés  pendant  neuf  jours  dans  une 
partie  de  la  crypte  de  la  cathédrale. 

C'est  aux  xii«  et  xiii«  s.  que  le  pèlerinage  de  Char- 
tres paraît  avoir  atteint  sa  plus  grande  célébrité. 
Guibert  de  Nogent  (f  1124)  dit  que  le  nom  et  la  relique 
de  la  Vierge  (nomen  et  pignora)  y  sont  l'objet  de  la 
vénération  de  presque  tout  le  monde  latin.  Dans  un 
document  de  1260,  le  pape  Alexandre  IV  atteste  que 
la  dévotion  envers  Marie  attire  à  Chartres  une  multi- 
tude innombrable  de  fidèles.  Même  assertion,  presque 
dans  les  mêmes  termes,  dans  une  bulle  de  Nicolas  IV 
en  date  de  1289. 

Quelques  années  avant  le  milieu  du  xii«  s.  la  dévo- 
tion à  Notre-Dame  de  Chartres  prit  une  forme  nou- 
velle. A  l'occasion  des  grands  travaux  qui  étaient  alors 
en  cours  à  la  cathédrale,  les  pèlerins  s'attelèrent  aux 
chariots  qui  amenaient  à  pied  d'œuvre,  quelquefois 
de  fort  loin,  les  matériaux  ainsi  que  les  provisions  des- 
tinées au  ravitaillement  des  ouvriers.  Nul  n'était 
admis  à  ces  pieuses  corvées,  s'il  n'avait  fait  pénitence 
de  ses  fautes  et  réparé  le  tort  qu'il  avait  pu  faire  à  son 
prochain.  Plusieurs  textes  —  chronique  de  Robert 
de  Mont,  lettres  de  Haymon,  abbé  de  S.-Pierre-sur- 
Dives,  et  de  Hugues,  archevêque  de  Rouen  —  ont 
relaté  ce  fait  que  l'on  constate  en  divers  lieux,  mais 
dont  l'origine  est  à  Chartres.  Le  même  enthousiasme 
se  manifesta  de  nouveau  cinquante  ans  plus  tard, 
lorsque  la  cathédrale  actuelle  fut  bâtie  après  l'incendie 
de  1194.  Le  Livre  des  miracles  de  Notre-Dame  de 
Chartres  nous  fait  connaître  les  pratiques  des  pèlerins 
à  cette  époque.  L'objet  de  leur  vénération  était  sur- 
tout la  sainte  châsse;  c'est  par  conséquent  devant  le 
maître-autel  où  elle  était  conservée  qu'ils  venaient 
prier;  ce  maître-autel  était  déjà  sans  doute  surmonté 
d'une  statue  de  la  Vierge  Mère.  Il  en  fut  ainsi  jusqu'à 
la  fin  du  Moyen  Age.  Au  xvi"  s.,  on  trouva  que  cette 
afiluence  de  pèlerins  dans  le  sanctuaire  troublait  les 
offices;  une  réplique  de  la  statue  fut  exécutée  et 
exposée  en  avant  du  jubé,  et  la  châsse,  renfermée 
dans  un  «  trésor  »,  ne  fut  plus  constamment  visible. 
Il  est  à  noter  qu'il  n'est  pas  question  au  xni«  s.  de  la 
statue  de  la  crypte,  qui  cependant  existait  déjà,  car 
l'original,  brûlé  en  1793,  mais  connu  par  de  fidèles 
reproductions,  était  une  œuvre  du  xn«  s.  La  célébrité 
de  cette  statue  ne  paraît  pas  antérieure  à  la  diffusion 
du  récit  concernant  le  culte  de  la  Virgo  paritura.  Au 
xv«  s.,  elle  était  fort  vénérée;  Louis  XI,  en  1471,  la 
fit  placer  dans  un  riche  tabernacle;  au  xvi«  s.,  elle 
était  le  but  de  processions  extraordinaires.  Les  pèle- 
rins accouraient  individuellement  ou  par  petits  grou- 
pes; les  affluences  ne  se  produisaient  qu'aux  princi- 
pales fêtes  de  Notre-Dame,  à  l'Assomption  et  surtout 
à  la  Nativité  qui,  depuis  S.  Fulbert,  était  devenue  la 
grande  fête  chartraine.  A  cette  occasion,  les  pèlerins 
passaient  la  nuit  dans  la  cathédrale,  ce  qui  causait  un 
tel  désordre  que  le  chapitre,  en  1531,  jugea  impossible 
de  célébrer  les  matines  à  l'heure  habituelle  et  décida 
de  les  retarder  à  l'avenir  jusqu'au  matin  des  l.'î  août 
el  S  sepletnhre. 


Le  sanctuaire  chartrain  jouit  d'une  grande  célébrité 
aux  XVII*  et  ickiw  s.  Parmi  les  pèlerins  illustres  qui 
vinrent  y  prier,  il  faut  citer  S.  François  de  Sales. 
S.  Vincent  de  Paul,  Monsieur  Bourdoise,  Monsieur 
Olier,  S.  Benoît  Labre. 

La  Révolution  mit  fin  momentanément  aux  prati- 
ques du  pèlerinage.  Quand  le  monument  fut  rendu  au 
culte,  comme  simple  église  paroissiale,  les  fidèles  y 
retrouvèrent  la  Vierge  du  Pilier  (ancienne  Vierge  du 
jubé);  un  peu  plus  tard,  ce  c)ui  restait  de  l'ancienne 
relique  vénérée  fut  restitué  et  remis  en  honneur.  La 
crypte  profanée  ne  retrouva  sa  destination  ((u'en  1855 
et  ne  fut  totalement  restaurée  (pi'en  1860.  De  cette 
période  date  la  renaissance  du  pèlerinage,  qui  depuis 
n'a  cessé  de  prendre  une  am|)leur  de  plus  en  plus 
grande.  Signalons  seulement  (piel(|ues  événements. 
Un  1855,  la  Vierge  du  Pilier  fut  couronnée  au  nom  de 
Pie  IX.  La  dévotion  aux  anciens  sanctuaires  qui  se 
manifesta  après  1870  n'oublia  pas  Chartres  :  il  y  eut 
un  grand  pèlerinage  en  1873;  un  autre  en  1876. 
i  Mgr  Lagrange  institua  les  pèlerinages  diocésains,  dont 
I  le  premier  eut  lieu  en  1891.  D'imposantes  fêtes  mariâ- 
tes, avec  exposition  du  «  voile  de  Notre-Dame  », 
furent  célébrées  en  1927.  Actuellement,  le  sanctuaire 
chartrain  est  visité  en  tout  temps  par  des  pèlerins 
individuels  ou  formant  de  petits  groupes;  pendant  la 
belle  saison,  on  voit  se  succéder  des  groupes  impor- 
tants :  œuvres,  paroisses,  sociétés  diverses.  Le  pèle- 
rinage le  plus  imposant  est  celui  des  étudiants,  qui 
font  à  pied  au  moins  une  partie  du  voyage.  En  1935, 
ils  étaient  une  quinzaine;  en  1948  et  1949  ils  pou- 
vaient être  cinq  ou  six  mille. 

VI.  Cathédrale.  —  La  cathédrale  de  Chartres 
jouit  à  bon  droit  d'une  renommée  mondiale;  les  con- 
naisseurs les  plus  compétents  sont  d'accord  pour  voir 
en  elle  le  spécimen  le  plus  parfait  de  l'art  religieux  du 
Moyen  Age  à  son  apogée. 

Telle  qu'elle  est  aujourd'hui,  elle  date  en  majeure 
partie  des  xii'  et  xiii«  s.,  mais  ceux  qui  l'ont  élevée 
î  ont  conservé  ce  qu'ils  ont  pu  de  l'œuvre  de  leurs  de- 
I  vanciers,  et  elle  a  reçu  dans  la  suite  des  temps  d'im- 
j  portantes  additions. 

I      Détruite  par  les  pirates  normands,  l'église  fut  rele- 
I  vée  au  ix*  s.  Il  reste  de  cette  époque  d'intéressants 
I  vestiges,  notamment  une  crypte  située  sous  l'abside. 
!  .\près  un  incendie  survenu  en  1020,  la  cathédrale  fut 
rebâtie  par  l'illustre  évêque  Fulbert.  La  crypte  ac- 
tuelle, comprenant  deux  galeries  parallèles  sous  les 
bas-côtés,  reliées  par  un  couloir  semi-circulaire  sur 
[  lequel  s'ouvrent  des  chapelles,  remonte  à  cette  époque. 
L'église  de  Fulbert,  élevée  au  début  de  l'art  roman  en 
une  région  oîi  cet  art  resta  longtemps  d'une  extrême 
simplicité,  était  un  monument  vaste  et  imposant, 
mais  d'un  aspect  fort  austère. 

A  peine  terminée,  la  cathédrale  du  xi«  s.  reçut  di- 
verses additions.  Au  xii«  s.,  elle  fut  pourvue,  à  l'Ouest, 
d'une  nouvelle  façade  et  de  deux  tours.  Cette  façade 
'  comprend  l'admirable  portail  Royal,  œuvre  du  même 
atelier  de  sculpture  que  le  portail  de  S. -Denis,  mais 
mieux  conservé.  On  y  remarque  les  célèbres  «  statues- 
colonnes  »  dont  la  verticalité  s'harmonise  avec  les 
lignes  architecturales.  La  tour  nord,  dont  les  parties 
hautes  sont  plus  récentes,  est  la  plus  ancienne  des 
deux;  la  tour  sud,  surmontée  dès  l'origine  par  son 
immense  flèche,  est  le  célèbre  «  clocher  vieux  ». 

La  cathédrale  romane,  à  l'exception  des  parties 
occidentales  ajoutées  au  xii«  s.  et  de  la  crypte  pro- 
tégée par  ses  fortes  voûtes  d'arête,  fut  incendiée  ei 
1194.  La  reconstruction  en  fut  aussitôt  entreprise, 
ce  travail  gigantesque,  accompli  avec  enthousiasin 
ne  demanda  qu'une  quarantaine  d'années.  L'impo 
tance  de  ce  monument  dans  l'histoire  de  l'art  e 
considérable  :  c'est  à  Chartres  ((u'un  chef  de  chantie 


553  CHA 

au  couiaiil  de  lous  les  perfeclioniienieiits  apportés 
de  sou  temps  dans  l'art  de  bâtir,  a  pour  la  première 
fois  mis  fin  définitivement  aux  tâtonnements  du  pre- 
mier art  gothique.  Plus  de  tribunes,  plus  de  voûtes 
sexpartites,  plus  d'alternance  dans  les  supports,  plus 
d'arcs-boutants  timides  rasant  les  combles  des  bas- 
côtés.  Les  baies  sont  largement  percées,  et  les  arcs- 
boutants  concourent  à  la  beauté  de  l'ensemble. 

Les  deux  porches  latéraux,  terminés  vers  le  milieu 
du  xiii«  s.,  présentent  un  ensemble  extrêmement 
riche  de  sculptures,  œuvre  de  plusieurs  ateliers  suc- 
cessifs. Les  statues  les  plus  anciennes  ont  une  gran- 
deur austère  et  presque  farouche  —  telles  sont  celles 
des  personnages  de  l'Ancien  Testament  au  portail 
nord;  les  plus  récentes  —  telle  la  Ste  Modeste  du 
porche  nord  ou  les  saints  guerriers  du  portail  sud  — 
sont  d'un  art  qui  annonce  celui  qui  triomphe  à  Reims 
dans  les  plus  parfaites  statues  de  cette  cathédrale. 

Mais  ce  qui  constitue  le  plus  grand  charme  de  Notre- 
liame  de  Chartres,  c'est  sa  parure  de  vitraux,  dont 
l'ensemble  est  unique  au  monde.  Les  plus  anciens  et 
les  plus  splendides  sont  ceux  de  la  façade  ouest  :  trois 
grandes  lancettes,  dont  une  est  le  célèbre  «  arbre  de 
Jessé  ».  Les  autres  datent  en  majeure  partie  du  xiii«  s. 
Trente-huit  vitraux  légendaires  dont  trente  absolu- 
ment intacts,  une  centaine  de  roses  ou  de  lancettes 
comportant  de  grandes  figures,  trois  roses  d'environ 
10  mètres  de  diamètre  composent  cette  collection  sans 
rivale.  Aucun  de  ces  vitraux  n'est  daté,  mais  beau- 
coup ont  été  offerts  par  des  donateurs  identifiables, 
ce  qui  permet  de  savoir  que  vers  123.5  ou  au  plus  tard 
vers  1240  la  cathédrale  était  en  possession  de  cette 
magnifique  parure. 

Au  cours  du  xiv«  s.,  on  reconstruisit,  au  chevet,  la 
salle  du  chapitre,  qui  fut  surmontée  d'utie  chapelle 
dédiée  à  S.  Piat;  au  commencement  du  xv<^,  I^ouis  de 
Bourbon  fit  élever,  entre  deux  contreforts  du  bas  côté 
méridional,  la  «  chapelle  Vendôme  »,  de  style  flam- 
l)oyaiit.  La  flèche  nord,  ou  «  clocher  neuf  »,  fut  bâtie 
par  le  maçon  Jean  Texier  i)our  remplacer  une  flèche 
(le  charpente  couverte  en  plomb  foudroyée  en  1506; 
cette  flèche  est  un  chef-d'(i-uvre  de  l'art  flamboyant. 
Le  même  architecte  fut  chargé,  (juelques  années  plus 
lard,  d'entourer  le  chœur  d'une  riche  clôture  qui, 
conmiencée  en  style  gothique,  présente  dans  ses  par- 
ties les  i)lus  récentes  le  décor  de  la  première  Renais- 
sance. Cette  clôture  est  enrichie  de  groupes  sculptés 
dont  les  derniers  en  date  remontent  seulement  au 
premier  quart  du  xviii»  siècle. 

Un  grand  travail  —  moins  heureux  —  fut  exécuté 
au  cours  des  trente  années  qui  précédèrent  la  Révo- 
lution :  la  transformation  du  chœur.  Le  maître-autel 
fut  inauguré  en  1773.  Il  est  surmonté,  en  guise  de 
rétable,  de  l'Assomption  de  Bridan,  groupe  colossal  en 
marbre  de  Carrare  dont  le  mérite  incontestable  ne 
justifie  pas  l'intrusion  en  pareil  lieu.  La  décoration 
du  chœur,  comportant  des  revêtements  de  stuc,  des 
bas-reliefs  de  marbre  et  de  nouvelles  stalles,  était  à 
peine  terminée  lorsque  les  lois  révolutionnaires  ame- 
nèrent la  dissolution  du  chapitre  qui  avait  commandé 
ces  coûteux  travaux. 

i-e  xix"=  s.  s'est,  en  général,  borné  à  restaurer.  L'an- 
cienne charpente  des  [jarties  hautes,  supportant  une 
couverture  de  plomb,  fut  incendiée  en  183fi;  on  lui 
substitua  un  comble  métallique  couvert  en  cuivre. 

Profanée  depuis  la  Révolution,  la  crypte  fut  rendue 
au  culte  partiellement  en  1855,  totalement  en  1860. 
lille  reçut  au  cours  de  cette  période  et  pendant  les 
années  suivantes  une  décoration  picturale  d'intention 
archéologique  et  symbolique,  en  réalité  d'un  effet 
assez  contestable. 

En  somme,  la  cathédrale  de  Chartres  est  un  des 
monuments  les  plus  représentatifs  de  l'art  gothique; 


1  elle  possède  la  collection  de  vitraux  des  xii'^  et  xih«  s. 

I  la  plus  remarquable  qui  soit  au  monde;  et  l'on  y  peut 
suivre  le  développement  de  la  sculpture  gothique  de- 
puis sa  naissance  jusqu'à  sa  maturité,  au  cours  d'un 
siècle  qui  est  l'un  des  plus  grands  dans  l'histoire  de 
l'art  français. 

VII.  Chapitre  cathédral  et  autres  chapitres. 

!  —  L'ancien  chapitre  de  Notre-Dame  de  Chartres  doit 
être  considéré  comme  l'un  des  plus  illustres  et  des 

j  plus  puissants  de  l'Église  de  France.  Il  est  difficile 

[  d'en  préciser  les  origines.  Il  se  trouva  constitué  lorsque 
certains  membres  de  la  communauté  cléricale  dépen- 
dant de  l'évêque  furent  spécialement  chargés  du  ser- 
vice de  l'église  et  pourvus  d'une  mense  distincte.  II  est 
probable  que  cela  eut  lieu  au  cours  du  ix«  s.  C'est  à 
cette  époque  qu'apparaissent  dans  les  documents  les 
termes  de  canonicus  et  de  capitulum.  A  l'origine,  la 
mense  capitulaire  fut  administrée  par  quatre  prévôts, 
mais  ces  dignitaires  se  rendirent  odieux  par  leurs 
exactions  et,  en  vertu  de  différentes  mesures  prises 
dans  le  dernier  tiers  du  xii^  s.,  les  prévôtés  devinrent 
de  purs  titres  honorifiques.  II  y  eut  une  division  des 
prébendes  qui  furent  administrées  par  les  bénéficiers 
eux-mêmes. 

Au  xiv«  s.,  le  nombre  primitif  des  chanoines  passait 
pour  avoir  été  de  soixante-douze,  en  souvenir  des 
soixante-douze  premiers  disciples.  Quoi  qu'il  en  soit, 
le  chiffre  réel  est  assez  voisin  de  ce  chiffre  théorique  : 
le  polyptyque  de  1300  compte  soixante-dix  sept  cha- 
noines et  le  pouillé  de  1738,  soixante-seize. 

j  Les  dignitaires  apparaissent  dans  les  documents  aux 
x''  et  xi«  s.  Il  y  avait  dix-sept  dignités  —  ce  nombre 
n'a  pas  varié  —  dont  voici  la  liste,  dans  l'ordre  établi 

j  définitivement  et  conformément  aux  traditions  en 
1364  :  doyen;  chantre;  sous-doyen;  sous-chantre; 
chambrier;  chancelier;  archidiacre  de  Chartres  ou 
grand  archidiacre;  archidiacre  de  Dunois;  archidiacre 
de  Pincerais;  archidiacre  de  Blois;  archidiacre  de 

I  Dreux;  archidiacre  de  Vendôme;  prévôt  d'Ingré; 

j  prévôt  de  Normandie;  prévôt  de  Mazangé;  prévôt 

j  d' Anvers;  chefcier. 

j  Toutes  les  dignités,  à  l'exception  du  décanat,  et 
!  tous  les  canonicats  étaient  à  la  nomination  de  l'évêque, 
à  moins  que  le  S. -Siège  n'ait  usé  de  son  droit  de 
réserve.  Il  va  sans  dire  que  le  roi  exprimait  parfois 
des  désirs  qui  étaient  des  ordres.  Le  décanat  était  à 
l'élection  du  chapitre. 
!  En  dehors  des  offices  liturgiques,  le  chapitre  se  réu- 
nissait fréquemment  à  la  salle  capitulaire,  rebâtie  au 
xrv«  s.  pour  remplacer  une  construction  du  xi«.  Il 
y  avait  deux^s  par  an,  à  la  Purification  et  à  la  S.- 
Jean-Baptiste, des  réunions  constituant  des  chapitres 
généraux  où  étaient  traitées  les  affaires  les  plus  impor- 
tantes. 

Le  chapitre  possédait,  en  Reauce  et  au  delà,  de 
grandes  propriétés  dont  certains  revenus  en  nature 
(blé  et  vin)  étaient  entreposés,  près  de  la  cathédrale, 
dans  le  magnifique  cellier  de  «  Loëns  »  encore  existant; 
il  possédait  à  Chartres  un  certain  nombre  de  maisons 
canoniales,  dont  la  plupart  étaient  dans  le  «  cloître  », 
enceinte  qui  fut  close  en  vertu  d'une  convention  passée 
avec  le  comte  Jean  de  Châtillon  en  1256. 

Puissant  et  riche,  le  chapitre  n'échappa  pas  à  la 
tentation  de  l'indépendance.  Ainsi  que  l'a  fort  bien  dit 
M.  Maurice  Jusselin,  «  oublier  que  la  Vierge  seule 
était  l'objet  de  ces  libéralités  et  que  tous  ces  biens 
étaient  les  siens;  refuser  à  l'évêque,  qui  était  tout,  la 
juridiction  et  le  contrôle  sur  la  discipline  du  chapitre, 
fut  une  séduction  à  laquelle  ne  surent  pas  résister  les 
chanoines  de  Chartres  dès  la  fin  du  xiii«  s.  ».  Élargis- 
sant d'une  manière  abusive  des  privilèges  réels,  se 
prévalant  de  prétendues  coutumes,  ils  en  arrivèrent  à 
se  considérer  comme  les  seuls  maîtres  dans  leur  cloître, 


555 


CHARTRES 


556 


leurs  soixante-douze  paroisses  et  même  dans  la  cathé- 
drale. Il  y  eut  entre  l'évêque  et  le  chapitre,  particu- 
lièrement sous  l'épiscopat  de  Miles  d'Illiers  (1459-92), 
des  moments  de  forte  tension.  Cela  dura  environ 
quatre  siècles.  Du  temps  de  Paul  de  Godet  des  Marais, 
soutenu  par  Madame  de  Maintenon,  Louis  XIV  fit 
rendre  par  le  Conseil  d'État  (1700)  un  arrêt  mettant 
fin  à  la  situation  privilégiée  des  chanoines,  qui  se 
consolèrent  par  des  épigrammes  telle  que  celle-ci  : 
Comment  gagner,  quand  on  a  contre  soi  le  roi,  la 
dame...  et  le  valet! 

Il  faut  avouer  que  dans  cette  grande  organisation 
les  intérêts  temporels  avaient  bien  un  peu  nui  aux 
soucis  d'ordre  spirituel  qui  n'auraient  jamais  dû  cesser 
d'avoir  la  primauté.  A  la  fin  du  xvii«  s.,  Sablon,  auteur 
d'une  petite  Histoire  de  l'Église  de  Chartres,  est  fier 
d'écrire  que  le  clergé  de  la  cathédrale  est  composé  de 
«  six  vingts  personnes  portans  surplis  ».  Il  s'en  faut  de 
beaucoup  que  telle  ait  été  l'assistance  ordinaire  aux 
offices  dont  trop  de  chanoines  étaient  exempts. 

L'ancien  chapitre  finit  dignement,  ne  cédant  qu'à 
la  force  (oct.  1790).  «  Tous  et  chacun  de  Messieurs  ont 
déclaré  que  les  fonctions  attachées  à  leur  dignité  leur 
ayant  été  confiées  par  l'Église,  ils  ne  peuvent  en  être 
privés  ni  dispensés  que  par  un  jugement  canonique...  » 

Outre  le  chapitre  principal,  il  existait  deux  cha- 
pitres, celui  de  S.-Piat  et  celui  de  S. -Nicolas,  ayant 
leur  siège  dans  des  chapelles  annexes.  Les  prébendes 
de  ces  chapitres,  à  la  nomination  et  collation  du  grand 
chapitre,  avaient  fini  par  servir  de  rétribution  aux 
ecclésiastiques  du  bas  chœur.  Il  en  était  de  même  des 
six  canonicats  fondés  au  xvi«  s.  par  le  chantre  Thier- 
sault. 

Le  chapitre  cathédral  a  été  rétabli  par  Mgr  de  Latil, 
le  8  nov.  1821,  et  installé  le  10  du  même  mois.  Il 
comprenait  à  cette  époque  quatorze  chanoines,  dont 
quatre  archidiacres  dignitaires.  L'ancien  chapitre  y 
était  représenté  par  quatre  survivants.  D'après  ses 
derniers  statuts  (1928),  le  chapitre  «  est  composé  d'au 
moins  neuf  chanoines  titulaires,  y  compris  le  curé  de 
la  cathédrale  ».  Le  doyen  en  est  le  seul  dignitaire. 

Trois  des  anciennes  églises  paroissiales  de  Chartres, 
S. -André,  S. -Maurice  et  S.-Aignan,  étaient  en  même 
temps  collégiales.  L'importance  de  leurs  chapitres  a 
toujours  été  bien  modeste,  à  tous  les  points  de  vue, 
en  comparaison  de  celle  du  chapitre  de  la  cathédrale. 

VIII.  Écoles  de  Chartres.  —  Les  écoles  de 
Chartres  ont  été  célèbres  aux  xi«  et  xii«  s.;  elles  sont 
aujourd'hui  bien  connues  du  monde  savant  grâce  à 
l'importante  monographie  qu'un  érudit  chartrain, 
l'abbé  Clerval,  leur  a  consacrée  (1895).  La  très  grande 
valeur  de  cet  ouvrage  est  à  peine  diminuée  du  fait 
qu'on  a  pu  y  découvrir  quelques  légères  inexactitudes 
de  détail.  La  principale  critique  qu'on  pourrait  lui 
faire  —  mais  cette  critique  est  presque  un  éloge  —  est 
de  donner  beaucoup  plus  que  le  titre  ne  promet.  Ce 
titre  annonce  une  étude  sur  Les  écoles  de  Chartres  au 
Moyen  Age;  or,  on  trouve  dans  l'ouvrage  de  longs 
passages  sur  des  personnages  qui  n'ont  été  ni  maîtres 
ni  élèves  de  ces  écoles.  Le  titre  d'Hist.  littéraire  de 
Chartres  au  Moyen  Age  conviendrait  certainement 
mieux,  mais  serait  encore  débordé,  car  le  livre  enre- 
gistre des  faits  qui  ne  concernent  guère  l'histoire  litté- 
raire, tels  que,  par  ex.,  l'envoi  à  Paris,  en  1353,  d'un 
enfant  de  chœur  dont  les  chanoines  voulaient  faire  un 
organiste,  ou  l'achat,  en  1385,  d'un  psautier  par  la 
fabrique  de  l'église  rurale  de  Landelles.  Cette  réserve 
faite,  nous  ne  pouvons  que  recommander  très  vive- 
ment le  livre  de  l'abbé  Clerval  à  tous  ceux  qui  s'inté- 
ressent à  l'histoire  de  l'enseignement. 

A  Chartres,  comme  ailleurs,  les  écoles  sont  nées  de 
l'obligation  qu'avait  l'évêque  de  pourvoir  à  l'instruc- 
tion de  son  clergé.  Chartres  a  eu,  au  v«  s.,  des  évêques 


I  lettrés,  tels  que  Flavius  et  S.  Solenne,  qui  ont  pu 
I  s'acquitter  par  eux-mêmes  de  ce  devoir.  Au  vi"  s.,  on 
rencontre  un  maître  de  l'école  cléricale  qui  n'est  pas 
l'évêque;  ce  maître,  Chermir,  est  assez  célèbre  pour 
que,  dans  une  épitaphe,  on  fasse  un  titre  de  gloire  à  un 
défunt  d'avoir  été  son  élève.  Vers  la  fin  du  même 
siècle,  S.  Béthaire  est  maître  de  l'école  avant  de 
j  devenir  évêque  de  Chartres.  Au  vn«  s.,  S.  Leufroy, 
'  futur  abbé  du  monastère  de  La  Croix,  y  vient  d'Évreux 
pour  y  étudier;  à  notre  avis,  il  est  fort  douteux  qu'il  y 
ait  enseigné. 

!  Il  y  eut,  semble-t-il,  une  décadence  de  l'école  de 
Chartres  au  viii«  s.,  et  une  restauration  au  ix«.  On  peut 
citer  comme  élève  à  cette  époque  Hérifroid,  qui  devint 
évêque  d'Auxerre.  Un  peu  plus  tard,  au  x<=  s.,  le  moine 
Richer,  de  S.-Remi  de  Reims,  vint  à  Chartres  pour  y 
étudier  la  médecine  sous  la  direction  d'un  certain  Héri- 
brand  qui  paraît  avoir  été  chanoine. 

C'est  au  x«  s.  (931)  qu'apparaît  pour  la  première  fois 
dans  les  documents  le  titre  de  chancelier;  on  constate 
que  dans  la  suite  les  chanceliers,  dont  la  fonction  sup- 
posait une  certaine  culture  littéraire,  eurent  la  respon- 
sabilité des  écoles,  soit  en  y  donnant  eux-mêmes  l'en- 
seignement, soit  en  l'y  faisant  donner  en  leur  nom. 

Avant  d'être  évêque  de  Chartres,  Fulbert  y  avait 
été  chancelier  et  écolâtre.  Originaire  d'Italie,  disciple, 
à  Reims,  de  Gerbert  et  condisciple  du  roi  Robert,  il 
était  arrivé  à  Chartres  dans  les  dernières  années  du 
x«  s.  et  avait  commencé  d'y  enseigner  avant  l'an  mille. 
Il  fut,  dit  l'abbé  Clerval,  «  le  prince  des  écoles  char- 
traines.  Nul  n'a  plus  fait  pour  leur  gloire,  nul  n'a  été 
plus  admiré  des  contemporains  et  de  la  postérité  ». 
Sous  sa  direction,  l'école  chartraine,  sur  laquelle  nous 
sommes  abondamment  documentés  par  divers  écrits 
contemporains  —  poème  d'Adelman  de  Liège,  lettres 
d'étudiants  — •  fut  un  véritable  foyer  intellectuel  qui 
attira,  même  de  loin,  la  jeunesse  studieuse.  On  con- 
naît le  nom  et  la  patrie  d'une  cinquantaine  de  dis- 
ciples de  Fulbert;  ils  sont  originaires  de  lieux  très 
variés  :  Angers,  Tours,  Poitiers,  Montmajour,  Paris, 
Mantes,  Beauvais,  Besançon,  Cologne,  Liège,  etc. 

Le  Trivium  et  le  Quadrivium  constituaient,  natu- 
rellement, le  programme  des  études,  mais  ce  pro- 
gramme était  dépassé.  On  enseignait  aussi  à  Chartres 
les  sciences  sacrées,  ainsi  que  la  médecine,  en  laquelle 
Fulbert  lui-même  excellait.  Parmi  les  élèves,  on  peut 
citer  Jean,  médecin  du  roi  Henri  I",  qui  aurait  été 
l'initiateur  du  nominalisme.  L'hérétique  Bérenger, 
ainsi  que  plusieurs  de  ses  contradicteurs  —  Arnoul, 
Guillaume,  Ascelin,  Adelman  —  avait  étudié  à 
Chartres.  Peu  respectueux  de  la  tradition  {«  à  quoi  bon 
se  tromper  avec  tout  le  monde,  si  tout  le  monde  se 
trompe?  »),il  eut  des  adversaires  pénétrés,  au  contraire, 
de  l'esprit  de  Fulbert,  qui  enseignaiit  l'obligation  «  de 
marcher  droit  dans  la  voie  royale,  en  suivant  toujours 
avec  soin  les  vestiges  des  saints  Pères  ». 

Ajoutons,  pour  donner  une  idée  exacte  de  ce  que 
pouvait  être  l'école  de  Fulbert,  que  le  maître  se  mon- 
trait toujours  accessible  et  paternel  avec  ses  disciples, 
ne  cherchant  pas  à  leur  en  imposer  par  son  éloquence, 
et  s'efïorçant  toujours  de  les  rendre  vertueux  autant 
que  savants.  C'est  pourquoi,  dès  sa  mort,  il  fut  honoré, 
sans  cependant  être  l'objet  d'un  culte  proprement  dit, 
du  titre  de  saint,  titre  qui  n'est  devenu  officiel  que  de 
nos  jours,  grâce  à  l'initiative  du  cardinal  Pie. 

Il  faut  avouer  que  pour  la  période  du  xi«  s.  qui  suit 
la  mort  de  Fulbert  (1028)  on  manque  de  renseigne- 
ments précis.  Une  liste  assez  copieuse  de  chanceliers  et 
de  maîtres,  c'est  à  peu  près  tout  ce  que  donnent  les 
documents;  cela  suffit  à  démontrer  la  continuité  de 
l'école. 

On  est  beaucoup  mieux  renseigné  sur  son  sort  à  par- 
tir de  l'épiscopat  de  S.  Ive  (1093-1115)  et  au  cours  de 


557 


C  J^l  A  11  l' K  J<:  S 


558 


la  première  moitié  du  xii«s.  Yves  dut  y  faire  étudier  le 
droit  canonique.  Après  lui  se  succédèrent  plusieurs 
maîtres  illustres  dont  la  renommée  dépassa  de  beau- 
coup le  cercle  de  leurs  auditeurs  :  Bernard  de  Chartres, 
grammairien  et  rhéteur,  philosophe  platonicien;  Gil- 
bert de  la  Porrée,  philosophe,  théologien,  commenta- 
teur de  la  Sainte  Écriture,  qui  devint  évêque  de  Poi- 
tiers; Thierry,  auteur  d'un  Eptaleuchon,  recueil  de 
textes  classés  dans  le  cadre  du  Trivium  et  du  Quadri- 
oium  pour  servir  de  programme  aux  études,  philo- 
sophe, exégète,  auteur  d'un  curieux  système  concor- 
diste  pour  l'interprétation  des  récits  de  la  création 
contenus  dans  la  Genèse;  Bernard,  qui  depuis  devint 
évêque  de  Quimper. 

On  vit  à  cette  époque,  comme  à  celle  de  Fulbert,  les 
élèves  venir  de  loin  pour  recevoir  l'enseignement  de 
l'école  chartraine.  h' Eptaleuchon  de  Thierry  nous 
révèle  la  nature  de  cet  enseignement.  On  connaissait 
alors  l'Antiquité  mieux  qu'au  siècle  précédent;  ainsi 
Thierry,  à  la  différence  de  Fulbert,  avait  étudié  tous  les 
livres  de  VOrganum  d'Aristote.  En  fait  d'astronomie 
et  de  mathématiques,  les  Chartrains  du  xii"=  s.  étaient 
en  possession  de  traductions  d'ouvrages  arabes. 

Il  est  intéressant  de  constater  à  quel  point  le 
milieu  intellectuel  chartrain  de  la  première  moitié  du 
xii»  s.  portait  la  vénération  pour  les  anciens  et  l'amour 
de  la  science.  Il  y  avait  déjà  des  discussions  sur  les 
mérites  respectifs  des  anciens  et  des  modernes;  à 
Chartres,  on  prenait  parti  pour  les  anciens  :  «  Ce  sont, 
disait-on,  des  géants;  nous  sommes  des  nains,  et  si 
nous  voyons  plus  loin  qu'eux,  c'est  que  nous  sommes 
juchés  sur  leurs  épaules.  »  Thierry  était  le  grand  enne- 
mi des  arrivistes  auxquels  on  avait  donné  le  sobriquet 
de  Corniliciens  :  gens  pratiques,  qui  désiraient  abréger 
le  temps  des  études  auxquelles  ils  ne  reconnaissaient 
d'autre  utilité  que  de  procurer  des  honneurs  et  de 
l'argent.  Ces  courants  d'opinion  font  penser  à  ceux  que 
l'on  constate  trois  siècles  plus  tard  dans  les  milieux 
lettrés  de  Florence  et  de  Rome  :  il  y  eut  à  la  Renais- 
sance des  admirateurs  fanatiques  de  l'Antiquité,  et 
aussi  des  arrivistes. 

«  En  résumé,  dit  l'abbé  Clerval,  l'école  de  Chartres, 
])endant  la  première  moitié  du  xii»  s.,  fut  le  foyer  d'une 
renaissance  universelle  des  études.  Elle  aima  l'Anti- 
quité profane  et  se  passionna  pour  ses  écrivains,  ses 
poètes,  ses  philosophes.  Avide  de  savoir,  elle  rechercha 
les  écrits  d'Aristote,  de  Ptolémée  et  des  autres  auteurs 
grecs,  jusque  chez  les  Arabes  d'Espagne,  et  agrandit 
le  cercle  des  branches  cultivées.  Elle  sut  mener  de  front 
la  littérature,  la  philosophie,  les  sciences,  le  droit,  les 
arts.  Elle  porte  un  cachet  d'idéalisme  très  nuancé,  où 
se  rencontrent  les  influences  d'Aristote,  de  Platon, 
des  Alexandrins,  des  Arabes,  avec  celles  de  la  doctrine 
chrétienne.  Tous  ces  reflets  divers,  concentrés  sur 
elle,  lui  constituent  une  auréole  qui  n'appartient  qu'à 
elle  seule  au  xii«  s.  •  Bien  qu'assez  porté  à  grossir  l'im- 
portance des  écoles  chartraines,  l'abbé  Clerval  avoue 
qu'au  cours  de  la  seconde  moitié  du  xn«  s.  elles  «  se 
replient  sur  elles-mêmes  ».  Il  serait  sans  doute  plus 
exact  de  dire,  en  termes  plus  clairs,  qu'elles  cessent 
d'exister  ou,  ce  qui  revient  à  peu  près  au  même,  de 
fonctionner.  Sans  doute  on  peut  citer  pour  cette 
époque  un  certain  nombre  de  personnages  dont  le 
nom,  dans  les  documents,  est  précédé  de  la  qualifica- 
tion de  mugisler,  mais  rien  ne  prouve  qu'ils  aient  été 
écolâtres,  et  écolâtres  à  Chartres.  Sans  doute  il  y  eut  à 
Chartres,  au  cours  de  cette  période,  des  évêques 
lettrés,  tels  que  Guillaume  de  Champagne  (1164-76)  ou 
Pierre  de  Celles  (1180-83),  mais  ils  avaient  étudié  i 
ailleurs  qu'à  Chartres  et  il  n'est  guère  vraisemblable 
qu'ils  y  aient  enseigné.  Le  cas  est  un  peu  différent 
pour  Jean  de  Salisbury  (1176-80),  dont  l'épiscopat  se  j 
place  entre  ceux  des  deux  évêques  mentionnés  ci-  | 


dessus.  Cet  illustre  homme  de  lettres,  le  plus  grand 
peut-être  des  humanistes  du  Moyen  Age,  n'a  pas 
étudié  à  Chartres  et  les  ouvrages  qui  ont  fait  sa  célé- 
brité étaient  composés  avant  qu'il  en  devînt  évêque. 
Mais  on  y  trouve  de  précieux  renseignements  sur  les 
écoles  chartraines  de  la  première  moitié  du  siècle,  car 
il  avait  été,  à  Paris,  disciple  de  Gilbert  de  la  Porrée, 
qui  lui  avait  transmis  des  souvenirs  concernant  Ber- 
nard de  Chartres. 

Un  cas  typique  est  celui  de  Pierre  de  Blois.  Né  vers 
1130,  il  vint  tout  jeune  à  Chartres  où  il  fit  ses 
premières  études  —  c'était  donc  avant  1150;  puis  il  se 
rendit  à  Paris  pour  y  cultiver  la  rhétorique,  la  philo- 
sophie, les  mathématiques  et  la  médecine;  de  là  il  alla 
à  Bologne  pour  y  étudier  le  droit.  Cet  exemple  montre 
bien  le  déclin  des  écoles  de  Chartres  dont  le  prestige 
allait  s'efîaçant  devant  celui  de  l'université  naissante 
de  Paris. 

Au  xiii«  s.,  l'éclipsé  est,  s'il  se  peut,  encore  plus 
complète.  Si  l'on  étudie  à  Chartres,  ce  n'est  plus  dans 
les  écoles  cléricales,  mais  chez  les  frères  prêcheurs, 
arrivés  en  1231.  On  trouve  bien,  dans  un  document  de 
1285,  mention  d'un  «  recteur  des  grandes  écoles  »,  ce 
qui  prouve  que  le  titre  existait  toujours.  Mais  quelles 
étaient  ses  fonctions?  Un  autre  document,  de  1287, 
nous  fait  savoir  qu'il  était  tenu  d'assister  aux  matines 
les  dimanches  et  jours  de  fête  pour  marquer  les  leçons 
et  en  surveiller  le  chant.  C'est  peut-être  à  ce  rôle  mo- 
deste qu'avait  été  réduite  l'activité  de  l'écolâtre,  dont 
les  prédécesseurs  avaient  eu  tant  de  célébrité  aux 
xi"  et  xii'=  siècles. 

Au  xive  s.  le  titre  de  «  recteur  des  grandes  écoles  » 
n'existait  sans  doute  plus,  car  c'est  au  chancelier 
qu'incombait  le  soin  de  veiller  à  la  bonne  exécution 
des  lectures  liturgiques.  Le  chancelier  conserva  jus- 
qu'à la  fin  du  Moyen  Age  quelque  chose  de  ses  an- 
ciennes attributions  en  matière  d'enseignement  :  la 
surveillance  des  petites  écoles  et  de  la  profession 
de  copiste. 

IX.  Paroisses  et  principales  chapelles  — 
Avant  la  Révolution,  Chartres  possédait  onze  pa- 
roisses, dont  sept  dans  l'enceinte  de  la  ville  et  quatre 
dans  les  faubourgs,  pour  une  population  qui,  en  1709, 
avait  été  évaluée  avec  précision  à  15  892  âmes.  La 
moyenne  serait  donc  de  près  de  1  450  âmes  par  pa- 
roisse, mais  ces  paroisses  étaient  d'importance  très 
inégale,  l'une  d'elles  comptant  près  de  3  000  âmes  et 
la  moins  nombreuse  n'en  comptant  même  pas  550. 

L'origine  de  ces  paroisses  est,  dans  la  plupart  des 
cas,  fort  obscure.  Toutes  existaient  au  xii«  s.  En  voici 
rénumération. 

Paroisses  urbaines  :  S.-André.  Fondée  hors  les  murs, 
cette  église  y  fut  renfermée  au  xii«  s.  EUe  était  le  siège 
d'un  chapitre.  La  petite  église  S. -Nicolas,  toute 
proche,  dont  il  ne  reste  rien,  était  probablement  la 
paroisse  primitive.  De  S.-André  il  existe  encore,  mal- 
gré deux  incendies,  de  beaux  restes  en  majeure  partie 
du  xii«  s.  —  S.-Aignan.  Cette  église  aurait  été  fondée 
à  une  époque  très  ancienne  par  l'évêque  de  Chartres 
de  ce  nom,  dont  elle  conservait  le  tombeau.  Elle  était 
à  la  fois  collégiale  et  paroissiale;  c'est  la  seule  des 
anciennes  églises  paroissiales  de  Chartres  qui  soit 
encore  affectée  au  culte.  Elle  date,  dans  son  état 
actuel,  des  xvi"'  et  xvii"  s.  —  Ste-Foy  n'était,  au  xi«  s., 
qu'une  chapelle  hors  les  murs;  elle  fut  sans  doute  éri- 
gée en  paroisse,  rebâtie  et  enclose  dans  la  ville  au 
xii«  s.  Il  n'en  subsiste  qu'une  partie,  restaurée  au 
xix"  s.  par  les  Maristes.  —  S.-Hilaire,  église  voisine  de 
l'abbaye  S. -Père  et  en  dépendant;  elle  a  complètement 
disparu.  —  S.-Salurnin,  église  primitivement  hors  les 
murs,  détruite  au  xv"  s.  et  rebâtie  en  ville.  Il  n'en  reste 
rien. —  S.-Marlin-le-Viandier  (vitam  dans?)  aurait 
rappelé  le  souvenir  d'un  miracle  opéré  à  Chartres  par 


559  CHAR 

S.  Martin.  Il  subsiste  quelques  restes  de  l'église,  no- 
tamment une  crypte  du  xii^  s.  —  S. -Michel,  près  de  la 
porte  de  ce  nom,  dont  il  ne  reste  aucun  vestige. 

Paroisses  suburbaines  :  S.-Maurice,  hors  la  porte 
Drouaise,  était  une  église  collégiale  et  paroissiale;  il 
n'en  reste  rien.  —  S. -Barthélémy,  au  faubourg  de  ce 
nom,  a  eu  le  même  sort.  —  S.-Chéron  n'avait  d'autre 
siège  que  la  nef  ou  une  des  chapelles  de  l'église  abba- 
tiale du  même  nom,  hors  la  porte  Morard.  —  Il  en  était 
de  même  primitivement  de  la  paroisse  S.-Brice,  qui 
avait  son  autel  dans  l'église  du  monastère  S.-Martin- 
au-Val;  après  la  dévastation  de  celui-ci  au  cours  de  la 
guerre  de  Cent  Ans,  elle  eut  son  église  particulière, 
dont  il  ne  reste  rien. 

Mentionnons  aussi  :  la  Madeleine,  au  faubourg  S.- 
Jean, église  ruinée  pendant  les  guerres  de  religion,  qui 
n'a  pas  été  rétablie;  la  chapelle  de  l'hôpital  des 
aveugles,  dédiée  à  S.  Julien  et  autrefois  considérée 
comme  paroissiale,  très  modeste  édifice  de  la  fin  du 
xvi«  s.,  qui  sert  encore  au  culte. 

En  1791,  toutes  les  paroisses  furent  supprimées  et 
remplacées  par  une  paroisse  unique  érigée  dans  la  ci- 
devant  cathédrale.  Lors  du  rétablissement  du  culte  en 
vertu  du  Concordat,  il  y  eut  deux  paroisses  :  Notre- 
Dame  (ex-cathédrale)  et  S. -Pierre  (ancienne  abbatiale 
S. -Père).  La  paroisse  S.-Aignan  a  été  rétablie  en  1822. 
Ces  trois  paroisses  se  partagent  la  population  de  la 
ville  qui  est  actuellement  (1949)  d'un  peu  plus 
de  27  000  âmes. 

Parmi  les  anciennes  chapelles,  d'ailleurs  peu  nom- 
breuses et  peu  importantes,  nous  citerons  seulement 
Notre-Dame-de-la-Brèche,  bâtie  en  1600  pour  com- 
mémorer la  levée  du  siège  de  Chartres  par  les  hugue- 
nots en  1568.  Relevée  en  1843,  agrandie  en  1869,  elle 
sert  de  chapelle  de  secours  pour  la  paroisse  Notre-Dame. 

Parmi  les  nouvelles  chapelles,  dépendant  la  plupart 
de  communautés  religieuses,  il  faut  mentionner  Ste- 
Jeanne-d'Arc  (1919)  et  Ste-Thérèse  de  l'Enfant- Jésus 
(1934),  chapelles  de  secours  érigées  sur  le  territoire  de 
S.-Aignan. 

X.  Abbayes  et  principaux  prieurés.  —  S.-Père- 
en-Vallée.  —  Ce  monastère  était  situé  dans  la  vallée  de 
l'Eure;  primitivement  il  se  trouvait  en  dehors  des 
murs  de  la  ville.  Si  sa  fondation  par  Clovis  doit  être 
considérée  comme  légendaire,  on  ne  peut  mettre  en 
doute  qu'il  ait  existé  dès  le  milieu  du  vu»  s.  Envahi  à 
main  armée  et  piUé  par  l'évêque  batailleur  Hélie  (840- 
46),  dévasté  une  première  fois  par  les  Normands  en 
857,  il  fut  restauré  par  l'évêque  Gislebert  vers  860. 
Détruit  lors  d'un  retour  des  Normands  en  911,  il  fut 
relevé  par  l'évêque  Aganon  qui  y  mit,  vers  930,  des 
clercs  séculiers.  L'évêque  Ragenfroy  envoya  leur 
supérieur,  Alveus,  à  Fleury,  où  il  s'initia  à  la  vie  mo- 
nastique et  d'où  il  revint,  en  954,  avec  un  groupe  de 
moines  bénédictins.  Dès  lors,  l'abbaye  se  maintint 
jusqu'à  la  Révolution.  Elle  paraît  avoir  été  particuliè- 
rement florissante  au  xii*'  s.  :  à  cette  époque,  les 
moines  correspondent  avec  S.  Bernard,  accroissent 
leur  bibliothèque,  et  le  tombeau  de  S.  Gilduin  attire 
les  fidèles  dans  leur  église.  Les  guerres  de  la  fin  du 
Moyen  Age  et  les  guerres  de  religion  éprouvèrent 
l'abbaye.  L'institution  de  la  commende  contribua  à 
sa  décadence.  En  1650  elle  fut  agrégée  à  la  congréga- 
tion de  S.-Maur,  ce  qui  lui  valut  une  courte  période  de 
prospérité.  Elle  ne  comptait  plus  que  huit  religieux 
en  1790. 

L'église,  aujourd'hui  paroissiale  sous  le  nom  de 
S. -Pierre,  existe  toujours;  elle  comprend  diverses 
parties  dont  les  plus  anciennes  datent  du  début  du 
xi«  s.,  peut-être  du  x",  et  les  plus  récentes  de  l'extrême 
fin  du  xiii«.  Les  bâtiments  réguliers,  utilisés  à  diverses 
fins  depuis  la  Révolution,  avaient  été  reconstruits 
vers  1700  par  les  Mauristes. 


TRES  5  60 

S.-Marlin-au-Val.  —  Ce  monastère,  situé  dans  un 
faubourg  de  Chartres,  près  de  l'Eure,  en  amont  de  la 
ville,  paraît  occuper  l'emplacement  du  premier  cime- 
tière chrétien  de  l'Église  chartraine;  c'est  là  que  se 
trouvaient  les  plus  anciennes  sépultures  épiscopales 
dont  l'histoire  ait  gardé  le  souvenir,  et  l'on  voit  encore 
dans  son  église,  rebâtie  vers  le  commencement  du 
xi"'  s.,  des  sarcophages  mérovingiens.  Ce  monastère 
passe  pour  avoir  eu  le  titre  d'abbaye.  Vers  le  milieu  du 
x«  s.,  il  fut  donné  à  des  clercs  séculiers,  et  en  1128  il  fut 
remis  à  l'abbaye  de  Marmoutier  qui  en  fit  un  prieuré. 
En  1668,  il  fut  acquis  par  les  capucins,  protégés  par  le 
chancelier  Séguier,  qui  y  restèrent  jusqu'à  la  Révolu- 
tion. C'est  aujourd'hui  un  hospice.  L'église  romane  a 
subi  une  restauration  radicale  au  xix«  s.;  les  autres 
bâtiments  datent  de  l'établissement  des  capucins. 

S.-Chéron.  —  Dès  l'époque  mérovingienne  une 
église  fut  élevée  sur  le  tombeau  du  martyr  de  ce  nom, 
sur  la  hauteur  dominant  la  vallée  de  l'Eure,  en  face  de 
la  ville.  Une  tradition,  constatée  par  une  inscription 
paraissant  du  xi«  s.,  attribuait  à  un  roi  Clotaire  la 
dotation  de  cette  église  qui,  à  l'époque  mérovingienne, 
était  un  lieu  de  pèlerinage.  Dévasté  par  les  Normands 
au  ix«  s.,  sécularisé  au  x^,  le  monastère  fut  restauré  au 
xii".  Il  devint,  vers  1149,  une  abbaye  de  chanoines 
réguliers.  Les  guerres  et  la  Réforme,  ainsi  que  la  com- 
mende, introduite  en  1541,  eurent  une  influence  né- 
faste sur  le  monastère.  Vers  1625,  il  passa  à  la  congré- 
gation des  Génovéfains  qui  y  établirent  une  maison 
d'éducation.  Il  n'était  plus  habité  que  par  quatre 
religieux  en  1790. 

S.-Jean-en-Vallée.  —  L'église  de  cette  abbaye,  bâtie 
vers  1020  au  pied  des  murs  de  la  ville  et  dédiée  à 
S.  Jean-Baptiste,  fut  à  l'origine  confiée  par  S.  Fulbert 
à  un  collège  de  chanoines.  En  1099  S.  Yves  y  appela  des 
chanoines  réguliers.  L'abbaye  fut  particulièrement 
florissante  aux  xii«  et  xiii"  s.  Située  hors  les  murs,  elle 
eut,  à  diverses  reprises,  beaucoup  à  soufirir,  mais  le 
siège  de  Chartres  par  les  huguenots  en  1568  lui  fut 
fatal.  Les  bâtiments  furent  mis  dans  un  état  tel  que 
leur  restauration  fut  jugée  impossible.  Les  chanoines 
réguliers  se  retirèrent  dans  la  viUe,  au  prieuré  S.- 
Étienne,  situé  près  de  la  cathédrale,  qu'ils  possédaient 
depuis  leur  établissement  à  S. -Jean.  Vers  1640,  les 
génovéfains,  arrivés  en  1628,  rebâtirent  le  prieuré. 
S.-Jean-en-Vallée  avait  été  soumis  au  régime  de  la 
commende  en  1556.  En  1790,  il  n'y  avait  plus  que 
onze  religieux. 

Il  ne  reste  rien  du  premier  monastère.  Les  bâtiments 
élevés  par  les  génovéfains  existent  encore  en  majeure 
partie  et  sont  actuellement  occupés  par  le  grand 
séminaire. 

S.-Lubin-des-Vignes.  —  L'église  S.-Lubin,  située  à 
quelque  distance  des  murs  de  Chartres,  vers  le  Sud, 
paraît  remonter  à  l'époque  mérovingienne;  elle  est 
qualifiée  dans  les  anciens  documents  d'église  abba- 
tiale. Au  x«  s.,  elle  était  tombée  en  mains  laïques;  au 
xi«,  elle  fut  donnée  à  l'abbaye  S. -Père  qui  y  établit  un 
prieuré.  En  1585,  l'abbé  de  S. -Père  abandonna  ce 
prieuré  aux  capucins  qui  y  restèrent  jusqu'à  leur 
installation  à  S.-Martin-au-Val.  Une  croix  en  marque 
aujourd'hui  l'emplacement  approximatif. 

Les  Filles-Dieu.  —  Prieuré  de  femmes  suivant  la 
règle  de  S.  Augustin.  Après  avoir  séjourné  quelques 
années  en  ville,  dans  le  quartier  S. -André,  les  Filles- 
Dieu  se  fixèrent,  vers  1239,  hors  les  murs,  dans  un  fau- 
bourg qui  prit  et  garde  encore  leur  nom.  Leur  monas- 
tère était  sous  l'invocation  de  S.  Jean  l'Évangéliste. 
Détruits  lors  du  siège  de  1568,  restaurés  en  1574, 
détruits  de  nouveau  lors  du  siège  de  1591,  les  bâti- 
ments furent  relevés  au  xvii<=  s.  La  maison  des  Filles- 
Dieu  connut  alors  une  période  de  prospérité;  les  reli- 
gieuses s'y  livrèrent  avec  succès  à  l'éducation  des 


f)61 


(;  H  ARTi{  KS 


.62 


jeunes  Tilles.  En  1790,  elles  étaient  encore  vingt  et  une, 
aidées  par  six  converses.  Les  bâtiments  ont  totale- 
ment disparu. 

XI.  Communautés  et  congrégations.  —  1"  Avant 
la  Révolution.  —  Jacobins  (Frères  Prêcheurs).  —  Le 
couvent  de  Chartres  fut  fondé  en  1231  (et  non  1221, 
comme  on  l'a  dit  plus  d'une  fois),  grâce  à  la  protection 
du  doyen  du  chapitre,  Hugues  de  la  Ferté,  futur 
évêque  de  Chartres.  La  première  pierre  de  l'église  fut 
posée  en  cette  même  année,  en  présence  de  Blanche  de 
Castille.  On  peut  citer  parmi  les  dominicains  de 
Chartres,  aux  xiii«  et  xiv  s.,  plusieurs  théologiens  ou 
exégètes  (Geoffroy  d'Ablis,  Thomas  d'Épeautrolles, 
Gérard  de  Hanches);  aux  xv!":  et  xvii"  s.,  de  nombreux 
prédicateurs  (Michel  l'Allemand,  Médard  de  La- 
val, etc.).  L'église  était  le  siège  d'une  confrérie  de 
S. -Jacques.  En  1790,  le  couvent,  bâti  pour  une  tren- 
taine de  religieux,  n'abritait  plus  que  six  profès. 

Cordeliers  (Frères  Mineurs).  —  Les  frères  mineurs 
s'établirent  à  Chartres,  au  Grand-P'aubourg,  en  1231, 
c.-à-d.  la  même  année  que  les  frères  prêcheurs,  mais 
probablement  un  peu  plus  tard.  Leur  fondation  pros- 
péra. Ils  se  livrèrent  avec  succès  à  la  prédication  et 
ouvrirent,  à  la  fin  du  xiv»  s.,  une  école  de  théologie. 
Au  commencement  du  xvv  s.,  ils  furent  réformés  et 
réparèrent  leurs  bâtiments.  Le  siège  de  1568  fut  cause 
de  la  destruction  du  couvent  qui,  dans  la  suite,  fut 
transporté  en  ville.  En  1790,  les  frères  mineurs  char- 
trains  étaient  au  nombre  de  dix,  dont  quatre  seule- 
ment résidaient.  Il  susbiste  du  couvent  un  portail  et  un 
cloître  de  la  fin  du  xvi«  s. 

Capucins.  —  Ils  arrivèrent  à  Chartres  en  1585  et 
s'établirent,  comme  nous  l'avons  dit  plus  haut,  au 
prieuré  S.-Lubin-des-Vignes.  Leur  église  fut  un  lieu  de 
dévotion  très  fréquenté;  Henri  III  ne  manquait  pas  de 
s'y  rendre  lors  de  ses  nombreux  pèlerinages  à  Chartres. 
En  1663  ils  prirent  possession  de  l'ancien  prieuré  S.- 
Martin-au-Val  dont  les  lieux  réguliers  furent  recons- 
truits. L'histoire  a  gardé  le  souvenir  de  leur  conduite 
édifiante  lors  des  épidémies.  En  1790,  la  communauté 
comprenait  seulement  cinq  profès,  y  compris  le 
gardien. 

Minimes.  —  Arrivés  à  Chartres  en  1615,  ils  se 
fixèrent  en  1618  sur  la  paroisse  S. -André.  Leur  cou- 
vent, qui  n'a  jamais  eu  grande  importance,  ne  com- 
prenait plus  que  deux  religieux  en  1790.  Il  ne  reste  à 
peu  près  rien  des  bâtiments. 

Carmélites.  ■—  C'est  en  1020  qu'elles  viiuent  à 
Chartres.  Elles  eurent  pour  première  prieure  une  fille 
de  Mme  Acarie.  Leurs  bâtiments,  construits  vers  1660, 
servent  aujourd'hui  de  prison,  et  leur  chapelle,  dédiée 
en  1660,  de  local  à  la  cour  d'assises.  Les  religieuses  se 
maintinrent  dans  la  régularité  jusqu'à  la  fin  de  l'An- 
cien Régime.  Il  y  avait,  en  1790,  vingt-cinq  sœurs  de 
chœur  et  cinq  sœurs  du  voile  blanc. 

Ursulines.  —  Cette  congrégation  eut  à  Chartres  un 
établissement  en  1626.  Les  religieuses  s'installèrent 
dans  l'ancien  hôtel  de  Montescot,  où  elles  ouvrirent  un 
pensionnat  pour  l'éducation  des  jeunes  filles.  Leur 
communauté,  qui  avait  cessé  de  prospérer,  fut  dis- 
soute en  1 760  par  Mgr  de  Fleury. 

Visitation  Notre-Dame.  —  Le  couvent  de  la  Visita- 
tion fut  établi  en  1647,  d'abord  sur  la  paroisse  S.- 
Hilaire,  puis,  définitivement,  en  1653,  sur  la  paroisse 
Ste-Foy,  tout  près  de  la  cathédrale.  Ce  monastère 
garda,  jusqu'à  la  fin,  comme  celui  des  carmélites,  toute 
sa  régularité.  En  1790  les  religieuses  étaient  au  nombre 
de  trente-neuf.  Une  partie  des  anciens  bâtiments  du 
couvent  existe  encore. 

Sœurs  de  la  Providence  de  Chartres.  —  Cette  petite 
congrégation,  destinée  à  l'éducation  des  jeunes  filles 
pauvres,  fut  fondée  en  1653  par  M.  Pedoue,  chanoine 
de  la  cathédrale.  Établies  d'abord  sur  la  paioisse 


S. -André,  elles  remplacèrent,  après  1760,  les  ursulines 
à  l'Hôtel  de  Montescot.  Considérées  comme  se  livrant 
à  l'enseignement  public,  elles  furent  d'abord  épar- 
gnées par  la  Révolution,  mais  leurs  idées  les  firent 
bientôt  proscrire  :  elles  avaient  dit  à  leurs  élèves  que 
l'évèque  constitutionnel  était  un  intrus.  Elles  furent 
dispersées  en  1792. 

Filles  de  la  Charité.  —  L'hôtel-Dicu  de  Chartres 
leur  fut  confié  en  1662. 

Union  chrétienne  ou  Filles  de  S.-Chaumont.  —  Appe- 
lées à  Chartres  dans  les  dernières  années  du  xvii«  s.  par 
Mgr  de  Godet  des  Marais,  elles  s'installèrent,  sur  la  pa- 
roisse S.-Hilaire,  dans  une  maison  qui  avait  appartenu 
à  la  léproserie  de  Beaulieu.  Elles  y  ouvrirent  une  école 
qui  fut  fréquentée  au  xviii"  s.  par  une  centaine  d'en- 
fants. Il  n'y  avait  plus  qu'une  sœur  en  1792. 

Sœurs  de  S. -Paul.  —  Louis  Chauvet,  curé  de  Leves- 
ville-la-Chenard,  petite  paroisse  de  Beauce,  fonda, 
dans  les  dernières  années  du  xvii«  s.,  une  pieuse  asso- 
ciation ayant  pour  but  d'apprendre  aux  petites  filles 
de  la  campagne  à  prier  et  à  travailler.  Mgr  Paul  de 
Godet  des  Marais  les  fit  venir  à  Chartres,  les  installa, 
en  1708,  au  faubourg  S. -Maurice,  et  les  plaça  sous  le 
patronage  de  S.  Paul.  La  nouvelle  congrégation  pros- 
péra; elle  s'adonna  à  diverses  œuvres  et,  dès  1727, 
préludant  à  son  expansion  missionnaire,  eut  un  éta- 
blissement à  Cayenne. 

2»  Après  la  Révolution.  -  Les  lois  révolutionnaires 
furent  fatales  aux  ordres  d'hommes.  Lorsque  la  paix 
religieuse  fut  rétablie,  plusieurs  congrégations  de 
femmes  se  reformèrent.  Le  Carniel,  a|)rès  un  séjour 
provisoire  dans  l'ancien  monastère  de  la  Visitation, 
s'est  fixé,  en  1836,  à  proximité  du  faubourg  S. -.Jean  ;  Il 
y  est  resté,  sauf  pendant  un  exil  forcé  au  début  rie  ce 
siècle.  La  Visitation  avait  trouvé,  dès  1834,  un  empla- 
cement propice  au  faubourg  S. -Maurice;  elle  a  dû, 
elle  aussi,  s'ex|)atrier  plusieurs  années.  La  Providence 
a  pris  jjossession,  au  commencement  du  siècle  dernier, 
de  l'ancienne  abbaye  S. -Jean  qu'elle  a  quittée  en  1920 
pour  faire  place  au  grand  séminaire.  Les  Filles  de  la 
Charité  ont  pu  de  nouveau  se  dévouer  aux  mala<les 
de  l'hôtel-Dieu. 

Quant  aux  sœurs  de  S. -Paul,  installées  depuis  1803 
dans  l'ancien  couvent  de  S. -Jacques  (dominicains), 
elles  ont  vu,  au  cours  du  xix«  s.,  leur  rayon  d'action 
s'accroître  de  plus  en  plus.  Elles  ont  créé  des  établisse- 
ments charitables  aux  Antilles,  en  (;hine,  dans  l'Indo- 
chine française,  au  Siam,  au  .lajjon,  en  tlorée,  aux 
Philippines.  Tout  récemment  (1949),  elles  ont  fait  une 
fondation  en  Afrique  équatoriale. 

Chartres  a  vu  aussi,  au  xix""  s.,  la  création  de  mai- 
sons religieuses  appartenant  à  des  congrégations  nou- 
velles ou  nouvellement  introduites  dans  la  ville.  Les 
sœurs  du  Bon  Secours,  fondées  à  Auneau  en  1719,  sont 
venues  s'y  établir  en  1844.  Une  œuvre  de  jeunes  filles, 
créée  en  1832  par  la  baroime  de  Coussay,  est  devenue, 
un  peu  plus  tard,  la  congrégation  du  Saint-Cœur  de 
Marie,  dite  «  Maison  Bleue  ».  Les  petites  s(Eurs  des 
pauvres  ont  ouvert  leur  établissement  en  185.'î.  Les 
scjBurs  de  Notre-Dame  de  (Chartres,  après  un  séjour  de 
quelques  années  à  Berchères-l'Évèque,  ont  transporté 
leur  maison  mère  à  Chartres  en  1865.  Enfin,  les  fran- 
ciscaines de  Notre-Dame  de  Pitié  (de  Perron),  arri- 
vées en  1891,  assurent  depuis  1908  le  service  de  la 
clinique  S. -François. 

Une  seule  congrégation  d'hommes  s'est  établie  à 
Chartres  depuis  la  Révolution,  celle  des  maristes,  qui 
en  1857  ont  acheté  et  restauré  ce  qui  restait  de  l'an- 
cienne église  paroissiale  Ste-Foy.  Ils  n'ont  jamais  été 
nombreux,  mais  ils  ont  toujours  rendu  au  diocèse, 
surtout  comme  prédicateurs,  des  services  très  ap- 
préciés. 

Nous  mentionnerons  plus  loin,  en   traitant  du 


563 


( .  H  A  R 1 


diocèse,  les  congrégations  vouées  spécialemenl  à  l'en-  ! 
seigiiement. 

Ouvrages  généraux.  —  M.  Jusselin,  Charires  dans  le 
passé,  suivi  d'une  introduction  à  l'étude  de  V Eure-et-Loir, 
Chartres,  1937.  —  .f.-B.  Souchet,  Ilist.  de  la  ville  et  du  dioc. 
de  Chartres  (ouvrage  écrit  vers  1650),  Chartres,  1866-83, 
4  vol.  —  E.  de  Lépinois,  Hist.  de  Chartres,  Chartres,  1854-  j 
58,  2  vol.  —  Soc.  archéol.  d'Eure-et-Loir,  Mémoires,  depuis 
1858,  17  vol.  —  La  voix  de  Notre-Dame  de  Chartres,  depuis  \ 
1857.  —  Coll.  de  l'Ordo. 

Origines  chrétiennes.  Légendes.  —  S.  RouUiard, 
Parthénie,  Paris,  1609.  —  A.  C.  Hénault,  Origines  chré- 
tiennes de  la  Gaule  celtique.  Recherches  hist.  sur  la  fondation 
de  l'Église  de  Chartres,  Paris-Chartres,  1884.  —  L.  Duchesne, 
Bull,  critique,  1885.  —  R.  Merlet,  La  cathédrale  de  Chartres  et 
ses  oriqines,  dans  Bévue  archéol.,  1902;  Les  traditions  de  I 
l'Église  de  Chartres,  dans  Archives  hist.  du  dioc.  de  Chartres,  \ 
1914.  —  M.  .Jusselin,  Les  traditions  de  l'Église  de  Chartres  à  [ 
propos  d'une  bulle  de  Léon  X,  dans  Mémoires  de  la  Soc. 
archéol.  d'Eure-et-Loir,  xv,  1914;  Nouvelles  recherches  sur 
les  traditions  de  l'Église  de  Chartres,  Chartres,  1917. 

Liste  épiscopale.  —  Gall.  christ.,  viii,  Paris,  1744.  — 
R.  Merlet,  Catalogues  des  évêques  de  Chartres,  dans  Mémoires 
de  la  Soc.  archéol.  d'Eure-et-Loir,  ix,  1889.  —  Fisquet, 
La  France  pontificale  (Chartres),  Paris,  s.  d.  • —  Duchesne, 
II. 

PÈLERINAGE.  —  A.  Clcrval,  Petite  hist.  de  Notre-Dame  de 
(^Iiartres,  Rennes,  1908.  —  Y.  Uelaporte,  Le  voile  de  Notre- 
Dame,  Chartres,  1927.  —  Fêles  mariâtes,  Chartres,  1927.  — 
Mgr  Harscouët,  Chartres,  Paris,  1933,  coll.  Les  pèlerinages.  \ 

Cathédrale.  -  -  Bulteau,  Dcstrip/ion  de  la  cathédrale  de  ' 
Chartres,  1850;  Monographie  de  la  cathédrale  de  Chartres, 
Chartres,  1887-1901,  3  vol.  —  A.  Lecocq,  La  cathédrale  de 
(Chartres  et  ses  maîtres  de  l'œuvre,  dans  Mémoires  de  la  Soc. 
archéol.  d'Eure-et-Loir,  vi,  1876.  —  K.  Lefèvre-Pontalis, 
Les  architectes  de  la  construction  des  catliédrales  de  Chartres,  i 
dans  Mémoires  de  la  Soc.  des  Anti(iu;nres  de  France,  1905.  I 
—  R.  Merlet,  La  cathédrale  de  Charires  ("  Petites  monogra-  ! 
j)hies  »),  Paris,  s.  d.  (1909).  —  M.  .lusselin,  La  maîtrise  de  ' 
l'œuvre  à  Notre-Dame  de  Chartres,  dans  Mémoires  de  la  ! 
Soc.  archéol.  d'Eure-et-Loir,  1921.  —  Y.  Delaporte-E.  [ 
Houvel,  Les  vitraux  de  la  cathédrale  de  Chartres,  Chartres, 
1927,  1  vol.  et  3  recueils  de  planches.  —  É.  Màle,  Notre- 
Dame  de  Chartres,  Paris,  1948. 

Chapitre  cathédral.  —  E.  de  Lépinois-L.  Merlet,  ' 
Cartulaire  de  Notre-Dame  de  Chartres,  Chartres,  1862- 
65,  3  vol.  —  L.  Amiet,  Essai  sur  l'organisation  du  chapitre 
cathédral  de  Chartres,  Chartres,  1922. 

Écoles.  —  A.  Clerval,  Les  écoles  de  Chartres  au  Moyen  j 
Age,  dans  Mémoires  de  la  Soc.  archéol.  d'Eure-et-Loir,  xi,  i 
1895.  1 

Paroisses.  —  N'.  Doublet,  Pouillé  du  dioc.  de  Chartres,  ! 
Chartres,  1738.  —  P.  Buisson-P.  Rellier  de  la  Cliavignerie, 
Tableau  de  la  ville  de  Chartres  en  1750,  Chartres,  s.  d. 

Abbayes,  prieurés  et  communautés.  —  Gall.  christ., 
VIII,  Paris,  1744.  — •  M.  Guérard,  Cartulaire  de  l'abbaye  de 
S.-Pcre  de  Chartres,  Paris,  1840,  2  vol.  —  J.  Vaudou,  Hist. 
générale  de  la  communauté  des  Filles  île  S.-Paul  de  Charires, 
Paris,  1922-31,  4  volumes. 

II.  DIOCÈSE.  —  L  Limites  et  divisions.  II.  His- 
toire sommaire.  III.  Établissements  religieux.  IV. 
Enseignement. 

I.  Limites  et  divisions.  —  Jusqu'à  la  fondation  du  j 
siège  de  Blois  (1697),  le  diocèse  de  Chartres  était  l'un 
des  plus  vastes,  le  plus  vaste  peut-être,  des  diocèses  de  i 
France.  Ne  pouvant  en  jalonner  ici  tout  le  pourtour, 
nous  nous"  contenterons  d'en  indiquer  les  limites 
extrêmes.  Il  était  borné  au  Nord  par  la  Seine  ou,  plus 
exactement,  par  la  rive  droite  de  ce  fleuve  dont  les 
îles,  par  ex.  celle  où  se  trouvait  la  paroisse  S. -Jacques 
de  Meulan,  lui  appartenaient.  Au  Sud,  il  débordait 
notablement  la  Loire  et,  s'étendant  au  delà  de  l'ab- 
baye de  Pontlevoy,  touchait  presque  le  Cher.  De  j 
l'Est,  où  sa  limite  voisinait,  sans  cependant  l'at-  i 
teindre,  avec  le  méridien  de  Paris,  il  s'étendait,  vers  I 
l'Ouest,  plus  loin  que  les  sources  de  l'Eure.  Il  était 
limité  par  les  diocèses  de  Paris,  de  Rouen,  d'Évreux, 
de  Séez,  du  Mans,  de  Tours,  d'Orléans  et  de  Sens.  Il 
renfermait,  avant  son  démembrement,  903  paroisses  i 


où  vivait  une  population  évaluée  —  approximati- 
vement, bien  entendu  —  à  400  000  âmes. 

On  a  prétendu,  mais  à  notre  avis  sans  preuves  déci- 
sives, que  le  diocèse  de  Chartres  avait  cédé,  à  une 
époque  très  ancienne,  une  partie  de  son  territoire, 
notamment  .Alortagne  et  Bellême,  à  celui  de  Séez. 

Les  anciennes  limites  du  diocèse  de  Chartres  corres- 
pondent à  peu  près,  autant  que  l'on  peut  en  juger, 
avec  celles  de  la  civitas  Carnotensis,  mais  rien  ne 
prouve  que  la  correspondance  ait  jamais  été  parfaite. 
Ainsi  que  l'ont  fait  remarquer  les  éditeurs  du  Cartu- 
laire de  Notre-Dame  de  Chartres,  on  ne  peut  croire  que 
les  premiers  apôtres  du  pays  se  soient  arrêtés  devant 
les  frontières  qui  séparaient  les  pagi  chartrains  des 
pagi  limitrophes.  «  Ils  poussèrent  en  avant  la  parole  de 
Dieu,  sans  souci  des  limites  administratives,  et  ratta- 
chèrent à  l'Église  chartraine  tous  les  territoires  qu'ils 
avaient  évangélisés.  Oux  d'Évreux,  de  Séez,  du 
Mans,  de  Tours,  d'Orléans,  de  Sens,  de  Paris,  de 
Rouen  firent  de  même,  en  rayonnant  autour  de  leur 
Église  mère.  Voilà,  pensons-nous,  comment  les  évè- 
chés  furent  constitués  dans  l'origine  et  pourquoi  les 
limites  du  nôtre  pouvaient  très  bien  ne  pas  corres- 
pondre exactement  avec  celles  de  l'antique  cité  ou  des 
pagi  qui  la  composaient  au  iv-v  siècle.  » 

La  Vieille  chronique  attribue  à  S.  Lubin  (milieu 
du  vie  s.)  la  délimitation  du  diocèse  :  Hic  Leobiiius 
Carnotensem  diocesim  delimilavit .  Malgré  la  date  tar- 
dive du  document  (xiv<^  s.),  le  renseignement  mérite 
d'être  pris  en  considération,  car  le  fait  est  tout  à  fait 
vraisemblable.  L'époque  de  S.  Lubin  est  celle  de 
l'achèvement  de  l'évangélisation  des  campagnes.  Les 
derniers  paguni  avaient  disparu,  les  centres  chrétiens 
avaient  cessé  d'être  des  îlots;  il  était  temps  de  déli- 
miter le  territoire  déi)endant  de  chacun  d'eux. 

Il  y  eut  peu  après,  sous  l'épiscopat  de  Pappolus,  une 
tentative  de  démembrement.  Le  roi  Sigebert,  à  qui 
appartenait  Châteaudun,  essaya  de  fonder  dans  cette 
ville  un  évêché  pour  la  partie  austrasienne  de  l'an- 
tique civitas  Carnotum.  L'évêque  de  Chartres  protesta, 
en  ,573,  au  concile  de  Paris  qui  lui  donna  gain  de 
cause.  Cependant  l'évêque  de  Châteaudun,  Promotus, 
se  maintint  dans  ses  fonctions  jusqu'à  la  mort  de  Sige- 
bert (575). 

L'ancien  diocèse,  outre  la  ville  et  la  banlieue  de 
Chartres,  comjirenait  six  archidiaconés  :  1.  le  grand 
archidiaconé,  composé  des  six  doyennés  d'Épernon, 
d'Auneau,  de  Rochefort,  du  Perche,  de  Brou  et  de 
Courville;  — ■  2.  l'archidiaconé  de  Dunois  :  doyennés  de 
Beauce  et  de  Dunois-au-Perche;  —  3.  l'archidiaconé 
de  Pinserais,  composé  des  doyennés  de  Poissy  et  de 
Mantes;  —  4.  l'archidiaconé  de  Dreux,  composé  des 
doyennés  de  Dreux  et  de  Brezolles;  — 5.  l'archidia- 
coné de  Blois;  — •  6.  l'archidiaconé  de  Vendôme.  Ces 
deux  derniers  ne  comprenaient  qu'un  seul  doyenné. 
«  Nos  archidiaconés  concordent  mieux  avec  les  pagi. 
font  remarquer  les  éditeurs  du  Cartulaire,  que  le 
diocèse  avec  la  cité  mérovingienne  et  carlovingienne... 
Quelle  qu'ait  été  la  date  précise  de  cette  institution 
dans  notre  diocèse  [celle  des  archidiaconés],  on  était 
bien  loin  de  l'époque  où  les  pagi  formaient  la  division 
administrative  du  pays;  mais  comme  ils  avaient  élc 
remplacés  assez  fidèlement  par  les  comtés,  l'autorité 
ecclésiastique  trouva  sans  doute  une  certaine  conve- 
nance à  donner  à  ses  archidiaconés  les  limites  des  cir- 
conscriptions territoriales  familières  aux  habitants.  - 

L'étendue  du  diocèse  de  Chartres  en  motiva  le  dé- 
membrement. En  1697  fut  créé  le  diocèse  de  Blois, 
formé  des  archidiaconés  de  Blois  et  de  Vendôme  et 
d'une  partie,  comprenant  54  paroisses,  de  l'archi- 
diaconé de  Dunois  —  il  est  à  noter  que  la  carte  du 
diocèse  de  Blois,  publiée  dans  ce  dictionnaire,  établie 
sans  doute  d'après  celle  de  Jaillot  (1701),  n'est  pas 


565  CHARTRES  5titi 


parfaitement  exacte;  la  limite  des  deux  diocèses  est 
trop  au  Nord  :  elle  donne,  par  ex.,  à  Blois  Baignolet  et 
Viabon  qui  n'ont  jamais  cessé  d'appartenir  à  Chartres. 
C'est  sous  l'épiscopat  de  Paul  de  Godet  des  Marais 
que  le  nouveau  siège  fut  érigé,  mais  c'est  une  erreur  de 
dire  qu'il  ait  eu  l'initiative  du  démembrement.  Le 
projet  n'était  pas  nouveau,  et  lorsque  Godet  des  Ma- 
rais devint  évêque,  la  décision,  ainsi  qu'il  résulte  de  la 
correspondance  de  M.  Tronson,  était  déjà  prise  en 
haut  lieu. 

En  vertu  des  lois  révolutionnaires,  le  diocèse  de 
Chartres  fut  réduit  aux  limites  du  département 
d'Eure-et-Loir  et  gouverné  par  l'évêque  constitution- 
nel Bonnet.  La  bulle  Qui  Christi  Domini,  en  exécution 
des  dispositions  du  Concordat  de  1801,  supprima  le 
diocèse  de  Chartres  et  en  rattacha  le  territoire  à  celui  j 
du  diocèse  de  Versailles. 

Le  diocèse  de  Chartres  fut  rétabli  en  1817  et  Mgr  de  i 
Latil,  aumônier  du  comte  d'Artois,  en  fut  nommé 
évêque.  Mais  c'est  seulement  en  1821  que  la  mesure 
fut  réalisée.  Depuis  ce  temps,  les  limites  du  diocèse, 
qui  sont  celles  du  département  d'Eure-et-Loir,  n'ont 
pas  varié. 

En  somme,  le  territoire  du  diocèse  a  toujours  été  en 
diminuant.  Il  a  perdu  un  très  grand  nombre  de  ses 
paroisses  et  n'en  a  gagné  que  très  peu  :  quatorze  qui 
appartenaient  autrefois  à  celui  d'Orléans  (région  de 
Janville)  et  une  seule  (S.-Bomert)  qui  faisait  partie  de 
celui  du  Mans.  Ses  divisions  actuelles  concordent  à  peu 
près  avec  les  divisions  civiles,  ce  qui  nous  dispense  de 
les  décrire  en  détail.  Il  comprend  les  quatre  archiprê- 
irés  de  Chartres,  de  Châteaudun,  de  Dreux  et  de 
Nogent-le-Rotrou.  Quant  aux  doyennés,  ils  corres- 
pondent aux  cantons,  avec  cette  différence  que  le 
doyenné  du  canton  d'Orgères  est  à  Terminiers,  et  qu'il 
existe,  depuis  1927,  un  doyenné  de  Louville  dont  le 
territoire  a  été  constitué  au  moyen  de  paroisses  enle- 
vées aux  doyennés  d'Auneau,  de  Janville  et  de 
Voves. 

On  trouve  dans  VOrdo  de  1950  les  renseignements 
suivants  :  «  Le  diocèse  de  Chartres  compte  une  popu- 
lation de  258  110  habitants,  répartie  en  426  com- 
munes. Il  est  partagé  en  4  archiprêtrés  et  25  doyennés 
formant  377  paroisses  qui  sont  desservies  par  208  curés 
et  administrateurs,  45  vicaires,  2  ])rêtres  auxiliaires. 
Il  compte  en  outre  77  prêtres  :  chanoines,  supérieurs, 
professeurs,  aumôniers,  etc.,  ce  qui  constitue  un  total 
de  332  prêtres  en  exercice.  » 

1 1.  Histoire  sommaire.  — •  11  est  dillicile  de  résumer.  | 
même  très  sommairement,  l'histoire  d'un  grand  dio-  j 
cèse  dans  une  note  aussi  brève  que  celle-ci  ;  nous  nous 
contenterons  donc  d'en  tracer  les  grandes  lignes. 

Nous  avons  dit  ailleurs  que  l'histoire  des  origines 
chrétiennes  de  la  ville  de  Chartres  nous  était  presque 
totalement  inconnue;  autant  faut-il  en  dire,  et  à  plus 
forte  raison,  de  celle  de  l'évangélisation  des  diverses 
régions  du  diocèse.  S.  Martin  y  est  passé  ;  il  est  probable 
que  c'est  par  l'elïort  de  propagande  chrétienne  auquel 
son  nom  reste  attaché  que  les  populations  rurales 
de  cette  partie  de  la  Gaule  ont  abandonné  le  paga- 
nisme. L'évêque  de  Chartres  S.  Soleime  —  confondu 
postérieurement  avec  un  autre  Solenne  dont  on  véné- 
rait le  tombeau  en  Touraine  —  est  mentionné  par  son 
biographe  comme  ayant  «  catéchisé  »  Clovis,  c.-à-d. 
l'ayant  marqué  du  signe  de  la  croix  qui  fait  les  caté- 
chumènes. S.  Lubin,  qui  vivait  au  milieu  du  vi"  s.,  est 
le  plus  célèbre  des  évêques  de  Chartres  de  la  période 
mérovingienne.  Un  demi-siècle  après  lui,  l'évêque 
S.  Béthaire,  au  cours  d'une  guerre  entre  Clotaire  II  et 
Thierry,  roi  de  Bourgogne,  se  conduisit,  au  péril  de  sa 
vie,  en  véritable  «  défenseur  de  la  cité  ». 

C'est  au  cours  de  la  période  historique  antérieure 
aux  invasions  normandes  que  se  place  vraisemblable-  | 


ment  la  fondation  de  la  plupart  des  paroisses  rurales. 
Il  y  eut  aussi  à  cette  époque  une  belle  floraison  de  vie 
monastique. 

Les  incursions  des  pirates  du  Nord,  accompagnées 
d'incendies,  de  pillages  et  de  massacres,  furent  né- 
fastes, dans  le  pays  chartrain,  aux  institutions  reli- 
gieuses. En  858  la  ville  de  Chartres  fut  détruite,  et 
l'évêque  Frotbold  périt  avec  plusieurs  membres  de  son 
clergé.  Un  peu  plus  tard  par  contre,  en  911,  les  Nor- 
mands furent  vaincus  et  repoussés  sous  les  murs  de 
Chartres,  tandis  que  l'évêque  Gantelme  opposait  à 
leur  attaque,  sur  une  des  portes  de  la  ville,  la  célèbre 
relique  de  la  Vierge. 

Au  cours  des  x«  et  xi^  s.,  il  y  eut  une  restauration 
religieuse  qui  atteignit  son  apogée  au  xii^  Tous  les 
évêques,  il  est  vrai,  ne  furent  pas  à  la  hauteur  des  cir- 
constances :  il  y  en  eut  de  cupides,  de  simoniaques  et 
de  batailleurs.  Mais  il  y  en  eut  aussi  de  saints  et  de 
savants,  tels  que  S.  Fulbert  et  S.  Yves.  A  cette 
époque,  l'influence  monastique  fut  prépondérante. 
Beaucoup  de  laïques  qui  détenaient  des  biens 
d'Église,  soit  par  usurpation,  soit  par  héritage,  les 
remirent  à  des  institutions  religieuses  qui  furent  la 
plupart  du  temps  des  monastères,  soit  des  abbayes  du 
pays  chartrain,  soit  des  abbayes  plus  lointaines,  mais 
célèbres,  telles  que  Cluny  ou  Marmoutier.  Beaucouj)  de 
prieurés,  dont  la  plupart  ne  devaient  avoir  qu'une 
assez  courte  durée,  furent  fondés  à  cette  époque; 
beaucoup  d'églises  rurales,  jusque-là  en  bois,  furent, 
par  les  soins  des  moines,  rebâties  en  pierre.  Au  point  de 
vue  religieux,  le  xn«  s.  fut  une  époque  brillante. 
L'Église  de  Chartres  eut  d'illustres  évêques,  tels  que 
Geoffroy  de  Lèves  et  Jean  de  Salisbury;  elle  fut  visitée 
par  trois  papes  :  Pascal  11,  Innocent  II  et  Alexan- 
dre III;  S.  Bernard  y  vint  deux  fois.  Le  xiF  s.  fut 
aussi  la  belle  époque  des  écoles  chartraines.  Il  se  ter- 
mina dans  l'enthousiasme  populaire  qui  rendit  pos- 
sible la  construction  en  quelques  années  de  la  cathé- 
drale actuelle. 

Dès  le  xiii«  s.  apparaissent  certains  signes  de  déca- 
dence. Des  conflits  se  produisent,  puis  se  multiplient, 
entre  l'autorité  religieuse  et  l'autorité  civile,  avec  leurs 
conséquences  ordinaires  :  interdits,  excommunica- 
tions. Le  chapitre  cathédral  jouit,  pour  son  malheur, 
d'une  indépendance  de  plus  en  plus  grande  qui  finira 
par  l'opposer  aux  évêques  en  une  lutte  où,  finalement, 
il  aura  le  dessous.  Les  abbayes  commencent  à  déchoir 
de  leur  prospérité;  par  contre,  les  ordres  mendiants, 
frères  prêcheurs  et  frères  mineurs,  s'implantent  et 
prospèrent. 

La  fin  du  xiv«  s.  et  la  première  moitié  du  xv«  furent 
une  triste  époque  pendant  laquelle,  en  raison  de  la 
guerre  étrangère  et  de  la  guerre  civile,  la  pluj)art  des 
établissements  religieux  et  charitables  furent  privés  de 
leurs  ressources  et  ne  purent  entretenir  leurs  bâti- 
ments dont  beaucoup  tombèrent  en  ruine.  Au  moment 
du  Schisme,  Chartres  suivit,  avec  la  France,  le  parti  de 
Clément  VII  et  eut  pour  évêque,  en  1380,  Jean 
Lefèvre,  un  de  ses  partisans  décidés. 

Lorsque,  vers  le  milieu  du  xv^  s.,  la  paix  eut  ramené 
la  prospérité,  le  diocèse  de  (>hartres  connut  des  jours 
meilleurs  qui  durèrent  jusqu'aux  guerres  de  religion. 
On  releva  les  ruines  matérielles  et  morales.  La  plupart 
des  églises  furent  alors  reconstruites,  agrandies  ou 
restaurées.  Il  s'en  faut  de  beaucoup,  cependant,  que 
tout  ait  été  parfait  à  cette  époque.  Le  peuple,  en  son 
immense  majorité,  était  croyant  et  pratiquant;  mais 
sa  foi  n'était  sans  doute  pas  toujours  éclairée,  et  sa 
pratique  paraît  n'avoir  pas  été  exempte  de  forma- 
lisme. L'Église  de  Chartres  eut  à  sa  tête  des  évêques 
trop  souvent  mêlés  à  la  politique,  observant  peu  la 
résidence;  quelques-uns  d'ailleurs  ne  firent  que  passer 
sur  le  siège  épiscopal.  Le  clergé  était  nombreux;  on 


567 


CHARTRES 


n'oserait  dire  qu'il  ait  toujours  été  à  la  hauteur  de  sa 
tâclie.  Il  n'était  pas  rare  de  voir  des  curés  résider  hors 
de  leurs  paroisses,  après  les  avoir  affermées  à  des 
desservants  moyennant  une  somme  fixe  et  des  rede- 
vances en  nature.  Quant  aux  ordres  religieux,  à  l'ex- 
ception des  mendiants,  ils  étaient  dans  un  état  de 
décadence  que  devait  encore  aggraver,  au  xvi«  s.,  la 
généralisation  du  régime  de  la  commende. 

Le  protestantisme  semble  s'être  infiltré  d'assez 
bonne  heure  dans  le  diocèse  de  Chartres.  A  partir  de 
1523,  on  en  signale  diverses  manifestations,  d'ailleurs 
durement  réprimées.  La  Réforme  se  propagea  au 
cours  de  la  seconde  moitié  du  xvi^  s.,  favorisée  par  la 
neutralité  plutôt  bienveillante  de  l'évèque  Charles 
Guillard.  Des  Églises  protestantes  furent  fondées  en 
divers  lieux,  tels  que  Châteaudun,  Nogent-le-Rotrou, 
Dangeau.  Les  nouvelles  doctrines  firent  des  adeptes 
dans  la  petite  noblesse.  Il  y  eut  des  défections  dans  le 
clergé  :  un  abbé  commendataire  de  S. -Père,  Pierre  de 
Brizay,  se  retira  dans  son  château  de  DenonviUe  et  se 
maria;  plusieurs  curés  passèrent  à  la  Réforme.  Au 
point  de  vue  militaire,  les  protestants  éprouvèrent  sur-  ■ 
tout  des  revers  dans  le  diocèse  de  Chartres  :  le  prince 
de  Condc  fut  battu  à  Dreux  en  1562;  il  fut  forcé,  en 
1568,  de  lever  le  siège  de  Chartres;  les  reîtres  furent 
mis  en  déroute  à  Auneau  en  1587.  Lors  des  guerres  de 
la  Ligue,  Henri  IV  s'empara  de  Chartres  eu  1591, 
mais  trois  ans  après,  ayant  abjuré  l'hérésie,  il  y  revint 
pour  se  faire  sacrer  (1594).  Aujourd'hui  il  n'y  a  plus 
en  Eure-et-Loir  qu'un  petit  nombre  de  j^rotestants;  ils 
sont  surtout  groupes  à  Chartres  et  dans  les  villages  de 
Mézières-en-Drouais  et  de  Guillonville. 

Déjà  commencée  à  la  fin  du  xvr  s.  par  l'évèque  Ni- 
colas de  Thou,  la  réforme  catholique,  doiil  le  diocèse 
avait  le  plus  grand  besoin,  fut  réalisée  par  les  évêques 
du  siècle  suivant,  notanunent  par  Jacques  Lescot, 
Ferdinand  de  Neufville  de  Villeroy  et  Paul  de  Godet 
des  Marais,  prélats  savants,  édifiants  et  zélés.  Ferdi- 
nand de  Neufville  fonda  le  grand  séminaire;  Godet  des 
Marais  assura  le  recrutement  du  clergé  par  quatre 
petits  séminaires  et  prit  part  activement  aux  contro- 
verses religieuses  de  son  époque;  c'est  à  lui  et  à  son 
successeur,  Charles  de  Mérinvillc,  que  le  diocèse  de 
(Chartres  est  redevable  d'avoir  été,  dans  son  ensemble, 
préservé  du  jansénisme.  En  même  temps  que  le  clergé 
séculier,  les  réguliers  éprouvèrent  les  heureux  effets 
d'une  réforme  qui,  pour  n'avoir  pas  produit  de  résul- 
tats très  durables,  n'en  fut  pas  moins  bienfaisante  :  les 
bénédictins  se  rallièrent  à  la  congrégation  de  S.-Maur 
et  les  chanoines  réguliers  à  celle  de  Ste-Genevièvc. 
Différents  ordres  nouveaux  ou  réformés  s'installèrent 
à  côté  des  anciens.  Il  est  à  remarquer  cependant  que 
les  jésuites,  qui  avaient  été  sous  Henri  IV  à  la  veille  de 
se  voir  confier  la  direction  du  collège  de  Chartres,  ne 
possédèrent  aucun  établissement  dans  le  diocèse. 

Le  zèle  des  évêques  pour  la  formation  des  ecclésias- 
tiques porta  ses  fruits  :  on  constate  l'existence,  au 
xviiF  s.,  d'un  clergé  plus  cultivé  et  plus  édifiant  que 
celui  du  siècle  précédent.  Et  les  documents  de  tout 
genre  —  innombrables  —  sont  d'accord  pour  attester 
que  la  population  était  dans  son  immense  majorité 
non  seulement  pratiquante,  mais  pénétrée  de  convic- 
tions chrétiennes.  Dans  la  seconde  moitié  du  siècle 
cependant,  les  idées  nouvelles  s'infiltrèrent  dans  cer- 
tains milieux,  surtout  dans  la  classe  bourgeoise. 
Quant  aux  ordres  religieux  d'hommes,  ils  connurent 
une  période  de  décadence  accélérée,  à  laquelle  n'échap- 
pèrent ni  les  frères  prêcheurs  ni  les  frères  mineurs  qui, 
restés  fidèles  à  leurs  devoirs,  virent  leur  recrutement 
se  tarir.  Seules  les  congrégations  de  femmes  restèrent 
prospères  jusqu'au  jour  où  elles  furent  forcées  de 
se  dissoudre. 

Lorsque  se  manifestèrent  les  premiers  symptômes  de 


la  Révolution,  une  partie  du  clergé  fut  favorable  aux 
idées  nouvelles.  Ces  ecclésiastiques  ne  faisaient  que 
suivre  l'exemple  de  leur  évêque,  Jean-Baptiste- Joseph 
de  Lubersac,  bientôt  désabusé  d'ailleurs,  qui  avait 

1  donné  sa  confiance  à  Sieyès,  alors  son  vicaire  général. 
Quand  parut  la  Constitution  civile  du  clergé,  certains 
curés  furent  ravis  de  voir  disparaître  les  moines  et  les 
chanoines,  s'imaginant  que  tout  ce  qu'on  enlèverait 
à  ces  prétendus  parasites  profiterait  aux  «  pasteurs 
utiles  ».  Il  est  difficile  de  savoir  au  juste  combien 
prêtèrent  serment  à  la  Constitution  civile;  les  statis- 
tiques officielles,  même  complètes  et  sincères,  ne 
tiennent  pas  toujours  compte  des  restrictions  plus  ou 
moins  manifestes  et  des  rétractations  subséquentes. 
Les  assermentés  furent  sans  doute  entraînés  par  l'in- 
fluence et  l'exemple  du  lazariste  Gratien,  supérieur  du 
grand  séminaire,  partisan  de  la  Constitution  civile  et 
futur  évêque  constitutionnel  de  la  Seine- Inf.  On 
])eut  admettre,  approximativement,  qu'il  y  eut  un 
nombre  à  peu  près  égal  d'assermentés  et  de  rcfrac- 
taires.  Si  parmi  ces  derniers  on  ne  signale  dans  le 
diocèse  de  Chartres  qu'une  victime,  la  plupart  des 
autres  connurent  les  épreuves  de  l'exil,  de  la  déporta- 
tion — •  où  beaucoup  moururent  misérablement  —  ou 
furent  contraints  d'exercer  leur  ministère  en  cachette 
et  au  péril  de  leur  vie,  tandis  que  Mgr  de  Lubersac, 
passé  en  Angleterre,  jiuis  en  Allemagne,  s'efforçait  de 
diriger  et  de  secourir  les  prêtres  fidèles  restés  dans  le 
diocèse  ou  émigrés. 

Le  Concordat  rétablit  la  i)aix  religieuse,  mais  suj)- 
prinia  le  diocèse  de  Chartres.  La  fameuse  cathédrale  ne 
fut  i)lus,  pendant  une  vingtaine  d'années,  qu'une 
église  paroissiale  du  diocèse  de  Versailles.  Cet  état  de 
choses  dura  jusqu'au  concordat  de  1817  qui,  en  ce  qui 
concernait  (>hartres,  ne  sortit  son  elîet  qu'en  1821.  Les 
autorités  religieuses  |)urent  alors  relever,  peu  à  i)eu, 
les  ruines  causées  par  la  Révolution.  Le  chapitre,  les 
séminaires  furent  rétablis.  Les  congrégations  reli- 
gieuses de  femmes  coninirent  une  nouvelle  prospérité. 
De  1824  à  1853  Chartres  eut  pour  évêque  Mgr  Clause! 
de  Montais,  dont  la  jeunesse  s'était  écoulée  sous  l'An- 
cien Régime  et  <iui,  depuis,  n'avait  rien  appris  ni  rien 
oublié,  gallican  impénitent,  mais  homme  d'hoimeur, 
incapable  de  transiger  avec  le  devoir  et  défenseur  in- 
trépide des  droits  de  l'Église. 

La  restauration  de  la  crypte  de  la  cathédrale,  l'éta- 
blissement de  l'Œuvre  des  clercs  ou  Maîtrise  (école 

j  cléricale),  l'extension  du  pèlerinage  de  Notre-Dame 

'  sont  les  événements  qui  dominent  l'histoire  religieuse 
chartraine  de  la  seconde  moitié  du  xix'  s.  «  J'ose  le 

!  prédire,  Chartres  redeviendra  plus  que  jamais  le  centre 
de  la  dévotion  à  Marie  en  Occident;  on  y  alfluera 
comme  autrefois  de  tous  les  points  du  monde.  »  Mal- 
gré rétablissement  de  pèlerinages  nouveaux  qu'il  ne 
pouvait  prévoir,  cette  parole  de  Mgr  Pie,  prononcée  en 
1855,  n'a  pas  été  démentie  par  les  faits. 

'  Après  un  siècle  de  tranquillité  relative  due  au  Con- 
cordat, interprété  tantôt  avec  bienveillance,  tantôt 
avec  hostilité,  l'Église  de  Chartres  s'est  vue  de  nou- 
veau spoliée  par  la  loi  de  Séparation  et  privée,  par  la 
loi  sur  les  associations,  du  concours  des  congrégations 

j  religieuses.  Les  événements  qui  se  sont  succédés  depuis 
bientôt  cinquante  ans  sont  encore  trop  rapprochés 
pour  qu'on  puisse  en  parler  avec  une  sérénité  parfaite. 

(  Bornons-nous  à  constater  que  si  l'Église  de  Chartres 
a  subi,  au  point  de  vue  matériel,  de  lourdes  pertes,  elle 
jouit  d'une  indépendance  plus  grande  qu'autrefois, 
que  ses  séminaires  ont  pu  être  reconstitués,  que 
l'œuvre  du  Denier  du  culte  assure  au  clergé  un  mini- 

i  mum  —  malheureusement  bien  bas  —  de  ressources, 
que  les  congrégations  religieuses  ont  pu,  dans  une  cer- 
taine mesure,  reprendre  leur  rôle  bienfaisant,  que  le 
culte  de  Notre-Dame  de  Chartres  attire  des  pèlerins 


C.  HA  HT  R  lis 


plus  iionibreiix  que  jauiais,  et  tout  cela  malgré  les  i 
pertes  en  vies  humaines  et  les  ruines  matérielles  et 
morales  occasionnées  par  les  deux  dernières  guerres.  ! 

m.  Établissements  religieux  (dans  les  limites 
actuelles  du  diocèse).  —  1"  Chapitres.  —  S.-Étienne  de  ' 
Dreux.  —  (^e  cha])itre  paraît  pouvoir  rivaliser  en 
ancienneté,  sinon  en  importance,  avec  celui  de  Notre- 
Dame  de  Chartres.  Bâtie  dans  l'enceinte  du  château, 
l'église  qu'il  desservait  existait  déjà  sans  doute  ù 
l'époque  mérovingienne.  Le  chapitre,  dont  l'existence 
au  x«  s.  est  bien  constatée,  fut  l'objet  des  libéralités  de 
Louis  le  Gros.  Au  xvin''  s.,  il  comprenait  treize  cha- 
noines. L'église  S.-Étienne  n'existe  plus. 

S.-.Je<in-Jiuptixle  à  Nogenl-le-Rotrou.  -  Il  tut  fondé 
en  1194.  par  (ieolTroy  IV,  comte  du  Perche.  Il  était 
composé  au  xviii<'  s.  de  neuf  chanoines,  y  compris  le 
doyen.  L'église  S. -Jean  a  complètement  disparu. 

S. -André  de  Châlcaiiduii.  —  11  remonte  à  1211,  et  fut 
établi  en  partie  grâce  aux  libéralités  de  l'abbaye  de 
Bonneval.  La  dignité  de  doyen  y  fut  instituée  en  1263. 
Il  comprenait  au  xviii"  s.  un  doyen,  un  prévôt,  un  tré- 
sorier, quatre  chanoines  résidants  et  quatre  chanoines 
honoraires.  Il  ne  reste  rien  de  l'église  S. -André. 

La  Ste-Chapelle  du  Danois.  —  Le  célèbre  Dunois  fit 
rebâtir,  à  partir  de  1451,  la  chapelle  du  château  de  1 
Chàteaudun,  qui  fut  dédiée  à  Notre-Dame  et  à  S.  Jean- 
Baptiste.  Elle  fut  d'abord  desservie  par  des  chanoines 
réguliers  de  S. -Victor  de  Paris,  qui  furent  remplacés 
en  1490  par  un  collège  de  chanoines  séculiers.  Au 
xviii«  s.,  il  y  avait  un  prévôt,  un  chantre  et  huit  cha- 
noines. La  Ste-Chapelle  existe  toujours. 

Notre-Dame  de  Maillebois.  —  Il  fut  fondé  en  1505 
par  Jeanne  de  Montfaucon,  pour  desservir  la  chapelle 
que  son  mari,  Jean  d'O,  décédé  depuis  peu,  avait  fait 
bâtir.  Au  xviii«  s.  il  n'y  avait  plus  qu'un  doyen,  curé  de 
la  paroisse  S. -François,  érigée  en  1588  d^ns  la  collé- 
giale, et  deux  prébendés.  L'église  existe  toujours  j 
comme  paroisse.  j 

S. -Nicolas  de  Maintenon.  —  Jean  Cottereau,  sei- 
gneur de  Maintenon,  rebâtit,  près  de  son  château,  l'an- 
cienne église  paroissiale  S. -Nicolas  et  y  établit,  en 
1522,  un  chapitre  de  six  chanoines  dont  le  doyen  ou 
chevecier  était  en  même  temps  curé  de  la  paroisse. 
L'église  S. -Nicolas,  désalTectée,  existe  encore.  1 

Tous  ces  chapitres  ont  été  supprimés  à  l'époque 
révolutionnaire. 

2°  Abbayes  et  principaux  prieurés.  —  Nous  ne  pou- 
vons mentionner  ici  tous  les  anciens  établissements 
monastiques  compris  autrefois  dans  le  territoire  actuel 
du  diocèse  de  Chartres.  Les  donations  faites  aux 
abbayes  aux  xi«  et        s.  donnèrent  naissance  à  une 
multitude  de  petits  prieurés  dont  l'existence,  en  tant  ! 
que  communautés  monastiques,  fut  éphémère.  Il  y  en 
eut  une  centaine  dans  les  limites  actuelles  du  diocèse  j 
de  Chartres.  A  partir  du  xiii«  s.,  le  droit  commun  et  le  i 
droit  diocésain  firent  rentrer  dans  leurs  abbayes  les  \ 
moines  dispersés  dans  ces  petits  prieurés  oii  la  vie  régu-  [ 
lière  était  à  peu  près  impossible.  Nous  ne  ferons  men- 
tion que  d'un  très  petit  nombre  de  prieurés  excep- 
tionnellement importants. 

Bonneval,  abbaye  SS.-Florentin-et-Hilaire.  — -  Voir 
D.  H.  G.  E.,  IX,  lOCl  sq. 

Coulombs,  abbaye  Notre-Dame.  Ce  monastère 
existait  au  x''  s.  Deux  fois  détruit,  il  fui  restauré  en 
1028  par  Odolric,  évèque  d'Orléans,  en  exécution  des 
intentions  de  son  oncle,  Roger,  évèque  de  Beauvais. 
Très  éprouvé  par  la  guerre  de  Cent  .Ans  et  les  guerres  de 
religion,  il  fut  restauré  i)ar  la  congrégation  de  S.-Maur 
qui  s'y  installa  en  1H48.  11  ne  reste  que  peu  de  chose  i 
des  anciens  bâtiments.  [ 

Tiron,  abbaye  de  la  Ste-Trinilé.  —  ,\près  une  cxis-  I 
lence  assez  mouvementée,  Bernard  d'Abbeville,  réfor-  ! 
mateur  du  clergé     la  lin  du  xt»  s.  et  au  début  <lu  xii", 


vint  se  fixer  avec  quelques  compagnons  aux  environs 
de  Nogent-le-Rotrou  pour  y  mener  une  vie  particuliè- 
rement austère  (1109).  Inquiété  par  les  moines  de 
Cluny  établis  à  Nogent-le-Rotrou,  il  dut  quitter  son 
premier  établissement  et  se  réfugier  sur  une  terre 
concédée  par  l'évêque  et  le  chapitre  de  Notre-Dame  de 
Chartres  (1114).  La  nouvelle  fondation  prit  un  déve- 
loppement extraordinaire  :  Tiron  devint  la  maison 
mère  d'une  congrégation  qui  comprit,  en  France  et  en 
Angleterre,  jusqu'à  14  abbayes  et  86  prieurés.  La  déca- 
dence vint  vite.  En  1629  Tiron  passa  à  la  congrégation 
de  S.-Maur  qui  y  établit  un  collège,  transformé  un  peu 
plus  tard  en  école  militaire.  Cette  école  finit  par  se 
substituer  à  l'abbaye,  dont  le  titre  abbatial  fut  sup- 
primé en  1782. 

Ce  qui  subsiste  de  l'église  est  aujourd'hui  utilisé 
pour  la  paroisse  de  Tiron.  Il  ne  reste  presque  rien  des 
bâtiments  réguliers;  ceux  de  l'école  militaire  sont 
aujourd'hui  une  habitation  privée. 

Josaphal,  abbaye  Notre-Dame.  —  Geoffroy,  évèque 
de  Chartres,  de  la  puissante  famille  de  Lèves,  fonda  ce 
monastère  en  1117,  aux  environs  de  Chartres,  en  un 
site  dont  les  pèlerins  de  Terre  sainte  avaient  remarqué 
la  ressemblance  avec  celui  de  la  célèbre  vallée.  Les 
premiers  moines  vinrent  de  Fourmetot,  en  Norman- 
die, après  la  destruction  de  leur  monastère.  Tombée  en 
décadence,  l'abbaye  fut  relevée  par  les  mauristes  en 
1640.  Elle  est  aujourd'hui  occupée  par  un  hospice.  Des 
fouilles  pratiquées  en  1905  et  1906  ont  mis  à  jour  une 
partie  des  substructions  de  l'église,  qui  datait  du 
xii^  siècle. 

Ctiâteaudun,  abbaye  de  la  Madeleine  (ordre  de  S.- 
Augustin). —  Il  faut  considérer  comme  légendaire  ce 
qui  a  été  dit  de  la  prétendue  fondation  de  cette  abbaye 
par  Charlemagne.  Une  église  dédiée  à  Notre-Dame  fut 
sans  doute  élevée  au  x«  s.  par  les  comtes  de  Cham- 
pagne. Au  xii«  s.,  elle  fut  remplacée  par  celle  qui  a 
subsisté,  et  confiée,  entre  1118  et  1120,  aux  chanoines 
réguliers  de  S. -Augustin.  C'est  vers  cette  époque 
qu'elle  changea  son  titre  pour  celui  de  Ste-Madeleine. 
L'abbaye  fut  réunie  à  la  congrégation  de  France  de 
Ste-Geneviève  en  1634.  Les  bâtiments  réguliers,  plus 
récents,  très  endommagés  au  cours  de  la  dernière  guerre, 
étaient  occupés  par  la  sous-préfecture  et  la  prison. 

S.-Vincent-des-Bois  (ordre  de  S. -Augustin).  —  En 
1066,  Geoffroy,  évèque  de  Chartres,  concéda  à  un 
nommé  Guismond  une  chapelle  dédiée  à  S.  Vincent, 
dans  le  Thimerais,  pour  qu'il  y  menât,  avec  quelques 
compagnons,  la  vie  érémitique.  Vers  1130,  Hugues  de 
Châteauneuf  fit  de  ce  modeste  établissement  une 
abbaye  qu'il  dota  et  où  il  fit  venir  des  chanoines  régu- 
liers. Après  diverses  vicissitudes,  l'abbaye  fut  restau- 
rée en  1667  par  les  génovéfains.  Ce  monastère  passe 
pour  avoir  été,  au  xviii"  s.,  le  pénitencier  de  la  congré- 
gation. Ce  qui  en  reste  a  perdu  tout  caractère. 

S.-Avit  (abbaye  de  femmes;  ordre  de  S. -Benoît).  — 
Faut-il  croire  que  l'abbaye  de  S.-Avit,  dans  un  fau- 
bourg de  Chàteaudun,  a  succédé  au  monastère  de 
Piciacus,  dont  il  est  question  dans  l'histoire  de 
S.  Avit?  C'est  un  problème  que  nous  ne  pouvons  exa- 
miner ici.  Pour  nous  en  tenir  à  ce  qui  est  historique- 
ment certain,  nous  nous  bornerons  à  dire  que  l'abbaye 
de  S.-Avit  a  été  fondée  ou  restaurée  en  1045.  Elle  a 
subsisté  jusqu'à  la  Révolution,  et  une  partie  des  bâti- 
ments existe  encore.  Quelques  objets  précieux  (châsses) 
lui  ayant  appartenu  ont  passé  aux  bénédictines  de 
Verneuil. 

Arcisses  (prieuré,  puis  abbaye  d'hommes,  puis  de 
femmes;  ordre  de  S. -Benoît).  —  Prieuré  dépendant  de 
Tiron  et  fondé  du  vivant  de  S.  Bernard  d'Abbeville,  il 
fut  érigé  en  abbaye  en  1225.  A  peu  près  désert,  ce  mo- 
nastère passa  à  des  moniales  en  163(i.  Il  n'en  reste  que 
peu  de  chose. 


r>7i 

Ahhnye  de  Ste- Gemme  (ordre  de  S. -Benoît).  —  Mo-  ' 
nastère  de  femmes,  fondé  en  1 148,  donné  à  l'abbaye  de  i 
S.-Avit.  Érigé  dans  la  suite  en  abbaye,  puis  aban-  ', 
donné,  il  fut  attribué  en  1444  à  l'abbaye  de  Coulombs. 

Abbaye  de  l'Eau  (abbaye  de  femmes;  ordre  de  Cî- 
teaux).  —  Situé  à  quelque  distance  en  amont  de 
(;hartres,  dans  la  vallée  de  l'Eure,  ce  monastère  fut 
fondé  en  122fi  par  Jean  de  Châtillon,  comte  de 
Chartres.  Il  a  subsisté  jusqu'à  la  Révolution.  Quelques 
restes  de  l'église  et  des  lieux  réguliers  sont  reconnais- 
sablés. 

Nogent-le-Rotrou,  prieuré  S. -Denis  (ordre  de  Cluny). 

—  GeolTroy  III,  comte  du  Perche,  fonda,  en  1028  ou 
1029,  un  monastère  à  proximité  du  château  de  Nogent- 
le-Rotrou.  Son  successeur,  Rotrou  II,  y  appela  des 
moines  de  S.-Père  de  Chartres.  Geoffroy  III,  comte  du 
Perche,  s'étanl  brouillé  avec  S.-Père,  y  fit  venir  des 
moines  de  Cluny,  qui  le  mirent  au  nombre  de  leurs 
prieurés  (1081).  En  décadence  et  presque  désert,  le 
prieuré  S. -Denis  fut  supprimé  dès  1788.  Il  en  subsiste 
des  restes  importants,  dont  une  grande  partie  de 
l'église,  bâtie  avant  l'arrivée  des  moines  de  Cluny. 

Épernon,  prieuré  S. -Thomas.  —  Ce  prieuré  a  succé- 
dé, au  s.,  à  un  ancien  monastère  nommé  la  Trinité 
de  Seincourt.  Amaury,  seigneur  de  Montfort  et  d'Éper- 
non,  le  réunit,  par  une  donation  confirmée  en  1052  par 
Henri  I",  à  l'abbaye  de  Marmoutier.  Les  restes  de 
l'église  attestent  l'ancienne  importance  de  cet  éta- 
blissement monastique. 

Belhomerl,  prieuré  Notre-Dame  (prieuré  de  femmes; 
ordre  de  Fontevrault).  —  Ce  monastère  fut  fondé,  peu 
après  1119,  par  Hugues  de  Châteauneuf;  il  dura  jus- 
qu'à la  Révolution.  Quelques  bâtiments  anciens  en  ont 
subsisté,  mais  l'église  a  totalement  disparu. 

Éclimont  (prieuré  de  l'ordre  des  Célestins).  —  Ce 
petit  monastère,  destiné  à  être  peuplé  de  huit  reli- 
gieux, fut  établi  en  1557  par  Étienne  de  Poncher, 
évêque  de  Rayonne,  dans  la  propriété  attenante  à  son 
château  d'Éclimont.  Condamné  par  la  Commission 
des  réguliers,  il  fut  supprimé  en  1774. 

3°  Commanderies  (d'après  le  pouillé  de  1738).  — 
Citons  celle  de  Champagne,  La  Boissière  (près  Châ- 
teaudun),  La  Ville-Dieu  (paroisse  de  Manou),  Sours 
(avec  maison  et  hôpital  à  Chartres)  —  le  pouillé  ne 
mentionne  pas  une  autre  Ville-Dieu  (paroisse  de 
Laons)  qui  a  été  aussi  le  siège  d'une  commanderie. 
Tous  ces  établissements  ont  été  fondés  au  xii<i  siècle. 

4°  Couvents  et  communautés  diverses  (en  dehors  de 
Chartres).  —  Nous  nous  sommes  servis  pour  en  éta- 
blir la  liste  du  pouillé  de  1738,  en  le  rectifiant  ou  en  le 
complétant  au  besoin.  Nous  n'osons  la  donner  comme 
complète;  il  y  a  eu  sans  doute  de  petites  congréga- 
tions locales  qui  ont  disparu  sans  laisser  autre  chose 
que  des  souvenirs  plus  ou  moins  précis. 

Cordeliers  :  Châteaudun  (xiii^  s.);  Anet  (1582).  — - 
Capucins  :  Nogent-le-Rotrou  (1601);  Dreux  (1615).  — 
Récollets  :  Châteaudun  (1608). 

Dames  du  S. -Sacrement  :  Dreux  (1696);  Nogent-le- 
Rotrou  (prieuré  de  Nazareth,  1635)  :  à  la  fin  du 
xvii«  s.  ce  monastère  comptait  trente  professes  qui 
tenaient  un  pensionnat  de  jeunes  flUes.  —  Hernar- 
dines  :  Courville  (1643);  ces  religieuses  qui  avaient  des 
pensionnaires  consentirent,  en  1748,  à  la  suppression 
de  leur  monastère,  en  raison  de  difficultés  financières. 

—  Religieuses  de  la  congrégation  de  Notre-Dame  (de 
S.  Pierre  Fourier)  :  Châteaudun  (1643).  —  Ursulines  : 
Nogent-le-Rotrou  (1631).  —  Filles  de  la  Charité  de 
S.-Vincent  de  Paul  :  hôtel-Dieu  de  Châteaudun  (1654). 

—  Filles  de  la  Providence  de  S.-Rémy  d'Auneau 
(1729),  devenues  depuis  les  Sœurs  de  Bon  Secours  de 
Chartres.  —  Sœurs  de  la  Présentation  de  Sainville, 
fondées  par  la  Mère  Poussepin  (1695),  devenues  depuis 
les  Sœurs  de  la  Présentation  de  Tours.  —  Sœurs  de 


^12 

Levesville-la-Chenard  (fin  du  xvii»  s.),  devenues  les 
Sœurs  de  S. -Paul  de  Chartres. 

5"  Depuis  la  Révolution.  —  Tous  les  établissements 
mentionnés  ci-dessus  ont  disparu  à  l'époque  révolu- 
tionnaire. Dès  que  la  liberté  religieuse  a  été  rendue  à 
la  France,  les  congrégations  y  ont  reparu,  et  ont 
connu  au  cours  du  xix^  s.  une  grande  prospérité.  Ne 
pouvant  énumérer  ici  tous  leurs  établissements  dans  le 
diocèse  de  Chartres,  nous  nous  bornerons  à  donner  un 
aperçu  de  leur  statistique  d'après  La  Voix  de  Notre- 
Dame  de  Chartres  de  1895.  Nous  laissons  de  côté  les 
établissements  de  la  viUe  de  Chartres,  dont  il  a  été 
question  plus  haut,  ainsi  que  les  congrégations  pure- 
ment enseignantes  dont  nous  parlerons  ci-dessous. 

Trappistines,  venues  de  Mondaye  à  la  Cour-Pétral 
en  1845  :  1  établissement.  —  Visitandines  :  1  ét. 
(Dreux).  •—  Sœurs  de  S. -Paul  de  Chartres  :  environ 
80  ét.  —  Filles  de  la  Charité  :  3  ét.  —  Sœurs  de  Bon 
Secours  de  Chartres  :  3  ét.  —  Sœurs  de  la  Providence 
de  Ruillé-sur-Loir  :  7  ét.  — -  Sœurs  de  Notre-Dame  de 
Chartres,  fondées  à  Berchères-l'Évêque  et  autorisées 
par  décret  du  23  mars  1857  :  27  ét.  —  Sœurs  de  la 
Présentation  de  Tours  :  4  ét.  —  Sœurs  de  l' Immaculée- 
Conception,  fondées  à  Nogent-le-Rotrou  en  1808  : 
3  ét.  — •  Sœurs  d'Évron  :  3  ét.  • —  Sœurs  de  la  Charité 
de  Besançon  :  2  ét.  —  Sœurs  de  la  Providence  de 
Langres  :  1  ét.  —  Sœurs  de  Champigneul  :  1  ét. 

La  loi  du  1"  juill.  1901  contre  les  congrégations  a  été 
cause  de  la  disparition  d'un  certain  nombre  de  ces 
établissements.  D'autres  modifications  sont  égale- 
ment survenues.  Ainsi  les  trappistines  de  la  Cour- 
Pétral  ont  été  remplacées  en  1935  par  les  servantes  du 
S. -Sacrement  et  l'ancien  prieuré  d'Épernon  a  été 
occupé,  en  1936,  par  les  filles  de  la  Croix.  Les  Pères  de 
Picpus  se  sont  établis  à  Châteaudun  en  1927;  les 
rédemptoristes,  à  Dreux  en  1946.  Les  Pères  du  S.- 
Esprit  dirigent  depuis  1946  l'orphelinat  Notre-Dame 
au  château  des  Vaux,  et  les  dominicains  depuis  1945 
l'œuvre  Ste-Madeleine  à  La  Ferté-Vidame. 

IV.  Enseignement.  —  «  La  première  trace  certaine 
que  l'on  trouve  de  l'enseignement  primaire  en  Eure-et- 
Loir,  écrivait  Lucien  Merlet  vers  1874,  est  une  ordon- 
nance capitulaire  du  chapitre  de  Chartres  de  l'année 
1324.  Dans  la  séance  tenue  le  mercredi  après  la  S.- 
Vincent, le  chapitre  recommande  aux  curés  soumis  à 
sa  juridiction  d'avoir  dans  leur  paroisse  une  école 
primaire...  »  Même  recommandation  adressée  à  tout  le 
diocèse  dans  les  statuts  synodaux  de  1489,  1526  et 
1636.  Aux  xvii«  et  xviiie  s.  se  multiplient  les  fonda- 
tions, par  testament  ou  par  contrat,  pour  l'établisse- 
ment ou  l'entretien  des  écoles.  Partout  où  on  le  peut, 
les  garçons  ont  leur  école  et  les  filles  la  leur.  Il  n'y  a 
pas  encore  pour  les  filles  de  congrégations  vouées  uni- 
quement à  l'enseignement,  tel  du  moins  qu'on  le  con- 
çoit aujourd'hui,  mais  un  certain  nombre  de  commu- 
nautés ont  des  pensionnaires  qu'elles  instruisent,  et 
reçoivent  même  des  élèves  du  dehors.  Les  frères  des 
écoles  chrétiennes  de  S. -Jean-Baptiste  de  la  Salle 
ouvrent  pour  les  garçons  des  écoles  à  Chartres  (1699),  à 
Nogent-le-Rotrou  (1723)  et  à  Dreux  (1740). 

Avant  la  Révolution,  il  existe  plusieurs  collèges. 
Celui  de  Dreux  remonte  à  1536,  celui  de  Chartres  à 
1572,  celui  de  Bonneval  à  1611,  celui  de  Nogent-le- 
Rotrou  à  1654.  Quant  au  collège  de  Châteaudun,  on 
sait  seulement  qu'il  est  antérieur  à  1590,  date  de  sa 
destruction  au  cours  des  guerres  de  la  Ligue.  Nous 
avons  déjà  mentionné  l'école  militaire  de  Tiron;  il  faut 
aussi  ajouter  à  la  liste  des  collèges  l'abbaye  des  géno- 
févains  de  S.-Chéron-lès-Chartres  où  des  pension- 
naires étaient  reçus  et  instruits. 

Pour  la  formation  des  clercs,  il  n'y  eut  pas  d'éta- 
blissements spéciaux  avant  le  xvii»  s.  Après  quelques 
essais  infructueux  auxquels  furent  mêlés  Bourdoise  et 


chartrp:s 


i73 


CHA  RTf{ES 


Olier,  le  premier  séminaire  fut  établi  en  1659,  dans  la 
banlieue  chartraine,  au  prieuré  de  Beaulieu,  ancieime 
léproserie.  Dirigé  d'abord  par  des  prêtres  du  diocèse,  il 
fut  confié,  en  1680,  aux  lazaristes.  A  la  tin  du  siècle, 
en  1699,  Godet  des  Marais  fonda  quatre  petits  sémi- 
naires :  un  à  Chartres,  le  séminaire  S. -Charles,  le  plus 
important,  où  les  lazaristes  furent  appelés  en  1719;  un 
à  S.-Cyr;  un  à  Fresnes  (Ecquevilly),  dans  le  diocèse 
actuel  de  Versailles,  comme  le  précédent;  un  à  Nogent- 
le-Rotrou,  qui,  de  fait,  paraît  s'être  confondu  avec 
le  collège. 

.\près  la  Révolution,  l'enseignement  chrétien  a 
passé  dans  le  diocèse  de  Chartres  par  les  mêmes  vicis- 
situdes que  dans  les  autres  diocèses  de  France.  Depuis 
la  laïcisation  de  l'enseignement  public,  on  a  cherché  à 
multiplier  les  écoles  congréganiste.s,  surtout  pour  les 
lilles.  Les  religieuses  du  Sacré-Cœur  ont  ouvert  des 
maisons  d'éducation  à  Chartres  et  à  Châteaudun. 
Mentionnons  aussi  celles  qui  sont  tenues  par  la  société 
fondée  par  Mlle  Delfeuille  à  Nogent-le-Rotrou  (1832), 
à  Chartres  et  à  Dreux.  Bénéficiant  des  dispositions  de 
la  loi  de  1850,  l'institution  Notre-Dame  de  Chartres, 
collège  secondaire  pour  les  garçons,  a  pris  sa  forme 
actuelle  en  1854. 

Le  grand  séminaire  a  été  rétabli  à  Chartres,  en  1821, 
dans  les  bâtiments  de  l'ancien  petit  séminaire  S.- 
Charles; quelques  années  plus  tard,  en  1825,  un  petit 
séminaire  était  fondé  dans  l'ancienne  abbaye  de 
S.-Chéron.  Dès  avant  le  rétablissement  de  l'évêché,  il 
y  avait  eu  un  petit  séminaire,  peu  important,  à  Ter- 
miniers  (1819-33).  Un  autre  petit  séminaire  fut  fondé  à 
Nogent-le-Rotrou  en  1853. 

Les  lois  antireligieuses  du  début  de  ce  siècle  (loi 
contre  les  congrégations  en  1901,  loi  de  Séparation 
en  1905)  ont  gravement  atteint  l'enseignement  reli- 
gieux, et  les  fidèles  ont  dû  s'imposer  de  lourds 
sacrifices  pour  le  sauvegarder.  Voici  l'état  actuel 
des  établissements  d'enseignement  relevant  de  l'auto- 
rité diocésaine. 

Les  écoles  primaires  de  garçons  sont  au  nombre  de  6  ; 
2  sont  tenues  par  les  frères  des  écoles  chrétiennes.  Il  y  a 
46  écoles  de  filles,  dont  26  tenues  par  des  congréganistes. 

Il  existe  deux  établissements  secondaires  pour  les 
garçons  :  l'institution  Notre-Dame  de  Chartres  et  le 
pensionnat  S.-Pierre  de  Dreux,  tenu  par  les  frères  des 
écoles  chrétiennes.  Il  y  en  a  également  deux  pour  les 
filles  :  l'institution  Jeanne-d'Arc  à  Chartres,  et  l'insti- 
tution Delfeuille  à  Nogent-le-Rotrou.  Il  y  a  en  plus 
deux  cours  secondaires  rattachés  à  des  établissements 
primaires  (institution  Guéry  à  Chartres,  institution 
Delfeuille  à  Nogent-le-Rotrou). 

Deux  établissements  relèvent  également  de  l'auto- 
rité diocésaine  :  l'école  d'agriculture  de  Nermont, 
pour  les  jeunes  gens,  et  l'école  ménagère  des  sœurs  de 
S. -Paul  de  Chartres  pour  les  jeunes  filles. 

Pour  la  formation  du  clergé,  le  diocèse  dispose 
actuellement  des  établissements  suivants  :  du  grand 
séminaire,  qui  occupe,  à  Chartres,  les  bâtiments  de 
l'ancienne  abbaye  S. -Jean;  de  la  maîtrise,  école  cléri- 
cale fondée  en  1853,  qui  a  recueilli  les  élèves  du  .sémi- 
naire S.-Chéron,  et  est  aujourd'hui  le  principal  petit 
.séminaire;  du  petit  séminaire  de  Nogent-le-Rotrou, 
qui  a  pu  être  rétabli  en  1934;  enfin  de  l'école  cléricale 
de  Mézières-en-Drouais,  fondée  en  1941  et  dirigée 
par  la  communauté  sacerdotale  des  Prêtres  du  (<hrist- 
Moi,  dont  les  élèves  sont  conduits  jusqu'au  sacerdoce. 

Outre  les  ouvrages  mentionnés  à  C.hartrbs  (Ville),  on 
pourra  consulter  : 

LiMiTE.s  uu  DIOCÈSE  :  Haye,  Martyrologe  Je  l'Église  de 
Chartres,  précédé  d'une  étude  sur  les  liitiiles  du  diocèse,  s.  d. 
[1890J. 

Histoire  sommaikk  :  Lehr,  Jm  Kéforine  et  les  Églises 
réfornifes  dans  le  départ,  actuel  d' Eure-et-Loir,  1912. 


lÎTABi.rsSKMRNTS  RELIGIEUX  :  Vilbcrt,  Dreux...  Abrégé 
hist.  de  cette  ville  et  de  son  comté,  par  le  président  Eu.^tache 
de  Rotrou,  1879.  — •  Bordas,  Hist.  sommaire  du  Dunois, 
1884,  2  vol.  —  Comte  de  Souancé,  Nogent-le-Rotron,  1916. 
—  Guérard,  Cartulaire  de  l'abbaye  S.-Père  de  Chartres,  1840, 
2  vol.  —  L.  Merlet,  Cartulaire  de  l'abbaye  de  Tiron,  188.'^, 
2  vol.  —  Bigot,  Hist.  de  l'abbaye  de  S.-Florentin  de  Bonne- 
val,  1875.  —  Mêlais,  Cartulaire  de  Notre-Dame  de  Josapliat, 
1911-12,  2  vol.  —  L.  Merlet-L.  .Tarry,  Cartulaire  de  la 
Madeleine  de  Châteaudun,  1896.  —  R.  Merlet,  Cartulaire  de 
S.-Jean-en- Vallée  de  Chartres,  1906.  —  C.  Lemenestrel- 
M.  Boudet,  Annales  du  couvent  des  capucins  de  Dreux,  dans 
Archives  du  dioc.  de  Chartres,  xxiv,  1914-35.  —  Métais, 
Les  TempUer.t  en  Eure-et-Loir,  ibid.,  vu,  1902. 

Enseignement  :  L.  Merlet,  De  l'instruction  primaire  en 
Eure-et-Loir  avant  1790,  dans  Mémoires  de  la  Soc.  archéol. 
d'Eure-et-Loir,  vi,  1876.  —  Renard,  Le  séminaire  du  Grand- 
Beaulieu-lès-Chartres,  1890-1908;  [,e  séminaire  S.-Charies 
de  Chartres,  1908. 

Y.  Delaporte. 

CHARTRES  (Renaud,  oumieux  Regnault  de), 
archevêque  de  Reims  et  chancelier  de  France.  Il  était 
fils  d'Hector  de  Chartres,  seigneur  d'Ons-en-Bray, 
connu  par  l'établissement  du  célèbre  Coutumier  des 
forêts  de  Normandie.  Destiné  à  l'Église,  il  obtint  le  dé- 
canat  de  Beauvais  en  1404,  fut  nommé  archevêque  de 
Reims  en  1414  par  le  pape  Jean  XXIII,  cependant  que 
l'université  de  Paris  écrivait  à  la  municipalité  et  au 
chapitre  pour  tenter  de  faire  élire  Jean  Canart.  Il  fut 
chargé  de  missions  politiques  et  diplomatiques,  assista 
au  concile  de  Constance  et  figurait  en  1415  parmi  les 
ambassadeurs  du  roi  de  France  qui  conseillaient  à 
Jean  XXIII  d'abdiquer  et  lui  offraient  des  garanties 
de  sécurité.  Toutes  ses  occupations  firent  qu'il  résida 
peu  à  Reims  et  il  nomma  Jean  Raimond  vicaire  géné- 
ral pour  l'administration  du  diocèse.  Le  3  oct.  1416  il 
assistait  à  la  conférence  avec  les  ambassadeurs  bour- 
guignons qui  réussit  seulement  à  conclure  une  trêve  et, 
en  1417,  à  celle  de  Barneville  en  face  des  délégués  du 
roi  d'Angleterre;  c'est  lui  qui  prit  la  parole,  mais  sans 
rien  obtenir  et,  en  avr.  1420,  il  partit  pour  l'Écosse  où 
il  fit  un  long  séjour  et  d'où  il  ramena  une  armée  de 
4  000  à  5  000  hommes  qui  contribua  à  la  victoire  de 
Baugé  en  mars  1421.  Il  fut  nommé  chancelier  de 
France  par  lettres  du  28  mars  1425,  mais  les  sceaux 
furent  rendus  au  mois  d'août  à  Martin  Gouge  et  il 
reçut  en  dédommagement  une  pension  de  2  500  livres. 
L'année  suivante,  il  fut  député  à  Rome  pour  chercher 
une  solution  à  la  collation  des  bénéfices.  Il  demeurait 
un  des  conseillers  les  plus  influents  et  ses  richesses  lui 
permettaient  de  faire  des  avances  au  trésor.  En  1427  il 
accompagna  le  roi  en  Poitou  et,  au  mois  d'avr.  sui- 
vant, il  faisait  partie  de  l'ambassade  envoyée  en 
Écosse  en  vue  du  renouvellement  des  alliances  et  afin 
de  demander  la  main  de  Marguerite  d'Écosse  pour  le 
dauphin.  Les  sceaux  lui  furent  rendus  par  lettres  du 
8  nov.  1428  et  il  devait  garder  son  poste  jusqu'à  sa 
mort;  c'est  lui  qui  dirigeait  le  Conseil  et  il  fut  chargé 
des  pays  nouvellement  soumis  à  l'autorité  royale. 

Il  assista  en  1429  au  couronnement  de  Charles  VII 
à  Reims,  étant  arrivé  dans  cette  ville  peu  de  jours 
avant  le  roi  et,  après  le  sacre,  le  souverain  lui  fit  don 
des  tapisseries  qui  avaient  servi  pour  la  cérémonie. 
Ce  n'est  pas  sans  un  sentiment  de  honte  qu'on  le  voit 
dans  la  suite  annoncer  aux  habitants  de  Reims,  qui 
avaient  vu  Jeanne  dans  sa  gloire,  la  prise  de  l'héroïne 
devant  Compiègne  et  qu'elle  «  ne  voulait  plus  croire 
conseil  mais  faisait  tout  à  son  plaisir  •>  et  que  Dieu 
l'avait  i)uiiie  «  [lour  ce  qu'elle  s'était  constituée  en 
orgueil  ».  Il  continue  ensuite  ses  missions  diploma- 
tiques; au  mois  d'oct.  1431  il  est  envoyé  pour  traiter 
de  la  paix  avec  le  duc  de  Bourgogne,  puis  à  Auxerre 
avec  les  délégués  anglais.  Il  prit  part  ensuite  au  con- 
grès qui  aboutit  au  traité  d'Arras  avec  Philippe  le  Bon, 
le  21  sept.  1435,  les  négociations  antérieures  n'ayant 


r»7r)  c  HA  HT  m-:  s  — 

amené  qu'une  trêve.  11  présida  eu  1436  la  séance  d'ou- 
verture du  Parlement,  nouvellement  rétabli  à  Paris  et, 
en  juin  1438,  il  accompagnait  à  Cambrai  Catherine, 
fille  de  Charles  VII  qui  allait  épouser  Charles  le  Témé- 
raire. En  1439  il  était  à  la  conférence  de  Gravelines, 
rompue  parce  qu'il  exigeait  la  renonciation  du  roi 
d'.\iigielerre  à  ses  prétentions  sur  la  France. 

11  avait  revu  l'évêché  d'Orléans  en  conimende,  le 
17  mars  1439  d'après  les  registres  du  Vatican;  il  y  fit 
son  entrée  le  2.5  oct.  suivant,  pendant  la  tenue  des 
lîtats  généraux.  Le  18  déc.  de  la  même  année,  il  était 
créé  cardinal  au  titre  de  S.-Étienne-du-Mont-Cœlius. 
En  1442  II  confirma  par  ordre  du  roi  l'établissement  du 
conseil  de  ville  de  Reims  et  rétablit  le  collège  de 
Reims  en  l'université  de  Paris.  Il  était  à  Tours  avec  le 
loi  quand  il  mourut,  le  8  avr.  1444,  semble-t-il.  Un 
sceau  de  lui,  sur  une  charte  de  1441,  lui  attribue  le 
titre  de  premier  pair  de  France. 

F.  Duchesne,  Hisl.  des  chanceliers,  483-88.  —  Marlot, 
Hist.  de  Reims,  JV,  160-8.5.  —  N.  Valois,  La  France  et  le 
Grand  Schisme  d'Occident,  iv.  , —  De  Beaucourt,  Hist. 
de  Charles  VII  et  les  autres  histoires  et  chroniciues  de 
l'époque. 

M.  Prévost. 
CHARTREUSE    (Grande-)     et  CHAR- 
TREUX (Ohdrk  des).  Voir  Grande-Chartreuse. 

CHARTREUVE,  Curiovornm , Carthooonim , Car- 
Ihophorum,  abbaye  de  l'ordre  de  Prémontré,  dioc.  de 
Soissons,  à  10  km.  de  Fismes  (Aisne),  de  la  circarie  de 
France  et  filiale  de  Beaulieu.  Abbaye  fondée  par  Odon 
de  Bailleul  (de  Balliolo),  seigneur  de  Chéry,  en  1133  (le 
Trésor  des  chron.  donne  vers  1100  [?],  et  U.  Chevalier, 
1200).  Cependant,  ses  origines  restent  obscures  :  il 
semble  en  effet  que  le  monastère  existant  sous  la 
règle  de  S.  Augustin,  et  peut-être  occupé  par  des  mo- 
niales, remonte  à  1122.  D'après  les  documents  de 
Beaulieu,  ce  monastère  ne  passa  à  l'ordre  de  Prémon- 
tré qu'en  1140  ou  1145.  Les  chroniqueurs  se  plaignent 
des  pertes  subies  par  les  archives  de  Chartreuve.  Le 
passé  de  ce  monastère  reste  fort  incomplet. 

Liste  des  abbés.  —  Girelm  ou  Girlem,  1134,  1150  et 
1158.  —  Robert,  venu  de  Vicoigne,  vers  1179.  — 
Willerm,  1178  et  1 185.  —  Pierre,  1192.  —  Baudouin  de 
Chartreuve,  passa  en  1201  à  Prémontré.  —  Louis, 
1213.  —  Gilles.  —  Eustache.  1244.  ■ —  Robert  des 
Cosses,  1265.  —  Hugues.  —  Jean.  —  Manassès,  1300, 
t  le  9  mai.  —  Bernard,  1315.  —  Jean  II  Chaudroy, 
1338.  —  Thibaut.  —  Jacques,  résigna,  f  23  déc.  — 
Hugues  II,  venu  de  Braine.  —  Théodéric.  —  Gervais. 

—  Bertrand  de  Cury,  1409.  —  Jean  III,  vivait  en 
1426.  —  Thomas  le  Fèvre,  1465.  —  Radulphe  de 
Lannois,  1516,  f  7  déc,  après  1616.  —  Antoine  Parent, 
élu  le  2  févr.  1517,  f  4  juin  1530;  fut  le  dernier  abbé 
régulier.  —  Guillaume  le  Petit,  premier  abbé  com- 
mendataire.  —  Nicolas  Guerrin,  docteur  en  médecine 
et  professeur,  obtint  l'abbaye  en  1545,  et  fut  forcé,  par 
sentence  du  parlement  de  Paris,  d'abandonner  une  \ 
part  des  revenus  de  l'abbaye  pour  l'entretien  des  ' 
religieux.  —  Jean  Panyer,  f  2  janv.  1578.  —  Henri  { 
Nidet,  t  1582.  —  Théodéric  Moët,  f  1582.  —  François 
Brulart,  archidiacre  de  Reims,  abbé  de  1588  à  1601.  —  ! 
François  le  Picard,  conseiller  et  aumônier  de  la  reine. 

—  Simon  de  Gras,  évêque  de  Soissons,  f  28  oct.  1656. 
- —  Cliarles  de  Bourbon,  évêque  de  Soissons,  f  26  oct. 
1685.  —  René  de  Morlay,  t  1710.  —  N.  de  Clairem- 
bault,  t  1718.  —  Nicolas  Hubert  de  Mongaut,  duc  de 
Chartres  puis  d'Orléans,  eu  possession  en  1726,  et 
après  cette  date. 

Archives  :  dép.  de  l'Aisne;  bibl.  de  Reims.  —  C.-L. 
Hugo,  Annales,  i,  475;  Proh.,  377.5-78.  —  Galliu  citrisl. 
netiis,  IV,  224;  nooa,  ix,  483-85. 

M. -A.  Erens. 


C  II  ASSAC.  NI'.  r>76 

CHASCH,  Kâsh,  Kâs,  Khûsh,  Qas,  localité  du 
Ségestan  située  au  sud-est  de  Farah.  Est  mentionnée 
dans  le  synode  de  Mâr  Abâ  (544)  comme  constituant, 
avec  Farah  et  Zarang,  le  territoire  soumis  à  la  juri- 
diction de  l'évêque  Yazd-Aphrïd. 

O.  Braun,  Das  Buch  der  Synhados,  Stuttgart,  1900,  p.  117. 

—  J.-B.  Chabot,  Synodicon  orientale,  dans  Notices  et  ex- 
traits, xxxvii,  Paris,  1902,  p.  343  sq.,  680.  —  G.  Le  Strange, 
The  Lands  of  the  Eastern  Caliphate,  Cambridge,  1905, 
342  sq.  —  E.  Sachau,  Ziir  Ausbreitung  des  Christenlums  in 
Asie/1,  dans  Ahh.  der  preiiss.  Akad.  der  Wiss.  (1919), 
phil.-liist.  Kl.,  I,  Berlin,  1919,  p.  67.  —  A.  Mingana,  The 
early  Spread  of  Christianity  in  Central  Asia  and  the  Far 
East,  dans  Bull,  o/  the  .John  Rylands  Library  Manchester, 
IX.  1925,  p.  319  sq. 

Akn.  Van  Lantschoot. 

CHASES  (Les),  Casae,  abbaye  de  bénédictines 
sous  le  patronage  de  S.  Pierre,  dioc.  de  S.-Flour,  auj.du 
Puy,  comm.  de  S.-Julien-des-Chazes  (Hte-Loire),  sur 
l'Allier.  Ce  monastère,  le  plus  renommé  de  l'Auvergne, 
fut  fondé  vers  800  par  la  femme  de  Claude,  seigneur  de 
Chanteuges.  Au  xi«  s.,  il  reçut  la  direction  de  S.  Pierre 
de  Chavanon.  Il  se  soumit,  en  1637,  à  la  juridiction  et 
à  la  visite  du  prieur  de  La  Chaise-Dieu,  puis,  en  1670, 
s'unit  à  l'ordre  de  Cluny,  après  que  les  religieux  de 
S.-Maur  eurent  refusé  de  le  diriger. 

Liste  des  abbesses.  —  Blanche  de  Seissac,  1213.  — ■ 
Laure,  1221.  —  Guillemine  P«  de  Gravier,  1255.  — 
Guillemine  II  de  Petra,  1263,  1272.  —  Marguerite  I" 
de  AUegria,  1282,  1311.  —  Isabelle  de  Langeac,  1322, 
1362.  —  Marguerite  II  de  Prunet,  1375,  1390.  — 
Beatrix  de  Vergerac,  1403,  1421.  — •  Marie  I'«  de 
Aubeyra,  1431,  1457.  —  Marie  II  de  Langeac,  1462, 
1475.  —  Isabelle,  1482.  —  Blanche  de  Langeac,  1482. 

—  Antoinette  de  Chalançon,  1494,  démissionna, 
t  1533.  —  Gabrielle  de  la  Fayette,  1531,  f  1541.  — 
Isabelle  II  de  la  Fayette,  1543,  t  1563.  —  Catherine  de 
Rivoyre,  1566,  f  1609.  —  Jeanne  de  Beauvergier 
Montgon,  1613,  t  1662.  —  Françoise  de  Beauvergier 
Montgon,  sa  nièce,  coadj.  1642,  t  1675.  —  Charlotte  de 
Beauvergier  Montgon,  coadj.  1665,  f  1715.  — •  Marie- 
Louise  de  Beauvergier  Montgon,  1715.  —  Élisabeth- 
Henriette  de  Beauvergier  Montgon,  coadj.  1721. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  270.  —  Cha- 
brier.  L'abbaye  de  S.-Pierre-des-Chazes  en  Auvergne,  dans 
Annales  de  la  Soc.  d'agric.  du  Puy,  xxxv,  1889-97,  p.  159- 
69.  —  Cottineau,  719.  —  Gall.  christ.,  ii,  452.  —  J.  Pouget, 
Les  Chazes,  dans  Alin.  de  Brionde,  iv,  1923,  p.  111-12.  — 
Spicil.  Brivat.,  549-5.58. 

R.  Van  Doren. 
CHASSAGNE,  Cassania,  La  Chassaigne,  an- 
cienne abbaye  cistercienne  située  sur  la  comm.  de 
Crans,  dans  les  Dombes  (Ain),  dioc.  de  Belley,  jadis  de 
Lyon.  Étienne  II  de  Villars,  sur  le  point  de  partir  à  la 
croisade,  avait  fait  don  à  Ainard,  abbé  de  S.-Sulpice 
en  Bugey,  de  plusieurs  propriétés  :  Chassagne  et 
autres  lieux.  L'abbé  mit  quelque  lenteur  à  créer  une 
maison  filiale;  ce  n'était  d'ailleurs  pas  une  condition 
apposée  dans  les  actes  de  1145.  La  croisade  terminée, 
le  donateur  revint  et  exigea  la  fondation  d'une 
abbaye;  elle  commença  le  1"  nov.  1162.  Les  années 
qui  suivirent  furent  marquées  par  des  donations  et 
acquisitions;  la  famille  de  la  Palud  fut  noblement 
généreuse.  En  1314,  l'abbé  de  Hautecombe  se  déchar- 
gea sur  Chassagne  du  soin  de  refaire  le  fameux  pont  du 
Rhône;  lourde  tâche  qui  absorba  les  belles  forêts  de 
l'abbaye.  Trente  ans  après,  Jean  de  Lay,  abbé  démis- 
sionnaire, voulut  s'emparer  d'une  ferme  dépendant  du 
monastère,  sous  prétexte  qu'une  pension  lui  était  due. 
Le  chapitre  de  Cîteaux  dut  le  menacer  d'excommuni- 
cation. Les  difficultés  furent  plus  graves  en  1548  quand, 
au  lieu  d'un  abbé  régulièrement  élu,  le  pouvoir  civil 
voulut  imposer  un  commendataire,  Pierre  de  Gondy, 
futur  cardinal  et  évêque  de  Paris.  Les  elTorts  des 


577 


CHASSAGNE 


—  CHATEAU-L'ABBAYE 


578 


moines  conjugués  avec  ceux  du  chapitre  général 
furent  vains.  Chassagne  disparut  à  la  fin  du  xviii«  s.; 
il  n'y  avait  plus  qu'une  ombre  de  communauté. 
Série  des  abbés.  —  1.  Wilfred,  1162.  —  2.  Guy,  1190. 

—  3.  Pierre,  1197.  —  4.  Guy  II,  1198.  —  5.  Aniédée, 
1206.  —  6.  Durand  I",  1212.  —  7.  Guibert,  1219.  — 
8.  Gauthier,  1220.  —  9.  Jean  I",  1228.  —  10.  Tho- 
mas I",  1230.  —  11.  Guy  III,  1232.  —  12.  Étienne  I", 
1250.  —  13.  Jean  II,  1260.  —  14.  Gauthier  II,  1264.  — 
15.  Ponce  I",  1269.  —  16.  Bernard,  1272.  —  17. 
Ponce  II,  1274.  —  18.  Nicolas  I",  1280.  —  19.  Hen- 
ri I"  de  Villars,  1290,  archevêque  de  Lyon  en  1296, 
t  1301.  —  20.  Hugues,  1299.  —  21.  Guillaume  I". 
1300.  —  22.  Durand  II,  1303-09.  —  23.  Rainald,  1314. 
24.  Jean  III  de  Braissy,  1316-29.  —  25.  Guillaume  II 
de  Fetans.  1331.  —  26.  Jean  IV  de  Lay,  1334.  — 
27.  Georges  Chavent,  1345.  —  28.  Thomas  II,  1352.  — 
29.  Antoine  de  la  Roche,  1387.  —  30.  Étienne  II  de 
Bovet,  1389.  —  31.  Henri  II  du  Tour,  1390.  — 
32.  Jean  V  Julien,  1393.  —  33.  Jacques  I"  Mitte  de 
Chevrières,  1423.  —  34.  Jean  VI  Rivière,  1431.  — 
35.  Guillaume  III  Rivière.  —  36.  Benoît  Dimier,  1451. 

—  37.  Louis  de  Chandée,  1475.  —  38.  Jean  VII 
Pioche,  1484,  t  1513.  —  39.  Jean  VIII  de  Francia, 
1535.  —  40.  Donat  Pioche,  1535.  —  41.  Claude 
Guinet,  1539.  —  42.  Jacques  II  Raudet,  1545.  — 

43.  Pierre  de  Gondy,  card.  commendat.,  1545.  — 

44.  Jean  Imbert,  1571.  —  45.  Charles-Maximilien  de 
Grillet,  1582.  —  46.  Amédée  de  Baronnat,  1590.  — 
47.  Nicolas  de  Bregeat,  1592.  —  48.  Albert  de  Grillet, 
1595.  —  49.  Charles  d'Anglure  de  Bourlemont,  1638. 

—  50.  Henri  de  Migneux.  —  51.  Antoine  de  la  Chaize 
d'Aix,  1677.  —  52.  François  de  Nettancourt  de  Haus- 
sonville,  1691.  —  53.  Nicolas  Pajot,  1693.  —  54.  N.  de 
Vallavoire  de  Montlaur,  1712.  —  55.  Pierre  de  Bor- 
sat,  1724. 

Archives  :  dép.  de  l'.Vin  :  V Inventaire  sommaire  de  1891 
signale  1  liasse,  H  211  (1391-1785),  et  1  cahier,  H  212 
(1790);  Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  /r.  20892,  a.  87.  —  Cottineau, 
719.  —  Gall.  christ.,  iv,  299.  —  Janauschek,  Orig.  cisterc.. 
Vienne,  1877,  p.  147.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon, 
1642,  ann.  1162,  vi,  1,  7.  —  Marchand,  L'abbaye  de  Chas- 
sagne, dans  Revue  de  l'Ain,  1885-86.  —  J.-B.  Martin, 
Conciles  et  bullaire...  Lyon,  Lyon,  1905,  n.  728,  2141.  — 
Potthast,  Reg.,  3280.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i- 
viii,  éd.  de  Louvain,  1933-41,  passim.  —  Stein,  Cartulaires 
français,  Paris,  1907,  n.  1795  :  original  perdu;  existait  en- 
core au  xvii«  s.;  dans  sa  Biblioth.  Sebiisiana,  p.  22,  129,  131, 
Guichenon  en  a  publié  trois  chartes. 

J.-M.  Canivez. 
CHASTEL  (Marie-Ange),  jésuite  français,  con- 
troversiste  (1804-61).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2319. 

CHASTELIERS,  CH ASTILLON,  CH AS- 
TRES. Voir  Chatelliers,  Chatillon,  Châtres. 

CHATEAU  (Louis  de),  a  Castro,  conventuel 
belge,  polémiste  (î  1632).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2318-19. 

CHATEAU-CENSOIR,  Caslrum  Censorium, 
Châtel-Censoir,  dioc.  d'Autun,  auj.  de  Sens  (Yonne). 
Dédié  à  S.  Potentien,  ce  monastère,  dont  on  ignore  la 
date  de  fondation,  appartenait  aux  Bénédictins  jus- 
qu'en 1157.  Il  fut  dévasté  à  cette  date  et  passa  ensuite 
à  un  collège  de  chanoines,  dont  le  doyen  portait  le 
titre  d'abbé.  Il  fut  incendié  en  1338  et  en  1448.  Le 
chœur  et  la  crypte  de  l'église  du  xi^  s.  sont  conservés, 
ainsi  qu'une  salle  capitulaire  de  la  fin  du  xw. 

Liste  des  abbés.  —  Hugues,  1193.  —  Pierre,  1262.  — 
Renaud  de  Fretoy,  1342.  —  Jean  de  la  Rochette.  — 
Jean  de  la  Routière,  abbé  de  Ste-Marguerite  de 
Beaune,  1400.  —  Nicolas  I"  de  PoUicis,  1448.  — 
Jean  l"  de  la  Rochette.  • —  Pierre  II  de  S. -Pierre.  — 
François  le  Bourgoin.  —  Antoine  1"  de  la  Chaume.  — 

nicT.  d'hist.  k.t  de  oi%oor.  kcclés. 


Jean  II  de  Veilland.  —  Nicolas  II  de  Veilland.  — 
Jacques  de  la  Boutière  (Bouterix).  —  Antoine  II  de 
Poméry.  —  Guillaume  I"  le  Bourgoin.  —  André 
Figean.  —  René  Seguin.  —  Étienne  II  Pertuy.  — 
François  II  Pertuy.  —  Guillaume  II  Fernier.  — 
Adrien  Boussuet.  —  Étienne  III  Fercadel.  —  Claude 
Charlier.  —  Guillaume  Gonault.  —  Alexandre  Galliart. 

Cottineau,  734.  —  Gall. christ. ,iv,  4A3  ;Animadv.,  v-vi.  — 
E.  Pallier,  Recherches  sur  l'hist.  de  Châtel-Censoir,  dans 
Bull,  de  la  Soc.  scient,  de  l'Yonne,  xxxiv,  1880. 

R.  Van  Doren. 

CHATEAU-CHALON,  abbaye  de  moniales, 
dioc.  de  Besançon.  Voir  D.  H.  G.  E.,  viii,  1161. 

Cottineau,  722.  —  .1.  de  Trévillers,  Sequania  monastica, 
Vesoul,  s.  d.  [1950],  p.  81-82. 

CHATEAU-L'ABBAYE,  Castellum  abbatiale, 
Castellum  Dei,  Castellum  Mauritaniae,  Mortania,  Cas- 
tellum S.  Martini,  Chàteau-Mortagne,  abbaye  de 
l'ordre  de  Prémontré,  dép.  du  Nord,  primitivement 
construite  à  Mal-Maison,  par  Louis  le  Bègue,  roi  de 
France,  vers  870  ou  880,  pour  des  chanoines  réguliers 
chargés  de  prier  perpétuellement  à  l'intention  des, 
chrétiens  massacrés  en  ces  lieux  par  les  Normands.  Le 
monastère  passa  à  l'ordre  de  Prémontré  en  1141,  et  fut 
placé  sous  le  patronage  de  S.  Martin.  Vers  1335  l'ab- 
baye fut  restaurée  ou  plutôt  réédifiée  par  Érard  Ra- 
doulx,  seigneur  de  Mortagne,  d'où  le  nom  de  Château- 
l'Abbaye.  Le  monastère  était  fllle  de  Vicoigne,  qui  lui 
donna  son  premier  abbé.  Cette  abbaye  jouissait  des 
privilèges  des  monastères  des  Pays-Bas  :  elle  ne  fut 
jamais  donnée  en  commende. 

Liste  des  abbés.  —  Raoul,  venu  de  Vicoigne  vers 
1155,  fit  confirmer  son  abbaye  par  André,  évêque 
d'Arras,  par  Baudouin,  seigneur  de  Mortagne,  et  par  le 
pape  Alexandre  III.  Il  devint  abbé  de  Vicoigne.  — 
Herbert,  gouverna  pendant  quinze  ans.  —  Warin, 
1208,  1215.  —  Robert,  abbé  pendant  quinze  ans.  — 
Odon  ou  Eudes,  cité  en  1221,  ancien  religieux  de  Vi- 
coigne. —  Évrard,  fit  construire  la  chapelle  de  N.-D.- 
au-Bois,  démissionna  et  passa  le  reste  de  sa  vie,  retiré 
en  cette  chapelle,  où  il  fut  inhumé.  —  Baudouin,  1234, 
1240.  —  Robert  II,  1248.  —  Étienne,  gouverna  jus- 
qu'en 1271.  —  Jean,  vers  1280.  —  Pierre,  1289, 1299.— 
Michel,  1317.  —  Jacques  I"  Jacquenies,  dit  de 
S.-Amand,  cité  en  1332,  lorsqu'il  fit  fondre  deux 
cloches.  —  Gauthier  I"  de  "Templemarche,  1354, 
t  1355.  —  Jacques  II  de  Jacquenies,  1356.  —  Gau- 
thier II,  1381.  —  Jacques  III;  sous  son  abbatial  les 
guerres  dispersèrent  les  religieux  et  ruinèrent  les 
biens  du  monastère;  il  se  démit  de  ses  fonctions  en 
1410.  —  Jean  Hanouze,  fut  installé  par  les  abbés  de 
Prémontré  et  de  Vicoigne,  t  1430.  —  Gossuin  Cor- 
bisson,  t  1"  oct.  1445,  et  inhumé  sous  le  chœur  de 
l'église  abbatiale.  —  Nicolas  de  Montegny,  chanoine  de 
Vicoigne,  et  installé  comme  abbé  du  Château.  — 
Gérard  Caron.  —  Pierre  Campion.  —  Gérard  Fou- 
quet.  —  Jean  Gourdin,  t  11  mai  1500,  fut  inhumé  dans 
le  cloître  devant  la  statue  de  la  Ste  Vierge.  —  Jean 
Aufïroid,  démissionna  en  1522  en  faveur  du  suivant.  — 
Josse  Pasquin,  fit  de  grands  travaux  de  construction 
et  agrandit  l'église  abbatiale,  qu'il  embellit  d'un 
chœur  nouveau  et  de  chapelles  latérales.  —  Pierre 
Brassart,  f  31  oct.  1565.  —  Olivier  de  Bochaghem  ou 
Bochagen,  se  retira  à  Condé-sur-l'Escaut  devant  les 
incursions  militaires,  t  19  juin  1580.  —  Guillaume 
Monart,  redressa  les  revenus,  rétablit  plusieurs  édi- 
fices et  en  construisit  de  nouveaux,  f  4  oct.  1590,  à 
l'âge  de  cinquante-six  ans.  —  Jacques  IV  Thierry, 
t  4  févr.  1603.  —  Hermès  Fontaines;  béni  par  Michel 
d'Esne,  évèque  de  Tournai,  le  31  mars  1603,  f  13  mai 
1631.  —  Arnoul  Bauduin,  f  24  août  1640.  —  Jean 
Magnet,  fit  construire  le  quartier  des  étrangers  et- 

H.  —  XIL  —  19  — 


579 


CHATEAU- L'ABBAYE 


—  CHATEAU-LANDON 


580 


rétablit  la  discipline,  t  25  déc.  1656  à  l'abbaye  de 
S.-Nicolas-des-Prés.  —  Michel  Roguet,  f  21  sept.  1675, 
et  inhumé  près  du  maître-autel  de  l'abbatiale.  Il  eut 
un  coadjuteur  à  la  fin  de  sa  vie.  —  Jean  III  Grard, 
béni  le  26  août  1676,  par  Gilbert  de  Choiseul,  évêque 
de  Tournai,  f  22  juill.  1684.  —  Basile  I"  Wery,  béni 
par  l'archevêque  de  Cambrai,  le  29  avr.  1685,  t  15  avr. 
1711.  —  Basile  II  de  Lespierre,  béni  par  l'abbé  de  Flo- 
reffe,  vicaire  général  de  l'ordre.  —  Gaillard  Delvigne, 
né  à  Valenciennes,  élu  abbé  au  commencement  de 
1747.  —  Antoine  Delvigne,  nommé  le  15  nov.  1787, 
expulsé  par  la  Révolution,  rentra  un  instant  en  posses- 
sion de  ses  biens  en  1794  pendant  l'occupation  autri- 
chienne, fut  expulsé  définitivement,  se  retira  à  Tour- 
nai où  il  fut  nommé  chanoine,  et  mourut  le  21  avr. 
1842. 

Ahchives  :  dép.  du  Nord;  Paris,  Bibl.  nat.;  Mons, 
arch.  de  l'État;  bibl.  de  Douai.  —  C.-L.  Hugo,  Annales,  i, 
489;  Prob.,  380-82.  —  Gallia  christ,  (vêtus)  m,  468.  —  Le 
Glay,  Cameracum  christianum,  1849,  p.  338  sq.;  Mémoire  sur 
les  archives  du  monastère  de  Château-V Abbage,  dans  Archives 
hist.  du  nord  de  la  France,  Valenciennes,  1858.  —  J.  Van 
Genechten,  Rond  de  afzetting  van  den  abt  van  Château- 
l' Abbaye,  Hermès  du  Pont  (1625-29),  dans  Analecta  Prae- 
monstratensia,  ii,  1928,  p.  154-72.  —  J.  Gennevoise,  L'ab- 
baye de  S.-Martin-du-Château,  dans  Bull.  trim.  de  la 
Soc.  d'études  de  la  prov.  de  Cambrai,  xxxvm,  1938-40, 
p.  57-131. 

M. -A.  Erens. 

CHATEAU-LANDON  (S.-Séverin),  Castrum 
Nantonis,  cant.  et  arr.  de  Fontainebleau  (Seine-et- 
Marne),  dioc.  de  Sens,  auj.  de  Meaux.  D'après  l'an- 
tique Vita  S.  Severini  (B.  H.  L.,  7643-46),  S.  Séverin, 
abbé  d'Agaune,  aurait  été  appelé  vers  507  auprès  de 
Clovis  pour  le  guérir  d'un  mal  pernicieux.  Sur  le 
chemin  du  retour  il  se  serait  arrêté  dans  un  petit  ora- 
toire de  bois  à  Château-Landon  pour  y  mourir.  Chil- 
debert  aurait  construit  une  basilique  à  cet  endroit  et  y 
aurait  placé  une  communauté  de  clercs  (Vita,  éd. 
Krusch,  dans  M.  G.  H.,  Rer.  merov.  script.,  m,  168- 
70).  Mais  la  critique  moderne  ne  laisse  rien  subsister  de 
cette  légende  (M.  Besson,  S.  Séverin  a-t-il  été  abbé 
de  S.-Maurice?,  dans  Revue  d'hist.  ecclés.  de  Suisse, 
V,  1911,  p.  205-09).  Du  moins  l'activité  de  l'hagio- 
graphe  atteste-t-elle  l'existence,  aux  viii»  et  ix«  s., 
d'une  communauté  de  clercs  vénérant  les  reliques  d'un 
S.  Séverin  et  revendiquant  le  privilège  de  l'immunité, 
accordé  selon  eux  par  Childebert  (Krusch,  op.  et  loc. 
cit.,  168-69). 

La  communauté  ne  réapparaît  dans  l'histoire  qu'au 
début  du  xn»  s.,  lorsque,  en  1125,  Louis  VII  accorde 
aux  chanoines  de  S. -Victor  la  jouissance  des  annates 
dans  plusieurs  des  collégiales  royales,  entre  autres 
S.-Séverin  (Fourier-Bonnard,  i,  21).  Une  vingtaine 
d'années  après,  la  règle  de  S.  Augustin  est  introduite 
dans  la  collégiale,  sinon  à  l'initiative,  du  moins  avec 
l'approbation  du  roi  Louis  VII  qui  donne  aux  canonici 
régulâtes,  en  pleine  liberté,  les  églises  de  S.-Séverin,  de 
S.-Tuguale  et  les  autres  dépendances  de  l'ancienne 
collégiale.  Le  premier  abbé  semble  avoir  été  pris  dans 
la  communauté  régulière  de  S. -Jean  de  Sens,  car  il  est 
qualifié  par  l'archevêque  de  Sens  de  noster  Seno- 
nensisque  Ecclesiae  subiectus  et  professus,  dans  une 
charte  par  laquelle  le  prélat  unit  à  S.-Séverin,  tenera  et 
novella  religio,  la  communauté  de  Noère  où  la  trop 
grande  pauvreté  nuit  au  maintien  de  la  discipline 
claustrale  (Gall.  christ.,  xii,  Instrum.,  37-38). 

Favorisée  par  de  nombreuses  donations  du  roi 
Louis  VII,  l'abbaye  voit  en  outre  ses  droits  confirmés 
par  les  papes  Adrien  IV  en  1156,  Anastase  IV  en  1158, 
Alexandre  III  en  1163,  Lucius  III  en  1181.  Les  pon- 
tifes s'efforcent  d'apaiser  le  conflit  survenu  entre  S.- 
Séverin  et  S.-Victor  au  sujet  de  la  perception  des 
annates  (P.  L.,  ce,  196).  Ils  approuvent  la  fondation 


d'un  prieuré  dans  l'ancienne  collégiale  S. -Sauveur  de 
Melun,  celle  d'un  hôpital  desservi  par  un  chanoine  à 
Château-Landon  et  confirment  la  possession  de 
l'église  Ste-Croix  donnée  par  Philippe  Auguste  en 
1181.  La  construction  de  tout  autre  sanctuaire  dans 
l'agglomération  de  Château-Landon  est  soumise  à  leur 
permission  {P.  L.,  ce,  200). 

L'abbaye  où  la  vie  régulière  semble  s'être  maintenue 
durant  les  xiii"  et  xiv«  s.  est  entièrement  détruite  par 
les  Anglais  vers  1450.  Seules  les  reliques  de  S.  Séverin 
échappent  à  ce  désastre.  Dans  ces  conditions,  la  vie 
régulière  devient  impossible.  Un  eordelier  placé  cano- 
niquement  à  la  tète  des  chanoines  ne  peut  réprimer  les 
abus  car,  pour  lui  faire  pièce,  ces  derniers  lui  opposent 
l'un  d'eux,  Antoine  Carin.  Le  eordelier  résigne  alors 
l'abbaye  en  faveur  de  Jacques  d'Aubusson,  protono- 
taire apostolique,  qui,  malgré  la  résistance  de  la  com- 
munauté, prend  possession  de  S.-Séverin,  soumet  les 
rebelles  et  relègue  Carin  dans  le  prieuré  de  S. -Sauveur. 
Abandonnant  l'idée  d'une  réforme  par  S.-Victor, 
l'abbé  commendataire,  sur  le  conseil  de  Jean  Stan- 
donck,  fait  appel  au  grand  centre  religieux  des  Pays- 
Bas,  Windesheim.  En  1497,  six  chanoines  de  cette 
abbaye,  ayant  à  leur  tête  le  Bruxellois  Jean  Mom- 
baer,  appelé  en  France  Mauburne,  se  présentent  à  la 
porte  de  l'abbaye  avec  un  ordre  royal  et  la  protection 
de  l'évêque  de  Paris.  Grâce  à  ces  appuis,  ils  par- 
viennent à  triompher  de  l'opposition  des  anciens  cha- 
noines de  S.-Séverin  (Fourier-Bonnard,  i,  447-51; 
P.  Debongnie,  Jean  Mombaer  de  Bruxelles,  abbé  de 
Livry.  Ses  écrits  et  ses  réformes,  Louvain,  1928,  Unio. 
de  Louvain.  Recueil  de  travaux,  II«  sér.,  fasc.  xi). 

Dès  ce  moment,  l'abbaye  devient  le  centre  du  mou- 
vement qui,  grâce  à  l'action  de  Mauburne,  devenu  en 
1499  abbé  de  N.-D.  de  Livry,  aboutit  en  1503  à  la  for- 
mation de  la  «  congrégation  des  Chanoines  réguliers  de 
l'ordre  de  S. -Augustin  réformé  au  royaume  de  France». 
Elle  comprend  à  cette  date  les  abbayes  de  Livry,  de 
Falempin,  de  Cisoing,  de  Château-Landon  et  le 
prieuré  de  S. -Sauveur  de  Melun.  Le  prieur  Jean  Goth 
participe  à  la  rédaction  des  statuts  de  la  nouvelle 
congrégation  qui  sont  officiellement  approuvés  en 
1508.  Il  séjourne  en  1515  à  S.-Victor  pour  préparer 
l'entrée  de  cette  maison  dans  la  réforme,  ce  qui  eut 
lieu  la  même  année.  Les  chapitres  généraux  de  la 
congrégation,  appelée  désormais  de  S.-Victor,  se 
réunissent  chaque  année;  ils  ont  lieu  à  Château-Lan- 
don en  1533,  1563,  1575,  1580  et  1603.  Le  successeur 
de  Jacques  d'Aubusson,  Noël  Osoud,  de  même  que 
Chrétien  de  Hert,  prieur  de  S. -Sauveur,  se  dis- 
tinguent par  leur  ferveur  et  leur  compétence.  Le 
premier  devient  général  de  la  congrégation  au  mo- 
ment où  celle-ci  gagne  les  abbayes  de  La  Chaage,  La 
Roche,  La  Victoire,  Hérivaux,  S.-Samson  d'Orléans, 
S.-Ambroise  de  Bourges,  S. -Jean  de  Sens,  la  cathé- 
drale de  Séez,  les  prieurés  de  S. -Lazare  et  de  Beaure- 
paire  (Fourier-Bonnard,  i,  1-19).  L'histoire  de  cette 
période  particulièrement  brillante  serait  encore  à 
écrire  à  l'aide  des  nombreux  documents  conservés  à  la 
bibliothèque  Ste-Geneviève  :  le  Liber  de  origine  cano- 
nicorum  reformatorum  in  regno  Franciae  anno  Christi 
1496  a  coniemporaneo  canonico  S.  Severini,  mss.  574  et 
618  (copie  du  xvii»  s.);  la  correspondance  relative  à 
cette  réforme  contenue  dans  le  ms.  1149-1150  (copie  du 
xvii=  s.);  les  statuts  de  1505-08  et  les  décisions  des  cha- 
pitres généraux  tenus  jusqu'au  xvii«  s.,  d'après  les 
mss.  1641,  2963,  2967,  et  le  Paris,  Bibl.  nat.,  lat. 
15202;  les  textes  de  spiritualité  contenus  dans  les 
mss.  1921  (Rosarium  de  Mauburne,  remanié  à  Châ- 
teau-Landon), 2963  (règle  de  S.  Augustin  et  varia), 
1646  (textes  de  S.  Bernard,  Hugues  de  S.-Victor,  etc.); 
le  nécrologe  du  xvii«  s.,  arch.  dép.,  H  20. 

Malheureusement,  le  successeur  d'Osoud,  Prégent 


581 


CHATEAU-LANDON  — 


CHATEAU- L'ERMITAGE 


582 


de  Moustier,  va  compromettre  l'œuvre  de  la  réforme. 
En  1547,  les  chanoines  obtiennent  la  séparation  des 
menses  afin  de  se  libérer  de  l'autorité  de  leur  abbé 
tombé  dans  l'hérésie.  Au  début  du  xvii«  s.,  l'abbé  géné- 
ral de  S. -Germain  n'arrive  pas  à  faire  reconnaître 
son  autorité  et  bientôt,  en  1636,  sous  l'abbé  Pierre  II, 
une  nouvelle  réforme  est  introduite  par  l'afFiliation  à 
la  congrégation  de  Ste-Geneviève  ou  congrégation  de 
France  {Gall.  christ.,  xii,  201;  Fourier-Bonnard, 
II,  121-25). 

■  Malgré  cette  dernière  mesure,  l'abbaye  ne  retrouve 
plus  une  grande  vitalité.  .\  la  fin  du  xviii"'  s.,  les 
revenus  sont  répartis  de  la  manière  suivante  : 
4  762  livres  pour  la  mense  conventuelle  et  6  360  pour 
le  commendataire.  A  la  veille  de  la  Révolution  on  n'y 
trouve  qu'un  prieur-curé,  Jacques-François  Feucher, 
et  un  chanoine  faisant  fonction  de  procureur,  Jean- 
Antoine  Robert.  Le  premier  prêtera  le  serment  consti- 
tutionnel et  deviendra  curé  de  la  seule  paroisse  admise 
par  le  gouvernement,  Notre-Dame.  La  vente  des 
biens  rapporte  102  514  livres.  Les  bâtiments  sont 
divisés  entre  plusieurs  acquéreurs.  Au  cours  du 
xix«  s.,  la  maison  claustrale  est  transformée  en  asile 
d'aliénés  (A.  BafToy,  Les  derniers  jours  de  l'abbaye 
S.-Séverin  de  Château-Landon,  dans  Annales  de  la 
Soc.  hist.  et  archéol.  du  Gâtinais,  xxviii,  1910, 
p.  75  sq.). 

Liste  des  abbés  (d'après  Gall.  christ.,  xiii,  200).  — 
Bérard,  1125.  —  Garnier,  1151-55.  —  Godefroid,  1156. 

—  Garnier,  1157-66.  —  Jean  I",  1173-78.  —  Hugues, 
1180-85.  —  Étienne  I",  1188-1209.  —  R...,  1213.  — 
Jean  II,  1215-21.  —  André,  1227.  —  Remy,  1233-39. 

—  Gautier,  1244-53.  —  Philippe  de  Soisy,  1261-79.  — 
N...,  1279.  —  Guillaume,  1282-88.  —  Pierre  I",  1308. 

—  Jean  III,  1310.  —  Clément,  1310-12.  —  Étienne  II, 
1322-27.  —  Jacques  I",  1345.  —  Jean  IV,  1410-36.  — 
Robert  Junain,  1442-68.  —  Antoine  Cabrin,  1469-76. 

—  Jacques  II  d'Aubusson,  commendataire,  1476- 
1519.  —  Nicolas  I"  Osoud,  1519-40.  —  Prégent  du 
Moustier,  1540-72.  —  Nicolas  II  Faverel,  1572-86.  — 
Charles  Fougeu  d'Escures?  —  Pierre  II  Fougeu, 
1621-37.  —  Pierre  III  de  Poussemothe,  1638-61.  — 
Jean-Édouard  de  Poussemothe,  1661-65.  —  Pierre  IV 
de  Poussemothe,  1666-67.  —  Pierre-François  Seguier, 
1667-89.  —  Henri  de  la  Grange-Trianon,  1689-1730.  — 
N.  d'Aigreville  de  Millancourt,  1731. 

.\rchives  :  nat.,  Q  1402;  dép.  de  Seine-et-Marne,  H 
51-71;  Inventaire  somniaire,  par  L.  Lemaire,  Paris,  1864, 
p.  13-18;  outre  les  mss.  cités,  Paris,  Bibl.  nat.,  lat.  13886. 

—  Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  vi,  38.  —  Gall. 
christ.,  XII,  200-02;  Instrum.,  37-38.  —  Dorvet,  Château- 
Landon  et  l'abbaye  S.-Séoerin,  Fontainebleau,  1877.  —  A. 
Préaux,  Notes  et  souvenirs.  Tulle,  1910.  —  Fourier-Bonnard, 
Hist.  de  l'abbaye  royale...  de  S.-Victor  de  Paris,  Paris,  s.  d., 
2  vol.  —  A.  BafToy,  Les  derniers  jours  de  l'abbaye  S.-Séverin 
de  Château-Landon,  dans  Annales  de  la  Soc.  hist.  et  archéol. 
du  Gâtinais,  xxviii,  1910,  p.  75  sq. 

Ch.  Dereine. 
CHATEAU-L'ERMITAGE,  Casletliensis  ou 
Caslelliensis  in  heremo,  arr.  de  La  Flèche,  dép.  de 
la  Sarthe,  dioc.  du  Mans.  D'après  une  tradition  incon- 
trôlable, des  solitaires  se  seraient  succédé  depuis  le 
x«  s.  dans  un  ermitage  situé  parmi  les  ruines  d'un  camp 
romain,  sur  la  butte  S. -Thibaut,  à  l'orée  de  la  forêt  de 
Douvre.  Les  documents  attestent  en  tout  cas  leur 
présence  au  début  du  xiF  s.  Ils  se  rattachent  très  pro- 
bablement au  mouvement  ascétique  lancé  dans  cette 
région  par  les  prédicateurs  errants  tels  que  Robert 
d'Arbrissel  et  Bernard  de  Tiron.  Comme  tant  d'autres, 
l'ermite  Gilbert  et  ses  disciples  adoptent,  après  un 
certain  temps,  la  règle  de  S.  Augustin.  La  communauté 
bénéficie  des  largesses  d'Hélie  de  la  Flèche,  de  Foulque 
d'Anjou  et  de  Geoffroy,  son  fils.  En  1146,  l'église  est 
consacrée  par  l'évêque  du  Mans,  Guillaume,  qui  dans 


une  charte  rappelle  les  origines  érémitiqueset  confirme 
le  statut  de  la  fondation. 

Au  xiii"  s.,  la  discipline  conventuelle  se  maintient 
et  le  monastère  s'enrichit  par  acquisitions  ou  par  dona- 
tions. Un  lien  de  fraternité  est  établi  à  cette  époque 
avec  l'abbaye  de  Beaulieu  au  Mans.  Mais  l'invasion 
anglaise  arrête  cet  essor  et,  en  1356,  le  prieur  est 
obligé  de  solliciter  la  charité  des  fidèles  pour  maintenir 
la  vie  conventuelle.  Un  peu  plus  tard  un  conflit 
s'élève  entre  les  prieurs  qui  prétendent  à  l'exemption 
et  les  évêques  du  Mans.  Malgré  les  interventions  de 
Grégoire  IX,  l'autorité  diocésaine  est  maintenue  sur 
la  communauté.  Le  début  du  xv«  s.  marque  le  retour 
des  dévastations.  Une  bulle  d'indulgence  accordée  par 
Eugène  IV  et  les  largesses  du  roi  René  permettent 
une  restauration  provisoire  car,  en  1491,  le  prieuré 
est  ruiné  de  fond  en  comble.  Il  comptait  à  cette  époque 
au  moins  huit  religieux. 

Malgré  les  efforts  faits  par  les  religieux  pour  main- 
tenir les  élections  régulières,  suivant  l'antique  cou- 
tume, la  commende  est  introduite  à  la  fin  du  xv«  s. 
Les  élus  de  la  communauté  et  les  commendataires 
nommés  par  le  roi  et  le  pape  entrent  en  compétition 
en  1549-52,  en  1573-76  et  en  1578-80.  En  outre, 
durant  l'année  1589,  la  vieille  fortification  est  occupée 
par  les  ligueurs.  Dans  ces  conditions,  la  vie  régulière 
est  impossible  et  les  chanoines  jouissent  de  pensions 
personnelles  servies  par  le  prieur  commendataire  qui 
détient  tous  les  droits  sur  le  patrimoine. 

Mais  la  réforme  qui  s'étend  progressivement  en 
France  au  xvii«  s.  gagne  aussi  Château-l'Ermitage.  En 
1637,  P.  Gallet,  prieur  de  la  Toussaint  d'Angers, 
arrive  en  qualité  de  visiteur  et,  en  1652,  l'affiliation  à 
la  congrégation  de  France  est  chose  faite.  Seuls  deux 
des  plus  anciens  religieux  refusent  de  s'y  plier  et  une 
pension  leur  est  servie  jusqu'à  la  mort.  Malgré  cette 
restauration  de  la  vie  régulière,  les  commendataires 
continuent  à  occuper  le  priorat,  mais  il  est  spécifié 
qu'ils  ne  peuvent  intervenir  dans  la  discipline  inté- 
rieure. A  la  veille  de  la  Révolution,  le  prieuré  compte 
6  profès  et  5  novices.  Tous  les  profès  manifestent  leur 
désir  de  persévérer  dans  leurs  vœux  et,  en  qualité  de 
curé,  le  prieur  revendique  la  possession  de  la  cure  et 
d'une  pension  adéquate.  Les  revenus  sont  évalués  à 
32  500  livres.  La  communauté  est  dispersée  et  les  biens 
sont  acquis  le  28  juin  1791  par  G.  Joulin. 

Liste  des  prieurs  (d'après  H.  Roquet)  :  A...,  1175.  — ■ 
Matthieu,  1188.  —  Aucher,  1189-1203.  —  Gervais, 
1225-29.  —  Jean,  1245.  —  Pierre,  1290.  —  Thibaut, 
1293.  —  Thomas  de  Sablé,  1328-39.  —  Foulques 
Guillon,  1365-71.  —  Denis  Bélier,  1378-1411.  —  Jean 
Bourgeois,  1411-35.  —  Jacques  du  Verger,  1435-45. 

—  Adam  More  l",  1445-77.  —  Payen  de  Brie  (com- 
mendataire), 1477-1504.  —  Adam  More  II,  1504-20. 

—  Louis  de  Taillye,  1520-49.  —  Jacques^de  Taillye, 
1549-73.  —  François  Quanette,  1573-76.  —  Martin  de 
Beaume,  1576-78.  —  René  Daillon,  1578-1600.  — 
Charles  Guilloteau,  1604-12.  —  Gaspard  de  Daillon, 
1612-76.  —  Louis  de  Monlezun  de  Busca,  1684-92. 

—  Antoine-François  de  Monlezun  de  Busca,  1692- 
95.  —  René  de  Boufilers,  1695-1721.  —  Adrien  des 
Champs,  1721-41.  —  J.-B.  Benoît  d'Hélyot,  1745-86. 

—  René-Henri  de  Carbonnieure  de  S.-Brice,  1786-90. 
Archives  nat.,  Paris,  MM  894  ;  Inventaire  des  arch. 

dép.  de  la  Sarthe,  i,  224-53;  arch.  du  Cogner,  H  223-26; 
bibl.  de  Reims,  coll.  Tarbe,  n.  154;  Paris,  Bibl.  nat.,  ms. 
lat.  9067,  fol.  2.''j2  sq.;  bibl.  Ste-Geneviève,  ms.  608,  fol.  296; 
675,  fol.  272-98.  —  De  Mailly,  Documents  hist.  sur  le  prieuré 
conventuel  de  Château-l'Ermitage,  Le  Mans,  1869.  —  E. 
Bûcher,  Anniversaires  de  Château-l'Ermitage,  dans  Le 
manuscrit,  1895,  p.  88-91.  —  H.  Roquet,  Le  prieuré  con- 
ventuel de  Château-l'Ermitage,  dans  La  province  du  Maine, 
1937-40,  passim. 

Ch.  Deheine. 


CHATEAUBRTA  ND 


-  CHATE  AUVILLAIN 


584 


CHATEAUBRIAND  (François-Rknk,  vi- 
comte i)K),  homme  d'État  et  écrivain  français  (17ti8- 
1H4.S).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2331-39. 

CHATEAUDUN,  Caslrodunum,  Castellum  Ihi- 
num,  Casiriim  Dimense,  etc.,  ville  située  dans  la 
partie  méridionale  du  dioc.  actuel  de  Chartres,  sur 
une  ])osition  dominant  la  vallée  du  Loir.  Cette  ville 
a  eu  autrefois  une  certaine  importance  au  point  de  vue 
ecclésiastique  comme  ayant  été  deux  fois  la  résidence 
d'un  évêque. 

Après  la  mort  de  l 'évêque  de  Chartres  Flavius, 
Solenne  fut  désigné  par  le  roi  Clovis  1"  pour  lui  suc- 
céder, mais  il  se  cacha  et  ne  reparut  que  lorsque  Aven- 
tin  eut  été  ordonné  à  sa  place.  Ayant  reçu  malgré  lui 
la  consécration  épiscopale,  il  envoya  Aventin  à  Châ- 
teaudun  pour  administrer  le  pays  dunois.  Aventin 
succéda  à  Solenne,  mais  continua  peut-être  de  résider 
à  Chàteaudun.  Il  prit  part  au  concile  d'Orléans  de  .'ill. 

Un  peu  plus  tard,  Sigebert,  à  qui  appartenait  Chà- 
teaudun, essaya  d'y  fonder  un  évêché  pour  la  partie 
austrasienne  de  la  civitas  Carnotum;  son  choix  tomba 
sur  un  clerc  nommé  Promotus.  Pappolus,  évêque  de 
Chartres,  protesta,  et  le  concile  de  Paris  de  573  lui 
donna  gain  de  cause  ;  cependant,  protégé  par  Sigebert, 
Promotus  se  maintint  quelque  temps  à  Chàteaudun. 

Nous  n'avons  pas  à  revenir  sur  ce  que  nous  avons 
dit  à  propos  de  Chartres  (diocèse)  au  sujet  des 
monastères,  chapitres  et  congrégations  de  Chàteau- 
dun. Avant  la  Révolution,  pour  une  population  où 
l'on  comptait  3  240  communiants,  Chàteaudun  pos- 
sédait six  paroisses  :  La  Madeleine,  S.-Aignan,  S.- 
Lubin,  S.-Médard,  S. -Pierre,  S.-Valérien,  plus  la 
paroisse  suburbaine  de  S.-Jean-de-la-Chaîne.  Aujour- 
d'hui Chàteaudun  est  une  ville  d'un  peu  plus  de  7  000 
âmes  réparties  en  trois  paroisses  :  La  Madeleine,  S.- 
Valérien  et  S.-Jean-de-la-Chaîne.  Les  religieux  de  la 
congrégation  de  Picpus  y  ont  un  établissement  depuis 
1927. 

La  ville  de  Chàteaudun  a  été,  à  plusieurs  reprises, 
cruellement  éprouvée;  elle  a  été  incendiée  pendant  les 
guerres  de  la  Ligue  (1590),  en  1723  et  en  1870.  Les 
événements  de  1940  ont  causé  l'incendie  de  l'église  de 
La  Madeleine  qui,  actuellement  (1950),  n'est  pas 
encore  entièrement  restaurée. 

On  conçoit  qu'après  de  telles  vicissitudes  les  monu- 
ments religieux  ne  soient  plus  très  nombreux  à  Chà- 
teaudun. L'église  S.-Valérien,  des  premiers  temps  de 
l'art  gothique  avec  un  beau  clocher  flamboyant,  est 
la  mieux  conservée.  La  Madeleine  possède  de  belles 
parties  dont  les  plus  anciennes  remontent  à  l'époque 
romane;  S.-Jean-de-la-Chaîne  date  en  grande  partie 
des  XI"  et  xii«  s.  La  chapelle  du  château,  œuvre  char- 
mante du  xv"  s.,  possède  de  très  belles  statues.  Désaf- 
fectée, elle  a  servi  au  culte  ]>lusieurs  années  après 
l'incendie  de  La  Madeleine  en  1940.  L'ancienne  cha- 
pelle du  Champdé,  du  début  du  xvi"  s.,  sur  la  paroisse 
S.-Valérien,  détériorée  par  un  incendie  en  1878,  mais 
réparable,  a  été  regrettablement  démolie;  il  n'en 
subsiste  que  la  façade. 

A.  S.,  sept.,  VII,  68-70.  —  Bordas,  Hist.  sommaire  du 
Dunois,  ouvrage  du  xviii'  s.,  publié  seulement  en  1884. 
—  Duchesne,  ii,  422-23.  —  Gall.  christ.,  vni,  1744,  col.  109.5, 
1098.  —  Lepinois-Merlet,  Cariulaire  de  Notre-Dame  de 
Chartres,  1862,  p.  xxxi.  —  Outardel,  Chàteaudun,  Monu- 
ments religieux,  dans  Le  XCIII'  congrès  archéol.,  de  la  Soc. 
française  d'archéol.  --  Soc.  danoise,  Bulletin,  passim. 

Y.  Dklaportf.. 

CHATEAUNEUF  (Bertrand  de).  Voir  Ber- 
trand, archevêque  d'Embrun,  vin,  1056. 

CHATEAUROUX  (S. -Sauveur -et- S.- Gil- 
DAs),  Caslrum  Kodulfi,  S.  Gildasius  ad  Indrum,  chef- 
lieu  de  l'Indre.  Abbaye  de  bénédictins  fondée  vers  913 


par  Kbbes,  seigneur  de  Déols,  pour  les  moines  de 
Rhuys  fuyant  devant  les  Normands  avec  leurs  reli-: 
ques.  Elle  fut  sécularisée  en  1623,  à  la  demande  d 
Henri  de  Bourbon-Condé.  On  voit  encore  les  vestige 
des  bâtiments  claustraux. 

Liste  des  abbés.  —  Dajocus.  —  Durand,  1040. 
Vital,  1067.  —  Nicolas,  1178.  —  S...,  1202.  —  Geof- 
froy, 1206.  —  Emeno,  1210.  —  P...,  1219.  —  Théo- 
bald,  1231.  —  Pierre,  1234.  —  Guillaume  Warmaul, 
1235.  —  Guidon,  1256.  —  Geoffroy,  1263.  —  Jean, 
1409,  envoya  un  délégué  au  concile  de  Pise.  — Thomas 
de  Leffe,  1456,  f  1462.  —  Jean  de  Montalembert, 
prieur  de  S.-Martin-des-Champs,  devint  en  1470 
évêque  de  Montauban.  — ■  François  Guerin,  1512.  — 
Jean  II  Niquet,  1571.  —  François  de  Chenevières, 
conseiller  et  aumônier  du  roi,  abbé  commendataire, 
t  1616. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  31.  —  Cheva- 
lier, T.  B.,  2706.  —  Cottineau,  733.  —  Fauconneau-Du- 
fresne,  Hist.  de  Déols  et  de  Chàteauroux,  i,  153-168.  —  Gall. 
christ.,  II,  153.  ~  Mabillon,  Ann.  O.  S.  B.,  i,  23,  151  ;  iv,  440. 

R.  Van  Doren. 

CHATEAUROUX-LES-ALPES,  Caslrum 
Rodulphi,  dioc,  cant.  et  arr.  d'Embrun,  auj.  dioc. 
de  Gap  (Htes-Alpes).  Une  abbaye  de  bénédictins,  de 
l'ordre  de  Chalais,  y  fut  fondée  en  1124,  sous  le  titre 
de  la  Ste-Croix.  En  1293,  elle  fut  unie  à  Boscodon 
{D.  H.  G.  E.,  IX,  1309),  ainsi  que  son  monastère  dé- 
pendant, S. -André  des  Baumes,  et  fut  réduite  au 
rang  de  prieuré.  Après  sa  suppression,  ses  biens  furent 
attribués  en  1584  au  séminaire  d'Embrun. 

A.  Albert,  Hist.  du  dioc.  d'Embrun,  i,  139-40.  —  Beau- 
nier-Besse, Abbayes  et  prieurés...,  ii,  165.  —  Chevalier, 
T.  B.,  2791.  —  Cottineau,  733.  —  D.  H.  G.  E.,  xii,  266.  — 
Gall.  christ.,  m,  1107. 

R.  Van  Doren. 

1.  CHATEAUVILLAIN  (Jean  de).  Issu  de 
Jean  I",  seigneur  de  Châteauvillain  et  d'autres 
lieux,  et  de  Jeanne  de  Luzy,  il  était  chanoine  de  Châ- 
lons-sur-Marne  et  diacre  quand  l'épiscopat  à  Chàlons 
même  lui  échut  (24  avr.  1285).  Honorius  IV  lui  permit 
de  retarder  la  réception  de  la  consécration  épiscopale 
jusqu'au  1<"'  nov.  (M.  Prou,  Les  registres  d'Hono- 
rius  IV,  Paris,  1889,  n.  21).  Jean  assista  à  la  transla- 
tion du  chef  de  S.  Louis  à  la  Ste-Chapelle,  le  mardi 
17  mai  1306  (É.  Baluze,  Vilae  paparum  Avenionen- 
sium,  éd.  G.  Mollat,  m,  63-64).  Il  eut  de  longs  démêlés 
avec  le  chapitre  de  sa  cathédrale  au  sujet  de  la  juri- 
diction spirituelle  et  temporelle.  On  trouve  son  nom 
parmi  les  évêques  qui  se  rendirent  au  concile  de  Vienne 
(1311-1312)  (E.  Millier,  Das  Konzil  von  Vienne,  Muns- 
ter-en-W.,  1934,  76).  Mort  le  2  avr.  1313. 

A.  Duchesne,  Hist.  généalogique  de  la  maison  de  Chas- 
teauuillain,  42  et  Preuves,  37-40,  dans  Hist.  généalogique  de 
la  maison  royale  de  Dreux,  Paris,  16.31.  —  Gall.  christ.,  ix, 
889-90. 

G.  Mollat. 

2.  CHATEAUVILLAIN  (Simon  de).  Il  eut 
pour  père  Simon  II  et  pour  mère  Marie  de  Flandre.  Le 
5  mai  1325,  Jean  XXII  lui  conféra  un  canonicat  à 
Tournai  et  l'autorisa  à  cumuler  les  canonicats  de 
Langres  et  de  S. -Servais  de  Maëstricht  en  Hollande 
(G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXi/.  v,  22271). 
Le  6  avr.  1328,  le  pape  lui  donnait  l 'évêché  de  Chà- 
lons-sur-Marne  et  lui  permettait  de  recevoir  le  diaco- 
nat, la  prêtrise  et  la  consécration  épiscopale  des  mains 
d'un  évêque  de  son  choix.  La  cérémonie  eut  lieu  tar- 
divement, car  le  30  avr.  1330  seulement  le  canonicat 
et  la  prébende  qu'il  possédait  à  Langres  étaient 
attribués  à  un  candidat  pontifical.  Simon  assista  au 
concile  de  Compiègne  (1329)  et  à  l'assemblée  du  clergé 
tenue  la  même  année  à  Vincennes.  Il  se  décida  à 
prendre  la  croix  et  à  suivre  en  Orient  Philippe  VI  de 


585 


CHATEAUVILLAIN 


C  HATILLUiX 


58G 


\  alois  (bulle  du  20  sept.  1333  lui  accordant  la  per- 
mission) (G.  iMoUat,  op.  cit.,  vu,  40813,  40988  et  41110; 
IX,  49442;  xm,  61455).  Il  n'exécuta  pas  son  projet 
et  mourut  le  8  janv.  1335. 

Gall.  chrisliana,  ix,  891.  —  A.  Duchesne,  Hist.  généalo- 
gique de  la  maison  de  Brojes  et  de  Cliasteauvillain,  45  et 
Preuves,  40-41,  dans  Hist.  généalogique  de  la  maison  royale 
de  Dreux,  Paris,  1631. 

G.  AlOLLAT. 

CHATEL  (F'erdinand-François),  prêtre  fran- 
çais, fondateur  de  1'  «  Église  catholique  française  », 
t  1857.  Voir  D.  T.  C,  ii,  2339-50. 

CH  ATELLIER  (Charles-Louis  oeSalmon  du), 
1761-1841,  évêque  d'Évreux,  né  le  24  août  1761,  au 
château  du  Chàtellier,  fut  tonsuré  à  douze  ans  et 
chanoine  du  Mans  à  vingt  et  un  ans.  La  Révolution 
l'oblige  à  s'exiler  dans  les  Pays-Bas,  puis  en  Angle- 
terre où  il  prêche  et  compose  divers  écrits.  Rentré  en 
France  en  1814,  il  est  nommé  aumônier  du  comte 
d'Artois.  Désigné  en  1817  pour  l'évêché  de  Laon 
qu'il  est  question  de  rétablir,  puis,  en  1821,  pour  celui 
de  Mende,  il  se  trouve  dans  une  situation  pécuniaire 
difficile,  car  sa  nomination  a  eu  pour  premier  effet 
la  suppression  de  son  traitement  d'aumônier.  Cette 
nomination  est  d'ailleurs  rapportée  et  c'est  à  Évreux 
qu'il  sera  finalement  envoyé  :  sacré  le  2  juin  1822  par 
Mgr  de  Quélen,  il  prendra  possession  de  son  siège  le 
17  juillet. 

A  Évreux,  il  rétablit  l'oHice  canonial,  récupère 
l'évêché,  où  la  préfecture  s'était  installée,  et  fonde  un 
petit  séminaire.  Le  5  déc.  1824  il  est  gratifié  du  titre 
de  comte  et  appelé  à  siéger  à  la  Chambre  des  pairs. 
Quand  paraissent  les  ordonnances  de  1828,  il  adresse 
à  Mgr  Feutrier  des  observations  si  véhémentes  que 
celui-ci  en  mourut,  j)araît-il,  de  chagrin.  De  1827  à 
1829  il  procède  à  une  réforme  de  la  liturgie  pour  faire 
disparaître  les  «  bigarrures  liturgiques  »  consécutives 
à  l'annexion  au  diocèse  d'Évreux  de  régions  appar- 
tenant naguère  aux  diocèses  de  Rouen  et  de  Lisieux. 
L'une  de  ses  dernières  créations  fut  la  fondation  d'une 
caisse  de  secours  pour  les  jjrètres  âgés  et  infirmes. 
En  1828  il  perd  la  vue,  mais  il  continue  d'officier  aux 
quatre  grandes  fêtes  de  l'année  :  il  apprend  plusieurs 
messes  par  cœur.  La  chute  de  Charles  X  l'affecte 
beaucoup  et,  quand  le  monarque  partant  pour  l'exil 
passe  à  Verneuil,  il  va  le  saluer.  Il  mourut  le  8  avr. 
1841. 

Abbé  Uelanoë  (vicaire  général  et  confident  de  Mgr  du 
Chàtellier),  Éloge  hist.  de  Mgr  Charles-Louis  de  Salmon  du 
Chàtellier,  Évreux,  1842.  —  Répertoire  de  l'épiscopat  concor- 
dataire. —  Chan.  Bonnenfant,  liist.  générale  du  dioc. 
d'Évreux,  ii,  Paris,  1933,  p.  136,  203-05,  208,  221,  245. 

C.  Laplatte. 

CHATELLIERS  (Les),  S.  M.  de  Castellariis, 
ancienne  abbaye  cistercienne  située  sur  la  comm.  de 
Fontperron,  non  loin  de  S.-Maixent,  dioc.  de  Poitiers 
(Deux-Sèvres).  A  l'origine,  c'était  un  petit  groupe 
d'ermites,  fondation  du  B.  Giraud  de  Sales,  qui  y 
termina  ses  jours  en  1120.  En  1163.  ils  deviennent 
cisterciens  et  leur  maison  est  fille  directe  de  Clair- 
vaux.  Leur  domaine  dut  plusieurs  de  ses  accroisse- 
ments à  des  donations  faites  par  des  seigneurs  voisins 
partant  pour  la  croisade.  La  guerre  de  Cent  Ans 
amena  ici  de  tels  désastres  qu'en  1437  une  supplique 
était  présentée  à  Eugène  IV  dans  laquelle  l'abbé  déplo- 
rait que,  depuis  vingt-quatre  ans,  son  église  et  autres 
lieux  consacrés  se  trouvaient  pollués  et  hors  service. 
Ce  furent  ensuite  des  procès  qui  vinrent  ronger  le 
patrimoine  monastique  :  en  1466,  contre  les  descen- 
dants des  premiers  bienfaiteurs;  en  1729,  1764  contre 
le  commendataire  et  autres.  On  a  parfois  qualifié 
cette  abbaye  de  »  royale  »;  la  principale  relation  nota- 


ble qu'elle  eut  avec  la  famille  régnante  est  d'avoir 
accueilli  Marie  d'Anjou  au  cours  d'un  de  ses  voyages; 
très  malade  en  ce  moment,  la  veuve  de  Charles  VM 
ne  tarda  pas  à  mourir  et  reçut  dans  le  monastère  une 
sépulture  honorable.  A  la  fin  du  xviii«  s..  Les  Châtel- 
liers  —  bâtiments  et  domaine  —  furent  vendus  comme 
propriété  nationale  et  l'église  elle-même  tomba  bientôt 
en  ruine. 

Série  des  abbés  (d'après  Duval).  —  1.  Aimeri  I", 
1161.  —  2.  Jomeri,  1171.  —  3.  Aimeri  II,  1196.  — 
4.  Foulque,  1212.  —  5.  Renaud,  1218.  —  6.  Jean  I", 
1236.  —  7.  Thomas,  1249.  —  8.  GeofTroi,  1281.  —  9. 
Jean  II,  1335-47.  —  10.  Seguin,  1354-65.  —  11.  Hu- 
gues, 1369.  —  12.  Jean  III,  1379-87.  —  13.  Gilles 
Cornet,  1390-1409.  —  14.  François,  1415,  reçoit  le 
privilège  de  porter  la  mitre.  —  15.  Pierre  Bernard, 
1426,  démissionna  en  1450  (?).  —  16.  Guillaume  Fur- 
gant,  t  1456.  —  17.  Jean  Billard,  1456-75.  —  18.  Louis 
de  Beaumont,  év.  de  Paris,  commendataire,  1476, 
t  1492.  —  19.  Jean  du  Chilleau,  abbé  régulier,  lutta 
contre  un  prétendu  commendataire,  1492,  f  1501.  — 
20.  Noël  Bouhier,  religieux,  1511-16.  —  21.  Guil- 
laume de  la  Croix,  1522,  démissionna  en  faveur  de 
son  neveu.  —  22.  Jean  de  la  Croix,  commendataire, 
1528-39.  —  23.  Jean-Baptiste  Tiercelin  de  Brosse, 
1542-60.  —  24.  René  de  Daillon  du  Lude,  év.  de 
Bayeux,  1591.  ~  '25.  Charles  Guiiloteau,  1605. 
26.  Gaspard  de  Daillon  du  Lude,  év.  d'Albi,  f  1676. 

—  27.  François-Armand  de  f^orraine-Armagnac,  à 
onze  ans,  1676-1728.  —  28.  Poussard  du  Vigean,  1729, 
t  1741.  -  29.  Chasteignier  de  Rouvre,  1742-80.  — 
30.  Joseph-Dominique  de  Cheylus,  1780. 

Archives  :  dép.  des  Ueux-Sèvres,  série  //,  non  classée; 
Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  12666,  fol.  1-4;  12756:  18380; 
ms.  /r.  22477  :  état  de  l'abbaye  en  1744;  rés.  S. -Germain, 
n.  1011  :  brèves  noies  sur  Les  Châtelliers;  Poitiers,  bibl. 
municipale,  coll.  Fonteneau,  mss.,  v,  11-320  :  117  pièces 
(1120-1685).  —  Auber.  Hist.  du  Poitou,  vm,  35.  —  M.  Au- 
bert.  L'architecture  cisterc.  en  France,  i-ii,  Paris,  1943,  passim. 

—  Barbier  de  Montault,  Inventaire  archéol.  de  l'abbaye  des 
Châtelliers,  S.-Maixent,  1882;  L'architecture  et  la  décora- 
tion... Châtelliers  du  XII'  au  XVIII'  s.,  Poitiers,  1892.  — 
Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  m,  Paris,  1910, 
p.  237.  —  Cottineau,  737  (confond  deux  abbayes  :  Les  Châ- 
telliers, au  dioc.  de  Poitiers,  et  S.  M.,  en  l'île  de  Bé,  appelée 
parfois  Les  Petits  Châtelliers).  —  L.  Duval,  Cartulaire  de 
l'abbaye  des  Châtelliers,  Niort,  1872,  recueil  factice  de  358 
pièces  (1145-1725),  d'après  Stein,  Cartulaires  français, 
n.  2047.  —  Gall.  christ.,  ii,  1402.  —  Jaffé,  8755,  13073.  — 
Potthast,  Reg.,  16871,  21354,  22347.  —  Statuta  cap.  yen. 
ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  de  Louvain,  1933-41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
CHATENIER  (Bernard),  évêque  d'Albi.  Voir 
Castanet,  XI,  1413. 

CHATERIZ.  Voir  Chaïtekis. 

CHATHAM,  ancien  dioc.  du  Canada,  compre- 
nant la  partie  septentrionale  du  Nouveau-Brunswick, 
sufTragant  de  Halifax,  érigé  le  4  mai  1852.  Un  décret 
consistorial  du  15  mai  1938  transféra  le  siège  de  l'évê- 
ché à  Bathurst;  depuis  1936,  il  dépend  de  l'archevêché 
de  Moncton. 

Évêques.  —  James  Rogers,  1860-1902.  —  Thomas 
F.  Barry,  1902-20.  —  Patrick  A.  Chiasson,  1920-42, 
premier  év.  de  Bathurst.  —  Camille  A.  Le  Blanc,  1942. 

Cath.  Enc,  ni,  642.  —  Cath.  Directory,  1943,  I1I«  part., 
p.  69-70.  —  Ann.  pont.,  1920,  p.  198;  1948,  p.  85. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CHATILLON,  Caslellio,  ancienne  abbaye  cis- 
tercienne, en  Lorraine,  dioc.  de  Verdun  (Meuse). 
Albéron  de  Chiny,  évêque  de  Verdun,  ami  de  Bernard 
de  Clairvaux,  voulait  une  fondation  monastique  et  cis- 
tercienne dans  son  diocèse.  L'abbaye  de  Trois-Fon- 
taiiies,  première  fille  de  Clairvaux,  fournit  le  personnel. 


587 


CHATILLON 


—  CHATILLON-SUR-SEINE 


588 


Le  premier  emplacement  du  monastère  fut  délaissé 
durant  neuf  ans  pour  un  essai  regrettable  à  Wiberstap 
en  1153.  A  la  fin  du  xiii«  s.,  deux  évêques  de  Verdun, 
deux  frères,  Gérard  et  Henri  de  Grandson,  prirent  à 
tâche  de  faire  reconstruire  l'église  abbatiale.  En  1365, 
après  le  passage  des  armées,  ce  monument  avait  grand 
besoin  de  réparations;  or  on  était  dans  la  misère  et 
l'incapacité  d'entreprendre  un  tel  travail.  Élu  abbé 
en  1375,  Nicolas  d'Arencey  constatait  que  la  plus 
grande  partie  de  la  bibliothèque  avait  été  vendue  ou 
mise  en  gage.  Le  cheptel  était  à  peu  près  nul;  on 
n'avait  ni  blé,  ni  vin,  ni  sel,  ni  provisions  quelconques. 
Deux  ans  après,  il  fallut  aliéner  le  reste  des  biens, 
malgré  l'intervention  de  Grégoire  XI  (Denifle,  Déso- 
lation..., II,  701). 

Il  semble  bien  que  l'abbaye  n'ait  fait  que  végéter 
péniblement  jusqu'à  l'arrivée  d'Octave  Arnolfini. 
D'abbé  commendataire  de  La  Charmoye,  il  devint 
moine  de  Clairvaux  et  entra  résolument  dans  la  ré- 
forme. Abbé  de  Ghâtillon  en  1605,  il  y  introduit  la 
stricte  observance.  Son  neveu,  docteur  en  théologie 
et  proviseur  du  collège  S. -Bernard  de  Paris,  lui  suc- 
céda et  continua  son  œuvre.  Claude  le  Maistre,  abbé 
en  1699,  répara  les  désastres  des  guerres  de  religion; 
Fléchier  l'honorait  de  son  amitié.  Au  xviii<^  s.  finis- 
sant, Ghâtillon  comptait  encore  seize  religieux,  chiffre 
relativement  élevé  alors. 

Série  des  abbés.  —  1.  Gilbert.  —  2.  Thibaut.  —  3. 
Dudon,  1187.  —  4.  G...,  1190.  —  5.  Geoffroy.  —  6. 
Nicolas  1",  1209.  —  7.  Pierre  I",  1217.  —  8.  Jean  1", 
1231-38.  —  9.  Pierre  II,  1238.  —  10  .  Guy,  1243.  —  11. 
Jean  II,  1248.  —  12.  Louis  I".  —  13.  Jean  III,  1258- 
69.  —  14.  Pierre  III,  1270.  —  15.  Fornier,  1286-93.  — 
16.  Pierre  IV,  1294-1301.  —  17.  Jean  IV,  1301-21.  — 
18.  Jean  V  de  Montmédy,  1324.  —  19.  Jacques  I" 
d'Amis,  1333.  —  20.  Odon,  1340.  —  21.  Thierry  I", 
1344.  —  22.  Raoul,  1350.  —  23.  Hugues  I",  1354.  — 
24.  Thierry  II,  1365.  —  25.  Nicolas  II  d'Arencey, 
1375.  —  26.  Jacques  II,  1385.  —  27.  Jean  VI  de  Mont- 
faucon,  1408.  —  28.  Guillaume  de  Guitry,  1440-63.  — 
29.  Gérard  (ou  Conrad)  de  Haitois,  1464.  —  30. 
Jean  VII  d'Arencey,  1467.  —  31.  Hugues  II  Thibaut, 
1482.  —  32.  N.  Habillon,  1500.  —  33.  Léon  de  Chap- 
pée,  1511.  —  34.  Alexandre  Tourel,  1525.  —  35.  Gé- 
rard Tourel,  1542.  —  36.  Mongin  Henrion,  1567.  —  37. 
Jean  VIII  Collet,  t  1604.  —  38.  Octave  Arnolfini, 
1605.  —  39.  Joseph  Claude  Arnolfini,  1627,  t  1656. 

—  40.  Jacques  III  Minguet,  1656,  t  1688.  —  41. Claude 
le  Maistre,  1669.  —  42.  Jacques  IX  Chappier,  t  1717. 

—  43.  Louis  II  Vielle  de  Montville,  t  1748.  —  44.  N. 
Boutteville,  1748.  —  45.  Boisset,  1768. 

Archives  :  dép.  de  la  Meuse,  série  17  H  \  k  17  H  91  : 
9  registres,  82  cartes,  annales  de  l'abbaye  (1694);  cartu- 
laires  (xviii«  s.);  terrier;  inventaires  des  titres  (xvii"  s., 
1790);  Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  /r.  20892,  n.  98;  20901,  n.  103; 
coll.  de  Lorraine,  ms.  282,  fol.  154;  ms.  721,  fol.  5;  Rome, 
ms.  3236  Barberin.,  fol.  195  sq.  :  nomination  de  l'abbé  C. 
Haitois  (1464);  fol.  319,  320.  —  Calmet,  Hist.  eccl,  et  civ.  de 
Lorraine,  n,  Nancy,  1728,  p.  109;  m,  p.  lxxxiii.  —  Cotti- 
neau,  739.  —  Edmond  des  Robert,  Les  sceaux  du  couvent 
et...  abbés,  dans  Mémoires  de  la  Soc.  des  lettres...  de  Bar- 
le-Duc,  1907.  —  Gall.  christ.,  xiii,  1323.  —  Jafté,  8597, 
8769.  —  Janauschek,  Orig.  cisterc..  Vienne,  1877,  p.  135. 

—  Laurentii  gesta  episc.  Virdun.,  dans  M.  G.  H.,  SS.,  xii, 
511.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1131,  x, 
8;  1153,  xvii,  6.  —  Potthast,  Reg.,  1224.  —  Staluta  cap. 
gen.  ord.  cisterc.,  i-viii,  éd.  de  Louvain,  1933-41,  passim.  — 
Stein,  Cartulaires  français,  Paris,  1907,  n.  908,  909. 

J.-M.  CA.NIVEZ. 

CHATILLON  (Le  cardinal  de).  Voir  Coligny 
(Odet  de). 

CHATILLON  (Garin  de),  évèque  d'Amiens 
(1127-44).  Sa  famille  tenait  son  titre  de  la  ville  de  Châ- 
tillon-sur-Marne  ;  elle  y  joignit  le  nom  de  S.-Pol 


quand  Gauthier  de  Chàtillon,  compagnon  d'armes  de 
Philippe  Auguste  en  Terre  sainte,  eut  reçu  ce  comté 
en  héritage  par  sa  femme.  Il  était  archidiacre  d'Amiens 
quand  il  fut  élu;  il  assista  en  1128  à  l'assemblée  des 
évêques  de  la  province  de  Reims,  réunis  à  Arras  sous 
la  présidence  de  Matthieu,  légat  du  S. -Siège;  à  la 
dédicace  de  l'église  de  Thérouanne  en  1133;  à  celle 
de  l'église  que  l'abbé  Suger  avait  élevée  à  S. -Denis  en 
1135,  déclare  vouloir  continuer  l'œuvre  entreprise  par 
S.  Geoffroy  en  l'honneur  de  S.  Martin  et  donne  le 
sanctuaire  élevé  à  l'endroit  où  celui-ci  «  revêtit  de  sa 
chlamyde  le  Christ  dans  la  personne  d'un  pauvre  » 
aux  chanoines,  canonicis,  qui  y  professent  la  règle  de 
S.  Augustin. 

Le  25  août  1131,  Hugues  Gampdavoine,  comte  de 
S.-Pol,  vint  mettre  le  siège  devant  S.-Riquier,  où  ses 
vassaux  révoltés  avaient  trouvé  asile;  il  lança  des 
projectiles  enflammés,  l'église  fut  réduite  en  cendres, 
2  700  personnes,  religieux  et  laïques,  femmes  et  en- 
fants, furent  mises  à  mort  par  ses  soldats.  En  1137, 
l'abbaye  de  Valloires  fut  fondée  par  Guy,  comte  de 
Ponthieu  ;  durant  l'épiscopat  de  Garin,  à  la  demande  de 
Gérard  de  Picquigny,  le  pape  Célestin  II  érigea  en 
abbaye  le  prieuré  de  S. -Jean  d'Amiens;  le  même  Gé- 
rard fonda  en  1139  l'abbaye  de  Notre-Dame  du  Gard; 
l'établissement  du  prieuré  d'Ancre  (aujourd'hui  Al- 
bert) est  du  même  temps. 

Le  3  août  1137,  un  incendie  lit  de  grands  ravages 
dans  la  ville  d'Amiens;  pour  subvenir  aux  frais  des 
réparations,  le  clergé  décida  de  prendre  un  moyen  fré- 
quemment employé  au  Moyen  Age  :  porter  en  pro- 
cession les  reliques  de  S.  P'irmin  à  travers  les  cam- 
pagnes. Mais  arrivés  à  la  porte  du  Grand-Pont,  la 
châsse  devint  si  lourde  que  les  prêtres  furent  obligés 
de  la  déposer.  La  veille  même  de  l'incendie  d'Amiens, 
l'église  et  une  grande  partie  du  monastère  de  Corbie 
furent  aussi  brûlés.  Garin  de  Chàtillon  était  en  rap- 
ports d'amitié  très  étroite  avec  Pierre  le  Vénérable, 
abbé  de  Cluny;  il  se  retira  dans  son  abbaye  dont 
il  était  le  bienfaiteur  et  y  mourut  peu  après  en 
1145. 

Abbé  Bouvier,  Ilisi.  religieuse  de  la  ville  d'Amiens, 
Amiens,  1921,  p.  202.  —  Abbé  Gosset,  N.-D.  de  Brebières, 
BouIogne-sur-Seine,  1908,  p.  117.  —  Pierre  le  Vénérable, 
Epist.,  IV,  XIV ;  P.  L.,  CLXxxix,  319.  —  E.  Soyez,  Notices 
sur  les  évêques  d'Amiens,  52.  —  Actes  de  l'Église  d'Amiens, 
I,  p.  xxxviii.  —  Gallia  christ.,  x,  1173.  —  Decourt,  Afém. 
chron.,  i,  327;  bibl.  d'Amiens,  mss.  802-803. 

A.  ftloLIEN. 

CHATILLON-SUR-SEINE  (Notre-Dame 
de),  s.  Maria  de  Caslellione,  chef-lieu  du  cant.  de 
Chàtillon,  arr.  de  Montbard.  Ancien  chapitre  collégial 
de  la  forteresse  des  évêques  de  Langres,  transformé  en 
abbaye  de  chanoines  réguliers  affiliés  à  la  congrégation 
d'Arrouaise  en  1142  au  plus  tard,  abbaye  réformée 
par  les  Génovéfains  en  1635,  connue  sous  le  nom  de 
Ste-Marie-du-Château,  ou  sous  celui  plus  commun  de 
S.-Vorles  (S.  Verolus).  Sur  la  butte  du  château  de 
Chàtillon,  l'actuelle  chapelle  S. -Bernard,  située  en 
position  de  crypte  en  contrebas  du  croisillon  nord  du 
transept  de  S.-Vorles,  conserve,  dans  ses  pierres  sinon 
dans  sa  structure,  les  restes  d'un  oratoire  qui  a  porté 
dès  les  premiers  temps  de  la  chrétienté  châtillonnaise 
le  nom  de  S.  Maria  de  Caslellione.  Une  église  voûtée, 
édifiée  à  l'époque  mérovingienne  sur  cet  emplacement, 
et  dont  les  parties  orientales  sont  conservées  dans  le 
chevet  et  le  transept  de  S.-Vorles,  porta,  dès  le  vu*  s. 
sans  doute,  le  môme  nom,  puis  celui  de  Ste-Marie-S.- 
Martin. 

Devant  la  menace  des  invasions  normandes,  l'évê- 
que  de  Langres,  Isaac  (859-80),  y  transféra,  en  868, 
les  reliques  de  S.  Vorles,  alors  ensevelies  à  Marcenay. 
Ghâtillon  détrôna  dès  cette  date  comme  forteresse, 


589 


CIIATILLUN-SUR-SEINE 


C  H AIRES 


590 


marché  et  Heu  de  pèlerinage,  la  vieille  cité  voisine  de 
Latisco. 

C'est  en  vain  que  l'évêque  Geilon,  successeur 
d'Isaac,  chercha  à  y  établir  une  communauté  de  cha- 
noines; l'illustre  évêque  Brun  de  Roucy  (980-1016)  y 
parvint;  en  outre,  il  restaura,  du  porche  au  transept, 
l'église  Ste-Marie,  alors  croulante,  la  recouvrit  de 
voûtes  en  bois,  et  changea  son  nom  en  celui  de  S.- 
Vorles.  Les  chanoines  de  Chàtillon  se  consacrèrent  à 
l'enseignement,  ouvrirent  des  écoles,  et  comptèrent 
S.  Bernard  parmi  leurs  disciples.  Se  souvenant  de  ses 
maîtres,  et  aidé  des  évêques  de  Langres,  Vilain  d'Ai- 
gremont  et  Godefroy  de  la  Roche  Taillée,  S.  Bernard 
introduisit  à  Chàtillon  des  moines  de  Ruisseauville 
qui  imposèrent  au  chapitre  collégial  la  règle  augustine 
en  1135-36  et  l'afrilièrent  à  l'ordre  d'Arrouaise  vers 
1142;  le  premier  abbé  du  nouveau  monastère,  Aldon, 
familier  de  S.  Bernard,  reçut  en  1138  la  confirmation 
de  cette  réforme  par  le  pape  Innocent  II. 

Bientôt  l'abbaye  N.-D.  s'établit,  au  cetitre  de  la 
boucle  de  la  Seine,  entre  le  château  appartenant  à 
l'évêque  et  le  bourg  de  Chamont,  possession  du  duc 
de  Bourgogne.  Les  évêques  de  Langres,  les  ducs  de 
Bourgogne,  les  comtes  de  Champagne  et  de  Bar-sur- 
Seine,  Hugues  de  (irancey,  sénéchal  de  Bourgogne, 
furent  les  principaux  donateurs.  L'église  abbatiale 
présentait  un  plan  très  voisin  de  celui  de  Fontenay; 
celle  de  S.-Vorles,  desservie  jusqu'en  1139  |)ar  un 
prêtre  séculier,  fut  après  cette  date  transformée  en 
paroisse  curiale  pour  toute  la  ville  :  elle  fut  desservie 
par  un  chanoine  et,  en  1195,  l'évêque  Gautier  unit  la 
cure  à  l'abbatiat. 

Au  début  du  xiii"'  s.,  l'abbaye  N.-D.,  bien  que  gênée 
dans  son  expansion  par  les  possessions  des  monastères 
voisins,  Clairvaux,  Fontenay,  Jully,  Longuay,  Mo- 
lesme,  Rothières  et  le  Val-des-Choux,  profita  de  l'im- 
portance exceptionnelle  de  la  place  de  Chàtillon,  jiivot 
de  la  politique  ducale  en  Bourgogne  du  Nord.  L'abbé, 
seigneur  justicier  d'un  tiers  de  (Chàtillon  depuis  1182, 
du  faubourg  de  Courcelles-Frévoires,  des  villages 
environnants  de  Chaume,  Poinson  et  Villote-sur- 
Ource,  percevait  les  dîmes  de  sept  localités  proches, 
les  revenus  de  deux  moulins  en  aval  de  Chàtillon,  de 
deux  fours,  et  étendait  le  temporel  de  son  abbaye  sur 
un  trapèze  de  20  km.  au  plus  grand  côté,  entre  Larrey, 
Belan,  S.-Fal  et  Chamesson,  le  long  de  la  Seine  et  de 
rOurce. 

Les  autres  églises  de  Chàtillon,  S.-Mammès  (créée 
en  1003),  S. -Nicolas  pour  le  bourg,  S. -Jean  plus  tard 
pour  Chamont,  étaient  succursales  de  S.-Vorles;  les 
chanoines  de  l'abbaye  desservaient  en  outre  quatorze 
églises  voisines. 

Malheureusement  les  guerres  qui  désolèrent  les 
confins  de  la  Champagne  et  de  la  Bourgogne  au  cours 
du  xiii"^  s.,  et  les  procès  engagés  par  l'abbaye  avec  les 
coseigneurs  de  la  ville  ou  le  couvent  des  Cordeliers 
établi  à  Chàtillon  en  1258,  affaiblirent  la  discipline  : 
dès  1320  l'abbé  faisait  table  à  part;  en  1340  les 
charges  de  l'abbaye  furent  transformées  en  bénéfices. 
Les  ravages  dont  fut  victime  Chàtillon  lors  de  la 
guerre  de  Cent  Ans  compromirent  l'équilibre  :  les 
Anglais  détruisirent  le  château  et  tentèrent  d'incen- 
dier S.-Vorles;  lors  de  la  guerre  entre  Louis  XI  et 
Charles  le  Téméraire,  l'abbaye  elle-même  fut  incendiée 
en  1475.  I^es  chanoines,  obligés  de  vivre  dans  le 
siècle,  ne  firent  plus  table  commune.  Lorsque,  après 
deux  essais  infructueux  du  duc  de  Bourgogne  en  1459, 
fut  imposé  en  1494  le  premier  abbé  commendataire, 
la  règle  était  si  délaissée  que  seul  l'habit,  mi-partie 
blanc,  distinguait  la  communauté  des  chanoines  sécu- 
liers. Fortement  ligueuse,  Chàtillon  fut  incendiée, 
lors  des  guerres  de  religion,  en  1595,  à  la  fois  par  les 
protestants  du  maréchal  de  Biron  et  par  le  gouverneur 


de  Thenissay  agissant  au  nom  de  la  Ligue.  Les  cha- 
noines, privés  de  revenus  et  des  bâtiments  de  l'abbaye 
rasés,  furent  dispersés. 

En  1607,  le  cistercien  Pierre  Conard  parvint  à  les 
rassembler,  mais  sans  pouvoir  relever  la  règle;  ce  fut 
l'infirmier  Cl.  Esperit  (f  1649)  qui,  malgré  les  persé- 
cutions de  l'abbé  Philippe  de  Ste-Colombe,  imposa,  en 
1635,  la  réforme  génovéfaine.  L'église  S.-Vorles  et  les 
bâtiments  claustraux  furent  relevés,  la  bibliothèque 
reconstituée;  en  1732  le  revenu  de  l'abbaye  avait 
recouvré  le  niveau  du  xiv«  s.  :  en  1789  il  atteignait 
4  500  livres.  En  1791,  la  communauté  fut  dispersée 
et  rendue  à  la  vie  laïque.  Les  chanoines  persistant 
dans  leur  profession  furent  envoyés  à  Molesme.  En 
1806,  l'antique  église  S.-Vorles,  celle  de  S.-Mammès, 
ou  plutôt  la  chapelle  édifiée  en  1629  sur  les  ruines  de 
la  magnifique  église  incendiée  en  1595,  celle  de  S.- 
Jean de  Chamont,  devinrent  paroisses  succursales  au 
bénéfice  de  S. -Nicolas,  aujourd'hui  seule  curiale.  Les 
bâtiments  subsistant  de  l'abbaye  N.-D.,  dont  l'église 
elle-même  est  très  abîmée,  ont  été  transformés  en  un 
hospice  civil  sous  le  vocable  de  S. -Pierre. 

Lisle  des  abbés.  —  Aldon.  —  Baudoin,  f  1146.  — 
Nicolas  I",  1145-58.  —  Waldric,  1159.  —  Andelin, 
1160-85.  —  Daniel,  1185.  —  Géraud,  1186-97.  — 
Henri  I",  1197-1202.  —  Hugues  I",  1203-22.  — 
Guy  I",  1223-25.  —  Henri  II,  1227.  —  Guy  II,  1230- 
48.  —  Jacques  I",  1248-79.  —  Nicolas  II,  1279-1307. 

—  P...,  1310.  —  Guillaume  I",  1320-48.  —  Hugues  II 
de  Corbigny,  1349-67.  —  Dominique,  1368.  —  Jac- 
ques II  des  Riceys,  1368-71.  —  Hugues  III  de  la 
Marche,  1371-85.  —  Guillaume  II  de  Chastenay, 
1387-92.  —  Jean  Mandoville,  1392-1414.  —  Hugues  IV 
de  Noyers,  1414-59.  —  Guy  III  Gastefarine,  1459-62. 

—  Guillaume  III  du  Bois,  1462-94,  abdiqua,  1 1502.  — 
F"rançois  I"  de  Dinteville,  premier  abbé  commenda- 
taire, 1494-1514.  —  Eustache  de  Saintes,  1514-20.  — 
Pierre  Rouillard,  1531-43.  —  Antoine  de  Saurac,  1548- 
69.  —  Louis  de  Lorraine,  cardinal  de  Guise,  1569-77. 

—  Guy  IV  Garry  de  Montrigaud,  1579-96,  t  1601.  — 
[Bertrand  de  Latzagues,  1601-07,  non  reconnu].  — 
Pierre  Conard,  1606-11.  —  Philippe  Legrand  de  Ste- 
Colombe,  1611-22  et  1632-38.  —  J.-B.  Legrand  de 
Ste-Colombe,  1622-32.  —  François  II  de  Metel  de  Bois- 
Robert,  1638-64.  — Henri  III  de  Larrey,  1664-1711.  — 
Philibert  Guyet,  1711-21.  —  Gl.-Aimé-François  Gagne 
de  Perrigny,  1721-57.  —  Louis-Marie  Lebascle  d'Ar- 
genteuil,  1757. 

Archives  :  dép.  de  la  Côte-d'Or,  H"  625-60,  assez 
fournies  :  33  registres,  2333  chartes,  plans;  H"  205  : 
cartulalre  du  xiv»  s.  (1137-1362)  (Stein,  Cartulaires  fran- 
çais, 911);  H"  20«.  cart.  du  xvn»  s.  (1195-1523)  (Stein, 
912);  Inventaire,  ms.  H"  S8,  par  Ant.  Petot,  1786;  bibl. 
Ste-Geneviève,  mss.  608,  700,  3265-3337.  —  Beaunier- 
Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  xii,  1941,  III»  part.,  p.  376-86, 
avec  bibliogr.  abondante.  —  Gall.  christ.,  iv,  1728,  p.  770- 
77.  —  A.  S.,  juin,  m,  383-89  :  S.  Veroli  oita  et  miracula. 

—  F.  Hocmelle,  Hist.  descriptio...  B.  Mariae  de  Castellione, 
1723,  cf.  bibl.  de  Chàtillon,  ms.  5,  trad.  par  H.  Bernard, 
1893;  ms.  43.  —  E.  Le  Grand,  L'hist.  saincte  de  la  ville  de 
Chàtillon,  Autun,  1651.  —  G.  Laperouse,  L'hist.  de  Chà- 
tillon, Chàtillon,  1837.  —  Abbé  Roussel,  Le  dioc.  de  Lan- 
gres, ui,  Langres,  1873,  p.  13. 

R.  F'OSSIER. 

CHATIZEL     DE     LA  NÉRONNIÈRE 

(Pierre-Jérome),  théologien  français,  t  1817.  Voir 
D.  T.  C,  II,  2350. 

1 .  CHATRES  (Notre-Dame  de),  Sancta  Maria 
de  Castris,  cant.  de  Terrasson,  arr.  de  Sarlat  (Dor- 
dogne),  dioc.  de  Périgueux.  Cette  abbaye  de  chanoines 
réguliers  a  été  fondée  en  1077  par  l'évêque  de  Péri- 
gueux,  Guillaume,  sur  les  ruines  d'un  ancien  castrum. 
Comme  toutes  les  fondations  de  ce  genre  dans  la 


591 


CHATRES  ^ 


CHATRICES 


592 


région,  elle  a  probablement  subi  l'influence  de  S.-Ruf, 
soit  directement,  soit  par  l'intermédiaire  de  S.-Sernin 
de  Toulouse.  L'histoire  de  la  communauté  nous 
échappe  presque  entièrement.  Elle  dut  exercer  un 
certain  rayonnement,  si  l'on  en  juge  par  l'extension 
des  prieurés  dans  les  diocèses  de  Pèrigueux,  Sarlat 
et  Saintes.  L'église  devint  rapidement  le  centre  d'un 
pèlerinage  réputé. 

La  communauté  souffrit  beaucoup  de  la  guerre  de 
Cent  Ans.  Pour  réparer  les  ruines,  l'abbé  Nicolas 
Realitas  adressa  en  1436  une  supplique  au  S. -Siège. 
Au  milieu  du  xvii«  s.  l'abbaye  comptait  encore  treize 
chanoines,  un  prieur  et  un  cellérier.  Mais  au  début  du 
xvm<^  s.  elle  était  de  nouveau  dans  un  état  lamentable 
et  ne  se  releva  pas  de  ses  ruines.  A  la  Révolution  les 
revenus  furent  évalués  à  2  300  livres. 

Liste  des  abbés.  —  Pierre,  1114.  —  Guillaume,  1120. 
—  Lambert,  1146.  —  Pierre  II,  1150.  —  Étienne, 
1179.  —  Raymond,  1226.  —  Jean,  1244.  —  Alexan- 
dre, 1264.  —  Bernard  de  Verneuil,  1320.  —  Adhémar 
de  Rovelle,  1340.  —  Hugues  de  Valence,  1390.  — 
Jean  II  Lavala,  1425.  —  Nicolas  Realitas,  1436.  — 
Matthieu  Lillaud,  1455.  —  Bertrand,  1456.  —  Pierre 
III  Bretenèche,  1462.  —  Gabriel  Lillaud,  1541.  — 
Bertrand  II  Lillaud,  1541.  —  Jean  II  Vilette,  1571.  — 
Gaspard  de  Chaptau,  1613.  —  Jean  III  Lavergnac?  — 
Boysseilhe,  1630.  —  Pierre  du  Port?  —  François  Dolu, 
1640.  —  Pécon  de  S.-  Nicolas?  —  Hector  de  Royère, 
1656.  —  Pierre  IV  d'Aubusson.  —  Jean  V  de  Lau- 
rond,  1664.  —  Jean-Georges  d'Aubusson,  1670.  — 
François  d'Aubusson?  — 'Berthet,  1716.  —  De  Ségon- 
sac,  1717.  —  Pierre  de  Tesserot,  1719.  —  J.-L.  de 
Cahusac,  1748.  —  G.-C.  de  Raynoud,  1767. 
,  Prieurés.  —  Pont-Roumieu  ;  Guilhgorce  (dioc.  de 
Pèrigueux);  S.-Jean-de-Bosc,  Lomagne,  Doudrac 
(dioc.  de  Sarlat);  Le  Chalard  (dioc.  de  Pèrigueux); 
S.-Jacques-de-Bosc-Fleury,  Ste-Colombe  (dioc.  de 
Saintes). 

Archives  :  dép.  de  la  Dordogne,  série  H  :  quelques  pièces; 
Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Périgord,  xxxiii,  387-320.  —  J. 
Puteanus,  Hist.  episcoporum  Petragorensium,  Pèrigueux, 
1629,  p.  20.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  m, 
204.  —  Gall.  christ.,  u,  1504.  —  De  Boscodon,  Liste  des 
abbés...,  dans  Bull,  de  la  Soc.  hist.  du  Périgord,  i,  1880, 
p.  268-69.  —  E.  Comte,  L'abbaye  de  Châtres...,  ibid.,  xxx, 
1903,  p.  69-78,  118-39. 

Ch.  Dereine. 

2.  CHATRES  (Notre-Dame  de),  Sancta  Maria 
de  Castris,  près  de  Cognac  (Charente),  dioc.  de  Saintes. 
On  a  souvent  confondu  cette  fondation  avec  la  précé- 
dente, d'où  l'obscurité  qui  règne  sur  ses  origines.  Seul 
le  jugement  rendu  en  1148  par  Geoffroy  de  Louroux 
en  donne  une  idée  exacte.  Sur  l'ordre  du  pape  Eu- 
gène III,  l'archevêque  de  Bordeaux  règle  le  conflit 
survenu  entre  la  communauté  de  Châtres  et  celle  de 
Fontevrault.  Cette  dernière  prétendait  établir  son 
domaine  sur  l'église  de  Châtres  en  arguant  que  le 
fondateur,  un  certain  Robert,  avait  été  un  convers, 
profès  de  son  ordre.  C'est  donc  un  disciple  de  Robert 
d'Arbrissel  qui,  après  1110,  vint  fonder  près  de  Cognac 
une  communauté  de  chanoines  réguliers.  Geoffroy  mit 
fin  à  la  querelle  en  procédant  à  une  nouvelle  réparti- 
tion des  biens. 

Les  quelques  documents  échappés  à  la  ruine  du 
prieuré  montrent  qu'il  a  bénéficié  des  largesses  des 
familles  de  Bourg  et  de  Lusignan,  ce  qui  permit  aux 
prieurs  de  construire  une  belle  église  à  quatre  cou- 
poles dont  il  ne  reste  malheureusement  que  la  façade. 
En  1237  un  lien  de  fraternité  fut  établi  avec  l'abbaye 
de  Mauléon  au  diocèse  de  Poitiers.  Au  xiv  s.,  la  com- 
munauté eut  beaucoup  à  souffrir  de  la  guerre  de  Cent 
Ans.  Elle  se  releva  grâce  à  la  générosité  du  bon  comte 
Jean.  Mais  à  la  fin  du  xv"  s.,  la  commende  fut  établie 


et,  peu  après,  les  calvinistes  ruinèrent  entièrement  le 
monastère.  A  la  fin  du  xviii«  s.,  il  ne  rapportait  guère 
que  1  300  livres  aux  abbés  commendataires. 

Liste  des  prieurs  (d'après  Barraud  et  Nanglard).  — 
Pierre,  1114.  —  Bernard,  1148.  —  Étienne,  1179.  — 
Raimond,  1211.  —  Guillaume  I",  1237.  —  Étienne  II, 
1279.  —  Robert,  1341.  —  Jean  I"  de  Cor,  1447-55.  — 
Guillaume  II,  1457.  —  Bernard,  1467.  —  François  de 
Jarnac,  abbé  de  Baigne,  commendataire,  t  1493.  — 
Arnaud  de  L'Estang,  1491-1514.  — ■  Guy  de  Massou- 
gnes,  1524-25.  —  Jacques  de  Lyvène,  1529,  déposé.  — 
Charles  I"  Guérin,  se  retira.  —  François  II  de  Ly- 
vène, 1530.  —  Charles  II  de  Lyvène,  1540-1548.  — 
Jean  II,  1575.  —  Maurice,  1652.  —  Henri  de  la  Mothe- 
Houdencourt,  1633.  —  J.  de  Maniban,  1700.  —  Du- 
pont, 1701-1703.  —  J.  de  Pons,  1714-1715.  —  L.-G. 
de  Polaston,  1717.  —  H.  de  Barreau  de  Beinges,  1723- 
40.  —  G.  de  Batz,  1741.  —  J.-M.  de  Lastic,  1745.  — 
F.-F.  de  Graves,  1752.  —  L.  de  S. -Pierre,  1782. 

Liste  des  prieurés-cures.  —  Brie,  près  de  Pons;  S.- 
Brice,  S. -Sévère,  Ste-Radegonde,  N.-D.  de  Bois- 
Fleury,  S. -Martin  de  Ronçay. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  iit,  291.  —  P.-B. 
Barraud,  Recherches  hist.  sur  l'ancienne  abbaye  de  N.-D. 
de  Chastres,  Cognac,  1870.  —  Gall.  christ.,  ii,  1131.  —  Mar- 
chegay,  Docum.  inédits  sur  la  Saintonge  et  l'Aunis,  dans 
Archives  hist.  de  la  Saintonge  et  l'Aunis,  v,  1878,  p.  19;  x, 
1882,  p.  263.  —  J.  Nanglard,  Cartulaire  de  l'Église  d'Angou- 
lême,  Angoulême,  1900,  p.  131  sq.;  Pouillé  hist.  du  dioc. 
d'Angoulême,  m,  Angoulême,  1900,  p.  486-598.  —  Rhein, 
dans  Congrès  archéol.  de  France,  lxxix,  1912,  p.  409-12.  — 
Cottineau,  au  mot  Châtres. 

Ch.  Dereine. 

CHATRICES  (Notre-Dame  de),  Castrilocus  ou 
Castriciae,  abbaye  de  chanoines  réguliers  de  S.- 
Augustin, arr.  de  Ste-Menehould  (Marne),  sur  l'Aisne, 
dioc.  de  Châlons-sur-Marne.  A  l'initiative  d'Albéron 
de  Chiny,  évèque  de  Verdun,  grand  protecteur  des 
chanoines  réguliers  et  des  cisterciens,  une  communauté 
de  clercs  suivant  la  règle  de  S.  Augustin  s'organise 
entre  1140  et  1144  à  Châtrices,  sous  la  direction  d'Eus- 
tache,  abbé  de  Montier-en-Argonne.  En  1147,  les 
membres  de  cette  dernière  communauté,  suivant 
l'exemple  de  leurs  voisins  de  Cheminon,  passent  à 
l'ordre  de  Cîteaux.  L'abbé  Aimar  de  Châtrices  donne 
son  consentement  à  cette  transformation,  mais  reste 
fidèle  à  la  règle  de  S.  Augustin.  Par  l'intermédiaire  de 
son  évèque,  Barthélémy,  il  demande  l'affiliation  à  la 
congrégation  d'Arrouaise  où  il  obtient  la  dix-septième 
place.  Mais  l'èloignement  de  l'abbaye  mère  constitue 
sans  cesse  une  source  de  difficultés.  Vers  1200,  l'abbé 
Milon  et  tous  les  membres  de  la  communauté  prêtent 
le  serment  de  ne  jamais  abandonner  les  coutumes 
d'Arrouaise  (Martène,  Ampliss.  coll.,  i,  815,  1043). 

Le  manque  de  documents  édités  ne  permet  pas  de 
suivre  le  développement  économique  de  l'abbaye 
placée,  comme  celle  de  Montier-en-Argonne.  sous  une 
dépendance  assez  étroite  à  l'égard  de  l'autorité  dio- 
césaine. En  1267,  le  prieur  doit  combattre  les  préten- 
tions du  comte  de  Champagne  pour  maintenir  la 
liberté  des  élections,  l'n  lieu  de  fraternité  est  établi 
avec  l'abbaye  S.-Nicolas-des-Prés  de  Verdun.  Le 
premier  abbé  commendataire  apparaît  en  1548,  mais 
la  réforme  est  introduite  vers  1650  par  l'affiliation  à 
la  Congrégation  de  France. 

Liste  des  abbés  (d'après  le  Gall.  christ.,  ix,  952).  — 
Eustache,  1140-46.  —  Aimar,  1147-70.  —  Philippe, 
1191.  —  Pierre  I",  1196.  —  Milon,  1200.  —  Guibert, 
1209-12.  —  Pierre  II,  1220-21.  —  Aubert,  1230-60.  — 
Jean  Papelard,  1304.  —  Guillaume,  1331-50.  —  Geor- 
ges Aubry-Massin,  av.  1390.  —  Georges  de  Paris, 
1390.  —  Jean  le  Lièvre,  1455.  —  Remi  de  Boussu, 
commendataire,  1548.  —  Théodore  Petit?  —  Louis  de 
Mainteterne,  1562-74.  —  Louis  d'Épinay,  1644.  — 


593 


CHATRICES  — 


CHAUMES  (LES) 


594 


Alexandre  Bichi,  1657.  —  Claude  Gallard  de  Béart, 
1659.  —  De  Brassac,  1670-1679.  —  François-Ignace 
de  Mont-Saulnin?  —  Antoine  Fagon,  1682.  —  Au- 
gustin du  Rosel,.  1705-19.  —  Jean  du  Caulet,  1721-25. 

Archives  :  dép.  de  la  Marne,  H  384-448;  voir  P.  Péli- 
cier,  J.  Berland  et  R.  Gandilhon,  Inventaire  sommaire, 
sér.  H,  I,  1949,  p.  110-20;  Paris,  Bibl.  nat.,coll.  Champagne, 
fol.  72-126;  bibl.  Ste-Geneviève,  ms.  608,  fol.  388  sq.  — 
Laurent  de  Liège,  Gesta  episc.  Virdunensium,  dans  M.  G.  H., 
SS.,  X,  512.  —  Martène,  Ampliss.  coll.,  i,  815,  1043.  — 
Gall.  christ.,  ix,  952-54,  967.  —  L.  Gosse,  Hisl.  de  l'abbaye 
d'Arrouaise,  Lille,  1786,  p.  39  sq.  —  Pour  plus  de  détails, 
Cottineau,  i,  742. 

Ch.  Dereine. 
CHATTERIS  (Notre-Dame  de),  abbaye  de 
moniales  bénédictines,  au  comté  de  Cambridge,  ancien 
dioc.  d'Ely.  t'ondée  entre  1006  et  1016  par  Erdnoth, 
premier  évêque  de  Ramsey,  puis  évêque  de  Dorches- 
ter,  et  sa  sœur  Aelfwen,  épouse  d'Athelstan,  roi  d'Est- 
Anglie,  et  sans  doute  la  première  abbesse,  cette 
abbaye  fut  donnée  par  Henri  l<"  à  l'Église  et  à  l'évêque 
d'Ely;  Richard  I^''  précisa  cette  donation  :  l'abbaye 
était  tellement  la  propriété  de  l'évêché  qu'en  cas  de 
vacance  de  ce  dernier  les  revenus  devaient  aller  à  la 
Couronne  comme  le  reste.  La  dotation  de  l'abbaye  en 
biens  immobiliers  ne  fut  jamais  considérable,  même 
si  l'on  tient  compte  des  diverses  acquisitions  opérées 
durant  les  deux  siècles  qui  suivirent  la  fondation. 
L'évêque  d'Ely,  qui  confirmait  l'élection  des  nouvelles 
abbesses,  jouissait  à  cette  occasion  du  droit  de  nom- 
mer une  nouvelle  moniale;  en  cas  de  vacance  du  siège 
d'Ely,  l'archevêque  de  Cantorbéry  revendiquait  le 
même  privilège  :  en  1298,  la  moniale  ainsi  nommée 
par  l'archevêque  étant  illettrée,  quelques  difTîcultés 
en  résultèrent.  Entre  1306  et  1310,  un  incendie  rava- 
gea l'abbaye  et  ses  dépendances  :  le  malaise  matériel 
qui  en  fut  la  suite  dura  longtemps,  et  une  visite 
canonique  en  1345  reflète  encore  une  certaine  pénurie 
qui  n'était  pas  sans  influer  sur  le  spirituel.  Aux  xiv 
et  xv«  s.,  plusieurs  demandes  d'exemption  de  taxes 
montrent  que  la  pauvreté  restait  considérable.  En 
1355,  Alice  Shropham,  abbesse  démissionnaire  depuis 
1347,  obtint  un  induit  pontifical  l'autorisant  à  choisir 
son  confesseur  à  l'heure  de  la  mort.  En  1388  l'évêque 
d'Ely  permit  de  même  à  l'abbesse  et  aux  moniales  de 
choisir  leur  confesseur,  qui  n'était  pas  nécessairement 
leur  aumônier.  En  1536,  bien  que  le  revenu  net  de 
l'abbaye  ne  fût  que  de  £  97,  3,  4,  celle-ci  fut  maintenue, 
mais  pour  être  supprimée  deux  ans  plus  tard,  le  3  sept. 
1538,  l'abbesse  étant  alors  Anne  Gayton,  qui  gouver- 
nait dix  moniales  :  ce  chiffre  représentait  les  deux 
tiers  de  la  communauté  en  1347.  L'église  abbatiale 
servait  alors  de  paroisse  à  quatorze  familles  de  l'en- 
droit. L'inventaire  des  biens  de  l'abbaye  a  survécu 
(Exch.  K.  R.  Mise.  11,  13).  Les  religieuses  et  l'abbesse 
reçurent  les  pensions  généralement  accordées  après 
la  suppression  des  monastères. 

Le  cartulaire-chronique  de  l'abbaye  fut  écrit  vers  1456 
pour  l'abbesse  Agnès  Archfeld  ou  Ashfield  :  Brit.  Mus.,  bibl. 
Cotton.,  Jul.  A.  1;  voir  les  titres  des  principaux  actes  dans 
Dugdale,  p.  615,  n.  i,  et  le  texte  des  plus  importants,  p.  616- 
20.  —  Cf.  V<.  Dugdale,  Mon.  Angl.,  n,  614-20;  V.  C.  Hisl., 
Cambridgeshire  and  the  Isle  o/  Ely,  u,  1948,  p.  220-22. 

H.  Dauphin. 

CHATZINZARIENS  ou  CHAZINZA- 
RIENS,  hérétiques  arméniens  du  vii«  s.  Voir 
D.  T.  C,  II,  2350. 

CHAUME  (La),  Calma,  Calmaria,  B.  M.  de 
Machecolio,  dioc.  et  arr.  de  Nantes  (Loire-Inf.),  ab- 
baye de  bénédictins,  sous  le  vocable  de  Notre-Dame, 
fondée  en  1055  par  Harcouët  de  Retz,  ou  en  1060  par 
Haterid,  baron  de  Paris,  tout  en  restant  soumise  à 
Redon.  Sous  le  cardinal  de  Retz,  abbé  commendataire. 


elle  fit  partie  en  1618  de  la  Société  de  Bretagne,  qui  en 
1628  passa  à  la  congrégation  de  S.-Maur.  La  mense  des 
quatre  moines  fut  supprimée  en  1767  et  unie  à  Vertou. 
Il  subsiste  aujourd'hui  quelques  ruines  des  bâtiments. 

C.  .\.,  La  Soc.  de  Bretagne  de  l'ordre  de  S.-Benoit,  dans 
Revue  bénéd.,  1894,  p.  97-107.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes 
et  prieurés...,  viu,  247.  —  Cottineau,  745.  —  Gall.  christ., 
XIV,  851.  —  S.  de  la  Nicollière-Teijeiro,  L'abbaye  N.-D. 
de  La  Chaume  prés  de  Machecoul  (  1065-1792 ),  dans  Bull, 
de  la  Soc.  archéol.  de  Nantes,  xviii,  1879. 

R.  Van  Doren. 

CHAUMES  (Les),  Chaumes-en-Brie,  Calmi,  Ca- 
lami,  cant.  de  Tournon,  arr.  de  Melun  (Seine-et-Marne), 
dioc.  de  Sens,  auj.  de  Meaux,  abbaye  de  bénédictins, 
sous  le  vocable  de  S.-Symphorien,  ensuite  de  S. -Pierre. 
Détruite  par  les  Normands,  elle  fut  restaurée  en  1181. 
Jusqu'au  xvine  s.,  la  vie  régulière  y  était  bien  observée. 
A  partir  de  1564,  elle  reçut  des  abbés  commendataires. 
Elle  fut  supprimée  en  1747;  ses  bâtiments  devinrent 
une  habitation  privée,  et  sa  mense  conventuelle  fut 
unie  au  i^etit  séminaire  de  Sens.  On  y  vénérait  des 
reliques  que  l'on  disait  être  celles  de  S.  Domnole, 
évêque  du  Mans. 

Liste  des  abbés.  —  Robert  I^^  —  Maur.  —  Manfred. 

—  Étienne.  —  Rodulphe.  —  Théobald  I",  1152,  1154. 

—  Simon  1",  1157.  —  Anselle,  1166.  —  Odon,  1181, 
1198.  —  Robert  II,  1201.  —  Gaufrid  I",  1204.  — 
Robert  III  (?),  1205,  1207.  —  Guillaume  I"  de  Limi- 
niac,  1218,  1220.  —  Simon  II  de  Mallaforte,  1230, 
1234.  —  Jean  I".  —  Henri  I",  de  Courpalay,  1240, 
1245.  —  Gaufrid  II  de  Blanchery,  1246,  1253.  — 
Hugues  I"  de  Nevincourt,  1260,  1263.  —  Simon  II 
de  Eviac,  1278.  —  Jean  II,  1278.  —  Hugues  II,  1280, 
1283.  —  Louis  I",  1283.  —  Jean  III  de  Vaux  le  Penil, 
1285.  —  Hugues  III,  1291,  1301.  —  Henri  II  de  Pran- 
ciac,  1303,  1318.  —  Pierre  I"  de  Monte  Angulari,  1318. 

—  Arnulphe  de  Monte  Angulari,  f  28  déc.  1328.  — 
Théobald  II,  28  avr.  1334.  —  P...,  1335.  —  Jean  IV 
de  Hainaut,  f  H  janv.  1363.  —  Odoimetus,  29  nov. 
1371.  —  Jean  V  de  Pouy,  t  29  nov.  1376.  —  Guidon 
Cassinel,  1377.  —  Jean  VI  de  Hainaut,  f  1380.  — 
Jean  VII  de  Pouy,  1385,  1387.  —  Jean  VIII  Brodin, 
1391,  1402.  —  Milon  Marce,  élu  le  20  févr.  1407,  1426. 

—  Jean  IX  Grandin,  t  1438.  —  Jean  X  Modard,  élu 
le  27  nov.  1438,  f  H  oct.  1439.  —  Simon  III  Cheva- 
lier, compétiteur  du  précédent,  élu  en  1438,  réélu  en 
1439,  1457.  —  Jean  XI  Seyer,  élu  le  2  août  1461, 
résigna  en  1475.  —  Pierre  II  Damoiseau,  nommé  le 
26  avr.  1475,  1481.  —  Tristand  de  Salazar,  archev.  de 
Sens,  1482,  t  1519.  —  Jean  XII  du  Fay,  1519.  — 
Antoine  de  S.-Marcel,  1521,  1526.  —  Charles  de  S.- 
Martin ou  Bechet,  1529,  t  1532.  —  Jean  XIII  Prud- 
homme,  nommé  le  29  oct.  1532,  1550.  —  Jacques 
L'Epreuvier,  1561.  —  Pierre  III  de  Gondy,  év.  de 
Langres,  commendataire  en  1564,  1566.  —  Jean  XIV 
de  Gondy,  1570,  t  1574.  —  Claude  de  Lair,  t  1593. 

—  Nicolas  Auroux,  1593.  —  Guillaume  II  de  Ma- 
raudes, 1593.  —  Cardinal  Louis  de  la  Valette;  son 
cousin,  le  duc  d'Épernon,  dissipa  les  revenus  pendant 
quinze  ans.  —  Jean  XV  de  Binos,  commendataire  de 
1640  à  1656,  qui  échangea  avec  le  suivant  l'abbaye  de 
S. -Orient  d'Auch.  —  Louis-Henri  de  Gondrin,  arche- 
vêque de  Sens,  f  16  sept.  1674.  —  Antoine  II  Arnauld, 
nommé  le  1"  nov.  1674,  t  12  déc.  1698.  —  Charles 
Calonne  de  Courtebourne,  25  déc.  1698,  f  9  oct.  1723. 

—  Charles-Louis-Auguste  le  Tonnelier,  son  neveu, 
nommé  év.  de  Rennes  et  abbé  de  La  Ch.  le  17  oct. 
1723,  t  24  avr.  1732.  —  Jean  XVI  Couturier,  supérieur 
général  de  S.-Sulpice,  nommé  le  31  juill.  1732. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  v,  26.  —  Chevalier, 
T.  B.,  676.  —  Cottineau,  745-46.  —  Gall.  christ.,  xii,  184. 

—  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  vi,  646. 

R.  Van  Doren. 


595 


C  HAUMONT 


—  CHAUMONT-LA-PISCINE 


596 


CHAUMONT  (Louis-Makin  Barthélémy  ue), 
1737-1808,  évêque  de  S.-Dié,  né  à  Paris  le  24  aoùtl737, 
appartenait  à  la  famille  des  Chaumont  de  La  Galai- 
zière,  fut,  très  jeune,  pourvu  de  nombreux  bénéfices. 
Grand  prévôt  de  S.-Dié  en  1768,  il  est  nommé  évêque 
de  ce  siège  lors  de  son  érection  (1774).  Sacré  dans  la 
chapelle  du  château  de  Brienne,  le  21  sept.  1777,  par 
Loménie  de  Brienne,  avec  lequel  il  s'était  lié  au  cours 
d'un  voyage  en  Italie,  il  administra  son  diocèse  avec 
une  sévérité  qui  lui  valut  le  surnom  de  «  Monseigneur 
de  la  crosse  ». 

C'était  le  «  géant  du  clergé  de  France  »  :  sa  taille 
atteignait  6  pieds  et  il  était  gros  en  proportion.  Mais 
cet  athlète  était  défiguré  par  un  œil  cyclopéen  mons- 
trueux, infirmité  qui  avait  décidé  de  sa  vocation, 
comme  le  pied  bot  de  Talleyrand. 

Il  aimait  le  luxe,  le  faste.  C'était  un  prélat  mondain, 
qui  allait  jusqu'à  recommander  à  ses  prêtres  de  se 
friser  et  de  se  poudrer. 

Il  refusa  le  serment  à  la  Constitution  civile  du  clergé 
et  quitta  le  royaume  en  mars  1791  :  il  se  réfugia  à 
Bruxelles,  puis  passa  en  Suisse,  en  Souabe  et  en  Ba- 
vière, sans  jamais  cesser  de  s'occuper  de  son  diocèse. 
Le  P.  Armand  Jean  se  trompe  quand  il  déclare  dans 
son  recueil  {Les  évêques  et  archevêques...,  418)  qu'il 
refusa  de  se  démettre  de  son  siège  au  Concordat.  Il 
mourut  au  château  de  Mareil,  le  30  juin  1808. 

Il  portait  dans  sa  jeunesse  le  titre  d'une  terre  de  sa 
famille,  «  de  La  Galaizière  »;  mais  ce  marquisat  ayant 
été  aliéné  en  1777  par  son  frère  aîné,  il  cessa  de  le 
porter  :  de  la  sorte  il  ne  peut  et  ne  doit  être  appelé 
que  Mgr  de  Chaumont. 

Morellet,  Mémoires,  i,  23-26,  36,  84.  —  Roussel,  Quelques 
notes  sur  la  jeunesse  de  Mgr  de  La  Galaizière  (sic),  dans 
Bull,  de  la  Soc.  philomatique  vosgienne,  1935-36,  p.  3-9.  — 
P.  Boyé,  Le  chancelier  Chaumont  de  La  Galaizière  et  sa 
famille,  dans  Pays  lorrain,  1937,  p.  146  s<|. 

C.  Laplatte. 

CHAUMONT-LA-PISCINE  (Notre-Dame 
de),  Calviis-Mons,  Chaumont- Porcien,  abbaye  de 
l'ordre  de  Prémontré,  dioc.  de  Reims,  entre  Rethel 
et  Château-Porcien,  arr.  de  Rethel  (Ardennes),  rele- 
vait de  la  circarie  de  Floreffe  et  était  filiale  de  Pré- 
montré. La  légende  raconte  que  vers  la  fin  du  v^  s. 
l'endroit  —  un  monticule  couvert  de  bruyère,  qui  lui 
donnait  un  aspect  de  chaume  —  servait  de  retraite 
aux  ermites  Berthold  et  Amand,  de  souche  royale, 
auxquels  s'étaient  jointes  des  vierges  nobles  qui  ser- 
vaient le  Seigneur  sous  l'autorité  de  Berthold.  Ces 
origines  se  perdent  dans  la  nuit  des  temps.  Plus  tard 
l'endroit  fut  fréquenté  par  des  ermites  et  des  cha- 
noines. A  leur  sujet  il  n'existe  qu'un  document  de 
1087,  émanant  du  roi  Philippe  \",  qui  fait  don  du 
village  de  Renaucourt  à  l'église  de  Chaumont.  En 
1142,  la  fondation  formait  un  chapitre  collégial  auquel 
en  cette  année  l'évêque  Samson  de  Mauvoisin  con- 
firmait la  possession  d'un  alleu,  don  du  comte  Henri 
de  Chastel  et  de  Clarembald  de  Rosoy  aux  chanoines 
de  l'endroit,  qui  obtenaient  en  même  temps  assigna- 
tion de  la  dîme.  Il  est  certain  d'autre  part  que  l'église 
de  Chaumont  relevait  en  1087  du  prieuré  de  Château- 
Porcien;  qu'en  1142  cette  église  se  trouvait  sous 
l'obéissance  de  chanoines  réguliers  et  que  les  alentours 
hébergeaient  des  ermites;  qu'en  1147  ces  chanoines 
réguliers  relevaient  de  l'ordre  de  Prémontré.  Comme 
fondateur  de  cette  maison  est  cité  Réginald  de  Rosoy 
(d'après  le  nécrologe  de  S. -Juste  de  Beauvais).  L'église 
se  trouvait  sous  le  patronage  de  la  Ste  Vierge  et  de 
S.  Berthold. 

L'abbaye  était  réputée  comme  endroit  d'un  pèle- 
rinage florissant.  L'abbé  Pierre  le  Boucher  de  Roqui- 
gny  (1426-44)  fit  construire  un  hospice  pour  les  pèle- 
rins qui  venaient  honorer  en  foule  S.  Berthold.  L'ab- 


baye reçut  en  don  de  Jeanne  de  Châtillon,  dame  de 
Chaumont,  une  lampe  d'argent  et  une  dotation  de 
100  livres,  pour  l'ornementation  de  la  sépulture  du 
saint. 

L'abbé  Cousin  fut  le  dernier  des  réguliers  (f  1550). 
Sous  l'abbé  commendataire  Claude  le  Roi,  l'abbaye 
et  les  religieux  eurent  gravement  à  souffrir  des  calvi- 
nistes :  pillages  et  emprisonnements  furent  à  l'ordre 
du  jour  et  la  maison  fut  en  partie  dévastée.  On  la  res- 
taura, mais  elle  fut  de  nouveau  incendiée  pour  la 
plus  grande  partie.  On  chercha  alors  un  endroit  plus 
favorable  pour  reconstruire  le  monastère  et,  le  23  juin 
1623,  la  communauté  émigra  à  Aubilly,  où  de  nou- 
velles constructions  avaient  été  élevées.  On  avait  pu 
sauver  les  plus  précieuses  reliques,  qui  avaient  été 
mises  en  sûreté  à  Reims.  Le  nouvel  emplacement  de 
l'abbaye  se  nommait  '  la  Piscine  >-.  L'église  fut  consa- 
crée par  l'évêque  de  Tarse,  sufTragant  de  l'archevêque 
de  Reims. 

Tous  ces  événements  n'avaient  pas  été  sans  in- 
fluencer la  discipline  conventuelle.  L'abbé  Picot 
(t  1638),  mais  surtout  son  prieur  Jean  Lieuteau  s'at- 
tachèrent à  remédier  à  la  situation.  Dans  cet  es- 
prit, le  24  sept.  1641,  Pierre  de  Thieuville,  abbé  de 
Ste-Marie  de  Pont-à-Mousson,  annexa  Chaumont  à  la 
jeune  congrégation  de  la  réforme  de  Lorraine  et  plaça 
des  religieux  de  cette  tendance  à  l'abbaye  de 
Chaumont  pour  y  consolider  les  nouvelles  directives. 

Liste  des  abbés.  —  1.  Jean,  venu  de  Prémontré, 
nommé  dans  la  bulle  du  pape  Eugène  III,  qui  attribue 
Chaumont  aux  Prémontrés.  —  2.  Gésaire,  1158.  —  3. 
Julien  ou  Jules,  assista  au  chapitre  général  de  1171.  — 
4.  Jean  II,  f  probablement  le  2  janv.  —  5.  Anselme, 
ou  Alelme  ou  Atelme,  gouvernait  en  1182  et  en  1195. 
Il  est  douteux  qu'il  faille  l'identifier  avec  l'abbé  An- 
selme, de  Bonne-Espérance,  abbaye  à  laquelle  il  aurait 
passé.  —  6.  Albéric.  —  7.  Alelme,  t  1219.  —  8.  Roger, 
t  1222.  —  9.  Henri,  t  1231.  —  10.  Odon,  t  1246.  — 
11.  Pierre  de  Baucigny,  f  26  nov.  1256.  —  12.  Jean  III 
de  Logni,  f  1273.  —  13.  Alard,  1  1285.  —  14.  Simon  I", 
passa  comme  abbé  à  Cuissy  en  1287.  —  15.  Simon 
d'Aharis  ou  d'Achaires,  passa  comme  abbé  à  Braine. 

—  16.  Pierre  de  Baucigni  II,  f  1347.  —  17.  Jean  IV, 
t  1365.  —  18.  Radulphe  de  Châtillon,  t  1383.  —  19. 
Jean  V,  f  1409.  —  20.  Pierre  le  Boucher  de  Roquigni, 
t  1444.  —  21.  Jean  Lochart.  —  22.  Gobert  de  Roqui- 
gni. —  23.  Jean  Hardy,  vivait  en  1497.  —  24.  Pierre 
de  Frouart,  alias  Fuyart,  présidait  en  1517.  —  25.  Go- 
bert Cousin,  dernier  des  réguliers,  f  6  juill.  1550.  — 26. 
Robert.  —  27.  Ponchard.  —  28.  Galtier  :  ces  trois  noms 
doivent  être  intercalés  dans  la  liste  précédente,  mais 
on  ne  sait  pas  à  quelle  date.  —  29.  Étienne  Lallemand, 
premier  abbé  commendataire;  la  veille  de  son  mariage, 
il  passa  l'abbaye  au  suivant.  —  30.  Mathieu  Chalon, 
clerc  de  Chartres,  qui  ne  fut  admis  par  les  religieux 
qu'après  sentence  d'excommunication  en  1557,  f  1560. 

—  31.  Claude  le  Roi,  t  1614.  —  32.  Étienne  Galinet, 
qui  fut  transféré  à  l'abbaye  de  la  Piscine.  —  33.  Eus- 
tache  Picot,  chanoine  de  la  Ste-Chapelle  de  Paris, 
t  1648.  —  34.  Cyrus  de  Villers-la-Faye,  év.  de  Péri- 
gueux,  était  prélat  en  1653,  t  4  oct.  1665  et  enseveli 
à  Paris  chez  les  capucins  de  S.-Jacques.  —  35.  Égide 
de  Fontaines,  aumônier  du  roi,  f  à  Paris  1697.  —  36. 
Marc-Antoine  de  Brisai-de-Denonville,  nommé  le 
25  déc.  1696,  chanoine  de  Chartres,  en  même  temps 
commendataire  de  S. -Pierre  de  Cannes.  —  37.  Charles- 
Amand  de  Gontaut-Biron,  nommé  en  1723,  t  7  oct. 
1732.  —  38.  Louis  Chaumel,  auparavant  évêque 
d'Orange,  obtint  l'abbaye  par  lettres  royales  du  3  mai 
1732. 

Les  archives  de  Chaumont-Ia-Piscine  se  trouvent,  pour 
la  plupart,  aux  archives  du  dép.  des  Ardennes;  un  cartu- 
laire  de  la  fin  du  xvi«  s.  était  conservé  chez  la  veuve  Lucas 


597  C  H  A  UMONT-LA-PISCl 

à  Château-Porcien  ;  d'autres  archives  se  trouvent  à  Chau- 
mont  et  à  Reims.  —  C.-L.  Hugo,  Annales  Praem.,  i,  437.  — 
Gall.  christ.,  ix,  326-29.  —  M.  Jadert,  Le  bourg  et  l'ancienne 
abbaye  de  Chaumont-Porcien,  dans  Revue  hisl.  ardennaise, 
1904.  —  Lannois,  Notice  sur  l'abbaye  de  Ctinumont,  Rethel, 
1880.  —  G.  Marlot,  Metropolis  Remensis  hisl.,  Reims,  1844. 
—  C.  Oudin,  Hist.  ecclesiae  Calvinalis  ex  monumentis  ipsius 
loci,  dans  A.  S.,  juin,  ii,  102-08. 

M.-A.  Erens. 

CH AUMOUZEY,  Calmosiacensis,  abbaye  de 
chanoines  réguliers  de  l'ordre  de  S. -Augustin,  près  de 
Mirecourt,  cant.  et  arr.  d'Épinal,  dép.  des  Vosges, 
dioc.  de  Toul,  puis  de  S.-Dié.  L'histoire  des  origines 
de  cette  importante  communauté  a  été  écrite  par  un 
des  principaux  fondateurs,  Séhère,  dans  les  Primordia 
Calmosiacensia.  Dans  le  dernier  quart  du  xi"  s.,  un 
vénérable  prêtre,  Antenor,  se  retire  pour  vivre  en 
ermite  dans  la  solitude  célèbre  du  S. -Mont.  Bientôt  il 
est  rejoint  par  bon  nombre  de  disciples  désireux  de 
restaurer  sous  sa  direction  le  primiliuae  Ecclesiae  sla- 
tum,  en  pratiquant  la  pauvreté,  cette  nutrix  uirlutum, 
selon  la  règle  de  S.  Augustin.  La  réputation  de  ces 
convertis  leur  attire  une  recrue  de  choix,  Liutolf, 
doyen  du  chapitre  cathédral  de  Toul,  qui  se  joint 
à  eux  avec  tous  ses  biens,  entre  autres  une  église 
qu'il  a  construite  dans  le  suburbium  de  Toul  en  l'hon- 
neur du  pape  S.  Léon,  où  à  sa  demande  les  frères 
fondent  une  nouvelle  communauté  avec  l'approba- 
tion de  l'évéque  Pibon  (1094).  Entre  temps,  le  S.- 
Mont  se  révèle  peu  propice  à  la  vie  régulière,  proba- 
blement à  cause  du  voisinage  des  chanoinesses  de 
Remiremont,  et  les  ascètes  se  retirent  dans  un  endroit 
solitaire,  l'alleu  de  Chaumouzey,  qui  leur  est  donné  en 
toute  propriété  ainsi  que  l'église  du  lieu  par  une  femme 
pieuse  et  son  mari,  Thierry.  La  communauté  s'étant 
encore  accrue  de  nouveaux  membres,  les  frères  sen- 
tent le  besoin  de  fixer  de  manière  plus  précise  leur 
discipline.  Dans  ce  but,  ils  envoient  deux  des  leurs  à 
S.-Ruf,  abbaye  provençale  dont  la  réputation  de  régu- 
larité est  parvenue  jusqu'à  eux.  Les  délégués  revien- 
nent inslructi  uerbis  et  scriplis  et  initient  leurs  con- 
frères aux  coutumes  de  la  célèbre  communauté  (Pri- 
mordia..., dans  M.  G.  H.,  SS.,  xii,  325-30;  Gall.  christ., 
XIII,  Instrum.,  172). 

Pendant  plusieurs  années  encore,  l'attrait  de  la  vita 
apostolica  menée  par  les  chanoines  leur  attire  des 
recrues  venant  de  tous  les  milieux,  clercs  et  laïcs, 
hommes  et  femmes.  Beaucoup  d'entre  eux  abandon- 
nent à  la  communauté,  lors  de  leur  profession,  des 
biens  de  tous  genres  qui  forment  petit  à  petit  le  patri- 
moine temporel.  Pour  assurer  leur  avenir,  les  cha- 
noines procèdent  à  une  élection  canonique  et  leur  can- 
didat, Séhère,  est  consacré  par  l'évéque  de  Toul 
comme  abbé  de  Chaumouzey  et  de  S. -Léon.  Un  statut 
spécial  règle  les  rapports  des  deux  communautés  et 
prévoit  l'émancipation  définitive  de  Chaumouzey,  ce 
qui  se  fera  sans  difficulté  peu  après.  A  peine  en  fonc- 
tion, le  nouvel  abbé  doit  faire  face  à  de  nombreuses 
difficultés.  A  la  mort  de  Thierry,  principal  bienfai- 
teur, son  frère  fait  opposition  à  la  donation  de  Chau- 
mouzey et,  par  la  violence,  trouble  le  calme  de  la 
communauté,  allant  jusqu'à  incendier  l'église  parois- 
siale. Malgré  le  recours  au  duc  de  Basse-Lotharingie 
et  à  l'évéque,  il  faut  attendre  deux  ans  avant  qu'un 
compromis  ne  règle  définitivement  ce  débat.  Peu  après 
Séhère  fait  confirmer  par  l'évéque  Pibon  les  posses- 
sions de  l'abbaye,  préciser  le  statut  à  l'égard  de  l'au- 
torité diocésaine  et  celui  du  curé  de  la  paroisse  de 
Chaumouzey  (5  mai  1101)  (Primordia,  dans  M.  G.  H., 
SS.,  XII,  327-31). 

Entre  temps  les  chanoinesses  de  Remiremont  veu- 
lent étendre  à  Chaumouzey  les  droits  qu'elles  ont 
exercés  sur  les  ermites  du  S. -Mont.  Elles  revendiquent 
la  possession  de  l'alleu,  réclament  les  offrandes  de 


INE        CHAUMOUZEY  598 

l'église  et  y  placent  un  curé  de  leur  choix.  Pour  résister 
à  ces  prétentions,  Séhère  engage  une  longue  lutte  dans 
laquelle  interviennent  les  évêques  de  Toul,  le  duc  de 
Lotharingie,  le  roi  de  France  et  le  légat  pontifical, 
Richard.  Finalement,  Pascal  II,  de  passage  à  Langres 
(févr.  1107),  appelle  l'affaire  à  son  tribunal.  Les  cha- 
noines ayant  invoqué  la  donation  faite  par  Thierry, 
les  cardinaux  leur  opposent  la  législation  de  Gré- 
goire VII  interdisant  aux  laïcs  de  disposer  des  biens 
d'église,  mais  par  ailleurs  ils  citent  le  passage  de  Gré- 
goire le  Grand  qui  exempte  des  dîmes  ceux  qui 
mènent  la  vie  commune.  Finalement  le  conflit  est 
réglé  et,  pour  éviter  toute  difficulté  ultérieure,  Séhère 
se  fait  confirmer  par  l'évéque  et  l'archidiacre,  per 
baculum,  les  églises  qu'il  avait  reçues  antérieurement 
des  mains  des  laïcs  (Primordia...,  dans  M.  G.  H.,  xii, 
338-41;  bulle  de  Pascal  II  [original  à  Paris,  Bibl.  nat., 
iiouv.  acq.  lal.,  2547,  n.  13],  dans  P.  L.,  clxiii,  206). 

Malgré  leur  origine  érémitique,  les  chanoines  de 
Chaumouzey  avaient  adopté  jusqu'en  1120  les  cou- 
tumes modérées  de  Vordo  antiquus  tel  qu'il  était  en 
vigueur  à  S.-Ruf.  Mais  à  cette  date,  les  fondateurs  de 
Springiersbach  et  de  Prémontré  introduisent  dans 
l'ordre  canonial  des  usages  plus  austères  en  suivant 
à  la  lettre  les  prescriptions  de  Vordo  monasterii  qu'ils 
considèrent  comme  la  seule  règle  authentique  de 
S.  Augustin.  Cette  innovation  jette  le  trouble  dans  la 
communauté  de  Chaumouzey.  Les  frères  sont  tout 
disposés  à  suivre  les  novateurs  mais,  avant  de  prendre 
une  résolution  définitive,  ils  envoient  une  délégation 
à  S.-Ruf  pour  consulter  les  autorités  compétentes. 
Par  deux  lettres  qui  nous  renseignent  sur  ces  événe- 
ments. Ponce,  abbé  de  S.-Ruf,  et  Gautier,  évèque  de 
Maguelone,  rassurent  leurs  confrères  en  établissant  le 
caractère  traditionnel  de  Vordo  antiquus  et  en  criti- 
quant le  manque  de  discrétion  des  nouveaux  réfor- 
mateurs. Ils  leur  reprochent  entre  autres  d'accorder 
trop  d'importance  à  Vordo  monasterii  qui  ne  peut,  à 
leur  avis,  avoir  été  composé  par  S.  Augustin  (Ch.  De- 
reine,  S.-Ruf  et  ses  coutumes  aux  xi"  et  Xii^  s.,  dans 
Revue  bénéd.,  lxix,  1949,  p.  167-75). 

Pendant  les  xii«  et  xiii"  s.,  le  temporel  de  l'abbaye 
ne  cessera  de  s'accroître  régulièrement  grâce  à  la 
générosité  des  évêques  de  Toul,  des  archevêques  de 
Besançon,  des  ducs  de  Lorraine  et  de  nombreux  par- 
ticuliers. Pour  assurer  une  bonne  administration, 
Séhère  fait  établir  un  censier.  Lui-même  et  ses  suc- 
cesseurs recourent  volontiers  à  l'autorité  pontificale 
pour  confirmer  les  biens  et  le  statut  de  l'abbaye.  Sui- 
vant l'exemple  de  Pascal  II,  Calixte  II,  Innocent  II, 
Eugène  III,  Adrien  IV,  Alexandre  III,  Grégoire  VIII 
et  Honorius  III  accordent  leur  protection  aux  cha- 
noines. Parmi  les  biens  nommés  dans  les  bulles  pon- 
tificales figurent  bon  nombre  d'églises  ou  de  chapelles. 
Outre  Chaumouzey  donné  à  l'origine,  on  trouve  la 
paroisse  de  Dompierre,  la  chapelle  de  Dommartin  et 
Orquevaux  (1115),  Ambacourt  (1116),  Marast  (1123), 
Dombasle  (1127),  Meuil-en-Saintois  (1129),  la  chapelle 
de  Pierrefltte  (1132),  Fleury,  Chesnois  et  Frocourt 
(1147),  Montjustin  et  la  chapelle  d'Ainecourt  (1150), 
BoufTromont  et  Tilleux  (1197),  Clerjoux  (1198)  et 
Vouxey  (1229).  Plusieurs  de  ces  églises  sont  retirées 
des  mains  des  laïcs  qui  les  détenaient  injustement  et 
sont  données  ad  suslentationem  paupertatis.  Rien  ne 
prouve  que  les  chanoines  de  Chaumouzey  les  aient 
desservies  eux-mêmes  durant  cette  période.  Le  statut 
fixé  par  l'évéque  Riquin  en  1115  pour  Chaumouzey 
est  étendu  aux  acquisitions  ultérieures  :  les  églises 
sont  libérées  de  tous  les  droits  dus  à  l'évéque,  au  doyen 
et  à  l'archidiacre,  sauf  le  denier  synodal;  le  vicaire 
est  investi  de  l'autel  par  l'abbé,  mais  répond  devant 
l'évéque  de  la  cura  animarum;  l'archidiacre  exerce 
l'action  synodale  et  un  cens  récognitif  est  dû  pour 


599 


CHAUMOUZE Y 


—  CHAUNY 


600 


chaque  donation  (Cartulaire,  p.  10  sq.  ;  Wiederhold,  i, 
27,  47,  72). 

Ces  documents  permettent  encore  de  déterminer 
quelques  points  importants  du  statut  canonique  de 
l'abbaye.  Dès  1102,  Pascal  II  reconnaît  aux  chanoines 
la  liberté  dans  les  élections;  seule  l'intervention  de 
spiriluales  uiri  est  prévue.  En  1123,  Calixte  II  con- 
firme la  stabilité  des  membres  en  interdisant  tout 
départ  qui  n'est  pas  autorisé,  même  arctioris  uitae  aut 
lerosolimitanae  peregrinalionis  obtentu.  Toutefois, 
suivant  l'évolution  générale  du  droit  canonique,  le 
libre  passage  ad  uitam  arcliorem  est  prévu  dans  la 
bulle  accordée  en  1198  par  Grégoire  VIII.  Enfm,  en 
1221,  à  la  demande  de  l'abbé,  Honorius  III  interdit 
la  réception  à  Chaumouzey  de  moines  bénédictins  et 
cisterciens  ou  de  prémontrés.  La  liberté  accordée  aux 
églises  suscite  quelques  difïicultés  de  la  part  des  archi- 
diacres. Toutefois,  en  1193,  Gérard  reconnaît  l'im- 
munité dont  jouissent  les  chanoines  sur  ce  point. 
Grands  bienfaiteurs  de  l'abbaye,  les  évêques  de  Toul, 
tout  en  reconnaissant  aux  chanoines  une  grande 
liberté,  avaient  maintenu  leurs  droits  essentiels.  Au 
début  du  xiii'=  s.,  les  abbés  semblent  avoir  tenté 
d'acquérir  l'exemption.  Ils  entrent  en  conflit  avec  le 
pouvoir  épiscopal  et  sont  excommuniés.  En  1223 
Honorius  III  intervient  en  leur  faveur  et  affirme  que 
le  monastère  relève  directement  du  S. -Siège,  nullo 
medianie.  Trois  des  églises  données  par  les  laïcs, 
Marast,  Chenoix  et  Fleury,  deviennent  durant  cette 
période  des  prieurés  qui,  avec  Chaumouzey,  forment 
une  congrégation  dont  le  chapitre  général  constitue 
l'organisme  centralisateur.  Kn  1294  il  décide  que  les 
abbés  qui  négligent  les  statuts  se  verront  interdire 
l'accès  de  l'église  (Cartulaire,  Wiederhold,  ibid.). 

Les  xiv<^  et  xv»  s.  marquent  un  affaiblissement  de 
vitalité  pour  l'abbaye.  En  1312,  le  pape  doit  inter- 
venir pour  maintenir  l'autorité  de  l'abbé  combattue 
par  un  groupe  de  factieux  qui  prétendent  introduire 
le  pécule.  En  1354  Innocent  IV  place  lui-même  l'abbé 
Liébaud  à  la  tête  de  la  communauté  et  se  réserve  le 
droit  de  nomination.  Malgré  cela  les  chanoines  élisent 
eux-mêmes  le  successeur,  Thierry,  en  13()2,  et  après 
enquête  Urbain  V  ratifie  cette  élection  et  confirme 
toutes  les  immunités  de  l'abbaye.  Le  problème  de 
l'exemption  est  encore  soulevé  vers  14.50  et.  sur  l'ordre 
de  Nicolas  V,  Ferry,  chantre  de  S.-Dié,  mène  une 
enquête  qui  aboutit  à  la  confirmation  des  privilèges. 

Au  cours  du  xvi«  s.  la  commende  est  introduite. 
Toutefois,  en  1586,  une  recrue  de  choix,  P.  Fourier, 
entre  à  l'abbaye,  est  ordonné  prêtre  et  avec  lui,  l'es- 
prit de  réforme  gagne  progressivement  :  en  1595 
Clément  VIII  accorde  la  séparation  de  la  mense 
abbatiale,  mais  une  première  tentative  de  réforme 
conduite  par  le  cardinal  de  Lorraine  échoue.  En  1637 
une  requête  signée  par  huit  religieux  est  adressée  à 
l'abbé  pour  établir  une  union  avec  la  congrégation  des 
réformés  de  Pont-à-Mousson.  Elle  ne  sera  réalisée 
qu'en  1653.  Sous  l'abbatiat  d'Antoine  Dubourg  (1654- 
80),  la  situation  des  réguliers  est  encore  bien  précaire, 
mais  ils  réussissent  en  1699  à  élire  son  successeur, 
Jean  Legagneur,  et  pendant  un  demi-siècle  environ 
l'abbaye  connaît  un  nouvel  âge  d'or.  Le  rayonnement 
spirituel  va  de  pair  avec  la  restauration  matérielle; 
la  mense  conventuelle  est  estimée  à  40  000  francs 
barrois  et  les  bâtiments  nouveaux  sont  construits. 
Nicolas  Verlet  poursuit  la  réalisation  de  la  tâche  entre- 
prise par  son  prédécesseur  et  conclut  un  accord  avec 
l'évêque  de  Toul  au  sujet  des  neuf  églises  sur  lesquelles 
il  exerce  les  droits  de  patronage.  Sous  l'abbatiat  de 
François  Huguin,  général  de  l'ordre  (f  1738),  la  béa- 
tification de  P.  Fourier  constitue  une  approbation 
éclatante  du  mouvement  de  réforme.  Mais,  après  une 
vacance  de  trois  ans,  les  abbés  commendataires  re- 


prennent de  nouveau  la  direction  de  l'abbaye,  jus-^ 
qu'à  la  Révolution  française.  Évalués  à  50  000  livres, 
les  biens  sont  alors  vendus  au  citoyen  Haener  qui 
transforme  les  bâtiments  en  carrière.  La  dévastation 
est  presque  totale.  Il  ne  subsiste  qu'une  portion  du 
quartier  abbatial  et  des  caves.  Le  musée  départe- 
mental conserve  la  tombe  de  l'abbé  Guy  (t  1182),  des 
débris  de  chapiteaux  romans  et  des  statues  du  xv«  s. 

Liste  des  abbés  (d'après  A.  Philippe,  Inventaire  som- 
maire..., p.  VIII).  —  Séhère,  1091-1128.  —  Jocelin, 
1128-37.  —  Rory,  1140-60.  —  Viard,  1168.  —  Guy, 
1172-80.  —  Pierre,  1187.  —  Hugue,  1189.  —  Hum- 
bert,  1193-97.  —  Gui,  1204.  —  Guillaume,  1224-29. 

—  Hugue,  1230?  —  Séhère,  1235.  —  Guillaume  II, 
1243-57.  —  Renaud  de  Darnieulles,  1274-av.  1281.  — 
Oscelin,  1284.  —  Demenge,  1292-95.  —  Guillaume  III, 
1297.  —  Jean  de  la  Porte,  1308-13.  —  Ponce,  1317-45. 

—  Liébaud,  1354-56.  —  Thierri  de  Dompaire,  1363- 
78.  —  Thiébaut  de  Dompaire,  1394-1406.  —  Jean  de 
Buffignecourt,  1427.  —  Jean  de  la  Grand-Maison  de 
Parroie,  1452-56.  —  Guillaume  de  Vaulx,  1469.  — 
Philippe  de  Craincourt,  1487-1505.  —  Charles  de  Frais- 
nel,  1505-20.  —  Jean  de  Fraisnel,  1520-60.  —  Claude 
de  Fraisnel,  1560-66.  —  N.  de  Mercy  et  Nicolas  de 
Louppy?,  commendataires.  —  Gérard  du  Hautoy, 
1569-86.  —  François  Pasticier,  1586-1601.  —  Fran- 
çois II  Pasticier,  1601-54.  —  Antoine  du  Bourg,  1654- 
80.  —  Antoine  de  Lenoncourt,  1680-99.  —  Jean  le 
Gagneur,  1699-1714.  —  Nicolas  Verlet,  1714-26.  — 
Sigisbert  Verlet,  1726.  —  François  Huguin,  1726-38. 

—  Jean  de  Krakinski,  commendataire,  1741-58.  — 
Jean-Anaclet  de  Bassompierre,  1758-65.  —  Stanislas- 
Louis  de  Bassompierre,  1765-90. 

Archives  :  dép.  des  Vosges,  sér.  //  12-13;  cf.  A.  Phi- 
lippe, Inueiitaire  sommaire...,  sér.  //,  ii,  Ëpinal,  1930,  p.  16- 
54;  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Lorraine,  717,  fol.  228  sq.;  Metz, 
bibl.  municipale,  1174,  fol.  31-42.  —  Primordia  Calmosia- 
censia,  mss.  Metz  1219,  et  Épinal  202;  éd.  Martène,  Thé- 
saurus..., ni,  ]  161-98;  Calmet,  Hist.  de  Lorraine,  u,  90-109; 
P.  L.,  CLXii,  1120-52;  M.  G.  H.,  SS.,  xii,  32.5-46;  Duhamel, 
Documents  rares  ou  inédits  relatifs  à  l'tiist.  des  Vosges,  ii, 
18-90;  voir  les  corrections  proposées  par  Ch.-E.  Perrin, 
La  clironique  de  Cliaumouzey,  dans  Annuaire  de  la  fédération 
liist.  lorraine,  iv,  1931-32,  p.  26.5-80.  —  Censiers,  av.  1130 
et  1160,  éd.  Ch.-E.  Perrin,  Rechercties  sur  la  seigneurie 
rurale  en  Lorraine  d'après  plusieurs  censiers  {Pubt.  de  la 
[  faculté  des  lettres  de  l'univ.  de  Strasbourg,  fasc.  Lxxi),  Paris, 
I   1935,  p.  711-16,  et  commentaire,  ibid.,  374-404.  —  Cartu- 
1  laire,  éd.  Adnot,  dans  Duhamel,  Documents  rares...,  x,  1891, 
!  p.  1-300;  XI,  1898,  p.  307-42  (  =  Stein,  Cartulaires  français, 
917).  —  Documents  rares...,  i,  296  sq.,  liste  des  abbés, 
prieurs  et  chanoines;  m,  53  sq.,  acte  de  vente  de  Frocourt 
à  Morimond;  iv,  198  sq.,  droits  seigneuriaux  de  l'abbé 
I  sur  le  village  de  Chaumouzey;  vu,  .326  sq.,  ordination  de 
j  P.  Fourier.  —  Calmet,  Hist.  de  Lorraine,  passim.  —  Gall. 
j  clu-ist.,  xiii,  1419  sq.  —  Wiederhold,  Papsturkunden,  i, 
I  passim.  —  A.  Thévenot,  Notice  topogr.,  statistique  et  liist. 
■  sur  Chaumouzey,  dans  Annales  de  la  Soc.  d'émul.  des  Vosges, 
j   Lxv,  1889,  p.  1-112.  —  A.  Philippe,  Les  chartes-parties  des 
I  archives  départ,  des  Vosges,  dans  Bull,  philol.  et  hist.  du 
I  comité  des  travaux  hist.  et  scientifiques,  1921,  p.  153-209. 
j  —  Pour  plus  de  détails  bibliographiques,  Cottineau,  i,  747 
j  et  A.  Philippe,  Inventaire  sommaire,  p.  vu. 

Ch.  Dereine. 
CHAUNY  (Notre-Dame  de),  Calniacum,  puis 
S.- É loi- Fontaine,  S.  Eligii  Fons,  comm.  de  Commen- 
chon,  arr.  de  Laon  (Aisne),  dioc.  de  Noyon,  auj.  de 
Soissons,  sur  la  rive  droite  de  l'Oise.  L'ancienne  col- 
légiale Notre-Dame  de  Chauny,  fondée  probablement 
par  la  famille  de  Vermandois,  n'entre  dans  l'histoire 
qu'au  moment  où,  vers  1130,  les  chanoines  adoptent 
la  règle  de  S.  Augustin  et  s'affilient  à  la  congrégation 
d'Arrouaise,  dans  laquelle  ils  occupent  la  cinquième 
place.  Le  premier  abbé,  Baudouin,  abandonne  rapi- 
dement sa  communauté  pour  prendre  la  tête  de  la 
réforme  à  Notre-Dame  de  Chàtillon-sur-Seine,  au 


601 


CHAUNY 


CHAUVIGNÉ 


602 


diocèse  de  Langres,  d'où  il  revient  peu  après  pour 
occuper  le  siège  épiscopal  de  Noyon  (D.  H.  G.  E., 
VI,  1420). 

Dans  sa  première  ferveur  la  communauté  exerce 
une  certaine  attraction  sur  les  clercs  du  diocèse.  Tel 
par  ex.  Alulfe,  archidiacre  de  Noyon,  qui  succède  à 
Baudouin  vers  1135.  Désireux  d'assurer  plus  de  calme 
à  ses  religieux,  il  procède  au  transfert  de  l'abbaye 
en  un  lieu  appelé  S.-Éloi-Fontaine,  à  6  km.  de  la 
ville  (milieu  du  xii^  s.).  Pendant  quelque  temps  une 
partie  de  la  communauté  continue  à  assurer  le  service 
divin  à  Chauny,  mais  dans  la  suite  cette  église  devient 
une  simple  cure  desservie  par  un  religieux  (archives 
communales  de  Chauny,  G  G  21). 

Le  temporel  de  l'abbaye  se  développe  rapidement 
aux  xii«  et  XIII'  s.,  grâce  à  la  générosité  des  évêques 
de  Noyon  qui  donnent  onze  églises.  Les  comtes  de 
Flandre  et  de  Vermandois  imitent  leur  exemple,  de 
même  que  les  rois  de  France.  Par  le  fait  même  les 
chanoines  possèdent  des  droits  très  étendus  sur  la 
ville  de  Chauny,  entre  autres  sur  les  moulins,  le  cours 
de  l'Oise,  les  remparts  et  l'hôpital.  La  cloche  de  Notre- 
Dame  est  en  même  temps  celle  de  la  commune.  Un 
règlement  intervient  dès  1213  pour  fixer  l'utilisation 
des  moulins  par  les  habitants  mais,  malgré  cela,  la 
commune  entre  souvent  en  conflit  avec  l'abbaye  sur 
ce  point  comme  sur  beaucoup  d'autres  (archives  de 
Chauny,  DD  13-15;  BB  32-33).  Des  privilèges  accor- 
dés en  1139  par  Innocent  II,  en  1147  par  Eugène  III, 
en  1155  par  Adrien  IV  viennent  renforcer  la  position 
des  abbés,  qui  n'en  restent  pas  moins  soumis  assez 
étroitement  aux  évêques  de  Noyon,  comme  le  prou- 
vent le  serment  de  dépendance  prêté  en  1250  par 
l'abbé  Albéric  et  la  déposition  de  l'abbé  Baudouin  II 
par  l'évêque  Foucaud  en  1321  (Gall.  christ.,  ix,  1127). 

Vers  le  milieu  du  xni«  s.,  l'abbé  Albéric  procède  à 
l'installation  de  la  paroisse  de  Commenchon  sur  le 
territoire  de  l'abbaye  et  à  celle  d'une  chapellenie  dans 
l'hôpital  de  Chauny.  Au  xvii»  s.,  l'abbaye  se  débarras- 
sera de  cette  charge  au  prix  de  80  livres  payées  à  la 
ville  (archives  communales,  BB  15-16).  Le  consen- 
tement des  abbés  est  en  outre  requis  pour  l'installa- 
tion de  nouveaux  couvents  dans  la  ville.  Ce  fut  le  cas 
pour  la  communauté  des  frères  et  des  sœurs  de  l'hô- 
pital en  1390,  pour  le  monastère  de  Ste-Croix  en  1486 
et  pour  les  clarisses  en  1538. 

Aux  xiv«  et  xv«  s.,  l'abbaye  souffre  des  guerres 
continuelles.  La  communauté  doit  chercher  refuge  à 
Chauny  en  1472.  Dans  ces  conditions  la  discipline 
régulière  ne  se  maintient  que  difficilement.  La  com- 
niende  est  établie  en  1539,  mais  la  réforme  est  intro- 
duite en  1639  par  l'affiliation  à  la  Congrégation  de 
France. 

Liste  des  abbés  (d'après  le  Gall.  clirisl.,  ix,  1126-28). 
—  Baudouin,  1130-35.  —  Alulfe,  1135-61.  —  Renier, 
1162-85. —  Arnould,  1185-1200.  —  Simon,  1200-28.— 
Jean  I",  1233-48.  —  Albéric,  1259-60.  —  Barthélémy, 
1261-72.  —  Simon  II,  1274-76.  —  Thomas,  1279.  — 
Bauduin  II,  1296-1321.  —  Jean  Moyset,  1322-40.  — 
Hugues,  1349.  —  Viard,  1361-90.  —  Jacques  I",  1394- 
97.  —  Robert  Maillard,  1398-1420.  —  Simon  le  Bon, 
1422-28.  —  Pierre  Régnier,  1445-72.  Louis  le 
Noble,  coadjuteur,  1472.  —  Jean  de  Raillancourt, 
1472-77.  —  Jacques  d'Arson,  1477-90.  —  Jean  Cau- 
fourier,  1500-18.  -  Martin  Baucher,  1520-32.  ^ 
Charles  le  Poulchre,  commendataire,  av.  1539-65.  -  — 
Claude  Sublet  I",  1566-73.  —  Louis  Chiconneau,  1574- 
1620.  —  Claude  Sublet  II,  1620-30.  —  Pierre  Sublet, 
1630-58.  —  Eustache  Le  Secq,  1658-?.  —  Augustin 
Languet,  1662-70,  en  compétition  avec  Bernard  Mai- 
nard  de  Belle-Fontaine.  —  Michel  Poncet  de  la  Ri- 
vière, 1678-1723.  —  X.  de  Chevrières,  1729-37.  — 
Jean  de  Krasinski,  1738-58. 


Archives  :  dép.  de  l'Aisne,  série  H,  Inventaire  som- 
maire, éd.  J.  Souchon,  Laon,  1899;  Paris,  Bibl.  nat., 
coll.  Picardie,  193,  toi.  164  et  232,  loi.  60;  archives  commu- 
nales de  la  ville  de  Chauny,  Inventaire  sommaire,  éd.  J. 
Souchon,  Laon,  1926,  passim.  —  J.  Ramackers,  Papstur- 
tcunden  Frankreictis,  iv,  Picardie,  p.  43,  45.  —  Gallia  christ., 
IX,  1125-28.  —  M.  Gosse,  Hist.  de  l'abbaye  d'Arrouaise, 
Lille,  1786,  p.  .39  sq.  —  Pour  plus  de  détails,  voir  Cotti- 
neau,  i,  748. 

Ch.  Dereine. 
CHAURAND  (Honoré),  jésuite  français  (1615- 
97).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2350-51. 

1.  CHAUVIGNÉ  (Christophe  de),  évêque  de 
S.-Pol-de-Léon  au  xvi«  s.,  naquit  vers  1475  au  manoir 
de  Boisfrout,  près  de  Lassay  (Mayenne,  arr.  de 
Mayenne).  Par  son  père  René  de  Chauvigné  et  sa 
mère  Antoinette  de  Scépeaux,  -ses  origines  étaient 
toutes  mancelles  et  angevines;  la  terre  de  Chauvigné 
est  près  de  Craon.  D'abord  curé  de  Thorigné  dans  le 
Haut-Maine,  au  moins  jusqu'en  1516,  il  avança  par  la 
faveur  du  cardinal  Philippe  de  Luxembourg,  évêque 
du  Mans,  qui  le  créa  chanoine  et  dont  il  fut  en  1519 
un  des  exécuteurs  testamentaires,  chargé  spéciale- 
ment de  la  fondation  du  collège  du  Mans  à  Paris. 

Nommé  évêque  de  Léon  le  3  juin  1521,  il  prêta 
serment  au  roi  le  11  nov.  suivant.  Bien  que  n'ayant 
jamais  cessé  de  s'intéresser  à  son  pays  d'origine,  où 
il  devint  en  1529  archidiacre  de  Montfort,  il  résida 
assez  régulièrement  dans  son  diocèse  où  il  séjournait 
volontiers  au  manoir  de  Goatanescop  («  bois  de  l'évê- 
que »)  en  Guimiliau.  En  1539  le  roi  le  gratifia  en  com- 
mende  de  l'abbaye  cistercienne  de  Boquen,  en  Plenée- 
Jugon  (Côtes-du-Nord,  arr.  de  Dinan,  cant.  de  Jugon). 
Il  promulgua  des  statuts  pour  le  chapitre  de  S.-Pol 
le  24  août  1531  et  aida,  semble-t-il,  après  1535,  au 
développement  de  la  ville  et  du  port  de  Roscofî.  Il 
se  heurta  à  de  grosses  difficultés  pour  obtenir  de  son 
clergé  les  doubles  décimes  réclamés  par  le  roi  en  1544 
et  ne  dut  qu'au  mauvais  état  de  sa  santé  (il  était 
atteint  de  gravelle)  de  ne  pas  être  incarcéré  au  château 
de  Nantes  jusqu'à  complet  paiement. 

En  1554  il  se  démit  de  son  évêché  et  de  son  archi- 
diaconé  de  Montfort  et  se  retira  à  Septforges  (Orne, 
arr.  de  Domfront),  au  manoir  de  Cheviers,  sur  les 
bords  de  la  Mayenne.  Le  clocher  de  l'église  paroissiale 
de  Septforges,  témoin  de  sa  munificence,  rappelle  un 
peu  les  clochers  bretons.  Christophe  de  Chauvigné 
dut  mourir  peu  après  1555. 

Albert  le  Grand,  Les  Vies  des  saints  de  la  Bretagne  armo- 
rique,  éd.  de  1901  (catalogue  chronologique).  —  Marquis  de 
Beauchesne,  Ctvistoptie  et  Roland  de  Chauvigné,  évêques  de 
S.-Pol-de-Léon,  dans  Association  bretonne,  congrès  de  1911, 
p.  97-120. 

H.  Waquet. 

2.  CHAUVIGNÉ  (Roland  de),  évêque  de 
S.-Pol-de-Léon,  second  fils  de  François  de  Chauvigné 
et  d'Antoinette  de  Prunelé,  n'avait  que  vingt-deux  ans 
et  n'était  pas  engagé  dans  les  ordres  quand  il  se  vit, 
le  6  avr.  1554,  nommer  administrateur  de  l'évêché  que 
venait  d'abandonner  son  oncle.  Il  fit  acte  d'évêque 
au  moins  jusqu'au  25  nov.  1563.  Son  frère  aîné  étant 
mort  sans  enfant,  Roland  se  maria  en  1564.  Sa  femme, 
Françoise  Lesné,  était  nièce  de  Bertrand  de  Lesné, 
seigneur  de  Torchamp,  huguenot  farouche.  Son  propre 
frère  Claude  de  Chauvigné  combattit  dans  les  rangs 
protestants.  On  ignore  quelle  fut  l'attitude  définitive 
de  Roland  dans  la  guerre  civile. 

Il  était  né  le  5  mai  1532,  au  manoir  de  Fontenailles, 
près  d'Écommoy  (Sarthe,  arr.  du  Mans,  chef-lieu  de 
cant.);  il  mourut  en  1572,  étant  déjà  veuf  et  laissant 
deux  filles  de  l'éducation  de.squelles  Catherine  de 
Médicis  se  chargea. 

Voir  les  ouvrages  indiqués  dans  la  notice  précédente, 

H.  Waquet. 


603 


CHAUVIN 


—  CHELLES 


604 


CHAUVIN  (Constantin),  1859-1930,'  évêque 
d'Évreux,  né  à  Cossé-le-Vivier  (Mayenne),  le  15  sept. 
1859,  professeur  d'Écriture  sainte  au  séminaire  de 
Laval,  supérieur  du  petit  séminaire  en  oct.  1897, 
membre  de  la  Commission  biblique  en  1903,  vicaire 
général  en  1 907,  fut  promu  à  l'épiscopat  le  30  juinl 920. 
On  a  dit  de  lui  que  c'était  un  champion  de  l'apostolat 
intellectuel,  «  s'intéressant  plus  aux  idées  qu'aux 
états  d'âme  et  aux  sentiments  »  et  qu'il  était  peu  sou- 
cieux de  l'élégance  de  la  forme.  Il  s'était  attaché  tout 
particulièrement  à  la  question  de  1'  «  inspiration  », 
qu'il  traita  en  thomiste.  Sa  thèse  est  longuement 
analysée  dans  l'article  Inspiration  du  D.  T.  C,  vu, 
2168.  Son  livre  sur  Le  procès  du  Christ  est  très  super- 
ficiel et  nettement  insuffisant  au  point  de  vue  juri- 
dique. Dans  l'affaire  de  L'Action  française,  il  prit  très 
nettement  position,  dès  le  début,  contre  les  rebelles. 
Il  est  mort  à  Vernon  le  17  mars  1930. 

Œuvres.  —  L'inspiration  des  Écritures,  Paris,  1896; 
Leçons  d'introduction  générale  aux  divines  Écritures, 
Paris,  1898;  Le  procès  du  Christ  et  L'enfance  du 
Christ,  coll.  Science  et  religion.  Son  livre  sur  l'inspira- 
tion ayant  soulevé  des  contradictions,  il  y  répondit 
dans  un  article  intitulé  Encore  l'inspiration  biblique, 
dans  La  science  catholique,  xiv,  1900,  p.  301-04. 

Luc  Verus,  I.' absolutisme  pontifical  d'après  Mgr  Chauvin, 
Paris,  1927;  Mgr  Chauvin  continue,  Paris,  1928.  —  Nicolas 
Fontaine,  S.-Siège,  Action  française  et  catlioliques  intégraux, 
Paris,  1928,  p.  55,  118.  —  Abbé  Desdouits,  Mgr  Chauvin, 
évêque  d'Évreux,  dans  Revue  catholique  de  Normandie,  1930, 
p.  129.  —  Portrait,  dans  L'almanach  catholique  français  pour 
1931,  p.  112  et  dans  La  Vie  catholique  du  22  mars  1930. 

C.  Laplatte. 

CHAVASSE  (Balthasar),  théologien  moraliste 
et  controversiste  de  la  Compagnie  de  Jésus  {\?>?>\- 
1634).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2351. 

CHAVIGNY  (Denis-François  de).  Voir  Bou- 

THILLIER  DE  ChAVIGNY,  X,  269-70. 

CHEFOO,  Tchéfou,  port  du  Shantung  (Chine 
septentrionale),  siège  du  vicariat  apostolique  du  Shan- 
tung oriental  depuis  1894;  appelé  vicariat  apostolique 
de  Chefoo,  le  3  déc.  1924;  élevé  au  rang  d'évêché 
suffragant  de  Tsinan,  le  11  avr.  1946.  Il  est  confié 
actuellement  aux  frères  mineurs  français.  Premier 
évêque  :  L.  Pr.  Durand,  O.  F.  M.,  1946. 

L  Van  Hee. 

CHÉHÉRY,  Caherium,  Chéri,  Cheery,  Caesarium, 
ancienne  abbaye  cistercienne,  comm.  de  Châtel-Ché- 
héry,  dioc.  de  Reims,  dép.  des  Ardennes.  La  seigneurie 
de  Chéhéry  appartenait  jadis  aux  chanoines  de  la 
métropole  de  Reims.  Ils  en  firent  don  à  Gauthier, 
abbé  de  La  Chalade,  pour  qu'y  soit  fondée  une  abbaye 
cistercienne,  en  1147.  Cependant,  en  1189,  l'abbaye 
fondatrice  consentit  à  passer  ses  droits  de  paternité 
à  l'abbaye  de  Trois-Fontaines.  Le  peu  de  documents 
qui  restent  sur  Chéhéry  ne  permet  guère  d'en  reconsti- 
tuer l'histoire. 

Série  incomplète  des  abbés  :  1.  Haimon,  1147-67.  — 
2.  Raoul,  1174.  —  3.  Hellin,  1181.  —  4.  Pierre  I", 
1187.  —  5.  Drogon.  —  6.  Guy,  1203.  —  7.  Pierre  II, 
1208-15.  —8.  R.  (Roland?),  1232.  —9.  Jacques,  1240. 

—  10.  Lambert,  1241-59.  —  11.  J.,  1270.  —  12.  Wer- 
ner,  1463.  —  13.  Adam  Lambin,  f  1546.  —  14.  Fran- 
çois Butor,  1554,  commendataire.  —  15.  Philippe  de 
Lénoncourt,  1554.  —  16.  Philippe  de  Marcilly,  1559. 

—  17.  X...  Roberval,  1623.  —  18.  Louis  de  Bassom- 
pierre,  év.  de  Saintes  en  1648,  f  1676.  —  19.  X... 
d'Escoubleau  de  Sourdis.  —  20.  Mathurin  Savari, 
év.  de  Séez,  1670,  t  1698.  —  21.  Jean  Danneri,  1698. 

—  22.  X.  de  la  Garlaie,  1734. 

Archives  :  l'inventaire  du  dépôt  départemental  des 
Ardennes,  publié  en  1888  par  Sénemaud,  signale  unique- 


ment, dans  le  supplément,  une  pièce  de  1787  et  un  plan.  — 
E.  Berger,  Les  registres  d'Innocent  IV,  n.  4135.  —  Cotti- 
neau,  753.  —  J.-L.  Jailliot,  Recherches  sur  l'abbaye  de 
Chéhéry,  Sedan,  1898.  • —  Janauschek,  Orig.  cislerc.  Vienne, 
1877,  p.  107.  —  Gall.  christ.,  ix,  309.  —  Manrique,  Ann. 
cisterc,  Lyon,  1642,  année  1147,  xix,  1,  6;  1148,  xvi,  11. 

—  G.  Robert,  Le  temporel  du  clergé  régulier  du  dioc.  de 
Reims  en  1384,  Reims,  1926  (aucun  document  sur  Chéhéry). 

—  Statula  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  de  Louvain, 
1933-41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 

1.  CHELIDONIUS,  évêque  de  BESANÇON, 

le  deuxième  de  la  liste  épiscopale.  Vers  444,  S.  Hilaire 
d'Arles  ayant  appris  que  l'ordination  de  Chelidonius 
avait  été  irrégulière,  réunit  un  concile,  probablement 
à  Besançon,  et  le  déposa.  Chelidonius  se  rendit  à  Rome 
auprès  de  S.  Léon,  qui  l'admit  à  sa  communion,  et 
après  enquête,  malgré  l'opposition  d'Hilaire,  le  réta- 
blit sur  son  siège. 

A.  S.,  mai,  ii,  31-32.  —  D.  H.  G.  E.,  viii,  1153.  —  Du- 
chesne,  i,  114-16;  m,  212-16.  —  Pagi,  Crit.  Ann.  Baronius, 
1689,  année  445,  8-9.  —  Tillemont,  xv,  72,  844-45. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHELIDONIUS,  Celedonius,  est  cité  par 
l'hiéronymien  comme  martyr  romain  du  29  sept.  En 
réalité,  il  s'agit  de  Chelidonius  du  3  mars,  à  CALLA- 

!  QURi  (Calahorra)  en  Espagne.  D'après  le  martyro- 
loge romain,  Chelidonius  est  compagnon  d'Emeterius 
(l'édition  publiée  sous  le  nom  de  Benoît  XV  les  appelle 
frères,  on  ne  sait  pourquoi).  Tous  deux  soldats  au 
camp  de  Léon  en  Galice,  ils  partirent  vers  295  pour 
Calahorra,  au  moment  de  la  persécution,  pour  y 
confesser  le  nom  du  Christ.  Ils  y  furent  exécutés.  Cet 
éloge  provient  de  F"lorus  qui  a  résumé  la  Passion 
(B.  H.  L.,  2533).  Les  seules  données  historiques  con- 
cernant les  saints  sont  fournies  par  Prudence  (Péristé- 
phanon,  1.  VIII)  et  Grégoire  de  Tours  (/n  gloria  mar- 
tyrum,  1.  XCII). 

A.  S.,  mars,  i,  228-34.  —  Mari.  Hier.,  éd.  Delehaye, 
123-24,  532-33.  —  Mort.  Rom.,  83-84.  —  D.  H.  G.  E.,  au 
mot  Calahorra,  ix,  269. 

R.  Van  Doren. 

CHELLES,  Calae,  Calense,  cant.  de  Lagny, 
arrond.  de  Meaux  (Seine-et-Marne),  à  19  km.  de  Paris, 
dioc.  de  Paris,  auj.  de  Meaux,  abbaye  de  moniales  bé- 
nédictines sous  le  titre  de  Notre-Dame,  Ste-Croix  et 
S.-Georges.  Établie  par  Ste  Bathilde  (f  680)  (supra,  vi, 
1321-22),  veuve  de  Clovis  II  (t  656),  dans  sa  villa  royale, 
l'abbaye  eut  pour  première  abbesse  Ste  Bertille 
'  (t  705  ou  706)  (supra,  viii,  1004),  qui  était  venue  de 
Jouarre  avec  un  groupe  de  moniales.  La  Vita  Clothildis 
(x«  s.)  affirme  que  Chelles  remonte  à  Ste  Clothilde 
elle-même;  mais  les  documents  contemporains  ne 
connaissent  pas  cette  donnée  que  Mabillon  et  d'autres 
après  lui  ont  reprise. 

Une  bulle  d'Innocent  III  place  le  monastère  sous 
la  juridiction  immédiate  du  S.-Siège.  Les  moniales  y 
furent  habituellement  fort  nombreuses  :  à  la  fin  du 
XYnii^  s.,  elles  étaient  encore  soixante.  Elles  portèrent 
l'habit  blanc  jusqu'en  1614,  date  où  elles  adoptèrent 
la  couleur  noire. 

Chelles  connut  plusieurs  réformes,  dont  la  plus 
célèbre  se  fit  sous  Jean  Simon,  évêque  de  Paris  (1499), 
qui,  pour  repeupler  le  monastère  devenu  presque 
désert  et  fort  relâché,  appela  douze  moniales  de  F"on- 
tevrault.  Il  établit  des  abbesses  temporaires,  dont  la 
première  fut  Jeanne  de  la  Rivière.  Sous  la  direction  de 
celle-ci  la  communauté  compta  80  membres;  ce  qui 
lui  permit  d'opérer  la  réforme  d'autres  abbayes  de 
femmes,  notamment  Montmartre  et  le  Val-de-Grâce. 
En  1513,  elle  remplaça  les  prêtres  séculiers  chargés  du 
ministère  spirituel  par  une  communauté  de  bénédic- 
tins qui  plus  tard  s'unit  à  la  réforme  de  S.-Maur.  A 
partir  de  1527  les  abbesses  furent  nommées  par  le  roi. 


605 


CHELLES 


-  CHELM 


606 


La  maison  fut  supprimée  en  1790.  —  Dans  l'église  on 
conservait  les  corps  de  Ste  Bertille  et  de  S.  Genès, 
évêque  de  Lyon.  Détruits  par  les  flammes  à  plusieurs 
reprises  (1220,  1399,  1599),  les  bâtiments  monastiques 
furent  chaque  fois  restaurés.  En  1793,  ils  furent  rasés. 

Liste  des  abbesses  :  Bertille,  f  5  nov.  702-04.  — 
Sigisla,  708.  —  Vilcoma,  f  724.  —  Ermengarde.  — 
Clémence.  —  Asceline  I".  —  Sibilla.  — •  Marsilia.  — 
(Sonichilde,  femme  de  Charles  Martel,  fut  enfermée  à 
Chelles,  mais  ne  semble  pas  avoir  été  abbesse  comme 
on  l'a  cru.]  —  Gisèle,  sœur  de  Charlemagne,  800,  810. 

—  Helvide,  mère  de  l'impératrice  Judith,  825,  835.  — 
Ermentrude,  femme  de  Charles  le  Chauve,  855,  t  oct. 
869.  —  Rothilde,  fille  de  Charles  le  Chauve,  922.  — 
Mathilde  I«,  1097,  t  1112.  —  Ameline  I«,  1127,  1137. 

—  Mathilde  U,  1156.  —  Helvide  II,  1156,  t  1177.  — 
Asceline  II,  t  1178.  —  Marie  I"  de  Duny,  1178,  tll90. 

—  Ameline  II,  1192,  t  1205.  — -  Marie  II  de  Néry, 
1206,  t  1208.  —  Mathilde  III  de  Berchère,  1208, 
t  1220.  —  Mathilde  IV  de  Corbeil,  1220,  f  1222.  — 
Florence,  1222,  1228.  —  Marguerite  I«  de  Néry, 
1230,  t  1231.  —  Pétronille  I«  de  Mareuil,  1231,  tl250. 

—  Mathilde  V  de  Nanteuil,  1250,  t  1274.  —  Il  y  eut 
ensuite  une  longue  vacance.  —  Adeline,  1280,  f  1311. 

—  Alice  I«  de  Clignet  d'Otis,  t  1317.  —  Marguerite  II 
de  Pacy,  1317,  t  1348.  —  Pétronille  II  de  Paroy, 
1348,  t  1354.  —  Adeline  II  de  Pacy,  1354,  t  1363.  — 
Jeanne  I"  de  Soissy,  t  1363.  —  Agnès  de  la  Queue, 
1363,  t  1"  mai  1368.  —  Jeanne  II  de  la  Forest,  1368, 
t  7  oct.  1379.  —  Jeanne  III  de  Roye,  24  nov.  1379, 
tl399.  —  Agnès  II  de  Neufville,  1399, 1414.  —  Alice  II 
de  Théozote  (de  Thorote),  1414,  1419.  —  Marie  II  de 
Cléry,  1420,  t  1429.  —  Élisabeth  de  Pollye,  1429, 
tl475.  —  Catherine  de  Lignières,  1475,  flO  nov.  1504. 

Abbesses  triennales  :  Jeanne  de  la  Rivière,  f  1507.  — 
Marie  I«  de  Reilhac,  1507-10,  f  16  août  1547.  — 
Marie  II  Cornu,  1510.  —  Catherine  de  Champrond, 
élue  et  morte  en  1518.  —  Barbe  de  Tallensac,  1518, 
t  1537.  —  Madeleine  de  Chelles,  1528,  1542.  —  Jac- 
queline d'Amignon,  1542. 

Abbesses  nommées  par  le  roi  :  Renée  de  Bourbon, 
1543,  -f  1583.  —  Marie  de  Lorraine,  1579,  f  27  janv. 
1627.  —  Marie-Henriette  de  Bourbon,  1627,  t  10  févr. 
1629.  —  Madeleine  de  la  Porte  de  la  Meilleraye, 
30  août  1629,  f  4  sept.  1671.  —  Guidona  Marguerite 
de  Cossé,  1671,  démissionna  en  1680.  —  Catherine  de 
Scorailles  de  Roussile,  6  août  1680,  t  6  avr.  1688.  — 
Guidona  Marguerite  de  Cossé  (pour  la  2«  fois),  tl3  juill. 
1707.  —  Agnès  de  Villars,  15  août  1707,  démissionna 
en  1719,  t  17  sept.  1723.  —  Adélaïde  d'Orléans, 
10  mai  1719,  démissionna  le  3  oct.  1734.  —  Anne  de 
Clermont  Gessan,  moniale  de  Chelles,  nommée  en 
1726  abbesse  de  Beaurepaire  (ordre  cistercien),  trans- 
férée à  Chelles,  1735. 

A.  S;  nov.,  m,  83-94.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes  et 
prieurés...,  i,  67.  —  BerthauU,  L'abbaye  de  Chelles,  O.  S.  B., 
dioc.  de  Paris  (657-1790),  Paris,  1889-94,  3  vol.  —  Cheva- 
lier, T.  B.,  679.  —  Cottineau,  753-54.  —  Dom  T.  Duplessis, 
Hist.  de  Meaux,  ii,  Paris,  1731,  n.  90,  403.  —  Dom  M.  Féli- 
bien,  Hist.  de  Paris,  Paris,  1725,  iv,  615;  v,  676.  —  Gall. 
christ.,  VII,  558.  — •  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  i,  vi.  —  C. 
Torchet,  Hist.  de  l'abbaye  royale  de  N.-D.  de  Chelles,  Paris, 
1889,  2  volumes. 

R.  Van  Doren. 

CHELM,  ville  de  Pologne,  dans  le  palatinat  de 
Lublin,  à  63  km.  à  l'est  de  cette  ville;  sur  le  croisement 
des  lignes  de  chemin  de  fer  Varsovie-Lublin-Rôwne  et 
Léopol-Brzeéé.  Chef-lieu  du  district  du  même  nom; 
29  100  hab.  en  1931.  Ancien  siège  d'un  diocèse  latin 
et  d'un  diocèse  gréco-ruthène. 

I.  Histoire  politique.  —  1»  La  province.  —  Les 
terres  sur  le  Bug  sont  habitées  par  les  Slaves  depuis 
les  temps  préhistoriques.  Elles  sont  mentionnées  pour 


la  première  fois  dans  la  chronique  de  Nestor,  à  l'année 
981,  où  Vladimir,  prince  ruthéno-varègue  de  Kiev, 
0  alla  contre  les  Polonais  et  prit  leurs  villes  de  Prze- 
mysl,  Czerwien,  et  autres  ».  Ces  terres  furent  reprises 
en  1018  par  Boleslas  I".  Elles  furent  l'objet  de  fré- 
quentes contestations  de  la  part  des  princes  ruthéno- 
varègues  de  Kiev,  jusqu'à  l'invasion  tatare  de  1241, 
qui  mit  fin  à  l'existence  de  cet  État.  Depuis  cette 
date  les  duchés  orientaux  de  la  Pologne,  fiefs  des 
princes  de  la  dynastie  de  Rurik,  oscillèrent  entre  les 
Tatares  et  les  Lithuaniens,  encore  païens  (qui  avec 
Olgierd  étaient  à  l'apogée  de  leur  puissance),  entre  la 
Hongrie  et  la  Pologne,  à  laquelle  ils  furent  définitive- 
ment réunis,  passant  par  héritage  du  dernier  descen- 
dant des  Rurikides  de  Halicz,  Georges  de  Masovie, 
à  Casimir  le  Grand.  La  terre  de  Chelm  ne  fut  plus 
contestée  à  la  Pologne,  même  à  l'époque  des  partages. 
Au  cours  du  xix»  s.,  après  une  brève  période  d'occu- 
pation autrichienne  (1795-1809),  elle  faisait  partie, 
d'abord  du  duché  de  Varsovie  (1809-1815),  puis  du 
«  royaume  de  Pologne  »,  donné  à  l'empereur  de  Russie 
en  1815  au  Congrès  de  Vienne,  et  occupé  depuis  1831 
par  les  troupes  russes,  qui  l'abandonnèrent  en  1915. 

Après  vingt  ans  de  vie  au  sein  de  la  Pologne  indé- 
pendante, ces  terres  furent  envahies  en  1939  par  les 
troupes  de  la  coalition  russo-allemande;  elles  restent 
actuellement  à  l'ouest  de  la  ligne  Curzon-Ribbentrop- 
Molotov,  sous  l'administration  du  «  gouvernement 
provisoire  »,  établi  en  1945  à  Varsovie. 

2°  La  ville.  —  Le  nom  de  «  Chelm  »  (en  polonais 
«  monceau,  cime,  cimier,  heaume  »;  racine  commune 
indo-européenne,  culmen)  provient  de  la  situation  de 
la  ville  sur  un  monticule  dans  la  plaine.  La  ville  n'est 
pas  mentionnée  chez  Nestor  parmi  celles  qui  furent 
conquises  en  981  par  Vladimir  de  Kiev  :  elle  n'était 
alors  qu'un  bourg  sans  importance.  On  peut  se  de- 
mander si  certaines  informations  relatives  au  diocèse 
gréco-ruthène  de  Chelm  (infra)  du  xi«  s.  ne  doivent 
pas  se  rapporter  plutôt  à  Kholm,  en  Novogrodie.  La 
ville  devint  importante  au  xixi«  s.  seulement,  après 
l'occupation  de  la  «  Kiovie  »  parles  Tatares,  quand  Da- 
niel de  Halicz  en  fit  une  place  forte  en  1233,  et  y  vint 
habiter,  sa  capitale  de  Halicz  ayant  été  dévastée  et 
incendiée  parles  Mongols.  Un  incendie  dévasta  la  ville 
en  1246;  le  roi  Daniel  ne  l'abandonna  pourtant  pas, 
y  mourut  et  y  fut  enterré  en  1266.  Chelm  souffrit 
beaucoup  au  cours  des  guerres  du  siècle  suivant,  jus- 
qu'à ce  que  Casimir  le  Grand  vint  en  héritier  pour  y 
établir  la  paix.  La  ville  obtint  les  droits  de  «  cité 
libre  »  sous  Ladislas  Jagellon,  avant  1430;  elle  devint 
en  1470,  sous  Casimir  Jagellon,  siège  d'une  castellanie. 
Les  castellans  de  Chelm  prenaient  place  dans  le  Sénat 
de  la  couronne  parmi  les  castellans  mineurs.  Un  nouvel 
incendie  est  signalé  en  1473.  Pourtant,  au  cours  des 
trois  siècles  suivants,  la  ville  florissait  comme  chef- 
lieu  de  la  castellanie  et  siège  d'un  évêché  latin,  donc 
résidence  ofïicielle  de  deux  sénateurs  du  royaume, 
avec  son  important  évêché  gréco-ruthène,  ses  nom- 
breux couvents  et  écoles,  et  un  commerce  suffisam- 
ment développé. 

Avec  les  partages  de  la  Pologne,  Chelm  cessa 
d'être  chef-lieu  de  la  castellanie.  La  citadelle  royale 
datant  du  roi  Daniel  ainsi  que  les  murs  de  la  ville, 
inspectés  encore  en  1780,  furent  détruits  au  xix«  s.; 
il  en  restait  dernièrement  deux  tours  de  garde, 
situées  en  dehors  des  anciens  remparts.  La  transla- 
tion de  l'évêché  latin  à  Lublin,  la  catastrophe  de 
l'évêché  ruthène  contribuèrent  à  la  décadence  de  la 
ville. 

Chelm  commença  à  se  dépeupler  au  xix"  s.,  n'ayant 
vers  1861  que  3  605  hab.,  dont  1  116  Polonais,  10  Rus- 
ses, et  2  481  Israélites  (Bartoszewicz).  A  partir  de  1900 
la  ville  reprit  ;  elle  eut  un  grand  essor  après  la  libération 


607 


CHELM 


608 


de  la  Pologne  en  1918,  dépassant  en  peu  d'années  le 
nombre  de  29  100  hab.  (recensement  de  1931). 

Liste  des  castellans  de  Chelm:  Mikolaj  Chrzastowski, 
1470.  —  Jan  Drohojowski,  1540.  —  Jan  Siennicki.  — 
Jedrzej  Bzicki,  1557.  —  Stanislaw  Zamoyski,  f  1572. 

—  Mikolaj  Lysakowski,  1576.  —  Jan  Zamoyski,  1613, 
t  1619.  —  Samuel  Koniecpolski,  1621.  —  Zbigniew 
Gorayski,  1649.  — •  Michal  Broniewski  Firley,  1650.  — 
Jan  Piaseczynski,  1670.  —  Stanislaw  Druzkiewicz, 
1690.  —  Wojciech  Oledzki,  f  1717.  —  Karol  Krasicki. 

—  Piotr  Miaczynski,  1734-36.  —  Jan  Krasicki,  1737, 
t  1751.  —  I.  Komorowski,  1757.  —  Stefan  Kunicki, 
1760-65.  —  Wojciech  Weglinski,  t  1785.  —  Wojciech 
Poletyllo,  1786-95  (?). 

II.  Histoire  religieuse.  —  1°  Le  diocèse  latin.  — 
On  rattache  ordinairement  les  origines  du  diocèse 
latin  de  Chelm  à  un  évêché  latin  qui  avait  existé,  au 
xiw  s.,  à  Lukow  (environ  100  km.  au  N.-O.  de  Chelm) 
pour  des  missions  dans  la  tribu  lithuanienne  des  Jad- 
vingues.  Nous  y  connaissons  l'évêque  Henri,  O.  P., 
nommé  par  le  légat  Albert  en  1248.  Boleslas  le  Pudi- 
que (1221-79)  installa  les  templiers  à  Lukow.  Une 
lettre  d'Innocent  IV,  datée  d'Avignon  le  13  juill.  1254, 
autorise  l'abbé  de  Mazzano  à  détacher  Lukow  du 
diocèse  de  Cracovie,  et  à  y  créer  un  évêché.  Il  semble 
que  l'évêque  Bartlomiej,  O.  F.  M.,  provenant  de 
Bohême,  fut  désigné  pour  cet  évêché  par  Alexandre  IV, 
le  1"  févr.  1257  (Eubel,  i,  314,  confond  Lukow  avec 
Luck,  Lucéorie). 

Il  y  a  une  lacune  de  cent  ans  entre  la  date  de  la 
nomination  de  Bartlomiej  à  l'évêché  de  Lukow  et 
l'apparition  du  premier  évêque  latin  de  Chelm.  En 
outre,  les  historiens  se  trouvent  souvent  devant  la 
difTiculté  d'établir  si  tel  évêque  ou  telle  institution 
ecclésiastique  de  cette  époque  se  rapportent  au  rite 
latin  ou  au  rite  gréco-ruthène.  Peut-être  cette  difTi- 
culté n'est-elle  que  le  résultat  d'une  certaine  confusion 
qui  aurait  régné  au  Moyen  Age  entre  les  divers  rites 
catholiques. 

Le  premier  évêque  latin  de  Chelm  serait  Tomasz, 
fils  de  Ninogniew,  de  Sienno,  O.  F.  M.,  auxiliaire  de 
Cracovie,  nommé  par  Innocent  VI  en  1358,  sacré  en 
1359,  mort  en  1383.  C'est  donc  de  cette  époque  que 
date  l'existence  parallèle  des  deux  évêchés  catholiques, 
latin  et  gréco-ruthène,  à  Chelm;  l'évêché  latin  n'est 
pourtant  solidement  établi  que  depuis  le  19  juill.  1417, 
par  l'acte  de  Ladislas  Jagellon,  qui  dota  l'évêché  en 
lui  attribuant  les  terres  de  Kumow,  Porokowice, 
Dobrnow,  Plitniki,  Zagaczyce,  Lyszcze,  Siedliska  et 
autres,  et  en  y  érigeant  un  chapitre  de  dix  chanoines. 
Jan  Zaborowski  de  Opatowice,  des  Frères  Prêcheurs, 
en  devint  l'évêque,  et  dès  lors  la  liste  des  succes- 
seurs est  certaine.  C'est  aussi  Zaborowski  qui  fut 
le  premier  des  évêques  de  Chelm  qui  entra  au  Sénat 
de  la  couronne  de  Pologne;  les  évêques  de  Chelm 
y  occupaient  le  dixième,  c.-à-d.  l'avant-dernier  des 
sièges  épiscopaux,  cédant  le  pas  à  l'évêque  de  Chelmno 
et  précédant  l'évêque  de  Kamieniec.  Jan  Zaborowski 
revendiqua,  d'ailleurs  sans  succès,  la  région  de  Lublin, 
proche  de  Chelm  mais  faisant  partie  du  diocèse  de 
Cracovie;  il  se  heurta  à  l'opposition  du  cardinal 
Olesnicki. 

Au  xve  s.,  les  évêques  de  Chelm  semblent  ne  pas 
avoir  encore  fixé  leur  résidence  :  nous  les  voyons 
siéger  à  Hrubieszow  (1473)  et  à  Krasnystaw  (1490). 
Au  XVI*  s.,  vingt  évêques  latins  se  succédèrent  à 
Chelm;  cette  série  de  pontificats  brefs  est  due  au  fait 
que  le  diocèse  était  un  des  plus  pauvres  de  Pologne, 
et  que  les  évêques  polonais  des  «  sièges  inférieurs  » 
passaient  volontiers  aux  «  sièges  supérieurs  »,  comme 
les  sénateurs  séculiers;  on  compte  ainsi  quatre  évêques 
de  Chelm  qui  arrivèrent  plus  tard  au  siège  primatial 
de  Gniezno  (Dzierzgowski,  Uchanski,  Przerebski,  Mac. 


Lubienski),  et  cinq  autres  qui  furent  évêques  de  Cra-  ^ 
covie    (Maciejowski,    Zebrzydowski,    Dabski,    Kaz.  fl 
Lubienski,  Turski).  Le  diocèse  latin  de  Chelm  comp- 
tait, vers  le  milieu  du  xyii^  s.,  83  églises  paroissiales. 
Fréquemment  le  S. -Siège,  en  raison  de  leur  pauvreté, 
autorisait  les  évêques  de  Chelm  à  cumuler  les  béné- 
fices. Ce  fait  contribuait  aussi  aux  multiples  change- 
ments d'évêques,  qui  continuèrent,  quoiqu'un  peu 
ralentis,  au  cours  des  xvii«  et  xviii*  s.  (26  évêques  en 
deux  cents  ans). 
!      En  1600,  le  grand  chancelier  Jan  Zamoyski  fonda 
I  une  académie  à  Zamosc,  dans  le  diocèse  de  Chelm; 
i  cette  école  n'atteignit  jamais  au  lustre  de  l'université 
;  de  Cracovie,  mais  elle  n'était  pas  privée  de  mérites 
dans  le  domaine  de  l'instruction,  surtout  de  celle  du 
clergé.  Un  collège  pour  les  ecclésiastiques  fut  fondé  à 
I  Zamosc  par  Catherine  Zamoyska. 
i      On  connaît  les  synodes  diocésains  de  Chelm  :  en 
1606,  sous  l'évêque  Zamoyski;  en  1624,  sous  Maciej 
Lubienski;  en  1694,  sous  Swiecicki;  en  1717,  sous 
Kazimierz  Szembek,  avec  la  participation  de  Jozef . 
Lewicki,  évêque  gréco-ruthène  de  Chelm  et  du  clergé 
des  deux  rites.  C'est  à  ce  synode  que  se  rattache  aussi 
la  fondation  du  séminaire  diocésain  à  Krasnystaw, 
j  qui  supplanta  bientôt  le  collège  de  Zamosc  pour 
l'instruction  du  clergé;  ce  séminaire,  transféré  d'abord 
à  Chelm,  puis  à  Lublin,  existe  toujours. 

Le  partage  de  la  Pologne  en  1772  divisa  aussi  le 
diocèse  de  Chelm.  La  Grande  Diète  s'occupa  d'une 
réorganisation  du  diocèse,  et  son  projet  fut  confirmé 
par  la  bulle  du  20  juill.  1790.  C'est  ainsi  que  la  terre 
de  Lublin  se  trouva  faire  partie  du  diocèse  de  Chelm, 
qui  prenait  le  nom  de  «  Chelm  et  Lublin  »,  pour  devenir, 
depuis  le  23  sept.  1805,  «  diocèse  de  Lublin  ».  C'est 
cette  date  qui-marque  la  fin  du  diocèse  latin  à  Chelm.  ' 

Les  évêques  de  rite  gréco-ruthène  restaient  seuls  à 
Chelm,  en  face  de  la  persécution  que  la  Russie  pour- 
suivait au  cours  du  xix«  siècle. 

Liste  des  évêques  latins  :  Tomasz,  flls  de  Ninogniew, 
de  Sienno,  élu  en  1358,  confirmé  par  Innocent  VI  en 
1359,  t  avant  1383  (coadjuteur  de  Cracovie).  —  Stefan, 
t  1417  (coadjuteur  de  Poznan).  —  Jan  Zaborowski 
■  de  Opatowice,  O.  P.,  1417-40.  —  Jan  Taranowski, 
I   1452-62.   —   Pawel   Grabowski,    1463-79.   —  Jan 
Kazimierski,  1484.  —  Jan  de  Targowisko,  1488.  — 
Maciej  de  Stara  Lomza,  t  1505.  —  Mikolaj  Koscie- 
!  lecki,  1506-18.  —  Jakub  (Jan?)  Buczacki,  1538.  — 
i  Sébastian  Branicki   (Korczak?),    1540.   —  Samuel 
:  Maciejowski,  1542.  —  Mikolaj  Dzierzgowski,  1543-45. 

—  Andrzej  Zebrzydowski,  1545.  —  Jan  Dziaduski, 
1546.  —  Jan  Drohojowski,  1550.  —  Jakub  Uchanski, 
1552-57.  — •  Jan  Przerebski,  1559.  —  Adam  Konarski, 

j  élu  en  1562.  —  Mikolaj  Wolski,  1565.  —  Wojciech 
Starozrebski,  1567.  —  Jan  Mlodziejowski,  élu  et  tl575. 

—  Jan  Zaborowski,  élu  et  f  1577.  —  Adam  Pil- 
chowski,  t  1585.  —  Stanislaw  Ossowski,  t  1586.  — 
Wawrzyniec  Goslicki,  1591.  —  Stanislaw  Gomolinski, 

j   1600.  —  Jerzy  Zamoyski,  1600,  f  1620.  —  Maciej 
Lubienski,  1626.  —  Remigiusz  Koniecpolski,  f  1640. 

—  Tomasz  Oborski,  élu  en  1640.  —  Pawel  Piasecki, 
1644.  —  Szymon  Koludzki,  élu  et  f  1644.  —  Stanislaw 
Pstrokonski,  f  1657.  —  Tomasz  Lezenski,  1667.  — 
Thomasz  Ujejski,  nommé  en  1667.  —  Jan  Rozycki, 
t  1669.  —  Krzysztof  Zegocki,  f  1673.  —  Stanislaw 
Dabski,  1676.  —  Stanislaw  Swiecicki,  t  1696.  — 
Mikolaj  Wyzycki,  t  1704.  —  Kazimierz  Lubienski, 
1711.  —  Teodor  Wolf,  élu  et  f  1712.  —  Jan-Krzysztof 
Szembek,  1718.  —  Aleksander  Fredro,  1719-24. 
Stanislaw- Jozef  Hozjusz,  élu  en  1732.  —  Jan-Feliks 
Szaniawski,  t  1733.  —  Jozef-Eustachy  Szembek,  1752. 

—  Walenty  Wezyk,  1753-64.  —  Feliks-Pawel  Turski. 
1770.  —  Antoni-Onufry  Okecki,  1781.  —  Jan-Alojzy 
Aleksandrowicz,  f  1781.  —  Maciej  Garnysz,  1781-90 


609 


C  H  E  L  M 


610 


(depuis  le  20  juill.  1790,  év.  «  de  Chelm  et  de  Lub- 
lin  »).  —  Wojciech  (Adalbertus)  Skarszewski,  év.  de 
Chelm  et  de  Lublin  depuis  1790,  «  de  Lublin  »  depuis  le 
23  sept.  1805  (suppression  du  dioc.  de  Chelm). 

2"  Le  diocèse  de  rite  gréco-ruthène.  —  Les  origines  de 
ce  diocèse  gréco-ruthène  remonteraient  d'après  une 
tradition  plutôt  incertaine  à  Vladimir  de  Kiev  qui, 
après  avoir  conquis  «  les  villes  de  Czcrwien  »  sur  la 
Pologne,  aurait  fondé  une  église  à  Chelm  en  1001.  La 
présence  de  Jean,  évêque  de  Chelm,  à  la  translation 
des  corps  des  princes  Boris  et  Hleb  est  notée  dans  les 
chroniques  ruthènes,  en  1072  (il  s'agit  peut-être  d'un 
évêque  de  Kholm,  près  de  Pskow  en  Novogrodie). 
D'après  la  chronique  Hypatienne,  Daniel  de  Halicz 
a  fondé  un  évêché  en  1223  à  Uhrovesk  (Uhrusk,  près 
de  Parczow),  dont  on  ne  connaît  qu'un  seul  évêque, 
loasaf.  Il  est  fort  probable  que  le  siège  du  diocèse  de 
Uhrovesk  a  été  transféré  à  Chelm,  résidence  du  roi 
Daniel,  donnant  ainsi  naissance  au  diocèse  du  même 
nom.  Ce  diocèse  se  rattache  peut-être  aux  missions 
dominicaines  des  «  frères  pèlerins  »;  avec  les  autres 
missions  en  Ruthénie,  elles  étaient  sous  le  patronat 
des  évêques  de  Lubusz,  et  c'est  probablement  de  cet 
évêché  qu'il  s'agit  dans  les  documents  de  Grégoire  XI 
de  1375  (publiés  dans  Theiner,  Mon.  Pol.  hist.,  i, 
675,  n.  13-14)  où  le  pape,  après  s'être  assuré  de  l'exis- 
tence des  évêchés  à  Halicz,  Chelm,  Vladimirie  et 
Przemysl,  les  détache  du  patronat  de  l'évêque  de 
Lubusz,  en  constituant  l'archevêché  de  Halicz. 

Il  semble,  vu  la  fondation  du  roi  Daniel  de  Galicie, 
dont  les  relations  avec  Rome  sont  bien  connues,  et  qui 
obtint  la  couronne  royale  du  pape,  que  le  diocèse  ait 
été,  dès  ses  débuts,  en  union  avec  Rome.  Il  n'en  est 
pas  moins  possible  que  certains  évêques  gréco-ru- 
thènes,  surtout  pendant  le  premier  siècle  après  la 
fondation  du  diocèse,  aient  cherché  à  établir  des 
liens  avec  les  métropolites  schismatiques  qui  de  Kiev 
passèrent  en  Moscovie,  après  la  débâcle  produite 
par  l'invasion  tatare;  mais  il  est  peu  probable  que  le 
schisme  ait  pu  s'établir  après  que  les  rois  de  Pologne 
eurent  le  diocèse  sous  leur  protection.  Grégoire  XI, 
en  1372  et  1375,  ne  semble  avoir  aucun  doute  sur  son 
caractère  catholique.  Du  reste,  la  liste  des  évêques  des 
xiv"=-xv«  s.  montre  leur  appartenance  aux  familles 
notoirement  catholiques  des  ducs  de  Holszany  (dont 
un  des  membres  devint  évêque  latin  de  Wilno),  de 
Kobryn,  de  Zbaraz,  dont  la  fidélité  envers  Rome  n'est 
point  douteuse.  Nous  savons  que  Georges,  évêque 
ruthène  de  Chelm,  qui  avait  obtenu  des  privilèges  de 
Ladislas  III,  était  fidèle  à  Rome.  Les  tendances  vers 
le  schisme,  dont  on  ne  saurait  ignorer  le  lien  idéal  avec 
les  courants  antiromains  de  la  Réforme,  apparaissent 
clairement  au  xvi«  s.  (in/ra);  c'est  aussi  vers  la  fin 
du  même  siècle  que  la  victoire  de  la  Contre-Réforme, 
dont  les  grands  jésuites  polonais  furent  les  artisans, 
coïncide  avec  l'acte  de  l'union  de  Brzeàé,  en  1596,  par 
lequel  les  évêques  de  rite  gréco-ruthène  en  Pologne, 
et  parmi  eux  aussi  l'évêque  gréco-ruthène  de  Chelm, 
Dionizy  Zbirujski,  appartenant  par  sa  famille  au  clan 
des  Kosciesza,  juraient  leur  soumission  à  l'Église  de 
Rome.  La  réaction  à  cet  acte  se  fit  à  peine  sentir 
parmi  un  groupe  de  moines  basiliens  du  monastère  de 
Jabloczno;  le  peuple  du  diocèse  resta  fidèlement 
attaché  à  l'union,  ainsi  que  le  clergé  et  les  évêques. 

Nous  notons  parmi  les  évêques  (v.  la  liste)  Athanase 
Pakosta  (1613-25),  qui  s'occupa  de  la  discipline  du 
clergé  et  tint  plusieurs  synodes;  Metody  Terlecki 
(1626-49),  qui  obtint  en  1641  une  décision  dans  l'af- 
faire des  dîmes  entre  le  clergé  gréco-ruthène  et  le 
clergé  latin;  Jakub  Susza  (1658-87),  auteur  distingué 
d'œuvres  polonaises  et  latines  (Finkiel,  n.  8  034,  3  603, 
13  960,  14  204,  14  224,  14  465,  26  336;  Cursus  uitae 
et  certamen  martyrii  B.  Josaphat  Kunceuicii  archiep. 

DicT.  d'hist.  et  de  gèoor.  ecclés. 


Poloc.,  éd.  récente,  Paris,  1865;  Relatio  de  ciuilate 
Chelmensi,  Zamosc,  s.  d.);  Maksymilian  Ryllo  (1759- 
85),  fondateur  du  séminaire. 

Ce  n'est  qu'au  xix«  s.,  après  les  partages  de  la 
Pologne,  que  les  efforts  de  la  Russie  pour  détacher  de 
Rome  les  diocèses  polonais  de  rite  gréco-ruthène  abou- 
tirent à  un  certain  résultat.  Il  y  fallut  pourtant  un 
demi-siècle  de  lutte  acharnée,  et  de  désorganisation 
systématique  de  la  hiérarchie  et  du  clergé  uniates. 

L'apostasie  des  évêques  gréco-ruthènes,  accomplie 
sous  l'influence  du  métropolite  Siemaszko,  le  12  févr. 

1839,  qui  mit  fin  à  l'existence  de  l'Église  catholique 
gréco-ruthène  dans  les  terres  annexées  par  la  Russie 
au  cours  des  partages  de  la  Pologne,  laissait  encore 
intact  le  diocèse  de  Chelm.  Cette  situation  s'explique 
par  le  fait  que  ce  diocèse,  bien  qu'il  fût  sous  la  domi- 
nation des  tsars,  n'appartenait  pas  à  l'Empire  russe, 
mais  au  «  royaume  de  Pologne  »  créé  par  le  Congrès  de 
Vienne.  Les  tsars  voulurent  au  début  y  régner  «  en 
monarques  constitutionnels  ». 

L'évêché  gréco-ruthène  de  Chelm  comptait,  à 
l'époque  de  la  création  du  «  royaume  »,  317  paroisses, 
avec  environ  400  prêtres,  227  673  fidèles,  5  couvents 
de  l'ordre  de  S. -Basile,  un  couvent  de  nonnes,  un 
séminaire.  L'évêque,  Mgr  Ferdynand  Ciechanowski, 
qui  de  1813  à  1815  connut  l'exil  et  fut  ensuite  séna- 
teur du  royaume,  mourut  le  15  juin  1828. 

Ses  successeurs,  Filip-Feliks  Szumborski  (1830-51), 
Jan  Teraszkiewicz  (1851-63),  Jan  Kalinski  (1863-66), 
eurent  à  supporter  une  lutte  acharnée  contre  le  gou- 
vernement russe,  qui  s'efforçait  de  détacher  les  fidèles 
de  l'Église  universelle,  et  de  soumettre  le  diocèse  à 
la  juridiction  du  S. -Synode  de  l'Église  russe  schisma- 
tique.  Pour  arriver  à  cette  fin,  le  gouvernement  suivait 
la  voie  déjà  battue  :  affaiblir  les  liens  entre  l'Église 
gréco-ruthène  et  l'Église  latine;  faire  disparaître  les 
différences  entre  le  rite  gréco-ruthène  et  le  rite  de 
Moscou;  après  quoi,  obtenir  la  soumission  de  l'évêque 
et  du  clergé  au  S.-Synode,  et  faire  en  sorte  que  le 
peuple,  suivant  ses  évêques  et  ses  prêtres,  devienne 
schismatique  sans  s'en  apercevoir.  La  première  partie 
de  ce  plan  était  présentée  sous  la  forme  de  «  dépolo- 
nisation  et  délatinisation  ».  L'évêque  Szumborski, 
après  la  victoire  russe  sur  l'insurrection  polonaise  de 
1830-31,  subissait  des  pressions  de  la  part  du  gouver- 
nement russe.  Il  essaya  de  s'opposer  à  l'introduction 
des  livres  et  des  usages  moscovites  dans  la  liturgie 
ruthène;  Nicolas  I",  à  son  passage  par  Varsovie  en 

1840,  invita  l'évêque  à  Pétersbourg,  où  il  renouvela 
personnellement  les  pressions  gouvernementales, 
comme  il  l'avait  déjà  fait,  avec  succès,  pour  le  métro- 
polite Siemaszko.  Mgr  Szumborski  ne  sut  pas  résister 
et  publia,  à  son  retour  à  Chelm,  une  lettre  ordonnant 
certaines  modifications  de  la  liturgie  dans  le  sens 
moscovite  (14-26  sept.  1841).  Grégoire  XVI,  dans  un 
bref  du  23  févr.  1842,  l'en  blâma,  et  l'évêque  révoqua, 
bien  qu'avec  retard,  ses  dispositions.  Il  dut  subir  des 
instances  continues,  et  il  y  eut  entre  lui  et  le  gouver- 
neur russe  de  la  province,  Albertov,  des  scènes  vio- 
lentes. Le  gouvernement,  s'il  ne  put  obtenir  de  l'évê- 
que l'unification  rituelle,  réussit  pourtant  à  introduire 
dans  l'administration  du  diocèse  des  prêtres  qui  lui 
étaient  dévoués. 

Mgr  Teraszkiewicz,  coadjuteur  de  Mgr  Szumborski, 
lui  succéda  de  droit  en  janv.  1851.  Il  céda  aux  volontés 
du  gouvernement,  qui  exigeait  de  lui  l'envoi  de  cer- 
tains de  ses  séminaristes  à  l'académie  de  théologie 
schismatique,  à  Moscou;  il  n'admit  pourtant  pas  de 
prêtre  schismatique  au  séminaire,  et  repoussa  avec 
constance  les  pressions  dans  le  sens  de  la  «  délatini- 
sation ».  Il  mourut  le  l^'  mars  1863. 

Mgr  Kalinski,  son  coadjuteur,  nommé  avec  droit 
de  succession,  ne  fut  pourtant  pas  admis  au  sacre 

H.  —  XII.  —  20  — 


611 


CHELM 


612 


par  Tcherkassky,  prince  russe  d'origine  mongole, 
athée,  directeur  des  affaires  ecclésiastiques  pour  le 
royaume  de  Pologne  (dans  Brockhaus-Efron  (en  russe), 
Lxxvi,  572-76).  Ce  prélat  refusa  de  bannir  la  langue 
polonaise  des  sermons  et  des  chants  dans  son  diocèse. 
Tcherkassky  fit  fermer  les  couvents  de  l'ordre  de  S.- 
Basile; il  essaya  de  créer  les  apparences  d'une  révolte 
du  clergé  paroissial  et  obtint  un  ukase  (18-30  juin 
1866),  qui  mettait  ce  dernier  à  la  merci  de  l'adminis- 
tration; enfin,  ayant  échoué  dans  la  tentative  d'in- 
troduire le  schisme  dans  le  séminaire,  il  fit  arrêter 
Mgr  Kalinski,  la  nuit  du  11  (23)  sept.  1866  et  l'en- 
voya à  Wiatka  (Vyatka),  aux  pieds  de  l'Oural  (où  se 
trouvait  déjà  Mgr  Krasinski,  évêque  de  Wilno). 
Mgr  Kalinski  y  fut  frappé  d'une  mort  subite,  le  19  oct. 
1866.  Dix  jours  après  sa  mort,  Pie  IX  fit  son  éloge 
dans  l'allocution  du  29  oct.  1866. 

La  violence  dont  Tcherkassky  usa  contre  l'in- 
flexible Kalinski  avait  pour  but  l'installation  d'un 
intrus.  Un  prêtre  révolté,  Jozef  Woycicki,  fut  intro- 
duit par  la  police  à  l'évêché  de  Chelm  la  nuit  même 
de  la  déportation  de  Mgr  Kalinski.  On  emprisonna  les 
prêtres  qui  protestèrent  contre  l'intrusion.  Pie  IX, 
dans  l'encyclique  du  17  oct.  1867,  déclara  l'intrus 
soumis  à  des  censures.  Il  resta  néanmoins  et  réussit  à 
introduire  des  professeurs  schismatiques  au  séminaire. 
Il  fit  tout  le  possible  pour  séparer  le  clergé  gréco- 
ruthène  du  clergé  latin  et  dénonça  les  prêtres  des  deux 
rites  qui  prenaient  part  à  des  offices  communs.  Il 
«  épura  »  l'église  cathédrale  de  tous  les  objets  «  latins  » 
(bancs,  confessionnaux,  ostensoirs,  clochettes),  et 
interdit  l'usage  de  la  langue  polonaise  dans  les  églises, 
ainsi  que  les  cantiques,  les  scapulaires,  le  rosaire.  Une 
circulaire  de  Woycicki  (8  oct.  1867)  permettait  aux 
autorités  laïques  de  faire  appliquer  ces  dispositions. 

Cette  circulaire  marquait  le  déclenchement  d'une 
lutte  entre  la  police,  bientôt  soutenue  par  les  troupes, 
et  les  fidèles,  qui  voyaient  dans  les  objets  interdits  le 
symbole  de  leur  union  à  l'Église  universelle.  Le  gou- 
verneur russe  Gromyko  ordonna  aux  cosaques  de  se 
livrer  à  des  «  dragonnades  »  dans  les  villages  résis- 
tants, et  le  sang  coula  abondamment  au  cours  de 
toute  une  année  (sept.  1867-sept.  1868).  Un  grand 
nombre  de  prêtres  furent  arrêtés. 

Un  relâchement  de  la  persécution  (peredichka)  eut 
lieu  à  l'automne  de  1868.  Le  gouvernement  russe 
consentait  à  éloigner  l'intrus,  et  admettait  un  évêque 
nommé  par  le  S. -Siège,  Mgr  Kuziemski.  Ce  dernier 
obtint  la  libération  de  certains  prêtres,  mais  fit  main- 
tenir les  «  réformes  puristes  »  de  Woycicki  (circulaire 
du  23  oct.  1868).  Confirmant  ainsi,  par  un  ordre  pro- 
venant de  lui,  évêque  légitime,  les  ordonnances  de 
l'intrus,  il  affaiblissait  la  résistance.  Le  gouvernement 
russe,  considérant  que  son  rôle  était  ainsi  fini,  le  priva 
de  son  diocèse  le  jeudi  saint  1871  et  le  renvoya  en 
Autriche.  On  l'obligea  encore,  au  moment  de  son  dé- 
part, à  remettre  l'administration  du  diocèse  au  prêtre 
Popiel,  dont  le  caractère  d'intrus  fut  ainsi  voilé.  Le 
relâchement,  qui  avait  duré  plus  de  deux  ans,  prenait 
fin. 

Le  nouvel  intrus,  Marceli  Popiel,  après  une  visite  à 
Pétersbourg,  s'était  décidé  pour  le  schisme.  Il  aug- 
menta le  nombre  des  prêtres  prêts  à  lui  obéir  en  fai- 
sant ordonner  n'importe  qui  par  un  évêque  schisma- 
tique  bulgare,  Sokolski.  Il  obtint  bientôt  la  constitu- 
tion d'un  groupe  organisé  de  «  prêtres  obéissants  ».  Le 
gouverneur  Gromyko  recommença  en  1871  les  arres- 
tations très  nombreuses  des  autres,  qu'on  appelait 
«  résistants  ».  Le  peuple  était  tout  entier  avec  eux. 
Après  une  nouvelle  visite  de  Popiel  à  Pétersbourg, 
en  1873,  l'empereur  confirma,  le  10  (22)  juin  1873, 
un  ukase  (pour  la  date  :  Likowski,  Dzieje  Kosciola  Unic- 
kiego,  ii,  207,  note)  qui  chargeait  les  autorités  admi- 


nistratives de  soutenir  les  obéissants  et  d'envoyer  en 
exil  les  résistants.  Le  19  oct.  1873,  Popiel  adressa  à 
tous  les  prêtres  une  circulaire  (datée  du  2  oct.)  exi- 
geant une  acceptation  par  écrit  du  rite  «  épuré  des 
erreurs  polonaises  et  latines  ».  La  police  fut  chargée 
de  recueillir  les  signatures,  et  d'envoyer  les  résistants 
à  Chelm,  où  ils  furent  arrêtés  et  emprisonnés.  Plu- 
sieurs (plus  de  cent)  s'enfuirent  en  Autriche.  La  résis- 
tance du  clergé  fut  ainsi  brisée.  Le  peuple  la  continua, 
en  refusant  d'admettre  dans  les  églises  les  prêtres 
obéissants  et  de  fréquenter  les  églises  où  ces  prêtres 
officiaient.  Gromyko  revint  aux  dragonnades,  qui 
furent  particulièrement  sanglantes,  en  1874,  à  Ro- 
zanka,  Dolgobrody,  Hama,  Kalembrod,  Rudno, 
Przegaliny,  Ossowa,  Koden,  Lomazy,  Rozsosz,  Wlo- 
dawa.  La  population,  pour  fuir  les  cosaques,  se  réfu- 
giait, malgré  l'hiver,  dans  les  forêts.  Le  13  mai  1874, 
Pie  IX  publiait  l'encyclique  Omnem  sotlicitudinem 
{Acta  PU  IX,  VI,  Rome,  1874,  p.  316-23),  dans  laquelle 
il  protestait  contre  les  persécutions  des  catholiques 
dans  le  diocèse  de  Chelm,  et  interdisait  l'usage  de  la 
«  liturgie  schismatique  »,  introduite  par  le  «  pseudo- 
administrateur  ».  Alexandre  II,  en  passant  peu  après 
par  Varsovie,  rejeta  nettement  une  pétition  qui  de- 
mandait la  liberté  religieuse  et  la  cessation  des  dra- 
gonnades (11  juin. -26  juin  1874),  ce  qui  ne  fit  qu'aug- 
menter le  zèle  des  persécuteurs  et  le  nombre  croissant 
des  victimes  pour  la  foi.  L'hiver  rendait  particulière- 
ment difficile  la  situation  de  la  population,  réfugiée 
dans  les  forêts.  La  résistance  ne  fut  pourtant  pas 
brisée.  Le  gouvernement  russe  ne  réussit  qu'à  créer 
une  fausse  apparence  de  soumission.  Certains  curés 
obéissants  (au  début  ceux  de  Koden  et  de  Wereszczyn) 
commencèrent  à  adresser  au  gouvernement  des  péti- 
tions, au  nom  de  leurs  paroisses,  pour  être  reçus,  avec 
leurs  ouailles,  dans  le  giron  de  l'Église  schismatique. 
Les  paroissiens,  terrorisés  et  désorientés,  n'osèrent 
pas  protester. 

Dès  le  commencement  de  1875,  les  dragonnades 
eurent  un  nouveau  but  :  il  ne  s'agissait  plus  de  con- 
naître quels  étaient  les  curés  obéissants,  mais  d'im- 
poser le  passage  explicite  au  schisme  (voir  Documents 
officiels  publiés  par  le  gouvernement  anglais.  Corres- 
pondance relative  au  traitement  des  membres  de 
l'Église  grecque-unie  en  Russie,  présentée  par  ordre 
de  S.  M.  à  la  Chambre  des  Communes,  le  5  mars  1877, 
Zurich,  1877).  On  envoya  plusieurs  centaines  de  laïcs 
résistants  en  Sibérie,  en  les  choisissant  parmi  ceux  qui 
constituaient  le  noyau  principal  de  l'opposition. 

Le  18  févr.  1875,  le  «  pseudo-administrateur  » 
Popiel  rassembla  le  clergé  de  la  cathédrale  et  du  con- 
sistoire de  Chelm,  et  fit  rédiger  un  acte  où  il  était  dit 
«  que  cent  vingt  paroisses  désiraient  s'unir  à  l'Église 
orthodoxe  [schismatique],  et  que  le  diocèse  deman- 
dait à  l'empereur  la  permission  de  faire  dorénavant 
partie  de  cette  Église  »  (texte  de  l'acte,  dans  Likowski, 
op.  cit.,  II,  240  sq.).  Cet  acte,  absolument  analogue  à 
l'acte  de  Polock  du  12  févr.  1839,  le  complétait,  et 
mettait  fin  à  l'existence  du  dernier  diocèse  catholique 
de  rite  gréco-ruthène  dans  les  terres  sur  lesquelles 
s'étendait  la  puissance  des  tsars. 

Popiel  se  rendit  à  Pétersbourg,  accompagné  d'une 
<i  délégation  »  choisie  par  lui.  Une  cérémonie  officielle 
eut  lieu  au  palais  d'Hiver,  le  25  mars  (6  avr.)  1875, 
où  Alexandre  II  déclara  la  réunion  du  diocèse  de 
Chelm  à  l'Église  orthodoxe  et  fit  publier  un  ukase  . 
du  Synode  à  ce  sujet  (11  mai  1875)  (texte  dans 
Likowski,  op.  cit.,  ii,  255).  Dans  cet  acte  le  Synode 
incorporait  le  diocèse  de  Chelm  au  diocèse  orthodoxe 
de  "Varsovie,  et  le  soumettait  à  l'évêque  orthodoxe  de 
cette  ville,  qui  prendrait  le  titre  d' «  évêque  de  Chelm 
et  de  Varsovie  »,  tandis  que  son  auxiliaire  résiderait 
à  Chelm,  avec  le  titre  d' «  évêque  de  Lublin  ».  Marceli 


613 


CHELM 


—  CHELMICKI 


614 


Popiel  obtint  ce  titre  et  fut  sacré  dans  le  schisme  à 
Pétersbourg.  Le  diocèse  gréco-ruthène  de  Chelm  cessa 
d'exister. 

Pourtant  des  250  000  catholiques  de  rite  gréco- 
ruthène  du  diocèse  de  Chelm,  150  000  au  moins  res- 
taient fidèles  à  Rome.  Ces  résistants  devaient  soufTrir 
pendant  plus  de  trente  ans  la  persécution.  Leur  parti- 
cipation aux  services  catholiques  latins  fut  déclarée 
passible  de  peines,  dans  une  ordonnance  du  18  févr. 
1875,  et  ces  peines  furent  sévèrement  appliquées, 
tant  aux  uniates  qu'aux  prêtres  latins  qui  leur  admi- 
nistraient les  sacrements.  Les  églises  latines  de  Koden, 
Lipsk,  Nieciecz,  Orchowek,  Rozsosz,  Pratulin,  furent 
fermées  pour  cette  rai.son,  et  beaucoup  de  prêtres 
latins  furent  emprisonnés  et  envoyés  en  Sibérie  «  pour 
avoir  administré  les  sacrements  aux  uniates  ». 

Considérés  comme  des  orthodoxes  schismatiques 
qui  refusaient  les  sacrements,  les  catholiques  gréco- 
ruthènes  étaient  exposés  à  des  difTicultés  sans  nombre  : 
entre  autres  d'abord  l'illégitimité  présumée  de  leurs 
mariages,  s'ils  n'étaient  pas  célébrés  dans  les  églises 
orthodoxes,  ainsi  que  la  bâtardise  de  leurs  enfants 
par-devant  les  autorités  administratives.  Ils  étaient 
sous  la  menace  constante  d'être  condamnés  pour 
cause  d'apostasie  de  la  foi  orthodoxe,  s'ils  recevaient 
les  sacrements  des  prêtres  latins. 

L'ukase  de  tolérance  de  Nicolas  II,  du  17  avr.  1905, 
mit  fin  à  cet  état  de  choses  :  tous  les  anciens  catho- 
liques de  rite  gréco-ruthène,  tous  les  «  uniates  »  dans 
les  terres  du  tsar,  restés  fidèles  à  l'Église  romaine, 
bien  qu'ils  fussent  considérés  comme  orthodoxes  par 
le  gouvernement  russe  depuis  1875  (et  pour  les  autres 
diocèses,  depuis  1839),  profitèrent  de  la  liberté  qui 
leur  fut  donnée  de  devenir  catholiques  de  rite  latin 
(le  rite  gréco-ruthène  restant  toujours  interdit).  Ils 
abandonnèrent  le  rite  pour  conserver  la  foi.  Le  nombre 
de  ceux  qui  se  sont  joints  à  l'Église  catholique  latine, 
dans  les  années  qui  suivirent  l'ukase,  serait,  selon  les 
statistiques  ofTicielles  russes,  de  300  000  environ.  La 
majeure  partie  étaient  du  diocèse  de  Chelm,  car  dans 
les  autres  diocèses,  abolis  en  1839,  la  persécution 
avait  sévi  au  cours  de  deux  générations,  faisant  plus 
de  ravages.  Ainsi  dans  la  région  de  Chelm  il  n'y  eut 
plus  de  catholiques  gréco-ruthènes  et,  quand  en  1918 
la  liberté  du  rite  gréco-ruthène  fut  rétablie  avec  le 
retour  des  autorités  polonaises,  il  n'y  avait  plus  de 
fidèles  de  ce  rite  pour  qui  l'ancien  diocèse  eût  pu  être 
rétabli  :  ni  le  concordat  du  10  févr.  1925  (A.  A.  Sedis, 
1925,  p.  273),  ni  la  bulle  Vixdum  Poloniae  unitas  du 
28  oct.  1925  (ibid.,  519)  n'en  font  plus  mention,  en 
confiant  à  des  évêques  latins  la  juridiction  sur  les 
fidèles  du  rite  oriental  qui  s'y  trouveraient  (concordat, 
art.  18). 

Notons  encore  ici  que  le  diocèse  orthodoxe  de  Chelm 
n'a  jamais  existé  :  il  y  eut  des  tendances,  dans  le  dio- 
cèse gréco-ruthène  de  Chelm,  de  rupture  avec  Rome, 
et  d'union  avec  l'Église  de  Moscou,  mais  elles  n'eurent 
jamais  de  suite,  ni  de  consistance.  Elles  furent  les  plus 
puissantes  à  l'époque  des  mouvements  protestants, 
vers  le  milieu  du  xvi«  s.  Certains  éléments  anti- 
romains,  parmi  le  clergé  gréco-ruthène,  qui  cher- 
chaient l'appui  de  Moscou,  se  concentrèrent  après 
l'acte  de  BrzeSé  en  1596  dans  le  monastère  de  l'ordre 
de  S. -Basile,  à  Jabloczno.  Les  rares  «  dissidents  »  qui 
restaient  hostiles  à  l'Église  romaine,  et  par  consé- 
quent au  diocèse  gréco-ruthène  de  Chelm,  relevaient, 
depuis  1650,  de  l'évêché  dissident  (schismatique)  de 
Kiev.  Comme  il  fut  dit  plus  haut,  l'ukase  qui  abolis- 
sait le  diocèse  gréco-ruthène  de  Chelm,  le  11  mai  1875, 
ne  créa  point  de  diocèse  orthodoxe  de  ce  nom,  mais 
se  borna  à  soumettre  l'administrateur  intrus  et  apos- 
tat, ainsi  que  le  clergé  et  les  fidèles  qui  le  suivaient, 
à  l'évêché  schismatique  de  Varsovie. 


Certains  évêques  schismatiques,  qui  apparaissent 
avec  le  titre  d'  «  évêque  de  Chelm  »  (tel  Isaia  Czer- 
kaski,  1620;  Sylwester  Kossow;  Dyonizy  Balaban, 
1650),  n'ont  jamais  exercé  leur  juridiction  sur  ce 
diocèse. 

Liste  des  évêques  gréco-ruthènes  :  Joan  (?),  1072.  — 
Cyryl,  1243.  —  Iwan,  1246-61.  —  Jan,  1331.  —  Nestor 
Algimuntowicz-Hoiszanski.  —  Sylwester  Kobrynski. 

—  Charyton,  1415-16.  —  Jerzy  (Grzegorz?),  1444-56. 

—  Aleksander  Zbaraski,  1504.  —  Filaret  Oblaznicki, 
1507-09.  —  Jonasz  Nalecz-Sosnowski,  1533-40.  — 
Michal  Sosnowski,  1543.  —  Bazyli  Baka,  1546-52.  — 
Teodozy  Lazowski,  1552-66.  —  Zachariasz,  1566?  — 
Leoncjusz  Pienkowski,  1585.  —  Dionizy  Zbirujski, 
1586-1604.  —  Arseniusz  Andrzejowski.  — ■  Atanazy 
Pakosta,  1613-25.  —  Teodor  Mileszkiewicz,  1626.  — 
Metody  Terlecki,  1626-49.  —  Jakub  Susza,  1658-87. 

—  Aleksander  Lodziata,  1691.  —  Gedeon  Woyna- 
Oranski,  1693.  —  Jozef  Lewicki,  1720.  —  Felicjan 
Wolodkowicz,  1730-56.  —  Maksymilian  Ryllo,  1759- 
85.  —  Porfiry   Skarbek-Wazynski,   1788-1804.  — 

:  Ferdynand  Ciechanowski,  1810-28.  —  Filip-Feliks 
,  Szumborski,  1830-51.  —  Jan  Teraszkiewicz,  1851-63. 

—  Jan  Kalinski,  1863-66  (non  consacré,  f  en  exil). 

—  Jozef  Woycicki,  1866-68  (administrateur  intrus). 

—  Michal  Kuziemski,  1868-71.  —  Marceli  Popiel 
(«  pseudo-administrateur  »),  1871-75. 

Finkiel,  Bibliografia  historyi  polskiej,  i-iii,  Lwow,  1891- 
1904,  au  mot  Chelm,  ainsi  qu'aux  noms  des  évêques  des 
deux  rites  et  des  castellans  de  Chelm  cités  plus  haut.  — 
Abraham,  Organizacja  Kosciola  lacinskiego  na  Rusi,  i, 
Lwow,  1905.  — •  .J.  Bartoszewicz,  Biskupstwo  Chelmskie 
lacinskie,  dans  Orgelbrandt,  Encgklopedia  Powszechna,  m, 
Varsovie,  1860,  p.  605;  Biskupslwo  Chelmskie  ruskie,  ibid., 
609.  —  Harasiewicz,  Annales  Ecclesiae  Ruthenicae,  Lwow, 
1863.  —  S.  Ketrzynski,  Chelmskie  biskupstwo  lacinskie, 
dans  Podreczna  encgklopedia  koscielna,  vi,  Varsovie,  1905, 
p.  14  sq.;  Chelmskie  biskupstwo  obrzadku  greckiego,  ibid., 
12.  —  E.  Likowski,  Dzieje  Kosciola  Unickiego...,  ii,  Var- 
sovie, 1906.  —  M.  Loret,  art.  Chelm,  dans  Treccani, 
Enciclopedia,  ix,  Rome,  1931,  p.  962.  —  M.  Piechowski, 
Cornucupiae  infulae  Chelmensis,  Zamosc,  1717.  —  B.  E. 
RoudakofF,  Kholmskaia  eparchia  (dioc.  de  Chelm),  dans 
Brockhaus  Efron,  Lxxiv,  S. -Pétersbourg,  1903,  p.  520.  — 
L.  Dymsza,  Kholmskg  wopros  (question  de  Chelm),  S.- 
Pétersbourg,  1910.  —  Archives  vaticanes,  Arch.  Nunz. 
Vars..  vol.  137,  146,  148,  149,  149  AA,  68-71,  89-92,  etc.; 
Nunz.  Pal.,  vol.  8,  70,  129,  344-iv,  391;  Add.  7,  12,  etc. 

X.  W.  Mevsztowicz. 
CHELMICKI  (Sigismond),  protonotaire  apos- 
tolique, écrivain,  orateur,  f  1922.  Originaire  de  vieille 
noblesse  de  la  province  polonaise  de  Masovie,  il  naquit  à 
1  Varsovie  en  1851.  Il  étudia  successivement  à  Chelmno, 
à  Plock  et  à  la  faculté  de  théologie  catholique  de  Miins- 
ter  en  Westphalie.  Rentré  en  Pologne,  il  devint  vicaire 
à  la  cathédrale  de  Plock,  puis  recteur  de  l'église  du 
S. -Esprit  à  Varsovie;  il  organisa  de  nombreuses  œu- 
vres d'assistance  et  se  distingua  par  ses  talents  ora- 
toires. Il  fonda  à  Zielonka,  près  de  Varsovie,  un  hos- 
pice pour  institutrices  en  retraite,  puis  coopéra  en  1882 
à  la  fondation  des  caisses  ouvrières.  Il  entreprit  un 
voyage  au  Brésil  pour  se  rendre  compte  personnelle- 
ment du  sort  des  émigrants  polonais  et  s'appliqua, 
après  son  retour,  à  améliorer  leur  condition  ou  à  aider 
bon  nombre  d'entre  eux  à  rentrer  dans  leur  pays.  Il 
publia  les  impressions  de  son  voyage,  Brazilii,  notatki 
z  podrozy  (Varsovie,  1892,  2  vol.).  Il  fut  chanoine  de 
Varsovie  (1903),  juge  suppléant  de  l'oflicialité  métro- 
politaine (1909),  prélat  du  chapitre  (1914)  et  proto- 
notaire apostolique  (1920).  Par  contre  il  refusa  de 
devenir  métropolitain  de  Mohylew  ou  archevêque  de 
Varsovie. 

Chelmicki  publia  une  collection  considérable  d'ou- 
vrages variés,  groupés  sous  le  nom  de  Bibliothèque 
d'ouvrages  chrétiens,  comptant  172  volumes;  à  côté 


615  CHELMICKI 

d'une  encyclopédie  catholique,  on  y  trouve  un  cer- 
tain nombre  de  traductions  d'oeuvres  importantes, 
telles  l'Hist.  ecclésiastique  de  Hergenrother,  l'Apolo- 
gétique de  Schanz,  ou  de  travaux  de  P.  Allard,  de 
P.  Batifïol,  de  E.  Hello...,  et  nombre  d'ouvrages  origi- 
naux polonais. 

Il  publia,  en  outre,  Nasi  nowi  biskupi,  ouvrage  sur 
l'épiscopat  polonais  (Varsovie,  1888),  Opowiadanie 
(Varsovie,  1897),  ainsi  que  de  nombreux  articles  dans 
la  Podreczna  encyklopedja  katolicka  et  deux  ouvrages 
d'exégèse. 

Il  fut  aussi  mêlé  à  la  politique.  Avant  la  guerre  de 
1914-18,  il  fit  partie  du  groupe  politique,  dit  réaliste, 
prônant  une  attitude  loyale  envers  le  gouvernement 
russe,  quitte  à  en  obtenir  le  respect  des  quelques 
libertés  restées  aux  Polonais  sujets  de  l'Empire  russe. 
Il  maintint  cette  attitude  après  la  déclaration  de 
guerre  en  1914.  Cependant,  après  l'occupation  de  la 
Pologne  russe  par  les  armées  allemandes,  il  se  décida 
à  prendre  une  part  active  dans  le  gouvernement  de 
l'État  polonais  restauré  par  l'acte  du  5  nov.  1916  de 
Guillaume  II  :  il  devint  en  fait  chancelier  du  Conseil 
de  régence  placé  à  la  tête  de  cet  État.  Au  lendemain 
de  l'armistice,  son  rôle  politique  prit  fin.  Il  se  confina 
dès  lors  dans  les  travaux  de  la  curie  métropolitaine  de 
Varsovie  et  mourut  le  3  juill.  1922. 

Wiadomosci  archidiecezjalne  warszawskie,  1922,  n.  8.  — 
A.  Szlagowski,  Mowg  narodowe,  Poznan,  1924.  —  Kurier 
Warszawski,  du  4  julU.  1922.  —  Z.  Ch.  Godlewski,  dans 
Polski  Slownik  biograftczny,  m,  Cracovie,  1937,  p.  277-78. 

J.  OSTROWSKI. 

CHELMNO,  Culma,  ville  de  Pologne,  au  palati- 
nat  de  Pomorze  (Poméranie),  située  sur  les  collines  de  la 
rive  gauche  de  la  Vistule,  d'où  le  nom  (chelm,  «  mon- 
ceau »).  12  800  habitants,  10  652  catholiques  (1938). 
Titre  d'un  diocèse  catholique  du  même  nom  (résidence 
de  l'évêque  :  Pelplin).  District  et  décanat  («  vicairie 
foraine  »). 

I.  Histoire  de  la  province.  —  La  terre  de  Chelmno 
proprement  dite  se  trouve  sur  la  rive  droite  de  la  Vis- 
tule, entre  les  fleuves  Ossa  au  Nord,  et  Drweca  au 
Sud;  elle  touche  à  la  région  lacustre  de  la  Prusse 
orientale,  où  ces  fleuves  ont  leur  source.  Elle  com- 
prend, à  part  la  ville  de  Chelmno,  les  villes  de  Gru- 
dziadz,  Wabrzezno,  Brodnica,  Chelmza  et  Torun. 
Elle  forme  la  partie  centrale  du  diocèse,  qui  occupe 
actuellement  un  territoire  beaucoup  plus  vaste  (v. 
carte).  Cette  région  entre  dans  l'histoire  avec  le  docu- 
ment de  Mieszko  I",  Dagome  iudex  (985-92),  étant 
comprise  dans  les  frontières  des  terres  de  ce  prince; 
elles  touchaient  ici  ad  fines  Bruzze,  «  aux  confins  de 
la  Prusse  ».  Dans  les  temps  préhistoriques,  autant 
que  les  fouilles  le  démontrent,  la  région  fut  habitée 
par  des  Slaves,  et  avant  eux  par  des  peuples  de  la 
civilisation  «  de  Lusace  ». 

La  Prusse,  pays  limitrophe  de  la  terre  de  Chelmno, 
appartenait  jusqu'au  xiii«  s.  aux  Borusses,  Pruthènes 
ou  Prussiens,  peuple  du  groupe  ethnique  letto-lithua- 
nien.  Après  le  baptême  de  la  Pologne,  les  Pruthènes 
devaient  rester  païens  encore  pendant  trois  siècles. 
Les  missions  chrétiennes  qui  y  allaient  de  Pologne 
finissaient  par  le  martyre  des  missionnaires  (S.  Adal- 
bert,  t  997;  S.  Brunon  (Boniface),  t  1009;  v.  ces  noms). 
La  défense  des  terres  polonaises  devant  les  incursions 
prussiennes  fut,  pour  les  rois  de  Pologne,  et  surtout 
pour  les  ducs  de  Masovie,  un  problème  constant  jus- 
qu'au XIII»  s.  La  terre  de  Chelmîio  avec  ses  nombreuses 
places  fortes  faisait  partie  du  duché  de  Masovie  et 
était  au  centre  du  système  de  défense  de  la  Pologne 
contre  les  invasions  des  barbares  de  la  Prusse. 

L'immense  puissance,  créée  par  Gengis-Khan  en 
Asie  centrale,  eut  une  part  décisive  dans  l'histoire  du 
pays.  La  défaite  que  les  Tatars  infligèrent  en  1224  sur 


-  CHELMN(^  616 

la  Kalka  aux  princes  Rurikides  du  florissant  État 
varégo-ruthène  de  Kiev  ouvrait  les  yeux  des  princes 
polonais  sur  le  nouveau  danger  qui  les  menaçait  du 
côté  oriental.  En  1226,  deux  ans  après  la  bataille  de 
Kalka,  Conrad  de  Masovie  faisait  venir  en  Pologne 
l'ordre  militaire  teutonique  de  Ste-Marie  de  Jérusa- 
lem qui,  après  s'être  retiré  de  Terre  sainte,  restait  à 
Venise,  avec  le  grand  maître  Herman  von  Salza,  sous 
la  protection  de  l'empereur  Frédéric  II  de  Hohen- 
staufen. 

Conrad  leur  donnait  en  fief  provisoire  la  terre  de 
Chelmno,  avec  l'obligation  de  défendre  les  chrétiens 
devant  les  invasions  des  Prussiens;  il  espérait  ainsi 
avoir  le  flanc  couvert  pour  l'heure  de  l'invasion  mon- 
gole, qui  ne  tarda  pas  (1240).  L'ordre  teutonique 
extermina  en  peu  d'années  les  Prussiens  et  établit  sa 
domination  sur  leurs  terres;  rien  ne  restait  de  ces 
anciennes  tribus,  sauf  le  nom  de  Prusse.  Les  terres  de 
la  Prusse  conquise  devinrent  domaine  de  l'ordre. 
Celui-ci  s'étendit  encore  sur  les  rivages  de  la  Baltique, 
après  s'être,  en  1237,  uni  avec  les  chevaliers  Porte- 
glaives  qui  dominaient  la  Livonie.  L'ordre  conquit 
aussi  bientôt  des  terres  appartenant  aux  ducs  de 
Poméranie,  avec  la  ville  de  Szczecin  (Stettin).  Les 
chevaliers  voulurent  se  libérer  de  la  souveraineté 
polonaise,  fondée  sur  la  donation  de  Conrad.  L'ordre 
lutta  contre  la  Pologne;  en  1410  il  fut  battu  à  Grûn- 
wald;  malgré  cela,  la  terre  de  Chelmno  ne  revint  défi- 
nitivement à  la  Pologne  que  par  le  deuxième  traité  de 
Torun,  en  1466.  En  cette  même  année,  Casimir  Jagel- 
lon  y  créa  un  palatinat  (qu'il  donna  à  Augustin  do 
Scheve);  il  renouvela  aussi,  avant  1476,  l'ancienne 
castellanie.  La  terre  de  Chelmno  tomba  encore  une 
fois,  au  xix«  s.,  sous  la  domination  étrangère,  à 
l'époque  des  partages  de  la  Pologne;  attribuée  par  le 
Congrès  de  Vienne  (1815)  à  la  Prusse,  la  province, 
revint  à  la  Pologne  par  le  traité  de  Versailles  (1919), 
Pendant  la  seconde  guerre  mondiale  elle  fut  ravagée 
par  une  invasion  hitlérienne  (1939-44). 

II.  Histoire  de  la  ville.  —  Chelmno,  selon  la 
tradition  historique,  aurait  déjà  existé  au  x=  s.  Elle 
fut,  en  1139,  le  siège  d'un  castellan.  En  1207,  Leszek 
le  Blanc  la  céda  à  son  frère,  Conrad,  duc  de  Masovie, 
qui  en  fit,  depuis  1226,  la  résidence  de  l'ordre  teuto- 
nique de  Ste-Marie  de  Jérusalem.  Au  cours  des 
invasions  des  païens,  prise  et  incendiée  plusieurs  fois 
aux  xii«  et  xiii«  s.,  elle  fut  reconstruite  en  1253.  Le 
siège  des  grands  maîtres  de  l'ordre  fut  transféré  en 
1309  à  Malborg  (Marienburg).  Chelmno  fit  partie  de 
la  Hanse,  se  gouvernant  selon  des  lois  propres  (lus 
Culmense).  Délivrée  de  l'oppression  de  l'ordre  teu- 
tonique en  1410,  elle  fut  reprise  par  les  chevaliers  en 
1457  et  revint  définitivement  à  la  Pologne  en  1466 
par  la  seconde  paix  de  Torun.  Dès  lors  elle  fut  le 
siège  d'un  palatinat  et  d'une  castellanie  du  même 
nom.  Alexandre  Jagellon  céda  ses  droits  sur  la  ville 
à  l'évêque  de  Chelmno  (1505).  La  ville  fut  prise  et 
incendiée  par  les  Suédois  en  1655.  Occupée  par  le  roi 
de  Prusse  en  1772,  elle  revint  en  1807  au  duché  de 
Varsovie.  Depuis  le  traité  de  Vienne  jusqu'à  la  pre- 
mière guerre  mondiale  elle  appartint  à  la  Prusse 
(1815-1918). 

La  ville  donna  son  nom  au  diocèse;  pourtant  depuisj 
1243  elle  n'en  est  pas  le  siège. 

Chelmno  comptait,  en  1928,  12  744  habitants. 
L'ancienne  cathédrale,  actuellement  église  parois- 
siale, datant  du  xiii«  s.,  est  gothique;  elle  est  dédiée  à 
l'Assomption  de  la  Ste  Vierge.  L'hôtel  de  ville  (xvi«  s.) 
et  les  remparts  (xiii«  s.)  sont  les  principaux  monu- 
ments de  la  ville. 

III.  L'ÉvÊcHÉ  de  Chelmno.  —  1"  Les  origines.  — 
La  terre  de  Chelmno  a-t-elle  appartenu,  depuis  les 
origines  du  christianisme  en   Pologne,  à  l'évôché 


617 


CHELMNO 


618 


fondé  en  966  par  Mieszko  l"  (ou  par  son  fils  Boleslas  I»' 
vers  l'an  1000)  à  Kolobrzeg  (plus  tard  Wolin  et 
Kamien)?  Appartenait-elle  au  diocèse  de  Plock?  Ou 
bien  faut-il  croire  Dlugosz,  qui  fait  remonter  les  ori- 
gines de  l'évêché  de  Chelmno  à  966,  en  faisant  déli- 
miter ce  diocèse  la  même  année  par  le  légat  Yves? 
Comme  pour  tous  les  autres  diocèses  de  l'archevêché 
de  Gniezno,  il  nous  dit  le  titre  de  l'église  cathédrale  : 
la  Ste-Croix,  et  le  nom  de  l'évêque  :  Octavianus;  il 
connaît  aussi  le  nom  de  l'évêque  de  Chelmno  en  1070  : 
Martin.  On  est  beaucoup  moins  enclin  de  nos  jours  à 
rejeter  le  témoignage  de  Dlugosz,  qu'on  ne  l'était 
vers  la  fin  du  siècle  dernier,  quand  l'école  de  la  critique 
allemande  dominait  pleinement.  Dlugosz  avait  certai- 
nement connu  des  documents  qui,  comme  tant  d'au- 
tres en  Pologne,  ont  disparu  depuis  lors  ;  la  question 
du  catalogue  des  évêques  de  Chelmno,  dont  on  re- 
trouve des  traces  chez  Nakielski  et  Miechovita  et  où 
serait  mentionné  un  Hippolyte,  Romain,  évêque  de 
Chelmno  en  1180,  mériterait  une  étude  plus  appro- 
fondie; de  même  la  bulle  Sacrosancta  d'Innocent  II, 
de  1133,  dont  on  a  mis  en  question  l'authenticité  et 
où  le  nom  de  l'évêché  Pomerana  est  cité  à  côté  de 
tous  les  évêchés  avoisinant  celui  de  Chelmno,  de 
sorte  qu'on  n'en  trouve  aucun  autre  à  qui  on  pour- 
rait l'attribuer.  Mais,  même  si  on  admettait  que  le 
diocèse  ait  existé  avant  1243,  il  est  certain  que  des 
interruptions,  dues  aux  invasions  païennes,  aux  xi» 
et  XII*  s.,  ont  eu  lieu.  Innocent  IV  confiait  à  son  légat 
Guillaume  de  Modène  la  tâche  de  délimiter  les  dio- 
cèses dans  les  terres  de  l'ordre  teutonique,  en  1243. 
L'étude  attentive  de  cet  acte  nous  laisse  perplexes 
quant  au  fond,  s'il  marque,  comme  on  l'a  cru,  la 
constitution  d'un  nouveau  diocèse  à  Chelmno.  Il  n'y 
a  évidemment  aucun  doute  sur  le  fait  que  les  limi- 
tes de  ce  diocèse  ont  été  alors  tracées  à  nouveau. 
Mais  les  textes  ne  nous  offrent  pas  de  données  assez 
sûres  pour  rejeter  complètement  la  thèse  tradition- 
nelle des  historiens  polonais  avant  le  xix«  s.  Selon 
cette  tradition,  Christian,  moine  cistercien  de  Lekno, 
aurait  été  évêque  de  Chelmno  depuis  1222,  par  nomi- 
nation de  Leszek,  prince  de  Pologne,  et  de  Conrad, 
duc  de  Masovie,  ce  qui  ne  serait  aucunement  en  con- 
tradiction avec  la  nomination,  antérieure  peut-être 
à  cette  date,  du  même  Christian  au  titre  d'évèque 
(«  missionnaire  »)  pour  la  Prusse  encore  païenne. 

Quoi  qu'il  en  soit  des  antécédents  du  diocèse  de 
Chelmno,  la  liste  incontestable  des  évêques,  selon 
Gams  et  Eubel,  commence  en  1243  par  Henri,  de 
l'ordre  des  Frères  Prêcheurs. 

2"  Le  siège  de  l'évêché  a-t-il  jamais  été  à  Chelmno? 
Ce  ne  pourrait  être  qu'avant  1243;  depuis  cette  date 
les  évêques  ont  eu  leur  siège  à  Chelmza  jusqu'à  1824, 
année  où  leur  résidence  fut  transférée  à  Pelplin,  qui 
est  encore  la  leur. 

3°  L'organisation  métropolitaine.  — •  Le  diocèse  ap- 
partint depuis  sa  création  à  l'archevêché  de  Gniezno. 
En  1255,  l'ordre  teutonique  obtint  la  sujétion  des 
évêques  de  Chelmno  à  l'archevêché  de  Riga,  créé 
depuis  peu;  après  une  longue  contestation,  l'évêché 
resta  définitivement  à  l'archevêché  de  Gniezno  par 
le  traité  de  Torun  de  1466  (celui  de  Riga  cessait 
d'exister  en  1566),  et  il  est  de  ce  ressort  actuellement. 

4"  Les  limites  du  diocèse,  qui  auraient  été  établies  au 
x«  s.  par  le  légat  Yves,  ne  sont  pas  connues;  depuis 
le  xiii«  s.,  elles  sont  identiques  à  celles  de  la  donation 
conradienne,  entre  la  Vistule,  la  Ossa  et  la  Drweca,  et 
restent  telles  jusqu'à  1601  ;  à  cette  date,  Clément  VIII 
adjoint  à  Chelmno  ce  qui  reste  du  diocèse  de  Pomé- 
sanie  :  l'autre  fragment,  qui  après  1466  était  demeuré 
à  l'ordre  teutonique,  était  passé  en  1525  au  protes- 
tantisme avec  l'évêque  Erhard  von  Quels.  Au  xix's., 
sous  la  domination  de  la  Prusse  (1821;  bulle  De  sa- 


lute  animarum),  l'évêché  s'étendit  sur  la  rive  gauche 
de  la  Vistule  :  la  ville  de  Dantzig  y  était  comprise, 
La  dernière  délimitation  fut  faite  en  1925  par  la 
bulle  Vixdum  Poloniae  unitas,  d'après  laquelle  le  dio- 
cèse est  compris  entre  la  mer,  les  frontières  que  la 
Pologne  avait  à  cette  époque  avec  le  Reich,  et  la 
ville  de  Dantzig;  au  Sud,  il  touche  à  l'archidiocèse  de 
Gniezno,  au  diocèse  de  Vladislavie  et  à  celui  de  Plock. 

Le  diocèse  s'étend  actuellement  sur  16  582  km''. 

5"  Les  évêques.  —  Nous  avons  déjà  signalé  les  infor- 
mations qui  existent  sur  les  évêques  de  Chelmno 
avant  1243,  et  nous  avons  vu  combien  elles  sont  frag- 
mentaires, à  cause  de  lacunes  dans  les  archives  du 
pays  ravagé  par  les  invasions.  Après  1243  et  jusqu'à 
1466  les  évêques  de  Chelmno  étaient  choisis  de  préfé- 
rence parmi  les  prêtres  membres  de  l'ordre  teuto- 
nique :  sur  19  évêques,  7  au  moins  (et  peut-être 
10)  y  étaient  affiliés;  il  y  eut  aussi  4  dominicains. 

L'évêque  Henryk  de  Chelmno  avait  couronné,  par 
ordre  d'Innocent  IV,  en  1253,  Mindove  (Mendog, 
Mindaugas),  roi  de  Lithuanie,  qui  s'était  converti. 
Cette  conversion  aurait  été  une  gloire  pour  l'ordre 
teutonique,  si  une  réaction  païenne,  provoquée  par 
l'oppression  de  la  part  des  chevaliers,  n'avait  bientôt 
eu  lieu  en  Lithuanie.  Il  fallut  attendre  encore  plus 
d'un  siècle  pour  que  le  pays,  dernier  refuge  du  paga- 
nisme en  Europe,  devînt  catholique,  grâce  à  Jagellon 
et  à  Hedvige  d'Anjou,  reine  de  Pologne.  Pourtant 
la  question  du  couronnement  du  grand-duc  Witold,  en 
1430,  fut  l'objet  d'une  correspondance  entre  Martin  V, 
Jagellon  et  Jan  Marcaenaro  (Margenau),  alors  évêque 
de  Chelmno. 

Le  plus  célèbre  des  évêques  de  l'époque  teutonique 
fut  incontestablement  Jan,  dit  Kropidlo,  «  le  gou- 
pillon »,  des  princes  de  Opole,  de  la  maison  des  Piast, 
élève  de  l'université  de  Bologne,  qui,  après  une  car- 
rière ecclésiastique  orageuse,  ayant  été  successive- 
ment évêque  de  Poznan,  de  Vladislavie,  promu  par 
Urbain  VI  au  siège  archiépiscopal  de  Gniezno,  qu'il 
ne  put  obtenir  à  cause  de  l'opposition  du  roi  et  du 
chapitre,  ensuite  évêque  de  Kamien,  puis  de  Chelmno, 
mourut  enfin  comme  évêque,  pour  la  seconde  fois,  de 
Vladislavie. 

L'évêque  Arnold  (1402-16)  célébra  un  synode. 

Depuis  le  retour  de  la  terre  de  Chelmno  à  la  Pologne 
en  1466,  les  évêques  de  Chelmno  prennent  le  neu- 
vième siège  au  Sénat  polonais;  après  l'entrée  au  Sénat 
des  évêques  lithuaniens  en  1569,  leur  siège  est  le 
douzième  :  ils  cèdent  le  pas  aux  évêques  de  Przemysl, 
et  passent  devant  ceux  de  Ghelm.  Cette  qualité  de 
sénateur  leur  reste  jusqu'à  1795.  Le  siège  sénatorial 
détermine  en  grande  partie  l'activité  des  évêques  qui 
dorénavant,  jusqu'au  xix«  s.,  s'occuperont  autant  des 
affaires  de  l'État  que  de  celles  du  diocèse. 

La  chancellerie  de  la  couronne  fut  souvent  confiée 
aux  évêques  de  Chelmno  :  Jedrzej  Leszczynski, 
Andrzej  Zaluski  furent  grands  chanceliers;  Piotr 
Tylicki,  Wawrzyniec  Gebicki,  Jedrzej  Olszowski, 
Jan  Malachowski,  Jan  Alten-Bokum,  vice-chanceliers. 
Parmi  eux,  Olszowski,  principal  auteur  des  élections 
royales  de  Michel  Korybut  et  de  Jean  III  Sobieski, 
est  peut-être  le  plus  remarquable;  il  fut,  depuis  1674, 
archevêque  de  Gniezno  et  primat  de  Pologne. 

Parmi  les  autres  évêques  qui  méritent  une  mention 
spéciale,  notons  ici  Jan  Dantyszek  (dit  Dantiscus, 
Linodesmon,  a  Curiis,  von  Hoeffen),  humaniste  et 
poète  latin  distingué  (1485-1548),  homme  d'État  et 
diplomate  au  service  de  Sigismond  de  Pologne, 
connu  à  toutes  les  cours  de  l'Europe,  surtout  à  celle 
de  Charles  V.  Il  fut  nommé  par  le  roi  et  pourvu  d'une 
provision  papale  pour  Chelmno  en  1530,  ordonné 
prêtre  et  sacré  en  1533,  nommé  au  diocèse  de  Warmie 
en  1538.  Il  fut  un  des  grands  adversaires  du  luthéra- 


619 


CHELMNO 


620 


nisme;  beaucoup  de  ses  poésies  sont  d'inspiration 
religieuse.  Stanislaw  Hoziusz  (Hosiusj  (1504-79), 
dont  Cracovie  et  Wilno  se  disputent  la  naissance  et 
qui  commença  aussi  sa  carrière  comme  secrétaire  du 
même  roi  Sigismond  I",  fut  un  des  grands  diplomates 
de  Sigismond  et  de  son  fils  Sigismond-Auguste;  il 
devint  cardinal  en  1561,  légat  président  du  concile  de 
Trente;  homme  de  grande  piété,  théologien  remar- 


Mgr  Okoniewski,  historien  distingué,  qui  mourut  en 
exil  au  cours  de  la  dernière  guerre,  en  1944.  L'évêque 
actuel,  Mgr  Kazimierz  Kowalski,  a  été  nommé  en  1946. 

6°  Le  chapitre  de  Chelmno  a-t-il  existé  avant  1251? 
L'acte  de  l'évêque  Henryk,  O.  P.,  du  22  juill.,  est-il 
une  fondation,  ou  une  rénovation  d'un  chapitre  plus 
ancien?  En  tout  cas,  depuis  cet  acte,  le  chapitre  sui- 
vait la  règle  des  chanoines  réguliers  de  S.  Augustin. 


CARTE  DU  DIOCÈSE 


WEJHEROWO 


KARTUZYt^' 


•  KOiCIERZYNA 


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>yt  chelmno' 


JRAOIYHI- 


FORDONir      '    1  iHELMZA  ^  *  , 

«4^::;^ierzgl6w  / 

TÎtRUlil 


AO       50  Km 


Fig.  107.  —  Diocèse  de  Chelmno.  Limites  des  décanats. 


quable,  un  des  vainqueurs  du  protestantisme  en  Po- 
logne; il  fut,  lui  aussi,  avant  de  devenir  évêque  de 
Warmie  en  1552,  évêque  de  Chelmno  pendant  deux 
ans.  —  Les  évêques  de  la  famille  des  Kostka  (Piotr, 
qui  gouverna  le  diocèse  de  1574  à  1595,  tint  un  synode 
en  1583,  donna  des  privilèges  à  la  Compagnie  de 
Jésus;  et  Mikolaj  Kostka,  qui  mourut  en  1600,  avant 
d'avoir  pris  possession  de  son  église)  sont  illustres 
par  leur  parenté  avec  S.  Stanislas. 

A  l'époque  des  partages  de  la  Pologne,  il  y  eut  à 
Chelmno  une  série  de  quatre  évêques  allemands  :  le 
premier,  Anastase  Sedlag,  fut  nommé  grâce  à  l'appui 
de  la  cour  de  Berlin  en  1834;  le  dernier,  Augustin 
Rosentretter,  le  fut  en  1899;  il  eut  pour  successeur 


En  1264,  réduit  à  vingt-quatre  membres,  il  prenait 
l'habit  et  la  règle  de  l'ordre  teutonique,  qu'il  aban- 
donna à  nouveau  à  la  paix  de  Torun  en  1466;  on  en 
trouve  trace  dans  les  armoiries  capitulaires,  qui  sont 
d'argent  à  la  roue  de  sable  à  quatre  rais  de  même  : 
c'est  très  probablement  une  transformation  de  la 
croix  des  chevaliers.  Les  statuts  du  chapitre  furent 
revus  et  confirmés  en  1599  et  1603.  Il  possédait  de 
nombreuses  terres,  qui  furent  confisquées  par  le 
gouvernement  prussien  à  l'époque  des  partages  de 
la  Pologne;  il  fut  réorganisé  par  la  bulle  De  salute 
animarum  du  16  juill.  1821;  il  compte  dix  chanoines  A 
effectifs.  La  résidence  fut  transférée  à  Pelplin  en  1824.  fl 
Les  chanoines,  j)ar  un  bref  du  21  févr.  1927,  portent  " 


621 


C  H  E  L  M  N  0 


622 


l'habit  des  prélats  romains.  Depuis  1641,  les  évêques 
auxiliaires  sont  élus  parmi  les  chanoines. 

7»  Les  synodes  diocésains,  s'ils  ont  été  célébrés  par 
les  évêques  de  Chelmno  avant  le  milieu  du  xiii«  s., 
n'ont  point  laissé  de  traces  que  nous  puissions  relever; 
nous  connaissons  par  contre  les  synodes  suivants  : 
1248,  à  Torun  (Simon  Grunau,  Preussische  Chronik, 
éd.  Perlbach,  Leipzig,  1875,  p.  214;  la  valeur  de  cette 
information  est  discutée);  —  sous  l'éyêque  Arnold  de 
Stapil,  1402-16;  —  sous  Jan  Marcaenaro,  1416-57  : 
12  janv.  1438,  (?);  —  1481,  déc,  sous  Stefan  de  Nid- 
bork;  —  1583,  12  oct.,  sous  Piotr  Kostka;  —  1605, 
21  juin,  sous  Wawrzyniec  Gebicki,  à  Chelmza;  — ■ 
1641,  12-13  juin,  sous  Kasper  Dzialynski;  —  1745, 
16-18  sept.,  sous  Andrzej-Stanislaw  Zaluski,  à  Lu- 
bawa;  —  1928,  27  aoùt-9  déc,  sous  Stanislaw  Oko- 
niewski,  à  Pelplin.  (Statuta  synodi  dioecesanae  Cul- 
mensis  Pelplini  ab...  episcopo  Stanislao  W.  Okoniewski 
habitae...  A.  D.  1928...,  Pelplin,  1929,  237  p.) 

8"  Le  séminaire.  —  Urbain  VI,  en  1386,  publiait 
une  bulle  autorisant  la  fondation  d'une  université  à 
Chelmno;  ce  projet  ne  fut  pourtant  jamais  mis  à  exé- 
cution, très  probablement  à  cause  de  l'opposition  des 
universités  de  Prague  et  de  Cracovie. 

Après  le  concile  de  Trente,  quand  des  séminaires 
pour  la  formation  du  clergé  furent  fondés  dans  beau- 
coup de  diocèses  de  Pologne,  il  y  eut  des  essais  pour 
eu  créer  un  au  diocèse  de  Chelmno.  L'évêque  Piotr 
Kostka  mourut  avant  de  réaliser  ses  desseins  à  ce 
sujet;  l'abbesse  bénédictine  de  Chelmno,  Malgorzata 
Morteska,  fonda  à  Torun  le  séminaire  qui  y  exista 
depuis  1618;  il  semble  que  c'est  le  même  institut  qui 
fut  transféré  en  1651  à  Chelmno,  ensuite  à  Chelmza, 
et,  après  les  désastres  causés  par  les  guerres,  restitué 
à  Chelmno  en  1680  par  l'évêque  Malachowski,  sous 
la  direction  des  missionnaires  de  S. -Vincent  de  Paul 
(lazaristes);  ce  séminaire  fut  transféré  en  1829  à 
Pelplin.  Bien  que  son  activité  eût  été  deux  fois  inter- 
rompue par  les  Allemands  (1876-87,  1939-44),  cet 
établissement  continue;  il  comptait  167  élèves  en 
1938,  et  39  en  1950.  —  Un  jjetit  séminaire  fut  fondé  en 
1836  par  Mgr  Sedlag,  et  réformé  en  1927  par  Mgr  Oko- 
niewski; il  comptait  240  élèves  en  1928  et  servait  de 
cours  préparatoire  au  grand  séminaire;  il  comprenait 
un  gymnase  et  un  lycée. 

90  Les  congrégations  et  les  ordres  religieux.  —  Nous 
avons  déjà  noté  l'ordre  des  chevaliers  teutoniques, 
ordo  Crucilerorum,  qui  eut  une  grande  part  dans  l'his- 
toire du  diocèse  de  Chelmno,  et  qui  en  fut  éloigné  en 
1466.  Citons  encore  les  frères  mineurs  (1239  à  Torun, 
1258  à  Chelmno,  1282  à  Nowe),  les  frères  prêcheurs 
(1228  à  Chelmno,  1263  à  Torun,  1284  à  Tczew),  les 
augustins  (1872  à  Swornegacie,  Chojnice),  les  cister- 
ciens (1253  à  Byszewa,  Koronowo,  Pogodki,  Pelplin), 
les  chartreux  (1381  à  Kartuzy),  les  chevaliers  de  Cala- 
trava  (1224  à  Tymawa),  les  bénédictines  (1311  à 
Torun),  les  cisterciennes  (1235  à  Zarnowiec),  les  nor- 
bértines  (1209  à  Zukow),  les  béguines,  etc.  La  Ré- 
forme au  xvi«  s.  fit  de  profonds  ravages  parmi  ces 
religieux,  surtout  parmi  ceux  chez  qui  l'influence  des 
(hevaliers  teutoniques  avait  introduit  des  Allemands. 
Les  jésuites  vinrent  à  Torun  assez  tard,  en  1596.  La 
dissolution  de  la  Compagnie  par  Clément  XIV,  le 
21  juill.  1773,  eut  lieu  juste  au  moment  où  la  région  de 
Chelmno  passait,  par  le  troisième  partage  de  la  Polo- 
gne, sous  la  domination  de  Frédéric  II  de  Prusse  qui, 
malgré  la  décision  pontificale,  maintint  les  maisons 
des  jésuites  à  Grudziadz  et  Chojnice. 

Une  congrégation  de  bénédictines  réformées,  sous 
l'influence  des  jésuites,  fut  fondée  à  Chelmno,  en  1579, 
par  l'abbesse  Magdalena  Morteska;  cette  congrégation 
eut  de  nombreuses  maisons  dans  toute  la  Pologne. 

Les  congrégations  et  les  ordres  ont  beaucoup  souf- 


fert au  xix»  s.  sous  l'occupation  allemande,  qui  les 
supprima  presque  tous;  ils  reprirent  après  la  restitu- 
tion du  diocèse  à  la  Pologne,  en  1918.  La  période 
«  entre  les  deux  guerres  »,  1918-39,  vit  une  grande 
floraison  des  ordres  et  congrégations  dans  toute  la 
Pologne  ainsi  que  dans  le  diocèse  de  Chelmno.  En  1938, 
nous  trouvons  :  les  verbistes  à  Corna  Grzepa;  les 
rédemptoristes  à  Torun;  les  pallotins  à  Chelmno; 
les  jésuites  à  Gdynia;  les  missionnaires  de  la  Ste- 
Famille  à  Lidzbark;  les  frères  mineurs  conventuels  à 
Gdynia;  les  Pères  de  la  congrégation  du  S. -Esprit  à 
Bydgoszcz;  les  salésiens  à  Rumia;  les  sœurs  de  Cha- 
rité de  S. -Vincent  de  Paul  (13  maisons);  les  sœurs  de 
Ste-Élisabeth  (21  maisons);  les  sœurs  de  l' Immaculée- 
Conception  (7  maisons);  les  sœurs  ursulines  (2  mai- 
sons); les  sœurs  de  S. -François  (6  maisons);  les  sœurs 
de  S. -Dominique;  les  sœurs  de  S. -Joseph  (4  maisons); 
les  sœurs  de  la  Résurrection  (4  maisons)  ;  les  sœurs  du 
Bon-Pasteur  (5  maisons);  les  sœurs  de  S. -Félix  a  Can- 
telicio;  les  sœurs  de  la  Ste-Famille  de  la  Ste-Vierge; 
les  sœurs  missionnaires  de  la  Ste-Famille;  les  sœurs 
albertines. 

L'invasion  hitlérienne  de  1939-44  fut  désastreuse 
pour  les  congrégations;  presque  tous  les  couvents 
furent  fermés,  et  nombre  de  religieux  déportés  et 
emprisonnés.  Pourtant,  dès  que  les  troupes  alle- 
mandes se  furent  retirées,  les  religieux  revinrent  à 
leurs  couvents,  où  les  rejoignirent  leurs  confrères 
chassés  de  la  Pologne  orientale.  Le  diocèse  compte 
actuellement  79  religieux  (au  lieu  de  123  en  1938), 
et  885  religieuses  (elles  n'étaient  que  812  en  1938),  qui 
continuent  leur  activité  dans  des  conditions  difficiles, 
en  raison  de  l'hostilité  du  régime  imposé  au  pays. 

10°  Les  écoles.  —  La  large  diffusion  de  l'instruction 
populaire  a  été  une  des  gloires  de  la  Pologne  depuis 
le  Moyen  Age.  Il  y  eut  une  école  pour  les  mission- 
naires à  Chelmno  en  1218;  un  gymnase  y  fut  fondé  en 
1472  (qui  exista  jusqu'à  1536).  On  constate  la  pré- 
sence d'au  moins  une  vingtaine  d'écoles  paroissiales 
dans  le  diocèse  vers  le  milieu  du  xv«  s.  Les  écoles 
eurent  un  grand  essor  après  le  synode  de  Vladlslavie 
de  1487,  qui  obligeait  chaque  paroisse  à  en  avoir  une; 
les  autres  sources  faisant  défaut,  on  arrive  par  des 
listes  d'étudiants  des  universités,  surtout  celles  de 
Cracovie  et  de  Leipzig,  à  établir  l'existence  d'au 
moins  52  écoles  paroissiales  dans  le  diocèse  de  Chelmno 
aux  xv«  et  xvi"  s.  La  liste  des  écoles  dans  le  diocèse  de 
Chelmno  de  1670  comprend  les  noms  de  139  paroisses. 
Le  nombre  des  élèves  s'accrut  encore  considérablement 
sous  le  régime  de  la  Commission  d'éducation,  appelée 
à  diriger  l'instruction  publique  en  Pologne  au  xviii«  s. 
Toutes  ces  écoles  furent  prises  en  charge  par  l'admi- 
nistration du  gouvernement  prussien  à  l'époque  des 
partages  de  la  Pologne  au  xix«  s. 

Les  écoles  catholiques  connurent  une  nouvelle  flo- 
raison après  la  restitution  du  diocèse  à  la  Pologne  en 
1918.  Les  catéchistes  ecclésiastiques  enseignaient  alors 
dans  toutes  les  écoles  de  l'État,  et  de  nombreux  éta- 
blissements dépendant  des  institutions  ecclésiastiques 
secondaient  leur  travail.  Toutes  ces  écoles  subirent 
une  période  de  suspension  après  l'invasion  allemande 
de  1939.  L'enseignement  de  la  religion  dans  les  écoles 
de  l'État  est  fortement  réduit  sous  le  régime  actuel, 
et  les  statistiques  ofTicielles  de  1949  ne  comptent  que 
7  instituts  catholiques  d'éducation,  avec  804  élèves 
pour  tout  le  diocèse. 

1 1°  Les  saints.  —  Aucun  saint  du  diocèse  de  Chelmno 
n'a  été  canonisé;  pourtant  il  y  a,  dans  le  diocèse,  des 
bienheureux  :  Juta,  veuve,  f  dans  un  ermitage  près  de 
Chelmza,  9  oct.  1260;  Jan  de  Lobdow,  O.  F.  M.,  t  à 
Chelmno,  1264;  Szymon  de  Torun,  O.  F.  M.,  t  9  nov. 
1363;  Dorota  de  Monty,  veuve,  t  à  Kwidzyn,  25  juin 
1394;  Bernard  de  Wabrzezno,  bénédictin  de  Lubin, 


623 


CHELMNO 


624 


t  2  mai  1603.  D'autres  serviteurs  de  Dieu  y  sont  spé- 
cialement vénérés  :  Bernard  Kopciovvski,  bénédictin 
de  Lubin,  t  12  sept.  1666;  Mikolaj  Sosnowicz,  prêtre, 
t  16  août  1682;  Katarzyna  Kostczanka  (de  la  famille 
de  S.  Stanislas  Kostka),  prieure  norbertine  à  Zukow, 
t  après  1671;  Magdalena  Morteska,  abbesse  bénédic- 
tine de  Chelmno,  f  1632;  Marianna  Czapska,  bénédic- 
tine de  la  même  abbaye,  t  1735;  Andrzej  de  Osnow, 
ermite,  t  1710,  et  d'autres,  auxquels  on  joint  les  nom- 
breux martyrs  des  années  récentes,  après  1939. 

Le  martyrologe  de  l'Église  de  Chelmno  après  1939 
n'est  pas  encore  écrit.  De  1939  à  1950,  le  nombre  des 
prêtres  séculiers  est  passé  de  646  à  456,  ce  qui  tait 
190  prêtres  morts  en  dix  ans;  la  plupart  moururent 
dans  les  camps  de  concentration,  surtout  à  Dachau. 

Enfin,  en  parlant  des  gloires  du  diocèse  de  Chelmno, 
on  ne  saurait  omettre  le  nom  de  Nicolas  Copernic, 
astronome,  né  le  19  févr.  1473  à  Torun,  qui,  après  des 
études  commencées  dans  les  écoles  de  cette  ville  et 
poursuivies  à  Cracovie,  Padoue  et  Bologne,  enseigna 
à  Rome  et  à  Cracovie,  et  mourut  chanoine  de  Warmie, 
le  24  mai  1543. 

12"  Les  hérésies.  —  Les  hérésies  apparaissent  dans 
le  diocèse  de  Chelmno  au  xvi'^  s.,  surtout  parmi  les 
bourgeois  de  Torun,  dont  beaucoup  étaient  venus 
d'Allemagne  au  temps  de  la  domination  de  l'ordre 
teutonique.  Déjà  en  1520,  Sigismond  1^'  publiait  de 
Torun  un  décret  interdisant  l'entrée,  en  provenance  de 
l'étranger,  des  livres  hérétiques.  Beaucoup  d'églises 
furent  prises,  dans  tout  le  diocèse,  par  les  protestants. 
Sigismond-Auguste,  par  un  privilège  du  22  déc.  1558, 
reconnaît  aux  citoyens  de  Torun  la  liberté  de  choisir 
leur  foi,  et  ce  privilège  est  maintenu  par  ses  succes- 
seurs. Les  calvinistes  tiennent  à  Torun  un  synode  en 
1595;  en  1606  les  protestants,  devenant  agressifs, 
chassent  les  jésuites  de  Torun;  ceux-ci  y  revinrent 
pourtant  bientôt;  une  dispute  entre  protestants  et 
catholiques  y  eut  lieu  en  1645.  Les  invasions  suédoises 
renforcent  le  protestantisme;  en  1724,  les  protestants 
détruisent  le  couvent  des  jésuites  et,  à  la  suite  d'un 
procès  célèbre  qui  bouleversa  l'opinion  de  toute  l'Eu- 
rope, dix  citoyens  de  Torun  (parmi  eux  le  bourgmestre 
Rosner),  jugés  responsables  de  l'émeute,  furent  déca- 
pités. Les  hérétiques  devinrent  plus  nombreux  après  l'u- 
nion au  diocèse  de  Chelmno  des  terres  qui,  après  avoir 
appartenu-  aux  évêchés  de  Sambie  et  de  Pomésanie, 
étaient  restées  à  l'ordre  teutonique  lors  du  traité  de  To- 
run de  1466,  et  dont  les  évêques,  Georges  Polnitz  et 
Erhard  von  Queis,  apostasièrent  en  1524  et  1525,  suivant 
leur  suzerain,  Albert  de  Hohenzollern.  Depuis  ce  temps, 
les  évêques  de  Chelmno  ont  à  lutter  contre  le  luthéra- 
tiisme,  qui  profite  de  la  tolérance  religieuse  des  rois 
Jagellons. 

A  l'époque  des  partages,  le  gouvernement  prussien 
aida  les  protestants  à  bâtir  de  nombreuses  églises.  La 
proportion  de  protestants  s'était  accrue  à  la  suite  de 
la  distribution  des  terres  aux  colons  allemands.  Cer- 
tains de  ces  colons  quittèrent  le  pays  après  la  première 
guerre  mondiale;  pourtant,  en  1939,  le  nombre  des 
non-catholiques  dans  le  diocèse  s'élevait  à  111  299, 
dont  102  123  protestants  et  5  548  Juifs. 

13°  La  statistique  actuelle.  —  D'après  les  statistiques 
de  1948,  il  n'y  a  sur  le  territoire  du  diocèse  que  6  925 
non-catholiques.  Ce  changement  est  la  conséquence  de 
l'extermination  des  Juifs  par  les  hitlériens  en  1939-44, 
et  du  départ  pour  l'Allemagne  des  Volksdeutsche, 
presque  tous  protestants,  en  1945  et  1946. 

D'autre  part  le  diocèse  comptait  en  1949  :  507  égli- 
ses; 340  paroisses;  456  prêtres;  99  séminaristes;  35  reli- 
gieux prêtres;  17  couvents  d'hommes,  avec  79  reli- 
gieux; 85  couvents  de  femmes,  avec  886  religieuses; 
4  instituts  d'éducation  masculine,  avec  484  élèves; 
3  instituts  d'éducation  féminine,  avec  320  élèves; 


59  instituts  d'action  catholique,  avec  4  950  membres; 
1  588  020  catholiques;  1  594  945  habitants;  16  582,75 
km*  de  superficie. 

Le  diocèse  de  Chelmno  comprend  les  décanats 
(vicairies  foraines)  de  :  Bierzglow,  Brodnica,  Chelmno, 
Chelmza,  Chojnice,  Czersk,  Fordon,  Gdynia,  Gniew, 
Golub,  Grudziadz,  Kamien,  Kartuzy,  Koscierzyna, 
Lidzbark,  Lubawa,  Nowe,  Nowemiasto,  Osiek,  Puck, 
Radzyn,  Starogard,  Swiecie,  Tczew,  Torun,  Tuchola, 
Wabrzezno,  Wejherowo,  Zukow. 

IV.  Listes  des  dignitaires.  —  La  liste  des  évêques 
de  Chelmno,  présentée  par  les  éditions  officielles  du 
diocèse,  suit  l'école  allemande,  et  ne  commence  qu'avec 
1245;  elle  omet  les  noms  de  plusieurs  prélats  qui  furent 
nommés  à  l'évêché,  mais  n'en  ont  pas  pris  possession. 
[Octavianus,  966.  —  Martinus,  1070.  —  Hippolitus, 
Romanus,  1180].  —  Christian,  1222  (?)-43  ou  45.  — 
Henricus,  O.  P.,  1245,  t  1263.  —  Jan,  O.  P.,  1263-64. 

—  Fryderyk  a  Husen,  ordre  S.  M.  Teutonique,  1264- 
t  1274.  —  Werner  de  Orsele  (Orzelle?),  ordre  S.  M. 
Teut.,  t  1291.  —  Henryk  Pincerna,  t  1301.  —  Her- 
man  a  Pryzna,  ordre  S.  M.  Teut.,  1303,  t  1311.  — 
Eberhard,  can.  Culmen.,  élu  en  1311,  t  1316.  —  Miko- 
laj, O.  P.,  Powala  (?),  1319,  t  1323.  —  Otto,  1323, 
î  1349.  —  Jakob  (a  Chelmza?),  ordre  S.  M.  Teut., 
1349,  t  1359.  —  Jan  Schadeland,  O.  P.,  1359-63.  — 
Wigbald  Dobilstein,  1360-80  (85?).  —  Reinhard  de 
Sain  (cornes  de  Zeicz),  1385-90.  —  Mikolaj  a  Buk 
(von  Schifîenburg,  von  Schippenpiel),  ordre  S.  M. 
Teut.,  1390-98.  —  Jan,  prince  de  Opole,  «  Kropidlo  », 
1398-1402.  —  Arnold  de  Stapil,  ordre  S.  M.  Teut., 
1402,  t  1416.  —  Jan  Marcaenaro  (Margenau),  1416, 
t  1457,  dernier  évêque  de  l'ordre  de  S.  M.  Teut.  — 
Jan,  O.  P.,  1422.  —  Rainardus,  1432?.  —  Andrzej 
Santberg,  élu,  t  1457.  —  Wawrzyniec  Zankezyn,  élu, 
1458.  —  Bartlomiej,  can.  Culmen.,  élu,  1460-61.  — 
Wincenty  Kielbasa,  1467-79.  —  Stefan  z  Nidborka, 
1480,  t  1495.  —  Mikolaj  Chrapicz,  1496-1507.  — 
Jan  Konopacki,  1508,  f  1530.  —  Jan  Dantyszek, 
1530-38.  —  Tydeman  Gize,  1538-49.  —  Stanislaw 
Hoziusz,  1549-51  (depuis  1561  cardinal).  —  Jan 
Lubodzieski,  1551,  t  1562.  —  Stanislaw  Zelislawski, 
1562,  t  1571.  —  Lukasz  Koscielecki  et  Bartlomiej 
Plemiecki,  contestation,  1571-74. —  Piotr  Kostka,  1 574- 
t  1595.  —  Piotr  Tylicki,  1595-1600.  —  Mikolaj 
Kostka,  élu,  f  1600.  —  Wawrzyniec  Gebicki,  1600-10. 

—  Maciej  Konopacki,  1611-13.  — ■  Jan  Kuczborski, 
1614,  t  1624.  —  Jakob  Zadzik,  1624-35.  —  Jan 
Lipski,  1635-38.  —  Kasper  Dzialynski,  1639-46.  — 
Jedrzej  Leszczynski,  1646-52. —  Jan  Gembicki,  1653- 
55.  —  Jan  Leszczynski,  élu,  1655-57.  —  Adam  Kos, 
1658-61.  —  Jedrzej  Olszowski,  1662-74.  —  Maciej 
Bystram,  coadjuteur,  administrateur,  1675-76.  — 
Jan  Malachowski,  1676-81.  —  Kazimierz  Opalinski, 
1681-93.  —  Kazimierz  Szczuka,  1693-94.  —  Stanislaw 
Swiecicki,  élu,  1695-96.  —  Teodor  Potocki,  1699-1712. 

—  Teodor  Wolf,  élu,  1712,  f  1713.  —  Jan  Kos,  élu, 
1713,  t  1717.  —  Jan  Alten-Bokum,  1719-21.  —  Feliks 
Kretkowski,  1723-30.  —  Franciszek  Czapski,  1731- 
33.  —  Adam  Grabowski,  1736-39.  —  Andrzej-Stanis- 
law  Zaluski,  1739-46.  —  Wojciech  Leski,  1747,  t  1758. 

—  Jedrzej  z  Broniewic  Bajer,  1759-85.  —  Jan-Karol 
Hohenzollern,  1785-95.  —  Franciszek  Rydzynski, 
1795,  t  1814.  — Jan  Wilkxycki,  coadj.,  admin.,  1814- 
24.  —  Ignacy-Stanislaw  Mathy,  1824,  f  1832.  — 
Anastazy  Sedlag,  1834,  t  1856.  —  Jan  Marwicz,  1857- 
86.  —  Léon  Redner,  1886-98.  —  Augustin  Rosen- 
tretter,  1899-1926.  —  Stanislaw  Okoniewski,  1926, 
t  en  exil,  1"'  mai  1944.  —  Kazimierz  Kowalski,  1946. 

Évêques  auxiliaires  de  Chelmno  :  Jan  Kaldeborn, 
1392-1402.  —  Jan  Rakowski,  1650-59.  —  Maciej 
Bystram,  1659-70.  —  Tomasz  Skotnicki,  1687-1700.  — 
Seweryn   Szczuka,   1703-27.  —  Franciszek- Ignacy 


625 


CHELMNO 


CHEMNITZ 


626 


Wysocki,  f  1728.  —  Maciej-Aleksander  Soltyk,  1728- 
49.  —  Fabian  Plaskowski,  1749-84.  —  Iwon  Rogowski, 
1785-1806.  —  Jan  Wilkxycki,  1806-31.  —  Jan  Ku- 
towski,  1835-48.  —  Stanislaw  Dekowski,  1850-54.  — 
Jerzy  Jeschke,  1856-81.  —  Johann  Trepnau,  1905-06. 

—  Jacob  Klunder,  1907-27.  —  Konstanty  Dominik, 
1928-42.  —  Bernard  Czaplinski,  1948. 

Palatins  de  Chelm.no  :  Augustyn  a  Scheve,  1466.  — 
Gabriel  Bazenski,  t  1476.  —  Ludwik  z  Mortaga,  tl481. 

—  Mikolaj  Dabrowski,  t  1483.  —  Kapol  a  Felden 
Zakrzewski,  t  1499.  —  Jan  Dabrowski,  f  1515.  — 
Jan  Luzyanski,  t  1551.  —  Stanislaw  Kostka,  1551. 

—  Jan  Dzialynski,  t  1585.  —  Mikolaj  Dzialynski, 
t  1602.  —  Ernest  Weiher.  —  Maciej  Konopacki,  1610. 

—  Ludwik  Morteski,  1612.  —  Stanislaw  Dzialynski, 
t  1618.  —  Jan  Weiher,  t  1626.  —  Melchior  Weiher, 
t  1633.  —  Kasper  Dzialynski,  1639.  —  Mikolaj 
Weiher,  t  1647.  —  Jan  Dzialynski,  f  1648.  —  Jan 
Koss,  t  1657.  —  Jan  Gninski,  1680.  —  Michal  Dzia- 
lynski, t  1687.  —  Jan  Koss,  f  1699.  —  Tomasz 
Dzialynski,  t  1714.  —  Jakob  Rybinski,  f  1725.  — 
Franciszek  Bielinski,  1732.  —  Jan  Czapski,  1738.  — 
Michal  Bielinski,  t  1739.  —  Wladyslaw  Kretkowski, 
1748.  —  Zygmunt  Kretkowski,  f  1765.  —  Franciszek 
Czapski,  1772. 

Castellans  de  Chelmno.  —  Ludwik  z  Mortaga,  1476. 

—  Mikolaj  Dabrowski,  1481.  —  Karol  a  Felden 
Zakrzewski,  1483.  —  Ludwik  Morteski,  f  1509.  — 
Arnold  Fracki,  t  1529.  —  Mikolaj  Dzialynski,  1539. 

—  Jan  Sokolowski,  1544.  —  Stanislaw  Kostka,  1546. 

—  Jan  Dzialynski,  1551.  —  Jerzy  Konopacki,  f  1567. 

—  Jerzy  Oleski,  f  1577.  —  Jan  Dulski,  f  1590.  — 
Jerzy  Konopacki,  t  1602.  —  Achacy  Plemietki,  1 1605. 

—  Jerzy  Kostka,  1607.  — -  Michal  Konarski,  1611.  — 
Jerzy  Niemojewski,  f  1615.  —  Jan  Niemojewski, 
t  1618.  —  Stanislaw  Niemojewski,  t  1620.  —  Maciej 
Niemojewski,  1626.  —  Fabian  Cerna,  t  1629. —  Lukasz 
Elzanowski,  1636.  —  Stanislaw  Dzialynski,  f  1643.  — 
Albrecht  Czerski,  f  1648.  —  Jedrzej  Krzystof  Przy- 
jemski,  t  1662.  —  Damian  Kretkowski,  t  1674.  — 
Jedrzej  Los,  t  1685.  —  Jan  Dzialynski,  f  1679.  — 
Michal  Dzialynski,  f  1681.  —  Wladyslaw  Los,  1683.  — 
Sébastian  Czapski.  —  Kazimierz  Zawadzki,  t  1691.  — 
Jan  Przebendowski,  1697.  —  Stanislaw  Konopacki. 

—  Piotr  Czapski,  t  1717.  —  Piotr  Czapski,  1726.  — 
Wladyslaw  Kretkowski,  t  1728.  —  Adam  Koss.  — 
Jedrzej  Grabowski,  t  1737.  —  Stanislaw  Konarski, 
1754.  —  Tomasz  Grabczewski,  1757.  —  Stanislaw 
Skorzewski,  1758. 

Travaux.  —  Bp.  Stanislaw  Okoniewski,  Diecezja  Chel- 
minska,  Pelplin,  1928.  —  X.  Tadeusz  Glemma,  Historio- 
grafta  diecezji  Chelminskiej ,  Cracovie,  1925.  —  Finkiel, 
Bibliografia  historiî  polskiej,  i-iii,  Lwow,  1891-1904,  au 
mot  Chelmno,  ainsi  qu'aux  noms  des  dignitaires  cités  plus 
haut.  . —  S.  Ketrzynski,  Chelminskie  biskapstivo,  dans  Po- 
dreczna  encyklopedia  koscielna,  xxix,  Varsovie,  1905,  p.  7-12. 

Sources.  —  C.  P.  Woelky,  Urkundenbuch  des  Bislhums 
Culm,  Dantzig,  1887.  —  Spécialement  pour  les  archives  en 
Pologne,  Okoniewski,  op.  cit.,  87-89.  —  Pour  les  archives 
du  Vatican,  V.  Meysztowicz,  De  archioio  nuntiaturae  Varsa- 
oiensis,  Vatican,  1944.  —  P.  Savio,  De  nctis  nuntiaturae 
Polonicae,  Vatican,  1945.  —  Voir,  entre  autres,  Arch.  nunt. 
Vars.,  vol.  136,  146,  148;  Nunt.  Pol.,  vol.  xxxi,  add.  .3,  176; 
LX,  add.  6,  add.  7,  144,  2.56.  —  Pour  le  synode  de  1928, 
Okoniewski,  Staiuta  synodi  dioec.  Culmen.-sis,  Pelplini... 
habitue,  A.  D.  1928,  Pelplin,  1929. 

X.  W.  Meysztowicz. 

CHEMINAIS  DE  MONTAIGU  (Timo- 
léon),  jésuite  français,  f  1689.  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2353-54. 

CHEMINON,  Chemino,  Ciminum,  S.  Nicolaus 
ad  Chiminum,  ancienne  abbaye  de  chanoines  réguliers 
au  dioc.  de  Chàlons  (Marne),  non  loin  de  Vitry.  Les 
quelques  ermites  qui  se  trouvaient  dans  la  forêt  de 


Luiz  se  donnèrent  aux  chanoines  réguliers  d'Arrouaise, 
et  Pascal  II  leur  adressa  une  bulle  de  confirmation 
en  cet.  1102.  Sept  ans  après,  la  communauté  se  trans- 
porta au  lieu  appelé  Cheminon.  Les  chanoines  d'Ar- 
rouaise adoptèrent  les  principes  de  gouvernement  que 
l'abbé  de  Cîteaux,  S.  Étienne  Harding,  venait  de 
donner  à  son  ordre  (ms.  562  de  la  bibl.  d'Amiens  : 
concordance  verbale  avec  la  première  rédaction  de  la 
Charte  de  charité).  Cette  circonstance  poussa  Cheminon 
à  un  rapprochement  plus  complet  encore  avec  Cîteaux; 
elle  demanda  l'afTiliation,  qui  fut  accordée  et  confir- 
mée par  Innocent  II  en  1138.  Cheminon  devint 
maison  fille  de  Trois-Fontaines.  Elle  partagea  les 
vicissitudes  des  établissements  de  la  région;  en  1565 
elle  entra  dans  la  grève  des  décimables;  mais  elle  ne 
sut  pas  éviter  la  commende  ;  on  vit  chez  elle  quatre  fils 
de  la  maison  de  Lorraine  se  succéder  à  cette  sinécure 
rémunératrice.  L'étroite  observance  vint  lui  donner, 
au  xv!!":  s.,  un  regain  de  ferveur;  en  1768,  on  y  comp- 
tait encore  douze  religieux. 

Série  des  abbés:  1.  Hugues,  1138.  —  2.  Robert,  1169. 
—  3.  André,  1189.  —  4.  Henri,  1208.  —  5.  Raoul  I", 
1225.  —  6.  Hugues  II,  1230.  —  7.  Pierre,  1248.  —  8. 
Aubert,  1254.  —  9.  Guillaume,  1258.  —  10.  Guy, 
1262.  —  11.  Geoffroy.  —  12.  Geoffroy  II.  —  13.  Raoul 
II,  1269.  —  14.  Philippe,  1271.  —  15.  Hugues  III, 
1279.  —  16.  Gérard,  1292.  —  17.  Nicolas,  1308.  — 
18.  Étienne,  1309.  —  19.  Jean  I",  1311.  —  20.  Cons- 
tant, 1315-31.  —  21.  Garnier.  —  22.  Jean  II,  1387.  — 
23.  Jean  de  Tibimont,  1446.  —  24.  Anselme  d'Ander- 
ney,  1483-93.  —  25.  Oger  de  Dijon,  1497,  démissionna 
en  1503.  —  26.  Marc  Dyllies,  1503.  —  27.  Louis  de 
Heiz  l'Évêque,  1508,  t  1526.  —  28.  Jean  de  Rancières, 
commendataire,  1526-43.  —  29.  Claude  d'Ancienville, 
1546.  —  30.  Jacques  Belleau,  1548,  t  1583.  —  31. 
Charles  de  Lorraine  !<"•,  card.,  1586.  —  32.  Henri  de 
Lorraine,  év.  de  Verdun,  1595.  —  33.  Charles  de  Lor- 
raine II,  év.  de  Verdun,  1619.  —  34.  François  de  Lor- 
raine, év.  de  Verdun,  1629.  —  35.  Louis-Marie- Ar- 
mand de  Simiane-de-Gordes,  1641.  —  36.  Claude- 
Charles,  dit  comte  de  Poitiers,  1665-81.  —  37.  Maxi- 
milien-Henri,  dit  comte  de  Poitiers,  1683.  —  38.  N., 
comte  de  Poitiers,  1704. 

Archives  :  à  Chàlons,  2  inventaires  anciens,  dont  un  du 
xiii"  s.;  cartulaire  (xiio-xiii»  s.);  nombreux  actes  anciens  à 
partir  de  1110;  plans.  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Champagne, 
vol.  XIV,  fol.  31-5.3.  Vitry-le-François,  bibl.  municipale, 
ms.  95,  fol.  5.52  :  donation.  —  Éd.  de  Barthélémy,  Recueil 
des  chartes...,  Cheminon...,  Paris,  1883  (la  plupart  des 
pièces  sont  analysées;  celles  dont  le  texte  est  donné  en 
entier  sont  la  minorité).  —  Cottineau,  756.  —  Gall.  christ., 
IX,  964.  —  .Jafté,  n.  5  921,  6  563,  6  804,  7  874,  11  992, 
13  051,  13  508,  15  245,  15  474,  16  083.  —  .Janauschek, 
Orig.  cisterc..  Vienne,  1877,  p.  49.  —  Manrique,  Ann.  cisterc, 
Lyon,  1642,  année  1137,  vu,  1,  8;  1140,  x,  1  ;  xi,  9.  —  Mar- 
tène,  Ampliss.  coll.,  u,  888  :  epist.  Alex.  III  ad  Henricum 
Remensem.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  de 
Louvain,  1933-41,  passim.  —  Stein,  Cartulaires  français, 
Paris,  1907,  n.  924-925. 

J.-M.  Canivez. 
CHEMNITZ,   Bergkloster,  abbaye  bénédictine 
dédiée  à  N.-D.,  située  en  Saxe,  cercle  de  Zwickau. 
Fondée  vers  1136  par  l'empereur  Lothaire  III,  elle 
fut  supprimée  en  févr.  1541  par  le  duc  Henri  de  Saxe. 

Calendarium  sive  necrologium  mona.iterii  S.  Mariae  in 
Kemniz...,  éd.  dans  Mercken,  .Scr.  rer.  Germ.,  ii,  1728, 
p.  155-64  (éd.  abrégée  et  assez  défectueuse);  éd.  complète 
par  Hub.  Ermisch,  dans  Codex  dipl.  Saxoniae  reg.  part.  II, 
vx,  Leipzig,  1879,  p.  472-82;  voir  Potthast,  Bibl.,  813.  — 
Cottineau,  756-57.  —  Studien  und  Mitleit.  O.  S.  B.,  liv. 
1936,  p.  85-89. 

P.  VOLK. 

CHEMNITZ  (Martin),  théologien  luthérien 
allemand  (9  nov.  1522-8  avr.  1586).  Voir  D.  T.  C, 
II,  2354-57. 


627 


CHEMNITZ 


—  CHERBOURG 


628 


Bibliogr.  récente  dans  K.  Schottenloher,  Bibliogr.  zur 
deutschen  Geschichte  im  Zeitalter  der  Glaubensspaltung, 
1517-1585,  I,  Personen,  Leipzig,  1933,  n.  2850-58. 

CHENGCHOW,  ville  du  Honan  (Chine  cen- 
trale), siège  de  la  préfecture  apostolique  du  Honan  occi- 
dental depuis  le  22  janv.  1906;  du  vicariat  apostolique 
du  même  nom  depuis  le  2  mai  1911  ;  du  vicariat  apos- 
tolique de  Chengchow  depuis  le  3  déc.  1924;  devint 
évêché,  suffragant  de  Haifeng,  le  11  avr.  1946.  Il  est 
confié  aux  Missions  étrangères  de  Parme. 

Évêque  :  F.  Tissot,  13  juin  1946,  transféré  à 
Tsingtao. 

L.  Van  Hee. 

CHENGTING,  ville  murée  du  Tchely  (Chine 
septentrionale),  siège  du  vicariat  apostolique  du 
Tchely  sud-occidental,  démembré  du  diocèse  de  Pékin 
en  1856;  érigé  en  vicariat  apostolique  de  Chengting  le 
3  déc.  1924,  en  évêché  suffragant  de  Pékin  le  11  avr. 
1946.  Il  est  confié  aux  Lazaristes. 

Évêque:  Job  Tchen,  vie.  ap.,  1939;  év.,  13  juin  1946. 

L.  Van  Hee. 

CHENGTU,  Tch'engtou,  ville  célèbre  du  Szech- 
wan  (Chine  occidentale),  siège  d'un  vicariat  aposto- 
lique en  1696,  réorganisé  et  modifié  maintes  fois; 
devint  vicariat  apostolique  du  Szechwan  nord-occi- 
dental en  1856;  dénommé  Chengtu  le  3  déc.  1924; 
élevé  au  rang  d'évêché  le  11  avr.  1946.  Il  fut  confié 
dès  les  débuts  aux  Missions  étrangères  de  Paris. 

Évêque  :  J.  V.  M.  Rouchouse,  vie.  ap.,  1916;  év., 
11  avr.  1946. 

L.  Van  Hee. 
CHENOUTÉ,  martyr  en  Egypte.  Voir  Senouté. 

CHEPHTONA,  Haflûn,  Heftûn,  Hejlôn,  Heph- 
lôn,  Heplôn,  Hewiôn,  Hiblûn,  localité  située  sur  la  rive 
gauche  du  grand  Zâb,  était  siège  d'un  évêché  nesto- 
rien  relevant  de  la  métropole  d'Arbèles. 

Évêques  :  David  (790),  gouvernait  en  même  temps 
l'évêché  de  Henâythâ,  comme  l'atteste  sa  signature 
sous  la  rétractation  que  dut  faire  Nestorius,  prêtre 
du  monastère  de  Mâr  Yozedeq,  accusé  de  messalia- 
nisme.  —  Marc  (1074),  devint  par  la  suite  métropolite 
de  Damas.  —  SabrîSô'  (1092)  et  Gabriel  (1257),  assis- 
tèrent respectivement  au  sacre  des  catholicos  Mak- 
kikhâ  I"  et  Makkikhâ  II. 

Il  faut  distinguer  ce  diocèse  de  celui  de  Cheptian 
(voir  ce  mot). 

.1.  S.  Assemani,  Biblioth.  orient.,  Rome,  1719  sq.,  ii,  455; 
III-2,  737  sq.  —  G.  Hoffmann,  Auszùge  aus  syrischen  Akten 
persischer  Martyrer,  Leipzig,  1880,  p.  233  sq.,  238,  240,  245. 
—  H.  Gismondi,  Maris  Amri  et  Slibae  de  patriarchis  nes- 
torianorum  comn}entaria  (trad.),  Rome,  1897  sq.,  part.  I, 
95,  105,  114  sq.,  118,  133;  II,  69.  —  E.  A.  Wallis  Budge, 
The  Book  of  Governors,  u,  Londres,  1893,  p.  388,  613.  — 
J.-B.  Chabot,  Synodicon  orientale,  dans  Notices  et  extraits 
des  mss.  de  la  Bibl.  nal.,  xxxvii,  Paris,  1902,  p.  608,  n.  3, 
619.  —  E.  Sachau,  Zur  Ausbreitung  des  Christentnms 
in  Asien,  dans  Abhandl.  der  preuss.  Akad.  der  Wiss., 
Phil.-hist.  Klasse,  Berlin,  1919,  p.  54. 

Arn.  Van  Lantschoot. 

CHEPTIAN,  citée  comme  métropole  chaldéenne 
dans  la  profession  de  foi  présentée  par  le  patriarche 
'AbdiSô"  au  pape  Pie  IV  en  1562  (D.  T.  C,  xi-1,  229), 
avait  comme  évêchés  sufiragants  Chramleis  et 
Achusch.  D'après  Hoffmann,  cette  localité  n'est  autre 
que  Huftiyân-i-Surliâb,  et  non  pas  Heftûn,  comme  le 
prétend  Assemani. 

J.  S.  Assemani,  Biblioth.  orient.,  Rome,  1719  sq.,  lii-2, 
p.  429,  738.  —  G.  Hoffmann,  Auszûge  aus  syrischen  Akten 
persischer  Martyrer,  Leipzig,  1880,  p.  241,  n.  1915.  —  S. 
Giamil,  Genuinae  relaliones  inter  Sedem  apostolicam  et 
Assyriorum  orientalium  .seu  Chaldaeorum  Ecclesiam,  Rome, 
1902.  p.  64. 

Arn.  Van  Lantschoot. 


CHERBOURG  (N.-D.  du  Vœu),  Beaia  Maria 
de  Voto,  Caesarisburgi,  abbaye  d'Augustins,  vers  1145, 
j  dioc.  de  Coutances  (Manche),  à  l'embouchure  de  la 
i  Divette.  Pour  bien  comprendre  les  origines  de  cette 
abbaye,  il  faut  rappeler  l'histoire  d'institutions  ana- 
logues avec  lesquelles  les  historiens  l'ont  souvent 
confondue.  Vers  les  années  1060-61,  Guillaume  le 
Bâtard,  duc  de  Normandie,  étant  tombé  gravement 
malade  à  Cherbourg,  fait  le  vœu  de  fonder  un  chapitre 
j  s'il  échappe  -à  la  mort.  Étant  guéri,  il  donne  des  reli- 
ques insignes  à  la  chapelle  castrale,  la  fait  dédicacer, 
et  y  installe  des  clericos  canonica  institutione  servientes. 
!  Il  leur  assure  les  ressources  nécessaires  pour  vaquer 
librement  à  l'office  divin  et  pour  construire  des  mai- 
!  sons  infra  castellum.  Bientôt  le  duc  et  ses  vassaux 
augmentent  les  revenus  du  chapitre  composé  de  huit 
chanoines  placés  sous  la  direction  d'un  custos  et  ayant 
chacun  une  prébende  déterminée.  La  comtesse  Ma- 
thilde  y  ajoute  trois  clercs  inférieurs  et,  après  la  con- 
quête de  l'Angleterre,  le  chapitre  reçoit  des  donations 
situées  dans  le  nouveau  royaume.  Les  prébendes  des 
chanoines,  qui  ne  furent  jamais  regulares,  passèrent 
en  1209  à  l'évêché  de  Coutances  et  l'église  fut  détruite 
en  1760.  Voir  la  charte  de  fondation,  éd.  partielle  dans 
Gall.  christ.,  xi,  Instr.,  c.  229,  et  éd.  complète,  d'après 
un  vidimus  de  1369,  dans  J.-L.  Couppey,  Charte  de 
Guillaume  le  Bâtard,  duc  de  Normandie...,  dans  Mém. 
de  la  Soc.  acad.  de  Cherbourg,  1852,  p.  154  sq. 

L'initiative  de  la  fondation  d'une  abbaye  cister- 
cienne à  La  Valasse,  non  loin  de  Lillebonne  (Seine- 
Infér.),  revient  à  Gualeran,  comte  de  Meulan,  qui  fait 
appel  aux  moines  de  Morlemer.  En  1157,  la  reine 
Mathilde  enrichit  la  communauté  et  mérite  le  titre  de 
seconde  fondatrice.  L'abbaye  porte  à  cette  époque  le 
I  titre  de  N.-D.  du  Vœu.  Cf.  F.  Somménil,  L'abbaye 
[  du  Valasse,  Évreux,  1904  et  éd.  du  Chronicon  Valas- 
sense,  Rouen,  1868.  Quelques-unes  des  chartes  rela- 
tives à  cette  fondation  ont  été  insérées  par  erreur 
dans  la  notice  consacrée  à  N.-D.  du  Vœu  de  Cher- 
bourg par  Dugdale,  Monasticon,  éd.  1830,  vi-2,  p.  1111. 

Tout  à  fait  indépendante  des  deux  premières  est  la 
fondation  entreprise  par  la  reine  Mathilde  vers  1145, 
près  de  Cherbourg,  à  l'embouchure  de  la  Divette. 
j  D'après  une  tradition  constante,  confirmée  par  des 
I  sources  monumentales,  cette  princesse  aurait  été  sur- 
'  prise  par  une  tempête  violente,  au  large  de  Cherbourg, 
vers  l'année  1145.  Ayant  fait  le  vœu  de  fonder  une 
abbaye,  elle  échappe  au  danger  et  entreprend  tout 
d'abord  la  construction  d'une  chapelle  appelée  N.-D. 
du  Vœu.  Durant  tout  l'Ancien  régime,  ce  sanctuaire 
sera  un  centre  de  pèlerinage  pour  la  population  de 
Cherbourg  et,  dès  le  xiii«  s.,  le  siège  d'une  confrérie  de 
Notre-Dame.  En  1791,  elle  est  donnée  à  la  Marine, 
mais,  dès  1817,  le  clergé  et  les  fidèles  entreprennent 
sa  restauration.  Cf.  A.  Besnard,  De  l'église  de  N.-D.  du 
Vœu  de  Cherbourg,  dans  Mém.  de  la  Soc.  acad.  de 
Cherbourg,  viii,  1861;  ix,  1867;  x,  1870. 

Mathilde  entreprend  alors,  au  même  endroit,  la 
construction  d'une  abbaye  qu'elle  dote  d'un  patri- 
moine important.  Elle  obtient  de  l'archevêque  de 
Rouen,  Richard,  le  droit  d'en  disposer  à  sa  guise  et 
c'est  à  juste  titre  que  le  nécrologe  lui  reconnaît  le  titre 
de  fondatrice.  Pourtant,  on  ne  sait  s'il  faut  lui  attri- 
buer, ou  bien  à  l'évêque  de  Coutances,  Algar,  l'intro- 
duction d'une  colonie  de  chanoines  réguliers  venant: 
de  S. -Victor  de  Paris,  sous  la  direction  d'un  abbé  Ro- 
bert. Ces  derniers  occupent  en  tout  cas  le  monastère 
avant  1160.  Suivant  l'exemple  de  sa  mère,  le  roi 
Henri  II  accorde,  durant  les  années  suivantes,  de 
nombreuses  donations.  Pourtant  la  situation  maté- 
rielle de  la  communauté  n'est  pas  encore  satisfaisante 
et,  d'accord  avec  l'archevêque  de  Rouen,  il  décide 
l'union  des  deux  communautés  de  N.-D.  du  Vœu  de 


629 


CHERBOURG 


630 


Cherbourg  et  de  S.-Hélier  fondée  auparavant  dans 
l'île  de  Jersey  et  placée  sous  la  direction  d'un  certain 
Robert,  chanoine  d'Arrouaise.  Il  est  prévu  que  l'abbé 
résidera  à  Cherbourg  et  que  S.-Hélier,  pourtant  trois 
fois  plus  riche,  sera  réduit  à  l'état  de  prieuré  comptant 
cinq  membres.  La  diversité  des  observances  ne  facilite 
pas  cette  incorporation  et  les  coutumes  de  S. -Victor 
ne  sont  définitivement  en  vigueur  que  sous  le  troisième 
abbé,  Gautier,  en  1185.  Voir  Robert  de  Torigny,  Chro- 
nicon,  M.  G.  H.,  SS.,  vi,  p.  516;  description  des  docu- 
ments par  Dubosc,  Inv.  somm.  des  arch.  dép.  Manche, 
série  H,  p.  295-297;  L.  Couppey,  L'abbaye  de  N.-D.  du 
Vœu  près  de  Cherbourg,  p.  1-35. 

Une  série  de  bulles  pontificales  destinées  à  la  com- 
munauté —  d'Alexandre  III  en  1180,  d'Urbain  III  en 
1186  et  1187,  de  Célestin  III  en  1192  —  permet  d'ap- 
précier le  développement  de  la  fondation.  On  y  trouve 
la  mention  de  13  églises,  desservies  la  plupart  par  des 
chanoines  et  transformées  en  prieurés  :  Ste-Marie  de 
Beaumont,  S. -Michel  de  Herqueville,  S.-Pierre  de 
Hubertville,  Ste-Marie  de  Vasteville,  Ste-Marie  de 
Jomboc,  S. -Laurent  de  Nacqueville,  Ste-Geneviève 
d'Amreville,  S.-Hélier  et  Ste-'Trinité  à  Jersey,  et,  en 
Angleterre,  les  paroisses  de  Hag,  Hustone,  Rechborn, 
Blontendon.  Au  début  du  xin«  s.,  des  difficultés  seront 
suscitées  par  le  chapitre  cathédral  de  Coutances  au 
sujet  du  service  de  ces  paroisses.  Outre  le  statut 
commun  aux  chanoines  réguliers,  les  bulles  permet- 
tent la  libre  sépulture  dans  l'abbaye,  les  droits  des 
curés  étant  saufs  ;  la  libre  élection  canonique,  exercée 
la  première  fois  en  1204  par  la  communauté,  restera  en 
vigueur  jusqu'en  1517.  Malgré  la  conquête  de  la  Nor- 
mandie par  Philippe  Auguste,  le  xiii«  s.  constitue  pour 
l'abbaye  une  époque  de  prospérité.  Les  rois  d'Angle- 
terre, les  évéques  de  Coutances,  les  seigneurs  nor- 
mands, mais  aussi  les  bourgeois  de  Cherbourg  et  les 
prêtres  de  paroisses  contribuent  au  bien-être  temporel 
de  la  communauté.  Vers  1250,  celle-ci  compte  21  cha- 
noines à  Cherbourg  et  une  vingtaine  de  (orenses, 
répartis  dans  les  prieurés.  Les  revenus  sont  de  800  li- 
vres. Lors  de  ses  visites,  l'archevêque  Eudes  Rigaud 
ne  doit  légiférer  que  contre  des  abus  mineurs  :  pré- 
sence de  séculiers  dans  la  clôture,  sorties  trop  fré- 
quentes des  religieux,  usage  de  peaux  de  lapin  sur  les 
habits.  En  1266,  il  se  réjouit  du  renouveau  de  vie 
intellectuelle  dont  fait  preuve  la  communauté.  A 
partir  de  cette  époque,  les  abbés  prêtent  régulièrement 
serment  d'obéissance  à  leurs  évèques,  mais,  par  ail- 
leurs, ils  jouissent  dans  Cherbourg  et  ses  environs 
d'une  situation  privilégiée  :  étant  «  seigneurs  et  pa- 
trons de  Cherbourg  en  partage  avec  le  roi  »,  ils  exercent 
les  droits  de  haute  justice  dans  un  territoire  étendu. 
Voir  les  documents  dans  Dubosc,  op.  cit.,  p.  300  sq.  ; 
L.  Couppey,  L'abbaye  N.-D.  du  Vœu  de  Cherbourg,  ses 
abbés,  dans  Rev.  cath.  de  Normandie,  xni,  1902-03, 
passim;  A.  Drouet,  La  haute  justice  de  l'abbaye  N.-D. 
du  Vœu,  dans  Mém.  de  la  .Soc.  acad.  de  Cherbourg, 
x\nn,  1910,  p.  65  sq. 

A  partir  de  1290  et  pour  de  longs  siècles,  la  lutte 
continuelle  entre  la  France  et  l'Angleterre  va  créer  des 
conditions  de  vie  extrêmement  difficiles  pour  la  com- 
munauté de  N.-D.  du  Vœu.  Située  en  dehors  des  forti- 
fications, l'abbaye  est  soumise  fréquemment  au  pil- 
lage, entre  autres  en  1294  et  en  1340.  Les  propriétés 
importantes  situées  en  Angleterre  ne  donnent  presque 
plus  de  revenus.  En  outre,  l'un  ou  l'autre  des  adver- 
saires procède  à  des  confiscations  contre  lesquelles 
les  abbés  ne  se  défendent  que  péniblement.  Au  cours 
du  xiv"  s.,  ils  organisent  dans  Cherbourg  un  refuge,  le 
manoir  Sartrin,  où  vivent  tant  bien  que  mal  les  mem- 
bres de  la  communauté  réduite  à  dix  environ.  En  1406, 
le  supérieur  sollicite  du  pape  la  permission  de  placer 
des  chanoines  dans  toutes  les  cures  afin  de  subvenir 


plus  facilement  à  leurs  besoins.  En  1423,  l'abbé  fait 
soumission  au  duc  de  Bedford,  régent  de  France,  et 
entreprend  la  restauration  de  l'abbaye.  L'église  sera 
réparée  et  réconciliée  solennellement  en  1464.  Entre 
temps  des  liens  de  fraternité  sont  établis  avec  les 
abbayes  de  S. -Sauveur-le- Vicomte  (1442),  Ste-Tri- 
nité  de  Lessay  (1446),  N.-D.  de  Montbourg  (1450)  et 
S. -Nicolas  de  Blanchelande  (1469).  Voir  ms.  Cherbourg 
114,  fol.  224  sq.  En  1478,  l'abbé  élu  canoniquement 
par  14  profès  est  écarté  en  faveur  de  Jean  de  Ker- 
quendlam,  nommé  par  Sixte  IV  en  vertu  du  droit  de 
réserve  pontifical.  Peu  après,  en  1552,  par  suite  du 
concordat  du  Latran  de  1516,  le  roi  de  France  nomme 
désormais  les  abbés  qui  seront  donc  commendataires. 
La  plupart  d'entre  eux  s'occuperont  uniquement  de 
toucher  leurs  revenus,  au  détriment  de  la  reconstruc- 
tion de  l'abbaye.  Depuis  1605,  la  communauté  a  été 
retranchée,  par  bref  pontifical,  de  l'ordre  de  S. -Victor 
et  placée  directement  sous  la  juridiction  de  l'évêque  de 
Coutances.  Ce  dernier  constate  en  1641  que  la  vie 
commune  ne  peut  être  respectée,  faute  de  locaux  adap- 
tés. Malgré  cela,  l'abbé  commendataire  se  réserve  plus 
d'un  tiers  des  revenus.  Il  faut  attendre  1689  pour  voir 
la  réforme  s'introduire  à  Cherbourg.  Pour  tout  ceci, 
voir  L.  Couppey,  op.  cit.,  1906  à  1913,  passim. 

En  1689,  l'abbé  commendataire  Alexandre-Guil- 
laume Le  Jay  s'adresse,  mais  en  vain,  à  la  congréga- 
tion de  France  pour  réformer  son  abbaye.  Il  se  tourne 
alors  vers  un  centre  religieux  local  :  Bourg-Achard. 
Les  quatre  chanoines  établis  en  1132  par  Nivelon  du 
Bosc  dans  sa  collégiale  de  Bourg-Achard  avaient,  en 
1142,  à  l'initiative  de  l'un  d'entre  eux  et  avec  l'accord 
de  Roger,  héritier  de  Nivelon,  adopté  les  coutumes 
des  chanoines  réguliers  de  S.-Jean-de-Falaise.  Lorsque 
cette  dernière  communauté  passe,  en  1158,  à  l'ordre  de 
Prémontré,  Bourg-Achard  devient  indépendant.  Dans 
les  dernières  années  du  xii"=  s.,  de  nombreuses  dona- 
tions accroissent  de  manière  sensible  le  temporel.  On 
trouve  une  dizaine  de  chanoines  auxquels  il  faut  ajouter 
les  desservants  d'au  moins  six  prieurés-cures.  L'his- 
toire ultérieure  du  prieuré  échappe  presque  entière- 
ment, faute  de  sources.  Toutefois,  au  xvii«  s.,  après 
une  vaine  tentative  de  réforme  par  affiliation  à  Ste- 
Geneviève,  la  vie  régulière  reprend  vers  1685,  grâce  à 
l'initiative  de  l'archevêque  de  Rouen  qui  y  introduit  le 
P.  Jean  Moulin,  prieur  de  S.-Cyr  de  Friardel,  au  dioc. 
de  Lisieux.  Très  rapidement,  et  malgré  une  certaine 
opposition  de  la  congrégation  de  France,  Bourg- 
Achard  devient  le  centre  d'un  groupement  de  maisons 
ferventes  comprenant,  outre  N.-D.  du  Vœu  de  Cher- 
bourg, Sausseusse,  S. -Laurent  de  Lions,  Yvernaux, 
au  dioc.  de  Paris,  et  Beaulieu,  près  de  Rouen.  Les 
coutumes  rédigées  à  cette  époque  pour  les  membres  de 
la  congrégation  sont  conservées  dans  le  ms.  Ste-Gene- 
viève 2979.  Cf.  L.  Passy,  Notice  sur  le  cartulaire  de 
Bourg-Achard,  dans  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  xxi, 
1861,  p.  342  sq.  et  xxii,  1862,  p.  513  sq.  ;  P.  Duchemin, 
Hist.  de  Bourg-Achard,  Pont-Audemer,  1890;  pour 
plus  de  détail,  voir  Cottineau,  i,  459. 

En  1689,  six  chanoines  réformés  de  Bourg-Achard 
viennent  s'installer,  suivant  les  clauses  d'un  contrat, 
à  côté  de  l'ancienne  communauté  destinée  à  dispa- 
raître progressivement.  Des  difficultés  éclatent  entre 
les  deux  groupes,  mais  bientôt  les  réformés  prennent 
le  dessus,  ouvrent  des  écoles  pour  enfants  et  s'assurent 
un  recrutement  sérieux.  En  1695,  deux  chanoines 
partent  de  Cherbourg  pour  tenter  la  réforme  de  La 
Bloutière.  Malgré  le  mauvais  vouloir  des  commenda- 
taires dont  la  cupidité  freine  le  travail  de  reconstruc- 
tion, la  vie  religieuse  se  maintient  jusqu'au  milieu  du 
xviii«  s.  On  ne  compte  pas  moins  de  huit  professions  en 
l'espace  de  deux  ans.  Malheureusement,  en  1758,  une 
invasion  anglaise  provoque  le  pillage  de  l'abbaye  et  les 


631 


CHERBOURG 


—  CHÉRI AN A 


632 


difficultés  avec  les  commendalaires  augmentent  en 
conséquence.  Dès  1764,  l'abbé  Claude-François  de 
Mury  projette  la  suppression  de  la  communauté. 
L'arrêt  définitif  est  rendu  le  12  oct.  1774.  Cinq  reli- 
gieux rentrent  dans  leur  famille,  tandis  que  trois 
d'entre  eux  se  groupent  dans  une  maison  de  Cher- 
bourg pour  continuer  la  vie  régulière.  A  cette  époque, 
les  revenus  de  l'abbaye  sont  encore  évalués  à  50  000  li- 
vres. Cf.  L.  Couppey,  op.  cit.,  1912-13. 

Liste  des  abbés  (d'après  ms.  Cherbourg  114  et  L. 
Couppey,  op.  cit.).  —  Robert,  1160-68;  Benjamin, 
1168-84;  Richard,  1185-1204;  Eudes,  1204-25;  Guil- 
laume I",  1225-35;  Roger  I"  de  Vauville,  1235-40; 
Roger  II  Poutrel,  1240-56;  Raoul  I"  Maquerel,  1256- 
66;  Richard  II  Durand,  1267-82;  Guillaume  II  de 
Getheville,  1282;  Raoul  II  Du  Clos,  1282-95;  Robertll 
de  Coudray,  1295-1331;  Robert  III  Le  Pouchin,  1332- 
49;  Guillaume  III  de  Troismonts,  1353-86;  Onfroy, 
1386-94;  Richard  III,  1394-1409;  Philippe  de  Barne- 
ville,  1409-18;  Robert  V,  1419-22;  Michel  Foubert, 
1422-31;  Jean  II  Basan,  1431-44;  Jean  III  Baudaire, 
1444-59;  Gautier  le  Blond,  1459-78;  Jean  IV  de  Ker- 
quendlam,  1478-87  ;  Thomas  Léonard,  1487-91  ;  Jean  V 
Hubert,  1492-1504;  Jean  VI  Noël,  1504-14;  Jacques 
Marette,  1514-18;  Léobin  le  Pilastre,  1552-83;  Lan- 
celot  de  Matignon,  premier  commendataire,  1583-88; 
Louis  I"  le  François  et  Robert  Eustache,  1598-1605; 
François  I"  Hotman,  1605-36;  Alexandre  Guillaume 
Le  Jay,  1636-1704;  Louis  du  Pertat  de  Villemareuil, 
1704-05;  Étienne  Valat,  1707-30;  Jean- Joseph  Le 
Normant,  1730-53;  Louis-Achille  de  Cugnac  de  Dam- 
pierre,  1753-58;  Claude-François  de  Mury,  1759-72; 
Alphonse-Hubert  Lattier  de  Bayanne,  1772-90. 

Les  archives  conservées  aux  archives  départementales 
de  la  Manche,  à  S.-Lô,  ont  été  détruites  en  1944.  On  en 
trouve  toutefois  des  copies  dans  les  mss.  Cherbourg  119, 
copie  du  XVIII»  s.;  Cherbourg  115,  cartulaire  du  xvi«  s.; 
Paris  B.  N.,  lat.  10068,  fol.  22-.37  ;  B.  N.,  nouv.  acg.  lat.  2242 
et  1649.  Histoire  manuscrite  de  l'abbaye,  par  E.  Jardin, 
ms.  Cherbourg  296  et  ms.  Cherbourg  49,  fol.  707-764.  Le 
ms.  Cherbourg  114  contient  une  copie,  faite  au  xviii"  s., 
des  coutumes  de  S. -Victor  en  usage  dans  l'aJibaye.  On  a 
perdu  la  trace  du  nécrologe  et  du  rituel  cités  par  les  anciens 
historiens. 

Gall.  christ.,  xi,  940-944.  —  A.  du  Monstier,  Neustria  pia, 
Rouen,  1663,  p.  813-816.  —  Dugdale,  Monasticon,  éd.  1830, 
vi-2,  1110-1112. —  Beaunier-Besse,  vu,  150.  —  Dubosc, 
Inv.  somm.  des  arch.  dép.  de  la  Mancfie,  série  II,  i,  S.-Lô, 
1866,  p.  295-682.  —  Fourier-Bonnard,  Hist.  de  l'abbaye 
royale  de  S.-Victor,  i,  Paris,  s.  d.,  159  et  229.  —  L.  Couppey, 
L'abbaye  de  N.-D.  du  Vœu  près  de  Cherbourg,  Évreux,  1910; 
L'abbaye  N.-D.  du  Vœu  et  ses  abbés,  dans  Rev.  cath.  de  Nor- 
mandie, 1903-1913,  passim.  Pour  plus  de  détails,  voir  Cot- 
tineau,  i,  759. 

C.  Dereine. 
CHERBURY    (Épouard- Herbert,  premier 
lord),  déiste  anglais  (1583-1648).  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2357-60. 

CHERCAMP.  Voir  Cercamp. 

1.  CHERCHEMONT  (Jean  de).  Né  à  La 
Motte-S.-Héraye  (Deux-Sèvres),  il  était  dit,  le  1 1  sept. 
1316,  clerc  et  conseiller  du  régent  Philippe  le  Long, 
et  également  chancelier  de  Charles  de  Valois  (G.  Mol- 
lat,  Lettres  communes  de  Jean  XXU,  i,  n.  944,  966).  Il 
posséda  des  canonicats  à  N.-D.  de  Paris,  à  Chartres, 
à  Ste-Radegonde  de  Poitiers,  à  S. -Martin  de  Tours,  à 
Beauvais  et  à  Autun.  Il  fut,  en  outre,  chanoine  et 
doyen  de  Poitiers,  archiprêtre  de  Melle  (Deux-Sèvres), 
chanoine  et  trésorier  de  Laon,  prévôt  de  Chalautre-la- 
Grande  (Seine-et-Marne),  et  obtint  le  personat  de 
Nibas  (Somme)  et  la  fonction  de  notaire  de  la  cour 
archiépiscopale  de  Narbonne.  Jean  XXII  le  chargea, 
avec  Renaud  de  la  Porte,  archevêque  de  Bourges, 


d'opérer  des  réformes  à  l'université  d'Orléans,  le 
7  juin.  1317  (M.  Fournier,  Statuts  et  privilèges  des 
universités  françaises,  i,  Paris,  1890,  n.  50).  Dévoué  à 
Philippe  le  Long,  il  figura  parmi  les  quinze  agents  qui 
négocièrent  secrètement  et  vainement,  en  1317,  un 
accord  avec  les  seigneurs  qui  voulaient  l'écarter  de  la 
succession  au  trône  de  France.  Devenu  roi,  Philippe  V 
le  désigna  comme  son  procureur  pour  entamer  des 
pourparlers  de  paix  avec  les  Flamands.  En  cette  qua- 
lité il  assista  à  la  conférence  tenue  à  Royal-Lieu,  près 
de  Compiègne  (11  oct.  1318);  mais  comme  celle-ci 
échoua,  il  se  rendit  à  Avignon  afin  de  provoquer  l'in- 
tervention de  Jean  XXII  (P.  Lehugeur,  Hist.  de 
Philippe  le  Long,  roi  de  France,  i,  Paris,  1897,  p.  101, 
142,  144,  332-38).  Le  roi  le  nomma  chancelier  en  janv. 
1321.  Jusqu'à  sa  mort,  survenue  le  25  oct.  1328,  Jean 
de  Cherchemont  conserva  cette  importante  charge. 
De  son  vivant,  il  fonda  la  collégiale  de  Ménigoute 
(Deux-Sèvres).  Son  neveu,  avec  lequel  on  l'a  parfois 
confondu,  lui  dut  de  multiples  honneurs  et  l'épiscopat. 

G.  MoUat,  Letlres  communes  de  Jean  XXII,  voir  la  table 
des  matières  aux  mots  Johannes  de  Cherchemont.  —  M.  Bou- 
let, Quaestiones  Johannis  Galli,  Paris,  1944,  p.  279.  — L. 
Perrichet,  La  grande  chancellerie  de  France  des  origines  à 
1328,  Paris,  1912. 

G.  Mollat. 

2.  CHERCHEMONT  (Jean  de).  —  Neveu  du 
précédent,  il  fut  chanoine  prébendier  et  chantre  de 
Ste-Radegonde  de  Poitiers  (18  févr.  1318),  chanoine 
de  Beauvais  (10  juin  1322),  chanoine  prébendier  et 
doyen  de  S.-Germain-l'Auxerrois  à  Paris  (17  févr. 
1323).  Il  posséda  aussi  un  canonicat  et  une  prébende 
à  S. -Quentin  (Aisne),  à  Vatan  (Indre)  et  à  Âlortagne 
(Orne).  Jean  XXII  lui  accorda  une  dispense  d'âge 
—  il  avait  seize  ans  —  pour  garder  la  chantrerie  de 
Ste-Radegonde  (15  mai  1319).  A  deux  reprises  diffé- 
rentes le  pape  lui  accorda  l'autorisation  d'étudier  le 
droit  civil  et  de  le  lire  (1"  janv.  1322  et  23  mars  1324); 
puis  il  le  promut  évèque  de  Troyes  le  26  avr.  1324.  Le 
prélat,  qui  n'avait  d'autre  ordre  que  le  sous-diaconat, 
n'avait  point  encore  reçu  la  consécration  épiscopale  le 
2  mai  1325;  c'était  chose  faite  le  23  juill.  Une  bulle  du 
18  févr.  1326  le  transféra  sur  le  siège  d'Amiens.  Le 
23  mars,  une  autre  lui  donnait  dispense  d'âge  pour 
gérer  son  évêché.  Le  prélat  encourut  la  suspense  et 
l'excommunication  en  n'acquittant  pas  en  temps 
voulu  les  services  communs;  il  dut  s'en  faire  relever 
le  23  juill.  1327.  LTne  autre  mésaventure  lui  arriva  : 
jusqu'en  1332,  il  cacha,  sur  le  conseil  de  son  oncle,  la 
vérité  sur  une  supercherie  qui  datait  de  loin  et  qui 
l'avait  entaché  d'irrégularité;  en  effet,  il  avait  reçu 
jadis  des  bénéfices  sans  obtenir  dispense  d'âge  et  de 
suivre  des  cours  de  droit  civil;  d'où  la  nécessité  de 
recourir  au  S. -Siège  et  de  lui  dévoiler  la  supercherie 
commise.  Jean  de  Cherchemont  mourut  le  26  janv. 
1373. 

J.-M.  Vidal,  Bull,  de  l' Inquisition  française  au  XfV  s.  et 
jusqu'à  la  fin  du  Grand  Schisme,  Paris,  1913,  p.  142-43, 
148-49  (part  prise  au  procès  d'hérésie  d'un  clerc);  Lettres 
communes  de  Benoit  XII.  —  G.  Mollat,  Lettres  communes 
de  Jean  XXII,  voir  la  table  des  matières  à  Joannes  de 
Cherchemont.  —  Gall.  christ.,  x,  1192-93;  xii,  510-11. 

G.  Mollat. 

CHÉRI.  Voir  Chéhery. 

CHÉRI  AN  A,  Xepfava,  XEppi'otva,  XEppafava, 
évêché  de  la  province  du  Lazique,  dépendant  de 
Trébizonde.  Ce  nom  est  à  la  fois  celui  d'un  village  et 
celui  de  la  contrée  environnante,  située  au  sud-ouest 
de  Trébizonde  et  au  nord-ouest  d'Erzincan.  Il  paraît 
pour  la  première  fois  dans  les  listes  épiscopales  au 
x«  s.,  comme  protothronos  de  Trébizonde  (H.  Geizer, 
Ungedruckte  und  ungeniigend  verôffentlichte  Texte  der 
Notitiae  episcopaluum,  dans  Abh.  der  k.  bayer.  Akad. 


633 


CHÉRIA  NA 


C  H  É  R  O  N 


634 


der  Wiss.,  1.  I,  xxi,  sect.  m,  Munich,  1900,  p.  576). 
Cet  évêché  disparut  probablement  lors  de  la  conquête 
turque  et  fut  uni  à  celui  de  Chaldia  (voir  ce  mot).  On 
ne  connaît  ni  son  histoire  ni  le  nom  d'aucun  des  pré- 
lats qui  en  occupèrent  le  siège. 

Le  titre  de  Chériana  a  été  conféré  dans  l'Église 
romaine  sous  la  forme  Caraciensis.  Théobald,  O.  F.  M., 
13  nov.  1363-5  nov.  1365.  —  Evrard  de  Muisgen, 
O.  Carm.,  22  janv.  1397-t  1400,  sufiragant  à  Cologne. 

—  Henri  de  Wynter,  O.  S.  A.,  24  nov.  1400-?,  auxi- 
liaire en  plusieurs  diocèses.  —  Bernard  Foiardi, 
O.  F.  M.,  18  déc.  1437. 

Chrysanthe  Philippidès, 'H  'EKKATitrfa  TponrejoOvTOS,  dans 
'ApxEîov  nôvTou,  v-vi,  16.3.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  389. 

R.  Janin. 

CHERLIEU,  Carus  locus,  Kari  locus,  célèbre 
abbaye  cistercienne  au  dioc.  de  Besançon,  sur  la 
comm.  de  Montigny-lez-Cherlieu  (Hte-Saône).  Fondée 
par  Réginald  III,  comte  de  Bourgogne,  en  1127,  elle 
aurait  été  occupée  deux  ou  trois  ans  par  des  chanoines 
réguliers,  mais  donnée  ensuite  à  S.  Bernard,  qui  y 
envoya  ses  moines  claravalliens.  Elle  prit  rapidement 
de  magnifiques  accroissements;  son  personnel  attei- 
gnit parfois  le  chiffre  de  600.  Cinq  abbayes  filles  furent 
créées  durant  ce  même  xii«  s.  :  Acey  en  1136,  Haute- 
rive  en  1138,  le  Gard  en  1139,  Hautcrêt  en  1143  et 
Beaulieu-en-Bassigny  en  1170.  Cherlieu  a  compté  des 
hommes  remarquables  au  nombre  de  ses  abbés;  l'un 
d'eux  fut  élu  à  Clairvaux  en  1312,  un  autre  passe  à 
Morimond  et  de  là  à  Cîteaux  en  1503,  pour  succéder 
à  Jean  de  Cirey.  Les  épreuves  cependant  n'ont  pas 
manqué  ;  la  guerre  de  Cent  Ans  fait  passer  et  repasser 
les  armées  sur  Cherlieu;  les  années  1336,  1339,  1359, 
1431  furent  fatales.  En  1636,  les  Suédois  ravagent  la 
vaste  et  antique  église. 

A  cette  époque  les  difficultés  avec  les  abbés  com- 
mendataires  duraient  déjà  depuis  un  siècle.  Charles 
de  Brassey,  premier  commendataire  (1515),  prétend 
exercer  la  juridiction  spirituelle  sur  la  communauté 
et  nomme  prieur  Humbert  Cordienne.  Grand  émoi  au 
chapitre  général  de  1523.  Claude  de  La  Baume,  arche- 
vêque de  Besançon  et  commendataire  de  Cherlieu 
(1546),  fit  la  même  tentative,  puis  retira  le  prieur  de 
son  choix,  Nicolas  Guérin,  pour  en  faire  son  évêque 
auxiliaire.  En  1768,  l'abbaye  ne  comptait  plus  que 
dix  religieux;  ce  groupe  restreint  ne  sut  pourtant  pas 
se  dérober  à  l'engouement  général  de  l'époque  et  vou- 
lut à  tout  prix  rebâtir  en  style  nouveau.  La  Révolu- 
tion de  1793  arrêta  les  travaux.  Église  et  bâtiments 
devinrent  une  carrière  ouverte  où  l'on  vint  s'appro- 
visionner de  matériaux  de  construction.  L'ancienne 
propriété  monastique  est  depuis  lors  «  la  forêt  doma- 
niale de  Cherlieu  ». 

Série  des  abbés:  1.  Guy  I",  1131  (cf.  P.  L.,  clxxxii, 
1121,  Praefatio  seu  Tract,  de  Cant.,  qui  est  de  lui  plus 
que  de  S.  Bernard).  —  2.  Luc,  1162,  f  vers  1175.  — 
3.  Pierre  I",  1179.  —  4.  Guy  II,  1188.  —  5.  Gabaud, 
1196.  —  6.  Galo,  1209.  —  7.  Guy  III,  1214-26.  —  8. 
Réginald,  démissionna  en  1227,  t  1228.  —  9.  G.,  1229. 

—  10.  Albéric,  1241.  —  11.  Guillaume  I",  1242.  — 
12.  Bésonce,  1255.  —  13.  Simon,  1264.  —  14.  Gau- 
thier, 1275.  —  15.  Jean  I",  1277.  —  16.  Richard, 
1304.  —  17.  Guillaume  II,  élu  à  Clairvaux  en  1312. 

—  18.  Thibaut,  1314.  —  19.  Jean  II,  1317-20.  —  20. 
Réginald  II,  1323,  1328.  —  21.  Arnoul,  déposé  par  le 
chapitre  général.  —  22.  Guy  IV  de  Caudenay,  1338.  — 
23.  Nicolas  de  Campignolle,  1341,  t  1357.  —  24.  Odon 
de  Pierrefltte,  1358,  t  1365.  —  25.  Jean  III,  1369.  — 
26.  Guy  V  de  Pierrefltte,  1393-96.  —  27.  Jean  IV  de 
Vaux,  1396-1400.  —  28.  Jean  V  d'Aynans,  1400-10. 

—  29.  Laurent,  1412.  —  30.  Étienne.  —  31.  Jacques  I" 
de  Montigny,  t  1456.  —  32.  Jean  VI,  f  1459.  —  33. 
Égide  de  La  Tour.  —  34.  Drouhet  Henrion,  1483, 


déposé  par  le  chapitre  général  pour  dilapidation.  — 
35.  Jacques  II  de  Pontailler,  1491,  élu  à  Morimond  en 
1495,  à  Cîteaux  en  1503.— 36.  Matthieu  Six,  1496.— 
37.  Remi  Morelot,  1500.  —  38.  Charles  de  Brassey, 
1515,  commendataire.  —  39.  Claude  de  Nicey,  1522, 
t  1546.  —  40.  Claude  de  La  Baume,  archev.  de  Be- 
sançon, 1546.  —  41.  Prosper  de  La  Baume-Montrevel, 
1579-99.  —  42.  Ferdinand  de  Rye,  archev.  de  Be- 
sançon, 1599.  —  43.  François  de  Rye,  archev.  de 
Besançon,  t  1637.  —  44.  Pierre  de  Cléron,  1639.  —  45. 
Antoine-François  de  Blitterswyck  de  Moncley,  1694, 
t  1734.  —  46.  Louis  de  Berton  de  Crillon,  archev.  de 
Narbonne,  1734-51.  —  47.  N.  Playcart  de  Rayge- 
court,  év.  d'Aire,  1758.  —  48.  Matthieu  Poncet  de  la 
Rivière,  év.  de  Troyes,  1758-80.  —  49.  Matthieu- 
Jacques  de  Vermont,  1790;  il  touchait  40  000  livres 
de  l'abbaye. 

Archives  :  dép.  de  Hte-Saône,  96  art.,  H  246;  cartulaire 
(1127-1209),  copie  du  XVII'  s.;  inventaire  général. —  Quel- 
ques pièces  dans  les  arch.  dép.  du  Doubs,  du  Jura,  du  Nord 
(28  H,  n.  4,  33).  —  Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  10  973,  cartu- 
laire XIII'  s.;  coll.  Bourgogne,  ms.  119,  fol.  10;  coll.  Moreau, 
ms.  873,  fol.  328,  446,  874.  —  Ste-Geneviève,  ms.  1253  : 
lettre  de  Matthieu  Six,  1498.—  Besançon,  bibl.  municipale, 
ms.  1215,  fol.  136  ter  :  anniversaires  à  célébrer; coll. Chifllet, 
ms.  49,  fol.  39;  coll.  Droz,  ms.  41,  fol.  121  :  donations  de 
1150-1214;  coll.  Dunand,  ms.  30,  p.  483;  coll.  Duvernoy, 
ms.  39,  fol.  50;  ms.  77,  fol.  144, 169,  326,  363.  —  M.  Aubert, 
L'archil.  cisterc.  en  France,  i-ii,  Paris,  1943,  passim.  — 
L.  Besson,  Mém.  hist.  sur  l'abbaye  de  Cherlieu,  Besançon, 
1847.  —  Chatelet,  Les  monuments  de  l'abbaye  de  Cherlieu, 
1885-86.  —  Cottineau,  760.  —  Denifle,  Désolation...,  i, 
383;  II,  52,  53,  248.  —  J.  Finot,  Les  derniers  mainmortables 
de  l'abbaye  de  Cherlieu,  1881.  —  Gall.  christ.,  xv,  252.  — 
Janauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  19.  —  H.  Hirsch, 
Die  elsâssisch-burgundischen  Zisterzienser-Privilegien.  Frie- 
drich I.,  1938.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642, 
année  1131,  v,  1.  —  Martène,  Voyage  litt.,  i,  138.  —  Pot- 
thast,  Reg.,  241.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii, 
éd.  de  Louvain,  1933-41.  —  Stein,  Cartulaires  français, 
Paris,  1907,  n.  931,  932. 

J.-M.  Canivez. 

CHÉRON  (Saint),  ou  Cheron  (on  ne  tient  pas 
compte  à  Chartres  de  l'accent  aigu),  Caraunus.  Si 
l'antiquité  du  culte  rendu  à  Chartres  au  martyr  S. 
Chéron  est  une  chose  bien  avérée,  on  n'en  saurait  dire 
autant  des  faits  de  l'histoire  de  ce  saint  personnage 
telle  qu'on  la  lit  dans  ses  Actes.  Ce  document  que  l'on 
attribue  avec  vraisemblance  au  ix^  s.,  et  que  l'on 
trouve,  dès  le  x«,  dans  un  lectionnaire  chartrain, 
paraît  avoir  été  composé  dans  l'abbaye  de  la  banlieue 
chartraine  où  l'on  vénérait  le  tombeau  du  saint.  Voici 
ce  qu'on  lit  dans  ce  récit. 

Chéron,  issu  d'une  illustre  famille  romaine,  résolut, 
après  de  brillantes  études,  de  se  consacrer  au  Seigneur. 
Après  avoir  refusé  de  se  marier,  il  entra  dans  le  clergé, 
où  il  monta  jusqu'au  «  sixième  degré  »,  ce  que  l'on 
entend  d'ordinaire  du  diaconat.  Désireux  de  prêcher 
l'Évangile,  il  en  reçut  la  mission  de  S.  Clément,  comme 
S.  Pothin  et  S.  Denis.  Il  s'arrêta  d'abord  dans  une  île 
de  la  Méditerranée,  puis  à  Marseille  et  à  Lyon,  mar- 
quant son  passage  par  des  conversions  et  des  miracles. 
De  Lyon  il  se  rendit  à  Chartres  où  il  trouva  un  très 
petit  nombre  de  chrétiens  et  une  grande  multitude  de 
païens.  Le  narrateur  ne  raconte  qu'un  fait  se  rappor- 
tant au  séjour  du  saint  à  Chartres  :  la  guérison  d'un 
paralytique.  Avec  quelques  disciples,  il  se  dirigea 
vers  Paris,  mais,  non  loin  de  Chartres,  ses  compagnons 
ayant  fui,  il  fut  décapité  par  des  voleurs.  On  retrouva 
son  corps  près  de  Chartres,  sur  une  hauteur  dominant 
la  vallée  de  l'Eure,  en  un  lieu  où  il  avait  exprimé  le 
désir  de  recevoir  la  sépulture. 

Il  est  bien  difTicile  de  savoir  ce  qu'il  peut  y  avoir 
d'historique  dans  ce  récit,  et  même  à  quelle  époque  il 
convient  de  placer  la  mort  de  S.  Chéron.  Les  bollan- 


635 


CHÉRON 


—  CHERSONNÈSE 


636 


distes  n'ont  pas  cru  qu'il  ait  vécu  avant  le  v«s.;  Baillet 
a  placé  son  martyre  vers  la  fin  de  ce  même  siècle.  Il 
n'y  a  même  pas  à  discuter  l'opinion  de  ceux  qui  ont 
voulu  faire  de  S.  Chéron  un  évêque  de  Chartres. 

En  somme,  le  cas  de  S.  Chéron  est  un  cas  assez 
banal  en  hagiographie.  On  a  honoré  le  tombeau  d'un 
saint  personnage  dont  l'histoire  ne  tarda  pas  à  s'ou- 
blier; plus  tard,  on  a  comblé  cette  lacune  au  moyen 
d'une  œuvre  d'imagination  utilisant  peut-être,  mais 
dans  une  mesure  impossible  à  déterminer,  quelques 
données  traditionnelles.  Une  basilique  fut  élevée,  dès 
le  vi''  s.,  sur  son  tombeau;  elle  fut  desservie  par  des 
moines,  ensuite  par  des  clercs,  puis,  depuis  le  xii«  s. 
jusqu'à  la  Révolution,  par  des  chanoines  réguliers. 
Probablement  dès  l'époque  mérovingienne,  mais  sûre- 
ment dès  le  ix''  s.,  le  tombeau  de  S.  Chéron  était  un 
lieu  de  pèlerinage.  La  principale  fête  du  saint  était  et 
est  encore  célébrée  dans  le  diocèse  de  Chartres  le 
28  mai;  outre  cette  fête  on  solennisait  dans  l'abbaye 
une  translation,  à  la  date  du  18  oct.  S.  Chéron  est 
mentionné  dans  le  martyrologe  d'Usuard.  Son  culte 
est  passé  du  diocèse  de  Chartres  dans  d'autres  dio- 
cèses, notamment  dans  celui  de  Paris. 

A.  S.,  mai,  vi,  749-754.  —  Clerval,  Les  écoles  de  Char- 
Ires,  1895,  p.  28.  —  Souchet,  Hist.  du  dioc.  et  de  la  ville  de 
Chartres,  ouvrage  du  xvii«  s.  publié  de  1866  à  1873,  i, 
320-34. 

Y.  Delaporte. 

1.  CHERSONNÈSE  (Xepaôvriaoç  ou  mieux 
Xeppôvrjaoç),  évêché  de  CRÈTE,  dépendant  de  Gor- 
tyne.  Il  existait  trois  villes  de  ce  nom  dans  l'île.  Celle 
qui  fut  dotée  d'un  évêché  se  trouvait  sur  la  côte  nord, 
à  25  km.  de  Cnossos.  Ses  ruines  sont  encore  visibles 
près  des  villages  de  Chersonésos  et  d'Episcopiano. 
L'évêché  existait  de  façon  certaine  depuis  le  v«  s.  On 
voit  en  effet  plusieurs  de  ses  titulaires  prendre  part 
aux  conciles  de  cette  époque.  Il  disparut  pendant  que 
les  Vénitiens  furent  maîtres  de  l'île  (1204-1669),  ou 
plutôt  il  fut  remplacé  par  un  évêché  latin  du  nom  de 
Chironensis,  Kironensis,  Kyronensis.  La  succession 
orthodoxe  reprit  après  la  conquête  turque.  L'évêché 
fut  uni  à  la  métropole  en  1838,  rétabli  en  1842  et 
définitivement  supprimé  en  1900. 

Voici  quels  sont  les  titulaires  grecs  sur  lesquels  on 
possède  des  renseignements  certains.  Andérius  assista 
au  concile  d'Éphèse  (431;  Mansi,  iv,  1216  B,  1365  B; 
VI,  872  C).  —  Longin  était  au  Brigandage  d'Éphèse 
(449;  ibid.,  vi,  612  A)  et  au  synode  réuni  à  Constanti- 
nople  un  peu  plus  tard  {ibid.,  vi,  749  B,  756  B).  — 
Euphratas  signa  la  lettre  des  évêques  de  la  province 
à  l'empereur  Léon  à  propos  du  meurtre  de  Protérius 
d'Alexandrie  (458;  ibid.,  vu,  622  D).  —  Sisinnius  I" 
prit  part  au  concile  in  Trullo  (692;  ibid.,  xi,  996  A).  — 
Sisinnius  II  était  au  second  concile  de  Nicée  (787; 
ibid.,  XIII,  145  B,  392  A).  —  La  période  moderne  n'est 
guère  plus  fournie  en  titulaires.  Vers  la  fin  du  xvii«  s., 
Raphaël,  ancien  évêque  de  Chersonnèse  de  Crète, 
était  proédros  ou  administrateur  du  patriarcat  d'Och- 
rida,  dont  il  devint  titulaire  le  8  juin  1699  (H.  Gelzer, 
Der  Patriarchat  von  Ochrida,  Leipzig,  1902,  p.  77-80). 

—  Nicéphore  occupait  le  siège  en  1701  (A.  Papado- 
poulos-Kérameus,  "l£pocroÂu|jiTiTiKTi  piêXio6r)Kri,  iv, 
301).  —  Nectaire,  en  1725  (Revue  de  l'Orient  Latin, 
1893,  p.  314).  —  Gérasime  Calognomon,  1788  (M.  Gé- 
déon,  norrpiapxiKai  ècpTmepîSEÇ,  Athènes,  1937,  p.  348). 

—  Mélétios,  ?-t  avant  janv.  1870  ('EKKXriaïaaTiKfi 
'AAfiÔEia,  II,  634).  —  Timothée  Castrinoyoannakès, 
20  janv.  1870-20  sept.  1882  (ibid.,  xvi,  424).  —  Denys, 
déc.  1882-11  mars  1896.  —  Agathange,  11  mars  1896, 
transféré  en  sept.  1900.  L'évêché  fut  alors  supprimé. 

Évêques  résidentiels  latins  :  Marin,  7  oct.  1252-?.  — 
Paganus,  19  avr.  1257-?.  —  Léonard,  vers  1290- 
t  avant  févr.  1306.  —  Boniface  Donoraticus,  O.  P., 


17  févr.  1306-1328.  —  Jean,  administrateur,  4  juill. 
1328-?.  —  François,  ?-t  avant  oct.  1359.  —  Jean  de 
Canali,  O.  F.  M.,  21  oct.  1359-t  avant  juill.  1374.  — 
André  Lorenzo,  O.  F.  M.,  14  juill.  1394-t  avant  sept. 
1398.  —  François  Pavoni,  26  sept.  1398-8  févr.  1406. 
—  Jacques,  1^'  mars  1406-?.  —  Nicolas  Catanigo, 
3  mars  1410-t  avant  mai  1428.  —  François  Premarino, 
17  mai  1428-1465.  —  Marc  de  Nona,  15  févr.  1465- 
1483.  —  Nicolas  de  Monte,  14  févr.  1483-1521.  — 
j  François  Dandolo,  2  oct.  1521-1526.  L'évêché  fut 
j  uni  à  celui  d'Ario  (Agrion)  le  17  oct.  1527,  union  con- 
firmée le  18  févr.  1537.  —  Marc  Adantino,  O.  F.  M. 
Obs.,  20  févr.  1538-?.  —  Tite,  1549.  —  Jean-François 
Verdura,  7  juin  1549-t  1572.  —  Jules  Floretti,  O.F.M., 
5  sept.  1572-t  1587.  —  Jean-Baptiste  Bernini,  O.F.M. 
Conv.,  7  aoiît  1587-?.  —  Dominique  Mudaccio,  10  oct. 
1605-?.  —  Pierre,  dernier  évêque  résidentiel,  1605?- 
1637. 

Évêques  titulaires  latins  :  Jean  de  Rossi,  24  mars 
1634-24  oct.  1657,  coadjuteur  à  Céphalonie.  —  Victor- 
Antoine  de  Glutz,  29  mai  1802-?,  auxiliaire  à  Bàle.  — 
Baron  Casimir  Haefïlin,  1810-18  avr.  1818,  ministre 
de  Bavière  à  Rome.  —  Jean-Théodore  Laurent, 
25  févr.  1842-t  20  févr.  1884,  vicaire  apostolique  de 
Luxembourg.  —  Holowinski,  1850-?,  suffragant  de 
Mohilew  à  S.-Pétersbourg.  —  Marc  Chatagnon, 
M.  E.  P.,  25  janv.  1887-t  26  nov.  1920,  vicaire  aposto- 
lique du  Su-Tchuen  méridional.  —  Raphaël  Balanza 
Navarro,  13  août  1923-2  mars  1928,  auxiliaire  à 
Tolède.  —  Antoine  Cardona  Riera,  10  mars  1928, 
coadjuteur  à  Majorque. 

Le  Quien,  i,  269-72.  — •  Smith,  Dictionary  o/  Greek  and 
Roman  Geography,  i,  607.  —  Burchner,  dans  Pauly-Wis- 
sowa,  III,  2251-52.  —  MEyàXri  èXXriviKf)  êyKUKAo-rraiSela, 
xxiv,  575.  —  Eubel,  i,  192;  ii,  142;  m,  181.  —  Ann.  pont., 
1916,  p.  389.  —  Germain  de  Sardes,  'E-rriaKOTriKol  KaTàÂoyoi 
Tfjs  'EKKAr|CTla5  Kpi^Tr|ç,  dans  'EKKAriaiotCTTiKbs  «Pàpos,  xxxv, 
1936,  p.  97-101. 

R.  Janin. 

2.  CHERSONNÈSE  (Xepa6vTiaos),  évêché  de 
la  province  d'EUROPE,  dépendant  d'Héraclée.  Cette 
bourgade,  qui  n'eut  jamais  aucune  importance,  se 
trouvait  au  commencement  de  la  presqu'île  de  Galli- 
poli,  aux  environs  d'Hexamili.  L'évêché  ne  fut  peut- 
être  établi  qu'au  iv^  ou  au  v«  s.  On  ne  lui  connaît  qu'un 
seul  titulaire,  Pierre,  qui  assista  au  Brigandage 
d'Éphèse  (449;  J.  Fleming,  Akten  der  ephesinischen 

I  Synode  vom  Jahre  449  syrisch,  1917,  p.  9,  1.  18).  On 
j  ignore  à  quelle  époque  disparut  ce  siège  qui  figure 
:  cependant  sur  les  listes  épiscopales  jusqu'au  milieu 
du  x«  s.,  puisqu'on  le  retrouve  dans  la  Nova  Tactica 
de  Constantin  Porphyrogénète  (H.  Gelzer,  Georgii 
Cyprii  descriptio  orbis  Romani,  Leipzig,  1890,  p.  63), 
mais  qui  disparaît  dans  les  suivantes.  On  n'a  même 
pas  d'exemple  que  l'Église  grecque  de  Constantinople 
l'ait  conféré  comme  titulaire.  Il  en  est  de  même  dans 
l'Église  romaine. 

Le  Quien,  i,  1127-28. — •  Smith,  Dictionary  of  Greek  and 
Homan  Geography,  i,  608.  —  Burchner,  dans  Pauly-Wis- 
sowa,  m,  2251-52.  —  ME/dAr)   éXXriviK^i  éyKUKAoTraiSeia, 
i  XXIV,  575. 

R.  Janin. 

3.  CHERSONNÈSE  (XepCTOvvi^aoç,  Xepacbv 
pour  les  Bj'zantins),  évêché  de  la  province  de  ZÉ- 
CHIE,  puis  archevêché  indépendant  et  enfin  métro- 
pole. Cette  ville,  fondée  par  une  colonie  dorienne, 
occupait  l'emplacement  de  Khorsun,  près  de  Sébas- 
topol  en  Crimée,  et  n'a  aucun  rapport  avec  le  moderne 
Kherson  d'Ukraine.  Elle  passa  entre  les  mains  de 
plusieurs  peuples  et  fut  au  Moyen  Age  le  centre  d'un 
petit  État  qui  gravitait  dans  l'orbite  de  l'Empire 
byzantin.  Justinien  II  y  fut  relégué  par  Léonce  en  695 
et  le  césar  Nicéphore  par  son  frère  Léon  IV  Khazare. 


637 


CHERSONNÈSE 


—  CHERTSEY 


638 


en  775.  Théophile  en  fit  la  capitale  d'un  thème  qui 
porta  le  même  nom.  Les  Tatares  s'emparèrent  de  la 
ville  en  1427  et  les  Turcs  la  détruisirent  en  1475;  ils 
employèrent  les  matériaux  à  la  construction  de 
Sébastopol. 

L'évêché  fut  promu  de  bonne  heure  à  la  dignité 
d'archevêché,  puisqu'il  paraît  comme  tel  dans  la  plus 
ancienne  liste  épiscopale  que  l'on  connaisse,  celle  du 
Pseudo-Épiphane,  où  il  occupe  la  24«  place  (H.  Gelzer, 
Ungedruckte  und  ungenûgend  verôjfenlliche  Texte  der 
Nolitiae  episcopatuum,  dans  Abh.  der  k.  bayer.  Akad. 
der  Wiss.,  cl.  I,  xxi,  sect.  m,  Munich,  1900,  p.  535). 
Il  est  le  25«  dans  celle  de  806-15  (G.  Parthey,  Hiero- 
clis  Synecdemus  et  notitiae  graecae  episcopatuum,  Ber- 
lin, 1866,  p.  165),  le  24^  dans  celle  de  Basile  l'Armé- 
nien (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii  descriptio  orbis  Romani, 
Leipzig,  1890,  p.  4),  le  19^  dans  celle  de  Léon  le  Sage 
(H.  Gelzer,  Ungedruckte...,  551),  le  21i^  dans  la  Noua 
Tactica  (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii...,  60),  le  22^  dans 
la  liste  de  Jean  Tzimiscès  (H.  Gelzer,  Ungedruckte..., 
570).  Enfin  Cherson  est  la  65«  métropole  sous  Andro- 
nic  II,  après  avoir  occupé  la  53«  place  (H.  Gelzer. 
Ungedruckte...,  599),  la  52«  sous  Andronic  III  {ibid,, 
608).  On  ne  la  retrouve  pas  dans  la  liste  de  la  fin  du 
xve  s.,  la  ville  étant  alors  détruite  par  les  Turcs. 

On  connaît  quelques  faits  concernant  Cherson  au 
xiv»  s.  Sous  le  patriarche  Jean  XIV  Calécas  (1337-47), 
le  métropolite  Jérémie  promet  de  rester  dans  son 
éparchie  (Miklosich-Miiller,  Acta  et  diplomata  graeca 
Medii  Aevi,  i,  184).  En  juill.  1365,  Ignace,  évêque  de 
Nysse,  est  transféré  à  Cherson  {ibid.,  475).  Il  ne  dut 
pas  occuper  longtemps  ce  siège,  puisqu'en  oct.  1368 
le  diocèse  est  confié  au  métropolite  de  Gothie  (ibid., 
500-01).  Thaddée  signe  le  décret  proclamant  l'inno- 
cence du  patriarche  Macaire  et  la  déposition  d'An- 
toine (août  1390;  ibid.,  ii,  143-47).  Vers  l'an  1400,  le 
hiéromoine  Macaire  est  nommé  à  Cherson  par  le 
patriarche  Matthieu  l"  (ibid.,  ii,  541).  Les  métropo- 
lites de  Cherson  eurent  à  plusieurs  reprises  des  contes- 
tations territoriales  avec  leurs  voisins.  En  sept.  1382, 
le  synode  de  Constantinople  faisait  restituer  à  la 
métropole  de  Sougda  la  localité  dite  Elisos  et  d'autres 
encore,  qui  lui  appartenaient  (ibid.,  ii,  42-44).  Par 
contre,  en  août  1385,  le  patriarche  Nil  soumettait  au 
métropolite  de  Cherson  l'Église  de  Cinsanos,  bien 
qu'elle  fît  partie  de  l'éparchie  de  Sougda,  et  ce  décret 
était  approuvé  par  le  synode  permanent  en  mars  1386 
(ibid..  Il,  69-70,  71-74);  et  en  août  1390,  le  synode 
lui  rendait  les  territoires  que  lui  avaient  enlevés  des 
décrets  synodaux  précédents  (ibid.,  ii,  148-50).  En 
nov.  1384,  le  synode  avait  donné  au  métropolite  de 
Sougda  et  au  hiéromoine  Isidore  les  pouvoirs  néces- 
saires pour  arbitrer  un  dilîérend  entre  le  métropolite 
de  Cherson  et  son  collègue  de  Gothie  (ibid.,  n,  67-68). 
Enfin,  le  6  nov.  1396,  le  métropolite  de  Cherson  était 
convoqué  devant  le  synode  de  Constantinople  pour  y 
répondre  d'une  permission  de  mariage  en  cinquièmes 
noces  qu'il  avait  accordée  (ibid.,  ii,  270). 

Cherson  eut  des  évêques  d'assez  bonne  heure.  Cinq 
d'entre  eux,  Eugène,  Elpidius,  Agathodore,  Capito  et 
Aedesius,  s'étaient  succédé,  d'après  la  tradition,  avant 
S.  Basile  (fin  du  in«  s.),  fêté  le  7  mars  (A.  S.,  mars,  i, 
640  E;  H.  Delehaye,  Synaxaire  de  Constantinople, 
517).  —  On  trouve  ensuite  Étienne  au  concile  de 
553  (Mansi,  ix,  396  A).  —  S.  Éphrem  (?  s.)  fait  le 
récit  d'un  miracle  de  S.  Clément  (P.  G.,  lxvi,  183-90). 
—  Georges  prit  part  au  concile  in  Trullo  (692;  Mansi, 
XI,  992  D).  Ce  Georges  est  peut-être  celui  qui  fut  un 
des  acteurs  de  la  translation  des  reliques  de  S.  Clé- 
ment (A.  S.,  mars,  ii,  21  AB).  —  Paul  assista  au 
concile  qui  réhabilita  Photius  (879;  Mansi,  xvii-xviii, 
373  C).  —  Théodore  signa  le  décret  d'Alexis  Comnène 
sur  les  images  (1092?;  P.  G.,  cxxvii,  973  C).  —  Théo- 


phane  prit  part  à  la  déposition  du  patriarche  Cosmas 
Atticus  (26  févr.  1147;  L.  Allatius,  Z)e  consensu,  ii,  12). 
—  N.  était  un  des  membres  du  synode  tenu  par  le 
patriarche  Jean  Beccos,  le  3  mai  1290  (ibid.,  m,  1, 
n.  5).  —  Jérémie,  vers  1340  (v.  ci-dessus).  —  Ignace, 
juill.  1365-?  (v.  ci-dessus).  —  Thaddée,  août  1390 
(v.  ci-dessus).  —  Macaire,  vers  1400  (v.  ci-dessus).  — 
N.,  sacré  par  le  patriarche  Métrophane  (Syropoulos, 
Hist.  concilii  Florentini,  sect.  xii,  c.  4). 

Depuis  que  la  métropole  a  disparu,  le  titre  de  Cher- 
son ne  semble  pas  avoir  été  conféré  dans  l'Église 
grecque.  On  en  trouve  au  moins  quatre  exemples  dans 
l'Église  romaine  :  Richard  Anglicus,  O.  P.,  13  juill. 
1333-?.  —  Donald  Aloys  Mackintosh,  11  juin  1912- 
t  8  oct.  1919,  coadjuteur  de  Glascow.  —  Jean-Bède 
Cardinale,  O.  S.  B.,  25  juill.  1922-1"  déc.  1933,  nonce 
en  Argentine.  —  Albert  Levame,  21  déc.  1933,  nonce 
à  San  Salvador. 

Le  Quien,  i,  1329-32.  —  MEyàAri  ÉAXriviKfi  êyKUKAoTraiSeia, 
XXIV,  576.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  389.  —  Miklosich-MuUer, 
op.  et  lac.  cit. 

R.  Janin. 

CHERTSEY  (Saint-Pierre  de),  Cerotaesei,  id 
est  Ceroti  insula  (Bède);  Certeseya,  i.  e.  Cirotis  insula 
(charte  de  fondation);  Cirotesegt,  Certeseig,  Cerotiz, 
Ceortesige,  Certesia  (1092);  Certes,  abbaye  bénédictine 
située  dans  l'ancien  diocèse  de  Winchester,  aujour- 
d'hui dans  celui  de  Southwark,  au  comté  de  Surrey, 
sur  la  Tamise,  n'atteignit  jamais  une  grande  célébrité. 
Elle  fut  fondée  en  666  par  Frithwald,  subregulus  de 
Surrey,  sous  le  roi  de  Mercie  Ulfar,  et  eut  pour  pre- 
mier abbé  Erconwald,  plus  tard  évêque  de  Londres 
(Bède,  Hist.  eccl.,  iv,  6).  La  charte  de  fondation  spécifie 
les  possessions  et  les  limites  territoriales  de  l'abbaye  : 
elle  fut  confirmée  par  Ulfar  et  par  ses  successeurs  Offa 
en  787,  Ethelwulf  en  827,  Athelstan  en  993.  Le  pape 
Agathon  (678-82)  accorda  de  son  côté  une  bulle  de 
confirmation  que  rapporta  de  Rome  Erconwald,  lors 
de  son  élévation  au  siège  métropolitain.  L'histoire  a 
conservé  peu  de  chose  concernant  l'abbaye  pendant 
les  premiers  siècles  de  son  existence,  moins  encore  sur 
la  manière  dont  la  règle  monastique  y  était  observée. 
Durant  la  seconde  moitié  du  ix«  s.,  elle  eut  beaucoup 
à  souffrir  des  incursions  danoises  :  finalement  les 
envahisseurs  massacrèrent  l'abbé  Beocca,  le  prêtre 
Ethor  et  90  moines,  brûlèrent  l'église  et  les  bâtiments 
claustraux  et  saccagèrent  les  terres. 

La  restauration  se  fit  environ  un  siècle  plus  tard, 
vers  964,  lorsque  l'ancien  abbé  d'Abingdon,  Ethel- 
wold,  fut  devenu  évêque  de  Winchester.  Avec  S. 
Dunstan,  archevêque  de  Cantorbéry,  et  S.  Oswald, 
évêque  de  Worcester,  il  fut  l'un  des  grands  promoteurs 
de  la  réforme  monastique  en  Angleterre  au  x«  s.  et 
mérita  d'être  appelé  «  le  Père  des  moines  ».  Sur  l'in- 
tervention du  roi  Edgar,  les  clercs  qui  occupaient  le 
lieu  durent  céder  la  place  à  une  colonie  de  douze 
moines  envoyés  d'Abingdon;  Ordbricht,  précédem- 
ment moine  à  Glastonbury  puis  à  Abingdon,  fut  leur 
abbé.  L'un  de  leurs  premiers  soins  fut  de  relever  les 
ruines  de  l'antique  abbaye  et  de  réunir  en  une  châsse 
de  bois  les  reliques  des  moines  massacrés  un  siècle 
plus  tôt. 

Durant  le  xi*  s.,  l'abbaye  jouit  de  la  faveur  royale  : 
elle  reçut  des  donations  nouvelles  d'Édouard  le  Con- 
fesseur, qui  furent  ratifiées  par  Guillaume  le  Conqué- 
rant, dont  les  successeurs  ajoutèrent  encore  aux  géné- 
rosités précédentes.  On  note  toutefois  que  durant  les 
dernières  années  de  Guillaume  le  Roux  le  siège  abba- 
tial a  été  rendu  vacant  et  que  les  revenus  vont  à  la 
Couronne. 

En  1077,  sous  l'épiscopat  de  S.  Wulfstan  à  Worces- 
ter, Chertsey  faisait  partie  d'une  confraternité  qui 
unissait  les  abbayes  de  Worcester,  Evesham,  Glouces- 


639 


CHER 


TSEY 


640 


ter,  Pershore,  Winchcombe  et  Bath  (Vita  Wulfstani). 
Il  semble  que  l'abbaye  ait  prétendu  à  une  dépendance 
directe  de  Rome,  au  moins  en  une  certaine  mesure  : 
en  1192  elle  figure  sur  la  liste  de  Censius  comme  acquit- 
tant une  taxe  au  S. -Siège,  et  en  plusieurs  cas  elle  porta 
ses  litiges  devant  la  Cour  de  Rome,  pour  bientôt  y 
renoncer  d'ailleurs  en  raison  des  frais  trop  élevés.  Dans 
la  première  moitié  du  xii«  s.  elle  avait  essayé  de  reven- 
diquer les  droits  de  l'exemption,  mais  dans  l'impossi- 
bilité de  produire  une  bulle  pontificale  d'authenticité 
certaine,  elle  avait  renoncé  à  poursuivre  son  dessein. 

Au  xiii"^  s.,  elle  fonde  un  prieuré  ou  celle  à  Cardigan, 
sur  des  terres  qui  lui  ont  été  données  par  un  seigneur 
du  Pays  de  Galles  et  qu'elle  gardera  jusqu'à  la  sup- 
pression. A  la  fin  du  même  siècle,  la  Taxalio  Nicholai 
papae  estime  à  £  135.19.8  les  revenus  que  l'abbaye 
tire  de  ses  manoirs,  à  quoi  il  faut  ajouter  £  15  prove- 
nant d'églises  situées  à  Londres  ou  dans  le  diocèse  de 
Salisbury. 

Dès  cette  époque  Chertsey  connaît  la  gêne  finan- 
cière :  c'est  d'ailleurs  un  fait  général  que  l'appauvris- 
sement des  maisons  religieuses  durant  les  trois  siècles 
qui  précédèrent  la  Réforme.  Les  raisons  de  cette  gêne 
sont  très  diverses  :  les  charges  d'hospitalité  devien- 
nent plus  onéreuses,  l'entretien  ou  la  réparation  des 
bâtiments  absorbe  une  grande  partie  des  revenus,  les 
terres  rapportent  moins,  soit  en  raison  des  intempé- 
ries, soit  surtout  à  cause  du  manque  de  main-d'œuvre 
à  la  suite  de  grandes  calamités  publiques  et  notam- 
ment des  épidémies.  Comme  de  nombreux  autres 
monastères,  Chertsey  cherche  à  remédier  à  sa  pénurie 
par  des  appropriations  d'églises  :  on  connaît  des  négo- 
ciations menées  dans  ce  dessein  en  1292  (église  de 
Bookham),  en  1313  (Horley  et  Epsom),  1348  (White 
Waltham),  1380  (Ewell),  en  1422  (Stanwell,  confirmée 
en  1433  par  Henri  VI);  et  plus  tard  encore  Édouard  IV 
accordera  l'église  de  S. -André  de  Cobham.  Un  inven- 
taire dressé  en  1402  par  ordre  de  l'archevêque  de  Can- 
torbéry  durant  la  vacance  du  siège  de  Winchester 
montre  qu'en  plus  de  ce  que  lui  rapportaient  ces  églises 
le  monastère  recevait  diverses  pensions  de  plusieurs 
autres,  ou  de  cures  et  de  prieurés. 

La  longue  administration  de  l'abbé  John  de  Ruther- 
wyck  (1307-46)  marque  une  période  de  prospérité  au 
moins  relative  pour  l'abbaye.  Cet  abbé  se  montra  dili- 
gent dans  la  gérance  des  biens  monastiques,  augmenta 
le  rendement  des  domaines,  obtint  du  roi  des  remises 
de  dettes,  orna  son  église.  Deux  chapellenies  furent 
fondées  en  celle-ci  en  1318  :  d'abord  à  la  charge  des 
moines,  elles  furent  bientôt  confiées  à  deux  prêtres 
séculiers  pensionnés  par  l'abbaye.  En  1342,  John 
obtint  une  importante  concession  royale  aux  termes 
de  laquelle,  en  cas  de  vacance  de  l'abbatiat,  le  prieur 
et  le  convent  conserveraient  la  garde  et  l'administra- 
tion du  temporel  moyennant  versement  d'une  somme 
de  50  marcs  à  la  Couronne  pour  chaque  période  de 
quatre  mois  ou  fraction  de  quatre  mois  que  durerait 
la  vacance.  —  Un  siècle  plus  tard  une  certaine  agita- 
tion règne  à  l'abbaye  :  à  la  suite  d'une  visite  cano- 
nique par  William  Wroughton,  moine  de  Winchester 
mandaté  par  l'évêque  diocésain,  l'abbé  Thomas  An- 
gewyn  accusé  de  dilapidation  dut  démissionner  vers 
1461,  et  le  visiteur  fut  élu  à  sa  place;  mais  trois  ans 
après,  en  1464,  celui-ci  est  à  son  tour  déposé,  et  si  Tho- 
mas est  réélu,  il  ne  peut  reprendre  possession  de  son 
siège,  l'évêque  ayant  cassé  l'élection  pour  vice  de 
forme  et  nommé  John  May.  C'est  durant  l'abbatiat 
de  ce  dernier  qu'on  amena  à  Chertsey,  pour  les  y 
ensevelir,  les  restes  de  Henri  VI  quelques  jours  après 
son  assassinat  en  mai  1471  :  ils  devaient  y  rester  jus- 
qu'à 1504,  année  où  Henri  VIII  les  fit  transférer  à 
Windsor. 

Les  visites  canoniques  dont  les  procès-verbaux  ont 


été  conservés  ne  révèlent  que  très  peu  de  chose  sur 
les  observances  monastiques;  on  peut  dire  en  général 
que  les  moines  étaient  fidèles  à  leur  vocation.  En  avr. 
1501  la  visite  accomplie  par  le  commissaire  du  prieur 
de  Christ  Church  de  Cantorbéry,  les  sièges  de  Cantor- 
béry  et  de  Winchester  étant  vacants,  semble  révéler 
que  l'abbaye  était  alors  endettée,  quoiqu'on  ne  puisse 
évaluer  l'importance  de  ses  dettes. 

Quelques  années  avant  la  suppression,  l'évêque  de 
Winchester  et  Sir  William  Fitzwilliam,  commissaires 
du  roi  Henri  VIII,  accomplissent  la  visite  canonique 
et  ne  trouvent  rien  à  amender.  Sur  quoi  le  Dr  Leigh, 
commissaire  de  Cromwell,  élève  des  protestations  et 
porte  de  graves  accusations  contre  plusieurs  moines 
de  Chertsey. 

Lorsque,  par  acte  du  5  juill.  1537,  Henri  VIII  fit  de 
l'ancien  prieuré  augustinien  de  Bisham  (Berkshire)  une 
nouvelle  fondation,  l'abbé  et  les  moines  de  Chertsey 
furent  choisis  pour  en  former  la  communauté.  Le 
6  juill.,  l'abbé,  le  prieur  et  treize  moines  signèrent 
l'acte  de  reddition  de  l'abbaye  de  Chertsey  à  la  Cou- 
ronne, leur  intention  expresse  étant  de  continuer  ail- 
leurs leur  vie  régulière.  En  fait  ils  prirent  possession 
de  Bisham  le  18  déc.  1537;  mais  six  mois  plus  tard,  le 
19  juin  1538,  l'abbé  dut  rendre  son  monastère;  le 
commissaire  de  Cromwell,  Richard  Layton,  donne 
de  la  situation  un  état  assez  peu  reluisant  :  pauvreté 
extrême,  la  maison  n'ayant  pas  existé  assez  longtemps 
pour  percevoir  ses  revenus  et  rentrer  des  récoltes;  dila- 
pidations par  l'abbé,  dépeint  comme  «  un  homme  très 
simple,  et  les  moines,  hommes  de  peu  de  savoir  et  de 
discrétion  moindre  »  :  l'histoire  du  loup  et  de  l'agneau! 

Le  Valor  ecclesiasticus  dressé  sur  l'ordre  de  Henri  VIII 
en  1535  estimait  les  revenus  nets  annuels  de  l'abbaye 
de  Chertsey  à  £  659.15.8  3/4.  Après  la  suppression  le 
domaine  de  l'abbaye  fut  adjugé  à  Sir  William  Fitzwil- 
liam; il  ne  reste  plus  actuellement  des  bâtiments  que 
quelques  ruines  informes. 

Liste  des  abbés  :  Trois  noms  seulement  nous  sont 
connus  pour  les  premiers  siècles  de  l'abbaye  :  Ercon- 
wald,  666;  Ceonod,  cité  en  787;  Beocca,  ix«  s.  Après 
la  restauration  :  Ordbricht,  964;  Daniel,  vers  1025; 
Siward,  qui  devint  év.  de  Rochester  en  1058;  Wulf- 
wold,  cité  en  1072,  f  1084;  Odo,  1084,  déposé  en  1092 
et  remplacé  par  l'agent  de  Guillaume  Le  Roux,  Raoul 
Flambart,  puis  rétabli  en  1100;  William,  1106; 
Hugh,  1107;  Daniel;  Aymer,  1166;  Bertan;  Martin, 
1197;  Adam,  vers  1206;  Alan,  1223;  John  de  Med- 
menham,  1261-70;  Bartholomew  de  Winton,  1270- 
1307  ;  John  de  Rutherwyck,  1307-46  ;  John  de  Benham, 
1346-61;  William  de  Clyve,  1361-70;  John  de  Uske, 
1370-1400;  Thomas  de  Culverdone,  1400-19;  John  de 
Hermondesworth,  1419-58;  Thomas  Angewyn,  1458, 
déposé  en  1461,  réélu  en  1464;  William  Wroughton, 
1461-64;  John  May,  1464-79;  John  Peket,  ou  Pigot, 
1479-1504;  John  Parker,  1504-29;  John  Cordrey, 
1529,  rendit  son  abbaye  en  1537  et  fut  six  mois  abbé 
de  Bisham. 

Le  cartulaire  de  Chertsey  est  conservé  au  British  Mu- 
séum, ms.  Cott.  Vitel.  A.  XIII;  on  trouvera  la  nomenclature 
des  actes  qu'il  contient  dans  Dugdale,  Monasticon  Angli- 
canum,  p.  425,  n.  o,  avec  un  certain  nombre  d'extrait» 
(ibid.,  426-34).  11  faut  noter  que  les  plus  anciens  actes  de 
ce  cartulaire  semblent  avoir  été  remaniés  au  xm"  s.  — - 
Le  registre  des  transactions  de  l'abbé  John  de  Rutherwj'ck 
est  également  au  B.  M.,  ms.  Lansdowne,  448.  —  Voir  les 
registres  des  évêques  de  Winchester,  notamment  ceux  de 
l'évêque  Wykeham  et  de  .John  de  Sandale  et  Rigaud  de 
Asserio,  publiés  par  la  Hampshire  Record  Society.  —  On 
trouvera  de  plus  quelques  renseignements  dans  les  volumes 
suivants  des  Rolls  Séries  :  Anglo-Saxon  Ciironicle,  éd.  B. 
Thorpe,  1861  ;  Chronicon  monasterii  de  Abingdon,  éd.  J.  Ste- 
venson, 1858;  Annales  monastici,  i-iii,  éd.  H.  R.  Luard, 
1864-66;  et  dans  Documents  illiistrating  the  activities  of  the 
General  and  Provincial  Cliapters  of  the  Englisli  Black  Monks, 


641  CHERTSEY 

1215-1540,  éd.  William  Abel  Pantin  (Camden  Third  Séries, 
3  vol.,  1931-37),  etc. 

Il  n'existe  pas  de  monographie  sur  l'abbaye  de  Chertsey; 
on  trouvera  une  chronique  des  abbés  dans  Dugdale,  op.  cit., 

I,  éd.  de  1846,  p.  422-26;  et  surtout  une  notice  de  J.  C.  Cox, 
dans  Victoria  County  History  :  Surreg,  li,  1905,  p.  55-64.  — 
Voir  dom  D.  Knowles,  The  Monastic  Order  in  England, 
Cambridge,  1940,  passim. 

H.  Dauphin. 
CHÉRUBIN   DE  MAURIENNE  (Alexan- 
dre Fournier),  capucin  français,  missionnaire  (1566- 
1610).  Voir/).  T.  C,  II,  2360-61. 

CHERUBIN  I  (Laerce;  Ange-Marie;  Flavio), 
éditeurs  d'un  Bullaire  (xvie-xvii«  s.).  Voir  D.  T.  C, 

II,  2361-62. 

CH  ESTER  (Ste-Werburge  de),  abbaye  béné- 
dictine, située  dans  l'ancien  diocèse  de  Lichfleld- 
Coventry,  aujourd'hui  dans  celui  de  Shrewsbury 
(depuis  1541  siège  d'un  évêché  anglican).  Legaceasier 
(à  ne  pas  confondre  avec  Legraceaster,  Leicester), 
Legeceastre,  Leiacestria,  Cestria.  Ste  Werburge,  fille 
de  Wulfhere,  roi  de  Mercie  (658-675),  prit  le  voile  à 
Ely,  dont  sa  grand'tante,  Ste  Étlieldrède,  était 
abbesse,  et  où  se  retira  sa  mère  Eomenhilde  devenue 
veuve.  Son  oncle  le  roi  Éthelred  lui  donna  la  supério- 
rité (principatum)  des  monastères  de  moniales  situés 
dans  son  royaume,  sans  doute  avec  le  titre  d'abbesse. 
Elle  mourut  à  Trickingham,  probablement  Trentliam 
au  comté  de  Lincoln,  et  fut  ensevelie,  suivant  son 
désir,  à  Hanbury,  comté  de  Stafïord  :  il  s'agit  de  deux 
monastères  qu'elle  avait  gouvernés.  D'après  le  Liber 
Eliensis,  il  faudrait  ajouter  Slieppey  et  Ely  :  mais  cette 
afTirmation  est  sujette  à  caution.  Ste  Werburge  mou- 
rut un  3  févr.  vers  700.  La  tradition  veut  que  son 
corps  ait  été  transféré  à  Cliester  en  875  lors  des  inva- 
sions danoises  :  c'est  du  moins  un  fait  qu'une  église 
lui  fut  dédiée  en  cet  endroit  avant  le  milieu  du  x*  s., 
et  ses  reliques  s'y  trouvaient  certainement  à  la  fin  du 
même  siècle. 

Contrairement  à  ce  qu'affirme  Guillaume  de  Mal- 
mesbury  (Gesta  pont.,  éd.  des  Rolls  Séries,  308),  il 
n'y  eut  pas  à  Chester  de  monastère  de  moniales  où 
Ste  Werburge  aurait  fait  profession.  Y  eut-il,  comme 
le  veulent  certains  documents  tardifs,  une  église 
dédiée  à  S.  Pierre  et  S.  Paul,  et  qui  devint  ensuite 
Sle-Werburge,  le  titre  de  S. -Pierre  passant  à  une  autre 
église?  La  critique  moderne  semble  i)eu  disposée  à 
l'admettre.  Il  est  très  difficile,  en  l'absence  de  docu- 
ments authentiques,  de  déterminer  l'origine  du  col- 
lège de  chanoines  séculiers  —  un  gardien  et  douze  cha- 
noines —  auxquels  succédèrent  les  bénédictins  à  la 
fin  du  xi«  s.  La  première  attestation  certaine  de  cette 
collégiale,  dédiée  à  Ste  Werburge,  est  un  acte  d'Edgar, 
roi  de  Mercie,  en  958  :  la  fondation  doit  avoir  eu  lieu 
entre  cette  date  et  907,  où  la  ville  de  Chester  fut  res- 
taurée après  une  grande  désolation  :  il  n'est  pas  impos- 
sible qu'il  faille  la  rapprocher  de  cette  dernière  date  et 
l'attribuer  à  la  reine  Éthelflède  (Guillaume  de  Mal- 
mesbury).  En  1057,  le  comte  Léofric  de  Mercie  fit 
réparer  l'église  et  augmenta  son  patrimoine.  En  1086, 
le  Domesday  Book  énumère  les  possessions  de  Ste-Wer- 
burge. 

En  1092  le  comte  de  Chester  Hugues  d'Avranches 
(Hugo  Lupus),  dangereusement  malade,  voulut 
introduire  à  Ste-Werburge  la  vie  monastique.  L'abbé 
du  Bec,  S.  Anselme,  répondit  à  ses  appels  réitérés,  et 
les  dispositions  finales,  licenciant  les  chanoines  et  leur 
substituant  des  moines  venus  du  Bec,  furent  établies 
de  concert.  Le  premier  abbé  fut  Richard,  chapelain 
de  S.  Anselme.  Le  séjour  de  ce  dernier  à  Chester  ne 
fut  pas  de  longue  durée  :  il  allait  en  effet  prendre  une 
part  active  dans  les  affaires  ecclésiastiques  du  royaume 


-  CHESTER  642 

et,  le  6  mars  1093,  devenir  archevêque  de  Cantorbéry. 
Il  ne  se  désintéressa  pas  de  sa  fondation,  et  trois  lettres 
au  moins  témoignent  de  sa  sollicitude  {Episl.,  m,  34, 
49,  50).  On  ne  possède  pas  l'acte  authentique  de  la 
fondation;  le  document  qu'on  donne  habituellement 
pour  tel  ne  peut  être  qu'une  confirmation  postérieure 
de  quelques  années.  Les  domaines  nouveaux  octroyés 
par  le  comte  et  ses  barons  doublaient  à  peu  près  les 
possessions  de  l'ancienne  collégiale;  il  est  prévu  que 
toutes  les  prébendes  des  chanoines  reviendront  à 
l'abbaye  à  la  mort  de  chacun;  les  libertés  accordées  à 
Ste-Werburge  sur  tous  ses  domaines  sont  si  absolues 
qu'il  ne  sera  pas  possible  d'y  ajouter  par  la  suite.  Il 
est  déclaré  que  l'abbaye  ne  sera  soumise  à  aucune 
autre;  et  la  seule  compensation  qu'on  attend  des 
moines,  ce  sont  leurs  prières  et  leurs  bonnes  œuvres. 
Le  comte  Hugues  mourut  le  27  juill.  1101  :  trois  jours 
auparavant  il  avait  fait  profession  monastique  (Orde- 
ric  Vital,  Hisl.  eccl.,  iv,  111).  Son  fils  Richard  n'avait 
que  sept  ans.  Les  relations  de  ce  dernier  avec  l'abbaye 
ne  semblent  pas  avoir  été  aussi  cordiales  :  d'après  une 
tradition  tardive,  il  aurait  voulu  lui  reprendre  un 
manoir  important.  Lorsque  l'abbé  Richard  mourut  en 
1117,  il  ne  lui  donna  pas  de  successeur  :  l'abbaye  fut 
administrée  par  le  prieur  Robert.  William,  le  second 
abbé,  ne  fut  nommé  qu'en  1121,  par  Raoul  Meschin 
qui  venait  de  succéder  dans  le  comté  à  son  cousin 
Richard.  Raoul  l"  fit  transférer  au  chapitre  le  corps 
du  fondateur,  le  comte  Hugues  :  ce  qui  semble  indi- 
quer que  les  constructions  entreprises  par  ce  dernier 
étaient  alors,  sinon  entièrement  achevées,  du  moins 
suffisamment  avancées  (Cartulaire,  n.  6,  p.  47).  Le 
successeur  de  Meschin,  Raoul  II  de  Gernons,  se  montra 
d'abord  généreux  envers  l'abbaye,  mais  il  semble 
qu'il  lui  ait  repris  certaines  possessions  pour  en  gra- 
tifier d'autres  maisons  :  il  en  fit  amende  honorable  à 
son  lit  de  mort  (1153).  Ce  ne  sont  pas  les  seuls  cas  où 
les  biens  du  monastère  furent  revendiqués  par  d'au- 
tres :  à  plusieurs  reprises,  au  xiii«  s.  notamment, 
l'abbé  de  Ste-Werburge  devra  faire  valoir  en  justice, 
et  non  sans  pertes,  les  droits  de  sa  maison  sur  des 
domaines  que  lui  avaient  jadis  octroyés  tel  ou  tel  sei- 
gneur, et  que  leurs  descendants  cherchaient  à  récu- 
pérer. 

Parmi  les  privilèges  dont  jouissait  l'abbaye,  notons 
celui  de  la  foire  de  Ste-Werburge,  les  20-22  juin,  avec 
tous  profits  et  juridiction  complète  durant  ces  trois 
jours  {Cartulaire,  n.  11,  12),  et  un  droit  de  chasse 
dans  tout  le  comté;  un  bateau  armé  de  dix  filets  avait 
aussi  été  donné  à  l'abbaye  pour  la  pêche  en  mer.  La 
part  la  plus  considérable  des  revenus  de  l'abbaye 
provenait  de  ses  terres,  et  aussi  de  dîmes  importantes 
et  d'assez  nombreuses  églises.  Durant  le  xiii«  s.  elle 
obtint  plusieurs  appropriations  au  sujet  desquelles  le 
cartulaire  conserve  diverses  réglementations.  La  plus 
ancienne  bulle  pontificale  en  faveur  de  l'abbaye  est  de 
Clément  III  (1188-91)  :  entre  autres  dispositions,  elle 
règle  les  rapports  avec  l'évêque  diocésain  pour  ce  qui 
concerne  la  nomination  aux  cures  dépendant  de  Ste- 
Werburge;  elle  accorde  sous  les  conditions  usuelles  le 
privilège  de  la  célébration  de  l'office  divin  même  en 
temps  d'interdit  général,  le  droit  de  donner  sépulture 
dans  le  monastère  à  ceux  qui  en  auront  exprimé  la 
volonté,  et  le  droit  de  libre  élection  de  l'abbé  avec 
faculté  d'inviter  pour  sa  bénédiction  l'évêque  que  l'on 
préférera.  D'autres  documents  pontificaux  émanant 
des  papes  Honorius  III,  Alexandre  III  et  IV,  Gré- 
goire IX,  Nicolas  m  ou  IV,  Martin  IV,  marquent  leur 
sollicitude  envers  l'abbaye,  tandis  que  l'archevêque 
de  Cantorbéry,  l'évêque  de  Worcester,  d'autres  encore, 
confirment  les  droits  de  Ste-Werburge  dans  leurs  dio- 
cèses respectifs;  de  son  côté  l'évêque  de  Lichfield- 
Coventry  s'intéresse  à  elle,  et  règle  par  ex.  les  rela- 


DICT.   n'HIST.   ET   de   GÉOGR.  ECCLÉS. 


H.  —  XH.  -  21 


643 


C H ESTER 


644 


lions  du  monastère  et  des  fidèles  pour  lesquels  a  été 
érigée,  dans  l'église  abbatiale,  la  chapelle  de  S.- 
Oswald  (Cartulaire,  n.  75).  Il  n'y  eut  pas,  avant 
Henri  VIII,  d'évéché  à  Ghester,  bien  que  certains 
évêques  de  Lichfield  et  Coventry  en  aient  assumé  le 
titre.  La  collégiale  S. -Jean,  antérieure  à  l'arrivée  des 
Normands,  et  qui  avait  un  chapitre  composé  d'un 
doyen  et  de  sept  chanoines,  leur  servait  de  cathé- 
drale (cf.  A.  H.  Thompson,  The  English  Clergy  and 
their  organization  in  the  later  M.  A.,  Oxford,  1947, 
p.  79).  Au  xii«  s.,  le  pape  Alexandre  III  avait  confirmé 
à  l'abbé  de  Ste-Werburge  l'usage  de  la  crosse  et  de 
l'anneau  et  le  droit  de  bénir  les  ornements  sacrés 
(Cartulaire,  n.  67);  en  1345  l'abbé  William  de  Be- 
byngton  obtenait  l'usage  de  la  mitre  et  l'exemption 
pour  son  monastère  des  visites  épiscopales.  Son  suc- 
cesseur Richard  Sainsbury  se  réclama  de  cette  exemp- 
tion en  1362  lorsque,  sur  mandat  de  l'abbé  d'Evesham, 
l'abbé  et  le  sous-prieur  de  S.-Albans,  assistés  du  prieur 
de  Coventry,  se  présentèrent  pour  la  visite  canonique  : 
Richard  démissionna  entre  les  mains  du  pape  Ur- 
bain V  qui,  après  enquête,  accepta  et  nomma  le  suc- 
cesseur. L'usage  des  pontificalia  fut  également  cause 
de  difficultés  entre  l'évêque  de  Coventry  et  l'abbé  de 
Ste-Werburge  :  en  1516  l'archevêque  d'York  reçut 
de  Rome  mission  d'enquêter  sur  place  et  de  terminer 
le  différend. 

Comme  beaucoup  d'autres  monastères  anglais,  Ste- 
Werburge  jouissait  du  droit  d'asile.  De  plus,  l'abbé 
était  investi  de  certains  droits  seigneuriaux.  Il  tenait 
sa  propre  cour,  à  laquelle  tous  les  gens  dépendant  de 
l'abbaye  étaient  tenus  de  porter  leurs  causes.  Pour 
donner  l'exemple,  Raoul  Meschin  lui-même  y  porta 
un  jour  une  affaire  et  accepta  le  jugement  de  la  cour 
abbatiale.  Au  xiv«  s.,  quelques  excès  de  juridiction 
donnèrent  lieu  à  une  intervention  du  gouvernement; 
au  début  du  xvi«  s.,  la  justice  de  l'abbé  fut  limitée  aux 
suppôts  et  tenanciers  du  monastère  et  aux  délits  com- 
mis dans  son  enceinte. 

Au  xiii«  s.,  la  guerre  des  Barons  créa  des  ennuis  à 
l'abbaye.  Dès  l'abbatiat  de  Geoffrey,  celle-ci  perdit 
une  importante  cure  et  deux  manoirs  envahis  par  les 
Gallois.  En  1264,  des  dépendances  de  l'abbaye  furent 
détruites  pour  faciliter  la  mise  en  défense  de  la  ville 
contre  une  attaque  possible  des  barons  et  des  Gal- 
lois; le  justicier  Sir  William  de  la  Zouche  se  montra 
d'ailleurs  si  arrogant  que  la  ville  fut  soumise  à  l'in- 
terdit quatre  jours  durant.  L'année  suivante,  Simon 
de  Whitchurch  fut  élu  abbé  et  reconnu  par  Simon  de 
Montfort,  qui  occupait  alors  la  ville  :  lorsque  le  prince 
Édouard  reprit  celle-ci,  l'abbé  dut  user  de  diplomatie 
pour  se  faire  accepter  de  lui.  Le  26  mai  1283,  le  prince 
devenu  roi  célébra  à  Ste-Werburge  sa  victoire  sur  les 
Gallois.  A  d'autres  époques  l'abbaye  eut  encore  à 
souffrir  des  événements  politiques  :  ainsi  sous  l'abba- 
tiat de  Henri  de  Sutton  elle  fut  attaquée  et  pillée 
pendant  quatre  jours  par  Sir  Baldwyn  de  Radyngton, 
l'un  des  lieutenants  du  roi  Richard;  en  1399,  le  même 
abbé  fut  autorisé  à  fortifier  trois  de  ses  principaux 
manoirs. 

On  ne  connaît  pas  le  nombre  exact  des  moines  de 
l'abbaye  de  Chester  aux  diverses  époques  de  son  exis- 
tence :  au  milieu  du  xiii«  s.,  il  fut  élevé  à  40  (Cartu- 
laire, n.  415);  du  fait  que  les  stalles  de  la  fin  du  xv«  s. 
comptaient  48  sièges  on  peut  induire  que  ce  nombre  ne 
changea  pas  beaucoup.  En  1185,  Ste-Werburge  avait 
pu  envoyer  une  colonie  en  Irlande  pour  former  le 
chapitre  cathédral  de  Downpatrick,  évêché  nouvelle- 
ment fondé. 

On  conserve  un  coutumier  liturgique  de  l'abbaye 
Ste-Werburge,  plus  ou  moins  apparenté  à  ceux  du 
Bec,  de  Dijon  et  de  Cluny.  Il  a  été  publié  par  dom 
Bruno  Albers,  sous  le  titre  Consueiudinarius  offlcii 


divini  in  monasterio  Cystrensi,  dans  Consuetudines 
monasticae,  iv,  Mont-Cassin,  1911,  p.  195-219.  Le 
manuscrit,  qui  fut  un  temps  la  propriété  de  Sir  Thomas 
Phillipps,  se  trouve  actuellement  (ou  se  trouvait  avant 
la  récente  guerre)  à  la  bibliothèque  royale  de  Berlin, 

Dans  le  domaine  des  lettres,  sans  faire  grande  figure, 
Ste-Werburge  compte  quelques  représentants.  Vers 
1195,  un  moine  du  nom  de  Lucien  écrivit  un  livre.  De 
laude  Cestrie;  on  ne  sait  d'ailleurs  rien  de  plus  sur  ce 
religieux.  —  On  possède  également  des  Annales  Ces- 
trienses,  ou  chronique  de  Ste-Werburge,  allant  depuis 
l'Incarnation  jusqu'à  1297  :  dans  la  forme  où  elles 
ont  été  conservées,  elles  remontent  à  l'abbatiat  de 
Simon  de  Whitchurch  ou  de  son  successeur;  elles 
semblent  avoir  eu  pour  base  des  annales  apportées  du 
Bec  par  les  premiers  moines.  —  Vient  ensuite  Ranulf 
Higden,  profès  en  1299,  f  le  12  mars  1363-64  :  il  est 
l'auteur  d'un  Polychronicon  ou  histoire  universelle 
dont  l'intérêt  principal  est,  aujourd'hui,  de  montrer 
l'étendue  des  connaissances  géographiques  et  histo- 
riques dans  les  monastères  de  cette  époque.  Cet  ou- 
vrage eut  un  succès  remarquable  jusqu'à  la  Réforme  : 
il  en  subsiste  en  effet  plus  de  cent  manuscrits,  et  deux 
traductions  anglaises  en  furent  faites,  l'une  en  1387 
par  John  of  Trevise,  imprimée  en  1482,  1495  et  1527, 
et  l'autre  au  siècle  suivant  par  un  anonyme.  L'original 
latin  et  les  deux  traductions  ont  été  édités  dans  la 
Rolls  Séries  par  les  soins  des  Rév.  C.  Babington  et  J.  R. 
Lumby  (1865-86,  9  vol.).  Ranulf  est  aussi  l'auteur  de 
plusieurs  ouvrages  conservés  en  manuscrits  :  Spécu- 
lum curatorum,  composé  en  1340;  Ars  componendi 
sermones;  Paedagogicon  grammaiices ;  Distinciiones 
theologicae;  Abbreviationes  chronicorum.  Baie  lui 
attribue  également  une  exposition  sur  Job,  sur  le 
Cantique  des  cantiques,  des  Sermones  per  annum,  des 
Determinationes  sub  compendio.  In  liiteram  calendarii, 
—  Quant  à  Roger  de  Chester,  auteur  d'un  Polycratica, 
on  estime  communément  qu'il  n'est  autre  que  Ranulf 
Higden  (D.  N.  Biogr.,  ix,  816-17).  —  Sur  Henry 
Bradshaw,  historien  (t  1513),  v.  D.  H.  G.  E.,  x,  344. 

On  le  voit,  la  théologie  est  peu  représentée  dans  ces 
ouvrages.  On  peut  noter  qu'un  abbé  de  Ste-Werburge, 
William  Merston,  dut  être  déposé  au  bout  de  six  mois 
et  relégué  à  l'abbaye  d'Evesham  comme  loUard  et 
disciple  de  Wyclef. 

Le  dernier  abbé  de  Chester,  John  Clark,  élu  en  1537, 
ne  fit  aucune  difficulté  pour  livrer  à  la  Couronne  son 
abbaye  avec  toutes  ses  possessions.  Leur  revenu 
annuel  était  de  £  1003.  5  s.  11  d.  ou,  suivant  un  autre 
calcul,  £  1073.  17  s.  7  d.  3/4.  L'acte  de  reddition  est 
daté  du  20  janv.  1539.  Par  lettres  patentes  en  date 
du  4  août  1541,  Henri  VIII  créait  en  l'ancienne  abbaye 
Ste-Werburge  un  évêché  :  l'église  devenait  cathé- 
drale, sous  le  vocable  du  Christ  et  de  la  Bse  Vierge 
Marie  ;  en  même  temps  la  ville  de  Chester  était  élevée 
au  rang  de  cité  et  séparée,  avec  tout  son  comté,  du 
diocèse  de  Coventry  et  Lichfield;  l'archidiaconé  de 
Chester  et  celui  de  Richmond,  détaché  du  diocèse 
d'York,  formaient  le  nouveau  diocèse.  Celui-ci,  de 
par  la  volonté  du  roi,  devait  dépendre  de  Cantorbéry, 
mais  un  acte  du  Parlement  le  rattacha  la  même  année 
à  la  province  d'York.  Une  partie  des  bâtiments  claus- 
traux était  réservée  pour  servir  de  palais  épiscopal; 
le  reste  était  attribué  au  chapitre,  composé  d'un  doyen 
(le  premier  fut  le  dernier  abbé  de  Ste-Werburge)  et 
de  six  chanoines.  On  trouvera  la  liste  des  évêques 
anglicans  de  Chester  dans  Dugdale,  377-78;  Morris, 
246-47;  Richards,  99-100. 

L'église  abbatiale  —  la  cathédrale  actuelle  —  et  les 
bâtiments  claustraux  qui  subsistent  pour  la  plus 
grande  partie  sont  un  mélange  de  plusieurs  styles,  où 
l'on  reconnaît  l'œuvre  successive  des  abbés  qui  eurent 
à  entreprendre  des  restaurations,  agrandissements  ou 


645 


C RESTER 


CHESTER-LE-STREET 


646 


embellissements,  notamment  Geoffrey  et  Hugh  (fin 
du  xw-xiw  s.),  Simon  de  Whitchurch  (fin  du  xiii"  s.), 
Richard  Sainsbury  (milieu  du  xiv»  s.),  Simon  Ripley 
et  John  Birchenshaw  (fin  du  xv^  et  début  du  xvi"  s.). 
Extérieurement  la  cathédrale,  remaniée  au  xix"'  s., 
est  décevante  :  l'aspect  moderne  qu'on  lui  a  donné 
répond  mal  à  son  intérieur.  On  trouve  du  normand 
dans  le  mur  du  bas  côté  nord,  le  transept  nord,  les 
bâtiments  claustraux  et  la  tour;  de  l'anglais  primitif 
dans  le  chœur,  le  chapitre  et  le  réfectoire;  du  «  décoré  » 
dans  la  nef,  une  partie  du  transept  sud,  et  le  portail 
de  l'abbaye;  du  «  perpendiculaire  »  dans  la  tour,  le 
clerestory  de  la  nef,  partie  des  bas  côtés  du  chœur,  la 
façade  ouest  et  le  porche  sud,  et  un  bon  nombre  des 
fenêtres.  Il  faut  citer,  parmi  le  mobilier,  de  magnifi- 
fiques  stalles  de  la  fin  du  xv«  s.  (48  sièges).  Ce  n'est 
pas  ici  le  lieu  d'entrer  dans  les  détails  (excellente  des- 
cription dans  Raymond  Richards,  Old  Cheshire 
Churches,  Londres,  1947,  p.  93-101,  avec  plan  dépliant 
et  de  très  bonnes  photographies;  cf.  Fr.  Bond,  The 
Cathedrals  of  England  and  Wales,  Londres,  1912, 
p.  52-64,  et  Ch.  Hiatt). 

Liste  des  abbés  de  Ste-Werburge:  Richard  du  Bec, 
1092-1117;  William,  1121-40;  Ralph,  1141-57;  Robert 
I"  Fitz-Nigel,  1157-74;  Robert  II,  1174  ou  75-84; 
Robert  III  of  Hastings,  1186-résigna  en  1194;  Geof- 
frey, 1194-1208;  Hugh  Grylle,  1208-26;  William 
Marmion,  1226-28;  Walter  de  Pinchbeck,  1228-40; 
Roger  Prend,  1240-49;  Thomas  de  Capenhurst,  1249- 
65;  Simon  de  Whitchurch  (de  Albo  Monasterio), 
1265-91;  Thomas  Burchells,  1291-1324;  William  de 
Bebington,  1324-49;  Richard  Sainsbury,  1349-résigna 
en  1362;  Thomas  de  Newport,  1363-85;  William  de 
Merston,  1386-87;  Henry  de  Sutton,  1387-1413; 
Thomas  Erdeley  ou  Eardesley,  1413-34;  John  de 
Salghall,  1435-55;  Richard  Oldham,  1455,  évêque  de 
Sodor  et  Man  en  1481,  f  1485;  Simon  Ripley,  1481  ou 
85-93;  John  Birchenshaw,  1493;  durant  des  contes- 
tations avec  le  maire  de  Chester,  il  fut  remplacé  par 
Thomas  Highfleld,  1524-27,  et  Thomas  Marshall, 
1527-29;  il  se  démit  en  1537;  John  (ou  Thomas) 
Clark,  1537,  qui  rendit  l'abbaye. 

The  Chartulary  or  Register  of  Ihe  Abbey  of  St.  Werburgli, 
Cliesler,  éd.  avec  introd.  et  notes  par  James  Tait  (Clietliam 
Society,  nouv.  sér.,  lxxix  et  lxxxii,  Manchester,  1920-23)  : 
la  façon  très  poussée  dont  l'éditeur  étudie  chaque  pièce 
aide  à  écarter  bien  des  légendes;  nous  lui  devons  beaucoup 
pour  le  début  de  la  présente  notice.  —  Annales  Cestrienses, 
or  Ctironicle  of  tlie  Abbey  of  St.  Werburg  at  Chester,  éd.  avec 
introd.,  trad.  et  notes  par  Richard  Copley  Christie  (The 
Lancashire  and  Cheshire  Record  Society,  xiv,  1887).  — 
Liber  Luciani  «  De  laude  Cestrie  »,  éd.,  avec  Some  Obits  of 
Abbots  and  Founders  of  St.  Werburgh's  Abbey,  Chester, 
par  M.  V.  Taylor  (The  Lanc.  and  Chesh.  Rec.  Society, 
LXiv,  1912,  p.  35-74,  90-103).  Cet  obituaire  est  important 
en  raison  des  notes  critiques  qui  l'accompagnent.  —  G.  Or- 
merod,  The  Hislory  of  the  County  Palatine  and  City  of 
Chester,  1'  éd.,  revue  et  augm.  par  T.  Helsby,  1882,  2  vol. 
—  W.  Dugdale,  Monasticon  Anglicanum,  ii,  éd.  de  Lon- 
dres, 1846,  p.  370-83  (histoire  des  abbés),  384-401  (docu- 
ments). —  R.  H.  Morris,  Chester  (Diocesan  Historiés), 
Londres,  1895.  —  C.  Hiatt,  Tlie  Calhedral  Church  of  Ches- 
ter :  a  description  of  the  fabric  and  a  brief  history  of  the  epis- 
copal  See,  Londres,  1897.  —  Liste  des  abbés  dans  R.  Ri- 
chards, Dugdale,  Morris. 

H.  Dauphin. 
CHESTER-LE-STREET,  Cunungaceasler, 
Kuncacester,  petite  localité  à  six  milles  au  sud-est  de 
Durham,  siège  épiscopal  de  883  à  995.  Comme  on  le 
sait,  le  moine  irlandais  S.  Aidan,  invité  par  le  roi 
Oswald  à  venir  prêcher  la  foi  chrétienne  dans  son 
royaume  de  Northumbrie,  fixa  son  siège  épiscopal  à 
Lindisfarne  (plus  tard  appelé  Holy  Island),  qui  devint 
non  seulement  un  centre  d'évangélisation,  mais  un 
foyer  de  culture  littéraire  et  artistique  très  intense. 


Parmi  ses  successeurs,  S.  Cuthbert  fut  sans  contredit 
le  plus  illustre.  Moine  d'abord,  prieur  ensuite,  du 
monastère  même  de  Lindisfarne,  il  fut  sacré  évêque  en 
685  et  mourut,  peu  après  s'être  démis  de  sa  charge, 
le  20  mars  687.  Sur  son  lit  de  mort,  ainsi  que  nous 
l'apprend  S.  Bède  {Vita  pros.  S.  Culhb.,  c.  xxxix, 
éd.  B.  Colgrave,  Two  Lives  of  St.  Cuthbert,  Cambridge, 
1940,  p.  284),  il  dit  à  ses  confrères  du  monastère  : 
Sciatisque  et  memoria  relinealis  quia  si  vos  unum  e 
duobus  adversis  eligere  nécessitas  coegerit,  multo  plus 
diligo  ul  eruentes  de  tumulo  toUenlesque  vobiscum  mea 
ossa  recedatis  ab  his  locis,  et  ubicumque  Deus  providerit 
incole  manealis,  quant  ut  ulla  ratione  consenlientes  ini- 
quitati  schismalicorum  iugo  colla  subdatis.  Paroles  qui 
auront  une  importance  décisive  dans  l'histoire  de 
l'église  et  de  la  communauté  de  Lindisfarne. 

A  deux  reprises  Holy  Island  devint  victime  des 
invasions  dévastatrices  pratiquées  par  les  Danois  sur 
les  côtes  d'Angleterre.  En  793  ils  arrivèrent  subite- 
ment, dispersèrent  la  communauté,  massacrèrent 
quelques-uns  de  ses  membres,  mirent  le  feu  aux  bâti- 
ments et  repartirent.  Higbald,  l'évêque,  et  les  moines 
survivants  eurent  la  joie  de  constater  en  revenant  que 
leur  trésor  le  plus  précieux,  le  corps  de  S.  Cuthbert, 
avait  échappé  aux  mains  des  spoliateurs.  Presque  un 
siècle  plus  tard  une  seconde  invasion  s'annonçait, 
cette  fois  plus  menaçante.  Devant  le  danger,  l'évêque 
Eardulf  se  souvint  des  paroles  de  S.  Cuthbert  citées 
ci-dessus  et  il  se  décida  en  875  à  quitter  son  église  et 
son  monastère  de  Lindisfarne,  lui  et  toute  sa  com- 
munauté, pour  chercher  ailleurs  (ubicumque  Deus 
providerit)  la  paix  et  la  liberté  menacées.  On  vit 
alors  le  spectacle  peu  commun,  l'histoire  monastique 
en  enregistrera  de  semblables  même  au  xx«  s.,  d'une 
communauté  entière  s'exilant  volontairement  pour 
le  bien  de  la  paix  et  par  amour  de  leur  vocation.  Em- 
portant avec  eux  les  reliques  de  S.  Cuthbert,  ces 
moines  ne  cessèrent  pendant  sept  ans  de  traverser  le 
pays  en  tous  sens,  cheminant  de  village  en  village 
(sans  jamais  manquer  de  propager  le  culte  de  leur 
grand  saint)  et  fuyant  toujours  l'envahisseur  danois. 
Ce  ne  fut  qu'en  883  que,  grâce  aux  victoires  d'Alfred 
le  Grand,  la  paix  fut  rendue  à  l'Église  en  Northumbrie. 
La  communauté  exilée  venait  alors  de  quitter  Craike 
et  se  trouvait  au  village  de  Chester-le-Street.  Pour  des 
raisons  qui  nous  restent  inconnues,  Eardulf,  au  lieu 
de  revenir  à  Lindisfarne,  décida  d'y  fixer  son  siège 
épiscopal.  Il  fit  construire  une  belle  église  en  bois 
(qui  subsista  jusqu'au  xi«^  s.)  et  y  déposa  le  corps  de 
S.  Cuthbert.  D'accord  avec  Alfred,  le  roi  danois 
Guthred  fit  cadeau  à  l'évêque  de  ce  terrain  étendu  qui 
devint  dans  la  suite  le  célèbre  palatinat  de  Durham. 
Des  dons  affluèrent  de  toutes  parts,  particulièrement 
des  maisons  royales  d'Angleterre.  Des  voyageurs  ne 
manquèrent  jamais  de  venir  faire  leurs  dévotions 
au  tombeau  de  S.  Cuthbert.  Ce  fut  lors  d'un  voyage 
dans  le  Nord  que  le  roi  Athelstan  enrichit  l'église  de 
Chester-le-Street  de  précieux  dons  et  offrit  à  la  biblio- 
thèque cinq  codices  dont  un  —  contenant  la  Vie 
métrique  et  la  Vie  en  prose  de  S.  Cuthbert  par  S.  Bède 
—  est  parvenu  jusqu'à  nous  et  se  trouve  au  Corpus 
Christi  Collège,  Cambridge  (ms.  183;  voir  M.  R.  James, 
Descriptive  Catalogue,  i,  426-441  ;  B.  Colgrave,  op.  cit., 
20).  Un  autre  codex,  un  évangéliaire,  faisait  partie  de 
la  Cottoniam  Collection  (Otho  R  IX)  quand  celle-ci 
fut  détruite  par  un  incendie  en  1731  (Arnold,  Symeon 
of  Durham,  p.  211,  dans  Rolls  Séries). 

On  vivait  ainsi  depuis  cent  treize  ans,  lorsqu'une 
nouvelle  bourrasque  vint  en  995  arracher  l'évêque 
Aldhune  et  sa  communauté  à  leur  retraite  paisible 
pour  les  obliger  derechef  à  se  mettre  en  route.  A  l'ap- 
proche des  Danois  qui  avaient  fait  irruption  sur  la 
côte,  on  enleva  les  reliques  de  S.  Cuthbert  et  on  se 


(i/,7 

dirigea  coiiveiituellement,  comme  par  le  passé,  à 
Ripon.  Sans  le  savoir,  les  moines  quittèrent  Chester- 
le-Street  pour  n'y  jamais  revenir.  Quatre  mois  plus 
tard,  en  effet,  la  paix  régna  de  nouveau  et  l'on  prit 
le  chemin  du  retour.  Le  moine  chroniqueur  Syméon 
de  Durham,  écrivant  bien  plus  tard,  nous  raconte 
comment  et  par  quels  signes  Dieu  fit  connaître  à 
l'évéque  Aldhune  qu'il  devait  se  fixer  non  pas  à  Ches- 
ter-le-Street  mais  à  Durham.  Ainsi  fut  fait  et  S.  Cuth- 
bert  y  trouva  son  repos  définitif. 

A  partir  de  ce  moment,  l'église  de  Chester-le-Street 
n'offre  guère  d'intérêt  pour  l'historien.  De  simple 
église  rectorale,  elle  devint  collégiale  par  l'entremise 
d'Antony  Beke,  évêque  de  FJurham  (9  nov.  1286),  et 
fut  desservie  par  un  doyen  et  sept  prébendiers  (voir  la 
charte  dans  Dugdale).  En  1547,  elle  fut  saisie  par  la 
Couronne,  et  en  1608  le  roi  Jacques  l"  disposa  des 
bâtiments  en  faveur  de  laïcs.  Aujourd'hui  il  n'en  sub- 
siste rien. 

Liste  des  évêques:  Eardulf,  f  900;  Tilred,  f  928; 
Wigred,  t  944;  Uhtred,  f  947;  Sexhelm,  déposé  en 
957;  Aldred,  957-68;  Elfig,  f  990;  Aldhune,  t  évêque 
de  Durham  en  1018. 

Dugdale,  Monasticon  Anglicanum,  i,  Londres,  1846, 
p.  221-23;  VI,  part.  III,  1337-39.  —  F.  Arnold,  Symeon  of 
Durham,  2  vol.  (Rolls  Séries).  —  W.  Stubbs,  Registrum  sa- 
crum Anglicanum,  Oxford,  1897,  p.  243.  —  C.  Plummer, 
Bedae  opéra  historica,  Oxford,  1896. 

J.  Warrilow. 

CHEVALIER  (Jean-Jui.es),  fondateur  et  pre- 
mier supérieur  général  de  la  congrégation  des  Mis- 
sionnaires du  S. -Cœur  de  Jésus  d'Issoudun.  Né  le 
15  mars  1824  à  Richelieu,  dioc.  de  Tours,  il  fit  ses 
études  au  petit  séminaire  de  S. -Gaultier  et  au  grand 
séminaire  de  Bourges.  Ordonné  prêtre  le  14  juin  1851, 
il  remplit  la  charge  de  vicaire  successivement  à  Ivoy- 
le-Pré,  Châtillon-sur- Indre,  Aubigny-sur-Nère  et 
enfin  à  Issoudun  (22  oct.  1854).  Vivement  impres- 
sionné par  les  ravages  que  causent  dans  les  âmes  le 
sensualisme  et  le  rationalisme  de  son  époque  —  ce  qu'il 
appelle  «  le  mal  moderne  »  —  il  cherche  à  y  porter 
remède,  et  croit  trouver  celui-ci  dans  la  dévotion 
au  S. -Cœur  de  Jésus.  «  L'Église  et  la  société  n'ont 
d'espérance  que  dans  le  Cœur  de  Jésus,  c'est  Lui  qui 
guérira  tous  nos  maux  »;  ces  paroles,  qu'il  entendra 
un  jour  de  la  bouche  de  Pie  IX,  donnent  le  résumé  de 
sa  vie  et  de  son  œuvre.  Le  8  déc.  1854,  de  concert  avec 
le  second  vicaire  d'Issoudun,  l'abbé  Maugenest,  il 
jette  les  premiers  fondements  de  la  congrégation  des 
Missionnaires  du  S. -Cœur,  afin  que  «  la  dévotion  au 
S. -Cœur  soit  propagée  plus  largement,  et  porte  de 
plus  amples  fruits  dans  la  société  chrétienne  »  (constit. 
de  1869).  Le  décret  d'approbation  définitive  sera 
donné  par  la  S.  Congr.  des  Évêques  et  des  Réguliers, 
en  date  du  20  juin  1874.  L'objectif  du  P.  Chevalier  est 
plus  vaste  que  la  France  seule;  en  effet,  après  des 
débuts  plutôt  lents,  sa  congrégation  s'étendra  rapi- 
dement à  plusieurs  pays  d'Europe  et  aux  autres  conti- 
nents. En  1881,  à  la  demande  de  Léon  XIII,  il  envoie 
ses  premiers  missionnaires  en  Mélanésie  et  en  Micro- 
nésie. L'évangélisation  des  infidèles  sera  désormais 
une  des  grandes  œuvres  de  la  congrégation. 

En  1864,  il  construisit  à  Issoudun  une  nouvelle 
église,  dédiée  au  S. -Cœur,  qui  sera  élevée  à  la  dignité 
de  basilique  mineure.  Considérant  les  rapports  intimes 
qui  existent  entre  la  Ste  Vierge  et  le  S.-C^œur  de  Jésus, 
et  voulant  honorer  particulièrement  l'inefïable  pou- 
voir de  N.-D.  sur  le  Cœur  de  son  Fils,  il  proposa  à  la 
piété  des  fidèles  la  dévotion  à  N.-D.  du  S. -Cœur,  et 
fonda  l'archiconfrérie  de  ce  nom  (premier  décret 
d'érection,  29  janv.  1864),  qui  en  moins  de  cinquante 
ans  compta  vingt  millions  d'associés  inscrits  à  Issou- 
dun. 


Le  R.  Père  érigea  d'autres  associations  :  l'archi- 
confrérie de  S. -Joseph,  modèle  et  patron  des  amis  du 
S. -Cœur;  l'archiconfrérie  du  Culte  perpétuel  d'hon- 
neur et  de  réparation  envers  le  S. -Cœur  de  Jésus.  Il 
voulut  associer  à  son  œuvre  les  prêtres  et  les  pieux 
laïcs;  ainsi  naquirent  l'œuvre  des  Prêtres  séculiers  du 
S.-Cœur  et  la  Société  des  âmes  vouées  au  culte  du  S.- 
Cœur.  De  concert  enfin  avec  la  R.  Mère  Marie-Louise 
Hartzer,  il  fonda  les  Filles  de  N.-D.  du  S.-Cœur, 
congrégation  qui,  «  à  la  suite  et  sous  la  protection  de 
la  Ste  Vierge,  se  consacrerait  au  service  du  Cœur  de 
Notre-Seigneur  ». 

Le  R.  Père  eut  aussi  sa  part  dans  ce  grand  mouve- 
ment de  foi  qui  a  déterminé  Pie  IX  à  ordonner  la 
consécration  de  tous  les  fidèles  au  S.-Cœur  de  Jésus, 
le  16  juin  1875.  Il  fit  recueillir  2  800  000  signatures 
pour  solliciter  du  S.-Siège  cette  consécration.  Léon 
XIII  y  fait  allusion  dans  son  encyclique  pour  la  consé- 
cration du  genre  humain  au  S.-Cœur.  Il  inaugura  aussi 
un  nouveau  genre  de  recrutement  de  vocations  sacer- 
dotales et  religieuses  avec  l'aide  du  R.  P.  Vandel,  en 
fondant  des  écoles  apostoliques,  afin  de  permettre 
aux  jeunes  gens  moins  fortunés  d'accéder  au  sacer- 
doce :  «  Petite  Œuvre  du  S.-Cœur  j.  En  1872,  sur  les 
instances  de  l'archevêque  de  Bourges,  il  accepta  de 
diriger  la  paroisse  d'Issoudun  et  fut  nommé  archi- 
prêtre,  ce  qui  lui  permit  de  rester  à  Issoudun  lors  de 
l'expulsion  de  sa  congrégation  en  1880. 

Il  écrivit  plusieurs  livres  de  piété,  dont  les  princi- 
paux sont  :  Le  Sacré-Cœur  de  Jésus  (1900,  512  p.),  et 
Notre-Dame  du  Sacré-Cœur,  d'après  la  Ste  Écriture, 
les  saints  Pères  et  la  tradition  (1895,  634  p.).  Il  faut  y 
ajouter  l'Hist.  religieuse  d' Issoudun  (1899,  444  p.).  — 
En  1900,  il  demanda  d'être  relevé  de  la  charge  de 
supérieur  général.  On  lui  donna  un  vicaire.  En  1907, 
quelques  mois  avant  de  mourir,  il  fut  expulsé  de  son 
presbytère  et  vit  la  basilique  du  S.-Cœur  d'Issoudun 
et  les  dépendances  du  pèlerinage  de  N.-D.  du  S.-Cœur 
vendues  aux  enchères.  Ces  propriétés  purent  être 
récupérées  plus  tard  par  les  Missionnaires  du  S.-Cœur. 

Il  mourut  saintement  à  Issoudun,  le  21  oct.  1907. 
Doué  de  qualités  exceptionnelles  d'organisateur  et  de 
chef,  patient  à  toutes  les  épreuves,  d'une  charité  et 
d'un  zèle  infatigables,  il  a  été  l'un  des  grands  apôtres 
du  S.-Cœur  au  xix«  siècle. 

Anatecla  societatis  Missionariorum  Sacratissimi  Cordis 
Jesu,  Rome.  —  Ch.  Piperon,  Le  T.  R.  P.  Jules  Chevalier, 
Paris,  1912.  —  P.  C.  Keiilers,  Jules  Chevalier,  een  Levens- 
beeld,  Tilbourg,  1924. 

A.  BUNDERVOET. 

CHEVALIER  (Ulysse),  bibliographe  et  histo- 
rien (24  févr.  1841-27  oct.  1923).  Voir  i).  A.  C.  L.,  ix, 
1743-44. 

Pour  la  liste  de  ses  publications,  v.  M.  le  chanoine  Ul. 
Chevalier,  son  œuvre  scientifique,  sa  Bio-bibliographie,  nouv. 
éd.  publiée  par  la  Soc.  d'archéol.  de  la  Drôme,  Valence, 
1912.  —  Pour  la  controverse  suscitée  par  son  Reperlorium 
hymnologicum,  v.  A.  Boll.,  xxi,  1902,  p.  405-16. 

CHEVENON  (Bernaro  de),  fut  évêque 
d'Amiens  de  1411  à  1413,  après  l'avoir  été  de  Lavaur, 
d'Agen,  de  Saintes.  L'année  même  de  son  installation, 
il  tint  un  synode  dont  les  décrets,  les  premiers  de  ce 
genre  que  l'on  ait  conservés,  furent  imprimés  en  1848 
par  Mgr  Mioland,  Actes  de  l'Église  d'Amiens,  i,  22.  Il 
faisait  partie  du  Conseil  royal;  il  assista  en  1412  à 
l'assemblée  du  clergé  de  France,  fut  avec  Pierre 
d'Ailly  de  l'ambassade  à  Rome  où  Simon  de  Cramaud, 
patriarche  d'Alexandrie  et  archevêque  de  Reims, 
reçut  le  chapeau  de  cardinal.  On  lui  reproche  de 
n'avoir  pas,  en  Cour  de  Rome,  travaillé  à  exonérer 
l'Église  de  France  des  lourdes  contributions  exigées 
par  le  pape,  mais  d'avoir  demandé  en  faveur  du  roi 


CnESTEI{-LF.-STRERT  CIIEVRNON 


(i4y  CHEVENUN 

et  des  princes  du  sang  des  induits  pour  nommer  aux 
plus  gros  bénéfices. 

En  souvenir  de  leur  mariage  célébré  dans  la  cathé- 
drale, le  17  juin.  1386,  Charles  VI  et  Isabeau  de 
Bavière  offrirent  au  chapitre  un  moulin  qui  porte 
encore  aujourd'hui  le  nom  de  «  moulin  du  Roi  ».  Le 
4  avr.  1413,  Chevenon  fut  nommé  évêque  de  Beauvais. 

Berthier,  Hisl.  de  l'Église  gallicane,  xv,  I.  XLV,  p.  390. 
—  Gall.  christ.,  x,  1198.  —  La  MolUère,  Les  antiquités  de  la 
ville  d'Amiens,  Paris,  1642,  p.  222.  —  Ed.  Soyez,  Notices 
sur  les  évêques  d'Amiens,  110.  —  Actes  de  l'Église  d'Amiens, 
I,  p.  Li.  —  Decourt,  Mémoires  chronol.,  mss.  802-03,  de 
la  blbl.  d'Amiens,  i,  512. 

A.  MOLIEN. 

CHEVERUS  (Jean-Louis  Lefebvre  de),  évê- 
que de  Boston,  de  Montauban,  archevêque  de  Bor- 
deaux, cardinal.  Né  à  Mayenne,  le  28  janv.  1768,  il 
étudie  à  Louis-le-Grand  et  à  S.-Magloire;  ordonné 
prêtre  à  Paris  le  18  déc.  1790,  vicaire  puis  successeur 
de  son  oncle  à  la  cure  de  Mayenne,  chassé  de  là  par  les 
révolutionnaires  et  interné  à  Dol,  il  s'évade  et  arrive 
à  Paris  le  25  juin  1792.  Lors  des  massacres  de  Sep- 
tembre il  gagne  l'Angleterre,  où  il  est  précepteur  et  où 
il  s'occupe  d'œuvres.  C'est  là  que  vient  le  trouver  une 
lettre  d'un  autre  émigré,  ancien  professeur  du  col- 
lège de  Navarre,  Fr.  A.  Matignon,  qui  dès  1792  s'était 
mis  à  la  disposition  de  l'évêque  de  Baltimore,  John 
Carroll.  Il  accepte  d'aller  partager  ses  travaux  mis- 
sionnaires et  arrive  à  Boston  le  3  oct.  1796.  Destiné 
d'abord  à  l'église  Ste-Marie  de  Philadelphie,  il  obtient 
de  rester  avec  Matignon  et  se  voit  confier  l'évangéli- 
sation  des  Indiens  du  Maine.  Il  gagna  bientôt  la  sym- 
pathie non  seulement  de  ses  ouailles,  mais  aussi  des 
classes  dirigeantes  puritaines.  Il  construisit  la  pre- 
mière église  de  Boston  (Ste-Croix)  en  1803.  A  ce  mo- 
ment sa  famille  et  ses  confrères  du  Mans  le  supplient 
de  rentrer;  après  quelques  hésitations  il  décide  de 
rester.  Nommé  premier  évêque  du  diocèse  de  Boston, 
érigé  le  8  avr.  1808  (supra,  ix,  1396-97),  il  ne  fut  sacré 
que  le  1"^  nov.  1810.  Il  continua  à  travailler  à  l'évan- 
gélisation  de  la  Nouvelle-Angleterre,  dans  des  condi- 
tions particulièrement  difficiles  :  le  manque  de  prêtres 
surtout.  Il  semble  bien,  quoi  que  l'on  en  ait  dit,  que  ce 
ne  fut  pas  l'appel  de  son  compagnon  d'enfance,  le  roi 
Louis  XVIII,  mais  une  charge  trop  lourde  pour  sa 
santé  et  son  âge  qui  décida  Cheverus  à  rentrer  en 
France.  Le  3  mai  1824,  le  roi  le  nomme  évêque  de 
Montauban,  où  il  réorganise  le  chapitre  et  le  sémi- 
naire et  s'attache  à  gagner  les  protestants.  Le  30  juill. 
1826,  il  est  transféré  à  Bordeaux,  par  ordonnance 
royale,  préconisé  le  2  oct.  suivant  et  élevé  à  la  pairie. 
Comme  à  Montauban,  il  s'attache  à  organiser  partout 
des  œuvres,  se  dépensant  sans  compter.  Le  roi  Louis- 
Philippe  venait  à  peine  d'obtenir  la  pourpre  romaine 
pour  Cheverus,  lorsque  celui-ci  mourut,  frappé  d'apo- 
plexie, le  19  juill.  1836. 

Dès  l'année  suivante,  M.  Hamon,  curé  de  S.-Sul- 
pice,  publiait,  sous  le  pseudonyme  de  J.  Huen-Du- 
bourg,  la  Vie  de  Cheverus,  qui  connut  de  nombreuses 
éditions  (la  septième,  de  1883,  porte  le  nom  réel  de 
l'auteur)  et  traductions. 

P.  Guilday,  Life  and  times  of  J.  Carroll,  archb.  of  Bail. 
(1735-1815),  II,  New-York,  613-25.  —  L'épiscopat  franç. 
(1802-1905),  Paris,  1905,  p.  143-44  ;  363-64.  —  Cath.  Enc, 
lii,  650.  —  Dicl.  of  American  biogr.,  iv,  61-62,  Londres, 
[1930]. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHEVREUX  (Dom  Ambroise-Augustin),  né 
en  1728,  fait  profession  à  l'abbaye  bénédictine  de  S.- 
Florent de  Saumur,  qui  appartenait  à  la  congrégation 
de  S.-Maur,  le  14  mai  1744.  Il  séjourne  ensuite  à  S.- 
Germain-des-Prés.  A  partir  de  1763,  il  occupe  d'im- 
portantes fonctions  dans  son  ordre.  Élu  supérieur 


général  à  l'unanimité  en  1783  et  1788,  il  soutient  les 
droits  de  son  ordre  contre  les  prétentions  de  la  Com- 
mission des  réguliers,  et  essaie  de  maintenir  l'idéal 
monastique  contre  les  abus  qui  s'étaient  glissés  à 
l'intérieur  des  maisons.  A  la  visite  des  commissaires  de 
la  municipalité  de  Paris  à  S.-Germain-des-Prés  (9  mai 
1790),  il  déclare  sa  volonté  de  continuer  la  vie  reli- 
gieuse tant  qu'il  lui  sera  possible.  Arrêté,  il  est  conduit 
aux  Carmes,  où  il  tombe  parmi  les  victimes  du  2  sept. 
1792.  Il  fut  béatifié  le  18  oct.  1926. 

H.  Mollière,  Le  Bx  dom  A.  Chevreux,  dernier  supérieur 
général  de  la  congrég.  de  S.-Maur,  Ligugé,  1936.  —  J. 
Grente,  Les  martyrs  de  sept.  1792  à  Paris,  Paris,  1919.  — 
F.  Rousseau,  Moines  bénédictins  martyrs  et  confesseurs  de  la 
foi  pendant  la  Révolution,  Maredsous,  1926,  101-03. 

R.  Van  Doren. 

CHEVRIER  (Vénérable  Antoine),  fondateur 
de  la  Providence  du  Prado,  à  Lyon.  Né  à  Lyon,  le 
16  avr.  1826;  reçut  sa  première  éducation  chez  les 
frères  des  Écoles  chrétiennes,  puis  à  l'école  latine  de 
S. -François,  entra  à  dix-sept  ans  au  petit  séminaire 
de  l'Argentière  et  passa  de  là  au  grand  séminaire  de 
S.-Irénée;  ordonné  prêtre  le  25  mai  1850,  il  fut 
nommé  vicaire  à  S. -André  de  la  Guillotière,  à  Lyon; 
en  1857,  il  devint  aumônier  de  la  Cité  Rambaud  (En- 
fant-Jésus), qui  s'était  proposé  un  double  but  :  pro- 
mouvoir la  ijremière  communion  des  enfants  délaissés 
et  i)rocurer  un  logement  aux  vieillards  et  aux  pau- 
vres. Le  P.  Chevrier,  laissant  à  M.  Rambaud  le  soin 
de  cette  dernière  œuvre,  veut,  avant  tout,  «  l'amélio- 
ration de  la  société  par  l'amélioration  de  l'enfance  ». 
Il  ouvre,  en  1860,  sur  l'emplacement  de  l'actuelle 
basilique  de  Fourvière,  une  maison  pour  les  enfants, 
mais  trouve  bientôt  le  moyen  d'acquérir  un  ancien 
lieu  de  divertissement,  appelé  le  Prado  et  situé  à  la 
Guillotière;  la  nouvelle  maison  est  inaugurée  le  l'"'  avr. 
1861.  Tout  en  continuant  de  s'occuper  de  son  œuvre, 
il  accepte,  en  1866,  de  fonder  la  paroisse  de  Moulin-à- 
Vent  (Vernissieux),  située  à  2  km.  du  Prado,  où  il 
reste  quatre  ans.  Reprenant  un  projet  conçu  dès  1859, 
le  P.  Chevrier  ouvre  au  Prado  une  école  cléricale,  qui 
lui  permettra  d'entrevoir  la  continuation  de  son 
œuvre;  ruinée  par  les  événements  de  1870,  l'institu- 
tion sera  réorganisée  dès  l'année  suivante.  Le  26  mai 
1877,  les  quatre  premiers  diacres  du  Prado,  qui  après 
leurs  études  au  séminaire  de  Lyon  avaient  été  auto- 
risés à  les  achever  à  Rome,  y  furent  ordonnés  prêtres. 
Bientôt  l'archevêque  de  Lyon  accorda  au  P.  Chevrier 
de  rester  à  la  tête  de  ses  nouveaux  prêtres.  Souffrant 
d'un  ulcère  à  l'estomac,  le  fondateur  tomba  grave- 
ment malade  en  1878  et  s'éteignit  au  Prado  le  2  oct. 
1879;  il  fut  inhumé  dans  sa  chapelle.  Sa  cause  a  été 
introduite  à  Rome  le  11  juin  1913. 

Le  P.  Chevrier  a  exposé  son  idéal  sacerdotal  dans 
Le  prêtre  selon  l'Évangile  ou  le  véritable  disciple  de 
J.-C.  (2^  éd.  par  C.  Chambost,  Lyon,  1924). 

.I.-M.  ViUefranche,  Vie  du  Vén.  P.  Chevrier,  21'  éd., 
Lyon-Paris,  1919.  —  A.  Delaserre,  Vie  du  P.  Chevrier, 
Lyon,  1892.  —  C.  Chambost,  Vie  du  P.  Chevrier,  Lyon, 
1920;  Lettres  du  P.  Chevrier,  Lyon,  1927.  —  A.  A.  Sedis, 
1913,  p.  309-11. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHEVROT  (Jean),  évêque  de  Tournai  et  Toul, 
xv»  s.  Fils  de  Jean  Chevrot,  il  naquit  aux  environs  de 
l'an  1400  à  Poligny,  en  Franche-Comté.  Son  oncle 
Simon,  abbé  de  Goailles,  conseiller  du  duc  de  Bour- 
gogne et  chef  de  son  conseil,  travailla  à  son  éduca- 
tion. Entré  dans  les  ordres,  il  devint  de  bonne  heure 
chanoine  de  Besançon.  En  1417,  il  étudiait  à  Paris  et 
il  obtenait  la  licence  en  décret.  Il  revenait  dans  sa  ville 
natale  et  cumulait  les  bénéfices  :  chapelain  de  la 
chapelle  S. -Jean  de  Salins,  archidiacre  de  Rouen 
(1429),  chanoine  de  N.-D.  de  Beaune  (1435).  L'évêché 


651  CHEVROT  —  C 

de  Tournai  étant  venu  à  vaquer,  Philippe  le  Bon,  duc 
de  Bourgogne,  le  recommanda  au  pape,  cependant 
que  Charles  VII,  roi  de  France,  appuyait  Jean  d'Har- 
court.  Celui-ci  fut  nommé  par  le  chapitre  mais  dut 
s'incliner  devant  la  décision  pontificale.  Le  2  nov. 
1436,  le  prélat  fit  prendre  possession  par  procureur  et 
il  entra  lui-même  solennellement  le  12janv.  1440. 

J.  Chevrot,  conseiller  du  duc,  chef  du  conseil  en 
l'absence  du  chancelier  Rolin  qui  était  son  ami  in- 
time, joua  un  grand  rôle  à  la  cour.  En  1448,  il  fit 
partie  d'une  ambassade  auprès  de  la  cour  de  France; 
en  1453,  ambassadeur  en  Angleterre,  il  rétablit  la 
paix  entre  les  deux  États  et  il  réconcilia  les  Gantois 
révoltés  contre  le  souverain.  Ami  des  artistes,  notam- 
ment de  Roger  Van  der  Weyden,  il  commanda  à 
celui-ci  le  fameux  triptyque  des  «  Sept  sacrements  » 
pour  sa  cathédrale  de  Tournai  (au  musée  d'Anvers)  et 
d'autres  tableaux  pour  l'église  de  Poligny  dont  on 
ignore  aujourd'hui  le  sort. 

En  1460,  il  échangea  l'évêché  de  Tournai  pour 
celui  de  Toul  dont  le  titulaire  était  Guillaume  Fil- 
lastre.  En  allant  prendre  possession,  il  mourut  à 
Lille  le  22  sept.  Il  fut  inhumé  à  Tournai,  sous  la  châsse 
des  reliques  de  S.  Hippolyte  qu'il  avait  fait  venir  de 
Franche-Comté.  Son  cœur  fut  déposé  à  Poligny  dans 
la  chapelle  dite  de  Tournai  qu'il  avait  fondée,  sous 
une  statue  de  pierre  ornée  de  ses  armes  :  d'or  au  che- 
vron d'azur  chargé  en  cime  d'une  croisette  ancrée 
d'or.  Une  statue  en  bronze  fut  également  érigée  à  sa 
mémoire  en  la  cathédrale  de  Toul. 

J.  Chevrot  qui  avait  gardé  une  particulière  prédi- 
lection pour  sa  province  natale  lui  fit  de  multiples 
dons,  notamment  au  prieuré  de  Vaux-lès- Poligny  dont 
il  fut  prieur  commendataire  de  1449  à  1458;  à  la 
cathédrale  de  Besançon  qui  reçut  sa  chapelle  pontifi- 
cale; à  la  collégiale  de  Poligny  qui  fut  dotée  de  ta- 
bleaux, de  statues  et  de  tapisseries  de  grande  valeur. 
Il  y  fit  également  construire  une  chapelle  consacrée  en 
1455,  où  il  établit  trois  chapelains  et  une  maîtrise  de 
musique.  J.  Chevrot  fit  également  des  dons  généreux 
aux  cathédrales  de  Tournai  et  de  Toul. 

Archives  :  du  Jura,  séries  G  et  H;  de  la  Côte-d'Or, 
séries  B  et  G;  du  Nord,  série  B.  —  .1.  Cousin,  Hist.  de  Tour- 
nai, 1619,  p.  217-19.  —  Chevalier,  Mémoires  hist...  sur  la 
ville  et  la  seigneurie  de  Poligny,  i,  il,  1769.  —  Rousset, 
Dict.  hist...  des  communes  du  Jura,  v,  1854,  p.  254-62.  — 
Chronique  d'Enguerran  de  Monstrelet,  éd.  de  la  Soc.  de 
l'hist.  de  France,  v,  1861,  p.  59-60.  —  Biogr.  nat.  de  Bel- 
gique, IV,  1873,  p.  74.  —  A.  Benoit,  Notice  sur  les  monu- 
ments funéraires  de  Toul,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'archéol. 
lorr.,  1877,  p.  373-74.  —  S.  Pidoux,  Mon  vieux  Poligny, 
i-ii,  1932. 

T.  DE  MOREMBERT. 

CHEYENNE,  dioc.  des  États-Unis  d'Amérique, 
érigé  le  9  août  1887  et  comprenant  l'État  de  Wyo- 
ming  et  le  parc  national  de  Yellowstone.  La  cathédrale 
est  consacrée  à  la  Ste  Vierge. 

Évêques:  1.  Maurice  F.  Burke,  1887-93.  —  2.  Tho- 
mas M.  Lenihan,  1897-1901.  —  3.  James  J.  Keane, 
1902-11.  —  4.  Patrick  A.  Me  Govern,  1912. 

Catholic  Directory,  New-York,  1950,  p.  288-89 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CHEZAL-BENOIT,  Casale  Benedicti,  ancien- 
nement Casale  Malanum,  au  territoire  d'Issoudun, 
cant.  de  Lignières,  arrond.  de  S.-Amand-Mont-Rond 
(Cher),  sur  un  affluent  de  l'Arnon,  abbaye  de  bénédic- 
tins dédiée  à  S.  Pierre.  Ce  monastère  fut  fondé  en  1093 
par  le  Bx  André,  prieur  de  Vallombreuse  (f  1112).  La 
vie  régulière  y  était  fort  déchue  au  xv^  s.  L'abbé 
Pierre  du  Mas  rétablit  la  communauté  des  biens,  en 
unissant  les  bénéfices  claustraux  et  les  prieurés  à  la 
mense  conventuelle.  Il  renonça  aussi  à  la  perpétuité 
de  la  dignité  abbatiale.  En  1488,  à  l'intention  des 


HEZAL-BENOIT  652 

monastères  affiliés  à  Chezal-Benoit,  Du  Mas  publia 
des  statuts  qui  s'inspiraient  des  usages  de  la  congré- 
gation de  Ste-Justine  de  Padoue,  tout  en  laissant  plus 
d'autonomie  aux  maisons  dont  les  représentants  assis- 
taient régulièrement  à  des  chapitres  généraux.  Cette 
nouvelle  congrégation,  qui  comprenait  treize  monas- 
tères, fut  approuvée  par  le  cardinal  d'Amboise  en 
1508;  Léon  X,  en  1516,  lui  accorda  les  privilèges  de 
Ste-Justine  et,  en  1555,  Paul  V  lui  donna  l'exemption. 
Le  concordat  de  1516,  qui  attribuait  au  roi  la  nomi- 
nation à  la  plupart  de  ses  abbayes,  sauf  les  cinq  pri- 
maires, compromit  son  expansion,  sans  nuire  à  sa 
régularité.  Celle-ci  déclina  après  les  troubles  qui 
suivirent  l'an  1560. 

A  l'intervention  de  Richelieu,  qui  s'était  fait  attri- 
buer le  titre  de  chef  général,  administrateur  de  la 
congrégation,  avec  une  pension  de  30  000  livres,  les 
supérieurs  demandèrent  leur  union  avec  S.-Maur,  qui 
fut  réalisée  le  28  mars  1636;  Richelieu  renonça  à 
sou  titre,  mais  garda  la  pension.  La  congrégation  de 
S.-Maur  nomma  aux  abbayes  de  Chezal-Benoît  jus- 
qu'en 1763;  à  cette  date  le  roi  en  disposa.  Tous  ces 
monastères  disparurent  à  la  Révolution. 

Parmi  les  moines  de  Chezal-Benoît,  retenons  les 
écrivains  :  Guy  Jouveneaux  (t  1507);  les  frères  Charles 
Fernand  (t  1517)  et  Jean  Fernand  (f  1531),  originaires 
de  Bruges;  Jean  Boudonnet  (t  1664).  —  De  l'église, 
achevée  en  1093,  subsiste  la  nef  avec  ses  sculptures 
remarquables. 

Liste  des  abbés:  Bx  André  I*"'  Orderic,  t  1112.  — 
Gérard,  1117,  1119.  —  Isenibert.  —  Rodulphe,  1145, 
1151.  —  Guillaume  l".  —  Arnulphe  l"  de  S. -Loup, 
1168.  —  Arnulphe  II  de  S. -Benoît,  1170.  —  Rainald 
Gremius,  1 171.  —  Garnier  de  Linier,  1 185.  —  Pierrel" 
de  Limoges,  1191.  —  Humbald  de  Castellulus,  1195, 
1200.  —  Thomas  I"  de  la  Charité,  1201.  —  Jean  I", 
!   1210.  —  Étienne  I"  de  Condet,  1213.  —  Hugues,  1229. 

—  Rogier,  1241,  1245.  —  Joserlin,  1254.  —  Étienne  II, 
1255.  —  Thomas  II,  1259.  —  Réginald  de  Quarta, 
1263.  —  Pierre  II,  1269.  —  Guillaume  II,  1271.  — 
Rainaud  I"  de  Messa,  1274.  —  Benoît.  —  Jean  II, 
1284.  —  Jean  III  de  Brulon.  —  Rainaud  II  de  Messa, 
t  1318.  —  Jean  IV  Pilours,  1329.  — -  Guillaume  III 
Flandrin,  f  1344.  —  Guillaume  IV  de  Champbon, 
1347.  —  Pierre  III  de  Launay,  1372,  1386.  —  Guil- 
laume V  Auvignon,  1394,  1409.  —  Jacques  I^"^  Laterie, 
1430.  —  Philibert  de  la  Verne,  1470,  résigna  en  faveur 
du  suivant  en  1479.  —  Pierre  IV  de  Mas,  1479,  1491. 

—  Martin  Fumée,  1491-1500.  —  Jean  V  le  Roy, 
premier  abbé  triennal,  1500-05.  —  Étienne  III  Pinon, 
1505-08,  t  1541.  —  Michel  I"  du  Puy,  1514-17.  — 
Yves  Morisson,  1520.  —  Jean  VI  Habon,  1524.  — 
Jean  VII  Gombault,  1526,  qui  abdiqua  en  1527.  — 
Jean  VIII  Chaussé,  1527-30.  —  André  II  le  Moulnier, 
1537.  —  Yves  Morisson,  1539,  f  1546  (47).  —  Léonard 
du  Vergier,  1542,  f  1555.  —  Placide  Léger,  1548.  — 
André  le  Moulnier,  1554,  1559.  —  Jean  VIII  Caigre, 
1560.  —  André  le  Moulnier,  1561.  —  Égide  Mar- 
chant, 1564.  —  François  d'Amour,  1569.  —  Michel  II 
Jondio,  1572.  —  Égide  II  Auctet,  1577.  —  SébastienI" 
Guerret,  1578,  t  1603.  —  Denys  des  Vignes,  1584, 
t  1586.  -—  Michel  Jondio,  1590.  —  Guillaume  VI  du 
Puy,  1593.  —  Pierre  V  Roger,  1596.  —  Sébastien  II 
Guerret,  1597-1600.  —  Jacques  II  Morel,  1601.  — 
Thomas  III  Berdreaux,  1603.  —  Pierre  VI  du  Peyrat, 
1609.  —  Catien  le  Roy,  1615,  t  1627.  —  Antoine 
Sotereau,  1622,  t  15  févr.  1628.  —  Bernard  Melon, 
1627.  —  Louis  I"  Rouillard,  1630.  —  Gautier,  1636.  — 
Louis  II  Doulay,  1639. 

Abbés  depuis  l'union  avec  S.-Maur:  Humbert  Ja- 
met,  1645.  —  Michel  Pirou,  1651.  —  Sixte  Mousnier, 
1657.  —  Placide  Hamelin,  1660.  —  Louis  Janet,  1666. 

—  Antoine  Savy,  1669.  —  François  de  Montclar,  1672. 


(553 


CHEZAL-BENUIT 


CHKZY-SUR-MARNE 


654 


—  Adéodat  Buisson,  lt)75.  —  Jean  Villatel,  1681.  — 
Jean  Blenie,  1684.  —  Gabriel  Gérentes,  1687.  —  Gil- 
bert la  Porte,  1693.  —  Maur  Marcland,  1696.  —  Au- 
gustin Collet,  1702.  —  Marcellin  Pinel,  1705.  — 
Mathurin  Tranchant,  1708.  —  Guy  Buisson,  1711.  — 
Nicolas  Lanne. 

D'Achéry,  Spicil.,  m,  462-64.  —  Beauiiier-Besse,  Ab- 
bayes et  prieurés...,  introd.,  62-72;  v,  24.  —  Berlière,  La 
congr.  bénédict.  de  Cliezal-Benoîl,  dans  Mél.  d'hist.  bénéd., 
III,  1901,  p.  97-198.  —  Chevalier,  T.  B.,  689.  —  Cottineau, 
766.  —  F.  Deshoulières,  L'abbaye  de  Chezal-Benoit,  Bour- 
ges, 1910;  L'église  abbatiale  de  Chezal-Benoît,  Gaen,  1908. 

—  Gall.  christ.,  ii,  162.  —  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  table, 
VI,  258.  —  Martène-Charvin,  Hist.  de  la  congr.  de  S.-Maur, 

11,  93-99.  —  E.  Michael,  Ueber  geistliche  Baumeister  im 
Mittelalter,  dans  Zeilschr.  f.  kath.  TheoL,  xxxil,  1908, 
p.  213-29.  —  l'h.  Schmitz,  Hist.  de  l'ordre  de  S.-Benoît, 
III,  210. 

R.  Van  Doren. 

CHÉZERY,  Chesiriacum,  ancienne  abbaye  cis- 
tercienne sur  la  commune  de  ce  nom,  fondée  par  Amé- 
dée  III  comte  de  Savoie,  au  dioc.  de  Genève,  aujour- 
d'hui de  Belley  (Ain).  L'emplacement  appartenait  au 
prieuré  clunisien  de  S. -Victor  de  Genève,  qui  le  céda  à 
S.  Bernard  et  à  Moyse,  abbé  de  Bonmont,  en  Suisse. 
Fontenay,  fille  de  Clairvaux,  y  envoya  ses  moines 
(1140).  Le  premier  abbé,  le  Bx  Lambert,  était  frère  de 
S.  Pierre,  abbé  de  Tamié,  puis  archevêque  de  Taren- 
taise.  L'un  des  moines  de  la  première  heure,  Roland, 
jouit  d'un  culte  dans  l'église  paroissiale  de  Chézery, 
l'ancienne  abbatiale,  et  dans  le  diocèse  de  Belley.  Ce 
sont  les  deux  gloires  de  l'antique  abbaye  qui,  par  ail- 
leurs, n'a  guère  laissé  de  souvenirs  bien  marquants. 
Les  capitulants  de  Cîteaux  eurent  parfois  à  s'occuper 
de  Chézery  :  en  1398,  la  mauvaise  administration  d'un 
abbé  l'avait  réduite  à  la  pauvreté  extrême;  en  1433, 
l'abbé  Jean  de  l'Hoste  dut  être  déposé;  de  même  en 
1453  Antoine  de  Vicedogny,  pour  dilapidation.  Quand 
Nicolas  Cotton,  docteur  en  théologie,  fut  élu  en  1560, 
des  lettres  rédigées  au  nom  du  chapitre  général  le 
présentèrent  respectueusement  à  la  maison  de  Savoie. 

Série  des  abbés:  1.  Lambert,  1140.  —  2.  Étienne, 
1155.  —  3.  Roland  (certains  auteurs  l'identifient 
avec  le  saint).  —  4.  Guillaume,  1180.  —  5.  Anselme, 
1236.  —  6.  Girard,  1281.  —  7.  Raoul,  1324.  —  8.  Nico- 
las I",  t  1357.  —  9.  Richard,  1357.  —  10.  François, 
1424.  —  11.  Jean  II  de  l'Hoste,  déposé  en  1433.  — 

12.  Antoine  Vicedogny,  déposé  en  1453.  —  13.  JeanlII 
de  Campeys,  commendataire,  év.  de  Turin,  puis  de 
Genève,  archev.  de  Tarentaise,  t  1492.  —  14.  Jean 
d'Amancier,  1493.  —  15.  André  d'Amancier,  1538-52. 

—  16.  Antoine  du  Saix.  —  17.  Jacques  Bourgeois, 
1584.  —  18.  Nicolas  de  Meuillon,  1600.  —  19.  Louis 
Perucard  de  Ballon.  —  20.  Gaspard  Perucard  de  Bal- 
lon, t  1629.  —  21.  Laurent  Scotti,  1632.  —  22.  Chris- 
tophe Duc,  1670.  —  23.  Louis  Gros,  1678.  —  24.  Jo- 
seph de  Savoie,  1693.  —  25.  Joseph-Nicolas  Des- 
champs de  Chaumont,  1728,  év.  de  Genève,  1741.  — 
26.  Jean-Pierre  Briord,  év.  de  Genève,  1764.  —  27. 
Joseph-Marie  Paget,  év.  de  fienève,  1787. 

Archives  :  départ,  de  l'Ain,  où  l'inventaire  de  1891  signale 
//  20S  :  30  pièces  (1632-93);  //  209  :  29  pièces  (1711-77); 
H  210  :  12  pièces  (1772-74).  —  Besançon,  bibl.  municipale, 
ms.  74,  toi.  286  :  extr.  du  cartulaire.  —  Bourg,  bibl.  munie, 
ms.  53  (43),  fo\.  101-03  :  5  chartes  publiées  par  Vuy,  dans 
Mém.  Inst.  nat.  genev.,  xii;  ms.  5,  fol.  63  :  franchises...  à 
Ballon...  1326.  —  Dole,  bibl.  munie,  ms.  137  :  cartulaire, 
copie  par  Perrenot  (chartes  1175-1361).  —  A.  S.,  mai,  ii, 
322.  —  Burlet,  Le  culte  de  Dieu  et  des  saints  en  Sauoie,  1916. 

—  Cottineau,  767.  —  Gall.  christ.,  xvi,  495.  —  Janauschek, 
Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  61.  —  Manrique,  Ann.  cisterc, 
Lyon,  1642,  année  1140,  x,  1;  xi,  1,  2,  12.  —  Statuta  cap. 
gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  de  Louvain,  1933-41,  passim.  — 
Stein,  Cartulaires  français,  Paris,  1907,  n.  939. 

J.-M.  Canivez. 


CHÉZY-SUR-MARNE,  Cariacum,  abbaye 
dont  on  trouve  mention  au  milieu  du  ix«  s.;  on  l'a  fait, 
sans  preuve,  remonter  à  Charlemagne.  Elle  était 
fondée  sous  le  vocable  de  S.  Pierre,  sur  le  bord  de  la 
Marne,  à  6  km.  environ  au  sud  de  Château-Thierry, 
en  un  lieu  pouvant  présenter  de  l'intérêt  au  point  de 
vue  militaire,  mais  peu  favorable  à  une  existence  pai- 
sible. Elle  aurait  été  détruite  vers  887  lors  d'une  inva- 
sion normande,  et  ne  se  releva  pas  facilement.  Elle 
était,  en  980,  sous  l'obédience  de  l'Église  de  Paris. 
Les  norbertins  y  étaient  établis  vers  le  milieu  du  xi»  s. 
et,  en  1063,  Thibaud  de  Champagne  donna  à  Rodol- 
phe, sixième  abbé,  l'église  de  Charleville,  près  Mont- 
mirail,  et  l'abbaye  reçut  bientôt  dix-sept  églises  parois- 
siales. En  1140,  les  religieux,  en  raison  des  attaques 
possibles,  s'établirent  dans  l'enceinte  même  du  bourg 
de  Chézy  dont  ils  étaient  seigneurs  et  qui  avait  été 
fortifié  par  l'abbé  Simon,  représenté  comme  un  homme 
de  grand  mérite  et  que  S.  Bernard  défendit  dans  son 
conflit  avec  l'évêque  de  Soissons.  L'établissement 
d'un  monastère  dans  une  place  fortifiée  nuisait  à  l'état 
religieux  :  au  siècle  suivant,  l'abbé  Robert  avec  la 
majeure  partie  de  la  communauté  retourna  à  S.-Pierre- 
le- Vieux.  Sous  l'abbatiat  de  Philippe,  la  détresse  était 
absolue;  il  fut  déposé  en  1356,  à  la  suite  d'une  visite 
de  Jean  de  Craon,  archevêque  de  Reims.  En  1414, 
Nicolas  Graibert,  évêque  de  Soissons,  trouva  les  reli- 
gieux réduits  à  la  mendicité;  cette  même  année  la 
forteresse  fut  détruite  par  les  Anglais  et  l'abbaye, 
tombée  en  commende,  ne  paraît  pas  s'être  relevée 
avant  le  xvi"  s.,  où  trois  abbés  de  la  famille  de  Lan- 
geac  (1503-62)  firent  effectuer  quelques  travaux,  mais 
la  pauvreté  était  telle  que  l'abbé  Antoine,  «  quoique 
commendataire,  fut  contraint  d'y  résider  ». 

En  1662,  François  de  Nesmond,  fils  du  président  au 
parlement  de  Paris,  y  appela  les  bénédictins  de  S.- 
Maur,  qui  s'y  établirent  en  dépit  de  quelque  opposi- 
tion. Cette  maison,  connue  surtout  par  ses  malheurs, 
demeura  dans  une  situation  précaire;  en  1766  elle 
fut  unie  à  S.-Crépin  de  Soissons;  il  n'y  avait  que  cinq 
moines.  En  1792,  les  bâtiments  conventuels  et  l'église 
furent  démolis  et  les  ruines  disparurent  également;  il 
n'apparaît  pas  que  cette  disparition  ait  fait  éprouver 
à  l'art  une  perte  notable.  Aucun  des  abbés  n'a  laissé 
de  grand  nom  dans  l'histoire;  parmi  les  commenda- 
taires  on  relève  les  noms  de  Louis  de  L'Espinasse 
(1481-1501),  de  Nicolas  de  Neuville  de  Villeroi  (1582- 
1602),  de  Guillaume  Fouquet  de  La  Varenne,  évêque 
d'Angers,  de  Charles  de  Balzac,  évêque  de  Noyon, 
de  Louis  de  Bassompierre,  évêque  de  Saintes,  de  Henri 
de  Nesmond,  archevêque  de  Toulouse,  d'Antoine  de 
Montazet,  archevêque  de  Lyon. 

Liste  des  abbés:  Jean  I^'.  —  Théobald  I".  —  Aibert. 

—  Gilon.  —  Robert  I".  —  Rodulphe,  1063.  —  Pierre, 
1108,  1112.  —  Simon,  1134,  démissionna  en  1156, 
t  27  juin.  1163.  —-Élie,  t  6  juin  1171.  —  Ebolus,  1176, 
t  21  janv.  1190.  —  Gaufred  I",  1193,  1199.  —  Gau- 
fred  II,  1210.  —  Odon  I",  1214,  1217.  —  Renald, 
1222,  1230.  —  Robert  II  de  Troies,  f  4  déc.  1243.  — 
Drogon,  1244,  1246.  —  B...,  1247.  —  Odon  II,  1269.  — 
Gautier,  1270.  1288.  —  Robert  III,  1293,  1329.  — 
Guillaume  I"  de  Nourenoult,  1349.  —  Philippe,  1356. 

—  Jean  II  de  Lintelles,  1358,  1392.  —  Pierre  de  Meu- 
don,  1392,  1403.  —  Henri  I"  de  Beaulieu,  1409,  1427. 

—  Théobald  II.  —  Nicolas  II  Lentier,  1436,  1444.  — 
Nicolas  III  Grainoti,  1444,  1454.  —  Jean  III.  — 
Michel.  —  Nicolas  IV  Richard,  1459,  1463.  —  Maur 
du  Mas,  1469,  1480.  —  Louis  de  Lespinasse,  premier 
commendataire,  1481,  f  2  nov.  1501.  —  Jean  IV  de 
Langheac,  moine  élu,  f  8  mars  1503.  —  Antoine  de 
Langheac,  commendataire  nommé  en  1503,  malgré 
l'élection  de  Guillaume  Gouffler,  f  1519.  —  Gabriel 
de  Langheac,  moine  de  Cluny,  élu  le  16  août  1519, 


CHÉZY-SUR-MARNE 


—  CHIARAVALLE 


656 


t  22  oct.  1528.  —  François  I"  de  Langheac,  1528, 
t  14  janv.  1562.  —  Nicolas  V  du  Mont,  nommé  par 
le  roi,  1564,  à  la  place  de  Ponce  Pignard,  élu  par  les 
moines,  f  1570.  —  Nicolas  VI  de  Neuville,  1582,  1612. 

—  Guillaume  Fouquet  de  la  Varenne,  év.  d'Angers, 
1612,  t  1615.  —  Charles  de  Balzac,  év.  de  Noyon, 
t  1625.  —  Louis  II  de  Bassompierre,  év.  de  Saintes, 
1626;  céda  au  suivant,  1647.  —  François  II  de  Nes- 
mond,  év.  de  Bayeux,  14  août  1647;  céda  au  suivant, 
1682.  —  Henri  II  de  Nesmond,  26  mai  1682,  év.  de 
Montaùban,  archev.  d'Albi,  puis  de  Toulouse,  f  27  mai 
1727.  —  Fabius  Brulart  de  Sillery,  év.  de  Soissons, 
t  19  nov.  1714.  —  François-Philippe  Morel,  aumô- 
nier du  roi,  1715,  1731.  —  Omer  Joly  de  Fleury, 
9  mai  1731. 

Gall.  christ.,  ix,  427  sq.  —  É.  de  Barthélémy,  Analyse  du 
cartulaire  de  S.-Pierre  de  Chézy,  dans  Mém.  Soc.  de  l'acad. 
S.-Quentin,  l,  1878,  p.  241-308.  —  A.-E.  Poquet,  Notice 
sur  le  bourg  et  l'abbaye  de  Chézy-sur-Mariie,  Soissons,  1844. 

—  A.  Corlieu,  L'abbaye  de  Chézy,  dans  Annales  de  la  Soc. 
hist.  de  Château-Thierry,  1879-80,  p.  88-109.  —  Monasticum 
benedictinum,  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  12  664.  —  Monasticum 
gallicanum,  ibid.,  lat.  11  820.  —  Cottineau,  767-68. 

M.  Prévost. 

CH  I APAS,  Chiapensis,  évêché  du  Mexique,  État 
de  Chiapas.  Son  territoire,  habité  successivement  par 
les  Olmèques,  Toltèques  et  Aztèques,  fut  conquis 
par  Pierre  d'Alvarado  en  1534.  L'évêché  de  Chiapas, 
avec  siège  à  S.  Cristôbal-las-Casas,  fut  érigé  par  le 
pape  Paul  III,  le  19  mars  1539  (bulle  Inter  multipliées), 
dans  la  paroisse  de  l'Assomption  de  Ciudad  Real, 
sous  le  patronage  de  S.  Christophe.  Fr.  Juan  de  Ortega, 
hiéronymite,  ayant  refusé  l'évêché,  la  bulle  d'érection 
fut  exécutée  par  Juan  de  Arteaga  y  Avendafio,  le 
15  janv.  1541.  Dans  la  deuxième  moitié  du  xvi«  s. 
ses  revenus  étaient  de  $  1  300  or.  A  la  fin  de  ce  siècle, 
il  comptait  88  villages  administrés  par  5  couvents  ou 
paroisses  de  dominicains  et  un  couvent  de  francis- 
cains. En  1580,  il  ne  possédait  pas  encore  de  chapitre. 
Les  controverses  relatives  aux  limites  des  diocèses  de 
la  Nouvelle-Espagne  eurent  leur  répercussion  à  Chia- 
pas, mais  n'y  provoquèrent  pas  d'incident.  Le  siège 
était  suffragant  d'abord  de  Séville  (Espagne),  puis 
de  Guatémala,  enfin  actuellement  d'Antequera 
(Oaxaca).  Ses  limites  sont  restées  à  peu  près  inchan- 
gées depuis  le  xvi"  s.  Pour  un  territoire  de  73  216  km^ 
et  une  population  de  615  000  catholiques,  groupés  en 
40  paroisses,  elles-mêmes  divisées  en  8  vicairies,  le 
diocèse  compte  à  peine  une  trentaine  de  prêtres. 
Parmi  ses  182  églises  ou  chapelles,  quelques-unes 
méritent  une  mention  spéciale  :  la  cathédrale  S.  Cris- 
tôbal-las-Casas, S. -Dominique  et  S. -François,  égale- 
ment à  Las  Casas,  S. -Joseph  de  Comitân  et  N.-D.-des- 
Carmes  à  Chiapa  de  Corzo.  Parmi  ses  évêques  figure 
le  célèbre  Barthélémy  de  las  Casas. 

Liste  des  évêques:  Fr.  Juan  de  Ortega,  O.  S.  H., 
19  mars  1539,  renonça  sans  prendre  possession.  — 
Juan  de  Arteaga  y  Avendano,  (d.B.  g.e.  iv,  786).  — 
Fr.  Bartolomé  de  las  Casas,  O.  P.,  19  déc.  1543,  re- 
nonça le  19  janv.  1551.  —  Tomâs  Casillas,  O.  P.,  élu  le 
19  avr.  1550,  confirmé  10  janv.  1551.  —  Domingo  de 
Lara,  O.  P.,  élu  mais  non  confirmé  en  1572.  —  Fr. 
Alonso  de  Noronha,  O.  P.,  administra  le  diocèse  pen- 
dant sept  ans,  sans  bulle.  —  Fr.  Pedro  de  Feria,  O.  P., 
élu  le  30  avr.  1572,  confirmé  le  8  janv.  1574.  —  Fr.  An- 
drés  de  Ubilla,  O.  P.,  21  mai  1592.  —  Lucas  Durân, 
renonça.  —  Melchior  de  la  Cadena,  refusa.  —  Juan 
Pedro  Gonzâlez  de  Mendoza,  O.  S.  A.,  7  mai  1607.  — 
Fr.  Tomàs  Blanes,  O.  P.,  12  janv.  1609.  —  Fr.  Juan 
de  Zapata  y  Sandoval,  O.  S.  A.,  13  nov.  1613.  — 
Bernardino  de  Salazar  y  Frias,  21  oct.  1621.  —  Agus- 
tin  Ugarte  de  Saravia,  3  déc.  1629,  ne  prit  pas  pos- 
session. —  Alonso  Munoz  de  Tirado,  élu  le  22  juill. 


1632,  ne  fut  pas  confirmé.  —  Fr.  Marcos  Ramirez  de 
Prado,  O.  F.  M.,  31  janv.  1633.  —  Fr.  Cristôbal  Pérez 
de  Lazarraga,  O.  Gist.,  3  oct.  1639.  —  Fr.  Domingo 
de  Villaescusa  Ramirez  de  Arellano,  O.  S.  H.,  19  nov. 
1640.  —  Fr.  Maure  de  Tovar,  O.  S.  B.,  16  déc.  1652. 

—  Cristôbal  Bernardo  de  Quirôs,  \"  sept.  1670.  — 
Manuel  Fernândez  de  Santa  Cruz  y  Sahagun,  élu  en 
1672,  ne  fut  pas  confirmé.  —  Marcos  Bravo  de  la 
Sema,  12  mars  1674.  —  Fr.  Francisco  Nùnez  de  la 
Vega,  O.  P.,  8  janv.  1682.  —  Fr.  Juan  Bautista  Alva- 
rez de  Toledo,  O.  F.  M.,  24  sept.  1708.  —  Jacinto 
Olivera  Pardo,  26  févr.  1714.  —  Fr.  José  Cubero 
Ramirez  de  Arellano,  Merc,  6  juill.  1734.  —  Fr.  José 
Vidal  Montezuma,  Merc,  28  mars  1753.  —  Miguel 
Cilieza  y  Velasco,  27  avr.  1767.  —  Lucas  José  Ramirez 
Galân,  12  janv.  1769,  ne  prit  pas  possession.  —  Fr. 
Juan  Manuel  Garcia  de  Vargas  y  Rivera,  Merc, 
20  nov.  1769.  —  Antonio  Caballero  y  Gôngora,  29  mai 
1775.  —  F"raucisco  Polanco,  13  nov.  1775.  —  José 
Martinez  Palomino  y  Lôpez  de  Lorena,  19  déc.  1785. 

—  Francisco  Gabriel  de  Olivares  y  Benito,  15  sept. 
1 788.  —  Fermîn  José  Fuero  y  Gômez  Martinez,  18  déc. 
1795.  —  Ambrosio  de  Llano,  23  déc.  1801.  —  Salvador 
de  Sanmartîn  y  Cuevas,  22  juill.  1816.  —  Fr.  Luis 
Garcia  Guillén,  Merc,  28  févr.  1831.  —  José  Maria 
Luciano  Becerra  y  Jiménez,  23  déc.  1839.  —  Carlos 
Maria  Colina  y  Rubio,  7  avr.  1854.  —  Carlos  Manuel 
Ladrôn  de  Guevara,  19  mars  1863.  —  Germân  .\scen- 
siôn  Villalvazo  y  Rodriguez,  22  nov.  1869.  —  Fr.  Ra- 
môn  Maria  de  S.  José  Moreno  Castaiîeda,  O.  C, 
22  sept.  1879.  —  Miguel  Mariano  Luque  y  Ayerdi, 
13  nov.  1884.  —  Francisco  Orozco  Jiménez,  9  juill. 
1902.  —  Maximino  Ruiz  Flores,  8  févr.  1913.  —  Ge- 
rardo  Anaya  y  Diez  de  Bonilla,  8  mars  1920.  —  Lucio 
Torreblanca,  1944. 

A.  de  Remesal,  O.  1'.,  Hist.  de  la  Prou,  de  S.  Vicente  de 
Chyapa  y  Guatemala  de  la  O.  de  N.  Gl.  P.  Slo  Domingo, 
Madrid,  1619;  Guatémala,  1932.  —  M.  Cuevas,  S.  J.,  Hist. 
de  la  Iglesia  en  México,  Tlalpan  (México),  1921  sq.  —  V.  de 
Andrade,  Noticias  de  los  Srs.  Obispos  de  Chiapa,  México, 
1907.  —  J.  Bravo  Ugarte,  S.  J.,  Diôcesis  y  ob.  de  la  Iglesia 
Mexicana,  México,  1941,  p.  28-30.  —  A.  Galindt)  Mendoza, 
Apuntos  geogr.  y  est.  de  la  Iglesia  cat.  en  México,  México, 
1945,  p.  59.  —  Gams,  142.  —  Une  liste  critique  des  évêques 
a  été  dressée  par  ordre  de  l'évêque  Orozco  Jiménez  d'après 
les  archives  vaticanes;  elle  se  trouve  actuellement  à  l'^r- 
chivo  Arzobisp.  de  Guadalajara  (México). 

Fl.  Pérez. 

CH lARAIVIONTI  (Gregorio-Barnaba).  Voir 
Pie  VII,  pape. 

CHIARAVALLE,  Claravallis  et  antérieure- 
ment Caravallis,  abbaye  cistercienne  située  près  de 
Milan.  Sa  fondation  nous  reporte  au  passage  de  S.  Ber- 
nard (1135)  dans  cette  ville  et  à  la  transformation 
opérée  par  lui  dans  les  sentiments  des  Milanais  pour 
le  pontife  légitime  Innocent  II.  Grâce  aux  donations 
abondantes,  la  première  fille  de  Clairvaux  en  Italie 
grandit  rapidement  dans  ces  quartiers  appelés  Rove- 
niano  et  Bagnolo.  Kehr  n'hésite  pas  à  reprendre  la 
formule  de  Janauschek  :  Insignem  hanc  abbatiam...  Elle 
fut  remarquable,  en  effet,  par  son  développement 
rapide,  dû  partiellement  à  la  protection  efficace  des 
empereurs  et  aux  privilèges  qu'ils  lui  concédèrent  : 
Frédéric  I"  (1152),  Othon  IV  (1209),  Frédéric  II 
(1220),  Henri  VII  (1308).  Elle  put  ainsi  fonder  dès 
1136  sa  première  filiale,  Cerredo  (dioc.  de  Lodi),  en 
1141  Cliente,  en  1146  Follina  (Vénétie),  et  au  siècle 
suivant,  en  1237,  Capo  di  Lago  (dioc.  de  Milan). 

Chiaravalle  compte  de  fortes  personnalités  parmi 
ses  abbés  et  ses  moines;  plusieurs  d'entre  eux  furent 
appelés  à  des  sièges  épiscopaux.  Dès  1155,  Adrien  IV 
créait  cardinal  Guillaume  Matengo,  d'archidiacre  de 


657 


CHIARAVALLE  CHICAGO 


658 


Pavie  devenu  moine  à  Chiaravalle.  Lodi  (1217), 
Plaisance  (1235),  Ugento  (1433),  Avellino  (1520), 
Pavie  (1530),  Parme  (1615)  eurent  leurs  évêques  cis- 
terciens. Dans  l'ordre  de  Cîteaux,  Chiaravalle  eut 
aussi  un  rôle  notable  à  jouer,  spécialement  par  les 
missions  de  confiance  dont  furent  chargés  ses  abbés. 
Le  premier  commendataire  se  présente  déjà  en  1442, 
mais  pour  peu  de  temps.  En  1465,  les  moines  de  l'ab- 
baye de  S. -Sauveur  de  Settimo  viennent  apporter  la 
réforme  et  les  claravalliens  reviennent  en  1474;  ils 
font  ensuite  partie  de  la  congrégation  S. -Bernard 
d'Italie. 

En  nov.  1520,  l'abbé  de  Clairvaux,  dom  Edme  de 
Saulieu,  y  fait  la  visite  canonique;  son  secrétaire 
note  :  «  Nous  visitâmes  le  magnifique  monastère  de 
Carval,  le  meilleur  de  toute  l'Italie,  que  tenait  en 
commende  le  cardinal  de  Médicis,  neveu  du  pape, 
dont  il  tirait  au  moins  13  000  ducatz  par  an  »  (archives 
de  l'Aube,  ï  H  257).  L'abbaye  vécut  jusqu'en  1799. 
Ce  qui  subsiste  encore,  c'est  1'  «  église  et  les  bâtiments 
conventuels,  dont  l'architecture  a  fourni  matière  à 
de  nombreuses  et  intéressantes  études  ». 

Série  des  abbés  (d'après  Ughelli)  :  1.  Bruno,  1135.  — 
2.  Hugues,  1157.  —  3.  Trasimond,  1170.  —  4.  Jean  I", 
1192.  —  5.  Bon  Jean  de  Brixis,  1198,  vir  scientia  ac 
rerum  gestarum  gloria  clarissimus.  —  6.  Albert, 1215. 

—  7.  Pierre,  1221.  —  8.  Égide  Biffus,  1226.  —  9. 
Pierre,  1237.  —  10.  Égide  II,  1249.  —  11.  Albert  de 
Pedulis,  1254.  —  12.  Pierre,  1256.  —  13.  Merus,  1258. 

—  14.  Milon,  1261.  —  15.  Paul,  1268.  —  16.  Bon 
Jean  II,  1275.  —  17.  Albert  II  de  Pedulis,  1279.  — 
18.  Antoine  Melochius,  1281.  —  19.  Ambroise  Vezari, 
1282.  —  20.  Garnier  de  Becculeo,  1290.  —  21.  Paul 
de  Besana,  1295.  —  22.  Michel,  1302.  —  23.  Jean  III, 
1304.  —  24.  Marchesius  de  Vedano,  1305.  —  25.  Bru- 
nold,  1308.  —  26.  Zannibel  Porcelli,  1310.  —  27.  Bru- 
nold  Brunoldi,  1312.  —  28.  Grégoire  Columbi,  1313.  — 
29.  Égide  III  Bissi,  1322.  —  30.  Delfini  di  Brivio, 
1328.  —  31.  Égide  IV,  1347.  —  32.  Henri,  1350.  — 
33.  Christophe  Terziagas,  1360.  —  34.  Jacques,  1388. 

—  35.  Antoine  Fontana,  1390.  —  36.  André  Meravi- 
glia,  1421.  —  37.  Gérard  Landriani,  cardinal,  com- 
mendataire, 1442.  —  38.  Louis,  card.  Scarampi, 
1445.  —  39.  Ascanius-Maria,  card.  Sforza,  1465.  — 
40.  Jérôme  Dominici,  1471.  —  41.  Placide  Sergua- 
dugnus,  1473.  —  42.  Maur  Corbetia,  1475.  —  On 
eut  ensuite  des  abbés  triennaux. 

Archives  :  à' Milan,  riches;  décrites  par  Kehr,  II.  pont., 
VI,  part.  I,  p.  120  sq.;  notons  les  13  vol.  transcrivant  les 
chartes  jusqu'à  1300,  œuvre  du  moine  Hermès  Bonomi, 
1797,  Rome,  Bibl.  Vitt.  Emanuele,  cod.  1279  :  Sitmma 
privil...  auctore  abbale  Pacifico  Carcano  (xvin*  s.).  — Anna- 
les Mediol.  minores,  dans  M.  G.  H.,  SS.,  xviii,  393.  — 
R.  Bagnoli,  L'abbazia  di  Chiar.,  Milan,  1935.  —  M.  Aubert, 
L'architecture  cist.  en  France,  Paris,  1943,  i,  144,  179, 
255,  369.  —  L.  Auvray,  Les  registres  de  Grég.  IX,  n.  1668.  — 
S.  Bernard,  Epist.,  cxxxiv,  cclxxxi.  —  M.  Cafli,  Délia 
abbazia  di  Ch.,  Milan,  1843.  —  Cottineau,  768.  —  Enlart, 
Architecture  gothique  en  Italie,  Paris,  1894.  —  JafTé,  8  052, 
9  274,  9  276,  11  857,  12  327,  12  3.32,  13  000,  13  630,  15  497, 
15  796,  15  948,  16  215,  16  908.  —  Janauschek,  Oriy.  cis- 
terc.  Vienne,  1877,  p.  39.  —  Manrique,  Ann.  cisterc, 
Lyon,  1642,  année  11.34,  ii,  10;  1135,  ix.  1.  —  U.  Nebbia, 
I  recenti  restauri  délia  badia  di  Ch.,  dans  Boll.  d'arte,  iv, 
1910,  p.  369-86.  —  G.  Ottani,  L'abbazia  di  Ch.  Milanese  e 
la  sua  istoria.  Milan,  1942.  —  A.  Postina,  Beitràge  zur 
Geschichte  der  Cisterc.  des  XVI.  Jahrh.  in  Italien,  Bregenz, 
1901.  —  Potthast,  Beg.,  9  353,  10  933.  23  775.  23  807.  — 
A.  Ratti.  //  sec.  XVI  nelVabb.  di  Ch.,  dans  Archivio  slorico 
Lombardo,  xxiii,  1896.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc, 
l-viii,  éd.  de  Louvain,  1933-41,  passim.  —  Ughelli,  iv, 
144;  I,  705.  552. 

J.-M.  Canivez. 
CHIARAVALLE  DELL'  ESiO.  Voir  Casta- 

ONOLA,  XI,  1411.  I 


CHIAVARI,  évêché  du  nord  de  l'Italie  (prov.  de 
Gênes).  Il  fut  détaché  de  Gênes  le  3  déc.  1892,  mais 
resta  administré  par  l'archevêque  de  cette  ville  jus- 
qu'en 1896.  Il  comprenait  en  1929  :  120  200  catholi- 
ques, 140  paroisses,  335  églises  et  chapelles,  308  prê- 
tres séculiers,  80  réguliers. 

Liste  des  évêques:  Fortunato  Nivelli,  29  févr.  1896, 
auparavant  év.  tit.  d'Epifania,  en  résidence  à  Chia- 
vari,  t  26  déc.  1910.  —  Giovanni  Gamberoni,  10  avr. 
1911,  transféré  à  Verceil  le  22  mars  1917.  —  Natalis 
Serafino,  év.  de  Biella,  22  mars  1917;  év.  tit.  de  Tri- 
cala,  4  août  1917.  —  Amédée  Casabona,  3  nov.  1917, 
archev.  à  titre  personnel,  21  nov.  1942,  t  6  mars  1948. 

A.  A.  Sedis,  1910,  1917,  1947.  —  Ann.  pont.,  1911,  1929. 

R.  Van  Doren. 
CHIAVENIMA,  Clavenna,  S.  Maria  de  Dona  ou 
de  Derta,  dioc.  de  Côme,  près  de  Chiavenna.  Cette 
abbaye,  fondée  par  Wipert  ou  Odoric  en  1185,  appar- 
tint d'abord  aux  Bénédictins,  ensuite  aux  Cisterciens 
ou  aux  Servîtes,  et  enfin  aux  Humiliâtes. 

P.  Buzetti,  L'abbazia  bened.  S.  Maria  di  Dona.  —  Prata 
di  Chiavenna,  Côme,  1924.  —  Cottineau,  i,  769.  —  Janaus- 
chek, Orig.  cisterc,  p.  Lxii.  —  Kehr,  It.  pont.,  vi,  part.  I, 
p.  416.  —  G.  Rovelli,  Storia  di  Como,  ii.  Milan.  309. 

R.  Van  Doren. 
CHIAVETTA  (Jean-Baptiste),  théologien 
sicilien  (f  1664).  Voir  Z).  T.  C,  ii,  2363. 

CHICAGO,  archevêché  des  États-Unis  d'Amé- 
rique, dont  la  province  ecclésiastique  comprend  l'État 
d' Illinois.  C'est  en  oct.  1674  que  le  P.  J.  Marquette 
quittait  le  poste  de  S. -François-Xavier  de  Greenbay 
pour  fonder  une  mission  sur  la  rivière  Illinois;  le 
4  déc,  il  atteignit  l'embouchure  du  Chicago,  mais 
bientôt  tomba  malade  :  il  construisit  une  cabane  sur 
l'emplacement  actuel  de  la  ville.  Ce  n'est  qu'à  la  fin 
du  xviiie  s.  et  surtout  autour  de  la  garnison  de  Fort 
Dearborii,  construit  en  1804,  que  des  blancs  vinrent 
se  fixer;  parmi  eux,  il  y  avait,  en  1833,  une  centaine  de 
catholiques,  qui  demandèrent  un  prêtre  résident  à 
l'évêque  de  S. -Louis,  J.  Rosati.  Le  P.  J.-M.-I.  Saint- 
Cyr,  désigné  à  cet  effet,  construisit  une  petite  église, 
la  même  année  encore;  devant  l'accroissement  du 
nombre  de  fidèles,  il  fallut  bientôt  plusieurs  prêtres. 
Au  V"?  concile  provincial  de  Baltimore,  tenu  en  mai 
1843,  on  demanda  à  Rome  l'érection  d'un  diocèse, 
qui  fut  créé  le  28  nov.  de  cette  année  (cf.  Shearer, 
op.  infra  cit.,  p.  221-22)  et  érigé  en  métropole  le  21  sept. 
1880,  avec  les  sièges  d'Alton  (fondé  à  Quincy  en  1853 
et  transféré  ici  en  1857)  et  de  Peoria  (fondé  en  1877) 
comme  suffragants  (cf.  ibid.,  379-80).  Aujourd'hui 
la  province  compte  5  sulTragants  :  Peoria  (1877),  Bel- 
leville  (1887),  Rockford  (1908),  Springfield  (transféré 
d'Alton  en  1923)  et  Joliet  (1948).  En  1948,  l'archi- 
diocèse  de  Chicago  comprenait  1  755  868  catholiques 
sur  les  5  110  000  habitants;  447  paroisses;  549  églises; 
un  séminaire;  une  faculté  pontificale  de  théologie 
(20  sept.  1929),  établie  à  Ste-Marie-du-Lac  (Munde- 
lein). 

Évêques  :  1.  William  Quarter,  né  à  Killurine  (Ir- 
lande), le  21  janv.  1806;  ordonné  prêtre  pour  New- 
York  le  19  sept.  1829;  sacré  év.  de  Chicago  le  10  mars 
1844;  t  ici,  10  avr.  1848  (McGirr,  Life  of  bishop  Quar- 
ter, New- York,  1850).  —  2.  Jacques  O.  Vandevelde, 
né  à  S.-Amand-sur-l'Escaut  (Termonde,  Belgique),  le 
3  avr.  1795;  entend,  étant  étudiant  au  séminaire  de 
Malines,  l'appel  du  P.  Charles  Nerinckx,  l'apôtre  du 
Kentucky;  s'embarque  le  16  mai  1817,  entre  chez  les 
jésuites  de  Georgetown;  ordonné  prêtre  le  25  sept. 
1827  et  professeur  là  même  (1831),  puis  professeur, 
vice-président  et  président  du  collège  de  S. -Louis; 
ensuite  vice-provincial  du  Missouri  (1843);  sacré  à 
I  Chicago  le  11  févr.  1849;  le  climat  lui  étant  défavo- 


659 


CHICAGO    -  CHICHELE 


660 


rable,  il  demanda  et  obtint  son  transfert  à  Natchez 
(29  juin.  1853);  t  13  nov.  1855.  —  3.  Anthony  O'Re- 
gan,  né  à  Lavalleyroe  (c.  Mayo,  Irlande)  en  1809, 
étudie  à  Maynooth,  prêtre  en  1833,  professe-ur  et  pré- 
sident du  collège  de  Jarlath  à  Tuam;  invité  par  l'ar- 
chevêque Kendrick  de  S. -Louis  à  venir  diriger  son 
séminaire  (1849),  il  est  sacré  par  lui  le  25  juill.  1854, 
démissionne  en  1858;  j  à  Londres,  13  nov.  1866.  — 

4.  James  Duggan,  né  à  Maynooth  (Irlande),  le  22  mai 
1825,  prêtre  à  S. -Louis  en  1847,  supérieur  du  sémi- 
naire; vicaire  général,  puis  coadjuteur  à  S. -Louis,  le 
9  janv.  1857;  transféré  à  Chicago  le  21  janv.  1859; 
gravement  malade,  il  doit  quitter  son  siège  le  14  avr. 
1869;  t  à  S. -Louis,  27  mars  1899.  —  Admin.  :  Thomas 
Foley,  19  nov.  1869,  t  19  févr.  1879.  —  Archevêques  : 

5.  Patrick  A.  Feehan,  né  à  Spring-Hill  (Irlande),  le 
29  août  1829,  émigra  en  1852,  prêtre  à  S.-Louis, 
i"  nov.  1852;  év.  de  Nashville,  l^"'  nov.  1865;  trans- 
féré à  Chicago  le  10  sept.  1880,  t  12  juill.  1902  (cf.Kirk- 
fleet,  Life  of  P.  A.  Feehan,  Chicago,  1922).  —  6.  James 
E.  Quigley,  né  à  Oshawa  (Ontario,  Canada)  le  15  oct. 
1855;  prêtre  à  Rome  le  13  avr.  1879;  sacré  év.  de 
Bufîalo  le  24  févr.  1897;  transf.  à  Chicago  le  8  janv. 
1903;  t  à  Bufialo,  10  juill.  1915.  —  7.  George  W.  Mun- 
delein,  né  à  Brooklyn  (New- York)  le  2  juill.  1872; 
prêtre  à  Rome  le  8  juin  1895;  auxiliaire  à  Brooklyn 
le  30  juin  1909;  transféré  à  Chicago  le  9  déc.  1915; 
card.  le  24  mars  1924,  fonda  le  séminaire  qui  porte  son 
nom  ainsi  qu'un  collège  à  Rome;  f  2  oct.  1939.  — 
8.  Samuel  A.  Stritch,  né  à  Nashville  le  17  août  1887; 
prêtre  à  Rome  le  21  mai  1910;  év.  de  Toledo  (Ohio) 
le  10  août  1921  ;  transféré  à  Milwaukee  (Wisconsin)  le 
26  avr.  1930,  à  Chicago  le  3  janv.  1940;  card.  le  18  févr. 
1946. 

G.  J.  Garraghan,  The  cath.  Chitrch  in  Chicago  (1673- 
1871),  Chicago,  1921.  —  D.-C.  Shearer,  Pontificia  ameri- 
cana.  A  docum.  hist.  oj  Ihe  cath.  Chiirch  in  the  V.  S.  A.  (17S4- 
1884),  Washington,  1933,  passim.  —  .1.  H.  O'Donnell,  The 
cath.  hierarchy  of  the  U.  S.  A.  (1790-1922),  Wash.,  1922, 
p.  185-198.  —  Cath.  Enc,  m,  653-656;  Suppl.,  186.  — 
Enc.  catl.,  m,  1433-1434.  —  Cath.  directory,  1950,  p.  30-47. 

É.  Van  Gauwengergh. 

CHICARD  (Célestin-Godefroy),  mission- 
naire, né  à  Paizay-le-Sec,  dioc.  de  Poitiers,  le  27  déc. 
1834,  d'une  famille  originaire  du  Canada,  établie  au 
xviii«  s.  en  France,  aîné  de  cinq  enfants,  eut  une 
jeunesse  turbulente.  Entré  aux  Missions  étrangères, 
prêtre  en  juin  1858,  il  part  pour  le  Yun-Nam.  Ce  fut 
un  missionnaire  d'une  activité  débordante,  un  orga- 
nisateur de  premier  ordre  qui  fonda  écoles,  asiles, 
hôpitaux,  exploitations  agricoles,  etc.  Pour  protéger 
ses  ouailles,  il  n'hésitait  pas  à  porter  un  fusil  et  même 
à  se  faire  «  assommeur  de  bandits  ».  Il  possédait  à  fond 
la  langue  chinoise,  f  17  juill.  1887. 

J.-E.  Drochon,  Un  chevalier  apôtre,  C.-G.  Chicard,  mis- 
sionnaire au  Yunnam,  Paris,  1890.  —  Huysmans,  De  tout, 
Paris,  1908,  p.  281  sq.  —  .Jacques  de  Wailly,  C.-G.  Chicard, 
Paris,  1946. 

C.  Laplatte. 
CHICHELE  (Henry),  archevêque  de  Cantor- 
béry  (1414-43).  Né  vers  1362  à  Higham  Ferrers,  comté 
de  Northampton,  il  était  le  troisième  fils  de  Thomas 
Chichele,  bourgeois  de  quelque  importance,  et  d'Agnès 
Pynchon,  elle-même  issue  d'une  famille  très  aisée  de 
drapiers  londoniens.  Ses  deux  frères  furent  de  grands 
épiciers  à  Londres,  où  ils  occupèrent  des  places  bien 
en  vue  :  Robert,  le  second,  fut  sheriff  en  1402  et  mayor 
en  1411  et  1421  ;  l'aîné,  William,  fut  maître  de  la  con- 
frérie des  épiciers  en  1385,  1396  et  1406,  et  représenta 
Londres  au  parlement  de  Shrewsbury  en  1398;  il  fut 
sheriff  en  1409-10;  en  plusieurs  occasions  on  le  vit, 
avec  son  frère,  siéger  à  la  cour  des  aldermen.  Après  ses 
premières  études  auprès  de  Henry  Burton,  maître 


d'école  de  Ferrers,  Henry  fut  admis  au  collège  que 
venait  de  fonder  (1373)  à  Winchester  le  célèbre  Wil- 
liam de  Wykeham.  De  là  il  passa  à  Oxford,  où  il  prit 
ses  grades  en  droit  civil  (bachelier  en  1389-90,  docteur 
en  1396).  Ordonné  sous-diacre  en  1392,  par  l'évêque 
de  Derry  agissant  par  délégation  de  l'évêque  de  Lon- 
dres, il  était  dès  ce  moment  pourvu  de  bénéfices,  dont 
le  premier  fut  le  rectorat  de  Llanfarchell  au  dioc.  de 
St.  Asaph.  Après  son  doctorat  et  son  institution  à 
St.  Stephen's  Walbrook  par  l'abbé  et  le  couvent  de 
St.  John  de  Colchester,  il  reçut  en  1396  le  diaconat 
(26  mai)  et  la  prêtrise  (23  sept.).  Il  avait  déjà,  semble- 
t-il,  commencé  à  plaider  :  il  pouvait  aspirer  à  un  poste 
dans  une  cour  consistoriale,  ce  qui  l'acheminait  vers 
la  cour  archiépiscopale  de  Cantorbéry  {Court  of  Arches, 
du  nom  de  St.  Mary  of  the  Arches,  où  elle  se  tenait 
primitivement).  De  nov.  1396  à  Pâques  1397,  il  plaida 
pour  Peterhouse,  Cambridge,  contre  l'évêque  d'Ely  au 
sujet  de  l'appropriation  d'une  église.  L'année  ne 
s'acheva  pas  que  l'évêque  de  Salisbury,  Richard 
Medford,  le  choisit  comme  canoniste  :  il  le  nomma 
successivement  prébendier,  archidiacre  de  Dorset 
(1397),  puis  de  Salisbury  (1402),  et  chancelier  (1404). 
Vicaire  général,  Chichele  laissa  des  actes  et  documents 
qui  révèlent  à  la  fois  l'administrateur  consciencieux 
et  l'habile  théoricien  du  droit. 

De  1406  à  1408,  Chichele  est  au  service  du  roi 
Henry  IV  comme  agent  diplomatique.  Le  18  juill. 
1406,  avec  Sir  John  Cheyne,  il  est  nommé  procureur 
du  roi  près  la  cour  de  Rome.  Le  roi  d'Angleterre  avait 
intérêt  à  voir  se  terminer  le  Grand  Schisme,  et  ses 
envoyés  avaient  mission  de  travailler  près  d'Inno- 
cent VII  pour  qu'il  s'entendît  avec  son  rival  sur  une 
démission  commune.  Le  départ  fut  retardé,  et,  le 
5  oct.,  Cheyne,  Chichele  et  Sir  Hugh  Mortimer  étaient 
chargés  d'une  ambassade  près  le  roi  de  France,  Char- 
les VI,  pour  traiter  de  la  paix  et  négocier  un  mariage 
entre  le  prince  Henry  de  Monmouth  et  une  des  filles 
de  Charles  VI.  Le  pape  Innocent  mourut  le  6  nov.  ; 
le  roi  d'Angleterre  eût  voulu  prévenir  une  nouvelle 
élection,  mais  celle-ci  eut  lieu  le  30  nov.,  et  ses  ambas- 
sadeurs n'arrivèrent  à  Venise  qu'en  janv.  1407  :  ils 
eurent  alors  pour  consigne  de  suspendre  leur  recon- 
naissance du  nouveau  pape  jusqu'à  ce  que  l'attitude 
des  autres  princes  chrétiens  fût  connue.  Le  26  avr., 
ils  furent  chargés  de  faire  connaître  à  Grégoire  XII  les 
volontés  et  les  propositions  du  roi  :  mais  on  ignore  ce 
qu'elles  étaient.  Les  deux  ambassadeurs  demeurèrent 
à  la  Curie  toute  l'année,  et  Chichele  eut  à  s'occuper  de 
plusieurs  litiges.  Le  4  oct.,  le  siège  épiscopal  de  St. 
David' s  au  pays  de  Galles  étant  devenu  vacant  par  la 
mort  de  Guy  Mone,  Grégoire  XII,  avec  l'agrément  du 
roi,  y  nomma  Henry  Chichele,  lui  permettant  de  con- 
server en  même  temps  ses  autres  bénéfices  en  com- 
mende.  Le  nouvel  évêque  fut  sacré  par  le  pape,  à 
Sienne,  en  mars  1408,  et  rentra  en  Angleterre,  où  le 
temporel  de  son  évêché  lui  fut  rendu  en  avTÎl.  Le  roi 
contesta  le  droit  qu'il  tenait  du  pape  de  conserver  ses 
bénéfices;  en  1409,  après  jugement,  Chichele  dut 
céder  :  il  obtint  du  moins  le  privilège  de  nommer  ses 
successeurs,  et  pourvut  ainsi  de  la  chancellerie  de 
Salisbury  son  neveu  William,  encore  mineur.  A  cette 
date,  Chichele  n'était  pas  encore  dans  son  diocèse  :  il 
n'y  sera  intronisé  que  le  20  mai  1411;  même  alors,  il 
ne  résidera  que  peu  de  temps.  On  ne  possède  pas 
d'actes  émanant  de  lui,  mais  seulement  le  registre  de 
son  vicaire  général.  Évidemment,  son  évêché  n'était 
qu'une  dignité  et  un  bénéfice  :  Chichele  devait  conti- 
nuer à  servir  autrement.  En  janv.  1409,  il  est  désigné 
comme  délégué  au  concile  de  Pise,  avec  l'évêque  de 
Salisbury,  Robert  Hallum,  comme  chef  de  délégation; 
ils  n'arrivèrent  au  concile  que  le  30  avr.  L'année  sui- 
vante, c'est  en  France  qu'il  exerce  sa  diplomatie.  Avec 


661 


CHIC 


HELE 


662 


Lord  Beaumont,  Sir  John  Cheyne  et  John  Catterick, 
il  rencontre  à  Leulinghem  les  représentants  de  la 
France  pour  négocier  un  prolongement  de  la  trêve 
dans  la  marche  de  Picardie,  en  Guyenne  et  dans  le 
comté  de  Toulouse  :  le  21  juin,  la  trêve  est  prorogée 
jusqu'au  l^'  janv.  1412.  Chichele  devait  encore  venir 
plusieurs  fois  en  France  pour  traiter  d'une  paix  per- 
pétuelle. La  question  du  mariage  était  toujours  au 
premier  plan,  mais  les  demandes  anglaises  étaient  de 
plus  en  plus  élevées  :  dans  sa  troisième  ambassade,  en 
sept.  1413,  Henry  étant  devenu  roi,  Chichele  dut  faire 
valoir  les  titres  de  son  maître  à  la  couronne  de  France 
et  réclamer  les  sommes  non  payées  après  le  traité  de 
Brétigny.  Entre  temps,  Chichele  était  devenu  membre 
du  conseil  royal  (1410),  où  il  siégea  régulièrement 
lorsqu'il  n'était  pas  en  mission  à  l'étranger;  en  1413, 
il  se  distingua  comme  l'un  des  juges  en  un  procès  im- 
portant, en  compagnie  de  l'archevêque  d'York,  Henry 
Bowet,  et  de  l'évèque  de  Norwich,  Richard  Courtenay. 

Le  19  févr.  1414,  mourait  l'archevêque  de  Cantor- 
béry,  Thomas  Arundel  (cf.  D.  H.  G.  E.,  iv,  844).  Chi- 
chele fut  postulé  comme  successeur  par  le  chapitre 
cathédral  de  Christ  Church,  le  12  mars;  la  bulle  de 
nomination  est  datée  du  27  avr.,  et  le  roi  rendit  le 
temporel  le  30  mai.  Chichele  reçut  le  pallium  des 
mains  de  l'évèque  de  Winchester,  futur  cardinal, 
Henry  Beaufort,  le  29  juill.,  et  fit  le  serment  d'obéis- 
sance au  S. -Siège  en  présence  du  roi  et  de  plusieurs 
seigneurs,  notamment  le  duc  Humphrey  de  Glouces- 
ter,  nationaliste  convaincu. 

Chichele  allait  se  montrer  administrateur  sage  et 
pacifique  :  il  ne  cessa  pas  pour  autant  de  s'intéresser 
d'une  manière  active  aux  affaires  du  royaume.  C'est 
une  légende  dont  il  a  été  fait  justice  qui  le  montre 
excitant  le  jeune  roi  Henry  V  à  mener  rondement  la 
lutte  contre  la  France  :  mais  il  lui  donna  son  appui, 
contribua  largement  aux  dépenses  occasionnées  par 
les  campagnes  de  1415  à  1419,  et  y  fit  contribuer  sou 
clergé.  En  nov.  1415,  il  reçut  solennellement,  dans  sa 
cité  de  Gantorbéry,  le  vainqueur  d'Azincourt;  en 
1416,  il  est  à  Calais  et  traite  de  la  paix  avec  les  négo- 
ciateurs français  :  une  trêve  du  9  oct.  au  2  févr.  1417 
en  est  le  résultat.  Durant  la  deuxième  campagne  de 
Normandie,  il  rejoint  son  maître  à  Rouen,  fin  1418,  et 
prend  une  part  active  aux  pourparlers  qui  précèdent 
la  reddition  de  la  ville.  On  le  voit  à  Évreux  le  30  mars, 
à  Mantes  le  18  juin,  toujours  occupé  de  négociations. 
De  nouveau,  à  Calais,  il  fait  partie  d'une  commission 
de  la  paix,  et  il  est  chargé  de  poursuivre  les  démarches 
en  vue  du  mariage  royal.  Après  le  meurtre  du  duc  de 
Bourgogne  et  le  traité  de  Troyes,  imposé  au  roi  Charles 
par  l'alliance  des  Anglais  et  des  Bourguignons,  Chi- 
chele dut  faire  un  troisième  séjour  en  France,  proba- 
blement comme  agent  de  liaison  entre  son  roi  et  la 
cour  de  France  (juin-nov.  1420);  mais  il  s'occupe  aussi 
d'administration  ecclésiastique  dans  les  pays  occupés. 

Dès  cette  époque,  il  lui  faut  faire  face  à  des  pro- 
blèmes ecclésiastiques  bien  autrement  importants  : 
ceux  des  rapports  de  l'Église  en  Angleterre  avec  la 
papauté.  Élu  en  1417,  à  la  fin  du  Grand  Schisme, 
Martin  V  entendait  ne  rien  négliger  pour  rétablir  la 
plénitude  du  pouvoir  pontifical  sur  toute  l'Église.  Or 
la  politique  pontificale  était  gênée  en  Angleterre  par 
les  «  Statuts  des  proviseurs  »,  datant  de  1353,  suivant 
lesquels  il  était  interdit  de  postuler  à  Rome  des  béné- 
fices anglais  sans  l'autorisation  du  roi.  Mais  le  roi  lui- 
même  savait  recourir,  lorsqu'il  y  trouvait  son  intérêt, 
aux  provisions  papales,  et  envoyait  des  listes  de  can- 
didats. D'autre  part,  les  modérés,  et  surtout  les  univer- 
sités, étaient  favorables  à  une  certaine  liberté  de  péti- 
tion; les  Communes  elles-mêmes  avaient  autorisé  le 
roi  à  assouplir  la  législation  existante  :  aussi,  au  concile 
général,  les  envoyés  britanniques  n'avaient  jamais 


pris  une  position  bien  nette  sur  la  question  des  pro- 
visions. Or  Martin  V  avait  résolu  d'obtenir  l'abroga- 
tion des  Statuts  des  proviseurs.  Dès  le  6  mars  1418, 
Chichele  écrit  à  son  souverain,  alors  en  France,  et  lui 
signale  les  bruits,  qu'il  croit  fondés,  suivant  lesquels 
Martin  se  proposait  d'élever  au  cardinalat  l'évèque 
Henry  Beaufort,  lui  permettant  de  tenir  son  évêché  en 
commende,  et  le  nommant  légat  à  vie  pour  toute 
l'Angleterre  et  les  pays  soumis  :  Beaufort  devait  être, 
dans  la  pensée  de  Martin,  l'instrument  pour  recouvrer 
l'antique  liberté  de  l'Église  en  son  pays  (cf.  D.  H.  G.  E., 
VII,  128-31).  Dûment  mis  en  éveil,  Henry  V  fit  échouer 
le  projet.  L'année  suivante,  Martin  V  envoya  une 
mission  au  roi,  alors  à  Mantes,  pour  obtenir  l'abroga- 
tion des  statuts  :  la  réponse  fut  décourageante  et 
d'autres  tentatives  subséquentes  n'eurent  pas  plus  de 
succès.  Si  Henry  avait  promis,  comme  il  semble,  de 
soumettre  la  question  au  Parlement,  il  négligea  de  le 
faire,  au  grand  mécontentement  du  pape  (1422),  qui 
s'en  prit  à  l'archevêque  de  Cantorbéry.  En  1421, 
celui-ci  lui  avait  fait  présenter  par  un  agent  des  do- 
léances :  le  pape  avait  méconnu  les  droits  de  l'arche- 
vêque et  du  chapitre  de  Christ  Church,  Cantorbéry, 
dans  la  nomination  d'évêques,  qui  avaient  été  mis 
en  possession  de  leur  juridiction  spirituelle  sans  la  pro- 
messe d'obéissance  à  l'archevêque  et  autorisés  à  se 
faire  sacrer  par  qui  ils  voulaient  ;  de  plus,  le  cardinal 
Nicolas  de  Albergatis,  évêque  de  Bologne,  avait  reçu 
la  provision  d'archidiacre  de  Lincoln  :  cette  provision 
étant  contraire  aux  Statuts  des  proviseurs,  il  n'y  avait 
pas  de  chance  qu'elle  aboutît;  enfin,  Chichele  deman- 
dait au  pape  de  ne  pas  tenir  compte  des  rapports  défa- 
vorables qui  pourraient  lui  être  faits  à  son  sujet,  mais 
de  communiquer  avec  lui  avant  d'y  ajouter  foi.  Les 
réponses  du  pape  furent  bienveillantes,  mais  il  n'était 
pas  difficile  de  comprendre  que  tout  n'était  pas 
gagné.  Il  s'en  fallait  de  beaucoup.  La  mort  du  roi 
Henry  V  en  1422,  laissant  le  trône  à  un  enfant  de 
moins  d'un  an,  et  privant  l'archevêque  de  son  meilleur 
appui,  fut  pour  Martin  l'occasion  favorable  d'exiger 
de  Chichele  une  attitude  plus  ferme  et  plus  décisive. 
Dès  1423,  le  pape  témoigne  un  certain  ressentiment 
au  sujet  d'un  jubilé,  avec  indulgences,  organisé  par 
Chichele  en  1420  pour  célébrer  le  deuxième  centenaire 
de  la  translation  de  S.  Thomas  Martyr.  On  note  égale- 
ment l'envoi  de  plusieurs  représentants,  dont  la  mis- 
sion non  avouée  est  d'observer  l'attitude  des  princi- 
paux personnages  et  d'informer  le  S. -Siège.  En  1426, 
le  pape  demande  aux  deux  archevêques  anglais  d'agir 
pour  faire  supprimer  les  Statuts  des  proviseurs;  en 
même  temps,  Chichele  était  accusé  à  Rome,  avec  le 
duc  de  Gloucester,  chef  du  parti  national,  de  menées 
contre  le  pape  :  il  eut  beau  se  disculper,  le  pape  ne  le 
crut  pas  et  le  releva,  dès  les  premiers  mois  de  1427,  de 
ses  fonctions  de  légat.  Trois  fois  Chichele  protesta  de 
son  innocence  :  pour  toute  réponse,  on  le  pressa  d'agir 
sur  le  conseil  royal  pour  faire  abolir  les  statuts.  Tandis 
que  les  évêques  anglais,  certains  lords  et  l'université 
d'Oxford  unissaient  leurs  efforts  en  faveur  de  Chichele, 
et  que  celui-ci  s'adressait  aux  cardinaux,  il  fut  invité 
à  montrer  par  son  action  la  sincérité  de  ses  sentiments. 
Le  30  janv.  1428,  accompagné  d'autres  évêques,  il  se 
rendit  aux  Communes  ])our  plaider  en  faveur  de  l'abo- 
lition des  statuts  :  il  fut  écouté  avec  bienveillance, 
mais  ne  put  convaincre  le  Parlement.  Du  moins  le  pape 
lui  sut-il  gré  de  son  acte  de  courage  et  lui  rendit  ses 
pouvoirs  de  légat  le  28  juill.  Dans  toute  cette  affaire, 
il  semble  bien  que  Chichele  demeura  parfaitement 
loyal  envers  le  pape  :  pour  bien  des  raisons,  il  eût  sou- 
haité la  liberté  des  provisions,  et,  en  fait,  il  plaida 
vigoureusement  en  ce  sens;  mais  il  ne  put  vaincre 
l'opposition  des  séculiers,  et  la  prudence  qu'il  dut 
déployer  —  le  conseil  royal  étant  décidé  à  ne  rien 


(363  CHIC 

céder  —  sembla  donner  quelque  consistance  aux 
accusations  portées  contre  lui  à  Rome,  où  on  le  repré- 
sentait comme  tiède,  ou  même  hostile  envers  le 
S.-Siège. 

Cette  même  année  1428,  Martin  V  sollicita  des  sub- 
sides pour  la  croisade  contre  les  hussites,  et  les  lenteurs 
anglaises  lui  causèrent  encore  quelque  impatience  : 
Beaufort,  nommé  en  1426  cardinal  et  légat  pour  la 
croisade,  ne  put  faire  reconnaître  son  titre  par  les 
nationalistes,  tel  le  duc  de  Gloucester,  mais,  après 
promesse  de  ne  rien  faire  contre  les  libertés  anglaises, 
fut  admis  à  remplir  sa  mission;  Chichele,  pour  qui 
cette  mission  ne  faisait  pas  de  doute,  le  favorisa  de 
tout  son  pouvoir.  Après  la  mort  de  Martin  V,  Chichele 
évita  soigneusement  de  se  mêler  au  mouvement  conci- 
liaire, et  son  attitude  demeura  celle  d'une  fidélité 
résolue  à  Eugène  IV.  Plutôt  que  par  des  raisons  de 
personnes,  comme  d'aucuns  l'ont  suggéré,  il  semble 
que  sa  conduite  ait  été  ici  commandée  par  ses  convic- 
tions de  canoniste.  Les  ennuis  qu'il  put  avoir  durant 
les  dernières  années  de  sa  vie  furent  de  bien  moindre 
importance  :  en  1438,  Eugène  IV  ayant  accordé  la 
future  succession  de  l'évêque  d'Ely  à  l'archevêque  de 
Rouen,  Chichele  protesta  en  synode  provincial:  la 
succession  redoutée  n'eut  pas  lieu,  l'archevêque  étant 
mort  avant  l'évêque.  En  1439,  l'élévation  au  cardina- 
lat de  l'archevêque  d'York,  Kemp,  souleva  des  pro- 
blèmes de  préséance  dans  lesquels  Chichele  dut  céder, 
le  pape  ayant  décidé  en  faveur  du  cardinal. 

Ce  qui  précède  montre  que,  sans  occuper  une  place 
prééminente  dans  les  affaires  internationales,  Chichele 
y  joua  cependant  un  rôle  non  négligeable.  Il  nous  reste 
à  le  considérer  dans  l'exercice  de  ses  fonctions  archi- 
épiscopales. Sur  ce  terrain,  nous  pouvons  le  suivre 
presque  pas  à  pas,  grâce  à  ses  archives,  encore  (jue  ce 
qui  en  reste  ne  soit  pas  complet.  Avec  sa  formation 
juridique,  avec  son  goût  de  l'ordre  et  de  la  régularité, 
il  développa  et  perfectionna  le  système  administratif 
qu'il  héritait  de  ses  prédécesseurs.  Il  eut  une  grande 
influence  personnelle,  résidant  habituellement  dans 
son  diocèse  lorsqu'il  n'était  pas  en  mission  diploma- 
tique, s'occupant  personnellement  de  nombreuses 
affaires,  choisissant  avec  discernement  ses  divers 
officiers  —  William  Lyndwood  fut  l'un  des  plus  remar- 
quables —  et  veillant  à  ce  que,  dans  tous  les  litiges 
portés  à  sa  cour,  comme  dans  les  nominations  aux 
bénéfices,  les  droits  de  chacun  fussent  scrupuleuse- 
ment sauvegardés.  Même  dans  sa  cité  épiscopale  où 
il  réside  souvent,  sa  présence  est  aimée.  Les  moines  de 
Christ  Church  furent  toujours  en  bons  termes  avec 
lui;  c'est  leur  prieur,  administrateur  du  diocèse  en  cas 
de  vacance  du  siège,  qu'il  choisit  pour  vicaire  général 
durant  ses  absences,  et  il  s'assure  que  tous  les  officiers 
du  monastère  soient  des  hommes  capables  :  au  besoin, 
il  fait  changer  tel  ou  tel  titulaire.  Les  habitants  de 
Cantorbéry,  eux  aussi,  estiment  leur  archevêque;  c'est 
à  lui  qu'ils  vont  demander  le  règlement  des  démêlés 
qu'ils  ont  avec  les  moines.  Son  zèle  pour  la  beauté  de 
sa  cathédrale  se  marque  surtout  par  la  construction 
de  la  tour  S.-Dunstan,  solide  et  gracieuse.  Pour  les 
fonctions  épiscopales,  Chichele  se  fait  remplacer,  lors- 
qu'il en  est  besoin,  par  des  sufTragants;  mais  il  s'assure 
aussi  l'aide  permanente,  à  partir  de  1420,  de  John 
Chourles,  évêque  de  Dromore  en  Irlande.  Dans  les 
évêchés  de  sa  province,  Chichele  exerce  ses  fonctions 
avec  le  même  souci  d'ordre  et  de  régularité;  en  cas 
de  vacance  d'un  siège,  il  nomme  un  administrateur, 
parfois  par  compromis  avec  le  chapitre  cathédral.  Il 
exerce  également  son  droit  de  visite,  d'abord  dans  son 
propre  diocèse,  mais  aussi  dans  la  province  :  on  con- 
serve les  procès-verbaux  —  mais  parfois  bien  maigres 
—  des  visites  des  diocèses  de  Cantorbéry  en  1415,  de 
Rochester  en  1418,  de  Chichester  et  de  Salisbury  en 


HELE  (ifj/i 

1423,  et  de  Lincoln  de  1424  à  1426.  Gardien  de  la  foi, 
Chichele  fit  montre  d'une  vigilance  tempérée  de  misé- 
ricorde, se  distinguant  ainsi  de  son  prédécesseur  Arun- 
del,  plus  tranchant  et  intransigeant.  Son  dessein  était 
de  persuader  plutôt  que  de  convaincre,  de  convertir 
plutôt  que  d'écraser.  Il  savait  d'ailleurs,  en  cas 
d'obstination,  recourir  aux  moyens  forts.  Il  réclama 
toujours  pour  les  tribunaux  ecclésiastiques  l'étude  des 
cas  douteux  et  au  besoin  les  poursuites  judiciaires  qui 
en  résultaient,  recourant  même,  si  cela  lui  paraissait 
nécessaire,  au  synode  provincial. 

Les  fondations  que  fit  Chichele  témoignent  à  la  fois 
de  son  zèle  pour  la  prière  et  de  son  souci  d'améliorer 
les  conditions  de  vie  des  clercs  dans  les  universités, 
ce  qui  en  définitive  revenait  à  assurer  un  front  plus 
solide  contre  l'hérésie,  celle  des  lollards  en  particulier. 
La  première  de  ces  fondations  remonte  à  1422  :  dans 
sa  ville  natale,  à  Higham  Ferrers,  il  établit  un  collège 
de  huit  chanoines  séculiers  et  chapelains,  huit  clercs 
et  six  choristes;  dédié  à  la  B.  V.  Marie,  à  S.  Thomas  de 
Cantorbéry  et  à  S.  Édouard  le  Confesseur,  ce  collège 
devait  assurer  la  prière  quotidienne  pour  le  roi  et  la 
reine,  pour  l'archevêque,  pour  leurs  parents  et  tous 
les  trépassés.  Une  école  de  grammaire  était  rattachée 
au  collège,  dont  l'inauguration  officielle  eut  lieu  le 
28  août  1425.  Une  autre  fondation,  à  Oxford,  montre 
le  souci  de  Chichele  de  venir  en  aide  aux  réguliers  : 
sous  le  patronage  de  N.-D.  et  de  S. -Bernard,  il  créa 
une  maison  où  les  étudiants  appartenant  à  l'ordre  de 
Cîteaux  pourraient  se  réunir  et  mener  en  commun  les 
exercices  de  leur  vie  régulière.  La  troisième  fondation, 
la  plus  importante  et  qui  subsiste  toujours,  se  fit 
également  à  Oxford,  en  faveur  des  clercs  séculiers  :  le 
collège  de  Ail  Soûls,  dont  l'établissement  remonte  à 
1438.  La  prière  quotidienne  devait  y  être  assurée  pour 
la  maison  royale  de  Lancastre,  pour  les  officiers  et  sol- 
dats tombés  dans  les  guerres  de  France,  pour  le  fon- 
dateur et  les  siens,  et  tous  les  fidèles  trépassés.  Centre 
d'études.  Ail  Soûls  devait  fournir  à  des  clercs  séculiers 
la  possibilité  de  se  perfectionner  dans  l'étude  de  la 
théologie  et  du  droit.  Le  chiffre  primitif  de  20  jellows 
fut  par  la  suite  doublé,  pour  comprendre  vingt-quatre 
"  artistes  »  et  seize  «  juristes  ».  Le  fondateur  voulait, 
par  cet  établissement,  contribuer  au  relèvement  de  la 
milice  cléricale  en  un  âge  de  décadence.  Il  constitua 
une  remarquable  bibliothèque,  à  laquelle  le  roi 
Henri  IV  contribua  pour  une  large  part;  on  trouvera 
une  liste  de  ces  ouvrages,  dressée  peu  après  1440,  et 
publiée  par  E.  F.  Jacob,  dans  Bull,  oj  Ihe  John  Rylands 
Librarij,  xvi,  1932,  p.  469-81. 

Vers  la  fin  de  sa  vie,  presque  octogénaire,  Chichele 
supplia  le  pape  de  lui  permettre  de  démissionner,  et 
suggéra  le  nom  de  son  successeur,  Stafford.  Appuyant 
sa  requête,  Henry  VI  put  parler  de  son  laudabile  et 
paciftcum  semper  regimen,  de  sa  loyauté  envers  le  S.- 
Siège,  de  son  administration  paisible  et  tranquille  de 
la  province.  Chichele  mourut  le  12  avr.  1443,  avant 
que  sa  démission  ait  pu  être  acceptée,  et  fut  enseveli 
dans  sa  cathédrale,  dans  le  chœur  des  moines,  en  un 
tombeau  qu'il  avait  fait  préparer  dix  ans  plus  tôt. 

On  ne  possède  pas  de  biographie  de  H.  Chichele  par  un 
contemporain.  La  première  en  date  est  de  1617  :  oeuvre  de 
Sir  Arthur  Duck,  elle  est  en  latin.  :  VUa  Ilenrici  Chichele, 
archiepiscopi  Cantuariensis,  sub  regibus  Henrici  V  et  VI, 
Oxford,  J.  Barnes,  et  fut  traduite  en  anglais,  Londres, 
R.  Chiswell,  1699.  —  Les  Lives  of  the  archbishops  oj  Can- 
terbury  de  Hook,  v,  1867,  p.  1-129,  contiennent  une  Vie  de 
Chichele  qui  a  de  la  valeur  (cf.  E.  F.  Jacob,  Tivo  Lives 
of  archb.  Ch.,  dans  Bull,  of  the  J.  Rylands  Library,  xvi, 
1932,  p.  428-68).  —D.  N.  Biogr.,  iv,  226-31  (William  Hunt). 
—  On  recourra  surtout  aux  archives  de  Chichele,  publiées 
par  le  Dr  E.  F.  Jacob,  autorité  la  plus  compétente  sur  1' 
sujet  :  The  Register  of  H.  Ch.,  archb.  of  Canlerbury,  1414 
1443,  4  forts  vol.,  Oxford,  1938-1947.  L'étude  de  la  vie  et 


fier.  CHICHELK 

de  l'adniinistralion  de  Ch.,  qui  se  trouve  en  tête  du  t.  i, 
1943,  p.  X1II-CI.XXII,  est  vraiment  complète;  les  nombreuses 
références  aux  documents  originaux  contemporains,  offi- 
ciels ou  particuliers,  dispensent  d'allonger  la  présente 
bibliogr.  Notons  encore,  du  même  auteur  :  The  building  o/ 
AU  Soûls  Collège,  143S-1443,  dans  Hisl.  Essays  in  hon.  of 
James  Tait,  Manchester,  1933,  p.  121-35;  Chicliele  and  Can- 
terbury,  dans  Studies  in  médiéval  hisl.  presented  lo  F.  M. 
Powicke,  Oxford,  1948,  p.  386-404;  et  un  excellent  résumé  : 
H.  Chichele,  dans  Northamptonshire  pasl  and  présent,  l, 
Northampton,   1948,  p.  3r>-4(). 

H.  Dauphin. 

CHICH ESTER,  Cisseceaster,  Cycester,  Cices- 
Ire,  cité  sise  à  57  milles  au  S.-O.  de  I.ondres,  siège  d'un 
évêché  (auj.  anglican),  chef-lieu  du  comté  de  Sussex. 

I.  Histoire.  —  Dès  la  période  la  plus  reculée  de 
l'histoire  de  l'Angleterre,  les  Bretons  avaient  un 
seltlemenl  important  dans  la  plaine  fertile  qui  s'étend 
entre  la  Manche  el  les  collines  boisées  du  Weald,  et 
Chichester  (nous  ne  connaissons  pas  son  nom  breton) 
semble  leur  avoir  servi  de  ville  cantonale.  Leur  roi 
Cogidubnus  s'y  était  établi,  en  tout  cas,  au  moment 
de  l'invasion  romaine  sous  Aulus  Plautius  Silvanus 
(43  av.  J.-C).  Il  n'offrit  aucune  résistance  aux  en- 
vahisseurs qui  lui  permirent,  en  récompense,  de  con- 
tinuer à  régner  en  suzerain  sur  son  petit  royaume.  Sa 
ville  royale  —  connue  désormais  sous  son  nom  latin 
de  Regnum  (Regni  ou,  chez  certains  auteurs,  Novio- 
magus)  —  devint  un  centre  très  actif  de  civilisation 
romaine.  De  nombreux  restes  architecturaux,  artis- 
tiques et  autres  qui  nous  sont  parvenus  témoignent  du 
niveau  très  élevé  de  culture  qui  y  régna  pendant  les 
quatre  siècles  de  la  domination  romaine,  mais  on  ne 
trouve  nulle  trace  d'une  pénétration  de  la  foi  chré- 
tienne à  cette  époque.  Au  départ  des  légionnaires 
romains,  le  pays,  avec  son  littoral  très  étendu,  devint 
une  proie  facile  pour  d'autres  envahisseurs,  et,  dans 
la  seconde  moitié  du  v«  s.,  les  Saxons  s'installèrent 
d'abord  le  long  des  côtes,  puis  à  l'intérieur  du  pays. 
Leur  roi  Aelle  s'empara  de  la  ville  de  Regnum,  lui 
donna  le  nom  d'un  de  ses  fils,  Cissa  —  Cisseceastir 
(d'oîi  son  nom  actuel)  —  et  y  établit  le  centre  du  gou- 
vernement de  son  royaume,  connu  désormais  sous  le 
nom  de  Sussex  (Saxons  du  Sud). 

La  foi  chrétienne  ne  pénétra  chez  les  habitants  du 
Sussex  que  bien  tardivement  et  presque  par  hasard. 
Ni  l'œuvre  d'évangélisation  de  S.  Augustin  et  de  ses 
compagnons  romains  dans  le  Kent  (597),  ni  les  labeurs 
de  S.  Birinus,  l'apôtre  du  Wessex  (634)  —  les  deux 
pays  limitrophes  —  n'ont  exercé  d'influence  chez  eux. 
Il  y  eut  quelques  conversions  isolées  :  Damian,  qui 
devint  évêque  de  Rochester  (656);  le  roi  Aedilualch 
lui-même  épousa  une  princesse  chrétienne  et  embrassa 
la  foi  chrétienne  dès  661  —  mais  ni  l'un  ni  l'autre  ne 
semblent  avoir  rien  fait  pour  propager  l'Évangile 
parmi  leurs  compatriotes.  Bède  nous  signale  la  pré- 
sence à  Bosham  d'un  moine  celte,  Dicul,  avec  cinq  ou 
six  compagnons,  puis  il  ajoute  :  Sed  provincialium 
nullus  eorum  ad  viiam  aemulari  vel  praedicationem 
curabat  audire  {H.  E.,  IV,  xiii).  L'évangélisation  du 
Sussex  était,  en  effet,  réservée  à  S.  Wilfrid.  Celui-ci, 
expulsé  de  son  siège  d'York,  vint  chercher  refuge  dans 
les  solitudes  boisées  du  Weald  (681).  Il  y  prêcha  la  foi 
chrétienne.  Ses  labeurs  furent  couronnés  d'un  succès 
éclatant.  La  plupart  des  habitants  reçurent  le  bap- 
tême de  sa  main  et,  pendant  ses  cinq  ans  d'exil  parmi 
eux,  il  organisa  un  clergé  et  établit  un  siège  épiscopal, 
non  pas  à  Chichester,  centre  politique  du  pays,  mais  à 
Selsey,  sur  une  presqu'île  un  peu  au  Sud.  En  685,  le 
Sussex  fut  envahi  par  Cadwalla,  roi  de  Wessex,  qui 
l'annexa  à  son  royaume.  L'année  suivante,  Wilfrid 
repartit  pour  son  diocèse  d'York  et  Cadwalla  en  pro- 
fita pour  rattacher  tout  le  diocèse  de  Selsey  au  siège 
de  Winchester.  En  709  .seulement,  le  Sussex  retrouva 


CHIC  H  EST  R  H  fififi 

I  son  autonomie  politique  et  religieuse;  on  rétablit  le 
siège  de  Selsey  et  Wilfrid  eut  un  digne  successeur, 
après  vingt  ans,  en  la  personne  d'Eadberct. 

Une  des  mesures  prises  par  un  concile  ecclésiastique 
tenu  à  Londres  en  1075,  peu  après  la  conquête  nor- 
mande, fut  le  transfert  dans  les  villes  importantes  des 
sièges  épiscopaux  établis  jusqu'alors  dans  de  petits 
villages.  C'est  ainsi  que  Selsey  dut  céder  sa  dignité  de 
siège  épiscopal  à  Chichester  et  l'évêque  Stigand  s'y 
!  transporta.  L'église  S. -Pierre  lui  servait  de  cathé- 
drale; suivant  une  tradition  transmise  par  Guillaume 
de  Malmesbury  {Gest.  pont.,  dans  Rotls  ser.,  p.  205),  il 
y  avait  eu  là,  auparavant,  un  monastère  de  moniales 
qui  se  dessaisirent  de  leur  église  en  faveur  du  nouvel 
\  évêque.  Malheureusement  aucun  document  authen- 
\  tique  ne  garantit  cette  tradition.  Ce  transfert  du  siège 
ne  comporta  aucun  changement  dans  les  limites  du 
diocèse.  Comme  par  le  passé,  il  comprenait  tout  le 
i  comté  de  Sussex.  A  cette  époque,  celui-ci  avait  déjà 
!  subi  l'influence  normande.  Édouard  le  Confesseur 
donna  l'église  de  Bosham  à  son  chapelain  normand 
Osbern  et  les  manoirs-ports  de  Steyning,  Hastings  Rye 
et  Winchelsea  à  l'abbaye  de  Fécamp.  Cette  influence 
persista  davantage  encore  sous  Guillaume  le  Conqué- 
rant et  ses  fils,  par  la  fondation  d'importants  monas- 
tères —  Battle  (1067),  Lewes  (1077),  Lyminster  (1082), 
Sele  (1096)  et  d'autres.  De  nombreuses  églises  parois- 
siales furent  fondées  et  dotées  par  les  seigneurs  nor- 
mands, qui  s'installèrent  dans  le  diocèse  :  on  en  signale 
environ  150  avant  la  mort  du  Conquérant.  Bref,  Sti- 
gand, au  moment  de  sa  mort  (1087),  laissa  à  Gosfrid, 
son  successeur,  un  diocèse  en  plein  développement, 
tant  au  point  de  vue  temporel  que  spirituel.  Gosfrid 
ne  survécut  qu'une  année  à  sa  nomination.  Après  son 
décès,  Guillaume  le  Roux  tarda  trois  années  à  lui 
donner  un  successeur  en  la  personne  de  Ralph  de 
Lufla,  qui  fut  sacré  en  1091. 

Ralph,  plus  encore  que  Stigand,  doit  être  considéré 
comme  le  fondateur  et  l'organisateur  du  diocèse.  Il  sut, 
d'abord,  tenir  tête  aux  rois  —  qualité  précieuse  en  ce 
temps  où  l'Église  avait  tant  à  souffrir  des  interven- 
tions laïques  —  et  se  rangea  résolument  du  côté  de 
S.  Anselme  contre  Guillaume  le  Roux,  dans  une  que- 
relle où  il  alla  jusqu'à  offrir  sa  démission  en  signe  de 
protestation.  Avec  le  même  courage,  il  s'opposa  plus 
tard  à  Henri  l<",  qui  s'efforçait  de  taxer  indûment  une 
partie  de  son  clergé.  Dès  son  élection,  Ralph  se  mit 
à  consolider  l'état  de  son  diocèse.  Son  premier  soin  fut 
de  lui  donner  une  cathédrale  (v.  plus  loin).  Il  institua 
les  offices  de  doyen,  préchantre,  chancellier  et  tréso- 
rier. Ces  dignitaires  reçurent  des  prébendes  dans  la 
suite.  Nous  ignorons  le  nombre  de  chanoines  que 
comprenait,  à  cette  époque,  le  chapitre  cathédral, 
mais  au  cours  du  Moyen  Age  celui-ci  comptait  régu- 
lièrement 27  prébendes.  Conformément  à  la  coutume, 
les  chanoines  avaient  leurs  vicaires  choraux  qui  se 
constituèrent  en  un  corps  indépendant  et  reçurent 
leur  maison  propre  par  une  charte  royale  de  1465. 

Le  dévouement  de  Ralph  ne  se  borna  pas  à  cons- 
truire une  cathédrale  et  à  pourvoir  à  son  service.  Le 
clergé  paroissial  bénéficia  pareillement  de  son  zèle  et 
de  sa  sollicitude.  De  fréquentes  tournées  pastorales  le 
mirent  en  contact  avec  ses  ouailles  et  il  se  fit  aimer 
de  tous.  Les  rapports  de  son  prédécesseur  avec  l'ab- 
baye exempte  de  Battle  n'avaient  pas  été  cordiaux. 
Ralph,  au  contraire,  grâce  à  son  tact  et  à  sa  généro- 
sité, noua  des  relations  vraiment  amicales  avec  l'abbé 
et  assista  en  1095  à  la  consécration  de  l'église  abba- 
tiale. Il  mourut  en  1123  après  trente-deux  ans  d'épis- 
copat  :  on  pourrait  l'appeler,  sans  exagération,  le  père 
du  diocèse. 

Il  n'y  a  pas  lieu  de  s'attarder  sur  les  successeurs 
immédiats  de  Ralph  de  Lufla.  Seflrid  II  (1180-1204) 


667 


CHIC  H 


estp:r 


668 


se  fit  remarquer  particulièrement  dans  l'établissement 
et  la  dotation  convenable  des  paroisses  rurales.  Il 
mena  à  bon  terme  l'achèvement  et  l'embellissement  de 
sa  cathédrale  qu'il  consacra  lui-même  en  1199.  Ralph 
Neville  (1224-44)  réunit  à  sa  charge  d'évêque  diocé- 
sain celle  de  chancelier  du  royaume.  Il  s'occupa  peu  de 
son  diocèse  pendant  ses  vingt  ans  d'épiscopat,  et  il 
n'est  pas  étonnant  que  son  successeur  ait  trouvé  celui- 
ci  dans  un  état  déplorable  (v.  W.  H.  Blaauw,  Lellers  to 
Ralph  Neville,  dans  Sussex  arch.  coll.,  ui,  1850,  p.  35- 
76). 

S.  Richard  (1245-53)  fut  le  titulaire  le  plus  illustre 
et  le  mieux  connu  du  siège  de  Chichester.  Né  à  Droit- 
wich,  près  de  Worcester  (1197?),  il  fit  de  brillantes 
études  à  Oxford  et  devint  chancelier  de  l'université. 
Frappé  par  ses  vertus  autant  que  par  son  intelligence, 
S.  Edmond,  archevêque  de  Gantorbéry,  le  choisit  pour 
chancelier  de  son  diocèse.  Richard  partagea  l'exil  de 
son  maître  en  France  et  l'accompagna  en  ami  fidèle 
jusqu'à  sa  mort,  survenue  à  Pontigny  (16  nov.  1240). 
Il  se  retira  ensuite  chez  les  dominicains  d'Orléans,  où 
il  poursuivit  ses  études  et  se  fît  ordonner  prêtre  (1243). 
On  a  prétendu  qu'il  avait  l'intention  d'entrer  dans 
l'ordre  des  Frères  Prêcheurs.  Quoi  qu'il  en  soit,  il 
rentra  en  Angleterre  aussitôt  après  son  ordination  et 
se  fixa  à  Deal,  où  il  possédait  une  prébende.  A  peine 
installé,  le  successeur  de  S.  Edmond,  Boniface  de 
Savoie,  lui  confia  de  nouveau  la  charge  de  chancelier 
du  diocèse.  A  la  mort  de  Ralph  Neville,  évêque  de 
Chichester  (1244),  les  chanoines  élurent  le  favori  du 
roi,  Robert  de  Passelewe,  ecclésiastique  mondain  et 
peu  recommandable.  D'accord  avec  ses  suffragants 
réunis  en  synode,  Boniface  annula  l'élection  et  nomma 
son  chancelier  Richard.  Fort  mécontent,  le  roi  refusa 
de  céder  au  nouvel  évêque  les  biens  du  diocèse.  L'élu 
se  rendit  à  Lyon  auprès  du  pape  Innocent  IV,  qui  le 
sacra  évêque  (5  mars  1245)  et  le  confirma  dans  son 
office.  De  retour  à  Chichester,  il  entreprit  une  visite 
pastorale  de  tout  son  diocèse.  Obligé  par  la  conduite 
du  roi  de  vivre  d'aumônes,  il  mendiait  son  pain  de 
paroisse  en  paroisse  et  profitait  de  cet  état  de  dépen- 
dance vis-à-vis  de  son  clergé  pour  étudier  de  plus  près 
les  difïérents  problèmes  qui  se  présentaient  à  lui.  Pen- 
dant les  deux  premières  années  de  son  épiscopat  —  le 
roi  ne  lui  céda  ses  droits  qu'en  1246,  sous  menace 
d'excommunication  —  il  se  rendit  compte  des  abus 
et  des  désordres  de  toutes  sortes  qui  s'étaient  glissés 
dans  la  vie  des  prêtres  et  des  fidèles.  A  une  prédication 
assidue,  il  joignit  la  leçon  plus  efficace  de  ses  exemples. 
Avec  l'aide  de  son  chapitre,  il  rédigea  des  statuts  des- 
tinés à  porter  remède  sans  délai  aux  manquements  les 
plus  flagrants  aux  règles  ecclésiastiques,  notamment 
le  concubinage,  la  non-résidence,  l'ignorance  et  la 
pluralité  des  bénéfices  parmi  les  membres  du  clergé, 
l'avarice,  l'usure  et  le  manque  d'instruction  parmi 
les  fidèles  (cf.  Wilkins,  Concilia,  i,  688-93).  Pour  l'en- 
tretien de  la  cathédrale,  il  institua  le  «  denier  de  S.- 
Richard »,  une  obole  à  verser  par  chaque  paroissien 
du  diocèse,  à  Pâques  ou  à  la  Pentecôte.  Il  aimait 
beaucoup  l'ordre  des  Frères  Prêcheurs  et  les  invita  à  se 
fixer  dans  le  diocèse.  Vers  la  fin  de  sa  vie,  il  entreprit 
de  prêcher  la  croisade,  d'abord  à  Londres  (1252),  puis 
dans  son  propre  diocèse  et  enfin  dans  celui  de  Gantor- 
béry (1253).  Arrivé  à  Douvres  pendant  cette  dernière 
prédication,  il  y  tomba  malade  et  expira  (3  avr.  1253). 
Selon  son  désir,  il  fut  enterré  dans  sa  cathédrale,  près 
de  la  chapelle  qu'il  avait  construite  en  l'honneur  de 
son  maître,  S.  Edmond  —  canonisé  en  1246  —  et  il  fut 
lui-même  l'objet  de  la  vénération  des  fidèles.  Sa  cano- 
nisation par  Urbain  IV  eut  lieu  à  Viterbe  en  1262, 
et  la  translation  solennelle  de  ses  reliques  en  1276, 
en  présence  de  Robert  Kilwardby,  archevêque  de 
Gantorbéry,  et  du  roi  Édouard  I'''.  Le  pèlerinage  à  son 


tombeau  devint  un  des  plus  célèbres  du  pays  jusqu'à 
la  Réforme  anglicane.  La  Vie  et  les  miracles  de  S. 
Richard  furent  écrits  peu  après  sa  mort  par  son  ami 
intime,  le  dominicain  Ralph  Bocking  (A.  S.,  avr.,  i, 
282-316;  voir  aussi  une  Vie  plus  courte  faite  d'après 
le  procès  de  canonisation,  ibid.,  278-81).  Pour  ses 
ordonnances  adressées  au  chapitre  cathédral,  voir 
Stalules...  (cité  infra,  bibliographie).  Signalons  enfin 
que  le  cartulaire  de  la  cathédrale,  appelé  Liber  Y,  date 
de  son  époque  (1250  environ);  il  a  été  édité  récem- 
ment (v.  bibliogr.).  Son  testament  nous  est  parvenu 
(cf.  \V.  H.  Blaauw,  The  will  of  Richard  of  Chichester, 
1253,  dans  Sussex  arch.  coll.,  i,  1848,  p.  164-92). 

Passant  sur  les  successeurs  immédiats  de  S.  Ri- 
chard, Jean  Climping  (1254-62)  et  Étienne  Berksted 
(1262-87),  nous  arrivons  à  Gilbert  de  Saint-Leofard, 
qui  lui  ressemblait  davantage.  Pendant  tout  son  épis- 
copat (1288-1305),  il  ne  s'intéressa  qu'aux  besoins  de 
son  troupeau  et  à  l'amélioration  de  son  clergé.  Un 
synode  diocésain  (1289)  promulgua  une  série  de  cons- 
titutions à  cet  effet.  L'état  du  diocèse  à  cette  époque 
nous  est  connu  grâce  à  une  évaluation  de  tous  les  biens 
ecclésiastiques  ordonnée  par  le  pape  Nicolas  IV  en 
1291,  en  vue  de  la  taxation  de  l'Église  en  Angleterre. 
Ces  statistiques  intéressantes  nous  révèlent  que  le  dio- 
cèse possédait  236  églises,  de  valeur  très  différente; 
que  le  montant  des  bénéfices  atteignait  le  chiffre  de 
£  4708,  16  s.,  8  d.  ;  que  les  biens  temporels  du  diocèse 
représentaient  la  somme  considérable  de  £  6948, 
19  s.,  9  '^  d.  ;  qu'un  bon  nombre  de  riches  bénéfices 
avaient  été  donnés  à  des  ecclésiastiques  étrangers; 
qu'en  plus  des  églises  paroissiales  il  y  avait  un  grand 
nombre  de  petites  chapelles,  les  unes  dépendant  de 
maisons  religieuses,  les  autres  appartenant  aux  ma- 
noirs, qui  parfois  servaient  d'églises  succursales  dans 
les  paroisses  plus  étendues. 

Les  documents  signalent  la  présence  de  reclus  ou 
recluses  en  dix-sept  endroits  différents  dans  le  dio- 
cèse, au  Moyen  Age.  Les  premiers  étaient  fixés  à 
Harting  et  à  Stedham  (1180).  La  chapelle  de  S.-Gyriac, 
à  Chichester,  avait  sa  recluse  dès  1247,  et  le  testament 
de  S.  Richard  (f  1253)  nous  en  fait  connaître  cinq 
autres  :  celles  de  Pagham,  Haughton,  Stopham, 
Hardham  et  Westoute.  Plus  tard,  nous  en  trouvons 
un  à  la  cathédrale  (1402)  et  un  autre  attaché  à  l'église 
des  dominicains  à  Arundel  (1402)  (cf.  R.  M.  Clay, 
Hermits  and  anchorites  of  England,  Londres,  1914, 
p.  248-51). 

Les  deux  successeurs  de  Gilbert  de  Saint-Leofard 
(t  1305),  Jean  Langton  (1305-37)  et  Robert  Stratford 
(1337-62),  se  firent  un  renom  plutôt  comme  chanceliers 
du  royaume  que  dans  leurs  fonctions  épiscopales. 
Pendant  l'épiscopat  du  second,  la  peste  noire  (ihe 
black  death)  ravagea  le  diocèse,  décimant  le  clergé 
paroissial,  réduisant  le  nombre  des  moines  dans  tous 
les  monastères  et,  parfois,  supprimant  radicalement 
des  villages  entiers.  Ce  fléau,  terrible  en  lui-même, 
préparait  des  troubles  plus  graves  encore  dans  toutes 
les  classes  de  la  société.  Un  clergé  paroissial  trop  ré- 
duit ne  suffisait  plus  au  ministère  des  âmes  et,  pour 
combler  les  vides,  on  ordonnait  des  sujets  peu  dignes 
ou  nullement  préparés  au  ministère.  Le  niveau  intel- 
lectuel, moral  et  social  du  clergé  baissa  notablement 
dans  la  seconde  moitié  du  xiv«  s.  Laissés  à  eux-mêmes 
et  insuffisamment  instruits,  les  fidèles  devenaient 
une  proie  facile  pour  les  propagateurs  de  fausses  doc- 
trines et  les  agitateurs  de  toute  sorte.  En  la  personne 
de  William  Rede  (1369-85),  le  diocèse  de  Chichester 
trouva  un  pasteur  surtout  savant  et  érudit,  gardant 
toujours  des  attaches  avec  Merton  Collège,  d'Oxford, 
dont  il  avait  jadis  été  felloiv  et  dont  il  fonda  la  célèbre 
bibliothèque,  et  se  faisant  remarquer  par  ses  ouvrages 
sur  les  mathématiques,  l'astronomie  et  l'histoire. 


669 


CHIC  H 


ESTER 


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Ce  fut  vers  la  fm  du  xiV  s.  que  les  loUards  apparu- 
rent dans  le  Sussex.  Dès  son  accession  au  siège  épis- 
copal  (1397),  Robert  Rede,  O.  P.,  reçut  l'ordre  du  roi 
d'arrêter  et  de  punir  tous  ceux  qui  propageaient 
l'hérésie  ou  étaient  suspects.  Ses  successeurs,  Stephea 
Patrington  (1417)  et  Richard  Praty  (1438-45),  se 
montrèrent  également  zélés  à  purger  le  diocèse  de  ce 
mal.  En  fait,  nous  ne  connaissons  qu'un  seul  cas 
d'hérétique  brûlé  dans  le  Sussex  :  Thomas  Bageley,  en 
1432.  Il  est  néanmoins  incontestable  que  l'hérésie 
fit  de  grands  progrès  dans  tout  le  territoire  jusqu'à 
compromettre  l'évêque  de  Chichester  lui-même,  le 
fameux  Reginald  Pecock  (1450-57).  Celui-ci,  en  raison 
de  ses  ouvrages,  The  Repressor  of  overmuch  blaming 
of  ihe  clergy  (1455)  et  The  Book  of  faith  (1456),  tous 
deux  écrits  contre  les  lollards,  se  vit  arrêté,  mis  en 
prison  et  publiquement  déposé  pour  s'être  écarté  en 
plusieurs  points  de  la  doctrine  orthodoxe.  Il  finit 
ses  jours,  réconcilié,  dans  la  paix  de  l'abbaye  de  Thor- 
ney  (Càmbridgeshire)  (cf.  V.  H.  H.  Green,  Bishop 
Reginald  Pecock,  Cambridge,  1945). 

Deux  registres  épiscopaux  nous  permettent  de  nous 
rendre  compte  de  l'état  du  diocèse  dans  la  première 
moitié  du  xv«  s.  L'un  fut  rédigé  par  l'évêque  domini- 
cain Robert  Rede  (1397-1415),  l'autre  par  Richard 
Praty  (1438-45).  Ces  documents  reflètent  à  la  fois  les 
dommages  causés  par  la  peste  et  l'effort  de  ces  pas- 
teurs pour  y  porter  remède  et  rétablir  un  niveau 
d'observance  et  de  vie  ecclésiastique  plus  élevé.  Dans 
les  listes  d'ordinands  aux  ordres  sacrés,  les  religieux 
sont  d'habitude  plus  nombreux  que  les  séculiers.  Le 
registre  de  Praty  montre  avec  quel  soin  cet  évêque 
s'assurait  de  la  dignité  personnelle  et  de  la  capacité  de 
l'élu  avant  de  confirmer  une  élection  abbatiale  ou 
autre  (cf.  The  episcopal  Regisler  of  Robert  Rede,  éd. 
Cecil  Deedes,  dans  Sussex  record  Society,  viii,  1908,  et 
XI,  1911;  Extracts  from  the  episcopal  Regisler  of  bish. 
Praty  (1439-45),  ibid.,  1905). 

L'évêque  de  Chichester  Edward  Storey  (1478-1503) 
fonda  une  école  canoniale  pour  l'instruction  du 
jeune  clergé.  Son  successeur,  Robert  Sherborn  (1508- 
36),  dernier  occupant  du  siège  avant  le  schisme,  tra- 
vailla dans  le  même  sens  et,  lors  d'une  visite  cano- 
nique, mit  fin  à  plusieurs  abus  qui  s'étaient  glissés 
parmi  les  membres  du  chapitre  cathédral.  Les  consti- 
tutions rédigées  à  cette  occasion  nous  sont  parvenues 
(cf.  bibliogr.).  Pareillement,  il  entreprit  la  réforme  de 
certaines  maisons  religieuses  du  diocèse  que  la  peste 
de  1348  avaient  durement  éprouvées.  Grand  ami  du 
cardinal  Wolsey,  il  consentit  à  la  suppression  de  deux 
monastères  —  celui  des  Prémontrés  de  Bayham  et 
celui  des  Augustins  à  Pynham  —  dont  les  revenus 
furent  affectés  désormais  au  collège  de  Christ  Ghurch 
à  Oxford,  fondé  par  le  cardinal  en  1525.  Au  moment 
où  Henri  VIII  s'arrogea  le  titre  de  chef  suprême  de 
l'Église  en  Angleterre,  Sherborn  se  laissa  entraîner 
par  l'opinion  publique  jusqu'à  prêcher  cette  supré- 
matie dans  la  chaire  de  sa  cathédrale,  le  dimanche 
13  juin  1535.  Prévoyant,  néanmoins,  où  cette  politique 
royale  aboutirait,  il  se  démit  de  sa  charge  l'année  sui- 
vante et  mourut  peu  après  (1536). 

Dès  1535,  le  fameux  Richard  Layton  commença 
sa  visite  ofïlcielle  de  tous  les  monastères  dans  le  comté 
de  Sussex.  Les  rapports  défavorables  qu'il  envoyait  à 
Cromwell  sont  manifestement  exagérés  et,  grâce  à  une 
lettre  de  Richard  Gwent  adressée  aussi  à  Cromwell 
(août  1535),  nous  sommes  à  même  de  nous  faire  une 
idée  plus  exacte  des  choses.  Gwent,  tout  en  déplorant 
la  décadence  de  certaines  maisohs  trop  réduites  en 
nombre,  laisse  entendre  que  dans  les  monastères  plus 
importants,  Battle,  par  ex.,  ou  Lewes,  l'observance 
monastique  est  encore  bonne.  Malgré  cela,  l'une  après 
l'autre,  les  vieilles  fondations  disparurent;  la  sup- 


pression des  monastères  fut  décrétée  et  rien  ne  put 
l'empêcher  :  ainsi  cessèrent  d'exister  Boxgrove  (1536), 
les  moniales  de  Rusper  (1537),  Lewes  (1537),  Roberts- 
bridge  (1538),  Battle  (1538),  etc.  L'ordonnance  royale 
qui  décréta  la  destruction  des  statues  et  des  reli- 
quaires (1538)  fit  disparaître  la  magnifique  châsse  en 
argent  contenant  le  corps  de  S.  Richard,  objet  prin- 
cipal de  la  dévotion  des  pèlerins  à  Chichester  pendant 
plus  de  trois  cents  ans.  Une  inscription  latine  sur  la 
dalle  rappelle  aujourd'hui  aux  visiteurs  le  lieu,  der- 
rière le  maître-autel,  où  se  dressait  la  châsse.  La  sup- 
pression des  églises  collégiales  et  des  nombreuses 
chantries  suivit  celle  des  monastères.  Bref,  pendant 
l'épiscopat  de  Richard  Sampson  (1536-43),  l'œuvre  de 
la  réforme  anglicane  suivit  son  cours  normal  dans  le 
diocèse.  Les  habitants  du  Sussex,  en  général,  n'y  firent 
pas  d'opposition  sérieuse.  Le  successeur  de  Sampson, 
George  Day  (1543-51),  résista  néanmoins  si  énergi- 
quement  à  la  destruction  des  autels,  ordonnée  en  1550, 
qu'il  fut  emprisonné  et  dépouillé  de  son  siège.  Il  ne 
fut  rétabli  dans  sa  charge  qu'à  l'accession  au  trône 
de  Marie  Tudor,  qu'il  aida  de  tout  son  pouvoir  dans 
la  restauration  du  culte  catholique.  Il  mourut  en  1556. 
Deux  ans  plus  tard  Élisabeth  reprit  l'œuvre  de  la 
Réforme  et  nomma  au  siège  de  Chichester  un  ecclé- 
siastique bien  connu  pour  son  zèle  de  réformateur, 
William  Barlow  (1559-69).  Celui-ci  travailla  assidû- 
ment à  propager  les  nouvelles  idées  religieuses  et  à 
faire  observer  toutes  les  ordonnances  royales  en  ma- 
tière de  culte.  Dès  1563,  des  lois  sévères  entraient  en 
vigueur  contre  ceux  qui  adhéraient  encore  à  la  foi  de 
leurs  pères  et  Barlow  les  poursuivit  sans  pitié.  Nous 
possédons  de  lui  une  lettre  intéressante,  adressée  au 
Privy  Gouncil,  où  il  nomme  les  principaux  d'entre  les 
récusants,  ainsi  qu'un  rapport  sur  l'état  de  l'Église 
anglicane  dans  son  territoire  (cf.  Salzmann,  cité  à  la 
bibliogr.).  Le  Sussex  ne  tarda  pas  à  avoir  ses  martyrs. 
Edward  Shelley,  membre  d'une  des  familles  catho- 
liques les  plus  distinguées  du  comté,  subit  la  peine  de 
mort  à  Tyburn  (août  1588).  La  même  année,  quatre 
prêtres  furent  condamnés  à  mort  à  Chichester,  mais 
deux  seulement,  Ralph  Crockett  et  Edward  James, 
donnèrent  leur  vie  pour  la  foi  catholique,  à  Broyle 
Heath,  un  peu  au  nord  de  la  cité. 

La  persécution  sévit  aussi  contre  les  sectes  non 
conformistes,  particulièrement  contre  les  puritains  — 
partisans  outrés  de  la  Réforme.  Eux  aussi  furent  l'ob- 
jet de  mesures  très  sévères  de  répression.  Leur  pré- 
sence dans  le  Sussex  —  à  Rye  —  fut  signalée  à  l'auto- 
rité compétente  dès  1591,  et  au  cours  du  xviie  s.  leur 
nombre  s'augmenta  jusqu'à  devenir  une  menace  pour 
l'Église  établie.  Un  peu  plus  tard  les  quakers  —  disci- 
ples de  George  Fox  —  s'introduisirent  dans  le  diocèse, 
d'abord  à  Horsham  (1655),  puis  en  de  nombreuses 
localités.  Malgré  les  persécutions  incessantes  des  ma- 
gistrats et  du  clergé,  ils  devinrent  très  nombreux. 

Depuis  lors,  le  diocèse,  sous  les  trente-trois  évêques 
qui  l'ont  gouverné  depuis  Barlow  jusqu'à  nos  jours, 
n'a  pas  connu  de  changement  notable  et  son  histoire 
s'identifie  sans  distinction  avec  celle  de  l'Église  angli- 
cane en  général.  Lancelot  Andrewes,  évêque  succes- 
sivement de  Chichester  (1605-09),  Ely  et  Winchester, 
reste  célèbre  pour  ses  livres  de  dévotion  publiés  après 
sa  mort  par  Richard  Drake  (1648),  notamment  ses 
Preces  privatae,  encore  très  goûtées.  L'évêque  de  Chi- 
chester, John  Lake  (1685-89),  se  trouvait  parmi  les 
sept  prélats  de  l'Église  établie  qui  s'opposèrent  au  roi 
Jacques  II  dans  ses  tentatives  de  rétablir  la  religion 
catholique  (1688).  Au  siècle  suivant,  le  réformateur 
populaire  John  Wesley  fit  des  visites  à  Rye  et  à 
Winchelsea  entre  1770  et  1790,  mais  sa  prédication  ne 
semble  pas  avoir  eu  une  grande  influence  dans  le 
Sussex. 


671 


C  H  I C  H 


ESTER 


fi72 


Depuis  le  rétablissement  de  la  hiérarchie  catholique 
par  Pie  IX  (1850),  le  Sussex  fait  partie  du  diocèse  de 
Southwark.  Le  deuxième  archevêque  de  Westminster, 
le  cardinal  Henry  Edward  Manning,  avait  été  curé  de 
Lavington  et  archidiacre  de  Chichester  avant  sa  con- 
version au  catholicisme. 

II.  Organisation  du  diocèse.  —  Les  limites  du 
diocèse  n'ont  jamais  varié  :  son  étendue  correspondait 
dès  le  début  à  celle  du  comté  de  Sussex,  ayant  à  l'Est 
l'archidiocèse  de  Cantorbéry,  et  à  l'Ouest  le  diocèse  de 
Winchester.  La  division  du  diocèse  en  deux  archi- 
diaconés,  celui  de  Chichester  et  celui  de  Lewes,  a  eu 
lieu  très  tôt.  Ceux-ci  ont  été  divisés  en  doyennés 
ruraux  dès  le  milieu  du  xii«  s.  Nous  savons  par  la 
Taxatio  de  Nicolas  IV  (1291)  que  l'archidiaconé  de 
Chichester  comprenait  les  doyennés  de  Chichester, 
Arundel,  Boxgrove,  Midhurst  et  Storrington;  celui  de 
Lewes  comprenait  Lewes,  Dallington,  Hastings  et 
Pevensey. 

Nous  sommes  mal  renseigné  sur  l'état  des  paroisses 
dans  le  Sussex  avant  le  xi«  s.  Les  documents  nous  per- 
mettent d'identifier  cinq  monasteria  saxons  :  Selsey, 
Steyning,  Beadingham,  Ferring  et  Bosham.  Ces 
minsters,  dont  le  caractère  et  le  nombre  nous  échap- 
pent en  grande  partie,  étaient  vraisemblablement  des 
églises  quasi  paroissiales.  Le  Domesday  Book  fait  men- 
tion de  98  églises,  9  chapelles  et  4  prêtres  attachés  à 
d'autres  églises,  omettant  une  bonne  vingtaine  qui 
nous  sont  connues  par  ailleurs.  Les  Normands  ont 
bâti  beaucoup  d'églises  dans  le  comté  et  les  ont  géné- 
reusement dotées,  de  sorte  qu'au  moment  de  la  Taxa- 
tio de  1291  le  diocèse  en  comptait  267.  Un  grand  nom- 
bre de  ces  églises  étaient  des  «  églises  privées  »,  dépen- 
dant de  monastères,  qui  souvent  s'en  souciaient  peu. 
Dès  1179,  l'évêque  Hilaire  insista  sur  la  nomination 
à  ces  cures  de  bénéficiaires  permanents,  pourvus  de 
revenus  convenables. 

Une  caractéristique  du  diocèse  au  Moyen  Age  fut 
l'étendue  de  territoires  exempts  de  la  juridiction  de 
l'évêque  et  formant  enclaves  ( jurisdictional  pecu- 
liars).  S.  Wilfrid,  encore  évêque  de  Selsey,  fit  cadeau 
à  Théodore  de  Cantorbéry  d'un  vaste  domaine  à 
Pagham  (686).  Au  concile  de  Kingston  (828),  l'arche- 
vêque de  Cantorbéry  revendiqua  avec  succès  le  ma- 
noir de  South  Mailing  et  les  terres  de  Stanmer,  Lind- 
fleld  et  Burleigh.  Le  roi  Athelstan  donna  le  domaine 
considérable  de  West  Tarring  (940)  et  un  noble, 
Wulfric,  celui  de  Patching  (947)  au  siège  métropoli- 
tain. Pris  ensemble,  ces  territoires  comprenaient  les 
doyennés  de  South  Mailing,  Tarring  et  Patchani.  Au 
sein  même  de  la  cité  cathédrale,  The  Pallant  apparte- 
nait à  l'archevêque  et  ne  relevait  que  de  sa  juridiction. 
L'évêque  de  Londres  possédait  des  terres  à  Lodsworth 
et  l'évêque  d'Exeter  était  ex  officio  doyen  de  la  cha- 
pelle royale  de  Bosham.  L'abbaye  de  Battle,  avec  ses 
alentours  —  appelés  «  la  liberté  »  —  jouissait  de 
l'exemption,  et  l'église  de  Steyning  relevait  de  la 
juridiction  de  l'abbé  de  Fécamp. 

III.  Cathédrale.  —  Elle  est  intacte.  Elle  illustre  — 
c'est  son  intérêt  spécial  —  dans  ses  différentes  parties, 
toutes  les  phases  du  développement  de  l'architecture 
ecclésiastique  en  Angleterre  depuis  le  dernier  quart 
du  xi«  s.  jusqu'à  la  fin  du  xiii'^.  Le  travail  de  construc- 
tion n'a  jamais  cessé  pendant  cette  période.  Dans 
l'ensemble,  elle  est  aujourd'hui  telle  qu'elle  a  été 
conçue  par  son  fondateur,  Ralph  de  Luffa  (1091-1123). 
De  style  roman  et  bâtie  avec  la  pierre  venant  des 
carrières  de  Quarr,  dans  l'île  de  Wight,  elle  compre- 
nait une  nef  à  huit  travées  flanquée  de  transepts,  un 
chœur  à  trois  travées  avec  déambulatoire  et  une  abside 
à  trois  chapelles  rayonnantes.  Le  tout  était  à  trois 
étages.  Il  y  avait  une  tour  centrale  et  deux  tours  à 
l'extrémité  occidentale.  La  dédicace  eut  lieu  en  1108, 


sous  le  vocable  de  S. -Pierre.  Un  incendie  survenu  en 
1114  endommagea  la  fabrique,  mais  Ralph  la  recons- 
truisit sans  en  changer  le  style.  Une  deuxième  dédi- 
cace eut  lieu  le  3  oct.  1184.  La  cathédrale  fut  encore  la 
proie  des  flammes  trois  ans  plus  tard  (1187).  Les  fenê- 
tres hautes,  la  toiture  en  bois  et  le  chœur  semblent 
avoir  le  plus  souffert.  Dans  la  reconstruction,  Sef- 
frid  II  (1180-1204)  adopta  le  style  gothique,  qu'il  a  su 
greffer  sur  l'œuvre  romane  de  ses  prédécesseurs.  Le 
chœur,  en  particulier,  fut  l'objet  de  ses  soins.  Une 
troisième  et  dernière  dédicace  eut  lieu,  cette  fois  sous 
le  vocable  de  la  Ste-Trinité,  le  12  sept.  1199.  Le  tra- 
vail de  reconstruction  et  de  modification  se  poursuivit 
pendant  toute  la  première  moitié  du  xiii*  s.  On  en 
profita  pour  élargir  le  déambulatoire  et  pour  allonger 
la  chapelle  de  la  Vierge,  derrière  le  chœur.  On  donna 
à  celle-ci,  ainsi  qu'aux  deux  autres  (Ste-Catherine  et 
Ste-Marie-Madeleine),  la  forme  rectangulaire  au  lieu 
de  la  forme  absidale.  A  cette  époque,  on  perça  les 
murs  de  la  nef  pour  bâtir,  en  bas  côtés,  des  chapelles 
latérales  :  au  Sud,  celles  de  S. -Clément  et  de  S.- 
Georges; au  Nord,  celles  des  SS.-Edmond-et-Thomas, 
de  S.-Théobald  et  de  Ste-Anne.  Vers  la  fin  du  siècle 
ou  au  début  du  suivant,  la  chapelle  de  la  Vierge  fut 
de  nouveau  allongée  de  deux  travées  et  on  construisit 
la  salle  du  chapitre.  Les  stalles  du  chœur,  avec  leurs 
miséricordes  finement  sculptées  qu'on  admire  encore 
aujourd'hui,  datent  de  la  même  époque.  La  flèche 
était  l'œuvre  de  William  Rede  (1369-85).  Elle  s'écroula 
le  21  févr.  1861  et  sa  reconstruction  fut  effectuée, 
suivant  le  modèle  de  l'ancienne,  par  Sir  Gilbert  Scott. 
Signalons  le  jubé  en  pierre,  érigé  à  l'entrée  du  chœur 
par  Jean  Arundel  (1459-78).  Cette  œuvre  d'art  fut 
enlevée  en  1859,  mais,  par  bonheur,  resta  intacte.  On 
peut  la  voir  aujourd'hui  dans  le  beffroi  où  elle  attend 
sa  réinstallation  au  bas  du  chœur.  Dans  les  premières 
années  du  xvi«  s.,  Robert  Sherburn  (1508-36)  confia 
la  décoration  de  la  cathédrale  à  un  peintre  italien, 
Lambert  Bernardi,  et  à  ses  fils.  On  admire  encore  sur 
les  voûtes  de  la  chapelle  de  la  Vierge  le  peu  qui  sub- 
siste de  leur  ouvrage.  Le  mur  sud  du  déambulatoire 
porte  deux  bas-reliefs  représentant  la  Résurrection  de 
Lazare  et  Jésus  avec  Marthe  et  Marie.  Une  vieille  tra- 
dition prétend  qu'ils  viennent  de  l'ancienne  cathé- 
drale de  Selsey,  mais  aucun  document  n'atteste  cette 
provenance.  Plus  vraisemblablement,  ils  datent  du 
xii*  siècle. 

Durant  le  Moyen  Age,  un  certain  nombre  de  chun- 
tries  furent  fondées  dans  la  cathédrale.  Au  moment  de 
leur  suppression  (1548),  il  y  en  avait  au  moins  vingt. 

II  n'existait  pas  de  chapelles  spéciales  dites  chantry 
chapels,  comme  à  Winchester  et  ailleurs,  mais  on  se 
servait  des  différents  autels  de  l'église,  dont  deux  se 
trouvaient  sous  le  jubé,  à  l'entrée  du  chœur,  dédiés, 
l'un  à  S.  Augustin  et  à  la  Ste  Croix,  l'autre  à  St.  Mary 
atStok  (cf.  G.  H.  Cook,  Mediaeval  chantries  and  chantry 
chapels,  Londres,  1947,  p.  98-102). 

Seule  parmi  les  cathédrales  anglaises,  Chichester  a 
un  beffroi  séparé.  On  l'aperçoit  au  N.-O.,  à  quelques 
mètres  de  la  nef.  On  n'est  pas  fixé  sur  la  date  de  sa 
construction  :  c'est  peut-être  le  novum  opus  dont  par- 
lent certains  documents  du  début  du  xv«  s.  Le  joli 
cloître  attenant,  au  Sud,  et  nommé  Paradis,  est  de  la 
même  époque. 

La  chapelle  du  palais  épiscopal  construite  par  Sef- 
frid  II  (fin  du  xii«  s.)  et  embellie  par  Ralph  Neville 
(1224-44)  possède  une  très  belle  peinture  murale,  la 
célèbre  Madone  connue  sous  le  nom  de  Cliichester 
Roundel,  qui  mesure  80  cm.  de  diamètre.  Il  existe 
diverses  opinions  sur  son  origine.  D'après  le  Prof. 
Tristram,  elle  aurait  été  exécutée  vers  1230-40  par  un 
artiste  inconnu,  vraisemblablement  de  la  cour  d'Henri 

III  (une  reproduction  dans  E.W.  Tristram,  English 


G73 


CHICHESTER  —  CHICOUTIMI 


674 


médiéval  wall-painliiig  :  the  ihirteenlh  cenlunj,  i,  1<)5(), 
frontispice;  ii,  c.  vu,  p.  301-06,  discussion). 

IV.  Collégiales  et  établissements  religieux. 

—  Collégiales.  —  Arundel  (fondée  en  1375,  d'abord 
pour  une  petite  communauté  de  moines  de  Séez; 
érigée  en  collégiale  en  1380;  supprimée  en  1544); 
Bosham  (fondée  à  l'époque  saxonne;  chapelle  royale 
donnée  à  Osbern,  évèque  d'Exeter,  par  Édouard  le 
Confesseur  et  érigée  en  collégiale  au  début  du  xu«  s.  ; 
supprimée  en  1548);  Hastings  (fondée  en  1090;  sup- 
primée en  1548);  South  Mailing  (fondée  en  765;  res- 
taurée par  Theobald,  archev.  de  Cantorbéry  en  1150; 
supprimée  en  1547)  ;  Steyning  (appartenant  à  Fécamp  ; 
aucune  mention  après  1283). 

Établissements  religieux.  —  Bénédictins  :  Battle 
(D.  H.  G.  E.,  VI,  1341-43);  Lewes  (prieuré  clunisien, 
fondé  en  1077;  supprimé  en  1537);  Lyminster  (mo- 
niales, fondé  en  1082;  supprimé  en  1414);  Rusper 
(prieuré  de  moniales,  fondé  au  xii«  s.;  supprimé  en 
1537);  Sele  (prieuré  fondé  en  1075  (?)  par  S. -Florent 
de  Saumur;  supprimé  en  1480  et  annexé  à  Magdalen 
Collège,  Oxford).  —  Cisterciens  :  Robertsbridge  (ab- 
baye fondée  par  Boxley,  1176;  supprimée  en  1538).  — 
Augustins  :  Hardham  (1248;  supprimé  en  1538); 
Hastings  (observance  d'Arrouaise;  fondé  entre  1189- 
99;  supprimé  en  1536);  Michelham  (même  observance; 
fondé  en  1229;  supprimé  en  1536);  Pynham  (dit  de 
Calceto;  fondé  en  1151;  supprimé  en  1525;  revenus 
attribués  au  Collège  de  Christ  Church,  Oxford); 
Shulbrede  (?  1216;  supprimé  eu  1536);  Tortington 
(c.  1199;  supprimé  après  1535).  —  Prémontrés  : 
Bayham  (ou  Biegham;  fondé  à  Otham  c.  1180;  trans- 
féré à  Bayham  en  1207;  supprimé  et  revenus  annexés 
au  Collège  de  Christ  Church,  Oxford,  en  1524);  Dur- 
ford  (fondé  par  Welbeck,  c.  1160;  supprimé  en  1535). 

—  Dominicains  :  Arundel  (1253);  Chichester  (1283); 
Winchelsea  (1318). —  Franciscains  :  Chichester  (1242); 
Lewes  (1241);  Winchelsea  (1242).  —  Carmes  :  New- 
Shoreham  (1316),  —  Ermites  de  S.-Auguslin  :  Rye 
(1350). 

V.  Liste  des  évèques.  —  Stigand  (1070-87).  — 
Gosfrid  (1087-88).  —  Ralph  de  Luffa  (1091-1123).  — 
Seffrid  I"  (1125-45,  t  1151).  —  Hilary  (1147-69).  — 
John  Greenford  (1174-80).  —  Sefïrid  II  (1 180-1204).  — 
Simon  de  Wells  (1204-07).  —  Richard  le  Poor  (1215- 
17).  —  Ralph  of  Wareham  (1218-22).  —  Ralph  Ne- 
ville  (1224-44).  —  Richard  Wych  (1245-53).  —  John 
Climping,  alias  Bishop  (1254-62).  —  Stephen  Berksted 
(1262-87).  —  Gilbert  de  Saint-Leofard  (1288-1305).  — 
John  Langton  (1305-37).  —  Robert  Stratford  (1337- 
62).  —  William  de  Lynn  (1362-68).  —  William  Reade 
(1369-85).  —  Thomas  Rushook  (1385-88).  —  Richard 
-Metford  (1390-95).  —  Robert  Waldby  (1396-97).  — 
Robert  Reade  (1397-1415).  —  Stephen  Patrington 
(1417;  t  la  même  année).  —  Henry  de  la  Ware  (1418- 
20).  —  John  Kemp  (1421).  —  Thomas  Polton  (1421- 
26).  —  John  Rickingale  (1426-29).  —  Simon  Sy- 
denham  (1431-38).  —  Richard  Praty  (1438-45).  — 
Adam  de  iMoleyns  (1446-50).  —  Reginald  Pecocke 
(1450-57).  —  John  Arundel  (1459-77).  —  Edward 
Story  (1478-1503).  —  Richard  Fitzjames  (1503-06).  — 
Robert  Sherborn  (1508-36).  —  Richard  Sampson 
(1536-43).  —  George  Day  (1543-56).  —  John  Scory 
(1552-53,  pendant  l'emprisonnement  du  précédent).  — 
John  Christopherson  (1557-58).  —  William  Barlow 
(1559-69).  —  Richard  Curteis  (1570-82).  —  Thomas 
Brickley  (1586-96).  —  Anthony  Watson  (1596-1605). 

—  Lancelot  Andrewes  (1605-09).  —  Samuel  Hars- 
nett  (1609-19).  —  George  Carleton  (1619-28).  —  Ri- 
chard Montagu  (1628-38).  —  Brian  Duppa  (1638-41). 

—  Henry  King  (1642-69).  —  Peter  Gunning  (1670-75). 

—  Ralph  Brideoke  (1675-78).  —  Guy  Carleton  (1679- 
85).  —  John  Lake  (1685-89).  —  Simon  Patrick  (1689- 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


91).  —  Robert  Grove  (1691-96).  —  John  Williams 
(1696-1709).  —  Thomas  Manningham  (1709-22).  — 
Thomas  Bowers  (1722-24).  —  Edward  Waddington 
(1724-31).  —  Francis  Hare  (1731-40).  —  Matthias 
Mawson  (1740-54). —  William  Ashburnham  (1754-97). 
—  John  Buckner  (1798-1824).  —  Robert  James  Carr 
(1824-31).  —  Edward  Maltby  (1831-36).  —  William 
Otter  (1836-40).  —  Philip  Nicholas  Shuttleworth 
(1840-42).  —  Ashhurst  Turner  Gilbert  (1842-70).  — 
Richard  Durnford  (1870-95).  —  Ernest  Roland  Wil- 
berforce  (1895-1908).  —  Charles  John  Ridgeway  (1908- 
19).  —  Winfrid  Oldfleld  Burrows  (1919-29).  —  George 
K.  A.  Bell  (1929). 

F.  G.  Bennett,  R.  H.  Codrington  et  C.  Deedes,  Statutes 
and  Constitutions  of  tlie  Cath.  Ctiurcli  of  Cliichester,  Chiches- 
ter, 1904.  —  H.  C.  Corlette,  Tlie  Cath.  Church  of  Chichester, 
Londres,  1911.  —  D.  N.  Biogr.  —  K.  Edwards,  The  English 
secular  calhedrals  in  the  Middle  Ages,  Manchester,  1949.  — 
W.-D.  Peckham,  The  Chartutary  of  the  high  church  of  Chi- 
chester, dans  Sussex  record  Soc,  xlvi,  1946.  —  The  Victoria 
history  of  the  county  of  Sussex,  u  :  Hist.  ecclés.  et  maisons 
religieuses,  par  L.-F.  Salzmann;  m  :  La  calliédrale  de  Chi- 
chester, par  W.-H.  Godfrey  et  J.-W.  Bloc,  Londres,  1907. 
— •  A.  S.  Duncan-Jones,  The  story  of  Chichester  cathedral, 
Londres,  1933. 

J.  Warrilow. 
CH  ICOT  (Henri),  théologien,  traducteur  de  la 
Bible.  On  sait  par  Gerson,  son  contemporain,  qu'il 
avait  composé  un  livre  sur  le  mariage  de  Marie  et  de 
Joseph.  Avant  d'être  incendiée,  la  bibliothèque  de 
Chartres  possédait  en  ms.  son  Principium  pro  recom- 
mendatione  scientiae  moralis  pronunciatum...  in  scolis 
Carmelitarum  Parisius  a.  d.  1381.  Il  fut  reçu  docteur 
en  théologie  au  collège  de  Navarre  en  1400.  Il  était 
depuis  quelque  temps  chanoine  de  Chartres  lorsqu'il 
commença  à  y  résider  en  1407.  Il  mourut  au  cours  du 
second  semestre  de  1413  (et  non  en  1416,  comme  l'a 
dit  Clerval).  H.  Chicot  fut  un  des  promoteurs  du  culte 
de  S.  Joseph.  Un  legs  fait  par  lui  au  chapitre  de  Char- 
tres servit  à  fonder  une  messe  De  desponsatione  Mariae 
et  Joseph,  qui  fut  fixée  au  samedi  avant  les  quatre- 
temps  de  l'avent. 

Clerval,  Les  écoles  de  Chartres,  1895,  passim,  surtout 
p.  446-47.  — ■  Y.  Delaporte,  Les  fiançailles  et  le  mariage  de 
N.-D.  dans  l'art  charlrain  et  la  liturgie  chartraine,  dans  Voix 
de  N.-D.  de  Chartres,  81"  ann.,  1937.  —  J.  Gerson,  Opéra 
omnia,  éd.  Dupin,  iv,  1706,  col.  728  et  731.  —  L.  Merlet, 
Bibl.  chartraine,  1882,  p.  82. 

Y.  Delaporte. 

CHICOUTIMI,  dioc.  du  Canada,  sufïragant  de 
Québec,  dans  la  province  civile  de  Québec,  compre- 
nant les  comtés  de  Chicoutimi,  Charlevoix,  du  Lac  S.- 
Jean et  en  partie  celui  de  Saguenay,  créé  le  28  mai 
1878  par  le  démembrement  de  l'archidiocèse  de  Qué- 
bec. Alors  que  des  colons  français  se  fixèrent  dans  le 
comté  de  Charlevoix  aux  xvii«  et  xviii«  s.,  d'autres, 
venus  de  la  vallée  du  S. -Laurent,  peuplèrent  ceux  de 
Chicoutimi  et  du  Lac  S. -Jean,  vers  le  milieu  du  siècle 
suivant.  Jusqu'à  la  fin  du  xviii«  s.,  les  jésuites  y  tra- 
vaillèrent; ils  furent  remplacés  par  les  oblats  de 
M.-I.  jusqu'au  milieu  du  xix"  s.,  lorsque  le  clergé 
séculier  vint  prendre  la  succession  de  ces  derniers.  En 
1950,  le  diocèse  comprenait  203  000  catholiques, 
94  paroisses,  8  missions,  100  chapelles,  1  séminaire.  A 
S.-Michel-de-Mistassini,  il  y  a  l'abbaye  N.-D.  des  cis- 
terciens de  la  stricte  observance,  fondée  en  1892.  La 
cathédrale  dédiée  à  S.  François  Xavier  fut  incendiée 
en  1912  et  en  1919. 

Évêques.  —  1.  Dominique  Racine,  sacré  le  4  août 
1878;  t  28  janv.  1888.  —  2.  Louis  N.  Begin,  sacré  le 
28  oct.  1888;  coadj.  le  22  déc.  1891,  adm.  le  3  sept. 
1894  et  archev.  de  .Québec  le  12  avr.  1898;  card.  le 
25  avr.  1914;  f  18  juill.  1925.  —  3.  Michel  Th.  La- 
brecque,  sacré  le  22  mai  1892;  dém.  le  11  nov.  1927; 

H.  —  XIL  —  22  — 


075 


CHICOUTIMI  —  CHIEREGATO 


676 


t  3  juin  1932.  —  4.  Charles  Lamarche,  sacré  le  18  oct. 
1928;  t  29  janv.  1940.  —  5.  Georges  Melançon,  sacré 
le  23  juill.  1940. 

Cath.  Enc,  m,  658;  Suppl.,  186-87.  —  Catli.  directory, 
1950,  III,  p.  66-68.  —  Enc.  catt.,  in,  1434. 

É.  Van  Gauwenbergh. 

CH  lEMSEE,  le  plus  grand  lac  de  Bavière,  com- 
prend deux  îles,  Herreninsel  et  Fraueninsel,  ainsi 
dénommées  en  raison  des  monastères  qui  y  furent 
érigés. 

I.  HERRENWORTH  (Herreninsel),  monastère  bé- 
nédictin. —  Sous  le  duc  Ottilo,  on  trouve  attachés  à 
l'école  monastique  le  prêtre  Lupo  et  son  successeur, 
l'Irlandais  Tuti,  surnommé  Dobda  Graecus,  abbé- 
évêque  et  ami  de  l'évêque  de  Salzbourg  Virgile,  qui 
consacra  le  1"  sept.  782  l'église  S. -Sauveur.  Après  la 
chute  de  Tassilo  III,  le  monastère  fut  donné  par  Char- 
lemagne  à  l'évêché  de  Metz  (788).  Sous  l'empereur 
Arnulphe,  il  fut  restitué  à  l'église  de  Salzbourg  (891). 
Détruit  lors  de  l'invasion  des  Hongrois  (907),  il  fut 
reconstitué  en  1170  par  l'archevêque  Conrad  I"  de 
Salzbourg,  sous  forme  de  chapitre  séculier  vivant  sous 
la  règle  de  S.  Augustin.  Le  premier  prévôt  de  cet  ins- 
titut était  le  Bx  Hartmann,  qui  devint  plus  tard 
évêque  de  Brixen.  Au  xix«  s.,  le  couvent  fut  sécularisé 
(1803)  et  son  église  profanée  (1816).  En  1873,  il  fut 
acquis  par  le  roi  Louis  II  de  Bavière  qui  le  fit  trans- 
former en  château  dans  le  style  de  Versailles. 

K.  L.,  111,  130-32.  —  L.  T.  K.,  u,  858.  —  Cottineau,  771. 

II.  FRAUENWORTH  (Frauenchiemsee),  monastère 
de  bénédictines.  —  Fondé  vers  le  milieu  du  viii«  s.  par 
le  duc  Tassilo  III,  il  apparaît  d'abord  comme  monas- 
tère double,  par  les  relations  qu'il  entretenait  avec  le 
couvent  d'hommes,  situé  sur  ï'Au,  c.-à-d.  sur  l'autre 
île.  Après  la  chute  de  Tassilo,  il  fut  élevé  par  les  Caro- 
lingiens au  rang  d'abbatia  regalis,  dont  la  Bse  Irme- 
garde  devint  abbesse.  Seul  le  monastère  de  femmes 
survécut  à  l'invasion  des  Hongrois  (907).  A  partir  de 
969,  il  appartenait  à  Salzbourg.  Ses  biens  auraient  dû 
servir  à  doter  le  nouvel  évêché  de  Chiemsee,  ce  qui 
aurait  amené  sa  suppression;  cette  mesure  ne  fut  pas 
exécutée.  Le  monastère  exerça  au  Moyen  Age  une 
grande  influence  économique  et  juridique.  Il  fut  sur- 
tout peuplé  de  filles  nobles.  Il  fut  sécularisé  en  1803, 
rétabli  en  1837  par  le  roi  Louis  l"  de  Bavière,  élevé  à 
la  dignité  abbatiale  en  1901.  Il  est  actuellement  célèbre 
par  son  école.  Filiale  :  Tettenweis. 

K.  L.,  111,  132-33.  —  L.  T.  K.,  ii,  859.  —  Cottineau, 
770-71. 

III.  ARCHIDIACONÉ.  —  L'archidiaconé  de 
Chiemsee  faisait  partie  du  dioc.  de  Salzbourg.  Il  com- 
prenait un  territoire  plus  vaste  que  celui  du  dioc.  de 
Chiemsee.  Après  1160,  le  prévôt  de  Herrenchiemsee 
en  devint  archidiacre  à  titre  perpétuel,  ce  qui  limitait 
les  droits  de  l'évêque  de  Chiemsee.  En  1613,  on  rédui- 
sit l'archidiaconé  au  territoire  de  Chiemsee.  Par  con- 
trat du  5  oct.  1707,  le  prévôt  de  Herrenchiemsee 
dépendait  de  deux  supérieurs  :  comme  archidiacre  de 
Salzbourg,  il  relevait  de  l'archevêque  de  Salzbourg; 
comme  archidiacre  de  Chiemsee,  de  l'évêque  de  Chiem- 
see. En  1803  les  archidiaconés  furent  supprimés;  celui 
de  Chiemsee  subsista  jusqu'en  1812. 

K.  L.,  m,  134.  —  L.  T.  K.,  ii,  859. 

IV.  DIOCÈSE.  —  Fondé  en  1215  par  Éberhard, 
archevêque  de  Salzbourg,  sur  l'Herreninsel  —  à 
l'origine  on  avait  projeté  de  le  fonder  sur  la  Frauenin- 
sel —  il  fut  confirmé  au  IV«  concile  du  Latran.  Par 
bulle  du  28  janv.  1216,  l'église  conventuelle  fut  érigée 
en  église  cathédrale.  Après  1300,  la  résidence  de  l'évê- 
que fut  établie  à  Salzbourg  (Chiemsee-Hof).  L'arche- 
vêque de  Salzbourg  possédait  le  droit  de  nomination 


et  de  confirmation  de  l'évêque  de  Chiemsee.  Il  lui 
revenait  aussi  de  l'investir  dans  ses  fonctions.  L'évê- 
que de  Chiemsee  n'était  d'ailleurs  qu'un  vicarius  in 
spiritualibus  de  Salzbourg.  Il  avait  droit  au  titre  de 
prince.  L'évêché  fut  sécularisé  en  1803  et  supprimé 
en  1808.  La  bulle  de  1818,  fixant  à  nouveau  les  limites 
des  diocèses,  attribuait  une  partie  du  diocèse  de 
Chiemsee  à  Salzbourg,  une  autre  partie  à  Munich- 
Freising.  En  1806,  le  diocèse  de  Chiemsee  comprenait 
46  milles  carrés;  il  comptait  38  818  habitants. 

Liste  des  évêques  (d'après  Eubel,  Gams,  etc.).  — 

1.  Rudigerde  Randeck,  1215,transf.  à  Passau,  1233.  — 

2.  Albert,  prévôt  de  Salzbourg,  1234,  rés.  1244.  — 

3.  Albert  Suerbeer,  O.  P.  (archev.  d'Armagh,  1240,  év. 
de  Riga,  1246),  admin.,  1246.  —  4.  Henri  de  Bilvers- 
heim,  év.  de  Bamberg,  admin.  1247.  —  5.  Henri, 
O.  P.,  1252.  —  6.  Henri  de  Lûtzelburg,  O.  F.  M.  (év. 
de  Courlande,  1251),  1263,  f  1273.  —  7.  Jean  d'En- 
stall,  1274,  transf.  à  Gurk,  1279.  —  8.  Conrad  de  Hun- 
berg,  1279,  f  1292.  —  9.  Frédéric  de  Fronau,  1292, 
t  1293.  —  10.  Albert  de  Fonsdorf,  1293,  f  1322.  — 
11.  Ulric  de  Montparis,  1322-1330  —  12.  Conrad  de 
Lichtenstein,  1330,  t  1354.  —  13.  Gerhoh  de  Waldeck, 
1355,  t  1359.  —  14.  Hugues  de  Scherffenberg,  élu  et 
t  1359.  —  15.  Louis  Raichhofer,  1360,  f  1361.  —  16. 
Frédéric,  1362,  f  1387.  —  17.  Georges  de  Neitsberg, 
1387,  t  1395.  —  18.  Eckhard  ou  Eberhard  de  Berneck, 
1395,  t  1399.  —  19.  Engelmar  Krâll,  1399,  f  1422.  — 
20.  Frédéric  Theis  de  Thesingen  (év.  de  Lavant, 
1421),  1423.  —  21.  Jean  Ebser,  1429,  t  1438.  — 

22.  Silvestre  Pflieger,  av.  20  avr.  1438,  t  1454.  — 

23.  Ulric  de  Plankenfels,  1454,  f  1467.  —  24.  Bernard 
de  Kraiburg,  1467,  t  1477.  —  25.  Georges  Altdorfer, 
1477,  t  1495.  —  26.  Louis  Ebner,  1495,  rés.  1502, 
t  1516.  —  27.  Christophe  Mandl  de  Steinfels,  1502, 
t  1508.  —  28.  Berthold  Pûrstinger  (auteur  de  la 
Tewtsche  Theologey,  Munich,  1528  et  peut-être  de 
VOnus  Ecclesiae,  Landshut,  1524),  1508,  rés.  1526, 
t  1543.  —  29.  Gilles  Rehm,  1525,  f  1536.  —  30.  Gard. 
Matthieu  Lang,  archev.  de  Salzbourg,  adm.  1535.  — 
31.  Jérôme  Meitinger,  1536,  t  1558.  —  32.  Christophe 
Schlattl,  1558,  f  1589.  —  33.  Sébastien  Cattaneo, 
O.  P.,  1589,  t  1609.  —  34.  Ehrenfrid  de  Kunburg, 
1610,  t  1618.  —  35.  Nicolas  de  Wolkenstein,  1619, 
t  1624.  —  36.  Jean-Christophe  de  Lichtenstein,  1624. 
—  37.  François  de  Spaur,  1643,  f  1670.  —  38.  Jean- 
François  de  Preising,  1670,  f  1687.  —  39.  Sigismond- 
Ignace  de  Wolkenstein,  f  1696.  —  40.  Sigismond- 
Gharles  de  Castelbarco,  1697,  t  1708.  —  41.  Jean- 
Sigismond  de  Kilnburg  (év.  de  Lavant,  1704),  1708, 
t  1711.  —  42.  François-Adolphe  de  Wagensperg  (év. 
de  Gratz,  1702),  1712,  t  1V23.  —  43.  Charles- Joseph 
de  Kilnburg,  1714,  t  1729.  —  44.  Joseph-François 
Arco,  1730,  f  1746.  —  45.  François-Ch.-Eus.  de  Fried- 
berg-Trauchburg,  1746,  f  1772.  —  46.  Ferdinand- 
Christophe  de  Zeil-Trauchburg,  1772,  f  1786.  —  47. 
François-Xavier  de  Breuner,  1786,  t  1797.  —  48. 
Sigismond-Christophe  de  Zeil-Trauchburg,  1797, 
t  1807. 

K.  L.,  m,  134-37,  et  x,  1608,  1628-29.  —  L.  T.  K.,  ii, 
859-60,  où  l'on  trouvera  une  bibliogr.  abondante. 

P.  VOLK. 

1.  CHIEREGATO   (Francesco),  évêque  de 
Teramo,  appartenait  à  la  famille  vicentine  des  comtes 
Chieregati.  Né  à  Vicence  en  1479,  il  commença  se 
études  de  droit  à  Padoue,  les  poursuivit  à  Bologne  e 
les  acheva  à  Sienne,  ovi  il  fut  proclamé  docteur  m 
utroque  jure.  Il  venait  d'être  admis  à  Bologne,  au 
nombre  des  familiers  du  cardinal  Alidosio,  lorsque 
dernier  mourut  le  24  mai  1511.  La  même  année,  o 
retrouve  le  jeune  juriste  à  Rome,  où  il  exerce  les  fon 
tions  d'auditeur  et  de  secrétaire  aux  lettres  latine 
du  cardinal  suisse  Mathieu  Schinner.  Lorsque  Jules  I 


677 


CHIER 


EGATO 


678 


désigna  ce  dernier  en  qualité  de  légat  en  Allemagne 
et  en  Lombardie,  Chieregato  lui  fut  attaché  comme 
référendaire  et  maître  du  registre  aux  suppliques.  Il 
remplit  pour  ce  prélat  diverses  missions,  d'ordre  poli- 
tique, notamment  à  Gênes,  puis  à  Mantoue,  auprès 
du  marquis  de  Montferrat.  L'apprenti  diplomate 
rentra  à  Rome  en  1513,  après  l'élection  de  Léon  X, 
pour  y  exercer  momentanément  la  charge  de  cubicu- 
iaire,  alors  que  son  protecteur  continuait  à  résider  dans 
le  Milanais.  Il  passa  bientôt,  en  qualité  de  secrétaire, 
au  service  du  cardinal  A.  Cornetano  et  effectua  en 
1513,  au  nom  de  ce  dernier,  une  mission  d'une  durée 
de  huit  mois  en  Allemagne,  auprès  de  l'empereur 
Maximilien.  La  même  année,  il  fît  un  court  séjour  en 
France  auprès  du  roi  Louis  XII,  et  résida  ensuite 
pendant  quelques  mois  en  Espagne.  Rentré  à  Rome, 
il  en  repartit  pour  accompagner  son  maître,  qui  sui- 
vait Léon  X  et  la  cour  pontificale  à  Florence  et  à 
Bologne. 

En  1516,  il  fut  désigné  en  qualité  de  nonce  aposto- 
lique, afin  d'aller  annoncer  au  roi  d'Angleterre  la 
conclusion  du  concordat  entre  Léon  X  et  François  I". 
Il  se  trouvait  à  Calais,  prêt  à  s'embarquer,  lorsqu'il 
reçut,  en  même  temps  que  la  nouvelle  de  la  mort  du 
roi  d'Espagne,  l'ordre  de  se  rendre  aux  Pays-Bas,  au- 
près de  l'infant  Charles,  afin  de  présenter  à  ce  der- 
nier les  condoléances  du  Souverain  pontife.  Il  ren- 
contra le  prince  à  Bruxelles  et  prolongea  son  séjour 
dans  cette  ville  pour  assister  aux  cérémonies  célébrées 
à  la  mémoire  de  Ferdinand  V.  Chieregato  effectua 
ensuite  sa  mission  en  Angleterre  et  rentra  à  Rome, 
après  un  voyage  mouvementé  à  travers  la  France. 

En  1518,  le  pape  le  mit  au  service  du  cardinal  Jules 
de  Medici,  vice-chancelier  de  l'Église,  et  lui  confia  peu 
de  temps  après  la  nonciature  d'Espagne.  La  mort  de 
l'empereur  Maximilien  le  surprit  en  1519,  à  Saragosse, 
à  la  cour  du  roi  Charles,  et  il  fut  aussitôt  rappelé  à 
Rome.  En  1520,  Chieregato  remplit,  en  compagnie  du 
cardinal  Orsino,  une  mission  de  pacification  dans  la 
province  de  la  Marche,  dévastée  par  des  troubles 
politiques.  Toute  la  charge  de  cette  tâche  difficile 
retomba  bientôt  sur  lui  seul,  le  pape  ayant  rappelé  le 
cardinal.  La  Marche  pacifiée,  il  fit  un  court  séjour  à 
Florence  auprès  du  cardinal  de  Medici,  légat  en  Tos- 
cane. 

A  la  fin  de  l'année  1521,  Chieregato  se  rendit  en 
qualité  de  légat  à  la  cour  du  roi  de  Portugal.  Cette 
dernière  mission,  qui  était  en  relation  étroite  avec 
les  tentatives  de  rapprochement  entre  le  S. -Siège  et 
l'empereur  David  III  d'Éthiopie,  fut  interrompue  par 
la  mort  du  pape  Léon  X,  survenue  en  décembre  de  la 
même  année. 

Ce  représentant  diplomatique  du  Saint  Père  ne 
reçut  la  prêtrise  qu'en  l'an  1522,  sous  Adrien  VI;  il 
fut  élu  en  consistoire  du  7  sept,  à  l'évêché  de  Teramo, 
dans  les  Abruzzes.  Il  fut  consacré  l'année  suivante, 
sous  le  pontificat  de  Clément  VIL  Dans  l'entre- 
temps,  et  immédiatement  après  son  élection  à  l'épis- 
copat,  Adrien  VI  lui  confia,  en  le  nommant  nonce  en 
Allemagne,  à  l'occasion  de  la  diète  convoquée  à 
Nuremberg  pour  le  1"  sept.  1522,  la  mission  la  plus 
difficile  et  la  plus  importante  de  sa  carrière.  Dès  avant 
son  élévation  au  pontificat,  Adrien  VI  avait  connu 
l'évêque  de  Teramo  à  Saragosse  et  à  Barcelone,  à  la 
cour  du  roi  d'Espagne,  le  futur  Charles-Quint.  L'envoi 
de  Chieregato  à  la  diète  est  une  preuve  de  la  particu- 
lière estime  en  laquelle  Adrien  VI  tenait  ce  prélat, 
dont  il  avait  pu  apprécier  le  savoir  et  les  hautes  qua- 
lités morales.  Il  s'agissait,  on  s'en  souvient,  de  recher- 
cher, conjointement  avec  le  conseil  de  régence  et  les 
États  de  l'Empire,  les  moyens  de  commencer  la 
lutte  contre  l'hérésie  luthérienne,  de  faire  connaître 
à  la  diète  la  sérieuse  intention  qu'avait  le  pape  de 


mener  la  guerre  contre  les  Turcs  et  de  mettre  fin 
aux  nombreux  abus  de  l'Église,  surtout  en  matière 
fiscale. 

Le  "nonce  arriva  à  Nuremberg  le  26  sept.  1522  et  se 
présenta  devant  les  États  le  19  nov.,  deux  jours  par 
conséquent  après  l'ouverture  de  la  diète,  qui  n'avait 
eu  lieu  que  le  17.  Le  prélat  commença  par  solliciter 
énergiquement  du  secours  pour  les  Hongrois  opprimés. 
Ce  n'est  que  le  10  déc.  qu'il  aborda  la  partie  de  sa 
mission  qui  concernait  la  situation  religieuse.  Après 
avoir  entretenu  les  États  des  erreurs  propagées  par 
Luther  en  Allemagne,  il  demanda,  au  nom  du  pape, 
l'application  de  l'édit  de  Worms,  tout  en  insistant  sur 
le  fait  que  le  Souverain  pontife  était  résolu  à  combattre 
avec  la  dernière  énergie  les  abus  qui  existaient  dans  la 
Curie  romaine.  Les  États  ayant  déclaré  qu'ils  ne  pou- 
vaient procéder  contre  les  novateurs  qu'après  la  pro- 
duction écrite  des  ordres  du  pape,  Chieregato  fut 
amené  à  lire,  le  3  janv.  1523,  devant  la  diète  et  le 
conseil  de  régence  de  l'Empire,  les  documents  ponti- 
ficaux où  étaient  exposés  en  toute  clarté  les  vues  et  les 
projets  du  chef  de  l'Église,  c.-à-d.  :  le  bref  du  25  nov. 
1522,  ainsi  que  l'instruction  qui  y  était  jointe.  Ce  bref 
traitait  de  la  confusion  religieuse  qui  régnait  en  Alle- 
magne et  des  erreurs  de  Luther,  fauteur  de  tous  ces 
désordres.  Quant  à  l'instruction,  document  d'une  ex- 
trême importance  pour  la  connaissance  des  intentions 
réformatrices  d'Adrien  VI,  elle  déterminait,  de  façon 
plus  complète  encore  que  le  bref,  les  raisons  qui  de- 
vaient inciter  les  Allemands  à  attaquer  l'hérésie  luthé- 
rienne. Adrien  VI  y  discutait  avec  une  grande  sincé- 
rité les  motifs  qui  avaient  entraîné  vers  le  schisme  les 
novateurs,  et  s'y  exprimait  avec  une  franchise  remar- 
quable sur  les  abus  du  clergé  et  de  la  Curie.  Cette 
démarche  pleine  de  noblesse  du  pape  fut  diversement 
appréciée  par  les  historiens.  Certains  d'entre  eux, 
Friedensburg  entre  autres,  l'ont  jugée  plus  honnête 
qu'adroite  et  estiment  qu'elle  a  contribué  à  élargir  le 
fossé  entre  Rome  et  les  novateurs. 

En  conclusion  à  son  exposé,  le  nonce  insista  évi- 
demment sur  la  nécessité  d'appliquer  l'édit  de  Worms 
et  de  châtier  les  quatre  prédicateurs  qui  propageaient 
l'hérésie  dans  les  églises  de  Nuremberg.  On  connaît 
l'accueil  nettement  hostile  que  la  diète  réserva  à  ces 
propositions.  A  la  pression  des  circonstances  peu  favo- 
rables du  moment  :  troubles  politiques  dans  l'Empire, 
existence  d'un  mouvement  populaire  habilement  ex- 
ploité à  Nuremberg  par  le  parti  des  nouveaux  croyants, 
s'ajouta  le  manque  de  courage  et  de  bonne  volonté  de 
la  plupart  des  prélats  présents  à  la  diète.  Le  représen- 
tant du  pape,  en  butte  aux  menaces  et  aux  injures  et 
désireux  d'éviter  au  S. -Siège  d'inutiles  complications, 
quitta  Nuremberg  le  16  févr.  1523. 

L'évêque  de  Teramo  fut  promu  le  14  sept.  1528,  par 
un  bref  de  Clément  VI,  au  gouvernement  de  l'hôpital 
du  S. -Esprit,  à  Rome,  et  devint,  le  29  nov.  1534,  gou- 
verneur de  Narni.  Des  raisons  de  santé  lui  firent  aban- 
donner cette  charge  en  1535.  Il  mourut  à  Bologne  en 
nov.  1539. 

C.  p.  Angiolgabriello  di  Santa  Maria,  Bibl.  e  storia  di 
quei  scrittori  di  Vicenza,  Vicence,  1775,  m,  109;  iv,  87.  — 
Barbarano,  Hist.  eccles.  di  Vicenza,  iv,  Vicence,  1760,  p.  107- 
113.  —  Eubel,  III,  112.  —  W.  Friedensburg,  Nuntialurbe- 
richie  aus  Deulschland,  i,  1533-1536,  Nuntiatur  des  Vergerio, 
Gotha,  1892,  p.  xxxvii.  —  C.  von  Hôfler,  Papst  Adrian  VI. 
(1522-1623),  Vienne,  1880,  p.  236,  248-249.  —  B.  Morsolin, 
Francesco  Chieregati,  vescovo  e  diplomatico  del  sec.  XFI, 
Vicence,  1873.  —  Pastor,  ix,  98-108.  —  Portioli,  Quattro 
documenli  d' Inghilterra,  Mantoue,  1868. —  Deutsche  Reichs- 
tagsakten  unter  Kaiser  Karl  V.,  m.  Gotha,  1901.  — 
P.  Richard,  art.  Adrien  VI,  dans  D.  H.  G.  E.,  i,  628-630. 
—  Rumor,  I  conti  Chieregati,  dans  Boll.  araldico,  storico, 
genealogico  del  Veneto,  5"  ann.,  1906,  p.  27  sq. 

L.  Van  Meerbeeck. 


679 


CHIER 


EGATO 


680 


2.  CHIEREGATO  (Leonello),  né  à  Vicence, 
de  Nicola  et  de  Catarina,  fille  d'Antonio  Losco,  appar- 
tient à  la  noble  famille  des  comtes  Chieregati.  Le  futur 
prélat  étudia  le  droit  à  Padoue,  où  il  fut  proclamé  doc- 
tor  decretorum  à  une  date  demeurée  inconnue,  comme 
l'est  d'ailleurs  aussi  celle  de  sa  naissance.  Il  prononça 
en  1464,  dans  sa  ville  natale,  un  discours  solennel, 
plein  de  réminiscences  classiques,  à  l'occasion  de 
l'intronisation,  au  siège  épiscopal  de  Vicence,  de  Marco 
Barbo,  qui  fut  son  protecteur  pendant  de  longues 
années. 

On  ne  peut  préciser  l'époque  à  laquelle  Chieregato 
se  décida  à  embrasser  la  carrière  ecclésiastique;  on 
ignore  de  même  la  date  de  sa  nomination  à  un  cano- 
nicat  de  "Vicence.  Ce  dernier  fait  est  toutefois  attesté 
par  Rumor,  dans  la  notice  qu'il  a  consacrée  aux  comtes 
Chieregati.  La  présence  de  Chieregato  à  Rome,  dans 
l'entourage  et  parmi  les  familiers  de  Marco  Barbo,  à 
qui  Paul  II,  dont  l'évêque  de  Vicence  était  un  parent 
éloigné,  avait  conféré  en  1467  le  rang  de  cardinal  du 
titre  de  S. -Marc,  est  signalée  pour  la  première  fois 
dans  un  acte  officiel  du  21  févr.  1470.  Le  8  janv.  1472, 
au  début  du  pontificat  de  Sixte  IV,  Leonello  Chiere- 
gato fut  élu  évêque  d'Arbe  en  Dalmatie  et  confia  l'ad- 
ministration de  son  diocèse  à  deux  vicaires.  De  févr. 
1472  à  oct.  1473,  il  accompagna  en  Allemagne  son  pro- 
tecteur, qui  résidait  à  la  cour  impériale  en  qualité  de 
légat  pontifical.  Ce  fut,  pour  le  nouvel  évêque  d'Arbe, 
une  excellente  occasion  de  s'initier  à  la  diplomatie  et 
l'expérience  ainsi  acquise  lui  fut  très  utile  par  la  suite. 
Il  rentra  à  Rome  pour  gérer  les  affaires  du  nonce,  en 
l'absence  de  ce  dernier,  jusqu'au  mois  d'oct.  1474,  qui 
marque  la  fin  de  la  mission  du  cardinal  Barbo  en  Alle- 
magne. Le  9  févr.  1478,  Chieregato  apparaît  comme 
commendataire  perpétuel  de  l'église  S. -Sylvestre  de 
Borgo-Berice  à  Vicence;  il  abandonna  ce  bénéfice  le 
14  janv.  1484,  date  à  laquelle  il  fut  transféré  à  l'évêché 
dalmate  de  Traù.  Référendaire  depuis  1482,  le  prélat 
vicentin  résida  perpétuellement  à  Rome  entre  1481  et 
1484.  Par  sa  lettre  du  14  oct.  1482  au  jurisconsulte 
Giorgio  Guglielmo,  prévôt  de  S. -Pierre  à  Bâle,  qu'il 
avait  connu  lors  de  son  séjour  en  Allemagne,  Chiere- 
gato répondit  aux  menées  d'André  Zamometic,  arche- 
vêque de  Cranea,  qui,  tout  en  se  prévalant  de  la  pro- 
tection de  l'empereur,  s'affublait  indûment  du  titre  de 
cardinal  de  S. -Sixte  et  voulait  faire  renaître  de  ses 
cendres  le  concile  de  Bâle  (sur  Zanometic,  D.H.G.E.,u, 
1718-21).  Zamometic  avait  trouvé  des  partisans  à  Bâle 
et  aussi  en  Italie,  parmi  les  ennemis  politiques  du  pape. 
La  réfutation  de  l'évêque  d'Arbe  démontre  chez  son 
auteur  une  perception  très  claire  des  périls  auxquels 
les  projets  de  l'archevêque  de  Cranea  exposaient 
l'Allemagne,  et  elle  réduit  à  néant  le  prétendu  droit 
dont  se  prévalaient  certains  prélats  de  réunir  un  con- 
cile œcuménique  sans  l'autorisation  du  Souverain 
pontife.  A  la  fin  de  mars  1484,  sa  qualité  de  Vénitien 
fit  désigner  Chieregato  pour  accompagner  à  Cesena 
le  cardinal  de  Lisbonne  qui  allait  négocier  la  paix  avec 
Venise.  L'évêque  de  Traù  se  rendit  aussi  à  deux  re- 
prises, en  1484  et  en  1485,  dans  le  Frioul,  comme  visi- 
tateur  commissionné  par  le  cardinal  Barbo.  Entre  ces 
deux  voyages  en  Frioul,  se  place  un  séjour  à  Traù,  où 
il  résida  jusqu'à  la  fin  d'avr.  1485.  Le  12  sept.  1484, 
Innocent  VIII,  qui  lui  avait  concédé  précédemment  le 
priorat  de  S.  Maria  degli  Etiopi,  dans  le  diocèse  de 
Vicence,  unit  à  ce  bénéfice  le  monastère  de  S.  Maria 
di  Burgo-Pustrile  à  Vicence.  On  retrouve  l'évêque  de 
Traù  à  Rome  en  1486.  Devenu  vicaire  de  S. -Pierre,  il 
joua  un  rôle  important  dans  de  nombreuses  cérémo- 
nies et  tout  prouve  qu'il  jouissait  à  la  Curie  d'une 
grande  autorité,  en  qualité  de  juriste  et  d'orateur. 
En  automne  1487,  il  accomplit  à  Traù  un  deuxième 
voyage,  qui  précède  de  peu  sa  mission  diplomatique 


en  France.  C'est  pendant  sa  légation  qu'il  fut  trans- 
féré, le  22  oct.  1488,  au  siège  épiscopal  de  Concordia, 
devenu  vacant  par  la  mort  d'Antonio  Feletto,  et  qu'il 
obtint  d'Innocent  VIII  la  commende  du  prieuré  de 
S.  Maria  degli  Etiopi,  dépendant  du  monastère  de 
Pomposa.  Le  transfert  de  Chieregato  à  ce  nouvel 
évêché  fut  contesté  jusqu'au  19  août  1489  par  le 
sénat  vénitien.  Résidant  toujours  en  France,  le  prélat 
ne  put  d'ailleurs  prendre  à  cette  date  possession  du 
siège  de  Concordia. 

La  mission  diplomatique  confiée  par  Innocent  VIII, 
en  nov.  1487,  à  Chieregato,  nuncius  ad  regem  Francie 
ac  nonnullas  alias  mundi  partes,  ainsi  qu'à  Antonio 
Flores,  chanoine  de  Séville,  se  prolongea  pendant  trois 
ans.  Les  représentants  du  S. -Siège  étaient  munis  de 
facultés  semblables  à  celles  qui  furent  généralement 
concédées  aux  nonces  apostoliques  permanents.  Leur 
mission  avait  un  double  but  :  politique  et  religieux.  Ils 
s'attachèrent  surtout  à  démontrer  au  roi  de  France  la 
nécessité  de  faire  cesser  les  dissensions  intérieures,  en 
particulier  avec  le  duc  de  Bretagne,  et  l'incitèrent 
aussi  à  conclure  la  paix  avec  ses  ennemis  du  dehors, 
afin  de  disposer  de  toutes  ses  forces  pour  la  défense  du 
monde  chrétien  dans  la  lutte  contre  les  Turcs.  Pour 
permettre  à  la  papauté  de  mieux  résister  au  péril  turc 
de  plus  en  plus  menaçant,  Chieregato  obtint,  après  de 
laborieuses  négociations, l'extradition  du  prince  Dgem, 
frère  rebelle  du  sultan  Bajazet,  ramené  en  France  par 
Pierre  d'Aubusson,  grand  maître  des  Chevaliers  de 
Rhodes.  Dgem  fut  remis  entre  les  mains  du  pape  en 
mars  1489.  L'octroi  du  chapeau  de  cardinal  à  André 
d'Épinay,  archevêque  de  Lyon  et  de  Bordeaux,  fut  la 
compensation  accordée  par  le  S. -Siège  à  cette  victoire 
de  la  diplomatie  pontificale.  Chieregato  intervint  éga- 
lement dans  les  essais  de  réconciliation  de  Charles  VIII 
avec  Maximilien  d'Autriche,  dont  l'incarcération  par 
les  Brugeois,  en  févr.  1488,  avait  grandement  préoc- 
cupé le  pape,  de  plus  en  plus  inquiet  des  menaces  que 
les  Turcs,  qui  venaient  de  faire  la  paix  avec  les  rois  de 
Hongrie  et  de  Naples,  ainsi  qu'avec  la  République  de 
Venise,  faisaient  peser  sur  la  chrétienté. 

Une  tentative  de  médiation  entre  les  couronnes  de 
France  et  d'Angleterre,  effectuée  au  nom  du  S. -Siège 
par  l'évêque  de  Concordia,  lors  d'une  mission  qu'il 
remplit  outre-Manche  auprès  de  Henri  VII,  de  mars  à 
avr.  1490,  pendant  la  dernière  année  de  sa  nonciature 
de  France,  demeura  sans  effet.  Malgré  des  efforts  réité- 
rés et  malgré  les  tentatives  qu'il  renouvela  à  Boulogne 
jusqu'au  mois  de  septembre  auprès  des  ambassadeurs 
d'Angleterre  en  France,  il  ne  put  vaincre  la  rivalité 
politique  qui  divisait  depuis  si  longtemps  les  deux 
couronnes.  Il  ne  fut  guère  plus  heureux  dans  le  do- 
maine de  la  politique  religieuse,  où  le  but  principal 
de  sa  mission  et  de  celle  de  son  acolyte  était  sans  con- 
tredit la  suppression  de  la  Pragmatique  Sanction  de 
Bourges  et  de  tous  les  abus  nés  de  l'explosion  de  galli- 
canisme qui  se  produisit  pendant  la  minorité  de 
Charles  VIII.  Les  envoyés  du  S. -Siège  qui  accompa- 
gnèrent la  cour  de  France  dans  ses  nombreux  dépla- 
cements, et  que  l'on  retrouve  successivement  à  Tours, 
à  Angers,  à  Paris,  ne  cessèrent  de  renseigner  la  Curie 
sur  tous  les  événements  en  cours,  et  notamment  sur 
les  longues  négociations  qui  aboutirent  à  la  paix  avec 
la  Bretagne,  en  nov.  1489.  Mais  ils  tendirent  surtout 
leurs  efforts  en  vue  de  la  signature  d'un  concordat,  qui 
eût  réglé  définitivement  tous  les  différends  d'ordre 
religieux  entre  la  France  et  le  S. -Siège,  et  qui  eût  fait 
rapporter  les  mesures  vexatoires  prises  au  nom  de  la 
couronne  et  des  libertés  ecclésiastiques,  telles  que 
l'expulsion  des  évêques  nommés  par  le  pape,  à  Gap  et 
à  Tournai;  la  réunion  par  le  gouvernement  d'un  con- 
cile à  Sens  en  1485;  l'incarcération,  malgré  les  protes- 
tations du  pape,  des  évêques  du  Puy-en-Velay  et  de 


681 


CHIEREGATO 


CHIETI 


682 


Montauban,  impliqués  dans  la  révolte  des  princes; 
l'aide  accordée  aux  chapitres  rebelles  contre  les  évê- 
ques  nommés  par  le  S. -Siège,  et  d'une  façon  générale 
l'immixtion  des  juges  laïcs  dans  les  causes  d'ordre 
ecclésiastique.  Chieregato  et  Flores,  se  conformant 
'd'ailleurs  à  leurs  brefs  de  rappel,  finirent  par  solliciter 
leur  congé  sans  avoir  obtenu  satisfaction  sur  aucun  de 
ces  points,  et  quittèrent  la  France  au  mois  de  sept. 
1490. 

L'évêque  de  Concordia  reprit  dès  lors  sa  vie  de 
Curie  en  qualité  de  prélat  palatin  et  de  référendaire 
domestique  d'Innocent  VIII.  Il  prononça  le  28  juill. 
1492,  devant  le  collège  des  cardinaux,  l'oraison  fu- 
nèbre de  ce  pape. 

Sous  Alexandre  VI,  il  prit  part  à  de  nombreuses  cé- 
rémonies et  prononça,  lors  du  mariage  de  Lucrèce 
Borgia  avec  Jean  Sforza,  un  sermon  resté  inédit,  sur 
le  sacrement  de  mariage. 

L'invasion  de  l'Italie  par  Charles  VIII,  en  sept.  1494, 
l'empêcha  de  se  rendre  dans  son  évêché  de  Concordia 
comme  il  l'avait  souhaité.  Le  26  oct.  1495,  alors  que  le 
fils  de  Louis  XI,  après  avoir  conquis  le  royaume  de 
Naples,  était  rentré  en  France,  Chieregato  reçut  du 
pape  les  pleins  pouvoirs  de  légat  a  latere  auprès  de 
l'empereur  Maximilien.  Le  légat  était  chargé  de  pro- 
tester, auprès  du  souverain  et  de  l'Empire,  contre  la 
descente  de  Charles  VIII  en  Italie  et  son  entreprise 
contre  Naples.  Il  devait  aussi  exprimer  les  griefs  du 
S. -Siège  pour  le  refus  de  Charles  VIII  de  recevoir 
le  cardinal  Piccolomini  en  qualité  de  légat  a  latere. 
Chieregato  avait  pour  mission  principale  d'obtenir 
l'adhésion  de  l'Allemagne  à  la  ligue  conclue  en  Italie 
contre  Charles  VIII;  il  requit,  par  conséquent,  l'aide 
militaire  de  l'Empire  contre  les  Français,  toujours 
maîtres  du  royaume  de  Naples  ainsi  que  des  villes 
d'Asti  et  d'Ostie.  On  connaît  les  difficultés  suscitées 
aux  entreprises  de  Maximilien  dans  l'Italie  du  Nord 
par  les  Vénitiens.  Le  nonce  Chieregato,  sujet  de  la 
séréiiissime  République,  se  trouva  de  ce  fait  dans  une 
situation  particulièrement  délicate  vis-à-vis  du  sou- 
verain allemand.  En  1497,  il  désirait  vivement  rentrer 
en  Italie  pour  se  rendre  enfin  dans  son  évêché,  mais 
il  dut  prolonger  son  séjour  dans  l'Empire,  pendant 
deux  ans  encore.  Il  est  inexact  qu'il  se  soit  trouvé  à 
Florence,  comme  on  l'a  quelquefois  affirmé,  pour  y 
prendre  part,  par  ses  prédications,  à  la  lutte  du  S.- 
Siège  contre  Savonarole.  Il  fut  chargé  en  1498  d'exhor- 
ter Maximilien  à  maintenir  la  paix  avec  Louis  XII  et 
par  conséquent  à  renoncer  à  donner  suite  aux  projets 
belliqueux  qu'il  avait  formés  à  la  diète  d'Ulm.  En  1499, 
Chieregato,  toujours  nonce  en  Allemagne,  conseillait 
au  pape  de  conclure  avec  Maximilien  un  traité  sem- 
blable à  celui  que  le  S. -Siège  avait  conclu  avec  les 
souverains  espagnols. 

La  carrière  diplomatique  de  l'évêque  de  Concordia 
prit  fin  dans  la  seconde  moitié  de  l'année  1499.  Le 
prélat  put  dès  lors  se  consacrer  à  l'administration  de 
son  diocèse.  En  1503,  le  pape  conçut  cependant  le  des- 
sein de  faire  appel  à  lui  pour  une  nouvelle  mission 
diplomatique  à  la  cour  de  l'empereur,  mais  la  mort 
d'Alexandre  VI,  le  19  août  1503,  réduisit  ce  projet  à 
néant,  et  l'évêque  de  Concordia  ne  quitta  plus  le 
Frioul.  Presque  constamment  atteint  par  la  maladie 
après  son  retour  d'Allemagne,  Leonello  Chieregato 
mourut  au  siège  de  son  évêché,  le  19  août  1506.  Ce 
prélat  intègre  et  érudit  conserva,  à  travers  toutes  les 
vicissitudes  de  son  existence,  l'amour  des  lettres  et  fut 
à  un  moment  donné  en  relations  épistolaires  avec 
Angelo  Poliziano.  La  plupart  des  nombreux  discours 
qu'il  prononça  au  cours  de  sa  carrière  ecclésiastique 
et  diplomatique  eurent  les  honneurs  de  l'impression. 

P.  Angiolgabriello  di  Santa  Maria,  Biblioteca  e  sioria  di 
quel  scrittori  di  Vicenxa,  Vicence,  1775,  ii,  p.  lxxx  sq.;  m, 


p.  cix.  —  J.  Burckard,  Liber  notarum  ab  aiino  1483  usque 
ad  ann.  1506,  dans  Rerum  italic.  script.,  t.  xxxii,  vol.  i, 
p.  158,  167,  181,  208,  275,  276  sq.;  378.  444  sq.,  460,  464, 
467,  468,  544,  555,  615,  639.  —  Calendar  of  State  papers, 
Londres,  1864,  Venice,  i,  n.  530,  552,  668.  —  S.  de  '  Conti, 
Le  storie  de  suoi  tempi,  ii,  Rome,  1883,  p.  423,  428  sq.,  439. 

—  E.  Degani,  La  diocesi  di  Concordia,  Udine,  1924,  p.  744  sq. 

—  Eubel,  H,  192,  253.  —  D.  Farlati,  m,  44;  v,  260. — 
Gesanitkatalog  der  Wiegendrucke,  vi,  Leipzig,  1934,  col. 
451-459.  —  M.  Creighton,  A  Iiistory  of  the  papacy  of  the 
Great  Schism,  iv,  1911,  p.  331-337.  — B.  Katterbach,  Refe- 
rendarii  utriusgue  Signaiurae,  Rome,  1931,  p.  44,  59,  61. 

—  S.  Ljublc,  Dispacci  di  Luca  de  Tollenlis,  vescovo  di  Sebe- 
nico  e  di  L.  Ctiieregato,  vescovo  di  Trau,  nunzi  apostolici  in 
Borgogna  e  nelle  Fiandre  (1472-1478),  Zagreb,  1876.  — 
Miintz  et  Fabre,  La  Biblioth.  du  Vatican  au  XV  s.,  Paris, 
1887,  p.  209  et  289.  —  N.  Papadopoli,  Historia  gymnasii 
patavini,  u,  Venise,  1726,  p.  32.  —  P.  Paschini,  L.  Chiere- 
gato, nunzio  d' Innocenzo  VIII  e  di  Alessandro  VI,  Note 
biografice  e  Documenti,  dans  Lateranum,  nouv.  sér.,  i,  n.  3, 
Rome,  1935.  —  Pastor,  v,  286  sq.,  288,  290,  361,  463,  464. 

—  L.-G.  Pélissier,  Calai,  des  docum.  de  la  coll.  Podocatoro  à  la 
Bibliol.  Marciana  à  Venise,  dans  Centralblatt  fiir  Biblio- 
thekswesen,  xviii,  1901,  p.  533,  534,  595,  597.  —  S.  Rumor, 
/  conti  Chieregnli,  nobili  Vicentini,  dans  Boll.  araldico, 
storico,  genealogico  del  Veneto,  5'  année,  1906,  p.  27  sq.  — 
L.  Thuasne,  Diarium  Burchardi,  Paris,  1883,  i,  553;  ii, 
238. 

L.  Van  Meerbeeck. 
CHIERICATO  (Jean),  oratorien  italien,  théo- 
logien et  canoniste  (1633-1717).  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2363;  D.  D.  Can.,  ni,  881-82. 

CHIESA  (Bernardin  della).  Voir  Bernardin 
DELLA  Chiesa,  vhi,  787. 

CHIESA  (Jacques  della).  Voir  Benoit  XV, 
pape,  VIII,  167-72. 

CHIETI  (Theate).  Ville  des  Abruzzes,  située  sur 
un  mont  au  pied  duquel  court  le  Pescara,  Chieti  doit 
son  origine  à  une  colonie  venue  de  la  Grande  Grèce, 
au  cours  du  iv«  s.  av.  J.-C.  Municipiiim  sous  la  domi- 
nation romaine,  la  ville  fut  dévastée  par  Alaric  en  410. 
Sous  les  Lombards,  Chieti  fut  élevée  au  rang  de  gas- 
taldus,  mais  son  opposition  à  Pépin,  fils  de  Charles, 
lui  valut  d'être  détruite  en  810.  Bien  avant  cette  date, 
la  ville  possédait  une  communauté  chrétienne,  dont 
on  a  fait  remonter  les  origines  au  iv^  s.;  toutefois  la 
liste  épiscopale  ne  présente  aucune  garantie  historique 
avant  le  ix«  s.  Les  récits  relatifs  à  S.  Justin,  honoré 
dans  la  vallée  du  Pescara  et  dont  on  a  fait  le  premier 
évêque  de  notre  diocèse  (B.  H.  L.,  4588-89),  relèvent 
de  la  légende.  De  même  Quintus,  qui  prit  part  au 
concile  de  Rome  en  499,  est  à  rattacher  au  siège  de 
Teano  plutôt  qu'à  celui  de  Chieti. 

Sous  la  domination  normande,  le  diocèse  et  ses  chefs 
furent  honorés  de  la  bienveillance  de  Robert  Guiscard. 
De  nombreuses  familles  vinrent  y  habiter  et  la  ville 
fut  proclamée  capitale  des  Abruzzes.  Ce  ne  sera  tou- 
tefois que  bien  plus  tard  que  Chieti,  qui  relevait  direc- 
tement du  S. -Siège,  sera  élevée  au  rang  de  métropole. 
Clément  VII,  en  1526,  lui  désignera  comme  sufTra- 
gants  Lanciano,  Penne  et  Atri.  Ces  Églises  ayant  re- 
fusé de  se  soumettre  à  l'autorité  du  nouvel  archevêque, 
Pie  V,  en  1570,  soumit  à  Chieti  le  siège  d'Ortona, 
qu'il  venait  de  créer  et  qui  passera,  en  1818,  sous  la 
juridiction  de  Lanciano.  Le  23  juill.  1853  —  la  bulle 
ne  fut  publiée  que  le  14  juin  1857  —  Pie  IX,  ayant 
décrété,  pour  satisfaire  au  bon  plaisir  du  roi  de  Naples, 
que  Vasto  serait  siège  épiscopal  sans  territoire  (L. 
Anelli,  Ricordi  di  storia  Vastese,  Vasto,  1897),  décida 
que  l'archevêque  de  Chieti  en  serait  l'administrateur 
à  perpétuité. 

Le  diocèse  couvre  de  nos  jours  (1949)  une  superficie 
de  2  500  km^  Sa  population,  d'environ  350  000  âmes, 
est  répartie  en  133  paroisses.  La  cathédrale,  dédiée  à 


683 


C  HIETI 


CHIGI 


684 


S.  Thomas  et  à  S.  Justin,  fut  édifiée  au  cours  du  xi«  s. 
Chieti  et  son  diocèse  ont  compté  au  cours  des  âges  de 
nombreuses  maisons  religieuses;  nous  mentionnerons 
entre  autres  les  abbayes  de  S.  Angelo  in  Bareggio 
(monastère  édifié  par  les  Lombards  en  725;  reçoit  de 
nombreux  privilèges  des  papes  et  des  rois  de  Naples; 
en  décadence  dès  1345);  S.  Liberatore  de  Maiella 
(prieuré  relevant  de  Monte-Cassino,  situé  non  loin  de 
Pretoro;  fondé  avant  le  ix=  s.;  détruit  par  les  Sarra- 
sins et  réédiflé  en  1019);  S.  Maria  d'Arabona  (abbaye 
cistercienne  fondée  en  1208;  unie  en  1257  par  Alexan- 
dre IV  au  monastère  de  S.  Stefano  ad  rivum  maris; 
donnée  en  commende  au  collège  S.-Bonaventure  à 
Rome  par  Sixte  V,  en  1587);  S.  Maria  de  Canneto 
(dépendance  de  Monte-Cassino,  située  le  long  du 
Trigno);  S.  Martino  de  Valle  (abbaye  bénédictine 
fondée  non  loin  de  Fara  S.  Martino,  en  1044,  par 
Gredindeo,  comte  de  Chieti;  donnée  en  commende 
au  chapitre  de  S. -Pierre  de  Rome,  en  1453;  tombée 
en  ruines  au  cours  du  'kwi"  s.);  S.  Pietro  de  Vallebona 
(abbaye  située  non  loin  de  Manoppello,  édifiée  avant 
1149);  S.  Salvatore  de  Maiella  (fondée  avant  le  xi«  s.); 
S.  Stefano  ad  rivum  maris  (monastère  bénédictin  fondé 
au  ix«  s.;  passé  aux  cisterciens  en  1257;  donné  en 
commende,  en  1587,  au  collège  de  S.-Bonaventure  à 
Rome). 

Liste  épiscopale.  —  Theodoricus,  879,  888.  —  Ati- 
nolfus,  904  (?).  —  Rimo,  f  964.  —  Liudinus,  f  1088.  — 
Arnulphus,  1020.  —  Acto  [!"],  1057,  1070.  —  Teuzo, 
1073,  1077.  —  Rainulfus,  1087,  1105.  —  Rogerius, 
1107.  —  Guillielmus,  1115.  —  Andréas,  1118.  — 
Gerardus,  1118-25.  —  Acto  [II],  f  1130.  —  Rusticus, 
1140  (?).  —  Robertus,  1140-50.  —  Alandus  ou  Alman- 
dus,  1150, 1157.  — Andréas  [II],  1173, 1190.  —  Petrus, 
1191.  —  Bartholomaeus,  1207,  1227.  —  Rainaldus, 
1228-33.  —  Gregorio  de  Polo,  1234.  —  Landolfo  Carra- 
ciolo,  1252.  —  Alessandro  de  Capoue,  1254-60.  — 
Nicola  de  Fossa,  1262-82  (?).  —  Tommaso,  1286-92. 

—  Rinaldo,  O.  P.,  1295-1300.  —  Matteo  (ou  peut-être 
Mattia),  1303.  —  Pietro,  1303-20.  —  Raimondo  Mu- 
saco,  1321-26.  —  Giovanni  Crispano,  1326-35.  — 
Pietro  Ferro  de  Piperno,  1336.  —  Beltramino  Paravi- 
cini,  1336-39.  —  Guglielmo  Gapo  di  Ferro,  1340-52.  — 
Bartolomeo  Carbone  de'  Papazzuti,  O.  P.,  1353-63.  — 
Vitale  de  Bologne,  O.  F.  M.,  1363-73.  —  Eleazaro  de 
Sabran,  1373-78.  —  Giovanni  de  Comino,  1379-96 
[obédience  de  Clément  VII  :  Thomas,  1378].  —  Gu- 
glielmo Carbone,  1396-1411.  —  Nicola  Viviani,  1419- 
28.  —  Marino  de  Tocco,  1429-38.  —  Giambattista 
Bruna,  1438-45.  —  Colantonio  Valignano,  1445-87.  — 
Alphonse  d'Aragon,  1488-96.  — •  lacopo  de  Bacio, 
1496-98.  —  Card.  Oliverio  Carrafa,  administrât.,  1500- 
01.  —  Bernardino  Carrafa,  1501-05.  —  Gian  Pietro 
Carrafa,  1505-24.  —  Felice  Trofino,  1524-27  (le  1"  juill. 
1526,  le  siège  de  Chieti  devint  métropolitain).  —  Guido 
de'  Medici,  1528-37.  —  Gian  Pietro  Carrafa,  1537-49. 

—  Bernardino  Maffei,  1549-53.  —  Marcantonio  Malïei, 
1553-68.  —  Giovanni  Oliva,  1568-77.  —  Girolamo  de' 
Leoni,  1577-78.  —  Cesare  Busdrago,  1580-85.  — 
Giambattista  Castruccio,  1585-91.  —  Orazio  Sammi- 
niato,  1591-92.  —  Matteo  Samminiato,  1592-1607.  — 
Anselmo  Marzato,  O.  M.  C,  1607.  —  Orazio  Mafïei, 
1607-09.  —  Ulpiano  Volpi,  1609-15.  —  Paolo  Tolosa, 
1615-18.  —  Marsilio  Peruzzi,  1618-31.  —  Antonio 
Santacroce,  1631-37.  —  Stefano  Sauli,  1638-49.  — 
Vincenzo  Rabatta,  1649-53.  —  Angelo  Maria  Ciria, 
O.  S.  M.,  1654-56.  —  Modesto  Gavazzi,  O.  M.  Conv., 
1657-59.  —  Nicola  Radulovich,  1659-1702.  —  Vin- 
cenzo Capece,  1703-21  (?).  —  Filippo  Valignani,  O.  P., 
1722-37  (?).  —  Michèle  Palma,  1737-55.  —  Nicola 
Sanchez  de  Luna,  1755-64.  —  Francesco  Brancia, 
1764-69  (?).  —  Luigi  Del  Giudice,  1770-92.  —  Ambro- 
sio  Mirelli,  1792-97.  —  Francesco  Saverio  Bassi,  1797- 


1822.  —  Carlo  Maria  Cernelli,  1822-38.  —  Giosuè 
M.  Saggese,  1838-52.  —  Michèle  Manzo,  1852-56.  — 
Luigi  M.  De  Marinis,  1856-77.  —  Luigi  Ruffo  Scilla, 
1877-86.  —  Rocco  Cocchia,  O.  M.  Cap.,  1887-1900.  — 
Gennaro  Costagliola,  1901-19.  —  Nicola  Monterisi, 
1919-29.  —  Giuseppe  Venturi,  1931-47.  —  Giovanni 
Battista  Bosio,  1948. 

Avec  les  travaux  d'Ughelli,  Gams,  Eiibel  et  Gauchat,  on 
consultera  :  V.  Bindi,  Monumenti  storici  ed  artistici  degli 
Abruzzi,  Naples,  1889,  p.  625-71,  714-21.  —  V.  Camarra, 
De  Teate  antiquo  Marrucinorum  in  Ilalia  metropoli,  Rome. 
1591.  —  Cappelletti,  xxi,  95-111.  —  V.  D'Avino,  Cenni  sto- 
rici sulle  chiese...  délie  Due  Sicilie,  Naples,  1848,  p.  198-207. 
—  C.  De  Laurentiis,  La  chiesa  cattedrale  di  Chieti,  Chieti, 
1899.  —  Kehr,  It.  pont.,  iv,  266-72.  —  Lanzoni,  241-43.  — 
G.  Ravizza,  Collezione  di  diplomi...  da  servire  alla  storia 
délia  città  di  Chieti,  Naples,  1832.  —  [G.  Ravizza],  Memorie 
ist.  intorno  la  série  dei  vescovi  ed  arcivescoui  Teatini,  Naples, 
1830.  —  Fr.  Savini,  Septem  diocèses  Aprutien.  Medii  Aevi 
in  Tab.  Vaticano,  Rome,  1912,  p.  271-344.  —  P.  Sella, 
Rationes  decimarum  Italiae.  Aprutium-Molisium,  Bibl. 
Vaticane,  1936,  p.  25t-95. 

M.-H.  Laurent. 
CHIFFLET  (Jean),  ecclésiastique  et  antiquaire 
français  (vers  1614-66).  Voir  D.A.  C.  L.,  ni,  1331-32. 

CHIFFLET  (Jean-Jacques),  médecin  et  anti- 
quaire (1588-1673?).  Voir  D.  A.  C.  L.,  m,  1328-30 

CH  IFFLET  (Laurent),  jésuite  français,  écrivain 
ascétique  (1598-1658).  Voir  D.  T.  C,  u,  2363;  L. 
T.  K.,  II,  862. 

CHIFFLET  (Pierre-François),  historien  fran- 
çais, de  la  Compagnie  de  Jésus  (1592-1682).  Voir 
D.  T.  C,  II,  2363-64;  D.  A.  C.  L.,  m,  1330-31. 

CHIGI.  Famille  de  banquiers  siennois,  qui  des- 
cend peut-être  des  comtes  de  l'Ardenghesca,  seigneurs 
de  Macereto,  mais  qui  toutefois  n'a  acquis  ses  quar- 
tiers de  noblesse  qu'en  1377.  Les  deux  branches  prin- 
cipales :  Chigi  de  Rome,  actuellement  Chigi-Albani, 
et  Chigi  de  Sienne,  de  nos  jours  Chigi-Saracini,  doivent 
leur  origine  à  Mariano  (1439-1504)  et  à  Benedetto  (né 
en  1449),  fils  d'Agostino  Chigi. 

Les  descendants  de  Mariano  donnèrent  naissance, 
au  xvii^  s.,  avec  Agostino,  fils  d'Auguslo  et  neveu 
d'Alexandre  VII,  à  la  branche  romaine  de  la  famille. 
Nombreux  en  sont  les  membres  que  vint  honorer  la 
pourpre  cardinalice.  Le  plus  illustre  d'entre  eux,  Fabio, 
fut  élu  au  souverain  pontificat,  le  7  avr.  1655,  et  prit 
le  nom  d'Alexandre  VII  (v.  ce  mot).  Son  neveu  Flauio, 
fils  de  Mario,  naquit  à  Sienne  en  1631.  Créé  cardinal 
du  titre  de  Ste-Marie-du-Peuple  (9  avr.  1657),  il  fut 
président  de  la  ville  de  Fermo  (1656),  légat  en  Avi- 
gnon (1657),  cardinal  bibliothécaire  (1659)  et  préfet 
de  diverses  Congrégations  romaines.  Envoyé  extra- 
ordinaire auprès  de  Louis  XIV  (mars-nov.  1664),  il 
devint  dans  la  suite  cardinal-évêque  d'Albano  (1686), 
puis  de  Porto  (1689).  Il  mourut  le  13  sept.  1693. 

D'Augusto  Chigi  (1605-51),  oncle  de  Flavio  Chigi, 
naquit,  en  1649,  Sigismondo.  Chevalier  de  l'ordre  de 
Malte,  ce  dernier  fut  créé  cardinal  de  Ste-Marie  in 
Domnica,  en  1667,  étant  âgé  seulement  de  dix-huit  ans. 
Chargé  de  la  légation  de  Ferrare  (1673-76),  il  mourut  à  ■ 
Rome  en  1678.  Son  neveu  Augusto  (1662-1744),  fils 
d'Agostino,  fut  créé  par  Clément  XI,  en  1712,  maré-. 
chai  de  l'Église  et  gardien  du  conclave,  charge  qui 
devint  héréditaire  dans  la  famille  Chigi.  De  lui  naqui- 
rent, en  1710,  Agostino,  qui  épousa  en  1735  Giulia 
Albani,  et,  en  1711,  Flavio.  Clerc,  puis  auditeur  de  1~ 
Chambre  apostolique  sous  Benoît  XIV,  Flavio  fu 
créé  cardinal  de  S. -Ange  en  1753.  Préfet  de  la  Congré- 
gation des  Rites  et  protecteur  des  Mineurs  Conven- 
tuels, il  mourut  à  Rome  en  1771. 


68. T 


CHIGI 


CHILDEBERT  II 


GH6 


A  la  même  branche  appartient  un  autre  Flavio 
Chigi,  fils  d'Agostino  Chigi-Albanl  et  d'Amelia  Bar- 
berini.  Né  le  31  mai  1810,  il  fut  garde  noble  pontifical, 
puis  chanoine  de  S. -Pierre  de  Rome  (1853).  Préconisé 
archevêque  de  Mire  en  1856,  il  fut  désigné  comme  en- 
voyé extraordinaire  en  Russie  lors  du  couronnement 
d'Alexandre  II.  Nonce  en  Bavière,  puis  en  France 
(1874),  il  fut  créé  cardinal  du  titre  de  Ste-Marie-du- 
Peuple  le  22  déc.  1873  et  mourut  à  Rome  le  15  févr. 
1885  (biographie  dans  VOsservatore  Romano,  17  févr. 
1885). 

Deux  autres  membres  de  la  famille  Chigi  ont  été 
honorés  de  la  pourpre  cardinalice.  Ils  appartiennent  à 
la  branche  Chigi-Zondadari.  Celle-ci  doit  son  origine  à 
Agnese,  fille  de  Mario  et  nièce  d'Alexandre  VII,  qui, 
née  en  1629,  épousa  Ansano  Zondadari  (f  1693).  De 
leur  mariage  naquirent  :  Marcantonio  (1658-1722), 
grand  maître  de  l'ordre  de  Malte  en  1720  et  Anton 
Felice  (1665).  Ce  dernier,  archevêque  de  Damas  en 
1699,  fut  envoyé  extraordinaire,  puis  nonce  ordinaire 
(1706)  auprès  de  la  cour  d'Espagne.  Créé  cardinal  du 
titre  de  Ste-Praxède  et  préfet  de  la  Signature  en  1712, 
il  s'éteignit  à  Rome  en  1737.  Deux  ans  après  sa  mort, 
voyait  le  jour  un  autre  Anton  Felice  Chigi-Zondadari, 
qui,  préconisé,  en  1785,  évêque  titulaire  d'Adan  de 
Cilicie,  fut  nonce  à  Bruxelles  de  1785  à  1787.  Expulsé 
de  Belgique  sur  ordre  de  Joseph  II,  il  fut  nommé 
archevêque  de  Sienne  en  1795  et  créé  cardinal  en  1801. 
Il  s'éteignit  à  Rome  en  1823. 

Sur  la  famille  Chigi,  voir  Enc.  Ual.,  x,  1931,  p.  51-52, 
et  surtout  P.  Paschini,  /  Chigi  (=  Le  grandi  famiglie 
romane,  in),  Rome,  1946. 

M.-H.  Laurent. 
CHIGI  (GuGLiELMo).  Voir  Guillaume  de  Cigiis. 

CHIHFENG,  préfecture  apostolique,  créée  dans 
la  province  de  Jehol  (Chine),  le  21  janv.  1932,  et 
élevée  au  rang  d'évêché,  suffragant  de  Suiyan,  le 
21  avr.  1949;  il  est  confié  au  clergé  séculier,  aidé  par 
la  congrégation  de  Scheut. 

Enc.  calt.,  m,  1534.  —  A.  A.  Sedis,  1949,  531-33. 

L.  Van  Hee. 
CHIHUAHUA.  Voir  Chiuhahua. 

CHILAPA,  Chilapensis  oa  de  Chilapa,  évêché  du 
Mexique,  État  de  Guerrero.  Cette  région  fut  évangé- 
lisée  par  les  augustins  S.  Esteban  et  M.  de  la  Coruiia 
(oct.  1533).  Pie  VII  expédia  le  25  févr.  1816  la  bulle 
d'érection  Universi  Dominici  gregis;  par  suite  des 
troubles  politiques,  celle-ci  resta  sans  effet.  En  1856, 
le  Gouvernement  entama  des  négociations  en  vue 
d'une  nouvelle  érection  ;  Pie  IX  accorda  la  bulle  Grave 
nimis,  le  26  janv.  1863;  elle  ne  fut  publiée  que  le 
8  mars  1866  dans  la  ville  d'Igualada  de  Iturbide.  Le 
diocèse  comprend  un  territoire  de  73  156  kmS  700  000 
habitants,  dont  695  000  catholiques,  79  paroisses, 
groupées  en  20  vicairies,  et  une  bonne  centaine  de 
prêtres  séculiers.  La  cathédrale,  ancienne  paroisse, 
fut  consacrée  le  14  juill.  1872  sous  le  titre  de  l'As- 
somption. 

Évêques.  —  Ambrosio  Serrano  y  Rodriguez,  1863- 
75.  —  Tomâs  Baron  Morales,  1876-82.  —  Buenaven- 
tura  Portilla  y  Tejada,  1882-89.  —  Ramôn  Ibarra  y 
Gonzâlez,  1889-1902.  —  Homobono  Anaya  y  Gutiér- 
rez,  1902-06.  —  Francisco  Maria  Campos  y  Angeles, 
1907-23.  —  José  Guadalupe  Ortiz  y  Lôpez,  1923-26. 
—  Leopoldo  Diaz  y  Escudero,  1929. 

V.  de  Andrade,  Chilapa.  Esludio  sobre  esta  ciudad,  Mexico, 
1911.  —  .J.  Bravo  Ugarte,  S.  J.,  Diocesis  y  obispos  de  la 
Iglesia  mexicana,  Mexico,  1941,  p.  30-31.  —  A.  Galindo 
Mendoza,  Apunies  geogr.  y  eslad.  de  la  Igl.  cat.  en  Mexico, 
Mexico,  1945,  p.  36. 

Fl.  Pérez. 


CHILAW,  diocèse  en  l'ile  de  Ceylan,  détaché  le 
5  janv.  1939  de  Colombo  et  de  Jaffna,  et  confié  au 
clergé  du  pays.  Il  compte  36  prêtres,  258  religieuses  et 
environ  80  000  fidèles. 

Évêques.  —  Louis  Perera,  0.  M.  L,  5  janv.  1939, 
t  8  avr.  1939,  avant  son  sacre.  —  Edmond  Peiris, 
12  janv.  1940. 

L.  Van  Hee. 

1.  CHILDEBERT  l",  roi  des  Francs,  fils  de 
Clovis  et  de  Clotilde,  mort  en  558.  A  la  mort  de  Clovis 
(511),  ses  quatre  fils  se  partagèrent  comme  un  patri- 
moine les  pays  qu'il  avait  conquis.  Ghildebert  eut,  pour 
sa  part  :  Paris,  les  pays  jusqu'à  la  Somme,  les  côtes  de 
la  Manche  jusqu'à  la  Bretagne  et  aussi  les  cités  de 
Nantes  et  d'Angers.  En  524,  son  frère  Clodomir  ayant 
été  tué  dans  une  expédition  contre  les  Burgondes,  il 
s'entendit  avec  son  autre  frère,  Clotaire,  pour  s'em- 
parer du  lot  du  défunt,  qui  pourtant  laissait  trois  en- 
fants (infra,  Clodomir);  il  acquit  alors  les  cités  de 
Tours  et  de  Poitiers. 

Malgré  des  dissensions  parfois  sanglantes  qui  sépa- 
raient les  rois  francs,  ils  se  concertèrent  pour  faire  la 
guerre  aux  peuples  voisins  et  continuer  l'œuvre  de 
Clovis.  La  lutte  contre  les  Burgondes  fut  particulière- 
ment acharnée  :  après  l'échec  de  la  campagne  de  524, 
où  périt  Clodomir,  ils  firent,  en  534,  la  conquête  en- 
tière du  royaume  de  Bourgogne,  qu'ils  se  partagèrent; 
Childebert  acquit  alors  les  cités  de  Lyon,  Mâcon  et 
Genève.  En  536,  les  Francs  s'emparèrent  aussi  de  la 
Provence,  qu'ils  prirent  aux  Ostrogoths  :  les  cités 
d'Arles  et  de  Marseille  furent  attribuées  à  Childebert. 

Des  guerres  contre  d'autres  peuples  n'eurent  pas 
d'aussi  grands  résultats.  Plusieurs  expéditions  furent 
entreprises  contre  les  Wisigoths,  qui  dominaient  l'Es- 
pagne entière  et  possédaient  encore  la  Septimanie,  au 
sud  de  la  Gaule,  sur  les  bords  de  la  Méditerranée  :  en 
531,  Childebert  alla  guerroyer  en  Septimanie  pour 
venger  sa  sœur  Clotilde,  qui,  ayant  épousé  le  roi  Ama- 
laric,  était  maltraitée  par  lui,  parce  qu'elle  ne  voulait 
pas  se  convertir  à  l'arianisme;  en  542,  aidé  par  Clo- 
taire, il  lutta  contre  le  roi  Theudis,  franchit  les  Pyré- 
nées occidentales,  prit  Pampelune  et  assiégea  vaine- 
ment Saragosse.  C'est  encore  avec  Clotaire  que  Childe- 
bert participa  à  des  expéditions  au  delà  du  Rhin,  en 
Saxe  et  en  "Thuringe  (555-56). 

Childebert  fit  parfois  acte  de  prince  chrétien.  Ayant 
rapporté  du  siège  de  Saragosse  la  tunique  de  S.  Vin- 
cent, il  fonda  dans  un  faubourg  de  Paris,  sous  le  voca- 
ble de  ce  patron,  un  monastère,  qui  plus  tard  devait 
prendre  le  nom  de  S.-Germain-des-Prés.  Il  publia  aussi 
un  précepte  contre  le  paganisme,  dont  des  fragments 
sont  venus  jusqu'à  nous  (Boretius,  Capitularia,  ii,  2). 

Childebert  mourut  en  558.  Il  fut  enseveli  au  monas- 
tère de  S. -Vincent  :  de  nos  jours,  son  tombeau  a  été 
retrouvé  dans  l'église  de  S.-Germain-des-Prés  (cf.  Bull, 
de  la  Soc.  des  antiquaires  de  France,  1887,  p.  109-18: 
Nouveaux  documents  sur  le  tombeau  de  Childebert  au 
monastère  de  S.-Germain-des-Prés).  Comme  il  n'avait 
point  d'enfants,  son  royaume  échut  à  son  frère  Clo- 
taire, seul  survivant  des  descendants  de  Clovis. 

Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc,  IV  et  V.  —  Krusch, 
Chronol.  regum  Francorum  slirpis  merovingicae,  dans 
M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  vu,  487. —  Voir  aussi,  sur  ce  roi 
et  les  autres  rois  mérovingiens  indiqués  dans  les  notices 
suivantes  :  Dahn,  Urgesehichte  der  germanischen  und  roma- 
nischen  Vôlker,  dans  Oncken,  Allgemeine  Geschichte;  Lot, 
Pfister  et  Ganshof,  Les  destinées  de  l'Empire  de  395  à  S88, 
dans  Hist.  générale,  publ.  sous  la  direction  de  Glotz  :  Hist. 
du  Moyen  Age,  i. 

A.  Dumas. 

2.  CHILDEBERT  II,  roi  des  Francs  d'Aus- 
trasie,  né  en  570,  mort  en  595,  fils  de  Sigebert  I«'  et 
de  Brunehaut.  Il  n'avait  que  cinq  ans,  en  575,  lorsque 


687 


CHILDEBERT  H 


-  CHILDÉRIC  111 


688 


son  i)ère  fui  assassiné  dans  la  villa  de  Vitry,  à  l'insti- 
gation de  Frédégonde.  Sauvé  par  un  fidèle,  le  duc 
Gondebaud,  il  fut  proclamé  roi  à  Metz  par  les  leudes 
d'Austrasie,  le  jour  de  Noël.  Durant  sa  minorité,  le 
pouvoir  fut  exercé  par  sa  mère  Brunehaut  ;  celle-ci  eut 
d'ailleurs  à  endurer  les  pires  humiliations  des  ducs  et 
de  l'évêque  de  Reims,  qui  dominaient  au  palais.  Son 
oncle  Contran,  roi  de  Bourgogne,  le  prit  sous  sa  pro- 
tection et,  en  577,  l'adopta  en  lui  faisant  tradition 
symbolique  de  son  royaume. 

Les  grands  d'Austrasie  cherchèrent  à  profiter  de 
la  jeunesse  de  leur  roi  pour  lui  imposer  leurs  volontés. 
Ils  réussirent  même  un  moment  à  le  brouiller  avec 
Contran.  Mais  bientôt  l'oncle  et  le  neveu  se  réconci- 
lièrent. Le  28  nov.  587,  ils  eurent  une  entrevue,  entre 
Langres  et  Toul,  à  Andelot.  Dans  le  traité  qui  fut 
conclu,  il  était  convenu  que  celui  des  deux  rois  qui 
mourrait  le  premier  aurait,  s'il  n'avait  point  de  fils,  le 
survivant  pour  héritier.  Ils  promettaient  aussi  de  ne 
pas  chercher  à  l'avenir  à  se  soustraire  mutuellement 
leurs  fidèles  et  de  se  livrer  réciproquement  les  trans- 
fuges. A  la  suite  de  cet  accord,  les  grands  coupables  de 
rébellion  furent  sévèrement  punis;  les  ducs  et  les 
comtes  suspects  de  connivence  avec  les  rebelles  furent 
destitués.  Le  royaume  de  Childebert  jouit  désormais 
de  la  paix  intérieure.  Mais  le  jeune  roi  restait  exposé  à 
la  haine  de  Frédégonde,  qui  tenta  plusieurs  fois  de  le 
faire  assassiner  avec  ses  enfants.  Ces  entreprises  n'eu- 
rent aucun  succès. 

Childebert,  ayant  atteint  l'âge  d'homme,  reprit  la 
politique  d'extension  des  rois  francs.  En  Cermanie,  il 
remit  sous  le  joug  les  Thuringiens  et  les  Varins  et 
soumit  les  Bavarois.  11  dirigea  aussi,  de  581  à  590,  une 
demi-douzaine  d'expéditions  en  Italie  contre  les  Lom- 
bards, à  la  suite  desquelles  il  garda  les  passages  des 
Alpes,  Suse  et  Aoste. 

Le  roi  Contran  étant  mort  le  28  mars  592,  Childe- 
bert recueillit  paisiblement  son  héritage  et  joignit 
l'Austrasie  et  la  Bourgogne.  Mais  il  mourut  dans  les 
derniers  mois  de  595,  âgé  seulement  de  vingt-cinq  ans 
et  laissant  deux  fils. 

Grégoire  de  Tours,  Hist.  Franc,  IV  sq.  —  Krusch, 
Chronol.  regum  Francorum  stirpis  merovingicae,  dans 
M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  vu,  489.  —  Digot,  Hist.  du 
royaume  d'Austrasie,  ii,  1863,  p.  5-112. 

A.  Dumas. 

3.  CHILDEBERT  III,  peut  être  fils  de 
Thierry  III,  fut,  en  695,  institué  roi  des  Francs  par 
le  maire  du  palais  Pépin  d'Héristal,  pour  succéder  à 
Clovis  III.  C'est  un  des  derniers  Mérovhigiens,  rois 
fainéants,  qui  n'avaient  qu'un  titre  sans  aucun  pou- 
voir. Son  nom  figure  seulement  pour  la  forme  sur 
plusieurs  diplômes.  11  mourut  en  711  et  eut  pour  suc- 
cesseur son  fils,  Dagobert  III. 

Krusch,  Chronol.  regum  Francorum  slirpis  merovin- 
gicae, dans  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  vu,  500. 

A.  Dumas. 

1.  CHILDÉRIC  I",  roi  des  Francs  Saliens, 
fils  de  Mérovée,  né  vers  436.  Il  succéda  à  son  père  en 
458  et  mourut  vers  481.  A  son  avènement,  les  Francs 
Saliens  étaient  encore  au  service  de  l'Empire  romain 
en  qualité  de  fédérés.  Leur  roi  était  sous  l'autorité  du 
maître  de  la  milice,  Aegidius,  qui  commandait  dans  le 
nord  de  la  Caule. 

Suivant  des  légendes  rapportées  par  Crégoire  de 
Tours  et  Frédégaire,  les  Francs  chassèrent  Childéric, 
parce  qu'il  débauchait  leurs  filles,  et  prirent  pour  roi 
Aegidius.  Childéric  se  réfugia  en  Thuringe.  Au  bout  de 
quelques  années,  il  fut  rappelé  par  ses  anciens  sujets, 
qui  le  reconnurent  de  nouveau  pour  roi.  La  reine  des 
'Thuringiens,  Basine,  qu'il  avait  séduite,  vint  le  re- 
joindre et  il  l'épousa.  De  cette  union  naquit  un  fils, 
qu'on  appela  Clovis. 


Il  est,  en  tout  cas,  certain  que  Childéric  resta  l'allié 
d' Aegidius  :  vers  463,  il  combattit  avec  lui  contre  les 
Wisigoths.  Aegidius  mourut  en  464.  Childéric  resta 
fidèle  à  son  fils  Syagrius  qui,  après  lui,  fut  maître  de 
la  milice.  11  aida  les  Romains  à  chasser  les  Saxons  et 
les  Alamans,  qui  avaient  envahi  le  bassin  de  la  Loire. 

Childéric  ne  commanda  jamais  qu'une  petite  troupe 
de  Francs  établis  autour  de  Tournai.  C'est  dans  cette 
ville,  qu'il  mourut  vers  481.  Il  y  fut  enterré  avec  son 
cheval  de  guerre  et  ses  armes.  Son  tombeau  fut  re- 
trouvé en  1653.  De  nombreux  objets  en  furent  retirés  : 
étoffes,  armes,  bijoux,  monnaies  d'or. 

Junghans,  Hist.  critique  des  règnes  de  Childéric  el  de  Chlo- 
dovech,  trad.  Monod,  1879.  —  Kiirth,  Clovis,  2'  éd.,  1901. 

A.  Dumas. 

2.  CHILDERIC  II,  roi  des  Francs,  né  vers 
650,  mort  en  675.  Il  était  fils  de  Clotaire  II,  roi  de 
Neustrie,  et  de  Ste  Bathilde  (Bathilde,  supra,  vi, 
1321).  A  la  mort  de  son  père  (657),  seul  son  frère  aîné 
Clotaire  III  fut  proclamé  roi  sous  la  tutelle  de  sa  mère 
Bathilde,  qui  gouverna  avec  le  maire  du  palais  Erchi- 
noald,  remplacé  en  658  par  Ébroïn. 

Cependant  l'Austrasie  était  sous  l'autorité  du  maire 
du  palais  Grimaud,  qui,  en  661,  institua  roi  son  propre 
fils  Childebert,  bien  qu'il  n'appartînt  pas  à  la  famille 
mérovingienne.  En  662,  les  grands  d'Austrasie  ren- 
versèrent Grimaud  et  le  livrèrent  avec  son  fils  au  roi 
de  Neustrie.  Sur  la  proposition  de  la  reine  Bathilde, 
ils  prirent  pour  roi  Childéric  II.  Ce  n'était  encore 
qu'un  enfant,  qui  régna  sous  la  tutelle  du  duc  Gon- 
faud  (Vulfualdus),  maire  du  palais. 

En  Neustrie,  Clotaire  III  mourut  en  673.  Le  maire 
du  palais  Ébroïn  proclama  roi,  de  sa  propre  autorité, 
Thierry  III,  troisième  fils  de  Clotaire  II.  Bientôt  les 
grands  du  royaume,  à  l'instigation  de  S.  Léger,  évêque 
d'Autun,  se  révoltèrent  contre  lui  et  l'enfermèrent  au 
monastère  de  Luxeuil.  Thierry  III  fut  déposé  et  placé 
à  S. -Denis.  Childéric  II  accourut  à  l'appel  des  grands 
et  fut  proclamé  roi  de  Neustrie. 

Childéric,  ayant  réuni  tous  les  royaumes  de  la 
monarchie  franque,  prétendit  gouverner  en  prince 
absolu,  sans  prendre  l'avis  des  grands.  Il  relégua  à 
Luxeuil  S.  Léger,  qui  à  un  moment  s'était  cru  tout- 
puissant  au  palais  (avr.-mai  675).  Mais,  à  l'automne 
suivant,  il  fut  assassiné,  quand  il  chassait  près  de 
Chelles,  par  un  grand  nommé  Bodilon,  qu'il  avait  fait 
battre  de  verges.  L'évêque  de  Rouen,  S.  Ouen,  le  fit 
ensevelir  à  S. -Vincent,  appelé  plus  tard  S.-Germain- 
des-Prés  :  les  bénédictins  retrouvèrent,  en  1656,  ses 
ossements  derrière  le  chœur  de  l'église.  Childéric  II 
fut  le  dernier  Mérovingien  qui  essaya  de  régner. 

Levillain,  La  succession  d'Austrasie  au  VII'  s.,  dans  Rev. 
historique,  cxii,  1913,  p.  62-72.  —  H.  Stein,  La  mort  de 
Childéric  II,  dans  Le  Moyen  Age,  1908,  p.  297. 

A.  Dumas. 

3.  CHILDÉRIC  III,  roi  des  Francs.  On  ne 
saurait  dire  avec  certitude  de  qui  il  était  le  fils.  Depuis 
la  mort  de  Thierry  IV  (737),  le  trône  était  vacant  : 
le  maire  du  palais  Charles  Martel,  qui  gouvernait  le 
royaume  des  Francs  avec  pleine  puissance,  n'avait 
pas  jugé  utile  de  lui  donner  un  successeur.  Pourtant, 
en  743,  ses  deux  fils,  Carloman  et  Pépin,  devenus 
après  sa  mort  maires  du  palais,  estimèrent  encore 
opportun  de  se  couvrir  par  un  fantôme  de  roi;  ils  pla- 
cèrent sur  le  trône  le  jeune  Childéric  III,  jusqu'alors 
élevé  dans  un  couvent,  qui  passait  pour  appartenir  à  la 
famille  mérovingienne. 

Childéric  III  n'eut  à  la  vérité  qu'un  vain  titre,  le 
pouvoir  étant  exercé  par  les  maires  du  palais.  Un  de 
ses  diplômes  débute  par  ce  protocole  significatif  : 
«  Childéric,  roi  des  Francs,  à  l'éniinent  Carloman, 
maire  du  palais,  qui  nous  a  établi  sur  le  trône  »  (v. 
Carloman  (1),  supra,  xi,  1059). 


689 


CHILDÉRIC  III 


-  CHILPÉRIC  1er 


690 


En  déc.  751,  Pépin  le  Bref,  devenu  seul  maire  du 
palais,  pensa  que  le  moment  était  venu  de  mettre  fin 
à  cette  ombre  de  royauté.  Après  avoir  consulté  le  pape 
Zacharie,  il  déposa  Ghildéric  III,  le  fit  tondre  et  en- 
fermer au  monastère  de  S.-Bertin.  Puis  il  se  fit  pro- 
clamer roi  par  l'assemblée  des  grands.  Ce  fut  la  fm  de 
la  dynastie  mérovingienne. 

Krusch,  Chronol.  regum  Francoruin  slirpis  merovingicae, 
dans  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  vu,  .507.  —  Levillain, 
L'avènement  de  la  dynastie  carolingienne  et  les  origines  de 
l'État  pontifical,  dans  Biblioth.  de  l'École  des  chartes,  1933, 
p.  225.  —  Halphen,  Charlemagne  et  l'empire  carolingien, 
p.  18,  20. 

A.  Dumas. 

CHILIASTES,  doctrinaires  du  ii«  s.  En  s'ap- 
puyant  sur  une  interprétation  inexacte  de  l'Apoca- 
lypse, ils  attendaient  la  venue,  avant  la  fin  du  monde, 
d'un  règne  terrestre  du  Christ  qui  devait,  pendant 
mille  ans,  donner  aux  justes  ressuscités  toutes  sortes 
de  bonheurs  matériels.  Voir  l'art.  Millénarisme. 

G.  Bardy. 

CHILLAN,  Chilaiieiisis,  évêché  du  Chili.  Par 
sa  bulle  Notabiliter  auctum  du  18  oct.  1925,  Pie  XI 
démembra  le  diocèse  de  Concepciôn,  et  en  détacha, 
entre  autres,  celui  de  Chillân.  Celui-ci  comprenait  la 
province  de  Nable  et  trois  districts  de  celle  de  Maule  : 
Cauquenas,  Chanco  et  Itata;  il  fut  d'abord  sufTragant 
de  Santiago  du  Chili,  puis,  après  l'élévation  au  rang  de 
métropole  du  diocèse  de  Concepciôn  (20  mai  1939), 
il  fut  rattaché  à  cette  dernière  province.  Il  compte 
258  550  catholiques,  un  territoire  de  11  564  km^, 
26  paroisses,  96  églises  ou  chapelles,  une  quarantaine 
de  prêtres  séculiers  et  autant  de  religieux. 

Évèques.  —  Martin  Riicker,  14  déc.  1925.  —  Jorge 
Antonio  Larraîn  Cotapos,  20  mars  1937. 

A.  A.  Sedis,  xvii,  1925,  p.  548;  xviii,  1926,  p.  205; 
XXIX,  1937,  p.  216.  —  Ann.  pontificio,  1949,  p.  150. 

Fl.  Pérez. 

1.  CHILPÉRIC  hr,  roi  des  Francs,  fils  de 
Clotaire  l"  et  d'Arigonde,  né  en  539,  mort  en  584. 
Clotaire  l",  qui  avait  réuni  tout  le  royaume  des 
Francs,  mourut  en  561,  laissant  quatre  fils  :  Caribert 
(v.  Caribert  (1),  supra,  xi,  1032),  Contran,  Sigebert  et 
Chilpéric.  Ce  dernier  essaya  de  se  faire  une  part  avan- 
tageuse dans  la  succession  paternelle  :  après  avoir 
enlevé  les  trésors  de  son  père,  il  s'attacha  les  «  plus 
influents  des  Francs  »  et  entra  à  Paris.  Mais  ses  frères 
l'obligèrent  à  accepter  un  partage  conforme  à  leurs 
vues.  Caribert,  l'aîné,  obtint  Paris  et  tout  l'ouest  de  la 
Gaule,  de  la  Manche  aux  Pyrénées.  Gontran  eut 
Orléans,  le  Berry,  les  vallées  de  la  Saône  et  du  Rhône. 
Sigebert  eut,  avec  Reims,  les  pays  de  l'Est  dans  les 
bassins  de  la  Meuse  et  du  Rhin  et,  au  delà  de  ce  fleuve, 
la  domination  sur  diverses  tribus  germaniques  jusqu'à 
l'Elbe;  on  lui  laissa,  en  outre,  l'Auvergne  et  une  partie 
de  la  Provence.  Le  lot  attribué  à  Chilpéric  était  le  plus 
petit  :  avec  Soissons,  il  comprenait  les  cités  du  Nord- 
Ouest,  Amiens,  Arras,  Cambrai,  Thérouanne,  Tournai 
et  Boulogne.  Bientôt,  d'ailleurs,  ce  domaine  fut  encore 
diminué  :  Chilpéric,  profitant  d'une  expédition  de 
Sigebert  contre  les  Avars,  mit  la  main  sur  Reims; 
mais  son  frère  lui  reprit  cette  cité  et,  en  outre,  s'em- 
para de  Soissons  qu'il  conserva. 

Caribert  étant  mort  en  567,  son  royaume  fut  par- 
tagé entre  ses  frères.  Chilpéric  en  obtint  la  partie  sep- 
tentrionale et  la  partie  méridionale  :  d'une  part,  les 
cités  de  Rouen,  d'Évreux,  du  Mans  et  d'Angers,  avec 
la  Bretagne;  d'autre  part,  Bordeaux,  Limoges,  Cahors, 
le  Béarn  et  le  Bigorre.  Sigebert  reçut  les  cités  de  Tours 
et  de  Poitiers  avec  quelques  autres  au  sud  de  la  Ga- 
ronne; Gontran,  celles  de  Nantes,  Saintes,  Angou- 
lême,  Périgueux  et  Agen.  La  ville  de  Paris  resta 
indivise  entre  les  trois  frères. 


Par  suite  de  ces  partages,  les  divers  lots  s'enche- 
vêtraient les  uns  dans  les  autres.  Chacun  des  rois  était 
tenté  de  s'arrondir  au  détriment  du  voisin.  Celui  qui 
voulait  faire  la  guerre  à  son  frère  trouvait,  d'ailleurs, 
aisément  des  complices  parmi  les  grands  de  celui-ci, 
qui  pour  une  raison  ou  pour  une  autre  étaient  mécon- 
tents. Il  était  aussi  facile  de  corrompre  les  fidèles  d'un 
roi  en  leur  promettant  des  «  bénéfices  »  ou  des  «  hon- 
neurs ». 

L'année  567  fut  encore  marquée  par  le  mariage  de 
j  deux  des  rois.  Sigebert  épousa  Brunehaut,  fille  du  roi 
des  Wisigoths  Athanagilde.  Cette  union  lui  valut  un 
I  grand  renom.  Chilpéric  en  fut  jaloux.  II  s'était  marié 
i  avec  Audovère,  dont  il  avait  eu  trois  fils;  puis  il  l'avait 
répudiée,  pour  vivre  en  concubinage  avec  Frédégonde, 
une  de  ses  servantes.  Après  le  mariage  de  Sigebert,  il 
renvoya  la  servante,  prétendant  lui  aussi  à  une  fille 
de  roi.  11  demanda  à  Athanagilde  la  main  de  sa  fille 
aînée  Galswinthe.  Le  roi  des  Wisigoths  y  consentit. 
Les  noces  se  firent  en  grande  cérémonie.  Childéric 
donna  à  sa  femme,  comme  don  du  matin  (morgen- 
gabe),  les  cinq  cités  du  sud-ouest  de  la  Gaule,  qui  lui 
avaient  été  attribuées  dans  la  succession  de  Caribert. 
Mais  il  se  lassa  bientôt  d'elle  et  revint  à  ses  amours 
avec  Frédégonde.  Un  matin,  on  trouva  Galswinthe 
étranglée  dans  son  lit.  Peu  de  jours  après,  Chilpéric 
épousa  Frédégonde  et  fit  mettre  à  mort  sa  première 
femme  Audovère.  Désormais  les  différends  entre  les 
deux  frères,  Sigebert  et  Chilpéric,  furent  attisés  par  la 
haine  qui  opposait  leurs  femmes,  Brunehaut  et  Frédé- 
gonde. 

Sigebert,  poussé  par  Brunehaut,  voulut  venger  le 
meurtre  de  Galswinthe,  comme  les  mœurs  du  temps 
lui  en  faisaient  un  devoir.  Il  prépara  la  guerre  contre 
Chilpéric.  Mais  leur  frère  Gontran  posa  sa  médiation. 
La  paix  fut  rétablie  :  Chilpéric  donna  à  son  frère 
comme  composition  les  cinq  cités  méridionales  qu'il 
avait  constituées  en  dot  à  sa  femme.  Cette  pacifica- 
tion ne  fut  pas  durable.  Quelques  années  plus  tard 
commença,  entre  les  deux  frères  excités  par  leurs 
femmes,  une  série  de  guerres  qui  devaient,  après  leur 
mort,  continuer  entre  leurs  enfants. 

C'est  Chilpéric  qui  prit  l'initiative  des  hostilités. 
Il  chercha,  en  573,  à  s'emparer  des  cités  de  l'Aqui- 
taine qui  appartenaient  à  Sigebert  et  pendant  deux 
ans  les  fit  ravager  par  ses  fils.  Sigebert,  de  son  côté, 
fit  appel  aux  Germains  d'outre-Rhin,  qui  envahirent 
les  territoires  de  Chilpéric  et  y  répandirent  la  terreur 
par  leur  sauvagerie.  Grâce  à  leur  concours,  il  finit  par 
devenir  maître  de  tous  les  pays  appartenant  à  son 
frère  dans  la  vallée  de  la  Seine.  Les  grands  de  Chilpéric 
se  rallièrent  à  lui  et,  en  déc.  575,  ils  le  proclamèrent 
roi,  en  l'élevant  sur  le  pavois  dans  la  villa  de  Vitry- 
en-Artois.  Mais,  pendant  la  cérémonie,  deux  dévoués 
de  Frédégonde,  qui  avaient  réussi  à  s'approcher  de 
lui,  le  frappèrent  de  leur  «  scramasaxe  >s  qui  avait  été 
empoisonné  par  leur  maîtresse. 

La  mort  de  Sigebert  permit  à  Chilpéric,  qui  s'était 
réfugié  à  Tournai,  de  se  ressaisir.  Il  gagna  aussitôt 
Paris  oii  se  trouvaient  la  femme  et  les  enfants  de  son 
frère.  Il  fit  prisonnières  Brunehaut  et  ses  filles,  qui 
furent  emmenées  à  Rouen.  Mais  son  fils,  le  jeune  Chil- 
debert,  âgé  de  cinq  ans,  fut  enlevé  par  un  fidèle,  qui 
le  fit  reconnaître  roi  par  les  Francs  d'Austrasie 
(v.  Childebert  II,  .supra,  xii,  687).  Chilpéric  recouvra 
rapidement  tout  son  royaume  et  s'empara  aussi  des 
cités  de  Tours  et  de  Poitiers  qui  avaient  appartenu  à 
son  frère.  Mais,  Gontran  ayant  pris  son  neveu  Childe- 
bert sous  sa  protection,  il  dut  les  restituer. 

Chilpéric  subit  d'ailleurs  dans  sa  famille  des 
épreuves  qui  arrêtèrent  son  élan.  L'aîné  des  fils  qu'il 
avait  eus  d'Audovère,  Mérovée,  venu  à  Rouen, 
s'éprit  de  sa  tante  Brunehaut  qui  y  était  détenue  et 


691  CHILPÉRFC 

l'épousa.  Accouru  à  Rouen,  Chilpéric  renvoya  Bru- 
nehaut  à  Metz  et  fit  garder  Mérovée  à  vue.  Peu  après, 
celui-ci  réussit  à  s'enfuir;  mais,  traqué  par  les  hommes 
de  son  père,  il  erra  longtemps,  puis  il  finit  par  se  faire 
tuer  par  un  familier  (578). 

Cependant  les  fils  nés  de  son  union  avec  Frédégonde 
mouraient  l'un  après  l'autre  en  bas  âge.  Frédégonde 
persuada  le  roi  que  ses  enfants  étaient  victimes  des 
maléfices  de  Clovis,  un  autre  fils  d'Audovère;  le  jeune 
prince,  mis  en  prison  à  Noisy-le-Grand,  fut  peu  après 
trouvé  mort. 

N'ayant  plus  de  flls,  Chilpéric  décida  d'adopter 
Childebert,  flls  de  Sigebert,  qui  seul  paraissait  devoir 
continuer  la  famille  mérovingienne  (581).  Il  profita  de 
ce  rapprochement  avec  son  neveu  pour  essayer  d'enlever 
le  Berry  à  son  frère  Gontran  ;  mais  il  ne  put  y  réussir. 

Quelques  années  après,  l'adoption  de  Childebert 
n'eut  plus  d'objet;  en  584,  Frédégonde  mit  au  monde 
l'enfant  qui  devait  être  Clotaire  II.  Gontran  et  Chil- 
debert renouvelèrent  alors  leur  alliance  contre  Chil- 
péric, qui,  pris  de  panique,  s'enfuit  à  Cambrai.  Mais 
Childebert  étant  parti  pour  l'Italie,  Chilpéric  put  re- 
venir à  Paris. 

La  situation  de  Chilpéric  paraissait  encore  une  fois 
rétablie.  Mais  un  soir  de  sept.  584,  un  inconnu  le  tua 
de  deux  coups  de  couteau,  au  moment  où  il  descendait 
de  cheval,  revenant  de  la  chasse.  On  a  accusé  de  ce 
meurtre  Brunehaut  et  même  F'rédégonde.  L'assassin 
n'a  pas  été  retrouvé. 

Ainsi  finit  un  roi  qui  apparaît  comme  le  type  du 
despote  mérovingien  cruel  et  perfide.  Jaloux  de  son 
pouvoir,  Chilpéric  faisait  mettre  à  mort  sans  juge- 
ment ceux  qu'il  soupçonnait  de  lui  résister.  L'amour 
des  richesses  fut  aussi  une  de  ses  passions  dominantes. 
Pour  augmenter  son  trésor,  il  rétablit  les  anciens 
impôts  romains  et  les  fit  lever  avec  la  plus  grande 
rigueur.  Les  biens  de  l'Église  lui  faisaient  envie.  Il 
avait  coutume  de  répéter  :  «  Voici  que  notre  fisc  est 
demeuré  pauvre  et  toutes  nos  richesses  ont  été  trans- 
férées aux  églises.  Seuls  les  évêques  régnent;  notre 
puissance  a  péri  et  a  passé  aux  évêques  des  cités.  »  Il 
disposait  cependant  des  évéchés  à  sa  guise,  sans  s'oc- 
cuper des  règles  canoniques  sur  l'élection  des  évêques; 
même,  parfois,  il  les  vendait  au  plus  offrant. 

Ce  despote  prétendait  dominer  la  religion.  11  n'ad- 
mettait pas  qu'on  distinguât  trois  personnes  en  Dieu  : 
aussi  ordonna-t-il  par  un  édit  de  nommer  dans  les 
prières,  non  la  Sainte  Trinité,  mais  Dieu  seul.  Il  dit 
à  Grégoire  de  Tours  et  autres  prélats  :  «  Je  veux  que 
vous  croyiez  de  la  sorte.  »  Mais  il  dut  céder  devant  la 
résistance  des  évêques.  Il  entreprit  aussi,  en  580,  de 
faire  baptiser  de  force  les  Juifs  de  son  royaume.  Au 
reste,  il  était  superstitieux,  croyant  aux  présages  et 
aux  sorciers  :  ayant  attribué  la  mort  des  enfants  de 
Frédégonde  à  des  maléfices,  il  fit  périr  dans  des  sup- 
plices plusieurs  personnes  qu'il  soupçonnait  de  leur 
avoir  jeté  un  sort. 

Grégoire  de  Tours  jjaraît  l'avoir  assez  bien  jugé  en 
l'appelant  le  Néron  et  l'Hérode  de  son  temps. 

Augustin  Thierry,  Récits  des  temps  mérovingiens,  a 
consacré  de  longs  passages  au  règne  de  Chilpéric.  —  Fi.  Rous- 
sel, Le  roi  Chilpéric,  dans  Ann.  de  l'Est,  1897,  p.  434-4.5, 
donne,  avec  les  principaux  textes,  une  abondante  biblio- 
graphie. 

A.  Dumas. 

2.  CHILPÉRIC  II,  roi  des  Francs  de  Neus- 
trie,  né  vers  670,  mort  en  721.  A  la  mort  de  Dago- 
bert  III  (fin  de  715),  les  grands  de  Neustrie,  dirigés 
par  le  maire  du  palais  Rainfroi,  tirèrent  du  cloître  le 
clerc  Daniel,  qui  passait  pour  le  fils  de  Childéric  II; 
et,  après  que  ses  cheveux  eurent  repoussé,  ils  le  firent 
roi  sous  le  nom  de  Chilpéric  II. 

La  Neustrie  était  alors  en  guerre  avec  l'Austrasie, 


^  CHIMARA  692 

qui  avait  pour  maire  du  palais  Charles  Martel.  Rain- 
froi et  Chilpéric  II  parvinrent  avec  leur  armée  jus- 
qu'à Cologne.  Mais,  en  716,  au  retour  de  cette  expédi- 
tion, ils  furent  surpris  par  Charles  Martel  qui  leur  in- 
fligea une  grave  défaite  à  Amblève,  près  de  Malmédy; 
ils  furent  encore  battus,  en  717,  à  Vincy,  dans  le 
pays  de  Cambrai. 

Le  roi  et  son  maire  du  palais  demandèrent  alors  le  ' 
secours  du  duc  d'Aquitaine,  Eudes.  Mais  Eudes  fut,  à 
son  tour,  mis  en  déroute  par  Charles  Martel  près  de 
Soissons.  Il  se  retira  au  delà  de  la  Loire,  emmenant 
avec  lui  Chilpéric,  tandis  que  le  maire  Rainfroi  pre- 
nait la  fuite  (719). 

Charles  Martel  était  maintenant  le  maître  de  la 
Neustrie  comme  de  l'Austrasie.  Sur  ces  entrefaites,  le 
roi  d'Austrasie,  Clotaire  IV,  vint  à  mourir  (720). 
Charles,  qui  tenait  à  avoir  sous  la  main  un  Mérovin- 
gien pour  le  remplacer,  négocia  avec  Eudes  qui  lui 
livra  Chilpéric  II.  Ce  fantoche  devint  roi  de  tous  les 
Francs  sous  le  gouvernement  de  Charles  Martel.  Il 
mourut  peu  après  à  Noyon,  au  début  de  721. 

Krusch,  Chronol.  regum  Francorum  stirpis  merovingicae, 
dans  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  vu,  502. 

A.  Dumas. 

CHIMARA  (XEipâppa  ou  Xtpâpa),  évêché 
d'Épire,  dépendant  d'abord  du  patriarcat  bulgare 
d'Ochrida,  puis  de  la  métropole  de  Naupacte  et  enfin 
de  celle  de  Janina.  Chimara  ou  La  Chimère  est  une 
petite  bourgade  située  sur  la  côte  de  l'Épire,  au  pied 
d'une  chaîne  de  montagnes  qui  l'isole  presque  com- 
plètement du  côté  de  la  terre.  Elle  dut  à  cette  situa- 
tion d'être,  avec  les  villages  environnants,  presque 
complètement  indépendante  sous  la  domination 
turque. 

Elle  fut  dotée  d'un  évêché,  probablement  au  x"  s., 
après  la  destruction  de  Nicopolis,  et  fit  partie  du 
patriarcat  d'Ochrida  à  ses  débuts.  Elle  fut  soumise 
à  la  métropole  de  Naupacte  au  xi«  s.  Rome  y  exerça 
sa  juridiction  jusqu'en  1363,  par  l'intermédiaire  des 
Vénitiens.  A  partir  de  1631,  elle  fut  unie  à  l'évêché  de 
Delvinon,  après  l'avoir  été  à  celui  de  Cozila,  et  dé- 
pendit de  la  métropole  de  Janina.  Au  xix'  s.,  elle  fut 
unie  à  l'évêché  de  Dryinopolis  et  Argyrocastron, 
d'abord  provisoirement  (1813-21),  puis  définitive- 
ment en  juin.  1832  sous  le  nom  de  Dryinopolis  et 
Chimara.  De  1365  à  1401,  divers  évêques  de  Chimara 
prirent  part  au  synode  permanent  de  Constantinople, 
sans  qu'on  connaisse  le  nom  d'aucun  d'eux,  à  part 
Nicolas  en  1360  (Miklosich  et  Millier,  Ac(a  et  diplo- 
mala  graeca  Medii  Aevi,  i,  476;  ii,  46,  48,  164,  174, 
178,  198,  202,  208,  213,  518).  Du  xvi»  au  xviii»  s.,  il 
y  eut  dans  la  région  un  mouvement  d'union  à  Rome,  L 
suscité  en  partie  par  les  demandes  de  secours  des  habi-  I 
tants  aux  papes  pour  lutter  contre  les  Turcs,  et  dû 
aussi  aux  travaux  de  religieux  catholiques,  surtout 
les  moines  basiliens  de  Calabre.  ] 

Évêques  connus.  —  Nicolas  renonce  à  son  évêché  de  i 
Chimara  et  Cozila,  le  4  déc.  1360  (Miklosich  et  Millier, 
I,  411).  —  Sophrone  I",  ?-t  13  févr.  1554.  —  Dosithée, 
24  avr.  1579.  —  Timothée,  fin  du  xvi»  s.  —  Mélétios, 
ancien  évêque  en  1627.  —  Son  successeur  dut  être 
Mathieu,  signalé  comme  ancien  évêque  en  1637.  — 
Nicéphore,  1630.  —  Sophrone  II,  avant  1662.  —  Séra- 
phim,  août  1662.  —  Callinique,  ?.  —  Zacharie  I<•^ 
1672-93.  —  Manassès,  1694-1708.  —  Zacharie  11, 
1708-t  1730.  —  Denys,  1725  (Rev.  de  l'Orient  lalin, 
1893,  p.  315).  —  Gennade  ou  Grégoire,  1730;  déni, 
en  1755.  —  Joannice,  1755;  dém.  en  1795.  —  Par- 
thénius,  20  sept  1795;  dém.  en  1804.  —  Anatole. 
1804;  dém.  en  1812.  —  Ambroise,  1812;  chassé  en 
1813.  —  Païsios,  1821;  déposé  en  1832.  Chimara  fut 
alors  unie  définitivement  à  l'évêché  de  Dryinopolis  et 
Argyrocastron. 


iâ 


693 


C  H  I  M  A  R  A 


CHINE 


694 


MeyàAri  éAXriviKi^  ÉyKuKAoïraiÔEia,  xxiv,  543.  —  Germain 
de  Sardes, 'ETriCTKOTTiKoi  KaTàXoyoi  tcov  iv  'HtTE(pcp  Kal  'AXga- 
vîg  étrapxicôv  toO  iraTpiapxEiou  KoovaravTivouiTÔXEOûs,  dans 
■H-rrEipcoTiKà  XpoviKà,  xi,  1937,  p.  97-100.  —  V.  Laurent, 
Les  évéques  de  La  Chimère  (Albanie)  au  XVI'-XVII'  s., 
dans  Balcanica,  Bucarest,  1947.  —  Cirillo  Karalewski, 
La  missione  greco-cattolica  délia  Cimara  nel  sec.  XVI- 
XVI II,  dans  Bessarione,  xv,  1911,  p.  440-83;  xvii,  1913, 
p.  170-97.  —  Nilo  Borgia,  /  monaci  basiliani  d'Italia  in  Al- 
bania.  Appunli  di  storia  missionnaria,  sec.  XVI - XVIII, 
Rome,  1935. 

R.  Janin. 

CHINE.  —  La  Chine  est  restée  longtemps  ab- 
sente de  la  pensée  occidentale,  plus  encore  que  l'Eu- 
rope de  la  pensée  chinoise.  C'est  surtout  depuis  l'épo- 
que des  grandes  découvertes  (les  Portugais  en  1513- 
14  à  Canton)  que  commencèrent  à  se  rapprocher 
effectivement  ces  deux  parties  du  globe,  qui  avaient 
jusque-là  vécu  à  part  l'une  de  l'autre  comme  «  deux 
planètes  séparées  »  (Leibniz).  Le  premier  efîet  de  cette 
rencontre  fut,  chez  les  Occidentaux,  la  surprise  : 
témoin  Pascal,  dans  ses  Pensées  (éd.  Brunschvig, 
in-16,  p.  596).  Leibniz  de  son  côté  écrivait,  à  propos 
des  missionnaires  catholiques,  le  2  déc.  1697  :  «  Je 
juge  que  cette  mission  est  la  plus  grande  affaire  de 
nos  temps,  tant  pour  la  gloire  de  Dieu  que  pour  le 
bien  général  des  hommes,  l'accroissement  des  sciences 
et  des  arts  chez  nous  aussi  bien  que  chez  les  Chinois; 
car  c'est  un  commerce  de  lumière  qui  nous  peut 
donner  tout  d'un  coup  leurs  travaux  de  quelques 
milliers  d'années,  leur  rendre  les  nôtres  et  doubler, 
pour  ainsi  dire,  nos  véritables  richesses  de  part  et 
d'autre.  Ce  qui  est  quelque  chose  de  plus  grand  qu'on 
ne  pense.  » 

De  cette  mutuelle  compréhension,  le  meilleur  tru- 
chement fut  incontestablement  le  christianisme  et, 
dans  le  christianisme,  l'Église  catholique.  C'est  ce  qui 
ressortira  évidemment  du  présent  exposé  malgré 
sa  nécessaire  concision. 

Le  seul  exposé  d'ensemble  a  été  écrit,  en  anglais,  par  le 
protestant  Kenneth  Scott  Latourette,  A  Hisiory  of  Chris- 
tian missions  in  China,  New-York,  1929,  résumé  et  mis  à 
jour  dans  Ilislortj  of  the  expansion  o/  christianity,  Londres, 
1939-1947;  il  doit  être  complété  par  R.  Streit,  dans  Biblio- 
theca  missionum,  iv  et  vii  (avec  les  suppléments,  Biblio- 
ijrafia  missionaria,  1933-1951,  des  l^P.  Dindinger  et  Rom- 
merskirchen),  et  par  le  long  catalogue  du  F.  .J.  Dehergne, 
S.  .h,  L'Ëfilise  de  Chine  au  tournnni  (  192i-1949)  :  le  milieu, 
les  cadres,  les  œuvres,  l'histoire,  dans  Bull.  île  l'université 
l'Aurore,  sér.  III,  x,  n.  39  et  40,  juin  et  oct.  1949,  p.  417- 
555,  655-778.  Cf.  encore  H.  Cordier,  Biblintheca  Sinica, 
2«  éd.,  1904-1905,  avec  un  supplément,  1924. 

I.  Introduction  générale  à  la  Chine.  IL  Les  diverses 
religions  en  Chine  avant  l'époque  des  grandes  décou- 
vertes. III.  De  l'époque  des  grandes  découvertes  à  la 
fin  de  l'Empire  (1513-1911).  IV.  L'époque  contem- 
poraine (1917-51). 

I.  Introduction  générale  a  la  Chine.  —  A 
compléter  brièvement  par  J.  Escarra,  La  Chine. 
Passé  et  présent,  coll.  Colin,  nouv.  éd.,  Paris,  1949, 
avec  bibliographie  sommaire,  p.  221-22. 

1°  Données  géographiques.  —  1.  Nom.  —  Le  mot 

•  Chine  »  est  une  appellation  étrangère,  dont  l'ori- 
gine n'est  pas  connue.  A  la  fin  de  l'Empire  romain, 
les  Occidentaux  désignaient  par  «  pays  des  Sères  », 

•  Sérique  »,  la  région  plus  ou  mohis  vague  et  fabu- 
leuse d'où  leur  venait  la  soie.  Au  Moyen  Age  on 
employa  le  nom  de  «  Cathay  »,  dont  la  capitale  fut 
appelée  Khambaluc.  Lorsque  les  Européens  de  la 
Renaissance  y  abordèrent  par  mer,  ils  connurent  le 
pays  sous  le  nom  de  «  Cina  »  et  sa  capitale  fut  «  Pé- 
king  »  (la  capitale  du  Nord,  distinguée  de  «  Nanking  », 
la  capitale  du  Sud),  mais  plus  d'un  siècle  et  demi 
s'écoula  avant  que  les  cartographes  acceptassent 
l'identité  de  la  Chine  avec  le  Cathay. 


2.  Limites.  —  Les  limites  politiques  ne  coïncident 
pas  rigoureusement  avec  les  limites  géographiques. 

a)  Les  «  Trois  provinces  de  l'Est  »,  Liao-ning,  Ki- 
lin,  Heilong-kiang,  formant  le  territoire  appelé  par 
les  étrangers  «  Mandchourie  »,  arrachées  à  la  Chine 
par  l'agression  japonaise  de  1931-32,  lui  sont  revenues 
à  l'issue  de  la  seconde  guerre  mondiale,  mais  avec 
les  restrictions  du  traité  sino-soviétique  du  14  août 
1945.  —  b)  La  Mongolie  dite  »  extérieure  »  a  long- 
temps dépendu  de  la  Chine;  proclamée  indépendante 
le  28  oct.  1945,  elle  devient  de  plus  en  plus  un  pays 
satellite  de  l'U.  R.  S.  S.  —  c)  Le  Sin-kiang  (Turkestan 
chinois)  forme  aujourd'hui  une  province  où  la  souve- 
raineté de  la  Chine  est  contrebattue  par  une  active 
pénétration  de  l'LT.  R.  S.  S.,  grâce  à  des  mouvements 
séparatistes.  — •  rf^  Le  Tibet  oriental  constitue,  lui 
aussi,  une  province  appelée  Si-kang,  à  laquelle  la 
Chine  réclame  le  droit  d'adjoindre  le  Tibet  occidental. 
—  e)  Les  «  Dix-huit  provinces  »  traditionnelles,  frag- 
mentées assez  récemment  en  plusieurs  autres,  se 
répartissent  en  trois  grandes  régions  naturelles  : 
Chine  du  Nord,  région  du  Yang-tse  (fleuve  Bleu), 
Chine  du  Sud.  Jusqu'en  1945,  il  s'y  trouvait  un  cer- 
tain nombre  de  «  concessions  »  étrangères;  seuls 
Hongkong  (Grande-Bretagne)  et  Macao  (Portugal) 
échappent  encore  à  la  suzeraineté  chinoise. 

Les  trois  cartes  qui  illustrent  cet  article  sont  emprnutées 
au  Nouvel  atlas  des  missions,  de  l'abbé  .1.  Des])ont,  Paris- 
Lyon,  1951,  pl.  IX,  X,  XI. 

Superficie.  —  Elle  est  d'environ  dix-huit  fois  celle 
de  la  France.  La  Chine  a  environ  5  000  km.  de  l'Est  à 
l'Ouest,  et  3  000  km.  du  Nord  au  Sud.  D'après  les 
indications  de  févr.  1947,  la  superficie  totale  serait  de 
9  995  191  km^  se  répartissant,  outre  les  «  Dix-huit 
provinces  »  de  la  Chine  impériale,  entre  le  Sin-kiang 
(1  328  417  km"),  le  Si-kang  (427  087  km^),  le  Ts'ing- 
hai  (697  194  km^),  le  Tibet  (territoire  spécial,  215  787 
km^),  la  Mongolie  intérieure  en  quatre  provinces 
(1  093  825  km^),  la  Mandchourie  en  neuf  provinces 
(1  054  825  km^),  Formose  (35  973  km^),  les  six  villes 
principales  (Nankin,  Pékin,  Ts'ing-tao,  T'ien-tsin, 
Tch'ong-k'ing,  Han-kow,  3  168  km^). 

3.  Population.  —  D'après  les  évaluations  du  pre- 
mier semestre  de  1948,  l'ensemble  de  la  population 
s'élèverait  à  plus  de  463  millions  d'habitants,  répartis 
en  plus  de  87  millions  de  familles,  soit  une  moyenne 
de  5,34  personnes  par  ménage.  C'est  près  du  cinquième 
de  la  race  humaine.  L'on  y  compte  une  proportion  de 
109,51  hommes  pour  100  femmes.  La  densité  varie 
d'ailleurs  considérablement  d'une  province  à  l'autre, 
car  les  cinq  sixièmes  des  habitants  n'occupent  que  le 
tiers  de  la  superficie  :  au  Kiang-sou  335  habitants  au 
kmS  au  Yunnan  22,  au  Si-kang  4,  au  Sin-kiang  2; 
dans  la  plaine  de  Tcheng-t'ou,  centre  du  «  bassin 
rouge  »  du  Se-tch'ouan,  jusqu'à  650  habitants  au 
kmS  et  plus  de  1  000  dans  l'île  de  Tsong-ming,  à 
l'embouchure  du  Yang-tse,  pour  une  surface  de 
700  km*.  «  La  population  chinoise  semble  augmenter 
de  près  d'un  pour  cent  par  an,  quand  elle  n'est  pas 
victime  de  catastrophes  exceptionnelles;  or,  une 
population  qui  s'accroît  selon  ce  rythme  double  en 
soixante-dix  ans  :  on  compterait  donc,  vers  l'an  2  000, 
si  rien  ne  venait  troubler  les  conditions  démogra- 
phiques actuelles,  600  millions  de  paysans  chinois. 
On  reste  confondu  devant  des  perspectives  aussi 
écrasantes  »  (P.  Gourou,  La  terre  et  l'homme  en  Ex- 
trême-Orient, 1940,  p.  30).  Les  habitants  des  campa- 
gnes l'emportent  extraordinairement  en  nombre  sur 
ceux  des  villes  (huit  dixièmes  au  moins). 

4.  Le  problème  géographique.  —  La  majorité  des 
Chinois,  négligeant  montagnes  et  collines,  recherchent 
les  plaines  alluviales,  qu'ils  encombrent  jusqu'à  satu- 


695 


CHINE 


696 


ration  :  un  hectare  de  terres  doit  fréquemment  pour- 
voir à  la  subsistance  de  six  à  dix  personnes,  ainsi  la 
majorité  de  la  population  est  généralement  dans  un 
état  voisin  de  la  misère.  On  estime  que  27  %  seulement 
du  territoire  sont  cultivés.  Le  problème  du  surpeu- 
plement est  donc  l'essence  même  du  problème  géogra- 
phique. Il  se  double  d'un  problème  agraire,  par  suite 
du  morcellement  du  sol,  et,  en  conséquence,  d'un  pro- 
blème financier  :  on  a  constaté,  dans  un  village  du 
Nord,  que  44  %  des  familles  étaient  endettées  et  inca- 
pables de  se  libérer  d'emprunts  usuraires. 

Si  la  Chine  passe  pour  un  pays  de  lettrés,  c'est  aux 
yeux  de  ceux  qui  ignorent  que  d'innombrables  indi- 
vidus n'y  savent  pas  lire.  Depuis  la  réforme-renais- 
sance littéraire  (1917),  l'instruction  commençait  à  se 
répandre.  Il  y  a  eu  régression  avec  les  troubles  des 
dernières  années.  Par  voie  de  conséquence,  l'individu, 
dominé  par  son  clan  ou  sa  guilde,  a  peu  de  part  aux 
affaires  publiques;  il  n'est  que  trop  porté  à  s'en  re- 
mettre au  notable  du  lieu,  à  quelque  parti  qu'il 
appartienne. 

2"  L(t  civilisation  traditionnelle.  —  C'est  donc  au 
sein  d'une  vaste  communauté  d'agriculteurs  que  s'est 
constituée  la  civilisation  traditionnelle,  «  la  plus  mas- 
sive et  la  plus  durable  des  civilisations  connues  ». 
Elle  est  d'aspect  monolithique.  Née  au  temps  de 
Babylone,  de  l'Assyrie,  peut-être  de  l'Égypte  des  pha- 
raons, elle  a  survécu  à  ces  empires  et  elle  fait  encore 
l'homogénéité  de  l'Extrême-Orient.  On  dit  souvent 
qu'elle  acheva  son  évolution  vers  les  débuts  de  l'ère 
chrétienne  et  demeura  depuis  lors  immobile,  presque 
immuable.  C'est  inexact.  Non  seulement  la  Chine  a 
éprouvé  de  violents  sursauts  d'évolution  interne,  mais 
elle  a  subi,  à  toutes  les  époques,  des  influences  étran- 
gères. Ce  qui  est  vrai,  c'est  que  le  fonds  n'en  a  pas 
changé  essentiellement  jusqu'au  xx«  s.,  ni  chez  le  peu- 
ple ni  dans  le  petit  groupe  de  lettrés.  En  ce  sens,  on 
a  pu  dire  que  la  Chine  était  plutôt  une  civilisation 
qu'une  nation. 

D'ailleurs  l'on  y  décèle,  depuis  l'Antiquité,  des 
«  rythmes  »  d'une  remarquable  régularité,  avec  alter- 
nances de  périodes  d'ordre  et  d'anarchie  qui  se  mar- 
quent même  dans  l'histoire  littéraire  et  dans  celle  des 
arts.  D'autres  fluctuations  pourraient  être  encore 
notées  :  par  ex.  la  pression  des  Barbares  sur  les  fron- 
tières à  certains  moments,  avec  «  revitalisation  »  de 
la  race  chinoise;  les  oscillations  du  centre  de  gravité 
politique  et  économique  du  pays;  l'opposition  entre 
le  Nord  et  le  Sud,  si  marquée  dans  tous  les  domaines, 
depuis  le  Moyen  Age;  le  jeu  régulier  des  forces  centri- 
fuges, qui  tend  sans  cesse  à  soustraire  l'ensemble  du 
pays  à  l'action  d'un  gouvernement  central;  la  recons- 
titution périodique  d'une  féodalité  militaire...  Mais, 
malgré  tous  les  changements,  le  lien  entre  le  passé  et 
le  présent  a  été  dans  la  Chine  impériale  beaucoup 
plus  fort  qu'ailleurs.  Dans  presque  tous  les  domaines, 
la  Chine,  c'est  le  passé  vivant.  Le  peuple  éprouve  un 
irrésistible  penchant  à  regarder  en  arrière,  à  recréer, 
sous  des  étiquettes  neuves,  d'antiques  mouvements 
d'idées;  à  qualifier  de  changement  ce  qui  n'est  qu'in- 
vention ou  renaissance;  à  légaliser  les  comportements 
de  ses  chefs  en  leur  cherchant  des  précédents.  Le 
gouvernement  traditionnel  a  été  trop  longtemps  pré- 
conisé par  les  examens  triennaux  pour  être  abandonné 
brusquement. 

3"  Les  conditions  nouvelles.  —  Cependant,  si  puis- 
sante que  soit  en  Chine  la  solidarité  avec  le  passé,  elle 
tend  aujourd'hui  à  se  rompre  dans  tous  les  domaines, 
intellectuel,  social,  familial...,  mais  ici  encore  la  lutte 
entre  l'ordre  traditionnel  et  le  nouvel  ordre  garde 
un  rythme  qu'il  faut  percevoir  :  les  réformateurs  du 
Kouo-mintang  ou  les  communistes  ne  s'expriment 
pas  autrement  que  Ts'in  Che  Houang-ti,  Wang  Ngan- 


che,  les  T'aiping  ou  les  révolutionnaires  de  1898. 
Dans  les  événements  actuels  (sept.  1951),  il  ne  faut  pas 
voir  uniquement  des  manifestations  d'anarchie  et  de 
chaos,  mais  les  soubresauts  d'une  nation  qui  cherche 
sa  voie,  spécialement  entre  les  forces  qui,  du  dehors, 
tentent  de  la  modifier.  Et  c'est  ici  qu'apparaît  un 
trait  sans  doute  nouveau  dans  l'évolution  de  la  Chine. 
Depuis  quatre  siècles,  sa  civilisation,  jusque-là  restée 
à  demi  statique,  avait  subi  la  pression  des  nations  qui 
en  étaient  devenues  de  plus  en  plus  proches  par  suite 
des  inventions  scientifiques.  Cet  investissement  com- 
mença, au  Sud,  par  mer,  en  1514,  lorsque  les  Portu- 
gais, partis  à  la  recherche  des  épices  de  l'Indonésie 
pour  l'Europe,  trouvèrent  plus  profitable  d'instaurer 
le  commerce  entre  les  peuples  d'Extrême-Orient.  Les 
Russes,  en  quête  des  fourrures,  avaient  apparu  en- 
suite au  Nord  (traité  de  Nertchinsk  en  1689);  leurs 
établissements  s'étaient  enracinés  depuis  lors  en  Sibé- 
rie et  dans  les  pays  limitrophes.  Une  troisième  force 
était  venue  par  l'océan  Pacifique  avec  les  Espagnols 
qui  voulaient  faire  des  îles  Philippines  un  tremplin 
afin  d'envahir  le  continent  asiatique  ;  dans  leur  marche 
en  avant,  assez  vite  interrompue,  ils  eurent  pour  suc- 
cesseurs, vers  la  fin  du  xyiii»  s.,  les  commerçants  des 
États-Unis  d'Amérique  en  marche  vers  la  soie  et  le 
thé.  Ensuite  l'encerclement  de  la  Chine,  après  s'être 
desserré  durant  les  troubles  de  la  Révolution  française 
et  |les  guerres  de  Napoléon,  reprit  avec  une  intensité 
accrue  après  le  premier  tiers  du  xix«  s.  (guerre  dite  de 
l'opium  en  1840),  et  depuis  lors  la  Chine  put  se  croire, 
au  milieu  des  convoitises  occidentales,  destinée  au 
sort  «  de  la  pastèque  découpée  en  tranches  ».  A  la  dure 
école  des  revers  nationaux,  quelques  initiateurs  lui 
firent  comprendre  la  nécessité  de  «  reconstruire  »  le 
pays,  dans  l'industrie  et  le  commerce,  dans  la  légis- 
lation et  l'administration,  dans  les  sciences  et  les 
lettres.  Le  communisme  se  présente  aujourd'hui 
comme  le  suprême  couronnement  de  toute  une  suc- 
cession de  courageux  efforts. 

Au  sein  de  cette  évolution,  actuellement  précipitée, 
le  christianisme,  spécialement  sous  la  forme  du  catho- 
licisme, a  dû  se  frayer  sa  voie.  Dès  ses  premières  appa- 
ritions, il  n'avait  point  trouvé  table  rase;  d'autres 
religions  l'avaient  précédé,  dont  il  devait  tenir  compte. 
C'est  ce  milieu  que  nous  devons  maintenant  préciser, 
avant  de  décrire  les  étapes  de  la  pénétration  chré- 
tienne. 

II.  Les  diverses  religions  en  Chine  avant 
l'époque  des  grandes  découvertes.  —  Depuis  une 
trentaine  d'années,  les  découvertes  préhistoriques 
(Sinanthropus...)  et  les  fouilles  archéologiques  (pote- 
ries du  Kansou,  os  gravés  de  Nganyang  :  seconde 
dynastie...)  ont  tellement  renouvelé  l'histoire  de  la 
Chine  ancienne  que,  pour  tout  ce  qui  précède  l'an 
1  000  av.  J.-C,  et  même  la  naissance  de  Confucius 
(vers  552  av.  J.-C),  les  conceptions  habituelles  du 
passé  religieux  de  la  Chine  devraient  être  entière- 
ment redressées.  Cependant,  en  ce  qui  concerne  la 
diffusion  du  christianisme,  il  convient  toujours  de  se 
reporter  à  l'image  traditionnelle  pour  en  comprendre 
les  problèmes.  Les  livres  dits  classiques  et  canoniques 
demeurent  ici  notre  source  principale  d'information, 
sauf  à  les  retoucher  et  compléter  par  l'immense  litté- 
rature chinoise. 

Presque  tous  ces  livres  (texte  chinois,  traduction  fran- 
çaise et  parfois  latine)  sont  réédités  depuis  1949,  dans  la 
série  Les  humanités  d'Extrême-Orient,  Paris-Leyde. 

1"  L'image  traditionnelle  de  la  Chine  avant  le  chris- 
tianisme. —  C'est  par  un  âge  d'or  qu'aurait  débuté 
la  civilisation  chinoise,  avec  des  souverains  modèles 
dont  la  philosophie  confucéenne  voudra  seulement 
transmettre  les  enseignements.   Inlassablement  re- 


697 


CHINE 


698 


viendront,  dans  les  écrits  de  l'École,  les  noms  de  Fou- 
hi,  inventeur  de  l'écriture,  auteur  des  hexagrammes 
du  Yi-king,  législateur  du  mariage  (placé  vers  2852 
av.  J.-C);  de  Chen-noung,  le  père  de  l'agriculture  et 
de  la  médecine;  de  Houang-ti,  inventeur  des  rites,  du 
calendrier,  de  la  divination,  des  noms  de  famille, 
et  dont  l'épouse  apprit  aux  femmes  l'élevage  des  vers 
du  mûrier  ainsi  que  le  tissage  de  la  soie  ;  de  Yao  et  de 
son  gendre  Chouen,  idoles  du  confucianisme. 

A  ces  temps  légendaires  ou  semi-légendaires  au- 
rait succédé  la  première  dynastie  des  Hia  (1989- 
1559  av.  J.-C),  fondée  par  Yu  le  Grand;  celui-ci,  au 
temps  de  Yao,  se  serait  illustré  en  remédiant  au  dé- 
sastre d'un  déluge  universel.  Le  dernier  souverain  des 
Hia,  le  tyran  Kie,  apparaît,  aux  yeux  des  historiens 
orthodoxes,  comme  le  premier  exemple  de  ces  princes 
qui  perdent  le  «  mandat  du  Ciel  »  et  sont  chassés  du 
trône  par  un  aventurier  énergique. 

Tandis  que  nulle  preuve  archéologique,  jusqu'à 
présent,  n'est  venue  confirmer  la  réalité  des  Hia,  la 
seconde  dynastie  Chang  (1558-1027)  est  sortie  de  la 
brume  des  légendes.  Fondée  par  Tch'ang  le  Victo- 
rieux, elle  s'acheva  par  le  roi  Cheou-sin,  cruel  et  dé- 
bauché. Dans  la  littérature,  Kie  et  Cheou,  les  deux 
souverains  indignes,  sont  constamment  opposés  à  Yao 
et  Chouen,  les  deux  empereurs  modèles. 

La  troisième  dynastie  fut  celle  des  Tcheou  (1027- 
222).  Vers  827-782,  commence  la  période  de  l'histoire 
ancienne  de  la  Chine,  contrôlable  par  les  premiers 
documents  authentiques.  Entre  551  et  479  aurait  vécu 
Confucius  (nom  latinisé  de  Kong-tze),  un  maître 
d'école,  qui  se  proclamait  simple  compilateur  et  trans- 
metteur des  traditions  anciennes,  mais  dont  les  ma- 
nuels scolaires  devaient  connaître  une  étrange  fortune. 
Après  cinq  siècles  de  luttes  intestines,  quand  «  le  pre- 
mier empereur  »  Ts'in-Che-houang-ti  unifia  enfin  le 
pays,  en  213  av.  J.-C,  il  décréta  la  destruction  des 
anciens  livres  et  de  toute  la  littérature  classique. 
Plus  tard,  de  mémoire,  les  lettrés  survivants  recons- 
tituèrent les  textes  anéantis,  et  par  eux,  à  travers 
mille  vicissitudes,  modelèrent  la  mentalité  entière  du 
peuple  chinois  jusqu'à  la  chute  de  l'Empire  en  1911. 

Le  P.  Wieger,  dans  ses  Textes  liislori(jiies,  a  commodé- 
ment réuni  les  principaux  textes  où  se  reflète  l'image  tra- 
ditionnelle de  la  Chine. 

Au  moment  où  le  christianisme  fit  son  apparition  en 
Occident,  ce  n'était  déjà  plus  la  postérité  de  Ts'in- 
Che-houang-ti  qui  dominait  la  Chine,  mais  la  dynastie 
des  Han,  elle-même  subdivisée  en  deux,  les  Han 
occidentaux  ou  antérieurs  (206  av.  J.-C.)  et  les  Han 
orientaux  ou  postérieurs  (25  apr.  J.-C).  Sous  ces  der- 
niers, la  plus  importante  des  «  religions  »  chinoises,  le 
confucianisme,  prit  sa  physionomie  à  peu  près  défini- 
tive (H.  Maspero,  Les  religions  chinoises,  t.  i  de  ses 
Mélanges  posthumes,  Paris,  1950). 

2"  La  religion  antique.  —  La  religion  chinoise  s'est 
développée  d'une  manière  continue  depuis  l'Antiquité 
jusqu'à  nos  jours.  Il  ne  faudrait  pas  conclure  que  rien 
n'en  a  jamais  changé,  ni  que  les  croyances  d'aujour- 
d'hui soient  celles  d'autrefois,  mais  les  idées  nouvelles 
se  sont  toujours  introduites  assez  lentement  pour 
pouvoir  s'intégrer  dans  le  cadre  ancien  sans  le  faire 
éclater;  il  ne  s'y  est  jamais  produit  aucune  de  ces 
révolutions  intégrales  qui,  en  Occident,  sont  venues 
à  plusieurs  reprises  interrompre  la  continuité.  Il  ne 
reste  plus  grand'chose  des  croyances  antiques,  certes, 
dans  la  religion  chinoise  moderne,  à  peine  quelques 
idées  générales,  et  peut-être  même  une  manière  de 
sentir  plutôt  qu'une  croyance  définie.  Mais  le  cadre 
a  subsisté,  en  se  vidant  peu  à  peu  de  sa  substance  an- 
cienne, et  les  Chinois  n'ont  jamais  eu  cette  sensation 
de  rupture  brusque  avec  le  passé  qui  caractérise 
l'évolution  religieuse  de  l'Occident. 


Pour  autant  qu'on  le  devine,  la  religion  antique 
était  essentiellement  un  culte  agraire  et  un  culte 
ancestral,  tout  entiers  en  cérémonies  publiques,  où 
offrandes  et  prières  étaient  faites  pour  un  groupe 
constitué,  famille,  seigneurie,  etc.,  par  son  chef,  et 
jamais  pour  une  personne  individuelle  en  particulier. 
A  l'époque  historique,  il  s'y  mêla  des  cérémonies  de 
déprécation  et  d'actions  de  grâce,  adressées  à  des 
divinités  dont  on  demandait  la  faveur  ou  qu'on  vou- 
lait remercier  des  bienfaits  obtenus.  Durant  la  fin  trou- 
blée de  la  dynastie  Tcheou,  aux  iv^  et  iii^  s.  av.  J.-C, 
on  put  voir  se  dessiner  deux  courants  qui  répondaient 
aux  tendances  générales  des  esprits,  l'un  surtout  phi- 
losophique qui  s'efforçait  de  vider  la  religion  de  tout 
contenu  «  irrationnel  »  par  des  explications  scientifi- 
ques, l'autre  beaucoup  plus  «  mystique  »  qui  visait  à 
suppléer  à  la  froideur  du  culte  officiel  par  la  recherche 
d'une  religion  personnelle  (ibid.,  46-47).  Ces  deux  cou- 
rants, en  définitive,  donnèrent  naissance,  le  premier 
au  confucianisme,  le  second  au  taoïsme  et,  par  delà 
ce  dernier,  au  sentiment  religieux  qui  devait  permettre 
plus  tard  au  bouddhisme  de  s'implanter  en  Chine. 

3°  Les  religions  organisées.  —  1.  Le  taoïsme.  — 
Entre  le  v«  et  le  iiF  s.  av.  J.-C,  beaucoup  de  lettrés 
étaient  peu  satisfaits  de  la  religion  officielle  avec  son 
marchandage  assez  grossier  pour  les  rapports  de 
l'homme  et  des  dieux.  Ils  déniaient  à  ceux-ci  toute 
personnalité  et  toute  conscience,  mais,  à  force  de 
vouloir  expliquer  rationnellement  et  scientifiquement 
le  monde,  ils  en  venaient  souvent  à  perdre  de  vue  les 
faits  religieux  eux-mêmes.  Par  réaction,  tous  ceux  qui 
étaient  plus  enclins  à  la  religion  personnelle  s'intéres- 
sèrent à  la  vie  intérieure  et  à  la  morale  privée  plus 
qu'au  milieu  social  dont  faisait  partie  l'homme.  Ils 
pensèrent  trouver  d'ailleurs,  dans  les  expériences  des 
sorciers,  une  preuve  empirique  de  l'existence  de  divi- 
nités personnelles  et  conscientes.  Sous  le  nom  com- 
mun de  la  «  Voie  »  Tao  (d'où  le  nom  de  taoïstes)  et  en  se 
plaçant  sous  le  patronage  de  Lao-tze,  un  contemporain 
plus  ou  moins  historique  de  Confucius,  ils  furent 
à  l'origine  d'un  double  courant,  l'un  plus  spéculatif, 
l'autre  sombrant  souvent  dans  les  absurdités  du  tan- 
trisme.  Ce  fut  ce  dernier  qui  prit  à  la  longue  le  dessus, 
comme  plus  adapté  à  la  mentalité  populaire. 

A  la  bibliographie  du  P.  Dehergne  (op.  cil.,  446-450), 
ajouter  l'ouvrage  posthume  d'il.  Maspero  sur  Le  taoïsme, 
Paris,  1949. 

2.  Le  bouddhisme.  —  Au  moment  où  le  taoïsme  sem- 
blait devoir  triompher  et  devenir  la  religion  nationale 
des  Chinois,  une  religion  étrangère  s'introduisait  en 
Chine,  peu  avant  l'ère  chrétienne,  avec  si  peu  de  bruit 
que,  cent  ans  plus  tard,  on  ne  savait  plus  comment 
ni  quand  elle  avait  apparu  pour  la  première  fois. 
C'était  le  bouddhisme  venu  de  l'Inde,  et  destiné  à  une 
prodigieuse  fortune  en  Chine,  puis  dans  tout  l'Ex- 
trême-Orient, surtout  sous  la  forme  dite  du  Grand 
Véhicule  ou  Mahayana.  En  même  temps  qu'elles 
s'opposaient  l'une  à  l'autre,  les  deux  religions  s'entre- 
mêlaient :  tout  un  jeu  d'influences  mutuelles  se  pour- 
suivait entre  elles,  les  modifiant  toutes  deux.  Parmi 
les  adeptes  du  bouddhisme  à  l'état  pur,  se  rencon- 
trent encore  de  nos  jours  des  âmes  véritablement 
pieuses,  assoiffées  de  besoins  surnaturels;  leur  Amida, 
sous  sa  personnification  féminine  Koanyin,  s'il  n'est 
pas  un  Rédempteur,  est  un  Sauveur  guidant  les  âmes 
vers  la  Terre  pure. 

Dibliographie  choisie  chez  le  P.  Deliergne,  op.  cit.,  429- 
440. 

3.  Le  confucianisme.  —  A  l'inverse  de  ceux  qui 
cherchaient  dans  le  taoïsme  et  le  bouddhisme  la  satis- 
faction de  leurs  besoins  de  religion  personnelle,  les 
esprits  à  tendance  rationaliste  tentèrent  d'ébaucher 


699 


CHINE 


7on 


laborieusement  une  religion  athéistique.  Leurs  progrès 
furent  lents  sous  les  Han  (206  av.  J.-C.-220  après  J.-C), 
les  Souei  (589-618),  les  T'ang  (618-907).  Ce  fut  sous 
les  Song  (960-1280)  que  leur  doctrine  eut  son  apogée, 
plutôt  comme  système  philosophique,  si  étroitement 
lié  à  la  religion  ofTicielle  qu'il  en  devint  difficilement 
séparable.  L'on  y  rendait  hommage  à  une  grande  va- 
riété d'esprits,  tel  celui  de  la  cité  et  des  murs.  Par- 
dessus tout,  les  honneurs  accordés  aux  morts,  et 
parmi  ceux-ci  à  Contucius,  occupaient  une  place  préé- 
minente. Néanmoins,  alors  comme  de  nos  jours,  l'on 
recourait  spontanément  au  Ciel,  appelé  Tien,  quelque 
chose  s'approchant  du  Bon  Dieu  de  nos  paysans  d'au- 
trefois, mais  beaucoup  plus  inconsistant.  Dans  les 
anciens  livres,  cette  puissance  suprême  s'appelait  le 
plus  souvent  Tien,  parfois  Chang  Ti  ou  le  Souverain 
d'en  haut.  Entre  ces  deux  termes  y  eut-il  primitive- 
ment profonde  différence?  On  le  croirait  volontiers, 
mais  avec  le  temps  ils  devinrent  pratiquement  inter- 
changeables. Est-ce  que  Tien,  originairement,  dési- 
gnait une  divinité  personnelle?  On  ne  saurait  le  dé- 
montrer apodictiquement,  quoiqu'il  reçut,  dans  les 
écrits  du  temps,  plusieurs  attributs  du  Dieu  du  mono- 
théisme. 

Bibliographie  choisie  chez  le  P.  Dehergne,  op.  cit.,  440- 
446. 

4"  La  religion  populaire.  —  Les  trois  grands  sys- 
tèmes alimentèrent  pendant  des  siècles  la  vie  religieuse 
des  Chinois  de  toute  classe,  non  sans  mener  les  uns 
contre  les  autres  une  lutte  tantôt  ouverte  tantôt 
sournoise  qui  les  usa  peu  à  peu.  Le  bouddhisme  et  le 
taoïsme  moururent  lentement  entre  le  vii«  et  le  xiv«  s., 
alors  qu'au  Japon  le  premier  conservait  une  étonnante 
vitalité;  à  l'époque  des  grandes  découvertes  euro- 
péennes du  xvi^  s.,  par  une  sorte  de  paradoxe,  ils 
avaient  surtout  un  clergé,  mais  presque  plus  de  fidèles  : 
leurs  cérémonies  s'accomplissaient  encore  journelle- 
ment et  souvent  avec  grand  faste,  dans  certains  mo- 
nastères de  diverses  régions  de  la  Chine,  mais  en  gé- 
néral ils  n'avaient  plus  de  vie  propre  ni  l'un  ni  l'autre, 
du  moins  en  tant  que  systèmes  religieux  définis  et 
distincts.  Quant  au  confucianisme,  s'il  était  resté 
plus  vivant  au  moins  pour  la  direction  de  vie,  ce 
n'était  guère  que  dans  un  milieu  relativement  res- 
treint, celui  des  lettrés.  A  mesure  que  les  masses  popu- 
laires se  détachaient  des  religions  anciennes,  elles  se 
créaient  à  leur  usage  propre  une  sorte  de  syncrétisme 
qui  unissait  en  proportion  inégale  des  croyances  em- 
pruntées à  ce  qu'on  appelait  les  trois  religions. 

D'une  manière  générale,  les  gouvernants,  instruits 
par  de  trop  fréquentes  expériences,  étaient  en  garde 
contre  les  sociétés  secrètes,  qui  foisonnaient  dans  le 
peuple  illettré  et  dégénéraient  facilement  en  factions 
politiques  ou  sociales.  Il  y  avait  beaucoup  de  supers- 
titions, très  répandues,  comme  celle  du  fong-choei 
(littéralement  «  vent-eau  »).  Le  folklore,  popularisé 
dans  des  récits  tenus  pour  véridiques,  familiarisait 
les  esprits  avec  un  autre  monde,  qui  était  comme  le 
double  du  monde  réel.  De  l'un  à  l'autre  de  ces  mondes, 
les  communications  étaient  incessantes  (par  le  som- 
meil, la  mort,  la  magie).  Dans  le  domaine  de  l'étrange 
et  du  surnaturel,  rien  n'était  impossible  à  celui  qui  en 
possédait  le  secret,  comme  le  prétendaient  souvent  les 
lao-che  (bonzes  taoïstes),  adeptes  d'un  taoïsme  dégé- 
néré. 

De  là  pouvaient  résulter  des  facilités  à  l'introduc- 
tion du  christianisme,  mais  à  la  condition  qu'il  ne  se 
posât  point  en  religion  intransigeante  vis-à-vis  des 
autres  et  qu'il  acceptât  de  se  «  siniciser  »  comme  l'avait 
fait  le  bouddhisme  de  l'Inde.  Pour  le  nouveau  venu, 
les  difficultés  l'emportaient  de  beaucoup  cependant, 
elles  pouvaient  même  paraître  insurmontables,  car  il  se 


trouvait  placé  brusquement  devant  un  état  social,  en- 
tièrement cristallisé  et  systématiquement  hiérarchisé, 
où  n'apparaissait  aucune  fissure. 

Bibliographie  choisie  chez  le  P.  Dehergne,  op.  cit.,  450- 
457. 

5°  La  première  entrée  du  christianisme  en  Chine.  — 
On  en  ignore  la  date  exacte.  La  tradition  qui  l'attribue 
à  S.  Thomas,  l'apôtre,  paraît  dater  du  bréviaire  de 
l'ancienne  Église  syrienne  du  Malabar  (xni«  s.  de  notre 
ère).  Chose  curieuse!  ce  serait  à  peu  près  à  la  même 
époque  (67  apr.  J.-C.)  que,  d'après  des  récits  d'ailleurs 
controuvés,  aurait  eu  lieu  le  songe  d'un  empereur  des 
Han  postérieurs  l'engageant  à  faire  appel  à  des  envoyés 
bouddhistes  de  l'Inde.  De  cette  quasi-concordance, 
l'on  a  déduit  une  liaison  entre  le  christianisme  pri- 
mitif et  le  bouddhisme  du  Mahayana,  mais  sans  ap- 
porter de  preuves  convaincantes.  Arnobe,  dans  son 
Adversus  génies  (vers  300),  parle  bien  de  missions 
parmi  les  «  Sères  »,  mais  que  faut-il  entendre  exacte- 
ment par  là?  Les  moines  qui  auraient  apporté  des 
vers  à  soie  à  Constantinople  en  511  auraient  résidé, 
dit-on  encore,  en  Chine;  il  semble  plus  probable  qu'ils 
sont  venus  de  Perse,  du  Turkestan  ou  de  Ceylan. 

Le  problème  a  été  repris  par  A.  B.  Duvigneau,  S.  Ttiomas 
a-t-it  porté  l'Évangile  jusqu'en  Chine  ?,  dans  le  Bulletin  ca- 
tholique de  Pékin,  1936. 

Plus  assurée  paraît  la  venue  du  manichéisme,  cette 
forme  où  se  glissèrent  certaines  influences  chrétiennes. 
On  pense  en  avoir  retrouvé  des  traces  caractéristiques, 
par  ex.  chez  certaines  sectes  du  Foukien,  jusqu'au 
xi«  s.  Toutefois  les  précisions  font  encore  défaut. 

L'ouvrage  d'A.  G.  Moule,  Chiistians  in  China  bejore  the 
year  1550,  Londres,  1930,  a  rassemblé  tous  les  témoignages 
sur  cette  première  période  du  christianisme  avant  la  renais- 
sance. G.  Messina,  Cristianesimo,  buddhismo,  manicheisnio 
neW  Asia  antica,  Rome,  1947. 

6°  Le  nestorianisme  sous  les  Tang  (618-907).  — 
Avec  les  nestoriens  s'ouvre  la  période  des  informations 
sûres.  Le  plus  grand  homme  de  la  dynastie  des  T'ang 
fut  l'empereur  T'ai  Tsong  (627-649),  qui  unifia  sous 
son  sceptre  tout  l'Extrême-Orient  (sauf  le  Japon  et 
les  Philippines)  avec  une  bonne  part  de  l'Asie  centrale 
et  le  nord  de  l'Inde.  Les  relations  commerciales  se 
développèrent  par  terre  et  par  mer  avec  la  Perse,  et 
même  avec  la  Mésopotamie  et  le  Proche-Orient.  C'est 
sans  doute  à  ce  moment  que  parurent  en  Chine  les 
Juifs  (dont  de  misérables  restes  subsistent  à  K'ai- 
fong-fou)  et  les  musulmans  (qui  se  sont  constitués  en 
minorités  très  denses  sur  les  frontières  de  l'Ouest,  avec 
des  établissements  sporadiquement  disséminés  à  tra- 
vers tout  l'empire).  La  stèle  dite  de  Si-ngan-fou, 
découverte  fortuitement  en  1623  ou  1625,  fut  érigée 
en  781  ;  elle  résumait  l'histoire  de  l'arrivée  du  nesto- 
rianisme, en  y  joignant  un  exposé  sommaire  des  doc- 
trines et  des  pratiques  des  missionnaires.  Par  la  suite, 
en  845,  les  communautés  nestoriennes,  assez  nom- 
breuses, furent  englobées  dans  les  édits  de  proscrip- 
tion du  bouddhisme.  On  aurait  pu  penser  que  le  chris- 
tianisme oriental  s'ajusterait  assez  facilement  à  la 
mentalité  de  l'Extrême-Orient;  en  fait,  il  n'y  réussit 
point. 

Sur  les  nestoriens,  P.  Y.  Sacki,  The  .\eslorinn  Documents 
and  Belles  in  China,  Tokio,  1937.  M.  Lôwenthal  s'est  spé- 
cialisé dans  les  recherches  sur  les  Juifs  en  Chine.  Il  y  aurait 
aussi  à  parler  de  «  L'Islam  en  Chine  »  (P.  Dehergne,  op.  cit., 
457-462). 

70  Sous  les  Mongols  (dynastie  Yuan,  1280-1367).  — 
Sous  l'habile  direction  de  Gengis-Khan  (vers  1162- 
1227),  une  petite  tribu  de  l'Asie  centrale,  par  une  série 
d'étonnants  succès,  parvint  à  établir  la  pax  Mongo- 
lica  sur  la  plus  grande  partie  de  l'Eurasie,  depuis  les 
rives  de  l'océan  Pacifique  (une  agression  dirigée  contre 


701 


CH 


INE 


702 


le  Japon  échoua)  jusqu'à  la  Hongrie  en  Europe.  Le 
commerce  des  marchandises  et,  avec  lui,  les  échanges 
d'idées  reprirent.  Les  récits  du  Vénitien  Marco  Polo 
illustrent  merveilleusement  cette  période  où  l'Europe 
du  Moyen  Age  communiquait  presque  librement  avec 
le  Cathay  et  sa  capitale  Khambaluc. 

Ceux  qui  profitèrent  le  plus  de  la  tolérance  de  la 
dynastie  mongole  des  Yuan  furent  à  nouveau  les 
nestoriens,  et  l'on  a  gardé  particulièrement  le  souvenir 
de  Mar  Yahballah  III,  un  Chinois,  leur  patriarche  en 
1280,  qui  en  1287  et  1288  visita  Rome,  Bordeaux  et 
Paris.  Les  nestoriens  cependant  étaient,  pour  la  très 
grande  majorité,  de  race  non  chinoise;  ce  qui  n'em- 
pêcha pas  certains  d'entre  eux  d'occuper  des  places 
importantes  dans  l'administration. 

Il  eût  été  surprenant  que  l'Église  catholique  n'ait 
pas  profité  de  ces  circonstances  favorables  pour  nouer 
des  relations  avec  l'Empire  mongol  contre  les  musul- 
mans. Plusieurs  ambassades  furent  envoyées  par  les 
papes  :  Laurent  de  Portugal,  dépêché  par  Innocent  IV, 
sur  lequel  on  ne  sait  presque  rien  ;  Jean  de  Plan  Car- 
pin,  disciple  immédiat  de  S.  François  d'Assise,  qui 
partit  de  Lyon  en  1245,  parvint  chez  le  grand  khan  à 
Karakoroum  en  juill.  1246,  et  fut  de  retour  près  du 
pape  à  l'automne  de  1247.  D'autre  part,  quatre  domi- 
nicains, conduits  par  Anselme  de  Lombardie,  se  ren- 
dirent chez  un  général  mongol  en  Perse,  mais  en  fu- 
rent rudement  renvoyés  en  1247.  Aucun  de  ceux-ci 
n'avait  atteint  la  Chine  proprement  dite;  Guillaume 
de  Rubrouck,  envoyé  de  France  par  S.  Louis  en  1253, 
y  revint  en  1255  après  avoir  été  reçu  par  le  grand  khan 
Mangou  à  Karakoroum. 

Les  premiers  Européens  dont  nous  connaissions 
l'arrivée  en  Chine  furent  les  deux  Polo  (1260-71).  Le 
pape  Nicolas  III  envoya,  en  1278,  cinq  franciscains; 
mais  on  ignore  leur  sort.  Par  contre  un  autre  francis- 
cain, Jean  de  Montecorvino,  après  un  premier  séjour 
en  Proche-Orient  (1272-89),  réussit  à  porter  des  lettres 
du  pape  à  l'empereur  de  Chine  (Ch'en  Tsong,  succes- 
seur de  Khubilai,  1294)  et,  malgré  l'opposition  des 
nestoriens,  se  gagna  la  faveur  de  la  cour.  Vers  1305, 
il  avait  baptisé  environ  six  mille  fidèles.  A  Pékin,  cent 
cinquante  jeunes  garçons,  pour  la  plupart  achetés, 
apprenaient  le  grec  et  le  latin  ;  il  avait  écrit  pour  eux 
des  psautiers,  trente  hymnaires  et  deux  bréviaires  (pas 
en  chinois,  semble-t-il).  Sur  les  développements  de 
cette  petite  Église,  nous  possédons  d'assez  nombreux 
renseignements,  surtout  à  l'occasion  du  séjour  d'un 
autre  franciscain,  le  Bx  Odoric  de  Pordenone  (trofs 
années,  entre  1322  et  1329);  mais,  avec  la  chute  de  la 
dynastie  des  Yuan,  il  semble  que  se  dispersèrent  tous 
ces  fidèles.  Peut-être  certains  descendants  se  trouvè- 
rent-ils confondus  avec  les  nestoriens,  parmi  ces 
«  adorateurs  de  la  croix  »  que  rencontrèrent  enfin  les 
missionnaires  du  xvn»  s.,  presque  totalement  assimilés 
aux  non-chrétiens.  L'évangélisation  chrétienne,  à 
l'époque  des  grandes  découvertes,  dut  être  entière- 
ment reprise  sur  nouveaux  frais. 

Les  beaux  textes  des  franciscains  ont  été  critiquement 
édités  par  le  P.  A.  Van  den  Wyngaert,  dans  Sinica  Irtincis- 
fana,  t.  i,  Quaracchi,  1929. 

III.  De  l'époque  des  grandes  découvertes  a 
LA  FIN  DE  l'Empire  (1513-1911).  • —  L'histoire  du  chris- 
tianisme en  Chine,  depuis  l'époque  des  grandes  décou- 
vertes, peut  être  commodément  divisée  en  trois  pé- 
riodes :  /.  De  l'arrivée  des  Portugais  à  Canton  (1513)  à 
la  fin  des  Ming  (1644).  //.  De  l'installation  des  Mand- 
choux  (1644)  à  la  fin  du  xviii*  s.  ///.  Du  début  du 
xix«  s.  à  la  fin  de  l'Empire  (1911). 

/.  DE  L'ARRIVÉE  DES  PORTUGAIS  A  CANTON  (1513) 

A  LA  FIN  DES  MING  (1644).  —  1"  Le  plan  des  Portu- 
gais (début  du  xv^  s.-milieu  du  xvi<'  s.).  —  Avec  la 


chute  de  l'Empire  mongol  (1368),  les  liens  fragiles  qui 
avaient  uni  durant  quelque  temps  l'Extrême-Orient 
et  l'Occident  se  rompirent  à  nouveau.  La  Chine,  régie 
par  la  dynastie  autochtone  des  Ming,  conserva  jus- 
qu'au début  du  xv  s.  une  certaine  prééminence  dans 
l'océan  Indien,  mais,  après  l'empereur  Yong-lo  (1403- 
25),  elle  se  rétracta  pour  ainsi  dire  dans  ses  limites 
traditionnelles,  en  laissant  libre  champ  aux  musul- 
mans, Arabes  ou  Persans,  qui,  appuyés  sur  Venise, 
s'adjugèrent  le  monopole  du  commerce  des  épices  des 
Moluques  (en  Indonésie). 

Les  Portugais,  plus  vite  affranchis  de  l'Islam  que 
leurs  voisins  espagnols,  projetaient,  surtout  depuis 
Henri  le  Navigateur  (1394-1460),  de  découvrir  les 
lieux  mystérieux  où  se  récoltaient  ces  précieuses  den- 
rées; tout  le  xv  s.  se  consuma  en  efforts  patients  pour 
contourner  l'Afrique.  Ils  y  réussirent  enfin  en  1498 
avec  Vasco  de  Gama.  En  débarquant  dans  l'Inde  à 
Calicut,  celui-ci  prenait  à  revers  la  puissance  musul- 
mane. Il  ne  soupçonnait  point  alors  l'existence  de 
l'empire  d'Extrême-Orient.  C'est  en  1511,  à  Malacca, 
qu'Albuquerque  rencontra  les  premiers  marchands 
chinois,  et,  dès  lors,  le  courant  commercial  des  Portu- 
gais se  subdivisa  en  deux  directions  :  d'une  part  vers 
l'Indonésie,  par  le  Sud-Est;  d'autre  part  vers  la  Chine 
(et,  à  partir  de  1542  environ,  vers  le  Japon),  en  remon- 
tant vers  le  Nord-Est. 

Au  même  moment,  mais  pour  de  tout  autres  motifs, 
les  Espagnols  avaient  pris  eux  aussi  leur  élan  à  la  dé- 
couverte. Ce  que  Christophe  Colomb  recherchait, 
c'étaient,  sur  la  foi  de  vagues  traditions  (surtout  de 
Mandeville,  plagiaire  de  Marco  Polo),  les  richesses 
fabuleuses  du  Cathay  (Chine)  et  de  Zipangu  (Japon). 
Une  erreur,  fort  commune  alors  en  géographie,  lui 
fit  croire  qu'il  les  avait  trouvées  quand  il  débarqua 
aux  Antilles  (1493);  cette  erreur  ne  sera  corrigée  que 
vers  1513  lorsque  Balboa,  de  l'isthme  de  Panama, 
découvrira  les  immenses  étendues  du  Pacifique. 

Cette  dualité  de  découvertes  devait  avoir  sur  l'évan- 
gélisation de  la  Chine  les  conséquences  les  plus  impor- 
tantes. Espagnols  et  Portugais,  en  effet,  après  avoir 
sollicité  l'arbitrage  de  la  papauté,  avaient  tracé,  non 
sans  peine,  dans  l'océan  Atlantique  une  ligne  de  dé- 
marcation entre  leurs  zones  respectives  d'influence. 
Aussi  longtemps  qu'ils  ignorèrent  que  la  terre  était 
ronde,  leurs  discussions  n'eurent  point  de  répercus- 
sion en  Extrême-Orient;  mais  dès  que  la  flotte  de 
Magellan  eut  achevé  la  première  circumnavigation  du 
globe  (1522),  il  fallut  aussi  départager  les  territoires 
dans  l'océan  Pacifique.  La  solution  la  plus  simple 
était  sans  doute  d'y  tracer  une  ligne  symétrique  de 
celle  de  l'océan  Atlantique;  mais  dans  l'ignorance  où 
l'on  était  alors  des  véritables  longitudes,  où  fallait-il 
la  tirer?  Les  Espagnols  la  plaçaient  à  Malacca;  les 
Portugais,  à  l'est  des  Philippines.  C'est  à  ces  derniers 
que  la  cartographie  moderne  donne  raison.  Au  xvi«  s., 
comment  auraient-ils  pu  prouver  leurs  droits?  Dès 
lors,  tous  les  pays  situés  entre  ces  deux  lignes  sup- 
posées, 30  à  40  degrés  de  longitude,  demeurèrent  en 
zone  contestée. 

Les  effets  de  cette  ignorance  ne  se  firent  vraiment 
sentir  qu'après  l'occupation  de  Manille  par  les  Espa- 
gnols (1565).  Jusqu'à  ce  moment,  les  Portugais  étaient 
restés  presque  totalement  libres  de  développer  leur 
plan  sans  interférence  de  concurrents  européens. 

L'ensemble  du  problème  du  Padroado  portugais  a  été  étu- 
dié, d'après  les  documents  ofTiciels,  par  A.  Jann,  Die  ka- 
tholischen  Missionen  in  Indien,  China  und  Japan.  Ihre  Or- 
ganisation und  das  portugiesiscli  Patronat  vom  15.  bis  ins 
18.  Jahrhundert,  Paderborn,  1915.  Pour  le  Patronato  espa- 
gnol, en  tant  qu'il  touche  à  l'Extrême-Orient,  F.  J.  Montal- 
ban,  El  patronato  espaftol  y  la  conquisia  de  Filipinas...,  Biir- 
gos,  19.30. 


703 


CHINE 


704 


2"  La  fermeture  de  la  Chine  (1514-44).  —  L'Empire 
chinois  des  Ming,  qu'abordaient  les  Portugais  par  le 
Sud,  se  trouvait  alors  dans  un  tel  état  de  prospérité 
qu'il  provoqua  la  stupéfaction  chez  les  premiers  Occi- 
dentaux. Se  suffisant  entièrement  à  lui-même  sans 
avoir  besoin  d'aucun  concours  étranger,  voyant  venir 
à  son  empereur  sous  forme  de  pseudo-ambassades 
presque  tous  les  peuples  voisins,  muni  d'un  gouverne- 
ment fort  et  d'une  police  bien  organisée,  il  ne  se  sen- 
tait aucun  besoin  d'une  religion  ni  à  fortiori  d'une 
civilisation  nouvelles.  Les  Chinois  rencontrés  dans 
les  mers  du  Sud  n'étaient  que  des  corsaires  ou  hors-la- 
loi,  cherchant  leur  vie  dans  la  contrebande  avec  la 
connivence  des  autorités  locales. 

Les  premiers  actes  des  Portugais  furent  tels  qu'ils 
parurent  vite  confondus  avec  ces  contrebandiers.  Sans 
doute,  en  1517,  le  premier  ambassadeur,  le  botaniste 
Tomé  Pires,  obtint-il  des  mandarins  de  Canton  l'au- 
torisation d'aller  porter  à  Nankin,  puis  à  Pékin,  l'hom- 
mage d'une  ambassade,  interprétée  d'ailleurs  comme 
un  tribut  apporté  du  dehors.  Mais  très  vite,  certains 
ofTiciers  portugais,  trop  enclins  à  «  planter  du  canon  », 
provoquèrent,  au  Sud,  de  terribles  représailles  contre 
les  «  Falangkis  »  (Francs,  suivant  le  terme  employé 
par  les  musulmans).  Les  mémoires  romancés  de  Mon- 
des Pinto  évoquent,  avec  une  étonnante  intensité, 
l'existence  de  ces  pionniers  du  commerce  européen, 
exposés  à  tous  les  risques  des  tempêtes. 

Une  circonstance  imprévue  modifia  leurs  conditions 
de  vie.  Vers  1542,  une  de  leurs  jonques,  partie  du 
Siam,  fut  dérivée  jusqu'aux  îles  du  Japon,  alors  divisé 
en, une  multitude  de  factions  féodales.  Les  Japonais 
admirèrent  fort  l'armement  des  nouveaux  venus.  Les 
Portugais,  qui  jusque-là  avaient  surtout  limité  leur 
commerce  avec  la  Chine  à  celui  du  poivre,  virent  à 
l'usage  qu'ils  avaient  encore  plus  de  bénéfices  à  mono- 
poliser le  trafic  de  la  soie  entre  la  Chine  et  le  Japon. 
Après  avoir  tâtonné  auprès  de  divers  seigneurs  de  l'île 
de  Kyushiu,  ils  finiront  par  créer  le  port  de  Nangasaki 
(vers  1570)  qui,  même  après  leur  expulsion  (1639)  et 
durant  toute  la  période  de  fermeture  (jusqu'en  1853), 
demeurera  la  seule  porte  ouverte  du  Japon  sur  le 
dehors. 

Cette  expansion  commerciale  et  financière  rendit 
plus  urgente  la  nécessité  de  se  constituer  un  relais  au 
moins  sur  la  côte  de  Chine,  car  l'alternance  des  mous- 
sons ne  permettait  pas  à  leurs  bateaux  (de  700  tonnes 
au  plus)  d'accomplir  en  une  seule  année  le  trajet  de- 
puis leur  capitale  de  l'Inde  (Goa)  jusqu'au  Japon.  Le 
terrain  de  Macao,  enfin  concédé  vers  1554  ou  plutôt 
1557,  devint  ainsi  le  poste  indispensable  à  la  pré- 
sence portugaise  en  Extrême-Orient,  et  par  contre- 
coup à  la  diffusion  de  l'Évangile. 

Le  major  C.  R.  Boxer  a  publié  de  nombreux  articles  sur 
ces  premiers  contacts  des  Européens  et  de  l'Extrême-Orient 
(R.  Streit,  doc.  cit.,  x,  172-178).  L'ouvrage  du  P.  Teixeira, 
Macuu  e  sua  diocèse,  Macao,  1940,  2  vol.,  rassemble  ce  que 
l'on  sait  de  plus  clair  sur  l'histoire  ecclésiastique,  si  mouve- 
mentée, du  diocèse  de  Macao. 

3°  Les  deux  manières  de  S.  François  Xavier  (1542- 
52).  —  Bien  avant  la  fondation  de  la  Compagnie  de 
Jésus  (1540),  des  prêtres,  surtout  franciscains,  avaient 
accompagné  les  premières  flottes  qui  se  rendaient  aux 
Indes  portugaises.  Très  vite,  ils  avaient  corrigé  leur 
première  méprise  de  croire  que  tous  ceux  qui  n'étaient 
pas  musulmans,  à  Calicut  ou  dans  le  voisinage,  étaient 
des  chrétiens.  En  fait,  les  chrétiens  dits  de  S. -Thomas, 
ou  nestoriens,  ne  formaient  qu'une  colonie  minuscule 
sur  la  côte  du  Malabar. 

Le  problème  s'était  donc  posé  de  christianiser  ces 
masses  populaires  qui  ignoraient  tout  de  l'Évangile. 
Or  dès  le  début  les  brahmes  et  les  gens  de  caste  supé- 
rieure n'eurent  que  mépris  pour  ces  Occidentaux,  qui 


violaient  leurs  coutumes  les  plus  sacrées,  comme  celle 
de  ne  pas  manger  la  viande  de  vache.  En  général, 
l'apostolat  dut  donc  se  cantonner  dans  les  petits 
postes  portugais  disséminés  sur  le  pourtour  de  l'Océan. 
Autour  d'eux  le  paganisme  faisait  la  haie.  Cependant, 
en  1537,  l'initiative  hardie  d'un  prêtre  zélé  de  Goa 
fit  donner  le  baptême,  dans  des  conditions  d'ailleurs 
très  brusquées,  à  un  groupe  compact  de  Paravers,  pê- 
cheurs de  perles,  sur  la  côte  méridionale  du  Deccan. 
Leur  instruction  chrétienne  fut  presque  totalement 
négligée.  Le  péril  était  grand  de  les  voir  retourner  in- 
sensiblement à  ce  qu'ils  ne  savaient  peut-être  pas 
même  avoir  abjuré.  Ce  fut  pour  y  remédier  que  le  roi 
de  Portugal  Jean  III,  sur  l'avis  du  principal  du  collège 
Ste-Barbe  de  Paris,  Diogo  de  Gouveia  l'ancien,  fit 
demander  au  pape  Paul  III  quelques-uns  des  prêtres 
réformés,  maîtres  ès  arts,  qu'Ignace  de  Loyola  venait 
de  grouper  pour  se  mettre  au  service  total  du  Souve- 
rain pontife.  Ainsi  fut  choisi  François  Xavier,  qui 
reçut  en  même  temps  des  pouvoirs  étendus  de  nonce 
apostolique.  Après  l'Inde,  Xavier  passa  en  Insulinde, 
puis  au  Japon,  et  enfin  il  allait  pénétrer  en  Chine 
quand  son  apostolat  fut  interrompu  par  une  mort 
prématurée  à  Sancian,  en  face  de  la  côte  chinoise,  dans 
la  nuit  du  2  au  3  déc.  1552.  Sa  trop  courte  carrière 
apostolique  a  été  souvent  retracée  par  les  historiens; 
elle  revit  d'une  manière  intense  dans  ses  lettres. 

On  n'a  peut-être  pas  assez  remarqué  que  Xavier 
n'a  pas  toujours  procédé  de  la  même  manière.  Déjà 
chez  les  Paravers,  plus  tard  au  Malabar  ou  aux  îles  du 
More,  il  avait  commencé  à  corriger  autant  que  pos- 
sible la  hâte  excessive  avec  laquelle  on  entreprenait 
l'évangélisation  de  ces  populations  assez  simples.  Les 
encouragements  qu'il  donna  à  l'institution  du  collège 
de  Ste-Foi  de  Goa  montraient  bien  qu'il  ne  limitait  pas 
ses  fonctions  à  celle  de  «  baptiseur  des  âmes  ».  Néan- 
moins, dans  l'Inde,  il  ne  se  différenciait  pas  essentiel- 
lement de  ceux  qui  l'entouraient;  il  tirait  aussi  parti 
de  l'influence  portugaise  pour  faciliter  sa  tâche  de 
convertisseur.  Tel  fut  le  François  Xavier  première 
manière,  pas  très  différent  de  ses  collègues  de  l'Amé- 
rique latine. 

iMais  le  15  août  1549  il  débarquait  à  Kagoshima,  sur 
la  côte  japonaise;  avec  les  renseignements,  souvent 
tendancieux,  de  son  premier  converti  Angiro,  il  s'était 
construit  une  interprétation  très  différente  de  la  réa- 
lité. Il  ne  tarda  pas  à  s'apercevoir,  en  outre,  qu'en 
plein  pays  neuf,  avec  une  race  aussi  aflinée  que  celle 
des  Japonais,  toutes  les  ressources  autrefois  acquises 
durant  ses  études  à  l'université  de  Paris  ne  lui  seraient 
pas  de  trop.  La  pauvreté  héroïque  de  ses  débuts  devait 
céder  le  pas  au  respect  de  toutes  les  convenances 
sociales  :  c'est  en  costume  honorable,  avec  accompa- 
gnement des  marchands,  qu'il  se  présenta  aux  daï- 
myos.  Ce  qu'il  apprit  plus  tard  de  la  Chine,  et  de  son 
rayonnement  intellectuel  dans  tout  l'Extrême-Orient, 
le  persuada  d'accentuer  encore  plus  cette  méthode 
d'approche.  Ainsi  s'ébaucha  la  seconde  manière  de 
P'rançois  Xavier,  que  ses  successeurs  dans  l'Empire 
chinois  devaient  mettre  au  point. 

Rien  ne  vaut  ici  la  lecture  indéfmiment  reprise  des  Epis- 
tolae  S.  Francisci  Xaverii...  (rééditées  par  les  PP.  Schur- 
hammer  et  Wicki,  Rome,  1945,  2  vol.),  éclairées  par  les  Do- 
cumenta Indica  du  P.  Wicki  (Rome,  1948  et  1950,  2  vol.  pa- 
rus), dans  le  contexte  des  innombrables  sources  contempo- 
raines d'information  (Schurhammer,  Die  zeitgenôssischen 
Qtiellen  zur  Geschichte  Portugiesisch-Asiens...  zur  Zeii  des  I 
hl.  Franz  Xaver  (1538-1552),  G  080  documents,  Leipzig,  |'1 
1932). 

4°  Aux  portes  de  la  Chine.  —  Presque  immédiate- 
ment après  la  mort  solitaire  de  Xavier,  les  Portugais 
entrèrent  en  composition  avec  les  autorités  locales 
(1554);  bientôt  même,  ils  purent  s'installer  à  demeure 


K  W  E  I  Y  A  N  G  [ 
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KAOSHUNG/ 


120? 


CHINE  CENTRALE 
&  MÉRIDIONALE 


705 


CH 


INE 


706 


sur  un  petit  coin  de  terre  ferme,  Macao.  Une  fois  ou 
deux  par  an,  ils  se  rendirent  à  la  foire  de  Canton.  Mais 
s'ils  purent  croire  un  instant  que  la  Chine  s'ouvrait  de- 
vant eux,  ils  furent  rudement  détrompés.  Les  injures 
les  plus  offensantes  leur  étaient  prodiguées  par  le  bas 
peuple,  et  les  lettrés  conservateurs  dénonçaient  pério- 
diquement à  l'empereur  de  Pékin  cet  établissement 
étranger  comme  un  «  cancer  »  de  la  province.  Par  la 
suite  le  port  et  la  cité  de  Macao  se  développèrent  rapi- 
dement au  point  de  vue  financier.  Les  Portugais,  par 
leur  mariage  stable  avec  des  Chinoises,  y  créèrent  une 
race  «  macaïste  »  chrétienne  et  active.  Mais  tout  se 
bornait  à  cela.  Chaque  fois  qu'un  missionnaire,  entraîné 
par  son  zèle,  cherchait  à  pénétrer  sur  le  continent,  il 
s'en  voyait  impitoyablement  refoulé. 

Macao  se  résigna  donc  à  n'être  qu'un  point  d'escale 
entre  le  Japon  et  l'Inde.  En  1576  toutefois  il  se  vit 
élevé  au  rang  de  siège  d'un  diocèse.  Le  premier  évêque 
en  fut  Melchior  Carneiro,  jésuite,  un  des  auxiliaires 
d'abord  désignés  pour  l'entreprise  manquée  du  patriar- 
che d'Éthiopie.  Les  Espagnols,  installés  depuis  peu 
aux  îles  Philippines  (1565),  voulurent  contrecarrer 
cette  décision  qui  confirmait  les  droits  des  Portugais 
sur  ces  régions;  sur  leur  demande  le  S. -Siège  éleva 
aussi  Manille  au  rang  de  capitale  ecclésiastique.  Ainsi 
se  créèrent  en  ces  régions  lointaines  deux  pôles  de 
christianisme.  La  rivalité  eut  de  fâcheuses  conséquen- 
ces. L'abaissement  des  Portugais  se  confirma  par  la 
mort  désastreuse  de  leur  roi  Sébastien  au  Maroc 
(1578)  et  par  l'accession  de  Philippe  II  de  Madrid  à  la 
couronne  de  Lisbonne.  Liés  dès  lors  au  destin  de  l'Es- 
pagne, ils  subirent  les  contre-coups  des  luttes  mari- 
times que  l'Angleterre  et  surtout  la  Hollande  devaient 
livrer  sur  mer  à  leur  souverain  commun.  Cependant, 
avec  un  courage  indomptable,  malgré  des  divisions 
intestines  trop  fréquentes,  les  habitants  de  Macao 
maintinrent  intrépidement  jusqu'à  nos  jours  leur 
commerce  et  leur  vitalité. 

L'ouvTage  d'Henri  Bernard,  Aux  portes  de  la  Chine.  Les 
missionnaires  du  XVI'  s.,  paru  à  Tientsin  en  1933,  aurait  be- 
soin d'être  retouché  avec  les  documents  publiés  par  le 
P.  d'Elia  (Fond  Ricciane). 

5»  L'initiative  du  P.  Alexandre  Valignano  (1578- 
1606).  - —  Autant  la  mission  du  Japon,  après  de  labo- 
rieux débuts,  donnait  de  grands  espoirs,  autant  celle 
de  Chine  végétait  lamentablement  quand  débarqua 
au  port  de  Macao  (1578)  celui  qui,  pendant  près  de 
trente  ans,  devait  prendre  la  suite  de  François  Xavier, 
comme  visiteur  général  de  la  Compagnie  de  Jésus  en 
ces  contrées  (jusqu'à  sa  mort,  survenue  le  20  janv. 
1606).  Du  premier  coup  d'oeil,  le  P.  Valignano  vit 
qu'on  avait  fait  fausse  route  en  négligeant  l'élite  chi- 
noise, et  par  suite  en  ignorant  les  sources  de  cette  civi- 
lisation qui  rayonnait  sur  le  tiers  ou  la  moitié  de  l'hu- 
manité d'alors.  Le  Napolitain  Michel  Ruggieri  fut 
appelé  de  la  côte  de  la  Pêcherie  pour  se  consacrer 
d'abord  à  l'étude  rebutante  de  la  langue  distinguée;  ce 
souci  lui  assura  peu  à  peu  la  sympathie  des  mandarins 
de  Canton  et,  quand  le  jeune  Matthieu  Ricci  vint 
prendre  la  relève  (août  1583),  tous  deux  obtinrent 
l'autorisation  de  séjourner  dans  la  capitale  provinciale. 

C'était  un  premier  succès.  Il  paraissait  insuffisant  à 
ceux  qui  ne  soupesaient  les  fruits  de  l'apostolat  chré- 
tien que  par  le  nombre  des  baptêmes.  Un  autre  jésuite, 
espagnol,  venu  de  Manille  afin  de  se  concerter  avec  les 
autorités  de  Macao,  ne  cacha  pas  sa  désapprobation; 
11  se  nommait  Alonso  Sanchez  et  devait  entrer  en  con- 
troverse avec  le  grand  théoricien  des  missions  d'alors, 
José  de  Acosta  :  précurseur  des  avocats  du  protectorat 
par  force  armée,  Sanchez  ne  croyait  pas  à  l'avenir  de 
la  mission  chinoise,  aussi  longtemps  qu'elle  serait 
fondée  sur  le  seul  prestige  et  sur  la  seule  persuasion. 
Néanmoins,  imperturbable,  Valignano  appuyait  et 

DicT.  d'hist.  et  de  géoor.  ecclés. 


dirigeait  les  efforts  de  Matthieu  Ricci,  en  même  temps 
que  les  accroissements  de  la  mission  du  Japon.  Ricci, 
comme  François  Xavier  et  Ruggieri  l'avaient  fait, 
s'était  laissé  assimiler  aux  bonzes  venus  de  l'Occident 
(l'Inde).  Il  profita  de  ce  qu'on  l'expulsait  une  seconde 
fois  de  sa  résidence  pour  changer  de  costume  et  se  pré- 
senter comme  «  lettré  du  Grand  Occident  ».  Toujours 
encouragé  par  Valignano,  il  s'était  mis  à  l'étude  des 
livres  classiques  de  la  Chine;  il  modifia  dans  ce  sens 
la  présentation  du  christianisme.  Par  étapes,  le  long 
de  la  voie  fluviale  qui  mettait  Canton  en  communica- 
tion avec  Pékin,  il  se  rapprocha  de  la  capitale  et,  après 
une  première  tentative  infructueuse,  fut  reçu  à  Pékin 
comme  «  client  »  de  l'empereur  Wan-li  (janv.  1600); 
mais  ce  n'était  pas  avec  cet  empereur,  falot  et  inacces- 
sible, qu'il  devait  compter,  c'était  avec  les  plus  dis- 
tingués représentants  de  la  civilisation  chinoise  d'alors, 
entre  autres  le  converti  Paul  Siu  Koang-k'i  :  ce  der- 
nier, par  une  divination  étonnante  des  vrais  besoins 
de  son  pays,  travailla  jusqu'à  sa  mort  (1633),  avec  un 
ami  intime  Léon  Li  Tche-tsao,  à  traduire  en  chinois 
les  meilleurs  ouvrages  de  l'Europe,  entre  autres  la 
géométrie  plane  d'Euclide  publiée  par  le  P.  Clavius. 

Valignano  appréciait  beaucoup  ces  premiers  succès; 
malgré  le  petit  nombre  d'adhérents  déclarés  du  chris- 
tianisme (2  000  au  plus,  lorsqu'il  mourut,  en  janv. 
1606),  il  aurait  même  voulu  que  la  mission  du  Japon, 
incomparablement  plus  nombreuse,  prît  exemple  sur 
celle  de  Chine.  Ce  fut  l'origine  de  la  «  question  des 
termes  »,  qui  devait  dégénérer  plus  tard  en  «  discus- 
sion des  rites  ».  Plusieurs  des  Pères  du  Japon  redou- 
taient de  se  servir  des  vocables  chinois  pour  exprimer 
les  idées  chrétiennes,  ils  préféraient  fabriquer  des 
expressions  calquées  sur  le  portugais  :  le  premier 
concile  de  Chine,  en  1924,  leur  donnera  finalement 
tort.  Voir  l'art,  suivant,  Chinois  (Rites). 

A  défaut  de  la  biographie  du  P.  Valignano,  Schutte, 
Valignanos  Missionsgrundsàtze  fur  Japan,  t.  i,  part.  I, 
1951,  Introduction  et  liste  de  ses  écrits.  L'ouvrage  du 
P.  H.  Bernard,  Le  P.  Matthieu  Ricci  et  la  société  chinoise 
de  son  temps  (Tientsin,  1937,  2  vol.),  était  fondé  sur  la 
première  édition  des  œuvres  du  P.  Ricci,  eftectuée  par 
le  P.  Tacchi-Venturi  (Macerata,  1910-1911);  le  P.  Pasquale 
d'Elia,  reprenant  ce  travail  sous  une  forme  considérable- 
ment amplifiée,  a  donné  déjà  3  volumes  :  Fonti  Ricciane. 
Documenti  originali  concernenti  Matteo  Ricci  e  la  storia  délie 
prime  relazioni  tra  l'Europa  e  la  Cina  (1570-1615),  Rome, 
1942-1949. 

6"  L'héritage  du  P.  Matthieu  Ricci.  —  Le  P.  Ricci 
s'était  acheté  une  résidence  à  Pékin  (connue  sous  le 
nom  de  Nant'ang).  A  sa  mort  (11  mai  1610),  l'empe- 
reur fit  don  du  cimetière  de  Chala  à  ses  successeurs 
jésuites.  Ricci  avait  donc  réussi  à  ouvrir  une  première 
brèche  dans  le  bloc  chinois.  Il  fut  imité  dans  l'Inde 
tamoule  du  Sud  (Maduré)  par  le  Père  Robert  de  No- 
bili.  En  Chine,  le  nouveau  supérieur  de  la  mission, 
Longobardo,  avait  tout  d'abord  réprouvé  les  lenteurs 
presque  infinies  de  cet  apostolat  indirect;  il  y  avait  été 
ramené  par  de  dures  expériences.  Sur  son  ordre,  et 
malgré  le  peu  d'encouragements  de  certains  Pères,  le 
Douaisien  Nicolas  Trigault  s'en  alla  chercher  en  Eu- 
rope les  instruments  de  travail  indispensables.  Entre 
autres  fruits  de  cette  quête  laborieuse,  il  faut  compter 
la  bibliothèque  qu'il  réunit,  sur  le  modèle  de  l'Ambro- 
siana  de  Milan.  Il  en  sortira,  par  traductions  ou  adap- 
tations, une  littérature  chrétienne  chinoise,  consacrée 
pour  moitié  aux  sciences  profanes  et  pour  moitié  aux 
sciences  religieuses  (plus  de  mille  titres). 

Trigault  ramenait  en  outre  avec  lui  un  ancien  méde- 
cin d'origine  suisse,  ami  de  Galilée  et  de  Képler,  le  P. 
Jean  Terrentius,  qui  eut  le  temps  de  jeter  les  premières 
bases  d'une  encyclopédie  astronomique  avant  sa  mort 
prématurée  (1630).  Il  eut  pour  principal  successeur 
Adam  Schall,  originaire  de  Cologne.  Les  premiers  let- 

H.  —  XIL  —  23  — 


707 


CH 


INE 


708 


très  chrétiens  auraient  voulu  assurer  à  ces  nouveaux 
venus  une  situation  officielle  dans  l'Empire  en  colla- 
borant à  la  réforme  du  calendrier  et  à  la  prévision  des 
éclipses;  ils  n'y  réussirent  point  sous  les  derniers  Ming, 
mais  d'autres  ouvrages  philosophiques  ou  religieux 
commencèrent  à  établir  le  prestige  des  missionnaires 
parmi  les  lettrés  les  plus  cultivés,  malgré  l'opposition 
de  certains  bonzes  et  fonctionnaires. 

La  prospérité  apparente  de  l'Empire  chinois  mas- 
quait de  profondes  faiblesses  qui,  avec  le  temps,  de- 
vaient ruiner  les  efïorts  désintéressés  des  meilleurs 
patriotes.  L'empereur,  invisible  à  son  peuple,  menait 
dans  son  immense  palais  de  Pékin  une  vie  oisive  au 
milieu  de  ses  concubines  et  de  ses  eunuques.  Ces  der- 
niers contrecarraient  les  mandarins  des  grands  tri- 
bunaux. Le  désordre  politique,  aggravé  par  la  crise 
des  propriétés  et  par  plusieurs  famines,  favorisa  l'as- 
cension, en  Mandchourie,  d'une  tribu  encore  semi- 
nomade  qui  peu  à  peu  menaça  la  sécurité  de  la  capi- 
tale. Les  lettrés  chrétiens,  ou  sympathisants  au  chris- 
tianisme, assistèrent  avec  désolation  à  l'écroulement 
progressif  de  la  dynastie.  Au  milieu  de  troubles  crois- 
sants, une  vingtaine  de  missionnaires  européens,  dis- 
persés dans  presque  toutes  les  immenses  provinces, 
constituèrent  patiemment  de  petits  noyaux  chrétiens, 
dont  les  plus  florissants  étaient  situés  dans  la  région  du 
Centre,  près  de  l'embouchure  du  Yang-tse  ou  fleuve 
Bleu,  à  Shanghaï,  Hangchow...;  ils  comptaient  tout 
au  plus  quelques  dizaines  de  milliers  de  baptisés. 
Qu'était  ce  chiffre  en  comparaison  de  ceux  que  les 
Espagnols  pouvaient  aligner  dans  leurs  colonies 
d'Amérique  latine  ou  des  îles  Philippines?  Mais  en 
d'autres  milieux  et  d'autres  circonstances,  la  méthode 
se  révélait  efficace  :  par  ex.  le  P.  Alexandre  de  Rhodes, 
originaire  d'Avignon,  chez  les  populations  de  l'Annam 
etduTonkin,  gagnait  à  l'Évangile  des  dizaines  de  mil- 
liers de  nouveaux  chrétiens,  au  moment  où  la  mission 
du  Japon,  qui  avait  près  d'un  million  de  fidèles,  était 
en  train  de  sombrer  dans  la  persécution. 

Le  Catalogue  de  la  bibliothèque  du  Pél'ang,  comprenant 
4  101  ouvrages  préservés,  a  été  publié  par  la  mission  catho- 
lique des  lazaristes  à  Pékin  (1944-1949).  C'est  de  cet  ancien 
fonds  qu'est  sortie  la  littérature  chrétienne  chinoise;  cf., 
pour  la  période  de  1514  à  1688,  Les  adaptations  chinoises 
d'ouvrages  européens,  par  H.  Bernard,  dans  Monumenta 
Serica,  x,  194.5,  p.  1-57,  309-388;  la  seconde  partie,  de  1689 
à  1860,  n'a  pas  encore  été  publiée.  Le  meilleur  ouvrage 
d'ensemble  sur  la  Compagnie  de  .Jésus  demeure  celui  du 
P.  Louis  Pfister,  Notices  biographiques  et  bibliographiques 
sur  les  jésuites  de  l'ancienne  mission  de  Chine,  Shanghaï, 
1932-1934,  2  vol.  La  monographie  partielle  de  Mgr  Noël 
Gubbels,  Trois  siècles  d'apostolat.  Hist.  du  catholicisme  au 
Houkwang  (1587-1870),  Pékui,  1934,  a  utilisé  les  sources 
imprimées. 

1°  L'arrivée  des  missionnaires  de  Manille  (1631).  — 
Jusqu'en  1631,  les  seuls  missionnaires  stables  de  la 
Chine  appartenaient  à  la  Compagnie  de  Jésus.  A  la 
faveur  de  la  désorganisation  croissante  de  l'empire 
des  Ming,  les  consignes  policières  se  relâchèrent  de 
plus  en  plus,  surtout  dans  les  provinces  excentriques, 
comme  le  Foukien.  Grâce  aux  émigrants  chinois,  qui 
s'étaient  fixés  assez  nombreux  aux  Philippines,  sur- 
tout dans  un  faubourg  de  Manille,  les  religieux  espa- 
gnols continuaient  à  caresser  l'espoir  de  se  servir  de 
leurs  établissements,  en  particulier  de  l'île  Formose, 
comme  de  tremplins  pour  aborder  le  continent.  Il  est 
vrai  que  les  privilèges  de  la  couronne  portugaise  pa- 
raissaient s'y  opposer  et,  pour  ce  motif,  les  membres 
de  la  Compagnie  de  Jésus  s'étaient  vu  interdire  par 
leur  général  Acquaviva  (à  la  suite  des  démarches  im- 
prudentes du  P.  Alonso  Sanchez  en  1582-83)  de  s'y 
rendre  par  une  autre  voie  que  celle  de  Lisbonne,  Goa 
et  Macao;  mais  les  Espagnols,  en  général,  contestaient 
le  bien-fondé  de  cette  exclusive  portugaise  et  la  Con- 


grégation de  la  Propagande,  fondée  à  Rome  en  1622, 
s'efforçait  de  restreindre  des  monopoles  qui  gênaient 
la  liberté  de  l'évangélisation. 

En  1631  le  dominicain  Ange  Cocchi,  puis  peu  après 
en  1633  le  dominicain  Juan  Morales  et  le  franciscain 
Antonio  a  Sancta  Maria  purent  se  faire  déposer  sur  la 
côte  chinoise.  Ils  trouvèrent  asile  dans  certaines  chré- 
tientés du  jésuite  Aleni.  Celui-ci  était  d'origine  ita- 
lienne. A  ce  titre,  avec  beaucoup  de  ses  confrères,  il 
devait  tenir  grand  compte  des  susceptibilités  des  auto- 
rités civiles  portugaises  qui  avaient  (comme  les  Espa- 
gnols d'ailleurs  dans  leurs  domaines),  à  plusieurs  re- 
prises, manifesté  leur  intention  de  renvoyer  chez  eux 
tous  les  missionnaires  originaires  d'autres  nations. 
Le  siège  épiscopal  de  Macao  était  vacant  depuis  long- 
temps :  les  vicaires  généraux,  ou  administrateurs,  s'y 
remplaçaient  fréquemment  et  ignoraient  presque  tout 
de  l'intérieur  de  la  Chine.  Quant  aux  jésuites  de  l'Em- 
pire, extrêmement  dispersés  et  soumis  à  des  obédiences 
politiques  diverses,  ils  venaient  seulement  de  conclure 
péniblement  de  longues  controverses  sur  les  termes  à 
employer  dans  la  présentation  du  christianisme  (con- 
férence de  Kiating).  Voir  l'art,  suivant,  Chinois 
(Rites). 

Il  faut  reconnaître  que  les  apparences  extérieures 
des  chrétientés  chinoises,  encore  plus  que  celles  des 
chrétientés  japonaises,  devaient  sembler  étranges  à 
ceux  qui  venaient  des  Églises  occidentalisées  de 
l'Amérique  latine  ou  des  Philippines.  Comme  déjà 
Alonso  Sanchez  et  plusieurs  jésuites  de  Manille  vers 
1583,  les  premiers  franciscains  et  dominicains  débar- 
qués sur  le  continent  ne  cachèrent  pas  leur  surprise. 
Par  la  suite  leurs  objections  se  concentrèrent  princi- 
palement sur  les  rites  envers  les  esprits  protecteurs  des 
cités,  les  morts  et  Confucius,  mais  au  début  ils  remi- 
rent en  question  une  multitude  de  points  qui  leur  fai- 
saient difficulté  :  le  port  du  costume  chinois,  l'adop- 
tion d'un  nom  chinois,  la  réserve  dans  l'exposition  du 
crucifix  en  public,  les  usages  de  civilité,  les  présents 
aux  mandarins,  la  tolérance  des  taux  d'emprunt  usu- 
raires,  les  fêtes  du  calendrier  traditionnel,  etc.,  en  un 
mot  tout  un  ensemble  d'usages  nationaux,  aisés  à 
supprimer  quand  on  pratiquait  la  politique  de  la 
«  table  rase  »  comme  en  Nouvelle-Espagne,  mais  diffi- 
ciles à  éliminer  quand  on  croyait  devoir  «  s'adapter  •  à 
une  antique  civilisation. 

L'entente  était  donc  malaisée,  même  entre  les  mem- 
bres de  la  Compagnie  de  Jésus.  Certains  jésuites  de 
Macao,  ainsi  que  l'avait  constaté  le  P.  de  Rhodes, 
n'étaient  guère  plus  favorables  aux  coutumes  chi- 
noises que  d'autres  de  leurs  confrères  de  Goa  aux  cou- 
tumes indiennes.  Et  même  parmi  les  missionnaires 
jésuites  de  l'intérieur  de  la  Chine,  il  y  avait  des  sources 
profondes  de  dissentiments  :  tous  par  ex.  acceptaient 
que  les  Pères  de  Pékin  collaborassent  à  la  réforme  du 
calendrier;  mais,  quand  le  P.  Schall  sera  sollicité  par 
les  Mandchoux  d'accepter  la  charge  officielle  du  Tri- 
bunal d'astronomie,  il  rencontrera  une  opposition 
déterminée  de  plusieurs  de  ses  confrères,  entre  autres 
du  P.  Aleni,  un  des  chefs  pourtant  des  "  sinicisants  »  : 
on  lui  reprochera  de  collaborer  à  des  superstitions, 
et  la  controverse  ne  sera  définitivement  résolue  en 
faveur  de  son  successeur,  le  P.  Ferdinand  Verbiest, 
que  par  un  bref  du  pape. 

Ainsi  peut-on  s'expliquer  pourquoi  et  comment 
surgit  la  discussion  des  rites  chinois.  Les  premiers 
«  adversaires  »  des  rites,  pour  la  plupart  religieux  des 
Philippines,  avaient  le  droit  et  le  devoir  de  faire  exa- 
miner la  question,  une  fois  celle-ci  posée  à  leur  esprit, 
par  les  autorités  compétentes  :  sur  place  d'abord  (ce 
qui  était  absolument  impossible),  à  Macao  ensuite 
(ce  qui  n'était  guère  plus  praticable),  à  Manille  après 
cela  (où  l'intervention  maladroite  du  jésuite  Robe- 


709 


CH 


INE 


710 


redo  vint  tout  gâter),  enfin  à  Rome  même  (avec  les 
mémoires  du  dominicain  Juan  de  Moralès,  répondant  à 
l'apologie  du  jésuite  espagnol  homonyme  Diego  Mora- 
lès, aidé  par  le  P.  Rubino,  visiteur  de  Chine  et  futur 
martyr  du  Japon). 

L'on  aurait  tort  d'ailleurs  de  croire  que  cette  con- 
troverse ait  eu,  dès  l'abord,  de  sérieux  effets  sur  la 
marche  d'ensemble  de  la  chrétienté.  Les  réactions 
défavorables  à  l'entrée  des  missionnaires  des  Philip- 
pines se  limitèrent  presque  exclusivement  à  la  pro- 
vince du  Foukien,  par  suite  des  troubles  politiques  et 
économiques,  et  même  en  ces  points  les  attaques  de 
corsaires,  tels  que  Coxinga,  donnaient  aux  lettrés  chi- 
nois bien  d'autres  soucis.  Les  progrès  du  banditisme 
dans  presque  toutes  les  autres  provinces,  les  batailles 
des  Mandchoux  à  la  frontière  septentrionale,  les  trou- 
bles causés  par  les  eunuques  de  la  cour  accaparaient 
l'attention.  Enfin,  les  événements  d'Europe  vinrent, 
momentanément  du  moins,  interrompre  les  discus- 
sions en  Extrême-Orient  :  la  révolution  nationale  de 
Lisbonne,  en  1640,  rompit  les  liens  qui  rattachaient 
les  Portugais  de  Macao  aux  Espagnols  de  Manille, 
tandis  que  les  Hollandais,  installés  en  Indonésie  de- 
puis 1605,  acquéraient  progressivement  la  maîtrise 
effective  de  l'océan  Indien  et  succédaient  aux  Portu- 
gais pour  ce  qui  restait  du  monopole  commercial  des 
Occidentaux  à  Nagasaki  (1639). 

Avec  le  répertoire  d'Arthur  W.  Hummel,  Eininent  Cliinese 

01  the  Ch'ing  Period  (1644-1912),  Washington,  1943-1944, 

2  vol.,  l'on  peut  reconstruire  l'histoire  de  la  Chine  sous  la 
dynastie  mandchoue.  I^es  documents  des  franciscains  sont 
publiés  par  le  P.  Van  den  Wyngaert,  loc.  cit.,  ii-iv,  1933- 
1940;  l'histoire  de  leur  retour  en  Chine  a  été  écrite  par  le 
P.  O.  Maas,  Die  Wiederôffnimg  der  Franziskanermission  in 
China  in  der  Neuzeil,  Miinster-en-W.,  1926.  Le  Père  B.  M. 
Biermann  a  donné  l'histoire  de  la  venue  des  dominicains. 
Die  Anjânge  der  neueren  Dominikanermission  in  China, 
Miinster  en  W.,  1927.  Pour  les  augustins,  v.  B.  Martinez, 
Hisioria  de  las  misiones  augitsiinianas  en  China,  Madrid, 
1918.  Parmi  les  innombrables  écrits  restés  manuscrits,  il 
faut  signaler  le  mémoire  justiiicatif  composé  en  1640  à 
Manille  par  le  jésuite  Moralès,  d'après  les  explications  du 
visiteur  Rubino. 

//.   DE   L-INSTALLATION    DES    MANDCBOVX  (1644) 

A  LA  FIN  DU  XViii^  S.  —  1°  Le  premier  empereur 
mandchou,  Choen-tche  (1644-61),  el  l'interrègne  des 
quatre  régents  (1661-69).  —  Cette  époque  est  dominée 
par  la  personnalité  d'Adam  Schall;  ses  mémoires, 
heureusement  conservés,  sont  un  des  témoignages 
les  plus  instructifs  sur  la  période  de  transition.  Les 
Mandchoux  avaient,  depuis  longtemps,  entendu 
vanter  sa  compétence  en  astronomie.  Aussitôt  après 
l'occupation  de  Pékin,  Dorgon,  l'oncle  du  jeune  empe- 
reur, Choen-tche,  le  fit  mander  pour  lui  confier  la 
réforme  du  calendrier.  L'usage  chinois  voulait  qu'à 
chaque  nouvelle  dynastie  correspondît  un  nouveau 
calendrier.  Schall  fut  autorisé  à  garder  sa  résidence 
dans  la  partie  dite  mandchoue  de  la  cité,  et  enfin,  avec 
l'agrément  de  ses  supérieurs,  il  fut  contraint  d'accep- 
ter la  direction  du  Tribunal  d'astronomie.  Cette  con- 
fiance des  Mandchoux  attirera  au  P.  Schall  les  pires 
désagréments  de  la  part  de  plusieurs  de  ses  confrères, 
mais  elle  lui  permettra  de  protéger  les  chrétientés  dans 
les  zones  progressivement  soumises  par  les  nouveaux 
conquérants;  les  missionnaires,  en  se  déclarant  «  frères 
de  Schall  »,  s'assureront  la  sécurité.  Tout  au  Sud  les 
derniers  prétendants  Ming  essayèrent  bien  de  se  dé- 
fendre dans  une  lutte  désespérée;  ils  eurent  eux  aussi 
pour  conseiller  un  jésuite,  le  P.  Kolfler,  et  ils  dépêchè- 
rent même  le  P.  Boym  vers  Rome  dans  une  ambassade 
au  pape,  qui  devait  d'ailleurs  être  sans  lendemain. 

A.  Schall  est  le  véritable  successeur  de  M.  Ricci,  de 
1630  à  1666;  le  Flamand  Ferdinand  Verbiest  le  rem- 
placera à  son  tour,  de  1669  à  1688.  Ricci,  Schall,  Ver- 


biest, en  effet,  ont  été  véritablement  les  «  paraton- 
nerres »  du  christianisme  ou,  si  l'on  préfère  la  compa- 
raison habituellement  employée  dans  les  documents 
du  temps,  ses  «  piliers  »  à  une  époque  où  rien  d'autre 
n'était  possible.  On  ne  peut  que  leur  être  reconnais- 
sant d'avoir  démontré  ainsi  par  les  faits  que  la  pro- 
pagation de  l'Évangile  est  possible  sans  intervention, 
même  indirecte,  d'une  puissance  séculière.  Au  cime- 
tière historique  de  Chala,  près  de  Pékin,  leurs  trois 
tombes  sont  réunies.  A.  Schall  a  donc  tiré  les  consé- 
quences des  prémisses  posées  par  Ricci  :  ce  n'est  pas  un 
mince  mérite.  On  lui  a  pourtant  reproché  certaines 
inégalités  de  caractère  :  tour  à  tour  un  peu  brusque 
avec  les  uns  et  trop  faible  avec  d'autres.  Ayant  dû,  sur 
l'ordre  de  son  supérieur,  accepter  la  dignité  de  man- 
darin, il  se  conforma  à  l'usage  imprescriptible  de  l'Em- 
pire en  adoptant  un  fils;  de  là  une  rumeur  infâme  qui 
se  propagea  jusqu'en  Europe,  et  qui  s'explique  en 
partie  par  la  situation  prépondérante  que  ce  «  fils  » 
adoptif  se  permit  de  prendre  dans  les  affaires  person- 
nelles de  Schall.  F.  Verbiest  (de  1669  à  1688),  avec 
plus  de  sérénité,  remplit  lui  aussi  le  rôle  ingrat  de  pro- 
tecteur de  la  chrétienté;  par  les  services  les  plus  astrei- 
gnants à  la  cour,  il  assura  une  liberté  relative  d'action 
aux  autres  missionnaires  dans  les  provinces. 

Il  faut  lire  dans  les  mémoires  autographes  de  Schall 
la  succession  incroyable  d'événements  qui  firent  de  lui, 
durant  plusieurs  années,  un  confident  de  la  mère  de 
l'empereur  Choen-tche  et  un  conseiller  de  ce  dernier. 
Choen-tche,  au  mépris  de  l'étiquette,  alla  lui  rendre 
visite  familière  jusqu'à  vingt-quatre  fois  dans  sa  rési- 
dence; il  l'appelait  Mafa,  «  Père  »,  jusqu'au  jour  où 
une  passion  insensée  pour  la  femme  d'un  de  ses  offi- 
ciers tartares  le  rallia  aux  pratiques  extrêmes  du  la- 
maïsme. La  mort  de  l'enfant  de  cette  femme,  puis  de 
la  mère  elle-même,  et  enfin  de  Choen-tche  malade  de 
la  petite  vérole  est  assurément  un  des  épisodes  les 
plus  dramatiques  de  l'histoire.  Schall  fut-il  pour  quel- 
que chose  par  ses  conseils  dans  le  choix,  in  extremis,  de 
l'enfant  qui  se  rendra  célèbre  comme  empereur  K'ang- 
hi  (1661)?  Ce  n'est  pas  impossible.  Il  expiera  d'ailleurs 
cruellement  cette  faveur,  car,  après  avoir  été  d'abord 
protégé  et  loué  par  les  quatre  régents,  il  se  trouvera 
impliqué  dans  un  procès  de  lèse-majesté  à  propos  des 
décisions  de  son  Tribunal  d'astronomie  (1665).  Atteint 
d'une  congestion  cérébrale,  il  échappera  de  justesse  au 
supplice  d'être  coupé  en  morceaux;  sa  résidence  sera 
confisquée  par  son  rival  musulman  Yang  Koang-sien, 
et  il  ne  tardera  pas  à  mourir  confiné  au  Tong-t'ang 
(1666),  autre  résidence  de  Pékin,  où  il  végétait  avec 
trois  autres  Pères  (parmi  lesquels  son  jeune  et  coura- 
geux assesseur  F.  Verbiest). 

Entre  1650  et  1664,  le  nombre  des  chrétiens  était 
monté  de  150  000  à  250  000  environ;  ils  furent  subi- 
tement privés  de  pasteurs.  Presque  tous  les  mission- 
naires de  Chine,  y  compris  trois  dominicains  et  un 
franciscain,  avaient  été  appelés  à  Pékin,  puis  internés 
dans  la  résidence  de  Canton.  A  part  quelques  domini- 
cains espagnols  qui  réussirent  à  se  dissimuler  au  Fou- 
kien, il  ne  resta  donc  plus  pour  assurer  le  service  qu'un 
seul  prêtre,  le  Chinois  Grégoire  Lo,  dit  habituellement 
Lopez,  ancien  catéchiste  des  franciscains  et  plus  tard 
nommé  évêque  de  Nankin;  les  Instructions  de  la  Ste 
Église  sont  un  curieux  monument  de  ce  temps  de 
crise.  Par  ailleurs,  l'affaire  du  P.  Schall,  même  après 
avoir  été  réparée  par  le  P.  Verbiest,  laissera,  chez  beau- 
coup de  missionnaires,  une  profonde  méfiance  contre 
l'emploi  des  moyens  purement  humains  dans  l'apos- 
tolat. 

Parmi  tant  d'études  ou  de  documents  publiés  déjà  sur 
cette  période  (v.  un  choix  chez  le  P.  Dehergne,  op.  cit.,  694- 
698),  il  faut  signaler,  avant  tout,  Alf.  Vâth,  Johann  Adam 
Schall  von  Bell,  S.  J.,  Cologne,  1933,  et  la  Correspondance  de 


711 


CHINE 


712 


Ferdinand  Verbiest,  éditée  par  les  Pères  Josson  et  Willaert, 
Bruxelles,  1938.  Les  notices  composées  par  le  P.  Henri  Bos- 
nans  sur  les  jésuites  belges  abondent  en  détails  peu  connus 
(par  ex.  Revue  des  questions  srientif.,  Louvain,  1912). 

2"  Intervention  de  la  Congrégation  de  la  Propagande. 
■ — •  Depuis  longtemps,  il  était  évident  que  le  patronado 
portugais  et  le  patronato  espagnol,  après  avoir  rendu 
d'immenses  services  à  l'Église,  restreignaient  de  plus 
en  plus  la  liberté  d'action  de  la  papauté  sans  remplir 
toujours  les  obligations  prévues.  Le  S. -Siège  essaya 
d'abord  de  faire  appel  à  des  religieux  d'autres  natio- 
nalités, dominicains,  récollets,  capucins,  jésuites,  laza- 
ristes. Les  résultats  restèrent  imparfaits.  Ces  religieux 
continuaient  de  dépendre  de  leurs  supérieurs  respec- 
tifs, dont  les  vues  ne  concordaient  pas  nécessairement 
avec  celles  de  Rome;  les  différents  ordres  ne  collabo- 
raient pas  toujours  entre  eux  de  bonne  grâce,  et  tous 
ces  missionnaires,  souvent  isolés  ou  peu  nombreux, 
travaillaient  sans  coordination,  parfois  au  gré  de  leur 
caprice  personnel.  Comme  ils  n'étaient  pas  revêtus  du 
caractère  épiscopal,  leurs  pouvoirs  limités  ne  leur  per- 
mettaient pas  de  fonder  véritablement  des  Églises 
nouvelles.  Après  quelques  échecs  douloureux,  la  solu- 
tion pratique  fut  suggérée  à  Rome  grâce  au  jésuite 
avignonnais  Alexandre  de  Rhodes,  qui  vint  y  plaider 
la  cause  des  nouveaux  chrétiens  d'Indochine,  en  pas- 
sant par  la  voie  des  Hollandais  (Java,  Surate,  Perse, 
Proche-Orient). 

La  Congrégation  de  la  Propagande  voulait  assurer, 
aux  missions,  des  prêtres  et  des  évêques  qui  ne  seraient 
plus  ou  ne  sembleraient  plus  être  les  instruments  d'un 
pouvoir  temporel  quel  qu'il  fût.  Les  évêques,  dépour- 
vus de  juridiction  propre,  demeureraient  uniquement 
les  délégués  du  pape,  ce  seraient  des  «  vicaires  aposto- 
liques ».  Ils  furent  recrutés  d'abord  parmi  les  Français, 
malgré  les  inconvénients  de  l'esprit  gallican  d'alors, 
a  Évêques  vagues  »,  dira  d'eux  ironiquement  l'Assem- 
blée du  clergé  de  France,  en  ajoutant  :  «  Par  l'inutilité 
de  leur  ministère  et  le  défaut  de  leur  subsistance...,  ils 
avilissent  la  dignité  de  l'épiscopat.  »  La  Congrégation 
de  la  Propagande  laissa  parler  les  esprits  critiques. 
Elle  s'y  reprit  à  trois  fois  (de  1690  à  1696)  pour  frac- 
tionner en  une  quinzaine  de  juridictions  ecclésiastiques 
l'immense  territoire  jusqu'alors  régi  seulement  par 
l'évêque  de  Macao  ou,  plus  habituellement,  à  son  dé- 
faut, par  de  simples  administrateurs. 

Elle  désirait  bien  davantage  :  imposer  à  tous  les 
prêtres,  sans  distinction  d'ordre  ou  de  nationalité,  un 
serment  d'obéissance  absolue  aux  vicaires  apostoli- 
ques. Dans  les  territoires  d'obédience  portugaise,  la 
plupart  des  religieux  le  refusèrent  d'abord,  puis  ils  s'y 
soumirent  en  grand  nombre,  jusqu'au  jour  où  l'oppo- 
sition décidée  de  l'Espagne  obligea  Rome  à  supprimer 
l'obligation  de  ce  serment.  L'essentiel  de  la  réforme 
demeura  d'ailleurs  acquis,  puisque,  même  avec  les 
atténuations  qu'obtint  le  Portugal  en  Chine  pour  les 
évêchés  de  Macao,  Nankin,  et  Pékin,  la  plus  grande 
partie  des  nouvelles  divisions  ecclésiastiques  fut  con- 
fiée à  des  vicaires  apostoliques. 

L'ouvrage  de  Mgr  Henri  Chappoulie,  Rome  et  les  missions 
d'Indochine  au  XVII'  s.,  Paris,  1943  et  1948,  2  vol.,  expose 
en  détail  cette  histoire  complexe  jusqu'à  la  fin  de  1688. 

Pour  la  Société  des  Missions  étrangères  de  Paris,  il  faut  se 
reporter  aux  divers  ouvrages  d'Adrien  Launay  :  Hist.  géné- 
rale de  la  Soc.  des  Missions  étrang.,  Paris,  1894,  3  vol.; 
Mémorial  de  la  Soc.  des  Missions  étrang..  Vannes,  1916, 
2  vol.,  etc.  M.  Baudiment  a  écrit  la  biographie  de  François 
Fallu...,  Paris,  1934. 

3°  Le  début  du  règne  eftectif  de  l'empereur  K'ang-hi 
(1668-93).  — •  Le  tout  jeune  empereur  K'ang-hi  avait 
attendu  impatiemment  à  Pékin  le  jour  de  sa  majorité 
(1667)  pour  se  venger  des  brimades  que  lui  avait  infli- 
gées ses  quatre  régents.  Un  de  ses  premiers  actes  fut 


de  réhabiliter  la  mémoire  d'A.  Schall,  à  l'occasion 
d'une  série  d'expériences  astronomiques  que  dirigea 
F.  Verbiest.  Ce  dernier  fut  rétabli  dans  la  charge  et 
les  dignités  de  Schall  et,  après  quelque  temps  (1671), 
obtint  pour  les  internés  de  Canton  la  permission  de 
regagner  leurs  missions  respectives.  L'on  allait  revoir 
les  beaux  jours.  Verbiest,  en  effet,  par  sa  calme  énergie 
et  son  esprit  équilibré,  se  fit  de  plus  en  plus  apprécier 
par  le  perspicace  souverain,  qui  avait  compris  pour 
son  peuple  l'utilité  de  s'approprier  les  sciences  de 
l'Occident.  De  nouveau,  les  «  Pères  de  Pékin  »  (Ver- 
biest et  ses  collaborateurs)  purent  s'employer  à  régler, 
auprès  des  vice-rois  ou  préfets  locaux,  les  affaires 
qu'attirait  un  afflux  croissant  de  missionnaires  :  fran- 
ciscains, dominicains,  augustins,  prêtres  des  Mis- 
sions étrangères  de  Paris,  bientôt  «  Propagandistes  » 
et  prêtres  de  la  congrégation  de  la  Mission  (lazaristes). 
Mais  la  mission  portugaise  des  jésuites  se  recrutait 
mal,  même  parmi  les  provinces  non  portugaises  de 
l'ordre;  les  autorités  de  Lisbonne,  de  Goa  et  de  Macao 
se  montraient  plus  susceptibles  que  jamais  sur  les 
voies  d'accès  à  la  Chine  en  dehors  de  la  leur  et  s'oppo- 
saient à  la  venue  des  vicaires  apostoliques.  Un  nombre 
croissant  de  missionnaires,  surtout  de  l'intérieur, 
voyaient  la  solution  dans  le  recrutement  d'un  clergé 
chinois;  le  P.  Buglio  prépara  une  série  de  traductions 
en  vue  d'une  «  liturgie  chinoise  »  :  cela  n'aboutit  pas. 
Toutes  sortes  d'obstacles  empêchaient  alors  l'accès  au 
sacerdoce  pour  d'autres  que  des  hommes  mûrs,  veufs, 
incapables  de  s'assujettir  aux  longues  études.  Il 
faudra  s'y  reprendre  plus  tard.  Verbiest  profita  du 
retour  en  Europe  du  Père  wallon  Couplet  pour  y  faire 
connaître,  spécialement  à  la  cour  de  Versailles,  les 
besoins  immenses  de  la  Chine.  Rien  ne  pouvait  séduire 
davantage  le  roi  Soleil,  Louis  XIV;  en  1685,  il  utilisa 
une  ambassade  siamoise  pour  envoyer  en  Extrême- 
Orient  six  de  ses  «  mathématiciens  ».  Cinq  d'entre  eux, 
conduits  par  le  P.  de  Fontaney,  réussirent  à  débarquer 
à  Ningpo  dans  le  Tchekiang;  en  se  déclarant  «  frères  de 
Verbiest  »,  ils  obtinrent  finalement  l'autorisation  de 
gagner  la  capitale.  Ils  y  arrivèrent  huit  jours  après  la 
mort  de  Verbiest  (3  févr.  1688).  Venus  pour  ainsi  dire 
en  fraude  du  privilège  des  Portugais,  ils  eurent  quelque 
mal  à  s'y  faire  accepter,  mais  enfin  grâce  aux  services 
rendus  (le  P.  Gerbillon  aida  à  négocier  le  traité  de 
Nertchinsk  avec  les  Russes  en  1689)  ils  reçurent  de 
K'ang-hi  un  terrain  pour  y  construire  la  mission 
française,  tout  près  du  palais  impérial.  Il  y  eut  désor- 
mais à  Pékin  deux  établissements  de  la  Compagnie  de 
Jésus,  l'ancienne  mission  portugaise  et  la  nouvelle 
mission  française.  Sous  ce  double  patronage,  l'Église 
de  Chine  continua  de  se  développer,  plus  en  nombre 
d'ailleurs  qu'en  qualité,  car  les  lettrés  chinois,  avilis 
par  le  régime  mandchou,  n'avaient  plus  la  vigoureuse 
indépendance  de  caractère  de  leurs  prédécesseurs  à 
la  fin  des  Ming.  Quant  aux  Mandchoux  eux-mêmes, 
promptement  sinicisés,  dans  cette  religion,  par  ail- 
leurs si  conforme  à  la  raison,  ils  trouvaient  trop 
d'obstacles  à  leurs  passions.  K'ang-hi,  malgré  l'oppo- 
sition de  plusieurs  des  hauts  fonctionnaires,  accorda 
en  mars  1692,  sur  les  instances  des  Pères  de  Pékin,  un 
décret  assez  timidement  libellé  qui  pourra  être  inter- 
prété comme  la  première  charte  de  liberté  du  christia- 
nisme. On  s'efforça  de  recruter  plus  activement  un 
clergé  chinois  :  les  résultats  ne  se  firent  sentir  sérieu- 
sement qu'au  siècle  suivant.  Diverses  tentatives  de 
liturgie  chinoise  échouèrent,  bien  que  sanctionnées  en 
1616  par  un  décret  romain. 

Il  n'existe  aucun  ouvrage  d'ensemble  sur  cette  période, 
mais  d'assez  nombreux  travaux  de  détail,  qui  sont  trop 
souvent  influencés  par  les  préoccupations  nationales  ou  les 
soucis  d'édification.  Beaucoup  de  correspondances  sont 
encore  inédites  :  Mgr  Bernardino  délia  Chiesa,  O.  F.  M.  ;  le 


713 


CH 


INE 


714 


p.  Antoine  Thomas,  S.  M.  Charmot,  des  Missions  étran- 
gères de  Paris... 

4"  Les  dernières  années  de  K'ung-lii  (1700-22).  — 
Entre  les  jésuites  de  Pékin  et  l'empereur  K'ang-hi,  on 
ne  peut  nier  qu'il  y  eût  un  certain  malentendu.  Les 
premiers  voulaient  bien  rendre  des  services  et  tra- 
vailler, comme  ils  disaient,  en  «  esclaves  à  la  cour  », 
mais  pour  obtenir  ainsi  la  tolérance  bienveillante  du 
christianisme;  le  souverain,  de  son  côté,  acceptait 
sans  doute  de  les  couvrir  de  sa  discrète  protection, 
mais  sous  réserve  de  recevoir  d'eux  tous  les  secrets  de 
la  grandeur  de  l'Occident.  L'Europe,  en  effet,  par  les 
progrès  des  Russes  au  Nord  et  l'allluence  des  navires 
de  diverses  nationalités  au  Sud,  s'imposait  peu  à  peu 
à  l'attention  de  l'Extrême-Orient;  plusieurs  lettrés  eu 
Chine  recommandaient  déjà  une  attitude  analogue  à 
la  politique  de  réclusion  du  Japon  d'alors. 

Il  y  avait  une  autre  source  plus  profonde  de  désac- 
cord entre  les  missionnaires  catholiques  et  l'empereur 
mandchou.  Jamais  cet  autocrate  n'aurait  pu  imaginer 
qu'une  juridiction  du  dehors  —  celle  du  Souverain 
pontife  —  revendiquât  certains  droits  sur  la  conscience 
de  ses  sujets  chrétiens.  Les  supérieurs  de  la  Compa- 
gnie de  Jésus  dissimulaient  le  plus  qu'ils  pouvaient 
leur  dignité  et,  lors  de  l'institution  des  vicaires  apos- 
toliques, ce  fut  un  des  motifs  pour  lesquels  le  P.  Ver- 
biest  déconseilla  la  venue  de  Mgr  Pallu  à  Pékin. 

Mais  réussirait-on  à  maintenir  indéfiniment  K'ang- 
hi  dans  l'ignorance  sur  l'organisation  hiérarchique, 
essentielle  au  catholicisme?  Ce  fut  à  l'occasion  de  la 
légation  du  cardinal  de  Tournon  (arrivé  en  Chine  en 
avr.  1705,  à  Pékin  le  4  déc,  renvoyé  de  Pékin  le 
28  août  1706)  que  se  fit  cette  révélation,  et  dans  les 
circonstances  défavorables  qui  accompagnèrent  l'in- 
terdiction des  rites  chinois  (voir  l'art.  Chinois  [Rites]). 
K'ang-hi  lança  un  édit  obligeant  tous  les  missionnaires 
à  se  déclarer  aux  tribunaux;  ils  devaient  en  outre  s'en- 
gager à  suivre  les  doctrines  et  pratiques  du  P.  Ricci. 
En  échange  on  leur  délivrait  un  diplôme  impérial 
(p'iao)  qui  les  autorisait  à  bénéficier  de  l'édit  de  tolé- 
rance de  1692;  mais  quiconque  n'aurait  pas  le  p'iao 
serait  expulsé  de  l'Empire.  Ce  fut  le  début  des  épreu- 
ves. En  1717,  il  ne  demeurait  plus  dans  tout  l'Empire 
que  quarante-sept  missionnaires  munis  du  p'iao.  Un 
certain  nombre  de  chrétientés,  surtout  dans  la  région 
de  Nankin-Shanghaï-Hangchow,  avaient  fondu  par 
suite  de  l'apostasie  de  familles  chrétiennes  distinguées. 

K'ang-hi  n'en  continuait  pas  moins  de  recourir  aux 
bons  offices  des  Pères  de  Pékin,  par  ex.  en  1709-18 
pour  lever  la  carte  de  l'Empire.  Une  seconde  légation 
pontificale  de  Mgr  Mezzabarba  (à  Pékin,  du  26  déc. 
1720  au  4  mars  1721)  n'améliora  point  les  affaires. 
K'ang-hi,  à  son  tour,  dépêcha  plusieurs  envoyés  au 
S.-Siège;  tous  moururent  ou  furent  arrêtés  en  chemin. 
Au  sujet  de  ces  démêlés,  les  historiens  se  partagent  en 
deux  camps,  majorant  ou  minimisant,  selon  leurs  ten- 
dances, les  effets  défavorables  de  ces  fâcheux  événe- 
ments. Il  semble  plus  exact  de  reconnaître  qu'au  début 
des  mesures  prises  par  K'ang-hi  il  y  eut  presque  une 
panique  parmi  les  fidèles  et  leurs  prêtres;  mais  à  la 
longue  il  s'établit,  surtout  dans  certains  coins  écartés 
des  campagnes,  un  modus  Vivendi  qui  permit  au  chris- 
tianisme de  prendre  obscurément  racine  sans  rien 
sacrifier  de  son  orthodoxie  au  syncrétisme  des  Chi- 
nois d'alors.  Les  missionnaires,  au  prix  d'énormes 
dépenses  et  en  courant  de  grands  risques,  commencè- 
rent à  faire  sortir  de  Chine  plusieurs  jeunes  chrétiens, 
non  encore  fiancés,  pour  les  préparer  au  sacerdoce  : 
malgré  les  déchets  inévitables,  on  remédia  ainsi  par- 
tiellement à  la  crise  du  clergé. 

Plus  qu'en  aucune  autre  époque,  la  discussion  des  rites 
chinois  et  ses  multiples  répercussions  ont  obscurci  la  suite 
des  événements.  L'on  trouvera  une  liste  copieuse,  et  pour- 


tant incomplète,  des  écrits  puliliés  alors  dans  R.  Streit,  loc. 
cit.,  VII.  Le  résumé  de  Pastor  f  Geschichte  der  Pàpste...)  a 
été  rédigé  d'après  des  documents  de  première  main,  mais 
sans  connaissance  directe  de  l'Extrême-Orient  d'alors. 

5»  Sous  Yong-tcheng  (1722-36)  et  K'ien-long  (1736- 
96).  —  Après  la  mort  de  K'ang-hi  (déc.  1722),  son  fils 
Yong-tcheng  conserva  d'abord  une  attitude  officiel- 
lement tolérante  par  déférence  pour  la  mémoire  de  son 
père,  mais  bientôt  il  laissa  ses  subordonnés  commencer 
la  persécution  même  violente.  Peu  attiré  par  les  scien- 
ces ou  les  arts  de  l'Occident,  il  recourut  médiocrement 
aux  bons  offices  des  Pères  de  la  cour  :  l'existence  des 
missionnaires,  en  dehors  de  la  capitale,  fut  dès  lors 
sous  le  coup  d'une  dénonciation  imprévue  aux  manda- 
rins locaux. 

Avec  le  long  règne  de  K'ien-long  (soixante  années) 
certains  adoucissements  allégèrent  un  peu  cette  péni- 
ble situation,  mais  les  circonstances  du  monde  exté- 
rieur à  la  Chine  la  compliquèrent.  Malgré  l'apport 
croissant  de  prêtres  chinois,  le  nombre  des  mission- 
naires se  raréfia,  surtout  à  partir  de  la  suppression  de 
la  Compagnie  de  Jésus  au  Portugal  (1762),  en  France 
(1763)  et  finalement  dans  le  inonde  chrétien  (1773).  Le 
26  mai  1747,  Mgr  Sanz,  dominicain,  avait  été  décapité 
sur  ordre  du  gouverneur  du  Foukien;  le  12  sept.  1748, 
deux  jésuites,  les  PP.  Henriquez  et  de  Athemis,  étaient 
étranglés,  avec  deux  catéchistes  chinois,  à  Soutcheou. 
Ainsi  s'ouvrait  le  registre  des  martyrs  qui  ne  devait 
plus  guère  se  refermer. 

A  cette  époque,  l'Europe  connaissait  une  période  de 
«  sinophilie  »  grâce  à  la  mission  française  de  Pékhi 
(Lettres  édifiantes  et  curieuses,  1702  sq.  ;  Description 
de  la  Chine,  par  le  P.  du  Halde,  1735;  Mémoires  con- 
cernant les  Chinois,  en  15  t.,  1776-89),  mais  les  Chinois 
et  les  Mandchoux  se  désintéressaient  de  l'Occident. 
Parmi  les  trop  rares  recrues  européennes  (de  1760  à 
1810,  il  n'y  aurait  eu  que  204  missionnaires  entrés  en 
Chine),  les  prêtres  de  la  congrégation  de  la  Mission 
ou  lazaristes,  portugais  et  français,  se  distinguèrent; 
ils  furent  secondés  par  plusieurs  prêtres  chinois,  for- 
més principalement  au  séminaire  de  Naples. 

Ce  qui  est  surprenant,  ce  n'est  point  le  ralentisse- 
ment de  la  propagande  chrétienne,  au  milieu  de  tant 
d'événements  défavorables  dont  la  Révolution  fran- 
çaise marquera  le  point  culminant,  c'est  que  le  feu  se 
conserva  vivace  sous  la  cendre,  prêt  à  reprendre 
aussitôt  la  tourmente  passée.  L'on  estime  que  de 
300  000  environ  le  nombre  des  chrétiens  était  descendu 
à  un  peu  plus  de  200  000,  pour  le  début  du  xix^  siècle. 

Certains  épisodes  de  cette  période  de  «  catacombes  »  ont 
été  étudiés  d'après  les  documents  chinois.  Ainsi  Bernard 
H.  Willeke,  O.  F.  M.,  Impérial  Government  and  Catholic 
Missions  in  China  during  the  years  17S4-17S5,  New- York, 
1948.  Le  Journal  d'André  Ly  (1746-1763)  a  été  édité  par  le 
P.  Adrien  Launay,  des  Missions  étrangères  de  Paris,  Paris, 
1906;  celui-ci  a  écrit,  en  outre,  l'histoire  du  Kouangsi 
(Paris,  1903),  du  Kouy-lcheou  (1907-1908,  3  vol.),  du  5e- 
tclioan  (1920,  2  vol.),  du  Kouangtomj  (1917).  Le  livre  du 
P.  de  Rochemonteix,  Joseph  Amiot  et  les  derniers  survivants 
de  la  mission  française  à  Pékin,  Paris,  1915,  est  composé 
à  l'aide  de  nombreuses  lettres  et  de  rapports  originaux. 

///.  nV  DÉBUT  DV  XIX^  S.  A  LA  FIN  DE  UEMPIRE 

(1911).  —  Durant  toute  cette  période,  le  sort  du  chris- 
tianisme en  Chine  subit  de  plus  en  plus  le  contre-coup 
des  événements  extérieurs,  surtout  à  partir  de  la  guerre 
dite  de  l'opium  (1840);  mais  déjà,  sous  le  triste  règne 
de  Kia-k'ing  (1796-1821),  le  renouveau  d'expansion  de 
l'Europe  se  fit  sentir  par  l'entrée  en  ligne  des  mis- 
sions protestantes,  et  il  s'intensifia  jusqu'à  la  chute 
de  la  dynastie. 

Deux  tomes  de  la  Bibliotheca  missionum  du  P.  Streit 
étaient  prêts  pour  l'impression;  ils  ont  été  détruits  durant 
la  seconde  guerre  mondiale.  On  s'efforce  d'en  reconstituer 
le  manuscrit.  Pour  le  cadre  général,  J.  K.  Fairbank  et 


715 


CHINE 


716 


Kwang-ching  Liu  ont  établi  un  Bibliograpliical  Guide  lo 
modem  China,  Harvard,  1948. 

Avant  d'analyser  en  détail  les  diverses  phases,  plu- 
sieurs statistiques  serviront  de  guides  pour  cette  période 
(J.  Dehergne,  op.  et  loc.  cit.,  n.  40,  1949,  p.  747-61). 

Augmentation  moyenne  des  chrétiens  par  année 
De  1810  à  1850  (40  ans)  :    2  875; 
De  1850  à  1900  (50  ans)  :    7  810; 
De  1900  à  1910  (10  ans)  :  56  100. 


Nombre  de  chrétiens  et  de  prêtres 


Année 

Chrétiens 

Prêtres 
chinois 

Prêtres 
étrangers 

1810  . . 

215.000 

78 

35 

1815  . . 

221.790. 

89 

80 

1839  . . 

320.000? 

86 

72 

1845  .. 

345.000? 

90 

80 

1848  .. 

135 

100 

1850  .. 

330.000 

1870  . . 

383.941 

243 

301 

1880  .. 

483.403 

281 

471 

1890  .. 

568.628 

371 

626 

1900  .. 

741.562? 

471 

904 

1903  .. 

783.000 

514 

1.033 

1905  .. 

906.000 

547 

1.182 

1907  . . 

1.014.226 

577 

1.280 

1908  . . 

1.173.641 

621 

1.363 

1910  . . 

1.292.287 

667 

1.402 

Les  religieuses,  en  1900,  étaient  au  nombre  de  350 
Chinoises  et  730  Européennes.  Parallèlement,  avaient 
prospéré  les  instituts  de  frères  enseignants  (maristes) 
avec  le  concours  de  catéchistes  et  de  vierges  chinois. 

Aux  5  sociétés  anciennes  de  missionnaires  qui  repri- 
rent ou  continuèrent  leur  travail  apostolique  (francis- 
cains, jésuites,  dominicains,  Missions  étrangères  de 
Paris,  congrégation  de  la  Mission),  6  autres  de  fon- 
dation plus  récente  s'étaient  ajoutées  :  celles  du  Cœur 
Immaculé  de  Marie  (Pères  belges  de  Scheut  en  1864), 
des  Missions  étrangères  de  Milan  (en  1865),  du  Verbe 
divin  (Pères  allemands  de  Steyl,  en  1879),  des  salésiens 
de  S.-Jean  Bosco  (en  1902)... 


L'on  trouvera  chez  le  P.  Dehergne  les  litres  d'un  certain 
nombre  de  monographies  consacrées  à  ces  congrégations 
(op.  cit.,  494-Ô01,  767-768)  ou  à  des  personnalités  marquantes 
(502-513),  comme  Les  missionnaires  de  Scheut  et  leur  fonda- 
teur, par  .1.  Rutten,  Louvain,  1930.  La  oie  du  P.  Gonnel, 
écrite  par  le  P.  Becker  (Hokienfou,  1900),  peut  être  consi- 
dérée comme  typique  pour  la  vie  du  missionnaire  de  l'inté- 
rieur à  la  fin  de  l'Empire  chinois. 

Parallèlement,  s'étaient  multipliées  les  divisions 
ecclésiastiques,  en  passant  de  6  (en  1810)  à  7  (1831), 
13  (1840),  14  (1841),  18  (1850),  24  (1870),  28  (1885), 
38  (1888),  42  (1900),  47  (1910).  Le  tableau  ci-dessous 
permet  d'apprécier  la  densité  du  christianisme  par 
régions  ecclésiastiques  (selon  la  division  actuelle)  [le 
premier  chiffre  désigne  le  nombre  des  chrétiens;  le 
second,  celui  des  évêques  (vicaires  apostoHques);  le 
troisième,  celui  des  prêtres  proprement  appHqués  à 
l'évangélisation]. 

1°  Jusqu'aux  premiers  traités  (1797-1842).  —  Parmi 
les  catholiques,  la  reprise  fut  lente  et  pénible.  En  1793, 
quand  l'ambassadeur  anglais  Macartney  aborda  Pékin, 
le  Père  Raux,  supérieur  des  lazaristes  français  qui 
avaient  succédé  aux  jésuites  français,  estimait  que  le 
nombre  total  des  fidèles  ne  dépassait  pas  150  000. 
Malgré  les  apports  des  séminaires  de  Penang  (fondé 
par  les  Missions  étrangères  de  Paris,  au  début  du 
xix^  s.),  de  Pékin  (lazaristes  français),  de  Macao  (laza- 
ristes portugais),  le  nombre  des  prêtres  ne  cessait  de 
décroître.  Le  siège  épiscopal  de  Nankin  resta  vacant 
durant  quatorze  ans,  après  l'année  1790.  Le  dernier 
franciscain  espagnol  du  Ghantong  mourut,  dit-on,  en 
1797  sans  successeur.  En  1803,  il  n'y  avait  plus  à 
Pékin  que  cinq  lazaristes,  dont  trois  chinois.  L'Église 
semblait  mourir.  Sous  Kia-k'ing  (1796-1820)  et  Tao- 
koang  (1820-51),  diverses  persécutions  (1805;  1811; 
1814;  1816  :  martyre  du  franciscain  Jean  de  Triora; 
1819  :  martyre  du  Bx  Clet,  lazariste;  1829;  1836) 
paraissaient  devoir  l'achever. 

A  ce  moment  commencèrent  à  paraître  en  Extrême- 
Orient  les  pasteurs  protestants.  La  première  société 
missionnaire  moderne  avait  été  organisée  en  1792  par 
les  baptistes  d'Angleterre;  d'autres  la  suivirent, 
comme  la  Church  Missionary  Society  des  évangéliques 
en  1799  et,  en  1804,  la  British  and  Foreign  Bible  So- 
ciety. Aux  États-Unis,  en  1810,  se  fonda  V American 


Nombre  des  chrétiens,  des  vicaires  apostoliques  et  des  prêtres  par  régions 


"Vers 
1840-1845 

Vers 
1900-1901 

1905 

1910 

1.  Mongolie  

8  000  (?) 

10 

23  020 

2(?) 

78 

28  500 

2(?)  100 

43  000 

2 

109 

2.  Mandchourie  .... 

3  619  1 

1 

35  500 

2 

78 

41  600 

2 

97 

68  295 

3 

129 

3.  Hopeh  

10  841 

125  300 

4 

159 

174  100 

4 

191 

310  139 

5 

241 

4.  Shantung  

4  à  7  000 

46  300 

3 

84 

59  200 

3 

108 

95  497 

4 

167 

5.  Shansi  

8  000 

22  780 

2 

48 

28  700 

2 

54 

39  174 

2 

60 

6.  Shensi  

15  000 

30  600 

2 

55 

33  300 

2 

57 

36  605 

2 

62 

7.  Kansu  

2  000 

3  122 

1 

20 

3  320 

1 

28 

4  867 

1 

40 

8.  Kiangsu  

62  000  1 

14 

110  950 

1 

115 

123  601 

1 

129 

154  418 

1 

142 

9.  Anhwei  

411  0 

13  357 

0 

45 

21  618 

0 

49 

39  080 

0 

63 

2  000 

4 

13  300 

2 

34 

16  500 

2 

39 

27  850 

2 

58 

11.  Szechwan  

52  000  2 

39 

394  100 ( 

?)3 

210 

100  200 

3 

239 

118  622  (?) 

6 

270 

12.  Hupeh  

10  000  (?) 

34  974 

3 

81 

44  800 

3 

87 

62  000 

3 

104 

13.  Hunan  

3  200  (?) 

5  885 

2 

38 

7  700 

2 

41 

12  036 

2 

46 

14.  Kiangsi  

7  459 

21  500 

3 

48 

32  100 

3 

72 

47  455 

3 

86 

15.  Chekiang  

1  395 

9 

10  500 

1 

26 

20  700 

1 

38 

29  740 

2 

37 

16.  Fukien  

40  000  1 

59 

46  000 

2 

71 

2 

53  442 

2 

82 

16  000 

51  000 

3 

99 

3 

106  236  (?) 

3 

189 

18.  Kwangsi  

1  536 

1 

17 

3  200 

1 

28 

4  590 

1 

31 

19.  Kweichow  

1  000  (?) 

19  128 

1 

46 

23  785 

1 

46 

28  866 

2 

66 

1  à  4  000  (?)  1 

4 

10  390 

1 

37 

9  700 

1 

28 

12  234 

2 

46 

717 


CH 


INE 


718 


Board  of  Commissioners  for  Foreign  Studenls.  Aux 
nouveaux  venus,  l'accès  de  l'intérieur  de  l'Empire 
n'était  point  facilité,  comme  aux  catholiques,  par  les 
petits  noyaux  de  fidèles.  Il  leur  fallut  donc  se  contenter 
d'occuper  les  approches  de  la  Chine,  en  s'appliquant  à 
des  travaux  littéraires  (traduction  de  la  Bible  à  Seram- 
pore,  sous  la  direction  de  Marshman,  1806-1811;  acti- 
vité de  Robert  Morrison  comme  interprète  à  Canton  et 
Macao,  depuis  sept.  1807;  collège  anglo-chinois  à 
Malacca,  1814;  mission  des  Bouriates  chez  les  Mongols 
depuis  1817;  premiers  Américains  à  Canton,  en  févr. 
1830...). 

Dans  l'Europe  catholique,  se  préparaient  pourtant 
des  renforts  :  Louis  XVIII  aidait  au  rétablissement 
des  -Missions  étrangères  de  Paris  et  des  lazaristes;  la 
Congr.  de  la  Propagande,  restaurée  à  Rome  en  1814, 
reprenait  ses  activités;  l'Œuvre  de  la  propagation  de 
la  foi,  fondée  à  Lyon  en  1822  par  Pauline  Jaricot,  réu- 
nissait des  ressources  financières.  L'Autriche,  la  Ba- 
vière, la  Rhénanie,  la  Belgique,  le  nord  de  l'Italie  en- 
traient à  leur  tour  dans  cette  compétition  de  dévoue- 
ment, sans  parler  de  l'Espagne  et  du  Portugal  qui 
continuaient  à  aider  leurs  anciennes  chrétientés. 
L'heure  de  la  Chine  n'allait  pas  tarder  à  venir.  Dès 
1838-1839  Rome  y  créait  trois  nouvelles  divisions 
ecclésiastiques. 

.J.  de  Moidrey,  Conlesseiirs  de  la  joi  en  Chine  (  1784-1862 ), 
Shanghai,  1935,  donne  234  notices.  Le  P.  J.  de  la  Servière, 
Hist.  de  la  mission  du  Kiangnan  (1840-1899),  Shanghaï, 
1914,  2  vol.,  résume  les  principaux  événements. 

2»  L'avènement  du  protectorat  des  missions  clirétiennes. 
—  La  guerre  dite  de  l'opium  (1839-42)  eut  pour  consé- 
quence la  conclusion  d'un  traité  sino-anglais.  Il  n'y 
était  point  question  de  religion,  ni  non  plus  dans  les 
traités  suivants  de  la  Chine  avec  les  États-Unis  et  la 
France.  Le  négociateur  français,  Lagrené,  était  pour- 
tant soucieux  du  sort  des  chrétiens  et  de  leurs  pasteurs, 
n  profita  de  ses  bonnes  relations  avec  le  négociateur 
mandchou  Ki-ing  pour  faire  comprendre  aux  autorités 
de  Pékin  qu'elles  devaient  d'elles-mêmes  régler  ce  pro- 
blème, si  elles  voulaient  se  faire  admettre  dans  le  con- 
cert international  des  grandes  puissances.  De  là  deux 
édits  de  Tao-koang  (déc.  1841  et  févr.  1846)  qui  repre- 
naient en  les  élargissant  un  peu  les  concessions  faites 
par  K'ang-hi  en  1692.  Malheureusement  Ki-ing  fut 
disgracié  et  Tao-koang  mourut.  Sous  Hsien-fong 
(1851-61),  les  sévices  reprirent  contre  les  chrétiens  : 
Chapdelaine,  des  Missions  étrangères  de  Paris,  fut 
condamné  à  mort  par  les  tribunaux  (févr.  1856).  Au 
même  moment  sévissait  la  persécution  en  Annam  et 
au  Tonkin;  l'empereur  Napoléon  III,  sur  la  suggestion 
de  l'abbé  Hue,  fit  intervenir  ses  forces  militaires  pour 
obtenir  réparation  et  protection  par  les  traités  de  1858 
et  les  conventions  de  1860  :  premier  acte  du  protecto- 
rat français  pour  les  catholiques.  Sur  cet  exemple,  les 
protestants  anglo-saxons  obtinrent  eux  aussi  des  clau- 
ses privilégiées.  Ainsi  fut  consommée,  au  moins  mo- 
mentanément, la  rupture  avec  la  tactique  employée 
par  l'ancienne  mission  de  Chine,  depuis  le  P.  Ricci  :  on 
se  rapprochait  plus  ou  moins  de  la  méthode,  préconisée 
par  le  P.  Sanchez,  de  recours  au  bras  séculier.  Toute- 
fois, ni  les  protestants,  ni  les  catholiques  ne  paraissent 
en  avoir  éprouvé  du  scrupule.  D'ailleurs  les  mission- 
naires n'avaient  nullement  attendu  la  conclusion  de 
ces  accords  pour  rentrer  en  Chine  à  leurs  risques  et 
périls.  En  1841,  les  trois  premiers  jésuites  français 
étaient  arrivés  à  Shanghaï  pour  y  reprendre  l'œuvre  de 
leurs  devanciers.  Des  tractations  furent  même  enga- 
gées pour  leur  assurer  leur  ancienne  place  scientifique 
à  Pékin,  mais  les  temps  de  Choen-tche  et  de  K'ang-hi 
étaient  passés;  depuis  1826,  les  Européens  ne  parais- 
saient plus  au  Tribunal  d'astronomie.  La  Compagnie 
de  Jésus  s'installa  aussi  près  du  tombeau  de  Paul  Siu 


Koang-k'i  (Zikawei)  et,  avec  un  ensemble  d'œuvres 
directement  apostoliques  très  variées,  y  fonda  un 
observatoire  et  une  bibliothèque.  Les  lazaristes  ren- 
forçaient leurs  rangs  (de  1846  à  1859,  52  nouveaux 
prêtres)  et  les  dominicains  espagnols  du  Foukien 
reconstruisaient  en  nombre  leurs  chapelles;  mais 
c'était  surtout  la  Société  des  Missions  étrangères  de 
Paris  qui  assumait  des  charges  de  plus  en  plus  lourdes 
(Mandchourie,  Koangsi,  Koangtong,  Hainan).  Les 
congrégations  féminines  faisaient  elles  aussi  leur  appa- 
rition (1846,  sœurs  de  S.-Paul  de  Cluny;  1847,  filles  de 
la  Charité).  Presque  tous  ces  nouveaux  venus  étaient 
des  Français;  en  1858  arrivèrent  à  Hongkong  les  pre- 
miers représentants  du  séminaire  des  Missions  étran- 
gères de  Milan,  ils  furent  suivis  par  bien  d'autres. 

D'autre  part  de  nombreuses  sociétés  protestantes 
accouraient.  A  la  différence  des  catholiques,  elles 
étaient  obligées  de  se  cantonner  dans  les  villes  ou 
«  ports  à  traité  ».  Leur  attention  se  portait  particu- 
lièrement sur  le  colportage  et  la  diffusion  de  la  litté- 
rature chrétienne;  l'une  de  leurs  grandes  tâches  fut 
la  traduction  intégrale  de  la  Ste  Écriture.  Elles  eurent 
aussi  plus  de  loisirs  pour  l'étude  scientifique  de  la 
sinologie.  Enfin  elles  préparèrent  activement,  dans 
leurs  écoles  de  tous  degrés,  ainsi  que  dans  leurs  hôpitaux 
bien  équipés,  les  étapes  de  la  modernisation  appro- 
chante de  la  Chine. 

C'est  encore  à  Latourettc,  A  History  of  Christian  missions 
in  Cliina,  New- York,  1929,  que  nous  renverrions  pour  un 
exposé  synthétique  de  cette  période  et  des  suivantes. 
L'Hist.  des  relations  de  la  Chine  avec  les  puissances  occiden- 
tales, Paris,  1901-1902,  3  vol.,  écrite  par  H.  Cordier  sur  do- 
cuments, aurait  besoin  d'être  corrigée  poiu-  le  problème  du 
protectorat  des  missions.  La  troisième  partie  de  Sagesse 
chinoise  et  philosophie  chrétienne,  par  H.  Bernard,  Tientsin, 
1935,  p.  182-268,  esquisse  l'évolution  intellectuelle  de  la 
Chine. 

3°  Avant  l'explosion  des  Boxers  (1860-1900).  — 
L'heure  était  venue  où  l'Occident  imposait  de  force  à 
l'Extrême-Orient  ce  que  l'Église  catholique,  en  la 
personne  de  Ricci  et  de  ses  successeurs,  avait  offert 
d'une  manière  pacifique  et  persuasive.  Presque  au 
même  moment  que  la  Chine,  le  Japon,  hermétique- 
ment fermé  depuis  1639,  avait  dû  s'ouvrir  à  la  pres- 
sion occidentale  (commodore  Perry  à  Yokohama,  en 
1853)  :  une  puissante  classe  dirigeante  guidée  par 
l'empereur  Mei-ji  comprit  la  leçon  et  s'engagea  réso- 
lument dans  la  voie  de  la  modernisation. 

Il  n'en  fut  point  de  même  pour  la  dynastie  mand- 
choue des  Ts'ing  en  Chine.  En  même  temps  que  les 
armées  franco-anglaises  occupaient  Pékin  (1860),  une 
aide  étrangère  était  donnée  à  Tseng  Kouo-fan  pour 
triompher  de  la  redoutable  insurrection  des  T'aiping 
dans  la  vallée  du  Yang-tse.  Tseng  Kouo-fan,  instruit 
par  l'expérience,  voulut  reprendre  la  tentative  de 
modernisation  inaugurée  au  début  du  xvii«  s.  par  Paul 
Siu  Koang-k'i;  il  ne  fut  guère  écouté  par  les  siens.  Ce 
fut  surtout  par  l'intermédiaire  des  écoles  des  missions 
qu'une  infiltration  lente  des  idées  nouvelles  se  produi- 
sit. L'Occident  s'assura  presque  entièrement  le  mono- 
pole des  réalisations  techniques  (chemins  de  fer,  com- 
pagnies de  navigation,  télégraphe,  gabelle,  service  des 
douanes). 

Durant  cette  période  de  transition  encore  incertaine, 
les  missions  catholiques  s'attachèrent  principalement 
à  développer  leurs  établissements  de  campagne.  Ceux- 
ci,  sous  le  régime  du  protectorat  (convention  Berthemy 
en  1865  pour  l'achat  des  propriétés  en  Chine),  consti- 
tuèrent souvent  des  centres  privilégiés  d'ordre  et  de 
sécurité.  On  ne  peut  nier  que  la  progression  marquée 
du  nombre  des  chrétiens  s'explique  partiellement  par 
l'aide  qu'ils  recevaient,  par  ex.  dans  leurs  procès  ou  à 
l'occasion  de  famines,  mais  il  y  eut  encore  bien  d'au- 


719 


CHINE 


720 


1res  motifs  :  la  multiplication  d'œuvres  proprement  1 
religieuses,  avec  une  petite  armée  de  catéchistes  et  de  l 
vierges,  sous  la  direction  de  missionnaires  étrangers.  ; 
Après  les  sœurs  de  Charité  venues  en  1842,  d'autres 
congrégations  de  religieuses  avaient  suivi  :  canos- 
siennes  italiennes  en  1860,  auxiliatrices  des  âmes  du 
purgatoire  en  1868,  carmélites  en  1869,  franciscaines 
missionnaires  de  Marie  et  dominicaines  en  1886.  Il 
en  avait  été  de  même  pour  les  hommes  :  Pères  belges 
dits  de  Scheut  (1868),  Pères  allemands  du  Verbe  divin 
de  Steyl  (1882),  trappistes  (1883),  frères  maristes 
(1891),  salésiens  (1894).  La  Congr.  de  la  Propagande 
avait  sanctionné  cette  multiplication  par  la  création  de 
cinq  régions  ecclésiastiques  en  1879.  La  formation  de 
prêtres  chinois  s'intensifiait  aussi  dans  les  séminaires  : 
en  1885,  pour  35  vicaires  apostoliques,  273  prêtres  chi- 
nois et  453  étrangers,  avec  560  000  fidèles. 

Si  restreints  qu'étaient  encore  ces  résultats,  ils  heur- 
taient trop  souvent  les  préjugés  des  lettrés  conserva- 
teurs ou  de  la  foule  ignorante  pour  ne  pas  provoquer 
parfois  de  graves  incidents  (massacre  de  Tientsin  en 
1870).  Sous  la  pression  accrue  de  l'Occident  les  idées 
réformatrices  progressaient;  mais  les  «  Cent  Jours  »  de 
l'empereur  Koang-su  en  1898  furent  suivis  de  la  ré- 
pression énergique  de  la  terrible  impératrice  Tseu-hi. 
Les  chrétiens  furent  englobés  dans  la  vague  de  xéno- 
phobie qui  s'ensuivit;  durant  l'insurrection  des  Boxers 
(1900),  il  y  eut  beaucoup  de  martyrs. 

Hosca  Ballon  Morse,  The  Internalional  Relations  of  llie 
Chinese  Empire,  Londres,  1910-1918,  .3  vol.,  continue  et 
amplifie,  du  point  de  vue  anglais,  l'ouvrage  parallèle 
d'H.  Cordier.  Entre  autres  publications  sur  les  martyrs,  v. 
Flanchet,  Documents  sur  les  martyrs  de  Pékin  pendant  la  per- 
sécution des  Boxeurs,  Pékin,  1922,  2  vol. 

4°  La  chute  de  l'ancien  régime  (1900-11,  1917).  — 
Sept  nations  (parmi  lesquelles  le  Japon)  avaient  coo- 
péré pour  réprimer  l'insurrection  des  Boxers.  A  partir 


de  ce  moment,  les  jours  de  la  dynastie  étaient  comptés. 
Le  mouvement  irrésistible  de  modernisation  trouvait 
ses  chefs  parmi  les  étudiants  revenus  de  l'étranger  ou 
dans  les  écoles  d'enseignement  secondaire  ou  supérieur, 
surtout  protestantes  (la  première  université  catho- 
lique, de  l'Aurore  à  Sanghaï,  s'ouvrit  en  1903;  la  sui- 
vante, les  Hautes-Études  [Tsingkong]  de  Tientsin, 
seulement  en  1922;  et  Fu  Jen  de  Pékin  en  1924). 
Incontestablement,  les  missions  catholiques  commen- 
çaient à  connaître  une  certaine  popularité,  en  même 
temps  qu'elles  jouissaient  d'une  liberté  presque  en- 
tière; elles  en  profitèrent  pour  parachever  leur  orga- 
nisation (réseau  de  chrétientés,  écoles  de  prières  ou 
catéchuménats,  séminaires  pour  la  formation  du 
clergé,  dispensaires  et  hôpitaux...).  En  onze  ans,  le 
nombre  des  fidèles  fut  doublé  (passant  de  750  540  à 
1  431  258  en  1912);  on  en  trouvait  maintenant  dans 
presque  toutes  les  sous-préfectures,  sauf  en  certaines 
régions  montagneuses  ou  de  l'extrême  Nord-Ouest. 

A  cette  progression  marquée  ne  se  mêla-t-il  pas  cer- 
tains inconvénients?  Les  plus  sensibles  paraissent  bien 
être  venus  du  régime  de  protectorat  instauré  depuis 
1860.  La  situation  privilégiée  de  la  France  était  ja- 
lousée par  d'autres  puissances  européennes  (Alle- 
magne, Italie),  tandis  que  les  dirigeants  les  plus  éclai- 
rés de  la  Chine  se  prenaient  à  désirer  l'établissement  de 
relations  directes  avec  le  S. -Siège  :  le  projet  du  cardinal 
de  Tournon,  contrecarré  par  K'ang-hi,  commençait  à 
prendre  corps.  Il  n'était  pas  rare  d'entendre  regretter 
le  temps  où  le  christianisme  leur  avait  été  proposé 
sous  le  seul  prestige  de  la  science  et  de  la  culture. 

En  1905,  une  première  modification  s'introduisait 
dans  le  programme  des  examens  officiels.  On  peut  à 
peine  dire  que  la  monarchie  des  Mandchoux  fut  ensuite 
renversée  (10  oct.  1911);  elle  tomba  simplement,  et 
fut  remplacée  par  la  République.  Celle-ci  se  fit  parce 
que  l'Empire  se  disloquait.  Durant  quelque  temps 


Tableau  des 

Divisions 

Archevêchés 

47 

49 

52 

55 

66 

68 

73 

73 

78 

94 

100 

110 

117 

119 

121 

125 

129 

135 

137 

138 

139 

20  (3) 

20  (3) 

144 

20  (4) 

20  (4) 

Évêchés 


(Macao) 


83  (17) 

84  (17) 
87  (19) 
90  (22) 


Vicariats 


45 

48 
51 
56 

57  (?) 

61  (3) 

63  (2) 

63  (4) 

69  (6) 

71  (6) 

71  (8) 

75  (10) 

78  (12) 

80  (13) 

84  (13) 

85  (13) 

89  (13) 

90  (14) 

93  (15) 

94  (15) 

95  (15) 
99  (17) 

0 
0 
0 
0 


Préfectures 


2(?) 

2  (Kansu, 
Formose) 

2 
2 

9  (2) 

10  (2) 

10  (2) 

9  (2) 

12  (1) 

17  (4) 

17  (4) 

25  (5) 

29  (8) 

28  (7) 

28  (8) 

31  (9) 

36  (10) 

39  (10) 

46  (10) 

43  (9) 

43  (9) 

42  (9) 

38  (7) 

36  (7) 
35  (7) 

37  (7) 
34  (4) 


721 


CH 


INE 


722 


encore,  on  put  croire  que  l'ancien  état  de  choses  se 
continuerait  sous  de  nouveaux  maîtres.  La  «  révolu- 
tion littéraire  »  de  1917,  par  la  substitution  à  la  langue 
écrite  de  la  langue  parlée  comme  moyen  de  transmis- 
sion des  idées,  ruina  définitivement  le  monopole  du 
passé,  en  tournant  les  esprits  vers  l'avenir.  Les  cou- 
rants d'idées  les  plus  disparates  firent  désormais 
irruption,  par  delà  un  conservatisme  figé. 

En  des  sens  très  divers,  sinon  opposés,  L.  Kervyn,  Mé- 
thode de  l'apostolat  moderne  en  Chine,  Hongkong,  1911,  et 
les  publications  concernant  le  P.  Lebbe  (cf.  P.  Dehergne,  op. 
cit.,  505-506)  aident  à  comprendre  l'évoliilion  de  l'aposto- 
lat catholique  en  ces  années  de  transition. 

IV.  L'ÉPOQUE  CONTEMPORAINE  (1917-51).    Il  CSt 

sans  doute  trop  tôt  pour  porter  un  jugement  d'en- 
semble sur  des  événements  tout  proches  de  nous.  Le 
plus  sûr  est  donc  de  mentionner  les  principaux  points 
de  repère  chronologiques,  en  les  complétant  par  quel- 
ques statistiques  (J.  Dehergne,  op.  et  loc.  cit.,  n.  40, 
1949,  p.  747-61)  : 

1919  :  fin  de  la  première  guerre  mondiale; 

1922-1926  :  création  de  la  délégation  apostolique  en 
Chine,  premier  concile  de  Chine,  sacre  de  six  évêques 
chinois  par  le  Souverain  pontife  à  Rome  ; 

1927  :  unification  de  la  Chine  sous  le  régime  dit 
«  kouo-min-tang  »,  du  parti  communiste; 

1937-1945  :  «  incident  »  sino-japonais,  englobé  dans 
la  seconde  guerre  mondiale;  création  de  la  hiérarchie 
en  Chine,  nomination^d'un  nonce  apostolique  et  d'un 
cardinal  chinois;  triomphe  du  communisme  dans  toute 
la  Chine. 

En  1856,  des  trois  diocèses  du  Padroado  (1690-1856) 
seul  Macao  restait  évêché.  De  1856  à  1946,  se  dévelop- 
pèrent exclusivement  les  vicariats  apostoliques,  avec 
préfectures  apostoliques  et  missions  indépendantes. 
Enfin  le  11  avr.  1946,  la  hiérarchie  fut  de  nouveau  ins- 
tituée. 

Parallèlement,  à  partir  de  1922  (deux  préfectures 
apostoliques)  et  surtout  de  1926  (le  28  oct.,  six  évêques 
chinois  sacrés  à  Rome  par  le  pape),  s'efïectua  la  dévo- 
lution croissante  de  ces  territoires  ecclésiastiques  au 
clergé  chinois,  aussi  bien  séculier  que  régulier. 

C'est  ce  qui  ressort  avec  évidence  du  tableau  des  col. 
719-720;  les  chiffres  mis  entre  parenthèses  désignent 
les  circonscriptions  confiées  au  clergé  chinois. 

Comme  on  le  voit,  en  juill.  1949,  sur  144  divisions 
ecclésiastiques,  30  étaient  confiés  au  clergé  chinois 
(7  préfectures  apostoliques,  19  évêchés,  4  archevêchés  : 
Péking,  Nanking,  Nanchang,  Moukden). 

La  multiplication  s'explique  en  outre  par  le  fait 
que  les  sociétés  missionnaires  d'hommes  se  parta- 
geant l'évangélisation  de  la  Chine  étaient  11  en  1914, 
16  en  1924,  et  27  en  1934.  Spécialement,  depuis  1918, 
les  États-Unis  d'Amérique  avaient  envoyé  de  puis- 
sants renforts,  par  ex.  grâce  à  la  Société  des  Missions 
étrangères  de  Maryknoll  (New- York). 

En  outre,  les  effectifs  de  ces  sociétés  s'étaient  considé- 
rablement accrus,  comme  le  montre  le  tableau  suivant. 


Société 

Date 

Missions 

Pères  ou 
Frères 

Dont 
Chinois 

Franciscains... 

1924 

11 

:i30 

(?) 

1934 

22 

570 

103 

1941 

27 

714 

118 

1948 

27 

757 

166 

Dominicains... 

1928 

4 

86 

(plusieurs 

1934 

5 

82 

chinois  aux 

1941 

5 

140 

1 

1948 

4 

174 

23 

Société 

Date 

Missions 

r  eies  uu 

Frères 

Chinois 

Jésuites  

1924 

350 

83 

1934 

6 

609 

129 

1941 

8 

894 

223 

1948 

8 

888 

269 

Miss.  étr.  de 

1928 

14 

318 

1934 

14 

324 

1941 

14 

304 

1  VJ4o 

1  A 

14 

Lazaristes  

1924 

315 

123 

1934 

13 

391 

174 

1941 

13 

446 

201 

1948 

12 

400 

205 

Pères  de 

Scheut  

1928 

5 

203 

1 

1934 

6 

242 

2 

1941 

6 

273 

1 

1948 

6 

195 

0 

Miss.  étr.  de 

Milan  

1928 

5 

106 

1934 

5 

136 

1941 

5 

153 

1948 

5 

140 

Pères  de 

Steyl   

1928 

4 

168 

6 

1934 

5 

253 

16 

1941 

9 

358 

25 

y 

Q  1  1 

1928 

1 

36 

3 

1934 

1 

105 

5 

1941 

1 

157 

27 

1948 

1 

160 

45 

Miss.  étr.  de 

Maryknoll . . 

1928 

1 

54 

1934 

4 

86 

1941 

5 

141 

1948 

5 

127 

De  ce  que  plusieurs  de  ces  congrégations  ne  comp- 
tent point  ou  peu  de  sujets  chinois,  l'on  aurait  tort  de 
conclure  qu'elles  se  soient  désintéressées  de  la  forma- 
tion du  clergé  chinois;  car,  tout  au  contraire,  ce  sont 
souvent  celles  qui  ont  créé  les  séminaires  les  plus 
florissants:  en  premier  lieu  les  séminaires  des  Missions 
étrangères  de  Paris,  de  Milan  et  Maryknoll,  des  Pères  de 
Scheut.  Une  société  d'auxiliaires  des  missions  (S. A. M.) 
met  ses  membres  étrangers  directement  au  service  des 
évêques  chinois. 

Au  développement  des  cadres  a  correspondu  la  crois- 
sance du  nombre  des  chrétiens.  L'augmentation 
moyenne  annuelle  se  présente  comme  suit  : 

De  1910  à  1920  (10  ans)  :  72  000  (56  100  de  1900  à 
1910); 

De  1920  à  1930  (10  ans)  :  49  701; 

De  1930  à  1940  (10  ans)  :  76  466; 

De  1940  à  1948  (8  ans)  :  1  700. 

Si  l'on  veut  établir  une  concordance  plus  rigoureuse 
entre  le  nombre  des  chrétiens  et  le  chiffre  du  personnel, 
le  tableau  suivant,  exécuté  d'après  l'Annuaire  des 
missions  de  Chine  (édité  à  Zikawei  depuis  1924),  per- 
met de  la  dresser. 


723 


CHINE 


12\ 


Année 

Catholiques 

Prêtres 

Frères 

Religieuses 

Ciljll.    CL    llLfil  Clllll. 

chin. 

étrang. 

chin. 

étraiig. 

chin. 

étrang. 

1912 

1  431  302  (1  pour  298  hab.) 

724 

1  445 

1920 

1  994  483  (1  pour  250  env.) 

966 

1  365 

Î924 

2  277  421  (1  pour  210  env.) 

1  132 

1  631 

272 

239 

2  732 

1  039 

1930 

2  498  015  (1  pour  182  hab.) 

1  441 

2  084 

492 

342 

2  835 

1  400 

1937 

3  018  338  (1  pour  154   —  ) 

1  898 

2  679 

762 

619 

3  769 

2  224 

1942 

3  ,333  830  (1  pour  145  —  ) 

2  242 

3  123 

735 

676 

4  405 

2  295 

1946 

3  279  813  (1  pour  146  —  ) 

2  348 

3  000 

728 

576 

4  299 

2  157 

1948 

3  276  282  (1  pour  146   —  ) 

2  676 

3  015 

632 

475 

5  112 

2  531 

Ces  chifîres  indiquent  une  poussée  vraiment  notable, 
même  durant  la  guerre  sino-japonaise.  De  1920  à  1942, 
le  nombre  des  catholiques  augmente  d'un  million  et  un 
tiers,  celui  des  prêtres  missionnaires  de  1  758  (près  de 
80  par  an),  celui  des  prêtres  chinois  de  58  par  an  (de 
1942  à  1948,  61  par  an).  Ainsi  en  est-il  pour  les  frères 
et  les  religieuses  chinois,  pour  qui  ont  été  fondées  une 
dizaine  de  congrégations  diocésaines.  Aux  23  congré- 


gations étrangères  qui  travaillaient  en  Chine  en  1924, 
avec  ou  sans  territoire  de  mission,  32  autres  se  sont 
jointes  depuis  lors.  Depuis  1942,  beaucoup  de  chiffres 
fléchissent.  C'est  ce  que  l'on  peut  voir  encore  en  exami- 
nant le  détail  des  20  régions  ecclésiastiques  (le  premier 
chiffre  indique  le  nombre  des  chrétiens;  le  second,  celui 
des  divisions  ecclésiastiques;  le  troisième,  celui  des 
prêtres). 


Régions  eccl. 

1915 

1935 

1942 

1948 

1. 

Mongolie  

61  697 

3 

118 

126  662 

5 

224 

153  925 

4 

273 

145  761 

4 

279 

2. 

Mandchourie  

78  994 

4 

138 

159  643 

5 

320 

203  914 

7 

417 

203  880 

5 

397 

3. 

Hopeh  

485  316 

7 

317 

765  422 

11 

614 

802  802 

12 

752 

759  689 

12 

74 

4. 

Shantung  

130  505 

3 

166 

239  112 

5 

291 

322  150 

7 

440 

323  615 

7 

419 

5. 

Shansi  

54  160 

2 

87 

111  511 

6 

173 

138  190 

6 

217 

140  520 

5 

250 

6. 

Shensi   

45  602 

3 

68 

71  551 

3 

154 

87  369 

4 

198 

98  341 

4 

223 

7. 

Kansu  

6  025 

1 

36 

23  361 

2 

89 

28  840 

2 

104 

34  018 

1 

130 

8. 

172  143 

1 

139 

254  295 

3 

234 

298  167 

4 

345 

310  844 

4 

454 

9. 

Anhwei   

55  774 

67 

106  088 

2 

129 

124  085 

3 

177 

132  664 

3 

208 

10. 

Honan  

42  581 

3 

66 

120  890 

6 

191 

172  155 

6 

249 

171  788 

7 

280 

11. 

Szechwan  

135  429 

6 

277 

172  493 

9 

334 

178  364 

8 

377 

161  593 

7 

374 

12. 

Hupeh  

85  514 

4 

122 

140  121 

5 

238 

203  992 

7 

297 

200  552 

7 

345 

13. 

Hunan  

18  718 

2 

50 

63  006 

4 

116 

74  291 

4 

139 

57  962 

5 

165 

14. 

Kiangsi  

69  170 

3 

93 

102  431 

4 

167 

110  318 

5 

185 

99  292 

5 

209 

15. 

Chekiang  

45  744 

2 

66 

92  093 

3 

165 

101  186 

4 

201 

94  242 

5 

186 

16. 

Fukien  

57  800 

2 

87 

80  456 

3 

118 

91  022 

2 

178 

103  943 

3 

177 

17. 

122  000  (?) 

4 

184 

125  912 

10 

323 

156  946 

8 

390 

142  145 

7 

437 

18. 

Kwangsi  

4  667 

1 

29 

10  631 

1 

50 

21  559 

2 

66 

25  336 

2 

70 

19. 

Kweichow  

32  325  (?) 

1 

72 

34  913 

3 

98 

40  446 

2 

105 

42  167 

2 

121 

20. 

Yunnan   

16  634 

2 

47 

18  248 

1 

70 

24  110 

1 

72 

26  588 

1 

93 

Ces  statistiques,  pour  être  plus  expressives,  de- 
vraient être  complétées  par  celles  des  confessions  et 
communions  annuelles,  des  œuvres  de  piété  et  de  bien- 
faisance, des  écoles... 

Elles  auraient  souvent  besoin  d'être  discutées  de 
très  près.  Certains  chiffres,  donnés  par  la  délégation 
apostolique  de  Chine  avant  1942,  ne  concordent  pas 
entièrement  avec  eux,  parce  que  calculés  suivant  d'au- 
tres principes.  La  guerre  sino-japonaise,  et  les  événe- 
ments qui  l'ont  suivie,  ont  désorganisé  en  beaucoup 
d'endroits  les  chrétientés  existantes  :  destructions, 
désintégration  des  familles,  carence  de  prêtres,  émi- 
gration, etc.,  se  sont  coalisées  pour  provoquer  un  déchet 
considérable  qu'il  est  impossible  de  chiffrer.  Inverse- 
ment, il  est  indubitable  que,  dans  beaucoup  de  milieux 
imperméables  autrefois  à  l'idée  chrétienne,  une  inquié- 
tude s'est  glissée,  à  laquelle  on  essaie  de  donner  satis- 
faction par  les  livres  et  la  prédication  écrite  (ne  parle- 
t-on  pas  de  six  mille  catéchumènes  qui  poursuivent 
actuellement  leur  instruction  par  correspondance?). 
Jamais  peut-être  ne  s'est  mieux  réalisée,  en  Chine,  la 
comparaison  évangélique  du  ferment  et  de  la  pàtel 


Numériquement,  même  avant  les  tout  derniers  événe- 
ments, les  catholiques  ne  constituaient  qu'une  portion 
infime  de  la  population  (pas  même  1  %).  Qui  pourra  nier 
qu'ils  exercent  déjà  dans  la  nation  un  rôle  incompara- 
blement plus  important?  On  le  vit  clairement  durant 
la  guerre  sino-japonaise  (zone  Jacquinot  à  Shanghaï); 
on  le  constate  peut-être  encore  plus  nettement  aujour- 
d'hui dans  la  période  critique  que  traverse  la  Chine. 

Pour  conclure  par  une  récapitulation  d'ensemble, 
l'on  trouvera  ci-après  reproduit  le  tableau  détaillé 
qu'on  a  pu  encore  dresser  de  cette  Église.  Tout  porte 
d'ailleurs  à  croire  que  les  événements  y  apporteront  de 
profonds  bouleversements.  Tel  quel,  ce  tableau  est  au 
moins  un  témoignage  historique  de  la  vitalité  catho- 
lique en  Chine  avant  la  répression  communiste.  Il  a  été 
établi,  d'après  l'Annuaire  de  l'Église  catholique  en 
Chine  (Zikawei,  1950;  paru  en  mai  1950),  par  M.  l'abbé 
J.  Despont,  Nouvel  Allas  des  missions,  Paris-Lyon, 
1951,  p.  20-24.  Pour  les  chilTres  donnés,  «  il  a  semblé 
qu'un  résultat,  même  souvent  approximatif,  était  pré- 
férable au  néant  ».  Ils  ne  semblent  plus  avoir  qu'une 
valeur  rétrospective  (sept.  1951). 


il 


725  CHINE  726 

DIVISIONS  ECCLÉSIAS- 

DATES  CONGREGATIONS  SUPERFICIE         NOMBRE  CATHOLIQUES 

TIQUES  ET  TERRITOIRES        ,  .  /       2x  . 

^  D  ERECTION  RESPONSABLES  (KM^)  D  HABITANTS  %  NOMBRE 

CIVILS  CORRESPONDANTS  ^        '  '° 


1"  Province 


(  =  Mongolie) 


Suiyuan  (a.  d.)  ' 

1883-1946 

Miss,  de  Scheut 

30 

000 

1.000 

000 

3,79 

37 

900 

Ningsia  (d.)  ^ 

1922-1946 

Miss,  de  Scheut 

90 

000 

1.000 

000 

3,17 

31 

960 

Siwantze  (d.) 

1929-1946 

Miss,  de  Scheut 

250 

000 

800 

000 

4 

37 

000 

Tsining  (d.) 

1840-1946 

Clergé  séculier 

40 

000 

600 

000 

7 

39 

500 

2«  Province 


(  =  Mandchourie) 


Moukden  (a.  d.) 

1838-1946 

Clergé  séculier 

49 

450 

8 

000 

000 

0,37 

30 

000 

Yingkow  (d.) 

1949 

M.  Étr.  Paris 

Fushun  (d.) 

1932-1946 

M.  Étr.  Maryknoil 

75 

200 

5 

500 

000 

0,2 

11 

000 

Jéhol  (d.) 

1883-1946 

Miss,  de  Scheut 

78 

920 

5 

000 

000 

0,8 

32 

000 

Kirin  (d.) 

1898-1946 

M.  Étr.  Paris 

176 

970 

9 

000 

000 

0,38 

35 

000 

Szepingkai  (d.) 

1929-1946 

M.  Étr.  Québec 

126 

920 

3 

400 

000 

0,43 

14 

900 

Yenki  (d.) 

1928-1946 

Bénédictins  (S. -Odile) 

63 

770 

1 

200 

000 

1,35 

16 

300 

Chihfeng  (d.) 

1932-1949 

Clergé  séculier 

75 

090 

1 

700 

000 

1,78 

29 

300 

Kiamusze  (p.  a.)  ' 

1940 

Capucins 

99 

680 

1 

300 

000 

0,24 

3 

200 

Lintung  (p.  a.) 

1937 

M.  Étr.  Québec 

59 

525 

500 

000 

1,74 

8 

700 

Tsitsikar  (p.  a.) 

1931 

M.  Étr.  Betliléem 

487 

870 

3 

200 

000 

0,73 

23 

500 

Harbin 

1928 

Exarcat  apostolique  pour  les 

fidèles 

de  rites 

orientaux 

3«  Province 


(=Hopeh) 


Pékin  (a.  d.) 

1690-1946 

Clergé  séculier 

30 

000 

5 

000 

000 

4,31 

215 

920 

Ankwo  (d.) 

1924-1926 

Lazaristes  (Chin.) 

4 

860 

1 

200 

000 

2,82 

33 

200 

Chaohsien  (d.) 

1929-1946 

Clergé  séculier 

4 

200 

900 

000 

5 

45 

000 

Chengting  (d.) 

1856-1946 

Lazaristes  (Franç.) 

18 

000 

4 

000 

000 

1,3 

52 

000 

Kinghsien  (d.) 

1947 

Jésuites  (Autr.) 

9 

500 

2 

500 

000 

1,3 

32 

000 

Paoting  (d.) 

1910-1946 

Clergé  séculier 

8 

000 

2 

000 

000 

3,97 

79 

400 

Shunteh  (o.) 

1946 

Lazaristes  (Pol.) 

4 

872 

2 

000 

000 

1,02 

20 

500 

Sienhsien  (o.) 

1856-1946 

Jésuites  (Franç.) 

8 

400 

2 

000 

000 

3,08 

60 

900 

Suanhwa  (d.) 

1926-1946 

Clergé  séculier 

50 

000 

1 

700 

000 

2,17 

36 

900 

Taming  (d.) 

1947 

Jésuites  (Hongr.) 

8 

640 

2 

000 

000 

2,14 

42 

400 

Tientsin  (o.) 

1912-1946 

Lazaristes 

12 

500 

3 

500 

000 

1,42 

50 

000 

Yungnien  (o.) 

1929-1946 

Clergé  séculier 

20 

617 

2 

000 

000 

2,7 

50 

000 

Yungping  (d.) 

1946 

Lazaristes  (Holl.) 

42 

000 

4 

000 

000 

0,88 

35 

800 

Yihsien  (p.  a.) 

1929-1935 

Stigmatins 

7 

900 

500 

000 

1,26 

6 

300 

4^  Province 


(  =  Shantung) 


Tsinan  (a.  d.) 

1839-1946 

Franciscains  (Ail.) 

5 

300 

000 

0,8 

42 

900 

Chefoo  (d.) 

1894-1946 

Franciscains  (Franç.) 

50 

000 

3 

000 

000 

0,42 

12 

700 

Chowtsun  (d.) 

1946 

Franciscains  (Amér.) 

5 

000 

3 

000 

000 

0,97 

29 

200 

Ichow  (d.) 

1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

18 

000 

4 

000 

000 

0,5 

20 

300 

Tsaochow  (d.) 

1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

13 

000 

4 

000 

000 

1,81 

72 

600 

Tsingtao  (d.) 

1925-1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

17 

000 

3 

000 

000 

0,74 

22 

270 

Yangku  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

3 

250 

1 

500 

000 

1,93 

29 

000 

Yenchow  (d.) 

1885-1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

30 

000 

3 

500 

000 

1,66 

58 

400 

Idushien  (p.  a.) 

1931 

Franciscains  (Franç.) 

18 

000 

2 

500 

000 

0,56 

12 

000 

Lintsing  (p.  a.) 

1931 

Clergé  séculier 

2 

000 

000 

1 

20 

100 

Weihaiwei  (p.  a.) 

1931-1938 

Franciscains  (Franç.) 

20 

000 

3 

000 

000 

0,13 

4 

100 

5«  Province 


(  =  Shansi) 


Taiyuan  (a.  d.) 

1844-1946 

Franciscains  (Ital.) 

16 

000 

1 

500 

000 

2,7 

40 

500 

Fenyang  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

84 

000 

2 

100 

000 

0,78 

15 

600 

Luan  (d.) 

1890-1946 

Franciscains  (Holl.) 

25 

000 

3 

000 

000 

1 

30 

000 

Shohchow  (d.) 

1926-1946 

Franciscains  (Bav.) 

25 

000 

1 

300 

000 

0,84 

11 

000 

Tatung  (d.) 

1922-1946 

Miss,  de  Scheut 

15 

000 

1 

000 

000 

0,8 

8 

000 

Yûtze  (d.) 

1931-1946 

Franciscains  (Ital.) 

20 

000 

1 

500 

000 

1,02 

15 

300 

Hunngtung  (o.) 

1932-1950 

Clergé  séculier 

28 

060 

1 

300 

000 

0,94 

12 

300 

Kiangehow  (p.  a.) 

1936 

Capucins  (Holl.) 

17 

000 

2 

000 

000 

0,37 

7 

500 

6»  Province 


(  =  Shensi) 


Sian  (a.  d.) 

1696-1946 

Franciscains  (Ital.) 

12 

000 

1 

200 

000 

1,14 

13 

700 

Fengsiang  (d.) 

1938-1946 

Franciscains  (Chin.) 

12 

000 

1 

000 

000 

0,87 

8 

710 

Hanchung  (d.) 

1887-1946 

M.  Étr.  de  Milan 

16 

000 

1 

500 

000 

1,2 

18 

000 

Sanyuan  (d.) 

1946 

Franciscains  (Ital.) 

12 

600 

1 

200 

000 

1,21 

12 

400 

Yenan  (d.) 

1844-1946 

Franciscains  (Esp.) 

50 

000 

3 

000 

000 

0,31 

9 

500 

Chowchich  (o.) 

1932 

Clergé  séculier 

8 

000 

700 

000 

3 

25 

100 

'  D.  A.  =  archidiocèse.  —  '  d.  =  diocèse.  —  •  p.  a.  =  préfecture  apostolique. 


727 


CHINE 


728 


DIVISIONS  ECCLESIAS- 
TIQUES ET  TERRITOIRES 
CIVILS  CORRESPONDANTS 


DATES 

d'Érection 


CONGREGATIONS 
RESPONSABLES 


SUPERFICIE 
(KM'') 


NOMBRE 

d'habitants 


CATHOLIQUES 
%  NOMBRE 


Hingan  (p.  a.) 

1928 

Fr.  M.  Conv. 

24. 

000 

2 

000. 

000 

0,43 

4. 

000 

Tungchow  (p.  A.) 

1935 

Franciscains  (Ital.) 

17. 

000 

1 

300 

000 

0,2 

6 

500 

7*  Province 

(  =  Kansu) 

Lanchow  (a.  d.) 

1878-1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

250 

000 

3 

000 

000 

0,31 

16 

500 

Tsinchow  (d.) 

1922-1946 

Capucins  (Allem.) 

45 

000 

2 

200 

000 

0,26 

8 

200 

Pingliang  (d.) 

1930-1950 

Capucins 

54 

000 

1 

700 

000 

0,31 

5 

000 

Sining  (p.  a.) 

1937 

Soc.  du  Verbe  Divin 

720 

000 

1 

300 

000 

0,24 

3 

700 

Sinkiang  (p.  a.) 

1938 

Soc.  du  Verbe  Divin  1 

.500 

000 

4 

000 

000 

0,01 

470 

8«  Province 

(  =  Kiangsu) 

Nanking  (a.  u.) 

1842-1946 

Clergé  séculier 

18 

130 

6 

000 

000 

0,53 

34 

400 

Haïmen  (d.) 

1928-1946 

Clergé  séculier 

13 

500 

5 

200 

000 

0,79 

39 

490 

Shanghai  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

90 

000 

7 

000 

000 

1,55 

108 

900 

Haïchow  (p.  A.) 

1949 

Jésuites  (Franç.) 

12 

000 

6 

000 

000 

0,14 

8 

500 

Yanchow  (p.  a.) 

1949 

Jésuites  (Caiii.) 

40 

000 

4 

000 

000 

0,06 

3 

000 

Suchow  (d.) 

19o  /-194D 

Clergé  séculier 

■f  4 

14 

000 

4 

500 

000 

1,96 

88 

320 

Soochow  (d.) 

1949 

Clergé  séculier 

r 
0 

OUI) 

c  AA 

AAA 

uuu 

A  AT 
U,U7 

AAA 
9UU 

9"  Province 

(  =  Anhwei) 

Anking  (a.  d.) 

1929-1946 

Jésuites  (Esp.) 

38 

000 

7 

000 

000 

0,37 

28 

300 

Pengpu  (d.) 

1929-1946 

Jésuites  (Ital.) 

60 

000 

9 

500 

000 

0,62 

62 

000 

Wuhu  (D.) 

1921-1946 

Jésuites  (Esp.) 

27 

000 

5 

000 

000 

0,8 

40 

180 

Tunki  (p.  A.) 

1937 

Miss,  fils  C.  1.  de  M. 

12 

000 

2 

500 

000 

0,2 

2 

100 

I0«  Province 

(=:Honan) 

Kaïfeng  (a.  d.) 

1916-1946 

M.  Étr.  Milan 

24 

000 

4 

500 

000 

0,4 

18 

000 

Chengchow  (d.) 

1911-1946 

I.  S.-Fr.  X.  Parme 

4 

200 

000 

0,5 

20 

400 

Ghumatien  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

12 

700 

1 

300 

000 

0,11 

15 

370 

Kweiteh  (d.) 

1928-1946 

Aug.  Récollets 

8 

000 

2 

000 

000 

0,50 

10 

360 

Loyang  (d.) 

1929-1946 

I.  S.-Fr.  X.  Parme 

25 

000 

3 

000 

000 

0,32 

9 

820 

Nanyang  (d.) 

1882-1946 

M.  Étr.  Milan 

12 

000 

4 

000 

000 

0,56 

22 

660 

Sinyang  (o.) 

1927-1946 

Soc.  du  Verbe  Divin 

30 

000 

6 

000 

000 

0,2 

13 

200 

Weihwei  (d.) 

1843-1946 

M.  Étr.  Milan 

25 

000 

3 

600 

000 

1,27 

46 

000 

Sinsiang  (p.  a.) 

1936 

Soc.  du  Verbe  Divin 

2 

000 

000 

0,78 

15 

800 

11»  Province 

(=Szechwan  et  Thibet) 

Chungking  (a.  d.) 

1856-1946 

M.  Étr.  Paris 

350 

000 

11.000 

000 

0,35 

38 

950 

Chengtu  (d.) 

1696-1946 

M.  Étr.  Paris 

110 

000 

16.000 

000 

0,74 

39 

000 

Kangting  (d.) 

M.  Étr.  Paris 

(Tatsienlu) 

1846-1946 

160 

000 

6 

000 

000 

0,01 

5 

300 

Kiating  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

2 

600 

000 

0,51 

13 

360 

Ningyuan  (d.) 

1910-1946 

M.  Étr.  Paris 

120 

000 

2 

000 

000 

0,55 

10 

900 

Shungking  (d.) 

1929-1946 

Clergé  séculier 

25 

000 

7 

000 

000 

0,26 

18 

750 

Suifu  (d.) 

1946 

M.  Étr.  Paris 

50 

000 

7 

000 

000 

0,19 

13 

840 

Wanhslen  (d.) 

1929-1946 

Clergé  séculier 

20 

000 

5 

000 

000 

0,4 

21 

390 

120  Province 

(  =  Hupeh) 

Hankow  (a.  d.) 

1870-1946 

Franciscains  (Ital.) 

12 

120 

2 

500 

000 

1,40 

35 

060 

Hanyang  (d.) 

1928-1946 

M.  Étr.  S.-Colomban 

10 

000 

4 

000 

000 

1,35 

52 

400 

Ichang  (d.) 

1870-1946 

Franciscains  (Belg.) 

30 

000 

4 

000 

000 

0,38 

15 

550 

Kichow  (d.) 

1946 

Franciscains  (Ital.) 

26 

400 

3 

800 

000 

0,42 

15 

750 

Laohokow  (o.) 

1870-1946 

Franciscains  (Ital.) 

20 

000 

2 

500 

000 

0,80 

20 

100 

Shinan  (d.) 

1946 

Clergé  séculier 

18 

000 

1 

500 

000 

0,51 

7 

850 

Wuchang  (d.) 

1929-1946 

Francise.  (Ét.-Un.) 

4 

000 

2 

500 

000 

0,04 

11 

300 

Puchi  (d.) 

1923 

Clergé  séculier 

250 

700 

000 

7,31 

5 

120 

Shasi  (p.  A.) 

1936 

Franciscains  (Ét.-Un.) 

9 

560 

2 

000 

000 

0,8 

8 

100 

Siangyang  (d-) 

1936 

Clergé  séculier 

15 

000 

1 

100 

000 

1,33 

20 

030 

Suihsien  (p.  a.) 

1937 

Franciscains  (Irl.) 

12 

000 

2 

000 

000 

0,44 

8 

830 

IS""  Province 

(  =  Hunan) 

Changsha  (a.  d.) 

1856-1946 

Franciscains  (Ital.) 

22 

820 

5 

000 

000 

0,17 

8 

950 

Changteh  (d.) 

1879-1946 

Augustins 

11 

400 

3 

000 

000 

0,21 

6 

700 

Hengchow  (o.) 

1930-1946 

Franciscains  (Ital.) 

27 

000 

3 

000 

000 

0,4 

11 

360 

Yuanling  (d.) 

1946 

Passionnistes 

29 

886 

4 

500 

000 

0,1 

5 

200 

Lichow  (p.  A.) 

1931 

Augustins 

15 

200 

2 

000 

000 

0,3 

6 

090 

729 


CHINE 


730 


DIVISIONS  ECCLESIAS- 
TIQUES ET  TERRITOIRES 
CIVILS  CORRESPONDANTS 


DATES 
n'ÉRECTION 


CONGREGATIONS 
RESPONSABLES 


SUPERFICIE 


NOMBRE 
n'iIABITANTS 


CATHOLIQUES 
%  NOMBRE 


Paoking  (p.  a.) 

1938 

Franciscains  (Hongr.) 

60 

000 

1 

000 

000 

0,03 

1 

590 

Siangtan  (p.  a.) 

1937 

Franciscains  (Ital.) 

21 

335 

4 

000 

000 

0,12 

5 

100 

Yochow  (p.  A.) 

1931 

Augustins 

12 

000 

1 

600 

000 

0,5 

9 

300 

Yungchow  (p.  A.) 

1925 

Franciscains  (Ital.) 

44 

000 

3 

500 

000 

0,4 

3 

500 

14» 

Province 

( 

=  Kiangsi) 

Nanchang  (a.  d.) 

1838-1 94C 

Lazaristes  (Franç.) 

30 

000 

3 

000 

000 

0,8 

26 

000 

Kanchow  (d.) 

1946 

Lazaristes  (Ét.-Un.) 

38 

609 

2 

000 

000 

0,78 

15 

690 

Kian  (o.) 

1879-1946 

Lazaristes  (Ital.) 

20 

000 

3 

000 

000 

0,7 

24 

000 

Nancheng  (d.) 

1938-1946 

M.  Étr.  S.-Golomban 

8 

696 

500 

000 

1,6 

8 

400 

Yukiang  (o.) 

1885-1946 

Lazaristes  (Ét.-Un.) 

36 

000 

2 

500 

000 

1 

25 

100 

Province 

(  =  Chekiang) 

Hangchow  (a.  d.) 

1910-1946 

Lazaristes  (Franç.) 

42 

000 

6 

000 

000 

0,4 

28 

000 

Ningpo  (d.) 

1846-1946 

Lazaristes  (Chin.) 

30 

000 

9 

200 

000 

0,5 

50 

830 

Yungkia  (d.) 

1949 

Clergé  séculier 

Taichow  (o.) 

1946 

Lazaristes  (Chin.) 

2 

135 

2 

000 

000 

0,4 

7 

820 

Lishui  (p.  A.) 

1937 

M.  Étr.  Se.  Bluffs 

19 

000 

2 

900 

000 

0,5 

6 

900 

Province 

( 

=  Fukien  et  Forniose) 

Foochow  (a.  d.) 

1696-194(; 

Dominic.  (Philip.) 

29 

710 

3 

000 

000 

1,24 

37 

600 

Amoy  (d.) 

1883-1946 

Dominic.  (Philip.) 

70 

000 

5 

000 

000 

0,33 

16 

980 

Funing  (d.) 

1923-1946 

Dominic.  (Philip.) 

10 

000 

I 

400 

000 

3 

26 

630 

Tingehow  (o.) 

1923-1947 

Dominic.  (AU.) 

20 

000 

1 

200 

000 

0,3 

3 

710 

Kienow  (p.  a.) 

1938 

Dominic.  (Êt.-Un.) 

17 

101 

1 

300 

000 

0,1 

2 

110 

Shaowu  (p.  A.) 

1938 

Salvatoriens 

9 

000 

300 

000 

1,5 

4 

600 

Kaohsung  (p.  a.) 

1913-1949 

Dominic.  (Philip.) 

35 

000' 

6 

084 

000» 

0,2 

12 

500 

Taïpeh  (p.  a.) 

1949 

Dis.  du  Seigneur 

Taichung  (p.  a.) 

1950 

M.  Étr.  Maryknoll 

17e 

Province 

( 

—     wn  n  fît  nn  (ï^ 

Canton  (a.  d.) 

1858-1946 

Clergé  séculier 

43 

330 

4 

600 

000 

0,3 

14 

210 

Hongkong  (n.) 

1841-1946 

M.  Étr.  Milan 

6 

000 

3 

000 

000 

0,9 

33 

000 

Kaying  (d.) 

1929-1946 

M.  Étr.  Maryknoll 

67 

000 

4 

000 

000 

0,5 

19 

610 

Kongmoon  (o.) 

1928-1946 

M.  Étr.  Maryknoll 

40 

000 

5 

000 

000 

0,16 

7 

930 

Pakhoi  (d.) 

1920-1946 

M.  Étr.  Paris 

37 

000 

5 

000 

000 

0,3 

14 

800 

Shiuchow  (d.) 

1930-1946 

S.  de  S.-Fr.  de  Sales 

33 

500 

2 

600 

000 

0,5 

5 

600 

Swatow  (d.) 

1914-1946 

M.  ttr.  Pans 

20 

000 

5 

000 

000 

0,6 

28 

500 

Hainan  (p.  a.) 

1  non  1  ciAH 

Picpuciens 

ouu 

ouo 

AAA 

000 

A  1  1 
U,l  I 

900 

Macao  (D.) 

1575 

Jésuites 

28 

5 

000 

000 

0,29 

14 

630 

18' 

Province 

( 

=  Kwangsi) 

M.  Etr.  Pans 

Nanning  (a.  d.) 

1875-1946 

140 

000 

6 

000 

000 

0,1 

7 

300 

Wuchow  (d.) 

1930-1946 

M.  Étr.  Maryknoll 

34 

000 

.3 

oOU 

000 

0,5 

14 

420 

Kweilin  (p.  a.) 

1938 

M.  Htr.  Maryknoll 

32 

380 

2 

500 

000 

0,14 

3 

600 

19« 

Province 

( 

=  Kweichow) 

M.  F,tr.  Pans 

Kweiyang  (a.  d.) 

1846-1946 

100. 

000 

7 

000 

000 

0,35 

24 

700 

Lanlung  (o.) 

1922-1946 

M.  Étr.  Paris 

45 

000 

1 

500 

000 

0,76 

11 

420 

Shihtsien  (p.  a.) 

1937 

S.  C.  d'Issoudun 

40 

000 

3 

000 

000 

0,2 

6 

000 

20» 

Province 

( 

=  Yunnan  et  Mongolie  extérieure) 

M.  Étr.  Paris 

Kunming  (a.  d.) 

1840-1946 

150 

000 

8 

000 

000 

0,15 

12 

000 

Chaotung  (p.  a.) 

1935 

Clergé  séculier 

5 

000 

2 

000 

000 

0,4 

8 

150 

Tali  (p.  A.) 

1931-1938 

Pr.  S.  C.  Bétharam 

160 

000 

5 

000. 

000 

0,15 

7 

620 

Urga  (m.  s.  j.) 

1922-1924 

Miss,  de  Scheut 

1.621 

.000 

460 

.784 

.000 

3.268 

980 

Henri  Bernard-Maître,  s.  j. 


'  Chiffres  pour  toute  l'île  de  Formose. 

*  Ne  dépend  pas  de  la  Congrégation  de  la  Propagande. 


731 


CHINOIS 


(RITES) 


732 


CHINOIS  (RITES).  —  Il  n'est  point  dans  notre 
intention  de  récrire  l'article  du  P.  Brucker,  S.  J.,  paru 
sous  le  même  titre.  Chinois  (Rites),  dans  D.  T.  C.  (ii, 
2364-91),  ou  les  chapitres  de  Pastor  (spécialement  v, 
277  sq.),  ni  même  de  les  préciser  à  l'aide  des  plus  ré- 
centes décisions  de  Rome  (en  abrégé  dans  notre  art.  du 
dictionnaire  Catholicisme,  ii,  1060-63),  mais  seulement 
de  dresser  une  bibliographie  chronologique  en  résumant 
et  rectifiant  ce  que  la  Bibliotheca  missionum  de  Streit 
et  Dindinger  a  développé  en  des  centaines  de  pages. 

Les  rites  chinois  intéressent  la  pensée  chrétienne  en 
général  par  la  très  longue  discussion  qui  s'est  déroulée 
à  leur  propos  depuis  la  fin  du  xvi^  s.  jusqu'aux  der- 
nières décisions  du  S. -Siège  (1939).  L'on  peut  se  de- 
mander, en  effet,  s'il  y  a  jamais  eu  dans  l'Église  catho- 
lique, même  aux  siècles  des  grands  conciles  œcuméni- 
ques (iv«-vi«  s.),  une  controverse  aussi  remarquable 
par  le  nombre  et  la  qualité  des  participants  autant  que 
par  la  quantité  et  l'importance  des  idées.  Sous  le 
couvert  d'appréciations  différentes  vis-à-vis  des  cou- 
tumes chinoises,  il  ne  s'agissait  de  rien  moins  que  d'un 
conflit  entre  deux  civilisations  qui  s'étaient  dévelop- 
pées en  s'ignorant  l'une  l'autre,  «  comme  deux  pla- 
nètes séparées  »,  disait  Leibniz. 

L'on  peut  distinguer  dans  l'évolution  de  cette  dis- 
cussion trois  périodes  principales  :  L  De  la  question 
des  termes  à  la  discussion  des  rites  (1549-1645).  II.  Les 
décisions  romaines  aux  xvii«  et  xviiie  s.  (1645-1742). 
III.  La  laïcisation  progressive  des  coutumes  chinoises 
jusqu'au  xx''  s.  (1742-1939). 

I.  De  la  question  des  termes  a  la  discussion 
DES  rites  (1549-1645).  —  A  l'exception  de  certaines 
consultations  données  par  des  professeurs  jésuites  de 
théologie  du  Collège  romain,  la  première  phase  de  la 
discussion  s'est  presque  tout  entière  située  en  Ex- 
trême-Orient. Le  débat  s'est  principalement  institué, 
sauf  à  partir  de  1631,  sur  la  question  des  termes  et 
entre  membres  de  la  Compagnie  de  Jésus.  Ayant  pris 
son  origine  dans  la  mission  du  Japon,  cette  question 
a  été  agitée  en  Chine,  avant  de  gagner  les  pays  anna- 
mites et  finalement  les  îles  Philippines  :  presque  tout 
l'Extrême-Orient  alors  abordé  par  les  Européens. 

H.  Bernard-Maître,  S.  J.,  Un  dossier  bibliogr.  de  la  fin 
du  XVII^  s.  sur  la  question  des  termes  chinois,  dans  Recher- 
ches de  science  religieuse,  xxxvi,  1949,  p.  25-79. 

1°  S.  François  Xavier  et  la  mission  du  Japon  (1549- 
81).  —  Nous  ne  connaissons  presque  rien  des  premiers 
essais  tentés  avant  S.  François  Xavier  pour  traduire 
en  langue  chinoise  les  vérités  chrétiennes  :  seuls,  cer- 
tains catéchismes  rédigés  et  imprimés  vers  la  fin  du 
xvi«  s.  pour  les  Chinois  des  faubourgs  de  Manille  nous 
en  conserveraient  des  traces.  11  semble  bien  que  Xavier 
lui-même,  inspiré  par  son  converti  japonais  Anjiro 
(Paul  de  Sainte-Foi),  les  ait  ignorés  quand  il  a  composé 
son  premier  exposé  (non  conservé)  de  la  doctrine  chré- 
tienne pour  les  Japonais;  nous  savons  seulement  qu'un 
an  environ  après  avoir  débarqué  à  Kagoshima  (15  août 
1549)  il  corrigea  profondément  les  termes  employés, 
spécialement  en  ce  qui  concerne  le  nom  de  Dieu, 
Dainichi,  auquel  il  substitua  un  décalque  du  terme 
portugais  Dios. 

Après  la  mort  de  Xavier  (2-3  déc.  1552),  ses  suc- 
cesseurs accentuèrent  encore  la  réaction  contre  l'em- 
ploi de  termes  d'origine  bouddhiste;  ils  en  bannirent 
une  soixantaine  environ  des  plus  importants  et  s'en 
tinrent  à  des  «  translittérations  »  de  mots  européens. 
Le  confucianisme,  ayant  pris  au  Japon  l'aspect  des 
sectes  religieuses  qui  y  foisonnaient,  ne  put  jamais  y 
être  considéré  comme  une  académie  de  lettrés;  il  fut 
englobé  par  la  plupart  des  missionnaires  et  des  nou- 
veaux convertis  dans  la  même  réprobation  que  le 
syncrétisme  du  bouddhisme  et  du  shintoïsme. 


G.  Schurhammer,  Das  kirchliche  Sprachproblem  in  der 
japanischen  Jesuitenmission  des  16.  und  17.  Jhts,  Tokio, 
1928. 

2»  Le  P.  Matthieu  Ricci  en  Chine  (1581-1610).  —  Le 
premier  jésuite  qui,  sur  l'ordre  du  visiteur  jésuite  P. 
Valignano,  se  soit  préparé  systématiquement  à  l'entrée 
de  la  Chine,  fut  le  Napolitain  Michel  Ruggieri  (1579). 
Dès  l'abord,  il  accepta  de  se  laisser  assimiler,  comme 
S.  François  Xavier  au  Japon,  avec  les  bonzes  du 
bouddhisme.  Son  premier  exposé  du  christianisme 
(1584),  peut-être  inspiré  par  ceux  de  ses  confrères  du 
Japon,  renfermait  en  outre  un  certain  nombre  d'  «  eu- 
ropéanismes  »,  ou  transcriptions  phonétiques  de  mots 
européens.  Son  successeur  immédiat  fut  le  P.  Matthieu 
Ricci,  arrivé  à  Macao  en  1581  et  justement  considéré 
comme  le  véritable  fondateur  de  la  mission.  Ricci 
s'appliqua,  suivant  les  directives  du  P.  Valignano,  à 
l'étude  approfondie  des  classiques  chinois;  après  quel- 
ques années  de  séjour,  il  renonça  entièrement  à  tout  ce 
qui  pouvait  le  compromettre  avec  les  bonzes  du 
taoïsme  ou  du  bouddhisme.  Il  se  présenta  comme  un 
lettré  du  grand  Occident.  Les  planches  ayant  servi  à 
l'impression  du  catéchisme  de  Ruggieri  furent  brisées 
par  lui. 

Ainsi,  parvint-il  à  entrer  en  contact  étroit  avec  le 
confucianisme  prédominant  de  l'époque.  Il  voulut 
aussi  le  purifier  en  «  tirant  à  lui  »  le  sens  un  peu  dou- 
teux des  livres  classiques  et  canoniques  de  la  Chine  au 
sujet  de  Dieu,  de  l'âme,  des  esprits...  Parmi  les  mille 
problèmes  que  lui  imposait  sa  «  méthode  des  tâtonne- 
ments »,  se  trouva  celui  des  cérémonies  traditionnelles 
envers  Confucius,  les  morts  et  les  génies  des  cités  :  les 
rites  chinois  proprement  dits,  par  «  contradistinction  » 
des  pratiques  d'origine  bouddhiste  et  taoïste.  L'on  n'a 
point  retrouvé  les  instructions  précises  que,  d'accord 
avec  le  P.  Valignano,  il  donna  sur  la  pratique  de  ces 
rites  aux  nouveaux  chrétiens,  mais  l'on  connaît  avec 
exactitude  son  opinion  finale  sur  leur  ancienne  portée 
religieuse  :  «  Certainement  pas  idolâtriques  et,  peut- 
être  même,  pas  superstitieux  »  (Fonti  Ricciane,  i, 
p.  118, 1.  8-9).  Ricci  aurait  donc  admis  (avec  beaucoup 
des  futurs  adversaires  des  rites  chinois)  qu'ils  étaient 
plus  probablement  superstitieux,  mais  il  espérait  en 
modifier  progressivement  la  signification  (contraire- 
ment à  la  conception  fixiste  qui  prédominera  par  la 
suite  dans  les  discussions).  A  l'imitation  de  Ricci,  le 
P.  Robert  de  Nobili,  dans  l'Inde  tamoule,  se  présenta 
comme  un  sanyassi  romain. 

H.  Bernard-Maître,  Aux  portes  de  la  Chine.  Les  mission- 
naires catholiques  du  XVI"  s.,  1933;  Le  P.  Matthieu  Ricci 
et  la  société  chinoise  de  son  temps,  1937  à  mettre  au  point 
avec  les  commentaires  mêmes  du  P.  Bicci  réédités  par  le 
P.  Pasquale  d'Elia  (Fonti  Ricciane,  Rome,  1942-1949). 

3°  La  question  des  termes  entre  missionnaires  jésuites 
de  la  Chine  et  du  Japon  (1610-31).  —  La  première 
mention  explicite  de  la  distinction  tranchée  entre 
rites  civils  et  rites  religieux  en  Chine  semble  être  venue 
du  P.  Nicolas  Trigault  à  propos  des  funérailles  du 
P.  Ricci  {Fonti  Ricciane,  ii,  p.  628,  1.  9-10  :  Expleiis 
ecclesiasticis  ritibus,  neophyti  politicos  suos  minime 
omisere....  Cette  position  paraît  avoir  été  admise  par 
presque  tous  les  missionnaires  de  l'intérieur  de  la 
Chine  jusqu'en  1631. 

Par  contre,  plusieurs  jeunes  Japonais,  entrés  dans  la 
Compagnie  de  Jésus,  firent  bruyamment  opposition  au 
vocabulaire,  d'origine  littéraire,  que  Ricci  avait  adopté 
pour  le  christianisme.  Ils  se  virent  appuyés  par  le 
P.  Nicolas  Longobardo,  successeur  de  Ricci  comme 
supérieur  de  la  mission  de  Chine.  La  discussion  entre 
«  japonisants  »  et  «  sinicisants  »  engloba  bientôt  les 
missionnaires  de  l'Indochine.  Elle  fut  portée  jus- 
qu'aux autorités  de  la  Compagnie  de  Jésus  à  Rome 
et  résolue  par  elles  en  sens  divers.  Une  conférence 


733 


CHINOIS 


(RITES) 


734 


tenue  à  Kiating  (1628)  ne  parvint  pas  à  mettre  d'accord 
les  esprits,  mais  finalement  la  tendance  contraire  à 
celle  du  P.  Ricci  fut  réprouvée  et  un  traité  du  P.  Lon- 
gobardo  contre  l'emploi  de  termes  chinois  fut  con- 
damné à  être  brûlé  pour  détruire  les  dernières  traces 
de  cette  divergence. 

4°  Le  renouveau  de  la  controverse  des  termes  avec 
l'entrée  des  missionnaires  de  Manille  (1631-45).  —  Dès 
l'époque  des  grandes  découvertes  et  avant  que  la  Com- 
pagnie de  Jésus  ait  été  fondée  (1540),  d'assez  vives 
différences  se  manifestèrent,  parmi  les  missionnaires, 
entre  les  adeptes  de  la  méthode  d'adaptation  et  ceux 
de  la  tabula  rasa  :  ainsi  au  Mexique  entre  partisans  et 
adversaires  du  franciscain  Bernard  de  Sahagun  (R. 
Ricard,  La  conquête  spirituelle  de  la  Nouvelle-Espagne, 
1933).  Les  îles  Philippines  suivirent  les  principes  de 
l'Amérique  latine.  Déjà,  en  1580-83,  le  jésuite  .\lonso 
Sanchez,  venu  à  deux  reprises  de  Manille  à  Macao, 
réprouva  certaines  «  tolérances  »  de  ses  confrères  d'Ex- 
trême-Orient. Ainsi  agirent  plusieurs  «  portugali- 
sants  »  de  l'Inde,  en  présence  des  initiatives  du  P.  de 
Nobih  vers  1610. 

La  même  surprise  fut  éprouvée  par  les  premiers 
missionnaires  non  jésuites  qui  débarquèrent  sur  les 
côtes  du  Foukien,  le  dominicain  Gocchi  en  1631,  le 
franciscain  Antonio  a  Sancta  Maria  en  1633.  Ce  fut 
d'abord  sur  toutes  sortes  de  points  qu'ils  manifestè- 
rent leurs  inquiétudes  (adoption  d'un  nom  chinois, 
port  du  costume,  prêt  à  intérêt,  exhibition  publique  du 
crucifix,  etc.).  Le  problème  des  rites  chinois,  particu- 
lièrement important  dans  cette  province  côtière  aux 
clans  familiaux  très  puissants,  se  posa  comme  un  corol- 
laire de  la  question  des  termes  :  ce  que  les  uns  appe- 
laient simples  offrandes  sur  des  tables,  les  autres  le 
nommaient  vrais  sacrifices  sur  vrais  autels;  les  pre- 
miers estimaient  purement  civils  des  usages  que  les 
seconds  considéraient  comme  religieux.  Il  aurait  fallu 
se  réunir  pour  discuter  les  problèmes,  mais  la  situation 
politique  et  militaire  de  l'Empire,  très  confuse  à  la  fin 
des  Ming,  ne  permettait  point  les  conférences  com- 
munes. Dominicains  et  franciscains  soumirent  pour- 
tant au  supérieur  des  jésuites,  Emmanuel  Dias  l'an- 
cien, qui  résidait  à  Macao,  un  questionnaire  très  res- 
pectueux auquel  malheureusement  celui-ci,  gêné  par 
les  troubles  intérieurs  de  la  Chine,  ne  put  donner 
immédiatement  de  réponse.  Le  siège  éi)iscopal  de 
Macao  était  vacant;  les  religieux  espagnols  usèrent  de 
leur  droit  pour  porter  leur  requête  à  leurs  supérieurs 
des  îles  Philippines.  Sur  ces  entrefaites,  un  jésuite 
nommé  Roboredo,  qui  n'avait  jamais  connu  de  la 
Chine  que  la  cité  portugaise  de  Macao  pendant  quel- 
ques mois,  se  crut  qualifié  pour  justifier  l'attitude 
prise  par  ses  confrères  chinois,  en  concédant  qu'ils 
toléraient  des  cérémonies  proprement  religieuses. Quel- 
ques années  plus  tard,  le  futur  martyr  du  Japon,  le  P. 
Antonio  Rubino,  fit  rédiger  à  Manille  par  le  jésuite 
espagnol  Moralès  un  exposé  rectificatif  pour  expliquer 
la  véritable  méthode  des  anciens  missionnaires  de 
Chine.  Il  était  trop  tard;  un  appel  avait  été  déjà  porté 
au  S. -Siège  pour  dirimer  cette  grave  question.  La  dis- 
cussion des  rites  chinois,  issue  de  la  question  des 
termes, avait  cessé  d'être  confinée  en  Extrême-Orient; 
elle  était  devenue  aussi  occidentale. 

O.  Maus,  O.  F.  M.,  Die  Wiederôfjnang  der  Framiskaner- 
mission  in  China,  1927;  B.  liiermann,  Die  Aniânge  der 
neueren  Dominikanermission  in  Cliina,  1927;  à  compléter 
par  H.  Bemard-Maître,  Les  îles  Pliilippines  du  grand  archi- 
pel de  la  Chine.  Un  essai  de  conquête  spirituelle  de  l' Extrême- 
Orient,  1936. 

II.  Les  décisions  romaines  aux  xvn<^  et  xviii"  s. 
(1645-1742).  —  Désormais,  et  jusqu'à  la  dernière  con- 
damnation solennelle  des  rites  chinois  (11  juill.  1742), 
l'on  assiste  à  une  sorte  de  grand  dialogue  entre  l'Occi- 


dent et  l'Extrême-Orient.  D'abord  restreint  aux  cer- 
cles proprement  missionnaires,  il  gagne  de  proche  en 
proche  des  milieux  de  plus  en  plus  étendus,  jusqu'à  ce 
qu'il  motive  l'envoi  de  deux  ambassades  papales  à 
l'empereur  mandchou  K'ang-hi.  En  même  temps, 
l'opinion  publique  s'en  empare,  aussi  bien  en  Chine 
qu'en  Europe.  Elle  y  mêle  les  controverses  les  plus 
vives  du  temps.  Sous  ce  dernier  biais,  ce  serait  donc 
presque  toute  l'histoire  des  idées  d'alors  qu'il  faudrait 
ici  résumer;  nous  nous  bornerons  à  énumérer  les  prin- 
cipales décisions  ecclésiastiques. 

Courte  chronologie  par  H.  Cordier,  dans  Bibliolheca 
sinica,  u,  869-70,  à  compléter  par  les  ouvrages  que  cite 
la  Bibliotheca  missionum  des  PP.  Streit  et  Dindinger  (sur- 
tout aux  t.  V  et  VII),  et  par  H.  Bernard-Maître,  La  liste 
Foucquel  du  Britisli  Muséum  sur  la  controverse  des  rites 
chinois  (vers  1728),  à  paraître  prochainement. 

1"  Deux  décisions  apparemment  contradictoires  du  S.- 
Siège  (1645  et  1656),  et  leur  conciliation  (1669).  —  Le 
dominicain  espagnol  Jean  Moralez,  après  un  voyage 
des  plus  mouvementés,  n'était  arrivé  enfin  à  Rome 
que  peu  de  temps  après  le  départ  de  l'envoyé  des  jé- 
suites de  Chine,  le  procureur  portugais  Alvare  de  Se- 
medo  :  celui-ci  ignorait  tout  de  l'orage  qui  se  préparait 
contre  ses  confrères.  L'expwsé  de  Moralez  fut  presque 
complètement  accepté  par  la  Congr.  de  la  Propagande 
et,  en  conséquence,  dix-sept  réponses  furent  approu- 
vées par  le  pape  Innocent  X  contre  les  rites  chinois, 
le  12  sept.  1645. 

Quand  cette  nouvelle  parvint  en  Chine,  la  paix 
générale  y  avait  été  à  peu  près  rétablie,  par  la  dynastie 
nouvelle  des  Ts'ing,  et  les  communications  étaient 
redevenues  presque  faciles  dans  l'Empire.  Le  supérieur 
jésuite  de  l'intérieur  de  la  Chine  fit  dresser  un  contre- 
exposé  de  ce  que  les  missionnaires  de  la  Compagnie  de 
Jésus  estimaient  être  leur  véritable  point  de  vue  pour 
les  n.  1,  2,  8  et  9  du  questionnaire  de  Moralez.  Ces 
rapports  portés  à  Rome  par  le  P.  Martin  Martini  y 
furent  à  leur  tour  presque  entièrement  sanctionnés  par 
la  Congr.  de  l'Inquisition  et  approuvés  par  Alexandre 
VII,  le  23  mai  1656. 

Entre  ces  deux  décisions,  il  y  avait  une  apparence 
de  contradiction.  La  Congr.  de  l'Inquisition,  inter- 
rogée par  le  dominicain  Juan  Polanco,  donna  sa  ré- 
ponse, confirmée  par  Clément  IX,  le  13  nov.  1669  :  les 
deux  décrets  de  1645  et  1656  restent  simultanément 
en  vigueur,  et  ils  doivent  être  observés  secundum  tune 
exposita  in  dubiis.  L'on  se  départagea  dès  lors  suivant 
qu'on  adoptait  le  premier  ou  le  second  exposé  :  le 
jésuite  Martini  avait-il  rapporté  fidèlement  l'état  des 
choses? 

Voir  Brucker,  loc.  cit.;  Pastor;  Streit,  toc.  cit.,  et  les 
ouvrages  cités  par  eux. 

2°  Les  conférences  de  Canton  en  1668  et  leurs  consé- 
quences. —  Entre  les  adversaires  et  les  partisans  des 
rites  (parmi  ces  derniers  se  trouvaient  deux  domini- 
cains, dont  un  Chinois,  le  futur  évêque  Grégoire  Lopez, 
et  un  Italien,  le  P.  Sarpetri),  l'union  n'était  point  aisée 
à  rétablir.  On  avait  retrouvé  une  copie  mutilée  de 
l'ancien  traité  du  jésuite  Longobardo  sur  les  termes; 
le  conflit  en  devint  plus  ardent.  Une  circonstance  im- 
prévue permit  aux  diverses  opinions  de  s'affronter  en 
toute  liberté  et  cordialité  :  par  suite  de  la  persécution 
provoquée  par  les  adversaires  du  P.  Adam  Schall  au 
Tribunal  d'astronomie  <le  Pékin  (1665),  vingt-trois 
missionnaires  de  la  Chine  (dont  deux  dominicains  et  le 
franciscain  Antonio  a  Sancta  Maria)  se  trouvèrent  en- 
semble reclus  dans  la  petite  résidence  de  Canton. 

Les  missionnaires  en  profitèrent.  Durant  plus  d'un 
mois,  des  conférences  furent  tenues.  Apologies  des 
rites  et  contre-apologies  furent  éciiangées.  Finalement 
tous  signèrent,  pour  uniformiser  leur  conduite,  un 
certain  nombre  de  résolutions,  dont  une  portant  sur  le 


735 


CHINOIS 


(RITES) 


736 


«  culte  »  de  Confucius  avait  été  obtenue  du  franciscain 
et  du  P.  Navarrete,  dominicain,  ad  duriliam  cordis.  Le 
P.  Luis  de  Gama,  visiteur  des  jésuites,  résidait  à 
Macao  sans  avoir  jamais  connu  l'intérieur  de  la  Chine; 
il  modifia  deux  des  articles  adoptés,  de  sa  propre  ini- 
tiative et  sans  écouter  les  objections  de  ses  subordon- 
nés. Le  P.  Navarrete  se  jugea  délié  de  tout  engage- 
ment; il  s'esquiva  de  Canton  vers  Macao,  pour  l'Eu- 
rope. Sur  le  chemin  du  retour,  à  Madagascar,  il  ren- 
contra le  vicaire  apostolique  français,  Mgr  Pallu,  et 
profita  des  délais  de  l'escale  pour  lui  faire  part  de  ce 
qu'il  avait  vu  en  Chine.  Plus  tard,  le  premier  tome  de 
ses  souvenirs  ou  Tratados  (1676)  fit  une  manière  de 
scandale  en  Espagne;  le  second  tome,  bien  que  déjà 
imprimé,  fut  prohibé  par  l'Inquisition.  Devenu  arche- 
vêque de  Cuba,  Navarrete  voulut  prouver  que  ses 
objections  contre  les  rites  chinois  ne  concernaient 
point  les  personnes  et  il  réclama  le  concours  des  jé- 
suites pour  l'évangélisation  de  son  diocèse. 

Il  n'en  reste  pas  moins  vrai  que  les  écrits  de  Navar- 
rete devinrent  l'arsenal  où  puisèrent,  à  Rome  et  en 
Europe,  les  adversaires  des  anciens  missionnaires  de 
Chine,  en  particulier  les  jansénistes.  Parmi  les  jésuites 
eux-mêmes,  il  n'y  avait  point  uniformité  parfaite.  La 
plupart  des  Pères  de  l'intérieur  de  la  Chine,  comme 
Adam  Schall  et  Ferdinand  Verbiest,  se  bornaient  à 
réclamer  le  bénéfice  d'une  probabilité  favorable  pour 
tolérer  les  cérémonies  discutées.  A  Rome,  le  général 
de  la  Compagnie  de  Jésus,  Thyrse  Gonzalez,  voulait,  à 
l'aide  du  probabiliorisme,  faciliter  le  salut  de  tant 
d'âmes.  Quelques-uns,  comme  le  Père  français  Le 
Comte,  allaient  plus  loin  encore  en  affirmant  que 
«  certainement  »,  au  moins  à  l'origine,  le  «  culte  »  des 
ancêtres  et  de  Confucius  n'avait  rien  de  superstitieux. 
Cette  opinion  fut  condamnée  solennellement  par  la 
Sorbonne  en  1700  (cf.  Davy,  La  condamnation  en  Sor- 
bonne  des  «  Nouveaux  Mémoires  sur  la  Chine  »  du 
P.  Le  Comte,  dans  Recherches  de  se.  rel.,  juill.  1950, 
p.  366-397),  sans  que  la  mesure  paraisse  avoir  aucune- 
ment influencé  le  cours  des  discussions  approfondies 
qui  avaient  lieu  alors  à  Rome.  Le  «  certitudinalisme  », 
un  peu  modifié,  est  encore  soutenu  par  plusieurs  histo- 
riens actuels  des  missions.  Il  a  été  dépassé  par  le 
figurisme,  qui  découvrait  dans  le  vieux  passé  chinois 
une  bonne  partie  de  l'Ancien  et  même  du  Nouveau 
Testament  (De  Prémare,  Les  vestiges  des  principaux 
dogmes  chrétiens  tirés  des  anciens  livres  chinois,  Paris, 
1878). 

Outre  les  ouvrages  cités  de  Maas,  Biermann,  voir  un 
article  d'H.  Bosmans,  S.  J.,  Lettres  inédites  de  François  de 
Rougemoiit,  dans  les  Analectes  pour  servir  à  l'Iiist.  eccl.  de  la 
Belgique,  Louvain,  III»  série,  ix,  1913,  p.  21-54;  Major  C.  R. 
Boxer,  A  proposito  dum  livrinho  xilogràflco  dos  Jesuitas 
de  Pequini,  Macao,  1947. 

3°  Le  mandement  de  Mgr  Maigrot  (1693)  et  la  décla- 
ration de  K'ang-hi  (1800).  —  Mgr  Pallu,  enfin  débarqué 
sur  le  continent  chinois,  n'y  avait  guère  fait  son  appa- 
rition que  pour  y  mourir  (1684);  mais,  parmi  les  consi- 
gnes qu'il  léguait  à- celui  qu'il  choisit  pour  successeur, 
M.  Maigrot,  du  séminaire  des  Missions  étrangères,  l'une 
des  plus  importantes  était  celle  d'examiner  le  plus 
attentivement  possible  les  rites  contestés.  Mgr  Maigrot 
prit  son  temps;  il  étudia  les  livres  chinois,  il  interrogea 
discrètement  les  missionnaires  et  les  lettrés;  finale- 
ment, il  parvint  à  la  conclusion  que,  dans  les  circons- 
tances présentes,  ces  pratiques  étaient  inséparables  de 
la  superstition.  En  conséquence,  il  les  prohiba  dans  un 
mandement  (26  mars  1693)  qui,  dans  son  ensemble, 
reçut  aussitôt  l'approbation  de  beaucoup  de  mission- 
naires, entre  autres  du  franciscain  italien  Jean  de 
Leonissa,  très  estimé  par  la  Congr.  de  la  Propagande 
et  devenu  durant  quelque  temps  vicaire  apostolique 
de  Nankin.  Il  se  trouva  même  un  jésuite,  le  Français 


De  Visdelou,  reconnu  par  ses  confrères  comme  le 
meilleur  connaisseur  de  la  littérature  chinoise,  pour 
admettre  aussi  la  valeur  de  beaucoup  des  arguments 
de  Mgr  Maigrot,  bien  que  par  déférence  pour  ses  com- 
pagnons il  s'abstînt  d'abord  de  manifester  son  senti- 
ment en  public. 

Mgr  Maigrot  fit  porter  à  Rome  son  mandement  par 
un  autre  membre  de  la  Soc.  des  Missions  étrangères  de 
Paris,  M.  Charmot,  qui  déploya  dès  lors  une  activité 
industrieuse  pour  obtenir  une  approbation  complète 
du  pape  Innocent  XI.  Il  ne  trouva  d'abord  en  face  de 
lui,  pour  lui  donner  la  réplique,  que  des  jésuites 
n'étant  jamais  allés  en  Chine.  C'était  insuffisant. 
Tandis  qu'autour  d'eux  les  passions  s'agitaient,  les 
cardinaux  et  les  consulteurs  du  S. -Siège,  avec  une 
sérénité  impressionnante,  se  livraient  à  un  examen 
minutieux  de  la  question. 

Les  «  Pères  de  Pékin  »  mirent  beaucoup  de  temps  à 
comprendre  que  leur  position  n'était  pas  aussi  assurée 
qu'ils  se  l'étaient  imaginé.  Ils  crurent  en  toute  bonne 
foi  qu'ils  résoudraient  le  problème  en  sollicitant  de 
l'empereur  K'ang-hi  lui-même  une  interprétation  au- 
thentique. L'empereur  accepta.  Cette  démarche  a  été 
souvent  reprochée  aux  jésuites  de  Chine,  comme  s'ils 
avaient  invoqué  l'intervention  d'un  pouvoir  civil  dans 
une  cause  déjà  soumise  à  l'autorité  ecclésiastique  : 
cette  critique  ne  paraît  pas  justifiée.  Par  contre,  on 
peut  se  demander  si,  à  cette  époque,  un  tel  décret, 
même  porté  par  l'autocrate  K'ang-hi,  suffisait  à  puri- 
fier les  usages  controversés  de  toute  superstition  ou 
apparence  de  superstition  :  les  temps  n'étaient  pas 
encore  mûrs  pour  cela.  Toujours  est-il  que  la  commis- 
sion cardinalice  de  Rome  ne  paraît  pas  avoir  pris  en 
considération  la  décision  de  K'ang-hi,  pas  plus  d'ail- 
leurs que  la  condamnation  du  P.  Le  Comte  prononcée 
par  la  Sorbonne.  Le  20  nov.  1704,  le  pape  Clément  XI 
sanctionna  un  décret  de  la  Congr.  de  l'Inquisition 
qui  confirmait  le  mandement  de  Mgr  Maigrot,  mais 
il  en  différa  la  publication  jusqu'au  moment  où  il 
aurait  été  promulgué  en  Chine. 

Bibliographie  énumérée  par  Streit,  loc.  cit.,  avec  de  très 
nombreux  documents  d'archives;  Adrien  Launay,  Hist. 
générale  de  la  Société  des  Missions  étrangères,  1894. 

4"  Les  deux  ambassades  pontificales  de  Mgr  de  Tour- 
non  (8  avr.  1705-28  août  1706)  et  de  Mgr  Mezzabarba 
(23  sept.  1720-5  mars  1721).  —  La  première  ambas- 
sade pontificale  de  Mgr  de  Tournon  a  été  souvent  jugée 
avec  une  extrême  sévérité;  le  légat  aurait  tout  com- 
promis par  sa  manière  d'agir.  Peut-être  oublie-t-on 
qu'il  avait  reçu  du  Souverain  pontife  plusieurs  consi- 
gnes, toutes  difficiles  à  suivre  sous  un  monarque  aussi 
autoritaire  que  K'ang-hi,  entre  autres  celle  de  pro- 
mulguer le  décret  porté  contre  les  rites.  Presque  au 
débarqué  (8  avr.  1705)  à  Canton,  Tournon  avait  pro- 
voqué un  échange  de  vues  entre  deux  jésuites  français, 
le  P.  de  BeauvoUier  et  le  P.  de  Visdelou.  Ce  dernier, 
ainsi  ofiiciellement  interrogé,  s'était  départi  de  sa 
réserve  antérieure  pour  confirmer,  en  somme,  la  posi- 
tion prônée  par  Mgr  Maigrot  et  par  Rome  ;  son  contra- 
dicteur, nouveau  venu  en  Extrême-Orient,  avait 
adopté  une  attitude  inadmissible  par  son  «  certitudi- 
nalisme intempérant  ».  Tournon  condamna  aussi  un 
opuscule  chinois  du  P.  de  Prémare  qui,  avec  les  prin- 
cipes «  figuristes  »,  commençait  à  retrouver  la  Bible 
dans  les  vieux  livres  classiques. 

Le  25  janv.  1707,  à  Nankin,  en  revenant  de  Pékin, 
Mgr  de  Tournon  signa  le  mandement  (publié  le  7  févr. 
1707)  par  lequel  il  promulguait  le  décret  romain  de 
1704;  il  y  joignait  une  série  de  dispositions  de  détail 
pour  les  fidèles  de  Chine.  Les  deux  documents  furent 
approuvés  à  Rome,  le  25  sept.  1710,  dans  un  décret  de 
la  Congr.  de  l'Inquisition,  confirmé  par  Clément  XI. 


737 


CHINOIS 


(RITES) 


738 


Ce  fut  alors  qu'on  vit  les  inconvénients  de  la  clé- 
marche  des  n  Pères  de  Pékin  »  auprès  de  K'ang-hi. 
L'empereur  avait  engagé  son  autorité  dans  l'interpré- 
tation qu'il  jugeait  valable  des  rites  chinois.  Il  s'estima 
directement  mis  en  cause  par  ces  décrets.  Il  exigea 
de  tous  les  missionnaires  demeurant  en  Chine  le  ser- 
ment de  se  conformer  à  la  méthode  du  P.  Ricci,  et  il 
dépêcha  coup  sur  coup  à  Rome  plusieurs  messagers 
pour  obtenir  du  pape  la  «  reconsidération  »  de  ses  déci- 
sions. Par  suite  de  contretemps,  aucun  de  ces  envoyés 
ne  revint  en  Chine. 

Par  contre  le  19  mars  1715,  Clément  XI,  dans  sa 
Constitution  Ex  illa  die,  renouvela  et  sanctionna  plus 
fortement  que  jamais  les  décrets  antérieurs  de  la  Con- 
grégation de  l'Inquisition  (1704  et  1710).  Les  mission- 
naires de  Chine  étaient  bien  décidés  à  se  soumettre 
entièrement  aux  ordres  du  S. -Siège,  mais,  dans  la  pra- 
tique, ils  se  heurtaient  à  de  telles  difficultés  d'applica- 
tion qu'ils  envoyèrent  à  Rome  une  série  de  questions; 
il  y  fut  donné  réponse,  dans  un  document  qui  ne  reçut 
pas  l'approbation  formelle  du  Souverain  pontife,  pro- 
bablement pour  se  réserver  la  possibilité  d'approuver 
ou  de  désavouer  l'usage  qui  en  serait  fait  (l'existence 
de  ce  document,  envoyé  par  la  Secrétairerie  d'État  à 
Mgr  IMezzabarba  quand  il  se  trouvait  encore  à  Lis- 
bonne, nous  est  attestée  par  la  lettre  que  ce  dernier 
écrivit  de  Lodi,  le  10  oct.  1740,  à  Mgr  Cavalchini; 
Acta  in  causa  pastoralis  epistolae  palriarchae  Alexan- 
drini,  olim  legati  apostolici  in  Imperio  Sinarum,  pars 
prior,  1741,  p.  15-16).  C'est  en  se  fondant  sur  ces  direc- 
tives non  officielles  que  Mgr  Mezzabarba,  envoyé  du 
pape  Clément  XI  à  K'ang-hi,  accorda  huit  permis- 
sions promulguées  dans  un  mandement  daté  de  Macao 
le  4  nov.  1721. 

En  plus  des  nombreux  écrits  polémiques  qu'ont  suscités 
ces  ambassades  (Streit,  loc.  cit.,  vu),  il  faut  désormais 
recourir  aux  documents  chinois,  souvent  écrits  par  K'ang- 
hi  lui-même,  dont  on  trouvera  une  liste,  avec  traduction 
assez  fidèle,  dans  Antonio  Sisto  Rosso,  ApostoUc  légations  to 
China  oj  the  ISth  century,  South  Pasadena,  1949. 

5"  La  condamnation  des  rites  chinois  (1723-42).  — 
Entre  les  missionnaires  de  Chine  l'accord  ne  régnait 
pas,  même  sur  les  permissions  de  Mezzabarba.  La  plu- 
part d'entre  eux,  expulsés  de  l'Empire,  profitèrent  de 
ce  qu'ils  se  trouvaient  rassemblés  à  Macao  pour  s'y 
réunir  sous  la  présidence  de  l'évêque  de  Pékin,  Mgr 
François  de  la  Purification.  Ce  dernier,  par  une  lettre 
pastorale  datée  de  Macao  le  6  juill.  1733  et  réitérée  le 
23  déc.  de  la  même  année,  imposa  d'une  manière  abso- 
lue à  tous  les  missionnaires  l'ordre  d'user  des  tempéra- 
ments ainsi  accordés.  Les  opposants  firent  appel  à 
Rome.  Clément  XII,  par  le  bref  Apostolicae  sollicitu- 
dinis  du  26  sept.  1735,  cassa  les  deux  lettres  pastorales 
de  l'évêque  de  Pékin,  en  réservant  désormais  au  S.- 
Siège  le  droit  d'interpréter  la  Constitution  Ex  illa  die 
de  Clément  XI. 

Une  fois  de  plus,  l'étude  minutieuse  de  toute  la 
question  fut  reprise  par  une  commission  de  cardinaux. 
Tous  les  décrets  antérieurs  furent  examinés  à  nouveau 
et,  finalement,  Benoît  XIV,  dans  sa  Constitution  Ex 
quo  singulari  du  11  juill.  1742,  reprit  le  texte  de  la 
Constitution  de  1715,  en  annulant  les  permissions  dites 
de  Mezzabarba  et  en  renforçant  les  mesures  destinées 
à  assurer  l'accomplissement  de  ses  décisions.  LTne  nou- 
veUe  formule  du  serment  devait  être  signée  par  tous 
les  missionnaires,  et  des  peines  sévères  étaient  fulmi- 
nées contre  ceux  qui  s'y  soustrayaient  ainsi  que  contre 
leurs  supérieurs... 

Voir  les  ouvrages  signalés  par  Streit,  loc.  cit.,  et  Pastor. 

III.  La  laïcisation  progressive  des  coutumes 
CHINOISES  jusqu'au  xx«  S.  (1742-1939).  —  Le  dernier 
mot  semblait  donc  dit  en  défaveur  des  coutumes  de  la 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


Chine  et  des  pays  avoisinants  :  Non  mala  quia  prohi- 
bita,  répétaient  les  Congrégations  romaines,  sed  prohi- 
bila  quia  mala,  ce  que  certains  commentateurs  décla- 
raient intrinsece  mala.  C'était  une  exagération.  L'évo- 
lution de  la  mentalité  des  Extrême-Orientaux  allait 
démontrer  que  ces  cérémonies  ne  tiraient  point  leur 
«  malice  »  de  leur  nature,  mais  seulement  de  l'exté- 
rieur, extrinsece  mala,  c.-à-d.  de  la  signification  qui 
leur  était  communément  attribuée  par  l'opinion  pu- 
blique. Il  fallut,  pour  le  manifester  clairement,  divers 
épisodes  dans  des  régions  où  avait  rayonné  la  civilisa- 
tion chinoise. 

1"  Mgr  Pigneau  de  Béhaines  en  Cochinchine  (1789- 
96).  —  Mgr  Pigneau  de  Béhaines,  de  la  Société  des 
Missions  étrangères  de  Paris,  a  raconté  lui-même  com- 
ment, en  1765,  il  apporta  dans  les  missions  annamites 
un  décret  de  la  Congr.  de  la  Propagande  qui  proscri- 
vait même  toute  inclination  devant  le  cadavre  d'un 
mort.  «  J'y  trouvais,  écrit-il,  la  plus  grande  opposition 
de  la  part  de  quelques  missionnaires  et  de  beaucoup  de 
chrétiens...,  [mais]  j'allais  jusqu'à  taxer  les  anciens 
missionnaires,  qui  demandaient  du  délai,  de  ténacité, 
d'orgueil,  etc.,  peut-être  même  fus-je  la  cause  qu'au- 
cun d'eux  n'osa  envoyer  de  réclamation  à  Rome.  » 
Quelques  années  plus  tard,  en  1789,  il  ramenait  de 
France  en  Cochinchine  le  petit  prince  Cahn,  baptisé, 
fils  du  puissant  empereur  Gia-long.  Sur  ses  conseils, 
l'enfant  refusa  de  faire  les  prostrations  rituelles  d'usage 
aux  ancêtres  défunts.  L'empereur  Gia-long,  étonné  et 
peiné,  eut  à  ce  sujet  une  longue  conférence  avec 
l'évêque  :  «  Il  serait  bien  à  souhaiter,  lui  dit-il,  que  cet 
usage  se  puisse  concilier  avec  le  christianisme,  car, 
selon  ma  manière  de  voir,  il  n'y  a  pas  d'autre  obstacle 
véritable  qui  puisse  empêcher  que  tout  mon  royaume 
soit  chrétien.  Si  je  venais  à  déclarer  là-dessus  mes  sen- 
timents à  tous  mes  sujets,  et  à  leur  faire  connaître 
qu'on  ne  doit  faire  cette  cérémonie  que  dans  des  vues 
purement  civiles  et  politiques,  que  toute  croyance  à 
ce  sujet  n'est  venue  que  d'une  erreur  populaire..., 
cette  conduite  de  ma  part  ne  pourrait-elle  pas  excu- 
ser les  chrétiens  et  les  autoriser  à  se  conformer  à  cet 
usage?  » 

C'était,  pour  la  Cochinchine,  revenir  à  ce  que  les 
Pères  de  Pékin  avaient,  en  1700,  obtenu  de  l'empereur 
mandchou  K'ang-hi  pour  la  Chine.  Mgr  Pigneau  de 
Béhaines  se  fit,  à  Rome,  l'avocat  éloquent  de  cette 
solution;  il  se  heurta  aux  objections  du  parti  contraire, 
consignées  dans  un  échange  volumineux  de  lettres  avec 
Mgr  de  Saint-Martin,  vicaire  apostolique  du  Se- 
tchoan.  En  réalité,  les  temps  n'étaient  pas  plus  mûrs 
pour  cette  «  laïcisation  »  en  Cochinchine  qu'en  Chine 
ou  en  Corée. 

Launay,  Hisl.  de  la  mission  de  Cochinchine,  m,  320  sq.; 
liist.  des  missions  de  Chine.  Mission  de  Se-Tchoan,  ii,  21-82. 

2°  La  «  term  controversy  »  chez  les  protestants  de  Chine 
(1806-53).  —  Avec  le  renouveau  de  l'influence  occiden- 
tale en  Extrême-Orient  au  début  du  xix«  s.,  des  mis- 
sionnaires protestants  affinèrent,  qui  recommencèrent 
pour  leur  compte  ce  que  leurs  prédécesseurs  catholi- 
ques avaient  expérimenté.  Comme  eux  ils  ne  tardèrent 
pas  à  se  heurter  à  la  difficulté  de  traduire  correctement 
en  chinois  les  idées  chrétiennes.  Ce  fut  autour  du  nom 
à  donner  à  Dieu  que  se  concentrèrent  les  débats.  Les 
catholiques  avaient  fini  par  adopter  habituellement  le 
terme  T ien-tchou,  «  Seigneur  du  ciel  ».  Les  protestants, 
s'écartant  de  cet  usage,  se  divisèrent  en  deux  écoles 
principales,  suivant  qu'ils  préféraient  le  mot  Chen, 
«  Esprit  »,  ou  Chang-tsi,  «  Souverain  d'en  haut  ».  A 
partir  de  1850  environ  la  traduction  américaine  de  la 
Bible  adopta  Chen,  tandis  que  la  traduction  anglaise 
se  rallia  à  Chang-tsi.  La  divergence  entre  eux  s'est 
prolongée  presque  jusqu'à  nos  jours. 

H.  —  XII.  —  24  — 


739 


CHINOIS 


(RITES) 


740 


En  ce  qui  concerne  les  rites  chinois  proprement  dits, 
il  n'y  eut  pas  uniformité  non  plus.  Beaucoup  de  pro- 
testants furent  encore  plus  rigides  que  les  catholiques, 
comme  par  ex.  en  Corée,  lors  des  récentes  décisions 
romaines. 

Kenneth  Scott  Latonrette,  A  hislory  of  Christian  missions 
in  China,  1929,  spécialement  p.  262-63. 

3°  Le  développement  des  études  historiques  (1841- 
1920).  —  Ce  qui  avait  gêné  beaucoup  la  liberté  de  la 
réflexion,  aussi  bien  chez  les  partisans  que  chez  les 
adversaires  des  rites  chinois,  c'était  le  présupposé  im- 
plicite d'après  lequel  la  ligne  de  séparation  qui  existait 
entre  le  superstitieux  et  le  non-superstitieux,  et  par 
conséquent  entre  le  prohibé  et  le  licite,  ne  pouvait 
d'aucune  manière  être  déplacée.  A  ce  fixisme  incons- 
cient, les  leçons  de  l'histoire  devaient  apporter  pro- 
gressivement un  démenti.  On  le  constata  déjà  dans  les 
Lettres  à  Mgr  de  Langres,  que  publiait  en  1841  Mgr  Lu- 
quet.  Bien  que  les  conclusions  en  fussent  défavorables 
aux  II  partisans  des  rites  »,  on  y  rendait  justice  à  leurs 
préoccupations  de  départ.  Plus  tard,  le  P.  Brucker,  en 
s'inspirant  surtout  (comme  ensuite  Pastor)  des  thèses 
des  jésuites  français  du  début  du  xvii«  s.,  s'efforça  de 
justifier  indirectement  leur  point  de  vue  «  certitudina- 
liste  »;  il  fut  rappelé  à  l'ordre  par  la  Congr.  de  la  Pro- 
pagande. Il  ne  parvint  jamais,  même  pas  dans  son 
grand  article  du  D.  T.  C,  à  réconcilier  entièrement 
les  apparentes  divergences  que  présentaient  les  déci- 
sions romaines. 

Un  excellent  catholique  du  Japon,  l'amiral  Yama- 
moto,  devait  en  1920  provoquer  une  consultation 
d'historiens  spécialistes  sur  le  sujet.  A  propos  des  rites 
shintoïstes  de  son  pays,  il  avait  lu  attentivement  les 
travaux  de  l'abbé  Beurrier  sur  Le  culte  rendu  aux 
empereurs  romains  et  de  Gaston  Boissier  sur  La  reli- 
gion romaine.  Il  croyait  y  voir  comment  des  rites, 
certainement  ou  plus  probablement  superstitieux,  sont 
peu  à  peu  déclarés  innocents  et  même  adoptés  par 
l'Église  catholique.  Louis  Bréhier  pour  l'Empire 
byzantin  et  Mgr  Batiflol  pour  l'Empire  romain  con- 
clurent eux  aussi  à  cette  graduelle  «  christianisation  » 
de  rites,  même  idolâtriques. 

Mgr  Luquet,  Lettres  à  Mgr  de  Langres,  1841,  p.  103  sq. 
Brucker,  loc.  cit.  Mgr  Batiflol  et  L.  Bréhier,  Les  survivances 
(lu  culte  shintoïste  au  Japon,  1920. 

4°  Les  décisions  romaines  pour  le  Manchoukouo  et  le 
Japon  (1932-35).  —  Depuis  le  début  du  xx«  s.,  avec 
les  progrès  du  nationalisme  au  Japon,  les  élèves  des 
écoles  se  virent  de  plus  en  plus  contraints  à  participer 
aux  cérémonies  dites  shintoïstes  dans  les  jinja  ou 
édifices  consacrés  aux  ancêtres.  Parallèlement,  au 
Manchoukouo,  les  Japonais  renforçaient  les  coutumes 
ancestrales  de  la  «  Voie  royale  »  (Wang  tao),  avec  les 
révérences  obligatoires  à  Gonfucius.  Ainsi  redevenait 
actuel  un  problème  d'autrefois. 

Il  est  vrai  que  depuis  1898,  au  moins  en  ce  qui 
concernait  les  rites  japonais,  des  décrets  du  gouver- 
nement établissaient  une  distinction  très  nette  entre 
les  rites  purement  civils  que  tous  devaient  pratiquer, 
et  les  rites  proprement  religieux  qui  étaient  laissés 
à  la  libre  élection  des  fidèles  particuliers  d'une  reli- 
gion. Malgré  cela,  l'attitude  des  supérieurs  catholiques 
du  Japon  restait  défiante.  «  Ce  bloc  enfariné  ne  me  dit 
rien  qui  vaille  »  (lettre  pastorale  de  Mgr  Combaz, 
vicaire  apostolique  de  Nagasaki,  5  nov.  1915). 

Cependant,  en  face  des  exigences  impérieuses  des 
autorités  japonaises,  Mgr  Mooney,  délégué  apostoli- 
que, donnait  en  janv.  1933  une  réponse  plutôt  favo- 
rable aux  cérémonies  des  jinja  :  Tolerari  potest... 
propler  gravem  rationem,  judicio  Ordinarii  probandam, 
accentuée  encore  le  8  déc.  1933  :  «  Tout  ce  qui  est  sus- 
ceptible d'une  interprétation  raisonnable  et  commu- 


nément admise  par  l'opinion  publique  dans  le  sens  de 
manifestation  nationale  ne  doit  pas  être  condamné  ni 
interdit.  » 

Au  Japon,  les  condamnations  des  rites  chinois 
n'avaient  été  appliquées  que  par  une  extension  abu- 
sive. Par  contre,  au  Manchoukouo,  elles  étaient  bien 
régulièrement  en  vigueur.  C'est  ce  qui  explique,  sans 
doute,  que  les  Ordinaires  réunis  à  Hsinking  le  12  mars 
1935  sous  la  présidence  de  Mgr  Gaspais,  délégué  apos- 
tolique, aient  apporté  plus  de  nuances  dans  leur  juge- 
ment qu'on  ne  l'avait  fait  au  Japon.  Ils  distinguè- 
rent entre  «  présence  passive  ou  purement  matérielle  » 
et  II  coopération  active  »;  ils  dressèrent  en  outre,  un 
catalogue  des  actions  permises  ou  prohibées.  Leur 
lettre  collective  du  25  mars  1935  au  Souverain  pontife 
fut  approuvée  par  Pie  XI,  le  16  mai  1936,  mais  la 
Congr.  de  la  Propagande,  transmettant  cette  réponse 
à  Mgr  Gaspais  le  28  mai  1936,  ajoutait  qu'en  vertu  de 
la  déclaration  officielle  de  la  direction  des  Cultes  au 
Manchoukouo  du  5  mars  1935  les  cérémonies  en  l'hon- 
neur de  Confucius  «  n'ont  absolument  plus  aucun 
caractère  religieux  ».  C'était  insinuer  un  principe 
beaucoup  plus  large  d'interprétation. 

Congrégation  de  la  Propagande  à  Rome,  Sylloge  praeci 
puorum  documentorum  recentium  Summorum  pontificum 
S.  Congr.  de  Propaganda  Fide,  1939. 

5"  Le  point  final  à  la  discussion  des  rites  chino 
(1939).  —  Une  fois  de  plus,  ce  fut  à  propos  du  Japo 
que  s'annoncèrent  les  temps  nouveaux.  Le  18  m 
1936,  la  Congr.  de  la  Propagande  promulgua  des  dire 
tives  très  générales,  non  seulement  pour  les  cérém 
nies  des  jinja,  mais  aussi  pour  les  mariages  et  d'autr 
cérémonies  privées  : 

«  ...quae,  quamvis  forte  a  superstitione  originem  dux' 
rint,  ex  circumstantiis  tamen  locorum  et  personarum 
ex  communi  aestimatione  nunc  temporis  non  retinea 
nisi  sensum  urbanitatis  et  mutuae  benevolentiae  »  (Sy 
loge...,  cité  plus  haut,  537-40). 

Le  pape  Pie  XI  déclara,  le  25  mai  1936,  que  c" 
règles  non  seulement  pouvaient  mais  devaient  êt 
communiquées  aux  fidèles  (F.  Cenci,  dans  //  pensi 
missionario,  1940,  p.  6-14). 

Aussitôt,  des  questions  se  posèrent  en  Corée,  dan 
les  groupes  chinois  de  l'Indonésie,  et  enfin  en  Chin 
Le  8  déc.  1939,  S.  S.  Pie  XII  approuva  l'instruction  d 
la  Congr.  de  la  Propagande  qui  étendait  définitiv 
ment  ces  principes  à  la  Chine  proprement  dite  : 

«  Plane  compertum  est,  était-il  dit  dans  le  préambul 
in  Orientalium  regionibus  nonnullas  caeremonias,  li"' 
antiquitus  cum  ethnicis  ritibus  connexae  essent,  inpra 
sentiarum,  mutatis  saeculorum  fluxu  moribus  et  anim' 
civilem  tantum  servare  significationem  pietatis  in  ant 
natos  vel  amoris  in  patriam  vel  urbanitatis  in  proximos. 

Pour  les  modalités  d'application  de  ce  décret, 
demeurait  cependant  une  certame  cause  d'hésitation 
dresserait-on  un  catalogue  d'actions  permises  ou  d 
fendues,  comme  au  Manchoukouo?  ou  bien  se  conte 
terait-on  de  directives  très  générales,  comme  au  J 
pon?  Le  28  févr.  1941,  la  Congr.  de  la  Propagand 
dans  sa  lettre  Mens  nostra  à  Mgr  Zanin,  délégué  apost 
lique  de  Chine  {Collectanea  commissionis  synodalis 
Sinis,  xiv,  juin  1941,  p.  562),  se  déclara  catégoriqu 
ment  pour  la  seconde  solution  : 

«  Absolute  evitanda  est  compositio  elenchi  caerenion' 
rum  permissarum  vel  prohibitaruni,  ne  oriatur  pericul" 
reincidendi  in  discussiones  casuisticas,  quae  siib  alia  for 
renasci  facerent  querelas  antiquas. 

«  Quando  nécessitas  postulet,  Ordinarii  dare  quide 
possunt  régulas  et  normas  générales;  respectu  tamen 
habito  ad  hoc,  quod  in  tempore  versamur  transitorio,  ne 
nimis  descendant  ad  speciûcationes  singulas  et  relinquant 
etiam  sacerdotibus  et  bonis  christianis  laicis  in  casibus 
particularibus,  se  dirigere  secundiim  suani  conscientiani.  • 


741 

Conclusion.  —  Les  conséquences  immédiates  de 
ces  décisions  ne  se  sont  point  limitées  à  l'Extrême- 
Orient.  Elles  s'étendirent  d'abord,  automatiquement, 
à  l'Inde  dont  les  controverses  sur  les  rites  malabares 
avaient  évolué  comme  celles  sur  les  rites  chinois  : 

«  Super  dubium  :  «  Utrum,  abolito  juramento  super  riti- 
«  bus  sinensibus,  opportunum  sit  dispensare  etiam  missio- 
•  narios  in  Indiis  orientalibus  a  juramento  super  ritibus 
»  malabaricis  »,  Em.  ac.  Rev.  patres  huic  sacro  concilio 
christiano  nomini  propagande  praepositi,  in  plenariis 
comitiis  die  8  decurrentis  mensis  aprilis  [1940]  habitis, 
respondendum  censuerunt  :  Affirmative,  firma  obligatione 
de  cetero  observandi  praescripta  Benedicti  XIV,  quatenus 
a  Sancta  Sede  non  immutata  »  [surtout  de  ne  point  ressus- 
citer les  controverses  anciennes]  (Osservatore  Romaiio, 
15  mai  1940). 

Ailleurs  encore  on  bénéficia  de  ces  mêmes  décisions. 
Far  ex.  au  Congo  belge  un  doute  avait  surgi  sur  «  la 
proposition  d'expurger  des  superstitions  les  cérémo- 
nies funèbres,  dites  Matanga  »  (Sylloge...,  576-77); 
le  14  juin.  1938,  c'est  à  l'instruction  donnée  par  la 
Propagande  en  1659  pour  la  Chine  que  Rome  se  réfère, 
en  citant  expressément  la  phrase  : 

«  NuUum  studium  ponite,  nullaque  ratione  suadete  illis 
populis  ut  ritus  suos,  consuetudines  et  mores  mutent,  modo 
non  sinl  apertissinie  reliyioni  et  bonis  moribiis  contraria  « 
(ces  mots  sont  ainsi  soulignés  dans  le  document  original). 

L'on  voit  donc  quel  chemin  a  été  franchi  en  un 
siècle  et  demi.  Alors  que  la  Constitution  de  BenoîtXIV, 
en  1742,  prohibait  les  rites,  même  s'ils  n'avaient  que 
l'apparence  de  la  superstition  (speciem  superslilionis ) , 
l'instruction  renouvelée  de  la  Propagande  les  accepte 
au  contraire,  à  moins  qu'ils  ne  répugnent  «  très  évi- 
demment »  (apertissinie)  à  la  foi  ou  aux  mœurs.  C'est 
dans  ce  contraste  d'attitude  que  l'on  saisit  peut-être  le 
mieux  la  lente  adaptation  de  l'Église  catholique,  enre- 
gistrant les  changements  de  mentalité  religieuse,  phi- 
losophique et  civique,  chez  les  habitants  de  l'Extrême- 
Orient. 

Nul  commentaire  plus  opportun  ne  peut,  sans 
doute,  être  donné  de  cette  instruction  que  le  texte  de 
SS.  Pie  XII  dans  son  encyclique  de  prise  en  possession 
du  siège  pontifical  (20  oct.  1939)  : 

«  .lesu  Christi  Ecclesia,  utpote  fidelissima  almae  divinae- 
que  sapientiae  custos,  non  ea  pro  certo  nititur  deprimere 
vel  parvi  facere  quae  peculiares  cujusvis  nationis  notas 
proprietatesque  constituant  quae  quidem  populi  jure 
meritociue  quasi  sacram  hereditatem  religiose  acerrimeque 
tueantur.  Curas  omnes  ac  normas,  quae  facultatibus  viri- 
busque  sapienter  explicandis  temperateque  augendis  inser- 
viunt  (quae  quidem  ex  occultis  cujusvis  stirpis  latebris 
oriuntur)  Ecclesia  approbat  maternisque  votis  prosequitur 
si  modo  ofriciis  non  adversentur  quae  communis  morta- 
lium  omnium  origo  communisque  destinatio  imponant.  » 

C'est  ce  qu'en  termes  élevés  rappelle  l'encyclique 
Euangelii  Praecones  (2  juin  1951). 

Sous  cet  aspect,  la  très  longue  controverse  des  rites 
chinois,  bien  loin  d'être  la  misérable  et  stérile  discus- 
sion que  l'on  s'imagine  souvent,  est  une  étape  remar- 
quable de  la  radieuse  histoire  du  christianisme  qui  se 
fraie  un  chemin  dans  la  mêlée  complexe  des  civilisa- 
tions humaines. 

Henri  Bernard-Maître,  s.  j. 
CHINON,  Cainonense  (monastère  S.-Mexme  ou 
Maxime),  diocèse  de  Tours.  Maxime,  disciple  de 
S.  Martin  (f  397),  après  des  pèlerinages  divers,  revint 
à  Tours  et,  près  de  la  ville,  fonda  un  monastère  (Gré- 
goire de  Tours,  De  gloria  conf.,  22),  dont  Fortunat 
cite  l'abbé  Flameris.  Le  successeur  de  Maxime,  Bric- 
tius,  y  construisit  l'église  (Grégoire  de  Tours,  Hist. 
Franc,  X,  xxxi).  A  la  communauté  des  moines, 
mentionnée  jusqu'en  943,  succéda,  entre  980-1007, 
un  chapitre  de  chanoines  dont  le  premier  prévôt  fut 
Archembald.  Ce  chapitre  exista  jusqu'en  1790.  — 


7  42 

L'église  est  en  partie  carolingienne.  Elle  a  une  façade 
flanquée  de  deux  tours  romanes  carrées.  A  S.-Étienne 
sont  conservées  une  pierre  tombale  du  xii«  s.,  qui 
recouvrait  le  tombeau  de  S.  Mexme,  et  une  chape, 
ornée  d'inscriptions  arabes,  rapportée  sans  doute  de 
la  Terre  sainte  et  connue  sous  le  nom  de  chape  de 
S.  Mexme. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés  de  l'anc.  France, 
viii,  17.  —  Chevalier,  T.  B.,  693.  —  Cottineau,  773.  — 
De  Galembert,  Mém.  sur  les  peintures  murales  de  l'égl. 
S.-Mexme,  dans  Mém.  Soc.  arch.  de  Touraine,  v,  1855.  — 
Gall.  christ.,  xiv,  190.  —  H.  Grimaud,  Notes  historiques  sur 
Chinon,  Tours,  1898.  —  Mabillon,  Ann.,  i,  10,  11,  124,  169. 

R.  Van  Doren. 

CHIOGGIA,  Clugia  ou  Fossa  Clodia,  ville  de  la 
lagune  vénitienne,  à  27  km.  au  sud  de  Venise,  devenue 
siège  d'un  évêché,  en  1110,  à  la  suite  de  la  destruction 
(1107)  de  Malamocco  (Metamaurum).  Les  origines  de 
cet  ancien  diocèse  ne  sont  point  connues.  Le  premier 
évêque  dont  le  nom  nous  soit  parvenu  est  Félix,  que 
Jean  VIII  frappa  de  peines  ecclésiastiques,  en  876, 
pour  avoir  refusé  de  prêter  hommage  au  patriarche 
de  Grado.  Au  début  du  xn«  s.,  la  population  de  Mala- 
mocco ayant  abandonné  la  ville,  le  sénat  de  Venise 
décida  le  transfert  du  siège  épiscopal  à  Chioggia,  et, 
de  1110  à  1139,  les  évêques  portèrent  le  titre  d'évêques 
de  Malamocco  et  Chioggia.  A  cette  occasion,  les 
reliques  des  martyrs  Félix  et  Fortunat  {B.  H.  L., 
2860),  patrons  de  Malamocco,  furent  transportées  à 
Chioggia  et  l'antique  pieve  de  S.  Maria  fut  élevée  au 
rang  de  cathédrale.  Suffragante  de  Grado,  Chioggia 
passa  sous  la  juridiction  de  Venise  quand,  le 
8  oct.  1451,  cette  église  devint  siège  patriarcal. 
Relevant  politiquement  et  économiquement  de 
Venise,  Chioggia  dépendra  aussi  de  la  grande  cité 
maritime  pour  la  nomination  de  ses  évêques.  C'est  le 
sénat  de  Venise  qui,  jusqu'à  l'époque  napoléonienne, 
proposera  les  candidats  en  cour  de  Rome.  Son  his- 
toire est  donc  intimement  liée  à  celle  de  la  république 
de  S. -Marc,  et  Chioggia  eut  profondément  à  souffrir, 
en  1380-1381,  des  rivalités  vénéto-génoises  (guerre  de 
Chioggia). 

De  nos  jours  (1950),  le  diocèse  comprend,  sur  un 
territoire  d'environ  1  000  km^,  plus  de  155  000  âmes. 
Sa  cathédrale,  édifiée,  de  1663  à  1674,  sur  les  plans  de 
Baldassare  Longhena,  est  dédiée  à  l'Assomption.  Le 
chapitre  fondé  au  xi«  s.  a  compris  un  nombre  de 
membres  qui  a  varié  suivant  les  époques.  On  compte 
actuellement  75  églises  ou  chapelles,  dont  47  sont 
paroisses.  Mentionnons  dans  la  ville  les  églises  de 
S. -Martin  (construite  en  1392),  de  S. -Dominique  (édi- 
fiée à  la  fin  du  xiii«  s.  et  restaurée  au  xviii«),  de  S. -Ni- 
colas (occupée  autrefois  par  les  augustins),  de  la 
Ste-Trinité  (reconstruite  en  1703).  Chioggia  et  son 
diocèse  ont  abrité,  au  cours  des  âges,  de  nombreuses 
maisons  religieuses.  Avec  l'antique  abbaye  bénédic- 
tine de  la  Ste-Trinité  et  S. -Michel  de  Brondolo  (fondée 
au  viii«  s.;  passée  aux  cisterciens  en  1229;  supprimée 
en  1409,  quand  les  religieux  furent  unis  à  ceux  de 
S.  Spirito  près  de  Venise),  on  y  a  compté  des  commu- 
nautés de  frères  mineurs,  d'ermites  de  S. -Augustin, 
de  frères  prêcheurs  (1287;  supprimés  en  1770),  de 
camaldules  (priorat  de  Cal  Maggiore  en  1321),  de 
cisterciens  (1512),  d'oratoriens  (1751),  de  bénédic- 
tines (1496),  de  capucines  (1709). 

Liste  épiscopale.  —  a)  Évêques  de  Malamocco  : 
Félix  [I"],  876.  —  Domenicus  [I"],  912  (?),  924.  — 
Petrus,  960,  967.  —  Léo  [II],  1006.  —  Domenicus 
[II],  1046.  —  Henricus,  1060,  1074.  —  Stephanus, 
1107.  —  b)  Évêques  de  Malamocco  et  de  Chioggia  : 
Henricus  Grancarolo,  1110.  —  Stephanus,  1122.  — 
Domenicus  [III],  1139.  —  c)  Évêques  de  Chioggia  : 
Félix  [II],  date  incertaine.  —  lohannes  Faliero,  1162. 


CHINOIS  (RITES)     -  CHIOGGIA 


743 


CHIOGGIA 


—  CHIOS 


744 


—  Marinus  Ruibolo,  1165-80.  —  Rualdus  (Araldus) 
Bianco,  1182,  1192.  —  Domenicus  [IV],  1203.  — 
Félix  [III],  1218.  —  Domenicus  Selvo,  1235.  —  Guido 
(Wido),  1236,  1253.  —  Mattheus,  1265-84.  —  Huber- 
tus,  1284-85.  —  Bartholomaeus,  évêque  de  Castello, 
administr.,  1286.  —  Stefanus  Besono  (Betano),  élu, 
1287.  —  Henricus,  O.  F.  M.,  1290-1302.  —  Roberto, 
O.  E.  S.  A.,  1302-11.  —  Ottonello,  O.  P.,  1314-21.  — 
Andréa  Dotto,  1323-37.  —  Michèle,  O.  P.,  1342-46. 
— Pietro  de  Clusello,  O.  P.,  1346-47.  —  Benedetto, 
1348-53.  —  Leonardo  Cagnoli,  1353-62.  —  Angelo 
Canopeo,  1363-67.  —  Giovanni  de  Gamin,  O.  S.  M., 
1369-74.  —  Nicola,  1374-75.  —  Nicola  Foscarini, 
1376-87.  —  Silvestro,  1387-1400.  —  Paolo  di  Giovanni, 
1401-10.  —  [Obédience  d'Alexandre  V  :  Cristoforo 
Zeno,  1410-11.  —  Pietro  Schiena,  O.  F.  M.,  1411-14. 

—  Benedetto  Manfredi,  1415-21.] —  Pasqualino  Cen- 
toferri,  O.  E.  S.  A.,  1421-57.  —  Nicola  dalle  Croci, 
1457-62.  —  Nicola  Inversi,  O.  S.  M.,  1463-70  (?).  — 
Giacomo  de  Rubeis,  1471-79  (?).  —  Silvestro  Daziari, 
1480-87.  —  Bernardino  Venier,  1487-1535.  —  Gio- 
vanni Tagliacozzi,  1535-40.  —  Alberto  Paschaleo, 
O.  P.,  1540-43.  —  lacopo  Nacchianti,  O.  P.,  1544-69. 

—  Francesco  Pisani,  1569-72.  —  Girolamo  Negri, 
1572-76;  f  1586.  —  Marco  Medici,  O.  P.,  1578-83. 

—  Gabriele  Fiamma,  1584-85.  —  Massimiano  Be- 
niamo  de  Crema,  O.  F.  M.  Conv.,  1585-1601.  — 
Lorenzo  Prezzato,  1601-10.  —  Raffaele  Riva,  O.  P., 
1610-11.  —  Angelo  Baroni,  O.  P.,  1611-12.  —  Bar- 
tolomeo  Cartolari,  1613.  —  Pietro  Paolo  Milotti, 
1615-18.  —  Pasquale  Grassi,  1619-36.  —  Francesco 
Grassi,  1639-69.  —  Giov.  Antonio  Baldi,  1669-79.  — 
Stefano  Rosata,  1684-96.  —  Antonio  Grassi,  1696- 
1715.  —  Giovanni  Soffletti,  G.  R.  M.,  1716-33.  — 
Giov.  Maria  Benzoni,  1733-44.  —  Paolo  Francesco 
Giustiniani,  1744-50.  —  Giannalberto  De  Grandi, 
1750-52.  —  Vincenzo  Bragadin,  O.  F.  M.  Cap.,  1753- 
62.  —  Giannagostino  Gradenigo,  O.  S.  B.,  1762-68. 

—  Giovanni  Morosini,  O.  S.  B.,  1769-72.  —  Fede- 
rico Maria  Giovanelli,  1773-76.  —  Gian  Benedetto 
Maria  Civran,  1776-94.  —  Stefano  Domenico  Sceri- 
man,  O.  P.,  1795-1806.  —  Giuseppe  Maria  Peruzzi, 
1807-15.  —  Giuseppe  Manfrin-Provvedi,  1819-29.  — 
Antonio  Savorin,  1830-40.  —  Giacomo  Foretti,  1842- 
67.  —  Domenico  Agostini,  1871-77.  —  Lodovico  Ma- 
rangoni,  1877-1908.  —  Antonio  Bassani,  1908-18.  — 
Domenico  Mezzadri,  1920-37.  —  Giacinto  Giov.  Am- 
brosi,  O.  F.  M.  Cap.,  1937. 

Avec  les  travaux  classiques  d'Ughelli,  Gams,  Eubel- 
Gauchat,  on  pourra  consulter  :  [A.-M.  Calcagno],  Série  de' 
oescovi  di  Malamocco  e  di  Chioggia  con  alcime  memorie 
intorno  le  di  loro  œzioni,  Venise,  1820.  —  Cappelletti,  x, 
327-415.  —  G.  Gennari,  Sopra  V  origine  del  vescovato  di 
Malamocco,  dans  Saggi  scientiftci  e  letterari  delV  Accad.  di 
Padova,  m,  part.  Il,  1786,  p.  272  sq.  —  Kehr,  It.  pont., 
vii-2,  114-2,3.  —  P.  Sella  et  G.  Vale,  Rationes  decimarum 
Jialiae,  Venetiae...  Dalmatia,Bih\.  Vaticane,  1941,  p.  365-70. 

—  G.  Stefani,  Dfzionario  corografico  del  Veneto,  Milan,  1854, 
p.  195-206.  —  G.  Vianelli,  Nuova  série  de'  vescovi  di  Mala- 
mocco e  di  Chioggia,  Venise,  1790.  —  E.  Venturini,  Guida 
religiosa  di  Chioggia.  Una  visita  a  Chioggia  ed  ai  santnari 
délia  città  e  diocesi,  Chioggia,  1897. 

M.-H.  Laurent. 
CHIONIA,  martyre  à  Thessalonique,  compagne 
de  Ste  Agape.  Voir,  à  ce  dernier  nom,  D.  H.  G.  E.,  i, 
876. 

Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  169,  175.  —  Mart.  Rom.,  123. 

R.  Van  Doren. 

CHIOS  (Xfos),  évêché  de  la  province  des  Iles 
(Cyclades),  dépendant  de  Rhodes,  puis  archevêché 
indépendant  et  enfin  métropole. 

L'île  de  Chios,  dont  la  capitale  porte  le  même  nom, 
n'a  pas  eu  une  histoire  bien  différente  de  ses  voisines. 
Elle  tomba  au  pouvoir  des  Perses,  fut  alliée  tantôt 


d'Athènes  et  tantôt  de  Sparte.  Les  Romains  la  pro- 
tégèrent, mais  ils  ne  purent  empêcher  Zénobe,  géné- 
ral de  Mithridate,  de  s'en  emparer,  de  détruire  la  ville 
et  d'emmener  les  habitants  en  captivité  en  Colchidc 
(88  av.  J.-C).  Sylla  la  délivra  quelques  années  plus 
tard  (84)  et  lui  donna  les  droits  de  ville  libre,  qu'elle 
conserva  jusqu'au  règne  de  Vespasien.  L'organisation 
de  l'empire  par  Dioclétien  l'engloba  dans  la  province 
des  Iles,  dont  la  capitale  était  Rhodes.  Sous  les  Byzan- 
tins, elle  fit  partie  du  thème  de  la  mer  Égée,  dont  le 
stratège  résidait  à  Chios.  A  cause  des  incursions  répé- 
tées des  Arabes,  les  empereurs  prirent  soin  d'élever 
le  long  de  la  côte  des  châteaux  forts  pour  protéger 
villes  et  ports.  Après  la  prise  de  Constantinople  par 
les  Latins  (1204),  elle  fut  une  pomme  de  discorde 
entre  les  Génois  et  les  Vénitiens,  puis  elle  fit  momenta- 
nément retour  à  l'empire  d'Orient.  Les  Génois  finirent 
par  s'y  établir  pour  plus  de  deux  siècles  (1346-1566). 
Ils  accordèrent  la  liberté  religieuse  aux  habitants, 
mais  ils  empêchèrent  le  métropolite  de  résider  dans 
l'île.  En  s'emparant  de  celle-ci,  les  Turcs  laissèrent  aux 
chrétiens  assez  d'indépendance.  Cependant  l'occupa- 
tion de  Chios  par  les  Vénitiens  (1690)  et  par  les  Russes 
(1770)  les  rendit  moins  accommodants.  L'insurrection 
grecque  de  1821  s'étendit  à  l'île,  contrairement  aux 
vœux  presque  unanimes  des  habitants,  et  il  s'ensuivit 
un  massacre  épouvantable  qui  indigna  toute  l'Europe 
(avr.  1822).  L'île  fut  enfin  conquise  par  les  Grecs  en 
nov.  1912. 

C'est  probablement  sous  Andronic  II  (1328-1341) 
que  l'évêché  de  Chios  fut  promu  au  rang  d'archevêché 
(H.  Gelzer,  Ungedruckte  und  ungeniigend  verôffent- 
lichle  Texte  der  Notitiae  episcopatuum,  dans  Abh.  der 
kônigl.  bayer.  Akad.  der  Wiss.,  I™  cl.,  t.  xxi,  sect.  m, 
Munich,  1900,  p.  601).  Il  ne  resta  pas  longtemps  à  ce 
rang,  car  son  titulaire  était  sûrement  métropolite  en 
août  1342  (Miklosich  et  MUUer,  Acla  et  diplomata 
Graeca  Medii  Aevi,  i,  231).  C'est  la  67«  métropole 
dans  la  liste  de  la  fin  du  xv«  s.  (H.  Gelzer,  loc.  cit.,  629). 

On  connaît  quelques  détails  de  la  vie  du  diocèse  au 
xiv«  s.  Vers  1316,  il  était  sans  titulaire.  Il  fut  alors 
donné  au  métropolite  de  Smyrne,  qui  ne  pouvait 
rentrer  dans  sa  ville  à  cause  des  Barbares  (Turcs).  Il 
pouvait  y  exercer  les  fonctions  de  son  ordre,  mais  sans 
droit  au  trône  (Miklosich  et  Mûller,  op.  cit.,  i,  92-93). 
L'évêque  avait  peut-être  été  déposé,  car  le  patriarche 
de  cette  époque,  Jean  XIII  Glykys  (1315-1318),  avait 
convoqué  le  titulaire  pour  répondre  des  accusations 
portées  contre  lui  par  son  clergé  (Miklosich  et  MuUer, 
op.  cit.,  I,  16).  Quelques  années  avant  1368,  le  métro- 
polite de  Chios,  empêché  de  pénétrer  dans  l'île,  avait 
exercé  les  fonctions  épiscopales  dans  l'éparchie 
d'Éphèse  (Miklosich  et  Mûller,  op.  cit.,  i,  497).  En 
juin  1339,  avr.  et  août  1342,  août  1343,  l'archevêque 
ou  métropolite  de  Chios  prenait  part  au  synode  per- 
manent de  Constantinople  (Miklosich  et  Mûller,  op. 
cit.,  I,  193,  227,  230,  231,  237). 

De  nos  jours,  le  métropolite  s'intitule  «  hypertimos 
et  exarque  de  toute  l'Ionie  ».  Sa  juridiction  s'étend  à 
toute  l'île  de  Chios  et  à  quelques  îlots  voisins,  c.-à-d. 
sur  environ  80  000  fidèles.  Il  y  a  118  églises  parois- 
siales, plus  de  350  chapelles  particulières  ou  de  confré- 
ries, 150  prêtres  séculiers,  trois  monastères  d'hommes 
avec  80  moines  et  cinq  de  femmes  avec  environ 
200  moniales. 

Évêques,  archevêques  et  métropolites  grecs.  — •  Try- 
phon  assista  au  synode  de  Constantinople  en  450, 
puis  au  concile  de  Chalcédoine  (451)  (Mansi,  vi, 
569  C,  749  B,  757  B,  980  B,  1084  C);  il  signa  la  lettre 
des  évêques  de  sa  province  à  l'empereur  Léon,  sur  le 
meurtre  de  Proterius  d'Alexandrie  (458)  (ibid.,  vu, 
436  A).  —  Georges  prit  part  au  VI«  concile  œcumé- 
nique (680)  (ibid.,  xi,  616  C,  629  B,  652  B,  680  B). 


745 


CHIOS 


~  CHIRON 


746 


—  Théophane  fut  au  second  concile  de  Nicée  (787) 
(ibid.,  XIII,  149  D,  396  D).  —  Constantin,  x«  s. 
(G.  Sclilumberger,  Sigillographie  de  l'empire  byzantin, 
199).  —  Nicolas,  xi<'-xii''  s.  (ibid.,  199).  —  Denys  I", 
1518;  il  est  signalé  comme  ancien  archevêque  entre 
1548  et  1566  (Canellakès,  XiccKà  ôvàAEKTa,  311;  Pho- 
tinos,  Neaijovriaia,  265).  —  Gabriel  I",  1575  (M.  Cru- 
sius,  Turco-Graecia,  506).  —  Hippolyte,  sept.  1576, 
déposé  en  1593  (Zaviras,  Géorrpov  Tfjs  'EAAàSos,  i,  121  ; 
E.  Legrand,  Bibliogr.  hellénique  du  xrii^  s.,  iv,  208, 
212).  —  Syméon,  mal  1593,  t  1610  (dans  'ÉAAriviKÔç 
(PiAoÂoyiKÔs  SûAAoyos,  xv,  Suppl.,  75;  Photinos, 
op.  cit.,  193,  n.  3).  —  Isaïe,  1610-12  (Photinos,  op.  cz7., 
194).  —  Néophyte,  ?  -1617  (A.  Papadopoulos-Ke- 
rameus,  'AvàAeKTa  ÎEpOCToAuiiTiTiKfjs  OTOtxuoAoyîas, 
IV,  90).  —  Ignace  I",  1617;  démissionne  le  4  oc- 
tobre 1634  (Photinos,  op.  cit.,  216;  'EKKÀTiaiaCTTiKfi 
'AAiîÔEia,  II,  667,  669).  —  Mathieu,  4  octobre  1634-  ? 
(ibid.,  II,  669).  —  Cyrille  I"  Amygdalos,  ?  ; 
interdit  en  novembre  1639  (ibid.,  ii,  696).  —  Par- 
thénios,  nov.  1639-  ?  (ibid.,  ii,  696;  'EX.  OiA. 
lùAA.,  XX,  Suppl.,  115).  —  Jérémie,  févr.  1641-  ? 
(A.  Papadopoulos,  'lepoCToAupriTiKTi  pigAioôriKTi,  iv, 
16).  —  Gabriel,  ?  -1652  (Sathas,  Bibliotheca  Graeca 
Medii  Aevi,  m,  592).  —  A  nouveau  Parthénios,  1652; 
chassé  en  1655  (ibid.,  m,  592).  —  A  nouveau  Gabriel, 

1655-  56  (ibid.,  ni,  592).  —  Daniel  I",  vers  1656 
('EA.  OiA.  ZûXA,  XX,  Suppl.,  118).  —  Néophyte  I",sept. 

1656-  juill.  1657  (Sathas,  op.  cit.,  m,  592,  593).  — 
Gérasime  I",  juill,  1657;  dém.  en  mars  1658  (ibid., 
m,  593,  594).  —  Théophane,  30  mars  1659;  déposé 
en  août  1662  (ibid.,  m,  594,  596).  —  A  nouveau 
xNéophyte  I",  1662-  ?  ('EA.  OiA.  ZûAA.,  xx,  Suppl., 
63).  —  Jacques,  ancien  patriarche  de  Constantinople, 
?  (Le  Quien,  i,  934).  —  Ignace  II  Néochorès,  1684 
(Ricaut,  État  présent  de  l'Église  grecque,  339).  — 
Gennade,  ?  -31  mai  1696  (M.  Gédéon,  AlOoi  Kai 
KEpàtJiia,  p.  pva').  —  Grégoire  I"  Bestarchès,  1696- 
1714  (ibid.,  p.  pva').  —  Gérasime  II,  neveu  du  précé- 
dent, chassé  le  20  août  1714  (ibid.,  p.  pva').  — 
Daniel  II,  déc.  1726-févr.  1734  ('EA.  OiA.  ZûAA.,  xx, 
Supp  .,  111).  —  Denys  II  Samoucrasès,  1746-63  (ibid., 
XX,  Suppl.,  101;  'EkkA.  'AA.,  ii,  233).  —  Nicéphore, 
1763-64-  ?  (Cambouroglou,  Mvrineîa  'A6t|Vcôv,  ii, 
257).  —  Gabriel  III,  mai  1779,  1"  mai  1789  ('EA. 
<DiA.  ZÛAA.,  XII,  25;  'EkkA.  'AXt]Q.,  ii,  263).  —  Platon, 
vers  1810,  pendu  par  les  Turcs  en  mars  1822  (Blastos, 
XiOKà,  II,  128,  242).  —  Daniel  III  Contoudès,  1823-27 
(Photinos,  op.  cit.,  293).  —  Denys  III,  août  1827 
('Opeo5oÇ(a,  VIII,  106).  —  Grégoire  II,  vers  1830, 
mai  1837  (Photinos,  op.  cit.,  155,  278).  —  Cyrille  II, 
avant  août  1837.  —  Cosmas,  août  1837-t  juin  1839 
(M.  Gédéon,  'H  rîpoïKÔvvriaoç,  212).  —  Sophrone 
Meydandjoglou,  1839-27  sept.  1855  ('EkkA.  'AAiîe., 
XIX,  300,  383).  —  Grégoire  III,  27  sept.  1855-t  avr. 
1856  (ibid.,  ii,  444,  n.  4).  —  Néophyte  II  Drymadès, 
17  avr.  1856-24  déc.  1860  (ibid.,  ni,  483,  n.  4).  — 
Grégoire  IV,  24  déc.  1860-août  1877  (ibid.,  n,  635). 

—  Ambroise,  24  août  1877-79  (ibid.,  ii,  635,  667).  — 
Joachim  I"  Coccodès,  avr.  1789-1"  oct.  1884  ('OpSo- 
6oÇ(a,  VIII,  358).  —  Constantin  Délicanis,  1899-1904 
('EkkA.  'AAr|6.,  xix,  440).  —  Chrysostome  Baliadès, 
1904-09  (ibid.,  xxix,  235).  —  Jérôme,  1909-févr.  1931 
('OpôoSoÇfa,  VI,  133-34;  ix,  50).  —  Polycarpe,  févr. 
1931-janv.  1934  (ibid.,  ix,  50).  —  Joachim  II,  janv. 
1936-1944  (ibid.,  ix,  50).  —  Pantéleimon,  1945. 

Église  catholique.  —  C'est  peut-être  dans  l'île  de 
Chios  que  les  relations  furent  les  meilleures  entre 
grecs  et  latins.  En  tout  cas  la  population  indigène  ne 
manifestait  aucune  hostilité  envers  l'Église  catholique 
et  le  clergé  orthodoxe  se  montrait  très  sympathique. 
Les  Jésuites,  établis  dès  1590,  prêchaient  et  donnaient 
des  missions  dans  les  églises  grecques  et  l'évêque  latin 


ofTiciait  chez  les  moines  grecs.  Les  Grecs  envoyaient 
volontiers  leurs  enfants  étudier  en  Italie  et  un  bon 
nombre  revinrent  à  l'unité.  Léon  Allatius,  qui  était 
de  Chios,  donne  des  détails  très  pittoresques  sur  cette 
collaboration,  ainsi  que  les  missionnaires  jésuites. 
Vers  1682,  le  métropolite  Ignace  Néochorès  voulut 
mettre  fin  à  cette  situation.  Il  s'empara  de  toutes  les 
églises  catholiques  et  ramena  de  gré  ou  de  force  les 
convertis  à  l'orthodoxie  orientale.  Ce  fut  une  tempête 
qui  ne  mit  pas  fin  à  l'apostolat,  mais  celui-ci  alla  en 
diminuant  à  mesure  que  se  répandaient  les  préjugés 
contre  Rome  et  le  catholicisme. 

Au  moment  de  la  prise  de  la  ville  par  les  Turcs 
(1566),  les  catholiques  étaient  4  000  environ.  Beau- 
coup partirent  pour  leur  pays  d'origine  et  leur  nombre 
diminua  encore  d'année  en  année.  En  1604,  ils  possé- 
daient toujours  la  cathédrale  Ste-Marie,  mais  elle 
n'avait  plus  ni  chanoines  ni  revenus.  Le  diocèse  ne 
compte  plus  aujourd'hui  que  150  fidèles  avec  deux 
prêtres  séculiers  et  un  capucin.  Les  sœurs  de  S. -Joseph 
de  l'Apparition  tiennent  une  école. 

La  succession  épiscopale  s'est  maintenue  jusqu'à 
nos  jours  :  Rufin,  1322.  —  Gilifort,  O.  P.,  ?  .  — 
Jean,  O.  P.,  12  juin  1329-t  1330.  —  Oddoin,  21  avr. 
1343-t  1349.  —  Benoît  de  Pupio,  O.  P.,  8  juill.  1349- 
t  1350.  —  Manfred  de  Coronato,  O.  F.  M.,  21  juill. 
1360-t  1365.  —  Hugues  de  Flavigny,  O.  F.  M., 
19  janv.  1384-    ?  .  —  Jean-Baptiste,  24  mai  1391-  ?. 

—  Charles  Giustiniani,  1"  sept.  1395-  ?  .  —  Thomas 
Palavicini,  6  févr.  1400-t  1409.  —  Laurent  Pala- 
vicini,  août  1409-1424?  —  Louis,  O.  S.A.,  1424, 1434. 

—  Antoine  Palavicini,  31  juill.  1450-  ?  .  —  Jérôme 
de  Camulio,  O.  F.  M.,  31  déc.  1470-  f  1498.  —  Paul  I" 
de  Monclia,  1"  févr.  1499-t  1502.  —  Benoît  I"  Gius- 
tiniani, 16  nov.  1502-t  1533.  —  Jean  Vigier  de  Vora- 
gine,  O.  F.  M.  Conv.,  14  janv.  1534-1550.  —  Paul  II 
de  Flisca,  27  juin  1550-1564.  —  Timothée  Giusti- 
niani, O.  P.,  14  avr.  1564-5  avr.  1568.  —  Benoît  II 
Garetto,  O.  F.  M.  Obs.,  30  janv.  1571-t  1599.  — 
Jérôme  II  Giustiniani,  O.  P.,  15  déc.  1599-1604?  — 
Marc  Giustiniani,  O.  P.,  31  mai  1604-t  1642.  —  An- 
dré Soffiani,  10  mars  1642-avant  1673.  —  Léonard 
Ballerini,  évêque  de  Philadelphie,  coadjuteur  depuis 
le  14  mai  1648;  passe  à  Corinthe  en  1698.  —  Phi- 
lippe Bavestrelli,  30  sept.  1720-1754? —  Jean-Bap- 
tiste Bavestrelli,  16  sept.  1754-août  1772.  —  Jean- 
Antoine  Wuclà,  12  juill.  1773-  ?  —  Pierre-Antoine 
Craveri,  O.  F.  M.,  19  déc.  1784-7  avr.  1788.  —  Nicolas 
Timoni,  15  sept.  1788-3  juin  1796.  — Vincent  Coressi, 
24  juill.  1797;  dém.  avant  déc.  1814.  —  François- 
Xavier  Dragopoli,  19  déc.  1814-1822.  —  Louis  Car- 
delli,  archevêque  de  Smyrne,  administr.,  29  sept. 
1826-1830.  —  Ignace  Giustiniani,  15  mars  1830- 
t  10  mars  1875.  —  André  Timoni,  30  juill.  1875- 
mai  1879.  —  Ignace  Giustiniani,  mai  1879-t  avant 
le  23  nov.  1884.  —  Fidèle  Abbati,  27  mars  1885; 
dém.  en  1890.  —  Denys  Nicolosi,  6  juin  1890-t  24  juin 
1916.  —  Nicolas  Charikiopoulo,  3  janv.  1917.-t  juill. 
1939. 

G.  I.  Zolotas,  ■lo-ropia  Trjs  Xlou,  5  vol.,  Athènes,  1921- 
1928.  —  Smith,  Dictionanj  of  Greek  and  Roman  geography, 
I,  609-11.  —  Burchner,  dans  Pauly-Wissowa,  m,  2297-98. 

—  MEyàAii  IXAriviK^i  èyKUKÀOTraiSEia,  xxiv,  604-21.  —  Le 
Quien,  i,  931-34;  ni,  1061-68.  —  Gams,  448;  Suppl.,  91. 

—  C.  Eubel,  I,  191;  n,  141;  m,  181;  iv,  149. 

R.  Janin. 

CHIOZZA  (Joseph),  théologien  augustin 
(xviii«  s.).  VoirD.  T.  C,  n,  2391. 

[  CHIRON,  Chironensis,  Kironensis,  Kyronensis, 

1  évêché  latin  de  l'île  de  Crète.  Ce  nom  est  la  déforma- 

I  tion  du  mot  grec  XEppôvqaos  ou  Xepcrôvvnaoç.  L'évê- 

I  ché  latin  remplaça  l'évêché  grec,  supprimé  par  les 


747 


CHIRON  —  CHIUSI 


748 


Vénitiens  quand  ils  furent  maîtres  de  l'île  en  1210 
(cf.  art.  Chersonnèse,  n.  1,  xii,  635).  L'église  cathé- 
drale s'appelait  Ste-Marie-de-Bethléhem.  Elle  était 
tombée  entre  les  mains  des  laïcs,  quand  un  décret 
du  sénat  de  Venise  la  fit  rendre  à  son  légitime  posses- 
seur (13  avr.  1443)  (Fl.  Cornelio,  Creta  sacra,  ii, 
Venise,  1755,  p.  113-114).  L'évêché  avait  des  biens 
considérables,  mais  l'administration  des  laïcs  avait 
réduit  les  revenus  de  2  000  livres  à  200  (ibid.,  113). 
A  cause  de  cette  situation  financière  difficile,  l'église 
cathédrale  n'avait  plus  que  deux  chanoines  résidents 
sur  six  (ibid.,  106). 

Le  premier  titulaire  connu,  Marin,  déposé  par  le 
patriarche  de  Constantinople,  fut  rétabli  le  7  oct.  1252. 

—  Paganus,  19  avr.  1257.  —  Léonard,  vers  1290, 
t  avant  1306.  —  Boniface  Donoratico,  O.  P.,  17  févr. 
1306-1328.  —  Jean  I",  4  juill.  1328-  ?  .  —  Fran- 
çois I",  ?  -t  1359.  —  Jean  II  de  Canali,  O.  F.  M., 
21  oct.  1359-t  1374.  —  André  Laurenti,  O.  F.  M., 
14  juill.  1374-t  avant  avr.  1377.  —  Julien  Angeli, 
O.  P.,  6  avr.  1377-  ?  .  —  François  II  de  Pavonibus, 
26  sept.  1398-1406.  —  Jacques,  1"  mars  1406-  ?  .  — 
Nicolas  I"  Catanigo,  3  mars  1410-t  avant  mai  1428. 

—  François  III  Premarino,  17  mai  1428-1464  (?). 

—  Marc  de  Nona,  15  févr.  1465-t  avant  févr.  1483.  — 
Nicolas  II  de  Monte,  14  févr.  1483-  ?  .  —  En  1515, 
l'évêché  de  Chiron  fut  uni  temporairement  à  celui  de 
Monembasia,  dont  le  titulaire  était  André.  • —  Fran- 
çois IV  Dandolo,  2  oct.  1521-t  1526.  —  Le  17  oct. 
1526,  l'évêché  fut  uni  ad  viiam  à  celui  d'Ario,  en 
faveur  de  Barthélémy,  évêque  de  cette  ville.  —  Marc- 
Antoine  Adantino,  O.  F.  M.  Obs.,  évêque  d'Ario, 
20  oct.  1538-  ?  .  —  Tite,  ?  .  —  Le  16  févr.  1543, 
l'évêché  fut  uni  temporairement  à  celui  de  Milopo- 
tamo.  —  Jean-François  Verdura,  7  juin  1549-1572. 

—  Jules  Fioretti,  O.  F.  M.,  5  sept.  1572-t  1587.  — 
Jean-Baptiste  Bernini,  O.  F.  M.  Conv.,  7  août  1587- 
t  1605.  —  Dominique  Mudati,  10  oct.  1605-  ?  .  — 
Pierre,  1637.  —  La  conquête  de  la  Crète  par  les  Turcs, 
en  1645,  fit  disparaître  tous  les  évêchés  latins  de  l'île. 

Le  Quien,  m,  915-18.  —  FI.  Cornelio,  Creta  sacra,  n, 
Venise,  1755,  p.  105-21.  —  C.  Eubel,  i,  192;  ii,  142;  m,  181. 

R.  Janin. 

CHISSERY.  Voir  Chézery. 

1.  CH  ISSEY  (AiMON  de).  Prieur  du  prieuré 
bénédictin  de  Mégève  (Hte-Savoie),  il  fut  nommé 
évêque  de  Grenoble  par  Clément  VII,  le  20  janv.  1388. 
Son  transfert  à  Lausanne,  le  30  juin  1410,  resta  sans 
effet.  Le  24  oct.  1427,  il  quitta  Grenoble  pour  Nice  et 
mourut  en  1428.  Son  activité  dans  le  Dauphiné  est 
attestée  par  un  registre  des  visites  épiscopales  accom- 
plies de  1389  à  1414  et  par  une  liste  des  ordinations 
réalisées  de  1397  à  1408  (U.  Chevalier,  Visites  pasto- 
rales et  ordinations  des  évêques  de  Grenoble  de  la  maison 
de  Chissey,  dans  Doçum.  inédits  sur  le  Dauphiné,  4«  li- 
vraison, Lyon,  1874,  p.  49-156).  La  situation  du  clergé 
est  dépeinte  en  traits  plutôt  affligeants.  L'évêque 
déploya  un  zèle  parfait  pour  corriger  les  abus  exis- 
tants. En  1407,  il  fit  édifier  dans  sa  cathédrale  un 
mausolée  destiné  à  la  sépulture  des  prélats  qui  lui 
succéderaient  et,  en  1424,  rue  Chinoise,  un  hôpital 
réservé  aux  pèlerins  et  aux  pauvres  voyageurs.  Des 
statuts  synodaux  furent  donnés  au  diocèse  en  1415. 

Gall.  christ.,  xvi,  251.  —  N.  Chorier,  Hist.  gén.  du  Dau- 
phiné, Grenoble,  1661-1672,  ii,  420. 

G.  MOLLAT. 

2.  CH  ISSEY  (Jean  de).  Benoît  XII  le  pourvut 
du  siège  de  Grenoble,  le  17  déc.  1337.  A  cette  époque, 
il  n'était  que  clerc  et  chanoine  de  Genève.  Sa  consé- 
cration eut  lieu  après  le  27  janv.  1338  (J.-M.  Vidal, 
Lettres  communes  de  Benoit  XII,  n.  233).  Nous  possé- 
dons encore  un  registre  des  visites  pastorales  qu'il 


exécuta  dans  son  diocèse  du  7  août  1339  au  14  sept, 
et  du  8  janv.  au  8  juin  1340,  ainsi  qu'un  relevé  des 
frais  du  voyage  fait  en  Avignon  en  sept,  et  oct.  1339. 
(U.  Chevalier,  Visites  pastorales  et  ordinations  des 
évêques  de  Grenoble  de  la  maison  de  Chissey,  dans 
Docum.  inédits  sur  le  Dauphiné,  4'  livraison,  Lyon, 
1874,  p.  1-32).  Le  prélat  se  montra  toujours  serviteur 
dévoué  à  l'égard  du  dauphin  Humbert  II,  qui  lui 
laissa  l'administration  de  ses  États  durant  l'expédi- 
tion malheureuse  contre  les  Turcs.  C'est  lui,  semble- 
t-il,  qui  l'encouragea  à  revêtir  la  robe  des  frères  prê- 
cheurs et  à  céder  le  Dauphiné  au  roi  de  France.  Il 
mourut  en  déc.  1350  à  Paris. 

Gall.  christ.,  xvi,  247-49.  —  Valbonnais,  Hist.  de  Dau- 
phiné et  des  princes  qui  ont  porté  le  nom  de  Dauphins, 
Genève,  1721-1722,  passim. 

G.  MoLLAT. 

3.  CHISSEY  (Raoul  de).  Il  était  chanoine  de 
Genève  quand  Clément  VI  lui  donna  l'évêché  de 
Grenoble,  le  16  sept.  1350.  Lui  aussi  a  laissé  un  journal 
intéressant  relativement  aux  visites  pastorales  exé- 
cutées dans  son  diocèse  (U.  Chevalier,  Visites  pasto- 
rales et  ordinations  des  évêques  de  Grenoble  de  la  maison 
de  Chissey,  dans  Docum.  inédits  sur  le  Dauphiné, 
4«  livraison,  Lyon,  1874,  p.  33-48).  Clément  VII  le 
transféra  à  Tarentaise  le  28  févr.  1380.  Son  séjour 
dans  cette  métropole  ne  fut  pas  long,  car  sa  mort 
survint  en  1385. 

Gall.  christ.,  xii,  711,  et  xvi,  249-50.  —  N.  Chorier,  H 
gén.  du  Dauphiné,  Grenoble,  1661-1672,  li.  —  Valbonnais, 
Hist.  de  Dauphiné...,  Genève,  1721-1722. 

G.  MoLLAT. 

CHITTAGONG,  évêché  de  Bengale  (Indes 
anglaises),  suffragant  de  Calcutta,  détaché  de  Dacca 
le  25  janv.  1927  et  confié  aux  croisiers  canadiens. 

Évêque.  —  A.  A.  Lepailleur,  18  juin  1927. 

L.  Van  Hee. 

CHIUHAHUA,  Chihuahuensis,  évêché  du  Mexi- 
que, situé  à  l'extrême  nord  du  pays.  Avant  la  con- 
quête, cette  région  avait  été  habitée  par  les  Aztèques 
et  d'autres  peuples.  A.  Nùnez  de  Cabeza  de  Vaca  et 
Oviedo  furent  les  premiers  à  l'explorer.  En  1620,  le 
jésuite  Jean  Font  en  inaugura  l'évangélisation  ;  il 
y  mourut  martyr.  La  conversion  du  pays  exigea 
d'autres  martyrs  encore  :  les  jésuites  J.  Pascual  et 
N.  Martinez,  quinze  indigènes,  deux  franciscains,  etc. 
Les  premières  négociations  en  vue  de  l'érection  de  ce 
diocèse  datent  de  1875;  mais  il  ne  fut  créé  que  le 
23  janv.  1891  (bulle  Illud  imprimis)  :  suffragant  de 
Durango,  il  est  le  diocèse  le  plus  étendu  de  la  répu- 
blique :  245  612  km'',  y  compris  la  mission  de  Tara- 
humara  (24  640  km^).  Il  compte  747  650  habitants 
(50  000  à  la  mission),  dont  704  500  catholiques, 
60  prêtres  séculiers  et  une  vingtaine  de  religieux, 
presque  tous  jésuites  et  destinés  la  plupart  à  la  mission 
de  Tarahumara;  240  églises  ou  chapelles.  Cinq  des 
56  paroisses  dépendent  directement  du  siège  épisco- 
pal,  cinq  de  la  mission  de  Tarahumara  et  46  sont 
groupés  en  4  vicaLries. 

Évêques.  —  José  de  Jesùs  Ortiz  y  Rodriguez,  1893- 
1901.  —  Nicolâs  Pérez  Glavilân,  1902-1919.  —  Anto- 
nio Guizar  y  Valencia,  1920. 

•J.  Bravo  Ugarte,  S.  J.,  Diôcesis  y  obispos  de  la  lylesia 
mexicana,  Mexico,  1941,  p.  30.  —  A.  Galindo  Mendoza, 
Apuntes  geogr.  y  estad.  de  la  Igl.  cat.  en  México,  Mexico, 
1945,  p.  53.  —  M.  Ocampo,  S.  J.,  Hist.  de  la  misiôii  de  la 
Tarahumara,  Mexico,  1950. 

Fl.  Pérez. 

CHIUSI.  Voir  aussi  Cluse. 

1 .  CHIUSI,  Le  Chiuse,  de  Clusis,  dans  le  dioc.  de 
Camerino,  aujourd'hui  Fabriano,  près  de  Pierosara, 
sur  le  Sentino.  Sous  les  vocables  de  S. -Victor,  Notre- 


749 


cmusi  —  cm 


USI  ET  PIENZA 


750 


Dame  et  S.-Benoît,  une  abbaye  y  fut  fondée  vers 
1007.  Elle  appartint  d'abord  aux  bénédictins,  passa 
aux  camaldules  (1189)  et  ensuite  aux  olivétains.  Sup- 
primée en  1406  par  Innocent  VII,  ses  biens  furent 
unis  à  Ste-Catherine  de  Fabriano,  établie  peu  aupa- 
ravant. 

Cottineau,  776-77.  —  Kehr,  It.  pont.,  iv,  124.  —  Lancel- 
loti,  Hist.  olivet.,  177.  —  O.  Marcoaldi,  Cenni  storici... 
délia  città  e  commune  di  Fabriano,  Fabriano,  1874.  —  Mita- 
relli,  Ann.  camald.,  i,  289.  —  R.  Sassi,  Due  documenti 
capitali  su  le  origini  del  monaslero  di  S.  Vittore  délie  Chiuse, 
dans  Ross,  marchigiana,  1930,  p.  535-53. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHIUSI  ET  PIENZA  (Clusium  et  Pientia). 
Ville  de  Toscane  (prov.  de  Sienne),  à  l'extrémité  sud 
du  Val  di  Chiana,  Chiusi  fut  un  centre  important  dès 
le  v»  s.  av.  J.-C.  (R.  Bianchi-Bandinelli,  Clu$ium, 
dans  Monumenti  anlichi  pubbl.  dalV  Accad.  dei  Lin- 
cei,  xxx-2,  1925).  Ainsi  qu'en  témoignent  les  inscrip- 
tions retrouvées  (C.  /.  L.,  xi-1,  2532-82)  dans  deux 
catacombes  (Ste-Catherine  et*^  Ste-Mustiole),  Chiusi 
posséda,  dès  le  rii«  s.,  une  florissante  communauté 
chrétienne,  dont  l'origine  a  été  attribuée,  par  une 
tradition  mal  assurée,  à  l'un  des  sept  évêques  que 
S.  Pierre  aurait  dépêchés  vers  les  Gaules.  Le  premier 
évêque  dont  l'existence  soit  certaine  est  Lucius  Petro- 
nius  Dexter,  qui,  né  à  l'époque  de  S.  Cyprien  de  Car- 
thage,  fut  enseveli  à  Ste-Mustiole,  le  11  déc.  322.  La 
liste  épiscopale  présente,  pour  les  siècles  qui  suivent, 
des  lacunes  nombreuses.  Seuls  les  noms  de  deux 
évêques  nous  sont  connus  pour  les  vie  et  vu"  s.  :  Flo- 
rentinus,  auquel  Pélage  I"  adressa  une  lettre  vers  558, 
et  Ecclesius,  que  Grégoire  I"  chargea,  en  600,  de 
consacrer  l'évêque  de  Bagnorea;  et  c'est  seulement  à 
partir  de  la  deuxième  moitié  du  x®  s.  qu'il  est  possible 
de  savoir,  avec  une  certaine  précision,  les  prélats  qui 
occupèrent  ce  siège.  L'extension  du  monastère  de 
S.  Salvatore  à  Monte  Amiata  entraîna,  au  cours  du 
Moyen  Age,  une  suite  de  contestations  entre  la  puis- 
sante abbaye  et  le  diocèse,  dont  la  population  fut 
décimée  par  les  guerres  et  les  fièvres. 

En  1459,  Chiusi,  qui  relevait  directement  du 
S. -Siège,  fut  placé  par  Pie  II  sous  la  juridiction  de 
Sienne,  devenue  métropole.  Trois  ans  après,  le  même 
pontife  détachait  de  son  territoire  une  partie  des 
paroisses  qui  formèrent  les  diocèses  de  Pienza  et  de 
Montalcino,  élevant  au  rang  d'église  cathédrale  les 
pieve  de  S.  Giovanni  à  Corsignano  (Pienza)  et  de 
S.  Salvatore  à  Montalcino.  Ces  deux  nouveaux  dio- 
cèses, tout  en  relevant  immédiatement  du  S. -Siège, 
demeurèrent  sous  l'autorité  d'un  unique  évêque,  jus- 
qu'au jour  où  Clément  VII  détacha  (1528)  temporai- 
rement Montalcino  de  Pienza.  Cette  décision  fut 
reprise,  en  1600,  par  Clément  VIII,  et  désormais  les 
deux  sièges  furent  indépendants  l'un  de  l'autre.  En 
1772,  Clément  XIV  décréta  que,  dans  l'avenir,  l'Église 
de  Chiusi  serait  unie  aeque  principaliter  à  celle  de 
Pienza.  Chacune  des  cathédrales  aurait  son  chapitre 
et  conserverait  ses  privilèges.  Chiusi  resterait  suffra- 
gante  de  Sienne  et  Pienza  continuerait  à  relever  de 
Rome.  Un  unique  évêque  serait  placé  à  leur  tête, 
avec  l'obligation  de  résider  six  mois  à  Pienza  et  six 
mois  à  Chiusi. 

Le  territoire  du  diocèse  de  Chiusi  et  Pienza,  qui 
couvre  de  nos  jours  (1950)  une  superficie  de  1  168  km^, 
a  subi  au  cours  des  siècles  d'importantes  modifica- 
tions. Sans  qu'on  puisse  déterminer  son  étendue  aux 
premiers  temps  du  christianisme,  ni  même  au  cours 
du  haut  Moyen  Age,  il  est  certain  qu'il  comprenait, 
en  1191,  28  pieve  et  un  nombre  encore  plus  considé- 
rable d'églises.  Une  liste  des  lieux  de  culte  soumis  à 
la  décime  pontificale  nous  a  été  conservée  pour  les 
années  1275-1276  et  1302-1303  (M.  Giusti  et  P.  Guidi, 


Rationes  decimarum  Italiue,  Tuscia,  Bibl.  Vaticane, 
1932-1942,  I,  121-31;  ii,  159-74).  Après  cette  date,  le 
diocèse  de  Chiusi  a  subi  cinq  démembrements  succes- 
sifs. Le  premier  eut  lieu  sous  Jean  XXII,  lors  de  la 
création  du  diocèse  de  Cortone,  en  1325;  le  second,  en 
1462,  quand  Pie  II  éleva  au  rang  de  cathédrale  Pienza 
et  Montalcino;  le  troisième,  en  1561,  lors  de  l'érection 
du  diocèse  de  Montepulciano  par  Pie  IV  ;  le  quatrième, 
en  1601,  quand  Clément  VIII  créa  le  siège  épiscopal  de 
Città  délia  Pieve;  le  cinquième,  enfin,  quand,  en 
1772,  Clément  XIV  détacha  de  Chiusi  diverses 
paroisses  pour  les  rattacher  à  Montalcino. 

De  nos  jours,  le  diocèse  de  Chiusi  et  Pienza  com- 
prend plus  de  65  000  âmes  réparties  en  61  paroisses. 
La  cathédrale  de  Chiusi,  dédiée  à  S.  Secondien,  fut 
restaurée  en  1877;  elle  présente,  avec  des  substruc- 
tures du  vi»  s.,  un  portail  roman  du  xii«  s.  Celle  de 
Pienza,  édifiée,  avec  une  certaine  hâte,  sur  les  ordres 
de  Pie  II,  a  été  restaurée  de  nos  jours  (A.  Barbacci, 
L'ediflcazione  e  il  decadimenio  del  duomo  di  Pienza, 
dans  Boll.  d'arte,  nouv.  sér.,  x,  1930-1931,  p.  317-35; 
Il  duomo  di  Pienza  e  i  suoi  restauri.  Sienne,  1934). 

Le  diocèse  a  possédé  sur  son  territoire  de  nombreux 
monastères,  telles  les  abbayes  de  :  S.  Salvatore  à  Monte 
Amiata  (Chiusi),  occupée  d'abord  par  des  bénédic- 
tins, puis  en  1230  par  des  cisterciens,  supprimée  en 
1782;  Monte  Oliveto  Maggiore  (Pienza),  fondée  en 
1320,  berceau  de  la  branche  bénédictine  des  olivé- 
tains; Camprena  (Pienza),  fondée,  vers  1324,  par  les 
olivétains,  supprimée  au  xviii»  s.;  S.  Pietro  in  Cam- 
po  (Pienza),  fondée  avant  1031  par  des  bénédictins, 
devenue  possession  des  camaldules  en  1147,  unie  au 
monastère  de  la  Rosa  en  1324;  Sicilla  a  Petrojo 
(Pienza),  occupée  par  des  bénédictins,  cédée  en  1440 
aux  olivétains,  qui  l'abandonnèrent  en  1810;  Spineta 
(Chiusi),  fondée  en  1112  et  occupée  par  des  vallom- 
brosiens,  passée  aux  cisterciens  en  1627,  qui  la  conser- 
vèrent jusqu'en  1783,  date  où  le  monastère  devint  la 
propriété  de  l'hôpital  des  Innocents  à  Florence. 

On  peut  de  même  mentionner  au  cours  des  siècles 
l'existence  de  communautés  diverses  :  augustins,  puis 
frères  mineurs  réformés  à  Ste-Mustiole,  près  de  Chiusi; 
mineurs  conventuels  à  S.  Francesco  de  Chiusi,  à 
S.  Francesco  de  Pienza  et  à  Radicofani;  silvestrins 
à  S.  Maria  de  Chiusi,  etc. 

Liste  épiscopale.  —  a)  Diocèse  de  Chiusi.  —  Lucius 
Petronius  Dexter,  322.  —  Florentinus,  558.  — •  Eccle- 
sius, 600.  —  Petrus  \l<"],  1049,  1051.  —  lohannes, 
1056.  —  Lanfrancus  [I"],  1066,  1098.  —  Petrus  [II], 
1116,  1126.  —  Martinus,  1146.  —  Rainerius,  1176.  — 
Léo,  1179.  —  Theobaldus  [II],  1191.  —  Lanfrancus 
[II],  1200.  —  Gualfredus  [I"],  1210.  —  Ermannus, 
1215,  1230.  —  Gualfredus  [II],  1231.  —  Pisanus, 
1237.  —  Gratianus,  t  1245.  —  Frigerius,  1245-48. 

—  Petrus  [III],  1250.  —  Rainerius  [II],  1260-72.  — 
Petrus  [IV],  1272-99.  —  Masseo  de'  Medici,  O.  P., 
1299-1313.  —  Matteo  Orsini,  O.  F.  M.,  1317-22.  — 
Leonardo,  évêque  de  Catane,  administr.  de  Chiusi, 
1322-27.  —  Rainerio  de  Montepulciano,  1327-42.  — 
Angelo  de  Montepulciano,  1343-48.  —  Francesco 
Atti,  1348-53.  —  Biasio,  O.  Cist.,  1353-57.  —  Biasio  de 
San  Gemino,  1357.  —  lacopo  Tolomei,  O.  F.  M.,  1383- 
84.  —  Clémente  Cennino,  1384.  —  Matteo,  1388-93. 

—  Aduardo  Michelozzi,  O.  F.  M.,  1393-1404.  — 
Antonio,  O.  S.  B.,  1404.  —  [Obédience  d'Alexandre  V  : 
Elia  de  Sienne,  O.  F.  M.,  1410.  —  Biasio  Ermano, 
1410-18].  —  Pietro  Paolo  Bertini,  1418-37.  —  Alessio 
Cesari,  1437-60.  —  Lorenzo  Mancini,  1483.  —  Anto- 
nio, t  1497.  —  Sinolfo  des  comtes  de  Castel  di  Lotario, 
1497-1503.  —  Bonifacio  des  comtes  de  Castel  di  Lota- 
rio, 1503-04.  —  Nicola  Buonafede,  1504-32.  —  Bar- 
tolomeo  Farratini,  1533-34.  —  Gregorio  Magalotti, 
1534-37.  —  Card.  Guido  Ascanio  Sforza,  administr., 


751 


CHIUSI  ET  PIENZA 


-  CHMIELECKI 


752 


janv.-avr.  1538.  —  Giorgio  Andreassi,  1538-44.  — 
Gard.  Bartolomeo  Guidiccioni,  administr.,  1544-45. 
—  Giovanni  Ricci,  1545-54.  —  Gard.  Guido  Ascanio 
Sforza,  administr.,  1554-55.  —  Figliuccio  de'  Figliucci, 
1555-58.  —  Salvatore  Pacini,  1558-81.  —  Masseo 
Bardi,  O.  F.  M.,  1582-97.  —  Lodovico  Martelli,  1597- 
1601.  — -  Fausto  Malari,  1602-07.  —  Orazio  Spannoc- 
clii,  1609-20.  —  Alfonso  Petrucci,  1620-33.  —  Giam- 
battista  Piccolomini,  1633-37.  —  Ippolito  Gampioni, 
O.  S.  B.,  1637-47.  — -  Garlo  de'  Vecchi,  1648-57.  — 
Alessandro  Piccolomini,  1657-63.  —  Marcantonio 
Marescotti,  1664-81.  —  Lucio  Borghesi,  1682-1705. 


41.  —  Francesco  Piccolomini,  1741-45.  —  Pio  Magna- 
ni,  1745-47.  —  Giustino  Bagnesi,  1748-72.  Le  17  juin 
1772,  Glément  XIV  unit  aeque  principaliter  le  diocèse 
de  Chiusi  à  celui  de  Pienza. 

d)  Diocèse  de  Chiusi-Pienza.  —  Giustino  Bagnesi, 
1772-75.  —  Giuseppe  Pannilini,  1775-1820.  —  Gia- 
cinto  Pippi,  1820-39.  —  Giambattista  Ciofl,  1843-71. 
—  Raffaele  Bianchi,  1872-89.  —  Giacomo  Bellucci.j 
1889-1917.  —  Giuseppe  Conti,  1917-41.  —  Carlo] 
Baldini,  1941. 

Avec  les  travaux  classiques  d'Ughelli,  Gains,  Eubel  et| 
Gauchat,  on  consultera  :  F.  Bargagli  Petrucci,  Montepul- 


CHIUSI 

■  Limites  du  diocèse  de  CMvsi  auWs  (1303J 
-  Limites  des  diocèses  auxiCs.(ts5o} 

D'aprej  MOiwm  et  PÇuuà 

fUUiones  Deamaruni  ItaUu»  JuscisK 


DIOCESE  DAREZZO 


DIOCÈSE  DE  SIENNE 


DIOCESE  D'ORVIETO 


Fig.  108.  —  Limites  du  diocèse  de  Chiusi  en  1303. 


Gaetano  Bargagli,  1706.  A  sa  mort,  le  siège  de  Chiusi 
demeura  vacant  jusqu'en  1772. 

b)  Diocèse  de  Pienza-Montalcino.  —  Giovanni 
Cinughi,  1462-70.  —  Tommaso  Testa  Piccolomini, 
1470-82.  —  Agostino  Patrizi,  1482  [1484]-1496.  — 
Gard.  Francesco  Piccolomini,  1496-98.  —  Girolamo 
[I"]  Piccolomini,  1498-1510.  —  Girolamo  [II]  Pic- 
colomini, 1510-28.  Le  siège  de  Montalcino  est  détaché 
de  celui  de  Pienza. 

c)  Diocèse  de  Pienza.  —  Alessandro  Piccolomini, 
1528-63.  —  Francesco  Maria  Piccolomini,  1563-99.  — 
Gioia  Dracomani,  1599-1630.  —  Scipione  D'Elci, 
1631-36.  —  Ippolito  Borghesi,  1636-37.  —  Giovanni 
Spennati,  1637-58.  —  Giocondo  Turamini,  1664-65. 
—  Giovanni  Checconi,  1665-68.  —  Girolamo  Borghesi, 
1668-98.  —  Antonio  Forteguerra,  1698-1714.  — 
Ascanio  Silvestri,  1714-22.  —  Ginugo  Settimio,  1725- 


ciano,  Chiusi  e  la  Val  di  Chiana  senese,  Bergame,  1910.  — 
Cappelletti,  xvii,  561-632.  —  Kehr,  //.  pont.,  m,  231-52. 
—  Lanzoni,  353-54.  —  Fr.  Liverani,  Le  calacombe  e  anli- 
chità  cristiane  di  Chiusi  descritte,  Sienne,  1872.  —  G.-B. 
Mannucci,  Pienza,  Pienza,  1927.  —  E.  Repetti,  Dizionario 
geograflco...  délia  To.icana,  Florence,  1833-1841,  i,  721-22; 
III,  299-301;  iv,  201-02. 

M. -H.  Laurent. 
CHIVIIELECKI  (Gasimir),  prêtre,  archéologue. 
Né  en  1880  à  Brzusce,  en  Poméranie  polonaise,  fit  ses 
études  aux  gymnases  allemands  de  Koscierzyna  et  de 
Chojnice,  puis  au  séminaire  de  Pelplin.  En  compagnie 
de  ses  camarades  du  séminaire,  il  entreprit  des  fouilles 
dans  le  district  de  Kartuzy  et  découvrit  en  onze  loca- 
lités des  tombes  préhistoriques.  Il  publia  les  résultats 
de  ces  découvertes  dans  l'Ann.  de  la  Soc.  scient,  de 
Torun  (vol.  xi,  Torun,  1904,  et  vol.  suiv.).  Ordonné 
prêtre  en  1904,  il  fut  successivement  vicaire  à  Chelmno 


753 


CHMIELECKI 


—  CHOCQUES 


754 


(Culm),  Grzybno  et  Brodnica,  puis  curé  à  Wabcz 
(1910-1927).  Il  profita  de  ses  loisirs  pour  mettre  en 
ordre  le  musée  de  la  Soc.  scientifique  de  Torun  et 
publia,  outre  un  Guide  de  ce  musée,  une  dissertation 
archéologique  :  Czlowiek  przedhistoryczny  w  Prusiech 
zachodnich  (L'homme  préhistorique  dans  la  Prusse 
occidentale).  Il  fit  encore  des  fouilles  en  une  douzaine 
de  localités  rte  Poniéranie,  surtout  à  Lyniec,  où  il  mit 
au  jour  tout  un  vaste  cimetière  préhistorique,  et 
déposa  au  musée  de  Torun  tous  les  objets  découverts 
(voir  son  étude  V\'  obronie  siekierek  bronzowych  [Dé- 
fense des  haches  de  bronze],  dans  Zapiski  Tow.  Nau- 
koivego,  ii,  Torun,  1913,  p.  Go-87).  Il  se  démit  de  sa 
cure  en  1927,  fut  employé  quelque  temps  comme 
archiviste  du  diocèse,  puis  s'établit  en  la  maison  des 
prêtres  retraités,  où  il  mourut  le  28  mai  1929. 

Wl.  Lega,  C.  Ch.,  dans  Polski  Slownik  biograftczny,  m, 
Cracovie,  1937,  p.  317-18. 

J.  OSTROWSKI. 

CHM  lELEWSKI  (Procope),  évêque  grec  uni 
de  Przemysl.  Il  naquit  vers  1600,  en  Mazovie,  pro- 
vince de  la  Pologne  centrale,  de  parents  de  rite  latin. 
Orphelin  de  bonne  heure,  il  passa  au  rite  grec  uni  et 
entra  dans  l'ordre  des  Basiliens.  En  1620,  il  commença 
ses  études  de  théologie  à  Brunsberg;  ordonné  prêtre, 
il  fut  employé  successivement  comme  prédicateur 
à  Minslt  et  à  Zyrowice.  En  1631,  il  fut  désigné  à  l'ar- 
chimandrie  des  basiliens  de  Dubno.  Deux  ans  durant, 
il  suivit  en  ses  tournées  le  métropolite  Joseph  Wela- 
min  Rutski,  de  Kiew,  vrai  apôtre  de  l'Union  des 
Églises.  En  1649,  l'évêque  de  Przemysl  proposa  Chmie- 
lewslii  au  roi  comme  coadjuteur  avec  droit  de  suc- 
cession. II  fut  sacré  en  1651  par  le  métropolite  de 
Poloclt,  Sielawa.  Dès  lors  commença  pour  lui  une 
lutte  sans  trêve  contre  l'intrus  orthodoxe  au  siège  de 
Przemysl,  A.  Winnicki,  soutenu  par  le  roi  de  Pologne 
Jean-Casimir.  Évincé  de  son  siège,  Chmielewski  ne 
cessa  de  revendiquer  ses  droits.  Le  métropolite  Sie- 
lawa lui  confia  l'administration  du  diocèse  de  Luck, 
qu'il  garda  jusqu'à  sa  mort.  Toujours  en  butte  aux 
attaques  des  schismatiques,  il  passa  une  partie  de  sa 
vie  en  la  ville  forte  de  "Walawa,  expédiant  de  là  force 
protestations  aux  tribunaux,  aux  puissants  du 
royaume  et  au  roi  de  Pologne.  Ne  pouvant  obtenir 
gain  de  cause  et  sentant  ses  forces  décroître,  il  prit, 
en  1662,  pour  coadjuteur  Antoine  Terlecki  et  lui  céda, 
de  son  vivant,  ses  droits  sur  le  diocèse  de  Przemysl, 
l'engageant  à  poursuivre  la  lutte,  tandis  qu'il  conti- 
nuait à  se  dévouer  au  diocèse  de  Luck,  où  il  fit  faire 
des  progrès  considérables  à  l'Union;  il  passa  ses  der- 
nières années  au  monastère  basilien  de  Derman  et  y 
mourut  le  22  févr.  1664. 

M.  Harasiexvicz,  Ann.  Eccl.  Ruthenae,  Léopoli,  1862, 
p.  .332-34.  —  J.  Pelesz,  Gesch.  der  Union,  u.  Vienne,  1880, 
p.  344-46.  — ■  A.  Prochaska,  Wladyka  Krapecki  iv  walce  z 
dgzunia,  dans  Przeglad  poivszechny,  cxLi,  Cracovie,  1919, 
p.  288,  293,  362-65;  Z  walki  o  Iran  wladyczy  przemyski, 
ibid.,  cxLvii,  1920,  p.  20-28. 

J.  OsTROWSKI. 

-  CHM  lELOWSKI  (Adam-Hilaire,  en  religion 
Fr.  Albert),  fondateur  des  Albertins  et  des  Alber- 
tines,  peintre  né  à  Igolomia,  en  Pologne  russe,  non 
loin  de  Cracovie,  en  1846,  t  1916.  A  la  mort  de  son 
père  (1853),  il  fut  placé  à  l'école  des  cadets  de  S.-Pé- 
tersbourg,  mais  n'y  demeura  qu'un  an.  Il  fit  ses  études 
moyennes  à  Varsovie,  puis  suivit  un  cours  d'agrono- 
mie à  Pulawy.  A  la  nouvelle  de  l'insurrection  polo- 
naise de  1863,  il  rejoignit,  avec  quelques  camarades 
d'études,  les  insurgés  et  prit  part  à  plusieurs  batailles 
contre  les  armées  régulières  russes.  Forcé  de  fuir  en 
Galicie,  il  fut  interné  par  les  autorités  autrichiennes,  1 
mais  parvint  à  s'évader  de  la  prison  d'Olomouc  et  à 
rentrer  dans  les  rangs  des  insurgés  polonais.  Un  éclat  ! 


d'obus  l'ayant  gravement  atteint  à  la  jambe,  qui  dut 
être  amputée,  il  se  vit  contraint  de  rentrer  à  Varsovie. 
En  1865,  il  s'y  inscrivit  à  l'école  des  beaux-arts; 
il  poursuivit  ses  études  à  Gand,  à  Paris  et  à  Munich. 
L'exposition  de  ses  œuvres,  à  Varsovie  (1939),  mit 
bien  en  lumière  l'acheminement  de  son  esprit  et  de 
son  art  du  profane  au  sacré. 

En  1880,  il  se  présenta  au  noviciat  de  la  province 
polonaise  des  Jésuites,  à  Stara  Wies.  Il  n'y  demeura 
que  cinq  mois,  étant  tombé  malade  durant  la  grande 
retraite.  Revenu  à  la  santé,  il  s'éprit  de  l'idéal  du 
Poverello  d'Assise  et  se  fit  l'apôtre  du  tiers  ordre  en 
Pologne  russe.  Menacé  du  bannissement  en  Sibérie, 
il  dut  s'exiler  une  fois  de  plus;  mais  il  ne  se  départit 
plus  de  son  idéal  :  en  1884,  il  loua  à  Cracovie  une 
chambre,  qu'il  partagea  en  deux  parties,  l'une  lui 
servant  d'atelier  de  peinture,  tandis  qu'il  abritait 
en  l'autre  les  mendiants  qu'il  recueillait  en  ville.  Il 
s'enferma  souvent  aussi  dans  les  hospices  de  nuit, 
pour  approcher  plus  facilement  les  pauvres.  En  1888, 
il  émit  entre  les  mains  du  card.  Dunajewski,  prince- 
évêque  de  Cracovie,  les  vœux  de  tertiaire  régulier  et 
fonda  d'abord  une  communauté  dite  plus  tard  des 
«  Albertins  »,  puis,  deux  ans  après,  une  autre  pour  les 
femmes,  dite  des  «  Albertines  »,  destinées  toutes  deux 
aux  soins  divers  des  déshérités  de  ce  monde.  Il  publia 
en  1888  un  Manuel  du  tiers  ordre  de  S. -François  et  tra- 
vailla, vingt-huit  ans  durant,  à  organiser  les  maisons 
de  son  institut.  Il  mourut  à  Cracovie,  le  25  déc.  1916. 
Son  institut  fut  érigé  canoniquement,  en  conformité 
avec  le  nouveau  Code,  en  1928.  En  1937,  il  comptait 
15  maisons  de  religieux  et  46  de  religieuses. 

C.  Lewandowski,  Brut  Albert,  Cracovie,  1927.  —  M.  Wit- 
kiewiczowna,  Wspomnienia  o  Adamie  Ch.,  Cracovie,  1933. 
—  A.  Szeptycki,  Ze  wsponmien  o  brade  Albercie,  Cracovie, 
1934.  —  M.  Morstin-Gorska,  A.  Ch.,  brat  Albert,  Varsovie, 
1936.  —  Fr.  Woltynski,  A.  Ch.,  Cracovie,  1936.  —  A.  No- 
waczynski,  Najpiekniejszg  czlowiek  mego  pokolenia,  brat 
Albert,  dans  Tecza,  1935.  —  P.  Gorska,  Szary  brat,  Cracovie, 
1936.  K.  Michalski  et  F.  Kopera,  A.  Ch.,  dans  Polski 
Slownik  biograftczny,  m,  Cracovie,  1937,  p.  338-40. 

J.  Ostrowski. 

CHOBA.  Voir  Coviensis. 

CHOCQUES,  abbaye.  Les  origines  de  l'abbaye 
de  Chocques  sont  assez  peu  précises.  Suivant  d'an- 
ciennes chroniques,  un  chapitre  de  chanoines  aurait 
été  fondé  vers  1094  dans  le  bourg  de  Chocques  fCioka, 
Chiochia,  Choquensis),  par  deux  prêtres,  Eurémar  et 
Arnoul,  grâce  à  la  libéralité  de  la  maison  de  Béthune. 

Duchesne  (Preuves  de  la  maison  de  Béthune,  107, 
108)  affirme  qu'en  1120  «  la  totalité  de  cette  terre  [de 
Chocques]  appartenait  à  trois  seigneurs  différents, 
savoir  :  est  à  Hugues  d'Oisy,  chastelain  de  Cambray, 
à  Baudouin,  surnommé  le  Roux,  et  à  Anselme  de 
Houdain.  Lesquels  ayant  réduit  en  leur  puissance  et 
libre  disposition  l'église  collégiale  de  S. -Jean-Baptiste, 
qui  était  fondée  d'ancienneté  dans  leur  chasteau  de 
Choques,  ...à  l'exortation  de  Jean,  évêque  de  Thé- 
rouanne,  ils  la  remirent  entre  ses  mains  pour  ériger  un 
monastère  de  chanoines  réguliers,  vivants  selon  la 
règle  de  S.  Augustin  ».  Les  affirmations  de  Duchesne 
reposent  sur  celles  du  Gall.  christ.,  x,  1545,  qui  n'est 
pas  sûr,  et  de  Malbrancq  (JDe  Mor/nis,  ii,  788;  ni,  123), 
qui  l'est  encore  moins.  Quoi  qu'il  en  soit,  le  fait  ne 
peut  être  révoqué  en  doute  et  il  s'est  produit  ailleurs 
d'une  manière  analogue,  à  Hénin-Liétard,  à  Aubigny 
et  à  Houdain.  Donc,  entre  1120  et  1138,  à  la  suite, 
peut-être,  de  la  destruction  de  la  collégiale  par 
Robert  de  Normandie  (1128),  les  chanoines  s'instal- 
lèrent en  dehors  de  Chocques,  à  une  lieue  de  Béthune, 
I  sur  une  terre  que  leur  aurait  donnée  le  comte  de  Flan- 
dre et,  sous  l'influence  de  l'abbaye  de  Ruisseauville, 
!  adoptèrent  la  règle  de  S.  Augustin  et  se  transformèrent 


755 


CHOCQUES 


CHOD YNSK I 


756 


en  chanoines  réguliers.  L'abbaye  prit  le  nom  de 
S.-Jean-Baptiste-des-Prés,  in  Pratis.  Ils  se  placèrent 
sous  l'obédience  d'Arrouaise,  où  se  tenaient  les  cha- 
pitres généraux  de  l'ordre,  et  dans  lesquels  ils  prirent 
rang  immédiatement  avant  Warneton  (1138). 

Par  la  charte  de  1120,  l'évêque  de  Thérouanne  leur 
donnait  l'église  de  Chocques  et  ses  prébendes,  l'autel 
qu'il  tenait  en  sa  possession,  moyennant  deux  sous  de 
rente  annuelle,  et  leur  imposait  l'obligation  d'en 
recevoir  chaque  année  les  saintes  huiles.  Il  leur  con- 
firmait l'autel  de  Malènes,  à  Chocques,  et  d'autres 
avantages  temporels.  D'autres  donations  vinrent 
s'ajouter  à  celles-là  :  les  autels  de  Galonné,  d'Estaires, 
de  Gonnehem,  de  Steenwerck;  les  dîmes  d'Annezin, 
de  Burbure,  d'Estaires,  de  Fouquières  et  de  Planques. 

L'histoire  de  Chocques  n'est  guère  que  celle  de 
l'accroissement  de  son  temporel  et  de  ses  tribulations 
occasionnées  par  les  guerres  du  Moyen  Age,  la  rapacité 
des  seigneurs  et  les  besoins  du  monastère  luttant 
contre  le  pouvoir  central,  toujours  en  quête  d'instituer 
des  commendes  et  d'imposer  des  pensions. 

Au  xviii«  s.,  l'abbaye  de  Chocques  ne  comptait 
que  dix  à  douze  religieux,  qui  accomplissaient  les 
fonctions  sacerdotales  dans  six  ou  sept  paroisses, 
tandis  que  cinq  autres  résidaient  dans  des  cures  ou 
prévôtés  (Calonne-Ricouart,  Doulieu,  Montbernen- 
chon,  Estaires,  Gonnehem).  Les  revenus  étaient  éva- 
lués à  18  000  livres  en  1669,  à  11  000  en  1772  et  à 
32  000  en  1790  (contre  20  000  livres  de  charges). 

Listes  des  abbés.  —  1.  Gauthier,  nommé  en  1120  par 
Jean,  évêque  de  Thérouanne.  —  2.  Gothson,  sous- 
crit en  1154  une  charte  de  Milon  de  Thérouanne,  en 
faveur  d'Arrouaise.  —  3.  Manassès,  f  1193.  —  4.  Guil- 
laume I",  t  1226  ou  1228.  —  5.  Jean.  —  6.  Manassès  II. 
—  7.  Guillaume  II.  —  8.  Geoffroy.  —  9.  Richard.  — ^ 
10.  Pierre  I".  —  11.  Jean  II  d'Arras.  —  12.  Mathieu 
de  Boulogne.  —  13.  Jean  III  Clavelet.  —  14.  Simon 
Canée,  cité  en  1323,  assiste  au  chapitre  en  1332, 
t  vers  1341.  —  15.  André  de  Beaurains.  —  16.  Robert 
Philippe.  —  17.  Thomas  l<"  de  Boulogne.  —  18.  Jac- 
ques Bacot.  —  19.  Evrard  Baudel.  —  20.  Thomas  II 
Groselier.  —  21.  Jean  IV  Petit.  —  22.  Pierre  d'IUies, 
t  vers  1500.  —  23.  Justin,  signe  en  1507.  —  24.  An- 
toine l"  d'Héricourt,  frère  de  Bauduin,  abbé  de  Ruis- 
seauville,  1517.  —  25.  Antoine  Tesson,  f  1554.  — 

26.  Antoine  Tesson,  neveu  du  précédent,  t  1591.  — 

27.  Jean  de  Loz,  t  t621.  —  28.  Guillaume  Delvalle, 
t  1638.  —  29.  Jean  de  Lens,  f  1656.  —  30.  Guislain 
de  la  Beuvrière.  —  31.  Philippe  Dujardin,  f  1666.  — 
32.  Guillaume  IV  de  la  Beuvrière,  t  1669.  —  33.  Jean 
Robart,  t  1688.  —  34.  Charles  Hannotte,  d'abord 
prieur,  t  1V03.  —  35.  Patrice  de  Gouy,  f  1731.  — 
36.  Floride  de  Lassus,  t  1759.  —  37.  N.  Chavatte, 
t  1788.  —  38.  Patrice  Dauchy. 

En  1791,  Dauchy  se  réfugia  avec  ses  moines  dans 
l'abbaye  d'Arrouaise,  en  même  temps  que  les  religieux 
d'Hénin-Liétard,  de  Ruisseauville,  de  Marœuil  et  de 
S. -Berlin.  De  là  ils  s'exilèrent.  Le  26  oct.,  S. -Jean- 
Baptiste  de  Chocques  fut  vendu  pour  100  000  livres; 
sa  bibliothèque  fut  dispersée,  ses  archives  disparurent 
sous  forme  de  gargousses.  Les  bâtiments  furent  démo- 
lis, à  la  réserve  du  quartier  abbatial,  dont  il  ne  reste 
aujourd'hui  que  quelques  dépendances.  Le  modeste 
trésor  de  l'église  des  Essarts  renferme  de  beaux  orne- 
ments du  xviiis  s.,  provenant  de  l'abbaye  de  Chocques, 
et  un  ciboire  en  argent,  dont  le  couvercle  est  godronné, 
et  dont  le  socle  sert  d'ampoule  aux  saintes  huiles. 

F.  de  Bar,  Hist.  dioecesis  Tornacensis,  Gandauensis  et 
coenobiorum  eorum,  bibl.  de  Douai,  ms.  n.  768.  —  Ad.  de 
Cardevacque,  Dict.  histor.  et  archéol.  du  P.-de-C,  Arrond.  de 
Béthune,  i,  175-83.  —  Dehaisnes,  Hist.  de  l'art  dans  la 
Flandre,  l'Artois  et  le  Hainaut,  427.  —  Êpigraphie  du  P.- 
de-C,  II,  29,  38,  237;  viii,  427-39.  —  Gall.  christ.,  iv,  519. 


—  Godefroy,  Inv.  des  chartes  d'Artois,  l,  544.  —  Gosse, 
Hist.  de  l'abbaye  d'Arrouaise,  39,  41,  355,  462.  —  Mal- 
brancq.  De  Morinis,  ii,  788;  m,  123.  —  Miraeiis,  Rerum 
Belgic.  chron.,  268,  306.  —  Parenty,  Hist.  de  Ste  Bertille,  53. 

—  Robert,  Hist.  de  l'abbaye  de  Chocques,  dans  Mém.  de  la 
Soc.  des  antiq.  de  la  Morinie,  xv,  335-568,  pl.  —  Ferreoli 
Locrii,  Chron.  Belgic,  206.  —  Duchesne,  Hist.  de  la  mai- 
son de  Béthune,  25,  76,  1 13,  465.  —  Bull,  de  la  Comm.  départ, 
des  monum.  hist.  du  P.-de-C,  i,  423. 

G.  COOLEN. 

CHODAN  I  (Jean-Cantius),  poète  et  théologien, 
t  1823.  Né  à  Cracovie  d'une  famille  d'origine  ita- 
lienne, il  entra  en  1782  dans  l'ordre  des  Chanoines 
réguliers  du  Latran,  fît  ses  études  d'abord  à  Krasnik, 
puis  à  l'université  de  Cracovie.  Ordonné  prêtre  en 
1793,  il  enseigna  la  théologie  en  son  couvent  de  Cra- 
covie, et  prêcha,  huit  ans  durant,  en  la  cathédrale  de 
cette  ville.  Il  s'adonna  en  même  temps  à  la  littérature, 
publia  des  vers  originaux,  à  côté  de  diverses  traduc- 
tions versifiées,  entre  autres  de  La  Henriade  de  Vol- 
taire, et  des  Idylles  de  Gessner  (1800  et  1803).  Délié 
de  ses  vœux  en  1804,  il  se  rendit  à  Wilno,  où  il  devint 
prédicateur  de  l'université,  et  y  obtint  en  1805  le 
doctorat  en  théologie.  Trois  ans  plus  tard,  on  lui 
confia  la  chaire  de  théologie  morale;  il  y  ajouta,  en 
1809,  celle  de  théologie  pastorale,  et  fut  doyen  de  la 
faculté  des  sciences  politiques  et  morales  de  1817  à  sa 
mort.  On  l'avait  nommé,  en  1814,  visiteur  des  écoles 
du  gouvernement  ou  de  la  province  de  Grodno,  et, 
en  outre,  durant  quelque  temps,  de  celle  de  Wilno. 

Œuvres  :  Projet  de  réforme  de  l'éducation  nationale, 
resté  ms.;  trad.  de  l'Éthique  chrétienne  de  Reyberger, 
3  vol.,  1821-1822;  Nauka  chrzescianskiej  katolickiej 
wiary  (Enseignement  de  la  foi  catholique),  paru  après 
sa  mort,  de  même  que  3  vol.  de  ses  sermons. 

Symon,  De  cathol.  faciUl.  theol.  in  uninersilatc  olini  Vil- 
nensi,  Petrograd,  1888,  p.  24-27.  —  P.  Zukowicz,  O  pro- 
fessorach  Bogoslownaijo  fakulteta  wilenskago  uniwersil., 
Wilno,  1888,  p.  50-58.  —  W.  Worotynski,  Seniiniu-ium 
glôwne  w  Wilnie,  Wilno,  1935.  — •  M.  Smolarski,  Studio  nad 
Wolterem  w  Polsce,  Lwow,  1918.  —  M.  Szyjkowski,  Gesne- 
ryzm  w  poezji  polskiej,  Cracovie,  1914,  p.  24-27.  —  C.  Fal- 
kowski,  J.-K.  Chodani,  dans  Polski  Slownik  biograficzny, 
m,  Cracovie,  348-49. 

J.  OSTROWSKI. 

CHODYNSKI  (ZÉNON  et  Stanislas),  péda- 
gogues et  historiens  polonais.  Frères  jumeaux,  nés  à 
Kalisz  le  4  nov.  1836,  ils  firent  ensemble  leurs  études 
moyennes,  entrèrent  en  même  temps  au  séminaire  de 
Wloclawek,  reçurent  simultanément  tous  les  ordres  et 
achevèrent  côte  à  côte  leurs  études  à  la  faculté  de 
théologie  de  Varsovie.  Employés  ensemble  aussi  en 
qualité  de  vicaires  à  Sieradz,  ils  furent  appelés  tous 
deux  à  enseigner  au  séminaire  de  Wloclawek  (1866). 

Zénon  Chodynski  fut  nommé  peu  de  temps  après 
vice-recteur  dudit  séminaire,  puis  recteur,  charge  qu'il 
garda  jusqu'à  sa  mort,  le  16  mai  1887.  Chanoine  en 
1881,  puis  en  1883,  prélat  custode,  enfin  archidiacre 
du  chapitre  cathédral,  de  plus  juge  prosynodal.  Tra- 
vailleur infatigable,  et  directeur  d'âmes  fort  goûté, 
il  exerça  une  influence  salutaire  sur  le  clergé  de  la 
région.  On  a  de  lui  :  Décrétâtes  Summorum  pontificum 
pro  régna  Poloniuc  et  constilutiones  synodorum  regni 
ejusdem,  3  vol.,  Posnan,  1866-1883;  Synodus  archi- 
dioecesana  Gnesnensis...  Lovicii  A.  D.  1583  celebrata, 
Varsovie,  1872;  Acta  synodi  dioecesunae  Luceoriensis, 
A.  D.  1589  cet.,  Varsovie,  1875;  Statula  synodalia 
dioecesis  Vladislaviensis  et  Pomeraniae,  Varsovie, 
1890;  Monumenta  historica  dioecesis  Vladislav., 
vol.  i-vi,  Vladislav,  1881-1887;  Uchansciana  Vladis- 
lav., ab  anno  l't57-lf)62  ex  tabulario  capituli  Vladislav., 
Varsovie,  1895.  Il  collabora  à  l'Encyclopédie  ecclé- 
siastique de  Nowodworski. 

Stanislas  Ch.  succéda  à  son  frère  comme  recteur  du 
séminaire;  il  fut  archidiacre  du  chapitre  (1887),  juge 


757 


CHODYNSKI 


CHOISEUL 


758 


prosynodal  et  censeur  des  livres  (1894);  doyen  du 
chapitre  et  prélat  mitré  en  1897.  Il  se  démit  en  1908 
du  rectorat,  tout  en  demeurant  au  séminaire.  Il 
rangea  la  bibliothèque  ainsi  que  les  archives  du  cha- 
pitre cathédral.  Il  publia  un  grand  nombre  d'études 
et  de  textes  historiques,  en  particulier  :  les  vol.  vii- 
XXV  des  Monum.  hist.  dioecesis  Vladislav.,  entrepris 
par  son  frère;  Statiita  kapitubj  katedralnej  Wloclaws- 
kiej,  Varsovie,  1897;  Analecta  medico-hislorica,  Wlo- 
clawek,  1912;  Seminarium  Wloclawskie,  Wloclawek, 
1904;  Biskupi  sufragani  Wloclawek,  Wloclawek,  1906; 
Wikariusze  katedralni  Wlodaivscy,  Wloclawek,  1912; 
Bazylika  katedralna  we  Wloclawku,  dans  Kronika  die- 
cezji  kujawskio,  Kaliskiej,  1918.  Il  collabora  aussi  à 
Y  Encyclopédie  citée  ci-dessus,  t  le  16  mai  1919. 

La  liste  complète  des  publications  des  frères  Ch.  a  été 
donnée  par  R.  Filipski  dans  Kronika  diec.  kuj.-kal.,  1919, 
p.  177-82.  —  Kr.  \V1.,  Zen.  i  Stan.  Ch.,  dans  Z.  Chelmicki, 
Podreczna  Encyklopedya  koscielna,  viii,  Varsovie,  1906.  — • 
Fijalek,  Dwaj  zasluzeni  historycy  naszego  koseiola,  dans 
Glos  Narodii,  n.  129,  1920;  IV'  sliilecie  ksiexy  Chodynskich, 
dans  Aleneum  kaplanskie,  1936.  —  M.  Morawski,  Slan.  i 
Zen.  Ch.,  dans  Polski  Sloivnik  biograftczny,  m,  Cracovie, 
1937,  p.  377-78. 

J.  OSTROWSKI. 

1.  CHOISEUL  (Gilbert  de),  évêque  de  Com- 
minges,  puis  de  Tournai.  —  Fils  de  Ferry  de  Choiseul 
et  de  Barthélemie  de  Beauverger,  Gilbert  de  Choiseul 
du  Plessis-Pralin  naquit  en  1613.  Docteur  en  Sorbonne 
vers  1640,  il  cumula,  dès  son  adolescence,  de  nombreux 
bénéfices,  ayant  reçu  en  commende  les  abbayes  de 
Boulencourt,  Chantemerle,  S.-Martin-des-Aires  et 
Basse-Fontaine.  Le  23  mai  1644,  Anne  d'Autriche, 
régente  de  France,  le  désigna  à  l'évêché  de  Comminges; 
ses  bulles  lui  furent  accordées  par  Innocent  X,  le 
5  févr.  1646.  Sacré  à  Paris  le  6  août  suivant,  il  fit 
son  entrée  dans  son  église  quelques  jours  après.  Le 
diocèse  de  Comminges  étant  réduit  à  un  état  déplo- 
rable, Choiseul  veilla  à  l'instruction  des  populations 
rurales,  multiplia  les  visites  pastorales,  s'intéressa 
à  la  formation  du  clergé,  fonda  un  séminaire.  Mêlé  aux 
premières  luttes  jansénistes,  notre  prélat  fut  l'un  des 
onze  évêques  de  France  qui  demandèrent  au  pape  «  de 
permettre  que  cette  dispute  importante...  continue 
encore  un  peu  de  temps  ».  En  1661,  il  se  sépara  de 
Port-Royal,  mais  prit  la  défense,  en  cour  de  Rome  et 
auprès  du  roi,  de  Pavillon,  Caulet,  Buzenval  et  d'Ar- 
nauld.  En  juill.  1669,  Louis  XIV  transféra  Choiseul 
au  siège  de  Tournai;  ses  bulles  lui  furent  accordées 
par  Rome  le  23  déc.  1670.  Le  nouvel  évêque  devait 
mettre  au  service  de  ce  diocèse  les  qualités  qu'il 
avait  montrées  dans  celui  de  Comminges.  Il  établit 
un  séminaire  à  Tournai  et  à  Lille,  réglementa  l'admi- 
nistration de  l'abbaye  de  S.-Amand.  Aussi  bien,  en 
récompense  de  ses  services,  le  roi  lui  confia  la  charge  de 
conseiller  d'honneur  au  conseil  souverain  de  Tournai. 
Étroitement  lié  d'amitié  avec  Bossuet,  Choiseul  parti- 
cipa, en  1682,  à  la  rédaction  de  la  fameuse  déclaration 
du  clergé  de  France.  Il  mourut  à  Paris,  le  31  déc.  1689. 

Malgré  les  occupations  occasionnées  par  l'adminis- 
tration de  son  diocèse,  Choiseul  sut  consacrer  de  lon- 
gues heures  à  l'étude.  On  lui  doit,  avec  des  mande- 
ments pastoraux  (celui  qu'il  publia  sur  le  culte  de  la 
Vierge,  en  défense  des  Avis  salutaires  de  la  Vierge  à  ses 
dévots  indiscrets  de  Baillet,  souleva  des  critiques), 
deux  oraisons  funèbres  prononcées  lors  de  la  mort 
d'Armand  de  Bourbon,  prince  de  Gonti  (5  juin  1666), 
et  de  Charles  d'Orléans,  duc  de  Longueville  (9  août 
1672);  une  traduction  des  Psaumes  et  des  Cantiques 
de  l'A.  et  du  N.  T.  (Paris,  1719),  et  des  Mémoires 
touchant  la  religion  (Paris,  1680-1682,  et  1685).  Choi- 
seul travailla  de  même  à  la  rédaction  des  Mémoires  de 
son  frère,  le  duc  de  Choiseul,  dont  Segrais  avait  mis 


les  brouillons  au  net  (deux  éd.  à  Paris,  en  1676; 
rééd.,  Paris,  1827). 

.1.  Contrasty,  Hist.  des  évêques  de  Comminges,  Toulouse, 
1940,  p.  360-70  (avec  bibliogr.).  —  F.  Desmons,  L'épiscopat 
de  G.  de  Choiseul,  1671-1689.  Étude  hist.,  économ.  et  relig. 
sur  Tournai,  dans  Ann.  de  la  .Soc.  hist.  et  arch.  de  Tournai, 
nouv.  sér.,  xi.  Tournai,  1907.  —  Gall.  christ.,  m,  246.  — 
Journal  des  savants,  1690,  9*  numéro  :  Éloge  de  M.  de  Choi- 
seul. —  Catal.  gén.  des  livres  imprimés  de  la  B.  N.  [de  Paris], 
XXVI I,  Paris,  1906,  col.  7,56-59. 

M. -H.  Laurent. 

2.  CHOISEUL  (Léopold-Charles  de),  arche- 
vêque de  Cambrai.  Du  mariage  de  François-Joseph 
de  Choiseul,  marquis  de  Stainville,  ministre  plénipo- 
tentiaire du  duc  de  Lorraine,  et  de  Françoise-Louise 
de  Bassompierre,  naquirent  cinq  enfants,  dont  le 
premier,  Étienne-François,  devait  occuper  les  plus 
hautes  charges  et  devenir  ministre  des  Affaires  étran- 
gères de  Louis  XV.  Le  second  entra  dans  les  ordres, 
comme  ses  deux  sœurs,  Charlotte-Eugénie,  appelée 
Mme  de  Stainville,  abbesse  de  S. -Louis  à  Metz,  et 
Béatrix,  coadjutrice  de  Bouxières-aux-Dames. 

Léopold-Charles  naquit  au  château  de  Lunéville  le 
6  déc.  1724.  D'abord  vicaire  général  de  son  oncle, 
évêque  de  Chàlons,  il  fut  nommé  le  14  mai  1758 
évêque  d'Évreux.  Consacré  le  29  oct.,  il  ne  demeura 
pas  longtemps  sur  le  siège  épiscopal,  qui  ne  l'intéres- 
sait guère,  et  fut  transféré,  grâce  au  crédit  de  son 
frère,  sur  le  siège  d'Albi.  Ayant  prêté  serment  le 
28  juin  1759,  il  entra  en  déc.  dans  sa  nouvelle  ville, 
qu'il  allait  transformer  considérablement.  L'arche- 
vêque, comme  son  successeur  le  card.  de  Bernis,  était 
un  ami  du  progrès.  Quelque  peu  philosophe  et  écono- 
miste, il  était  surtout  hostile  aux  jésuites  qu'il  fit 
expulser  de  leurs  séminaires,  lesquels  furent  confiés 
aux  prêtres  séculiers.  Il  promulgua  de  nouveaux  sta- 
tuts synodaux  (1763),  se  pencha  sur  l'éducation  des 
futurs  clercs,  introduisit  la  liturgie  gallicane  grâce  à 
un  Bréviaire  et  un  Cérémonial  (1764).  LIrbaniste,  enfin, 
avant  la  lettre,  il  fit  construire  des  routes  qui  don- 
nèrent une  autre  physionomie  à  la  région. 

Le  13  mai  1704,  il  fut  transféré  à  Cambrai,  siège 
beaucoup  plus  important,  grâce  une  fois  de  plus  à  son 
frère,  alors  ministre  de  la  Guerre.  Préconisé  au  consis- 
toire du  9  juin.,  il  prit  possession  le  6  oct.  Après  être 
demeuré  quelques  jours  dans  son  diocèse,  il  retourna 
à  Paris,  laissant  à  son  suffragant  le  soin  de  l'adminis- 
trer. L'année  suivante,  il  revint  à  Cambrai  avec  son 
frère,  de  même  qu'en  1766.  Il  demeura  cette  fois 
quelques  mois,  visitant  les  abbayes  dont  il  voulait 
réformer  la  discipline.  En  même  temps,  il  se  fit  recon- 
naître comme  seigneur  de  Cambrai,  ce  qui  donna  lieu 
à  de  longs  débats  entre  le  magistrat  de  la  ville  et  le 
prélat,  qui  remporta  finalement  la  victoire.  Il  a  laissé 
un  bon  souvenir  dans  son  diocèse  parce  que,  dans  les 
assemblées  des  États  de  Cambrai  de  1768  à  1773, 
il  se  pencha  sur  la  misère  commune  et  réussit  à  faire 
réduire  les  contributions  imposées  à  la  province.  En 
1770,  son  frère  encourut  la  disgrâce  du  roi  et  fut  exilé 
dans  ses  terres;  l'influence  de  l'archevêque  diminua 
aussi.  Il  mourut  le  4  sept.  1774  à  Moulins,  en  revenant 
des  eaux  de  Vichy  où  il  soignait  une  affection  catar- 
rhale. 

Léopold-Charles  possédait  plusieurs  bénéfices  im- 
portants. Il  était  grand  prévôt  de  Remiremont,  abbé 
de  Jovilliers,  au  dioc.  de  Toul,  et  de  S.-Arnould,  au 
dioc.  de  Metz  (1757).  En  cette  dernière  qualité,  il  fut 
reçu  conseiller  d'honneur  ecclésiastique  au  parlement 
de  Metz,  avec  toute  la  solennité  accoutumée,  le 
26  août  1762.  Il  était  enfin  prieur  de  Rueil,  au  dioc. 
de  Meaux. 

Le  Glay,  •  Cameracuni  christianum  »,  ou  Hist.  eccl.  du  dioc. 
de  Cambrai,  1849,  p.  76.  —  H.  Fisquet,  La  France  pontift- 


759 


CHOISEUL 


-  CHONAE 


760 


cale,  dioc.  d'Évreux  et  de  Cambrai.  —  E.  Michel,  Biogr. 
du  parlement  de  Metz,  1853,  p.  94.  —  La  Chesnaye-Desbois, 
Dict.  de  la  noblesse,  v,  186.3,  col.  66.3.  —  Abbé  Destonibes, 
Hist.  de  l'Église  de  Cambrai,  1890-1891.  —  A.  .Jean,  Les 
évêques  et  archevêques  de  France  depuis  1682  jusqu'à  1801, 
1891.  —  L.  de  Lacger,  États  administratifs  des  anciens  dioc. 
d'Albi,  Castres  et  Lavaur,  suivis  d'une  bio-bibliogr.  des 
évêques  de  ces  trois  diocèses,  1921.  —  P.  Tiersonnier,  Acte 
d'inhumation  de  Mgr  de  Choiseul,  dans  Bull,  de  la  Soc. 
d'émul.  du  Bourbonnais,  1923,  p.  70-71.  —  Mém.  de  la 
Soc.  d'émul.  de  Cambrai,  1934,  p.  90,  portr. 

T.    DE  MOREMBERT. 

CHOISY-AU-BAC  (Abbaye  S.-Étienne).  An- 
ciennement Choisy-le-Roi,  Caiiciacensis  (dioc.  de  Sois- 
sons,  auj.  Beauvais;  cant.  et  arrond.  de  Compiègne, 
Oise).  Abbaye  de  bénédictins,  qui  existait  avant  695 
et  où  le  roi  Childebert  III  fut  enterré.  Devenue  assez 
rapidement  prieuré  de  S.-Médard  de  Soissons,  elle  fut, 
vers  1682,  donnée  aux  bénédictins  anglais. 

Cottineau,  777-78.  —  Gall.  christ.,  ix,  388,  1.  —  Rendu, 
Notice  histor.  et  archéol.  sur  Ch.-au-Bac,  près  Compiègne, 
Compiègne,  1856. 

R.  Van  Doren. 
CHOKIER   (Érasme   de),  jurisconsulte  belge 
(1569-1625).  Voir  D.  D.  Caii.,  m,  685. 

CHOKIER  (Jean  de),  controversiste  et  cano- 
niste  belge  (1571-1656).  Voir  D.  D.  Caii.,  ni,  685. 

CHOLET  (Jean),  cardinal.  Né  probablement 
vers  1220,  il  était  en  1267  chanoine  de  S. -Pierre  de 
Beauvais  et  servit  à  plusieurs  reprises  d'arbitre  entre 
diverses  personnalités  ou  établissements  religieux. 
Des  relations  d'amitié  s'étaient  nouées  entre  lui  et 
Simon  de  Brie,  venu  à  Beauvais  en  1275  pour  faire  la 
lumière  sur  des  conflits  de  juridiction  entre  l'évêque 
et  la  commune  et,  quand  Simon  fut  devenu  pape  sous 
le  nom  de  Martin  IV,  il  transmit  à  son  ami  le  titre  de 
cardinal  de  Ste-Cécile  et  presque  aussitôt  l'employa  à 
des  missions  diplomatiques  :  d'abord  comme  légat 
auprès  d'Édouard  III  d'Angleterre,  pour  tenter 
d'empêcher  la  lutte  entre  Charles  d'Anjou,  roi  des 
Deux-Siciles,  et  Pierre  d'Aragon,  puis  en  France,  avec 
la  mission  de  confirmer  le  royaume  d'Aragon  à  Charles 
de  Valois,  fils  de  Philippe  le  Hardi,  et  de  prêcher  la 
croisade  contre  Pierre  d'Aragon.  Arrivé  en  France  le 
17  août  1283,  il  offrit,  de  la  part  du  pape,  lors  d'un 
concile  tenu  à  Paris,  le  produit  de  la  dîme  sur  les  biens 
du  clergé  pour  quatre  années.  Il  aurait  dirigé  en 
France  les  préparatifs  de  la  guerre  franco-aragonaise, 
exhortant  les  combattants  à  n'épargner  personne, 
parce  qu'il  s'agissait  d'ennemis  de  l'Église.  On  l'a 
rendu  responsable  des  cruautés  commises,  ainsi  que 
du  saccage  et  des  massacres  d'Elne,  mais  il  n'est  nul- 
lement certain  qu'il  s'agisse  de  notre  personnage  :  un 
légat  accompagnait  l'armée,  mais  Henri  de  Sponde  dit 
que  ce  légat,  en  qui  on  a  vu  généralement  Jean  Cholet, 
était  Gervais  Giancolet  de  Clinchamp,  cardinal  des 
titres  des  SS.-Silvestre-et-Martin,  dit  le  cardinal  du 
Mans,  qui  avait  été  promu  en  même  temps  que  Cholet 
—  d'autant  que  Jean  Cholet  était  le  23  mai  1285  à 
S.-Germain-des-Prés. 

Le  6  janv.  1286,  il  assistait  au  sacre  de  Philippe  le 
Bel  et  conserva  sous  Nicolas  IV  la  confiance  qu'avait 
en  lui  son  prédécesseur.  C'est  à  son  influence  et  à  son 
habileté  qu'est  attribuée  la  conclusion  de  la  paix  de 
Lyon  (1287)  mettant  fin  aux  diOérends  entre  le  roi 
de  France  et  Sanche  IV  de  Castille.  On  le  voit  encore 
très  actif  pendant  cette  période,  intervenant  dans 
diverses  négociations  particulières.  Il  se  pourrait  qu'il 
eût  envisagé  dès  1283  la  fondation  du  collège  qui 
porta  son  nom;  en  tout  cas,  en  1289,  Philippe  le  Bel 
autorisait  l'université  de  Paris  à  acquérir  20  livres 
parisis  de  rente  pour  la  dotation  de  la  chapelle  fondée 


par  le  cardinal  Cholet.  Le  4  nov.  1288,  il  était  à  Vau- 
girard,  où  il  nommait  les  arbitres  pour  régler  un  diffé- 
rend entre  les  chanoines  de  Narbonne  et  Jacques,  roi 
de  Majorque.  En  1289,  il  se  retira  à  Montier-la-Celle, 
où  il  rédigea  un  testament  qui  montre  sa  fortune 
considérable  et  la  magnificence  de  ses  goûts.  Il  don- 
nait à  l'abbaye  de  S. -Lucien  2  400  livres  d'argent  et 
sa  bibliothèque.  On  ignore  le  lieu  et  la  date  exacte  de 
sa  mort,  survenue,  d'après  divers  auteurs,  entre  le 
4  avr.  1292  et  le  4  août  1293.  Ses  exécuteurs  testa- 
mentaires fondèrent  avec  les  biens  du  défunt  une 
maison  ou  collège,  en  faveur  des  étudiants  des  dio- 
cèses de  Beauvais  et  d'Amiens,  appelée  d'abord  mai- 
son des  pauvres  écoliers,  puis  collège  de  Cholet,  puis 
des  Cholets. 

Il  a  écrit  un  traité  de  casuistique,  qui  est  perdu;  la 
relation  qu'il  a  adressée  au  pape  Martin  IV  de  son 
action  à  Pai'is  en  1284  a  été  publiée  dans  les  Foedera 
de  Rymer. 

H.  L.  Fr.,  XX,  113-29.  —  E.  MuUer,  Le  card.  J.  Cholet, 
1883,  extr.  des  Mém.  de  la  Soc.  acad.  de  l'Oise.  —  Ch.-V. 
Langlois,  Le  règne  de  Philippe  le  Hardi,  1883.  —  L.  Leclère, 
Les  rapports  de  la  papauté  avec  la  France  sous  Philippe  III, 
1889.  —  G.  Digard,  Philippe  le  Bel  et  le  S.-Siége,  1936.  — 
Devic-Vaissete,  Hist.  de  Languedoc,  ix. 

M.  Prévost. 

CHOMA  (Xcopa),  évêché  de  la  province  de  Lycie, 
dépendant  de  Myre.  On  croit  généralement  que  cette 
petite  localité  a  laissé  son  nom  au  village  de  Hôma. 
On  lui  connaît  plusieurs  évêques.  Pionnius  prit  part 
au  Ile  concile  œcuménique  (381)  (Mansi,  m,  570  E). 
Eudoxe  était  à  celui  d'Éphèse  (431)  (ibid.,  iv,  1225  B, 
1376  B;  VI,  371  C).  Il  assista  également  au  concile 
de  Chalcédoine  (451)  (ibid.,  vu,  437  E)  et  souscrivit 
la  lettre  des  évêques  de  sa  province  à  l'empereur  Léon 
au  sujet  de  la  mort  de  Protérius  d'Alexandrie  {ibid., 
vu,  580  A).  Nicolas  fut  l'un  des  membres  du  concile 
de  879  qui  réhabilita  Photius  {ibid.,  xvn-xviii, 
377  A).  On  ignore  quand  disparut  l'évêché  de  Chôma; 
peut-être  fut-ce  seulement  lors  des  invasions  turques 
aux  xni^-xive  siècles. 

Le  titre  de  Chôma  a  été  conféré  au  moins  deux  fois 
dans  l'Église  romaine  :  Guizard,  1318,  évêque  à 
Constance.  —  Pierre  Sanctus,  O.  S.  A.,  4  mai  1403- 
1410. 

Riige,  dans  Pauly-Wissowa,  m,  2369,  n.  3.  —  Ann. 
pont.,  1916,  p.  389. 

R.  Janin. 

CHONAE  (Xcôvi),  évêché  de  Phrygie  Paca- 
tienne  I''",  puis  archevêché  indépendant  et  enfin 
métropole.  Chonae  a  remplacé  au  Moyeu  Age  l'an- 
cienne ville  de  Colosses,  dont  les  ruines  se  trouvent 
à  4  km.  de  là  et  dont  les  fidèles  reçurent  une  épître  de 
S.  Paul  (cf.  Colosses,  infra).  On  dit  communément 
que  le  nom  de  Chonae  fut  donné  assez  tard  par  les 
Byzantins.  Cependant  il  était  déjà  employé  avant  la 
fin  du  viii«  s.,  comme  en  témoigne  la  suscription  de 
l'évêque  Théodose  au  IP  concile  de  Nicée  (787) 
(Mansi,  xii,  998  C).  Justinien  fortifia  la  ville  au  vi«  s. 
Les  Turcs  seldjoukides  s'en  emparèrent  en  1071,  mais 
Alexis  Comnène  les  en  chassa  en  1090.  C'est  de  là 
qu'étaient  originaires  le  chroniqueur  Nicétas  Acomi- 
natos  Choniatès  et  son  frère,  Michel,  métropolite 
d'Athènes,  un  des  plus  ardents  défenseurs  de  l'ortho- 
doxie orientale  contre  les  latins  (xiie-xiii«  s.).  En 
1210,  les  Seljoukides  prirent  de  nouveau  la  ville  après 
avoir  battu  près  de  là  Théodore  I"  Lascaris;  ils  la 
rendirent  à  "Théodore  II  en  1258,  mais  elle  repassa 
bientôt  entre  leurs  mains  et  connut  dès  lors  une  déca- 
dence de  plus  en  plus  accentuée.  Ce  n'est  plus  aujour- 
d'hui que  le  village  de  Khonas,  habité  jusqu'en  1924 
par  des  Grecs  de  langue  turque.  Au  Moyen  Age 
Chonae  possédait  une  grande  et  belle  église  dédiée 


761 


CHONAE  —  CHORIN 


762 


à  l'archange  S.  Michel  et  qui  passait  pour  être  le 
théâtre  de  nombreux  miracles. 

Chonae  apparaît  pour  la  première  fois  dans  les 
listes  épiscopales,  au  début  du  x«  s.,  comme  32^  arche- 
vêché indépendant  (liste  dite  de  Léon  le  Sage)  (H.  Gel- 
zer,  Ungedruckte  und  ungenûgend  verofjentlichte  Texte 
der  Notitiae  episcopalmim,  dans  Abh.  der  kônigl.  bayer. 
Akad.  der  Wiss.,  cl.,  t.  xxi,  sect.  III,  Munich, 
1900,  p.  551).  Elle  est  le  51^  dans  les  Néa  Tadica 
(x"  s.)  (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii  Descriptio  orbis 
Romani,  Berlin,  1890,  p.  59)  et  dans  la  liste  de  Jean 
Tzimiscès  (969-976)  (H.  Gelzer,  loc.  cit.,  570),  la 
65«  métropole  sous  Andronic  II,  après  avoir  occupé 
le  53«  rang  (ibid.,  599),  la  52«  sous  Andronic  III  (ibid., 
608).  Elle  ne  figure  pas  dans  la  liste  de  la  fin  du  xv«  s., 
pour  la  raison  qu'elle  avait  alors  disparu.  En  efïet, 
en  nov.  1370,  l'Église  de  Chonae  fut  unie  à  celle  de 
Cottyaeum  en  faveur  de  Niphon,  métropolite  de  cette 
dernière  (Miklosich  et  Millier,  Acia  et  diplomata 
Graeca  Medii  Aevi,  i,  539).  En  août  1384,  elle  fut 
confiée  au  métropolite  de  Laodicée,  exarque  de  la 
Phrygie  Cappatienne  (Pacatienne)  {ibid.,  ii,  88);  le 
métropolite  de  Laodicée  en  prit  effectivement  posses- 
sion en  nov.  1394  {ibid.,  ii,  210). 

On  ne  connaît  que  deux  titulaires  grecs  de  Chonae  : 
Théodose  assista  au  II«  concile  de  Nicée  et  en  sous- 
crivit les  actes  (Mansi,  xii,  998  C,  1106  D);  il  est  dit 
aussi  Dosithée,  sans  doute  par  erreur  {ibid.,  xiii, 
393  D).  —  Samuel  fut  à  celui  de  879  qui  réhabilita 
Photius  {ibid.,  xvn-xviii,  373  C).  Il  est  dit  XcbvTis, 
qui  est  sans  doute  l'équivalent  de  Xcbvcov. 

Le  titre  de  Chonae  a  été  donné  au  moins  une  fois 
dans  l'Église  romaine  :  Édouard  Uuarte  e  Silva, 
14  mars  1923-17  oct.  1924.  Il  ne  sera  plus  conféré, 
comme  faisant  double  emploi  avec  celui  de  Colosses. 

Outre  les  ouvrages  de  Mansi,  H.  Gelzer,  Miklosich  et 
Millier,  déjà  cités  dans  le  cours  de  l'article,  voir  T.  E.  Evan- 
ghélidès,  Xûvai,  dans  MeyàAri  éAAr|VlK^)  ÊyKUKAoïraiSEia, 
XXIV,  788. 

R.  Janin. 

CHONOCHORA  (Xovôxopa),  évêché  de  la  Phé- 
nicie  Il«  ou  Libanaise.  Cette  localité  a  été  identifiée 
avec  le  village  de  Qara,  qui  n'est  probablement  que  la 
déformation  de  la  seconde  partie  du  nom.  Le  Quien 
a  voulu  voir  dans  Chonochora  une  déformation  de 
Corne  Harran  (KcbiJir|  Xappàv),  mais  cette  hypothèse  n'a 
pas  été  retenue.  On  ne  connaît  qu'un  seul  évêque  de 
Chonochora,  Dadas,  qui  souscrivit  en  458  la  lettre 
des  évêques  de  sa  province  à  l'empereur  Léon,  au 
sujet  du  meurtre  de  Protérius  d'Alexandrie  (Mansi, 
VII,  559  A).  Le  titre  de  Chonochora  ne  semble  pas 
avoir  été  conféré  dans  l'Église  romaine. 

Le  Quien,  ii,  847-50. 

R.  Janin. 

CHOPPIN  (René),  juriste  français  (1537-1606). 
Voir  D.  D.  Can.  m,  685-86. 

CHOQUET  (François-Hyacinthe),  domini- 
cain, théologien  et  hagiographe  français  (c.  1580- 
1646).  Voir  D.  T.  C,  u,  2394. 

CHORE,  Chorus  S.  Benedicti,  Monaster-Ore, 
ancienne  abbaye  cistercienne  d'Irlande,  dans  un  site 
agréable  de  la  baronnie  d'Imokilly,  comté  de  Cork  et 
dioc.  de  Cloyne.  Elle  aurait  été  fondée  par  les  Fitz- 
gerald ou  la  famille  Barry.  Les  moines  lui  vinrent,  en 
1180,  de  l'abbaye  de  Nenagh,  nommée  aussi  Magium, 
qui  elle-même  était  fille  de  Mellifont,  créée  en  1142, 
par  S.  Malachie,  aidé  de  S.  Bernard.  Ce  dernier,  dans 
la  Vie  de  sou  saint  ami,  l'archevêque  d'Armagh,  a 
tracé  un  tableau  assez  triste  des  mœurs  du  pays  à 
cette  époque.  Malheureusement,  ces  misères  revinrent 
à  la  surface,  semble-t-il,  dans  les  monastères,  après 


quelques  décades,  qui  avaient  vu  cependant  le  succès 
de  nombreuses  fondations.  La  crise  des  monastères 
cisterciens  d'Irlande,  dont  les  statuts  capitulaires 
ne  nous  donnent  qu'un  écho  affaibli  et  voilé  (1228), 
est  maintenant  bien  connue  depuis  la  publication  des 
Acta  cistercensia  par  Cognasso.  Le  sauvetage,  car 
c'en  fut  un,  est  dû  au  dévouement  de  l'abbé  anglais 
Étienne  de  Lexington,  appelé  dans  la  suite  (1242)  au 
siège  de  Clairvaux.  Réformateur  mandaté  par  le 
chapitre  général,  escorté  de  deux  collègues  et  de 
quelques  moines,  Étienne  écrivait  au  moment  de 
visiter  Mellifont  :  Pro  legibus  paternis  et  purgatione 
peccatorum  morlem  subire  parati.  La  situation  prit 
une  tournure  plus  consolante.  De  temps  à  autre,  un 
rappel  au  devoir  partait  du  chapitre  de  Cîteaux,  tel 
en  1278  le  décret  de  déposition  de  l'abbé  de  Chore, 
qui  faisait  peu  de  cas  de  son  obligation  d'être  pré- 
sent au  chapitre  général.  Mais,  en  somme,  la  vie 
régulière  put  se  maintenir  dans  les  monastères  cis- 
terciens d'Irlande  jusqu'à  la  grande  sécularisation 
(1535-1538).  Il  restait  alors  21  maisons  cisterciennes 
sur  37  qu'on  avait  eues  jadis.  Archdall  cite  deux 
noms  d'abbés  de  Chore  :  Donald  et  Robert  (1309). 

M.  Arclidall,  Monasticiim  Hibernicum,  Londres,  1786, 
p.  75.  —  F.  Cognasso,  AcIa  cisterc.  1226-1232,  dans  Rom. 
Quartalschr.,  Rome,  1912.  -  -  A.  Colenran,  The  suppression 
oj  Ihe  monasteries  in  Ireland  by  Henry  VIII,  Londres,  1900. 
—  Cottineau,  1877.  —  D'Arbois  de  .Jubainville,  Cliarles 
données  en  Irlande  en  faveur  de  l'ordre  de  Citeaux,  dans  Rev. 
celtique,  1886.  —  .Janauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  p. 
178.  —  Manri([iie,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642,  ann.  1180,  vi, 
9,  10.  —  P.  Power,  Cisterc  abbeys  of  Munster,  dans  Journal 
oj  the  Cork  hist.  and  archeol.  Soc,  xxxiv,  1929,  p.  22.  — 
Statuta  cap.  yen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  i-viii,  1933- 
1941,  passim.  —  The  Cisterc.  order  in  Ireland,  dans  Archeol. 
Journal,  xxxvmi,  1931,  i,  History,  par  A. -H.  Thompson, 
p.  1;  II,  Architecture,  par  A.-W.  Clapham  et  H. -G.  Leask, 
p.  20.  —  N.  White,  Extents  of  Irish  monastic  possessions 
1540-1541,  jrom  mss.  in  the  public  Record  Office,  Londres, 
1943. 

J.-M.  Canivez. 
CHORÉVÊQUES.  Voir  D.  D.  Can.,  m,  686- 
694;  D.  A.  C.  L.,  ni,  1423-52. 

CHORIN,  Cliorinum,  Cliorniense  monasterium, 
Coryn,  au  début  :  Stagnant  S.  Mariae,  Mariensee. 
Ancienne  abbaye  cistercienne  au  dioc.  de  Brande- 
bourg, distante  de  deux  heures  de  la  ville  de  Neustadt. 
Les  statuts  capitulaires  de  Cîteaux  sont  précis  sur 
la  date  de  fondation,  que  Janauschek  estimait  dif- 
ficile à  fixer.  La  demande  est  portée  au  chapitre  géné- 
ral de  1255  (n.  17)  et  l'on  délègue  à  deux  abbés  la 
charge  d'aller  s'informer  sur  place  des  lieux  et  condi- 
tions :  Inspectio  loci,  in  quo  volant  aedificare  abbatiam 
monachorum  nobiles  viri  marchiones  Brandeburgenses, 
de  Coena  et  de  Dobraluca  abbatibiis  committitur.  En 
1266,  l'abbé  de  Chorin,  qui  est  venu  assister  au  cha- 
pitre général,  sollicite  de  lui  l'autorisation  de  trans- 
férer son  abbaye  :  Abbas  Stagni  Sanctae  Mariae... 
(1266,  n.  43).  En  1274,  il  obtenait  successivement  de 
Grégoire  X,  puis  du  concile,  deux  bulles  de  protection 
(Potthast,  Reg.,  n.  20790,  20844).  Les  nobles  fonda- 
teurs se  montrèrent  généreux  et  leur  œuvre  prospéra. 
On  sait  par  ailleurs  que  les  moines  firent  le  bien 
autour  d'eux,  notamment  à  l'égard  des  pauvres  et 
des  malades  qu'ils  soignaient  dans  leurs  hôpitaux  de 
Bardsin  (ou  Paarstein)  et  Griffenberg.  Mais,  avant 
qu'un  siècle  ne  se  soit  écoulé  depuis  la  création  de 
l'abbaye,  celle-ci  eut  à  subir  les  contre-coups  des  luttes 
politiques.  D'autre  part,  l'abbé  Tobie  devint  conseiller 
à  In  cour  en  1454,  et  l'honneur  passa  à  ses  successeurs. 

Au  début  du  xvi«  s.,  les  abbés  des  monastères  cis- 
terciens du  Brandebourg  auraient  désiré  seconder  les 
vues  du  marquis  pour  la  fondation  d'un  collège  monas- 
tique à  Francfort,  sur  le  modèle  de  S. -Bernard  de 


763 


CHORIN  — 


CHOU M NOS 


76/. 


Paris.  Déjà  le  projet  avait  reçu  un  commencement 
d'exécution,  mais  se  heurtait  à  l'opposition  des  abbés 
de  Misnie  et  de  Thuringe.  Ceux-ci  estimaient  que  la 
nouvelle  fondation  serait  la  ruine  de  l'ancien  collège 
de  Leipzig.  La  question  était  bien  délicate,  car  cer- 
tains avaient  trouvé  de  puissants  protecteurs  et  dona- 
teurs dans  la  personne  des  marquis  de  Brandebourg. 
Au  nom  du  chapitre  général,  l'abbé  de  Cîteaux, 
.Jacques  de  Theuley,  dut  exposer  au  prince  électeur 
Joachim  et  au  marquis  Albert  la  vraie  situation.  Les 
défenses  du  chapitre  et  ses  sanctions  furent  inefïicaces, 
car,  par  l'intermédiaire  du  puissant  marquis,  les  abbés 
brandebourgeois  obtinrent  un  induit  apostolique. 
L'affaire  traînait  encore  en  1515.  A  cette  date,  on  est 
à  la  veille  du  protestantisme  et  de  la  sécularisation 
des  abbayes.  Chorin  reçut  ce  coup  fatal  vers  1542. 
L'église  est  encore  debout  avec  son  caractère  spécial, 
souvent  objet  d'études  archéologiques  (cf.  M.  Aubert, 
L'archil.  cisterc.  en  France,  Paris,  1943,  i,  248;  ii,  208). 

Série  des  abbés  (d'après  Germania  sacra).  —  1.  S., 
1260.  —  2.  Bernard,  1267.  —  3.  Henri,  1273.  —  4.  Ro- 
dolphe, 1282.  —  5.  Bruno,  1299.  —  6.  Jean,  1304.  — 
7.  Heidenreich,  1319.  —  8.  Heyso,  1320.  —  9.  Jean 
von  Nemyk,  1334.  —  10.  Henri,  1350,  1352.  —  11. 
Jacques,  1378.  —  12.  Godefroid  von  Greifïenberg, 
1389,  1393.  —  13.  Herman,  1416,  1424.  —  14.  Simon, 
1431.  —  15.  Tobie,  1441.  —  16.  Clément,  1465.  — 
17.  Zacharie,  1469.  —  18.  Christian,  1472.  —  19.  Pierre 
Mûnsterberg,  1482,  1499.  —  20.  Jean  Modde,  1503.  — 
21.  Pierre,  1507,  1522.  —  22.  Brice,  prieur  en  1526, 
abbé  en  1530. 

Les  pages  concernant  Chorin  parues  dans  Germania 
sacra,  Das  Bislum  Brandenburg,  i,  Berlin,  1929,  p.  302-323, 
contiennent  les  meilleures  références.  —  Ajoutons  seulement 
la  publication  parue  depuis  :  Staluia  cap.  gen.  ord.  cisterc, 
éd.  Louvain,  i-viii,  1933-1941,  passim. 

J.-M.  Canivez. 

CHORTAÏTON,  S.  M.  de  Chortaeio,  de  Cortaco, 
Kourtiach,  Curiacum,  etc.,  ancienne  abbaye  cister- 
cienne à  deux  milles  de  Thessalonique,  en  Macédoine, 
ainsi  nommée  du  mont  voisin,  Chortaeto.  Des  moines 
grecs  occupaient  cet  emplacement  avant  l'époque  des 
croisades,  mais  Boniface  III,  marquis  de  Montf errât 
et  prince  de  Thessalie  en  1204,  trouvant  le  monastère 
désert,  le  transmit  à  Pierre,  abbé  cistercien  de  Loce- 
dio,  en  Italie.  Le  moine  Roger  et  quelques  frères 
vinrent  donc  occuper  Chortaïton;  une  lettre  d'Inno- 
cent III  (1212)  l'atteste.  On  sait  par  cette  même  lettre 
qu'Henri,  empereur  de  Constantinople,  avait  d'abord 
fait  évacuer  le  monastère  par  les  cisterciens  nouvel- 
lement arrivés,  mais  que  Guillaume  VI,  fils  et  succes- 
seur de  Boniface  III,  rétablit  les  choses  dans  l'état 
où  l'avait  voulu  son  père.  Locedio,  alors,  renforça  la 
communauté  par  l'envoi  d'un  nouveau  contingent  de 
personnel,  avec  l'abbé  Geoffroy  à  leur  tête.  En  1228, 
Honorius  III  constituait  cet  abbé  juge  d'une  cause 
à  régler  entre  les  frères  du  Sépulcre  de  Thessalonique 
et  le  chapitre  de  l'église  de  S.-Déméter.  Puis  le  silence 
se  fait  sur  notre  abbaye.  Combien  de  temps  vécut-elle 
encore?  Même  cette  donnée  élémentaire  échappe  aux 
historiens. 

L.  Auvray,  Les  Registres  de  Grégoire  IX,  n.  1618,  1619. 
—  Cottineau,  779.  —  Janauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne, 
1877,  p.  218.  —  Manrique,  Ann.  cisterc,  Lyon,  1642, 
ann.  1204,  ix,  1;  1212,  x,  6,  7;  1214,  iv,  8,  9,  12;  vin,  11, 
12;  1218,  IX,  13.  —  Potthast,  Reg.,  4879,  5825. 

J.-M.  Canivez. 

CHORTAKIS  (MÉLÉTios),  théologien  grec 
(xviiie  s.).  Voir  D.  T.  C,  n,  2394-95. 

CHOTEP,  Chatb,  Chotb,  Hypsele,  Hijpselis,  Scha- 
tap,  Sciolb,  Shoiep,  Shulb,  Sotp,  Sûtb,  ville  de  la 
Haute-Égypte,  située  non  loin  d'Assiout  (D.  H.  G.  E., 


IV,  1120  sq.),  au  sud-est  de  cette  dernière,  et  siège 
d'un  évêché.  Suivant  Abu  Sàlih,  le  nom  de  §ôtp  signi- 
fie l'Aimé,  mais  il  y  a  là  confusion  entre  sôtp  et  Sôtp. 
Évêques.  —  Arsène,  347  (cf.  D.  H.  G.  E. ,  iv,  753  sq.). 

—  Rufus  (D.  A.  C.  L.,  IX,  1610,  cite  quelques  frag- 
ments de  ses  œuvres;  d'autres  se  trouvent  dans  le  ms. 
British  Muséum,  Or.  3581  ^,  15  et  16).  —  Étienne, 
750.  —  Abraham,  1086.  —  Jean.  1299,  1305.  —  Atha- 
nase,  1320  (donné  comme  Basile  dans  un  autre  ms.), 
1330.  —  Jean,  1369. 

Le  Quien,  ii,  599  sq.  —  G.  Zoëga,  Catalogus  codicum  cop- 
ticorum,  Rome,  1810,  p.  616-18. —  É.  Quatremère,  Mémoires 
géogr.  et  hist.  sur  l'Èggpte,  i,  Paris,  1811,  p.  499  sq.  — 
Gams,  461.  —  Pauly-Wissowa,  ix-1,  425  sq.  —  E.  Améli- 
neau,  La  yéogr.  de  l'Êgypte  à  l'époque  copte,  Paris,  1893, 
p.  423  sq.  —  B.  T.  A.  Evetts-A.  ,1.  Butler,  Ctiurches  and 
monasteries  oj  Egypt,  Oxford,  1895,  p.  245  sq.  —  J.  Maspero- 
G.  Wiet,  Matériaux  pour  .lervir  à  la  géogr.  de  l'Êgypte,  dans 
Mém.  de  l'Insl.  franç.  d'archéol.  orient,  du  Caire,  xxxvi. 
Le  Caire,  1914,  p.  113.  —  L.  Villecourt,  Un  ms.  arabe  sur  le 
saint  chrême  dans  l'Église  copte,  clans  Reu.  d'hist.  eccl., 
XVII,  Louvain,  1921,  p.  506.  —  A.  Van  Lantschoot,  Rec. 
des  colophons  des  mss.  chrét.  d'Ëgypte,  i,  fasc.  2,  Louvain, 
1929,  p.  48;  Le  ms.  Vatican  copte  44  et  le  Livre  du  chrême, 
dans  Le  Muséon,  XLV,  Louvain,  1932,  p.  215,  230.  — ■ 
Index  sedium  titularium  archiepiscop.  et  episcop.,  Rome, 
1933,  p.  34.  —  M.  Simaika  Pasha,  Catal.  oj  the  Coptic  and 
Arabie  manuscripts  in  the  Coptic  Muséum,  ii-l.  Le  Caire, 
1942,  p.  330.  —  H.  Munier,  Rec.  des  listes  épiscopales  de 
l'Église  copte.  Le  Caire,  1943,  p.  ix,  10,  29,  36,  39  sq.,  50,  56, 
61,  64.  —  J.  Muyser,  Contribution  à  l'étude  des  listes  épis- 
copales de  l'Église  copte,  dans  Bull,  de  la  Soc.  d'archéol. 
copte,  X,  Le  Caire,  1944,  p.  130,  148,  158  sq. 

A.  Van  Lantschoot. 

CHOTESOV  (SS.-Wenceslas-et-Madeleine), 
Chotessovicense,  en  ail.  Chotieschau,  près  de  Stribro, 
dioc.  de  Prague  (Tchécoslovaquie),  monastère  de  nor- 
bertines,  circarie  de  Bohême.  Fondé  entre  1196  et 
1202  par  le  Bx  Hroznata,  fondateur  de  l'abbaye  de 
Tepl.  Sa  sœur,  la  Bse  Voyslava,  y  entra.  Les  pre- 
mières sœurs  venaient  de  Doksany.  Le  monastère 
fut  placé  sous  la  paternité  de  Tepl,  d'où  venaient  ses 
prévôts  (depuis  1403,  mitrés),  ses  abbés  (depuis  1738) 
et  les  curés  des  sept  paroisses  qui  en  dépendaient.  — 
La  riche  prévôté  connut  sa  plus  grande  splendeur 
sous  le  prévôt  Sulko  (f  1412).  Celui-ci  livra,  à  la  tête 
des  troupes  du  roi  Wenceslas,  des  batailles  contre  les 
envahisseurs  du  royaume.  Peu  après,  le  hussitisme, 
puis  le  protestantisme  causèrent  sa  décadence.  Après 
la  guerre  de  Trente  ans,  le  monastère  connut  cepen- 
dant une  nouvelle  période  de  prospérité,  jusqu'à  sa 
suppression  sous  Joseph  II,  en  1782.  L'église  a  été 
démolie  en  1830.  Le  superbe  bâtiment  claustral,  cons- 
truit en  1734-1750,  devint  propriété  du  prince  de  Tour 
et  Taxis  en  1822.  En  1878,  il  fut  confié  aux  moniales 
de  la  Visitation. 

Archives  :  Prague,  Bibl.  d'État;  arch.  de  l'abbaye  de 
Tepl;  arch.  des  Princes  de  Tour  et  Taxis,  à  Ratisbonne. 

—  Hugo,  Ann.,  i,  553;  preuves,  461-68.  —  Van  Waefclghem, 
59,  374.  —  Lienhardt,  Ephem.  hagiol.  ord.  Praem.,  .\ugs- 
bourg,  1771,  p.  133,  203,  229.  —  R.  Koepl,  Das  Prdmon- 
stratenserchorfrauenstift  Chotieschau,  Prague,  1840.  —  Anal. 
Praem.,  m,  273-76;  viii,  43-49,  91-93,  329-37;  xi,  220-23 
XII,  46,  71-76,  131-43;  xrv,  239-42.  —  Le  nécrologe  a  ét 
publié  par  B.  Grassl,  dans  les  Anal.  Praem.,  vu,  1931 
p.  1-37. 

N.  Backmiino. 
CHOTZA,  Chusiuni.  Voir  Hus. 

1 .  CHOUMNOS  (Michel),  métropolite  de  Thes 
salonique  et  canoniste  (première  moitié  du  xii«  s.) 
D'après  Démétrius  Chomatianos  (éd.  J.-B.  Pitr 
Analecla  sacra  et  classica  spicilegio  solesmensi  parât 
VI,  Juris  eccles.  Graecorum  selecta  paralipomena,  Pari: 
Rome,  1891,  p.  38),  il  aurait  d'abord  été  nomophyl 
et  chartophylax  de  Ste-Sophie.  Cette  informatio 


765 


CHOU 


M  NOS 


766 


confirmée  d'autre  part,  permet  de  lui  assigner  une 
date  à  coup  sûr.  Michel  Choumnos,  chartophylax 
(pour  sa  qualité  de  nomophylax,  voir  P.  G.,  cxix, 
1297-98,  dans  le  titre),  signe  en  effet,  en  juill.  1121, 
sous  le  patriarcat  de  Jean  (Agapétos),  une  déclara- 
tion de  copie  conforme  afférente  à  un  acte  antérieur 
(cf.  V.  Benesevic,  Catal.  cod.  manuscript.  Graecorum 
qui  in  monasterio  Stae  Catharinae  in  monte  Sina  asser- 
mniur,  i,  S.-Pétersbourg,  1911,  p.  271).  Sa  promotion 
au  siège  de  Thessalonique  dut  suivre  de  très  peu,  si 
du  moins  le  traité  sur  le  jeûne  (v.  infra),  daté  de  janv. 
1122,  est,  comme  ce  semble,  l'œuvre  du  métropolite 
et  non  du  chartophylax.  Ces  données  concordent  au 
reste  parfaitement  avec  la  place  qui  lui  est  faite  dans 
la  liste  du  synodicon  de  Thessalonique  (cf.  V.  Laurent, 
La  liste  épiscopale  du  synodicon  de  Thessalonique,  dans 
/?cAos  d'Orient,  xxxii,  1933,  p.  301,  n.  36).  Mais  son 
épiscopat  fut  de  courte  durée,  le  métropolite  Nicétas, 
dûment  signalé  en  1133,  ayant  eu  un  prédécesseur 
immédiat.  Manuel.  La  signature  de  Michel  Choumnos, 
chartophylax,  que  l'on  trouve  au  bas  d'un  acte  d'août 
1049  (cf.  Miltlosich  et  Muller,  Acta  et  diplomata  Graeca 
Medii  Aevi,  iv.  Vienne,  1871,  p.  317),  fut  donc  apposée 
après  coup  pour  garantir  l'authenticité  d'une  copie 
de  la  pièce. 

De  son  activité  littéraire,  il  ne  reste  que  des  men- 
tions et  quelques  fragments.  On  signale  :  1.  une  pièce 
liturgique,  l'office  des  trois  frères  martyrs  de  Kalyta, 
près  Antioche  de  Pisidie  (B.  H.  G.,  63),  détruite,  en 
1183,  lors  de  la  prise  de  la  ville  par  les  Siciliens  (cf. 
Th.  Tafel,  Eustathii  metropolitae  Thessalonicensis 
opuscula,  Francfort,  1832,  p.  36,  dans  le  titre)  ;  — 
2.  des  traités  canoniques  :  un  petit  traité  sur  les 
degrés  de  parenté  {P.  G.,  cxix,  1297-1300);  —  b) 
une  décision  synodale  sur  le  jeûne  du  vendredi  et  du 
mercredi  (Studi  bizanlini  e  neoellenici,  u,  Rome,  1927, 
p.  184,  185);  ~  c)  des  solutions  ou  réponses  à  des 
questions  posées  par  le  moine  Néophyte  (inédit  dans 
le  cod.  Berol.  Phillipps  1477,  fol.  299  vo-301  V  et  le 
cod.  Vatic.  Gr.  827,  fol.  241  r"  et  V),  traitant  particu- 
lièrement, sinon  exclusivement,  du  jeûne  (voir  à  ce 
sujet  Studi  biz.  e  neoelL,  loc.  cit.,  p.  184,  n.  57)  et 
datées  de  janv.  1122;  —  d)  une  décision,  dont  la 
conclusion  seule  est  conservée  par  Balsamon  (P.  G., 
cxix,  1232  D  et  1240  B),  permettant,  contre  le  senti- 
ment des  autres  canonistes,  le  mariage  dans  un  cas 
de  sixième  degré  d'affinité;  —  e)  une  scholie  rapportée 
par  Balsamon  (cf.  P.  G.,  civ,  1193,  1194)  sur  un  texte 
perdu  des  Basiliques,  ayant  trait  aux  engagements 
pris  par  écrit  en  vue  du  mariage.  L'attribution  de  ce 
fragment,  qui  laisse  soupçonner  une  œuvre  plus 
étendue,  n'est  que  probable,  le  Choumnos  en  question 
n'étant  pas  autrement  désigné.  A  noter  que  certaines 
de  ces  petites  pièces  semblent  avoir  été  rédigées  par 
Michel  encore  chartophylax,  puis  reprises  par  le 
métropolite  qui  en  aura  fait  application  dans  son  épar- 
chie.  Après  Balsamon,  Blastarès  en  appelle  aussi  à  son 
autorité  (P.  G.,  cxliv,  1122  et  1128  D). 

Le  Quien,  i,  50.  —  J.-A.-B.  Mortreuil,  Hist.  du  droit 
byzantin  et  du  droit  romain  dans  l'Empire  d'Orient,  m, 
Paris,  1846,  p.  492.  —  K.  Krumbacher,  Gesch.  der  byz. 
Lit.,  2'  éd.,  1897,  p.  482.  —  L.  Petit,  Les  évéqties  de  Thessa- 
lonique, dans  Éclios  d'Orient,  v,  1901,  p.  2".  —  A.  Hermann, 
Textus  selecti  ex  operibus  commentatorum  byzantinorum  iuris 
ecclesiaslici,  dans  i>.  Congr.  per  la  Cliiesa  orientale.  Codifl- 
ca2ione  canonicu  orientale,  Fonti,  sér.  II,  fasc.  v,  Rome, 
1939,  p.  18. 

V.  Laurent. 
2.  CHOUMNOS  (NicÉi'HOKE),  homme  d'État 
et  humaniste,  né  vers  1250,  t  à  Constantinople,  le 
18  janv.  1327;  le  représentant  le  plus  illustre  d'une 
famille  qui,  depuis  le  xi«  s.,  ne  cessa  de  donner  à 
l'empire  byzantin  des  fonctionnaires  de  premier  rang, 
généraux,  évêques  et  ministres  (à  signaler  un  premier 


Nicéphore  Choumnos,  recenseur  dans  le  thème  des 
Thracésiens  au  temps  de  l'empire  de  Nicée,  mort  avant 
1234;  cf.  Miklosich  et  MûUer,  Acta  et  diplomata  Graeca 
Medii  Aevi,  iv.  Vienne,  1871,  p.  148,  149).  On  a  voulu, 
sur  une  fausse  interprétation,  le  faire  naître  à  Philip- 
popoli  de  Thrace  (cf.  P.  G.,  cxl,  1401-02).  Il  est  seu- 
lement certain  que  sa  famille  avait  des  attaches  avec 
la  ville  de  Thessalonique,  dans  la  région  de  laquelle 
Nicéphore  avait  des  propriétés  et  où  il  vécut  (cf. 
J.-Fr.  Boissonade,  Anecdota  Graeca  nova,  Paris,  1844, 
p.  29).  On  peut  admettre  qu'il  y  soit  né.  Venu,  jeune 
encore,  à  Byzance,  il  y  fut  l'élève  du  futur  patriarche 
Georges-Grégoire  de  Chypre  et  s'y  lia  d'amitié  avec 
tous  ceux  qui  devaient  être,  dans  la  vie  publique,  ses 
émules  ou  ses  concurrents,  surtout  avec  Théodore 
le  Métochite,  plus  jeune  que  lui  d'une  dizaine  d'an- 
nées et  futur  chancelier  ou  grand  logothète.  A  sa 
sortie  de  l'école,  ses  dons  d'écrivain,  plus  clair  et  plus 
précis  qu'on  ne  se  permettait  de  l'être  à  l'époque,  le 
firent  désigner  pour  le  service  de  la  chancellerie  impé- 
riale, dont  il  gravit  tous  les  échelons.  Questeur  (sur  la 
fonction,  voir  Fr.  Dôlger,  Der  Kodikellos  des  Chris- 
lodulos  in  Palermo,  dans  Archiv  fiir  Urkundenfor- 
schung,  xi,  1929,  p.  54-56)  sous  Michel  VIII  Paléologue 
dès  avant  1282  (cf.  'EKKÂriaiacTTiKÔs  Oâpos,  i,  Alexan- 
drie, 1908,  p.  89,  437;  ii,  1909,  p.  203),  il  l'était  encore 
en  1288,  quand  il  se  vit  donner  par  Andronic  II  la 
délicate  mission  de  ramener  le  patriarche,  son  ancien 
maître,  à  plus  de  raison  (cf.  G.  Pachymère,  De  Andro- 
nico  Palaeologo,  ii,  7;  éd.  de  Bonn,  ii,  126).  La  faveur 
du  premier  ministre,  Théodore  Muzalon,  lui  fit  don- 
ner (1293-94)  la  charge  immédiatement  supérieure 
de  mystique  (sur  cette  charge,  voir  Fr.  Dolger,  loc. 
cit.,  p.  56).  La  maladie  ayant  réduit  à  l'impuissance  le 
grand  logothète,  c'est  à  lui  qu'échut,  en  collaboration 
avec  Jean  Glykys  qui  devait  abandonner  le  poste 
pour  devenir  patriarche,  la  direction  générale  des 
affaires  (cf.  G.  Pachymère,  op.  cit.,  ii,  20;  éd.  de  Bonn, 
II,  164).  L'une  de  ses  premières  missions  fut  de  négo- 
cier la  nomination  du  moine  Cosmas  (Jean  XII)  au 
trône  patriarcal  (ibid.,  ii,  27;  éd.  de  Bonn,  ii,  183, 
184).  A  la  mort  de  Muzalon,  en  mars  1295  (cf.  Échos 
d'Orient,  xxv,  1926,  p.  318,  319),  l'empereur  fît  de 
Choumnos,  au  dire  de  Pachymère  (op.  cit.,  ii,  32;  éd. 
de  Bonn,  ii,  193),  son  unique  ministre  et  le  promut 
peu  après  à  la  charge  de  préposé  à  l'écritoire  (èirl  toO 
kovikAsIou;  cf.  Fr.  Dôlger,  loc.  cit.,  p.  44-54).  Cette 
dernière  charge,  dont  Nicéphore  restera  titulaire  jus- 
qu'à sa  mort,  ne  le  qualifiait  pas  pour  conduire  l'État; 
c'était  ce  que  de  nos  jours  on  appelle  un  ministère 
technique.  Aussi,  quels  qu'aient  été  son  rôle  et  son 
influence,  Choumnos,  comme  ses  pairs  titrés  d'un 
terme  extraprotocolaire,  lasCTàjcov,  ne  fut,  aux  côtés 
ou  au-dessus  du  vrai  responsable,  le  grand  logothète, 
qu'un  chancelier  surnuméraire.  Mais  il  entendit  l'être 
et  le  resta  en  dépit  d'éclipsés  passagères.  Le  grand 
logothète  Constantin  Acropolite,  successeur  de  "Théo- 
dore Muzalon,  ne  semble  pas  en  avoir  pris  ombrage. 
Nicéphore  sut  d'ailleurs  si  bien  s'imposer  que  l'empe- 
reur donna,  en  1303,  son  fils,  le  despote  Jean  (cf. 
A.  Papadopoulos,  Versuch  einer  Généalogie  der  Palaio- 
logen,  Munich,  1938,  p.  38-39),  en  mariage  à  sa  fille 
Irène.  La  charge  de  gouverneur  de  Thessalonique, 
que  nous  lui  voyons  assumer  vers  1310  ou  peu  avant 
(cf.  V.  Mosin  et  A.  Sovre,  Suppl.  ad  acta  Graeca  Chi- 
landarii,  Ljubljana,  1948,  p.  17),  pourrait  sembler  une 
disgrâce.  U  est  préférable  de  voir,  dans  cette  mission 
d'ailleurs  passagère,  une  initiative  de  l'habile  ministre, 
soucieux  de  récupérer  ses  propriétés  dont  l'avait  pré- 
cédemment frustré  un  gouverneur  peu  scrupuleux.  11 
est  toutefois  possible  que  cette  absence  ait  diminué  son 
prestige  à  la  cour  où  l'influence  d'un  autre  favori,  lui- 
même  bientôt  allié  à  la  famille  impériale  (cf.  A.  Papa- 


767 


CHOUMNOS  —  CHOWTSUN 


768 


dopoulos,  op.  Ci/.,  p.  24),  recoupait  la  sienne.  Théodore 
le  Métochite,  le  propre  fils  de  Georges  le  Métochite, 
alors  en  prison  depuis  trente  ans  pour  son  attachement 
à  la  foi  catholique,  fut  associé,  en  effet,  vers  1313-14, 
à  Constantin  Acropolite,  disgracié  dans  la  charge  de 
grand  logothète.  Choumnos  et  le  Métochite  durent 
dès  lors  collaborer,  mais  il  est  indubitable  que  ce 
dernier  l'emporta  désormais  dans  les  conseils  d'An- 
dronic  II,  malgré  les  intrigues  de  son  partenaire  pour 
le  perdre.  Leurs  différends  politiques,  colorés  de  dis- 
putes littéraires,  ne  les  menèrent  jamais  à  la  rupture 
ouverte  où,  vu  le  naturel  de  leur  commun  maître, 
aucun  d'eux  n'aurait  trouvé  son  compte.  De  ministre 
en  fonction,  Nicéphore  rétrograda  au  rang,  qui  était 
normalement  le  sien,  de  conseiller  encore  écouté.  Il 
y  resta  jusqu'à  sa  mort,  qu'un  colophon  place  au 
18  janv.  1327  (cf.  Néos  'EAÂrlvo^v^^ncov,  vu,  1910, 
p.  139,  n.  48). 

Le  sentiment  commun  est  que  Nicéphore  se  retira 
au  couvent  dès  1320.  Cette  opinion  doit  être  rejetée; 
l'homme  n'abandonna  que  sur  son  lit  de  mort,  où  il 
prit  seulement  l'habit  religieux  sous  le  nom  de  Na- 
thanaël,  et  les  affaires  publiques  et  la  gestion  de 
son  immense  fortune.  Celle-ci  scandalisait  les  merce- 
naires catalans,  mal  payés  (cf.  G.  Pachymère,  op. 
cit.,  VI,  17;  éd.  de  Bonn,  ii,  509),  et  révoltait  le  pa- 
triarche Athanase  I"  qui  y  voyait  un  instrument 
de  corruption.  Elle  lui  servit  du  moins  à  restaurer 
et  à  doter  un  couvent  (probablement  le  couvent 
d'hommes  du  Sauveur  Philanthrope,  à  Constanti- 
nople;  cf.  P.  G„  cxl,  1480  C-D,  et  1481  C;  voir 
aussi  V.  Laurent,  Une  princesse  byzantine  au  cloître, 
dans  Échos  d'Orient,  xxix,  1930,  p.  46-48,  sous  réserve 
de  ce  qui  est  dit  ci-dessus  de  la  vocation  religieuse  de 
Nicéphore).  L'attachement  de  Nicéphore  à  son  patri- 
moine le  brouilla  un  temps  avec  un  évêque  influent, 
Théolepte  de  Philadelphie,  qui,  choisi  comme  direc- 
teur par  sa  fille,  la  décida  à  aliéner  ses  propres  biens  et 
à  entrer  au  couvent. 

Homme  d'État,  Choumnos  fut  avec  autant  de  pas- 
sion un  lettré  qui  eut  une  part  prépondérante  dans  le 
renouveau  des  études  à  Byzance  sous  les  Paléologues. 
Sa  fortune  lui  permit  de  tenir  un  salon  littéraire,  dont 
les  envieux  se  gaussaient  doucement.  Mais  il  publia 
surtout  beaucoup  lui-même  en  divers  ordres  de  con- 
naissances. Bien  que  l'histoire  comme  telle  n'occupe 
pour  ainsi  dire  aucune  place  dans  son  œuvre,  nombre 
de  ses  ouvrages  y  touchent  assez  pour  qu'on  doive 
les  consulter.  A  signaler  particulièrement  :  1.  Éloge 
d'Andronic  II  Paléologue  (éd.  J.-Fr.  Boissonade, 
Anecdota  Graeca,  ii,  Paris,  1830,  p.  1-54).  Ne  reflète 
que  les  beaux  côtés  d'un  long  règne  médiocre.  —  2.  A 
sa  fille  de  seize  ans,  la  basilissa,  sur  l'épreuve  de  son 
veuvage  (éd.  J.-Fr.  Boissonade,  op.  cit.,  i,  Paris,  1829, 
p.  293-305,  et  P.  G.,  cxl,  1437-50,  avec  trad.  latine). 

—  3.  A  l'autocrator,  sur  la  mort  de  son  fils  le  despote 
(éd.  Boissonade,  op.  cit.,  i,  Paris,  1829,  p.  306-12). 
Le  despote  est  son  gendre  Jean,  le  fils  d'Andronic  II. 

—  4.  Oraison  funèbre  du  bienheureux  et  très  saint  métro- 
polite de  Philadelphie,  Théolepte  (éd.  Boissonade,  op. 
cit.,  v,  Paris,  1833,  p.  183-254).  Cette  pièce  de  polé- 
mique antilatine  est,  malgré  ses  longueurs,  d'une 
importance  exceptionnelle  pour  l'histoire  religieuse  de 
l'époque.  On  y  relève,  sur  le  défunt  et  d'autres  per- 
sonnages, comme  sur  les  événements  contemporains, 
des  jugements  de  bon  aloi.  Sur  le  rôle  envahissant 
de  ce  prélat  dans  la  famille  des  Choumnos,  voir,  en 
plus  de  mon  article  cité  plus  haut  (surtout  p.  45-60), 
S.  Salaville,  Une  lettre  et  un  discours  inédits  de  Théo- 
lepte de  Philadelphie,  dans  Rev.  des  études  byz.,  v,  1947, 
p.  101-15.  —  5.  Aux  Thessaloniciens,  pour  les  engager 
à  pratiquer  la  justice  (éd.  Boissonade,  op.  cit.,  v,  Paris, 
1833,  p.  183-254).  Peinture  assez  réaliste  des  divisions 


qui  travaillaient  alors  la  société  salonicienne  et  pré- 
figurent la  Commune  de  1346.  A  remarquer  un  bel 
éloge  de  la  ville  et  de  sa  prospérité  matérielle,  et  la 
peinture  du  rôle  joue  par  une  confrérie  de  clercs  et  de 
laïcs,  dite  des  Abramites,  dans  le  relèvement  moral 
et  social  de  la  métropole.  —  6.  Réquisitoire  contre 
Niphon,  le  tout  mauvais  patriarche  (éd.  Boissonade,  op. 
et  loc.  cit.,  255-83).  Important  document  pour  l'his- 
toire intérieure  de  l'Église  byzantine  et  la  vénalité  de 
certains  membres  du  haut  clergé.  Comme  l'on  sait, 
Niphon  le  patriarche  fut  déposé  par  son  synode  pour 
simonie.  —  7.  Un  groupe  de  six  pièces  officielles, 
décrets  ou  chrysobulles,  qui,  pour  avoir  été  expédiés  au 
nom  de  l'empereur,  n'en  ont  pas  moins  été  rédigés 
par  lui.  A  noter  très  particulièrement  la  fameuse 
charte  instituant  le  mois  d'août  comme  mois  de  Marie 
dans  tout  l'Empire  byzantin  (éd.  de  l'ensemble  dans 
Boissonade,  op.  cit.,u,  63-136).  —  8.  Le  Testament  (éd. 
Boissonade,  op.  cit.,  v,  314-50,  en  grec  seulement,  et 
P.  G.,  CXL,  1465-98,  en  grec  et  trad.  latine).  Essentiel 
pour  l'histoire  de  la  famille.  —  9.  Enfin  et  surtout 
une  copieuse  Correspondance  de  172  lettres  (éd.  Bois- 
sonade, Analecta  Graeca  nova,  Paris,  1844,  p.  1-201), 
où  viennent  en  cause  les  plus  grands  noms  des  lettres 
et  de  la  politique. 

Ces  compositions,  qui  semblent  avoir  charmé  les 
contemporains,  ont  à  nos  yeux  un  grave  défaut,  celui 
d'être  avant  tout  des  morceaux  de  style.  Nicéphore 
Choumnos  est,  en  effet,  parmi  les  nombreux  lettrés 
qui  se  sont  illustrés  sous  les  premiers  Paléologues, 
l'écrivain  qui  a  le  plus  sacrifié  à  la  rhétorique.  Tout 
le  concret  (faits,  sentiments)  gît  dans  son  texte  à  l'état 
d'allusions  sous  des  parures  déformantes.  Il  faut  pour 
l'en  extraire  consentir  un  efiort  qui  toujours  paie, 
comme  vient  encore  de  le  prouver  le  travail  récent  de 
I.  Sevcenko,  Le  sens  et  la  date  du  traité  «  Anepigra- 
phos  »  rfe  A'.  Chun^nos  (dans  Acad.  royale  de  Belgique, 
Cl.  des  lettres,  V«  sér.,  xxxv,  1949,  p.  473-88).  Si  l'his- 
toire générale  ne  glanera  dans  son  œuvre  que  de  légers 
compléments,  l'histoire  des  lettres  et  du  sentiment 
religieux  s'y  approvisionnera  abondamment  le  jour  où 
l'ensemble  aura  été  exploré  par  une  exégèse  avertie. 

Sources.  —  La  pièce  essentielle  devrait  être  l'oraison 
funèbre,  composée  par  un  jeune  émule,  Théodore  Hyrta- 
kénos  (éd.  Boissonade,  Anecdocta  Graeca,  v,  Paris,  1833, 
p.  282-92).  Malheiu-eusement,  le  morceau,  de  pure  rhé- 
torique, n'apprend  rien  qu'on  ne  sache  par  ailleurs.  La 
source  la  plus  riclie  est  encore  son  oeu\Te  littéraire,  éditée 
en  majeure  partie  :  les  ouvrages  de  rhétorique  et  de  science 
dans  Boissonade,  Anecdola  Graeca,  i-ni,  v,  Paris,  1829- 
1833;  les  ouvrages  théologiques  dans  P.  G.,  cxl,  1451-66, 
1498-1526;  ses  traités  de  philosophie  dans  Fr.  Creuzer, 
Oxford,  1835,  reproduit  dans  P.  G.,  cxl,  1403-38  (De 
anima  adversus  Plotinum).  Le  cod.  Patmiacus  127  (cf.  J. 
Sakkelion,  TTaTMiiaKii  piêXio9f|Kri,  Athènes,  1890,  p.  73-76), 
du  xiv«  s.,  doit  représenter  l'édition  définitive  de  ses 
œuvres.  Quelques  rares  compositions  éparses  en  d'autres 
témoins  (Paris.  Gr.  2105  particulièrement).  C'est  à  tort  que 
l'on  a  voulu  en  faire  un  correspondant  de  Démétrius  Cydo- 
nès  (cf.  Bessarione,  xxiv,  1920,  p.  99). 

Travaux.  —  Pour  la  littérature  ancienne,  voir  art. 
Choumnos  (Nicéphore),  dans  D.  T.  C,  n,  1905,  col.  2395 
(A.  Palmieri).  Notices  plus  complètes  dans  K.  Krumbacher, 
Gesch.  der  byz.  Lit.,  2"  éd.,  Munich,  1897,  p.  478-82,  et 
R.  Guilland,  Nicéphore  Grégoras,  Correspondance,  Paris, 
1927,  p.  317-24;  voir  aussi,  du  même.  Essai  sur  Nicéphore 
Grégoras,  Paris,  1926,  passim  (cf.  p.  299  sq.).  —  Pour  des 
aspects  particuliers  de  son  activité  littéraire,  consulter, 
entre  autres,  E.  Martini,  Spigolature  bizantine,  i,  Versi 
inediti  di  Niceforo  Chumno,  Naples,  1900;  B.  Tatakis,  La 
p)iilosophic  bijzanliiie,  Paris,  1949,  p.  247-49  (trop  sommaire). 

V.  Laurent. 

CHOWTSUN,  ville  du  Shantung  (Chine  sep- 
tentr.),  siège  de  la  préfecture  apostolique  du  Chang- 
tien  le  1"  juin  1932,  du  vicariat  apostolique  du  Chowt- 
sun,  le  18  mai  1937,  élevé  au  rang  d'évêché,  suffra- 


769 


CHOWTSUN  —  CHRISTIAN 


770 


gant  de  Tsinan,  le  11  avril  1946.  Il  est  confié  aux 
frères  mineurs  de  la  province  américaine  du  Sacré- 
Cœur.  —  Évêque  :  H. -A.  Pinger,  préf.  apost.  1932; 
vie.  apost.,  1937;  év.,  1946. 

L.  Van  Hee. 

CHRABRU  (anc.  bulg.  Hrabr'),  probablement 
pseudonyme  du  moine  bulgare,  auteur  d'un  mince 
traité  paléoslave,  composé  dans  la  première  moitié  du 
x«  s.,  sur  l'écriture  slave.  C'est  en  réalité  une  apologie 
de  l'écriture  slave,  répondant  aux  attaques  des  Grecs, 
et  en  même  temps  la  source  principale  pour  la  question 
de  l'origine  de  l'écriture  slave.  Il  y  est  dit  que  cette 
écriture  a  été  inventée  par  S.  Cyrille  (Constantin, 
t  869),  apôtre  des  Slaves;  qu'elle  est  composée  de 
trente-huit  lettres,  dont  vingt-quatre  formées  d'après 
l'alphabet  grec  et  quatorze  répondant  aux  besoins 
propres  de  la  langue  slave;  enfin  que  cette  écriture 
est  plus  parfaite  et  plus  sainte  que  l'écriture  grecque. 

Sur  la  valeur  réelle  de  cette  apologie  et  sur  la  per- 
sonne même  de  son  auteur,  de  nombreuses  questions 
restent  ouvertes  :  par  ex.,  qui  se  cache  sous  le  nom 
de  Chrabru?  Un  seul  passage  de  son  écrit  («  sont  vi- 
vants encore  qui  les  ont  vus  »,  c.-à-d.  les  SS.  Cyrille 
et  Méthode)  permet  d'affirmer  que  l'auteur  vivait  au 
temps  des  disciples  des  SS.  Cyrille  et  Méthode,  par 
conséquent  en  la  première  moitié  du  x«  s.  Cependant, 
l'authenticité  de  ce  passage  a  été  contestée,  puisqu'on 
ne  le  trouve  qu'en  deux  mss.,  les  meilleurs  il  est  vrai, 
mais  non  les  plus  anciens.  Tous  les  mss.,  dont  le  plus 
ancien  date  de  1348,  sont  écrits  en  lettres  cyrilliques, 
mais  le  texte  n'y  est  pas  transmis  identiquement.  Le 
problème  capital  qui  occupe  les  spécialistes  est  celui- 
ci  :  quelle  écriture  employait  Chr.  et  quelle  écriture 
attribuait-il  à  S.  Cyrille,  la  glagolitique  ou  bien  la 
cyrillique?  Après  de  longues  discussions  et  hésita- 
tions, on  a,  peut-on  dire,  en  ces  derniers  temps, 
réussi  à  prouver  définitivement  que  Chr.  parle  de 
l'écriture  glagolitique,  en  d'autres  termes  que  S.  Cy- 
rille est  l'auteur  de  l'alphabet  glagolitique  et  que,  au 
temps  de  Chr.,  l'écriture  cyrillique  n'était  pas  encore 
connue  comme  écriture  spéciale.  La  preuve  en  est 
que  les  meilleurs  textes  —  dont  le  plus  archaïque 
(xv«  s.),  appartenant  à  l'Académie  ecclésiastique  de 
Moscou,  et  celui  de  la  rédaction  bulgare  du  Mont- 
Athos  (Hilandar)  (xvi^  s.),  qui  contiennent  le  passage 
cité  —  apportent  l'alphabet  entier  et  comportent  des 
indices  certains  qu'ils  ont  été  copiés  d'après  des 
textes  glagolitiques,  tandis  que  les  autres,  même  le 
plus  ancien  de  1348,  contiennent  l'alphabet  adapté 
d'après  l'écriture  grecque,  plus  précisément  d'après 
l'écriture  cjTillique,  plus  récente. 

Le  texte  de  l'Académie  ecclésiastique  de  Moscou, 
avec  celui  de  1348,  a  été  publié  par  V.  Jagiti,  dans 
Izslédovanija  po  russkom  jazyl<u,  i,  1885-1895,  p.  297- 
303;  le  texte  de  Hilandar,  par  J.  Ivanov,  dans  les 
Antiquités  bulgares  de  Macédoine  (en  bulg.),  2«  éd., 
1931,  p.  442. 

Jos.  Vajs,  Mélanges  de  paléographie  glagolitique  (en 
tchèque),  Prague,  1932,  p.  8  (avec  bibllogr.).  —  St.  N.  Kulj- 
bakin.  Notes  sur  l'apologie  de  Chrabru  (en  serbocroate), 
dans  Glas  de  l'Acad.  serbe,  vol.  clxviii,  43-77.  —  J.  Vajs, 
L'apologie  des  lettres  par  Chr.  (en  tchèque),  dans  Byzan- 
linoslavica,  viii,  158-63.  —  R.  Nahtigal,  Quelques  remar- 
ques à  propos  de  la  discussion  sur  l'écrit  de  Chrabru  relatif  à 
l'alphabet  de  Constantin-Cyrille  (en  Slovène),  dans  Slavi- 
stiina  Bevija,  Ljubljana,  i,  1948,  p.  5-18. 

V.  §TEFANl6. 

CHRAMLEIS.  Voir  Cheptian. 

CHREMES  (Saint),  le  6  août.  Aucun  document 
ancien  ne  parle  de  ce  saint.  Caietani,  qui  en  composa 
I  une  Vie  sans  précision  historique,  en  fait  le  premier 
abbé  basilien  de  S.-Sauveur  de  Plaça  (Sicile).  Il  place 

DicT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


sa  mort  en  1116.  —  Le  chef  du  saint  est  encore  con- 
servé aujourd'hui  à  S.-Sauveur. 

A.  S.,  août,  II,  173-74.  —  Caietani,  Vitae  Sanciorum  Sicu- 
lor.,  II,  1657,  p.  131-32.  —  Pirri,  Sicilia  sacra,  i,  1054-56. 

R.  Van  Doren. 

1.  CHRESTUS,  cité  au  martyrologe  hiérony- 
mien  le  10  août,  est  inconnu  par  ailleurs. 

Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  431,  433. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHRESTUS,  évêque  de  Syracuse,  confes- 
seur fêté  le  5  juin.  Dans  la  liste  épiscopale  de  Syra- 
cuse, trois  évêques  portent  le  nom  de  Chrestus.  Les 
deux  premiers  y  sont  placés  au  i"  s.,  comme  succes- 
seurs immédiats  du  Bx  Marcien,  que  l'on  disait 
envoyé  par  S.  Pierre.  Mais  comme  Marcien  appartient 
à  une  époque  postérieure,  le  troisième  seul  est  un  per- 
sonnage historique.  Il  était  présent  au  concile  d'Arles, 
le  1"  août  314. 

A.  S.,  juin.,  I,  555-56.  —  C.  Barreca,  I  primordi  del  cris- 
tianesimo  in  S.,  1935.  —  Cappelletti,  xxi,  617.  —  Gams, 
953.  —  Lanzoni,  636-38.  —  L.  T.  K.,  ix,  954,  955. 

R.  Van  Doren. 

CHRÉTIEN.  Voir  Christian. 

CHRISCONA  (Sainte),  Christiana,  honorée  le 
16  juin,  fut,  d'après  la  légende,  une  des  compagnes 
de  Ste  Ursule,  qui  moururent  en  route  vers  Rome. 
Elle  fut  enterrée  sur  une  montagne  près  de  Bâle.  En 
1504,  le  cardinal  légat  Raymond  Peraudi  procéda  à 
l'élévation  des  reliques  et  en  fit  la  translation  à 
Gnadental,  couvent  des  clarisses,  où  s'établit  un 
pèlerinage  qui  devint  célèbre.  On  y  vénérait  spéciale- 
ment le  voile  de  la  sainte.  En  1840,  Gnadental  devint 
Pilgermission  protestante. 

A.  S.,  juin,  IV,  96-118.  —  Basler  Zeitschr.  fur  Gesch.,  ii, 
1903,  p.  246.  —  Gunkel-Zscharnack,  Die  Religion  in  Gesch, 
und  Gegenw.,  i,  1528. —  i.  T.K.,n,  901.  —  C.  H.  Rappard, 
50  Jahre  des  Pilgermission  auf  S.  Chr.,  1890.  ■ —  E.  Stiickel- 
berg,  Die  schweizer.  Heiligen  des  Mittelalters,  22. 

R.  Van  Doren. 

CHRISMANN  (Philippe  Néri),  théologien  de 
l'ordre  des  Frères  Mineurs  (1751-  ?  ).  Voir  D.  T.  C, 
II,  2415. 

CHRISTCHURCH,  diocèse  de  la  Nouvelle-Zé- 
lande, comprenant  les  provinces  de  Canterbury  et  de 
Westland,  une  partie  de  celle  de  Nelson,  ainsi  que 
les  îles  Chatham,  érigé  le  10  mai  1887,  comme  sulïra- 
gant  de  Wellington. 

Évêques  :  1.  John  J.  Grimes,  1887,  t  1915.  —  2. 
Matthew  J.  Brodie,  1915.  —  3.  Francis  Lyons,  1944. 

Cath.  Enc,  ni,  699;  suppl.,  197.  —  Enc.  catt.,  m,  1567. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHRISTETA  D'AVILA  (Sainte).  Voir  Vin- 
cent d'Avila  (S.). 

1  .CHRISTIAN,  C/iré/ien,  fut  évêque  d'AMlENS 
(723-740).  Le  seul  fait  de  son  épiscopat  digne  de 
mémoire  fut  la  consécration  de  la  vierge  Ste  Ulphe, 
dirigée  par  S.  Domice,  probablement  en  728.  Celle-ci 
vécut  quelques  années  dans  son  ermitage  aux'environs 
de  Boves,  vint  ensuite  habiter  à  Amiens,  où  elle  fonda 
le  premier  monastère  de  femmes  de  cette  ville. 

Abbé  Bouvier,  Hist.  relig.  de  la  ville  d'Amiens,  Amiens, 
1921,  p.  76.  —  Abbé  Corblet,  Hagiogr.  des  saints  du  dioc. 
d'Amiens,  m,  538,  547  sq.  —  La  Morlière,  Antiquités  de  la 
ville  d'Amiens,  Paris,  1642,  in-fol.,  p.  168.  —  Pagés  (Ma- 
nuscrits de),  X,  V,  480.  —  Edmond  Soyez,  Notices  sur  les 
évêques  d'Amiens,  21.  —  Gall.  christ.,  x,  1751,  p.  1156.  — 
De  Court,  Mém.  chron.,  bibl.  d'Amiens,  mss.  802-803,  ii,  183. 
—  Duchesne,  m,  128. 

A.  Molien. 
H.     -  XII.  —  25  — 


771 


CTIRISTIAN 


772 


2.  CHRISTIAN,  moine  cistercien  de  l'abbaye 
de  l'AUMONE,  au  dioc.  de  Blois  (xii«  s.).  Né  d'une 
famille  d'humble  condition,  il  fut  d'abord  un  petit 
pâtre;  mais,  jeune  encore,  il  quitta  la  maison  pater- 
nelle pour  se  faire  ermite  à  Gastines.  Il  y  demeura 
bon  nombre  d'années  —  mulfis  annis  dit  vaguement 
le  texte.  Le  renom  de  Cîteaux  fit  alors  quelques  con- 
quêtes parmi  les  ermites  de  Gastines,  et  Christian  fut 
le  premier  à  demander  son  admission  à  l'abbaye  de 
l'Aumône,  maison  fille  de  Cîteaux.  Envoyé  ensuite  à 
Landais,  monastère  que  l'Aumône  avait  fondé  en 
1129,  Christian  y  continua  sa  vie  de  prière  et  d'austé- 
rité qui  le  faisait  estimer  comme  un  saint.  L'abbé  de 
Cîteaux  témoigna  au  prélat  de  l'Aumône  le  désir  de 
connaître  ce  vertueux  moine  et  le  fit  mander  auprès  de 
lui.  Mais  le  bon  vieillard  ne  put  atteindre  le  but  de 
son  voyage;  il  mourut  à  l'Aumône.  L'abbé  fit  alors 
recueillir  les  témoignages  de  ceux  qui  avaient  connu 
de  près  le  moine  Christian;  sur  ces  données,  il  rédigea 
une  notice  qu'il  adressa  à  l'abbé  de  Cîteaux  avec  une 
lettre  de  respectueuse  présentation.  Son  récit  offre  les 
meilleures  garanties  d'authenticité.  La  précision  chro- 
nologique peut  se  heurter  à  une  difficulté  selon  l'inter- 
prétation donnée  à  la  formule  multis  annis,  marquant 
la  durée  de  la  vie  érémitique  du  futur  cistercien. 
Christian  fut  reçu  sous  l'abbatiat  d'Ulric  (1121-36)  et 
peu  après  la  fondation  de  Landais;  mais  l'abbé  Re- 
naud, auteur  de  la  notice  envoyée  à  Cîteaux,  se  place 
aux  environs  de  1186. 

Le  Bx  Christian  jouit  d'un  culte  immémorial.  Plu- 
sieurs auteurs  l'ont  confondu  avec  d'autres  person- 
nages de  même  nom;  le  doute  est  pleinement  dissipé 
depuis  que  le  R.  P.  Coens,  bollandiste,  a  découvert  le 
récit  authentique  dans  le  ms.  Clm  14682  et  l'a  publié 
dans  les  A.  BolL,  lu,  1934,  p.  5  sq. 

Exordium  magnum,  dans  P.  L.,  clxxxv,  1022;  Hélinand 
a  fait  des  emprunts  à  ce  récit,  P.  L.,  ccxii,  1063.  —  Jean 
d' Assignies,  Les  vies  et  faits  remarquables. ..,Mons,1603,  p.  87. 
—  De  Visch  place  à  tort  Christian  au  nombre  des  écrivains. 
— ■  Zimraemiann,  Kalend.  bened.,  Metten,  ii,  1933,  p.  505. 

J.-M.  Canivez. 

3.  CHRISTIAN  I  de  Bûche,  prévôt  de  Mayen ce 
et  de  Mersebourg,  devint  archevêque  de  MAYENCE  en 
remplacement  de  Conrad  I"  de  "Wittelsbach  (1160-65), 
déposé  par  l'empereur.  Il  accompagna  l'empereur  en 
Italie  et  prit  part  à  la  guerre  contre  les  Romains.  Au 
cours  de  cette  campagne  mourut  l'archevêque  Ray- 
naud  de  Cologne.  Christian  favorisa  l'élection  de 
Henri  VI  et  le  couronna  à  S.-Alban  (1169).  En  1172, 
on  le  retrouve  en  Italie  comme  lieutenant  impérial  : 
il  assiège  alors  Ancône  et  soutient  l'antipape  Calixte. 
En  1176,  il  participe  à  la  bataille  près  de  Legnano  et 
assiste  à  la  conclusion  de  la  paix  signée  en  1177  à 
Venise  avec  le  pape  Alexandre  III.  Il  prend  part  à 
l'entrée  de  l'empereur  à  Rome.  Pendant  ses  absences, 
le  diocèse  était  administré  par  Siegfried  de  Brande- 
bourg. En  1179,  Christian  est  fait  prisonnier  par 
Conrad  de  Montferrat.  Libéré  contre  une  forte  somme 
en  1181,  il  soutient  Lucius  III  contre  la  fureur  des 
Romains.  Il  contracte  une  maladie  grave  et  meurt  en 
1183,  en  présence  du  pape. 

Gall.  christ.,  v,  477-79.  —  J.  H.  Hennés,  Gesch.  der 
Erzbischiile  von  Mainz,  Mayence,  1867,  p.  153-58. 

P.  VOLK. 

4.  CHRISTIAN  II,  archevêque  de  MAYENCE, 
fut,  en  1249,  élevé  à  cette  dignité  contre  sa  volonté. 
Il  est  probablement  l'auteur  du  Liber  de  calamitate 
Ecclesiae  Moguntinae,  appelé  autrefois  «  Petite  chro- 
nique de  Mayence  »  (142-51)  (Potthast,  Bibl.,  i,  221- 
22).  Comme  il  refusa  de  participer  à  la  guerre  contre  le 
favori  du  pape,  le  roi  Guillaume  de  Hollande,  il  fut 
accusé  de  faiblesse  et  déposé  en  1251.  Il  entra  chez  les 
hospitaliers  en  1253  et  mourut  la  même  année  à  Paris. 


Gall.  christ.,  v,  485-86.  —  .1.  H.  Hennés,  Oesch.  der 
Erzbischofe  von  Mainz,  Mayence,  1867,  p.  170. 

P.  VoLK. 

5.  CHRISTIAN,  Irlandais,  disciple  de  S.  Ber- 
nard. Christian  O'Conarchy  fut  le  premier  abbé  de 
Manister-Mhor  ou  MELLIFONT,  monastère  fondé 
par  Clairvaux  sur  les  instances  de  S.  Malachie  (1142). 
Huit  ans  après,  Christian  devient  évêque  de  Lismore 
et  Waterford;  après  la  mort  de  S.  Malachie,  il  fut 
aussi  légat  en  Irlande.  Une  lettre  de  l'abbé  de  Clair- 
vaux,  Henri  de  Marcilly,  futur  cardinal,  dépeint  à 
Alexandre  III  l'évêque  légat,  devenu  vieillard  véné- 
rable, méritant  bien  la  retraite  qu'il  sollicite.  Il  l'ob- 
tint en  1171  et  termina  sa  carrière  le  18  mars  1186.  On 
lui  donna  une  sépulture  honorable  dans  l'abbaye  cis- 
tercienne d'Odorney.  Certains  auteurs  qualifient 
Christian  de  bienheureux,  mais  aucun  culte  n'est 
signalé. 

Bellesheim,  Gesch.  der  kathol.  Kirche  in  Irland,  i,  1890, 
p.  363.  —  S.  Bernard,  Episl.,  ccclvii  (P.  L.,  clxxxii,  559); 
Vita  Malachiae,  c.  vi,  xv  (ifcid.,  1083, 1093).  —  R.  Foreville, 
L'Église  et  la  royauté  en  Angleterre  sous  Henri  IL  Paris, 
1943,  p.  329,  331,  492  sq.  —  Gams,  228.  —  Henri,  card. 
d'Albano,  Epist.,  iv  (P.  L.,  cciv,  213).  —  L.  Janauschek, 
Orig.  cisterc.  Vienne,  1878,  p.  70.  —  Dom.  Willi,  Pàpsle, 
Kardin.  und  Bischôfe...  cisterc,  Bregenz,  1912,  p.  39. 

J.-M.  Canivez.  i 

6.  CHRISTIAN  d'OLiVA,  moine  de  l'abbayd 
cistercienne  de  ce  nom,  en  Prusse,  devenu  missionnaird 
(1207)  dans  cette  même  région,  qu'Innocent  III  avain 
signalée  au  zèle  de  l'abbaye  de  Lekno  ou  WongrowitzJ 
dans  le  dioc.  de  Gnesen  (Potthast,  Reg.,  2901;  P.  L.J 
ccxv,  1009).  Dans  une  seconde  lettre  datée  din 

10  août  1212  (Potthast,  Reg.,  4573;  P.  L.,  ccxvil 
668),  adressée  au  chapitre  général  de  Cîteaux,  iJ 
même  pontife  se  plaint  que  les  missionnaires  Chris-I 
tian,  Philippe  et  leurs  compagnons  ne  trouvent  pas 
dans  les  abbayes  le  concours  empressé  dont  ils 
auraient  besoin.  Un  décret  capitulaire  fut  rendi^ 
l'année  suivante,  qui  chargeait  l'abbé  de  Morimond 
de  donner  satisfaction  aux  volontés  pontificales,  tout 
en  maintenant  intactes  les  règles  rigoureuses  de  la 
vie  cistercienne  (Statuta,  1213  :  52).  En  1215,  Christian 
devint  le  premier  évêque  de  Prusse,  évêque  région- 
naire,  semble-t-il;  son  plan  d'apostolat  était  de  créer 
un  clergé  indigène,  mais  il  fut  peu  secondé  dans  ses 
efforts.  La  population  païenne  le  garda  prisonnier 
durant  six  ou  sept  ans  (de  1233  à  1239-40),  et  les  che- 
valiers de  l'ordre  teutonique,  ne  goûtant  pas  sa  mé- 
thode, ne  firent  rien  pour  le  libérer.  En  1243,  la  vaste 
région  confiée  à  son  zèle  ayant  été  divisée  en  plusieurs 
diocèses,  Christian  paraît  s'être  retiré  à  Sulejow, 
abbaye  cistercienne  du  dioc.  de  Gnesen,  en  Pologne. 

11  mourut  le  4  déc.  1245. 

Bôhmer,  Regesta  imperii,  v,  6182,  6215,  6281,  6282,  6283, 
6284,  6289,  6299,  6337,  6339,  6368,  6372,  6530,  6699,  6743, 
10899, 11015, 11075, 11076, 11077, 11095, 11096.  — L.  T.  K. 
II,  919.  —  E.  Metzner,  Beitràge  zur  Gesch.  der  Einfuhrung  des 
Christ,  in  Preussen,  1906;  il  identifie  Christian  avec  l'abbé 
Gottfried  de  Lekno.  —  Potthast,  Reg.,  2901,  4573,  5079, 
5080,  5481,  5770,  5771,  5785a,  5791,  5792.  5793,  5813. 
5826,  6070,  6071,  6247,  6984,  6990,  6996,  11103,  11509.  — 
Statuta  cap.  gen.  Ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  1933-1941, 
passim.  —  Winter,  Die  Cisterc.  im  nordôst.  Deutschland, 
Gotha,  I,  1868.  p.  264  sq.  —  Zimmermarm,  Kalend.  bened., 
Metten,  m,  1937,  p.  393. 

J.-M.  Canivez. 

7.  CHRISTIAN  (Chrétien)  d'OPITER.  Domi- 
nicain de  la  deuxième  moitié  du  siècle,  que 
Paquot  a  cru  originaire  d'Oplinter,  dans  le  Brabant. 
Les  seuls  renseignements  que  l'on  possède  sur  ce  reli- 
gieux sont  dus  au  P.  Quétif,  qui  vit  au  couvent  de 
Maëstricht,  en  1671,  un  ms.  renfermant  ses  œuvres  ; 
1.  Expositio  caeremoniarum  missae  spiritualis  et  /ni/J- 
tica;  —  2.  Tract,  de  materia  eccles.  interdicti  (daté  de 


I 


773 


CHRISTIAN 


CHRISTINE 


774 


1451);  —  3.  Tract,  de  materia  euchnrisliae ;  —  4.  Hist. 
seu  miracuhim  Guidonis  de  Corvo  de  civitate  Alestensi, 
quae  Baiona  jam  dicitur  (daté  de  1452). 

Biogr.  Belg.,  xvi,  229-30.  —  Paquot,  Mém.  pour  servir  à 
rhist.  litl.  des  Pays-Bas,  x,  111-13.  —  Quétif-Échard,  l,  810. 

M. -H.  Laurent. 

CHRISTIANOPOLIS,  évèché  du  Péloponèse, 
dépendant  de  Corinthe,  puis  archevêché  indépendant, 
et  enfin  métropole  sans  sulïragant.  La  bourgade  de 
ce  nom  a  perdu  depuis  longtemps  l'importance  rela- 
tive qu'elle  avait  au  Moyen  Age;  ce  n'est  plus  aujour- 
d'hui que  le  petit  village  de  Christiano,  sur  la  côte 
occidentale  du  Péloponèse.  L'éparchie  n'eut  d'ailleurs 
jamais  qu'une  étendue  médiocre,  qui  allait,  à  la  fin  du 
xvme  s.,  de  l'embouchure  de  l'Alphée  à  celle  du  Lon- 
gobardos,  avec  quelques  villages  à  l'intérieur  des 
terres. 

On  ignore  à  quelle  époque  fut  fondé  l'évêché  de 
Christianopolis;  en  tout  cas,  ce  ne  fut  pas  avant  le 
X''  s.,  puisqu'il  ne  figure  pas  dans  la  liste  épiscopale 
dite  de  Léon  le  Sage.  En  1080,  il  fut  uni  à  l'évêché  voi- 
sin de  Mégalopolis,  puis  rétabli  en  1283.  On  ne  sait 
ni  quand  ni  comment  il  devint  archevêché,  ni  quand 
il  fut  promu  métropole.  Il  figure  déjà  sous  ce  dernier 
titre  dans  la  Notitia  de  Manuel  Comnène  (H.  Gelzer, 
Ungedruckle  und  imgenugend  vertiffentlichte  Texte  der 
«  Notidae  episcopaluum  »,  dans  Abh.  der  kônigl.  bayer. 
Akad.  der  Wiss.,  l'^  cl.,  t.  xxii,  sect.  m,  Munich, 
1900,  p.  586);  il  occupe  le  9«  rang  dans  celle  d'Andro- 
nic  II  (ibid.,  600),  le  66«  dans  celle  d'Andronic  III 
(ibid.,  608),  le  42«  dans  une  liste  qui  semble  remonter 
à  la  fin  du  xv«  s.  (ibid.,  629).  En  mai  1386,  la  métro- 
pole de  Christianopolis  fut  unie  une  première  fois  à 
celle  de  Corinthe  pour  donner  à  celle-ci  un  revenu 
suffisant  (Miklosich  et  Millier,  Acta  et  diplomata 
Graeca  Medii  Aevi,  ii,  76);  elle  lui  fut  unie  de  nou- 
veau en  févr.  1394,  quand  le  siège  de  Corinthe  fut 
donné  au  hiéromoine  Théognoste  (ibid.,  ii,  206-09). 
La  métropole  fut  rétablie  au  début  de  la  conquête 
turque  et  unie  de  1749  à  1792  à  l'exarchie  patriarcale 
de  Tripolitza.  Elle  disparut  définitivement  lors  de 
l'organisation  de  l'Église  de  Grèce  en  1833. 

Liste  des  évêques,  archevêques  et  métropolites.  —  Elle 
comprend  plus  de  vingt  noms.  Eustrate,  mars  1080 
(Bull,  de  l'Inst.  archéol.  russe  de  Constantinople,  ii, 
36).  —  ?  ,  élu  en  1187  (Zachariae  von  Lingenthal, 
Jus  Graeco-Romanum,  m,  509,  510).  —  Georges, 
7  sept.  1278  (Bull,  de  iinst.  archéol.  russe  de  Constan- 
tinople, II,  36).  —  Calliste,  oct.  1475  ('OpOoSo^fa,  viii, 
320).  —  Macaire,  janv.  1565  (Turcograecia,  172).  — 
Denys,  proédros  ou  administrateur,  1585  (Sathas, 
Biblioth.  Graeca  Medii  Aevi,  ii,  578).  —  Pendant  les 
vingt  années  qui  suivent,  la  succession  est  assez 
confuse  :  Nectaire,  mai  1593,  20  avr.  1614,  1620 
(A.  Papadopoulos-Kérameus,  'lepoaoAv;|jr|TiKfi  pigXio- 
0r|Kr|,  IV,  9;  'EAXtivikos  OiAoAoyiKÔs  luAAoyos,  xx, 
suppl.,  98).  —  Syméon,  déposé  en  1602,  reparaît 
en  1610  (Sathas,  op.  cit.,  ni,  551).  —  Denis,  28  mai 
1602-  ?  ('EKKArio-iaoTiKTi  'AArieeia,  ii,  784).  — 
Sophrone  (ne  serait-ce  pas  Syméon?),  déposé,  est 
déclaré  innocent  en  juill.  1605  (Sathas,  op.  cit.,  m, 
553).  —  Ignace,  ?  ;  démissionnaire  le  1"  janv.  1645 
(ibid.,  III,  578).  —  Eugène,  8  mars  1645-  ?  (A.  Pa- 
padopoulos-Kérameus, op.  cit.,  I,  306).  —  Athanase, 
vers  1700  (AeAtiôv  ttïç  îcnropiKfis  Kai  âôvoAoyiKfîs 
Éraipsias  Tfjs  'EXAàSoç,  m,  470).  —  Grégoire,  déc. 
1718  (A.  Papadopoulos-Kérameus,  op.  cit.,  iv,  377). 
—  Parthénios,  1725-1732  (AeAtîov...,  vi,  208;  A.  Pa- 
padopoulos-Kérameus, op.  cit.,  IV,  319).  —  Néophyte, 

?  ;  démissionne  en  1734  ('EKKAriaiacrriKTi  'AAtiQeio, 
II,  229).  —  Daniel,  18  avr.  1734-  ?  ('EKKAriaiaCT- 
TiK^i  'AÂTiÔEia,  II,  224).  —  Daniel  (le  même  que  le 
précédent?),     ?  —  f  avant  févr.  1772  ('EKKAriCTia- 


CTTiKTi  'AAriSeia,  ii,  294).  —  Jérémie,  exarque  de  toute 
l'Arcadie,  févr.  1772-1783  (ibid.).  —  Macaire,  archev. 
de  Christianopolis  et  de  Tripolitza,  févr.  1783,  mai 
1784  ('OpôoSoÇia,  vni,  105;  'EKKÂTiCTiacrriKf)  'AArj- 
ôeia.  II,  252,  284).  —  Germain,  vers  1820  (Cophi- 
niotes,  'EKKÂriala  kv  'EAAâSi,  6). 

Le  titre  de  Christianopolis  a  été  rarement  conféré 
dans  l'Église  romaine.  On  ne  connaît  que  quatre  pré- 
lats qui  l'aient  porté  :  Gérard,  ?  -f  1396.  —  Jean 
Coctor,  O.  F.  M.,  8  janv.  1393.  ~  Conrad  Lindin  ou 
Linden,  O.  P.,  26  nov.  1396-t  1411,  sufl^^ragant  à 
Mayence.  —  Gérard  Coci,  O.  Cist.,  6  nov.  1411-1417, 
sufïragant  à  Mayence. 

G.  D.  Capsalès,  XpiCTTiavoÙTioAis,  dans  MtyàÀri  âXAr|viKfi 
ÉyKUKXoTraiBEla,  xxiv,  720.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  389. 

R.  Janin. 

1.  CHRISTINE  (Sainte).  Le  martyrologe  ro- 
main fait  mention  au  13  mars  d'une  Christine,  vierge 
et  martyre  en  Perse.  Elle  serait  à  identifier  avec 
S.  Sire,  ou  FAv/KEpla,  en  perse  Sirin,  qui  subit  le  mar- 
tyre en  559  à  Babylone,  sous  Chosroas  l",  roi  des 
Perses.  En  effet,  ces  deux  noms  de  saintes  se  retrou- 
vent dans  tous  les  martyrologes  à  la  même  date  et 
sont  rattachés  à  la  même  origine  (B.  H.  G.,  1637). 
La  mémoire  de  Sire  s'est  estompée  devant  celle  de  sa 
compagne,  Golandrucht,  martyre  perse  mieux  connue 
(B.  H.  G.,  700-702;  Synax.  Eccl.  Constant.,  815-818). 
Comme  d'autres  saints.  Sire  reçut  sans  doute  un  nom 
de  consonance  moins  païenne. 

A.  S.,  mars,  ii,  262;  mai,  iv,  171-83.  —  Mart.  Rom.,  95- 
96.  —  Synax.  Eccl.  Constant.,  536. 

R.  Van  Doren. 

2.  CHRISTINE,  martyre,  honorée  le  24  juill. 
Le  martyrologe  hiéronymien  parle  d'une  Christine  de 
Tyr.  Cette  sainte,  fêtée  par  les  Églises  grecque  et 
latine  à  la  même  date,  possède  des  Actes  grecs,  dont 
on  retrouve  déjà  des  fragments  dans  les  papyrus 
d'Oxyrrhynque  (V  s.)  et  qui  eurent  plusieurs  versions 
latines.  Élle  apparaît  aussi  parmi  les  vierges  des 
mosaïques  de  S.  Apollinare  Nuovo  à  Ravenne  (vi^  s.). 

—  Si  le  culte  de  la  sainte  est  ancien,  il  n'y  a  aucune 
certitude  sur  la  date  de  son  supplice  que  ses  Actes 
fabuleux  prolongent  d'ailleurs  sous  trois  juges  succes- 
sifs. Le  martyrologe  romain,  qui  résume  les  données 
de  ces  Actes,  ajoute  que  Tyr  est  près  de  Bolsena.  Ce 
détail  provient  d'Adon,  ignorant  qu'il  n'y  a  jamais 
eu  de  "Tyr  en  Italie.  Il  y  eut  cependant  une  Ste  Chris- 
tine à  Bolsena,  distincte,  semble-t-il,  de  celle  de  Tyr. 
L'existence  de  cette  martyre,  qui  n'a  pas  d'Actes 
authentiques,  est  prouvée  par  les  recherches  archéolo- 
giques faites  en  1880  à  Bolsena.  Parmi  les  inscriptions 
des  catacombes,  découvertes  en  cet  endroit,  il  s'en 
trouve  deux  (de  373  et  406)  mentionnant  la  présence 
des  reliques  de  la  sainte.  Un  sarcophage  fut  également 
mis  au  jour.  Il  renfermait  un  coffret  en  marbre  con- 
tenant des  parties  d'un  squelette  de  jeune  fille  qu'une 
inscription,  qui  n'est  cependant  que  du  x^  s.,  identifie 
avec  le  corps  de  cette  martyre. 

A.  Boll.,  x,  1891,  p.  374-75;  xxx,  1911,  p.  458-59.  — 
A.  S.,  juin.,  V,  495-534.  —  B.  H.  L.,  1748-59.  —D.  A.  C.  L., 
II,  980-91.  —  Delehaye,  Les  origines  du  culte  des  martyrs, 
2»  éd.,  181,  320-27.  —  G.  B.  de  Rossi,  Il  sepolcro  délia 
martire  Ctiristina  in  Bolsena,  1890.  —  Lanzoni,  536-41. 

—  L.  T.  K.,  Il,  923,  924.  —  Mari.  Hier.,  éd.  Delehaye,  394. 
— -  Rioista  di  arch.  crist.,  1925,  p.  167-94.  —  Quentin,  Les 
martyrol.  hist.,  151,  580-81.  —  Synax.  Eccl.  Constant.,  839. 

—  Vies  des  saints  et  des  bienheureux,  par  les  bénéd.  de  Paris, 
VII,  1949,  p.  588-90. 

R.  Van  Doren. 

3.  CHRISTINE  L'ADMIRABLE  (Bienheu- 
reuse), née  à  Brustem  (Limbourg  belge),  en  1150, 1 1224. 
Pendant  dix-sept  ans,  elle  mena  d'abord  l'existence 
d'une  simple  bergère.  En  1182  (?),  comme  on  la  pen- 
sait morte  après  une  grave  maladie,  elle  se  réveilla 


775 


CHRISTINE 


—  CHRISTODOULOS 


776 


pendant  ses  funérailles.  Elle  vécut  ensuite  une  vie  de 
pénitence,  remplie  de  faits  extraordinaires.  Elle  se 
retira,  pendant  neuf  ans,  avec  son  amie  Ivette,  au 
château  de  Looz  (Loon),  puis  à  S.-Trond,  où  elle 
mourut.  Sa  Vie  fut  rédigée  par  Thomas  de  Cantimpré, 
vers  1232.  La  valeur  historique  en  a  été  fort  contestée, 
mais  Jacques  de  Vitry  parle  aussi  de  ces  phénomènes 
merveilleux.  On  a  conclu  :  «  Le  cas  de  Christine  n'en 
reste  pas  moins  plus  ou  moins  pathologique...  » 

Ses  reliques,  conservées  d'abord  au  couvent  de 
Milieu,  se  trouvent  actuellement  à  l'église  des  Rédemp- 
toristes  à  S.-Trond.  Depuis  1857,  la  sainte  est  fêtée 
au  propre  de  Liège,  le  24  juillet. 

A.  Boll.,  xvu,  64;  xvill,  183;  xix,  58,  365.  —  Archives 
belges,  1899,  p.  143-44.  —  A.  S.,  juill.,  v,  637-60.  — 
L.  T.  K.,  II,  923.  —  Michael,  Gesch.  des  deutschen  Volkes, 
m,  160.  —  Miscell.  histor.  A.  De  Meyer,  l,  546-57.  —  H.  Ni- 
mal.  Vies  de  quelques-unes  de  nos  grandes  saintes  au  pays  de 
Liège,  102-43.  —  Rev.  des  quest.  hist.,  i.xvi,  491-502.  — 
Vies  des  saints  et  des  bienheureux,  par  les  bénéd.  de  Paris, 
VII,  592-94. 

R.  Van  Doren. 

4.  CHRISTINE  DE  RETTERS  (Bienheu- 
reuse). Religieuse  de  l'ordre  de  Prémontré,  du  couvent 
de  Retters  (Rhetirs),  près  de  Francfort  (Hesse-Nas- 
sau).  Née  en  1269,  elle  mourut  en  1292,  après  avoir 
mené  une  vie  mystique.  La  désignation  «  Christine 
du  Christ  »  est  probablement  fautive.  La  Vita  origi- 
nale, qui  avait  été  conservée  à  l'abbaye  d'Ilbenstadt, 
est  perdue.  On  n'en  connaît  qu'une  traduction  fla- 
mande du  xvii«  s.  (Van  Craejrwinckel,  Légende  der 
levens  der  voornaemste  Heyligen  ...in  de  Wiile  orde  van 
den  H.  Norbertus,  u,  Anvers,  1665,  p.  730-59). 

A.  S.,  V,  24  juill.  —  G.  Lienhardt,  Ephem.  hagiol.  ord. 
Praem.,  Augsbourg,  1764,  p.  597-602.  —  J.  V[an]  S[pil- 
beeck].  Une  fleur  cachée,  la  Bse  Christine  du  Christ,  Namur, 
1885.  —  F.  Petit,  La  spiritualité  des  Prémontrés  aux  XII' 
et  XIII'  s.,  Paris,  1947,  p.  119-24. 

N.  Backmund. 

5.  CHRISTINE  DE  STOMMELN  (Bien- 
heureuse), dite  aussi  Christine  de  Cologne,  naquit  vers 
1 242  à  Stommeln,  village  situé  entre  Cologne  et  Neuss. 
Cette  religieuse,  dont  on  a  fait  par  erreur  une  domini- 
caine, a  été  souvent  confondue  avec  son  homonyme 
Christine  de  S.-Trond  ou  Christine  l'Admirable,  morte 
vers  1224  (J5.  H.  L.,  1746-47).  Agée  seulement  de 
onze  ans,  Christine  eut  sa  première  vision  du  Christ. 
Après  être  demeurée  durant  un  an  auprès  d'un  bégui- 
nage à  Cologne,  elle  se  fixa  à  Stommeln,  chez  le  rec- 
teur lohannes.  En  1267,  Christine  fit  connaissance 
du  dominicain  Pierre  de  Gotland  (ou  de  Dacie).  Ce 
religieux,  qui  devait  demeurer  en  relation  avec  elle 
jusqu'en  1286,  nous  a  décrit  avec  une  abondance  de 
détails  parfois  choquants  les  épreuves  spirituelles 
dont  la  bienheureuse  fut  l'objet.  Lors  de  la  fête  de 
Pâques  1269,  Christine,  qui  avait  toujours  montré 
une  profonde  dévotion  à  la  Passion,  reçut  les  stig- 
mates. Ses  grandes  épreuves  ne  devaient  prendre  fin 
(1288)  que  quelques  mois  avant  la  mort  de  Pierre  de 
Gotland  (1289),  auquel  notre  béguine  survécut  une 
vingtaine  d'années.  Christine  mourut  à  Stommeln  le 
6  nov.  1312.  Ses  restes  furent  déposés  au  cimetière, 
mais  les  miracles  qui  s'opéraient  par  son  intercession 
attirèrent  l'attention  sur  son  tombeau.  Vers  1315-1320, 
son  corps  fut  relevé  et  placé  dans  l'église  de  Stommeln. 
En  1342,  il  fut  transporté  à  Nideggen,  sur  la  Roer,  et 
vers  1584  à  Juliers,  où  il  repose  encore  de  nos  jours.  Le 
12  août  1908,  Pie  X  a  approuvé  le  culte  de  la  Bse  Chris- 
tine; sa  fête  se  célèbre  le  6  nov.;  celle  de  la  translation 
de  ses  reliques,  le  22  juin. 

La  vie  de  Christine  de  Stommeln  nous  est  connue  par  le 
récit  qu'en  a  tracé  Pierre  de  Gotland  (B.  H.  L.,  1740-42) 
et  par  la  correspondance  (63  lettres)  que  la  bienheureuse 
a  échangée  avec  ce  dominicain  et  certaines  personnes  de 


son  entourage.  Ces  documents,  conservés  dans  le  Codex 
Jaliacensis,  ont  été  étudiés  par  I.  CoUijn  :  Handskrifter 
till  Petrus  de  Dacia  Vita  Chr.  Stumbelensis,  dans  Tidskrifl 
for  Bok-och  Biblioteksvdsen,  xxxiii,  1936,  p.  1-12;  Codex 
Juliacensis,  ibid.,  213-14;  Vita  B.  Chr.  Stumbelensis, 
Upsala,  1936.  La  vie  de  Christine  a  donné  lieu,  d'autre 
part,  à  un  long  article  d'E.  Renan,  dans  H.  L.  Fr.,  xxviii, 
Paris,  1881,  p.  1-26,  et  à  deux  monographies  :  Th.  WoUers- 
heim,  Das  Leben  der  ekstatischen  Jungjrau  Chr.  von  St., 
Cologne,  1859;  A.  Steffens,  Die  selige  Chr.  von  St.,  Fulda, 
1912,  dont  certaines  données  seront  rectifiées  d'après  les 
récentes  recherches  de  J.  Gallén,  La  province  de  Dacie  de 
l'ordre  des  Frères  Prêcheurs,  i,  Helsingtors,  1946,  p.  225-45. 
—  Sur  les  épreuves  mystiques  de  Chr.,  voir  H.  Tliurston, 
The  case  of  Blessed  Chr.  von  St.,  dans  The  A/on(/i,  clvi,' 
1928,  p.  289-301,  425-37. 

M. -H.  Laurent. 
CHRISTODOULOS,  de  Patmos  (xi»  s.).  Il 
naquit  dans  les  environs  de  Nicée,  vers  1020.  Quelque 
vingt  ans  plus  tard,  il  se  rendit  au  mont  Olympe,  en 
Bithynie,  et  se  mit  sous  la  direction  d'un  moine  expé- 
rimenté. Au  bout  de  trois  ans,  celui-ci  mourut.  Son 
élève  entreprit  alors  le  pèlerinage  de  Rome,  pviis  celui 
de  Jérusalem.  Après  avoir  visité  les  Lieux  saints,  il 
se  fixa  dans  un  endroit  désert  près  du  Jourdain.  Une 
incursion  des  Turcs  le  contraignit  de  partir  et  il 
remonta  vers  le  Nord,  pour  se  fixer  au  mont  Latros 
(ancien  Latmos,  dans  la  province  de  Carie),  où  existait 
une  véritable  confédération  de  monastères,  sous  la 
conduite  d'un  archimandrite  qui  avait  autorité  sur 
les  différents  higoumènes  ou  supérieurs  locaux.  Les 
moines  lui  offrirent  cette  charge,  mais  il  la  refusa  et  il 
fallut  l'autorité  du  patriarche  de  Constantinople  pour 
la  lui  faire  accepter.  Une  nouvelle  invasion  turque 
l'obligea  à  s'exiler  de  nouveau.  Avec  quelques  fidèles 
compagnons,  il  se  dirigea  vers  la  Palestine  et  s'arrêta 
à  Strobilos,  en  face  de  l'île  de  Cos.  Le  supérieur  du 
monastère  de  Cavalouris,  Arsène  Skinouris,  lui  céda 
sa  maison  avec  toutes  ses  propriétés.  Comme  l'afflux 
des  gens  du  monde  l'importunait,  Christodoulos  se 
rendit  dans  l'île  de  Cos,  où  il  trouva  la  solitude  qu'il 
rêvait,  et  il  construisit  un  monastère  en  l'honneur  delà 
Mère  de  Dieu.  Une  fois  de  plus  l'intrusion  des  gens 
du  monde  le  contraignit  à  une  nouvelle  retraite.  Il 
décida  ses  moines  à  se  rendre  dans  une  île  déserte  et 
ils  firent  choix  de  Patmos.  Pour  assurer  cette  fonda- 
tion, Christodoulos  alla  implorer  le  secours  de  l'empe- 
reur à  Constantinople.  Alexis  Comnène  le  pria  d'aller 
plutôt  rétablir  la  discipline  parmi  les  moines  de 
Zagora  en  Thessalie.  Dans  ce  but,  le  solliciteur  écrivit 
un  II  Manuel  de  conversation  avec  Dieu  »  qui  leur  parut 
trop  difficile  à  suivre.  Alexis  abandonna  son  projet  et 
délivra  à  Christodoulos  un  chrysobulle  qui  lui  concé- 
dait la  propriété  de  l'île  de  Patmos  et  des  deux  îlots 
voisins  d'Acrite  et  de  Lepsia  et  des  immunités  très 
étendues  en  échange  des  possessions  de  Cos  et  de 
Strobilos  (avr.  1088).  Quatre  ans  plus  tard,  le  mo- 
nastère n'était  pas  encore  terminé  qu'il  fallut  fuir 
devant  une  autre  invasion.  La  communauté  émigra 
dans  l'île  d'Eubée,  où  elle  put  s'établir  facilement. 
Dès  que  l'invasion  eut  reflué,  Christodoulos  songea  à 
regagner  Patmos.  Il  appela  son  fidèle  disciple  Sabas, 
lui  confia  tous  ses  livres  et  l'envoya  terminer  le  monas- 
tère et  prépai-er  le  retour.  Lui-même  finit  ses  jours  en 
Eubée  et  son  corps  ne  fut  transporté  à  Patmos  qu'une 
année  plus  tard.  Les  auteurs  ne  sont  pas  d'accord  sur 
la  date  où  mourut  Christodoulos,  les  uns  la  fixant  à 
1093,  d'autres  à  1100,  d'autres  à  1101.  L'Église 
grecque  le  considère  comme  un  saint  et  le  fête  le 
16  mars. 

Il  est  certain  que  ce  personnage  exerça  une  cer- 
taine influence  dans  l'Orient  byzantin,  mais  on  aurait 
tort  de  le  considérer  comme  un  réformateur  du  mona- 
chisme,  ainsi  qu'on  l'a  fait  parfois.  C'était  un  ascète 
plutôt  qu'un  théologien  et  un  mystique.  Il  a  laissé  une 


777 


CHRISTODOULOS 


-  CHRISTOPHE 


778 


Hypotyposis  ('YTTOTÛTrcoais),  sorte  d'autobiographie, 
dans  laquelle  il  prodigue  des  conseils  à  ses  moines,  et 
un  Testament  mystique  (Mucttikti  5ia6r|Kr|),  suivi  d'un 
codicille  (mars  1093).  On  n'y  trouve  rien  qui  ne  soit 
conforme  aux  règles  posées  jadis  par  S.  Basile.  Sou- 
cieux de  la  formation  de  ses  moines,  Christodoulos  se 
procura  des  livres  qu'il  emportait  dans  ses  diverses 
pérégrinations  et  qu'il  expédia  à  Patmos  quelque 
temps  avant  sa  mort. 

h' Hypotyposis  et  le  Testament  mystique,  ainsi  que  le 
chrysobulle  d'Alexis  Comnène,  se  trouvent  dans 
Miklosich-Miiller,  Acla  et  diplomata  Graeca  Medii 
Aevi,  VI,  23,  90,  et  dans  'AKoAou9(a  Upà  toO  ôalou 
XpiOToSoûAou,  Athènes,  1884.  Ce  dernier  ouvrage 
contient  également  une  biographie  écrite  par  Jean, 
métropolite  de  Rhodes,  et  deux  panégyriques,  l'un 
du  patriarche  Athanase  d'Antioche  (t  vers  1178)  et 
l'autre  de  Théodose,  moine  de  Byzance  (fin  du  xii«  s.). 

Ed.  Le  Barbier,  S.  Christodule  et  la  réforme  des  couvents 
grecs  au  XI'  s.,  Paris,  1863  (mal  informé  et  tendancieux). 
—  Dom  P.  Renaudin,  Christodule,  higoumène  de  S.-Jean 
à  Patmos  (1020-1101),  dans  Rev.  de  l'Orient  chrél.,  v,  1900, 
p.  215-46  (s'inspire  souvent  de  Le  Barbier).  —  Le  meilleur 
travail  est  celui  de  J.  Euzet,  Patmos,  Paris,  1914,  p.  267- 
302.  —  Cf.  L.  Petit,  Biblioth.  des  Acoloulhies  grecques, 
Bruxelles,  1928,  p.  38-41. 

R.  Janin. 

CHRISTOLYTES,  hérétiques  (vii'-viii"  s.). 
Voir  D.  T.  C,  ii,  2417-18. 

1.  CHRISTOPHE  (Saint),  un  des  plus  popu- 
laires, mais  aussi  un  des  moins  connus  parmi  les  saints 
martyrs  de  l'antiquité.  Le  plus  ancien  monument  de 
son  culte  est  une  église  de  Chalcédoine,  commencée  en 
450  par  l'évêque  Eulalius  et  dédiée  le  22  sept.  452.  En 
536,  parmi  la  liste  des  signataires  du  concile  de  Cons- 
tantinople,  il  est  fait  mention,  comme  dépendant  de 
l'évêque  de  Chalcédoine,  Photin,  d'un  monastère  de 
S. -Christophe  tcôv  TapuAAfou.  La  notice  du  martyrologe 
hiéronymien  place  son  martyre  in  Licia,  civitate  Samo. 
Le  registre  de  S.  Grégoire  le  Grand  parle  d'un  monas- 
tère de  S. -Christophe  dans  le  diocèse  de  Taormina  en 
Sicile.  En  Espagne,  il  y  avait  au  ix«  s.  des  reliques 
de  S.  Christophe  et  un  monastère  lui  était  consacré 
près  de  Cordoue.  Plus  tard,  son  culte  s'est  répandu 
dans  toute  la  chrétienté,  comme  celui  du  patron  des 
voyageurs,  et  spécialement  de  ceux  qui  avaient  une 
rivière  à  traverser.  Aujourd'hui,  il  est  regardé  comme 
le  protecteur  des  automobilistes. 

Sa  légende,  telle  qu'elle  est  rapportée  par  les  méno- 
loges  grecs,  est  des  plus  fabuleuses.  Elle  représente 
Christophe  comme  un  guerrier  barbare  de  la  tribu  des 
cynocéphales,  qui,  enrôlé  dans  les  armées  impériales, 
se  convertit  au  christianisme,  refuse  d'abjurer  et 
meurt  dans  des  tourments  d'une  cruauté  raffmée. 
L'iconographie  le  montre  avec  une  tête  de  chien, 
sans  doute  en  dépendance  de  la  légende,  et  il  est  bien 
inutile  de  voir  en  lui  le  successeur  du  dieu  égyptien 
Annubis.  La  légende  orientale  a  pénétré  en  Occident 
par  des  traductions  et  le  saint  à  tête  de  chien  s'y  ren- 
contre çà  et  là  dans  les  représentations  figurées  (cf. 
S.  Gaidoz,  S.  Christophe  à  tête  de  chien  en  Irlande  et  en 
Russie,  dans  Mém.  de  la  Soc.  des  antiq.  de  France, 
1924,  p.  199). 

En  Occident,  Christophe  est  un  géant  qui  s'est  pro- 
mis de  mettre  sa  force  au  service  du  maître  le  plus 
puissant  du  monde  :  d'abord  un  roi,  puis  l'empereur, 
puis  le  démon,  et  finalement  le  Christ  que  redoute  le 
démon.  Il  se  fait  donc  instruire  dans  la  religion  chré- 
tienne par  un  ermite  qui  lui  enseigne  le  précepte  de 
la  charité  et,  pour  pratiquer  le  commandement,  il 
s'installe  sur  les  bords  d'un  fleuve  qu'il  fait  passer  aux 
voyageurs.  Une  nuit  un  enfant  vient  le  réveiller  et 


lui  demande  de  le  mener  sur  l'autre  rive.  Le  géant 
charge  en  effet  l'enfant  sur  ses  épaules,  mais  celui-ci 
devient  de  plus  en  plus  lourd,  à  mesure  qu'on  avance; 
et,  lorsqu'on  est  arrivé,  il  révèle  à  son  passeur  qu'il 
n'est  autre  que  le  Christ;  en  même  temps,  il  lui 
annonce  qu'il  sera  martyr,  ce  qui  en  effet  se  réalise 
peu  après.  L'origine  de  cette  forme  de  la  légende  est 
inconnue,  mais  on  peut  croire  qu'elle  provient  de 
l'iconographie,  car  le  type  du  bon  géant  portant  un 
enfant  sur  les  épaules  semble  plus  ancien  qu'elle  :  son 
plus  ancien  témoin  est  le  récit  de  Jacques  de  Voragine 
dans  la  Légende  dorée. 

Au  Moyen  Age,  on  représentait  volontiers  S.  Chris- 
tophe sur  les  murs  des  églises,  et  on  lui  donnait  des 
proportions  gigantesques  pour  qu'il  fût  possible  de  le 
voir  de  loin.  On  croyait,  en  effet,  qu'il  suffisait  de  le 
regarder  pour  être  ce  jour-là  préservé  de  la  mort 
subite  ou  de  tout  accident.  D'où  la  formule  courante  : 
Christophorum  videas,  postea  tutus  eas,  ce  que  l'on  tra- 
duit :  Regarde  S.  Christophe  et  va-t-en  rassuré. 
S.  Christophe  figure  dans  la  liste  des  saints  auxilia- 
teurs. 

B.  H.  G.,  309-11.  —  B.  H.  L.,  1764-79;  Suppl.,  p.  75.  — 
A.  S.,  juin.,  VI,  125-49.  —  Tilleniont,  m,  350  et  713.  — 
Bernouilli,  Die  Heiligen  der  Merovinger,  151.  —  Quentin- 
Delehaye,  Comment,  in  mcu-tyrol.  hieronym.,  396.  —  Dele- 
haye.  Origines,  184-85,  356,  422;  Cinq  Leçons,  142-46. 
Quentin,  Martyrologes  historiques...,  152-53.  —  H.  F. 
Rosenfeld,  Der  hl.  Chrislophorus,  seine  Verelvung  und  seine 
Légende,  Leipzig,  1937.  —  A.  Masseron,  S.  Christophe, 
Paris,  1933.  —  P.  Perdrizet,  Le  calendrier  parisien  à  la  fin 
du  M.  A.,  Paris,  1933,  p.  181-83.  —  E.  K.  Stahl,  Die 
Légende  vom  hl.  Riesen  Chrislophorus  in  der  Graphik  des 
XV.  und  XVI.  Jhts,  Munich,  1920.  —  É.  Mâle,  Uart 
religieux  du  XIII'  s.,  Paris,  1910,  p.  272.  —  K.  Kiinstle, 
Ikonographie  der  Heiligen,  Fribourg-en-Br.,  1926,  p.  158. 

G.  Bardy. 

2.  CHRISTOPHE  (Saint),  martyr  à  Cordoue. 
Paul  Alvare,  dans  sa  Vita  S.  Eulogii,  c.  iv,  n.  12, 
attribue  à  Christophe  une  origine  arabe,  .\rabs  génère; 
il  laisse  entendre  qu'il  écrira  la  biographie  de  Chr. 
(P.  L.,  cxv,  714);  a-t-elle  été  rédigée  et  a-t-elle  été 
perdue?  On  l'ignore.  Toujours  est-il  que  nous  n'avons 
sur  ce  saint  que  la  courte  notice  que  S.  Euloge  lui 
consacre  dans  son  Memoriale  sanctorum.  D'après  cet 
auteur,  Chr.  était  son  parent  et  son  disciple;  il  avait 
professé  la  vie  monastique  au  monastère  de  S. -Martin, 
dans  les  montagnes  de  Cordoue,  où  il  avait  mené  une 
vie  sainte.  Sous  l'impulsion  du  courant  de  ferveur  qui 
s'empara  des  mozarabes  vers  le  milieu  du  ix«  s.,  il  se 
présenta  aux  juges,  avec  un  autre  moine  du  monas- 
tère des  SS.-Juste-et-Pasteur,  Léovigilde.  Ils  furent 
condamnés  à  la  peine  capitale  et  moururent  le  20  août 
852.  Leurs  corps  furent  brûlés,  mais  des  chrétiens 
purent  sauver  quelques  reliques,  qu'ils  déposèrent 
dans  l'église  de  S.-Zoyl  à  Cordoue.  Leur  mémoire  est 
mentionnée  dans  le  martyrologe  d'Usuard  et,  à  la 
suite  de  celui-ci,  dans  tous  les  autres  martyrologes. 
Les  arguments  invoqués  par  Mabillon  pour  en  faire 
des  moines  bénédictins  sont  rejetés  aujourd'hui 
(.4.  S.  0.  S.  B.,  saec.  m.  II"  pars,  Venise,  1735,  col. 
690  sq.). 

P.  Alvare,  Vita  seu  Passio  S.  Eulogii,  iv,  n.  12;  P.  L., 
cxv,  714.  —  S.  Euloge,  Memoriale  sanctorum,  II,  xi;  P.  L., 
cxv,  792.  —  Tamayo  Salazar,  Anamnesis  ( Martyrologium) , 
IV,  Lyon,  1656,  p.  513.  —  A.  S.,  août,  iv,  97.  —  E.  Flôrez, 
X,  395;  XII,  208.  —  Baronius,  ann.  852,  n.  17.  —  Simonet, 
Hist.  de  los  Mozârabes,  dans  Memorias  de  la  R.  Acad.  de 
la  historia,  xiii,  Madrid,  1903,  p.  433. 

F.  PÉREZ. 

3.  CHRISTOPHE,  pape  à  la  fin  de  903  et  au 

début  de  904.  Il  était  prêtre  de  Rome,  lorsqu'il  se  fit 
proclamer  pape,  après  avoir  renversé  et  jeté  en  prison 
son  prédécesseur  Léon  V,  qui  n'avait  régné  que  cin- 
quante-sept jours  (Flodoard,  De  Christi  triumphis. 


779 


CHRISTOPHE 


—  CHRISTOPOLIS 


780 


P.  L.,  cxxxv,  831).  Il  est  difficile  de  préciser  les  causes 
de  la  révolution  qui  l'amena  au  pouvoir  :  se  présen- 
tait-il comme  un  ennemi  de  Formose?  les  Romains 
en  voulaient-ils  à  l'étranger  qu'était  pour  eux  Léon? 
En  tout  cas,  son  règne  ne  dura  guère  plus  que  celui 
de  Léon  V  :  les  mss.  du  Liber  pontificalis  lui  attribuent 
les  uns  quatre  mois,  les  autres  sept  mois  de  règne. 
Dans  les  premiers  jours  de  janv.  904,  un  complot 
se  noua  contre  lui  et  le  renversa  à  son  tour.  Serge,  qui 
en  898  avait  été  évincé  par  Jean  IX,  rentra  à  Rome, 
avec  l'appui  des  Francs,  c.-à-d.  vraisemblablement 
des  Spolétains,  et  fut  acclamé  comme  pape;  il  dut 
être  installé  le  29  janv.  904.  On  n'a  de  Christophe 
qu'une  seule  charte,  du  26  déc  903.  Dégradé  et  revêtu 
de  l'habit  monastique,  Christophe  rejoignit  en  prison 
Léon  V.  Peu  de  temps  après,  on  exécuta,  par  pitié, 
les  deux  malheureux. 

Les  sources  essentielles  sur  Christophe  sont  les  ouvrages 
d'Auxilius,  In  dejensionem...  papae  Formosi,  i,  1,  et  de 
Vulgarius,  De  causa  formosiana,  14.  —  Voir  L.  Duchesne, 
Le  Liber  pontificalis,  ii,  p.  lxix,  qui  attribue  à  Christophe 
quatre  mois  de  pontificat,  p.  235.  —  É.  Amann,  L'Église 
au  pouvoir  des  laïques,  dans  Fliche-Martin,  Hist.  de  l'Église, 
VII,  30. 

G.  Hardy. 

C H  R I STO  P H  E ,  patriarche  d'Alexandrie  (ix« s. ). 
VoirZ».  T.  C.  II,  2418;  L.  T.  K.,  ii,  936-37. 

CHRISTOPHE  ANGÉLOS,  théologien  grec 
(xvn«  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2419. 

4.  CHRISTOPHE  DE  CASTILLE.  Né  à 

C.  Rodrigo,  il  passa  de  nombreuses  années  à  la  cour  de 
l'infant  Ferdinand,  frère  de  Charles-Quint.  Il  voulut 
quitter  le  monde  et  se  fit  moine  cistercien  à  Valde- 
iglesias.  Il  fit  imprimer  des  Obras  poeticas  de  Christo- 
val  de  Castillejo,  Alcala,  1598  et  1615.  Il  mourut  en 
1616. 

N.  Antonio,  Bibl.  hisp.  nova,  Madrid,  i,  1783,  p.  243.  — 
R.  Muniz,  Bibl.  cisterc.  espafiola,  Burgos,  1793,  p.  90. 

J.-M.  Canivez. 
CHRISTOPHE  DE  CHEFFONTA INES, 

frère  mineur,  controversiste  français  (t  1595).  Voir 

D.  T.  C,  II,  2352-54. 

5.  CHRISTOPHE  GONZALEZ  DE  PE- 
RALES,  cistercien  de  Valbuena,  en  Espagne.  Il  a 
laissé  une  Hist.  de  la  esclarecida  vida  y  milagros  dcl 
Bienaventurado  Padre  y  melifluo  Doctor  San  Ber- 
nardo...,  Valladolid,  1601,  in-4°. 

N.  Antonio,  Bibl.  hisp.  nova,  Madrid,  1783,  i,  p.  245.  — ■ 
H.  L.  Fr.,  XIII,  131.  —  R.  Mufiiz,  Bibl.  cisterc.  espanola, 
Burgos,  1793,  p.  153. 

J.-M.  Canivez. 

1.  CHRISTOPOLIS,  évêché  de  la  Macédoine 
IIP,  dépendant  de  Philippes,  puis  archevêché  indé- 
pendant et  enfin  métropole  sans  sufîragant.  La  ville 
ancienne  était  connue  sous  le  nom  de  Néapolis,  et 
non  sous  celui  d'Amphipolis,  comme  on  l'a  cru  pen- 
dant longtemps  à  la  suite  de  Le  Quien.  Celui  de  Chris- 
topolis  lui  fut  certainement  donné  dans  le  haut 
Moyen  Age,  puisqu'on  le  trouve  déjà  au  début  du 
ix"  s.,  dans  une  lettre  de  S.  Théodore  Studite.  Il  se 
conserva  pendant  toute  la  période  byzantine,  au 
moins  dans  les  documents  officiels,  car  il  semble  avoir 
été  supplanté  d'assez  bonne  heure  par  celui  de  Ca- 
valla,  qui  est  encore  employé  de  nos  jours.  La  petite 
ville  de  Cavalla  se  trouve  au  fond  du  golfe  de  même 
nom,  à  l'est  de  Thessalonique,  presque  en  face,  de 
l'île  de  Thasos. 

On  n'a  aucune  donnée  sur  la  fondation  de  l'évêché. 
La  première  liste  épiscopale  qui  en  parle  est  celle 
dite  de  Léon  le  Sage.  Il  est  alors  soumis  à  Philippes, 


métropole  de  la  Macédoine  II1«  (H.  Gelzer,  Ung/"- 
druckte  und  ungeniigend  verôfjenllichte  Texte  der  Noti-^ 
tiae  episcopatuum,  dans  Abh.  der  kônigl.  bayer.  Akad. 
der  Wiss.,  1'^  cl.,  t.  xxi,  sect.  m,  Munich,  1900, 
p.  558).  Il  fut  promu  au  rang  d'archevêché  indépen- 
dant avant  la  fin  du  xiii«  s.,  puisqu'il  paraît  sous  ce 
titre  au  synode  tenu  par  le  patriarche  Athanase  I" 
contre  Jean  Drimys.  h'Ecthésis  d'Andronic  II  Paléo- 
logue  dit  qu'après  avoir  été  érigé  en  archevêché  il  est 
devenu  métropole  et  qu'il  occupe  le  48«  rang  à  ce 
titre  (H.  Gelzer,  loc.  cit.,  598);  celle  d'Andronic  III 
place  ChristopoHs  au  même  rang  que  Philippes,  le 
39°  (ibid.,  608);  enfin  une  liste  épiscopale  qui  date 
probablement  de  la  fin  du  xv^  s.  lui  assigne  le  30»  rang 
(ibid.,  629).  Le  nom  de  Christopolis  disparaît  même 
au  xviie  s.  C'est  ainsi  qu'en  1616  la  métropole  de 
Cavalla  est  unie  à  celle  de  Philippes  (Sathas,  Biblio- 
theca  Graeca  Medii  Aevi,  m,  560).  En  tant  que  Christo- 
polis, elle  avait  déjà  subi  des  vicissitudes.  En  mai  1317, 
l'archevêché  de  Drama  lui  avait  été  uni  avec  tous  ses 
droits  (Miklosich  et  Miiller,  Acta  et  diplomata  Graeca 
Medii  Aevi,  i,  68-69).  Vers  1370,  le  Saint-Synode 
confiait  au  métropolite  de  Christopolis  l'administra- 
tion de  l'île  de  Thasos  {ibid.,  i,  552).  En  avr.  1395,  la 
métropole  fut  donnée  à  l'évêque  d'Éleuthéropolis 
{ibid..  Il,  235). 

On  connaît  un  certain  nombre  d'évêques,  d'arche- 
vêques et  de  métropolites  de  Christopolis.  S.  Théodore 
Studite  signale  que  le  titulaire,  au  début  du  ix^  s., 
dont  il  ne  donne  pas  lé  nom,  vint  à  son  monastère  pour 
convaincre  les  moines  de  recevoir  à  leur  communion 
l'économe  Joseph,  coupable  d'avoir  béni  le  mariage 
adultère  de  Constantin  VI,  et  qu'il  fut  éconduit 
{Epist.,  I,  xLviii;  P.  G.,  xcix,  1074  B).  —  Dorothée 
élu  en  975  (Mertzidès,  Oî  OiAiTTTTOi,  212,  note  14).  — 
Jean,  8  janv.  1191  (A.  Papadopoulos-Kérameus, 
'AvàÂEKTa  'lEpoaoAu|ir|TiKfiç  ZTaxuoAoyfaç,  i,  462). 
—  N.,  archevêque  de  Christopolis,  assiste  au  synode 
tenu  par  le  patriarche  Athanase  I^'  contre  Jean  Dri- 
mys. —  Hiérothée  signe  des  actes  patriarcaux  en 
juin,  et  sept.  1315  (Miklosich  et  Millier,  op.  cit.,  i,  5, 
8,  14).  —  Le  siège  était  vacant  en  sept.  1327,  puisque 
le  Saint-Synode  en  nomme  proédros,  ou  administra- 
teur, Marcel  de  Varna  {ibid.,  i,  144).  —  Macaire  est 
signalé  en  1350  {ibid.,  i,  300);  peut-être  est-il  l'évêque 
(sic)  de  Christopolis  qui  prend  part  au  synode  que 
réunit  le  patriarche  Calliste  I"  contre  Barlaam  et 
Acindynos  (1351).  —  En  août  1365,  Pierre,  évêque  de 
Polystylos,  est  transféré  à  la  métropole  de  Christo- 
polis {ibid.,  I,  475-76).  —  Quelque  trente  ans  plus  tard, 
un  document  parle  d'un  métropolite  de  Christopolis, 
malheureusement  anonyme  {Vizantiiski  Vremennik,  i, 
I  680).  —  On  trouve  encore  Syméon  en  1604  (Mertzidès, 
op.  cit.,  214,  note  29).  —  Signalons  enfin  que  plusieurs 
métropolites,  dont  on  ignore  le  nom,  prennent  part 
aux  délibérations  du  Saint-Synode  de  1315  à  1365 
(Miklosich  et  Mùller,  op.  cit.,  i,  15,  18,  19,  40,  34,  41, 
44,  49,  51,  52,  54,  61,  67,  72,  219,  338,  362,  476). 

L'Église  grecque  de  Constantinople  a  conféré  plu- 
sieurs fois  le  titre  de  Christopolis  dans  les  temps 
modernes  :  Pancrace,  nov.  1834  (N£oeAAr|viKr|  'ETriôeco- 
priCTis,  III,  64).  —  Taraise,  30  juin  1867-19  févr. 
1877,  auxiliaire  à  Drama  ('EKKAr|aiacrTiKfi  'AAr|6eia, 
II,  634).  —  Cyrille,  27  cet.  1877-t  mars  1894,  auxi- 
liaire à  Smyrne  {ibid.,  ii,  662;  Dracou,  'EXÂr|viKal 
EKKAriaiaoTiKai  aéAiSEÇ,  7).  —  Joachim,  1901-1904 
('EKKAr|aiaCTTiKri  'AAf|6Eia,  xxiv,  67).  — -  Jacques, 
1906-28  févr.  1911  {ibid.,  xxxi,  51).  —  Ambroise, 
1911-  ?  ,  auxiliaire  à  Serrés.  —  Basile  Combopou- 
los,  9  mai  1914-  ?  .  —  Mélétios  Loukakès,  13  avr. 
1926-17  déc.  1927  ('OpOoSoÇla,  ii,  437). 

Du  xiv  au  xvie  s.,  le  titre  de  Christopolis  a  été 
assez  employé  dans  l'Église  romaine,  puis  abandonné 


781 


CHRISTOPOLIS  —  CHRODEGAiNG 


782 


depuis  lors  :  Nicolas,  mai  1319-  '?  .  —  Béranger, 
10  févr.  1327-t  1352,  réside  en  Avignon.  —  Richard 
de  Taussoniano,  O.  Carm.,  14  mai  1352-7  sept,  sui- 
vant. —  Adalbert,  ?  -f  1394.  —  Jean  Zacow, 
O.  F.  M.,  17  juin.  1394-95.  —  Thomas  Bittyler, 
O.  F.  M.,  15  mars  1395-après  1420,  suffragant  à  Win- 
chester et  à  Worcester.  —  Henri  de  Villacolor,  O.  F. M., 
20  mai  1422-t  1453  (?).  —  Michel  Castault,  O.  F.  M., 
8  mars  1454-?,  auxiliaire  à  Valence  et  Ségorbe.  — 
Jean  d'Ivoy,  O.  P.,  1461-8  sept.  1465,  sufiragant  à 
Toul.  —  Jean  Olisin  ou  Olbin,  0.  P.,  3  mars  1474-?, 
sufTragant  à  Toul.  —  Jean  de  Sorceyo,  O.F.M.,  11  mai 
1492-28  mai  1503,  suffragant  à  Toul.  —  Pierre  Lié- 
tard,  19  déc.  1503-5  sept.  1506,  suffragant  à  Toul. 

—  François  de  Ihaen,  hospit.  de  S. -Jean  de  Jéru- 
salem, 5  déc.  1520-?,  auxiliaire  à  Séville.  —  Henri 
Kurt,  10  nov.  1525-t  14  mars  1530,  suffragant  à 
Passau.  —  Désiré  Opis,  O.  P.,  19  juin  1530-t  1546. 

—  Clément  Bouley,  O.  P.,  31  janv.  1547-t  1574,  su- 
ffragant à  Toul.  —  Jean  Buxet,  22  mai  1574-?,  su- 
ffragant à  Toul.  —  Martin  Szyszkowsky,  24  nov. 
1603-18  juin.  1607,  coadj.  à  Luck.  —  Louis  de  Tara- 
gni,  O.  S.  B.,  21  mars  1612-?,  suffragant  à  Toul.  — 
Jean  Wyszemiersky,  5  mai  1628-?,  suffragant  à  Samo- 
gitie.  —  Michel  de  Chumberg,  O.  F.  M.  Obs.,  3  oct. 
1639-?,  suffragant  à  Laybach. 

Ann.  pont.,  1916,  p.  389.  —  C.  Eubel,  i,  193;  n,  142; 
in,  182;  iv,  150. 

R.  Janin. 

2.  CHRISTOPOLIS  ou  CHRYSOPOLIS, 

évêché  de  la  province  d'Asie,  dépendant  d'Éphèse.  Ce 
nom  est  uniformément  employé  dans  les  listes  conci- 
liaires, de  451  à  879.  Cependant  l'évêché  est  ordinai- 
rement désigné  sous  son  nom  ancien  de  Dioshieron 
(voir  à  ce  mot). 

R.  Janin. 

3.  CHRISTOPOLIS,  autre  nom  de  Tyane, 
métropole  de  la  Cappadoce  II".  Le  titre  a  été  donné, 
le  17  déc.  1927,  à  Mélétios  Loukakès,  jusqu'alors 
évêque  titulaire  de  Christopolis  de  Macédoine  et  direc- 
teur d"Op9o5oÇ(a,  revue  officielle  du  patriarcat  grec 
orthodoxe  de  Constantinople;  le  2  août  1928,  le 
patriarche  y  ajouta  celui  d'exarque  de  la  Cappadoce 
II*  ("OpeoSoÇîa,  n,  437;  m,  248)  (f  22  juiU.  1946). 

R.  Janin. 

CHRODEGANG  (Saint),  évêque  de  Metz, 
viii«  s.  Depuis  Jean  de  Gorze  au  x«  s.,  la  vie  de  S.  Chro- 
degang  a  souvent  été  écrite,  car  le  prélat  fut  l'un  des 
plus  glorieux  évêques  de  la  cité  messine;  son  influence 
est  encore  prépondérante  dans  le  domaine  du  chant 
liturgique  :  une  revue  musicale  catholique  se  réclame 
de  lui  et  une  rue  porte  son  nom.  C'est  dire  que  Metz 
n'a  pas  oublié  un  de  ses  plus  célèbres  pasteurs. 

Né  en  712,  au  pays  de  Hesbaye,  en  Brabant,  il  avait 
pour  père  Sigramme  et  pour  mère  Landrade,  tous 
deux  de  noble  origine.  Sa  nièce  Ermingarde  ayant 
épousé  Louis  le  Débonnaire,  il  entra  ainsi  dans  la 
famille  impériale.  Très  tôt,  il  fréquenta  l'abbaye  de 
S.-Trond  et  son  école  monastique,  où  il  puisa  le  goût 
des  sciences  ecclésiastiques  et  profanes.  A  peine  âgé 
de  vingt-cinq  ans,  il  fut  distingué  par  Charles-Martel, 
qui  le  nomma  référendaire  ou  chancelier  du  royaume, 
puis  premier  ministre  (737).  Il  passa  à  la  cour  cinq 
années,  ne  changeant  rien  à  ses  habitudes  de  mortifi- 
cation et  ne  dissimulant  pas  sa  charité  envers  les 
pauvres  et  les  orphelins.  Le  30  sept.  742,  il  fut  sacré 
évêque  de  Metz,  mais  Pépin  le  Bref,  roi  d'Austrasie, 
exigea  qu'il  cumulât  les  fonctions  de  premier  ministre 
avec  celles  de  pasteur  des  âmes.  Ses  éminentes  qualités 
ne  se  démentirent  pas  et  Pépin  le  Bref,  au  contact 
d'une  telle  personnalité,  ne  put,  lui-même,  que  conti- 
nuer à  manifester  pour  la  religion  un  zèle  qui  ne  faiblit 
jamais. 


Chrodegang,  ne  négligeant  ni  ses  devoirs  épisco- 
paux,  ni  ses  devoirs  politiques,  donnait  toutefois  la 
préférence  aux  premiers.  Les  bénédictins,  auteurs  de 
l'Histoire  de  Metz,  écrivent  :  «  Il  vécut  toujours  dans 
une  très  grande  simplicité,  faisant  paraître  beaucoup 
de  douceur  dans  ses  mœurs  et  de  modestie  dans  toute 
sa  conduite.  Jamais  on  ne  vit  de  luxe  dans  ses  habits, 
ni  à  sa  table.  Il  avait  une  charité  sans  bornes  pour  les 
misérables.  Il  nourrissait  un  nombre  incroyable  d'indi- 
gents, et  protégeait  les  veuves  et  les  orphelins  qui  le 
regardaient  comme  leur  père  et  leur  tuteur.  »  Il  fut 
vraiment  un  autre  S.  Boniface,  à  qui  il  succéda  d'ail- 
leurs dans  la  réforme  du  clergé. 

On  lui  doit,  à  Metz  et  dans  le  pagus  MosUnensis,  des 
créations  religieuses  qui  ont  rendu  son  nom  célèbre. 
C'est  lui  qui  fonda  l'abbaye  bénédictine  de  Gorze, 
dont  les  bâtiments  existent  encore,  abbaye  qui,  en 
moins  d'un  siècle,  devint  une  des  plus  importantes  de 
Moselle,  grâce  aux  libéralités  des  princes,  ses  bienfai- 
teurs. La  fondation  date  de  748.  Dans  la  charte  origi- 
nale, Chrodegang  proclame  formellement  son  inten- 
tion de  créer  une  basilique  à  Gorze,  là  où,  primitive- 
ment, existait  un  monastère  dédié  à  S.  Pierre,  que  la 
légende  voulait  avoir  été  construit  par  S.  Clément,  le 
premier  évêque  de  Metz.  En  rappelant  le  nom  de 
S.  Pierre,  nous  renvoyons  aux  remarquables  travaux 
du  chanoine  Bour,  qui  a  combattu  la  thèse  d'une 
double  fondation  épiscopale.  Le  monastère  de  S.- 
Pierre, dit-il,  est  le  même  que  celui  de  Gorze,  bien  que 
Paul  Diacre,  dans  ses  Gesta  episcoporum  Metlensium, 
déclare  le  contraire.  Tous  les  auteurs,  depuis  le  moine 
de  Gorze  qui  écrivit  au  x«  s.  la  Vita  Chrodegangi,  ont 
copié  ce  passage  de  la  biographie  du  prélat,  faisant 
les  mêmes  erreurs.  Le  chanoine  Bour,  ayant  étudié  à 
fond  la  question,  conclut  que  Paul  Diacre,  Lombard 
d'origine,  a  péché  par  ignorance  géographique. 

Quoi  qu'il  en  soit,  Chrodegang  a  doté  l'abbaye  de 
très  nombreux  biens,  énumérés  dans  la  charte  de  fon- 
dation et  confirmés  par  Pépin  le  Bref.  Quelques  années 
plus  tard,  l 'évêque  devait  agrandir  et  embellir  la 
cathédrale  S.-Étienne,  ainsi  que  l'église  voisine  de 
S. -Pierre-Majeur.  Dans  la  première,  il  rénova  le 
maître  autel  et  le  chœur,  fit  installer  des  arcatures 
circulaires  et  un  cancel  qui  séparait  la  partie  réservée 
aux  clercs  de  celle  des  fidèles.  Ces  aménagements  ne 
peuvent  dater  que  des  années  postérieures  à  753, 
puisque  le  prélat  se  rendit  à  cette  époque  à  Rome. 
On  sait  que  ce  voyage,  comme  celui  qu'il  effectua 
en  765,  devait  fortement  marquer  son  existence.  Chro- 
degang voulut  adapter  son  église  épiscopale  à  celles 
qu'il  avait  vues  en  Italie,  notamment  à  Ste-Marie- 
Majeure,  à  Rome. 

Mais  il  ne  se  contenta  pas  seulement  de  prendre 
Rome  pour  modèle  de  son  église  :  il  s'inspira  aussi  de 
la  Ville  éternelle  en  ce  qui  concernait  la  liturgie,  le 
chant  et  la  discipline  du  clergé.  Il  a  laissé  une  Règle 
justement  célèbre,  qui  fut  adoptée  par  la  majeure 
partie  des  chapitres,  comme  celle  de  S.  Benoît  avait 
été  acceptée  par  la  majorité  des  monastères  d'Occi- 
dent. Le  chapitre  cathédral  fut  astreint  à  suivre  une 
vie  régulière,  fondée  sur  des  constitutions  semblables 
à  celles  de  S.  Benoît.  Le  règlement  se  composait  de 
trente-quatre  articles  et  d'une  préface,  dans  laquelle 
l'évêque  déplorait  les  abus  qui  s'étaient  glissés  parmi  le 
clergé.  Il  recommandait  l'exactitude  au  chœur,  le 
silence  à  certaines  heures,  la  sobriété  aux  repas,  l'ins- 
truction des  pauvres.  Les  chanoines  n'étaient  cepen- 
dant pas  des  moines  et  ils  ne  faisaient  nul  vœu  qui  les 
engageât.  Le  chant  était  également  mis  à  l'hon- 
neur et  dom  Cajot  déclarait  que  son  exécution  était 
si  parfaite  que  toute  la  chrétienté  vantait  le  plain- 
chant  messin.  Siméon,  second  chantre  de  l'école  litur- 
gique romaine,  raconte  dom  Mabillon,  était  venu  en 


783 


CHRODEGANG 


-  CHRYSIPPE 


784 


Austrasie  pour  y  former  des  élèves.  Ses  succès  furent 
très  incomplets  et,  le  pape  Paul  I"  l'ayant  rappelé, 
Chrodegang  se  trouva  dans  l'obligation  d'envoyer  à 
Rome  avec  lui  les  chantres  dont  il  avait  commencé 
l'éducation  musicale.  Ces  artistes,  à  leur  retour,  éta- 
blirent une  école  de  chant  qui  devint  très  célèbre,  car 
Amalaire  cite  l'antiphonier  messin  comme  étant  le 
modèle  sur  lequel  on  corrigeait  les  autres.  L'évêque  de 
Metz  est  bien  le  principal  promoteur  de  l'établissement 
de  la  liturgie  romaine  dans  l'Église  franque. 

C'est  encore  S.  Chrodegang  qui  introduisit  à  Metz 
une  coutume  romaine,  ou  du  moins  qui  lui  donna  une 
grande  extension  :  celle  des  stations,  c.-à-d.  la  célé- 
bration de  la  liturgie  dans  les  différentes  églises  de  la 
ville.  La  liste  des  églises  stationnales  de  carême  nous 
a  été  conservée  par  un  manuscrit  du  ix«  s.,  aujourd'hui 
à  la  Bibliothèque  nationale. 

En  753  donc,  Chrodegang  était  à  Rome  —  une 
année  après  le  couronnement  de  Pépin  comme  roi  des 
Francs  —  envoyé  précisément  par  celui-ci  vers  le 
pape  pour  le  prier  de  fuir  Rome  où,  en  butte  aux 
attaques  incessantes  d'Astolfe,  roi  des  Lombards,  il 
n'était  plus  en  sécurité.  Il  quitta  la  Ville  éternelle  le 
14  oct.,  se  rendit  à  Pavie  auprès  de  son  ennemi  et 
put,  avec  bien  du  mal,  mais  accompagné  de  Chrode- 
gang et  d'une  suite  peu  nombreuse,  gagner  les  Alpes 
et  le  monastère  de  S. -Maurice,  en  Valais.  Pépin  vint 
accueillir  Étienne  II  à  Ponthion,  en  Champagne 
(6  janv.  754),  et  le  conduisit  lui-même  à  S. -Denis,  où 
il  résida  en  attendant  des  jours  meilleurs.  C'est  à  cette 
occasion  que  le  Souverain  pontife  conféra  à  Chrode- 
gang le  pallium,  avec  le  titre  d'archevêque  des  Gaules 
et  la  charge  de  légat  pontifical  pour  le  royaume  des 
Francs.  En  754,  l'évêque  assista  au  concile  de  Quierzy- 
sur-Oise,  au  cours  duquel  il  agit  auprès  des  seigneurs 
francs  pour  les  décider  à  entreprendre  la  guerre  d'Ita- 
lie et  à  faire  rendre  au  S. -Siège  les  domaines  injuste- 
ment ravis.  Chrodegang  fut  alors  désigné  pour  tenter 
une  ultime  démarche  auprès  d'Astolfe,  à  qui  il  remit  | 
une  lettre  du  pape.  Tout  le  zèle  et  l'habileté  du  prélat 
devaient  échouer  devant  ce  prince  intransigeant.  En 
755,  Chrodegang  présida  le  concile  provincial  de  Ver- 
neuil,  en  757,  celui  de  Compiègne,  et  en  765,  celui 
d'Attigny,  où  furent  réunis  vingt-sept  évêques.  La 
même  année,  il  retourna  à  Rome  et  il  obtint  du  pape 
Paul  I"  les  corps  de  trois  martyrs  repris  aux  cata- 
combes romaines  :  Nazaire,  Nabor  et  Gorgon.  Il  les 
plaça  dans  des  coffrets  de  prix  et,  en  grande  pompe, 
les  conduisit  dans  son  diocèse.  Lors  de  la  translation 
des  reliques  de  S.  Gorgon,  les  moines  de  S. -Maurice 
en  Valais,  chez  qui  elles  avaient  été  déposées  pour 
une  nuit,  s'emparèrent  de  la  châsse  et  ne  voulurent 
pas  la  rendre.  Le  prélat  réussit  à  reprendre  le  glorieux 
corps  et  le  déposa,  en  mai  765,  à  Gorze.  Les  reliques 
de  S.  Nabor  furent  déposées  le  5  juill.  à  Hilariacum, 
monastère  réformé  par  son  prédécesseur  Sigesbaud, 
qui  devait  prendre  le  nom  de  son  nouveau  patron  et 
devenir,  par  allitération,  S.-Avold.  Enfin  S.  Nazaire 
fut  confié  aux  religieuses  de  Lorsch  (Lauresheim), 
près  de  Worms. 

Chrodegang  devait  mourir  le  6  mars  766,  peu  de 
temps  par  conséquent  après  avoir  fait  la  translation 
des  reliques  romaines.  Le  martyrologe  de  Metz  célèbre 
sa  fête  le  6  mars,  sous  le  rit  double  majeur.  Les  restes 
du  pieux  prélat  furent  inhumés,  selon  son  désir,  à 
Gorze,  puis  transférés  au  monastère  de  S.-Sympho- 
rien  de  Metz,  où  ils  demeurèrent  jusqu'à  la  Révolu- 
tion qui  les  dispersa  on  ne  sait  où.  Une  seule  paroisse 
du  diocèse,  celle  d'Althorn,  près  de  Bitche,  l'a  choisi 
comme  patron.  Théodulphe,  évêque  d'Orléans,'  a 
composé  son  épitaphe  en  vers. 

Paul  Diacre,  Liber  de  episcopis  Metlensibus,  dans  [ 
M.  G.  H.,  SS.,  II,  267  sq.  —  Jean  de  Gorze,  Vita  Chrode-  \ 


gangi  episcopi,  ibid.,  x,  552  sq.  —  Meurisse,  Hisi.  des 
évesques  de  Metz,  1634,  p.  154-73.  —  Dom  Calmât,  Biblioth. 
lorraine,  1751,  p.  314-15.  —  Hisl.  de  Metz  par  les  Bénédic- 
tins, I,  1769^  p.  454-516.  —  E.  Bégin,  Hisi.  des  se.,  des 
lettres  et  des  arts...  dans  le  pays  messin,  1829,  p.  148-51; 
Metz  depuis  18  siècles,  1843-1844,  ii,  242-59.  —  Ch.  Abel, 
Étude  sur  le  pallium  et  le  titre  d'archevêque  jadis  porté  par 
les  évêques  de  Metz,  1867,  p.  33.  —  A.  Prost,  Caractère  et 
signification  de  quatre  pièces  liturgiques  composées  en  latin 
et  grec  au  IX"  s.,  dans  Mém.  de  la  Soc.  nat.  des  antiq.  de 
France,  1876,  p.  220.  —  Prost,  La  cathédrale  de  Metz,  1885, 
p.  299-307.  —  W.  Schmitz,  S.  Chrodegangi  Meltensis  epis- 
copi régula  canonicorum,  1889.  —  F.  Chaussier,  L'abbaye 
de  Gorze,  1894.  —  Léon  Germain,  Du  titre  d'archevêque  porté 
par  S.  Chrodegand,  dans  Journ.  de  la  Soc.  d'archéol.  de  la 
Lorraine,  1896,  p.  85-88.  —  D'Herbomez,  Cartulaire  de 
Gorze,  dans  Mettensia,  ii,  1898-1901.  —  Kahl,  Der  ht.  Chro- 
degang, Bischoj  von  Metz,  in  der  Geschichte  der  Padagogik, 
dans  Mitteilungen  der  Ges.  fur  deutsche  Erziehungs-und 
Schulgeschichte,  1901.  —  Reumont,  Zur  Chronologie  der 
Gorzer  Urkunden  aus  Karolingischer  Zeit,  dans  Ann.  de 
la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  de  la  Lorraine,  1902,  p.  270-89. 
—  Marichal,  Remarques...  sur  le  cartulaire  de  Gorze,  dans 
Mettensia,  m,  1902.  —  Otto  Hannemami,  Die  Kanoni- 
kerregeln  Chrodegands  von  Metz  und  der  Aachener  Synode 
von  816  und  das  Verhàltnis  Gregors  VII.  —  U.  Chevalier, 
B.  B.,  921.  —  F.-A.  Weyland,  Vies  des  saints  du  dioc.  de 
Metz,  II,  p.  1-21  (bibliogr.).  —  L.  Duchesne,  m,  1915, 
p.  57.  —  Grimme,  Die  Kanonikerregel  des  hl.  Chrodegang, 
dans  Ann.  de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  de  la  Lorraine, 
xxvii-xxviii,  1915-1916,  p.  1-44.  —  R.  Parlsot,  /fis/,  de 
Lorraine,  1924,  table.  —  Ph.  de  VigneuUes,  Chronique, 
éd.  Bruneau,  ii,  1927,  p.  242-59.  —  Klauser  et  Bour,  Notes 
sur  l'ancienne  liturgie  de  Metz  et  sur  ses  églises  antérieures 
à  l'an  mil,  dans  Ann.  de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  de  la 
Lorraine,  xxxviii,  1929,  p.  6-7,  31-34,  42-43.  —  L.  T.  K., 
II,  944.  —  R.-S.  Bour,  Un  passage  très  discuté  de  Paul 
Diacre,  dans  Ann.  de  la  Soc.  d'hist.  et  d'archéol.  de  la  Lor- 
raine, XLiv,  1935,  p.  137-46  (bibliogr.). 

T.   DE  MOREMBERT. 

CHRYSANTHE  ET  DARIA  (Saints).  Voir 
n.  A.  C.  L.,  III,  1560-68. 

I  CHRYSANTH  lus,  Clirysantianus,  que  l'on  re- 
trouve au  17  févr.  dans  le  martyrologe  hiéronymien 
sous  des  formes  variées  :  Crisanti,  Crisentiani,  Cris- 
centi,  comme  martyr  d'Aquilée,  est  une  mauvaise 
lecture  de  Chrys(ogonus). 

A.  S.,  févr.,  III,  9.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  102-03. 

R.  Van  Doren. 
CHRYSANTHOS  NOTARAS,  théologien, 
patriarche  de  Jérusalem  (f  1731).  Voir  D.  T.  C,  ii, 
2419-20. 

CHRYSANTHUS   ET  FORTUNATUS, 

martyrs  vénérés  à  Pavie,  le  15  mai,  sont,  d'après  les 
Actes  de  S.  Syr,  compagnons  de  ce  saint,  premier  évê- 
que de  Pavie,  qui  leur  conféra  l'ordination  sacerdo- 
tale. Or  ces  Actes  constituent  un  tissu  de  fables.  Les 
corps  des  martyrs  furent  transférés,  le  1"  nov.  1626, 
à  l'église  S.-Gervais  de  Pavie. 

A.  S.,  févr.,  II,  152-55;  mai,  m,  443.  —  B.  H.  L.,  7976, 
4619.  —  Lanzoni,  983-86.  —  Mart.  Rom.,  393,  574.  — 
F.  Savio,  Gli  aniichi  vescovi  d'Italia,  La  Lombardia,  II, 
II,  340-345. 

R.  Van  Doren. 
CHRYSIPPE  DE  CAPPADOCE  ou  de  Jé- 
rusalem, écrivain  du  v<^  s.  Nous  sommes  renseignés  sur 
sa  vie  par  Cyrille  de  Scythopolis,  qui  le  signale  parmi 
les  disciples  de  S.  Euthyme.  Originaire  de  la  Cappa- 
doce,  il  fut  élevé  en  Syrie,  peut-être  à  Antioche,  où  il  ' 
fit  de  fortes  études.  Vers  428,  il  vint  avec  ses  deux 
frères,  Cosmas  et  Gabrielius,  à  Jérusalem  :  tous  trois 
désiraient  se  mettre  sous  la  conduite  de  S.  Euthyme, 
qui  venait  précisément  de  s'installer  au  Sahel.  Il 
devint  économe  de  la  laure;  et,  vers  456,  sur  le  désir 
I  de  l'impératrice  Eudoxie  qui,  peu  après  440,  avait 
I  établi  sa  résidence  à  Jérusalem,  il  fut  ordonné  prêtre 


785 


CHRYSIPPE  — 


CHRYSOLOGUE 


786 


de  l'église  de  l'Anastasis.  Finalement,  il  devint  stau- 
rophylax,  c.-à-d.  gardien  des  reliques  de  la  vraie 
croix,  dignité  qu'il  exerça  pendant  douze  ans.  Il 
mourut  vers  478,  laissant  après  lui  de  nombreux  et 
excellents  ouvrages. 

Sous  le  nom  de  Chrysippe,  sont  conservés  quelques 
sermons  et  panégyriques  qui  attendent  encore  une 
étude  d'ensemble.  Le  t.  clxii  de  la  P.  G.  devait  conte- 
nir un  Encomium  S.  Mariac  Deipame,  dans  le  texte 
grec,  et  une  Laudatio  S.  loannis  praecursoris,  dans  une 
traduction  latine  :  on  sait  que  ce  volume,  tout  prêt 
à  sortir  de  presse,  a  été  victime  d'un  incendie.  Ce 
discours  a  été  publié  par  M.  Jugie,  dans  P.  0.,  xix-2, 
336-343  (cf.  A.  Sigalas,  dans  Byzant.  neiigriechische 
Jahrbiicher,  xi,  1934-1935).  Un  second  discours,  sur 
le  martyr  S.  Théodore,  a  été  édité  par  A.  Sigalas,  dans 
Byzant.  Archiv,  vu,  1921,  et  Leipzig,  1927  (cf.  A.  S., 
nov.,iv,p.55-72).  Un  troisième  discours,  sur  S.  Michel, 
a  été  publié  de  même  par  A.  Sigalas,  dans  'EiTET6piç 
Tfjs  èTaipeîaç  pujotVTivœv  ctttouScôv,  Athènes,  1926, 
p.  85-93.  Enfin,  un  discours  sur  S.  Jean-Baptiste  a 
paru  par  les  soins  d'A.  Sigalas,  à  Athènes,  1937  (cf. 
A.  BolL,  1937,  p.  337-39). 

Sur  les  éditions  antérieures,  cf.  O.  Bardenhewer,  Gesch. 
lier  allkirchl.  Liler.,  iv,  307-08.  —  Sur  Chrysippe,  voir  la 
Vita  Euthtjmii  de  Cyrille  de  Scythopolis,  éd.  E.  Schwartz, 
Texte  und  Uniers.,  xlix-2,  1940.  —  R.  Genier,  S.  Enthyme 
le  Grand  :  les  moines  et  l'Église  en  Palestine  au  V'  s.,  Paris, 
1909.  —  S.  Vallhé,  Chrysippe  de  Jérusalem,  dans  Rev.  de 
rOrienl  chrét.,  x,  190.3,  p.  96-99.  —  A.  Sigalas,  Des  Chry- 
sippos  von  Jérusalem  Enkomiom  auf  dem  M.  Johannes  dem 
Taufer,  Athènes,  1937.  —  Ch.  Martin,  Mélanges  d'homilé- 
tique  byzantine  :  Hesychius  et  Chrysippe  de  Jérusalem,  dans 
Revue  d'hist.  eccl.,  xxxv,  1939,  p.  54-60.  —  A.  Ehrhard, 
Ueberlieferung  und  Bestand  der  hagiographischen  und 
homiletischen  Litcratur  der  griechischen  Kirche,  i,  Leipzig, 
1939,  p.  74  sq. 

G.  Bardy. 

CHRYSOBERGÈS  (Maxime),  ou  Maxime  de 
Constanlinople  (xive-xv«  s.).  Fut  disciple,  avec  Manuel 
Calecas  et  Manuel  Chrysoloras,  de  Démétrius  Cydo- 
nès  à  Constanlinople,  étudia  les  écrits  de  S.  Thomas 
traduits  par  celui-ci,  se  convertit  au  catholicisme  et 
se  fit  dominicain  au  couvent  S. -Dominique  de  Péra, 
vers  1390-1391.  Après  être  passé  à  Ghio,  à  Mitylène, 
en  Crète,  où  il  dut  connaître  Joseph  Bryennios  et 
Nil  Damylas,  il  se  rend  à  Venise.  Il  y  étudie  et  peut- 
être,  même,  enseigne  la  philosophie.  Le  10  juill.  1396, 
il  est  envoyé  à  Pavie,  pour  étudier  la  théologie.  On 
le  voit  à  Florence  au  printemps  1397.  Entre  temps,  il 
a  écrit  à  Joseph  Bryennios  pour  l'attirer  au  catholi- 
cisme et  reçoit  de  lui  une  réponse,  écrite  après  1396, 
date  du  désastre  de  Nicopolis  qui  y  est  mentionné. 

Avant  de  repartir  pour  l'Orient,  il  se  rend  à  Rome, 
ayant  en  tête,  semble-t-il,  des  projets  de  méthode 
nouvelle  d'apostolat.  Il  obtient,  en  effet,  du  pape 
Boniface  IX  deux  induits  datés  du  25  févr.  1398,  qui 
l'autorisent,  l'un  à  fonder  un  nouveau  couvent  de  son 
ordre  en  pays  grec,  l'autre  à  célébrer  messe  et  office 
en  grec,  selon  le  rite  des  Frères  Prêcheurs.  Il  retourne 
alors  en  Crète  où  il  se  rencontre  avec  Manuel  Calecas, 
qui  s'était  fait  dominicain  comme  lui.  C'est  à  cette 
époque  qu'il  faut  placer  l'activité  de  controversiste 
de  Maxime  :  discussion  publique  à  Candie  avec  Joseph 
Bryennios,  que  celui-ci  a  reproduite  à  sa  manière  dans 
son  /"  Dialogue  sur  la  procession  du  S.-Esprit  où  sont 
traités  aussi  sept  autres  griefs  faits  aux  latins;  Dis- 
cours aux  Cretois  sur  la  procession  du  S.-Espril.  Hors 
cet  écrit,  il  ne  reste  de  lui  que  des  sermons  autographes 
et  des  copies.  A  une  époque  non  déterminée,  probable- 
ment quand  il  était  en  Italie,  il  écrivit  à  Nil  Damylas 
une  lettre  sur  la  procession  du  S.-Esprit,  qui  n'est 
connue  que  par  la  réponse  qu'y  fit  celui-ci.  Plusieurs 
lettres  de  Manuel  Calecas  sont  adressées  à  Maxime 


(dans  Lœnertz,  op.  infra  cit.,  les  n.  13,  21,  30,  31,  35, 
40). 

Maxime  mourut  après  Manuel  Calecas  (f  1410)  et, 
semble-t-il,  comme  lui,  à  Mitylène,  car  ses  livres  eurent 
le  même  sort  que  ceux  de  son  ami  et  confrère  :  ils 
furent  rachetés  ensemble  par  Théodore  Chrysobergès, 
son  frère,  et,  après  la  mort  de  celui-ci,  furent  dévolus 
à  son  autre  frère,  André,  par  une  bulle  du  pape  Mar- 
tin V,  en  1430. 

Maximi  Chrysobergae  de  processione  Spiritus  Sancti  ad 
Cretenses  oratio,  texte  grec  et  trad.  latine  dans  Allatius, 
Graecia  orthodoxa,  ii,  1074-89;  P.  G.,  CLiv,  1217-30.  — 
Arsenij,  Réponse  de  Nil  Damilas,  hiéromonaque,  au  moine 
gréco-latin  Maxime,  texte  grec  et  trad.  russe,  Novgorod, 
1895,  ui-96.  —  'lcoar)<p  [jovocxoO  toO  BpiEvvlou  Ta  eùpeôévra, 
Leipzig,  1768-1784,  r,  AiàXsÇis  A'  TTEpl  Tfjç  toO  àylou 
rivEÙuaToç  EKTTopEÙCTEoos,  p.  407-23;  III,  lettre  x".  Toi  àiro 
rpaïKcôv  'iTaAqj,  'ASEXqxà  MaÇîiJicp,  p.  148-55.  —  G.  Mercati, 
Notizie  ed  altri  appuniî.  Cité  du  Vatican,  1931,  p.  101-05, 
480-83.  — •  Nicolas  V  Tomadakès,  'G  'Icoafiip  Bpilvvioç  Kal  f) 
Kpi^TTi  KQTà  t6  1400,  p.  92-97.  —  Raymond  J.  Lœnertz, 
Correspondance  de  Manuel  Calecas,  Cité  du  Vatican,  1950, 
p.  57-63,  et  passim;  voir  table  des  noms;  Id.,  Pour  la  chro- 
nologie des  œuvres  de  Joseph  Bryennios,  dans  Rev.  des 
études  byzantines,  vu,  1949,  p.  20-22. 

V.  Grumel. 

CHRYSOGONE,  martyr,  23,  24  nov.,  d'après 
le  martyrologe  romain,  après  avoir  subi  un  long 
emprisonnement,  fut  envoyé  par  Dioclétien  de  Rome 
à  Aquilée,  où  il  fut  décapité  et  son  corps  précipité  à  la 
mer.  Ces  détails  proviennent  de  la  Passion  fabuleuse 
de  Ste  Anastasie,  appelée  aussi  Passion  de  S.  Chryso- 
gone  (B.  H.  L.,  1795).  En  réalité,  il  y  eut  à  Aquilée 
un  martyr  Chrysogone,  mais  qui  n'eut  aucun  rapport 
avec  Rome.  Il  faudrait  l'identifier  avec  l'évêque  qui 
occupa  le  siège  d'Aquilée  après  Théodore  (f  avant  314) 
et  qui,  confesseur,  aurait  pourtant  reçu  le  titre  de 
martyr.  Son  culte  était  fort  répandu.  Il  fut  vénéré  à 
Milan  et  à  Ravenne  et  fut  représenté  sur  plusieurs 
mosaïques  antiques. 

A  Rome,  au  quartier  du  Transtévère,  existait  au 
IV'  s.  un  titre  presbytéral,  remontant  sans  doute  au 
iii«  s.  et  dont  la  dédicace  se  place  également  au 
24  nov.;  son  fondateur  était  un  Chrysogone.  Ce  der- 
nier, au  v^  s.,  fut  identifié  avec  le  martyr  d'Aquilée 
et  vénéré  comme  saint.  De  là  la  légende  qui  fait  de 
Chrysogone  un  prêtre  romain,  conseiller  de  Ste  Anas- 
tasie. —  En  dessous  de  la  basilique  actuelle,  datant  du 
xii«  s.,  on  a  découvert  un  édifice  du  iv^^  s.. 

H.  Delehaye,  Étude  sur  le  légendier  romain,  48,  151-71. 
—  J.  P.  Kirsch,  Die  rômische  Tilelkirchen,  108-18.  —  Lan- 
zoni,  870.  —  L.  T.  K.,  ii,  949-50.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Dele- 
haye, 618-19.  —  Mart.  Rom.,  542. 

R.  Van  Doren. 
CHRYSOLE  (Saint),  Chrysolius,  martyr  honoré 
le  7  févr.,  était,  d'après  la  légende,  prince  arménien  et 
archevêque.  Il  s'enfuit  devant  la  persécution  de  Dioclé- 
tien, et,  sur  l'ordre  du  pape  Caius  ou  Marcellin,  avec 
Denis,  Quentin  et  Platon,  se  rendit  dans  les  Gaules.  Il 
fut  décapité  à  Verlinghem  (Flandre  franç.).  Mais  il 
porta  sa  tête,  ainsi  que  la  châsse  contenant  les  reliques 
de  S.  Pierre,  qu'il  avait  reçues  du  pape,  2  lieues 
plus  loin,  à  Comines,  où  il  fut  enterré.  De  ces  détails 
et  d'autres  relatés  par  la  Passion  (B.  H.  L.,  270),  on 
ne  retiendra  de  certain  que  le  nom  du  saint.  —  S.  Éloi 
de  Noyon  procéda  à  une  invention  des  reliques,  dont 
une  partie  est  conservée  à  Bruges. 

A.  S.,  févr.,  il,  11-13.  —  .1.  Ghesquière,  Acta  sanct. 
Belgii,  i,  108-09.  —  H.  L.  Fr.,  xv,  622.  —  H.  Gunter,  Die 
christl.  Légende  des  Abendlandes,  153  sq.  —  L.  T.  K.,  ii, 
950.  —  M.  G.  H.,  SS.  rer.  merov.,  iv,  697. 

R.  Van  Doren. 

CHRYSOLOGUE  (Pierre).  Voir  Pierre 
Chrysologue  (Saint). 


787 


CHRYSOLORAS  ^  CHUET 


788 


CHRYSOLORAS  (Démétrius),  théologien  grec 
(xive-xve  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2420-22  et  L.  T.  K., 
II,  951. 

CHRYSOLORAS  (Man uel) ,  humaniste  byzan- 
tin (t  1415).  VoirD.  T.  C,  ii,  2422-23  et  L.  T.  K.,u, 
951. 

CHRYSOPOLIS  (Asie).  Voir  Christopolis. 

1.  CHRYSOPOLIS  (XpuCTÔ-TToXiç),  évêché  de 
la  province  d'Arabie,  dépendant  de  Bostra.  On  n'a 
pas  encore  identifié  cette  localité,  qui  se  trouvait 
certainement  dans  le  massif  montagneux  du  Hauran. 
On  ne  lui  connaît  aucun  évêque;  Jean,  que  Le  Quien 
signale  au  concile  de  Chalcédoine  (451),  appartenait 
sans  aucun  doute  à  Chrysopolis  (Dioshieron)  de  la  pro- 
vince d'Asie.  On  ignore  à  quelle  époque  disparut  le 
siège.  Ce  fut  probablement  peu  de  temps  après  l'inva- 
sion arabe  qui  submergea  tout  le  pays  (632-33). 

Le  titre  de  Chrysopolis  a  été  conféré  très  souvent 
dans  l'Église  romaine  depuis  le  xiv«  s.,  mais  une  confu- 
sion a  dû  s'établir  avec  Chrysopolis  d'Asie,  car  il  y  a 
parfois  deux  titulaires  en  même  temps  au  xv«  s.  :  Jean, 
1346,  sufîragant  à  Osnabrûck.  —  Thomas  Sakeld, 
1349-58,  sufïr.  à  York.  —  Thomas,  vers  1401,  en  An- 
gleterre. —  Conrad,  O.  P.,  1403-t  1414,  auxiliaire  à 
Mayence.  —  André,  O.  F.  M.,  1410-11,  auxil.  à  Brin- 
disi.  —  Rupert,  ?-t  1414.  —  Marc,  O.  F.  M.,  sutïr.  à 
Strasbourg.  —  Gebhert,  O.  P.,  1415-t  1420,  auxil.  à 
Mayence.  —  Marc,  O.  P.,  1435,  auxil.  à  Strasbourg.  — 
Martin  de  Sotomayor,  O.  Carm.,  23  sept.  1440-?.  — 
Jean  Isembard,  O.  P.,  11  mai  1450-?,  auxil.  à  Metz.  — 
Martin  de  Soleta,  O.  P.,  vers  1454,  sufl'r.  à  Bâle.  — 
Jaime  Perez,  O.  S.  A.,  1468-t  1490,  auxil.  à  Valencia. 

—  Mathieu  Perez,  O.  S.  A.,  1491,  auxil.  à  Valencia. 

—  Pierre  Estana,  O.  Carm.,  élu  après  1509,  auxil.  à 
Valencia.  —  Antoine-André  Carbonell,  O.  Carm., 
1525-t  1530,  auxil.  à  Valencia.  —  Pierre  Tassarus, 
O.  P.,  13  avr.  1524-?  —  André  Whytmay,  O.  S.  A., 
15  sept.  1525,  auxil.  à  Worcester.  —  Galcerand  Ceffa- 
rach,  11  févr.  1534-?,  sufïr.  à  Majorque.  —  Raphaël 
Limas,  27  juin  1527-t  après  1557,  suffr.  à  Majorque. 

—  François  Panicarola,  O.  F.  M.,  4  juill.  1586- 
28  sept.  1587,  suffr.  à  Ferrare.  —  Melchior  Pelleta, 
9  mars  1588-?,  suffr.  à  Turin.  —  Fr.  Beer,  1594- 
t  1611,  auxil.  à  Bâle. —  Bernard  Angelok,  1613-t  1646, 
auxil.  à  Bâle.  —  Mathurin  de  Castro,  orat.,  1636- 
t  1669,  vicaire  apostolique  de  Bombay  (?).  —  Th. 
Henrici,  O.  F.  M.,  1648-t  1660,  vicaire  apost.  de  Bom- 
bay (?).  —  Gaspar  Schmorff,  1662-t  1704,  auxil.  à 
Bâle.  —  Bernard  Mayer,  ?-t  1748,  auxil.  à  Bâle.  — 
François-Antoine  Mayer,  6  mai  1748-?.  —  Gaétan 
Guinta,  1822.  —  André  Ktougiewicz,  15  mars  1830- 
14  déc.  1840,  suffr.  à  Wilna.  —  Pierre  de  Souza, 
O.  Carm.,  1"  mars  1841-t  6  mai  1864,  auxil.  à  Rio  de 
Janeiro.  —  Claude  Dépommier,  M.  E.  P.,  17  févr.  1856- 
t  8  déc.  1875,  vicaire  apost.  de  Coïmbatour.  — 
Édouard  Jean-Horan,  18  juin  1874-t  15  févr.  1875. 

—  Jean-Yves  Coadou,  M.  E.  P.,  11  juill.  1880-25  nov. 
1886,  vicaire  apost.  de  Mysore.  —  Pierre-Marie  Gen- 
dreau,  M.  E.  P.,  26  avr.  1887-t  6  févr.  1935,  vicaire 
apost.  du  Tonkin  occidental. 

Le  Quien,  n,  867-69.  —  Ann.  ponl.,  1916,  p.  390.  — 
C.  Eubel,  I,  193;  ii,  143;  m,  182;  iv,  1.50. 

R.  Janin. 

2.  CHRYSOPOLIS  (XpuaôiroÂiç),  évêché  de 
Macédoine  II'',  dépendant  de  Philippes.  Le  nom 
ancien  de  la  ville  était  Amphipolis,  comme  cela  est 
nettement  indiqué  dans  un  appendice  aux  listes  épis- 
copales  de  G.  Parthey  (Hieroclis  synecdemus  et  Noti- 
tiae  Graecae  episcopaiuum,  312  :  'AijçîttoXiç  f)  vOv 
XpuaÔTToAiç).  C'est  aujourd'hui  la  petite  ville  d'Or- 
phano,  au  fond  du  golfe  du  même  nom.  Dans  les  listes 


conciliaires,  on  ne  rencontre  que  le  nom  d'Aniphipo- 
lis,  preuve  que  celui  de  Chrysopolis  est  tardif;  il  ne 
figure  même  sur  aucune  liste  épiscopale  et  on  ne  lui 
connaît  aucun  titulaire  grec. 

Le  titre  a  été  conféré  dans  l'Église  romaine  :  Louis 
de  Courrèges  d'IIstou,  16  nov.  1935-8  sept.  1947, 
auxiliaire  à  Toulouse.  —  Florentin  Sanz  Esparza, 
lazariste,  ancien  év.  de  Cuttack,  4  mars  1948. 

Le  Quien,  ii,  83-86. 

R.  Janin. 

CHRYSOSTOME  (Jean).  Voir  Jean  Chrysos- 
TOME  (Saint). 

1 .  CHRYSOSTOME  DE  EVORA,  ainsi  ap- 
pelé du  lieu  de  son  origine,  cistercien  à  Alcobaça.  Il 
s'attacha  particulièrement  à  l'étude  de  la  liturgie  et 
composa  un  Ordinarium  de  officio  divino  secundum 
usum  cislerciensem,  resté  ms.;  de  même  une  Hist. 
de  la  fondation  d' Alcobaça  (xvi«  s.). 

Biu-bosa,  BfW.  Liisitana,  i,  Lisbonne,  1759,  p.  573. 

J.-M.  Canivez. 

2.  CHRYSOSTOME  DE  LA  SERNA,  cis- 
tercien du  monastère  de  Nogalès,  au  royaume  de  Léon. 
Né  à  Villacafias,  il  revêtit  l'habit  religieux  en  nov.  1691. 
Il  fut  abbé  de  Ste-Anne  de  Madrid,  deux  fois  déflni- 
teur  général  et  historien  de  sa  congrégation,  ce  qui  le 
mit  aux  prises  avec  le  P.  Pien,  bollandiste,  au  sujet  de 
la  Vie  de  S.  Bernard,  f  à  Madrid  le  24  sept.  1751.  Ses 
travaux  imprimés  sont  :  Judicium  ciijusdam  humilis 
monachi  supra  notas  Antuerpiensium,  in-4">;  Conflidus 
spectabilis  humilis  provocati,  monachi  videlicet  cister- 
ciensis  authoris  judicii  supra  notas  Antuerpiensium, 
in-4<';  Pro  auréola  S.  Bernardi  actiones  indices  contra 
novas  detraciiones  duorum  tesfium  primae  historiae 
Vitae  S.  Bernardi,  doctoris  egregii  et  melliflui.  Coram 
D.  D.  Judicibus  S.  R.  E.  bajo  el  nombre  de  D.  Juan 

j  Lisabe  de  Seraos,  in-4». 

!       R.  Muniz,  Bibl.  cislerc.  espafiola,  Burgos,  1793,  p.  318. 

J.-M.  Canivez. 

3.  CHRYSOSTOME  DE  LA  VISITA- 
TION, cistercien  d'Alcobaça,  en  Portugal.  Docteur 
en  théologie,  durant  quinze  ans  il  fut  procureur  géné- 
ral de  sa  congrégation,  à  Rome.  Pour  maintenir  les 
droits  et  privilèges  qui  lui  étaient  confiés,  il  dut  lutter 
contre  Philippe  II  et  se  cacher  durant  un  temps  à 
l'abbaye  S. -Martin,  près  de  Parme.  Il  fut  ensuite 
comblé  de  faveurs  par  Clément  VIII.  Il  vécut  ses 
dernières  années  à  Valdeiglesias,  en  vrai  contemplatif, 
fervent  et  pénitent;  t  'e  17  oct.  1604.  Il  a  laissé 
quelques  ouvrages  :  Privilégia  congr.  S.  M.  de  Alco- 
baça, cisterc.  ordinis...  per  Rom.  pont,  a  Pic  IV  ad 
Clementem  VIII,  Venise,  1593,  in-4<';  De  verbis  Domi- 
nae,  hoc  est...  ad  Angelum  et  Elisabeth...,  Venise,  1600; 
De  verbis  Dominae  ad  Filium...,  Venise,  1600. 

Barbosa,  Bibl.  Lusiiana,  i,  Lisbonne,  1759,  p.  565.  — 
R.  Mufiiz,  Bibl.  cisierc.  espafiola,  Burgos,  1793,  p.  350.  — 
Ch.  de  Visch,  Bibl.  script,  ord.  cisterc,  Cologne,  1656,  p.  70. 

J.-M.  Canivez. 

CHUET  (Barthélémy).  Originaire  du  Dauphiné, 
il  fut  nommé  au  siège  de  Nice  le  15  avr.  1462.  En  1469, 
on  lui  confia  l'administration  du  diocèse  de  Lausanne. 
Sur  l'intervention  de  Yolande,  duchesse  de  Savoie, 
dont  il  était  le  protégé,  il  obtint  en  1473,  de  Sixte  IV, 
de  recevoir  l'abbaye  de  S. -Pons  (Nice)  en  commende. 
La  même  année  (5  mai),  il  consacra  l'église  des  Mi- 
neurs de  l'observance  à  Nice,  et,  en  1482,  celle  des 
Frères  Prêcheurs.  Chuet  mourut  en  1501  et  fut  ense- 
veli dans  la  chapelle  de  S. -Barthélémy,  qu'il  avait  fait 
construire  à  l'extérieur  de  la  cathédrale  de  Nice, 
contre  le  mur  sud  de  celle-ci. 

Gall.  christ.,  m,  1290.  —  Cappelletti,  xiii,  712.  —  E.  Tis- 
serand, Hisl.  civile  et  religieuse  de  la  cité  de  Nice...,  i,  Nice, 


789 


CHU  ET 


CHURWALDEN 


790 


1862,  p.  293-94.  —  K.  Cais  de  Pierlas,  Charlrier...  de  S.- 
Pons..., Monaco,  1903,  p.  180,  index. 

M. -H.  Laurent. 

CHUFFART  (Jean),  originaire  de  Tournai, 
maître  ès  arts,  licencié  en  décret  (dès  av.  le  7  sept. 
1419),  archidiacre  de  Gand  dans  l'église  de  Tournai, 
chanoine  de  N.-D.  de  Paris  (1420),  recteur  de  l'Uni- 
versité (oct.-déc.  1421),  chancelier  de  N.-D.  (1426), 
chancelier  d'Isabeau  de  Bavière,  docteur  en  décret  et 
conseiller-clerc  au  parlement  de  Paris  (1437),  fut 
chargé  de  missions  auprès  du  roi  d'Angleterre,  dont  il 
avait,  pour  un  temps,  embrassé  le  parti,  et  à  Rome 
(t  le  8  mai  1451). 

A.  Tuetey  lui  attribuait  la  paternité  du  Journal  d'un 
bourgeois  de  Paris,  1405-49,  source  importante  pour 
les  règnes  de  Charles  VI  et  Charles  VII,  alors  que  d'au- 
tres y  reconnaissaient  la  main  soit  du  théologien  Jean 
de  l'Olive,  soit  du  curé  de  S.-Nicolas-des-Champs, 
Jean  Beaurigout.  Aujourd'hui,  on  se  résigne  à  y  voir 
l'œuvre  d'un  anonyme,  «  clerc  de  l'Université  ». 

Potthast,  Bibl.,  686-87.  —  A.  Tuetey,  introd.  au  Jour- 
nal... (Publ.  de  la  Soc.  bist.  de  Paris),  Paris,  1881,  p.  ix- 

XLIV. 

É.  Van  Cauwenbergh. 
CHULLU.  Voir  Cullitana  (Ecclesia). 

CHU  M  ATI  EN,  ville  du  Honan  (Chine  centrale), 
siège  de  la  préfecture  apostolique  détachée  de  Na- 
nyang,  depuis  le  2  mars  1933;  du  vicariat  apostolique 
créé  le  5  nov.  1944;  de  l'évêché  créé  le  11  avr.  1946  et 
confié  au  clergé  indigène.  —  Évêque  :  Joseph  Yuen, 
1946. 

L.  Van  Hee. 
CHUMBD,  ancienne  abbaye  de  moniales  cister- 
ciennes, sous  l'invocation  de  la  Ste  Vierge,  fondée  en 
1196  dans  le  dioc.  de  Mayence.  Elle  fut  détruite  en 
1566. 

Cottineau,  781.  —  B.  Huenier,  art.  dans  Sludien  nnd 
Mitteilungen,  xxxvii,  1916,  p.  8  sq. 

J.-M.  Canivez. 
CHUIVIDAN,  Kumdan.  Voir  Si-Ngan-Fou. 

CHUMNOS.  Voir  Choumnos. 

CHUNAVIA,  évêché  de  la  Nouvelle  Épire,  dé- 
pendant de  Dyrrachium.  C'est  aujourd'hui  Konavlje, 
dans  la  vallée  supérieure  du  Mat.  On  lui  connaît  des 
évéques  à  partir  du  xiv«  s.  :  Guillaume,  7-1318.  — 
Barthélémy,  O.  P.,  19  sept.  1319-20.  —  André,  évêque 
de  Croïa,  administrateur,  16  juill.  1320-?.  —  Pierre, 
?-t  1372.  —  François,  O.  F.  M.,  20  déc.  1370.  — 
Bénigne,  O.  F.  M.,  1408.  —  Martin,  12  juin  1420.  — 
Peregrinus,  13  juin  1432.  —  Guismiata,  7-1469.  — 
Radinus,  28  juill.  1469-7.  —  Jean  Hermann,  ?-t  1492. 
—  Pierre  Masio,  9  mai  1492-t  1494.  —  Sébastien, 
11  juill.  1494-7.  —  Bernardin,  1512.  —  Denys  Regati, 
23  mars  1517-t  1518.  —  Opicinus  Gentile,  12  avr.  1518- 
t  1528.  —  Jean-Marie  Biglioni,  27  nov.  1528,  suffr.  à 
Pavie.  —  Gaspard,  O.  P.,  25  mai  1529.  —  Jean-Bap- 
tiste de  San  Nazario,  ?-t  1544.  —  Pierre-François 
Nobili,  25  juin  1544,  suffr.  à  Pavie.  —  Jérôme  Rubeis, 
4  sept.  1560,  suflr.  à  Pavie. 

Le  siège  disparut  sans  doute  à  la  suite  de  la  con- 
quête de  l'Albanie  par  les  Turcs.  En  tout  cas,  il  était 
purement  titulaire  depuis  la  fin  du  xv«  s.  et  ne  semble 
pas  avoir  été  pourvu  après  1560. 

C.  Eubel,  I,  226;  ii,  137;  m,  19t.  —  Ann.  pont.,  1916, 
au  mot  Conovie,  394. 

R.  Janin. 

CHUNKING,  capitale  du  Szechwan  (Chine 
occidentale),  siège  du  vicariat  apostolique  du  Szech- 
wan oriental,  le  2  avr.  1856;  de  celui  de  Chungking,  le 
3  déc.  1924  ;  élevé  au  rang  d'archevêché  le  11  avr.  1946. 


Il  est  confié  aux  Missions  étrangères  de  Paris.  — 
Archevêque  :  L.  G.  X.  Jantzen,  1946. 

L.  Van  Hee. 

CHUR.  Voir  Coire. 

CHURCHI.  Voir  Aiton,  D.  H.  G.  E.,  i,  1228-34. 

CHURWALDEN  (Notre-Dame  et  S.-Michel), 
abbaye  prémontrée,  située  à  10  km.  au  sud  de  Coire, 
le  long  de  la  route  de  l'Engadine  (dioc.  de  Coire,  cir- 
carie  de  Souabe,  Suisse).  Dans  cette  vallée,  jadis  appe- 
lée Aschera  (rétoroman  pour  «  érable  »;  latin  acer), 
plus  tard  in  Augeria,  Sylva  Augeria,  se  trouvait  une 
ancienne  église  de  N.-D.,  peut-être  paroissiale,  appar- 
tenant en  1149  à  l'abbaye  récemment  fondée  de 
S.-Luce  à  Coire.  Entre  1149  et  1191-1196,  on  la  trouve 
mentionnée  pour  la  première  fois,  et  une  abbaye  pré- 
montrée lui  est  alors  attachée.  Nous  pouvons  donc 
admettre  comme  date  de  fondation  l'année  1164, 
date  affirmée  par  la  tradition,  et  qui  se  trouvait  jadis 
peinte  sur  le  jubé  de  l'église.  Le  monastère,  richement 
doté  par  les  barons  de  Vaz,  fut  double.  Les  chartes 
mentionnent  les  moniales  pour  la  première  fois  en 
1208,  lorsque  leur  couvent  avait  déjà  été  séparé  de 
celui  des  chanoines.  On  avait  laissé  aux  moniales  le 
monastère  primitif  dédié  à  N.-D.;  les  chanoines  en 
construisirent  un  nouveau,  à  quelque  distance  de  là, 
et  placé  sous  l'invocation  de  S.  Michel.  Les  moniales, 
dont  le  couvent  s'appela  aussi  Niederchurwald,  dispa- 
rurent peu  après  1311.  Le  site  du  monastère,  le  long 
d'une  route  transalpine  conduisant  des  Grisons  vers 
le  Sud,  rendit  nécessaire  la  construction  d'un  hôpital 
pour  voyageurs  et  malades;  il  existait  encore  en  1508. 

Churwalden  fut  placé  d'abord  sous  la  paternité  des 
abbés  de  Roggenburg,  puis  érigé  en  abbaye  en  1446, 
laquelle  fonda  les  monastères  de  Riithi  et  de  S.-Jakob 
im  Prâtigau.  Elle  administra  les  paroisses  suivantes  : 
en  Suisse  :  Churwalden,  Paspels,  Alvaneu,  Parpan, 
Sevelen,  Luzein,  Dusch,  S.  Margarethen  lez  Chur; 
en  Autriche  :  Altenstadt  (Vorarlberg)  et  Balzers 
(Liechtenstein).  L'abbaye  avait  comme  patron  la 
maison  d'Autriche,  ce  qui  lui  épargna  la  suppression 
au  xvi»  s.  Elle  s'éteignit  cependant  peu  à  peu.  Le  der- 
nier religieux  y  mourut  en  1540.  Jusqu'en  1599  on  y 
rencontre  encore  des  abbés  sans  couvent;  à  partir  de 
cette  date,  des  administrateurs  furent  nommés  par 
les  abbés  de  Roggenburg.  En  1616,  les  protestants 
confisquèrent  la  plupart  de  ses  biens;  l'église  servit  en 
même  temps  aux  protestants  et  aux  catholiques.  Un 
décret  de  restitution,  promulgué  par  l'Autriche  en 
1622,  ne  fut  observé  que  jusqu'en  1656.  Les  trésors 
de  l'église  furent  vendus  en  1620  à  l'abbaye  bénédic- 
tine de  Marienberg  (Tyrol),  d'où  ils  furent  enlevés  par 
les  Bavarois  en  1807.  En  1804,  le  gouvernement  bava- 
rois supprima  l'abbaye  mère  de  Roggenburg,  qui 
était  considérée  comme  propriétaire  des  biens  de 
Churwalden;  il  fit  alors  don  de  cette  dernière  abbaye 
à  l'évêque  de  Coire.  En  1808,  avec  la  permission  du 
dernier  abbé  de  Roggenburg,  celui-ci  unit  les  biens  de 
Churwalden  à  la  mense  de  son  séminaire  épiscopal. 

De  l'ancienne  abbaye  il  subsiste  l'église  gothique, 
dont  le  chœur  est  alYecté  au  culte  catholique  et  la  nef 
au  culte  protestant;  la  maison  abbatiale,  datant  de  la 
môme  époque,  sert  actuellement  de  presbytère  au 
curé  catholique. 

Liste  des  prévôts  et  abbés.  —  1°  Prévôts.  —  1.  Ul- 
rich I",  1200-08.  —  2.  Swikerus,  1208-60.  —  3.  Ber- 
thold  I",  1260-65. —  4.  Ulrich  II,  1268.— 5.  B.Ber- 
thold  II,  1270-90.  —  6.  Konrad  I",  1295-1305.  — 
7.  Berthold  III,  1307-18.  —  8.  Jakob,  1320-36.  — 
9.  Johann  I"  Schultheis,  1341,  t  1388.  —  10.  Konrad 
II,  1349-67.  —  11.  Ulrich  III,  1373-82.  —  12.  Gerung, 
1383-96,  t  1423.  —  13.  Ulrich  IV,  1397-1409.  — 


791 


CHURWALDEN 


CHYPRE 


792 


14.  Nikolaus  I",  1413-15.  —  15.  Konrad  III,  1420- 
28,  t  1429.  —  16.  Georg  I",  1429-61. 

2»  Abbés  (1446).  —  17.  Ludwig  de  Lindau,  1461-88. 
—  18.  Johann  II  von  Trostberg,  1488-97.  —  19.  Geb- 
hard  Vittler,  1497-1536.  —  20.  Martin  DufT,  t  1540.  — 
21.  Florinus  Janutt,  1540-48.  —  22.  Peter  Baliel, 
1548.  —  23.  Eberhard  Rink,  1549-61.  —  24.  Niko- 
laus II  Jenatsch,  1562-88.  —  25.  Johann  III  Wys- 
mann,  1588-89.  —  26.  Silvester  Schrofler,  1589-99, 
résign.  et  mourut  peu  après. 

Arch.  épisc.  de  Coire  et  Arch.  d'État,  Vienne.  —  Hugo, 
Ann.,  1,  573-88.  —  \  iin  Waefelgheni,  59.  —  Potthast,  Reg., 
3403,  6840,  15089,  20891.  —  Backmund,  Moncmticon 
Praem.,  Straubing,  1949-1950,  i,  70-72.  —  Mulinen,  i,  211- 
13.  —  E.  Poeschel,  Kunstdenkniàler  des  Kanlons  Graubûn- 
den,  II,  Bâle,  1937,  p.  216  sq.  —  .1.  Simonel,  Raetica  varia, 
II,  1922,  p.  35-68;  m,  1923,  p.  71-123.  —  H.  Lehmann, 
Gesch.  des  Klosters  Ch.,  dans  Fûssli,  Schweizer  Muséum, 
IV,  1788,  p.  81-119. 

N.  Backmund. 
CHUS  IRA.  Voir  Cusirensis  (Ecclesia). 

CHUSIUM,  évêché  de  Moldavie.  Voir  Hus. 

CHYCHAS  (Nathanael),  théologien  grec  (xvi«- 
xvii»  s.).  VoirD.  T.  C,  ii,  2423. 

CHYLAS  (Jean),  théologien  grec,  métropolite 
d'Éphèse  (xiii'  s.).  Voir  D.  T.  C,  u,  2423-24. 

CHYPRE.  C'est  une  des  plus  grandes  îles  de  la 
Méditerranée.  Située  dans  le  bassin  oriental  de  cette 
mer,  entre  34°  33'  et  35"  43'  de  latitude  nord,  et 
32°  16'  et  34°  36'  de  longitude  est  de  Greenwich,  elle 
mesure  9  380  km^.  Elle  se  trouve  à  100  km.  de  la  côte 
de  Syrie  et  à  70  de  celle  d'Asie  Mineure.  Sa  popula- 
tion, assez  faible  du  temps  des  Turcs,  augmente  rapi- 
dement malgré  l'émigration.  De  209  286  habitants  en 
1891,  elle  est  passée  à  237  022  en  1901,  à  310  715  en 
1921  et  à  347  932  en  1931,  date  du  dernier  recensement 
connu.  Les  trois  quarts  des  habitants  sont  des  Grecs 
orthodoxes  (284  863  en  1931).  Les  musulmans  sont 
au  nombre  de  64  224  (1931)  et  les  quelques  milliers 
d'autres  habitants  se  répartissent  entre  diverses  con- 
fessions chrétiennes. 

Chypre  est  habitée  au  moins  depuis  le  III^  millé- 
naire av.  J.-C.  Elle  fut  longtemps  un  royaume  sous 
la  suzeraineté  de  l'Égypte,  puis  elle  connut  l'invasion 
des  Grecs,  venus  de  l'Asie  Mineure  et  du  Péloponnèse, 
et  qui  fondèrent  des  colonies  dans  le  Nord  et  l'Ouest, 
vers  la  fin  du  Il«  millénaire.  De  leur  côté,  les  Phéni- 
ciens prirent  pied  dans  l'Est  et  le  Sud,  vers  l'an  1000 
av.  J.-C.  Les  Grecs  appelèrent  l'île  Kgpros,  à  cause 
de  ses  mines  de  cuivre  (KÛTrpoç)  et  les  Phéniciens  Kit- 
tim.  Au  xiiio  s.  av.  J.-C,  elle  fut  soumise  aux  Perses, 
puis  de  nouveau  aux  Égyptiens  en  626  et  incorporée 
à  l'empire  perse  en  526.  L'hellénisme  triompha  après 
Alexandre  le  Grand.  Chypre  devint  alors  possession 
égyptienne.  Les  Romains  firent  leur  apparition  en  58 
av.  J.-C,  annexèrent  le  pays  et  confisquèrent  une 
grande  partie  des  richesses  qui  y  étaient  accumulées. 
Province  romaine  sous  Auguste,  elle  devint  proconsu- 
laire en  28  apr.  J.-C  En  115,  les  Juifs,  très  nombreux 
dans  l'île,  se  révoltèrent  et  massacrèrent  un  grand 
nombre  d'habitants.  Ils  furent  à  leur  tour  mis  à  mort 
et  l'entrée  du  pays  interdite  à  leurs  coreligionnaires. 
En  576,  les  Byzantins  y  transplantèrent  70  000  Hyr- 
caniens.  Les  Arabes  occupèrent  l'île  au  vii^  s.,  mais 
Nicéphore  Phocas  les  chassa  définitivement  en  964. 
En  1191,  Richard  Cœur  de  Lion  l'enleva  à  Isaac  Com- 
nène,  qui  s'y  était  établi  prince  indépendant  en  1184. 
Richard  la  vendit  aux  Templiers  pour  la  somme  de 
100  000  besants  d'or.  Les  Templiers  la  lui  rendirent 
et  il  la  céda  à  Guy  de  Lusignan  (1192).  Chypre  eut 


alors  pour  trois  siècles  une  dynastie  française.  Au 
xiv«  s.,  elle  fut  prise  à  partie  par  les  Génois  et  le  sul- 
tan d'Égypte.  Le  dernier  roi,  Jacques  II,  commit  la 
faute  d'épouser  Catherine  Cornaro  que  lui  offraient 
les  Vénitiens.  Sa  mort  mystérieuse  permit  à  la  Sérénis- 
sime  République  de  prendre  possession  de  l'île  sans 
coup  férir  (1489).  Les  Turcs  s'en  emparèrent  après  des 
luttes  acharnées  (1571).  Leur  régime  amena  la  déca- 
!  dence  et  la  misère  dans  une  île  qui  avait  été  une  des 
,  contrées  les  plus  riches  du  monde  antique  et  médié- 
'  val.  Le  4  juin  1878,  l'Angleterre  en  obtint  la  gérance 
en  garantie  des  réformes  que  la  Turquie  s'engageait  à 
I  opérer  dans  ses  États,  et  aussi  pour  défendre  ce  pays 
contre  l'ambition  russe.  Elle  l'annexa  le  5  nov.  1914 
'  et  en  fit  une  colonie  de  la  Couronne  le  l'^''  mai  1925. 
l  Malgré  le  développement  économique  donné  au  pays 
j  par  le  nouveau  régime,  celui-ci  aspire  à  l'union  de 
'  l'île  avec  la  Grèce,  qui  en  avait  refusé  l'offre  en  1915, 
j  pour  ne  pas  entrer  en  guerre  contre  les  empires  cen- 
traux. Ces  aspirations  ne  concernent  que  les  Grecs 
orthodoxes.  Voyant  leurs  désirs  continuellement  re- 
poussés, ils  sont  passés  à  la  révolte  ouverte  en  1931, 
mais  les  autorités  anglaises  eurent  vite  fait  de  réprimer 
le  mouvement  insurrectionnel. 

Dans  cette  étude  nous  ne  nous  occuperons  que  de 
l'Église  grecque  et  des  diverses  autres  confessions 
chrétiennes  et  ne  parlerons  des  événements  politiques 
que  dans  la  mesure  où  ils  ont  eu  une  répercussion  sur 
la  vie  des  Églises. 
;      I.  ÉGLISE  GRECQUE.  —  1° Les  débuts.  —  Lespremiers 
apôtres  connus  de  l'île  de  Chypre  furent  S.  Paul  et 
S.  Barnabé.  Celui-ci  était  originaire  de  l'île  et  appar- 
tenait à  la  tribu  de  Lévi  (Act.,  iv,  36).  II  y  avait  des 
Juifs  de  Chypre  parmi  les  premiers  chrétiens.  A  la 
suite  de  la  persécution  dont  fut  victime  S.  Étienne, 
certains  d'entre  eux  rentrèrent  dans  leur  pays,  tandis 
que  d'autres  allèrent  porter  la  bonne  parole  aux  païens 
d'Antioche  (Act.,  xi,  19-20).  En  l'an  45,  sous  l'inspi- 
,  ration  du  S. -Esprit,   Paul  et  Barnabé  quittèrent 
Antioche  et  se  rendirent  en  Chypre.  Débarqués  à 
Salamine  avec  Jean  Marc,  cousin  de  Barnabé,  ils  prê- 
chèrent à  travers  toute  l'île  et  arrivèrent  à  Paphos, 
sur  la  côte  sud-ouest,  où  S.  Paul  rendit  aveugle  le 
mage  Barjésus  et  convertit  le  proconsul  Sergius  Pau- 
lus  (Act.,  XIII,  4-12).  En  51,  Barnabé,  qui  s'était 
séparé  de  S.  Paul,  revint  en  Chypre  avec  son  cousin 
Jean  Marc  et  continua  l'évangélisation  (Act.,  xv,  39). 
Tels  sont  les  renseignements  que  nous  fournit  le 
i  N.  T.  Plus  tard,  diverses  légendes  se  créèrent  pour 
!  compléter  et  surtout  pour  embellir  ces  faibles  don- 
î  nées.  Un  premier  ouvrage,  intitulé  nEpîo5oi  Koi  nap- 
TÛpiov  Toû  âyiou  Bapvàga  (A.  S.,  juin,  i,  431-435), 
;  et  composé  par  un  Pseudo-Marc,  parut  pendant  la 
\  seconde  moitié  du       s.  (Braunsberger,  Der  Apostel 
[  Barnabas,  sein  Leben  und  der  ilim  beigelegte  Briej, 
•  Mayence,  1876,  p.  4-6).  Vers  le  milieu  du  vi"  s.,  le 
1  moine  Alexandre,  gardien  de  l'église  élevée  sur  le 
j  tombeau  de  l'apôtre  à  Salamine,  composa  un  pané- 
[  gyrique  en  l'honneur  du  saint,  'EyKCopiov  eis  Bapvà- 
[  gotv  Tov  àTTÔiTToAov,  TTpoTpocTrÉVTOç  ùtto  toO  Trpsa- 
guTÉpou  Kai  KAsiSovy/ou  toO  aEgaCTiiiou  outoO  vaoû  âv 
db  icrTopf|Tai  Koi  ô  tottos  Tfjs  cnroKaAiApeo^  tcôv  àuTOÛ 
Aeivfiàvcov  (texte  grec  dans  A.  S.,  juin,  ii,  436-453; 
version  latine  dans  P.  G.,  lxxxvii,  4087-106).  Ces 
j  deux  ouvrages  ne  méritent  aucune  créance,  malgré  les 
précisions  topographiques  qu'ils  renferment.  Ils  sont 
d'ailleurs  en  contradiction  sur  plus  d'un  point  avec 
le  récit  des  Actes.  Ils  furent  composés  tous  deux  après 
la  découverte  du  tombeau  de  S.  Barnabé  (488),  dans 
le  but  à  peu  près  certain  de  faire  reconnaître  l'auto- 
céphalie  de  l'Église  de  Chypre  vis-à-vis  des  patriarches 
d'Antioche  (L.  Duchesne,  S.  Barnabé,  Rome,  1892, 
p.  34). 


793 


CHYPRE 


794 


Comme  en  beaucoup  d'autres  pays,  on  suppléa  aux 
documents  authentiques  par  des  légendes  et  l'on  eut 
ainsi  en  Chypre  toute  une  floraison  de  saints  de  la 
première  génération  chrétienne.  Les  ménologes  grecs 
font  de  Jean  Marc,  dit  le  Juste,  un  évêque  d'Apollo- 
nias  en  Bithynie,  et  plusieurs  d'entre  eux  le  disent 
martyr  (H.  Delehaye,  Synaxarium  Constantinopolita- 
num,  753,  761;  Minei  Tchety  na  russkom  iazykie, 
Moscou,  1902,  p.  630).  Ariston,  dont  Eusèbe  dit  qu'il 
fut  disciple  de  N.-S.,  serait  devenu  évêque  de  Chypre 
et  aurait  subi  le  martyre  à  Salamine  (Eusèbe,  if.  ii., 
III,  39,  P.  G.,  XX,  297;  A.  S.,  févr.,  m,  283). 
S.  Paul  lui-même  aurait  imposé  les  mains  à  Héracli- 
dès,  premier  évêque  de  Tamascos,  dont  le  siège  aurait 
été  le  centre  du  christianisme  en  Chypre;  on  dit 
qu'il  mourut  martyr  à  Salamine  (A.  S.,  sept.,  v,  467- 
68).  Les  Cypriotes  revendiquent  deux  des  soixante- 
douze  disciples  :  Aristoule,  frère  de  Barnabé,  qui 
aurait  suivi  S.  Paul  dans  ses  pérégrinations  et  serait 
devenu  évêque  de  Grande-Bretagne  (1)  (A.  S.,  mars, 
II,  374-76),  et  Mnason,  disciple  de  S.  Paul,  qui  serait 
mort  martyr  (Act.,  xxi,  16;  A.  S.,  juill.,  m,  248-49). 
Épaphras,  un  autre  disciple  de  S.  Paul,  aurait  été 
évêque  d'Adriacos,  ou  de  Colosses,  ou  de  Colophon 
en  Lydie,  ou  de  Paphos  en  Chypre,  suivant  les  docu- 
ments qui  parlent  de  lui  (A.  S.,  juill.,  iv,  581-89; 

H.  Delehaye,  Synax.  Consl.,  290,  787).  On  trouve 
encore  Tychique,  évêque  de  Néapolis  en  Chypre 
(A.  S.,  avr.,  III,  613),  et  Philagrius,  disciple  de 
S.  Pierre,  évêque  de  Soli  et  martyr  (A.  S.,  févr.,  ii, 
277;  H.  Delehaye,  op.  cit.,  454).  Les  Cypriotes  font  de 
Lazare,  le  ressuscité  de  Béthanie,  un  évêque  de  Ki- 
tium,  et  l'on  montre  encore  son  tombeau  dans  cette 
ville.  En  890,  l'empereur  Léon  le  Sage  fit  transporter 
ses  reliques  à  Constantinople  et  les  déposa  dans  le 
monastère  de  S. -Lazare,  qu'il  construisit  à  cet  effet 
(H.  Delehaye,  op.  cit.,  146-48;  M.  Gédéon,  BujavTivôv 
èopToAôyiov,  Constantinople,  1900,  p.  135).  Comme 
S.  Épiphane  ne  dit  rien  de  la  venue  de  Lazare  en 
Chypre,  il  est  à  peu  près  certain  que  cette  légende  est 
postérieure  au  iv»  s.  Citons  encore  Tite,  disciple  de 
S.  Paul,  né  à  Paphos  et  martyrisé  dans  cette  ville 
(Ét.  de  Lusignan,  Chorografia  e  brève  istoria  univ. 
dell'  isola  de  Cipro,  24);  Sergius  Paulus,  qui  serait 
devenu  évêque  de  Narbonne  (!)  (A.  S.,  mars,  m,  371); 
et  Nicanor,  un  des  sept  premiers  diacres  (A.  S.,  janv., 

I,  601).  La  vérité,  c'est  qu'on  ne  sait  à  peu  près  rien  sur 
l'histoire  religieuse  de  Chypre  pendant  les  trois  pre- 
miers siècles  de  notre  ère.  Les  plus  grands  adversaires 
de  l'Église  furent  les  Juifs,  qui  étaient  nombreux  et 
influents  dans  l'île.  Leur  extermination,  après  leur 
révolte  de  115,  permit  une  nouvelle  évangélisation. 
Un  chroniqueur  tardif,  Léonce  Machéras  (xiv^-xV  s.), 
raconte  le  voyage  que  Ste  Hélène  aurait  fait  dans 
l'île  en  327,  où  elle  aurait  bâti  au  moins  deux  églises 
('EÇriyriais  ttïs  yAuxeias  X'^P'^S  Kûirpou,  dans  Sathas, 
Biblioth.  Graeca  Medii  Aeui,  ii,  55-56).  Bien  que 
cette  chronique  soit  composée  avec  des  documents 
anciens,  il  est  difficile  de  lui  accorder  créance  sur  ce 
point. 

A  partir  du  iv  s.,  l'histoire  de  l'Église  de  Chypre 
se  meut  sur  un  terrain  plus  solide.  Deux  évêques, 
Gélase  de  Salamine  et  Cyrille  de  Paphos,  assistèrent 
au  concile  de  Nicée  et  en  signèrent  les  actes  (325) 
(H.  Gelzer,  Patrum  Nicaenorum  nomina,  46-49,  69,  75). 
S.  Spiridion,  évêque  de  Trimithonte  et  thaumaturge, 
y  assista  également,  puisqu'il  prit  part  aux  débats 
(Rufin,  H.  E.,  l,  \;  P.  L.,  xxi,  471-72),  mais  il  ne 
figure  pas  parmi  les  signataires.  Le  personnage  le 
plus  notable  de  l'Église  de  Chypre  au  iv«  s.  est  sans 
contredit  S.  Épiphane,  évêque  de  Salamine,  dont  la 
vie  se  passa  presque  tout  entière  à  la  poursuite  des 
hérétiques,  assez  nombreux  dans  l'île,  sabelliens. 


nicolaïtes,  basilidiens,  valentiniens,  carpocratiens,  etc. 
Il  assista  sans  doute  au  concile  œcuménique  de  Cons- 
tantinople (381),  bien  que  son  nom  n'y  figure  pas.  On 
y  trouve  quatre  autres  évêques  cypriotes;  Jules  de 
Paphos,  Théopompe  de  Trimithonte,  Tychon  de  Ta- 
niassos  et  Mnémonius  de  Kitium.  Vers  la  fin  de  sa  vie, 
Épiphane  lutta  contre  l'origénisme.  Sur  les  pressantes 
sollicitations  de  Théophile,  patriarche  d'Alexandrie, 
il  réunit  en  synode  tous  les  évêques  de  l'île  et  condam- 
na les  doctrines  incriminées.  Salamine  était  alors  la 
capitale  civile  et  religieuse,  alors  que  Paphos  avait  eu 
pendant  longtemps  ce  double  titre.  On  trouve  encore 
au  iv  s.  quelques  belles  figures  épiscopales  :  S.  Tri- 
phyllius,  ami  et  contemporain  de  S.  Spiridion  et  plus 
tard  évêque  de  Lédra  ou  Leucosie  (S.  Jérôme,  73e  uiris 
illustribus,  xcii;  Sozomène,  H.  E.,  I,  xi;  P.  G., 
Lxvii,  889);  S.  Philon,  évêque  de  Carpasion  (S.  Jé- 
rôme, Epist.,  Lxx;  P.  L.,  xxii,  319);  S.  Tykhon 
d'Amathonte  (A.  Bail.,  xxvi,  229-32). 

2"  Luttes  pour  l'autocéphalie.  —  Pour  l'Église  de 
Chypre,  le  v  s.  est  dominé  par  les  luttes  qu'elle  entre- 
prit contre  le  patriarcat  d'Antioche  afin  de  faire 
reconnaître  son  autocéphalie  ou  indépendance  com- 
plète. Il  est  certain  qu'au  point  de  vue  civil  l'île  fai- 
sait partie  du  diocèse  ou  gouvernement  d'Orient,  dont 
la  capitale  était  Antioche.  En  allait-il  de  même  au 
point  de  vue  ecclésiastique?  C'est  ce  qu'on  ne  peut 
déterminer  avec  précision.  Toujours  est-il  qu'en  416 
le  patriarche  d'Antioche,  Alexandre,  ayant  réussi  à 
ramener  l'ordre  et  la  paix  dans  son  Église  troublée 
depuis  de  longues  années,  voulut  faire  reconnaître 
son  autorité  sur  toutes  les  provinces  soumises  à  son 
siège.  Chypre  refusa  de  se  soumettre.  Alexandre  se 
plaignit  au  pape,  fondant  sa  demande  sur  les  canons 
du  concile  de  Nicée  pour  incriminer  les  tendances 
séparatistes  de  Chypre.  D'après  lui,  la  rupture  avait 
eu  lieu  à  la  faveur  des  luttes  ariennes,  l'Église  insu- 
laire ayant  voulu  défendre  l'intégrité  de  sa  foi  contre 
l'hérésie  alors  maîtresse  à  Antioche;  autrefois  elle 
reconnaissait  l'autorité  du  patriarche,  puisqu'elle  fai- 
sait partie  du  diocèse  d'Orient.  Innocent  I"  répondit 
qu'il  faisait  siennes  les  revendications  d'Alexandre, 
dans  la  mesure  où  elles  étaient  justifiées  par  les  faits 
et  par  les  canons  de  Nicée.  Il  allait  engager  les  Cy- 
priotes à  observer  les  règles  posées  par  le  concile 
œcuménique,  mais  il  ne  dit  nullement  qu'il  condamnait 
leur  attitude  {P.  G.,  xx,  549). 

La  question  restait  donc  entière.  Elle  se  posa  de 
nouveau  et  avec  acuité  au  concile  d'Éphèse  (431).  Il 
est  probable  que  le  patriarche  d'Antioche  avait  pro- 
fité de  la  réponse  d'Innocent  I'"'  pour  essayer  d'impo- 
ser son  autorité  à  l'Église  de  Chypre  et  que  l'arche- 
vêque Troïle  avait  subi  de  ce  fait  de  véritables  persé- 
cutions dont  les  évêques  se  plaignirent  au  concile.  A 
sa  mort,  ces  évêques  lui  avaient  donné  comme  succes- 
seur Théodore.  Celui-ci  ayant  dû  se  rendre  à  Antioche 
pour  une  autre  affaire,  le  haut  clergé  syrien  essaya  par 
tous  les  moyens  de  le  faire  céder  et  il  ne  recula  même 
pas  devant  les  mauvais  traitements,  au  point  que, 
rentré  en  Chypre,  Théodore  ne  tarda  pas  à  mourir. 
C'était  au  début  de  431.  Aussitôt  les  Antiochiens  pro- 
voquèrent deux  lettres  de  Denys,  comte  d'Orient, 
l'une  au  clergé  de  Constantia  (Salamine),  métropole  de 
l'île,  et  l'autre  au  gouverneur  (21  mai  431).  La  pre- 
mière demandait  de  dilïérer  l'élection  du  métropolite 
et,  s'il  était  nommé,  qu'il  se  rendît  aussitôt  à  Antioche 
pour  attendre  la  décision  du  concile;  le  gouverneur  de 
l'île  devait  assurer  l'exécution  de  ces  ordres.  C'était 
trop  tard.  Le  concile  indigène  avait  déjà  nommé 
Rhéginus,  qui  partit  pour  Éphèse  avec  deux  évêques, 

j  Zénon  de  Curium  et  Évagre  de  Soli.  Ils  se  mirent 
immédiatement  du  parti  de  Cyrille  d'Alexandrie,  alors 

!  que  Jean  d'Antioche  et  son  épiscopat  tenaient  pour 


795 


C  H  Y  P  E 


79n 


Nestorius.  Les  Cypriotes  surent  habilement  faire 
payer  leurs  services.  A  la  septième  séance,  ils  deman- 
dèrent au  concile  de  reconnaître  leur  pleine  indépen- 
dance ecclésiastique  et  de  les  défendre  contre  les 
empiétements  d'Antioche.  Les  explications  qu'ils 
donnèrent  en  l'absence  du  parti  adverse  satisfirent 
les  Pères.  Le  concile  décida,  en  conséquence,  que 
Chypre  serait  complètement  indépendante  au  point 
de  vue  ecclésiastique,  mais  que  si  les  patriarches 
d'Antioche  pouvaient  prouver  la  légitimité  de  leurs 
revendications,  il  leur  serait  fait  droit  (Mansi,  iv, 
1465-470).  Un  demi-siècle  plus  tard,  Antioche  fit  une 
nouvelle  tentative.  Le  patriarche  Pierre  le  Foulon 
profita  de  la  faveur  de  l'empereur  Zénon  pour  étendre 
sa  juridiction  sur  Chypre.  Le  basileus  ordonna  au 
métropolite  Anthémius  de  se  rendre  à  Constantinople, 
oii  un  concile  trancherait  le  débat.  Or,  avant  le 
départ  de  l'épiscopat  cypriote,  on  découvrit  le  tom- 
beau de  S.  Barnabé;  sur  le  corps  de  l'apôtre  était 
l'évangile  de  S.  Matthieu,  écrit  de  sa  main  (488).  Aus- 
sitôt Anthémius  envoya  l'évangile  à  l'empereur,  qui 
le  fit  déposer  dans  la  chapelle  du  palais  impérial.  Il 
ne  pouvait  plus  être  question  désormais  de  soumettre 
Chypre  à  Antioche,  puisqu'on  avait  la  preuve  que  son 
fondateur  était  un  apôtre.  Zénon  proclama  donc 
l'indépendance  ecclésiastique  de  l'île,  décret  confirmé 
plus  tard  par  l'empereur  Justinien.  L'archevêque  de 
Constantia  avait  le  droit  de  sacrer  ses  sufïragants  et 
de  les  réunir  en  concile.  Zénon  voulut  y  ajouter  des 
marques  d'honneur  particulières  :  celle  de  porter  des 
vêtements  de  soie  et  de  pourpre  et  un  sceptre  au  lieu 
de  bâton  pastoral,  celle  de  signer  avec  le  cinabre,  en 
lettres  rouges,  et  celle  de  prendre  le  titre  de  Béatitude 
(MoKapicÔTTiç)  (Théodore  Lecteur,  H.E.,  II,  ii;  P.  G., 
Lxxxvi,  184;  Cedrenus,  Hist.  compend.;  P.  G.,  cxxi, 
673;  Joël,  Chronographia;  P.  G.,  cxxxix,  264  c; 
S.  Vailhé,  Formation  de  l'Église  de  Chypre  (431), 
dans  Échos  d'Orient,  xiii,  1910,  p.  5-10).  Alors  que 
Nicéphore  Calliste  (H.  E.,  XVI,  xxxvii;  P.  G., 
cxLvii,  200  C-D)  affirme  nettement  que  la  dépen- 
dance de  Chypre  vis-à-vis  d'Antioche  avait  été  réelle 
dans  les  quatre  premiers  siècles,  les  canonistes  grecs 
semblent  l'ignorer.  Ils  disent,  en  effet,  que  dès  le 
début  les  Cypriotes  nommaient  et  sacraient  leurs 
évêques  (Th.  Balsamon,  In  can.  S  concil.  Ephesini; 
P.  G.,  cxxxvii,  368). 

3°  Du  V  s.  à  la  domination  latine.  —  L'Église  de 
Chypre,  proclamée  autocéphale,  tint  à  jouer  son  rôle 
dans  les  querelles  religieuses  qui  agitèrent  l'Orient 
du  v*  au  ix«  s.  C'est  ainsi  que  trois  de  ses  évêques 
prirent  part  au  concile  de  Chalcédoine  (451)  (Mansi, 
VI,  568,  577).  C'est  ainsi  encore  que  les  Cypriotes 
eurent  une  attitude  résolue  dans  l'affaire  du  monothé- 
lisme.  Sergius,  archevêque  de  Constantia,  réunit  ses 
évêques  en  concile  et  condamna  l'hérésie  nouvelle.  Il 
envoya  le  décret  au  pape  Théodore  1"^  (642-649),  avec 
une  lettre  qui  reconnaissait  formellement  la  primauté 
romaine  (Mansi,  x,  913-16).  Il  en  alla  de  même  pour 
l'iconoclasme.  Georges,  archevêque  de  Constantia,  fut 
frappé  d'anathème  par  le  pseudo-concile  œcuménique 
de  753,  en  même  temps  que  Germain  de  Constanti- 
nople et  S.  Jean  Damascène.  On  attribue  même  à 
Georges  un  traité  contre  le  monothélisme,  qu'a  publié 
Melioranskij  (Gheorghii  Kipriunin  i  loann  Jerusali- 
mianin  dva  maleizviatnikh  bortza  za  pravoslavie  v.  VIII 
viekie,  S.-Pétersbourg,  1901).  Au  II»  concile  de  Nicée 
(787),  qui  condamna  l'iconoclasme,  Constantin  de 
Constantia  était  accompagné  de  cinq  de  ses  évêques. 
Il  joua  même  un  rôle  important  à  la  v«  séance  (Mansi, 
XII,  994-95).  Cette  hostilité  des  Cypriotes  contre  l'ico- 
noclasme s'explique  en  partie  par  le  fait  que  sous  Cons- 
tantin V  (741-765)  l'île  fut  le  jjrincipal  lieu  d'exil  pour 
les  moines  qui  refusaient  de  suivre  la  politique  reli- 


gieuse du  basileus  (Théoplume,  Chronographia,  éd.  de 
Boor,  p.  343). 

Le  voisinage  de  la  Syrie  faisait  de  Chypre  une  proie 
tentante  pour  les  Arabes  qui  y  multiplièrent  les  incur- 
sions. Dès  632,  le  calife  Abou-Bekr  s'empara  de  Kitium 
et,  en  647-48,  le  calife  Moaviah.  venu  avec  une  puis- 
sante flotte  de  700  vaisseaux,  s'empara  de  l'île  tout 
entière  (Constantin  Porphyrogénète,  Them.  orient.,  15; 
P.  G.,  cxxii,  104-05;  Théophane,  op.  et  loc.  cit.,  343). 
Une  grande  partie  de  la  population  fut  massacrée  et 
l'église  métropolitaine  de  Constantia,  qu'avait  bâtie 
S.  Épiphane,  détruite  (Cedrenus,  op.  cit.,  P.  G.,  cxxi, 
825).  La  ville  elle-même  ayant  été  incendiée,  l'arche- 
vêque se  transporta  à  Arsinoé  ou  Ammokhostos  (dont 
les  Européens  ont  fait  Famagouste)  (Phrankoudès, 
KÛTrpiç,  Athènes,  1890,  p.  399-401).  En  688,  Justi- 
nien II  Rhinotmète  rompit  la  paix  qu'il  avait  conclue 
avec  Abd-el-Mélek,  calife  de  Damas,  et  eut  la  fâcheuse 
idée,  pour  soustraire  les  Cypriotes  aux  vexations  des 
Arabes,  de  les  forcer  à  venir  s'établir  dans  la  province 
d'Hellespont.  Ce  fut  un  désastre.  L'n  grand  nombre 
d'entre  eux  périrent  dans  les  naufrages  ou  par  les 
fièvres.  L'exil  dura  sept  ans.  Le  basileus  installa  les 
survivants  dans  les  environs  de  Cj'zique.  L'archevêque 
fixa  sa  résidence  dans  une  localité  voisine  de  cette 
ville,  que  Justinien  II  nomma,  dit-on,  Néajustinia- 
nopolis  (titre  que  les  archevêques  de  Chypre  portent 
encore  aujourd'hui).  Le  souverain  lui  conféra  des  pri- 
vilèges que  confirma  le  concile  Quinisexte  (691-92). 
Le  can.  36  de  cette  assemblée  lui  reconnaissait  les 
droits  du  patriarche  de  Constantinople,  celui  de  consa- 
crer les  évêques  de  la  province,  même  le  métropolite 
de  Cyzique.  Le  texte  de  ce  canon  n'est  pas  assez  clair 
pour  que  l'on  puisse  préciser  les  privilèges  accordés.  Il 
y  a  lieu  cependant  de  croire  que  les  droits  reconnus  à 
l'archevêque  étaient  ceux  que  le  patriarche  de  Cons- 
tantinople avait  jusqu'alors  exercés  sur  la  province 
d'Hellespont.  C'était  l'opinion  des  canonistes  grecs, 
Balsamon,  Zonaras  et  Aristène  (cf.  P.  G.,  cxxxvii, 
648-49,  652).  La  paix  conclue  avec  les  Arabes  permit 
aux  Cypriotes  de  regagner  leur  île. 

Au  début  du  ix«  s.,  une  armée  du  calife  Haroun-al- 
Rachid  ravagea  Chypre,  massacrant  les  habitants  et 
détruisant  églises  et  monastères  (Théophane,  op.  et 
loc.  cit.,  482).  Cependant  l'empire  byzantin  ne  restait 
pas  indifférent  aux  malheurs  des  Cypriotes.  Basile  II 
le  Macédonien  (867-86),  puis  Nicéphore  Phocas  (963- 
969)  firent  aux  Arabes  une  guerre  acharnée.  Le  second 
réussit  à  les  chasser  définitivement  en  964  (Cedrenus, 
op.  cit.,  P.  G.,  cxxii,  73-76).  D'une  façon  habituelle 
cependant,  les  musulmans  laissèrent  aux  indigènes  la 
libre  pratique  de  leur  religion.  Les  deux  races  vivaient 
côte  à  côte  sans  se  mêler.  Les  chrétiens  observaient 
une  neutralité  prudente  et  apeurée  entre  les  Byzan- 
tins et  les  Arabes,  afin  d'éviter  les  représailles  des 
deux  côtés  (Vasiliev,  Byzantiia  i  Araby,  S.-Péters- 
bourg, II,  1902,  p.  52).  Les  victoires  de  Nicéphore  Pho- 
cas permirent  à  l'Église  de  Chypre  de  reprendre  une 
vie  que  trois  siècles  d'oppression  avaient  fortement 
ralentie.  Les  églises  furent  rebâties,  mais  les  monu- 
ments anciens  avaient  disparu  pour  toujours.  La  vie 
religieuse  ne  refieurit  qu'un  siècle  et  demi  plus  tard. 
Sous  Alexis  Comnène  (1081-1118)  fut  fondé  le  monas- 
tère de  Kykkos,  auquel  l'empereur  fit  don  d'une  icône 
de  la  Vierge  Miséricordieuse  ('EXeoÙCTa),  que  S.  Luc 
passait  pour  avoir  peinte  lui-même.  Sous  Manuel 
Comnène  (1143-1180)  fut  commencé  celui  de  Machéras, 
et  sous  Isaac  II  l'Ange  (1185-1195),  celui  de  S.-Néo- 
phyte-le-Reclus. 

Le  retour  des  Byzantins  en  Chypre  permit  aux 
patriarches  de  Constantinople  de  s'immiscer  dans  les 
affaires  intérieures  de  l'Église  autocéphale.  On  en  a 
un  exemple  dans  le  procès  intenté  à  Jean,  évêque 


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eu  Y 


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d'Amathonte.  Comme  l'archevêque  l'avait  déposé,  ce 
prélat  en  appela  à  l'empereur  Manuel  Comnène.  Le 
basileus  chargea  le  patriarche  Luc  Chrysobergès  (1 156- 
1169)  de  juger  le  litige.  Luc  cassa  la  sentence  de 
l'archevêque,  sous  prétexte  qu'un  évêque  devait  être 
jugé  par  un  tribunal  composé  de  douze  de  ses  pairs,  ce 
qui  n'était  pas  le  cas  (Balsamon,  dans  P.  G.,  cxxxviii, 
57-61).  Telle  était  en  efïet  la  jurisprudence  établie 
par  le  12«  canon  du  concile  de  Carthage,  mais  on  pou- 
vait légitimement  se  demander  si  elle  était  applicable 
à  l'Église  de  Chypre,  qui  ne  pouvait  fournir  la  dou- 
zaine d'évêques  nécessaires. 

Les  Cypriotes  eurent  souvent  à  se  plaindre  de  l'ad- 
ministration byzantine,  parce  que  les  gouverneurs 
profitaient  de  leur  éloignenient  pour  agir  à  leur  guise. 
Le  mécontentement  se  traduisit  par  une  véritable 
révolte,  d'abord  sous  Michel  IV  le  Paphlagonien 
(1034-1041),  puis  sous  Alexis  Comnène  (1081-1118) 
(Cedrenus,  op.  cit.;  P.  C,  cxxii,  281;  Zonaras, 
Annales,  xviii,  22;  éd.  Teubner,  iv,  239;  Anne  Com- 
nène, Alexiade,  2;  éd.  Teubner,  n,  33).  La  situation 
devint  pire  lorsque  Isaac  Comnène  réussit  à  s'emparer 
de  l'île  et  à  se  rendre  indépendant  (1184)  (Nicétas 
Choniatès,  De  Andronico  Comneno,  i,  5;  P.  G., 
cxxxix,  644).  Cet  aventurier  se  montra  encore  plus 
cruel  que  son  parent  Andronic  III  et  ses  violences 
furent  cause  que  les  latins  se  rendirent  maîtres  de 
l'île. 

4°  La  domination  latine  (1191-1571).  —  En  mai 
1191,  le  roi  d'Angleterre  Richard  Cœur  de  Lion  fit 
escale  à  Limassol,  avant  de  se  rendre  en  Palestine. 
Isaac  Comnène  ayant  maltraité  ses  chevaliers,  il  lui 
demanda  en  vain  réparation.  Il  s'ensuivit  une  guerre 
qui,  en  quelques  jours,  permit  à  Richard  de  s'emparer 
de  toute  l'île.  Pressé  de  se  rendre  en  Palestine,  le 
vainqueur  proposa  aux  Templiers  de  lui  acheter  sa 
conquête  et  de  s'y  établir.  Le  prix  fut  fixé  à  100  000 
besants  d'or.  Les  Templiers  versèrent  immédiatement 
40  000  besants  et  occupèrent  le  château  de  Nicosie 
(Guillaume  de  Tyr,  Hist.  rerum  transmarinarum, 
XXIV,  13).  Les  Cypriotes  avaient  gardé  très  mauvais 
souvenir  de  Renaud  de  Châtillon  qui,  en  1155,  avait 
commis  chez  eux  des  atrocités  et  fort  malmené  le 
clergé  grec  (Cinnamus,  Hist.,  iv,  17;  P.  G.,  cxxxii, 
521;  G.  Schlumberger,  Renaud  de  Châtillon,  prince 
d'Antioche,  Paris,  1899,  p.  77).  Leur  haine  des  latins 
les  poussa  à  massacrer  les  Templiers.  Prévenus  à 
temps,  ceux-ci  firent  une  sortie  désespérée  et  massa- 
crèrent la  plus  grande  partie  de  la  population  de 
Nicosie  (Amadi,  Chronique,  83-85;  Strambaldi,  Chro- 
nique, 8).  Du  coup,  ils  renoncèrent  à  leur  acquisition 
et  la  rendirent  à  Richard  Cœur  de  Lion.  Celui-ci  la 
céda  à  Guy  de  Lusignan,  fils  de  Hugues  VIII,  comte 
de  la  Marche,  à  charge  de  rembourser  aux  Templiers 
les  40  000  besants  qu'ils  avaient  versés.  Pour  se  con- 
cilier ses  nouveaux  sujets,  Guy  de  Lusignan  laissa 
toute  liberté  à  l'Église  grecque.  Il  n'en  fut  pas  de 
même  sous  Amaury  (1194-1205)  ou  plutôt  sous  la 
tutelle  de  sa  mère,  Alix  de  Champagne.  Celle-ci  décida 
en  effet  d'établir  dans  l'île  la  hiérarchie  latine  pour  les 
nombreux  fidèles  occidentaux  qui  s'y  étaient  fixés. 
Elle  voulait  aussi  amener  les  grecs  à  se  soumettre 
au  pape  en  se  latinisant.  Célestin  III  l'y  poussait  du 
reste,  puisque,  le  20  févr.  1196,  il  félicitait  le  roi 
Amaury  du  zèle  qu'il  déployait  à  combattre  le  schisme 
et  à  ramener  les  égarés  à  la  véritable  Église  (Jaffé, 
n.  17,  p.  329;  cf.  de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  m, 
600).  Ce  dernier  auteur  semble  avoir  bien  compris  la 
situation  quand  il  écrit  :  «  L'établissement  de  l'Église 
latine  ne  compromettait  pas  l'existence  de  l'Église 
grecque  et  n'amoindrissait  pas  ses  immunités.  Les 
deux  communautés  auraient  pu  vivre  en  paix  ainsi 
rapprochées,  mais  il  aurait  fallu,  chez  les  grecs,  une 


résignation  voisine  de  l'abaissement  et,  chez  les 
latins,  une  modération  qui  eût  semblé  une  abdication 
d'un  devoir  »  (op.  cit.,  x,  124). 

Cependant  les  grecs  conservaient  encore  leur  hié- 
rarchie qui  se  composait  d'une  quinzaine  de  prélats, 
dont  l'archevêque  de  Constantia-Salamine.  On  n'est 
d'ailleurs  pas  d'accord  sur  le  nombre  des  sièges  épis- 
copaux  que  possédait  l'île.  L'archimandrite  Kypria- 
nos  (MCTTopîa  xpovoÀoyiKTi  Tfjç  vfjCTOu  Kùrrpou,  Venise, 
1788,  p.  391)  prétend  qu'ils  étaient  31,  dont  6  métro- 
poles et  25  éparchies.  Le  Sijnecdemus  de  Hiéroclès  n'en 
compte  que  15  (G.  Parthey,  Hieroclis  Synecdemus  et 
Notitiae  Graecae  episcopaluurn,  Berlin,  1866,  p.  39), 
ainsi  que  Nil  Doxapatris  (ibid..  285);  on  en  trouve  IC 
dans  Le  Quien  (u,  1043-45).  Voici  les  noms  donnés 
par  Hiéroclès  :  Constantia,  archevêché,  Tamassos, 
Kitium,  Amathonte,  Curiuni,  Paphos,  Arsinoé,  Soli, 
Lapithos,  Mirbaea,  Chytri,  Carpasion,  Kerynae,  Tri- 
mithonte  et  Leucosie. 

Dès  le  règne  d'Amaury,  plusieurs  églises  furent 
attribuées  aux  latins  et  on  leur  affecta  une  partie  des 
revenus  ecclésiastiques.  La  domination  occidentale 
sur  les  grecs  s'aggrava  au  point  de  vue  religieux  sous 
Hugues  I"  (1205-1218).  Elle  devint  encore  plus  étroite 
après  lui.  En  oct.  1220,  la  noblesse  et  le  clergé  latin 
statuèrent  sur  le  partage  des  biens  ecclésiastiques.  On 
exempta  les  clercs  grecs  du  servage  et  des  corvées, 
mais  à  la  condition  qu'ils  prêteraient  serment  d'obéis- 
sance et  de  fidélité  à  l'évêque  latin;  les  serfs  étaient 
exclus  des  ordres  sacrés;  les  archimandrites  des 
monastères  devaient  faire  approuver  leur  élection 
par  l'évêque  latin;  défense  était  faite  au  clergé  grec 
de  réclamer  les  biens  des  églises  et  des  monastères 
confisqués  par  les  latins  (de  Mas-Latrie,  op.  cit.,  m, 
611-12).  Le  cardinal  Pélage,  évêque  d'Albano  et  légat 
pontifical,  alla  plus  loin.  Il  voulut  contraindre  les 
grecs  à  se  faire  catholiques.  Il  fit  incarcérer  treize 
moines  et,  sur  leur  refus  de  renoncer  à  l'orthodoxie 
orientale,  ils  furent  suppliciés  (Allatius,  De  consensu, 
699-700).  Les  années  1221  et  1222  virent  le  joug  latin 
s'appesantir  davantage  encore  sur  les  grecs.  On  tolé- 
rait la  diversité  des  rites,  mais  les  évêques  grecs 
étaient  considérés  comme  de  simples  vicaires  de  l'ar- 
chevêque latin;  ils  n'exerçaient  leur  juridiction  que 
sous  la  dépendance  de  leurs  collègues  latins,  ne  pou- 
vaient prendre  possession  de  leur  siège  sans  la  permis- 
sion des  évêques  latins;  au  moment  de  recevoir  l'in- 
vestiture, ils  devaient  jurer  fidélité  à  l'évêque  latin 
en  s'agenouillant  devant  lui,  etc.  C'est  en  vain  que  les 
autorités  civiles  essayaient  de  refréner  ce  zèle  outré. 
L'intransigeance  du  cardinal  Pélage  l'emporta.  Elle 
était  d'ailleurs  appuyée  par  les  papes,  puisque  Hono- 
rius  III  écrivait,  le  23  janv.  1223,  à  Alix  de  Cham- 
pagne qu'il  regrettait  de  ne  pouvoir  maintenir  l'ar- 
chevêque grec,  parce  qu'il  ne  devait  pas  y  avoir  deux 
chefs  de  même  titre  et  de  même  autorité  dans  la  hié- 
rarchie; il  demandait  aussi  de  ne  pas  permettre  aux 
évêques  grecs  de  résider  au  même  lieu  que  les  évêques 
latins  (Raynaldi,  Annales,  ann.  1222,  n.  8-9;  i,  p.  319). 
L'archevêque  grec  Néophyte  fut  en  conséquence  dé- 
posé et  exilé  avec  son  clergé  (Sathas,  op.  cit.,  u,  7). 
Enfin,  le  14  sept.  1222,  le  cardinal  Pélage  ratifia  la 
convention  passée  entre  les  nobles  et  les  évêques 
latins.  Les  évêchés  grecs  étaient  réduits  au  nombre  de 
quatre  :  Nicosie  (Leucosie),  Paphos,  Limassol  (Lémes- 
sos)  et  Famagouste  (Ainrnokhostos).  Leurs  titulaires 
devaient  obéissance  aux  évêques  latins,  de  même  que 
les  higoumènes  ;  on  fixait  même  le  nombre  de  religieux 
que  ne  devait  pas  dépasser  chaque  monastère  (de  Mas- 
Latrie,  op.  cit.,  ni,  622). 

On  comprend  que  les  grecs  se  soient  insurgés  contre 
ces  mesures  draconiennes.  Ils  portèrent  leurs  doléances 
au  patriarche  de  Constantinople  Germain  II  (1222- 


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CHY 


F  RE 


800 


1240),  alors  en  résidence  à  Nicée.  Leurs  envoyés 
furent  Léonce,  évêque  de  Soli,  et  Léonce,  higoumène 
du  monastère  des  Apsinthes  (Mansi,  xxi,  1076-77; 
P.  G.,  cxL,  605-08).  Le  synode  donna  sa  décision  en 
juin.  1223.  II  conseillait  aux  Cypriotes  de  se  soumettre 
provisoirement,  dans  l'attente  de  jours  meilleurs. 
Cependant,  le  parti  hostile  aux  latins  l'ayant  emporté, 
il  dut  modifier  la  ligne  de  conduite  qu'il  avait  donnée. 
Il  conseillait  aux  évêques  grecs  de  céder  pour  toutes 
les  questions  d'argent,  d'accepter  leur  installation 
par  les  évêques  latins  et  même  l'appel  à  leurs  tribu- 
naux; par  contre,  ils  devaient  se  montrer  intransi- 
geants sur  la  question  du  serment  d'obéissance  et  de 
fidélité  à  ces  mêmes  évêques.  Il  interdisait  aux  fidèles 
de  recevoir  les  sacrements  des  prêtres  grecs  assermen- 
tés (P.  G.,  CXL,  613).  Germain  allait  jusqu'à  dire  que 
mieux  valaient  l'exil  et  le  joug  musulman  que  la 
domination  latine  (de  Mas-Latrie,  op.  cit.,  i,  214).  Il 
écrivit  au  pape  Grégoire  IX  et  aux  cardinaux  en 
faveur  des  Cypriotes,  rejetant  sur  l'Église  romaine,  sa 
tyrannie  et  son  avidité,  les  responsabilités  du  schisme 
qui  séparait  l'Orient  de  l'Occident.  Grégoire  IX  lui 
répondit  que,  par  suite  du  schisme,  l'Église  grecque 
était  tombée  aux  mains  du  pouvoir  laïque  et  que 
l'Église  romaine  avait  reçu  de  Dieu  le  glaive  matériel 
et  spirituel  {BuUarium  Romanum,  éd.  de  Turin,  m, 
473). 

Un  nouveau  conflit  éclata  en  1240.  Les  sévérités  de 
Grégoire  IX  amenèrent  l'exode  de  nombreux  Cy- 
priotes qui  s'exilèrent  en  Petite  Arménie  avec  leurs 
évêques,  leur  clergé  et  leurs  vases  sacrés.  Le  pape 
demanda  à  l'archevêque  latin  Eustorge  de  Montaigu 
de  nommer  des  latins  à  la  place  des  évêques  grecs 
fugitifs  et  requit  l'appui  du  pouvoir  séculier  (Ray- 
naldi,  op.  cit.,  ann.  1240,  n.  44-45;  t.  ii,  p.  248-49). 
Ces  mesures  restèrent  à  peu  près  lettre  morte,  sans 
quoi  l'exode  des  Cypriotes  aurait  repris  de  plus  belle 
(de  Mas-Latrie,  Hist.  des  archevêques  latins  de  Chypre, 
dans  Archives  de  l'Orient  latin,  ii,  Paris,  1884,  p.  208). 
Sous  Amaury  IV,  l'attitude  du  clergé  latin  fut  plus 
condescendante,  du  moins  pendant  quelque  temps. 
Le  cardinal  Eudes  de  Châteauroux,  délégué  du  pape, 
se  fit  auprès  de  celui-ci  l'interprète  des  grecs.  Ils 
demandaient  le  rétablissement  de  leurs  anciens  pri- 
vilèges, entre  autres  leurs  quatorze  évêchés,  leur  indé- 
pendance vis-à-vis  du  clergé  latin,  la  suppression  du 
numerus  clausus  appliqué  aux  monastères.  Malgré  ses 
bonnes  dispositions  personnelles,  Eudes  de  Château- 
roux  ne  voulut  pas  aller  à  rencontre  des  mesures 
prises  par  Célestin  III  et  le  cardinal  Pélage  (Raynaldi, 
op.  cit.,  ann.  1250,  n.  40-42;  n,  431-32).  Innocent  IV 
fit  cependant  des  concessions.  Par  une  bulle  du  20  déc. 
1251,  il  approuva  la  nomination  de  Germain  au  siège 
archiépiscopal  de  Chypre;  ce  prélat  fut  consacré  par 
ses  suffragants.  Le  cardinal  Eudes  de  Châteauroux 
l'installa  lui-même,  malgré  les  plaintes  du  clergé  latin. 
Germain  et  ses  évêques  prêtèrent  le  serment  d'obéis- 
sance et  de  fidélité  à  l'Église  romaine. 

La  pacification  était  donc  en  bonne  voie.  Malheu- 
reusement l'archevêque  latin,  Hugues  de  Fagiano,  la 
compromit  par  son  zèle  exagéré.  Le  dimanche  des 
Rameaux  1251,  il  lança  l'anathème  contre  les  grecs  qui 
refusaient  d'admettre  la  suprématie  romaine  et  de 
prêter  serment  de  fidélité  aux  évêques  latins.  D'autres 
peines  frappaient  les  simples  fidèles  (Mansi,  xxvii, 
311-16).  Comme  ni  le  légat  Eudes  de  Châteauroux,  ni 
le  roi  Henri  I"  ne  l'appuyaient,  il  quitta  l'île,  mais 
en  jetant  l'interdit  sur  tout  le  royaume.  Innocent  IV 
publia  en  1254  sa  Constitution  relative  aux  divergences 
entre  grecs  et  latins  dans  l'administration  des  sacre- 
ments (Raynaldi,  op.  cit.,  ann.  1254,  n.  7-11;  ii,  494- 
96;  Mansi,  xxvi,  232-35).  L'année  précédente,  Hugues 
de  Fagiano  était  rentré  en  Chypre  et  avait  levé  l'inter- 


dit. Cependant  son  zèle  ne  s'était  pas  calmé.  Il  se 
plaignit  à  Rome  de  la  modération  de  la  régente  Plai- 
sance d'Antioche  à  l'égard  des  grecs,  mais  il  ne  fut 
pas  écouté.  Innocent  IV  écrivit  même  à  son  légat 
d'obtenir  de  l'archevêque  et  des  évêques  latins  qu'ils 
n'inquiétassent  les  grecs  en  rien  et  ne  leur  deman- 
dassent que  ce  qui  était  prévu  par  la  Constitution 
pontificale  (BuUarium  Romanum,  m,  1858,  p.  583).  Le 
départ  du  légat  Eudes  de  Châteauroux  permit  à 
Hugues  de  Fagiano  d'agir  à  sa  guise.  Il  persécuta  telle- 
ment l'archevêque  Germain  que  celui-ci  finit  par  se 
rendre  à  Rome,  avec  trois  de  ses  sufîragants,  pour  se 
plaindre  au  pape.  Hugues  lança  contre  lui  l'excommu- 
nication, le  déclara  déchu  de  sa  dignité  et  envoya  ses 
mandataires  à  Rome.  Le  cardinal  Eudes  de  Château- 
roux fut  chargé  de  régler  le  difi'érend.  Les  mandataires 
d'Hugues  de  Fagiano  se  fondaient  sur  le  décret  de 
Célestin  III  et  la  convention  signée  par  le  cardinal 
Pélage,  ce  qui  ne  pouvait  qu'embarrasser  Eudes  de 
Châteauroux.  Comme  le  procès  traînait  en  longueur, 
les  grecs,  à  court  d'argent,  se  plaignirent  au  pape  et 
le  prièrent  de  se  prononcer  lui-même  sur  toute  l'affaire. 
Alexandre  IV  y  consentit  et  promulgua  à  Anagni  la 
bulle  constitutive  de  l'Église  de  Chypre,  qui  est  la 
manifestation  la  plus  claire  des  idées  de  Rome  à  cette 
époque  sur  les  relations  entre  grecs  et  latins  (3  juill. 
1260)  (Raynaldi,  op.  cit.,  ann.  1260,  n.  36-39;  m, 
66-67).  Il  importe  donc  d'en  signaler  les  points  essen- 
tiels. 

Cette  Constitution,  plus  bénigne  que  les  précédentes 
sur  certains  points,  mettait  cependant  l'Église  grecque 
dans  un  véritable  état  d'infériorité  par  rapport  à 
l'Église  latine.  Les  évêchés  grecs  ne  seraient  plus  que 
quatre  et  leurs  limites  étaient  les  mêmes  que  celles 
des  évêchés  latins.  Leurs  titulaires  étaient  placés  sous 
la  juridiction  de  l'archevêque  latin;  ils  ne  devaient 
pas  résider  dans  la  même  localité  que  leurs  collègues 
latins  :  celui  de  Nicosie  irait  habiter  dans  la  vallée  de 
Soli,  à  l'ouest  de  l'île;  celui  de  Paphos,  à  Arsinoé 
(auj.  Arzos);  celui  de  Limassol,  à  Lefkara;  et  celui  de 
Famagouste,  à  Rhizocarpasion,  dans  la  presqu'île 
orientale.  Le  clergé  grec  de  chaque  diocèse  pouvait 
élire  son  évêque,  mais  avec  l'approbation  de  l'évêque 
latin;  le  nouvel  élu  était  consacré  par  ses  collègues 
grecs,  sous  la  présidence  de  l'archevêque  latin,  qui 
l'investissait  du  droit  d'inspection  et  de  gouverne- 
ment sur  les  monastères,  les  églises,  le  clergé  et  les 
fidèles  de  son  diocèse.  L'évêque  grec  devait  jurer 
obéissance  et  fidélité  à  l'Église  romaine;  il  ne  pou- 
vait être  déposé  ou  transféré  que  par  le  pape.  Une  fois 
par  an,  il  prenait  part  au  synode  tenu  par  l'évêque 
latin  et  il  y  venait  avec  son  clergé  et  ses  higoumènes. 
Lors  de  ses  tournées  pastorales,  l'évêque  latin  recevait 
des  grecs  les  mêmes  honneurs  que  de  ses  ouailles 
latines.  Les  dîmes  de  l'île  tout  entière  appartien- 
draient aux  latins.  L'archevêque  Germain,  fort  bien 
vu  à  Rome,  se  vit  traiter  avec  beaucoup  d'égards 
(Mansi,  xxiii,  1037-46;  Raynaldi,  op.  cit.,  ann.  1260, 
n.  40-50;  m,  66-68). 

Ces  égards  eurent  le  don  d'exaspérer  Hugues  de  Fa- 
giano. Il  donna  de  nouveau  sa  démission  et  se  retira 
en  Toscane,  où  il  ne  tarda  pas  à  mourir.  La  nouvelle 
Constitution  fut  naturellement  mal  accueillie  par  les 
grecs.  Aussi  mirent-ils  tout  leur  espoir  dans  l'empire 
byzantin  restauré  par  Michel  Paléologue  (1259). 
Celui-ci  les  poussa  à  la  révolte  pour  l'aider  à  reconqué- 
rir l'île,  mais  ils  restèrent  sourds  à  ses  appels.  Les  rois 
de  Chypre  les  ménageaient  pour  les  tenir  dans  l'obéis- 
sance et  ils  appliquaient  mollement  les  décisions  ponti- 
ficales, malgré  les  plaintes  de  l'épiscopat  latin. 
Urbain  IV  écrivit  à  Hugues  d'Antioche  pour  lui 
reprocher  cette  conduite  (de  Mas-Latrie,  Hist.  de 
Chypre,  i,  393).  L'archevêque  latin  de  Nicosie  alla 


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CH  Y 


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trouver  le  pape  à  Orvieto  pour  lui  exposer  la  situa- 
tion. Urbain  IV  envoya  une  nouvelle  lettre  au  roi 
pour  se  plaindre  de  ce  que  l'archevêque  n'était  plus 
rien  dans  sa  métropole  (de  Mas-Latrie,  op.  cil.,  i, 
394;  III,  655;  Raynaldi,  op.  cit.,  ann.  1264,  n.  66; 
III,  153-54). 

L'appui  que  leur  donnait  le  pouvoir  civil  enhardit 
les  grecs,  qui  ne  cessaient  de  réclamer  leurs  privilèges. 
11  y  eut  de  véritables  scènes  d'émeute  autour  des  pré- 
ats  occidentaux,  en  1313  et  en  1360,  où  deux  légats 
du  pape  faillirent  être  écharpés  par  la  foule  (Raynaldi, 
op.  cit.,  ann.  1309,  n.  33-34;  iv,  479-80;  ann.  1359, 
n.  16-17;  vu,  44-45).  Par  ailleurs,  l'influence  grecque 
allait  grandissant.  La  noblesse  franque  prenait  de 
plus  en  plus  les  habitudes  des  gens  du  pays,  comme 
celle  de  célébrer  à  la  maison  baptêmes  et  mariages.  Les 
femmes  catholiques  fréquentaient  plus  souvent  les 
églises  grecques  que  les  leurs  et  couraient  le  risque  de 
perdre  leur  foi.  C'est  ce  que  constatait  Urbain  V 
dans  une  lettre  à  l'archevêque  Raymond  de  Pradèle 
(29  mai  1368)  (de  Mas-Latrie,  op.  cit.,  ni,  757-58). 

Dès  le  début  du  xv^  s.,  le  patriarcat  de  Constanti- 
nople  s'efforça  de  ramener  à  l'unité  orthodoxe  les 
fldèles  de  ChjTîre,  qu'il  considérait  comme  des  apostats 
parce  qu'ils  prêtaient  serment  d'obéissance  et  de 
fidélité  à  l'Église  romaine.  Joseph  Bryennios  se  rendit 
en  Chypre  sur  l'ordre  du  patriarche  pour  faire  une 
enquête  (1405).  Il  se  convainquit  que  l'on  ne  pouvait 
de  longtemps  espérer  le  retour  des  Cypriotes  à  l'or- 
thodoxie. Sept  ans  plus  tard,  les  évêques  de  Chypre 
écrivirent  à  Constantinople  pour  faire  leur  union 
avec  la  «  Grande  Église  ».  L'opinion  de  Bryennios  pré- 
valut encore.  Il  disait  que  ce  serait  entrer  en  rela- 
tions avec  l'Église  romaine  si  l'on  admettait  à  la 
communion  orthodoxe  des  fidèles  habitués  aux  usages 
latins  (Ph.  Georgiou,  "EiSfiaeiç  ÎCTTopiKal  Trepi  Tfjî 
ÉKKAriaias  Tris  Kuirpou,  p.  63). 

Le  concile  de  Florence  n'amena  aucune  améliora- 
tion dans  les  rapports  entre  grecs  et  latins  en  Chypre. 
Ceux-ci  se  défiaient,  non  sans  raison,  de  la  sincérité 
des  premiers,  qui  prétendaient  de  leur  côté  que  le 
concile  avait  dû  accepter  les  doctrines  orthodoxes  et 
que  ses  canons  étaient  contraires  à  la  vraie  foi.  Ils 
trouvèrent  bientôt  un  appui  dans  la  reine  Hélène 
Paléologue,  fille  de  Théodore,  despote  du  Péloponnèse, 
que  le  roi  Jean  II  épousa  en  1441.  Elle  profita  de  son 
ascendant  sur  son  faible  époux  pour  relever  le  pres- 
tige de  l'Église  grecque  et  étendre  l'influence  de  l'hel- 
lénisme. Elle  essaya  même  de  faire  nommer  arche- 
vêque un  grec  authentique,  fils  de  sa  nourrice. 
N'ayant  pu  y  réussir,  elle  s'en  prit  à  l'archevêque 
latin  Galesio  de  Montolif,  qui  dut  chercher  un  refuge 
à  Rhodes  (1442).  Justement  inquiet,  le  pape  Nicolas  V 
demanda  à  l'archevêque  André  de  Nicosie,  son  légat 
en  Orient,  de  travailler  activement  à  la  conversion 
des  grecs  et  au  besoin  de  recourir  au  bras  séculier 
(3  août  1447)  (Raynaldi,  op.  cit.,  ann.  1447,  n.  27; 
IX,  513-14). 

Les  Vénitiens  devinrent  maîtres  de  Chypre  en  1489 
et  aggravèrent  encore  les  mesures  prises  à  l'égard  des 
grecs.  Ils  fermèrent  leurs  écoles  et  se  montrèrent  si 
durs  qu'un  bon  nombre  d'habitants  se  réfugièrent 
en  Asie  Mineure.  La  reine  Hélène  Paléologue  était 
morte  en  1458  et  ses  efforts  pour  redonner  de  la 
vigueur  à  l'Église  orthodoxe  n'avaient  eu  qu'un  court 
succès.  Les  grecs  en  venaient  à  désirer  l'arrivée  des 
Turcs,  qui  cherchaient  à  s'emparer  des  îles  de  la 
Méditerranée  orientale,  encore  aux  mains  des  chré- 
tiens. Ils  furent  exaucés  en  1571,  mais  ils  ne  tar- 
dèrent pas  à  regretter  le  joug  latin,  si  dur  qu'il  eût  été. 
Les  Turcs  massacrèrent  indistinctement  grecs  et 
latins  et  pillèrent  à  volonté  une  contrée  qui  conservait 
encore  une  grande  partie  de  son  ancienne  opulence. 

DiCT.  d'hist.  et  de  oéogr.  ecclés. 


5"  La  domination  turque  (1571-1878).  —  Elle  fut 
pire  pour  l'Église  de  Chypre  que  tous  les  régimes  qui 
l'avaient  précédée.  Les  janissaires  avaient  massacré 
tous  les  évêques,  la  plupart  des  higoumènes  et  des 
dignitaires  ecclésiastiques;  ils  avaient  détruit  ou 
transformé  en  écuries  les  monastères,  profané  ou 
changé  en  mosquées  les  églises  (Kyprianos,  op.  cit., 
300).  Une  fois  la  domination  turque  établie,  les 
Cypriotes  essayèrent  de  s'en  accommoder  pour  rele- 
ver leur  Église.  Une  députation  fut  envoyée  au  grand 
vizir  Mehmed  Pacha,  pour  obtenir  que  le  patriarcat 
de  Constantinople  rétablît  leurs  évêchés  et  pour 
racheter  les  monastères  confisqués  (Sakellarios, 
Tà  KuirpiocKà,  i,  Athènes,  1835,  p.  560).  Les  sièges 
anciens  ne  furent  pas  restaurés  et  l'on  ne  conserva 
que  les  quatre  qu'avaient  laissés  les  latins.  Toutefois 
celui  de  Famagouste  (Ammokhostos)  fut  supprimé  et 
on  le  remplaça  par  celui  de  Kérynia,  restauré.  L'ar- 
chevêque fixa  sa  résidence  à  Leucosie  (Nicosie), 
l'évêque  de  Liinassol  dans  la  ville  de  ce  nom,  celui  de 
Carpasion  à  Famagouste  et  celui  de  Kérynia  dans  la 
bourgade  ainsi  nommée.  Les  trois  évêques  prirent  le 
titre  de  métropolites  et  furent  placés  sous  la  juridic- 
tion de  l'archevêque. 

Dès  le  lendemain  de  la  conquête  turque,  on  vit  se 
produire  une  véritable  ruée  vers  les  dignités  ecclé- 
siastiques. En  1572,  un  moine  arabe  de  Syrie  obtint 
du  grand  vizir  le  siège  archiépiscopal  pour  la  somme 
de  3  000  sequins,  et  le  patriarche  de  Constantinople, 
Jérémie  II  (1572-1579),  n'hésita  pas  à  consacrer  ce 
simoniaque.  Le  nouvel  archevêque  se  rendit  en  Chy- 
pre, bien  décidé  à  récupérer  sur  ses  ouailles  ses 
3  000  sequins.  Les  Cypriotes  envoyèrent  une  déléga- 
tion pour  faire  rapporter  la  décision  et  présenter  un 
autre  candidat.  C'était  trop  tard.  Un  autre  moine 
avait  profité  de  l'amitié  du  patriarche  pour  se  faire 
nommer.  Une  transaction  intervint.  Ce  candidat  fut 
nommé  à  la  métropole  de  Paphos  moyennant  fi- 
nances; l'higoumène  du  monastère  de  Koutzoventi 
obtint  celle  de  Limassol  et  le  curé  de  l'église  S.-Siméon 
celle  de  Carpasion  (Ammokhostos). 

On  vit  désormais  se  produire  dans  l'Église  de  Chypre 
les  mêmes  événements  qui  désolaient  le  patriarcat  de 
Constantinople  :  querelles  intérieures  et  luttes  d'am- 
bition. La  nomination  au  siège  archiépiscopal  fut 
l'occasion  d'un  diflerend  très  grave  entre  les  métro- 
polites et  les  fidèles.  Léonce  Eustratios,  higoumène 
du  monastère  S.-Jean-de-Pipé  à  Leucosie,  fut  un  des 
plus  acharnés  (1582)  (Sathas,  NEoeAArjviKf]  çiAoÀoyîa, 
Athènes,  1867,  p.  182).  Il  fut  accusé  de  partager  les 
doctrines  des  latins  sur  l'eucharistie  et  la  procession 
du  S. -Esprit.  Mélèce  Pighas,  patriarche  d'Alexandrie, 
conseilla  aux  Cypriotes  de  ne  pas  se  laisser  détourner 
de  leurs  anciennes  croyances  (Ph.  Georgiou,  op.  cit., 
77-78).  En  1598,  l'archevêque  Athanase  fut  accusé 
de  graves  méfaits.  Mélèce  Pighas,  qui  gouvernait 
alors  l'Église  de  Constantinople  en  qualité  de  vicaire 
patriarcal  (1597-99),  demanda  à  Athanase  de  se  jus- 
tifier, mais  l'archevêque  n'en  fit  rien.  Mélèce  envoya 
en  Chypre  une  commission  chargée  d'enquêter  sur 
l'affaire.  Les  faits  incriminés  furent  trouvés  exacts. 
Aussi  Mélèce  Pighas  prononça-t-il  contre  le  coupable 
la  sentence  de  déposition,  qui  fut  confirmée  par  le 
patriarche  Mathieu  II,  en  juin  1600  (M.  Gédéon, 
norrpiapxiKoi  ttivockes,  Constantinople,  1890,  p.  540- 
42;  Sathas,  Biblioth.  Graeca  Medii  Aevi,  m,  549).  Le 
patriarche  d'Antioche  Joachim  crut  le  moment  venu 
de  revendiquer  pour  son  Église  la  juridiction  sur  l'île. 
A  l'appui  de  sa  demande,  il  apportait  le  canon  ara- 
bique du  concile  de  Nicée,  qui  lui  permettait  de  sacrer 
l'archevêque.  Mélèce  lui  répondit  que  ce  canon  était 
un  apocryphe  rejeté  par  l'Église  orthodoxe  (Ph.  Geor- 
giou, op.  cit.,  81-85). 

H.  —  XIL  —  26  — 


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CHY 


PRE 


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Le  régime  turc,  qui  pesait  depuis  trente  ans  sur 
leur  pays,  amena  les  Cypriotes  à  se  rapprocher  des 
latins.  En  1601,  eurent  lieu  des  négociations  qui  ten- 
daient à  offrir  au  duc  de  Savoie  Charles-Emmanuel 
le  trône  de  Chypre,  à  la  condition  que  la  hiérarchie 
grecque  eût  la  suprématie  et  que  le  royaume  fût 
interdit  aux  protestants  et  aux  jésuites.  Les  Cypriotes 
auraient  aidé  au  débarquement  en  massacrant  la  gar- 
nison turque  peu  nombreuse.  Ces  négociations  furent 
reprises  plusieurs  fois,  mais  sans  résultats.  Le  duc  de 
Savoie  ne  voulut  pas  courir  une  aventure  aussi  ris- 
quée et  se  contenta  de  joindre  à  ses  titres  celui  de 
roi  de  Chypre  (Sakellarios,  op.  cit.,  i,  571).  Du  coup, 
les  prélats  grecs  devinrent  les  véritables  chefs  civils 
de  leurs  fidèles. 

La  concorde  ne  régnait  pas  toujours  entre  les  métro- 
polites et  leur  archevêque.  Les  premiers  avaient  pro- 
fité de  l'état  anarchique  de  l'Église  pour  revendiquer 
le  droit  de  jouir,  dans  le  territoire  de  l'archevêque, 
des  droits  que  celui-ci  exerçait  dans  les  diocèses  de 
ses  sufiragants.  Le  patriarche  de  Constantinople 
Joannice  II  (1646-1648,  1650-1651,  1653-1654,  1655- 
1656),  promulgua  une  constitution  qui  fut  dès  lors 
observée  (Ph.  Georgiou,  op.  cit.,  87-93).  En  1668,  les 
erreurs  protestantes,  qui  cherchaient  à  s'infiltrer  dans 
l'Église  orthodoxe  depuis  un  demi-siècle,  furent 
solennellement  condamnées  par  un  synode  que  réunit 
l'archevêque  Nicéphore.  Les  décrets  de  l'assemblée 
furent  recueillis  et  traduits  en  latin  par  Hilarion 
Cigalas,  ancien  élève  du  Collège  grec  de  Rome  (Sa- 
thas,  NeoeAAriviKfi  <piAoAoyîa,  300,  301);  ils  furent 
publiés  dans  la  Perpétuité  de  la  foi  de  Renaudot, 
1.  XII  (éd.  Migne,  i,  1221-24).  Hilarion  Cigalas  devint 
un  peu  plus  tard  archevêque  de  Chypre  et  mourut  à 
Constantinople  en  1682.  Plusieurs  de  ses  successeurs, 
entre  autres  Philothée  (1734-1759),  Païsios  (1759- 
1766),  Chrysanthe  (1767-1810)  et  Cyprien  (1810- 
1821),  eurent  beaucoup  à  soulîrir  soit  de  leurs  ouailles, 
soit  des  Turcs.  Ceux-ci  avaient  fortement  appauvri  le 
pays  par  des  impôts  excessifs,  que  les  prélats  n'arri- 
vaient pas  à  faire  diminuer. 

L'insurrection  grecque  de  1821  ne  s'étendit  pas  à 
l'île  de  Chypre,  dont  les  habitants  préférèrent  garder 
la  neutralité,  tout  en  faisant  passer  des  subsides  aux 
insurgés.  La  colère  de  la  Sublime  Porte  ne  s'abattit 
pas  moins  sur  eux.  Le  gouverneur,  Kutchuk  Mehmed, 
se  fit  remettre  par  les  chrétiens  toutes  les  armes  qu'ils 
possédaient  (23  avr.  1821),  puis  il  convoqua  à  Leu- 
cosie  les  chefs  religieux  et  les  principaux  notables. 
Le  9  juin.,  les  portes  de  la  ville  furent  fermées  et  les 
4  000  soldats  de  la  garnison  massacrèrent  tous  les 
chrétiens  qu'ils  purent  découvrir.  Les  trois  métropo- 
lites, Chrysanthe  de  Paphos,  Mélèce  de  Kitium  et 
Laurent  de  Kérynia,  furent  décapités;  l'archevêque 
Cyprien  fut  pendu  à  un  mûrier;  son  archidiacre  et  son 
secrétaire,  à  un  platane  voisin.  Le  lendemain,  ce  fut 
le  tour  des  higoumènes.  Les  Turcs  massacrèrent  pen- 
dant dix  jours  (Sakellarios,  op.  cit.,  581-85). 

Peu  de  temps  après  ces  tristes  événements,  Kut- 
chuk Mehmed  ordonna  aux  Cypriotes  de  nommer  de 
nouveaux  évêques.  Ils  s'adressèrent  par  deux  fois 
au  patriarche  de  Constantinople,  pour  qu'il  leur 
envoyât  des  prélats  consécrateurs.  Finalement  le 
Phanar  pria  le  patriarche  d'Antioche,  Séraphin,  de 
satisfaire  leur  désir.  Séraphin  dépêcha  trois  arche- 
vêques, qui  consacrèrent  les  candidats  proposés  par 
le  gouverneur.  Joachim,  économe  de  l'église  S.-Bar- 
nabé,  devint  archevêque  surtout  parce  qu'il  connais- 
sait parfaitement  la  langue  turque.  La  Sublime  Porte 
rétablit  les  privilèges  et  rendit  les  vases  sacrés  qui 
avaient  été  dérobés  pendant  les  massacres,  mais 
l'archevêque  crut  bon  de  les  vendre  afin  de  pouvoir 
faire  des  cadeaux  aux  autorités,  dans  le  but  d'épar- 


gner à  ses  ouailles  de  nouvelles  persécutions.  Lui  et 
son  successeur  Damascène  ne  restèrent  pas  longtemps 
en  charge,  car  ils  durent  donner  leur  démission.  Pana- 
rète  (1827-1840)  fit  tous  ses  efforts  pour  obtenir  la 
diminution  des  impôts  qui  pesaient  sur  le  peuple  el 
pour  rétablir  l'enseignement  qui  avait  été  supprimé  en 
1821.  Macaire  (1854-1865)  travailla  aussi  activement 
au  relèvement  intellectuel  du  pays.  Sophrone  (1865- 
1900)  vit  son  pays  changer  de  maîtres  en  1878. 

6"  La  domination  anglaise.  —  Les  Anglais  s'ins- 
tallèrent à  la  place  des  Turcs  à  titre  temporaire,  mais 
ce  provisoire  dure  encore.  Les  Cypriotes  manifestèrent 
tout  d'abord  une  grande  joie,  mais  ils  ne  tardèrent  pas 
à  maudire  le  nouveau  régime,  surtout  parce  qu'il 
s'opposait  à  l'union  de  Chypre  à  la  Grèce  et  s'appuyait 
sur  l'élément  musulman  contre  les  orthodoxes  (Phran- 
koudès,  op.  cit.,  362-64).  L'épiscopat  entretint  pendant 
longtemps  des  relations  cordiales  avec  l'Église  angli- 
cane, qui  reçut  avec  de  grands  honneurs  l'archevêque 
Sophrone  quand  il  se  rendit  en  Angleterre.  Ces  rela- 
tions se  sont  quelque  peu  refroidies  depuis  la  révolte 
de  1931,  dont  nous  parlerons  plus  loin,  car  les  appels 
adressés  à  l'archevêque  de  Cantorbéry  en  faveur  des 
prélats  coupables  n'obtinrent  aucun  résultat.  Les 
anglicans  se  défendent  de  vouloir  faire  du  prosély- 
tisme, mais  leur  influence  est  quand  même  sensible, 
surtout  dans  le  domaine  de  l'enseignement  théolo- 
gique. 

La  mort  de  l'archevêque  Sophrone  (déc.  1900) 
amena  une  crise  très  grave,  qui  jeta  le  trouble  et  la 
discorde  dans  l'Église  pendant  une  dizaine  d'années. 
Le  métropolite  de  Paphos  étant  mort,  il  ne  restait 
plus  que  deux  métropolites,  Cyrille  de  Kitium  et 
Cyrille  de  Kérynia.  Tous  deux  se  présentaient  comme 
candidats  au  trône  archiépiscopal,  soutenus,  le  pre- 
mier par  les  laïcs  et  les  politiciens,  le  second,  par  le 
clergé  et  l'Angleterre.  L'assemblée  qui  devait  faire 
l'élection  était  composée  de  soixante  membres  dési- 
gnés par  les  deux  cents  délégués  du  peuple  et  il  y  avait 
grande  chance  qu'elle  fût  favorable  au  métropolite  de 
Kition.  C'est  ce  qui  arriva.  Mais  ce  prélat,  président  du 
saint  synode,  se  brouilla  avec  ses  collègues  et  donna 
sa  démission.  Ses  partisans  crurent  bon  de  faire  appel 
à  l'arbitrage  des  patriarches  orthodoxes.  Ce  fut  le 
début  de  tractations  assez  ténébreuses  qui  montrèrent 
la  faiblesse  foncière  de  l'organisation  ecclésiastique 
orthodoxe.  Le  patriarche  de  Constantinople  forma  une 
commission  de  trois  membres,  à  savoir  lui-même,  son 
collègue  de  Jérusalem  et  le  représentant  de  celui 
d'Alexandrie.  Elle  travailla  pendant  quatre  mois 
(10  déc.  1901-18  avr.  1902),  mais  ses  propositions 
furent  rejetées  par  les  Cypriotes.  Entre  temps,  le 
métropolite  de  Kitium  était  accusé  d'être  franc- 
maçon  et  athée.  Il  s'ensuivit  deux  procès.  Le  tribunal 
d'Ammokhostos  (Famagouste)  le  déclara  innocent, 
mais  le  procès  ecclésiastique  traîna  pendant  sept  ans. 
Les  trois  patriarches  nommèrent  chacun  un  exarque 
en  Chypre  pour  régler  la  question 'sur  place.  Comme 
leurs  vues  étaient  divergentes,  il  y  eut  des  négocia- 
tions longues  et  parfois  tortueuses  qui  n'avancèrent 
pas  les  affaires.  Finalement  le  patriarche  de  Cons- 
tantinople, Joachim  III,  et  son  synode  élurent  arche- 
vêque de  Chypre  Cyrille  de  Kérynia  (19  févr.  1908). 
Cette  initiative  suscita  naturellement  de  vives  pro- 
testations, et  l'élu  lui-même  refusa  d'abord  le  péril- 
leux honneur  qu'on  lui  offrait;  il  finit  cependant  par 
l'accepter  (15  mars  1908).  En  Chypre  les  esprits  étaient 
très  surexcités.  Les  Anglais  mirent  les  scellés  sur  le 
palais  archiépiscopal  de  Nicosie  et  le  firent  garder 
par  la  police,  afin  de  prévenir  les  bagarres  entre  les 
deux  partis  rivaux.  Il  y  en  eut  cependant  plusieurs 
(fin  mai  1908).  Cyrille  de  Kérynia  en  appela  à  l'An- 
gleterre qui  lui  avait  tout  d'abord  été  favorable.  Le 


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CHY 


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gouvernement  de  Londres  refusa  de  reconnaître  son 
élection  et  adopta  même  le  projet  établi  par  le  parti 
laïque,  inspiré  du  reste  par  les  exarques  d'Alexandrie 
et  de  Jérusalem.  Le  patriarche  Pliotios  n'hésita  pas 
devant  un  coup  d'éclat.  A  son  instigation,  l'assemblée 
électrice  choisit  Cyrille  de  Kition  comme  archevêque 
de  Chypre  (10  avr.  1909)  et  l'Angleterre  reconnut  ofTi- 
ciellement  le  nouvel  élu  (21  avr.  1909).  La  querelle  ne 
s'apaisa  point  pour  autant.  L'archevêque  eut  à  subir 
bien  des  avanies  de  la  part  du  parti  adverse,  quand  il 
entreprit  de  faire  la  visite  de  l'île,  et  les  bagarres  se 
renouvelèrent  pendant  un  certain  temps.  L'agitation 
ne  se  calma  qu'au  bout  de  deux  ans.  Dans  cette 
longue  querelle  le  dernier  mot  était  resté  à  l'Angle- 
terre (E.  Montmasson,  La  question  de  Chypre,  dans 
Échos  d'Orient,  xi,  1908,  p.  93-101,  171-78,  287-95, 
340-47;  xii,  1909,  p.  309-16;  G.  S.  Phrankoudès, 
'iaTopîa  Toû  âpxieTriaKOTTiKoO  ZriTf)|iorros,  1900-1910, 
Alexandrie,  1911). 

A  la  suite  de  cette  longue  crise,  la  nécessité  se  fit 
sentir  d'une  organisation  ecclésiastique  plus  sérieuse. 
Le  saint  synode  fut  complété  par  l'élection  des  métro- 
polites de  Kitium  et  de  Paphos.  Celui  de  Kitium  fut 
l'archimandrite  Mélétios  Métaxakis,  ancien  exarque 
de  Jérusalem  dans  l'île,  qui  devait  occuper  successive- 
ment le  siège  archiépiscopal  d'Athènes  et  les  sièges 
patriarcaux  de  Constantinople  et  d'Alexandrie.  Le 
saint  synode  se  mit  à  l'œuvre  pour  rédiger  les  nou- 
veaux statuts  de  l'Église.  Le  21  mai  1914  était  votée 
la  charte  constitutive,  en  138  articles,  qui  réglait  les 
questions  d'ordre  général.  D'autres  décrets  parurent 
dans  la  suite,  pour  les  autres  questions  :  le  23  févr. 

1917,  sur  les  commissions  centrales  de  l'Église;  le 
2  mars  1917,  sur  l'administration  des  paroisses;  le 
30  mars  1917,  sur  les  chorévêques;  le  1"  juin  1917, 
sur  le  séminaire-école  normale;  le  1"  juin  1917,  sur 
les  tribunaux  ecclésiastiques;  le  27  mars  1918,  sur  la 
caisse  de  retraite  et  de  secours  du  clergé;  le  27  mars 

1918,  sur  les  curés  et  les  sacristains.  Deux  ques- 
tions n'ont  pas  été  résolues  de  façon  satisfaisante  par 
ces  divers  décrets.  Tout  d'abord  il  y  a  celle  du  traite- 
ment du  clergé  paroissial,  à  cause  de  l'insuffisance 
des  ressources  de  l'Église;  ensuite  celle  de  l'adminis- 
tration des  biens  paroissiaux,  parce  que  les  laïcs, 
et  surtout  les  politiciens,  ne  veulent  pas  se  conformer 
aux  règles  du  droit  canonique. 

Comme  dans  toutes  les  Églises  orientales  soumises 
aux  Turcs,  le  haut  clergé  avait  une  place  prépondé- 
rante, puisque  les  évêques  et  les  patriarches  étaient 
chefs  civils  en  même  temps  que  chefs  religieux.  En 
Chypre,  l'épiscopat  fut  toujours  à  la  tête  du  peuple 
et  il  continua  sous  le  régime  anglais,  tout  en  se  heur- 
tant parfois  aux  politiciens.  Cette  union  se  manifesta 
surtout  dans  les  démarches  collectives  faites  pour 
obtenir  du  gouvernement  de  Londres  l'union  de 
Chypre  à  la  Grèce.  Nous  avons  dit  plus  haut  que 
l'Angleterre  avait  en  vain  offert  l'île  au  roi  Constan- 
tin, en  1915,  à  la  condition  qu'il  entrerait  en  guerre 
contre  les  empires  centraux.  Une  fois  la  victoire  assu- 
rée, l'Angleterre  préféra  garder  cette  île,  dont  l'im- 
portance était  nettement  apparue  pendant  les  hosti- 
lités. Les  Cypriotes  ne  cessèrent  de  revendiquer  leur 
union  à  la  Grèce.  En  1921,  le  saint  synode  s'adressa 
à  l'archevêque  de  Cantorbéry  pour  demander  que  le 
clergé  anglican  élevât  la  voix  dans  ce  but.  Le  1"  mai 
1925,  l'Angleterre  proclamait  Chypre  colonie  de  la 
Couronne.  L'archevêque  déclara  solennellement  que 
cette  décision  était  contraire  aux  vœux  unanimes 
du  peuple  cypriote,  dont  le  seul  désir  était  l'union  à 
la  Grèce.  En  1928,  l'Angleterre  donna  des  fêtes  pour 
célébrer  le  cinquantenaire  de  son  occupation.  Le 
saint  synode,  les  députés  et  le  maire  de  Nicosie  lan- 
cèrent un  manifeste,  dans  lequel  ils  demandaient  que 


l'injustice  dont  l'île  était  victime  depuis  cinquante  ans 
fût  réparée  par  le  seul  acte  qui  donnât  satisfaction  au 
peuple  :  l'union  à  la  Grèce  (6  mai  1928).  Les  ortho- 
doxes ne  prirent  aucune  part  aux  fêtes  officielles.  En 
sept.  1929,  une  délégation  conduite  par  le  métropolite 
de  Kitium,  Nicodème  Mylonas,  se  rendit  à  Londres 
pour  exprimer  le  même  désir,  dans  l'espoir  que  le 
gouvernement  travailliste  de  Macdonald  serait  plus 
accueillant.  Ce  fut  en  pure  perte. 

Au  mois  d'oct.  1931  éclata  la  révolte  ouverte.  Le 
métropolite  de  Kitium  était  à  la  tête  du  mouvement 
et  fut  suivi  par  son  collègue  de  Kérynia,  Macaire.  Il  y 
eut  des  scènes  de  violence  et  le  palais  du  gouverneur 
fut  incendié  par  les  émeutiers.  Des  troupes  anglaises, 
amenées  d'Égypte,  rétablirent  rapidement  l'ordre, 
non  saris  quelque  dureté.  Les  deux  métropolites  furent 
déportés  à  Gibraltar  et  condamnés  à  l'exil  perpétuel. 
Celui  de  Paphos,  qui  revenait  de  Londres,  ne  fut  pas 
autorisé  à  débarquer  et  il  n'en  reçut  la  permission  que 
six  mois  plus  tard.  L'archevêque  demanda  en  vain  aux 
autorités  anglaises  le  retour  des  exilés,  afin  de  pou- 
voir réunir  le  saint  synode.  La  situation  se  compliqua 
encore  davantage  quand  l'archevêque  Cyrille  mourut, 
le  15  nov.  1933.  Léonce,  métropolite  de  Paphos, 
devint  administrateur  de  l'Église.  Tous  ses  efforts 
pour  obtenir  la  rentrée  des  exilés,  ne  fût-ce  que  pour 
faire  élire  le  nouvel  archevêque,  échouèrent  devant  la 
volonté  de  l'Angleterre,  et  les  démarches  des  patriar- 
ches de  Constantinople  et  d'Alexandrie  auprès  de 
l'épiscopat  anglican  n'obtinrent  qu'une  réponse  cour- 
toise. Allait-on  voir  se  reproduire  les  événements  de 
1900-1909?  Le  patriarcat  de  Constantinople  essaya  de 
proposer  un  candidat,  qui  fut  écarté.  Les  deux  métro- 
polites exilés  refusaient  obstinément  de  donner  leur 
démission  et  les  Églises  de  Constantinople,  d'Athènes 
et  de  Jérusalem  s'épuisaient  en  combinaisons  pour 
mettre  fin  à  cette  situation  anormale.  L'Angleterre 
finit  par  se  montrer  plus  accommodante.  L'élection 
d'un  nouvel  archevêque  put  avoir  lieu  le  20  juin  1947. 

7»  Situation  actuelle.  —  L'Église  de  Chypre  com- 
prend quatre  divisions  ecclésiastiques  :  l'archevêché, 
qui  englobe  les  districts  de  Khytri,  Orini,  Mesaoria, 
Ammokhostos  et  Karpason,  avec  résidence  du  titu- 
laire à  Leucosie  (Nicosie);  la  métropole  de  Kitium, 
avec  les  districts  de  Larnaka,  Limassol,  Kilanion  et 
Épiskopi;  la  résidence  est  à  Larnaka;  la  métropole  de 
Paphos,  avec  les  districts  de  Paphos,  Chrysokhou, 
Kelokedara  et  Avdimon;  la  résidence  est  à  Palaia 
Paphos  ou  Ktema;  enfin  la  métropole  de  Kérynia, 
avec  les  districts  de  Kérynia,  Morphou  et  Soli;  la 
résidence  est  à  Kérynia.  L'archevêque  porte  les  titres 
de  Constantia,  Néajustinianopolis  et  Chypre;  le  métro- 
polite de  Paphos  ajoute  à  son  titre  celui  d'exarque 
d'Arsinoé  et  de  Roman;  le  métropolite  de  Kitium, 
ceux  de  président  d'Amathonte,  de  la  nouvelle  ville 
de  Lémésos  (Limassol)  et  de  Gourion;  enfin  le  métro- 
polite de  Kérynia,  celui  de  président  de  Soli.  Les  titres 
que  les  métropolites  ajoutent  au  nom  de  leur  siège 
sont  ceux  d'anciens  évêchés  supprimés.  Chacun  des 
quatre  chefs  de  diocèses  peut  avoir  un  chorévêque, 
sorte  d'évêque  auxiliaire  que  l'on  emploie  surtout 
à  la  visite  des  paroisses  rurales. 

L'archevêque  est  élu  par  une  assemblée  qui  com- 
prend :  les  métropolites;  les  chorévêques;  les  higou- 
mènes  des  monastères  de  Kykkos,  de  Machéras,  de 
S.-Néophyte-le-Reclus,  de  la  Troodotissa,  de  la  Chry- 
sorrhoïtissa,  de  Stavrovounion  et  de  S.-Pantéléimon; 
deux  clercs  gradués  de  l'archevêché;  deux  de  la  ville 
de  Nicosie  et  66  membres  élus,  dont  33  pour  le  dio- 
cèse archiépiscopal  et  30  pour  les  métropoles;  de  ces 
66  élus  le  tiers  est  pris  dans  le  clergé  paroissial,  les 
autres  sont  des  laïcs.  Ces  derniers  ont  donc  la  majorité 
absolue.  L'élection  des  métropolites  ne  peut  pas  avoir 


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CHY 


PRE 


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lieu  pendant  la  vacance  du  siège  archiépiscopal.  C'est 
le  chef  de  l'Église  qui  la  préside.  Sont  électeurs  ; 
l'archevêque;  les  métropolites;  les  chorévêques;  les 
higoumènes  de  Kykkos,  Machéras  et  S. -Néophyte; 
deux  clercs  gradués  de  l'archevêché;  les  higoumènes 
du  diocèse;  deux  clercs  gradués  de  la  métropole  et 
36  membres  élus,  dont  un  tiers  de  desservants  de 
paroisse. 

Comme  dans  tous  les  groupements  orthodoxes, 
c'est  le  saint  synode  qui  a  la  direction  générale  de 
l'Église.  Il  se  compose  des  trois  métropolites  sous  la 
présidence  de  droit  de  l'archevêque.  Les  chorévêques 
peuvent  y  être  appelés  à  titre  consultatif.  Cependant, 
quand  le  chef  d'un  diocèse  est  décédé,  son  chorévêque 


paroissiens  majeurs.  Les  ecclésiastiques  se  plaignent 
en  général  des  idées  peu  conformes  aux  traditions  de 
l'Église  que  ces  membres  laïques  apportent  souvent 
dans  leurs  fonctions. 

La  situation  économique  de  l'île  s'est  bien  amélio- 
rée depuis  le  régime  anglais.  Aussi  l'archevêque 
reçoit-il  un  traitement  de  200  livres  sterling  par  an, 
les  métropolites  de  144.  Toutefois  le  clergé  paroissial 
n'a  pas  encore  un  traitement  suffisant,  malgré  les 
efforts  que  l'on  a  faits  pour  l'améliorer.  Comme  ses 
membres  sont  mariés,  leurs  charges  augmentent  d'au- 
tant. Sa  formation  ecclésiastique  laisse  beaucoup  à 
désirer,  surtout  au  point  de  vue  intellectuel.  En  vue 
d'y  porter  remède,  le  saint  synode  fonda  en  1910  le 


ARCHEVÊCHÉ    DE  CHYPRE 


Fig.  109.  —  Carte  ecclésiastique  de  l'île  de  Chypre. 


siège  avec  voix  délibérative.  Le  saint  synode  tient  une 
session  par  an,  pendant  le  grand  Carême;  elle  ne  dure 
pas  moins  de  quinze  jours.  Il  peut  y  avoir  aussi  des 
sessions  extraordinaires,  quand  l'archevêque  le  juge 
nécessaire  ou  quand  la  demande  en  est  faite  par  deux 
métropolites.  Le  saint  synode  s'occupe  de  toutes  les 
questions  d'intérêt  général  qui  intéressent  la  foi,  la 
morale  et  la  discipline.  11  est  aussi  le  tribunal  ecclé- 
siastique suprême.  Cependant  un  évêque  condamné 
par  lui  peut  faire  appel  à  un  tribunal  supérieur,  com- 
posé de  ses  pairs  et  d'un  délégué  de  chacun  des  quatre 
patriarches  de  Constantinople,  Antioche,  Alexandrie 
et  Jérusalem  et  de  l'Église  de  Grèce. 

Des  commissions  centrales  veillent  sur  les  intérêts 
généraux  de  l'Église.  Chaque  diocèse  possède  des 
commissions  composées  de  huit  membres  (quatre 
clercs  choisis  par  le  métropolite  et  quatre  laïcs  élus 
par  les  commissions  paroissiales).  Elles  s'occupent  de 
l'administration  financière  du  diocèse  et  contrôlent 
les  comptes  des  paroisses.  A  leur  tour  celles-ci  possè- 
dent des  commissions  chargées  de  gérer  leurs  biens; 
elles  comptent  de  trois  à  cinq  membres  élus  par  les 


TTctyKÛTTpiov  iepoSiSacrKÔAeiov,  sorte  de  séminaire- 
école  normale,  dont  le  but  était  de  former  des  curés  de 
campagne  capables  d'être  maîtres  d'école.  On  y  ensei- 
gnait, en  plus  des  sciences  ecclésiastiques  et  profanes 
ordinaires,  des  éléments  d'agriculture  et  de  travail 
manuel.  Les  études  duraient  cinq  ans.  Cet  établisse- 
ment a  dû  fermer  ses  portes  en  1932  parce  que  les  lois 
d'État,  aussi  bien  en  Grèce  qu'en  Chypre,  refusaient 
le  droit  d'enseigner  aux  élèves  qui  en  sortaient.  Le 
saint  synode  songe  depuis  lors  à  créer  un  véritable 
séminaire,  mais  il  n'y  est  pas  encore  parvenu  Les 
clercs  qui  ont  des  grades  théologiques  — -  ils  sont  très 
rares  —  les  ont  obtenus  soit  à  Athènes,  soit  en  Angle- 
terre. 

Au  dire  de  l'archimandrite  Kyprianos,  l'Église  de 
Chypre  aurait  compté  soixante-quinze  monastères  au 
temps  de  sa  prospérité.  Ce  nombre  est  certainement 
exagéré.  En  tout  cas,  il  ne  reste  plus  à  l'heure  actuelle 
que  sept  monastères  en  exercice;  encore  deux  ou  trois 
d'entre  eux  ne  comptent-ils  qu'un  nombre  infime  de 
moines.  Le  plus  ancien  est  celui  de  Kykkos,  fondé  vers 
1090  par  le  moine  Isaïe,  avec  l'appui  de  l'empereur 


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CHY 


PRE 


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Alexis  Comnèiie,  qui  lui  donna  une  icône  de  la  Vierge 
Miséricordieuse  ('EAeoOcra),  œuvre  de  S.  Luc,  d'après 
la  tradition.  Depuis  1930,  ce  monastère  a  causé  bien 
des  ennuis  à  l'archevêque,  par  son  indiscipline.  Il 
compte  une  trentaine  de  moines.  Le  monastère  de 
Machéras  fut  fondé  pendant  les  premières  années  du 
XIII*  s.  par  le  moine  Nil.  Celui  de  S.-Néophyte-le- 
Reclus  remonte  à  1159  et  doit  son  origine  au  saint 
dont  il  porte  le  nom.  Celui  de  la  Chrysorrhoïtissa 
remonterait  au  milieu  du  xii^  s.  et  celui  de  la  Troodi- 
tissa  à  1220  environ.  Celui  de  Stavrovounion  reven- 
dique une  plus  grande  antiquité,  puisqu'il  aurait  été 
construit  à  l'endroit  où  l'impératrice  Ste  Hélène 
aurait  débarqué  en  327.  Le  septième  monastère  est 
celui  de  S.-Pantéléimon.  Kykkos,  Machéras  et  S.-Néo- 
phyte-le-Reclus  sont  des  monastères  stavropégiaques, 
c.-à-d.  qu'ils  dépendent  directement  de  l'archevêque, 
bien  que  tous  ne  soient  pas  situés  dans  son  éparchic. 
Ces  sept  couvents  ne  connaissent  plus  qu'une  vie  céno- 
bitique  fort  mitigée  et  le  nombre  total  des  moines 
n'atteint  pas  la  centaine.  Il  n'y  a  plus  de  monastères 
de  femmes. 

La  population  grecque  orthodoxe  de  l'île  ne  cesse 
d'augmenter.  De  158  585  en  1891,  le  nombre  des 
fidèles  est  passé  à  183  239  en  1901,  à  213  500  en  1911, 
à  249  342  en  1921  et  à  284  863  en  1931.  Elle  vit  sur- 
tout dans  les  villages  (environ  400),  car  les  villes  sont 
peu  nombreuses  et  peu  importantes.  On  compte 
659  églises  ou  chapelles  desservies  par  environ 
700  prêtres.  L'enseignement  primaire  était  donné  du- 
rant 1947  par  1  044  professeurs  (723  instituteurs  et 
321  institutrices),  dans  668  écoles  populaires  (187  de 
garçons,  191  de  filles  et  290  écoles  mixtes),  avec 
48  327  élèves.  L'enseignement  secondaire  comptait 
une  dizaine  d'établissements  avec  8  893  élèves 
(6  315  garçons  et  2  578  filles).  L'entretien  de  ces  écoles 
exige  chaque  année  environ  450  000  livres  sterling. 

Les  journaux  ne  manquent  pas  dans  l'île,  mais 
l'Église  n'a  pas  brillé  jusqu'à  présent  par  ses  publi- 
cations. En  1911,  parut  à  Larnaka  une  revue  ecclé- 
siastique bimensuelle,  Le  Messager  ecclésiastique 
('EKKAriCTiotaTiKÔs  KfjpuÇ),  qui  dénotait  un  notable 
effort,  sans  avoir  pour  autant  de  valeur  scientifique. 
Son  fondateur,  Mélétios  Métaxakis,  la  transféra  aux 
États-Unis.  Elle  a  été  remplacée  en  1928  par  L'Apôtre 
Barnabe  ('AttôotoAos  Bàpvagas),  qui  tient  plus  du 
bulletin  paroissial  que  de  la  revue  diocésaine. 

8"  Liste  des  archevêques  grecs  de  Chypre.  —  Elle  est 
assez  difficile  à  établir,  à  cause  du  manque  de  docu- 
ments précis  pour  certaines  époques  et  des  créations 
légendaires  qui  ont  prétendu  y  suppléer.  Elle  sera 
d'ailleurs  étudiée  plus  complètement  sous  le  titre  de 
CoNSTANTiA,  mais  nous  pensons  qu'il  est  utile  de  la 
donner  brièvement  ici  pour  compléter  les  renseigne- 
ments sur  l'Église  orthodoxe  de  Chypre  :  S.  Barnabé, 
45.  —  Héraclidès,  fin  ni»  s.  —  Gélase,  325.  —  S.  Épi- 
phane  I",  368-403.  —  Sabinus  I",  404.  —  Troïlos, 
vers  420.  —  Théodore,  ?-431.  —  Rhéginus,  431.  — 
Olympius,  449,  451.  —  Sabinus  II,  458.  —  Anthémius, 
488.  —  Olympius,  495?.  —  Damianus,  vi«  s.  —  So- 
phrone  I«',  vi»  s.  —  Grégoire,  fin  du  vi«  s.  —  Arcadius, 
fin  du  vi«  s.  —  Sergius,  vers  649.  —  Arcadius  II,  vers 
670.  —  Épiphane  II,  681.  —  Jean  I",  vers  690.  — 
Georges,  753.  —  Constantin,  787.  —  Basile,  ix«  s.  — 
Épiphane  II,  vers  870.  —  Nicolas  Muzalon,  1110, 
1147.—  Jean  II,  1152-1170?.  —  Barnabé.—  Sophrone, 
av.  et  ap.  1191.  —  Isaïe,  1205-1209.  —  Syméon  ou  Hi- 
larion,  vers  1218.  —  Néophyte,  av.  1223.  —  Grégoire- 
Germain,  1251?.  —  Germain  I"  Pesimandros,  1251, 
1260.  —  Vacance  de  trois  siècles  due  à  la  domination 
latine.  —  Timothée,  1575-?.  —  Athanase,  1598-1600. 
—  Benjamin,  1602.  —  Christodoulos  I",  1606-?.  —  Ti- 
mothée, 1622-?.  —  Ignace,  ?-1634.  — -  Christodoulos  II, 


1637,  1638.  —  Nicéphore,  1640-1671.  —  Hilarion  Ki- 
galas,  1674-79.  —  Jacques  I",  1679-1689.  —  Ger- 
main II,  1690-1705.  —  Jacques  II,  1710.  —  Éphreni, 
1715.  —  Silvestre,  1718-31.  —  Philothée,  1734-t  1759. 
—  Païsios,  1759-66.  —  Chrysanthe,  1767-t  1810.  — 
Cyprien,  1810-t  1821.  —  Joachim,  1821-24.  —  Damas- 
cène,  1824-27.  —  Panarétos,  1827-t  1840.  —  Joan- 
nice,  1840-t  1849.  —  Cyrille  I",  1849-t  1854.  —  Ma- 
caire  I",  1854-t  1865.  —  Sophrone  II,  1865-t  22  mai 
1900.  —  Cyrille  II,  10  avr.  1909-t  fm  1916.  —  Cy- 
rille III,  fin  1916-t  15  nov.  1933.  —  Léonce,  20  juin- 
26  juin.  1947.  —  Macaire  II,  24  déc.  1947-t  28  juin 
1950.  —  Macaire  III,  20  oct.  1950. 

II.  ÉGLISE  LATINE.  —  1°  Êpoque  franque.  —  L'éta- 
blissement de  l'Église  latine  en  Chypre  semble  avoir 
commencé  avec  la  chute  du  royaume  de  Jérusalem  et 
l'exode  qui  en  fut  la  conséquence.  Il  y  avait  déjà  des 
prêtres  et  quelques  chapelles  avant  que  Guy  de  Lusi- 
gnan  en  devînt  roi,  mais  la  hiérarchie  n'était  pas 
organisée.  On  signale  cependant  un  chapitre  de  cha- 
noines à  Nicosie  (de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  m, 
605-06).  Amaury  (1194-1205)  voulut  remédier  à  cette 
situation  à  la  fois  pour  contenir  les  grecs  et  pour 
mieux  assurer  sa  domination.  Il  s'en  ouvrit  au  pape 
Célestin  III  (1191-1198)  qui,  par  une  bulle  du  20  févr. 
1196,  chargea  l'archidiacre  de  Laodicée  et  Alain, 
chancelier  du  roi  et  archidiacre  de  Lydda,  de  déter- 
miner les  détails  concernant  la  hiérarchie  (P.  L.,  ccvi, 
1147-48).  L'île  fut  divisée  en  quatre  diocèses  formant 
une  province  ecclésiastique.  L'archevêché  fut  établi 
à  Nicosie  et  eut  sous  sa  juridiction  les  évêchés  grecs  de 
Leucosie  (Nicosie),  Trimithonte,  Kitium,  Lapithos, 
Kérynia,  Chytri,  Soli  et.Tamassos;  le  diocèse  de 
Paphos,  ceux  de  Paphos  et  d'Arsinoé;  celui  de  Limas- 
sol*,  ceux  de  Courium  et  d'Amathonte;  enfin  celui  de 
Famagouste  (Ammokhostos),  ceux  de  Salamine  et  de 
Carpasion. 

Alain  fut  élu  premier  archevêque  en  1196  et  confir- 
mé par  le  pape.  Le  13  déc.  de  cette  même  année, 
Célestin  III  précisa  ses  droits  et  lui  donna  entre  autres 
celui  de  porter  le  pallium  aux  grandes  fêtes  litur- 
giques. Thierry  (1206-1211)  eut  à  défendre  l'indépen- 
dance de  son  Église  contre  le  patriarche  de  Constan- 
tinople,  Thomas  Morosini,  qui  prétendait  soumettre 
Chypre  à  sa  juridiction.  Innocent  III  repoussa  cette 
demande,  mais  il  ordonna  à  Thierry  de  venir  à  Rome 
ou  d'y  envoyer  des  délégués  pour  régler  le  différend 
(P.  L.,  ccxv,  966;  de  Mas-Latrie,  op.  cit.,  ii,  35-36). 
La  nomination  de  Durand,  en  1211,  ne  fut  pas  approu- 
vée par  Innocent  III,  parce  que  les  chanoines  avaient 
déféré  son  choix  à  Hugues  I«'  (Potthast,  Reg.,  i,  4350, 
4646,  4649,  4650).  A  la  place  de  Durand  fut  élu  Albert, 
patriarche  de  Jérusalem,  qui  vivait  en  Chypre 
(Amadi,  Chronique,  27;  Florio  Bustron,  Chronique, 
dans  Sathas,  Biblioth.  Gracca  Medii  Aevi,  ii,  482). 
L'archevêque  Eustorge  de  Montaigu  (1217-1250)  eut  le 
temps  d'organiser  sérieusement  l'Église.  De  Mas-Latrie 
dit  de  lui  :  «  Il  se  montra  sévère  défenseur  des  droits 
de  l'Église  contre  les  grands  et  les  petits,  les  laïques 
et  les  clercs,  et  en  même  temps  administrateur  géné- 
reux et  dévoué.  Il  régla  avec  la  royauté  et  la  noblesse 
la  question  des  dîmes  et  des  anciennes  terres  ecclésias- 
tiques; il  favorisa  le  développement  du  clergé  régu- 
lier; il  accrut  les  domaines  de  l'Église  métropolitaine; 
il  augmenta  le  nombre  de  ses  clercs  et  la  splendeur  du 
culte;  il  construisit  un  archevêché  et  termina  l'église 
Ste-Sophie  qu'Albert  avait  commencée  »  (Hist.  des 
archevêques  de  Chypre,  215).  On  possède  plusieurs  ins- 
tructions que  lui  envoya  Honorius  III  sur  le  gouverne- 
ment de  son  Église  (Pressutti,  Regesta  Honorii  III 
papae,  i,  Rome,  1895,  n.  3750,  4783,  6737).  Le  zèle 
d'Èustorge  n'empêcha  pas  complètement  les  abus.  En 
mars  1248,  le  légat  Eudes  de  Châteauroux  lui  repro- 


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CHY 


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chait  de  n'avoir  pas  appliqué  les  prescriptions  du 
concile  de  Latran  (1215)  relatives  à  l'instruction  du 
peuple.  En  conséquence  il  demandait  l'ouverture 
immédiate  d'écoles  pour  les  enfants  et  d'une  école  de 
théologie  à  Nicosie,  pour  les  clercs  (Mansi,  xxvi,  338). 
Hugues  de  Fagiano  (1250-1260),  dont  nous  avons  parlé 
plus  haut  à  propos  de  son  attitude  à  l'égard  des  grecs, 
se  montra  zélé  pour  maintenir  la  discipline  du  clergé 
et  défendre  les  droits  de  l'Église  contre  la  noblesse;  sa 
conduite,  peu  compréhensive  à  l'égard  des  dissidents, 
causa  parfois  bien  des  difficultés  qu'il  eût  mieux  valu 
éviter.  Gérard  de  Langres  (1294-1302)  fut  un  des 
conseillers  les  plus  dévoués  de  Philippe  le  Bel  et  ne 
se  rendit  pas  même  en  Chypre.  C'est  pourquoi  Boni- 
face  "VIII  le  frappa  de  suspense  en  1303.  Le  domini- 
cain Jean  del  Conte  (1312-1332)  déploya  le  plus  grand 
zèle  pour  rétablir  la  discipline  ecclésiastique,  forte- 
ment diminuée  par  la  richesse  et  le  luxe;  il  se  fît 
remarquer  aussi  par  sa  générosité  inépuisable  (de 
Mas-Latrie,  Hist.  des  archevêques  de  Chypre,  257,  262). 
Citons  encore  le  cardinal  Élie  de  Nabinaux,  que 
Jean  XXII  nomma  le  16  nov.  1332  et  qui  continua 
les  réformes  de  ses  prédécesseurs,  mais  sans  obtenir 
les  résultats  qu'il  espérait  (Mansi,  xxvi,  371). 

A  partir  du  xv^  s.,  l'Église  de  Chypre  eut  trop  sou- 
vent des  archevêques  commendataires  qui  ne  rési- 
daient pas  dans  l'île.  Leur  absence  permettait  aux 
abus  de  prendre  de  l'ampleur.  D'autres  appartenaient 
à  la  noblesse  et  se  trouvaient  mêlés  aux  affaires  poli- 
tiques, ce  qui  gênait  parfois  leur  ministère  sacré. 
Maîtres  de  l'île,  les  Vénitiens  eurent  souvent  des 
démêlés  avec  la  hiérarchie.  L'archevêque  Louis  Pérez 
Fabrice  (1471)  s'opposa  résolument  à  leur  politique 
jugée  par  lui  nuisible  aux  intérêts  de  l'Église  et  l'un 
de  ses  successeurs,  Benoît  Soranzo  (1481-1495),  eut 
à  subir  de  leur  part  d'odieuses  tracasseries.  Jusqu'au 
milieu  du  xvi«  s.,  les  archevêques  furent  élus  par  le 
chapitre  métropolitain  et  confirmés  par  le  pape.  Les 
Vénitiens  obtinrent  de  Pie  IV  (1559-1565)  le  droit  de 
patronage  sur  l'Église  de  Chypre.  En  conséquence 
le  sénat  présentait  quatre  candidats  au  Souverain 
pontife  qui  nommait  celui  qui  lui  agréait  (Reinhard, 
Vollstândige  Geschichte  des  Konigreiches  Cypern,  ii, 
1768,  p.  126-27).  Le  seul  choix  fait  de  cette  façon  fut 
très  heureux.  A  la  fin  de  1559,  Pie  IV  nomma  Philippe 
Mocenigo,  qui  travailla  avec  zèle  au  relèvement  reli- 
gieux de  ses  fidèles;  il  aida  puissamment  les  Véni- 
tiens à  défendre  l'île  contre  les  Turcs  et,  quand  elle 
fut  perdue  (1571),  il  se  retira  à  Rome  et  mourut  en 
1586. 

Pour  renforcer  sa  domination  en  Chypre,  Guy  de 
Lusignan  attribua  aux  chevaliers  qui  voulaient  se 
fixer  dans  l'île  des  fiefs  pris  sur  les  terres  qui  avaient 
appartenu  à  l'Église  grecque.  Les  évêques  latins  récla- 
maient ces  biens,  quoiqu'ils  eussent  déjà  à  leur  dispo- 
sition ceux  des  évêchés  grecs  supprimés  et  des  monas- 
tères, ainsi  que  les  dîmes  que  les  nobles  s'étaient  enga- 
gés à  payer.  En  1220,  une  convention  établit  la  légi- 
time possession  des  fiefs  donnés  par  le  roi  et,  en 
contre-partie,  les  nobles  promirent  de  nouveau  d'ac- 
quitter les  dîmes.  Trop  souvent  ces  promesses  res- 
tèrent sans  efiet  et,  pendant  plus  de  cent  ans,  on 
enregistrera  encore  maintes  protestations  des  évêques 
et  des  papes  contre  le  manquement  à  la  parole  donnée. 
Les  archevêques  Eustorge  de  Montaigu  et  Hugues  de 
Fagiano  insistèrent  particulièrement  sur  ce  point  et 
Rome  les  soutint  constamment.  Après  la  prise  de 
S. -Jean  d'Acre  (1271),  le  roi  Henri  II  préleva  sur  tous 
les  habitants  du  royaume  une  taxe  exceptionnelle, 
pour  renforcer  la  défense  de  l'île  que  menaçaient  les 
succès  des  musulmans.  Comme  les  ecclésiastiques 
étaient  particulièrement  mis  à  contribution,  l'arche- 
vêque Jean  d'Ancône,  pourtant  assez  faible  de  carac- 


tère, protesta  avec  énergie  (de  Mas-Latrie,  Hist.  des 
archevêques  de  Chypre,  249).  A  partir  de  la  seconde 
moitié  du  xiv^  s.,  cette  querelle  des  dîmes  peu  ou 
point  payées  perdit  de  son  acuité,  surtout  parce  que 
les  archevêques  résidaient  rarement  dans  l'île. 

Il  serait  injuste  de  croire  que  l'épiscopat  cypriote 
n'eût  que  des  soucis  d'intérêt  matériel.  Les  Constitu- 
tiones  Ecclesiae  Nicosiensis  lui  faisaient  une  obliga- 
tion de  tenir  chaque  année  un  ou  deux  synodes  pour 
examiner  les  moyens  de  maintenir  et  de  renforcer  la 
discipline  tant  des  clercs  que  des  fidèles  (Mansi, 
xxvi,  311).  Hugues  de  Fagiano  y  ajouta  diverses 
ordonnances  relatives  à  l'obéissance  et  au  respect  que 
les  laïques  doivent  aux  membres  du  clergé,  à  la 
concurrence  que  les  ordres  religieux  faisaient  au 
clergé  séculier,  à  l'usure,  qui  s'était  répandue  en 
Chypre  «  comme  un  chancre  »  {ibid.,  318-22).  Eudes 
de  Châteauroux,  légat  pontifical,  laissa,  après  sa 
visite  de  1248,  des  décrets  sur  les  écoles  et  les  paroisses 
(ibid.,  337-42).  En  1298,  un  synode  promulgua  des 
canons  disciplinaires  sur  l'administration  des  sacre- 
ments, les  dîmes,  la  sépulture  ecclésiastique  (ibid., 
347-56).  Celui  de  1313  prit  des  mesures  pour  remédier 
à  l'ignorance  du  clergé  qui  était  alors  profonde  (ibid.. 
357).  Les  ordonnances  de  Jean  del  Conte  se  rapportent 
surtout  aux  clercs  qui  négligent  les  devoirs  de  leur 
charge,  n'assistent  pas  aux  offices,  portent  des  vête- 
ments laïques  ou  vivent  comme  des  séculiers  (1320) 
(ibid.,  363-65).  Il  serait  trop  long  de  signaler  toutes 
les  décisions  prises  par  les  synodes.  Elles  dénotent 
chez  les  évêques  le  souci  constant  de  maintenir  la 
discipline  en  luttant  contre  les  abus.  Sans  doute  leurs 
efforts  n'étaient  pas  toujours  couronnés  de  succès, 
à  cause  de  la  dépravation  du  milieu  et  des  mauvaises 
habitudes  prises,  mais  du  moins  les  évêques  se  mon- 
trèrent-ils fidèles  à  leur  charge.  Ce  souci  se  manifesta 
d'une  façon  particulière  chez  le  dernier  archevêque 
résidentiel,  Philippe  Mocenigo.  Dans  un  rapport  au 
sénat  de  Venise,  Sagredo  s'exprimait  ainsi  sur  son 
compte  :  «  Le  chant  est  réorganisé;  les  saints  offices 
sont  célébrés  convenablement  à  toutes  les  fêtes; 
chaque  jour  il  y  a  matines,  une  grand-messe,  et,  le 
soir,  vêpres  et  compiles...  L'Église  de  Nicosie  a  été 
mise  sur  un  aussi  bon  pied  que  possible  par  le  nouvel 
archevêque  et  le  service  divin  s'y  fait  régulièrement  •> 
(de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  ni,  542-45).  Ce  n'est 
donc  pas  dans  la  décadence  et  l'anarchie  que  disparut 
l'Église  latine  de  Chypre,  mais  sous  les  coups  des 
Turcs.  Les  monuments  splendides  qu'elle  a  laissés 
témoignent  éloquemment  du  respect  dont  elle  a 
entouré  le  culte. 

2°  Les  ordres  religieux.  —  Les  premiers  religieux 
latins  qui  s'établirent  en  Chypre  vinrent  probablement 
de  Jérusalem  à  la  suite  de  Guy  de  Lusignan.  Leur 
nombre  augmenta  naturellement  avec  la  perte  de 
S.-Jean-d'Acre  (1291),  qui  entraîna  l'évacuation  com- 
plète de  la  Palestine.  On  y  rencontrait  les  ordres  les 
plus  variés  :  augustins,  bénédictins,  carmes,  char- 
treux, cisterciens,  franciscains,  chanoines  réguliers, 
dominicains  et  prémontrés.  C'est  dans  la  capitale 
qu'étaient  surtout  les  couvents.  Il  y  en  avait  cepen- 
dant en  dehors  de  Nicosie.  C'est  ainsi  qu'on  trouve 
les  augustins  à  Nicosie,  Famagouste  et  Limassol  ;  les 
carmes  dans  les  trois  mêmes  villes  et  près  du  village 
d'Apélémidia;  les  dominicains  à  Nicosie,  Famagouste, 
Limassol  et  Vavla;  les  franciscains  à  Nicosie,  Fama- 
gouste, Limassol  et  Paphos;  les  prémontrés  à  Nicosie,  i 
Paphos  et  près  du  village  de  Kazaphani  (Ét.  de  Lusi-  | 
gnan,  Chorograffia  et  brève  historia  universale  deW  isole  ' 
de  Cipro,  Bologne,  1573,  p.  32-33;  archimandrite  Ky- 
prianos,  'IcjTopîa  xpo^O'^oy^'H  "^^S  vt^ctou  KÙTrpou, 
êpocviCTÔEîCTa  ÉK  Siaçopcûv  ioTopiKwv  Kai  ovvTeôeîCTa 
âTT^T^  çpàaEi,  Venise,  1788,  p.  87-88). 


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Les  carmes  vinrent  les  premiers,  au  dire  d'Ét.  de 
Lusignan,  ce  qui  leur  valut  la  préséance  sur  les  autres 
religieux.  Leur  monastère  principal  était  à  Nicosie  et 
dédié  à  N.-D.  du  Mont-Carmel;  il  existait  encore  à  la 
fin  du  XV*  s.  (Amadi,  Chronique,  248).  Avec  leurs 
quatre  couvents,  les  dominicains  exercèrent  une 
grande  influence,  qu'ils  durent  en  partie  à  l'appui  que 
leur  donnait  la  cour  et  aux  ressources  considérables 
dont  ils  disposaient.  Ils  furent  introduits  à  Nicosie 
en  1226,  bâtirent  une  belle  église  en  l'honneur  des 
SS.  Pierre  et  Paul  et  un  monastère  splendide  que  les 
Vénitiens  durent  démolir  en  1567,  parce  qu'il  gênait 
leurs  travaux  de  fortification.  L'église  servit  souvent 
de  lieu  de  sépulture  pour  la  famille  royale  et  la 
noblesse.  A  la  fin  du  xv«  s.,  leur  situation  financière 
était  devenue  très  mauvaise,  parce  que  la  reine  Char- 
lotte n'avait  pas  pu  rendre  les  sommes  importantes 
qu'ils  lui  avaient  bénévolement  prêtées  pour  défendre 
ses  droits  contre  son  frère  naturel  Jacques.  De  quatre- 
vingts  le  nombre  de  leurs  religieux  était  tombé  à  dix 
(Ét.  de  Lusignan,  Chorograffia...,  15;  Félix  Fabri,  Eva- 
gatorium  in  Terram  sanctam,  m,  235).  Les  franciscains 
font  remonter  leur  première  apparition  en  Chypre  à 
S.  François,  qui  y  aurait  abordé  en  se  rendant  en 
Égypte.  Eux-mêmes  s'y  établirent  en  1226.  Leur  cou- 
vent de  Nicosie  possédait  une  hôtellerie  pour  héberger 
les  pèlerins  et  leur  église  abrita  également  des  tombes 
royales.  Il  y  avait  à  Nicosie  un  monastère  de  francis- 
caines sous  le  vocable  de  Ste-Claire  et  un  autre  en 
dehors  de  la  ville,  à  La  Cava  (Ét.  de  Lusignan,  Cho- 
rograffia..., 19,  61).  Les  cisterciens  n'avaient  qu'un 
seul  monastère,  qui  est  connu  sous  différents  noms, 
Ste-Marie-de-Beaulieu,  N.-D.  des-Champs,  S.-Jean-de- 
Montfort,  à  cause  des  reliques  de  ce  saint  qu'il  possé- 
dait (de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Chypre,  m,  651).  Quand 
les  cisterciens  se  retirèrent,  le  couvent  fut  donné  aux 
franciscains  de  l'observance,  sous  Jacques  II  (Ét.  de 
Lusignan,  Chorograffia...,  33).  Les  cisterciennes  possé- 
daient deux  couvents  au  xiii*  s.,  celui  de  Ste-Marie- 
Madeleine  et  un  autre  dont  le  nom  est  resté  inconnu 
(de  Mas-Latrie,  Documents  nouveaux  servant  de  preuve 
à  /'/lis/,  de  l'île  de  Chypre,  343-44).  Les  bénédictins 
étaient  établis  à  Nicosie  et  dans  les  environs.  On  leur 
connaît  au  moins  trois  monastères  :  Ste-Marie  de 
Dragonaria,  S.-Jean-l'Évangéliste  de  Bibi,  que  les 
grecs  eurent  plus  tard,  et  celui  de  Stavrovounion,  qui 
avait  appartenu  à  ces  derniers  et  qui  leur  revint;  il 
était  situé  à  l'endroit  où,  d'après  la  tradition,  Ste  Hé- 
lène avait  bâti  une  église  en  327  (de  Mas-Latrie,  Docu- 
ments nouveaux...,  355-56;  Hist.  de  Chypre,  ni,  294, 
n.  504).  Les  bénédictines  possédaient  deux  monas- 
tères, l'un  qu'Amadi  (Chronique,  276)  appelle  N.-D.- 
de-Sur,  et  celui  de  Ste-Anne,  que  les  Vénitiens  démo- 
lirent en  1567  pour  fortifier  la  ville  de  Nicosie.  Les 
prémontrés  avaient  des  couvents  à  Nicosie  et  à  Paphos, 
mais  le  plus  célèbre  se  trouvait  au  sud-est  de  Kérynia, 
près  du  village  de  Kazaphani  et  s'appelait  abbaye  de 
la  Paix  (De  Lapaiis)  ou  de  Bella  Paese,  ou  encore 
Abbaye  Blanche,  à  cause  de  la  couleur  de  l'habit  des 
religieux.  C'était  un  des  plus  beaux  monuments  de 
l'art  gothique  en  Chypre  et  ses  ruines  grandioses  pro- 
duisent encore  une  profonde  impression  sur  le  visiteur 
(Ét.  de  Lusignan,  Chorograffia...,  54;  de  Mas-Latrie, 
Hist.  de  Chypre,  m,  513).  Les  grecs  lui  ont  conservé 
son  nom  et  l'appellent  AeXhaTralGW.  Les  prémontrés 
exercèrent  pendant  longtemps  une  grande  influence 
à  cause  de  leur  ferveur  et  de  leur  zèle  apostolique,  ce 
qui  leur  permit  de  lutter  parfois  contre  les  arche- 
vêques dont  ils  ne  voulaient  pas  reconnaître  l'autorité. 
Malheureusement,  ils  tombèrent  dans  une  grande 
décadence  et  leurs  mœurs  étaient  des  plus  fâcheuses 
vers  le  milieu  du  xvi«  s.  (de  Mas-Latrie,  Hist.  de 
Chypre,  ni,  543,  633). 


Chypre  posséda  tout  naturellement  des  ordres  mili- 
taires, parce  qu'elle  était  un  boulevard  important  de 
la  chrétienté  contre  l'Islam.  Nous  avons  vu  que  les 
Templiers  furent  les  premiers  à  la  posséder  après  la 
victoire  de  Richard  Cœur  de  Lion.  Ils  y  renoncèrent 
bien  vite,  après  la  sanglante  journée  de  Nicosie.  Ils 
eurent  cependant  des  maisons  à  Limassol  et  à  Paphos 
et  ils  se  montrèrent  en  général  hostiles  aux  Lusignans. 
Quand  leur  ordre  fut  dissous  en  1312,  ils  étaient 
cent  dix-huit  en  Chypre  et  ils  subirent  le  même  sort 
que  leurs  frères  de  France:  un  bon  nombre  d'entre 
eux  moururent  en  prison  (Amadi,  Chronique  261,  286). 
Leurs  biens  furent  dévolus  aux  hospitaliers  de  S. -Jean, 
qui  possédaient  des  couvents  à  Limassol  et  à  Nicosie. 
Ils  eurent  ainsi  une  cinquantaine  de  villages  et  de 
fiefs.  Leur  grand  commandeur  s'établit  à  Colossi, 
dont  les  vins  dits  de  la  Grande  Commanderie  étaient 
renommés.  Ils  jouèrent  un  rôle  important  dans  l'his- 
toire du  royaume  de  Chypre  et  furent  souvent  favo- 
risés par  les  princes.  On  trouvait  encore  à  Limassol  et 
à  Nicosie  des  hospitaliers  dits  de  S.-Thomas-Becket 
et  des  chevaliers  teutoniques  à  Limassol  (de  Mas- 
Latrie,  Hist.  de  Chypre,  ii,  81-82,  213).  Plusieurs  de 
ces  derniers  moururent  en  odeur  de  sainteté  et  sont 
encore  vénérés  par  les  grecs. 

Les  ordres  religieux  fournirent  aux  quatre  diocèses 
de  Chypre  près  d'une  quarantaine  d'archevêques  et 
d'évêques;  ces  prélats  furent  parmi  les  plus  soucieux 
de  maintenir  et  de  renforcer  la  discipline.  D'une  façon 
générale  tous  les  religieux  cypriotes  exercèrent  une 
action  bienfaisante  pendant  plus  de  deux  siècles,  mais 
le  relâchement  s'introduisit  parmi  eux  avec  le  temps. 
Le  tableau  qu'en  trace,  en  1485,  le  P.  Fabri  n'a  rien 
de  flatteur  (Evagatorium...,  in,  235-42).  Il  parle  du 
clergé  séculier  en  termes  encore  plus  accentués. 
D'après  lui,  la  décadence  venait  en  grande  partie  du 
fait  que  les  archevêques  ou  les  visiteurs  apostoliques 
ne  se  montraient  plus  et  que  le  clergé  latin  avait  ten- 
dance à  imiter  le  clergé  grec,  alors  fort  relâché. 

3°  Après  la  conquête  turque.  —  La  prise  de  Nicosie 
et  de  Famagouste  par  les  Turcs  mit  fin  à  la  domina- 
tion latine  (1571).  Les  vainqueurs,  irrités  de  la  longue 
résistance  des  chrétiens,  se  livrèrent  à  une  violente 
persécution  contre  les  vaincus.  Leurs  églises  furent 
converties  en  mosquées  ou  en  magasins,  la  plupart 
des  prêtres  et  des  religieux  massacrés  ou  emmenés  en 
captivité;  quelques-uns  seulement  purent  s'enfuir 
dans  les  montagnes;  deux  évêques  périrent  dans  ce 
désastre,  Contarini  de  Paphos  et  Séraphin,  O.  P.,  de 
Limassol  (Ét.  de  Lusignan,  Hist.  générale  des  roîaumes 
de  Hiérusalem,  Cypre,  Arménie  et  lieux  circonvoisins, 
Paris,  1613,  p.  16,  20,  90).  Au  dire  de  cet  auteur,  il  ne 
resta  plus  aucun  Latin  dans  l'île.  Les  Grecs,  qui 
avaient  à  venger  plusieurs  siècles  d'oppression, 
aidèrent  plus  d'une  fois  les  Turcs  dans  leur  sinistre 
besogne. 

Cependant  les  franciscains  revinrent  bientôt,  puis- 
qu'on les  retrouve  déjà  à  Larnaca  en  1572.  Là,  ils 
desservaient  l'église  S. -Lazare  pour  les  rares  mar- 
chands occidentaux  établis  dans  l'île  et  pour  les  pèle- 
rins de  passage.  En  1593,  ils  construisirent  un  cou- 
vent et  une  église.  Leurs  ressources  provenaient  des 
dons  des  marchands  et  des  aumônes  que  leur  laissaient 
les  pèlerins.  Nicosie  possédait,  à  la  fin  du  xvi»  s.,  une 
chapelle  desservie  par  un  prêtre  séculier  objet  des 
soins  de  ses  rares  fidèles.  L'observantin  Jean-Baptiste 
de  Todi,  qui  avait  relevé  l'église  de  l'ancien  hospice 
des  franciscains  dans  cette  ville,  dut  la  céder  à  la 
custodie  de  Terre  sainte,  qui  la  réclamait  pour  y  éta- 
blir un  collège  où  ses  religieux  devaient  apprendre  le 
grec  (1667).  Les  observantins  s'établirent  près  de  là, 
I  mais  leur  apostolat  cessa  bientôt.  Il  avait  cependant 
I  été  très  fructueux,  puisqu'ils  avaient  ramené  à  l'unité 


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des  dissidents  maronites  et  arméniens,  converti  des 
nmsulmans  et  fondé  une  école. 

Les  catholiques  latins  dépendaient  du  vicariat 
patriarcal  apostolique  de  Constantinople.  Ils  en  furent 
détachés  en  1762  pour  former,  avec  la  Syrie  et  la 
Palestine,  le  vicariat  apostolique  d'Alep.  En  1848,  fut 
rétabli  le  patriarcat  de  Jérusalem,  avec  juridiction  sur 
la  Palestine  et  Chypre.  Jusqu'alors  les  franciscains 
avaient  seuls  assuré  le  service  religieux.  Mgr  Valerga, 
premier  patriarche,  réorganisa  l'apostolat  dans  l'île, 
y  envoya  des  missionnaires  et  des  religieuses;  des 
écoles  furent  ouvertes.  Les  sœurs  de  S.-Joseph-de- 
l'Apparition  arrivèrent  à  Larnaca  le  2  déc.  1844  et, 
dès  le  mois  de  janvier  suivant,  elles  ouvrirent  une 
école;  elles  organisèrent  un  hôpital  en  1853  et,  plus 
lard,  encore  un  dispensaire  {Êmilie  de  Vialar,  fonda- 
trice de  la  congrégation  des  sœurs  de  S. -Josepti-de-l' Ap- 
parition, Marseille,  1901,  p.  382-87).  Hlles  s'établirent 
à  Nicosie  en  1877,  où  elles  ouvrirent  une  école,  puis  à 
Limassol  en  1884;  elles  y  ont  une  école  et  un  dispen- 
saire. Il  y  a  trois  paroisses  proprement  dites  :  Nicosie, 
avec  l'église  de  Ste-Croix  et  une  école  paroissiale; 
Larnaca,  avec  deux  églises,  celle  de  S.-  loseph  en  ville 
et  une  autre  près  du  port,  ainsi  qu'une  école  parois- 
siale. Famagouste  possède  une  petite  église  catho- 
lique. Les  fidèles  de  rite  latin  étaient  au  nombre  de 
1  010  en  1928.  Les  Anglais  montrent  beaucoup  de 
déférence  au  clergé  catholique,  au  grand  mécontente- 
ment des  grecs. 

4°  Les  maronites.  —  Pendant  la  domination  latine, 
les  maronites  étaient  nombreux  en  Chypre  et  for- 
maient la  communauté  la  plus  importante  après  les 
grecs,  au  dire  d'Ét.  de  Lusignan  (Cliorografjîa,  34).  Les 
premiers  étaient  peut-être  venus  dès  le  viii«  s.,  mais 
la  plupart  arrivèrent  à  la  suite  de  Guy  de  Lusignan, 
qui  leur  accorda  flefs  et  privilèges.  Ils  avaient  une 
soixantaine  de  villages  en  1224.  Leur  nombre  fut 
encore  renforcé  par  une  nouvelle  immigration  au 
XV*  s.,  quand  les  Vénitiens  se  rendirent  maîtres  de 
l'île.  On  ne  saurait  cependant  exagérer  leur  nombre, 
comme  l'ont  fait  Cyrilli  (800  000)  (Les  maronites  de 
Chypre,  dans  Terre  sainte,  xvi,  1899,  p.  69)  et  Hackett 
(180  000)  (History  of  t1\e  ortfiodox  Church  of  Cyprus, 
Londres,  1901,  p.  528).  Leur  catholicisme  était  sujet 
à  caution.  Eugène  IV  envoya  en  Chypre  André  de 
Colosses  pour  les  ramener  à  la  véritable  orthodoxie, 
car  ils  étaient  retombés  dans  leur  monothélisme  origi- 
nel. Le  légat  pontifical  décida  l'évêque  Élie  à  l'accom- 
pagner à  Rome,  où  l'union  fut  rétablie  par  une  pro- 
fession de  foi  solennelle  d'ÉIie  et  un  décret  pontifical 
(7  août  1445)  (Mansi,  xxxii,  1755-58). 

La  domination  turque  fut  fatale  aux  maronites.  Ils 
n'avaient  plus  que  33  villages  en  1572, 19  en  1596.  Clé- 
ment VIII  (1592-1605)  chargea  le  P.  Dandini,  S.  J., 
d'aller  les  visiter.  Il  résulte  du  rapport  de  ce  religieux 
qu'ils  avaient  ordinairement  un  évêque  dans  le  monas- 
tère de  Dali,  près  de  Carpasion,  que  leur  situation 
était  misérable,  parce  que  Turcs  et  Grecs  s'acharnaient 
à  les  ruiner.  Beaucoup  cherchèrent  alors  refuge  en 
Syrie  et  d'autres  apostasièrent.  Le  P.  Dandini 
demanda  qu'on  leur  envoyât  un  évêque  et  les  objets 
nécessaires  pour  le  culte.  En  1598,  le  patriarche 
consacra  évêque  de  Chypre  Moïse  Anaissi  d'Acura, 
qui  se  fixa  à  Nicosie.  En  1662,  le  duc  de  Savoie  assura 
aux  évêques  maronites  de  l'île  une  pension  annuelle 
de  200  écus  d'or.  En  1636,  l'observantin  Jean-Bap- 
tiste de  Todi  s'occupa  de  ramener  à  la  foi  catholique 
les  maronites  qui  étaient  retombés  une  fois  de  plus 
dans  leurs  anciennes  erreurs.  Il  y  réussit  et  fit  du 
hameau  de  Marghi,  où  il  bâtit  une  église,  le  centre  de 
son  apostolat  (Orbis  Serapfiicus,  i,  Quaracchi,  1886, 
p.  637).  La  décadence  allait  en  s'accentuant,  puisqu'il 
n'y  avait  plus  que  dix  paroisses  à  la  fin  du  xvii«  s.  A 


partir  de  cette  époque,  et  pendant  un  siècle  et  demi, 
aucun  évêque  maronite  ne  mit  les  pieds  en  Chypre. 
Les  titulaires  résidaient  au  Liban  et  le  synode  de 
1736  leur  attribua  un  territoire  de  ce  pays  pour  leur 
donner  des  ouailles  (Collectio  Lacensis,  ii,  1876,  p.  454). 
Les  fidèles  de  Chypre  étaient  presque  complètement 
abandonnés  à  eux-mêmes,  sauf  que  les  prêtres  latins 
prenaient  parfois  soin  d'eux,  chose  qui  déplaisait  aux 
Turcs.  Ces  pauvres  gens  étaient  en  butte  aux  persé- 
cutions des  grecs  et  un  certain  nombre  préférèrent  se 
faire  musulmans  plutôt  que  d'adopter  l'orthodoxie 
byzantine.  Le  chef  de  la  communauté  était  le  proto- 
pope de  Cormatiki  (de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Ctiypre, 
I,  111).  En  1845,  le  jjatriarche  obtint  que  les  maro- 
nites de  Chypre  fussent  organisés  en  Église  indépen- 
dante des  grecs  et  rattachés  à  l'évêché  de  ce  nom 
dont  le  titulaire  résidait  au  Mont-Liban.  En  1848,  cet 
évêque  visita  son  troupeau  cypriote  pour  la  première 
fois.  Depuis  lors  les  visites  se  sont  renouvelées  au 
moins  tous  les  dix  ans. 

Les  maronites  de  Chypre  étaient  1  131  au  recense- 
ment de  1891,  1  620  en  1928;  ils  habitent  principale- 
ment la  région  de  Kérynia  et  parlent  le  dialecte  grec 
de  l'île.  Ils  possèdent  quatre  monastères  à  peu  près 
vides  :  S.-Élie  près  de  Ste-jNIarina,  Ste-Marie  de  Ni- 
cosie, Ste-Marie  de  Marghi,  près  de  Myrtou,  et  S. -Ro- 
main à  Vouna  (Hackett,  op.  cit.,  528).  Les  grecs  con- 
tinuent à  les  détester  et  leur  reprochent  de  soutenir 
la  politique  anglaise  dans  l'île. 

5"  Les  autres  confessions.  —  L'île  de  Chypre  fut 
naturellement  considérée  comme  un  refuge  par  les 
populations  chrétiennes  de  la  Syrie  et  des  pays  voi- 
sins tombés  sous  le  joug  musulman.  Elles  aflluèrent 
après  la  perte  des  principautés  franques  et  du  royaupie 
de  Jérusalem.  Guy  de  Lusignan  leur  accorda  la  liberté 
de  pratiquer  leur  religion  dans  plusieurs  localités  de 
l'île.  Au  dire  de  Florio  Bustron  et  d'Étienne  de  Lusi- 
gnan, ces  chrétiens  orientaux  étaient  arméniens, 
maronites,  coptes,  jacobites,  nestoriens,  abyssins  et 
géorgiens.  Ils  avaient  leurs  prêtres  et  en  général  un 
évêque  envoyé  par  leur  patriarche  respectif.  Bien 
qu'ils  ne  fussent  pas  rigoureusement  astreints  aux 
mêmes  règles  que  les  grecs  en  ce  qui  concernait  leur 
obéissance  au  clergé  latin,  cependant  l'Église  catho- 
lique ne  les  négligeait  pas;  elle  s'efforçait  au  contraire 
de  les  ramener  à  l'union.  On  a  des  lettres  d'Hono- 
rius  III,  d'Urbain  IV  et  de  Jean  XXII  enjoignant  aux 
prélats  catholiques  de  travailler  à  leur  conversion  (de 
Mas-Latrie,  Hist.  de  Cfiypre,  m,  618-19,  655-57;  Ray- 
naldi,  innalcs,  ann.  1326,  n.  28-29;  v,  330-31).  Cer- 
tains archevêques,  comme  Élie  de  Nabinaux  (1338), 
s'occupèrent  activement  de  cet  apostolat.  Leur  zèle 
était  souvent  mal  récompensé,  car  ces  dissidents  per- 
sécutaient parfois  leurs  prêtres  qui  se  soumettaient  à 
l'autorité  du  S.-Siège.  Après  le  concile  de  Florence, 
on  amena  la  plupart  d'entre  eux  à  l'union,  mais  ils 
le  firent  sans  convicton  et  ils  retombèrent  dans  leurs 
erreurs.  En  somme,  pendant  toute  la  domination 
latine,  ces  dissidents  se  montrèrent  généralement 
rebelles  à  tout  rapprochement  avec  les  catholiques 
latins,  contre  qui  leur  animosité  ne  cessa  point. 

Les  syriens  jacobites  étaient  depuis  longtemps  éta- 
blis en  Chypre  quand  les  latins  y  vinrent  eux-mêmes. 
D'après  une  bulle  d'Honorius  III  du  20  janv.  1222,  ils 
y  avaient  un  évèché  (de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Cliypre,  i 
m,  616-17).  Au  point  de  vue  civil,  ils  avaient  à  leur  | 
tète  un  reis,  sorte  de  magistrat  responsable  devant 
les  autorités  latines.  Ét.  de  Lusignan  dit  qu'ils  recou- 
raient à  l'évêque  copte  quand  ils  n'en  avaient  pas  de 
leur  rite  (Hist.  générale...,  p.  74).  Le  Quien  (ii,  1421-22) 
donne  une  liste  de  huit  évêques  jacobites  qui  auraient 
exercé  leur  ministère  dans  l'île,  depuis  la  fin  du  vii«  s. 
jusque  après  la  conquête  turque.  Les  coptes,  ou  chré- 


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tiens  d'Égypte,  obéissaient  au  patriarche  du  Caire. 
Au  dire  de  Lusignan,  ils  se  montrèrent  les  hérétiques 
les  plus  obstinés  et  les  plus  opiniâtres  de  l'île.  Ils 
avaient,  près  du  village  arménien  de  Platani,  un 
monastère  dédié  à  S.-Macaire,  dont  les  moines  étaient 
très  attachés  à  toutes  les  prescriptions  du  mona- 
chisme  oriental  (Ét.  de  Lusignan,  Chorografpa,  34). 
Comme  les  syriens,  les  arméniens  étaient  venus  en 
Chypre  longtemps  avant  les  latins.  Leur  nombre 
augmenta  sensiblement  quand  la  Petite  Arménie  eut 
été  conquise  par  le  sultan  d'Égypte  (1322).  Hugues  II 
leur  donna  des  secours  importants.  Ils  avaient  à 
Nicosie  un  évêque  envoyé  par  le  catholicos  de  Sis; 
il  exista  aussi  à  Famagouste  un  évéché  qui  ne  dura 
pas  longtemps  (Ét.  de  Lusignan,  Hist.  générale..., 
72;  Chorografjia,  34).  Les  arméniens  disparurent  peu 
à  peu,  soit  qu'ils  se  soient  faits  musulmans,  soit  qu'ils 
soient  allés  chercher  fortune  ailleurs.  Ils  n'étaient 
plus  que  269  en  1891.  Les  violentes  persécutions  des 
Turcs  pendant  la  guerre  de  1914-1918  ont  renforcé  ce 
nombre,  puisqu'ils  étaient  2  540  en  1928.  Les  géor- 
giens, très  peu  nombreux,  possédaient  un  petit  monas- 
tère près  d'Alamino,  dans  le  district  de  Mazoto  (Ét. 
de  Lusignan,  Hist.  générale,  75).  Les  grecs  les  assimi- 
lèrent facilement,  puisqu'ils  avaient  la  même  foi  et 
le  même  rite.  Les  abyssins,  établis  à  Nicosie,  avaient 
à  leur  tête  un  évêque  envoyé  par  leur  métropolite. 
Au  dire  de  Lusignan  (Hisl.  générale,  74),  ils  recevaient 
le  baptême  «  au  front  avec  un  fer  chaud  »  et  prati- 
quaient la  circoncision.  Les  nestoriens  ou  assyro- 
chaldéens  étaient  confinés  à  Nicosie  et  à  Famagouste. 
Dans  cette  dernière  ville,  ils  formaient  l'aristocratie 
fmancière  vers  le  milieu  du  xiv  s.  Ils  obéissaient  à 
l'archevêque  de  Tarsous,  en  Cilicie,  soumis  lui-même 
au  catholicos  de  Mésopotamie.  Le  légat  pontifical, 
André  de  Colosses,  emmena  avec  lui  à  Rome  cet 
archevêque,  après  le  concile  de  Florence.  Le  prélat 
signa  le  décret  d'union  en  même  temps  que  les  maro- 
nites (7  août  1445).  Cependant  cette  union  ne  dura 
pas,  puisque  Nicolas  V  se  plaignait  dans  une  lettre 
à  l'archevêque  de  Nicosie  de  ce  que  les  chaldéens 
étaient  retombés  dans  leurs  erreurs  (1450)  (Raynaldi, 
op.  cit.,  ann.  1450,  n.  14;  ix,  554-55). 

A  ces  dissidents  il  faut  ajouter  la  secte  assez  curieuse 
des  linobambaci  (de  deux  mots  grecs  signifiant  «  lin  » 
et  «  coton  »,  sans  doute  pour  railler  leur  double 
croyance).  Ils  descendent  des  maronites  persécutés 
par  les  Turcs,  parce  que  les  grecs  les  accusaient  de 
vouloir  rétablir  la  domination  vénitienne.  Plutôt  que 
de  subir  les  vexations  auxquelles  ils  étaient  exposés  de 
ce  fait,  un  grand  nombre  adhérèrent  ofTiciellement  à 
l'islamisme,  tout  en  conservant  une  bonne  partie  de 
leurs  anciennes  croyances,  comme  le  baptême  et  la 
confirmation  conférés  après  la  circoncision.  Ils  sont 
probablement  plusieurs  milliers  dans  la  région  de 
Nicosie.  Ils  ont  voulu  profiter  de  la  liberté  apportée  par 
la  domination  anglaise  i)our  revenir  à  la  foi  chrétienne. 
Ils  rencontrèrent  un  apôtre  admirable  dans  la  per- 
sonne du  P.  Célestin  de  Nunzio  de  Casalnuovo,  fran- 
ciscain de  Terre  sainte.  Dix  villages  lui  demandèrent 
ofTiciellement  de  fonder  des  écoles  au  milieu  d'eux.  Le 
clergé  grec  fit  tout  pour  empêcher  cette  œuvre  et  ne 
recula  même  pas  devant  les  violences.  Beaucoup  se 
découragèrent,  mais  il  resta  un  petit  groupe  fidèle. 

En  dehors  des  dissidents  orientaux,  Chypre  comp- 
tait, en  1928,  250  anglicans,  110  presbytériens  et 
90  protestants,  presque  tous  de  race  anglaise.  Les 
Juifs  n'étaient  alors  que  40.  Ils  avaient  été  nom- 
breux et  riches  pendant  la  domination  latine,  puisque 
les  Génois  imposèrent  une  contribution  de  100  000  du- 
cats à  ceux  de  Famagouste,  qui  étaient  au  nombre  de 
2  000  d'après  Lusignan.  Le  recensement  de  1891  en 
comptait  127.  Un  commencement  d'émigration  s'était 


dessiné  au  début  du  xx«  s.,  encouragé  peut-être  parles 
autorités  anglaises  qui  cherchent  des  adversaires 
capables  de  lutter  contre  les  grecs.  Ceux-ci  protes- 
tèrent bruyamment,  mais  ce  ne  sont  probablement 
pas  leurs  campagnes  de  presse  qui  arrêtèrent  le  mou- 
vement. Les  musulmans  étaient  64  224  en  1931.  Leur 
accroissement  est  relativement  moins  rapide  que 
celui  des  grecs,  Quelques  milliers  d'entre  eux  ont 
quitté  le  pays  après  le  traité  de  Lausanne  (1923),  qui 
leur  permettait  de  choisir  entre  la  nationalité  turque 
et  la  nationalité  anglaise.  A  part  1  500  qui  sont  d'ori- 
gine arabe,  .'i  peu  près  tous  descendent  des  habitants 
du  pays,  grecs,  maronites,  arméniens  ou  syriens,  qui 
ont  embrassé  l'islamisme.  Ils  parlent  le  turc,  mais 
aussi  le  grec  de  l'île.  Ils  sont  naturellement  opposés  à 
la  politique  de  leurs  compatriotes  grecs  qui  réclament 
l'union  de  Chypre  à  la  Grèce,  car  ils  savent  bien  qu'ils 
n'auraient  plus  la  même  liberté  si  cette  union  se  réa- 
lisait. 

II  existe  de  nombreux'  travaux  (ouvrages,  articles  de 
revues,  etc.)  sur  l'île  de  Chypre,  puisque  Cl.  D.  Cobham  en 
a  recensé  environ  700  au  début  du  xx«  s.  Après  avoir  donné 
les  listes  bibliographiques  les  plus  importantes,  nous  indi- 
querons les  ouvrages  d'ensemble  et  les  principales  chro- 
niques (consacrées  uniquement  à  la  période  médiévale), 
puis  les  travaux  concernant  l'histoire  de  l'Église,  tant 
latine  ((ue  grecque,  et  enfin  ceux  qui  regardent  l'architec- 
ture et  l'art  religieux.  Cette  bibliograpliie  se  borne  natu- 
rellement aux  ouvrages  qui  ont  trait  à  la  matière  de  cet 
article. 

On  trouvera  une  bibliograpliie  générale,  plus  ou  moins 
développée,  dans  la  Bibliogr.  de  l'Orient  latin,  publiée  par 
les  Archives  de  l'Orient  latin,  i,  Paris,  1881.  —  La  biblio- 
graphie de  1891  à  1912  a  paru  dans  Bihliotheca  geographica, 
i-xix,  Berlin,  1895-1917.  —  Claude  Délavai  Cobham,  An 
atlempt  ai  a  bibliography  oj  Ci/priis,  4«  éd.,  Nicosie,  1900. 

—  .J.  Hackett,  A  hist.  of  Ihe  orlhodox  Church  of  Cypriis, 
Londres,  1901,  p.  xv-xvni.  —  Art.  Kùirpoç,  dans  MEyécAr) 
èAATiviKr)  èyKUKAoTTaiBeia,   xv,   Athènes,   1931,   p.  471-73. 

—  Reinhard,  \'ollstândige  Geschichte  der  Konigsreiches 
Cypern,  Hrlangen,  1766,  p.  i-xx.  —  Sakellarios,  Tà  Kutt- 
pioxéc,  I,  Athènes,  18.'j5,  p.  iê'-K5'.  —  Sathas,  Uibliotheca 
Graeca  Medii  Aevi,  u,  Venise,  1872,  p.  E'-TTKy'.  —  Sir  Ronald 
Storres,  A  chronology  of  Cyprus,  Nicosie,  1930. 

Les  ouvrages  d'ensemble  les  plus  importants  à  consulter 
sont  :  Cl.  D.  Cobham,  A  handbook  of  Cyprus,  Londres, 
1900.  —  Engel,  Kypros,  3  vol.,  Berlin,  1841.  —  Archi- 
mandrite Kyprianos,  "laropia  xP°*'°^°y"^^  "^^^  vt|CTOu 
KÙTTpou,  ÉpavKTÔEîcja  ÈK  5ia<p6pcov  laTopiKcov  Kai  ouuTESeïaa 
àTTXfj  <ppàaEi,  Venise,  1788;  Nicosie,  1902.  —  Art.  Kvjirpo;, 
dans  MEyàXri  êXAr|ViKfi  èyKuxAoTTai5EÎa,  xv,  Athènes,  1931, 
p.  405-73.  —  Max  Ohnefalsch-Richter,  Kypros,  2  vol., 
Berlin,  1892.  —  Oberhummer,  Die  Iiisel  Cypern,  Munich, 
1903;  art.  Kypros,  dans  Pauly-Wissowa,  xii,  1,  p.  59-117.  — 
Sakellarios,  Tà  KuTTpioKà,  Athènes,  1855  sq.  —  Sassenay, 
Chypre.  Hist.  et  géogr.,  Paris,  1878.  —  Art.  Cypros,  dans 
Smith,  Dict.  of  Greek  and  Roman  geography,  Londres,  1872, 
p.  729-31.  —  Sir  Ronal  Storres,  A  chronology  oj  Cyprus, 
Nicosie,  1930. 

Les  deux  principaux  auteurs  à  consulter  sur  le  Moyen  Age 
sont  le  P.  Étienne  de  Lusignan  et  le  comte  L.  de  Mas- 
Latrie.  —  Étienne  de  Lusignan,  Chorografjia  et  brève  histo- 
ria  universale  dell'  isole  de  Cipro,  Bologne,  1573;  Descrip- 
tion de  toute  l'île  de  Chypre,  Paris,  1580;  Hist.  générale 
des  roïaumes  de  Hiérusalem,  Cypre,  Arménie  et  lieux  circon- 
voisins,  Paris,  1613;  Chronique  et  briève  hist.  générale  de 
l'île  et  du  roïaume  de  Cypre  depuis  l'an  CXLII  après  le  dé- 
luge universel,  iusques  à  l'an  de  Notre-Sauveur  Jésus-Christ 
MDLXXII,  Paris,  161.').  —  L.  de  Mas-Latrie,  Hist.  de  Vile 
de  Chypre  sous  le  règne  des  princes  de  la  maison  de  Lusignan, 
3  vol.,  Paris,  1861-1865;  L'île  de  Chypre,  sa  situation  pré- 
sente et  ses  souvenirs  du  Moyen  Age,  Paris,  1879;  Documents 
nouveaux  servant  de  preuves  à  l'hist.  de  l'île  de  Chypre  sous  le 
règne  des  princes  de  la  maison  de  Lusignan,  dans  Collections 
de  documents  inédits  sur  l'histoire  de  France.  Mélanges  his- 
toriques, IV,  Paris,  1882,  p.  337-620;  Nouvelles  preuves  de 
l'hist.  de  Chypre,  dans  Biblioth.  de  l'École  des  chartes,  1872, 
p.  341-78;  Un  chapitre  à  supprimer  dans  V  «  Oriens  chris- 
tianus  »,  dans  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  inscr.  et  belles- 
lettres,  XXIV,  1896,  p.  251-61;  Hist.  des  archevêques  latins 


819 


CHYPRE   —  CIANTES 


820 


de  Chypre,  dans  Archiues  de  l'Orient  lalin,  ii,  Paris,  1884, 
p.  207-328.  —  A.  Palmieri,  art.  Chypre  (Église  de),  dans 
D.  T.  C,  n,  2424-2472. 

Les  chroniques  les  plus  utiles  à  consulter  sont  :  le  XpoviKÔv 
KvTTpou  de  Léonce  Machéras,  publié  par  Sathas,  Bibliolh. 
Graeca  Medii  Aevi,  ii,  p.  45-408,  puis  par  Miller  et  Sathas, 
Paris,  1882.  —  Le  XpoviKov  Kù-rrpou  de  Florio  Bustron,  éd. 
par  Sathas,  Bibliolh.  Graeca  Medii  Aeni,  ii,  413-542,  puis 
par  L.  de  Mas-Latrie,  sous  le  nom  de  Chronique  de  Chypre, 
dans  Mélanges  historiques,  v,  Paris,  1886.  —  Les  deux  Chro- 
niques d'Amadi  et  de  Strambaldi  publiées  par  René  de  Mas- 
Latrie,  Paris,  1891-1893.  —  Philippe  de  Navarre  et  Gérard 
de  Monréal,  Les  Gestes  des  Chiprois,  éd.  Renaud,  Soc.  de 
l'Orient  latin,  Genève,  1887.  —  Bérard,  Cypris,  Clironique 
de  l'île  de  Chypre  au  Moyen  Age,  Paris,  1902. 

Sur  les  Lusignans,  en  dehors  de  Mas-Latrie,  on  consultera 
Du  Cange,  Les  familles  d'oulre-mer,  éd.  Rey,  Paris,  1869.  — 
Farcinet,  Les  rois  de  Jérusalem  et  de  Chypre  de  la  maison  de 
Lusignan,  Fontenay-le-Comte,  1900.  —  Herquet,  Cyprische 
Kônigsgestalten  des  Hauses  Lusignan,  Halle,  1891.  — 
D.  .Jauna,  Ilist.  générale  des  roïaumes  de  Chypre,  de  Jérusa- 
lem, d'Arménie  et  d'Êgypte,  2  vol.,  Leyde,  1747.  —  Lore- 
dano.  Historié  de'  rè  Lusignani,  Venise,  1653.  —  Pascal, 
Hist.  de  la  maison  de  Lusignan,  Paris,  1896. 

On  complétera  les  nombreux  renseignements  que 
donnent  le  P.  Étienne  de  Lusignan  et  le  comte  L.  de  Mas- 
Latrie  sur  les  Églises  latine  et  grecque  par  les  ouvrages 
suivants  :  J.  Bryennios,  MeAéTTi  iTEpi  tt\^  tcôv  Kuirpicou  tTpos 
Trju  6p9o56Çov  'EKxAriaiav  n£A£Tri6eîariç  èvcoctecos.  Tà  EÛpe- 
OÉvTa,  II,  Leipzig,  1768,  p.  1-25.  —  Delicanis,  Tà  Èv  toïs 
Kco5iÇi  Toû  TTorrpiapxiKOÛ  àpxaioçuXaKiou  CTCojôtiEva  êtriaripia 
ÈKKXriaiaCTTiKà  Ëyypaça  xà  àçopcôv  tq  siç  ràç  axÉceis  toû 
oIkouijevikoù  TTaTpiapxEiou  Trpos  tos  ÈKKAriaïaç  'AAeÇavSpElas, 
'AvTioxeiotç,  'lEpoaoAvjycùv  Kai  Kuirpou  (documents  concernant 
Chypre  de  1575  à  1863),  Constantinople,  1904,  p.  546-635. 

—  Duckworth,  Church  oj  Cypriis,  Londres,  1900.  —  Ph. 
Georgiou,  'EiSriaEiç  itrropiKai  TTEpi  Tfjs  EKKAriaïaç  ttî?  Kùirpou, 
Athènes,  1875.  —  .1.  Hackett,  A  hist.  of  the  orlhodox 
Church  oj  Cyprus  from  the  coming  of  the  apostles  Paul  and 
Barnabas  to  the  commencement  o/  the  British  occupation, 
Londres,  1901  (principal  ouvrage  à  consulter  pour  l'histoire 
de  l'Église  grecque,  et  même  latine,  écrit  par  l'aumônier 
anglican  des  troupes  d'occupation).  —  Éphrem,  patriarche 
de  .Jérusalem,  'H  irEpiypaçTi  Tfjç  CTEgoauiaç  novfjç  Tfiç  Kùkkou, 
Venise,  1751  ;  Tuttikti  616x0^15  cl)S  EÛpiTai  Tris  Kaxà  ti^v  vr|aoû 
KÙTTpou  CTEgaa^ias  Kal  paaiAiKfis  MovfÎ5  Tfiç  ÙTTEpayias  Seotokou 
MaxaipàSoç  ËTriAEyoïJÉvris,  Venise,  1756.  —  Karnapas,  'AvéK- 
5oTa  KUTTpiaKà  Ëyypaça  toû  I H 'aicôvoç,  Ammokhostos,  1904. 
-—  Kepiadès,  'ÀTronvripoveùiaaTa  tùv  Kaxà  t6  1821  év  TÎj 
vriCTCo  TpayiKcôv  ctktivcôv,  Alexandrie,  1888.  —  Miklosich, 
Acta  et  diplomala  monasteriorum  et  ecclesiaruni  Orientis, 

II,  Vienne,  1887,  p.  392-432.  —  Oberhummer,  Aus  Cypern  : 
Taqeburhblàtter  und  Stndien,  dans  Zeilschr.  der  Gesellschaft 
fur  Erdkunde,  Berlin,  1890,  p.  183-240;  1892,  p.  420-86 
(églises  et  monastères);  Der  Berg  des  hl.  Kreuzes  auf  Cypern, 
Ausland,  1892,  p.  364-66,  380-83,  394-97,  407-10.  — 
.J.  d'Orcel,  Paphos,  ses  monastères  et  la  féte  de  Vénus,  dans 
Rev.  britannique,  v,  1874,  p.  5-31.  —  Païsios,  'EyxEipiSiov 
TOTToypacpiaç  Kai  laTOpiaç  Tfiç  vfiaou  Kûirpou,  Varosia,  1887. 

—  A.  Palmieri,  De  monasteriis  ac  sodalibus  ordinis  eremi- 
tarum  S.  Augustini  in  insula  Cypri,  dans  Anal,  august., 
T,  1905,  p.  118-24.  —  Papadaki,  "H  laovf)  Tris  riEAAaiTaîSoç  év 
KÛTTpco,  dans  "EoTTEpcç,  1882,  p.  290  sq.;  "H  novf)  toû  KitIou, 
ibid.,  1884,  p.  17.  —  Riccardo,  Constitutio  Cypria  Alexan- 
dri  papae  111  Graece...  Latineque  reddita  ac  notis  illustrala, 
Rome,  1636;  P.  G.,  cxl,  1527-66.  —  Sathas,  Vie  des  saints 
allemands  de  Chypre,  Gènes,  1884.  —  Seesselberg,  Dos  Prà- 
monstratenser-Kloster  Delapais  auf  der  Insel  Cypern,  Berlin, 
1901.  —  Le  Quien,  u,  1037-.56;  m,  1201-16. 

On  y  ajoutera  utilement  les  renseignements  fournis  par 
les  récits  de  pèlerinages  en  Terre  sainte  :  Cotovici,  Itinera- 
rium  hierosolymitanum  et  syriacum,  Anvers,  1619,  p.  95- 
113.  —  Dandini,  Missione  apostolica  al  palriarca  e  maroniti 
del  Monte  Libano,  e  sua  pellegrinazione  a  Gierusaleme. 
Cesena,  1656,  p.  16-30.  —  Fel.  Fabri,  Evagatorium  in 
Terram  sanctam,  Arabiae  et  Egypti  peregrinaliones,  dans 
Bibliothek  des  Literarischen  Vereins,  3  vol.,  Stuttgart, 
1843-49,  III,  217-48.  —  Liber  peregrinationis  fratris  Ja- 
cobi  de  Verona,  éd.  Rôhricht,  dans  Reu.  de  l'Orient  latin, 

III,  1895,  p.  176-80.  —  Nicolai  de  Marthono,  Liber  peregri- 
nationis ad  loca  sancta,  ibid.,  627-38. 

Les  monuments  laissés  par  la  domination  franque  ont 
occupé  bien  des  auteurs.  Les  principaux  sont,  en  dehors 


de  ceux  que  nous  avons  déjà  indiqués  à  propos  d'autres 
sujets  :  Ch.  Diehl,  Les  monuments  de  l'Orient  latin,  dans 
Rev.  de  l'Orient  latin,  iv,  1897,  p.  290-310.  —  Enlart,  L'art 
gothique  champenois  dans  l'île  de  Chypre,  dans  Rev.  de 
Champagne  et  de  Brie,  1898,  p.  12-27;  L'art  gothique  et  la 
Renaissance  en  Chypre,  2  vol.,  Paris,  1899;  L'abbaye  de 
Lapais  en  Chypre,  dans  L'ami  des  monuments  et  des  arts, 
1898,  p.  221-34;  Les  monuments  français  de  l'île  de  Chypre, 
église  métropolitaine  de  .Ste-Sophie  à  Nicosie,  ibid.,  1898, 
p.  259-78.  —  Chr.  Papadopoulos,  riEpiypaçfi  tiovcôv  tivôîv 
Tfiç  vfiaou  Kùirpou  heto  tcôv  év  aûraiç  x^'P°yp°i]>'Jv,  dans 
ScoTTip,  XIII,  Athènes,  1891,  p.  316-17,  319-20;  xiv,  342- 
49,  376-81.  —  Smirnov,  Khristianskiia  mozaiki  Kipra,  dans 
Vizantiisky  Vremennik,  i,  1894,  p.  601-12. 

R.  Janin. 

CHYTRI  (KOepoi,  KûOpos,  XùOpoi),  évêché  de 
l'île  de  Chypre,  dépendant  de  Salamine.  C'est  une 
ville  très  ancienne,  qui  figure  déjà  sur  les  listes  assy- 
riennes sous  le  nom  de  Kilrusi.  Il  y  avait  là  un  temple 
célèbre  d'Aphrodite.  On  y  a  découvert  des  antiquités 
mycéniennes,  une  nécropole  et  de  nombreuses  ins- 
criptions. C'est  aujourd'hui  la  bourgade  de  Kytrea, 
dans  une  vallée  fertile  à  30  km.  environ  au  nord-est 
de  Nicosie.  Il  y  eut  là  un  évêché,  au  moins  depuis  la 
fin  du  111'=  s.,  et  qui  disparut  en  1222,  supprimé  par 
les  autorités  latines  de  l'île. 

On  ne  lui  connaît  que  trois  évêques  grecs  :  Pappus,' 
que  la  tradition  dit  avoir  gouverné  son  Église  pen- 
dant cinquante-huit  ans  et  qui  fut  emprisonné  pour 
la  foi,  soit  sous  làcinius  ou  Maximien,  soit  peut-être 
sous  Constance,  car  la  Vie  de  S.  Épiphane  qui  rap- 
porte le  fait  n'en  donne  point  la  date  (  Vita  S.  Epi- 
phanii,  24;  P.  G.,  xli,  65-D-69  B).  —  Photinus  se  fit 
remplacer  au  concile  de  Chalcédoine  par  son  diacre 
Denys  (451)  (Mansi,  vi,  577  C,  941  D;  vu,  160  D).  — 
Syméon  assista  au  II«  concile  de  Nicée  (787)  (Mansi, 
xii,  995  C;  XIII,  144  A,  388  B). 

Le  titre  de  Chytri  a  été  conféré  au  moins  cinq  fois 
dans  l'Église  romaine  :  Mathurin  le  Lyonnais,  1471- 
t  5  mai  1488,  auxiliaire  à  Ridon  (?).  —  Auguste  de 
Feraldi,  O.  F.  M.,  1676.  —  Patrice  Lambert,  O.  F.  M., 
avr.  1806-t  1818,  vicaire  apostolique  de  Terre-Neuve. 
^  Jean  Niezindt,  O.  P.,  20  sept.  1842-t  12  janv.  1860, 
vicaire  apostolique  de  Curaçao.  —  Auguste  Fortineau, 
St.  Sp.,  17  juin.  1914-7,  vicaire  apostolique  de  Diego- 
Suarez. 

Smith,  Dict.  of  Greek  and  Honian  yeography,  1,  614. 
Oberhummer,    dans    Paiily-Wissowa,    m,  2530-32. 
Le  Quien,  11,  1067-70.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  390. 

R.  Janin. 

CIACCONIO.  Voir  Chacon  (Alonso). 

1.  CIANTES  (GiusEPPE  Maria).  Dominicain, 
d'une  famille  espagnole  établie  à  Rome,  il  prit  l'habit 
avec  son  frère  Ignace,  au  couvent  de  la  Minerve  (1602). 
Sa  parfaite  connaissance  de  l'hébreu  amena  Ur- 
bain Vin  à  lui  confier,  en  1626,  l'offlce  apostolique 
d' «  ecclésiaste  »  ou  prédicateur  des  Israélites  à  Rome. 
Il  conserva  cette  charge  jusqu'au  4  mars  1640,  date  à 
laquelle  il  fut  nommé  au  siège  de  Marsico.  Le  nouvel 
évêque  veilla  avec  un  soin  jaloux  à  l'application  des 
canons  disciplinaires  du  concile  de  Trente,  fonda  un 
séminaire  et  édifia  une  église  cathédrale.  S'étant  démis 
en  1656,  il  se  fixa  à  Rome,  où  il  s'adonna  à  l'apostolat 
parmi  les  Juifs,  publiant,  en  1657,  une  traduction  hé- 
braïque des  trois  premiers  livres  de  la  Somme  contre 
les  gentils  de  S.  Thomas.  Ciantes  mourut  en  1670  et  fut 
enseveli  en  l'église  dominicaine  de  Ste-Sabine. 

G.  Bartolocci,  Biblioteca  rabbinica,  11,  Rome,  1678,  p.  860. 
—  V.  T.  C,  II,  2472.  —  V.  Fontana,  Sacrum  theatrum  domi- 
nicanum,  Rome,  1666,  p.  227-28.  —  C.  I.  Imbonati,  Biblio- 
theca  latino-hebraica,  Rome,  1694,  p.  135.  —  Quétit-Échard, 
II,  634.  —  A.  Zucchi,  Roma  donienicana,  i,  Florence,  1938, 
p.  119. 

M.-H.  Laurent. 


821 


C  1 A  N  T  E  S 


—  CIARAN  DE  SAIGHIR 


822 


2.  CIANTES  (Ignazio),  évèque  de  Sant'Angelo 
dei  Lombardi.  Dominicain,  né  à  Rome,  en  1594,  de  Ho- 
race Ciantes  et  de  Lucrèce  de  Citara,  il  prit  l'habit  au 
couvent  de  la  Minerve,  où  il  fit  ses  études  et  enseigna. 
Maître  en  théologie  en  1629,  supérieur  de  la  province 
dominicaine  de  Naples,  il  tut  choisi  comme  commis- 
saire général  des  Fouilles,  de  la  Calabre  et  de  la  Sicile, 
afin  de  rétablir  l'observance  régulière  dans  ces  ré- 
gions. Assistant  du  maître  général  Nicolas  Ridolfi,  il  fit 
preuve  d'une  fermeté  que  tempérait  une  profonde  com- 
préhension des  caractères.  Le  17  déc.  1646,  Innocent  X 
le  nomma  évêque  de  Sant'Angelo  dei  Lombardi,  en 
Campanie.  Ciantes  demeura  à  la  tête  de  cette  Église  jus- 
qu'en 1661,  date  à  laquelle  une  santé  mal  assurée 
l'obligea  à  offrir  sa  démission  au  S. -Siège.  Il  se  retira  à  | 
Rome  et  c'est  dans  cette  ville  qu'il  mourut  en  1667.  j 
Son  corps  repose  dans  l'église  dominicaine  de  Ste-Sa-  ' 
bine,  sur  l'Aventin.  Ciantes  est  l'auteur  de  quelques 
opuscules  dont  Quétif-Échard  ont  dressé  la  liste.  Il  pu- 
blia de  même  à  Naples,  en  1654,  un  Caeremoniale  ordi- 
nis  Praedicatorum. 

J.-J.  Berthier,  L'église  de  Ste-Sabine  ù  Rome,  Rome,  1910, 
p.  470-71.  —  V.  Fontana,  Sacrum  theatrum  dominicanum,  1 
Rome,  1666,  p.  284-85.  —  Quétif-Échard,  ii,  620-21.  —  [ 
Ughelli,  VI,  835.  _  : 

M. -H.  Laurent. 

1. CIARAN  DE  CLUAIN-MOCCU-NOIS, 
saint  irlandais,  figure  au  nombre  des  «  Douze  apôtres  ! 
de  l'Irlande  »,  dont  il  est  l'un  des  plus  illustres  fonda- 
teurs monastiques.  Il  naquit  entre  510  et  520,  d'un  ar- 
tisan originaire  du  comté  de  .Midhe  qui  avait  émigré  en 
Connacht  et  y  avait  acquis  terres  et  richesses  :  de  là  le 
nom  de  Mac  an  tSair  ("  fils  du  charpentier  »)  sous  lequel 
Ciaràn  fut  connu. 

Ciarân  reçut  sa  première  éducation  à  l'école  de  S.  { 
Enda  d'.\ran  et  compléta  sa  formation  religieuse  sous  ; 
la  direction  de  S.  Finnian,  à  la  célèbre  école  monas-  ' 
tique  de  Cluain-Iraird.  Parmi  ceux  qui  y  furent  ses 
compagnons  d'étude,  il  en  est  qui  devinrent  des  saints 
et  des  missionnaires  fameux  :  Colum  Cille,  fondateur 
d' lona  en  Écosse  ;  Brendan,  fondateur  de  Cluainfearta  ; 
Finnian  de  Mag-Bile,  et  d'autres. 

La  gloire  de  Ciarân  reste  spécialement  attachée  au 
grand  monastère  de  Ciuain-moccu-Nôis,  qu'avec  un 
groupe  de  huit  compagnons  il  fonda  entre  544  et  548, 
sur  la  rive  gauche  du  Sionann,  à  environ  10  km.  d'Ath 
Luain.  De  l'abondant  matériel  biographique  rassemblé 
autour  de  la  figure  de  Ciarân,  se  dégage  le  portrait  bien 
clair  et  distinct  d'un  original  et  très  saint  personnage, 
épris  tout  à  la  fois  d'un  ascétisme  rigide  et  néanmoins  l 
intelligent,  et  de  cet  amour  de  l'étude  qui,  uni  à  un  vi-  j 
goureux  besoin  de  vie  apostolique,  devait  devenir  une  1 
caractéristique  essentielle  du  monachisme  irlandais.  j 

Cluain-moccu-Nôis,  la  grande  fondation  de  Ciarân,  ; 
devint,  après  .\rd-Macha,  la  plus  importante  église  mo-  , 
nastique  d'Irlande.  Mais  Ciarân  lui-même  ne  survécut  ! 
pas  longtemps  à  cette  fondation.  Il  mourut  en  549,  en-  < 
core  jeune.  Du  moins  son  oeuvre  prospéra-t-elle  pen-  î 
dant  des  siècles  :  Cluain-moccu-Nôis  se  signala  comme 
un  centre  brillant  de  science  et  de  culture.  C'est  dans 
son  scriplorium  que  furent  compilés  ou  exécutés  quel- 
ques-uns des  ouvrages  ou  manuscrits  irlandais  les  plus 
célèbres  :  les  Annales  de  Tigernach,  Annales  de  Cluain- 
moccu-Nôis,  etles  îameux  codices  Lebor  na  hUidre  et  ! 
Rawlinson  B.  502,  ce  dernier  actuellement  à  la  biblio- 
thèque Bodléienne  d'Oxford.  Quelques  poèmes  et  une 
règle  métrique  ont  été  attribués  à  Ciarân  lui-même. 

La  puissante  influence  exercée  par  la  fondation  de 
Ciarân  peut  se  déduire  de  certaines  légendes  plutôt  fan- 
taisistes et  d'une  date  postérieure  à  sa  mort.  Sa  Vita 
gaélique  nous  raconte  que  les  saints  d'Irlande  furent  à 
ce  point  jaloux  de  Ciarân,  en  raison  de  l'éminence  de 
ses  mérites,  qu'ils  supplièrent  le  Seigneur  du  ciel  de 


bien  vouloir  abréger  ses  jours.  Son  propre  condisciple, 
Colum  Cille,  aurait  même  dit  :  «  Béni  soit  le  Dieu  qui  a 
pris  Ciarân,  car,  s'il  avait  atteint  la  vieillesse,  il  n'eût 
pas  laissé  en  Irlande  de  place  pour  deux  chevaux  de 
trait  qui  ne  lui  eussent  pas  appartenu.  »  La  Vita  gaé- 
lique de  Colum  Cille,  par  Manus  O'Domhnaill,  nous  fait 
entendre  un  tout  autre  son  de  cloche  :  Colum  Cille  au- 
rait promis  à  Ciarân,  en  récompense  de  la  peine  qu'il 
avait  prise  à  recopier  un  ms.,  que  la  moitié  des  églises 
d'Irlande  porteraient  son  nom. 

B.  H.  t.,  4654-56.  —  A.  S.,  sept.,  ni,  ,373.  —  Triadis 
lhaiimaturgae  acta,  éd.  J.  Colgan,  Louvain,  1647,  p.  457-58. 

—  Vilae  sanct.  Hiberniae,  éd.  C.  Plummer,  i,  Oxford,  1910, 
p.  200-16.  —  .John  Ryan,  Irish  monasticism  :  origins  and 
early  denelopmenl,  Dublin,  1931,  p.  1 19-21 .  —  J.  F.  Kenney, 
The  xotirces  for  Ihe  early  history  oj  Ireland,  New- York,  1929, 
p.  305,  376-80,  etc.  —  R.  A.  S.  Mac  .\lister,  The  latin  and 
irish  lives  of  Ciarân,  Londres,  1921.  —  James  .1.  Me  Namee, 
The  chronology  of  ihe  life  of  SI  Ciaràn  of  Clonmacnoise,  dans 
Ardagh  and  Clonmacnoise  antiquarian  journal,  ii,  1945, 
n.  10.  —  P.  Grosjean,  Élégie  de  S.  Ciaràn  de  Cluain-moccu- 
Nôis,  dans  A.  Boll.,  lxix,  1951,  p.  102-06. 

F.  O'  Briain. 

2.  CIARAN  DE  SAIGHIR,  saint  irlandais  et 
évêque  de  Saighir,  appartint,  lui  aussi,  au  groupe  des 
«  Douze  apôtres  de  l'Irlande  ».  Il  est  patron  du  peuple 
et  du  dioc.  des  Osraighe.  Il  fonda  une  église  monas- 
tique à  Saighir-Ciarâin,  à  environ  6  km.  de  la  ville  ac- 
tuelle de  Biorra  en  Ui  Failghe.  Sa  personnalité  est  beau- 
coup plus  vague  et  mystérieuse  que  celle  de  son  homo- 
nyme de  Cluain-moccu-Nôis.  On  ne  possède  même  au- 
cune certitude  sur  la  date  exacte  de  son  activité.  Il 
existe  une  tradition  tenace  qui  le  fait  contemporain 
d'Ailbe,  d'Ibor  et  de  Declan,  précurseurs  de  S.  Patrice 
qui  auraient  entamé  l'évangélisation  de  l'Irlande  avant 
la  venue  du  grand  apôtre. 

Ciarân  est  dépeint  par  sa  légende  comme  une  sorte 
de  Jean-Baptiste  occidental,  vêtu  de  peaux  de  bêtes  et 
vivant,  le  plus  frugalement  du  monde,  de  fruits  sau- 
vages. Il  fonda  sa  première  église  monastique  dans  la 
solitude  d'une  forêt  et  ses  premiers  moines  furent  des 
animaux  :  Frère  Sanglier,  Frère  Renard,  Frère  Blai- 
reau, Frère  Daim,  tous  quatre  le  servant  dans  l'obéis- 
sance et  l'humilité.  Les  Vitae  de  S.  Ciarân  de  Saighir 

—  tant  latines  qu'irlandaises  —  inaugurent  un  genre 
spécial  dans  la  littérature  hagiographique.  Elles  intro- 
duisent de  délicieuses  et  fantastiques  histoires  d'ani- 
maux comportant  une  leçon  morale  ou  ascétique.  Le 
«  Loup  de  Gubbio  »  de  S.  François  d'Assise  est  sobre- 
ment calqué  sur  l'un  des  pensionnaires  de  la  ménagerie 
spirituelle  de  Ciarân.  Lorsque  Fr.  Renard,  dans  un  mo- 
ment de  faiblesse  et  poussé  par  la  faim,  déroba  les  san- 
dales de  l'abbé  pour  les  manger,  Fr.  Blaireau  fut  dé- 
pêché vers  lui  pour  l'amener  à  résipiscence.  Lorsqu'il 
revint.  Renard  dut  faire  pénitence  par  un  jeûne  de 
trois  jours. 

Le  monastère  de  Ciarân  devint  fameux  après  le  vi«  s. 
C'est  à  partir  de  cette  époque  que  la  légende  de  Ciarân 
fut  amplifiée  pour  rehausser  le  prestige  de  son  monas- 
tère et  appuyer  ses  titres  à  l'antiquité.  Il  est  certain, 
toutefois,  que  ses  Vitae  remontent  à  un  original  d'une 
haute  ancienneté;  sa  plus  vieille  Vie  fut  composée  par 
un  moine  de  Saighir  :  elle  possède  des  traits  intéres- 
sants et  originaux.  S.  Ciarân  de  Saighir  est  un  spécimen 
de  l'abbé  revêtu  de  la  dignité  épiscopale,  et  il  marque 
une  évolution  importante  dans  le  développement  de 
l'Église  irlandaise. 

B.  H.  L.,  4657-59.  —  A.  S.,  mars,  i,  390-99.  —  Vitae 
sanct.  Hiberniae,  éd.  C.  Plummer,  i,  Oxford,  1910,  p.  217-33. 

—  Bethada  Nâem  nErenn,  i,  éd.  C.  Plummer,  Oxford,  1922, 
103-24;  II,  99-120.  —  J.  F.  Kenney,  The  sources  for  the 
early  history  of  Ireland,  New-York,  1929,  p.  305-17.  — • 
•John  Ryan,  Irish  monasticism,  Dublin,  1931,  p.  118  sq., 


823  CIASCA  —  CIBO  824 


Cl  ASC  A  (Augustin),  théologien  de  l'ordre  de  S.- 
Augustin, cardinal  (1835-1902).  Voir/).  T.  C,  ii,  2^72- 
73. 

CIBALAE  ou  Cibalis,  ville  de  Pannonie,  peut- 
être  dotée  d'un  évêché.  Située  à  égale  distance  entre  la 
Drave  et  la  Save,  sur  la  route  de  Mursa  à  Sirmium,  elle 
avait  une  certaine  importance.  C'est  dans  ses  environs 
que  Constantin  remporta  sa  première  victoire  contre 
Licinius  (8  oct.  314).  Cibalae  est  la  patrie  de  Gratien. 
On  l'a  identifiée  de  façon  certaine  avec  Vinkovice.  On 
peut  admettre  qu'elle  posséda  un  évêché,  mais  la 
preuve  ne  saurait  en  être  faite.  Sans  doute,  le  martyro- 
loge romain,  à  la  suite  du  martyrologe  hiéronymien, 
indique  au  28  avr.  un  S.  Eusèbe,  évêque  de  Cibalis, 
qui  aurait  été  martyrisé  vers  270  (A.  S.,  avr.,  m,  572), 
et  Gams  l'a  inséré  dans  ses  listes  épiscopales  (i,  428), 
mais  J.  Zeiller  {L'évanyélisation  des  provinces  danu- 
biennes, Paris,  1918,  p.  48-49)  a  fait  la  preuve  que 
c'était  là  une  confusion  du  martyrologe  hiéronymien 
avec  S.  Eusèbe,  prêtre  de  Nicomédie,  fêté  le  même 
jour.  La  ville  eut  au  moins  un  martyr  sous  Dioclétien 
et  Maximien,  S.  PoUion,  lecteur  de  l'église  {B.  H.  L., 
n.  6869;  A.  S.,  avr.,  m,  572-73). 

Smith,  Dict.  o/  Greek  and  Roman  geoc/rapliy,  i,  614.  — 
Patsch,  dans  Pauly-Wissowa,  m,  25.34-.35. 

R.  Janin. 

CIBALIANA,  Ci/buliuna,  Cijbalina,  Cibiliana, 
CAbcidiuna,  Gubalianu,  KigaAivr),  évêché  de  Byzacène, 
connu  par  le  concile  de  l'automne  256  et  par  la  confé- 
rence contradictoire  de  411;  un  Donalus  a  Cibalianu, 
ccTTO  KugaAiavfjs,  donne  son  avis  le  55<=  sur  le  baptême 
des  hérétiques,  en  rattachant  l'unité  de  ce  sacrement  à 
l'unité  de  l'Église  (Opéra  S.  Cypriani,  Senlentiae  epis- 
coporum,  55,  éd.  Hartel,  p.  454;  54,  P.  L.,  m,  1095-96; 
cf.  aussi  S.  Augustin,  De  bapl.  conlra  donal.,  VII,  xix; 
éd.  Barreau,  xxviii,  328;  P.  L.,  xliii,  232).  C'est  un 
donatiste  nommé  Cresconius  que  nous  voyons  occuper 
ce  siège  en  411,  sans  compétition  catholique  (  Gestu  coll. 
Carth.,  I.  208;  P.  L.,  xi,  1346;  Mansi,  iv,  159  B).  Cette 
constatation  incite  à  chercher  l'emplacement  de  cet 
évêché  plutôt  en  bordure  de  la  Numidie  que,  comme  le 
propose  Tissot  (Géogr.,  ii,  781,  note  3),  sur  le  bord  de 
la  côte.  Toulotte  et  Mesnage  ont  songé  à  l'identifier 
avec  Henchir  Goubeul,  où  se  voient  les  ruines  d'une 
chapelle  de  12  m.  sur  10,  et  probablement  d'une  grande 
basilique  (Cagnal,  Explorations  en  Tunisie,  fasc.  3, 
p.  55-56). 

Morcelli,  i,  clxxviii,  p.  138.  —  No(.  dign.,  ii,  annot., 
p.  655.  —  Gams,  465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés 
de  l'Afr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  86 
(met  cet  évêché  en  Proconsulaire);  Trésor  de  chronologie, 
Paris,  1889,  p.  1868.  —  iMgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr. 
chrét.,  Byzacène,  Montreuil-sur-Mer,  1894,  xxxv,  p.  79.  — 
Thes.  ling.  lat.,  Ononiasticon,  ii,  428,  au  mot  Cibaliana.  — 
P.  Mesnage,  L'Afr.  chrél.,  Paris,  1912,  p.  190. 

J.  Perron. 

1 .  CIBO  (Alderano).  Fils  de  Charles  Cibo-Malas- 
pina,  prince  de  Massa  et  Carrara,  et  de  Brigitte  Spinola, 
Alderano  naquit  le  16  juill.  1613.  Prélat  domestique 
sous  Llrbain  VIII  et  majordome  sous  Innocent  X,  il 
fut  créé  par  ce  dernier  cardinal  de  Ste-Pudentienne 
(6  mars  1645).  Légat  à  Urbino  (1646),  puis  à  Ravenue 
(1648)  et  enfin  à  P'errare  (1659),  il  fut  nommé  évêque 
de  lesi,  le  24  avr.  1()56,  et  veilla  à  l'organisation  du  sé- 
minaire diocésain.  Secrétaire  d'État  durant  le  pontifi- 
cat d'Innocent  .\1  (1676-89),  Cibo  fut  mêlé,  par  le  fait 
de  sa  charge,  à  la  plupart  des  événements  de  son  épo- 
que. Instigateur  de  la  nomination  de  Pier  Matteo  Pe- 
trucci  au  siège  de  lesi,  Cibo  sera  présent,  le  1 7  déc.1687, 
à  l'abjuration  que  cet  évêque  dut  prononcer  en  pré- 
sence du  pape,  en  raison  de  ses  attaches  au  molinisme 
naissant.  Cardinal-évêque  d'Ostie  et  doyen  du  Sacré 
Collège  (10  nov.  1687),  il  veilla  à  la  restauration  des 


églises  de  cet  évêché  suburbicaire.  Décédé  à  Rome  le 
22  juin.  1 700,  il  fut  enseveli  dans  la  chapelle  qu'il  avait 
fait  construire  par  Carlo  Fontana  dans  l'église  de  Ste- 
I  Marie-du-Peuple. 

L.  Cardella,  Mcmorie  storiche  de'  cardinali  d.  S.  R.  Chiesa, 
VII,  Rome,  1793,  p.  64-67.  —  F.  De  Bojani,  Innocent  XI,  sa 
correspondance  avec  ses  nonces,  1676-79,  Rome,  1910.  — •  R. 
Mori,  //  carteggio  del  card.  A.  Cibo  pressa  la  sezione  d'arch. 
di  stalo  di  Massa,  dans  Archiv.  stor.  ilaliano,  cvii,  1949,  p.91- 
93.  —  L.  Mussi,  Il  card.  Alderano  dei  principi  Cibo-Mala- 
spina.  Massa,  1913.  —  L.  Mussi,  Alcune  memorie  di  conclaoi 
1  del  sec.  XVII,  .Assise,  1915. 

M. -H.  Laurent. 
2.  CIBO  (Camillo).  Fils  d'Albéric  III,  duc  de 
Massa  et  Carrara,  naquit  le  25  avr.  1681.  Clerc  de  la 
Chambre  apostolique,  puis  auditeur  de  ladite  Chambre, 
il  renonça,  à  la  mort  de  son  père  (1715),  à  ses  droits  sur 
le  duché  de  Massa,  en  faveur  de  son  frère  Alderano  III. 
Patriarche  de  Constantinople  en  1718  et  majordome  de 
Benoît  XIII  (1725),  il  fut  créé  cardinal  de  S.  Stefano 
au  Celius  le  23  mars  1729.  Tempérament  batailleur,  il 
ne  craignit  pas  de  soutenir  des  procès  retentissants  afin 
de  défendre  ses  privilèges.  Il  mourut  à  Rome  le  12  (13) 
janv.  1743. 

L.  Cardella,  Memorie  storiche  de'  cardinali  délia  S.  R. 
Chiesa,  viii,  Rome,  1795,  p.  239-40. 

M. -H.  Laurent. 
CIBO  (Giovanni  Battista).  Voir  Innocent  VIII. 

'      3.  CIBO  (Giovanni  Battista).  Fils  de  Frances- 
j  chetto  et  de  Madeleine  de  Médicis,  il  était,  par  son  père, 
fils  naturel  d'Innocent  VIII,  petit-fils  de  ce  pontife,  et 
par  sa  mère,  fille  de  Laurent  le  Magnifique,  neveu  de 
Léon  X.  II  naquit  à  Rome  le  6  mai  1505.  Agé  de  vingt- 
cinq  ans,  il  succéda,  le  19  janv.  1530,  sur  le  siège  épis- 
copal  de  Marseille  à  son  frère  Innocent  que  Léon  X 
I  avait  créé  cardinal  en  1513.  Les  lettres  de  placet  du  roi 
;  de  France  ne  lui  furent  adressées  que  le  7  oct.  1531,  et 
I  l'annexe  du  Parlement,  le  24  juin  suivant.  Un  an  après 
(28  juin  1532),  Cibo  prit  possession  de  son  siège  par 
!  procuration,  déléguant  à  cet  effet  un  chanoine  de  Pe- 
:  saro  :  Annibale  Collemucio.  Il  devait  toutefois  tarder 
à  se  faire  sacrer,  car  une  lettre  de  Paul  III,  du  22  avr. 
1536,  l'autorise  à  recevoir  la  consécration  épiscopale 
des  mains  du  prélat  qu'il  voudrait  se  choisir.  Rien  ne 
1  permet  d'affirmer  que  notre  évêque  se  soit  rendu  à 
Marseille  lorsque  Clément  VII  y  vint,  en  1533,  pour  y 
célébrer  le  mariage  de  sa  nièce  Catherine  de  Médicis 
avec  Henri  d'Orléans,  second  fils  de  François  I".  En 
1540  (29  oct.),  Cibo,  qui  s'était  rendu  à  Paris,  y  prêta 
hommage  au  roi  de  France  pour  la  baronnie  d'Aubagne 
et  autres  biens  féodaux  de  son  évêché.  En  1547,  s'il 
faut  en  croire  de  Ruffi,  il  aurait  été  désigné  par  le  clergé 
de  la  province  d'Arles  pour  féliciter  Henri  II  de  son 
avènement  au  trône.  Cibo  mourut  en  son  château  de 
Signes,  le  15  mars  1550. 

.I.-H.  Albanés,  Armoriai  et  sigillographie  des  évéques  de 
Marseille,  Marseille,  1884,  p.  135-36.  —  L.  Barthélémy, 
Ilist.  d'Aubagne,  chef-lieu  de  baronnie,  i,  Marseille,  1889, 
p.  206-08.  —  A.  de  RufTi,  Hisl.  de  Marseille,  2'  éd.,  ii,  Mar- 
seille, 1696,  p.  35.  -  Gall.  christ,  nov.,  Marseille,  539-45. 
—  L.  Staffetti,  //  libre  di  ricordi  délia  famiglia  Cybo,  dans 

i  Atti  délia  Società  ligure  di  sloria  patria,  xxxviii,  1910, 
p.  355-57.  —  G.  Viani,  Memorie  délia  famiglia  Cgbo  e  délie 
monete  di  Alassa  Lunigiana,  Pise,  1808,  p.  85. 

M. -H.  Laurent. 

!  4.  CIBO  (Innocenzo).  Fils  de  Franceschetto  et  de 
Madeleine  de  Médicis,  il  naquit  à  Florence  le  25  août 
1491.  Protonotaire  apostolique,  il  fut  créé  par  Léon  X, 
son  oncle,  cardinal  des  SS.-Côme-et-Damien,  le  23  sept. 
1513.  Administrateur  des  évêchés  de  St.  .\ndrews(1513), 
de  Turin  (1516),  de  Marseille  (1517-30),  d'.\leria  (1518- 
20),  de  Mariana  (1531),  de  Tropea  (1538)  et  de  Mes- 
sine (1538-50),  il  fut  créé  archevêque  de  Gênes  le 


825 


CIBO  — 


CIBYRA 


826 


1 1  mars  1520,  siège  qu'il  conserva  jusqu'à  sa  mort.  Sous 
le  pontificat  de  Clément  VII,  il  se  vit  confier  les  léga- 
tions de  Bologne  et  des  Roniagnes  (1524-35).  Grâce  à 
son  action,  un  grand  nombre  de  villes  qui  auraient  dé- 
siré se  détacher  de  l'autorité  pontificale,  à  l'occasion  du 
sac  de  Rome,  lui  restèrent  soumises.  Le  24  févr.  1530, 
Cibo  prit  part  au  couronnement  de  Charles-Quint.  En- 
voyé à  Florence  en  1532,  durant  l'absence  d'Alexandre 
de  Médicis,  il  en  profita  pour  prendre  en  main  le  gou- 
vernement de  la  cité,  gouvernement  qu'il  conserva  pra- 
tiquement jusqu'à  l'avènement  de  Cosme  I"  (1537). 
Lors  du  conclave  qui  élut  Jules  III  (7  févr.  1550),  il 
tenta,  mais  en  vain,  de  se  faire  élire  au  pontificat  su- 
prême. Cibo  mourut  peu  après  le  13  (14)  avr.  1550  et 
fut  enseveli  à  Ste-Marie-sur-Minerve. 

Eubel,  m,  1.5.  —  Gall.  christ,  nov.,  Marseille,  529-39.  — 
L.  Stalfetti,  Il  card.  Lorenzo  Cibo,  Florence,  1894  ;  //  libro 
dei  ricordi  délia  jamiglia  Cybo,  dans  Atli  délia  Società  ligure 
di  storia  patria,  xxxviii,  1910,  p.  20,  .350-55.  —  G.  Viani, 
Memorie  délia  jamiglia  Cgbo  e  délie  monete  di  Massa  di 
Limigiana,  Pise,  1808,  p.  83-85. 

M. -H.  Laurent. 

5.  C I BO  (Lorenzo).  Fils  de  Maurice  et  neveu,  par 
son  père,  d'Innocent  VIII,  il  était  protonotaire  apos- 
tolique quand,  le  5  déc.  1485,  il  fut  nommé  au  siège  de 
Bénévent.  En  juill.  1486,  il  fut  envoyé  à  Todi  en  qua- 
lité de  commissaire  pour  mettre  fin  aux  désordres  qui 
avaient  éclaté  dans  cette  ville  des  États  pontificaux.  Le 
26  juin  1487,  il  succéda  à  Barthélémy  de  la  Rovere 
comme  châtelain  du  château  S. -Ange.  Il  conserva  cette 
charge  jusqu'au  9  mars  1489,  date  où  il  fut  promu  au 
titre  cardinalice  de  Ste-Suzanne.  Cardinal  du  titre  de 
S. -Marc  en  1491,  cardinal-évêque  d'Albano  en  1501, 
puis  de  Préneste  en  1503,  il  s'opposa,  lors  du  conclave 
de  1492,  à  l'élection  d'Alexandre  VI.  Il  participa  dans 
la  suite  à  l'élection  de  Pie  III  et  de  Jules  II.  Cibo  mou- 
rut à  Rome  le  21  déc.  1503.  Il  fut  enterré  à  Ste-Marie- 
du-Peuple,  d'où  sa  tombe,  transformée  en  autel,  fut 
transportée,  en  1683,  en  l'église  de  S.  Cosimato. 

L.  Cardella,  Memorie  sloriche  de'  cardinali  délia  S.  R. 
Chiesa,  ni,  229-31.  —  Eubel,  n,  20.  —  P.  Pagliucchi,  / 
castellani  del  casiel  S.  Angelo  di  Roma,  i-2,  Rome,  1909, 
p.  37-39.  —  L.  Slafletti,  //  libro  di  ricordi  délia  jamiglia 
Cybo,  dans  Atti  délia  Società  ligure  di  storia  patria,  xxxviii, 
1910,  p.  6,  252-55. 

M. -H.  Laurent. 

6.  CIBO  (Nicolas),  archevêque  d'Arles.  Connu 
aussi  de  ses  contemporains  sous  le  nom  de  Nicolas  Bu- 
zardo  (Sanuto,  op.  infra  cil.,  ii,  175),  Nicolas  Cibo  était, 
par  sa  mère,  neveu  d'Innocent  VIII.  Il  fut  nommé  par 
ce  pontife  au  siège  métropolitain  de  Cosenza  le  19  oct. 
1485  (Eubel,  d'après  les  fiches  de  Garanipi),  ou  peut- 
être  en  mai  148G  (Albanès).  Quatre  ans  après,  il  fut 
transféré  à  celui  d'Arles  (24  avr.  1489)  dont  il  prit  pos- 
session par  procureur  le  15  oct.  suivant.  Gouverneur  de 
Pérouse  dès  1487,  Cibo  ne  semble  pas  s'être  rendu  en 
Provence  et  régit  son  archidiocèse  par  l'intermédiaire 
d'un  vicaire  général.  C'est  durant  son  épiscopat  que  le 
chapitre  d'Arles,  qui  s'était  sécularisé,  se  donna  de  nou- 
veaux statuts  (copie  :  Arles,  bibl.  mun.,  ms.  147). 
Lorsqu'en  mai  1492  Bajazet  II  olTrit  à  Innocent  VIII 
une  lance  que  l'on  croyait  avoir  servi  durant  la  cruci- 
fixion pour  ouvrir  le  côté  du  Christ,  Cibo  fut  envoyé 
par  le  pape  à  Ancône,  avec  Luca  Borsiano,  évêque  de 
Foligno,  pour  y  chercher  la  relique.  Ils  la  transportè- 
rent jusqu'à  Narni,  dans  un  vase  de  cristal  orné  d'or. 
Deux  ans  après,  Bajazet  II  écrira  (8  sept.  1494)  à 
Alexandre  VI  pour  lui  recommander  notre  archevêque 
et  demander  pour  lui  un  chapeau  de  cardinal.  Nicolas 
Cibo  mourut  à  Rome  dans  le  courant  du  mois  de  juill. 
1499. 

J.  Burchard,  Diarium  siue  Rerum  urbanarum  commentarii, 
éd.  L.  Thuasne,  m,  Paris,  1885,  p.  510  (index).  —  Ciava- 
rini,  Cronache  anconitane,  Ancône,  1870,  p.  204.  —  Eubel, 


H,  93, 142.  —  Gall.  christ,  nov.,  Arles,  881-84, 1299, 1391-93. 
—  M.  Sanuto,  I  Diarii,  éd.  F.  Stefani,  Venise,  1879,  i,  86; 
IT,  175,  1017-18.  —  L.  Vhuasne,  Djem-Sultan,  fils  de  Moham- 
med II  (1459-1495),  l'aris,  1892,  p.  298.  —  J.-M.  Trichaud, 
Hist.  de  la  Ste  Église  if  Arles,  iv,  Paris,  18.54.  p.  64-82.  — 
Ughelli,  IX,  256-57. 

M. -H.  Laurent. 
C I  BOT  (Pierre-Martial),  jésuite  missionnaire  en 
Chine,  né  à  Limoges  le  26  août  1727,  mort  à  Pékin  le 
8  août  1780.  Entré  au  noviciat  de  la  province  d'Aqui- 
taine le  17  nov.  1743,  il  arriva  en  Chine  le  25  janv.  1759 
et  fut  attaché  au  service  de  la  cour  dès  son  arri- 
1  vée  à  Pékin  (6  juin  1760).  Doué  de  beaucoup  d'esprit 
et  pourvu  d'une  solide  érudition,  il  montra  de  grandes 
dispositions  pour  les  sciences  astronomiques  et  méca- 
niques, ainsi  qu'une  grande  facilité  pour  l'étude  des 
langues.  Pendant  quatre  ans,  il  travailla  au  palais  im- 
périal à  une  grande  horloge  hydraulique  avec  jets 
d'eau,  chants  d'oiseaux,  figures  mobiles,  etc.  (lettre 
du  7  nov.  1704).  La  botanique  l'intéressait  parti- 
culièrement :  il  découvrit  beaucoup  de  plantes  et 
envoya  de  nombreux  albums  à  Paris.  Chargé  de  la 
Congrégation  du  S. -Sacrement,  la  plus  importante 
des  œuvres  de  l'Église  française  à  Pékin,  il  en  décrit, 
dans  une  lettre,  le  fonctionnement  et  en  particu- 
lier la  célébration  de  la  fête  du  Sacré-(;œur.  11  a  laissé 
de  nombreux  mémoires  insérés  dans  les  Mémoires  con- 
cernant lu  Chine,  i  .e  plus  important  est  son  Essai  sur 
l'antiquité  des  Chinois  (Mémoires...,  i,  1-272),  où  il 
essaie  de  prouver  que  Yao  est  le  fondateur  et  le  pre- 
mier législateur  de  l'empire  chinois.  Cette  thèse,  con- 
tredite par  la  majorité  des  érudits  chinois,  mais  avan- 
cée par  quelques  lettrés,  fut  adoptée  par  de  Guigné  et 
combattue  par  l'abbé  Grosier.  Le  P.  J.  Amiot  donna, 
en  1775,  un  mémoire  plus  étoile  pour  défendre  la  thèse 
plus  traditionnelle  contre  un  écrit  de  M.  de  Guigné  : 
L'antiquité  des  Chinois  prouvée  par  les  documents  (Mé- 
moires..., 11,  1-290).  Cependant  la  science  moderne  se 
rapproche  de  la  thèse  de  Cibot.  Celui-ci  donna  aussi 
une  traduction  annotée  de  deux  petits  écrits  de  l'école 
de  Confucius,  le  Ta-hio  et  le  Tchany-  Yong.  On  lui  re- 
proche d'avoir  trop  paraphrasé.  Lui-même  explique  et 
défend  sa  méthode  dans  la  première  note.  Il  publia,  en 
outre,  de  nombreuses  notes  sur  la  botanique,  l'écono- 
mie, la  médecine,  etc.  Il  était  membre  correspondant 
de  l'Académie  de  S.-Pétersbourg.  On  l'accuse,  toute- 
fois, de  se  laisser  parfois  entraîner  par  son  imagina- 
tion dans  ses  études.  Lors  des  malheureuses  divisions 
qui  suivirent  la  suppression  de  la  Compagnie,  il  se  ran- 
gea aux  côtés  des  PP.  Bourgeois  (voir  ce  nom),  d'Ol- 
lières  et  Collas  et  rédigea  la  supplique  adressée  en  leur 
nom  au  primat  des  Indes,  l'archevêque  de  Goa. 

De  Rochemonteix,  S.  .J.,  Joseph  Amiot,  passim  et  pièces 
justif.,  y.  —  L.  Pfister,  Notices  biogr.  et  bibliogr.,  éd.  Chan- 
gliai,  1934,  II,  896-902,  avec  bibliogr.  détaillée.  —  Sonimer- 
vogel,  II,  1168  sq.;  ix,  43. 

A.  De  Bil. 

CIBYRA  (Kigùpa),  évêché  de  la  province  de  Carie, 
dépendant  de  Stauropolis.  Cette  ville  eut  quelque  im- 
portance dans  l'Antiquité;  elle  fut  appelée  Sébaste 
(SEgaoTTi)  en  l'honneur  d'Auguste.  Ses  ruines  se  voient 
encore  aujourd'hui  près  du  village  de  Korsun  :  un 
1  grand  et  un  petit  théâtre,  des  temples,  une  agora,  les 
restes  d'un  aqueduc,  des  inscriptions  nombreuses  et 
intéressantes  y  ont  été  découvertes.  Il  est  probable 
qu'elle  eut  un  évêque  au  moins  dès  le  m"  s.,  sinon  plus 
tôt.  Voici  les  titulaires  qu'on  lui  connaît  :  Létodore  as- 
sista au  concile  de  Nicée  (325)  (H.  Geizer,  Patrum 
Nicaenorum  nomina,  Leipzig,  1898,  p.  68,  n.  167).  — 
Léonce  prit  part  à  celui  de  Constantinople  en  381 
(Mansi,  m,  571  B).  —  Apellus  fut  un  des  Pères  du  con- 
cile d'Éphèse  (431)  (ibid.,  iv,  1216  A,  1365  B;  vi,  873 
A).  —  Érasme  assista  au  \'  concile  œcuménique  (553) 
(ibid.,  IX,  176  D,  193  C).  —  Grégoire  prit  part  au  IP 


827 


C  IBYR  A 


—  CIENFUEÛOS 


828 


concile  de  Nicée  (787)  (ibid.,  xii,  998  B,  1106  B).  — 
Étienne  fit  amende  honorable  à  la  II«  session  du  con- 
cile de  869,  parce  qu'il  avait  été  un  partisan  de  Pho- 
tius  (ibid.,  xvi,  164  A).  —  L'évêclié  de  Cibyra  dispa- 
rut probablement  lors  de  l'invasion  turque  qui  sub- 
mergea peu  à  peu  la  plus  grande  partie  de  l'Asie  Mi- 
neure, aux  xii«  et  XIII''  siècles. 

Le  titre  de  Cibyra  a  été  donné  au  moins  quatre  fois 
dans  l'Église  romaine  :  Richard  Phelan,  12  mai  1885-  | 
7  déc.  1889,  coadjuteur  à  Pittsbourg.  —  Thomas  Lil-  j 
lis,  22  mars  1910-28  févr.  1913,  coadjuteur  à  Kansas-  j 
City.  —  Sigismond  Waitz,  9  mai  1913-17  déc.  1934,  | 
auxiliaire  à  Brixen.  —  Albert-Marie  Fuchs,  13  juill. 
1935,  auxiliaire  à  Trêves,  f  1944.  —  Adolphe  Boite, 
22  févr.  1945,  auxiliaire  à  Fulda. 

Le  Quien,  i,  903-04.  —  Smith,  Dict.  of  Greek  and  Roman 
yeography,  i,  614.  —  Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  .xi',  374- 
77.  —  Ramsay,  Cities  and  bislioprics  of  Phrygia,  i,  Londres, 
1895,  p.  .332.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  390.  —  MsyàXTi  éAXri- 
viKf)  èyKUKÂoiTaiSela,  xiv,  356-57. 

R.  Janin.  I 

CICADOR.  Voir  Cikador. 

CICHOCKI  (Caspar),  chanoine  de  Sandomierz 
et  de  Wilno,  écrivain  catholique,  t  1616.  Il  naquit  en 
1545,  à  Tarnow  (ancien  dioc.  de  Cracovie),  fréquenta 
successivement  les  universiéts  de  Cracovie,  de  Leipzig 
et  d'Ingolstadt,  passa  six  ans  à  la  cour  de  l'archevêque 
de  Gniezno,  puis  quelque  temps  à  la  cour  royale  de  Po- 
logne en  qualité  de  secrétaire  du  trésorier  de  la  cou- 
ronne. Se  sentant  appelé  au  sacerdoce,  il  se  rendit  à 
Rome  et  compléta  ses  études  au  Collège  romain,  où  il 
eut  comme  professeur  S.  Robert  Bellarniin.  Rentré  en 
Pologne,  il  y  reçut  les  ordres  sacrés  et  devint  chanoine, 
d'abord  de  la  collégiale  de  Sandomierz  (1595),  puis  de 
la  cathédrale  de  Wilno. 

Œuvres.  —  Analomia  consilii  de  pace,  jesuitis  pulsis, 
Cracovie,  1614,  tend  à  réfuter  le  pamphlet  :  Consilium  i 
de  recuperanda  et  slabilienda  pace  regni  Poloniae,  1609, 
qui  réclamait  le  bannissement  des  Jésuites.  —  Alloquio- 
rum  Osiecensium  sive  variorum  familiarium  sermonum 
libri  V,  Cracovie,  1615,  critique  sévèrement  la  poli- 
tique de  Jacques  l"'  d'Angleterre,  ainsi  que  celle  de  la 
reine  Élisabeth.  Cet  ouvrage  provoqua  une  démarche  [ 
de  la  part  de  l'ambassadeur  anglais  Dickenson,  qui  ré-  i 
clama  des  peines  sévères  contre  C.  (Voir  discours  de  j 
Dickenson  et  la  réponse  royale  dans  Script,  rer.  poloni- 
carum,  iv,  Cracovie,  1878,  p.  401-405.) 

J.  Wisniewski,  Katalog  pralatotv  i  kanonikow  sandomier- 
skich,  Radom,  1928,  p.  41-42.  —  Z.  Chelmicki,  Podreczna 
encgklopedja  koscielna,  vu,  Varsovie,  1906,  p.  98.  —  Polski 
slownik  biograficzny,  iv,  Cracovie,  1937,  p.  21-22.  —  Siar- 
czynski,  Obraz  wieku  panowania  Zygmunta  III,  Lwow, 
1828.  —  Al.  Krausliar,  Poselstwo  Dickensona  do  Zygmunta 
III,  dans  Przeglad  hist.,  ix,  1909,  p.  54-68. 

J.  OSTROWSKI. 

CICSI.  La  Notice  d'Afrique  (Not.  Af ricana,  Pro- 
consularis,  27;  Victor  de  Vite,  éd.  Petschenig,  118; 
P.  L.,  Lvin,  270,  283)  révèle  l'existence  d'un  évêché  de 
Proconsulaire  dont  l'ethnique  était  Cicisitanus  ou  Cic- 
sitanus,  de  Cicisi,  Cicsi,  la  Cicisa  de  la  Table  de  Peutin- 
ger  (Wellkarle  des  Castorius  genannt  die  Peulinger' sche 
Tafel,  éd.  Miller,  Ravensburg,  1888,  segni.  v,  5),  la  Ci- 
gisa  de  l'Itinéraire  d'Antonin  (Itinerarium  Antonini, 
éd.  Wesseling,  44;  éd.  Parthey  et  Pinder,  19),  la  Cesirisa 
de  l'Anonyme  de  Ravenne  (Ravenn.,  p.  142,  12),  située 
à  peu  près  à  mi-distance  entre  Carthage  et  Thiiburbo 
minus  (Tebourba),  sur  la  voie  d' Hippo-Regius  (Hip- 
pone).  Son  emplacement  n'a  pas  encore  été  identifié; 
mais  on  le  trouvera  plutôt  aux  bords  de  la  Medjerda, 
près  du  gué  de  Sidi-Tabet,  comme  le  pensait  Gauckler 
(dans  C.  R.  de  l'Acad.  des  Inscr.,  1895,  p.  69),  qu'entre 
Carthage  et  Djedeida,  où  le  mettait  Tissot  {Géogr.,  ii, 


245-47;  Atlas  arch.,  fol.  20,  Tunis,  11-12).  Quoi  qu'il 
en  soit,  nous  savons  que  le  titulaire  de  cette  juridiction 
ecclésiastique  s'appelait  Cresces  (Crescens)  en  484, 
qu'il  répondit  à  l'appel  d'Hunéric  et  qu'il  fut  du 
nombre  des  pasteurs  envoyés  en  exil;  le  lieu  de  son 
bannissement,  Corse  ou  Afrique,  est  jusqu'ici  demeuré 
incertain.  L'ethnique  Cicsitanus  ne  se  rencontre  pas 
dans  le  procès-verbal  de  l'assemblée  de  411,  sans  doute 
par  suite  d'une  erreur  de  copiste;  c'est  lui  qu'il  faut, 
semble-t-il,  reconnaître  dans  le  Cessitanus  ou  le  Cis- 
sitanus  de  la  conférence  de  Carthage  (  Gesta  coll.  Carth., 
I,  206,  208;  P.  L.,  xi,  1344,  1348);  il  s'agit,  dans  les 
deux  cas,  d'un  évêque  donatiste,  un  Quodvultdeus  ou 
un  Flavosus. 

Morcelli,  i,  clxxix,  p.  139.  —  Nol.  dign.,  ii,  annot.,p.  616, 
640,  656.  —  Gams,  465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés 
de  l'Afr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  86; 
Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  p.  1868.  —  Ch.  Tissot, 
Géogr.  comparée,  ii,  Paris,  1888,  p.  773.  —  Mgr  Toulotte, 
Géogr.  de  l'Ajr.  chrét..  Proconsulaire,  xxxvii,  Rennes-Paris, 
1892,  p.  162-63.  —  Dessau,  dans  Pauly-Wissowa,  au  mot 
Cigisa.  —  Thes.  ling.  lal.,  Onomasticon,  aux  mots  Crescens, 
p.  700,  et  Cigisa.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912, 
p.  152  et  191. 

J.  Ferron. 

CIDRAMUS  (KiSpanos,  K(v5pa|ia,  Kùvôpapa). 
évêché  de  la  province  de  Carie,  dépendant  de  Stauro- 
polis.  Cet  évêché  était  un  des  moins  importants  de  la 
région,  à  tel  point  qu'on  ne  le  connaît  que  par  les  listes 
épiscopales.  On  n'a  conservé  le  nom  d'aucun  titulaire 
et  Le  Quien  l'a  ignoré.  Les  ruines  de  la  petite  ville  ont 
été  découvertes  près  du  village  de  Bucak.  L'Église  ro- 
maine n'a  pas  encore  conféré  le  titre  de  Cidramus,  bien 
qu'il  figure  sur  la  liste  de  la  Consistoriale. 

W.  Ramsay,  Cities  and  bishoprics  of  Plirygia,  i,  Londres, 
1895,  p.  684  sq.  —  Burchner,  dans  Pauly-Wissowa,  xi  ', 
379-80. 

R.  Janin. 

CIDYESSUS  (en  grec  KiSuaads,  Ki5iaa6s, 
KriSiCTCTÔs),  évêché  de  la  Phrygie  Pacatienne  I"^,  dépen- 
dant de  Laodicée.  On  a  découvert  les  ruines  de  la  ville 
près  du  village  de  Buca.  Le  Quien  lui  attribue  trois 
évêques  :  Héraclius  est  remplacé  par  son  métropolite 
Nunéchius  à  la  signature  des  actes  de  Chalcédoine  (451  ), 
à  la  vi«  et  à  la  xvi«  session  (Mansi,  vu,  165  C,  441  C).  — 
André  assista  au  IP  concile  de  Nicée  (787)  (ibid.,  xiii, 
148  D).  —  Thomas  prit  part  à  celui  de  879,  qui  réhabi- 
lita Photius  (ibid.,  xvii-xviii).  —  Cet  évêché  dut  dis- 
paraître au  moment  de  l'invasion  turque  au  xii<>  ou  au 
xiii^  siècle. 

Le  titre  a  été  conféré  dans  l'Église  romaine  :  Joseph 
Torres,  O.  P.,  déc.  1875-2  avr.  1906,  vicaire  aposto- 
lique du  Tonkin  oriental.  —  Louis  Rajner,  14  mai  1906- 
17  mars  1920,  auxiliaire  à  Gran.  —  Natale  Gabriele 
Moriondo,  20  juin  1920-22,  visiteur  apost.  du  Caucase 
et  de  l'Arménie.  — Antoine  Cech,  3  janv.  1923-26  août 
1929,  auxiliaire  à  Leitmeritz.  —  Paulin- Joseph- Justin 
Albouy,  M.  E.  P.,  27  mars  1930-11  avr.  1946,  vie. 
apost.  de  Nanning.  —  Claude  Bayet,  M.  E.  P.,  10  avr. 
1947,  vie.  apost.  du  Laos. 

Le  Quien,  i,  801-02.  —  Ramsay,  Asia  Minor,  Londres, 
1895,  p.  139.  —  Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  xi  ',  380.  — 
Ann.  pont.,  1916,  p.  390-91. 

R.  Janin. 

CIENFUEGOS,  Ceniumfocensis,  évêché  de  la 
république  de  Cuba,  dans  la  province  de  Santa  Clara, 
suffragant  de  Santiago,  érigé  par  Léon  XIII  le  20  févr. 
1903,  en  vertu  de  la  bulle  Aclum  praeclare,  exécutée 
par  l'archevêque  de  la  Nouvelle-Orléans,  Placide-Louis 
Chapelle.  —  Évêques:  Antonio  Aurelio  Torres,  C.  D., 
15  avr.  1904-17.  —  Valentin  Zubizarreta  y  Llnamun- 
saga,  C.  D.,  évêque  de  Camagtiey,  1914,  et  administr. 
apost.  de  Cienfucgos,  1917;  évêque  de  Cienfuegos,  24 
févr.  1922;  archevêque  de  Santiago  et  administr.  apost. 


829 


CIENFUGOS  —  CILIBIENSIS 


830 


de  Cienfuegos,  30  mars  1925.  —  Eduardo  Martinez 
Dalmau,  C.  P.,  16  nov.  1935. 

Ann.  pont.  —  Anal,  eccles.,  xi,  1903,  n.  5  (avril),  149-51. 

—  A.  A.  S.,  XIV,  1922,  p.  160,  618;  xvn,  1925,  p.  126;  I 
xxvii,  1935,  p.  441. 

F.  PÉREZ. 

1  .CIENFUEGOS  (Alvarez)  (1657-1739),  théo- 
logien de  la  Compagnie  de  Jésus,  ambassadeur  de 
Charles  VI,  cardinal  (1720),  évêque  de  Catane  (1722), 
archevêque  de  Monreale  (1725),  évêque  de  Fûnfkir- 
chen  (1735).  Voir  D.  T.  C'.,  ii,  2511-13;  L.  T.  K.,  ii, 
964. 

2.  CIENFUEGOS  (José  Ignacio),  évêque  de  La 
Concepciôn  (Chili).  Il  entra  d'abord  à  Santiago  dans 
l'ordre  dominicain,  qu'il  dut  quitter  pour  motif  de 
santé.  Admis  dans  le  clergé  diocésain,  ordonné  prêtre 
en  1786,  il  devint  en  1790  vicaire  à  Talca.  Membre  de  la 
Junta  gubernativa  depuis  1813,  il  fut  chargé  d'une 
mission  diplomatique  délicate,  dont  il  s'acquitta  si  bien  ] 
qu'il  reçut  en  récompense  un  canonicat  à  Santiago.  Un 
bouleversement  politique  provoqua  tem])orairement 
son  exil. 

Revenu  à  Santiago,  il  fut  promu  archidiacre  de  la 
cathédrale.  La  légation  de  Mgr  Jean  Muzzi  —  qui  fit 
beaucoup  de  bruit  et  fut  assez  inutile  —  mit  fin  à  son 
activité  comme  archidiacre.  En  1824,  il  se  trouve  à 
Rome,  près  du  S. -Siège,  en  qualité  de  ministre  plénipo- 
tentiaire de  son  pays;  il  dut  s'y  rendre  à  nouveau  en 
1827,  cette  fois  pour  se  défendre  devant  le  pape  de  cer- 
taines accusations  du  nonce  Muzzi;  Léon  XII  lui 
donna,  apparemment,  raison  :  il  le  consacra  évêque 
de  Retimo,  auxiliaire  des  Amériques,  et  lui  accorda 
d'autres  distinctions.  De  1832  à  1838,  C.  fut  évêque 
de  La  Concepciôn;  en  1838,  il  se  retira  à  Santiago, 
où  il  consacra  ses  revenus  à  la  fondation  d'institu- 
tions charitables  ou  scolaires.  Il  écrivit  un  Calôn  cris- 
tiano-polilico  et  un  Catecismo  de  la  religion  crisliana. 
t  1845. 

Arch.  de  l'ambassade  d'Espagne  près  du  S. -Siège,  1.  918, 
n.  8  (année  1822).  —  E.  Martinez  Paz,  Un  episodio  ecclesiàs- 
tico  en  Cuyo  (1824),  Cordoba  (Argentine),  1928.  —  Die. 
enciclop.  hispano-americano,  v,  54.  — ■  Enc.  Espaxa,  xnt, 
150-51. 

F.  PÉREZ. 

CIERA  (Paul),  théologien  de  l'ordre  de  S. -Au- 
gustin, évêque  de  Cittanova  (1641),  de  Viesti  (1642) 
(1576-1648).  Voir  D.  T.  C,  n,  2513. 

CIKADOR,  Chicador,  Chycador,  Zeek,  abbaye 
cistercienne  —  la  première  fondée  en  Hongrie  —  érigée 
par  Heiligenkreuz  en  1142,  dans  le  diocèse  de  Pécs. 
L'abbaye  se  trouvait  sur  le  territoire  du  Bàttaszék  ac- 
tuel, dans  le  départ,  de  Tolna.  On  ne  sait  pas  grand 
chose  de  son  histoire,  si  ce  n'est  que  ses  abbés  ont  joué 
quelquefois  le  rôle  d'agents  diplomatiques  des  papes  ou 
des  rois  de  Hongrie.  L'invasion  des  Turcs  mit  fin  à  la 
vie  conventuelle  en  1526.  Depuis  lors  le  titre  d'abbé  de 
Cikàdor  est  donné  aux  prêtres  séculiers.  Après  l'expul- 
sion des  Turcs,  la  vie  monastique  n'a  pas  été  restaurée 
et  les  biens  de  l'abbaye  ont  été  incorporés,  en  1741,  au 
fonds  d'entretien  du  Theresianum  de  Vienne,  institut 
d'éducation  pour  la  noblesse. 

Série  des  abbés.  —  Acerinus.  —  Jean  . —  Ortolfus.  — 
Conrad.  —  Godefroy.  —  Henri  ou  Hermann,  1272-74. 

—  Étienne.  —  Nicolas,  1332.  —  Martin  Vising,  1340. 

—  Thomas,  1347-53.  —  Berthold.  —  André  Sàska, 
1365-73.  —  Weichard,  1374-76.  —  Hermann,  1378-83. 

—  Michel,  1384-1400.  ~  Thomas,  1402.  —  Matthias, 
1406.  —  Matthieu,  1416.  —  Émeric,  1421-54.  —  Clé- 
ment Porkolab  de  Berzseny,  abbé  conmiendataire, 
1457.  —  Thomas  Debrenthei,  abbé  commendataire, 
1460-78. 


Békefi  Remig,  A  cikàdori  apàt.ii'uj  tôrlénete  [Histoire  de 
l'abbaye  de  C],  Pécs,  1894. 

J.  Szalay. 

CILENOS,  ou  Celenos.  ancien  évêché  espagnol, 
auquel  succéda  celui  d'Iria-Compostelle.  Cilenos  était 
la  capitale  des  Cileni  et  appartenait  au  ronventus  juri- 
dique de  Lugo.  Ptolémée,  dans  ses  Tables,  l'appelle 
Aquas  callidas  et,  dans  V  Itinerarium  d'Antonin,  elle 
ligure  sous  le  nom  d'Aqiiae  celenae.  Dans  le  Tiidense 
Tuy),  elle  paraît  sous  le  nom  de  Culdas  de  Rege;  on 
peut  affirmer  qu'elle  se  trouvait  sur  l'emplacement  de 
l'actuel  Caldas  de  Rey.  L'existence  du  dioc.  de  C.  est 
prouvée  par  les  témoignages  du  i"  concile  de  Tolède  et 
de  IsPChronique  d'Idace  (v.  infra).  D'autre  part,  les  af- 
firmations à  son  sujet  que  renferme  la  Divisio  ou  Hi- 
talio  Wambae  et  le  II''  concile  d'Oviedo  manquent  ab- 
solument de  fondement.  Dans  le  prologue  du  I"  concile 
de  Tolède,  on  lit  :  De  Gallecia,  Liieensis  conveiilus,  mu- 
nicipii  Cetenis  (Coll.  max.,  ii,  13U,  n.  1);  bien  que  ce 
texte  ne  soit  pas  fort  clair,  et  malgré  les  variantes 
qu'offrent  les  manuscrits,  il  prouve  cependant  l'assis- 
tance au  concile  de  l'évêque  de  Cilenos;  en  outre,  dans 
un  de  ses  décrets,  il  ordonne  :  Fratri  uutem  nostro  Or- 
tigio  ecclesias  de  quibus  pulsus  fuerat,  prenuniiamus 
esse  reddendas  (Coll.  max.,  ii,  138,  n.  49);  l'évêque  Or- 
tigius  dont  il  est  question  signe  aussi  les  actes  du  con- 
cile {ibid.,  134,  n.  22).  Or  Idace,  contemporain  des  évé- 
nements (390-468)  (Chronique,  l.  c.),  identifie  cet  Or- 
tigius  avec  l'évêque  de  Cilenos  :  Communicante  in 
eodem  concilio  (Tolède,  I)  Ortigio  episcopo,  qui  Caelenis 
fuerat  ordinatus...  Agentibus  priscillianistis  pro  flde 
calholica  pulsus  factionihus  exulabal.  En  outre,  Idace 
signale  encore,  quoique  indirectement,  un  autre  évêque 
de  Cilenos  :  In  conventu  Lucensi  contra  voluntatem 
Agrestii  Lucensis  episcopi,  Pastor  et  Siagrius  episcopi 
ordinantur.  Or,  dans  le  conventus  juridique  de  Lugo,  il 
n'existait  que  deux  évêchés  :  Lugo  et  Cilenos.  Vers  le 
milieu  du  vi«  s.,  le  siège  de  Cilenos  fut  transféré  à  Iria 
(v.  infra). 

Idace,  Chronique,  ad  a.  V  Arcadii  et  Honorii,  P.  L.,  li,  876. 
—  Pauly-Wissowa,  m,  2544,  au  mot  Citeni.  —  Flôrez,  vi, 
65-72;  XIX,  9-12,  50-52.  —  Gard.  Aguirre,  Coll.  max.,  ii, 
130,  134,  138.  —  A.  de  Morales,  Hist.  gen.  de  Espana, 
Madrid,  1791,  ii,  182,  629;  v,  401,  615.  —  N.  Peinado, 
Toponimia  galaico-romana,  dans  Bol.  de  la  Comisiôn  de 
monumentos  de  Lugo,  m,  1947-49,  p.  319-25. 

F.  PÉREZ. 

CILIBIENSIS  (Ecclesia),  évêché  d'Afrique, 
connu  par  son  titulaire  donatiste  de  411,  Tertullus, 
episcopus  Cilibiensis  (Gesta  coll.  Cartli.,  i,  206;  P.  L., 
XI,  1343;  Mansi,  iv,  156),  et  par  un  des  souscripteurs  du 
synode  carthaginois  de  525,  Restilutus,  episcopus  plebis 
Cilibiensis  (Hardouin,  Coll.  conc,  ii,  1082;  Mansi,  viii, 
648).  On  s'entend  pour  reconnaître  dans  le  loannes, 
gratta  Dei  episcopus  sancte  ecclesie  Elibiensis,  du  con- 
cile général  de  646  (Hardouin,  op.  cit.,  m,  749;  Mansi, 
X,  939),  un  détenteur  de  la  même  juridiction.  C'est  ce 
qui  permet  de  situer  ce  siège  en  Proconsulaire.  Mais  il 
n'est  pas  possible,  dans  l'état  actuel  de  nos  connais- 
sances, de  lui  assigner  une  localisation  plus  précise,  par 
ex.  à  Henchir  Kelbia  {Atl.  arch.,  fol.  29,  Grombalia, 
131),  comme  l'ont  supposé  Wilmanns  (C.  /.  L.,  viii, 
120)  et,  après  lui,  Tissot(Géoirr.,  II,  142),  Diehl  {L'Afri- 
que byzantine,  Paris,  1896,  p.  270),  Toulotte,  Mes- 
nage  et  M.  L.  Poinssot  (Reu.  tunis.,  1940,  p.  48, 
note  12). 

Morcelli,  i,  rxxvi,  p.  116  et  clxxx,  p.  139.  • —  Not. 
dign.,  annot.,  p.  640.  —  Guérin,  Voyage  en  Tunisie,  ii, 
Paris,  203.  —  (iams,  465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens 
évêchés  de  l'Afr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886, 
p.  86;  Trésor  de  clironologie,  Paris,  1889,  p.  1868.  —  Mgr 
Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr.  chrél.,  Proconsulaire,  xxxviii, 
Rennes-Paris,  1892,  p.  163-64.  — •  Dessau,  dans  Pauly- 
Wissowa,  aux  mots  Cilibia  et  Chidibbia.  —  Thes.  ling.  lat.. 


831 


CILIBIENSIS 


—  CIMIEZ 


832 


Onomasticon,  u,  au  mot  Cilibiensis.  —  P.  Mosnage,  L'Afr. 
chrét.,  Paris,  1912,  p.  93. 

J.  Ferron. 

CILLIUM,  ou  CAlium,  cite  de  Byzacène,  située 
sur  celle  des  deux  voies  Sufetula-Théveste  qui  passait 
par  Menegere  (Henchir-Bou-Taba),  à  25  milles  du 
point  de  départ  et  50  de  celui  d'arrivée  {Itinerarium 
Anionini,  éd.  Wesseling,  54;  éd.  Parthey  et  Pinder,  24; 
cf.  A.  Winkler,  Les  voies  romaines  de  Sufetula  à  Thé- 
veste,  dans  Rev.  tunis.,  1899,  p.  161-63;  Lespinasse- 
Langeac,  Exploration  archéol.  dans  ta  région  sud-est  de 
Sbeitla,  dans  Bull,  du  Comité,  1893,  p.  i 70-81).  Après 
avoir  peut-être  dépendu  de  Théveste  à  titre  de  viens, 
pagus  ou  castellum,  elle  fut  élevée  au  rang  de  muflicipe 
{Bull,  du  Comité,  1901,  p.  117-18);  à  une  date  qu'il  n'a 
pas  encore  été  possible  de  déterminer,  mais  dont 
M.  L.  Poinssot  (ibid.,  1934-35,  p.  177-82)  a  réussi  à  éta- 
blir les  limites  extrêmes,  entre  le  début  du  règne  de 
l'empereur  Macrin  et  la  fm  de  celui  de  Probus,  le  Mn- 
nicipium  Citlitanum  devint  la  Colonia  Flavia  Ciltium 
(C.  1.  L.,  vm,  210,  2568,  18055);  ses  habitants  étaient 
inscrits  dans  la  tribu  Papiria,  et  non  dans  la  Quirina, 
comme  le  demanderait  son  gentilice;  des  Cillitani  fi- 
gurent au  milieu  du  ii«  s.  parmi  les  soldats  de  la  Le- 
gio  III  Augusia  (R.  Gagnât,  Armée  romaine  d'Afrique, 
2«  éd.,  Paris,  1912,  p.  292-93,  297). 

La  cité  occupait  l'emplacement  de  l'actuelle  Kasse- 
rine,  «  située  sur  le  versant  septentrional  d'une  colline 
qui  domine  la  rive  droite  de  l'oued  Dherb  et  que  défen- 
dent, à  l'Ouest  et  à  l'Est,  deux  profonds  ravins  »; 
l'agglomération  arabe  a  tiré  son  nom  des  deux  for- 
tins (?)  byzantins,  dont  les  ruines  sont  encore  visibles 
sur  des  promontoires  escarpés  dominant  la  rivière.  Les 
noms  de  deux  familles  importantes  de  la  ville,  les  Flavii 
et  les  Petronii,  nous  ont  été  conservés  par  les  mauso- 
lées élevés  sur  leurs  tombeaux. 

Nous  savons  peu  de  chose  de  l'histoire  de  l'antique 
Gillium.  Elle  eut  à  souffrir,  en  311,  de  la  vengeance 
exercée  par  Maxence  sur  les  villes  d'Afrique  (S.  Aure- 
lius  Victor,  De  Caesaribus,  xl,  19);  c'est  ce  dont  semble 
témoigner  l'inscription  de  l'arc  triomphal  de  Q.  Man- 
lius  Félix  (C.  /.  L.,  viii,  33).  En  544,  le  général  byzan- 
tin Solomon  fut  trahi  par  son  armée  dans  la  plaine  de 
Gillium  et  périt  au  cours  de  la  retraite  (voir  les  sources 
dans  Gh.  Diehl,  Afrique  byzantine,  Paris,  1896,  p.  343). 

Le  christianisme  ne  trahit  sa  présence  à  Gillium  qu'à 
partir  de  41 1.  Deux  évêques  y  siègent  alors  l'un  en  face 
de  l'autre,  un  catholique  nommé  Tertiolus  (Gesta  coll. 
Carth.,  I,  128;  P.  L.,  xi,  1294;  Mansi,  iv,  104  A  et 
138  B),  et  un  donatiste,  comme  l'indique  son  nom  de 
Donat  (Gesta  coll.  Carth.,  i,  128,  133,  187;  P.  L.,  xi, 
1294,  1304,  1328),  dont  les  prétentions  s'étendaient 
également  au  territoire  de  Vegesela  (v.  ce  mot).  En 
484,  l'Ordinaire  du  lieu  s'appelle  Fortunatianus;  il 
vient  le  64«  sur  la  liste  de  la  Byzacène  (Notilia  afri- 
cana,  Byzacena,  64  ;  Victor  de  Vite,  éd.  Petschenig,  126; 
P.  L.,  Lviii,  272,  326);  il  connut  probablement  le  sort 
de  la  majorité  des  évêques  venus  à  Garthage  sur  la 
convocation  d'Hunéric.  Après  l'invasion  arabe,  il 
existe  encore  en  Byzacène  un  évèché  désigné  par  la 
liste  épiscopale  d'Oxford  (P.  Mesnage,  Le  christianisme 
en  Afrique,  déclin  et  extension,  Alger-Paris,  1915,  p. 
181)  sous  le  nom  de  KîXecos;  c'est  peut-être  celui  de 
Gillium  ;  il  subsistait  encore  à  la  fin  du  ix«  s.,  d'après  la 
liste  de  Léon  le  Sage  (ibid.,  p.  188). 

Une  église  a  été  exhumée  sur  l'emplacement  de  la 
ville  antique;  elle  date  de  l'époque  byzantine,  pro- 
bablement de  Justinien;  les  tympans  circulaires  des 
portes  sont  décorés  de  sculptures  qui  représentent  des 
paons  en  train  de  boire  dans  un  calice.  —  On  a  re- 
trouvé également  un  cimetière  entre  la  colline  et  la 
rive  gauche  de  la  rivière. 

C'est  aux  vi^-vn"  s.  que  remontent  les  vestiges  chré- 


[  tiens  qui  ont  attiré  l'attention  sur  le  pays  de  Kasse- 
I  rine,  il  y  a  soixante-dix  ans  :  des  carreaux  de  terre  cuite 
découverts  à  4  km.  au  nord  de  l'antique  cité  (Bull,  de 
la  Soc.  nat.  des  antiq.  de  France,  1884,  p.  170-73,  avec 
2  fig.;  Bull,  di  arch.  crist.,  1884-85,  p.  53-54,  pl.  m; 
Bull,  du  Comité,  1885,  p.  327,  pl.  viii;  Rev.  arch.,  1888, 
I,  p.  303-22,  fig.  13,  16,  29,  31  et  35;  Cal.  du  Musée 
Alaoui,  Paris,  1897,  p.  208,  1.  2;  p.  209,  1.  7,  10,  11; 
p.  212, 1.  37;  û.  A.  C.  L.,  ii,  1910,  col.  2178-89).  Ils  sont 
actuellement  dispersés  et  distribués  entre  le  musée  du 
Bardo,  celui  de  Garthage,  celui  de  Gonstantine,  le  Lou- 
vre et  plusieurs  collections  particulières  de  Tunisie  ou 
de  France.  On  y  voit  représentés  des  scènes  de  l'A. 
T.,  comme  le  sacrifice  d'Abraham,  peut-être  le  rejet  de 
Jonas  par  le  monstre  marin;  des  rosaces  encadrées  par 
la  légende  :  SCT  MARIA  AJUBA  NOS;  un  cerf  entre 
quatre  rosettes;  un  lion  devant  un  palmier;  deux  paons 
alïrontés  en  train  de  boire  dans  un  calice. 

I      C.  /.  L.,  VIII,  33-40,  925,  1178-80,  2084-87,  2353-54.  — 
;   Morcelli,  i,  CLXXXi,  p.  139-40.  —  Nol.  dign.,  ii,  annot., 
i   p.  623,  625,  648.  —  Guérin,  Voyage  arch.,  i,  Paris,  1862, 
.  p.  310-27.  —  Gams,  465.  —  R.  Gagnât,  Explorations  arch. 
•  en  Tunisie,  m,  Paris,  1886,  p.  58-63  (dans  Arch.  des  miss., 
XII,  160-65).  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés  de  l'Ajr. 
sept.,  dans  Bull,  de  rorr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  82.  —  H.  Sala- 
;   din.  Rapport  sur  les  miss,  en  Tuni.iie,  dans  Arch.  des  miss., 
i  xiir,  IIP  série,  1887,  p.  155-65.  —  F.  Bucheler,  Anthologia 
[   latina,  p.  11,  fol.  2,  Leipzig,  1887,  1552.  —  Gagnât  et  Sala- 
diii.  Tour  du  monde,  lu,  p.  219  sq.  —  Gh.  Tissot,  Géogr. 
comparée,  ii,  Paris,  1888,  p.  636-42.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr. 
1  de  l'Afr.  chrél.,  Byzacène,  Montreuil-sur-Mer,  1894,  xxxvi, 
p.  80-83.  —  Dessau,  dans  Pauly-VVissowa,  m,  2545,  au 
j  mot  Cillium.  —  Ch.  Diehl,  Afrique  byzantine,  Paris,  1896, 
'  p.  293-94,  343,  415-16,  421,  426;  et  dans  Nouv.  arch.  des 
l  miss.,  IV,  p.  410  sq.  —  Toutain,  Cités  romaines  de  Tunisie, 
Paris,  1896,  p.  61-62,  105,  191,  316-19,  364.  —  Enquête 
sur  les  installations  hydrauliques  rom.,  i,  Paris,  1901,  p.  331. 
—  Dr  Carton,  Chronique  d'arch.  nord-afr.,  dans  Rev.  tunis., 
1903,  p.  143-44.  —  Bertholon,  Hellénisme  des  inscriptions 
populaires  et  de  l'onomastique  afr.,  ibid.,  1905,  p.  444.  - — 
Merlin,  dans  Bull,  de  Sousse,  1908,  p.  50,  n.  3;  p.  51,  n.  6; 
p.  57,  n.  19;  p.  58,  n.  21;  p.  128,  n.  41;  et  dans  Bull,  de  la 
Soc.  nat.  des  antiq.  de  Frojice,  1908,  p.  150-52,  ng.  —  L. 
Salle,  Cillium  (Colonia  Cillitana,  Kasrin),  dans  Bull,  de 
Sousse,  1909,  p.  44-48.  —  Thes.  ling.  lat.,  Onomasticon,  u, 
au  mot  Cillium.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912, 
p.  91-92.  —  Ed.  Fresfield,  Cellae  trichorae,  1913,  p.  114, 
121.  —  P.  Gauckler,  Basiliques  chrét.  de  Tunisie,  Paris, 
1913,  pl.  xxvii.  —  Cagnat-Merlin-Châtelain,  Inscr.  lat. 
d'Afr.,  Paris,  1923,  p.  36,  n.  112,  113.  —  Atlas  arch.,  II"  sé- 
rie, 3«  livr.,  Paris,  1926,  fol.  XLVii,  n.  92.  —  H.  Leclercq, 
dans  D.  A.  C.  L.,  viii,  1927,  col.  686,  au  mot  Kasrin.  — 
Bull,  du  comité,  1891,  p.  202,  203;  1894,  p.  263-64,  327,  328, 
330-34;  189.5,  p.  323-25;  1900,  p.  cxxv;  1901,  p.  cxliii; 
1908,  p.  ccvi;  1912,  p.  ccxi-ccxii;  1915,  p.  clxxv-clxxvi ; 
1   1916,  p.  CL-CLi,  ccxi;  1917,  p.  ccxxiv;  1928-29,  p.  89-90, 
1  395;  1930-31,  p.  259-60;  1932-33,  p.  247-48;  1934-35,  p.  378; 
j  1936-37,  p.  55-57;  1938-40,  p.  399-400;  févr.  1945  (extrait 

des  procès- verbaux),  p.  xviii-xix;  juin  1946,  p.  xxii. 
I  J.  Ferron. 

Cl  M  A  (Pierre  de).  Frère  mineur,  il  fut  nommé 
'  évêque  d'Elne  le  28  avr.  1371,  mais  tarda  à  recevoir  la 
consécration  épiscopale  suivant  une  faveur  pontificale 
;  accordée  le  24  août.  Il  dota  de  statuts  son  Église  en 
j   1373  et  assista  par  procureur  au  concile  de  Narbonne 
en  1374.  De  nouveaux  statuts  diocésains  furent  rédi- 
i  gés  en  1375.  En  vertu  d'un  compromis  passé  en  1376, 
;  les  consuls  de  Perpignan  payèrent  5755  florins  d'or 
pour  compenser  les  torts  occasionnés  au  prédécesseur 
j  de  Pierre  de  Gima.  Le  7  août  1377,  Grégoire  XI  le  trans- 
;  féra  à  Majorque,  où  il  mourut  le  25  avr.  1390. 

Eubel,  Bull,  franc,  vi,  Rome,  1902,  n.  1118  et  1488.  — 
Puiggari,  Catal.  biogr.  des  évêques  d'Elne,  Perpignan,  1842, 
p.  63-64. 

G.  MOLLAT. 

j  CIMIEZ.  Située  sur  une  hauteur  qui  domine  la 
I  rive  droite  du  Paillon,  Cimiez  fait  partie  de  nos  jours 


833 


CIMIEZ 


—  CINGOLI 


834 


de  la  commune  de  Nice  (Alpes-Maritimes).  Au  début 
de  l'ère  chrétienne,  cette  agglomération  était  chef-lieu 
de  la  province  romaine  des  Alpes  maritimes  (Cemene- 
lum,  Cemelum).  Tandis  qu'en  314  (concile  d'Arles)  le 
christianisme  apparaît  comme  fortement  implanté  à 
Nice  —  et  cela  en  raison  de  la  position  géographique  de 
ce  port  —  Cimiez  ne  devint  un  centre  religieux  que  pen- 
dant le  siècle  suivant.  Son  rang  de  civitas  Romana  lui 
conféra  toutefois  le  droit  de  devenir  ville  épiscopale. 
Deux  de  ses  évêques  sont  connus  :  Valerianus,  qui  sié- 
gea au  concile  de  Riez  (439)  et  de  Vaison  (442)  et  signa 
les  lettres  arlésiennes  de  450  et  451,  et  Magnus,  qui  se 
fit  représenter  au  concile  d'Arles  en  554,  comme  epis- 
copus  Cemelensis,  et  à  celui  d'Orléans  en  549,  comme 
episcopus  Cemelensis  et  Niciensis.  De  fait,  lors  de  la 
querelle  des  métropoles  provençales,  sous  le  pontificat 
de  Léon  le  Grand  (440-61),  Cimiez  avait  pris  fait  et 
cause  pour  Arles,  alors  que  Nice,  colonie  de  Marseille, 
s'était  rangée  aux  côtés  d'Aix,  héritière  de  la  juridic- 
tion marseillaise.  La  lutte  avait  été  vive.  En  463-66,  le 
pape  Hilaire,  confirmant  les  décisions  de  son  prédéces- 
seur que  dans  un  premier  temps  il  avait  rapportées, 
avait  réuni  les  évéchés  de  Cimiez  et  de  Nice.  Un  seul 
évêque  restait  désormais  titulaire  des  deux  sièges,  qui 
relèverait  de  l'archevêché  d'Embrun. 

Au  cours  des  siècles  suivants,  en  raison  de  l'impor- 
tance commerciale  de  Nice,  les  évêques  fixèrent  leur 
résidence  dans  cette  ville  et  délaissèrent  Cimiez.  Tou- 
tefois, jusqu'au  xi«  s.,  ils  restèrent  titulaires  des  deux 
sièges,  et  ce  ne  sera  qu'au  début  du  xii«  s.  que  le  mot 
de  Cimiez  disparaîtra  définitivement  de  leur  titre.  De 
même  la  cathédrale  de  Cimiez  ne  sera  déchue  de  sa  di- 
gnité d'église  cathédrale  qu'à  la  fin  du  xi"  s.,  époque  à 
laquelle  elle  sera  intégrée  à  l'honor  du  monastère  de 
S. -Pons  (Nice)  et  deviendra  un  prieuré  de  cette 
abbaye. 

P.  Gioffredo,  La  cité  de  Nice,  trad.  de  H.  Sappia  et  A.-J. 
Rance  Bourrey,  Nice-Paris,  1912,  p.  4-10,  20-48.  —  L. 
Duchesne,  La  «  civitas  Rigomagensium  »  et  l'évêché  de  Nice, 
dans  Mém.  de  la  Soc.  nal.  des  antiquaires  de  France,  XLiii, 
1882,  p.  36-46.  —  Duchesne,  i,  285-86.  —  E.-Ch.  Babut, 
Le  concile  de  Turin...,  Paris,  1904,  p.  286-300.  —  R.  La- 
touche,  Nice  et  Cimiez  (V'-XI'  s.),  dans  Mélanges  F.Lot, 
Paris,  1925,  p.  331-58  [compte  rendu  de  G.  Doublet,  dans 
Nice  liislorique,  xxix,  1926,  p.  94-104],  que  reproduit  le 
D.  A.  C.  L.,  XII,  1170-78.  —  G.  Doublet,  Les  reliquaires 
de  l'église  de  Cimiez,  dans  Nice  historique,  xv,  1913, 
p.  253-65. 

M.-H.  Laurent. 
CIMMERIS.  Voir  Antandrus,  m,  511. 

CINCARI,  ancienne  ville  d'Afrique,  connue  par 
les  seuls  documents  ecclésiastiques  et  révélée  comme 
municipe  de  la  Proconsulaire  par  une  inscription  du 
iiV  s.,  apportée  de  Bordj  Toum  et  conservée  au  musée 
Lavigerie  de  Carthage  (C.  I.  L.,  viii,  14769);  il  faut, 
semble-t-il,  l'identifier,  à  la  suite  de  Cagnat  (L'empla- 
cement de  la  ville  africaine  de  Cincari,  dans  Mém.  de  la 
Soc.  nal.  des  antiq.  de  France,  lix,  1898,  p.  224-27), 
avec  l'Henchir-Toungar,  à  10  km.  au  sud-ouest  de  Te- 
bourba  (Bull,  des  anliq.,  1900,  p.  91  ;  Mélanges  de  l'École 
de  Rome,  1901,  p.  222).  L.  Poinssot  (Bull,  du  Comité, 
1930-31,  p.  216-17;  spécialement  note  2,  p.  216)  place 
le  centre  urbain  sur  l'oued  Channgoura  également, 
mais  un  peu  plus  près  de  son  confluent  avec  la  Med- 
jerda,  au  nord  du  marabout  de  Sidi-Soumiat;  il  pense 
que  la  rivière  porte  le  nom  de  la  cité  antique  (Reu, 
tunis.,  1940,  p.  48,  note  12). 

C'était  un  évêché  à  la  fois  catholique  et  donatiste  en 
411;  un  Restilulus,  episcopus  plebis  Cincaritanae,  siège 
en  face  du  schismatique  Campanus  (Gesta  coll.  Carlh., 
I,  133,  188;  P.  L.,  xi,  1308-09;  xMansi,  iv,  142  A).  Une 
épitaphe  chrétienne  du  musée  de  Carthage  (R.  Cagnat, 
Explorations  en  Tunisie,  fasc.  1,  1883,  p.  87,  n.  235, 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


extr.  des  Arch.  des  miss,  scient,  et  litt.,  II série,  ix, 
1882,  p.  143)  provient  de  l'Henchir-Toungar. 

Morcelli,  i,  clxxxii,  p.  140.  —  Not.  dign.,  n,  annot., 
i  p.  648.  — •  Gams,  465.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêctiés 
[  de  VAfr.  sept.,  dans  Bull,  de  corr.  ajr.,  Alger,  1886,  p.  86; 
Trésor  de  chronologie,  Paris,  1889,  p.  1868.  —  Ch.  Tissot, 
Géogr.  comparée,  ii,  Paris,  1888,  p.  290-91.  —  Mgr  Toulotte, 
Géogr.  de  l'Afr.  chrét..  Proconsulaire,  Rennes-Paris,  1892, 
XXXIX,  p.  164-65.  —  Thes.  ling.  lat.,  Onomasticon,  u,  au 
mot  Cincaritanus.  —  P.  Mesnage,  L'Afr.  chrét.,  Paris,  1912, 
p.  162-63.  —  Atlas  arch.,  Paris,  1902,  fol.  xix,  Tebourba, 
n.  127  (et  non  122,  comme  l'indique  le  texte  de  l'Atlas). 

J.  Ferron. 

CINCINNATI,  archevêché  des  États-Unis,  dans 
l'État  d'Ohio.  C'est  à  Somerset  que  la  première  église 
fut  inaugurée,  le  0  déc.  1818,  par  le  P.  Edward  D.  Fen- 
wick,  qui  avait  évangélisé  le  Kentucky,  et  le  P.  Nicho- 
las  D.  Young,  tous  deux  dominicains.  Lorsque,  peu 
après,  les  évêques  de  Bardstown  et  de  Louisiane  priè- 
rent l'archevêque  de  Baltimore,  A.  Maréchal,  de  de- 
mander l'érection  de  deux  nouveaux  évêchés,  l'un  à 
Détroit,  l'autre  sur  l'Ohio,  la  Propagande  créa  (19  juin 
1821)  le  diocèse  de  Cincinnati,  comme  suffragant  de 
Baltimore;  le  P.  E.  Fenwick  en  devenait  le  premier 
évêque.  Dans  les  années  1840-50,  le  nombre  des  catho- 
liques ayant  augmenté  dans  des  proportions  très  con- 
sidérables, par  suite  de  l'immigration  d'Irlandais  et 
d'Allemands,  il  fallut  songer  à  multiplier  les  diocèses. 
Le  "VII«  concile  provincial,  tenu  à  Baltimore  en  1849, 
demanda  l'érection  de  nouveaux  sièges  métropoli- 
tains à  La  Nouvelle-Orléans,  à  Cincinnati  et  à  New- 
York.  Le  19  juin.  1850,  Cincinnati  devenait  ainsi  ar- 
chevêché, avec,  comme  sufTragants  :  Louisville  (1841, 
jadis  Bardstown,  1808),  Détroit  (1833),  Vincennes 
(1834,  devenu  Indianapolis,  1898),  Nashville  (1837)  et 
Cleveland  (1847),  auxquels  furent  joints,  dans  la  suite, 
Covington  (1853),  Fort  Wayne(1857),Columbus(1868), 
Grand  Rapids  (1882)  et  Toledo  (1910).  En  1937,  Dé- 
troit et  Grand  Rapids  en  furent  détachés  pour  former 
la  nouvelle  province  de  Détroit;  Louisville,  Covington 
et  Nashville,  pour  former  celle  de  Louisville.  A  l'heure 
actuelle,  l'archevêché  de  Cincinnati  a  pour  sulïra- 
gants  :  Cleveland  (1847),  Golumbus  (1868),  Toledo 
(1910),  Youngstown  (1943)  et  Steubenville  (1944). 

Évêques  et  archevêques.  —  1.  Edward  D.  Fenwick, 
O.  P.,  sacré  le  13  janv.  1822,  t  26  sept.  1832.  —  2.  John 
B.  Purcell,  sacré  le  13  oct.  1833;  archev.,  19  juill.  1850; 
î  4  juill.  1883.  —  3.  William  H.  Elder,  sacré  év.  de  Nat- 
chez  le  3  mai  1857;  coadj.  de  Purcell,  30  janv.  1880;  lui 
succède  à  sa  mort;  f  31  oct.  1904.  —  4.  Henry  Moeller, 
sacré  év.  de  Golumbus  le  25  août  1900;  coadj.  de  Elder, 
27  avr.  1903;  lui  succède  à  sa  mort;  f  5  janv.  1925.  — 
5.  John  T.  McNicholas,  O.  P.,  sacré  év.  de  Duluth  le 
8  sept.  1918;  transf.  à  Indianapolis,  18  mai  1925;  à  Cin- 
cinnati, 8  juill.  1925;  f  22  avr.  1950.  —  6.  Charles  J. 
Aller,  sacré  év.  de  Toledo  le  17  juin  1931;  transf.  19 
déc.  1950. 

J.  H.  Lamott,  Hist.  of  the  archdiocese  of  Cincinnati  (1821- 
1921),  New-York,  1921.  —  J.  H.  O'Donnell,  The  cath. 
hierarchy  of  tlie  U.-St.,  Washington,  1922,  p.  95-98.  —  D.  C. 
Shearer,  Pontificia  americana,  Washington,  1933,  p.  110-13, 
297-301,  317-19.  —  Enc.  catt.,  m,  1671-72.  —  Cath.  Enc, 
m,  773-76;  suppl.,  205-06.  —  Cath.  directory,  1950,  p.  48-57. 

É.  Van  Cauwenbergh. 

CINGOLI,  Cingulum,  petite  ville  de  la  province 
de  Macerata  (Italie),  qui,  d'après  César,  fut  fondée  ou 
restaurée  par  T.  Labienus  (De  bello  civ.,  I,  5).  Elle  de- 
vint très  tôt  siège  d'un  évêché  (Pauly-Wissowa,  ii, 
2561).  On  ignore  à  quel  moment  elle  perdit  cette  di- 
gnité, mais,  au  xi«  s.,  elle  était  soumise  à  Osiino  (Auxi- 
mum).  Benoît  XIII,  en  1725,  permit  aux  évêques 
d'Osimo  d'unir  à  leur  titre  celui  de  Cingoli. 

La  liste  des  évêques  est  mal  précisée.  Par  la  Vita  S. 
Exuperaniii  {B.  H.  L.,  2808),  nous  connaissons  Théo- 

H.  —  XII.  —  27  — 


835  CINGOLl  - 

dore,  S.  Exupérance,  Formarius.  Ce  document,  cepen- 
dant, ne  mérite  pas  toute  créance,  car  il  fait  d' Exupé- 
rance un  évêque  de  Cingoli  sous  le  pape  Pascasius;  or 
Pascal  l"  fut  Souverain  pontife  de  817  à  824.  Le  seul 
nom  qui  nous  soit  parvenu  après  Formarius  est  celui 
de  Julien,  qui  accompagna  le  pape  Vigile  à  Constan- 
tinople,  en  553. 

Le  monument  principal  de  Cingoli  est  l'église  S.- 
Exupérance,  de  l'époque  romano-gothique.  Elle  pos- 
sède un  très  riche  portail  (1295).  Dans  les  environs  de 
Cingoli  se  trouvaient  deux  églises  collégiales:  Ste-Marie 
de  Trovignano  et  S. -Sauveur  de  Colleblanco.  Celle-ci 
appartint  d'abord  aux  chanoines  réguliers  de  S. -Au- 
gustin, mais  fut  réduite  en  comniende  sous  le  titre  de 
S. -Sauveur  et  des  IV-SS. -Couronnés.  —  Il  y  avait  en 
outre  une  abbaye  de  bénédicLins,  S. -Victor  de  Arcione 
(Arzono),  qui  existait  déjà  avant  1068.  Soumise  immé- 
diatement au  S. -Siège,  elle  eut  d'abord  des  abbés  régu- 
liers, puis  des  commendataires.  Elle  fut  détruite  entiè- 
rement. —  Signalons  encore  deux  monastères  de  mo- 
niales: Ste-Catherine,  fondée  par  les  bénédictines  à 
Colle-de-Luce,  vers  850,  et  occupée  plus  tard  par  les 
cisterciennes;  S. -Michel,  abbaye  de  bénédictines,  qui 
fut  restaurée  en  1265  par  Ste  Sperandia  (t  H  sept. 
1276)  et  porte  aujourd'hui  son  nom. 

Album  bened.,  1920,  p.  686.  —  O.  Avicenna,  Memorie 
délia  città  di  Cingoli,  1886.  —  Cappelletti,  vn,  435-607.  — 
Cottineau,  784.  —  Enc.  ital.,  x,  369.  —  Gams,  712.  —  Kehr, 
11.  pont.,  IV,  210.  —  Lanzoni,  389-90.  —  Mansi,  ix,  353-59. 
—  UghelJi,  X,  58. 

R.  Van  Doren. 
CINI  (GiACOMo),  évêque  de  Termoli.  Dominicain, 
connu  aussi  sous  le  nom  de  Giacomo  di  SanV  Andréa, 
Cini  naquit  à  Sienne,  vers  1312,  de  parents  peu  fortu- 
nés. Il  prit  l'habit  à  S.  Domenico  de  Camporeggio,  à 
Sienne,  en  1325-26.  Lecteur  à  Sienne  en  1341,  bachelier 
à  Rome  en  1344,  il  fut  envoyé  à  Florence,  en  1362,  pour 
y  lire  les  Sentences.  Le  24  mai  1364,  Urbain  V  chargea 
Pietro  Corsini,  évêque  de  Florence,  de  lui  conférer  la 
maîtrise  en  théologie.  Provincial  de  la  province  ro- 
maine de  1364  à  1368,  il  fut  placé  à  la  tête  du  diocèse 
de  Termoli  par  Grégoire  XI,  le  3  sept.  1372.  La  date 
exacte  de  sa  mort  ne  nous  est  point  connue.  On  la  place 
le  plus  communément  vers  1380.  Or  il  est  certain  que 
Cini  mourut  avant  le  7  déc.  1379,  puisque,  à  cette  date, 
le  Siennois  Domenico  Giardini  avait  été  promu  par 
LIrbain  VI  au  siège  de  Termoli,  ainsi  qu'en  fait  foi  une 
lettre  de  Francesco  Casini  à  la  commune  de  Sienne.  — 
Prédicateur,  Cini  a  composé  de  nombreux  sermons 
dont  le  nécrologe  de  San  Domenico  de  Sienne  nous  a 
conservé  le  souvenir.  On  lui  doit  aussi  un  commentaire 
sur  les  Sentences  (Sienne,  bibl.  comm.,  ms.  G.  V.  17) 
et  un  Alfabetum  super  libr.  Etymologiarum  S.  Isidori 
(Oxford,  Bodteien.  1800  [Digbij,  208]). 

Eubel,  I,  484.  —  A.  Garosi,  La  vila  e  l'opéra  di  Francesco 
Casini,  archiatro  di  sei  papi.  Sienne,  1936,  p.  57.  —  M.-H. 
Laurent,  /  necrolotji  di  S.  Domenico  in  Camporeggio,  Sienne, 
1937,  p.  10-12.  —  P.  Th.  Masetti,  Monumenla  et  antiquitales 
vet.  disciplinae  ord.  Praed.,  i,  Rome,  1864,  p.  331-35.  — 
Quétif-Échard,  i,  681-82.  —  UgheUi,  vni,  375. 

M.-H.  Laurent. 

CINNA  (Kfvva,  Kiva,  Krjva),  évêché  de  la  pro- 
vince de  Galatie  dépendant  d'Ancyre.  Cette  petite 
ville  a  été  identifiée  avec  le  village  de  Yarasli.  On  ne 
connaît  de  l'histoire  de  son  évêché  que  le  nom  d'une 
dizaine  de  ses  titulaires  grecs  :  Gorgonius  assista  au 
\"  concile  de  Nicée  (325)  (H.  Gelzer,  Patnim  nicaeno- 
rum  nomina,  Leipzig,  1898,  p.  66,  n.  147).  —  Philume- 
nus  prit  part  à  celui  d'Éphèse  (431)  (Mansi,  iv,  1368  B; 
VI,  874  A).  —  Acace  fut  un  des  Pères  du  concile  de 
Chalcédoine  (451)  {ibid.,  vi,  572  C,  945  A,  1092  D).  — 
Daniel  signa  la  lettre  des  évcqucs  de  sa  province  à 
l'empereur  Léon,  à  propos  du  meurtre  de  Proterius 


CIRCESIUM  83fi 

d'Alexandrie  (458)  (Mansi,  vu,  616  D).  — Amiantusfut 
en  relations  avec  S.  Théodore  le  Sicéote  (  Vila  S.  Theo- 
dori  Siceotae,  n.  65  ;  Th.  loannou,  Mvr||jEîa  âyioAoyiKà, 
Venise,  1884,  p.  421).  —  Platon  prit  part  au  VI«  concile 
œcuménique  (680)  (Mansi,  xi,  212  A,  648  C,  676  B).  — 
Synesius  assista  au  II«  concile  de  Nicée  (787)  (ibid., 
XII,  995  A,  1099  D).  —  Antoine  fut  un  des  membres 
du  concile  de  879  qui  réhabilita  Photius  (ibid.,  xvii- 
xviii,  377  A).  —  Le  siège  disparut  peut-être  dès  la  fin 
du  X  *  s.,  à  la  suite  de  la  première  invasion  turque. 

L'Église  romaine  a  conféré  assez  souvent  le  titre  de 
Cinna  depuis  deux  siècles  :  Claude-François  Reymond, 
M.  E.  P.,  12  févr.  1756-nov.  de  la  même  année,  vie. 
apost.  du  Su-Tchuen.  —  Guillaume  Maire,  1767-t  25 
juin.  1769,  vie.  apost.  du  district  septentrional  de  l'An- 
gleterre. —  Jean  Kossakowski,  ?-t  17  sept.  1781.  suf- 
fragant  en  Volhynie.  —  Antoine  Malinowski,  O.  P., 
23  sept.  1782-?,  sufTragant  de  Sambor  à  Mednik.  — 
Pierre  d'Alcantara  Jiménez,  26  nov.  1830-36.  —  Jo- 
seph Cybichowski,  12  juill.  1867-31  mars  1875,  suf- 
fragant  à  Gnesen.  —  Jules  Brugière,  laz.,  28  juill. 
1891-t  19  oct.  1906,  vie.  apost.  du  Tché-li  méridional. 
—  Charles  de  Jésus  Mejia,  2  sept.  1907-t  3  mai  1937, 
ancien  évêque  de  Tehuantepec.  —  Mathieu  Muciga  Ur- 
restarazu,  ancien  évêque  de  Vitoria,  12  oct.  1937. 

Le  Quien,  i,  483-84.  —  Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  xi 
481.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  391. 

R.  Janin. 

CINNABORiUM  (Kivvagobpiov,  Kivagcbpiov, 
Krjvaêcbpiov  KivvàgDpa),  évêché  de  la  Phrygie  Salu- 
taire I'''',  dépendant  de  Synnades.  L'identification  de 
cette  ville  n'est  pas  certaine,  mais  on  croit  générale- 
ment qu'il  faut  en  chercher  le  site  à  Geneli.  On  ne  lui 
connaît  que  deux  évêques  :  Otreius  fut  remplacé,  à  la 
signature  de  la  vi«  session  du  concile  de  Chalcédoine, 
par  son  métropolitain  Marcien  (Mansi,  vu,  164  C).  — 
Théophylacte  assista  au  II«  concile  de  Nicée  (787) 
(ibid.,  xii,  998  D,  1107  B;  xiii,  396  B). 

Le  titre  de  Cinnaborium  ne  semble  pas  encore  avoir 
été  conféré  dans  l'Église  romaine,  bien  qu'il  figure  sur 
la  liste  de  la  Consistoriale. 

Le  Quien,  i,  847-48.  —  W.  Ramsay,  Ciliés  and  bishoprics 
of  Phrggia,  Londres,  1897,  p.  748.  —  Ruge,  dans  Pauly- 
Wissowa,  XI  ',  481. 

R.  Janin. 

ClOCCHI  (Giovanni),  card.  del  Monte.  Voir 
Jules  III,  pape. 

ClOS,  évêché.  Voir  Cius. 

CIPPULUS  (Grégoire),  théologien  dominicain 
(xvii«=  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2513. 

CIRCESIUM  (KipKr|CTiov,  KEpKsaiov,  KEpKf|aiov, 
KipKrivCTiov,  KipKTiafa),  évêché  de  la  province  d'Os- 
rhoène,  dépendant  d'Édesse.  Le  site  de  cette  ville 
était  à  l'embouchure  du  Chabour  et  de  l'Euphrate.  En 
raison  de  cette  position  excellente,  il  y  eut  de  bonne 
heure  une  ville  du  temps  des  Assyriens.  Toutefois,  c'est 
Dioclétien  qui  l'organisa  sérieusement  et  en  fit  une 
place  forte  contre  les  Perses.  Justinien  la  reconstruisit 
et  augmenta  ses  fortifications  (De  aedif.,  ii,  6).  C'était 
le  siège  de  la  IV«  légion  parthique.  C'est  actuellement 
le  petit  village  de  Qarqisiya,  qui  conserve,  à  peine  al- 
térée, la  dénomination  primitive. 

On  ignore  quand  fut  fondé  l'évêché  de  Circesium.  Du 
moins  lui  connaît-on  un  certain  nombre  de  titulaires 
orthodoxes  et  de  monophysites.  Au  dire  de  Le  Quien 
(il,  977),  Jonas  aurait  assisté  au  I"  concile  de  Nicée 
(325),  mais  ce  nom  ne  figure  pas  dans  la  liste  authen- 
tique. —  Abrahamius  prit  part  au  concile  de  Chalcé- 
doine (451)  (Mansi,  vi,  945  A,  1085  C);  il  signa  aussi, 
en  458,  la  lettre  des  évêques  de  la  province  à  l'empe- 


CIRCESIUM 


—  CIRCONCE 


LLIONS   D'AFRIQUE  (LES) 


838 


reur  Léon  sur  le  meurtre  de  Proterius  d'Alexandrie 
(ibid,  VII,  553  B).  —  Davithas  fut  un  des  membres  du 
concile  réuni  en  536  par  le  patriarche  Ménas  (ibid., 
VIII,  878,  919  B,  950  B).  —  Thomas  prit  part  au  con- 
cile œcuménique  (553)  (ibid.,  ix,  176  D,  193  C,  393  A). 

Circesium  fut  un  centre  monophysite.  Dès  l'an  518, 
Noiinus  fut  expulsé  de  son  siège  par  l'empereur  Jus- 
tin I"  (Chronique  de  Michel  le  Syrien,  éd.  Chabot,  ii, 
172);  il  fut  aussi  un  représentant  de  son  Église  à  une 
conférence  entre  monophysites  et  orthodoxes,  à  Cons- 
tantinople,  en  532.  Michel  le  Syrien  donne  les  noms 
d'une  quinzaine  d'autres  évêques  monophysites  de  Cir- 
cesium. Jean  signa  une  lettre  collective  des  évêques  au 
métropolite  Jean  de  Mar  Mattai  en  684  (Michel  le  Sy- 
rien, op.  cit.,  II,  459).  —  Étienne  signa  la  réponse  de 
l'épiscopat  au  patriarche  intrus  Athanase  Sandalaya 
(752)  (ibid.,  516).  —  Jacques,  début  du  ix^  s.  (ibid.,  m, 
451).  —  Maqin,  après  Jacques  (ibid.,  452).  —  Cons- 
tantin, vers  830  (ibid.,  455).  —  Johannam,  vers  850 
(ibid,  456).  —  Aharon,  vers  860  (ibid.,  456).  —  Basile 
I",  vers  870  (ibid.,  457).  —  Abraham,  vers  880  (ibid., 
458).  —  Georges,  vers  890  (ibid.,  459).  —  Thomas,  vers 
895  (ibid.,  460).  —  Timothée  I",  vers  905  (ibid.,  461). 

—  Basile  II,  vers  920  (ibid.,  462).  —  Sévère,  vers  940 
(ibid.,  463).    -  Timothée  II,  vers  960  (ibid.,  465).  —  | 
Iwannios,  vers  1050  (ibid.,  471).  —  Circesium  possé- 
dait un  monastère  jacobite  ou  monophysite  (ibid.,  470). 

C'est  seulement  à  la  fin  du  xix''  s.  que  l'Église  ro- 
maine a  commencé  à  conférer  le  titre  de  Circesium  : 
Jean-Baptiste  Simon,  22  juin  1899-t  10  août  1899,  vie. 
apost.  de  Nankin.  —  Philémon  Cabanillas,  14  nov. 
1899-t  25  juin  1931,  auxiliaire  à  Cordoba.  —  Jean  Cu- 
velier,  rédemptoriste,  23  juill.  1931,  vie.  apost.  de  Ma- 
tadi. 

Le  Quien,  n,  977-80.  —  Weinbach,  dans  Pauly-Wissowa, 
XI     505-07.  —  MsyàXri  é^Xtivikti  ÉyKUKXoiraiSEla,  xiv,  455. 

—  Ann.  pont.,  1916,  p.  391. 

R.  Janin. 

C  IRC  IN  A.  Voir  Cercina. 

CIRCONCELLIONS,  hérétiques  allemands 
(xiiie  s.).  Voir  D.  T.  C,  ii,  2518-19;  L.  T.  K.,  u,  970. 

CIRCONCELLIONS  D'AFRIQUE  (LES), 

si  l'on  s'en  tient  à  l'étymologie  du  mot,  n'étaient 
que  des  <'  rôdeurs  de  celliers  et  poulaillers  ruraux  »; 
c'est  d'ailleurs  ce  qui  leur  avait  valu  leur  nom  : 
...vidus  sui  causa  cellas  circumiens  rusticanas,  unde  et 
circumcellionum  nomen  accepil  (S.  Augustin,  Contra 
Gaudentium,  I,  xxviii,  32;  éd.  Barreau,  xxix,  466; 
P.  L.,  xLiii,  725).  Les  polémistes  catholiques  et  les  his- 
toriens de  l'Afrique  chrétienne  en  ont  fait,  à  la  suite 
d'Optat  (De  schism.  donat.,  III,  iv;  éd.  Ellies  du  Pin, 
p.  60  sq.),  des  brigands  de  grands  chemins,  opérant 
sous  le  couvert  de  la  religion  et  qui  s'allièrent  aux  do- 
natistes  à  partir  de  347,  pour  répondre  à  l'appel  de 
Donat  de  Bagaï. 

P.  Monceaux  (Hist.  liit.  de  l'Afr.  chrél.,  iv,  Paris, 
1914,  p.  178  sq.)  s'écarte  à  peine  de  l'opinion  tradi- 
tionnelle, lorsqu'il  les  classe  (p.  180)  comme  «  ...des 
aventuriers  sans  feu  ni  lieu,  vivant  de  maraude,  ai- 
mant à  rôder  autour  des  fermes  et  des  celliers...,  des 
bandes  recrutées  dans  la  lie  de  la  population,  parmi  les 
mécontents  de  toute  race  et  de  toute  provenance,  indi- 
gènes ne  parlant  que  le  punique,  esclaves  fugitifs,  co- 
lons ruinés,  catholiques  excommuniés,  banqueroutiers, 
repris  de  justice,  sans  parler  des  naïfs  fanatiques  ». 
Pour  lui  cependant,  c'est  le  rassemblement  des  gens  en 
rupture  de  ban  avec  la  société,  et  non  des  détrous- 
seurs de  profession,  déguisés  en  défenseurs  de  la  reli- 
gion. 

C'est  aussi  l'avis  d'Odette  Vannier  (Les  circoncel- 
lions  et  leurs  rapports  avec  l'Église  donaliste  d'après  le  | 


texte  d'Optat,  dans  Rev.  afric,  1920,  p.  13-28);  mais  elle 
se  refuse  à  voir  dans  les  circoncellions  l'armée  et  la 
plèbe  du  donatisme.  Partant  de  ce  fait  que  les  écrits 
d'Optat  sont  tendancieux  et  ses  sources  d'informa- 
tion, tradition  orale,  sujettes  à  caution,  elle  se  livre  à 
une  analyse  critique  qui  l'amène  aux  conclusions  sui- 
vantes :  bien  loin  d'être  un  produit  du  donatisme,  les 
circoncellions,  jusqu'en  347,  sont  combattus  par  l'au- 
torité religieuse  des  partisans  du  schisme.  Ce  sont  des 
gens  révoltés  contre  l'ordre  social;  ils  ne  s'intéressent 
pas  spécialement  à  la  religion.  Ils  s'attaquent,  en  347, 
à  l'escorte  de  Paulus  et  de  Macarius,  envoyés  par  l'em- 
pereur Constant  pour  travailler  à  rétablir  l'unité  en 
Afrique,  parce  qu'ils  ont  entendu  dire  que  ceux-ci 
transportaient  des  trésors.  Le  tort  de  l'évêque  dona- 
tiste  de  Bagaï,  c'est  de  se  réjouir  de  cette  intervention 
et  de  favoriser  une  action  répondant  aux  intérêts  de 
son  parti.  Il  est  possible,  même,  qu'à  cette  occasion,  ou 
en  d'autres  circonstances,  il  y  ait  eu  une  véritable  col- 
laboration, passagère  et  fortuite,  entre  les  donatistes 
du  peuple  et  ces  fauteurs  de  troubles  sociaux,  contre 
le  gré  des  chefs  religieux  de  la  secte,  dont  la  passivité 
obligée  a  pu  souvent  être  prise  pour  une  entente.  C'est 
pourquoi  l'article  s'achève  sur  cette  réflexion  :  «  L'im- 
portance qu'on  attribue  aux  circoncellions  dans  les 
affaires  religieuses  nous  semble  donc  exagérée.  La  ré- 
volte des  circoncellions  est  un  épisode  de  la  décadence 
économique  de  l'Afrique  et  elle  devrait  avoir  sa  place 
dans  une  histoire  économique  de  cette  province,  bien 
plus  que  dans  son  histoire  religieuse.  » 

Tout  en  admettant  cette  conclusion,  Ch.  Saumagne 
(Ouvriers  agricoles  ou  rôdeurs  de  celliers?  Les  circoncel- 
lions d'Afrique,  dans  Annales  d'hist.  écon.  et  soc,  1934, 
p.  351-64)  démontre,  en  s'appuyant  sur  des  textes  juri- 
diques et  en  confrontant  les  sources  historiques  avec 
les  coutumes  actuelles  d'une  Afrique  qui  reproduit  de- 
puis des  millénaires  les  mêmes  façons  de  se  comporter, 
qu'il  ne  faut  pas  considérer  les  circoncellions  comme 
des  «  gens  hors  la  loi  »,  mais  qu'ils  sont  à  ranger  quelque 
part  dans  l'échelle  sociale,  bien  que  leur  manière  de 
vivre  ait  vite  découragé  tous  ceux  qui  avaient  projeté 
de  leur  donner  un  statut  juridique.  Ces  «  ruraux  qui  ne 
possèdent  pas  de  terres,  qu'on  rencontre  soit  sur  les 
routes  en  déplacement,  soit  auprès  des  fermes  qui  leur 
fournissent  de  quoi  subsister  et  où  l'édit  de  412  (Cod. 
Theod.,  1.  XVI,  tit.  v,  lex  52;  éd.  Mommsen  et  Meyer, 
leg.  3-9)  nous  les  montre  soumis  à  un  conductor  ou  à  un 
procurator,  quel  Africain  ne  les  reconnaît  »?  Ce  sont  les 
Bédouins,  nomades  et  ouvriers  agricoles.  «  Ils  vont  en 
troupes,  périodiquement,  remontant  du  Sud  aux  ré- 
coltes septennales  vers  le  Sahel  et  la  bienheureuse  Ifri- 
qiya.  Ils  apportaient  jadis  aux  moissons  de  la  Procon- 
sulaire le  concours  de  leurs  bras  et  de  leurs  faucilles.  Ils 
campent  aujourd'hui  aux  abords  des  fermes.  Les  chefs 
de  la  caravane  offrent  leurs  services  au  sédentaire.  Ils 
s'arrêtent  si  on  les  autorise  à  moissonner  un  champ.  Je 
les  ai  vus,  miséreux,  affamés,  envahir  d'autorité  un 
carré  d'orge  ou  de  fèves,  entasser  les  fruits  ou  les  ger- 
bes, et,  la  chose  accomplie,  menaçants,  exiger  du 
maître  le  juste  salaire.  Ceux  qu'aucune  entreprise  ne 
fixe  un  moment  abordent  les  villes;  les  femmes  et  les 
enfants  mendient  dans  les  rues,  et  quelques  dérègle- 
ments rémunérés  font  parfois  tomber  très  bas  leur  mi- 
sère errante.  »  De  temps  en  temps,  comme  aujourd'hui 
encore,  les  chefs  d'équipe,  ductores  turmarum,  enrichis 
par  leur  labeur,  se  fixaient  au  sol.  Mais  la  plupart  pré- 
fèrent la  vie  juridiquement  libre  du  nomadisme.  Ils 
sont  prêts  à  se  révolter  contre  toute  espèce  d'oppres- 
sion et,  en  particulier,  contre  l'emprise  de  tout  État 
qui,  comme  l'Empire  romain,  essaie  de  les  refréner  dans 
leurs  déplacements,  de  leur  imposer  des  impôts  ou 
d'empêcher  les  vols  qu'ils  commettent  par  besoin  ou 
par  occasion.  Dans  les  heures  de  disette  ou  de  crise,  éco- 


839         CIRCONCELLIONS  D'AFRIQUE  (LES)  —  CIRENCESTER  840 


nomique,  politique,  sociale  ou  religieuse,  ce  sont  des  i 
agents  de  propagande  tout  naturels,  disposés  à  se  faire  j 
les  instruments  actifs  de  toutes  les  espèces  de  revendi-  j 
cations,  pour  peu  qu'on  les  y  excite  dans  les  longues  | 
conversations  qui  suivent  les  travaux  de  la  journée  au- 
tour de  la  villa  dominica,  circum  cellas;  ils  reçoivent  les 
confidences  des  petites  gens  des  campagnes,  les  colpor- 
tent un  peu  partout  et  finissent  par  devenir,  passagè- 
rement et  fortuitement,  les  champions  d'une  cause  plus 
sociale  que  religieuse,  le  donatisme.  De  là,  les  noms 
qu'ils  reçoivent  pendant  cette  période  très  agitée  de 
l'histoire  d'Afrique  :  circoncelliones,  agonisiici,  duces 
sanctorum. 

Cette  thèse  de  M.  Ch.  Saumagne  nous  paraît  en  tout  i 
point  défendable  et  semble  bien  apporter  la  véritable 
solution  à  ce  problème  tant  débattu  de  la  nature  des 
circoncellions.  Cependant  elle  demande  encore  une  lé- 
gère mise  au  point.  L'auteur  voit  un  peu  trop  la  ques- 
tion à  travers  les  choses  de  Tunisie.  Ces  nomades  dont 
il  nous  parle,  il  faudrait  les  replacer  dans  leur  véritable 
cadre,  la  Numidie  et  l'Aurès.  Bien  des  détails  de  leur 
histoire,  et  spécialement  certains  actes  de  sauvagerie  I 
qui  leur  sont  imputables,  trouveraient  alors  leur  expli- 
cation toute  naturelle. 

C'est  en  souvenir  du  rôle  que  cette  classe  de  la  so- 
ciété numide  aura  joué  aux  iv<^-v«  s.  que  l'on  nommera  i 
également  circoncellions  les  moines  errants  et  vaga- 
bonds que  l'on  rencontrera  en  Afrique  et  en  Espagne 
au  vi«  s.  (Isidore  de  Séville,  De  eccles.  off.,  II,  xvi,  7). 

Pour  plus  de  détails  et  pour  la  bibliographie  des  sources 
et  des  ouvrages  les  plus  récents,  voir  :  F.  Martroye,  art. 
Circoncellions,  dans  D.  A.  C.  L.,  m,  1692-1710,  et  les  quel- 
ques nouveautés  citées  par  Ch.  Saumagne,  art.  cit.,  p.  351, 
note  1. 

J.  Ferron. 

CIRENCESTER  (Sainte-Marie),  abbaye  au- 
gustinienne.  Les  chanoines  réguliers  de  S. -Augustin  fu- 
rent introduits  à  Cirencester  à  la  place  de  chanoines  sé- 
culiers, qui  desservaient  une  église  dont  il  n'est  pas  aisé  ! 
de  déterminer  l'origine,  mais  qui  existait  certainement 
au  xi«  s.,  sous  le  règne  d'Édouard  le  Confesseur.  En 
1117,  le  roi  Henri  I"  fit  bâtir  une  nouvelle  église  et  un 
monastère  :  les  travaux  étaient  suffisamment  avancés 
en  1131  pour  que  les  chanoines  prissent  possession  des 
bâtiments,  et  Serlon,  leur  premier  abbé,  fut  béni  cette 
année-là.  La  charte  conférant  à  la  nouvelle  fondation 
les  biens  de  l'ancien  doyen  de  Cirencester,  Regenbald,  ; 
grand  pluraliste,  et  quelques  autres  possessions,  est  da- 
tée de  1133.  Une  rente  viagère  était  assurée  aux  cha- 
noines séculiers  sur  leur  prébende. 

L'abbaye  dépendait  au  spirituel  de  l'évêque  de  Wor- 
cester,  à  qui,  en  tant  qu'Ordinaire,  revenaient  cer- 
taines fonctions  liturgiques  et  le  droit  de  visite.  Les 
procès-verbaux  de  ces  visites  canoniques  sont  à  peu 
près  tout  ce  que  nous  avons  pour  juger  de  l'état  de  l'ob- 
servance :  on  n'en  peut  donc  présenter  qu'un  tableau 
fort  incomplet,  relevant  un  certain  nombre  d'abus  qui, 
à  des  époques  diverses,  durent  être  corrigés,  gardant  le 
silence  sur  la  régularité  et  la  ferveur  qui  régnaient  à 
certains  moments  et,  pouvons-nous  conjecturer,  l'em- 
portaient de  loin  sur  quelques  erreurs  qui,  par  leur 
nature  même,  avaient  attiré  l'attention.  Celles-ci  sont 
le  petit  nombre.  En  1276,  lors  d'une  visite  de  l'évêque 
Gifïard,  le  prieur,  William  de  Haswell,  est  accusé  de 
mauvaise  vie  et  surtout  de  dilapidation;  en  1298,  le 
même  évèque  restitue  à  l'abbaye  une  église  dont  elle 
était  propriétaire,  mais  qui  avait  été  perdue  par  le  né- 
potisme d'un  abbé.  A  plusieurs  reprises,  des  bruits  fâ- 
cheux circulent  sur  le  compte  des  chanoines.  En  1325, 
par  ex.,  quelque  temps  après  une  visite  au  cours  de  la- 
quelle il  n'avait  rien  trouvé  de  répréhensible,  l'évêque 
Cobham  invite  l'abbé  à  mettre  bon  ordre  à  quelques  ir- 
régularités :  celles-ci  sont  corrigées  sans  nouvelle  inter- 


vention épiscopale.  De  même,  en  1351,  l'évêque  Tho- 
resby  écrit  à  l'abbé  pour  lui  enjoindre  de  redresser  cer- 
tains égarements,  insistant  principalement  sur  le  de- 
voir de  résidence  des  chanoines  et  sur  la  reddition  des 
comptes  par  les  officiers.  Sans  doute  l'abbé  d'alors, 
Hereward,  qui  touchait  au  terme  de  sa  carrière  (1335- 
52),  avait-il  manqué  de  fermeté.  Il  s'était  par  ailleurs 
acquis  bien  des  titres  à  la  reconnaissance  des  siens,  en 
éteignant  les  dettes  de  son  monastère,  en  construisant 
une  nouvelle  nef  à  l'église,  en  faisant  bâtir  des  maisons 
dans  les  tenures.  En  1378,  lors  d'une  visite,  l'évêque 
Wakefield  constata  que  l'abbé  Nicolas  d'Ampney 
avait,  par  défaut  d'énergie,  laissé  s'introduire  le  relâ- 
chement, et  prit  des  mesures  sévères  contre  plusieurs 
titulaires  d'offices,  exigeant  leur  remplacement  et  leur 
imposant,  avec  de  salutaires  pénitences,  une  stricte  ré- 
sidence. Six  ans  plus  tard,  l'archevêque  de  Cantorbéry, 
Courtenay,  trouve  tout  en  ordre.  Mais  en  1389,  le  cha- 
pitre général  délègue  les  abbés  de  Lanthony  Secunda 
et  d'Oseney  pour  une  visite  canonique  en  vue  de  réfor- 
mer certaines  infractions. 

En  cas  de  vacance  du  siège  de  Worcester,  le  prieur 
cathédral  prétendait  à  la  juridiction  dans  le  diocèse. 
C'est  ainsi  qu'en  1307  il  déclara  nulle,  sans  doute  pour 
vice  de  forme,  l'élection  d'Adam  de  Brockenborough, 
mais,  reconnaissant  les  vertus  et  la  capacité  de  l'élu 
des  chanoines,  il  le  nomma  lui-même  abbé.  Les  cha- 
noines ne  semblent  pas  avoir  beaucoup  aimé  cette  ju- 
ridiction et  plusieurs  fois  ils  cherchèrent  à  l'éluder.  En 
1302,  lorsque  le  prièur  de  Worcester  se  présente  pour 
procéder  à  la  visite  canonique,  il  est  éconduit,  parce 
que  le  monastère  a  déjà  été  visité  deux  fois  en  deux  ans. 
En  1346,  le  refus  est  plus  qualifié  :  on  prétend  que 
l'abbaye  ne  doit  être  visitée  que  par  un  légat  pontifical, 
par  l'archevêque  ou  par  l'évêque  diocésain.  Peu  après, 
un  accord  eut  lieu  et  les  droits  du  prieur  de  Worcester 
furent  strictement  définis. 

Au  temporel,  l'abbaye  était  fortement  établie.  Du- 
rant les  cent  vingt  premières  années  de  son  existence, 
elle  acquit  pratiquement  tous  les  droits  sur  la  ville  : 
d'abord,  sous  Henri  II,  l'abbé  et  le  couvent  tinrent  à 
ferme  le  manoir  de  Cirencester;  en  1190,  ils  achetèrent 
de  Richard  1"^'  la  ville  et  le  manoir;  en  1203,  l'abbé  ac- 
quit le  droit  d'exclure  le  shérif  de  ses  libertés,  sauf  pour 
les  plaids  de  la  Couronne;  en  1222,  Henri  III  autorisa 
l'abbé  à  construire  une  prison.  Le  commerce  de  la 
ville  était  entièrement  sous  le  contrôle  de  l'abbé,  qui 
touchait  les  revenus  du  marché  hebdomadaire.  En 
1215,  l'abbé  obtint  le  droit  de  tenir  une  foire  de  huit 
jours  à  la  Toussaint;  et,  en  1253,  un  autre  privilège 
royal  autorisait  la  tenue  d'une  seconde  foire  de  huit 
jours  à  la  fête  de  S.  Thomas  Martyr. 

On  devine  que  des  droits  si  étendus  devaient  un  jour 
ou  l'autre  susciter  le  mécontentement  des  citadins.  Au 
début  du  xiv«  s.,  sous  l'abbatiat  d'Henri  de  Hampto- 
net,  l'abbaye  fut  en  difficulté  avec  la  ville.  Les  habi- 
tants portèrent  plainte  contre  ce  qu'ils  considéraient 
comme  des  exactions  exorbitantes  du  monastère.  Le 
tribunal  établit  que  c'était  affaire  de  tenure  :  con- 
vaincus d'avoir  porté  une  plainte  injustifiée,  ils  furent 
condamnés  à  payer  100  marks  à  l'abbé.  En  1342-43, 
les  gens  de  Cirencester  accusèrent  l'abbé  et  ses  prédé- 
cesseurs d'avoir  empiété  sur  les  droits  du  roi  et  les 
leurs.  L'abbé  composa  avec  le  roi  pour  une  somme  de 
f  300,  et  obtint  une  charte  définissant  et  confirmant 
ses  franchises.  En  1385,  les  habitants  de  la  ville  atta- 
quèrent l'abbaye  :  l'intervention  de  Richard  II  les  con- 
traignit à  lâcher  prise.  Mais,  en  1400,  ayant  rendu  ser- 
vice à  Henri  IV  en  écrasant  la  rébellion  des  comtes  de 
Salisbury  et  de  Kent,  ils  profitèrent  de  cet  avantage 
pour  présenter  leurs  doléances  contre  l'abbé  et  ses  pré- 
décesseurs. Le  roi  différa  le  jugement  :  on  ne  sait  quel 
en  fut  le  résultat.  En  1403,  les  citadins  demandèrent 


841  CIRENCESTER  —  CIRTA 


842 


au  roi  l'autorisation  de  former  une  corporation  de  mar- 
chands, qui  leur  donnerait  les  droits  exclusifs  de  com- 
merce dans  la  ville.  Après  enquête,  et  bien  que  douze 
chevaliers  eussent  soutenu  les  franchises  de  l'abbé,  le 
roi  accorda  la  charte  demandée  :  l'abbé  n'avait  plus 
qu'à  s'incliner.  Les  citadins  n'étaient  toutefois  point 
dispensés  de  leurs  obligations  de  service  et  de  cour. 
En  1409,  l'abbé  obtint  une  nouvelle  confirmation  des 
chartes  concernant  les  terres,  manoirs  et  libertés  de 
l'abbaye;  l'année  suivante,  confirmation  du  droit  des 
foires.  En  1413,  il  Tit  saisir  quelques  citadins  pour  des 
services  qu'on  lui  devait  :  des  bagarres  eurent  lieu. 
Henri  IV  mourut  le  20  mars  :  le  5  juin,  l'abbé  obtint 
une  nouvelle  ampliation  de  l'acte  de  1225,  définissant 
les  services  des  tenanciers  des  manoirs.  Toute  résis- 
tance de  ceux-ci  devenait  ainsi  inutile.  L'abbé  pour- 
suivit plusieurs  citadins  pour  services  refusés  durant 
treize  ans  et  obtint  des  dommages  importants.  En 
1414,  du  consentement  de  l'abbé,  le  jeune  roi  Henri  V 
accorda  un  pardon  général.  Quatre  ans  plus  tard, 
l'abbé  demanda  que  la  charte  de  Henri  IV  accordant 
aux  citadins  leur  corporation  marchande  fût  révoquée 
comme  contraire  aux  droits  antérieurs  de  l'abbaye  :  la 
chancellerie  royale  reconnut  le  iiien-fondé  de  la  de- 
mande et  y  fit  droit. 

L'abbaye  connut  d'autres  diincultés  économiques 
que  celles  qui  lui  venaient  de  la  ville  :  en  plusieurs  occa- 
sions, il  fallut  composer  avec  la  Couronne.  Il  y  eut  au 
moins  une  transaction  en  faveur  des  chanoines  :  en 

1306,  le  convent  obtint  le  droit  de  conserver  la  garde 
et  la  propriété  du  monastère  durant  la  vacance  du 
siège  abbatial,  moyennant  versement  d'une  somme  de 
£100  par  trois  mois  de  vacance.  En  d'autres  circons- 
tances, il  fallut  payer  des  amendes  pour  non-observa- 
tion des  prescriptions  royales.  Ainsi,  en  1313,  pour 
avoir  acquis  en  mortemain,  sans  autorisation  royale, 
une  certaine  quantité  de  terrain,  il  fallut  payer  une 
somme  de  £  200  pour  le  pardon  royal;  l'année  sui- 
vante, de  semblables  délits  coûtèrent  encore  £  20  et  £  5. 

L'histoire  de  l'abbaye  durant  le  dernier  siècle  de  son 
existence  est  fort  obscure.  En  1534,  l'abbé  et  vingt 
chanoines  souscrivirent  l'acte  de  suprématie  royale.  Le 
19  déc.  1539,  ils  rendirent  leur  maison  aux  commis- 
saires royaux  et  reçurent  des  pensions.  Le  monastère 
et  ses  bâtiments  furent  vendus  le  11  mai  1540  à  Roger 
Basinge,  esquire,  pour  être  démolis. 

Le  Valor  ecclesiasticus  de  1535  indiquait  un  revenu 
net  de  £  1051,  7s.,  1  1/4  d.;  celui  de  1539  ne  marque 
plus  que  £972,  0  s.,  4  d.  Le  nombre  des  chanoines  varia  : 
en  1307,  lors  de  l'élection  d'Adam  de  Brockenborough, 
ils  étaient  40;  lors  d'une  visite,  en  1428,  ils  étaient  24. 
Notons  encore  que  l'abbé  obtint  le  privilège  de  la  mitre 
en  1416. 

Il  ne  semble  pas  que  les  chanoines  de  Cirencester 
aient  brillé  dans  le  domaine  des  lettres.  On  peut  tout 
juste  citer  le  nom  d'Alexander  Neckam,  abbé  de  1213 
à  1217,  qui  avait  étudié  à  Paris  et  enseigné  à  Duns- 
table  et  à  S.-Albans;  on  possède  de  lui  un  traité  De 
naturis  reriim,  sorte  de  manuel  des  sciences  qui  a  été 
publié  dans  les  Rolls  Séries,  par  Th.  Wright  (Londres, 
1863),  ainsi  qu'un  long  poème  De  laudibus  divinae  sa- 
pienliae. 

Liste  des  abbés.  —  Serlon,  1131.  —  Andrew,  1147.  — • 
Adam,  1176.  —  Robert,  1183,  mort  la  même  année  et 
remplacé  par  un  autre  Robert.  —  Richard,  1187.  — 
Alexander  Neckam,  1213.  —  Walter,  1217.  —  Hugh 
of  Bampton,  1230.  —  Roger  of  Rodmarton,  1238.  — 
Henry  de  Munden,  1266.  —  Henry  de  Hamptonet, 
1281.  —  Adam  Brockenborough  (ou  Brockenbury), 

1307.  —  Richard  of  Charlton,  1320,  démiss.  1335.  — 
William  Hereward,  1335.  —  Ralph  of  Estcote,  1352.  — 
William  de  Marteley,  1358.  —  William  de  Lynham, 
1361.  —  Nicholas  of  Ampney,  1363.  —  John  of  Leck- 


hampton,  1393.  —  William  Best,  1416.  —  William 
Wotton,  1429.  —  John  Taunton,  1440.  —  William 
George,  1445.  —  John  Sobbury,  1461.  —  Thomas 
Gompton,  1478.  —  Richard  Clive,  1481.  —  Thomas 
Aston,  1488,  démiss.  1504.  —  John  Hackton  (ou  Hake- 
burn),  1504.  —  John  Blake,  vers  1522. 

On  ne  possède  pas  de  chronique  de  Cirencester;  un  cartu- 
laire  se  trouve  à  Thirlstane  House,  Cheltenham;  voir  les 
registres  des  évêques  de  Worcester.  — •  Chapters  oj  the  Aii- 
gustinian  caiion.i,  éd.  H.  E.  Salter,  Oxford,  1922.  —  Bristol 
and  Glnucestershire  archaeological  society  transactions.  —  W. 
Dugdale,  Monasticon  anglicanum,  vi,  Londres,  1846,  p.  175- 
79.  — •  Rose  Graham,  dans  The  Victoria  hist.  of  the  county 
oj  Gloucester,  ii,  Londres,  1907,  p.  79-84.  —  W.  St.  Clair 
Baddeley,  A  history  of  Cirencester,  Cirencester,  1924,  passim. 
A  noter,  dans  ce  dernier  ouvrage,  p.  111-17,  extraits  d'un 
fragment  de  cartulaire  de  Cirencester,  xii»  s.  (41  notes); 
p.  165-68,  titres  des  principaux  documents  des  registres  A 
et  B  de  l'abbaye  (xii=-xiii"  s.);  p.  168-70,  liste  des  livres  à 
chaînes  de  l'abbaye  actuellement  conservés  à  la  biblio- 
thèque de  la  cathédrale  de  Hereford  (10  vol.)  et  à  la  Bod- 
léienne,  à  Oxford  (également  10  vol.). 

H.  Dauphin, 
CiRON  (Innocent  de),  jurisconsulte  français 
(t  vers  1650).  Voir  D.  D.  Can.,  m,  745. 

CIRTA.  Sous  l'Empire  romain,  la  ville  de  Cons- 
tantine  a  porté  successivement  deux  noms  :  du  règne 
d'Auguste  à  celui  de  Constantin,  la  cité  s'est  appelée 
Colonia  Cirta,  puis,  sous  Constantin,  apparaît  la  déno- 
mination qui  s'est  maintenue  jusqu'à  nos  jours  :  Cons- 
tantine.  L'histoire  de  Constantine  chrétienne  se  con- 
fond avec  la  période  qui  suit  la  paix  de  l'Église,  tandis 
que  l'histoire  de  Colonia  Cirta  chrétienne  est  celle  du 
premier  développement  de  l'Église  dans  le  chef-lieu 
de  la  «  Confédération  des  quatre  colonies  ». 

Le  christianisme  à  Colonia  Cirta  ne  peut  être  étudié 
avec  des  documents  archéologiques  qui,  tous  posté- 
rieurs, intéresseront  Constantine;  il  se  trouve  évoqué 
dans  six  textes  seulement. 

Le  premier  texte  est  un  des  chefs-d'œuvre  de  l'apo- 
logétique, YOdavius  de  Minucius  Félix  (éd.  P.  L.,  m, 
239-376;  J.  P.  Waltzing,  Louvain,  1903;  Bruges,  1909; 
Leipzig,  1912).  Des  deux  interlocuteurs  du  dialogue, 
l'un,  Caecilius  Natalis,  apparaît  dans  l'épigraphie  de 
Colonia  Cirta  (C.  /.  L.,  vin,  6996-7094, 7095, 7096, 7097, 
7098).  La  question  controversée  est  de  savoir  si  l'on 
doit  rapprocher  le  personnage  mentionné  dans  les  ins- 
criptions cirtéennes  de  l'homme  mis  en  scène  par  Minu- 
cius Félix.  P.  Monceaux  a  soulevé  la  difficulté  suivante  : 
«  Le  personnage  qui  a  rempli  à  Cirta  tant  de  charges 
municipales,  et  qui  y  élève  tant  de  monuments,  devait 
habiter  cette  ville.  Or  l'ami  de  Minucius  Félix  est  fixé  à 
Rome  »  (P.  Monceaux,  Hist.  litt.  de  l'Afrique  chrét.,  i, 
476).  Mais  Gsell  fait  remarquer  qu'en  qualifiant  Fron- 
ton de  Cirtensis  noster  (c.  ix,  6),  le  Caecilius  Natalis  de 
VOctauius  se  dévoile  (St.  Gsell,  art.  Constantine,  dans 
D.  A.  C.  L.,  m,  2713-32).  Cependant  P.  de  Labriolle 
conclut,  avec  peut-être  trop  de  prudence  :  «  Certaines 
difficultés  rendent  pourtant  l'identification  incertaine 
et  il  n'y  a  pas  lieu  de  trop  insister  »  (P.  de  Labriolle, 
Hist.  de  la  litt.  M.  ctirét.,  p.  150). 

Le  deuxième  texte  est  un  procès-verbal  de  la  séance 
du  concile  de  Carthage  du  1"  sept.  256  (éd.  Hartel, 
dans  C.  S.  E.  L.,  m,  441  :  sententiae  episcoporum  nu- 
méro LXXXVIf  de  haerelicis  baptizandis).  Parmi  les 
évêques,  se  trouve  Crescens  de  Cirta,  seul  évêque  de 
cette  ville  dont  l'existence  soit  connue  avec  certitude 
au  iii«  siècle. 

Le  troisième  texte  est  la  Passion  des  SS.  Jacques  et 
Marien  écrite  par  un  de  leurs  compagnons  (Ruinart, 
Acta  primorum  martyrum  sincera,  éd.  de  1689,  p.  225- 
32).  Le  récit  se  passe  en  259,  lors  de  la  persécution  de 
Valérien.  Le  diacre  Jacques  et  le  lecteur  Marien  sont 


843 


CIRTA 


—  CISAMUS 


844 


arrêtés  au  faubourg  de  Muguas  et  amenés  à  Colonia 
Cirta,  pour  y  répondre  du  crime  d'avoir  accueilli  les 
évêques  proscrits  Agapius  et  Secundinus.  Leur  procès 
se  termine  à  Lambèse,  où  ils  sont  condamnés  à  mort 
par  le  gouverneur  (P.  Monceaux,  op.  cit.,  ii,  153-65).  St. 
Gsell,  qui  a  étudié  cette  Passio,  pense  que  ces  deux 
chrétiens  ont  été  exécutés  à  Lambèse  même  (St.  Gsell, 
dans  Rec.  de  la  Soc.  archéol.  de  Constantine,  xxx,  1895- 
1896,  p.  212-17);  cependant  l'inscription  gravée  sur  le 
rocher  de  Constantine,  quoique  rédigée  en  pleine  épo- 
que byzantine,  se  comprend  mal  dans  le  site  où  elle  se 
trouve,  si  elle  ne  commémore  pas  le  lieu  où  ces  saints 
subirent  le  martyre. 

Le  quatrième  texte  est  un  procès-verbal  relatant  les 
perquisitions  et  saisies  opérées,  le  19  mai  303,  par  le 
curateur  Munatius  Félix,  premier  magistrat  de  la  ville 
(P.  L.,  VIII,  727-42,  et  éd.  Ziwsa,  dans  C.  S.  E.  L.,  xxvi, 
185-97;  cf.  P.  Monceaux,  op.  cit.,  m,  93-96;  trad.  par 
Gsell,  dans  art.  Constantine  du  D.  A.  C.  L.,  loc.  cit.).  Ce 
document  est  capital  par  l'abondance  des  détails  qu'il 
renferme  sur  l'organisation  de  l'Église  cirtéenne  à  l'épo- 
que de  Dioclétien.  Il  révèle  les  noms  de  l'évêque  Pau- 
lus,  des  prêtres  Montanus,  Victor,  Deusatelius,  Menio- 
rius;  des  diacres  Mars  et  Helius;  des  sous-diacres  Mar- 
cuclius,  Catullinus,  Silvanus,  Carosus;  des  lecteurs  Eu- 
genius,  Félix,  Victorinus,  Propectus,  "Victor,  Euticius 
de  Césarée,  Coddeo.  L'inventaire  des  objets  saisis  men- 
tionne des  calices  d'or  et  d'argent,  des  burettes  d'ar- 
gent, un  bassin  d'argent,  deux  grands  chandeliers,  des 
petits  lampadaires  de  bronze,  des  lampes  de  bronze, 
des  tuniques  de  femmes,  des  voiles,  des  tuniques 
d'hommes,  des  paires  de  chaussures  d'hommes,  des 
paires  de  chaussures  de  femmes,  des  coplae  rus- 
tiques. 

Les  derniers  documents  se  rapportant  à  Colonia 
Cirta  concernent  également  le  début  du  iv«  s.  L'en- 
quête dirigée  en  320  par  le  gouverneur  de  Numidie 
contient  une  déposition  qui  rappelle  les  circonstances 
de  l'élection,  en  305,  du  successeur  de  l'évêque  Paulus, 
mort  peu  après  la  perquisition  de  son  église.  Le  sous- 
diacre  Silvanus  fut  élu  par  surprise  et  son  élection  fut 
confirmée  grâce  à  l'appui  du  bas  peuple  de  la  ville.  Il 
fallut  sacrer  le  nouvel  évêque  et  on  possède  le  compte 
rendu  de  cette  ordination  épiscopale.  Ce  compte  rendu 
est  improprement  appelé  :  Actes  du  concile  de  Cirta 
{Gesta  apud  Zenophilum,  éd.  Ziwsa,  192-96).  Assis- 
taient à  cette  réunion  les  évêques  Secundus  de  Tigisi, 
primat  de  Numidie,  Donatus  de  Mascula,  Victor  de 
Rusicade,  Marinus  à'Aquae  Tibilitanae,  Donatus  de 
Calama,  Purpurins  de  Limata,  Victor  de  Garbe,  Félix 
de  Rotarium,  Nabor  de  Genturionis,  Secundus  Minor. 
Il  faut  placer  le  5  mars  305  cette  assemblée  (P.  Mon- 
ceaux, op.  cit.,  m,  101)  qui  eut  lieu  dans  une  maison 
particulière,  celle  d'LIrbanus  Donatus  d'après  S.  Au- 
gustin (S.  Augustin,  Contra  Cresconium,  III,  xxvii,  30; 
Epist.,  LUI,  2,  4),  celle  d'Urbanus  Carisius  d'après  Op- 
tât (Optât,  I,  xiv). 

Silvanus  occupa  longtemps  le  siège  de  Cirta.  Il  par- 
ticipa, en  312,  au  fameux  concile  des  évêques  numides 
réunis  à  Carthage  et  d'où  sortit  le  schisme  donatiste. 
Bien  que  l'événement  date  du  règne  de  Constantin, 
Silvanus  est  encore  mentionné  comme  «  évêque  de 
Cirta  >•  par  S.  Augustin,  dans  son  Contra  Cresconium. 
Le  dossier  concernant  les  actes  du  concile  de  312  clôt 
l'histoire  du  christianisme  à  Colonia  Cirta.  L'histoire 
de  Constantine  chrétienne  s'inaugure  avec  le  triomphe 
du  donatisme  en  cette  ville. 

Liste  des  évêques  (cf.  H.  Jaubert,  Anciens  évêchés  et 
ruines  chrétiennes  de  la  Numidie,  dans  Rec.  de  la  Soc. 
archéol.  de  Constantine,  1912,  p.  6-7).  —  Crescens,  as- 
siste au  concile  de  Carthage  en  256.  —  Paulus,  dirige 
l'Église  lors  de  la  persécution  de  Dioclétien.  —  Silva- 
nus, élu  en  305,  assiste  au  concile  de  Carthage  en  312. 


i  —  Rien  n'indique  qu'Agapius,  mentionné  dans  la  Pas- 
sio des  SS.  Jacques  et  Marien,  ait  été  évêque  de  Colonia 
Cirta. 

A.  Berthier. 

!      CISAMUS  (Kîaapos,  Kîcrcrauoç),  évêché  de  Crète, 
dépendant  de  Cnossos,  puis  de  Gortyne.  On  ne  saurait 
dire  à  quelle  époque  cette  petite  ville  fut  dotée  d'un 
évêché,  car  le  premier  titulaire  connu  n'apparaît  qu'à 
j  la  fin  du  vn«  s.  Il  est  probable  cependant  qu'elle  en  eut 
un  d'assez  bonne  heure,  quand  l'évangélisation  de  l'île 
fut  assez  avancée.  La  domination  vénitienne  (1204- 
1645)  supprima  tous  les  évêchés  grecs  et,  par  le  fait 
\  même,  celui  de  Cisamus,  pour  leur  substituer  des  évê- 
!  chés  latins.  Cisamus  eut  ainsi  une  succession  de  titu- 
j  laires  occidentaux  jusqu'à  la  conquête  de  l'île  par  les 
Turcs. 

I  Liste  des  évêques  grecs.  —  Elle  est  très  incomplète, 
même  dans  la  période  moderne.  Nicétas  (Le  Quien  dit 

i  par  erreur  Théopemptus)  assista  au  concile  in  Trullo 
(691-92)  (Mansi,  xi,  996  A).  —  Méliton  prit  part  au 

I  IP  concile  de  Nicée  (787)  (ibid.,  xiii,  145  A,  392  A).  — 
Gérasime  Paléocapas,  évêque  de  Cisamus  et  Séiinos, 
fut  agréé  par  les  Vénitiens,  bien  qu'il  fût  grec;  il  mou- 
rut en  1590  {Rev.  des  éludes  grecques,  xx,  241).  — Après 
la  conquête  turque,  l'évêché  fut  rétabli  sous  le  double 
titre  de  Cisamus  et  Séiinos  qui  se  conserva  jusqu'en 
1831.  —  Philothée  est  dit  ancien  évêque  en  1684.  — 
Gérasime  II,  18  mai  1711-25.  —  Parthenius,  1725- 
5  juin.  1731.  —  Anthime,  ?.  —  Parthenius  II,  1751-70. 

—  Sophrone,  nov.  1777-1796.  —  Gédéon,  ?.  —  Ignace, 
?.  —  Séraphin,  ?-t  avant  janv.  1818.  —  Melchisédech, 
janv.  1818;  pendu  par  les  Turcs  le  19  mai  1821.  —  La 
population  ayant  beaucoup  diminué  à  la  suite  des  mas- 
sacres perpétrés  parles  Turcs,  l'évêché  fut  uni  pendant 
dix  ans  à  celui  de  Cydonia  (1831).  —  Callinique,  1850 
(Rhalli  et  Potli,  ZOvTotyna  tcôv  iepcov  kovovcov,  v,  516). 

—  Gérasime  III,  avr.  1860-avant  juin  1868.  —  Misaël, 
28  juin  1868-déposé  le  28  juin  1875.  —  Panarétos,  28 
juin  1875-avant  le  30  nov.  1886.  —  Parthenius  III, 
30  nov.  1886-avant  févr.  1893.  —  Dorothée,  1893- 
1903.  —  Anthime  Lélédakès,  20  juill.  1903-t  17  août 

I  1935.  —  Chrysostome  Anghélidakès,  18  janv.  1936-t 
I  13  juin  1937.  —  Eudocime  Syngkelakès,  mars  1938. 
L'éparchie  ou  diocèse  comprend  les  deux  districts  de 
Kisamos  et  de  Séiinos,  avec  34  000  fidèles,  170  églises 
paroissiales  et  seulement  62  prêtres  séculiers;  il  existe 
deux  monastères.  La  résidence  de  l'évêque  est  à  Cas- 
telli-Kisamou. 

Hiérarchie  latine.  —  Les  Vénitiens  établirent  un  évê- 
ché catholique  à  Cisamos,  après  en  avoir  expulsé  le  ti- 
tulaire grec.  On  connaît  deux  douzaines  de  prélats  oc- 
cidentaux qui  occupèrent  ce  siège,  mais,  pour  plu- 
sieurs d'entre  eux,  la  chronologie  est  quelque  peu  in- 
certaine. Vers  1575,  le  diocèse  n'avait  plus  guère  d'im- 
portance; aussi  l'évêque  de  Famagouste,  Jérôme  Rag- 
gazoni,  qui  y  fut  nommé  après  la  prise  de  Chypre  par 
les  Turcs,  ne  fut  pas  remplacé  quand  il  fut  transféré  à 
Novare  (19  sept.  1576).  Le  premier  évêque  dont  on 
connaisse  le  nom  est  Tantusbonus,  vers  1305.  —  Bel- 
leti,  ?-t  1346.  —  Guillaume  Maurococchi,  O.  F.  M.,  20 
sept.  1346.  —  Nicolas,  O.  F.  M.,  ?-t  1349.  —  Guillaume 
Emergar,  O.  F.  M.,  17  juin  1349-?.  —  Jean,  9  août  1361- 
1363.  —  Simon  de  Venise,  17  avr.  1364.  —  Aicard  de 
Lasale,  O.  S.  A.,  8  juin  1366-t  1370.  —  Marc  Marcello, 
3  mars  1371-t  1383  (?).  —  Pierre  de  Lerino,  O.  F.  M., 
11  juill.  1383.  —  Ange  Barbadigo,  ?-31  juill.  1405.  — 
Antoine,  13  oct.  1406-t  1410  (?).  —  Léon  izeno,  31  janv. 
1411.  —  François  Orsini,  nommé  par  Grégoire  XII, 
1406-15.  —  Nicolas  de  Molino,  18  févr.  1429-t  1439.  — 
Barthélémy  Maurizio,  8  janv.  1440-t  1441.  —  Manuel 
Rosi,  17  nov.  1441-t  1473.  —  Thomas  de  Ca.ssinis,  4 
juin  1473-t  1495.  —  Antoine  Savina,  27  janv.  1496-98. 

—  Dominique  d'Alep,  3  août  1498-1524  (?).  —  Michel 


845  CISAMUS  — 

Zono,  17  oct.  1524-37.  — Augustin  Steucho,  11  janv. 
1538-t  1547  (?).  —  Prosper  Santa-Croce,  22  mars  1548- 
1572.  —  Jérôme  Raggazoni,  1572-19  sept.  1576,  der- 
nier évêque  résidentiel. 

Évêques  titulaires.  —  Fortuné  Bisleti,  1700-?,  auxi- 
liaire à  Venise.  —  Michel-Anselme  Alvarez  de  .\breu  y 
Valdes,  22  avr.  1749-62,  auxiliaire  à  Puebla.  —  Joseph 
Casquete  de  Prado  y  Bootello,  O.  S.  Jac,  mars  1798- 
t  2  févr.  1838,  prieur  d'Uclès.  —  Dominique  Mayer, 
1"  oct.  1863-t  4  mai  1875,  chapelain  de  l'armée  autri- 
chienne à  Vienne.  —  Adrien  Rouger,  laz.,  26  août 
1883-t  31  mars  1887,  vie.  apost.  du  Kiang-Si  méridio- 
nal. —  Thomas  Wilkinson,  15  mai  1888-28  déc.  1889, 
auxiliaire  à  Hexham.  —  Jacques  Moor,  1890,  refuse.  — 
Charles  Graham,  25  sept.  1891-26  oct.  1902,  coadj.  à 
Plymouth.  —  Jean  Mouradian,  arménien,  7  août  1905- 
t  11  juin.  1911.  —  Henri  Joeppen,  27  oct.  1913-t  22 
févr.  1927,  aumônier  de  l'armée  prussienne.  —  Louis 
Budanovic,  28  févr.  1927,  administr.  de  la  Backa. 

Le  Quien,  ii,  691-92;  in,  927-30.  —  Fl.  Cornehus,  Creta 
sacra,  ii,  Venise,  1755,  p.  159-67.  —  Biirchner,  dans  Pauly- 
Wissowa,  XI  516.  —  MsyàAri  ÈAXriviKfi  èyKUKAoTraiStia, 
XIV,  461.  —  C.  Eubel,  l,  192;  ii,  142;  m,  182.  —  Ann.  pont., 
1916,  p.  391.  —  Germain  de  Sardes,  'EiriCTKOTTiKoi  KaTàXoyoi 
TÛv  "EKKAtiaicov  KpriTris,  AcoSsKavi^aou  Koi  tcôv  Xoittcôv  èXXT|- 
viKc5v  vr]CTCov,  dans  'EKKXTiaiaoriKÔs  Oàpoç,  xxxiv,  1935, 
p.  80-89,  292-300. 

R.  Janin. 

CISC  ISSUS  (KiCTKiaoç,  Kiokictctôç),  évêché  de  la 
province  de  Cappadoce  P*,  dépendant  de  Gésarée.  Cette 
bourgade  a  été  identifiée  avec  le  village  de  Keskin.  Elle 
fut  dotée  d'un  évêché,  sans  doute  au  iv^  s.,  au  moment 
où  la  province  fut  partagée  en  deux.  Le  premier  titu- 
laire qu'on  lui  connaît  n'apparaît  qu'à  la  fin  du  vii«  s. 
Cependant  Ciscissus  figure  déjà  sur  la  liste  du  Pseudo-  i 
Épiphane,  vers  le  milieu  de  ce  siècle  (H.  Gelzer,  Unge-  j 
druckte  und  ungenûgend  verôfjentlichte  Texte  der  Noti-  ! 
tiae  episcopaluum,  dans  Abti.  der  kônigl.  baifer.  Akad.  ' 
der  Wiss.,        CL,  t.  xxi,  iii«  sect.,  Munich,  1900, 
p.  536). 

Platon  assista  au  concile  in  Trullo  (691-92)  (Mansi, 
XI,  993  G).  —  Sotérichos  prit  part  au  II«  concile  de  Ni-  ; 
cée  (787)  (il)id.,  xii,  994  E,  1098  A;  xiii,  385  C).  Le 
titre  ne  semble  pas  avoir  été  conféré  dans  l'Église  ro- 
maine, bien  qu'il  figure  dans  la  liste  de  la  Gonsisto- 
riale.  i 

Le  Quien,  i,  393-94.  ■ —  Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  xi 
516. 

R.  Janin. 

CISMAR,  Cismarense, abbaye  de  bénédictins  sous 
le  vocable  de  S.  Jean  l'Évangéliste  et,  plus  tard,  de 
Notre-Dame,  dans  le  dioc.  de  Liibeck  (Schleswig-Hol- 
stein),  près  d'Oldenbourg.  Henri,  évêque  de  Lubeck 
(1173-1182),  qui  fut  moine  de  S. -Égide  de  Brunswick, 
fonda  ce  monastère  à  l'intérieur  de  sa  ville  épiscopale, 
avec  -Arnold  comme  premier  abbé.  Il  consacra  l'église 
en  1174.  En  1237  ou  1245,  les  moines  s'établirent  à 
Cismar,  tandis  que  la  maison  de  Lùbeck  passait  aux 
cisterciennes  :  d'où  de  longues  contestations  au  sujet 
de  sa  possession.  —  L'observance,  à  cette  époque, 
n'était  pas  fervente  à  Cismar;  aussi  Innocent  IV  dé- 
cida-t-il  d'y  introduire  la  réforme  cistercienne,  projet 
qui  ne  se  réalisa  pas.  En  1436,  les  moines  de  C.  s'afTi-  ] 
lièrent  à  la  congrégation  de  Bursfeld.  Ils  furent  chassés 
par  la  Réforme  protestante,  en  1543,  et  leur  maison  fut 
supprimée  en  1560.  Cependant  Bursfeld  maintint  ses 
droits.  En  1628,  une  convention  cédait  C.  aux  bénédic- 
tins anglais;  mais  ceux-ci,  semble-t-il,  n'en  ont  jamais 
pris  possession.  —  Au  Moyen  Age,  G.  était  un  lieu  de 
pèlerinage  célèbre.  L'église,  remarquable,  est  une  cons- 
truction en  briques;  elle  fut  édifiée  vers  1300.  Bien 
qu'elle  ait  subi  plusieurs  transformations,  le  chœur  et 
le  maître-autel  (début  du  xv»  s.)  ont  été  conservés. 


CISNEHOS  84(j 

B.  Albers,  Zur  Gescttichte  des  Lûbecker  Benedikliner- 
klosters  Cismar,  dans  Stndien  O.  S.  B.,  1895,  p.  438-51.  — 
Cottineau,  i,  786.  —  L.  T.  K.,  ii,  970.  --  H.  Schrôder,  Der 
Hochaltar  des  ehem.  Benediktiner  klosterkirche  zu  C,  dans 
Der  Wageii,  1936,  p.  82-89. 

R.  Van  Doren. 

CISNEROS  (Gakcia  Ximénez  de),  abbé  du 
Montserrat,  t  1510.  Principalement  connu  par  son 
Exercitatorio  et  la  longue  polémique  que  provoqua  cet 
ouvrage;  il  occupe  une  place  unique  dans  l'histoire  de 
son  abbaye  et  joua  un  rôle  important  dans  celle  de  la 
congrégation  bénédictine  de  Valladolid. 

I.  Sa  vie  et  son  activité  de  réformateur.  —  Né 
à  Cisneros  (dioc.  de  Léon),  en  1455  ou  plus  probable- 
ment en  1456,  cousin  germain  du  célèbre  cardinal  Xi- 
ménez, il  était  l'héritier  d'une  famille  noble,  bien  qu'un 
peu  déchue.  Nous  ne  savons  rien  de  sa  jeunesse,  ni  de 
ses  études.  En  1475,  il  entra  au  monastère  de  S. -Benoît 
de  Valladolid,  fondé  en  1490  par  Jean  l",  roi  de  Cas- 
tille  et  de  Léon.  Ce  monastère  se  distinguait  par  une  ob- 
servance austère;  ses  moines,  gouvernés  par  un  simple 
prieur,  étaient  astreints  à  une  clôture  perpétuelle;  il 
atteignait  alors  l'apogée  de  sa  renommée. 

En  1488,  Cisneros  fut  nommé  prieur  en  second  et 
prit  place  dans  le  conseil  des  seniors;  avec  le  prieur  ma- 
jeur, ce  conseil  gouvernait  les  monastères  qui,  sans  for- 
mer encore  une  véritable  congrégation,  étaient  plus  ou 
moins  soumis  à  Valladolid.  Fondés  ou  réformés  par  ce 
dernier,  ces  quelques  monastères  lui  étaient  unis  par 
des  liens  divers;  tous  cependant  étaient  d'accord  pour 
se  plaindre  de  la  «  tyrannie  >■■  de  Valladolid.  C'était  un 
monde  bruyant  et  remuant  :  on  plaidait,  on  se  révol- 
tait. En  1489,  le  nouveau  prieur,  Juan  de  S.  Juan,  réu- 
nit en  chapitre  général  tous  les  supérieurs;  cependant 
lui  et  ses  conseillers  se  réservaient  le  droit  de  dire  le 
dernier  mot;  ils  édictèrent  une  ébauche  de  constitu- 
tions communes;  ils  se  méfiaient  des  autres  monas- 
tères. Cisneros  fut  envoyé  à  la  Cour  pontificale  et  ses 
démarches  furent  couronnées  de  succès.  Il  obtint  no- 
tamment une  bulle  d'Innocent  VIII  (19  mars  1490), 
qui  déclarait  le  prélat  de  Valladolid  prieur  général, 
avec  autorité  sur  tous  lés  monastères  qui  lui  étaient 
soumis;  les  prieurs  de  ces  maisons  devaient,  avant 
d'être  confirmés,  jurer  obéissance  et  soumission  à  celui 
de  Valladolid;  dans  la  formule  de  profession,  ils  pro- 
mettraient obéissance  au  prieur  de  Valladolid  tamquam 
capiti  principali,  et  deinde  vobis  N.  priori  praesentis 
monasterii,  eidem  priori  générait  subiecto,  etc.  (Privi- 
légia praecipiia...,  Valladolid,  1595,  fol.  126-30).  C'était 
une  victoire,  mais  éphémère.  Les  monastères  dépen- 
dants, surtout  ceux  d'Ofia  et  de  Burgos,  agissaient  de 
leur  côté.  Une  bulle  fut  obtenue,  d'après  laquelle  tous 
interviendraient  dans  l'élection  du  prieur  de  Vallado- 
lid. Bien  plus,  dans  deux  chapitres  particuliers  tenus  à 
Fromista  (1490)  et  à  Burgos  (1491),  on  tenta  de  boule- 
verser l'ordre  existant  en  supprimant  les  prérogatives 
de  Valladolid.  Les  délégués  de  ces  monastères  étaient 
à  Rome  :  il  fallait  agir  vite.  On  s'entendit;  mais  S. -Jean 
de  Burgos  prétendait  aller  jusqu'au  bout.  Cisneros  et 
Juan  de  Tudela  furent  une  nouvelle  fois  chargés  d'aller 
à  Rome  pour  défendre  les  intérêts  de  S. -Benoît  de  Val- 
ladolid. 

Cisneros  fut  détourné  de  ce  voyage  à  cause  d'une 
nouvelle  mission  qui  lui  fut  confiée.  Ferdinand  II  dési- 
rait depuis  longtemps  relever  Montserrat.  Ce  monas- 
tère avait  beaucoup  souffert  de  la  guerre  des  remenses. 
D'autre  part,  tous  les  documents  de  l'époque  mention- 
nent les  foules  de  pèlerins  qui  y  accouraient  de  plu- 
sieurs pays  d'Europe.  Les  bâtiments  étaient  insuffi- 
sants; les  moines,  trop  peu  nombreux.  Ferdinand  rê- 
vait d'une  grande  abbaye.  C'était  aussi  l'ambition  du 
nouvel  abbé,  Jean  de  Peralta  (1483-93),  qui  faisait  de 
son  mieux  à  cette  fin.  H  avait  porté  la  communauté  et 


847 


CISNEROS 


848 


la  familia  au  maximum  prévu  par  les  statuts  :  12  moi- 
nes, 12  ermites,  12  chapelains,  12  «  donnés  »,  12  petits 
chantres;  il  posa  la  première  pierre  d'un  nouveau  mo- 
nastère et  fut  le  premier  à  parler  de  réforme.  Il  man- 
quait cependant  de  religieux,  car  fort  peu  voulaient  le 
suivre.  On  chercha  ailleurs  :  d'abord  à  Ste-Justine  de 
Padoue,  puis  à  Valladolid.  La  congrégation  italienne 
ne  voulait  pas  envoyer  de  moines,  fût-ce  même  pour 
peu  de  temps;  Valladolid  exigeait  de  trop  grands  sacri- 
fices :  l'annexion  pure  et  simple.  Finalement  le  roi  ac- 
cepta les  conditions  de  Valladolid.  La  bulle  d'Alexan- 
dre VI,  qui  annexait  le  Montserrat  à  Valladolid,  est  da- 
tée du  19  mars  1493.  On  venait  de  la  recevoir  à  la  cour, 
qui  séjournait  à  ce  moment  à  Barcelone,  quand  Cisne- 
ros  et  Tudela,  en  route  pour  Rome,  y  arrivèrent  en  vue 
d'y  traiter  avec  les  rois  de  quelques  affaires.  Ferdi- 
nand, qui  depuis  longtemps  attendait  des  moines  de 
Valladolid,  les  envoya  aussitôt  prendre  en  mains  l'ad- 
ministration du  Montserrat  (23  avr.).  Le  28  juin,  le 
prieur  de  Valladolid  prenait  personnellement  posses- 
sion du  monastère,  avec  14  moines;  le  3  juill.,  Cisneros 
en  était  élu  prieur. 

Comme  prieur  d'abord,  comme  abbé  à  partir  de 
1499,  Cisneros  présida  aux  destinées  du  Montserrat 
pendant  dix-sept  ans,  c.-à-d.  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie. 
Il  ne  saurait  être  question  de  détailler  ici  son  activité 
de  prélat;  de  dire  comment  il  poursuivit  la  construc- 
tion de  nouveaux  bâtiments,  redressa  le  temporel  de 
l'abbaye,  créa  une  communauté  nombreuse,  porta  le 
pèlerinage  et  la  confrérie  de  N.-D.  à  l'apogée  de  sa 
splendeur.  Au  moment  le  plus  critique  de  l'histoire  du 
Montserrat,  Cisneros  eut  l'immense  mérite  de  faire  face 
à  une  situation  toute  nouvelle,  sans  rien  changer  à  la 
physionomie  séculaire  de  l'abbaye-sanctuaire.  Il  y  par- 
vint en  perfectionnant  et  en  élargissant  ses  vieilles  ins- 
titutions. Afin  de  les  fixer  à  jamais,  il  donna  aux  di- 
verses sections  de  la  familia  du  Montserrat  des  consti- 
tutions spéciales.  Les  premières  en  date  sont  celles  des 
ermites  (éd.  A.  M.  Albareda,  dans  Analecta  Montserra- 
tensia,  m,  126-40);  alors  qu'auparavant  ils  ne  faisaient 
que  le  vœu  d'obéissance  au  supérieur  de  l'abbaye,  Cis- 
neros les  transforma  en  véritables  religieux,  selon  l'es- 
prit de  S.  Benoît.  Des  statuts,  courts  mais  précis,  dé- 
terminèrent les  obligations  des  «  donnés  »  (Montserrat, 
ms.  39,  fol.  19-21)  et  des  chapelains  {ibid.,  fol.  22-23). 
Les  petits  chantres  de  la  Vierge  attirèrent  spéciale- 
ment l'attention  du  législateur,  qui  leur  consacra  sa 
Régula  puerorum  et  le  coutumier  qui  y  fait  suite  (éd. 
H.  Plenkers,  dans  Reu.  bénéd.,  xvii,  1900,  p.  371-78). 
Dans  les  Constitidions  des  moines  (Montserrat,  ms.  39, 
fol.  1-18),  il  condense  les  traditions  de  la  maison  et 
toutes  les  particularités  de  son  idéal  monastique.  Insé- 
rées dans  le  coutumier  de  Valladolid  avec  certaines  ad- 
ditions se  rapportant  à  des  cérémonies  particulières, 
elles  formèrent  le  Liber  caeremoniarum  Montisserrati, 
dont  on  conserve  une  version  latine  (Escurial,  ms. 
Q.  III,  3,  fol.  1-58  v°)  et  une  autre  castillane  (Montser- 
rat, ms.  46,  fol.  1-73  v").  C'est  dans  les  Constitutions 
des  moines  qu'il  faut  chercher  la  pensée  qui  anime 
toute  l'activité  de  Cisneros.  Le  moine  est  appelé  à  la  vie 
spirituelle,  contemplative  :  telle  est  sa  vocation.  Pour 
progresser  dans  cette  voie,  il  doit  connaître  les  réalités 
spirituelles;  Cisneros  acheta  des  livres  et  installa  au 
Montserrat  même,  sous  la  direction  de  Jean  Luschner, 
une  imprimerie  (1499-1500),  d'où  sortirent  des  livres 
liturgiques  et  des  traités  spirituels,  entre  autres  l'Exer- 
citatorio  de  la  vida  spiritual  et  le  Directorio  de  las  horas 
canonicas,  composés  par  Cisneros  lui-même.  En  même 
temps,  il  organisait  de  véritables  cours  de  culture  spi- 
rituelle théorique  et  pratique,  fixant  les  manuels  et 
déterminant  l'horaire  des  études  et  des  cours. 

En  réformant  le  Montserrat,  les  rois  Catholiques 
avaient  espéré  que  les  autres  abbayes  de  Catalogne  et 


même  celles  d'Aragon  allaient  suivre  cet  exemple.  Il 
n'en  fut  rien.  Cependant  les  rois  persévérèrent  dans 
leur  dessein,  et  Cisneros  fut  chargé  de  poursuivre  la 
réforme.  Nous  connaissons  deux  tentatives  faites  par 
lui  en  vue  de  l'introduire  dans  l'abbaye  de  Sant  Cugat 
(4  mai  1503  et  17  juill.  1504).  Le  8  févr.  1505,  les  rois 
obtinrent  une  bulle  de  Jules  II  qui  transférait  à  l'évê- 
que  d'Avila  et  aux  abbés  de  Valladolid  et  du  Montser- 
rat les  pouvoirs  de  visiteurs  et  de  réformateurs  de  tous 
les  monastères  dépendant  des  couronnes  d'Aragon  et 
de  Castille,  pouvoirs  confiés  jadis  par  Alexandre  VI  à 
l'archevêque  de  Messine  et  aux  évêques  de  Coria  et  de 
Catane.  Le  rôle  de  Cisneros  fut  de  réformer  la  congré- 
gation bénédictine,  dite  des  Claustraux  (D.  H.  G.  E., 
VI,  206),  mais  il  se  heurta  à  une  résistance  acharnée. 
On  fit  appel  à  Rome,  où  le  délégué  de  Cisneros,  Pedro 
de  Burgos  (D.  H.  G.  E.,  x,  1357-59),  voyant  de  quelles 
influences  disposaient  les  abbés  commendataires,  les 
moines  claustraux  et  leurs  amis,  donna  prudemment 
le  conseil  de  céder.  Cependant,  par  crainte  du  roi,  les 
claustraux  consentirent  à  une  transaction  avec  Cisne- 
ros, bien  qu'au  moment  de  la  réaliser  ils  en  eussent 
appelé  de  nouveau  à  Rome. 

L'action  de  Cisneros  fut  bien  plus  elTicace  sur  la  con- 
grégation de  S. -Benoît  de  Valladolid.  Au  chapitre  gé- 
néral de  1497,  il  fut  nommé  membre  d'une  commission 
chargée  de  l'unification  des  livres  liturgiques,  qu'il  fit 
par  la  suite  imprimer  au  Montserrat.  Au  chapitre  géné- 
ral de  1500,  il  eut  comme  définiteur  une  large  part  dans 
l'élaboration  des  constitutions  —  on  peut  dire  défini- 
tives —  promulguées  par  ce  chapitre.  Bien  que  de  santé 
toujours  précaire,  on  ne  lui  permettait  pas  de  s'absen- 
ter des  chapitres  généraux,  où  il  était  régulièrement  élu 
définiteur  ou  visiteur,  ou  les  deux  à  la  fois.  On  avait 
confiance  dans  son  expérience,  dans  son  intégrité,  peut- 
être  aussi  dans  son  opposition  déterminée  aux  empiéte- 
ments de  la  communauté  de  Valladolid.  En  fait,  on 
constate  que  Cisneros  devient  de  plus  en  plus  indépen- 
dant à  l'égard  de  l'hégémonie  et  de  la  centralisation 
excessive  que  S. -Benoît  de  Valladolid  tendait  à  main- 
tenir. En  1497,  une  bulle  pontificale  autorisa  les  supé- 
rieurs des  monastères  affiliés  à  Valladolid  à  reprendre 
le  titre  d'abbés.  Cisneros  ne  le  fît  pas,  mais,  de  son  côté, 
il  obtint  une  bulle  particulière  qui  rendait  au  Montser- 
rat le  titre  abbatial  supprimé  par  Valladolid.  Au  cha- 
pitre général  de  1500,  il  lutta  vaillamment  pour  faire 
approuver  les  constitutions  des  moines  du  Montserrat. 
Au  sujet  de  la  réforme  elle-même,  ses  vues  diffèrent  de 
celles  du  roi  et  de  l'abbé  général,  Pedro  de  Najera.  Cis- 
neros ne  partage  pas  le  zèle  outré  de  ceux-ci;  il  n'est  pas 
partisan  de  la  force;  il  prêche  la  modération.  On  re- 
marque cette  modération  et  cette  compréhension  dans 
la  transaction  conclue  entre  Cisneros  et  l'abbé  claus- 
tral de  Valvanera,  en  1509.  La  différence  des  points  de 
vue  se  manifesta,  au  contraire,  quand,  à  la  suite  d'abus 
de  pouvoirs  commis  par  l'abbé  de  Valladolid  —  sur- 
tout dans  la  réforme  de  Najera  —  Jules  II  sévit  et 
frappa  de  censures  l'abbé  général  et,  ce  semble,  la  con- 
grégation tout  entière.  On  parlait  même  à  Rome  de 
supprimer  celle-ci.  Il  paraît  bien  aussi  que  Cisneros  fut 
particulièrement  frappé  par  les  censures,  comme  col- 
lègue de  l'abbé  de  Valladolid.  Le  25  mars  1510,  au  cha- 
pitre général  extraordinaire  de  Valladolid,  le  père  Pe- 
dro Muiïoz  signait  une  lettre  adressée  au  roi  comme 
abbé  du  Montserrat  (cf.  E.  Pacheco  y  de  Leyva,  La  po- 
litica  espanola  en  Italia...,  i,  Madrid,  1919,  p.  180).  Ce- 
pendant, ayant  démontré  à  Rome  son  innocence,  Cis- 
neros fut  rétabli  dans  sa  charge  et,  le  10  oct.,  par  un 
acte  public,  se  soustrayait  avec  toute  sa  communauté 
à  l'obédience  de  l'abbé  de  Valladolid. 

Ce  fut  la  dernière  épreuve,  et  combien  amère.  Le  zèle 
mis  à  ses  réformes  et  ses  austérités  avaient  miné  sa 
santé.  Il  mourut  le  27  nov.  1510,  et  l'on  grava  sur  son 


849 


CISN 


EROS 


850 


tombeau  :  Hic  iacet  jraler  Gursias  de  Cisneros  abbas 
huius  monasterii  reformator.  On  lui  donna  bientôt  le 
titre  de  Vénérable.  Le  2  nov.  1599,  ses  restes  furent 
transportés  dans  la  nouvelle  église,  inaugurée  cette 
année  même,  bien  qu'on  eût  décidé  de  ne  faire  la  trans- 
lation d'aucune  sépulture.  • 

II.  Son  œuvre  ascétique.  —  Cisneros  ne  songea 
jamais  à  devenir  écrivain.  C'est  à  la  prière  instante  de 
ses  moines  qu'il  publia  deux  ouvrages  anonymes,  qui 
n'étaient  d'ailleurs  que  des  compilations  d'auteurs  spi- 
rituels. 

Le  Direciorio  de  lus  Iwras  canon  icas  est  tout  entier 
tiré  du  Rosetum  exercitiornm  spiritualium  de  Jean 
Mombaer.  Il  sortit  des  presses  du  Montserrat,  en  espa- 
gnol d'abord  (.30  sept.  15(10),  et  plus  tard,  à  la  suite  de 
VExercitatorium,  en  latin  (15  nov.  1500).  Son  but  est 
d'aider  le  débutant  à  se  préparer  à  la  psalmodie,  et  de 
lui  présenter  des  moyens  «  de  se  maintenir  attentif  et 
d'élever  son  âme  à  Dieu  »  (prologue).  On  a  souvent 
mal  interprété  la  portée  de  ce  livre.  Cisneros  n'a  nulle- 
ment voulu  changer  la  règle  d'or  de  S.  Benoît  :  Mens 
nostra  concordet  voci  nostrae.  La  preuve  en  est  que,  si  le 
Directoire  est  signalé  dans  les  Constitutions  des  moines 
parmi  les  livres  que  doivent  connaître  tous  les  com- 
mençants, ils  sont  aussitôt  invités  à  étudier  les  ou- 
vrages qui  pourront  les  conduire  à  la  compréhension 
des  psaumes  et  de  l'offlce  divin,  tels  par  exemple  les 
commentaires  de  S.  Augustin  (c.  vi).  On  connaît  envi- 
ron trente  éditions  du  Directorio. 

Mais  c'est  V Exercilatorio  de  la  vida  spiritual  qui  a 
immortalisé  Cisneros.  Il  fut  rédigé  d'abord  en  castillan 
et  traduit  ensuite  en  latin  par  Hernando  de  Torque- 
mada.  Les  huit  cents  exemplaires  du  texte  espagnol  et 
du  texte  latin  parurent  en  même  temps  au  Montser- 
rat, le  13  nov.  1500.  \J Exercilatorio  se  présente  comme 
une  compilation  anonyme,  mais  Cisneros  lui-même 
s'en  déclare  l'auteur  dans  le  c.  ii  des  Constitutions  des 
moines.  Le  livre  se  divise  en  quatre  parties.  Dans  la 
première,  après  une  longue  introduction  sur  la  néces- 
sité, le  fruit  et  les  conditions  des  exercices  spirituels 
(c.  i-ix),  sont  décrits  les  exercices  de  la  voie  purgative 
(c.  x-xix).  La  seconde  partie  est  consacrée  aux  exer- 
cices de  la  voie  illuminative  (c.  xx-xxv)  et  la  troisième 
à  ceux  de  la  voie  unitive  (c.  xxvi-xxx).  La  quatrième 
partie,  qui  dépasse  en  longueur  les  trois  autres  réunies 
(c.  xxxi-Lxix),  n'est  qu'un  florilège  sur  la  contempla- 
tion. Watrigant,  Drinkwelder  et  Alamo  ont  décelé  les 
sources  de  cette  compilation.  On  y  retrouve  l'essentiel 
de  trois  ouvrages  célèbres  :  le  De  spiritualibus  ascen- 
sionibus,  de  Gérard  Zerbolt  de  Zutphen;  Y Alphabetum 
divini  amoris,  de  Nicolas  Kempf,  et  le  De  monte  con- 
templationis,  de  Gerson.  On  y  repère  encore  des  ex- 
traits de  S.  Bonaventure,  du  Rosetum  de  Mombaer,  de 
la  Theologia  mystica  de  Hugues  de  Balma,  etc.  Cisneros 
est  fortement  influencé  par  la  devotio  moderna  des  frè- 
res de  la  vie  commune  et  des  chanoines  de  Windesheim. 
Il  est  particulièrement  tributaire  de  .Jean  Mombaer, 
qu'il  a  peut-être  rencontré  à  Paris  lors  d'un  voyage 
qu'il  fit  à  la  cour  de  France  pour  y  négocier  la  paix  au 
nom  de  Ferdinand  IL  Bien  que  dans  son  livre  il  n'y  ait 
pas  trois  lignes  consécutives  qui  soient  originales,  Cis- 
neros eut  le  grand  mérite,  non  seulement  d'avoir  publié 
le  premier  traité  méthodique  de  spiritualité  en  langue 
castillane,  mais  d'avoir  fait  un  choix  judicieux  et  par- 
faitement articulé  d'excellents  passages.  H.  Watrigant, 
qui  a  étudié  le  mieux  notre  auteur,  déclare  :  «  Si  l'on 
considère  V  Exercilatorio  comme  livre  de  formation  à  là 
vie  d'oraison  (j'ajoute  :  surtout  dans  la  vie  contempla- 
tive), ou  encore  si  l'on  l'examine  au  point  de  vue  de  son 
rôle  dans  l'histoire  de  la  spiritualité,  il  est  juste  de  lui 
donner  un  rang  d'honneur  dans  la  littérature  ascé- 
tique »  (Quelques  promoteurs...,  p.  64).  Les  quelque 
trente  éditions  de  V  Exercilatorio,  espagnoles,  latines 


françaises,  italiennes,  allemandes,  anglaises  et  cata- 
lanes, qu'on  a  pu  jusqu'ici  dénombrer,  en  disent  assez 
long  sur  le  succès  et  l'influence  de  ce  livre.  On  en  a  pu- 
blié aussi  des  abrégés,  notamment  le  Compendio  brève 
de  Exercicios  espiriluales,  sacado  de  un  libro  llamado 
«  Exercilatorio  de  vida  espiritual  »,  qui  a  eu  de  nom- 
breuses éditions 

C'est  le  Montserrat  qui  bénéficia  le  premier  de 
V  Exercilatorio:  ses  moines  étaient  tenus  de  l'apprendre 
par  cœur  et  de  suivre  ses  méthodes  de  prière.  Il  devint 
le  manuel  officiel  de  la  congrégation  de  Valladolid,  et 
il  se  répandit  aussi  dans  d'autres  monastères,  surtout 
chez  les  claustraux.  Far  les  moines,  son  influence 
s'exerçait  naturellement  sur  les  fidèles.  On  s'est  beau- 
coup occupé  d'un  de  ces  contacts.  Tout  au  début  de  sa 
conversion,  en  effet,  S.  Ignace  de  Loyola  visita  le  Mont- 
serrat. On  connaît  la  scène  touchante  de  la  veillée  des 
armes  et  quels  liens  étroits  l'unissaient  à  son  confes- 
seur, un  moine  pieux  formé  à  l'école  de  Cisneros.  Quels 
rapports  y  a-t-il  entre  V  Exercilatorio  et  les  Ejercicios 
espiriluales,  dont  S.  Ignace  entreprit  la  rédaction  aus- 
sitôt après  sa  visite  au  Montserrat,  à  Manrèse,  ou  déjà 
au  Montserrat  même  ?  On  a  tant  écrit  sur  cette  ques- 
tion que  l'on  ne  saurait  tout  résumer.  La  controverse 
date  de  la  fin  du  xvi«  s.  ;  elle  dégénéra  bientôt  en  lutte 
personnelle  et  passionnée.  Le  S. -Siège  mit  à  l'Index 
une  publication  de  chaque  partie  :  le  De  religiosa 
sancti  Ignatii...  per  patres  benediclinos  inslitulione... 
(Venise,  1641),  du  bénédictin  C.  Cajetan,  et  l'Achates 
ad  D.  Conslantinum  Caietanum...  (Lyon,  1644),  du  jé- 
suite J.  Rho.  Au  xix^  s.,  J.-M.  Besse  orienta  les  débats 
vers  la  critique  textuelle.  On  a  répété  mille  fois  les 
mêmes  arguments.  On  a  porté  des  jugements  de 
toutes  sortes;  ils  dépendent  en  général  de  la  sérénité 
de  leurs  auteurs.  Car  la  passion  n'a  cessé  de  jouer  un 
rôle  dans  cette  controverse,  dont  les  ennemis  de  la 
Compagnie  n'ont  pas  manqué  de  se  faire  une  arme 
pour  l'attaque.  D'autre  part,  «  on  rencontre  encore 
aujourd'hui  de  braves  gens  pour  qui  S.  Ignace  est  un 
peu  comme  un  météore  et  les  Exercices  le  fruit  d'une 
révélation  divine  »  (E.  Raitz  von  Frentz,  S.  J.,  Lu- 
dolphe  le  Chartreux  et  les  «  Exercices  »  de  S.  Ignace  de 
Loyola,  dans  Revue  d'ascél.  et  de  myst.,  xxv,  1949, 
p.  375).  C'est  dans  cette  pensée  sans  doute  que  le  P.  Co- 
dina  voulait,  dans  le  Los  origines  de  los  «  Ejercicios  es- 
piriluales »...  (Barcelone,  1926),  «  laisser  bien  prouvées 
historiquement  les  origines  surnaturelles  des  Exerci- 
ces »  (p.  ix).  Admettre  des  sources,  c'était  nier  ou  mi- 
nimiser les  origines  surnaturelles  des  Exercices.  Pour- 
tant, il  y  a  des  années  déjà,  M.  P.  Groult  observait  : 
"  Tout  exégète  un  peu  averti  n'hésite  pas  à  admettre 
aujourd'hui,  dans  les  Livres  saints,  une  part  considé- 
rable d'éléments  humains,  et  on  peut  parler  des  sources 
des  écrivains  sacrés  sans  s'éloigner  de  l'orthodoxie  »;  à 
fortiori  peut-on  parler  des  sources  des  écrivains  spiri- 
tuels (Les  mystiques  des  Pays-Bas  et  la  littérature  espa- 
gnole du  xvi«  s.,  Louvain,  1927,  p.  10).  Malgré  tout 
ce  que  l'on  a  dit,  une  étude  approfondie  et  vraiment 
scientifique  de  cette  très  épineuse  question  fait  encore 
défaut;  d'autant  que  S.  Ignace,  après  ses  études,  con- 
gessit  delibaliones  illas  exerciliorum  primas,  addidil 
multa,  digessil  omnia,  dédit  examinanda  et  iudicanda 
Scdi  aposlolicae  (Monumenta  hist.  S.  L,  Epistolac  Nu- 
dal,  IV,  826),  et  que  nous  n'avons  plus  la  première  ré- 
daction des  Exercices. 

M.  Alamo,  art.  Cisneros  (Garcia  ou  Gœzias  de),  dans 
Dict.  de  spiril.,  ii,  910-21.  —  Ph.  Schmitz,  Hist.  de  l'ordre 
de  S.-Benoît,  vi,  Maredsous,  1949,  p.  279-85.  —  H.  Watri- 
gant, Quelques  promoteurs  de  la  méditation  méthodique  au 
XV'  s.,  Enghien,  1920.  —  J.  Lloret,  Vila  F.  G.  Cisnerii, 
abbalis  ac  reformatoris  monasterii  Montisserrati,  en  tête  de 
l'éd.  de  VExercitatorium,  Barcelone,  1570.  —  L.  de  Ayala, 
La  vida  de...  F.  G.  de  Cisneros,  Valladolid,  1599.  —  M. 


851 


CISNERUS 


CITEAIX  (ABBAYE) 


852 


Navarro,  Vida  del  \'enerable  Fr.  G.  de  Cisneros,  en  tête  de 
l'éd.  de  V Exercitatorium,  Salamanque,  1712,  p.  1-120.  — • 
F.  Curiel,  Noticia  del  autor  y  de  sus  obras,  en  tête  de  l'éd.  de 
VEjercitatorio,  Barcelone,  1912,  p.  v-xxv.  —  A.  M.  Alba- 
reda,  Hist.  de  Montserrat,  Montserrat,  19.31,  p.  91  sq.; 
Bibliografia  dels  Monjos  de  Montserrat  (s.  XVI ),  dans  Anal. 
Montserrat.,  vu,  43-142;  La  imprenta  de  Montserrat,  ibid.. 
Il,  11-166.  —  G.  de  Argalz,  La  Perla  de  Cataliina...,  Madrid, 
1677.  —  E.  Drinkwelder,  dans  Schitle  des  geistliclien  Lebens 
auf  den  Wegen  der  Beschaimng,  Fribourg-en-Br.,  1923, 
introd.  et  notes.  —  S.  Ruiz,  Cisneros  y  su  «  Directorio  de 
horas  »,  dans  La  vida  sobrenatural,  XLiv,  1943,  p.  41-48.  — 
A.  de  Yepes,  Coronica  gênerai  de  la  orden  de  S.  Benito,  iv, 
Valladolid,  1613,  fol.  229  v<'-239.  —  J.  M.  Besse,  Une 
question  d'histoire  littéraire  au  XVl^  s.  :  l'  «  Exercice  »  de 
Garcia  de  Cisneros  et  les  «  Exercices  »  de  S.  Ignace,  dans 
Beu.  des  quest.  hist.,  LXi,  1897,  p.  22-51.  —  H.  Watrigant, 
La  genèse  des  «  Exercices  »  de  S.  Ignace  de  Loyola,  dans 
Études,  Lxxii-Lxxiii  ;  tiré  à  part,  Amiens,  1897.  — Dict. 
de  spirit.,  ii,  15-16.  —  A.  M.  Albareda,  S.  Ignasi  a  Mont- 
serrat, Montserrat,  1935.  —  M.  Quera,  El  origen  sobre- 
natural de  los  «  Ejercicios  espirituales  »,  Barcelone,  1941. 

G.   M.  COLOMBAS. 

CISSA,  ancien  dioc.  d'Istrie  (Italie).  Sous  l'Em- 
pire romain,  il  y  eut  une  Cissa  ou  Gissa  en  Dalmatie, 
et  une  Cissa  en  Istrie,  près  de  Rovigno.  Cette  dernière 
fut  le  siège  d'un  évèché  du  vi«  au  viii<'  s.  Entre  571  et 
577,  son  évêque  Vindemius  prit  part  au  synode  de 
Grade  et  fut  emjjrisonné  par  l'exarque  Smaragde.  Il 
abjura  le  schisme  des  Trois  Chapitres,  prit  part  cepen- 
dant au  synode  de  Marano,  schismatique  lui  aussi.  Vn 
de  ses  successeurs,  Ursinus,  assista  au  synode  romain 
de  680.  Il  occupait  encore  le  siège  quand  Cissa  fut  dé- 
truite, au  début  du  viii<^  siècle. 

Babiidri,  //  vescnoato  di  Cissa  in  Istria,  Parenzo,  1920.  — 
Paul  Diacre,  Hist.  Lang.,  III,  xxvi;  P.  L.,  XLV,  527-28. 
—  Lanzoni,  ii,  850. 

R.  Van  Dorkn. 
CISSENDORF,  Zissendorf,  ancienne  abbaye  de 
moniales  cisterciennes,  au  diocèse  de  Cologne,  près  de 
Siegburg,  fondée  d'abord  à  Blankenberg  avant  1247, 
par  la  comtesse  Mathilde  de  Sayn,  pour  des  religieuses 
augustines.  Des  cisterciennes  vinrent  l'occuper  en 
1247,  puis  se  transférèrent  à  Zissendorf  entre  1259  et 
1283.  En  1574,  l'abbaye  reçut  quelques  moniales  de 
Porta  coeli,  à  Schweinheim,  dans  l'Eifel,  i)our  y  implan- 
ter la  réforme.  Le  monastère  fut  supprimé  en  1802  et 
vendu  en  1818. 

B.  Huemer,  dans  .Sludien  und  Milteilunyen,  xxxvii, 
1916,  p.  8  S(i. 

J.-M.  Canivez. 
CISSI,  localité  d'Afrique,  la  KiCTar)  de  Ptolémée 
{Claudii  Ptolemaei  geographia,  IV,  ii,  7;  éd.  Nobbe,  i, 
Leipzig,  1843,  p.  228,  1.  29),  le  Cisi  (Cysi,  Gysi,  Casi) 
mimicipium  de  l'Itinéraire  d'Antonin  (Itinerarium  An- 
tonini  Augiisti,  éd.  Wesseling,  16;  éd.  Parthey  et  Pin- 
der,  7),  de  l'anonyme  de  Ravenne  et  de  Guido  {Raven- 
natis  Anonymi  cosmographia  et  Guidonis  geographica, 
éd.  Pinder  et  Parthey,  155  et  517),  le  Cissi  muiiicipium 
de  la  Table  de  Peutinger  (Weltkarte  des  Castor ius,  ge- 
nanni  die  Peutinger' sche  Tafel,  segm.  ii,  S  1).  Cissi  fai- 
sait partie  de  la  Maurétanie  césarienne  et  était  située 
entre  Rusguniae  (cap  Matifou)  et  Saldae  (Bougie),  à 
12  milles  (environ  18  km.)  de  Rusuccuru  (=Dellys)  et 
à  la  même  distance  de  Rusubbicari  Matidiae  (  =  Port- 
aux-Poules);  ce  qui  correspond  aux  ruines  du  cap  Dji- 
net  (Cat,  dans  Bull,  de  corr.  afr.,  i,  1882,  p.  140-42), 
comme  l'a  prouvé  la  découverte  d'une  borne  milliaire 
près  de  Dellys  (C.  Viré,  Découverte  d'une  borne  mil- 
liaire, dans  Bidl.  d'Oran,  1912,  p.  381-88)  et  comme  le 
supposaient  jusqu'en  1912  la  plupart  des  savants  (cf. 
toute  la  bibliographie  à  ce  sujet  dans  Atlas  arcti.,  fol.  5, 
Alger,  57,  et  fol.  6,  Fort-National,  87,  p.  10-11).  Il 
semble  que  la  ville  n'ait  jamais  dépassé  le  rang  de 
municipe. 


Elle  existait  à  titre  d'évêché  en  411;  mais  c'était 
alors  un  siège  purement  donatiste;  son  titulaire  s'ap- 
pelait Flavosus;  l'ethnique  Cissitanus  étant  correct,  il 
y  a  lieu  de  donner  la  préférence  à  cet  évêque,  pour  cette 
juridiction,  sur  le  Quodvultdeus  Cessitanus,  attribua- 
ble  plutôt  à  Cicsi  (voir  ce  mot,  Gesla  coll.  Carth.,  i,  208; 
Mansi,  iv,  161  ;  P.  L.,  xi,  1348).  La  liste  de  484  pour  la 
Maurétanie  césarienne  (Not.  afr.,  Maur.  Caes.,  107  ;  Vic- 
tor de  Vite,  éd.  Petschenig,  131  ;  P.  L.,  lviii,  274,  347) 
porte  comme  107«  nom  celui  d'un  Cissitanus,  Repara- 
tus;  il  dut  subir  le  sort  général  des  prélats  convoqués  à 
Carthage  par  Hunéric,  l'exil. 

Dans  les  ruines  du  cap  Djinet,  une  église  du  iv«  ou  du 
v«  s.,  encore  facilement  reconstituable  à  la  fin  du 
xix"^  s.,  est  maintenant  trop  dévastée  pour  qu'on  puisse 
en  tirer  parti  (C.  Viré,  Archéologie  du  canton  de  Bordj- 
l  Menaiel,  dans  Rec.  de  Constantine,  1898,  p.  63-64). 

I      Morcelli,  i,  clxxvii,  p.  138.  —  Not.  dign.,  n,  annot., 
I  p.  627,  651.  —  Ch.  de  Vigneral,  Ruines  romaines  de  l'Al- 
l   gérie  :  Kabylie  du  Djurdjura,  Paris,  1868,  p.  11-12  et  pl.  i, 
■   Ug.  2.  —  Gams,  465.  —  Mercier,  Note  sur  les  ruines  et  les 
voies  antiques  de  l'Algérie,  dans  Bull,  du  comité,  1885, 
p.  346.  —  L.  de  Mas-Latrie,  Anciens  évêchés  de  l'Afr.  sept., 
I   dans  Bull,  de  corr.  afr.,  Alger,  1886,  p.  94;  Trésor  de  chro- 
nologie, Paris,  1889,  p.  1872.  —  Ch.  Tissot,  Géogr.  comparée, 
!   II,  Paris,  1888,  p.  773.  —  Mgr  Toulotte,  Géogr.  de  l'Afr. 
•   chrét.,  Maurétanies,  Montreuil-sur-Mer,  1894,  xxxv,  p.  74- 
76.  — •  Dessau,  dans  Pauly-VVissowa,  au  mot  Cissi.  —  Thes. 
1   ling.  lat.,  Onomasticon,  ii,  461,  au  mot  Cissi.  —  P.  Mesnage, 
;    L'Afr.  chrét.,  Paris,  1,912,  p.  450-51  (Dellys  et  Djinet). 

J.  Ferron. 

CISTELLO,  Cistetluin,  Sla  Maria-Magdalenu 
Poenitentium  de  Cistello,  Monasierium  Pintianiim,  a 
Pinti,  ancienne  abbaye  de  moniales  cisterciennes,  fon- 
dée à  Florence,  près  de  la  porte  Pincia,  par  l'évêque  de 
la  ville,  François  di  Sylvestris  e  Cingulo,  1325.  Un 
siècle  plus  tard,  sous  Eugène  IV,  les  moniales  furent 
transférées  à  S.-Donat,  où  elles  demeurèrent  jusqu'en 
1809,  et  des  moines  de  S. -Sauveur  de  Settimo  occu- 
pèrent Cistello. 

I  En  1565,  l'abbaye  était  taxée  à  4  écus  par  le  chapitre 
général.  Elle  fit  partie  de  la  congrégation  S. -Bernard 
d'Italie  et  en  subit  les  vicissitudes  jusqu'à  la  fin  du 

I  xvin«  siècle. 

I  Nie.  Baccetius,  Seplimanae  historiae  libri  VII,  Home, 
I  1724,  p.  108,  137,  270.  —  Cisterc.-Chronik  a  public  (1901, 
!  p.  204  sq.),  le  rapport  de  la  visite  faite,  en  1579,  dans  les 
monastères  de  Lombardie  et  de  Toscane,  par  deux  visiteurs 
apostoliques,  dom  .Juvénal,  abbé  de  Morimond  de  Milan, 
et  dom  Guy,  abbé  de  S. -Sauveur  de  Septime.  —  Cottinean, 
787,  1159.  —  .Tanauschek,  Orig.  cisterc.  Vienne,  1877,  p. 
Lxviii.  —  Pflugk-Harttung,  Iter,  p.  22  :  7  bulles.  —  Rome, 
Bibl.  Vatic,  ms.  Barber.,  lat.  3221  (U),  fol.  167-274  :  de 
Cistello  coenobio  ad  sinistram  portam  prope  Florentiam.  — 
Statuta  cap.  gêner,  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain,  1933-41, 
passini. 

I  J.-M.  Canivez. 

1.  C ITEAUX  (Abb.we),  C(s/erc(um,  Cystercium, 
Cister,  Cistiaus,  Zylels,  célèbre  abbaye  chef  d'ordre,  si- 
tuée à  23  km.  au  sud  de  Dijon,  sur  le  territoire  de  la 
commune  de  S.-Nicolas-lez-Cîteaux. 

I.  L'idée  génératrice  de  Cîteaux.  II.  L'(cuvre  des 
trois  premiers  abbés.  III.  Domaine  temporel.  IV.  La 
filiation  de  Cîteaux.  V.  Les  abbés  de  Cîteaux.  VI. 
Saints  et  prélats  remarquables.  VII.  Liturgie.  VIII.  Bi- 
bliothèque et  écrivains.  IX.  Art  et  architecture.  X.  Ar- 
chives et  bibliographie. 

I.  L'idée  génératrice  de  Cîteaux.  —  Le  21  mars 
j  1098,  en  la  fête  de  S.  Benoît,  qui  en  cette  année  coïnci- 
dait avec  le  dimanche  des  Rameaux,  vingt  et  un  moi- 
nes bénédictins  de  Molesme,  ayant  à  leur  tête  l'abbé 
Robert,  quittent  l'opulente  abbaye  et  se  retirent  dans 
le  désert  de  Cîteaux.  Ce  qu'ils  veulent,  c'est  pratiquer 
la  règle  bénédictine  dans  sa  teneur  littérale,  et  ils  quit- 
tent Molesme  parce  qu'à  leurs  yeux  c'est  une  prévari- 


853 


CITE  AUX 


(ABBAYE) 


854 


cation  de  s'écarter,  même  en  choses  minimes,  de  la 
norme  de  vie  que  l'on  a  juré  à  Dieu  d'observer.  N'es- 
sayons pas  de  déterminer  si  l'observance  de  Molesme 
était  un  relâchement.  On  a  souvent  tenté  ce  sondage; 
c'est  en  pure  perte,  le  sens  précis  de  relâchement 
n'étant  pas  fixé  et  acceptant  dès  lors  une  gamme  très 
étendue. 

Le  désir  de  retour  à  la  pratique  littérale  de  la  règle 
fut  donc  d'abord  conçu  en  réaction  contre  les  coutumes 
admises;  le  nouveau  monastère  fut  ensuite  fondé  afin 
de  réaliser  l'idée.  Celle-ci,  d'ailleurs,  rentre  dans  le  mou- 
vement assez  général  des  esprits  à  la  fm  du  xi«  s.  :  un 
peu  partout  on  prétend  remonter  aux  sources  pour  re- 
trouver la  pureté  des  origines  en  tout  domaine. 

Les  fondateurs  eurent  soin  de  consigner  dans  un  re- 
cueil d'actes  officiels  le  point  de  départ  et  la  raison  de 
leur  œuvre.  Voici  leur  déclaration  initiale  :  «  Nous,  pre- 
miers fondateurs  de  l'Église  de  Cîteaux,  faisons  con- 
naître par  le  présent  écrit,  à  ceux  qui  viendront  après 
nous,  la  canonicité,  l'autorité,  les  personnes,  l'époque, 
le  monastère,  le  genre  de  vie  qui  en  ont  marqué  le  com- 
mencement. Nous  voulons  cet  exposé  dans  toute  sa 
sincérité,  pour  qu'ils  s'attachent  davantage  à  ce  lieu  et 
à  l'observance  de  la  règle  que  nous  y  avons  commencée, 
par  la  grâce  de  Dieu.  »  Suivent  alors,  dans  YExordium 
cisterciensis  coenobii,  les  pièces  officielles  authentiques 
des  prélats  intervenus  pour  autoriser  la  fondation  : 
Hugues  de  Romans,  archevêque  de  Lyon  et  légat  du 
S. -Siège;  Gauthier,  évêque  de  Chalon. 

Exordium  cis(erc.  coenobii,  appelé  aussi  Parmim  exordiuni, 
souvent  édité  :  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xiv,  110;  P.  L., 
cLxvi,  1501.  —  Dom  Othon  Ducourneau,  Les  origines  cis- 
terciennes, Ligugé,  1933,  travail  bien  fouillé,  que  déparent 
plusieurs  erreurs  notables  relevées  par  .1.  Laurent,  dans 
Annales  de  Bourgogne,  iv,  19.34,  p.  213  :  Le  problème  des 
commencements  de  Cîteaux.  —  A.  Fliche,  Le  règne  de  Phi- 
lippe I",  Paris,  1912,  p.  466.  —  Gall.  christ.,  iv,  instr.,  233  : 
Notitia  fundationis  Cistercii.  —  P.  L.,  clx,  1167.  —  Man- 
rique,  Annales  cistercienses,  Lyon,  1642,  ann.  1098,  cap.  ii. 

—  G.  Millier,  Grilndung  der  Abtei  Cîteaux,  Bregenz,  1898. 

—  Martène,  Thésaurus  anecd.,  v,  ï'ill  :  Dialogus  inter 
cluniac.  monachum  cl  cisterc.  —  Dijon,  bibl.  munie,  ms.  1591 
(anc.  357,  suppL),  fol.  2-12  :  dissertation  sur  l'origine  de  C. 

—  Troyes,  bibl.  munie,  ms.  699  :  dissertation...;  ms.  1154 
(xiv«  s.);  ms.  1309  (xin«  s.)  :  Hisioria  Brevis  exordii  cisterc. 
coenobii. 

IL  L'œuvke  des  tbois  premiers  abbés  de  Cî- 
teaux. —  1°  S.  Robert.  —  On  a  minimisé  parfois  son 
œuvre  à  Cîteaux,  en  raison  de  son  départ  un  an  après 
son  arrivée,  et  aussi  à  cause  de  certaines  appréciations 
émises  par  le  légat  apostolique,  spécialement  la  note 
d'inconstance  qu'il  lui  inflige  :  solita  leuitate  (Exord., 
c.  vu).  Le  va-et-vient  que  l'on  constate  dans  la  vie  du 
saint  fondateur  pouvait  prêter  le  flanc  à  ce  reproche. 
Le  17  avr.  1111,  Robert  terminait  sa  carrière;  il  était 
dans  la  quatre-vingt-troisième  année  de  son  âge.  A  son 
tombeau  s'opérèrent  des  guérisons  miraculeuses  qui 
publièrent  sa  sainteté  et  inaugurèrent  le  culte  public 
dont  Robert  de  Molesme  a  joui  depuis  dans  l'Église. 
Dès  1222,  quelques  mois  après  la  canonisation  par 
Honorius  III,  le  chapitre  général  de  Cîteaux  ordonnait 
pour  tout  l'ordre  la  célébration  liturgique  de  la  fête 
du  saint.  Sa  part  dans  les  origines  de  l'ordre  avait  été 
grande,  en  effet  :  il  lui  revient  d'avoir  nourri,  avec  plu- 
sieurs de  ses  frères,  l'idée  génératrice  du  nouvel  ordre 
monastique  et  d'avoir  jeté  les  bases  de  l'abbaye  mère. 
Après  lui,  d'autres  feront  monter  l'édifice  commencé 
et  en  couronneront  le  faîte;  S.  Robert  conserve  la 
gloire  d'en  avoir  posé  la  première  pierre. 

A.  S.,  avr.,  m,  670.  —  Les  clironiqueurs  contemporains, 
tels  Guillaume  de  Malmesbury,  De  rébus  Angliae  (P.  L., 
CLxxix,  1256);  Orderic  Vital,  Hist.  eccl.  (P.  L.,  clvii,  17). 

—  É[douard]  H[autcœur),  Vies  de  S.  Robert  et  de  S.  Albéric, 
Lérins,  1875.  —  .1.  Laurent,  Cartulaire  de  Molesme,  Paris, 


1907.  —  .S.  Lenssen,  S.  Robert  fondateur  de  Cîteaux,  West- 
malle,  1937;  cf.  analyse  critique  par  .1.  Laurent,  dans  Ann. 
de  Bourgogne,  xii,  1940,  p.  31-36.  —  Gr.  Muller,  Die  Grun- 
dung  der  Abtei  Cîteaux,  Bregenz,  1898.  —  K.  Spahr,  Das 
Leben  des  hl.  Robert  von  Molesme,  Fribourg,  1944. 

2»  S.  Aubri  ou  Albéric  (1099/1100-1109).  —  «  Veuve 
de  son  pasteur,  l'Église  de  Cîteaux  se  réunit  et,  dans 
une  élection  régulière,  se  choisit  pour  abbé  un  frère  du 
nom  d' Aubri.  C'était  un  homme  instruit,  versé  dans 
la  connaissance  des  choses  divines  et  humaines.  Très 
attaché  à  la  règle  et  à  ses  frères,  il  avait  exercé  long- 
temps la  charge  de  prieur  à  Molesme  et  à  Cîteaux;  il 
n'avait  reculé  devant  aucune  peine  pour  obtenir  qu'on 
abandonnât  Molesme.  Son  zèle  lui  avait  valu  bien  des 
hontes,  même  la  prison  et  des  coups  »  (Exord.,  c.  ix). 
Ces  quelques  mots  du  Petit  exurde  sont  les  seules  don- 
nées authentiques  que  nous  ayons  sur  la  vie  antérieure 
du  second  abbé  de  Cîteaux.  Son  œuvre  est  mieux  con- 
nue. Trois  choses  retiennent  particulièrement  l'atten- 
tion du  fondateur  : 

1.  La  position  juridique  du  monastère.  Il  obtient  de 
Pascal  II  le  Privileç/ium  Romanum,  comme  l'appelle 
VExorde  (Jafîé,  5842  :  Desiderium  du  19  oct.  1100).  Ce 
privilège,  qui  n'est  pas  l'exemption,  doit  être  inter- 
prété comme  l'étaient  les  concessions  similaires;  les  Dé- 
crétâtes l'ont  expliqué  à  plusieurs  reprises  (1.  V,  tit. 
xxxiii,  c.  8,  18;  1.  V.  tit.  vu,  c.  10,  in  VI").  Le  privi- 
lège acquis  consiste  en  ce  ([u'il  ne  sera  plus  permis  à 
aucune  autorité  inférieure  à  celle  du  pontife  romain 
d'introduire  des  modifications  dans  les  règles  actuelle- 
ment en  usage,  ni  de  molester  la  communauté  en  au- 
cune manière.  La  bulle  se  termine  par  une  exhortation 
à  maintenir  toujours  intacts  les  deux  éléments  carac- 
téristiques de  Cîteaux  :  un  plus  grand  éloignement  du 
siècle  et  une  vie  plus  saintement  austère. 

2.  Les  Instituta  monachorum  cisterciensium  de  Mo- 
lismo  venienlium  {Exord.,  c.  xv)  furent  rédigés;  ils  se 
répartissent  sous  les  titres  suivants  :  pauvreté  indivi- 

I  duelle,  pauvreté  conventuelle,  hospitalité,  frères  con- 
vers,  futures  fondations  d'abbayes.  Notons  que  leur 
pauvreté  conventuelle  consistera  à  chercher  les  moyens 
de  vivre  dans  le  travail  manuel  exclusivement.  On  re- 
jette donc  comme  sources  de  revenus  la  possession 
d'églises  et  il'autels  avec  droits  curiaux,  telles  les  obla- 
tions  et  les  mortuaires.  On  exclut  la  possession  de  vil- 
las, vastes  exploitations  avec  serfs  attachés  à  la  glèbe. 
On  ne  possédera  ni  fours,  ni  moulins  banaux.  La 
jouissance  des  dîmes  est  particulièrement  rejetée;  cette 
privation  sera  la  base  du  privilège  de  l'exemption  des 
dîmes. 

3.  La  liturgie  fut  l'objet  d'une  réforme  profonde. 
h'opus  Dei  fut  ramené  aux  proportions  marquées  par 
S.  Benoît  :  on  en  exclut  donc  l'apport  massif  des  géné- 
rations précédentes  qui,  à  Cluny,  avait  transformé  la 
vie  du  moine  en  une  psalmodie  presque  continuelle. 
Par  ex.,  le  seul  office  de  prime  chez  les  clunisiens  l'em- 
portait en  longueur  sur  tout  l'office  des  cisterciens, 
moins  la  messe  et  les  vêpres  {Thésaurus,  v,  1599).  Les 
réformateurs  reviennent  résolument  au  juste  équilibre 
voulu  par  la  règle.  Les  trois  occupations  de  la  journée 
du  moine,  prière,  lecture  et  travail,  se  succèdent  désor- 
mais à  Cîteaux  dans  la  mesure  idéale,  qui  permet  à 
toutes  les  facultés  de  l'homme  de  se  développer  norma- 
lement. 

Les  chroniqueurs  contemporains,  ut  supra.  —  .4.  S., 
janv.,  ni,  368.  —  A.  Boit.,  xxx,  1911,  p.  126.  —  Canivez, 
art.  dans  Dict.  de  spir.,  i,  276.  —  P.  Fournier,  art.  dans 
D.  H.  G.  E.,  I,  1407.  —  Gr.  Muller,  Cîteaux  unter  dem  Abte 
Alberich,  Bregenz,  1909. 

3°  S.  Étienne  Harding  (1109-1133,  t  1134).  —  1.  Dès 
le  début  de  son  abbatial,  S.  Étienne  s'attache  à  accen- 
tuer encore  l'esprit  de  retraite  et  d'éloignement  du  siè- 
cle. Il  décide,  de  concert  avec  ses  frères,  que  désormais 


855 


CITEAUX 


(ABBAYE] 


856 


«  aucun  priuce,  pas  même  le  duc  de  Bourgogne,  ne  sera 
plus  admis  à  tenir  sa  cour  clans  l'église  de  Cîteaux, 
comme  on  avait  fait  jusqu'alors  en  certains  jours  de 
grande  solennité  »  (Exord.,  c.  xvii).  C'était  cependant 
un  droit  reconnu  depuis  longtemps  aux  fondateurs  de 
monastères  (E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  en  France, 
II,  fasc.  2,  Lille,  p.  387-404;  É.  Amann,  dans  Fliche- 
Martin,  Hist.  de  l'Église,  vu,  Paris,  1940,  p.  313). 
Hugues  II  (1102-43),  fîls  d'Eudes  I",  le  fondateur,  res- 
pecta les  pieux  désirs  de  l'abbé  de  Cîteaux;  il  n'en  con- 
tinua pas  moins  à  témoigner  effectivement  sa  bienveil- 
lance à  l'abbaye. 

2.  La  pauvreté  dans  le  vestiaire  liturgique,  le  mobi- 
lier et  l'ornementation  de  l'église,  fut  poussée  jusqu'au 
dénuement.  Puritanisme  extrême  qui  ne  pourra  guère 
durer. 

3.  La  réforme  liturgique  se  continue  et  aboutit  aux 
travaux  suivants  :  Lettre-Préface  à  l'hynmaire  réformé 
(Eev.  Bén.,  xxxi,  1914,  p.  35);  Liber  usuum  ou  Consiie- 
tudines:  codification  des  rubriques  et  usages  monas- 
tiques; Correctoire  de  la  Bible  (Dijon,  bibl.  munie, 
ms.  9);  Charte  de  charité:  c'est  l'œuvre  capitale  de  S. 
Étienne.  Ce  document,  qui  fait  époque  dans  l'histoire 
des  ordres  religieux,  était  rédigé,  semble-t-il,  dès  1118; 
le  23  déc.  1119,  Calixte  II  l'approuvait  (Jaffé,  6795; 
P.  L.,  cLxiii,  ]  147  ;  Mansi,  xxi,  190).  L'idée  de  base  est 
de  laisser  à  chaque  monastère  son  autonomie  et  sa 
force  naturelle  d'expansion,  tout  en  maintenant  au- 
dessus  de  lui  une  juridiction  d'appel  et  de  surveillance 
qui  l'empêchera  de  dévier.  Nous  ne  toucherons  pas  à 
vos  biens  temporels,  disait  Étienne,  nous  ne  désirons 
que  la  sanctification  des  âmes.  Pour  cela,  nous  vou- 
lons et  ordonnons  que  la  règle  de  S.  Benoît  soit  prati- 
quée partout  de  la  même  manière  qu'à  Cîteaux.  Deux 
moyens  seront  mis  en  œuvre  :  le  chapitre  annuel  des 
abbés  et  la  visite  canonique  que  chaque  abbé  père  fera 
annuellement  dans  ses  maisons  filles.  D'autres  préci- 
sions viennent  ensuite  qui  concernent  les  élections  et 
les  dépositions  des  abbés.  Notons  que  rintervention  de 
l'évêque  du  lieu  est  prévue  pour  certains  cas,  en  con- 
formité avec  la  règle  bénédictine. 

L'auteur  de  la  Charte  est  incontestablement  S. 
Étienne;  cependant  le  texte  nous  le  montre  entouré  de 
collaborateurs  ;  domnus  Stephaniis  et  fratres  siii...  Ces 
derniers  sont  les  abbés  des  premières  fondations  alors 
créées,  acceptant  librement  les  dispositions  de  la 
Charte.  Ce  que  le  fondateur  demande  à  ses  abbés  fils 
n'est  pas  moins  qu'un  acte  de  soumission,  d'abnéga- 
tion, en  vue  du  bien  de  l'ensemble;  le  renoncement  à 
leur  prérogative  de  prélat  autonome,  en  vue  de  l'unité 
et  de  la  prospérité  de  toute  la  famille  cistercienne  (cf. 
Spéculum  de  Mathieu  Pillaert,  abbé  de  Clairvaux 
It  1428],  ms.  417  de  Bruges-ville,  pars  I'',  c.  viii). 

Au  moment  où  fut  publiée  la  Charte,  Cîteaux  ne 
constituait  encore  avec  ses  maisons  filles  qu'une 
étroite  congrégation  d'une  dizaine  de  membres.  Quand 
le  nombre  s'en  fut  multiplié  et  que  l'expérience  eut 
donné  ses  leçons  de  choses,  les  prévisions  de  la  Charte 
se  révélèrent  insuffisantes.  Une  seconde  rédaction  fut 
réalisée  entre  les  années  1 134  et  1 152.  C'est  elle  qu'Eu- 
gène m  approuva  par  la  bulle  Sacrosancta  du  l''  août 
1152  (Jaffé,  9600).  Désormais,  entre  l'abbc  de  Cîteaux 
et  le  chapitre  général,  les  rôles  sont  intervertis.  Étienne 
llarding  réunissait  dans  sa  salle  capitulaire  ses  al)bés 
fils  et  petits- fils;  il  leur  parlait  ou  leur  commandait  en 
père  et  supérieur  (cf.  Bibl.  nat.  de  Paris,  ms.  lat.  4346, 
fol.  12,  §  IV,  De  annuo  ahbalurn  capitula).  La  seconde 
Charte  impose  à  l'abbé  de  Cîteaux  une  visite  canonique 
annuelle,  que  feront  ensemble  chez  lui  les  trois  (et,  plus 
tard,  les  quatre)  premiers  abbés.  D'autre  part,  le  cha- 
pitre général,  bien  que  présidé  de  droit  par  l'abbé  de 
Cîteaux,  lui  est  cependant  supérieur;  il  détient  l'auto- 
rité suprême  dans  l'ordre.  La  formule  adoptée  dans  la 


suite  par  les  abbés  de  la  maison  mère  le  dira  bien  haut  : 
Capituli  generalis  auctoritate  fungentes.  Ces  modifica- 
tions n'ont  rien  d'étonnant  pour  qui  se  rappelle  les  cir- 
constances qui  ont  suivi  la  retraite  et  la  mort  de  S. 
Étienne  (1133-34).  La  triste  conduite  de  son  succes- 
seur, Wido  (Guido),  qu'il  fallut  déposer  quelques  mois 
après  son  élection,  indiquait  assez  à  Bernard  de  Clair- 
vaux  et  ses  coabbés  que  le  prélat  de  Cîteaux  avait  be- 
soin, lui  aussi,  d'être  maintenu  dans  la  voie  droite  par 
le  zèle  de  ses  collègues. 

Le  §  XXV  de  la  seconde  Charte  fut  également  dicté 
par  l'expérience.  Nombre  d'abbés  de  la  première  géné- 
ration démissionnaient  volontiers  par  désir  de  vie  pu- 
rement contemplative  (cf.  lettre  d'Adam  d'Ebrach  à 
Ste  Hildegarde,  P.  L.,  cxcvii,  190).  S'inspirant  des  idées 
de  S.  Bernard  en  cette  matière  (cf.  S.  Bernard,  Epist., 

LXXXIl,    LXXXVI,    LXXXVII,    CXLI,    CCXXXIII,  CCLVIH, 

ccLxxvii),  la  Charte  formule  une  loi  restreignant  les 
démissions  spontanées  :  l'abbé  père  n'est  plus  seul  com- 
pétent pour  les  accepter;  il  doit  examiner  avec  quel- 
ques autres  abbés  le  bien-fondé  des  raisons  présentées 
par  le  demandeur. 

Contrairement  à  la  première  CImrle,  la  seconde  se 
tait  sur  l'intervention  éventuelle  de  l'autorité  diocé- 
saine dans  le  gouvernement  des  abbayes.  C'est  en 
dehors  de  la  juridiction  épiscopale  que  se  font  désor- 
mais les  élections  des  abbés,  leurs  dépositions,  les  vi- 
sites canoniques  et  autres  actes  juridiques  intéressant 
la  vie  régulière  et  le  développement  de  la  communauté. 
C'est  donc  avec  raison  qu'on  a  pu  voir,  dans  la  Charte 
approuvée  par  Eugène  III  (1152)  et  ses  successeurs, 
l'ébauche  de  l'exemption  cistercienne. 

En  somme,  le  remaniement  de  la  Charte  fut,  au  dé- 
but de  Cîteaux,  un  incident  que  l'on  oublia  totalement 
dans  la  suite.  Lorsque  s'élevèrent,  au  xv^  s.  et  plus 
tard,  les  âpres  discussions  sur  les  pouvoirs  de  l'abbé  de 
Cîteaux,  jamais  on  n'entendit  faire  appel  aux  disposi- 
tions de  la  première  Charte.  Ni  Mathieu  Pillaert  (t 
1428)  dans  son  Spéculum,  ni  Jean  de  Cirey,  qui  prétend 
le  réfuter  dans  son  Dijalogus,  ne  paraissent  avoir  eu 
connaissance  des  tâtonnements  qui  avaient  précédé 
la  rédaction  définitive  de  la  Charte.  C'est  d'ailleurs  de 
celle-ci  que  l'ordre  de  Cîteaux  a  vécu;  et  grâce  à  elle, 
il  a  amplement  prospéré. 

Les  chroniqueurs  contemporains,  nt  supra.  —  A.  S., 
a\T.,  II,  493.  —  P.  L.,  cLxvi,  1361.  —  A.  Boll.,  xviii, 
1899,  p.  76.  —  Dalgairns,  Life  of  St.  Slephen  Harding..., 
Londres,  1844;  New  édition  ivith  notes  by  H.  Tliurston,  S.  J., 
Londres,  1898.  —  Prvotna  Charta  caritatis,  éd.  par  Dr  Josip 
Turk,  Ljubijana,  1942;  on  lit  dans  ces  pages  une  étude 
très  poussée  sur  la  première  rédaction  de  la  Charte,  retrouvée 
dans  les  mss.  31,  de  la  Bibl.  univers,  de  Ljubijana  (Laybach, 
en  allemand),  et  175  Car.  C,  de  Zurich.  Le  même  auteur  a 
publié  une  seconde  étude  sur  le  même  sujet  dans  Anal, 
sancfi  ordinis  cisterc,  iv,  Rome,  1948,  qui  appelle  bien  des 
réserves  sur  certaines  interprétations  inattendues,  données 
à  des  textes  cent  fois  remués  par  des  canonistes  cisterciens 
(cf.  Reu.  d'fiisl.  eccl.,  xlv,  Louvain,  1950,  p.  462).  Avant 
la  mise  au  jour  du  ms.  31  de  Ljubijana,  dom  Robert  Trilhe 
avait  signalé  l'existence  d'un  résumé  de  la  première  Charte 
dans  le  ms.  îo(.  4346  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris.  Ce  document 
fut  publié  par  dom  Tiburce  Hiimpfner,  Vacz,  1932.  ("est 
ce  texte  qu'avaient  adopté  littéralement  les  chanoines  régu- 
liers d'Arrouaise  (cf.  ms.  562,  bibl.  munie.  d'Amiens).  I-c 
ms.  762  (xiii^  s.)  de  la  bibl.  provinciale  de  Tarragone  con- 
tient également  la  première  rédaction;  une  copie  s'en  trouve 
à  l'abbaye  de  Poblet  (Espagne)  :  ms.  E.  C.  27  datant  du 
xv'-xvi»  s.  —  Le  Spéculum  de  M.  Pillaert  se  trouve  aussi  à 
Paris,  bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  785;  à  Troyes,  ms.  1953;  à 
Gand,  ms.  376;  à  Dusseldorf,  ms.  C.  35";  à  Bruges,  sémi- 
naire, ms.  139/106. 

III.  Domaine  temporel.  -  Le  domaine  que  Cî- 
teaux parvint  à  se  créer  fut  la  résultante  des  libéralités 
des  princes,  des  dons  des  fidèles  et  du  travail  persévé- 
rant des  moines.  Le  premier  donateur,  Renaud,  vi- 


M 


857 


CITEAUX 


(ABBAYE) 


858 


comte  de  Beaune,  avait  concédé  à  Robert  de  Molesme, 
son  parent,  le  lieu  appelé  Cîteaux.  Ce  n'était  alors 
qu'une  clairière  au  milieu  des  immenses  forêts  de  la 
Bourgogne.  Le  duc  Eudes  approuva  et  augmenta  la 
donation.  Puis  paraissent  tour  à  tour  les  sires  de  Vergy, 
ceux  de  Sombernon,  les  frères  Moiteran,  Humbert  Ar- 
nauld,  Odon  de  Trouhans,  les  seigneurs  de  Marigny, 
ceux  de  Bessey,  le  chevalier  de  Mailly  et  d'autres.  En 
même  temps,  des  actes  d'acquisition  ou  d'échange  et 
une  administration  sage  firent  entrer  dans  une  voie  de 
grande  prospérité  le  monastère,  qu'après  peu  d'années 
on  avait  transféré  à  un  quart  de  lieue  de  l'emplacement 
primitif,  et  désormais  plus  proche  de  la  Vouge.  «  En  ces 
jours-là,  dit  Y Exorde  (c.  xvii),  l'Église  (  =  Cîteaux)  crût 
en  terres,  en  vignes,  en  prés  et  en  cours  d'eau,  sans  que 
l'esprit  de  la  religion  diminuât.  » 

Quelques  éléments  du  domaine  doivent  être  signa- 
lés. La  maison  sise  à  Dijon,  appelée  dans  la  suite  le 
Petit  Cîteaux.  Le  clos  Vougeot,  qui  n'était  d'abord  en 
partie  qu'un  terrain  en  friche  détenu  par  plusieurs  pro- 
priétaires; quand  il  fut  entré  dans  le  domaine  de  Cî- 
teaux, le  travail  monastique  le  transforma  et  lui  acquit 
la  célébrité  qu'il  n'a  pas  perdue  depuis.  En  1300,  le 
prieuré  bénédictin  de  Gilly,  propriété  de  l'abbaye  de 
S.-Germain-des-Prés  (Paris),  passa  aux  mains  de  Cî- 
teaux en  vertu  d'un  décret  de  Boniface  VIIL  Les  cir- 
constances qui  amenèrent  ce  transfert,  avantageux 
pour  les  deux  parties  contractantes,  sont  narrées  briè- 
vement dans  les  trois  actes  pontificaux  de  1295,  1297 
et  1300  (cf.  Reg.  de  Boniface  VIII,  n.  805,  1785,  3699). 
Mais  bientôt  le  recteur  de  la  paroisse  opposa  de  pré- 
tendus droits  sur  la  chapelle  du  prieuré,  desservie  par 
trois  moines  de  Cîteaux.  Clément  V  intervint  deux  fois 
(Reg.  de  Clément  V,  n.  52C0,  8710).  Après  lui,  Jean 
XXII  termina  le  conflit  en  autorisant  l'abbé  de  Cî- 
teaux à  nommer  trois  prêtres  séculiers  aux  lieu  et  place 
de  ses  religieux  (Lettres  de  Jean  XXI L  n.  27107,  du 
22  nov.  1326). 

Les  forêts  qui  entouraient  l'abbaye  finirent  aussi 
par  devenir  propriété  des  cisterciens.  Y  eut-il  chez  eux 
volonté  délibérée  de  s'entourer  ainsi  d'une  épaisse 
ceinture  de  silence  ?  C'est  possible.  Il  est  certain  que 
des  acquisitions  successives  les  rendirent  maîtres  et 
seigneurs  d'un  immense  domaine  forestier,  qui  consti- 
tua une  part  considérable  de  leur  fortune.  Mais  vinrent 
ensuite  les  procès,  les  taxes  de  guerre,  les  dévasta- 
tions par  le  passage  des  armées.  Les  dates  sinistres 
s'échelonnent  de  façon  serrée  à  partir  du  xv  s.  :  guerre 
de  la  succession  de  Bourgogne  (1478);  le  prince  de 
Condé  avec  ses  huguenots,  en  1574;  le  comte  de  Ta- 
vannes  pille  l'abbaye  et  brûle  les  métairies,  en  1589; 
les  soldats  du  maréchal  Biron  passent  en  1595;  en  1636, 
nouveau  pillage  par  Gallas,  etc. 

Au  début  du  xvii^  s.,  l'abbé  Nicolas  II  Boucherai 
(1604-25)  cède  1  300  jougs  de  terrain  pris  dans  les  fo- 
rêts de  Cîteaux,  pour  les  transformer  en  terre  arable 
et  créer  ainsi  le  village  de  S.-Nicolas-lez-Cîteaux.  Les 
contrats  furent  soumis  au  chapitre  général  de  1613, 
pour  être  autorisés;  les  décrets  capitulaires  ont  ainsi 
conservé  les  noms  des  contractants,  venus  spéciale- 
ment de  Rodelach  en  Lorraine  (Statuta,  1613  :  118, 
119). 

Cîteaux,  malgré  l'ampleur  de  ses  domaines,  connut 
assez  souvent  des  crises  financières.  En  1235,  la  situa- 
tion était  lamentable.  Un  ensemble  de  circonstances 
malheureuses  avaient  appauvri  l'abbaye  mère  au  point 
de  l'obliger  à  recourir  à  la  charité  de  ses  filles.  La  ré- 
ponse fut  généreuse;  nous  la  lisons  dans  le  décret  capi- 
tulaire  de  1235,  n.  20.  A  cette  occasion,  cependant,  les 
Pères  du  chapitre  rappellent  que  Cîteaux  n'est  nulle- 
ment dispensé  des  lois  posées  jadis  pour  l'administra- 
tion prudente  du  temporel  des  abbayes. 

L'année  suivante,  Cîteaux  se  choisissait  pour  abbé  | 


celui  de  Boxiey  (Angleterre),  Jean  I"  (1236-38).  Les 
allures  dominatrices  de  ce  nouveau  venu  ne  firent 
qu'aggraver  la  situation.  Il  commit  l'erreur  de  récla- 
mer comme  dette  rigoureuse  ce  que  la  bienveillance 
avait  promis.  D'autres  maladresses  suivirent,  et  bien- 
tôt les  abbés  de  Pontigny  et  de  Clairvaux  découvrirent 
en  tout  cela  des  infractions  encourant  ipso  facto  l'ex- 
communication. Une  lettre  d'une  émotion  profonde 
fut  adressée  à  tous  les  supérieurs  et  communautés;  elle 
dénonçait  l'excommunication  du  prélat  de  Cîteaux 
avec  ses  conséquences  juridiques  (7  janv.  1237).  Pour 
étouffer  ce  scandale,  Ëtienne  de  Lexington,  alors  abbé 
de  Savigny,  négocia  et  se  fit  accepter  comme  arbitre 
par  les  deux  parties.  Sa  sentence  immédiate  fut  d'im- 
poser silence  à  tous,  pour  attendre  dans  cette  attitude 
pacifique  que  la  lumière  se  fasse.  Le  chapitre  général 
se  prononcerait  ensuite  en  parfaite  connaissance  de 
cause  (lettre  du  15  janv.  1237). 

Ce  n'est  qu'en  sept.  1238  que  le  chapitre  général 
appela  à  son  tribunal  cette  pénible  affaire.  Il  la  jugea 
dans  une  atmosphère  sereine.  Le  premier  coupable  fut 
déposé;  c'était  l'abbé  de  Preuilly,  qui  avait  échauffé  au 
delà  de  toute  mesure  le  zèle  des  abbés  de  Pontigny  et 
de  Clairvaux.  Ces  deux  derniers  reçurent  une  pénitence 
moindre,  ainsi  que  les  abbés  de  Jouy,  de  Fontaine- 
Jean,  de  Larrivour,  de  Cercanceaux,  coupables  d'avoir, 
eux  aussi,  signé  la  lettre  de  janv.  1237.  Jean  de  Cîteaux 
fit  ensuite  agréer  sa  démission,  préférant  le  silence  du 
cloître  au  tracas  des  affaires  et  des  procès  (cf.  Statuta, 
1238  :  53-56,  74;  F.  Cognasso  a  édité  les  lettres  men- 
tionnées ci-dessus  dans  Rômische  Quartalschrift,  1912, 
p.  201*  sq.,  d'après  le  ms.  lut.  D.  VI.  25  de  la  bibl.  nat. 
de  Turin  ;  la  Chron.  of  Melrose,  éd.  Londres,  1936  ,p.  86, 
parle  en  termes  discrets  de  la  démission  de  Jean  l'""'). 

En  1265,  quand  Jean  II,  abbé  de  Savigny,  fut  élu  à 
Cîteaux,  il  trouva  la  maison  mère  accablée  de  dettes. 
Ses  premiers  efforts  pour  la  dégager  du  gouffre  lui  pa- 
raissant peu  efficaces,  il  s'adressa  directement  à  Clé- 
ment IV.  En  date  du  13  mars  1267,  le  pontife  lui  ac- 
corde un  privilège  aux  termes  duquel  4  000  livres  se- 
ront désormais  payées  chaque  année  par  l'abbaye,  jus- 
qu'à extinction  de  la  somme  due,  et,  durant  ce  temps, 
aucune  usure  ni  aucun  intérêt  ne  pourront  être  récla- 
més par  les  créanciers  (Bullaire  de  Cîteaux,  ms.  598  de 
Dijon,  fol.  106,  Diim  in  sacra;  Jordan,  Reg.  de  Clé- 
ment IV,  n.  480).  On  vécut  alors  très  pauvrement  à  Cî- 
teaux. Nonobstant  les  restrictions  que  la  communauté 
s'imposait,  elle  dut  faire  entendre  un  premier  aveu  au 
chapitre  de  1269  :  Mater  noslra  domus  Cistercii  oppressa 
est  magnis  debitis.  Malgré  une  remise  à  flot  momen- 
tanée, le  même  aveu  fut  répété  en  1318,  et,  l'année  sui- 
vante, un  éclaircissement  est  donné.  La  maison  mère  a 
dû  couvrir  elle-même  les  frais  généraux  de  l'ordre  et 
elle  n'a  pas  été  remboursée.  Durant  plus  de  trois  siè- 
cles, chaque  chapitre  général  rappellera  cette  dette  en- 
vers Cîteaux;  en  1584,  elle  s'élevait  à  23  000  florins  et 
en  1738  à  35  798.  C'est  le  dernier  chiffre  entendu  avant 
la  fin  tragique  du  xviii«  siècle. 

Benoît  XII,  le  pape  cistercien,  intervint,  lui  aussi, 
dès  la  première  année  de  son  pontificat,  pour  obtenir 
que  l'ordre  entier  consentît  à  aider  efficacement 
l'abbaye  de  Cîteaux  à  sortir  de  l'impasse,  où  elle  se 
trouvait  encore  en  1335  (Vidal,  Lettres  closes...  de  Be- 
noit XII,  n.  488,  du  12  août  1335). 

D'autre  part,  la  célébration  annuelle  du  chapitre  gé- 
néral occasionnait  à  l'abbaye  de  Cîteaux  des  dépenses 
considérables.  Des  bienfaiteurs  le  comprirent.  Plu- 
sieurs statuts  capitulaires  mentionnent  avec  recon- 
naissance les  dons  envoyés  de  temps  à  autre  par  des 
rois,  des  princes,  des  prélats  (Statuta,  1206  :  76;  1215  : 
44;  1236  :  31;  1241  :  10;  1247  :  27;  1252  :  46,  etc.). 
Plus  notables  étaient  les  créations  de  revenus  fixes.  Al- 
I  phonse,  comte  de  Poitiers,  par  ex.,  avait  fait  une  fon- 


859 


CITE  AUX 


(ABBAYE) 


860 


dation  de  ce  genre,  rappelée  encore  en  1275  dans  le 
statut  76.  Un  siècle  avant  cette  date,  le  roi  Richard 
d'Angleterre  avait  fait  don  à  Cîteaux  de  l'église  pa- 
roissiale de  Scarborough  (Scardebourg,  disent  souvent 
les  niss.)  et  de  tous  les  droits  y  annexés.  En  1240,  Ri- 
chard de  Cornwall,  fils  de  Jean  sans  Terre,  donnait  à 
Cîteaux  l'église  de  Stanlej',  au  diocèse  d'York.  Mais,  si 
bien  assis  que  fussent  les  titres  de  ces  propriétés,  les 
avantages  en  furent  i)arfois  très  minces  pour  les  ayants 
droit.  Après  peu  d'années,  commencent  des  procès  qui 
tombent  en  cascade  jusqu'à  la  guerre  de  Cent  ans;  ce 
fut  alors  la  dépossession  en  fait,  sinon  en  droit. 

Les  autres  fondations  en  faveur  du  chapitre  général 
furent  énumérées  parfois  dans  des  documents  d'allure 
polémique,  tel  le  Spéculum  de  Mathieu  Pillaert 
(t  1428),  et  dans  les  actes  du  procès  intenté  par  Clair- 
vaux  contre  Cîteaux  à  la  fin  du  xv<^  s.  (Arch.  de  l'Aube, 
3  H  im  sq.). 

Les  bulles  d'Alexandre  III  (Religiaaam  uilarn,  1164),  de 
Lucius  III  (1182)  et  de  Célestin  III  (1192)  confirment,  en 
les  citant,  les  propriétés  de  C.  à  ces  dates  (cf.  BuUaire  de 
Cîteaux,  ms.  598  de  Dijon);  la  bulle  d'Alexandre  III  a  été 
éditée  par  PIlugk-Harttung,  i,  236.  —  Cartulaires,  surtout 
celui  de  Jean  de  Cirey,  1499;  et  les  nombreux  factums  de 
procès.  —  Paris,  Bibl.  nat.,  nouv.  acq.  lat.  2297  :  collection 
de  26  pièces  originales  relatives  aux  propriétés  de  l'abbaye 
situées  à  Ouges  (Côte-d'Or)  (1285-1508);  coll.  Moreau, 
ms.  818  :  série  de  factums.  —  Rome,  bibl.  Barberini,  ms. 
lat.  3236  :  Monumenla...  de  F.  Ughelli,  fol.  4  :  copie  de 
l'extrait  des  informations  prises  officiellement  à  C.  après 
le  désastre  causé  par  le  comte  de  Tavannes  en  1589.  Entre 
autres  détails,  on  apprend  que  la  population  de  l'abbaye 
s'élevait  alors  à  254  personnes,  dont  60  religieux  profès, 
12  novices,  30  convers,  résidant  au  monastère  avec  bon 
nombre  d'oblats  ou  familiers;  le  reste  se  trouvait  réparti 
dans  les  fermes  voisines.  — •  Archives  de  l'Aube,  3  H.  144  : 
vente  par  l'abbé  de  C,  à  l'abbé  de  Clairvaux,  d'une  écurie 
sise  dans  la  maison  de  C.  (1284);  modèle  de  procuration 
d'Edmond  de  la  CroLx,  abbé  de  C,  pour  encaisser  des 
secours  destinés  à  la  restauration  de  C.  (1601);  lettres  pa- 
tentes du  roi  pour  la  levée  d'un  subside  caritatif  en  vue 
de  restaurer  l'abbaye  de  C;  procuration  d'Edmond  de 
la  Croix  pour  la  levée  dudit  subside;  lettre  circulaire  d'Ed- 
mond de  la  Croix  (imprimé);  Estât  de  ce  qui  a  été  vendu  et 
aliéné  du  revenu  de  l'abbaye  de  Cisteaux,  depuis  l'an  mil  cinq 
cens  vingt  et  six  iusque  en  l'an  six  cent  et  un.  Estât  de  l'argent 
que  l'abbaye  de  Cisteaux  tient  à  intérest  pour  le  présent  1601. 

—  Actes  pontificaux  :  Pressuti,  Reg.  d'Honorius  III,  Rome, 
1888,  n.  3366,  5215  :  confirmations,  donations;  L.  Auvray, 
Les  Reg.  de  Grégoire  IX,  Paris,  1890,  n.  272,  385,  439,  460, 
608,  1723,  2417,  2623,  3404,  3471,  3586,  3771,  4041,  4042; 
E.  Berger,  Les  Reg.  d'Innocent  IV,  Paris,  1887,  n.  589, 
590,  591,  912,  921,  1220-27,  3541,  4624,  5166. 

Chabeuf,  Les  celliers  cisterciens  à  Dijon,  Dijon,  1909.  — 
M.  Chaume,  Les  anciens  vicomtes  de  Beaune  et  la  fondation 
de  Cîteaux,  dans  Mém.  de  l'acad.  de  Dijon,  1923,  p.  73-77; 
Hist.  d'une  banlieue,  dans  Mém.  de  la  Soc.  d'hist.  du  droit  en 
pays  bourguignon,  fasc.  8,  Dijon,  1942;  fasc.  9,  1943;  fasc. 
10,  1944-45,  contient  des  précisions  au  sujet  de  quelques 
propriétés  de  C;  Charles...  de  S.-Bénigne  de  Dijon,  1943, 
n.  429  :  donation  de  l'abbé  Jarenton,  vers  1111.  —  Edme  de 
la  Croix,  abbé  de  C.  :  lettre  à  tous  les  supérieurs  de  l'ordre 
à  la  suite  du  désastre  de  1589  (incip.  :  Miseranda  plane  et 
lucluosa  monasterii  nostri  cisterciensis  direptio...),  imprimée 
en  latin  et  en  allemand,  Fribourg,  1593;  en  latin  et  en  fran- 
çais, Paris,  1596.  Il  obtint  d'Henri  IV  un  décret  obli- 
geant les  abbés  réguliers  et  commendataires  à  verser  le 
centième  durant  quatre  ans;  Clément  VIII  lui  concéda  la 
vingtième  partie  des  biens  de  chaque  monastère.  —  Ét. 
Fyot,  La  maison  de  Cirey  à  Dijon,  dans  Mém.  de  l'acad.  de 
Dijon,  1923,  p.  144-48.  —  Gall.  christ.,  iv,  instr.,  21.  --- 
Garnier,  Hist.  du  château  et  du  village  de  Gilly-lez-Cîteaux, 
dans  Mém.  de  la  Comm.  des  ant.  de  la  Côte-d'Or,  i,  245.  — 
J.  Guicherd,  art.  dans  Dijon  et  la  Côle-d'Or  en  1911,  ii,  333. 

—  J.  Marilier,  Quelques  précis,  sur  les  commenc.  de  C.  Les 
donations  d'Êlisabeth  de  Vergy,  dans  Ann.  de  Bourgogne, 
1944,  p.  28;  Le  vin  à  C.  au  XII'  s.,  dans  Mém.  de  l'acad.  de 
Dijon,  1947,  p.  267-72.  —  E.  Picard,  Les  joréts  de  l'abbaye 
de  C,  dans  Mém.  de  la  Soc.  éduenne,  xir,  xiu.  —  A.  Prinstet, 
Visitte  générale  dans  la  totalité  des  bois  de  Cisteaux,  1726.  — 


M.  Pro-sins,  Le  Clos  Vougeot  et  son  château,  Paris,  1896.  — 
J.  Richard,  Citeaux  vu  à  travers  ses  archives,  dans  Mém.  de 
l'acad.  de  Dijon,  1947,  p.  215-22.  —  Statuta  cap.  gen.  ord. 
cisterc,  éd.  Louvain,  19.33-41,  particulièrement  :  1269  :  8; 
1318  :  21;  1319  :  7;  1.320  :  14;  13.35  :  9;  1613  :  27.  —  Teulet, 
Layettes...  chartes,  i,  n.  1992  :  donation  de  Raymond  de 
Toulouse  pour  le  chapitre  général,  avr.  1229.  —  E.  Vernisy, 
L'invasion  de  Gallas,  Paris,  1936. 

Siu-  Scarborough,  cf.  .J.  Richard,  La  cusiodie  de  Scarbo- 
rough..., dans  Le  Moyen  Age,  1946,  p.  257-70;  les  données 
de  ce  travail,  établi  d'après  les  archives  de  C,  trouvent 
leur  écho  dans  les  statuts  capitulaires  :  1240  :  30;  1250  :  19; 
1257  :  14;  1262  :  15;  1392  :  4,  12;  1402  :  11;  1464  :  1  ;  1480  : 
21  ;  les  textes  concernant  la  donation  ont  été  publiés  par 
.lean  de  Cirey  dans  Collectio  privilegiorum,  Dijon,  1491, 
fol.  181  sq.;  par  Henriquez,  Privilégia,  Anvers,  1630, 
p.  231  sq.;  les  bulles  d'Innocent  III  et  d'Alexandre  IV  se 
lisent  dans  le  BuUaire  de  Citeaux,  ms.  598  de  Dijon,  fol. 76  v" 
et  95  \°.  Le  Liber  Censuum  de  l'Église  romaine,  éd.  Fabre  et 
Duchesne,  ii,  189,  226,  a  noté  le  cens  annuel  dû  par  C.  au 
S. -Siège  en  raison  de  l'église  de  Scarborough,  tel  que  l'avait 
statué  Grégoire  IX  dans  sa  bulle  confirmative  du  20  févr. 
1229  (cf.  Auvray,  Reg.  de  Grégoire  IX,  n.  272). 

IV.  La  filiation  de  Citeaux.  —  Il  s'agit  ici  uni- 
quement de  la  filiation  directe,  c.-à-d.  des  abbayes 
fondées  par  Cîteaux  et  de  celles  qui,  par  décret  capitu- 
laire,  furent  placées  sous  sa  juridiction  immédiate. 
Vingt-huit  abbayes  d'hommes  citées  ci-après,  avec  la 
date  de  fondation  : 

1.  La  Ferté,  mai  1113.  —  2.  Pontigny,  mai  1114.  — 
3.  Clairvaux,  juin  1115.  —  4.  Morimond,  juin  1115.  — 
5.  Preuilly,  août  UÏ8.  —  6.  La  Cour-Dieu,  avr.  1119.  — 
7.  Bonnevaux,  juin  1119.  — •  8.  L'Aumône,  juin  1121.  — 
9.  Leroux,  sept.  1121.  —  10.  Bussière,  mars  1131.  — 
11.  Miroir,  sept.  1131.  —  12.  S.-André  in  Sesto,  nov.  1131. 

—  13.  Valloires,  sept.  1138.  —  14.  Herrevad,  oct.  1144. 

—  15.  Perseigne,  juin  1145.  —  16.  Obasine,  sept.  1147. 

—  17.  Carracedo,  nov.  1203.  —  18.  Beaulieu,  juin  1204. 

—  19.  Sotos  Albos,  1212.  —  20.  Escarpe,  sept.  1213.  — 
21 .  Royaumont,  févr.  1228.  —  22.  Monte  Amiata,  juiU.  1228. 

—  23.  L'Epau,  mars  1229.  —  24.  Monte  Acuto,  juin  1234. 

—  25.  Clarté-Dieu,  juill.  1240.  —  26.  Moulins,  mars  1414. 

—  27.  Piété-Dieu,  1440.  —  28.  S.-Remy,  1464. 

Les  abbayes  de  moniales  furent  plus  nombreuses  ;  une 
série  s'en  retrouve  dans  plusieurs  manuscrits,  notam- 
ment :  Bruges,  séminaire,  ms.  128/177  (t.  ii  des  Varia 
curiosa  de  Ch.  de  Visch);  Dusseldorf,  ms.  C.  32  (Winter 
a  reproduit  ce  texte  tel  quel,  même  avec  les  erreurs 
manifestes  qu'il  contient,  dans  Die  Cislercienser  des 
nordôstlichen  Deutschlands,  ni.  Gotha,  1868,  p.  176). 
Ces  listes  sont  identiques.  A  cause  de  son  impor- 
tance pour  l'histoire  locale,  nous  reprenons  ici,  sans 
le  modifier,  le  texte  édité  par  Winter.  Nous  nous 
bornons  à  y  ajouter  quelques  interprétations. 

I.  In  Alemania.  —  In  episc.  Herbipolen.  :  1.  de  Fonte 
Virginum  (Maidbronn) ;  —  2.  de  Novali  S.  Mariae  (Frauen- 
roth);  —  3.  de  Valle  sanctorum  (Heiligental)  ;  —  4.  de 
Valle  Coeli  (Himmelstal)  ;  —  5.  de  Campo  solis  (Sonnen- 
feld). 

In  episc.  Constantien.  :  6.  de  Valle  S.  Crticis  (Heiligen- 
kreuztal);  —  7.  de  Valle  S.  Mariae  (Mariental)  ;  —  8.  de 
Rinthal  (RIxeintal). 

In  archiepisc.  Colonien.  :  9.  de  Fonte  (Burbach)  ;  —  10. 
de  Orto  ( Mariengarten )  ;  —  11.  de  Droelsaga  (Drolshagen). 

In  episc.  Leodien.  :  12.  de  Linthres  (Val-des-Vierges,  à 
Oplinter);  —  13.  de  Valle  Florida  (Florival);  —  14.  de 
Parco  dominarum  ( Parc-aux-Dames )  ;  —  15.  de  Ramerya 
(la  Ramée);  —  16.  de  BonelTya  (Bonejfe);  —  17.  de  Ar- 
genton;  ■ —  18.  de  Succursu  B.  Mariae  (à  RocheforI);  —  19.  de 
Disten,  alias  de  S.  Bernardo  (S.-Bernard,  à  Diest);  —  20.  de 
Orient  (Orienten,  à  Rummen);  —  21.  de  Marcha  (Marche- 
les-Dames )  ;  —  22.  de  Rocheem  (Rothem,  à  Haelen);  —  23. 
de  Utres  (Uetersen  ?);  —  24.  de  Roberti  Monte  (Robermont); 

—  25.  de  Valle  benedicta  (Valbenoit);  —  26.  de  Valle  B. 
Mariae  (Val  N.-D.,  à  .\ntheit);  —  27.  de  Molins  (Moulins); 

—  28.  de  Soleres  (Solières);  —  29.  de  Bothes  (ter  Beeck, 
près  S.-Trond);  —  30.  de  Opeone  (  V'a/-dij-Cie/,  à  Ophoven). 

In  episc.  Trajecten.  in  Holland.  :  31.  de  Losdunis  (Looc 
duinen). 


8(il  CITRAUX 

In  episc.  Monasterien.  :  32.  de  Hast  (Hartsle)  ;  — •  33.  de 
Ramesdorpo  (Koesfeld). 

In  episc.  Ocesburgen.  (Oxnabriick):  34.  de  Loenure  (Lee- 
den). 

In  archiepisc.  Bremen.  :  35.  de  Valle  Lilii  (Liliental). 
In  episc.  Lubicen.  :  36.  Claustrum  B.  .Johannis  apostoli. 
In  archiiepisc.  Treviren.  :  37.  de  Prato  (Marienbeiiden?) ; 

—  38.  de  Brotembrocli  (Botleiibroich) . 

In  episc.  Tullen.  :  39.  de  Valle  benedicta  (Valbenoîle) ;  — 
40.  de  Stagno  (Estanche);  —  41.  de  Droicteval  (Droiteval) . 

II.  In  regno  Franciae.  —  In  archiepisc.  Bemen.  :  42. 
de  Consolatione  (N .-D .-de-Consolation,  ou  Mazures). 

In  episc.  Cameracen.  :  43.  de  Valle  rosarum  (Val-des- 
Roses,  près  Malines);  —  44.  de  Tenremonde  (Zivyueke,  près 
Termonde);  — 45.  de  Aldenarde  vel  de  Nazareth  (Maaqdeii- 
dat,  à  Audenarde,  ou  Nazareth,  près  Lierre). 

In  episc.  Suessioiien.  :  46.  de  Gaudio  (La  Joie). 

In  episc.  Cathalaunen.  :  47.  de  S.  Desiderio  (S.-Dizicr). 

In  episc.  Tornacen.  :  48.  Sanceoy  (Le  Saiilchoir). 

In  episc.  Morinen.  :  49.  de  Bello  Prato  ( Beaitpré-siir-Ui- 
Lys). 

In  episc.  Attrebaten.  :  50.  de  Broella  (Braille);  —  51.  de 
Vivario  (Vivier  N.-D.). 

In  episc.  Bellovacen.  :  52.  de  Panthemont;  — •  53.  de 
Monciaco  (Mouchy-le-Péreux). 

In  episc.  .\mbianen.  :  54.  de  Paraclito;  —  55.  de  Hyspania 
(Espagne). 

In  episc.  Noviomen.  :  56.  de  Biatt  (Biaches);  —  57.  de 
Monciace  (Moachy,  déjà  cité). 

In  archiepisc.  Senonen.  :  58.  de  LUio  B.  Mariae  (Le  Lys, 
près  Melun);  —  59.  de  Curia  B.  Mariae  (Cour  N.-D.);  — 
60.  de  Nemosio  (La  Joie,  près  Nemours);  —  61.  de  Villari 
(Villiers). 

In  episc.  Melden.  :  62.  de  Ponte  B.  Mariae  (Pont-aux- 
Dames  ) . 

In  episc.  Parisien.  :  63.  de  S.  Antonio;  —  64.  de  Portu 
Régis  (Port-Royal) ;  —  65.  de  Pontizara  (Maiibuisson,  près 
Pontoise). 

In  episc.  Carnoten.  :  66,  de  Aqua  (Eau-lez-Chartres). 

In  episc.  Aurelianen.  :  67.  de  Vicinis  (Voisins)  ;  —  68.  de 
Temorantin  (Lieu  N.-D.,  près  Romorantin). 

In  episc.  Antissiodoren.  :  69.  de  Insulis  (Les  Iles );  —  70. 
de  Consolatione. 

In  episc.  Trecen.  :  71.  de  Ramera  (Piété-Dieu,  près  Rame- 
rupt);  —  [72.]  de  Pietate  Dei  (ut  supra,  71);  — 72.  de  Gracia 
B.  Mariae  (La  Grâce;  cf.  Pressutti,  Reg.  Honorii  i/i,n.4168, 
4201);  —  73.  de  Jardino  (Jardin-lez-Pleurs). 

In  archiepisc.  Bituricen.  :  74.  de  Bello  visu  (Beauvoir) . 

III.  In  Normania.  —  In  archiepisc.  Rothomagen.  :  75.  de 
Fonte  Geraldi  ( Fontaine- Guérard )  ;  —  76.  de  Gomeri  Fonte 
(  Gomerfontaine  ) . 

In  episc.  Cenomanen.  :  77.  de  Virginitate  (Virginité). 

IV.  In  Burgundia.  —  In  episc.  Lingonen.  :  78.  de  Cardo 
(de  Tardo,  Le  Tort)  ;  —  79.  de  Valle  baionis  (Valbaion  )  ;  — 
80.  de  Colonges  (Coulonges);  —  81.  de  Bello  monte  (Bel- 
mont);  —  82.  de  Beaufays  (Belfays). 

In  episc.  Eduen.  :  83.  de  Loco  Dei  (Lieu-Dieu,  près 
Vergy)- 

In  episc.  Cabilonen.  :  84.  de  Molesia  (Molèze). 
In  archiepisc.  Bisuntinen.  :  85.  deBathault  (Battans);  — 
86.  de  Monstreal  (Montarlol)  ;  —  87.  de  Onans  (Ounans); 

—  88.  de  Courcellis  (Corcelles). 

In  episc.  Lausannen.  :  89.  de  Bella  valle  (Bellevaux,  près 
de  la  ville). 

V.  In  Hyspania.  — -  In  episc.  Baiocen.  (Bayonne)  :  90.  de 
Bello  visu  (Beauvoir). 

In  archiepisc.  Tarraconien.  :  91.  de  Valle  S.  Mariae;  - — 
92.  de  Bona  quiete  (Bonrepos);  —  93.  de  Valle  bona  (Val- 
bona  de  las  Monjas). 

In  episc.  Gerundinen.  :  94.  de  S.  Felice  (S.  Félix  in  Chati- 
nis);  —  95.  Eola,  prioratus  eius. 

In  episc.  Baremonen.  (Barcelone)  :  96.  de  Valle  domicelle 
(Valdoncella,  à  Barcelone). 

In  episc.  Pampilonen.  :  97.  de  Marzella  (N.  Senora  la 
Blanca  de  Marcilla). 

In  episc.  Vicennen.  :  98.  de  Petrigal  (Pedregal,  à  Terrega). 

In  episc.  Vergellen.  :  99.  de  Franchasiis  (S.  M.  de  las 
Franquezas,  à  Balaguer);  —  100.  Vallis  Laure. 

In  episc.  Valentiae  :  101.  de  Lazaida,  alias  de  Gracia  Dei 
(La  Zaîda,  à  Valence);  —  102.  de  Monte  sancto,  fliia  Vallis 
Dignae. 

In  episc.  lUerden.  :  103.  de  S.  Hylario;  —  104.  de  Valle 
viridi;  —  105.  de  Valle  sancta;  -  106.  de  Valle  bonu. 


(ABBAYR)  862 

In  episc.  Cesiu-augusten.  :  107.  de  Regali  (S.  Luciu  la 
Real). 

In  episc.  Tirasonen.  :  108.  de  Tholobris  (Tulebras). 

In  archiepisc.  Toletana  :  109.  de  S.  Clémente  (S.-Clément, 
faubourg  de  Tolède). 

In  episc.  Burgen.  :  110.  de  Burgis  (S.  Maria  Regia  de 
Huelgas,  à  Burgos). 

In  episc.  Astregeu.  :  111.  de  Villa  bona. 

VI.  In  Provinci.\.  —  In  episc.  .-^relaten.  :  112.  de  Molo- 
gesio  (Mollégès). 

VII.  In  Alvernia.  —  In  episc.  Claromonten.  :  113.  de 
Eschensia  (L'Esclache) ;  —  114.  de  Lenisun  (Lauaysse? ) . 

In  episc.  Caturcen.  :  115.  de  Lenie  (Leyme). 
In  episc.  Convennar.  :  116.  de  Fauacs  (Favas,  Fabas,  ou 
Lumen  Dei). 

In  episc.  Tholosanen.  :  117.  de  Goion;  —  118.  de  Oratione 
Dei  (Oraison-Dieu) ;  —  119.  de  Valle  nigra  (Valnè'gre). 

VIII.  In  .Anglia.  —  In  episc.  Salebericen.  :  120.  de 
Tarenca  (Tarenleensis  abbatia). 

In  episc.  Norwicen.  :  121.  de  Matran  (Mtirhaiit). 

IX.  In  Lumbardia.  —  In  episc.  Terdonen.  :  122.  de  Ve- 
sella  (Vesolla);  —  123.  de  Prato. 

X.  In  Grecia.  —  In  episc.  Corinthien.  :  124.  de  Nicenal. 
In  episc.  Montonen.  :  125.  de  Viridario  B.  Mariae. 

In  Constantinopoli  :  126.  de  Parcheyo  (S.  M.  de  Pelreio). 

XI.  Ultra  mare.  —  In  Achon.  :  127.  S.  Maria  Magda- 
lene. 

In  Tripoli  :  128.  S.  M.  Magdalene. 

In  Cipro  :  129.  de  S.  Theodoro;  —  130.  de  Bella  comba. 
In  episc.  Anicen.,  sive  Apodicen.  (Puy)  :  131.  de  Clamario 
(Clavas). 

In  episc.  Numaten.,  sive  Mansiada  (Mende)  :  132.  de 
Meccoria  (Mercoire). 

In  episc.  Uticen.  (Uzès)  :  133.  de  Fontibus  (Fonts-lez- 
Alais). 

In  episc.  Nemausien.  (Nîmes)  :  134.  Ecclesia  in  Alesto 
(Ste-Claire  d'Alais). 

In  episc.  Anicen.  :  135.  de  Silva  (Seauve-Bénite). 

In  episcopatu  Claromontensi  est  vel  esse  dicitur  monas- 
terium  de  Casa  Dei,  et  in  episcopatu  Sancti  Flori  monaste- 
rium  de  Vepraco  et  de  Brolio. 

V.  Les  abbés  de  Citeaux.  —  Au  xvii«  s.,  une  for- 
mule pompeuse  se  lisait  en  tête  des  lettres  d'indiction 
pour  le  ciiapitre  général.  En  1651  :  Nos,  Frater  Clau- 
dius  Vaussin,  abbas  Cistercii,  sacrae  theologiae  in  Fa- 
cultate  Parisiensi  doclor,  Christianissimi  Régis  in  su- 
premo  ducalus  Burgundiae  senatu  primas  consiliarius, 
Cisterciensis  ordinis  universi  et  quinque  eius  militiarum 
de  Calatrava,  de  Alcanlara,  de  Montesia,  de  Avis  el  de 
Christo,  capui  ac  superior  generalis,  eiusdem  capituli 
generalis  plenaria  fungens  auctoritale...  La  formule 
n'omet  rien  des  honneurs  et  des  charges  qui  étaient 
dévolus  à  l'abbé  de  Cîteaux.  Celui-ci,  en  raison  du  dé- 
veloppement considérable  de  sa  famille  religieuse,  re- 
vêtit bien  vite  le  caractère  d'une  haute  personnalité. 

Dans  le  monde  féodal  d'abord,  où  la  puissance  ter- 
rienne comptait  pour  beaucoup,  dans  le  monde  ecclé- 
siastique, où  la  science  et  la  vertu  sont  particulière- 
ment honorées,  le  chef  de  ces  milliers  de  moines  blancs 
répandus  partout  à  travers  l'Europe  devait  faire  figure 
de  grand  seigneur.  En  fait,  rois  et  princes  traitent 
avec  lui.  Dès  1127,  le  roi  Louis  VI  vient  à  Cîteaux;  son 
fils  Louis  le  Jeune  y  paraît  en  1147  et  1165.  Au  siècle 
suivant,  S.  Louis  est  présent  au  chapitre  général  de 
1244.  On  y  verra  également  François  l"  en  1521  et 
Louis  XIV  en  1683. 

Les  pontifes  romains  témoignent  leur  confiance  aux 
abbés  de  Cîteaux,  les  créant  leurs  délégués  en  bien  des 
causes,  qui  intéressent  la  chrétienté  en  général  ou  des 
cas  particuliers  (Jalîé,  n.  11169,  11290,  11435,  12236; 
Potthast,  Reg.,  n.  141,  266,  1660,  5382,  8376,  etc.).  In- 
nocent III  adresse  à  l'abbé  Arnaud  I"  ses  sermons, 
précédés  d'une  épître  dédicatoire  (P.  L.,  ccxvii,  309). 
Honorius  III  fait  de  même  à  l'égard  de  Gauthier 
d'Ochies.  Bulles  et  privilèges  abondent,  qui  confèrent 
à  l'abbaye  de  Cîteaux  la  plus  large  exemption,  la  pla- 
çant exclusivement  dans  la  main  du  pontife  de  Rome. 
Innocent  VIII,  dans  sa  bulle  Exposait  du  9  avr.  1489, 


863  CITEAUX  (ABBAYE)  864 


donnera  à  Jean  de  Cirey  et  à  ses  successeurs  le  pouvoir  i 
de  conférer  le  sous-diaconat  et  le  diaconat  à  tous  les  | 
moines  de  l'ordre,  et  de  donner  la  bénédiction  abba- 
tiale à  tons  les  abbés  et  abbesses. 

Ce  qui  importe  le  plus,  c'est  de  détei-miner  exacte- 
ment la  position  juridique  de  l'abbé  de  Cîteaux  dans 
l'ordre  monastique  qu'il  gouverne.  Son  élection  se  fit 
toujours  par  les  moines  de  Cîteaux,  et  même  par  eux 
seuls,  à  dater  de  la  bulle  Parvus  fons  (1265),  qui  retira 
aux  abbés  fds  leur  droit  de  vote  —  ils  pouvaient  être  ap- 
pelés encore  pour  l'opération  électorale,  mais  à  titre  de 
conseillers  seulement.  D'ailleurs,  quelque  différents  que 
furent  successivement  les  modes  d'élection,  on  cons- 
tate que  la  communauté  sut  presque  toujours  se  choi- 
sir pour  supérieurs  des  hommes  de  haute  valeur,  et 
généralement  des  abbés  ayant  déjà  gouverné  avec  suc- 
cès (cf.  ci-après  la  liste  des  abbés). 

Les  pouvoirs  de  l'abbé  de  Cîteaux  avaient  été  res- 
treints par  la  seconde  rédaction  de  la  Charte  de  charité, 
et  il  est  des  principes  sur  lesquels  le  chapitre  général  ne 
transigea  jamais.  Il  affirma  toujours  sa  supériorité  sur 
l'abbé  de  Cîteaux,  ne  craignant  pas  de  le  rappeler  au 
devoir  en  certains  cas  (Statuta,  1195  :  55;  1222  :  11; 
1238  :  9),  ni  de  casser  parfois  ses  décisions  (ibid.,  1435  : 
17;  1623  :  24).  Il  lui  refusera  le  pouvoir  ordinaire  de 
visiter  canoniquement  d'autres  maisons  que  sgs  filles 
directes  (ibid.,  1238  :  9);  il  ne  lui  permit  pas  de  dispo-  I 
ser  librement  du  temporel  ou  du  personnel  d'aucune 
abbaye  sans  l'assentiment  du  supérieur  local. 

Cependant,  par  la  force  des  choses,  l'abbé  de  Cî- 
teaux se  vit  successivement  investi  de  pouvoirs  consi- 
dérables pour  le  gouvernement  de  l'ordre.  Le  chapitre 
général,  ne  siégeant  que  trois  jours  par  an,  devait  con- 
fier à  son  président  des  pouvoirs  délégués,  et  ceux-ci, 
sans  changer  de  nature,  se  continuaient  de  façon  habi- 
tuelle. D'une  manière  générale,  le  chapitre  lui  confie 
les  causes  plus  délicates  à  traiter;  les  res  notabiliores, 
diffîciliores  sont  laissées  à  sa  sagesse  (ibid.,  1190  :  68; 
1191  :  14;  1192  :  47;  1196  :  37).  Puis  s'alignent  ici  de  i 
nombreux  cas  expressément  prévus,  dans  lesquels  il 
agit  en  vertu  d'un  privilège  pontifical,  ou  par  déléga- 
tion du  chapitre  général.  Kôndig  a  dressé  une  énumé- 
lation  de  ces  cas;  on  en  trouve  une  seconde,  fondée  uni- 
quement sur  les  décrets  capitulaires,  dans  les  Indices 
des  Statuta  (éd.  Louvain,  1941,  viii,  117  sq.),  et  enfin 
une  troisième,  d'après  les  bulles,  dans  Henriquez,  Re- 
f/ula,  constitutiones  et  privilégia,  Anvers,  1630,  p.  543. 

Ses  droits  et  devoirs,  si  étendus  qu'ils  fussent,  l'abbé 
de  Cîteaux  eut  souvent  tendance  à  les  amplifier  encore 
(cf.  Annules  Wauerleienses,  ann.  1264).  L'opposition  se 
leva;  elle  vint  surtout  de  la  part  des  premiers  Pères, 
dégénéra  en  des  querelles  sans  fin,  qui  ont  entaché  la 
mémoire  de  ces  prélats,  si  méritants  d'ailleurs.  C'était 
habituellement  l'abbé  de  Clairvaux  qui  se  faisait  le 
porte-parole  de  ses  collègues,  tel  Mathieu  Pillaert 
(1405-28),  qui  rédigea  son  Spéculum  elevationis  et  de- 
pressionis  ord.  cisterc.  (demeuré  ms.,  cf.  supra).  L'au- 
teur trace  un  aperçu  historique  des  tendances  à  l'abso- 
lutisme chez  les  abbés  de  Cîteaux.  Il  cite  nommément 
Gauthier  d'Ochies  (1219-34),  Jean  I"  (1236-38),  Jean 
de  Bussières  (1375-76),  Gérard  de  Bussières  (1378), 
Jean  de  Martigny  (1405).  Les  contributions  perçues 
pour  les  nécessités  générales  de  l'ordre  furent  aussi  un 
domaine  que  Cîteaux  prétendit  régir  de  façon  absolue. 
De  là,  les  accusations  énumérées  dans  le  Spéculum  et 
reprises,  avec  documents  à  l'appui,  dans  le  Libellas  et 
petilio  domini  Claraevallis  contra  dominos  cistercienses 
(Archiv.  de  l'Aube,  3  H  159).  C'est  la  minuta  advocati 
rédigée  lors  du  procès  intenté  par  Pierre  de  Virey 
contre  Jean  de  Cirey.  Ce  réquisitoire  s'inspire  d'un 
autre  travail  de  Pillaert,  perdu,  semble-t-il,  mais  que 
décrit  de  Visch  dans  sa  Bibliolheca  (éd.  Cologne,  1656, 
p.  240).  D'où  encore  la  thèse,  trop  absolue  pour  être 


j  exacte,  que  les  abbés  eurent  toujours  à  Cîteaux  une 
administration  temporelle  défectueuse  (ms.  129  de 
Sens,  fol.  246). 

La  réponse  à  Mathieu  Pillaert  ne  fut  donnée  que  par 
Jean  de  Cirej",  abbé  de  Cîteaux  (1476-1501),  dans  son 
Dgalogus  prioris  ac  supprioris  super  duplici  prospero 
scilicel  et  adverso  ordinis  cisterciensis  (original  aux  Ar- 
chiv. delà  Côte-d'Or;  copies  dans  les  mss.  79  de  Chau- 
mont,  88  d'Épinal  ;  fragments  dans  le  ms.  602  de  Dijon). 
Notons  cependant  que  le  Dgalogus  est  avant  tout  di- 
rigé contre  Pierre  de  Virey.  A  vrai  dire,  cette  trop  lon- 
gue plaidoirie  est  moins  solidement  étaj'ée  que  le  Spé- 
culum au  point  de  vue  juridique;  les  arguments  sont 
inopérants  et  se  trouvent  noyés  dans  de  fades  et  inter- 
minables conversations  supposées,  entre  un  prieur  et 
un  sous-prieur. 

Le  Dgalogus  n'apaisa  nullement  la  querelle  qui,  à  la 
fin  du  xv»  s.,  mettait  aux  prises  les  abbés  de  Cîteaux  et 
de  Clairvaux.  Ce  dernier  commit,  en  1482,  la  grosse 
erreur  de  porter  ce  débat  devant  le  Parlement.  Les 
choses  traînèrent  en  longueur.  En  1486,  le  pontife  ré- 
gnant. Innocent  YIII,  délégua  les  définiteurs  du  cha- 
pitre général  de  Cluny,  afin  qu'ils  usent  de  leur  in- 
fluence pour  réconcilier  les  deux  parties  (cf.  leur  mes- 
sage au  chapitre  de  Cîteaux  dans  V Auctarium  de  Ch. 
de  Visch,  Bregenz,  1927,  p.  71). 
I  fîntre  temps,  sous  prétexte  de  faire  connaître  toute 
la  vérité,  l'abbé  de  Clairvaux  rédige  et  distribue  un 
factum,  qui  est  jugé  et  condamné  comme  gravement 
diffamatoire  à  l'endroit  de  Cîteaux  (Statuta,  1485  :  70- 
73).  Ordre  fut  donné  de  le  faire  disparaître  partout 
(ms.  2357  de  Troyes  :  Instrumentum  combuslionis  unius 
libelli  abb.  Clarev.  contra  abb.  Cist.  per  cancellarium 
Eccl.  Parisiensis,  20  déc.  1487).  L'année  suivante,  le 
parlement  de  Paris,  refusant  de  juger,  remet  la  cause 
intacte  aux  mains  des  abbés  de  La  Ferté,  de  Morimond, 
de  Pontigny,  de  Chaalis  et  de  La  Charité,  nommés  ar- 
bitres. On  leur  adjoint  ensuite  les  abbés  de  Bonport, 
de  Balerne  et  d'Élan  (Statuta,  1488  :  59).  Le  chapitre 
général  avait  énuméré  les  griefs  formulés  contre  Pierre 
de  Virey  (ibid.,  1487  :  79),  et  celui-ci,  accusateur  de 
Jean  de  Cirey,  agitait  surtout  le  cas  des  contributions 
générales  de  l'ordre,  dont  une  partie  importante  aurait 
passé  indûment  dans  la  caisse  de  Cîteaux. 

Celui  qui  n'entend  que  les  actes  capitulaires  n'en  re- 
tire qu'une  documentation  unilatérale  et  toute  en  fa- 
veur de  l'abbé  de  Cîteaux.  Ce  dernier  fut  cependant 
répréhensible  en  plus  d'un  point.  Son  adversaire  sut  le 
prouver  dans  la  réfutation  qu'il  fit  du  Dgalogus.  Le 
ms.  129  de  Sens  contient  une  copie  (xvii«  s.)  de  docu- 
ments conservés  jadis  à  Clairvaux.  On  possède  là  un 
témoin  qu'il  est  nécessaire  d'entendre  pour  faire  la  part 
des  choses.  Disons  seulement  ici  que  Jean  de  Cirey, 
connu  personnellement  du  pape  Innocent  VIII,  se 
trouvait  solidement  soutenu  à  Rome  par  le  procureur 
général,  qu'il  avait  choisi  en  la  personne  de  Jacques 
du  Breuquet,  chanoine  de  Cambrai  et  rédacteur  des 
lettres  apostoliques  aux  princes  (Statuta,  1487  :  2,  3; 
1491  :  11).  D'autre  part,  il  semble  bien  que  Jean  de  Ci- 
rey montra,  lors  de  cette  pénible  discussion,  plus  de 
vertu  que  son  accusateur;  il  obtint  gain  de  cause. 

Enfin  Innocent  VIII,  voulant  ruiner  à  jamais  les 
causes  de  dissension  entre  les  deux  abbayes,  en  décréta 
l'union  sous  un  seul  et  même  abbé  portant  le  titre  de 
Cîteaux-Clairvaux  (cf.  texte  dans  Statuta,  v,  663).  La 
bulle,  datée  du  9  avr.  1489,  fut  sans  doute  tenue  se- 
crète, en  attendant  des  circonstances  favorables.  Celles- 
ci  firent  défaut,  car,  en  1496,  Pierre  de  Virey,  voulant 
quitter  sa  prélature,  remit  sa  démission  aux  mains 
d'Alexandre  VI.  Le  pape,  usant  de  son  droit  et  se  con- 
formant à  la  tradition,  nomma  librement  à  la  préla- 
ture vacante.  L'élu  fut  Jean  Foucault,  abbé  de  Fonte- 
nay,  désigné  à  la  bienveillance  du  pontife  par  le  démis- 


mm 


865 


CITEAUX 


(ABBAYE) 


866 


sionnaire.  Jean  de  Cirey  osa  protester,  en  appelant  au 
siège  de  Clairvaux  Antoine  de  Châtillon.  La  nomina- 
tion parut  dans  les  actes  du  cliapitre  général  de  1497 
(n.  64).  Deux  lettres  sévères,  chargées  de  menaces,  par- 
vinrent aussitôt  de  Rome  à  l'adresse  de  l'abbé  et  du 
chapitre  général  de  Cîteaux.  Alexandre  VI  s'indignait 
de  ce  que  l'on  eût  osé  passer  outre  à  ses  volontés  (cf. 
ms.  129  de  Sens,  fol.  253  sq.).  Le  Gallia  christinna 
(iv,  811)  nous  donne  un  écho  affaibli  de  cette  double 
nomination,  quand  il  dit  :  Johannes  Foucault  aemulum 
passus  Anlonium  de  Châtillon... 

Le  titre  de  général  donné  à  l'abbé  de  Cîteaux  lui  fut 
parfois  àprement  discuté.  On  le  trouve  cependant  dans 
les  bulles  d'Urbain  IV  en  1263  {Processit,  Potthast, 
Reg.,  n.  18755),  d'Eugène  IV  en  1438  (Ad  universalis), 
d'Innocent  VIII  en  1489  (Alias percipientes),  de  Pie  IV 
en  1563  (In  eminenti).  Contre  ce  titre  et  les  conclu- 
sions pratiques  qu'en  voulait  tirer  le  bénéficiaire,  des 
protestations  s'élevèrent.  On  peut  les  lire  encore  dans 
les  factums  édités  aux  xvii«  et  xviii«  s.,  quand  les  pré- 
lats en  cause  eurent  porté  leur  différend  devant  les  tri- 
bunaux royaux.  En  1681,  parut  un  Arrêt  du  Conseil 
d'État  du  roi,  par  lequel  l'abbé  de  Cisteaux  est  maintenu 
dans  ses  droits  et  dans  ses  prérogatives  de  chef  et  supé- 
rieur général  de  l'ordre  de  Cisteaux,  19  sept.  1681.  Au 
siècle  suivant,  la  lutte  reprenait  aussi  acharnée.  Il  y 
eut  des  appels  comme  d'abus  par  les  quatre  premiers 
Pères,  et  les  Mémoires  tombèrent  en  avalanche.  En 
1781,  un  autre  Arrêt  du  Conseil  d'État  du  roi  fut  rendu; 
ce  fut  le  dernier.  Entre  temps,  Andoche  Pernot  (1727- 
48)  avait  dû  plaider  au  sujet  des  habits  prélatices  qu'il 
portait  lors  des  séances  du  parlement  de  Bourgogne. 
Frivolité. 

Archives  de  l'Aube,  3  H  153  sq.;  3  H  257,  8°  :  démission 
de  Pierre  de  Virey  entre  les  mains  du  pape;  3  H  248-256  : 
volumineux  procès  entre  Jean  Foucault  et  Antoine  de  Châ- 
tillon. —  Chaumont,  ms.  79,  fol.  265-74  :  declaratio  reddi- 
luum...  —  Dijon,  ms.  602  :  quelques  actes  du  procès  Cîteaux- 
Clairvaux;  ms.  1591  (anc.  357,  suppl.),  fol.  20,  94,  etc.  — 
Lille,  Arch.  du  Nord,  28  H  15  :  visite  de  C.  par  les  premiers 
Pères.  —  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Moreau,  ms.  818;  Arsenal, 
ms.  785.  —  Sens,  ms.  129.  —  Troyes,  ms.  739;  ms.  2488  : 
Pierre  de  Virey  en  appelle  à  Sixte  IV  des  accusations  de 
.Jean  de  Cirey. 

A.  Avignono,  Manuale  cislerc.  Italiae  abbatum...,  iura, 
prerogativae....  Milan,  1755.  —  Besse,  Archives  de  la  France 
monasl..  Introduction,  Paris,  1906,  p.  160  :  autorité  de 
l'abbé  de  C.  —  J.-M.  Canivez,  art.  Cîteaux  (Législation  de 
l'ordre  de),  dansD.  D.  Can.,  ni,  745;  Étonnantes  concessions 
pontificales,  dans  Miscellanea  hist.  De  Meyer,  i,  Louvain, 
1946,  p.  505.  —  Innocent  III,  lettre  aux  premiers  Pères, 
P.  L.,  ccxiv,  1107.  —  Jean,  abbé  de  Savigny,  lettre  aux 
cisterc.  d'Angleterre  (1264),  dans  Monasticon  angliccmum, 
V,  Londres,  1825,  p.  226.  —  R.  Kôndig,  Elenchus  privile- 
yiorum...,  Cologne,  1729.  —  Gr.  Millier,  Titel  des  Abtes  voti 
C,  dans  Cisterc.-Chronik,  xxvi,  1914,  p.  65;  D.  abb.  Sale- 
mitani,  de  controversia  raiione  tiluli  generalis,  ibid.,  1929, 
p.  82.  —  Pie  de  Langogne,  De  bulla  Innocentiana,  dans 
Anal,  eccl.,  Rome,  1901,  p.  311.  — •  Statuta  cap.  yen.  ord. 
cisterc.,  éd.  Louvain,  v,  1937,  ann.  1482  sq. 

Liste  des  abbés  de  Cîteaux.  —  De  nombreux  ouvrages 
mss.  et  imprimés  présentent  cette  liste  des  abbés,  mais 
on  n'y  trouve  pas  la  concordance  désirée.  Les  dates 
sont  différentes;  le  nombre  des  abbés  varie  aussi,  car 
on  supprime  parfois  S.  Robert,  Wido  (ou  Guido)  (1133), 
Richelieu  (1636),  Louis  Loppin  (1670)  [cf.  Paris,  Bibl. 
nat.,  ms.  lal.  13823,  fol.  90-95  (xviie  s.);  Arsenal,  ms. 
927,  fol.  139  (xvii«  s.);  Dijon,  ms.  1018  (xviii«  s.);  Arch. 
de  la  Côte-d'Or,  H  408,  fol.  74-83;  Louviers,  ms.  28 
(xvn«-xviii«  s.);  Troyes,  ms.  2002  (xvii«  s.);  Port-du- 
Salut,  abbaye,  ms.  4  (xviii«  s.)].  —  Listes  imprimées 
dans  Manrique,  Annales  cisterc.,  i,  Lyon,  1642,  p.  471. 
—  Henriquez,  Menologium,  Anvers,  1630,  p.  2.  —  Sar- 
torius,  Cistercium-Bis-Tertium,  Prague,  1700,  tit.  ii, 
23-44.  —  Gall.  christ.,  iv,  984;  cette  dernière  liste 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


forme  ici  notre  base,  rectifiée  cependant  pour  le  xu^  s. 
par  M.  J.  Marilier  (dans  Cisterc.-Chronik,  1948,  p.  Isq.), 
et  ailleurs  par  des  statuts  capitulaires  ou  des  bulles 
pontificales. 

1.  S.  Robert,  1098-99.  —  2.  S.  Aubri,  1099-1109; 
Henri,  fils  du  duc  Eudes,  se  fait  moine.  —  3.  S.  Étienne 
Harding,  1109-33;  f  1134;  il  reçoit  S.  Bernard  et  ses 
compagnons.  —  4.  Wido  (Gui  l"),  1133,  abbatiat  éphé- 
mère. —  5.  Raynaud,  fils  de  Milon,  comte  de  Bar-sur- 
Seine,  moine  à  Clairvaux,  élu  à  Cîteaux,  1133/34-1150. 
En  1147,  Eugène  III  est  présent  au  chapitre  général; 
affiliation  des  deux  congrégations  de  Savigny  et  d'Oba- 
sine.  Éloge  de  Raynaud  dans  la  Vie  de  S.  Étienne 
d'Obasine  (Baluze,  Miscellanea,  ii,  117).  —  6.  Goswin, 
1151-55;  moine  puis  abbé  de  Bonnevaux.  Eugène  III 
confirme  la  Charte,  1152.  Mort  de  S.  Bernard.  —  7. 
Lambert,  1155-61;  abbé  de  Clairefontaine,  puis  de 
Morimond;  il  démissionne  en  1161.  En  1158,  la  milice 
de  Calatrava  devient  cistercienne.  —  8.  Fastrède  de 
Gaviaumer,  1161-63;  abbé  de  Cambron,  de  Clairvaux. 
Il  soutint  le  parti  d'Alexandre  III.  —  9.  Gilbert  (le 
Grand),  1163-68;  abbé  d'Ourscamp.  —  10.  Alexandre, 
1168-78;  chanoine  de  Cologne,  moine  à  Clairvaux,  abbé 
de  Grandselve.  En  1174,  canonisation  de  S.  Bernard.  — 
11.  Guillaume  I"  (de  Toulouse),  1178-81;  abbé  de  Sa- 
vigny. —  12.  Pierre  I",  1181-84;  abbé  de  Pontigny, 
évêque  d'Arras;  f  1185.  —  13.  Bernard,  1184-86;  abbé 
de  Fontenay.  —  14.  Guillaume  II,  1186-89;  moine  de 
la  Prée.  —  15.  Thibaut,  1189-90.  —  16.  Guillaume  III, 
1190-94.  —  17.  Pierre  II,  1194.  —  18.  Gui  de  Paray, 
1194-1200;  abbé  de  N.-D.-du-Val,  cardinal  par  Inno- 
cent III  en  1199,  légat  en  Allemagne;  f  à  Gand,  1206. 

—  19.  Arnaud  Amaury,  1201-1211/12;  abbé  de  Poblet, 
de  Grandselve;  créé  inquisiteur  contre  les  albigeois, 
1204;  archev.  de  Narbonne;  t  1225.  —  20.  Arnaud  II, 
1212-17  ;  assiste  au  concile  de  Latran,  1215.  —  21.  Con- 
rad d'Urach,  de  la  famille  des  ducs  de  Thuringe,  1217- 
1219  ;  moine,  puis  abbé  de  Villers-en-Brabant,  de  Clair- 
vaux; cardinal-évêque  de  Porto  par  Honorius  III, 
1219;  prépare  la  croisade;  t  1227.  —  22.  Gauthier 
d'Ochies,  1219-1234/35;  docteur  en  théologie,  abbé  de 
Longpont.  —  23.  Jacques  I",  1234/35-1236.  —  24. 
Jean  I",  1236-38;  abbatiat  attesté  par  deux  bulles  de 
Grégoire  IX  (L.  Auvray,  Reg.  de  Grégoire  IX,  n.  3404, 
4041).  La  seconde  bulle,  reprenant  une  lettre  de  l'abbé 
Jean,  est  elle-même  reprise  par  Innocent  IV  en  janv. 
1244  (E.  Berger,  Reg.  d'Innoc.  IV,  n.  394;  Ughelli,  i, 
259).  Les  listes  des  abbés  de  C.  lui  donnent  générale- 
ment le  nom  de  Jacques.  Cependant  Mathieu  Pillaert 
fait  mention  de  l'abbé  Jean  l"  en  plusieurs  endroits  de 
son  Spéculum.  La  biblioth.  nat.  de  Turin  (ms.  lat.  D. 
VI,  25)  conserve  des  lettres  échangées  entre  Jean  de  Cî- 
teaux et  Évrard  de  Clairvaux  (1235-38).  Les  Annales 
de  Waverley  le  disent  précédemment  abbé  de  Boxley. 
Les  Statuta  le  nomment  Jacques,  d'après  quelques  mss. 

—  25.  Guillaume  IV  de  Montaigu,  1238-44;  fait  captif 
par  l'empereur  Frédéric  II  en  1240;  démiss,  en  1244; 
t  1246.  —  26.  Boniface,  1244-55  (?).  —  27.  Gui  III  de 
Bourgogne,  1255  (?)-62;  cardinal,  légat  pontifical; 
t  1274.  —  28.  Jacques  II,  1262-65;  prieur  de  Cîteaux, 
élu  par  les  seuls  moines,  confirmé  par  Clément  IV  qui 
publie  la  bulle  Parvus  fons,  1265.  —  29.  Jean  II,  1265- 
1284;  abbé  de  Savigny.  — 30.  Thibaud  de  Sancy,  1286- 
1293;  abbé  de  Noirlac,  puis  de  Clairvaux.  —  31.  Ro- 
bert II,  1293-94;  abbé  de  Pontigny,  cardinal;  f  1305. 

—  32.  Rufin,  1294-99.  — 33.  Jean  III  de  Pontoise,  1299- 
1304;  abbé  d'Igny;  résiste  à  Philippe  le  Bel.  —  34. 
Henri,  1304-15;  abbé  de  Jouy.  —  35.  Guillaume  V, 
1316-35;  abbé  de  Vaucelles;  Benoît  XII  publie  la  bulle 
Fulgens,  1335.  —  36.  Jean  IV  de  Rougemont,  1335.  — 
37.  Jean  V  de  Chaudenai,  doct.  en  théol.,  1339-59;  en 
1348,  la  peste  sévit  et  vide  bien  des  monastères.  —  38. 
Jean  VI  de  Bussières,  doct.  en  théol.,  abbé  de  Clair- 

H.  —  XII.  —  28  — 


867 


CITE  AUX 


(ABBAYE) 


868 


vaux  en  1358,  de  Cîteaux  en  1359;  cardinal  en  1375; 
t  1376.  Son  élection  fut  confirmée  par  Innocent  VI;  en 
1363,  la  Chambre  apostolique  fit  remarquer  qu'une  ré- 
serve pontificale  atteignait  alors  l'abbaye  de  Cîteaux. 
Urbain  V  cassa  donc  l'élection  et  nomma  le  même  abbé 
Jean;  il  restait  à  payer  les  taxes  de  chancellerie  (Du- 
brulle,  Reg.  d'Urbain  IV,  Paris,  1926,  n.  228).  —  39. 
Gérard  de  Bussières  de  la  Tour  d'Auvergne,  1376  (?); 
en  1380,  il  reçoit  de  Clément  Vil  le  privilège  des  ponti- 
ficaux. —  40.  Jacques  III  de  Flogny,  1389-1405;  moine 
et  cellérier  de  C,  abbé  de  Bonnevaux,  de  Pontigny.  — 
41.  Jean  VII  de  Martigny,  1405-28;  abbé  de  Morimond, 
de  Clairvaux.  —  42.  Jean  VIII  Picart,  1428-40;  abbé 
de  Gard,  d'Ourscamp.  —  43.  Jean  IX  Vion,  de  Gevrey, 
1440-58;  proviseur  du  collège  S. -Bernard  de  Paris; 
lutte  contre  les  commendes.  —  44.  Gui  IV  d'Autun, 
1459  (?)-62;  moine  de  Fontenay,  abbé  de  Chaalis,  de 
Pontigny.  —  45.  Hymbert-Martin  de  Losne,  1462-76; 
abbé  de  Morimond;  lutte  contre  les  commendes;  ob- 
tient de  Sixte  IV  le  pouvoir  de  dispenser  de  l'absti- 
nence (Ex  supernae,  13  déc.  1475).  —  46.  Jean  X  de  Ci- 
rey,  de  Dijon,  1476-1501  ;  doct.  en  théol.,  moine  de  La 
Charité,  abbé  de  Theuley,  de  Balerne;  lutte  contre  les 
commendes;  fait  éditer  un  recueil  de  bulles;  opère  un 
véritable  sauvetage  de  son  ordre  menacé  de  suppres- 
sion ;  démissionne  ;  t  1503.  —  47.  Jacques  IV,  de  Theu- 
ley, neveu  du  précédent,  1501-16;  doct.  en  théol., 
moine  de  C,  proviseur  du  collège  S. -Bernard  de  Paris, 
abbé  de  Cherlieu,  de  Belleval,  de  Morimond;  démis- 
sionne; t  1516.  —  48.  Biaise  Larget,  d'Aiserey,  1516- 
1517;  doct.  en  théol.,  abbé  de  Marcilly.  —  49.  Guil- 
laume VI  du  Boisset,  1517-21;  abbé  de  Candeil.  —  50. 
Guillaume  VII  le  Fauconnier,  1521-40;  moine  de  Mor- 
temer,  abbé  de  Miroir.  —  51.  Jean  XI  Loysier,  1540- 
1559;  doct.  en  théol.,  moine  de  C.  —  52.  Louis  I*'  de 
Baissey,  1560-64;  doct.  en  droit,  moine  puis  abbé  de  la 
Prée,  de  Maizières.  —  53.  Jérôme  Souchier,  1564-68; 
doct.  en  théol.,  moine  de  Montpeyroux,  abbé  de  Clair- 
vaux,  cardinal  en  1568;  t  1571.  —  54.  Nicolas  1"  Bou- 
cherai, 1571-84;  doct.  en  théol.,  prieur  de  Reclus,  pro- 
cur.  gén.  à  Rome;  en  1532,  paraît  au  concile  de  Trente, 
démiss,  en  1584.  —  55.  Edme  de  la  Croix,  1584-1604; 
doct.  en  théol.,  moine  de  Clairvaux,  prieur  de  Belleau. 
—  56.  Nicolas  II  Boucherai,  1604-25;  doct.  en  théol., 
prieur  de  C,  abbé  de  Vaucelles;  fait  de  nombreuses 
visites  d'abbayes;  ramène  l'équilibre  dans  les  finances 
de  sa  maison;  crée  la  commune  de  S.-Nicolas-lez-Cî- 
teaux  sur  les  terres  de  l'abbaye.  —  57.  Pierre  III  Ni- 
velle, de  Troyes,  1625-35;  doct.  en  théol.,  abbé  de  S.- 
Sulpice-en-Bugey.  Il  cède  à  Richelieu,  qui  lui  passe  son 
évêché  de  Luçon;  t  1661.  —  58.  Armand-Jean  du  Pies- 
sis,  card.  de  Richelieu,  déjà  abbé  de  Cluny  et  de  Pré- 
montré, se  fait  élire  à  C.  par  les  quatre  premiers  Pères 
et  trente-quatre  moines;  prend  possession  le  15  janv. 
1636,  mais  ne  fut  jamais  confirmé  par  le  pape;  les 
abbés  des  nations  étrangères  faisaient  opposition  au 
nom  de  la  Charte.  Sous  son  régime,  Cîteaux  passe  aux 
mains  des  réformés  de  l'Étroite  observance  (un  dossier 
relatif  à  cette  élection  se  trouve  à  Naples,  bibl.  nat., 
fonds  Brancacciana,  I.  G.  1,  fol.  1-4).  —  59.  Claude 
Vaussin,  1643-70;  frère  utérin  de  Jean  Bouchu,  pré- 
sident du  sénat  de  Bourgogne;  moine  de  Clairvaux, 
doct.  en  théol.,  prieur  de  Froidmont,  élu  à  C.  par  les 
moines  de  la  Commune  observance  réunis  à  Dijon, 
1643.  Louis  XIII  avait  ordonné  l'élection  d'un  mem- 
bre de  l'Étroite  observance;  l'élection  de  Vaussin  est 
cassée  par  décret  du  Grand  Conseil.  L'affaire  est  portée 
au  S. -Siège,  qui  nomme  trois  délégués  :  l'archevêque 
de  Sens,  les  évêques  de  Séez  et  d'Autun.  Leur  sentence 
est  contre  la  Commune  observance,  qui  en  appelle  au 
Conseil  du  roi.  Tous  alors  sont  admis  à  voter  et  Vaus- 
sin est  élu  par  40  voix,  contre  15  données  à  Jean 
Jouaut,  abbé  de  Prières.  En  1666,  Alexandre  VII  pu- 


blie la  bulle  de  réforme  In  suprema.  —  60.  Louis  II 
Loppin,  de  Seurre,  élu  le  29  mars  1670,  f  le  6  mai  sui- 
vant. —  61.  Jean  XII  Petit,  de  Châlons.  1670-janv. 
1692;  doct.  en  droit,  moine  de  C.  ;  il  échappe  à  une  ten- 
tative d'empoisonnement;  lutte  pour  ses  droits  contre 
les  premiers  Pères;  publie  le  Rituel  cistercien  de  1689. 

—  62.  Nicolas  Larcher,  1692-mars  1712;  doct.  en  théol., 
moine  de  C,  prieur  de  Bussières.  —  63.  Edmond  II  Per- 
rot,  de  Dijon,  1712-janv.  1727  (cf.  Voyage  littéraire,  i, 
224).  —  64.  Andoche  Pernot  des  Crots,  frère  d'un  séna- 
teur de  Dijon,  élu  le  21  avr.  1727,  t  14  sept.  1748.  — 
65.  François  Trouvé,  élu  le  25  nov.  1748,  t  25  avr.  1797. 

—  Interruption  d'un  siècle  avant  la  reprise  de  l'abbaye 
et  de  son  titre  par  les  cisterciens  trappistes.  —  66.  Sé- 
bastien Wyart,  1899-1904;  abbé  de  Sept-Fons  (rescrit 
pontifical  du  3  juill.  1899).  —  67.  Augustin  Marre, 
1904-22;  abbé  d'Igny,  évêque  titulaire  de  Constance, 
puis  archev.  de  Métylène.  —  68.  J.-B.  Ollitraut  de  Ke- 
ryvallan,  1922-29;  abbé  de  Melleray.  —  69.  Herman- 
Joseph  Smets,  1929-43;  abbé  de  Westmalle.  —  70.  Do- 
minique Nogues,  1946;  abbé  de  Thymadeuc. 

VI.  Saints  et  prélats  remarquables.  —  Cîteaux, 
fondé  avant  tout  comme  école  de  sainteté,  a  vu  plu- 
sieurs de  ses  abbés,  moines  et  convers  recevoir  les  hon- 
neurs des  autels,  bien  que  la  tendance  de  l'autorité  ca- 
pitulaire  ne  fût  pas  de  pousser  aux  procès  de  canonisa- 
tion. Henriquez  a  dressé  une  assez  longue  liste  de  saints 
et  bienheureux  ayant  vécu  à  Cîteaux;  certains  d'entre 
eux  n'ont  fait  que  bénéficier  de  la  prodigalité  de  l'au- 
teur à  distribuer  les  titres.  Ne  retenant  que  les  noms  de 
ceux  qui  jouissent  au  moins  d'un  culte  immémorial, 
notre  total  touche  à  une  vingtaine.  De  ceux-ci,  deux 
seulement  sont  cités  dans  le  récent  martyrologe  ro- 
main :  S.  Robert  de  Molesme  (29  avr.),  S.  Étienne  Har- 
ding  (17  avr.).  Le  troisième  abbé  de  Cîteaux,  S.  Aubri, 
n'a  sa  fête  célébrée  chez  les  cisterciens  que  depuis  1738. 
Au  nombre  des  autres,  nous  distinguons  d'abord  les 
abbés  Raynaud,  Goswin,  Fastrède,  Gilbert,  Alexandre, 
les  deux  Guillaume,  Bernard,  Boniface,  Pierre  II,  puis 
quelques  moines  et  le  convers  Alain. 

Plusieurs  abbés  furent  promus  au  cardinalat  :  Guy 
de  Paray  (1 199),  Conrad  d'Urach  (1219),  Guy  de  Bour- 
gogne (1262),  Robert  (1294),  Jean  de  la  Bussière  (1375) 
et  Jérôme  Souchier  (1568).  En  1130,  le  premier  cister- 
cien élu  à  l'épiscopat  fut  Pierre  de  Tarentaise  (l'an- 
cien), moine  de  Cîteaux  d'abord,  puis  abbé  de  La  Ferté. 
Hugues  de  Màcon  occupa  le  siège  d'Auxerre  en  1137; 
Guichard  fut  sacré  archevêque  de  Lyon  par  Alexan- 
dre III  en  1165,  et  Pierre,  12«  abbé  de  Cîteaux,  devint 
évêque  d'Arras  en  1184.  Arnaud  Amauri  termine  une 
carrière  bien  remplie  comme  archevêque  de  Narbonne 
en  1225.  Pierre  Nivelle,  en  1637,  fait  un  échange  avec 
Richelieu  et  occupe  le  siège  de  Luçon.  En  ces  derniers 
temps,  Aug.  Marre,  abbé  de  Cîteaux,  fut  successive- 
ment évêque  titulaire  de  Constance  et  archevêque  de 
Métylène  (t  1922). 

Henriquez,  Menologium  cisterciense,  Anvers,  1630.  — ■ 
S.  Lenssen,  Catalogue  critique  du  ménologe...,  Westmalle, 
1937.  —  D.  Willi,  Pàpste,  Kardinàle  und  Biscliôfe  aus  dem 
Cisterc.-Orden,  Bregenz,  1912. —  A.  Zimmermann,  Kalen- 
darium  benediclinum,  Metten,  1934. 

VII.  Liturgie.  —  Il  suffira  de  rappeler  ici  le  travail 
que,  personnellement,  certains  abbés  de  Cîteaux  ont 
fourni,  pour  créer  d'abord,  et  maintenir  ensuite,  la  li- 
turgie cistercienne.  Le  principe  générateur  de  la  fon- 
dation de  l'ordre  inspira  également  sa  liturgie  propre. 
Voulant  la  pratique  littérale  de  la  règle  bénédictine, 
Cîteaux  reprend  l'office  divin  dans  les  proportions  et 
les  dispositions  établies  par  S.  Benoît.  On  élimine  donc 
toutes  les  additions  clunisiennes  :  les  psaumes  sura- 
joutés, les  processions,  les  litanies,  les  nombreux  ver- 
sets, etc.  (cf.  les  partes  decisae  de  V Exordium  magnum, 
publiées  par  Tiburce  HUmpfner,  Bregenz,  1908).  D'au-, 


869 


CITE  AUX 


(ABBAYE) 


870 


tre  part,  la  Charte  de  charité  pose  comme  principe  fon- 
damental que  l'unité  liturgique  doit  régner  dans  tous 
les  monastères  de  l'ordre.  On  rédige  donc  à  Cîteaux, 
dès  le  début,  tout  un  corps  de  rubriques  :  les  Officia 
ecclesiaslica,  qui  constituent  la  première  partie  du  Liber 
usuum,  œuvre  de  S.  Aubri  et  de  S.  Étienne,  que  pu- 
bliera en  1134  Raynaud  de  Bar.  Quand  les  pontifes  ro- 
mains approuvèrent  la  Charte,  ils  approuvèrent  par  là 
même  la  réforme  liturgique  des  abbés  de  Cîteaux.  Eu- 
gène III,  qui  renouvelle  l'approbation  par  la  bulle  Sa- 
crosancta  (1""'  août  1152),  cite  expressément  «  le  chant 
et  les  livres  liturgiques,  qui  doivent  se  trouver  iden- 
tiques dans  toutes  les  abbayes  de  l'ordre  ». 

C'est  pour  assurer  cette  uniformité  qu'à  Cîteaux  les 
abbés  ordonnèrent  la  rédaction  du  manuscrit  type, 
contenant  tous  les  textes  liturgiques  utilisés  dans  le 
cours  de  l'année.  Cette  œuvre,  encore  admirée  aujour- 
d'hui, se  trouve  à  Dijon,  bibl.  munie,  ms.  114(28). 
C'est  la  source  primordiale,  authentique  et  officielle  du 
rite  cistercien. 

Une  seconde  intervention  personnelle  des  abbés  de 
Cîteaux,  relative  à  la  liturgie,  fut  celle  du  xvii»  s.  S. 
Pie  V  avait  réalisé  en  1568  et  1570  une  réforme  de  la 
liturgie  romaine.  Le  succès  de  cette  œuvre,  et  sans 
doute  aussi  un  maladif  désir  de  nouveauté,  déclenchè- 
rent, dans  bon  nombre  de  monastères,  un  véritable  en- 
gouement pour  la  liturgie  romaine.  A  rencontre  même 
des  volontés  pontificales,  on  alla  jusqu'à  désirer  l'aban- 
don de  l'antique  liturgie  cistercienne.  L'honneur  re- 
vient à  Claude  Vaussin  (1645-70)  d'avoir  sauvé  ce  qui 
pouvait  l'être  encore  du  vieux  rite  pratiqué  par  S.  Ber- 
nard. Il  eut  l'habileté  de  faire  insérer,  dans  la  Constitu- 
tion de  réforme  d'Alexandre  VII  (In  suprema),  un 
article  reproduisant  le  principe  promulgué  dès  le  début 
de  l'ordre  :  partout  dans  les  monastères,  on  est  tenu  de 
pratiquer  la  liturgie  telle  qu'elle  est  à  Cîteaux.  Un  Ri- 
tuel fut  alors  composé,  qui  consacrait  quelques  em- 
prunts à  la  liturgie  romaine.  Il  ne  parut  qu'en  1689, 
après  que  Jean  Petit,  abbé  de  Cîteaux,  y  eut  mis  la  der- 
nière main.  En  1913,  les  démarches  de  Mgr  Marre 
(t  1922)  à  la  Cour  romaine  obtinrent  un  décret  attes- 
tant que  ce  Rituel  est  légitime  et  doit  être  suivi  par  les 
cisterciens. 

Canivez,  Le  rite  cistercien,  dans  Ephemerides  liturgicae, 
Rome,  1949.  —  Guignard,  Monuments  primitifs  de  la  règle 
cistercienne,  Dijon,  1878.  —  Dom  André  Malet,  La  liturgie 
cistercienne,  Westmalle,  1921.  — •  R.  Trilhe,  art.  Cîteaux, 
dans  D.  A.  C.  L.,  ui,  1793.  —  Slatuta  cap.  gen.  ord.  cisterc, 
éd.  Louvain,  1933-41,  passim. 

VIII.  Bibliothèque  et  écrivains.  —  En  1480, 
Jean  de  Cirey  faisait  rédiger  le  catalogue  des  livres  de 
la  bibliothèque.  Ce  ms.  se  trouve  actuellement  à  Dijon, 
bibl.  munie,  n.  dlO  (358):  Inuenlarium  librorum  mo- 
nasterii  Cistercii,  Cabilonensis  diocesis,  factum  per  nos, 
fralrem  Johannem,  abbalem  ejusdem  loci,  anno  Domini 
millesimo  CCCC  octuagesimo,  poslquam  per  duos  annos 
eonlinuos  labore  duorum  et  sepius  trium  ligalorum  eos- 
dem  libros  aptari,  ligari  et  cooperiri  cum  magnis  sump- 
tibus  et  impensis  fecimus.  Cet  inventaire  a  été  publié 
in  extenso  au  Catalogue  général  des  mss.  des  biblioth. 
publiques  de  France,  v,  p.  339-452.  Il  comporte  1200 
numéros,  dont  312  sont  encore  conservés  à  Dijon. 
Quelques-uns  se  trouvent  à  Paris,  Bibl.  nat.  :  mss.  lat. 
1488  :  Anselmi  episl.  (xn«  s.);  2727  :  S.  Augustinus 
(xiii«  s.);  3277:  Innocenta  III  sermones  (xiW  s.);  9593, 
10321  :  Pétri  de  Riga,  Aurora  (xiii«  s.);  10892  :  Officia 
ecclesiaslica  (xiii«  s.);  nouv.  acq.  lat.  1876  :  Egidius  de 
Roma  (xive  s.). 

La  bibliothèque  de  Cîteaux  était  alors  répartie  en 
plusieurs  locaux,  ce  qui  fournit  la  base  de  division  du 
catalogue.  Les  n.  1-340  occupaient  la  «  librairie  du  dor- 
toir »  (pièce  ayant  servi  jadis  de  vestiaire  et  proche  du 
dortoir).  On  y  trouvait  les  textes  et  commentaires  de 


la  Bible,  les  écrits  des  Pères,  S.  Augustin,  S.  Grégoire, 
S.  Jérôme,  S.  Anselme,  Origène,  Hilaire,  S.  Bernard; 
des  œuvres  théologiques  de  Denys,  de  S.  Thomas, 
Alain,  etc.,  et  quelques  ouvrages  historiques.  La  grande 
bibliothèque  comportait  trois  armoires,  dont  les  rayons 
recevaient  les  livres  disposés  en  ordre  méthodique, 
comme  plus  haut.  Une  série  importante  de  sermon- 
naires  se  trouvait  dans  un  coffre.  On  note  aussi  un 
grand  nombre  de  livres  liturgiques  pour  l'offlce  choral, 
puis  des  livres  d'usage  courant. 

D'autres  se  trouvaient  retenus  par  une  chaîne  sur 
des  pupitres  placés  dans  le  cloître,  près  du  chapitre. 
Une  série  d'une  centaine  est  intitulée  :  Libri  legendi  in 
conventu  seu  dividendi  fratribus  ad  legendum;  ce  sont 
des  Vies  de  saints,  quelques  sermonnaires,  etc.  Jean  de 
Cirey  avait  organisé  un  studium,  salle  d'étude  pour- 
vue d'un  choix  d'ouvrages  (n.  748-924)  propres  à  la 
formation  théologique,  juridique,  historique  et  litté- 
raire des  moines.  L'abbé  de  Cîteaux  note  également 
les  livres  qu'il  possédait  dans  sa  chambre,  ceux  du  no- 
viciat, de  l'infirmerie,  et  enfin  les  volumes  déposés  à  la 
résidence  abbatiale  de  Gilly. 

Il  est  étonnant  de  trouver  encore  un  chiffre  aussi  im- 
posant de  mss.  en  1480,  alors  que  l'abbaye  avait  été 
plusieurs  fois  dévastée.  Le  ms.  44  (26)  de  Dijon,  qui 
est  le  n.  28  du  catalogue  de  Cirey,  s'en  explique  par 
cette  note  :  Hic  liber...  fuit  rapliis  per  armalos  et  re- 
demplus  per  domnum  Amadeum,  gubernatorem  domus 
Cistercii  apud  Delnam,  precio  quinque  florenorum  auri, 
anno  1478.  Un  catalogue  des  mss.  de  Cîteaux,  rédigé 
au  xvii«  s.  par  Le  Tonnellier,  témoigne  qu'un  nombre 
considérable  avait  disparu  depuis  la  fin  du  xv^^  s.  ;  mais 
de  nouvelles  acquisitions  avaient  été  faites.  Même 
constatation  dans  les  catalogues  ou  inventaires  dressés 
au  xviii»  s.  Dans  leur  Voyage  littéraire  de  1708,  les 
deux  bénédictins  remarquent  que,  dans  la  bibliothèque 
de  Cîteaux,  «  il  y  a  un  bon  fonds  de  livres  imprimez  sur 
toutes  sortes  de  matières,  et  sept  ou  huit  cents  manus- 
crits, dont  la  plupart  sont  des  ouvrages  des  Pères  de 
l'Église  »  (pars  I»,  p.  221).  Ils  citent  ensuite  quelques 
mss.  qui  leur  ont  paru  plus  rares,  et  dans  lesquels  nous 
retrouvons  les  noms  d'auteurs  cisterciens  :  Richard 
de  Dore,  Guillaume  de  Clairvaux,  Nicolas  de  Preuilly, 
Jacques  de  Melrose,  etc. 

L'abbaye  de  Cîteaux  avait  eu  aussi  ses  écrivains. 
Outre  les  premiers  abbés,  qui  travaillèrent  à  la  rédac- 
tion des  livres  liturgiques  et  des  statuts,  d'autres  s'oc- 
cupèrent de  matière  juridique.  Guy  de  Paray  (f  1206) 
donna  aux  moines  militaires  de  Calatrava  leurs  consti- 
tutions spéciales  (cf.  Henriquez,  Régula,  constilu- 
tiones...,  Anvers,  1630,  p.  484).  Thibaud  de  Sancy 
(t  1293)  mit  au  jour  une  nouvelle  collection  de  statuts; 
Guillaume  de  Vaucelles  (f  1335)  fit  de  même  et  de- 
manda à  Jean  XXII  d'approuver  sa  compilation.  Un 
travail  similaire  fut  repris  en  1350  par  Jean  de  Chau- 
denai  (f  1359).  Guillaume  de  Boisset  posa  toute  une 
législation  pour  le  collège  S. -Bernard  de  Paris.  Des 
travaux  relatifs  aux  sciences  ecclésiastiques.  Écriture 
sainte,  théologie,  droit  canon,  furent  réalisés  par  des 
moines  docteurs  en  ces  différentes  branches,  tels  Nico- 
las de  Montesa  (1337),  Claude  de  Bronald  (D.  H.  G.  E., 
x,  839),  Richer,  prieur  de  Cîteaux  (vers  1369).  Jean  de 
Mirecourt  (Mercuria),  qui  professait  à  Paris,  eut  à  su- 
bir, en  1347,  la  condamnation  de  35  propositions  tirées 
de  son  enseignement  (Reims,  ms.  494,  fol.  8;  ms.  52; 
cf.  Rev.  d'iiist.  de  l'Égl.  de  France,  1947,  p.  213). 

Les  Sermones  quadragesimales  de  Jean  de  Chaudenai 
sont  encore  inédits,  semble-t-il  (Dijon,  ms.  222).  Plu- 
sieurs abbés  de  Cîteaux  furent  des  orateurs  remarqua- 
bles, tels  Jean  Picart  (t  1440;  cf.  Erlangen,  mss.  534, 
538;  Mansi,  xxix,  1270-80):  maximam  inter  Patres  lau- 
dem  promeruit;  cf.  N.  Valois,  Le  pape  et  le  concile,  Paris, 
1909,  I,  85,  144,  321  ;  ii,  128);  Jean  de  Cirey  (t  1503), 


871 


CITEAUX 


(ABBAYE) 


872 


choisi  par  les  États  de  Bourgogne  pour  porter  la  parole 
devant  le  roi,  à  Blois  (1484).  Il  en  fut  de  même  pour 
Nicolas  Boucherat  (t  1586)  devant  Henri  III,  à  Rouen, 
le  18  juin  1578  (Remonstrance...,  Paris,  1578).  Edme 
de  la  Croix  mourut  à  Barcelone  en  1604,  au  cours  de 
visites  dans  les  monastères  d'Espagne;  avec  les  papes 
de  cette  époque,  il  avait  entretenu  une  correspondance 
considérable  qui  fut  conservée.  Devant  Henri  Cajetan, 
cardinal  légat  a  latere  de  Sixte  V,  à  Màcon  en  déc.  1588, 
il  avait  été  le  porte-parole  et  plusieurs  de  ses  discours 
furent  imprimés  en  1590. 

De  Jean  de  Cirey  aussi  il  faut  signaler  l'initiative 
en  matière  d'édition.  Le  premier  incunable  sorti  des 
presses  de  Dijon  est  son  bullaire  intitulé  :  Collecta  privi- 
legiorum  ordinis  cislerciensis,  1491;  recueil  soigneuse- 
ment préparé  avec  l'aide  de  son  secrétaire  Conrad  Leon- 
berger  (Leontorius),  qui  signa  tous  les  exemplaires  à 
l'effet  de  les  authentiquer.  Les  livres  liturgiques  paru- 
rent en  1487,  missel  et  bréviaire;  ce  dernier  s'annonce 
comme  amendant  l'édition  de  1484  (Hain,  Repertorium, 
n.  11279,  11280;  Gesamikat.  der  Wiegedrucke,  n.  5198, 
5199).  L'ordinaire  fut  traduit  en  français  pour  les  reli- 
gieuses, par  Jean  de  Vepria,  prieur  de  Clairvaux,  et 
imprimé  en  1495.  Les  exemplaires  en  sont  rares  :  un 
à  la  Bibl.  royale  de  Bruxelles,  un  autre  à  la  Bibl.  univ. 
de  Fribourg. 

Au  xviiif!  s.,  quelques  moines  s'occupent  de  l'his- 
toire de  leur  ordre.  Marc-Antoine  Crestin  (1724)  rédige 
une  Hist.  de  l'abbaye  de  C.  jusqu'en  1642;  Nicolas  Co- 
theret,  docteur  de  Sorbonne,  laisse  des  Annales  de 
l'abbaye  de  C,  ms.  de  583  fol.,  actuellement  à  l'abbaye 
de  Tamié  (Savoie),  et  des  Observations  sur...  les  privi- 
lèges (ms.  699  de  Troyes). 

Paris,  Bibl.  nat.,  mss.  lat.  11792,  fol.  87;  14615,  fol.  579  : 
catal.  des  mss.  de  C;  noav.  acq.  lat.  1557  :  copie  de  l'inven- 
taire de  1480;  ms.  1647  :  copie  d'un  catal.  suivie  d'un  état 
des  mss.  ...  en  1790.  —  Bibl.  de  l'Arsenal,  ms.  4640  : 
catal.  de  Le  Tonnellier  en  1675.  —  Dijon,  ms.  1401  :  catal. 
des  mss.  de  G.,  xviii"  s. 

T.  Hùmpfner,  Aus  der  Bibliothek  von  C,  Bregenz,  1926. 
—  .Jean  de  Cirey,  Pia  exhortatio  ad  monachos...,  éd.  dans 
Collecta  privilegiorum...,  1491  ;  de  même  un  Catalogus  sanc- 
toriim  et  quelques  décrets  capiliUaires  de  1490;  Liber  de 
prospéra  et  adverso  statu  ord.  cisterc,  ms.  aux  Arch.  de  la 
Côte-d'Or  et  autres  cités  plus  haut;  Relation  du  voyage  des 
députés  des  États  de  Bourgogne  aux  États  généraux  de  Tours 
en  1484  (cf.  Bibl.  de  l'École  des  chartes,  1886,  p.  360  sq.); 
les  discours  prononcés  à  Blois,  puis  à  Beaune,  se  lisent  dans 
le  ms.  fr.  16248,  fol.  42-411,  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris;  Sta- 
tuta  reformationis...  1493  (cf.  Statuta,  vi,  87);  Relatio  lega- 
tionis  abbatum  ad  Sanctam  Sedem  {ibid.,  v,  761);  Violencie 
et  injurie  {acte  et  illate  monasterio  Cist.  per...  Mariam  de 
Sabaudia...  1484  et  1501,  publ.  avec  trad.  en  1866,  par  J. 
Garnier.  — •  Ch.  Oursel,  La  miniature  du  XII'  s.  à  l'abbaye  de 
C.  d'après  les  mss.  de  la  bibl.  de  Dijon,  Dijon,  1926. 

IX.  Art  et  architecture.  —  Pour  nous  faire  une 
idée  de  l'ancien  Cîteaux,  nous  disposons,  entre  autres 
moyens,  de  plusieurs  documents  intitulés  lier  cister- 
ciense,  ou  équivalemment.  En  1667,  vint  au  chapitre 
général  l'abbé  Laurent  Scipio,  du  monastère  d'Ossegg, 
en  Bohême.  Il  a  laissé  un  bref  récit  en  latin  de  son 
voyage  et  de  ce  qu'il  a  vu  à  Cîteaux  (cf.  Cislerc.-Chro- 
nik,  1896,  p.  289).  En  cette  même  année,  vint  aussi  du 
monastère  de  Maris  Stella  (Wettingen),  en  Suisse,  Jo- 
seph Meglinger,  secrétaire  de  son  abbé.  Il  a  laissé  une 
longue  description  de  son  voyage  et  de  la  grande  abbaye 
chef  d'ordre  qu'il  visitait  pour  la  première  fois  (cf. 
P.  L.,  cLxxxv,  1565-1622).  Un  troisième  lier  cister- 
ciense  est  celui  du  moine  Joseph  Jahn,  secrétaire  de 
dom  Benoît  Litwerig,  abbé  d'Ossegg,  venant  à  Cîteaux 
en  1699  à  titre  de  délégué  du  vicariat  de  Bohême,  Mo- 
ravie et  Lusace  (cf.  Cisterc.-Chronik,  1909,  p.  33  sq.). 
Les  deux  bénédictins,  Martène  et  Durand,  auteurs  du 
Voyage  littéraire,  étaient  de  passage  à  Cîteaux  en  1708. 
La  relation  dernière  en  date  est  celle  de  dom  Constan- 


tin Haschke,  abbé  de  Heinrichau  en  Silésie,  venu  au 
chapitre  général  de  1768  (cf.  Cisterc.-Chronik,  1931, 
p.  1  sq.).  Tous  sont  unanimes  à  célébrer  l'ampleur  et 
la  splendeur  de  l'abbaye  mère. 

«  Cîteaux,  écrit  dom  Martène,  sent  la  grande  maison 
et  son  chef  d'ordre.  Tout  y  est  grand,  beau  et  magni- 
fique, mais  d'une  magnificence  qui  ne  blesse  point  la 
simplicité  religieuse.  L'église  est  vaste  et  bien  décorée. 
Il  y  a  des  autels  à  tous  les  piliers  de  la  nef.  On  y  voit 
des  tableaux  d'un  prix  inestimable.  Ceux  de  S.  Étienne 
Martyr,  de  la  Nativité  de  N.-S.,  la  figure  de  la  Sainte 
Vierge  et  de  S.  Bernard  sont  des  pièces  inimitables.  On 
compte  jusqu'à  soixante  princes  de  la  maison  de  Bour- 
gogne enterrez  dans  l'église,  plusieurs  évêques,  arche- 
vêques et  autres  personnes  de  distinction...  »  Suivent 
les  nombreuses  épitaphes  relevées  par  les  deux  voya- 
geurs. Derrière  l'autel  majeur,  du  côté  de  l'épître,  se 
trouvait  une  châsse  renfermant  le  cœur  de  Calixte  II 
(t  1124),  qui,  étant  archevêque  de  Vienne  en  Dau- 
phiné,  avait  négocié  avec  S.  Étienne  Harding  la  fon- 
dation de  l'abbaj'e  de  Bonnevaux. 

Le  tombeau  du  sénéchal  de  Bourgogne,  Philippe 
Pot  (t  1494)  —  l'admirable  pièce  bien  connue  —  se 
trouvait  dans  la  chapelle  de  S. -Jean-Baptiste.  Le  che- 
valier est  représenté  armé  et  vêtu  de  la  cotte  d'armes, 
couché  sur  la  pierre  que  supportent  huit  pleurants, 
portant  les  blasons  de  la  famille.  Actuellement,  au  luu- 
sée  de  Dijon  (cf.  Ann.  de  Bourgogne,  1944,  p.  57). 

L'église,  consacrée  en  1193  (cf.  Statuta,  1194  :  55), 
mesurait  130  m.  en  longueur;  le  chœur  possédait  plus 
de  cent  stalles.  La  salle  capitulaire  pouvait  recevoir 
plus  de  trois  cents  sièges.  «  Les  cloîtres  sont  propor- 
tionnez au  reste  des  batimens,  écrit  dom  Martène. 
Dans  l'un  de  ces  cloîtres,  on  voit  de  petites  cellules 
comme  à  Clairvaux,  qu'on  appelle  écritoires,  parce  que 
les  anciens  moines  y  écrivaient  les  livres.  Un  des  plus 
vénérables  endroits  de  Cîteaux,  c'est  l'ancien  monas- 
tère, qui  fut  habité  par  les  premiers  religieux  de  ce  saint 
lieu  et  où  S.  Bernard  fut  reçu.  L'église  fut  consarée  en 
1106  par  Gauthier,  évêque  de  Chalon.  Elle  est  assez 
petite,  et  je  ne  crois  pas  qu'elle  ait  plus  de  15  pieds  de 
largeur...  II  y  a  dans  le  sanctuaire  trois  fenêtres  et  deux 
dans  la  nef,  et  c'est  assurément  ce  qu'on  entend  par  cet 
endroit  de  la  Vie  de  S.  Bernard,  où  il  est  dit  qu'il  était 
si  mortifié  qu'il  ne  savait  pas  qu'il  n'y  avait  dans 
l'église  que  trois  fenêtres,  ce  qui  doit  s'entendre  du 
sanctuaire.  » 

Ces  vénérables  restes  ont  disparu  depuis  lors,  ainsi 
que  les  splendeurs  d'autrefois.  Cîteaux  fut  mis  en  vente 
et  adjugé  le  4  mai  1791.  Il  passa  ensuite  par  différentes 
mains.  Le  premier  acquéreur,  Louis  Duleu,  fit  dispa- 
raître l'église.  Dans  les  autres  bâtiments,  une  raffinerie 
s'installa;  ce  fut  éphémère.  En  1841,  un  Anglais,  Ar- 
thur Young,  rachetait  l'immeuble  et  y  organisait  un 
phalanstère.  On  vit  alors  quelques  tableaux  poétiques 
style  Florian  :  bergères  et  fermières  en  dentelles  et 
habits  de  soie.  Fantaisies  coûteuses  qui  aboutirent  à 
une  faillite.  Cinq  ans  après,  le  P.  Joseph  Rey,  fonda- 
teur de  la  congrégation  de  S. -Joseph,  y  installait  une 
colonie  de  jeunes  détenus  qu'il  éduquait  et  faisait  tra- 
vailler. 

L'année  1898  ramenait  le  huitième  centenaire  de  la 
fondation  par  S.  Robert.  Les  moines  blancs  revinrent 
sur  les  lieux  :  c'étaient  les  cisterciens  trappistes.  De 
l'antique  abbaye,  ils  ne  trouvèrent  qu'un  débris  de  bâ- 
timent du  xv«  s.,  situé  en  plein  jardin,  et,  pour  consti- 
tuer le  monastère,  l'aile  nord  de  la  grande  façade  de 
1772.  Les  cisterciens  du  xviiio  s.  avaient,  eux  aussi, 
entrepris  la  reconstruction  de  leurs  bâtiments  claus- 
traux. L'architecte  Lenoir  avait  dressé  un  plan  dont  la 
huitième  partie  seulement  fut  réalisée.  La  vieille  église 
devait  rester  intacte,  mais  on  allait  l'enchâsser  comme 
un  joyau  de  prix  dans  un  cadre  de  800  m.  de  cloître. 


873 


CITEAUX  (ABBAYE).  —  CITEAUX  (ORDRE) 


874 


C'eût  été  grandiose,  trop  grandiose  et  trop  vaste  pour 
les  quelque  cinquante  moines  qui  restaient  alors. 

Dans  son  Architecture  cistercienne  en  France,  Paris, 
1943,  M.  Marcel  Aubert  a  étudié  ce  que  fut  l'ancien  Cî- 
teaux  :  église,  cloître,  salle  capitulaire,  réfectoire,  domus 
conuersorum,  et  la  vaste  enceinte  englobant  le  tout. 

Paris,  Chambre,  ms.  1221  :  description  des  mausolées..., 
par  dom  Claude  Vincent  Guitto,  religieux  de  0.  (1719).  — 
Besançon,  bibl.  munie,  ms.  1046,  fol.  8  :  ordonnance  de  la 
maison  de  C.  (xv»  s.).  —  Cambrai,  bibl.  munie,  ms.  976, 
fol.  253  :  tombeaux  à  C.  (xvip  s.).  —  Dijon,  bibl.  munie, 
ms.  119(86)  :  «  Rituel  propre  de  l'abbaye  de  Cisteaux  » 
(1724).  Il  s'y  trouve  12  «  plans  géométraux  des  lieux  régu- 
liers de  l'abbaye  de  C.  où  il  se  pratique  quelques  rits  et 
cérémonies  »;  église  et  parties  de  celle-ci,  presbytère,  choeur, 
nef,  autels  des  piliers,  chapelles,  grand  cloître,  chapitre, 
réfectoire,  infirmerie,  cimetière,  réfectoire  (nouvelle  dispo- 
sition); à  la  p.  501,  plan  d'une  nouvelle  bibliothèque; 
ms.  1591  (ancien  375,  suppl.),  fol.  19  :  élévation  et  corps  de 
bâtiment  du  noviciat  et  des  infirmeries  de  C.  (7  janv.  1767); 
ms.  609  :  description  des  anciens  monuments  de  C,  par 
Moreau  de  Mautour,  avec  des  remarques  de  dom  Cotheret, 
bibliothécaire  (1727).  —  Louviers,  bibl.  munie,  ms.  28, 
p.  1-232  :  description  des  tombeaux;  p.  359  :  spatium  et 
dimensio  templi... 

J.  Calmette,  L'esprit  bourguignon  dans  la  miniature  cis- 
lerc.  du  XII'  s.,  dans  Soc.  des  biblioph.  de  Bourgogne,  1910, 
p.  9-17.  —  Chabeuf,  Voyage  d'un  délégué  suisse  au  chapitre 
général,  Dijon,  1885.  —  H.  Charrier,  L'abbaye  de  C,  Dijon, 
1929;  Invenl.  des  souv.  et  monum.  actuellement  conservés  à 
C,  dans  Ann.  de  Bourgogne,  1931,  p.  197  sq.  —  H.  Drouot, 
Les  meubles  et  objets  d'art  enlevés  à  C.  pendant  la  Ligue  de 
1589-1595,  dans  Ann.  de  Bourgogne,  1930,  p.  212  sq.  — 
Une  "  Veue  du  cloître  de  l'abbaye  de  Cyteaux  en  1613  », 
dessinée  par  Ét.  Martellange,  au  Cabinet  des  estampes  de 
la  Bibl.  nat.  de  Paris,  sous  le  nom  de  François  Stella. 

X.  Archives  et  bibliographie.  —  Archives.  ■ —  Dépôt 
départem.  de  la  Côte-d'Or  :  un  cartulaire  en  3  tomes  (xiii'  s.) 
contenant  un  millier  d'actes  du  milieu  du  xii"  au  xiii»  s.; 
un  autre  cartulaire  en  10  parties,  ordonné  par  Jean  de  Cirey 
(t  1503)  et  continué  ensuite,  contenant  près  de  3  000  actes, 
de  1098  au  début  du  xvii=  s.;  une  dizaine  de  cartulaires 
locaux;  environ  150  registres;  une  douzaine  de  registres  de 
comptabilité  du  xiv«  au  xviii"  s.;  90  cartons  de  titres,  docu- 
ments relatifs  au  temporel;  un  atlas  de  42  plans  sur  par- 
chemin :  «  plans  géométriques  des  bois,  rentes...,  1718  »;  des 
papiers  de  justice  seigneuriales;  une  série  d'inventaires. 
Tout  cela  ne  concerne  que  l'abbaye.  Pour  l'ordre  lui-même, 
il  reste  peu  de  chose.  Depuis  que  M.  Claudon  a  fait  cet 
exposé  au  congrès  de  Dijon  en  1927,  on  a  signalé  (1929  et 
1937)  l'entrée  aux  archives  de  plusieurs  pièces  concernant 
C,  notamment  des  titres  de  propriété  d'un  domaine  à 
Ouges  (1493-1617).  —  Les  dépôts  départem.  du  Jura,  de 
l'Yonne,  de  Saône-et-Loire,  de  la  Marne,  du  Nord  (cf.  Max 
Bruchet,  Invent.,  p.  405),  du  Doubs  conservent  aussi  quel- 
ques pièces.  De  même  les  .\rchives  nat.  à  Paris,  LL  988.  Les 
Archives  du  Cogner  ont  publié  un  acte  de  déc.  1240.  — 
Paris,  Bibl.  nat.,  mss.  lat.  9003,  9004,  9750,  12665;  nouv. 
acq.  lat.  2297  :  pièces  1285-1508;  2588  :  chartes;  ms.  fr. 
20892;  coll.  Moreau,  mss.  785,  818,  859.  —  Beaune,  bibl. 
munie,  ms.  279,  n.  3  :  transaction...,  1287.  —  Besançon, 
bibl.  munie,  ms.  1428  :  actes  de  1262-1764.  —  Dijon, 
bibl.  munie,  ms.  43,  fol.  28  :  quelques  notes  des  xiv«-xv«  s.; 
ms.  184  :  fragm.  cartul.  sur  feuille  de  garde;  ms.  598  : 
buUaire  de  C.  (xiv«-xv«  s.);  ms.  942  :  11  docum.,  1192-1519; 
ms.  1020  :  recueil.  —  Gray,  bibl.  munie,  ms.  12  :  une 
charte...,  1255.  —  Lyon,  bibl.  munie,  ms.  127,  fol.  113  : 
fragm.  acte,  1406. 

F.  Claudon,  A  propos  des  archives  de  C,  dans  S.  Bernard 
et  son  temps,  i,  Dijon,  1928,  p.113-20. —  Gall.  christ.,  iv,  980. 
—  Tib.  Hiimpfner,  Archivum  el  bibliotheca  Cistercii,  Rome, 
1933;  l'auteur  transcrit  le  récit  de  Jean  Perret,  témoin 
oculaire  de  la  dévastation  de  1636,  puis  donne  un  aperçu  des 
archives  de  C.  conservées  à  Dijon,  etc.  —  Jaffé,  n.  5842, 
7537,  10  982,  11  151,  11  169,  11  290,  11  435,  12  236,  14  647, 
14  952,  16  471,  16  821,  16  922.  —  L.  Janauschek,  Orig. 
cisterc.  Vienne,  1878.  —  A.  Luchaire,  Louis  VI,  Annales  de 
sa  vie...,  Paris,  1890,  n.  554,  555,  593;  Études  sur  les  actes 
de  Louis  VII,  Paris,  1885,  n.  603,  675.  —  A.  Manrique, 
^rni.  cisterc,  Lyon,  1642,  4  in-fol.  —  Martène,  Thésaurus..., 
1, 1375  :  testament  de  Jeanne  de  Bourgogne  (1329).  —  Mém. 
de  la  Comm.  des  antiquités...  Côte-d'Or,  1842  sq.  —  .A.  Mille, 


Abrégé  chronol.  de  l'hist.  eccl.  et  civile...  Bourgogne,  Dijon, 
1771-73.  —  R.  Molitor,  Aus  der  Rechtsgeschichte  benedikti- 
nischer  Verbande...,  i.  Munster,  1928,  p.  159-213  :  Cîteaux. 
—  Plancher  et  Merle,  Hist.  génér.  et  partie,  de  Bourgogne, 
Dijon,  4  vol.  in-fol.,  1739-81.  —  Potthast,  Reg.,  n.  141,  266, 
1093,  1409,  1435,  1439,  1660,  3454,  3652,  4252,  4313,  4645, 
5382,  5389,  5954,  6113,  6362,  8376,  8469,  8473,  8528,  8645, 
9370,  9371,  9479,  10  062,  11  289,  14  249,  14  690,  16  329, 
16  336.  —  J.  Richard,  Citeaux  vu  à  travers  ses  archives,  dans 
Mém.  de  l'acad.  de  Dijon,  Dijon,  1947,  p.  21-222.  —  Sta- 
tuta  cap.  gen.  ord.  cisterc.,  éd.  Louvain,  viii,  1941,  p.  116-26  : 
synthèse  des  références  concernant  Cîteaux. 

J.-M.  Ganivez. 
2.  CITEAUX  (Ordre).  —  /.  La  «  Charte  de  cha- 
rité »,  créatrice  de  l'ordre  de  Cîteaux.  —  //.  Le  siècle  de 
S.  Bernard  (col.  888)  :  I.  La  diffusion  de  l'ordre  de  Cî- 
teaux. II.  L'action  de  l'ordre  de  Cîteaux  dans  l'Église 
au  xii«  s.  III.  La  papauté,  l'épiscopat  et  les  cisterciens. 
Privilèges.  IV.  Vie  intime  de  l'ordre.  Le  chapitre  géné- 
ral et  ses  lois.  V.  Sainteté.  Liturgie.  Spiritualité.  Écri- 
vains. Études.  VI.  Domaine  temporel.  Convers.  Archi- 
tecture. —  ///.  D'Innocent  III  à  Clément  IV  (1198- 
1268)  (col.  926)  :  I.  L'action  extérieure  de  Cîteaux. 
II.  La  papauté  et  les  cisterciens.  III.  Le  roi  S.  Louis  et 
Cîteaux.  IV.  Situation  intérieure  de  l'ordre.  V.  Les  mo- 
niales cisterciennes.  VI.  Liturgie.  Écrivains.  Saints  et 
bienheureux.  —  IV.  De  la  bulle  Clémentine  (1265)  aux 
articles  de  réforme  de  Jean  de  Cirey  (1494)  (col.  959)  : 
I.  Cîteaux  et  les  événements  politico-religieux.  II.  Cî- 
teaux et  ses  monastères.  —  V.  Du  xvi^  s.  à  la  Révolu- 
tion française  (col.  980)  :  I.  Les  erreurs  des  xvi"  et 
xvii«  s.  II.  Cîteaux  et  ses  monastères.  —  VI.  Les  xix" 
et  XX^  s.  (col.  994). 

I.  LA  «  CHARTE  DE  CHARITÉ  »,  CRÉATRICE 
DE  L'ORDRE  DE  CITEAUX.  —  Avant  que  cette 
Charte  ne  fût  rédigée  (1118)  et  approuvée  (1119),  Cî- 
teaux et  les  neuf  monastères  fondés  par  lui  n'avaient 
pas  de  lien  juridique  les  reliant  ensemble.  En  vue  de 
prévenir  des  divergences  dans  l'interprétation  et  la 
pratique  de  la  règle  fondamentale,  le  troisième  abbé 
de  Cîteaux,  S.  Étienne  Harding,  eut  la  pensée  géniale 
de  créer  entre  les  monastères  un  lien  souple  et  fort 
tout  à  la  fois,  qui  aurait  pour  fonction  de  maintenir 
partout  l'identité  d'observance,  en  laissant  cependant 
à  chaque  abbaye  sa  force  naturelle  de  développement 
et  d'expansion.  Ce  document,  célèbre  dans  l'histoire 
du  droit  ecclésiastique,  fut  appelé  Charte  de  charité, 
car  le  but  dernier  voulu  par  son  auteur  n'est  autre 
chose  que  la  sanctification  des  âmes  par  la  pratique 
fidèle  de  la  règle. 

Dès  les  premières  lignes,  on  écarte  tout  avantage 
temporel  que  la  maison  mère  pourrait  retirer  de  sa 
maison  fille.  L'abbé  Père  d'une  abbaye  filiale  ne  con- 
serve sur  cette  dernière  qu'une  juridiction  de  surveil- 
lance et  d'appel,  au  nom  de  laquelle  il  doit  maintenir 
intacte  l'observance  régulière,  telle  qu'elle  se  pratique 
dans  l'abbaye  mère  et  modèle  de  toutes,  Cîteaux.  Par 
ailleurs,  l'abbé  local  jouit  de  l'administration  pleine 
et  entière  de  son  monastère.  La  Charte  cite  deux  cas 
concrets  d'exercice  de  ce  droit  :  c'est  l'abbé  local  qui 
reçoit  les  vœux  de  ses  novices,  même  en  présence  de 
l'abbé  Père,  fût-il  celui  de  Cîteaux;  aucun  sujet  de  son 
monastère  ne  peut  lui  être  soustrait  sans  son  consen- 
tement. Une  fois  par  an,  au  moins,  tout  abbé  Père 
visite  ses  maisons  filles  et  y  accomplit  sa  mission. 

Le  second  rouage  gouvernemental  est  la  tenue 
annuelle  du  chapitre  général.  Cette  réunion  des  abbés 
en  la  maison  mère  de  tous  les  autres  monastères  vise 
à  entretenir  l'esprit  de  famille  en  resserrant  les  liens 
de  cordialité  entre  les  supérieurs;  elle  fournit  l'occa- 
sion de  redresser  le  zèle  qui  aurait  pu  fléchir  chez  quel- 
ques-uns d'entre  eux,  trop  absorbés  peut-être  par  les 
soucis  matériels  et  moins  attentifs  à  la  pratique  des 
vertus;  elle  permet  éventuellement  à  tous  de  venir  en 


CITEAUX  (ORDRE) 
Les  abbayks  de  moines  cisterciens,  anciennes  et  actuelles 


Abbayes  anciennes 


O  en  activité  Abbayes  fondées  j  A  en  activité 

A  supprimées  depuis  1800      /  A  supprimées 


«1 


CITEAUX  (ORDRE) 


Fig.  111.  —  L'Angleterre  cistercienne. 


CITEAUX  (ORDRE) 


CITEAUX  (ORDRE) 


sde  cistercienne. 


CJTEAUX  (ORDRE) 


i 
i 


CITE  AUX  (ORDRE) 


Fig.  114.  —  L'Espagne  cistercienne. 


887  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  888 


aide  à  telle  abbaye  dont  on  aura  signalé  la  pauvreté 
extrême.  Ce  sont  là  les  deux  pièces  maîtresses  de  l'orga- 
nisation nouvelle  et  elles  demeurent  immuables  :  visite 
canonique  annuelle  de  chaque  abbaye  et  tenue  annuelle 
du  chapitre  général  de  Cîteaux.  Sont  ensuite  envisagés 
quelques  cas  spéciaux  :  les  élections  des  abbés,  tou- 
jours faites  par  les  moines  de  l'abbaye  vacante;  les  cor- 
rections et  dépositions  des  supérieurs  indignes.  Dans 
cette  dernière  procédure,  l'abbé  de  Cîteaux  intervient 
pour  faire  les  quatre  monitions  au  coupable;  si  celui-ci 
récidive,  son  évêque  est  averti,  ainsi  que  le  chapitre 
cathédral;  sur  leur  refus  d'agir,  l'abbé  de  Cîteaux  et 
quelques  autres  supérieurs  convoqués  dans  ce  but 
viennent  sur  les  lieux  déposer  le  coupable.  On  envisage 
même  le  cas  de  l'abbé  de  Cîteaux  méritant  lui  aussi  cor- 
rection :  les  monitions  lui  seront  adressées  par  les  trois 
premiers  Pères  de  La  Ferté,  de  Pontigny  et  de  Clair- 
vaux;  l'évêque  de  Chalon  sera  averti  et,  au  besoin,  le 
coupable  sera  déposé  de  sa  charge.  En  attendant  l'élec- 
tion d'un  nouveau  prélat,  celui  de  La  Ferté  adminis- 
trera la  maison  mère. 

Telle  est,  dans  ses  points  essentiels,  la  première  ré- 
daction de  la  Charte.  On  n'y  pose  pas  en  principe  que 
l'abbé  de  Cîteaux  soit  infaillible  et  impeccable;  certes 
non.  Cependant  on  ne  prévoit  aucune  visite  canonique 
annuelle,  ni  pour  lui  ni  pour  sa  communauté,  et  le  cha- 
pitre général,  qui  est  organisé  sur  le  modèle  de  tout 
chapitre  quotidien  local,  est  pleinement  sous  la  dépen- 
dance de  l'abbé  qui  préside.  Ces  deux  éléments  de  la 
nouvelle  législation  seront  modifiés  à  brève  échéance. 
Le  successeur  immédiat  de  S.  Étienne,  l'indigne  Wido, 
sera  déposé  peu  de  mois  après  son  élection,  selon  la 
procédure  prévue  par  la  Charte,  et  celle-ci,  dans  sa 
seconde  rédaction,  imposera  désormais  la  visite  cano- 
nique de  Cîteaux,  que  feront  annuellement  les  trois 
(puis  les  quatre)  premiers  Pères.  D'autre  part,  le  pou- 
voir suprême  dans  l'ordre  passera  des  mains  de  l'abbé 
de  Cîteaux  à  l'assemblée  générale  des  abbés.  Cette  se- 
conde rédaction  est  le  textus  receptus,  très  souvent  édité 
(Nomasticon  cisterc,  1892,  p.  68;  Statuta...  cisterc.,  i, 
p.  xxvi);  l'ordre  de  Cîteaux  en  a  vécu  et  continue  d'en 
vivre,  nonobstant  quelques  retouches  de  détail  ajou- 
tées dans  la  suite. 

En  déc.  1119,  Calixte  II  approuvait  la  Charte  et  les 
Instituta  de  S.  Aubri  (Jafîé,  6795).  Eugène  III  ap- 
prouva la  seconde  rédaction  de  la  Charte  par  sa  bulle 
Sacrosanda  du  1"  août  1152  (Jafté,  9600),  dans  laquelle 
il  résume  les  dispositions  nouvelles,  notant  spéciale- 
ment l'uniformité  des  observances  et  de  la  liturgie, 
excluant  tout  privilège  contraire  aux  Instituts  com- 
muns de  l'ordre.  Anastase  IV  en  1153,  Adrien  IV  en 
1156  et  Alexandre  III  en  1165  donneront  les  mêmes 
approbations,  reprenant  en  majeure  partie  les  for- 
mules de  la  bulle  Sacrosancta. 

Les  dispositions  législatives  de  ce  document  initial 
parurent  si  favorables  au  développement  des  familles 
religieuses  que  plusieurs  de  celles-ci  les  empruntèrent 
pour  elles-mêmes  :  telle  la  congrégation  de  Chalais 
(Martène,  Thes.,  iv,  1211).  Ailleurs  l'emprunt  littéral 
était  fait,  non  pas  au  texte  intégral  de  la  Charte,  mais 
à  un  résumé  de  celle-ci  datant  de  1123  environ.  On  le 
trouve  dans  le  ms.  lat.  4346  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris.  La 
comparaison  avec  les  coutumes  de  Prémontré,  rédi- 
gées vers  1130,  ou  avec  les  constitutions  des  chanoines 
d'Arrouaise,  même  époque  (ms.  562  de  la  bibl. 
d'Amiens),  est  bien  concluante  dans  ce  sens.  D'ailleurs 
l'Église  elle-même  a  parfois  imposé  ce  mode  de  gou- 
vernement aux  ordres  religieux;  ainsi,  au  IV<=  concile  de 
Latran,  sous  Innocent  III,  1215  (can.  12,  Mansi,  xxii, 
999 ;-Decr.,  1.  III,  tit.  xxxv,  c.  7,  De  statu  monachorum; 
dont  la  teneur  était  rappelée  encore  au  concile  de 
Trente,  sess.  xxv,  De  regular.  et  monialibiis). 

La  Règle  de  S.  Benoît,  les  Instituts  de  S.  Aubri,  la 


Charte  de  S.  Étienne  Harding  furent  les  trois  docu- 
ments constituant  la  législation  primitive  de  Cîteaux. 

Pour  la  bibliographie,  cf.  supra,  art.  Citeavx  (Abbaye), 
col.  873-874. 

il.  LE  SIÈCLE  DE  S.  BERNARD.  —  l.  La  DIF- 
FUSION DE  l'ordre  de  Cîteaux.  —  1°  Statistique  de 
cette  diffusion.  —  La  statistique  de  la  diffusion  de 
l'ordre  de  Cîteaux  à  travers  la  chrétienté  est  aisée  à 
établir,  du  moins  pour  les  maisons  d'hommes,  depuis 
les  travaux  du  P.  Léopold  Janauschek,  Origines  cister- 
cienses.  Réduisant  à  son  chiffre  authentique  le  nombre 
d'abbayes  sorties  de  Cîteaux,  cet  auteur  fixe  le  lieu,  la 
date  et  les  autres  circonstances  de  la  fondation  des  742 
monastères  d'hommes  créés  depuis  1098  jusqu'en  1675. 
Le  siècle  de  S.  Bernard  en  réclame  la  plus  grande  part  : 
525.  Le  xiii^  s.  en  aura  encore  169;  mais  le  xiv  n'en 
comptera  plus  que  18,  le  xv"?  20  et  le  xvii«  4.  Ne  sont 
pas  comprises  dans  ces  chiffres  les  maisons  fondées  par 
les  congrégations  issues  de  Cîteaux,  Flore,  Feuillants 
et  autres.  Les  premières  abbayes  filles  de  Cîteaux 
s'établirent  à  peu  de  distance  de  leur  mère,  et  la  France 
tint  toujours  le  premier  rang  pour  le  nombre  :  elle  eut 
246  abbayes  de  moines.  La  seule  province  de  Cham- 
pagne en  posséda  24,  la  Normandie  14,  ainsi  que  la 
Bretagne. 

Dès  1120,  on  inaugure  les  lointains  exodes.  Une  co- 
lonie de  moines  sortis  de  La  Ferté  passe  alors  les  Alpes 
pour  s'établir  en  Italie  à  Cîvitacula,  appelée  plus  tard 
Tiglieto.  Telle  fut  la  première  des  88  abbayes  que  pos- 
sédera un  jour  la  Péninsule.  En  1123,  avec  Camp,  issu 
de  Morimond,  les  cisterciens  posent  le  pied  en  Alle- 
magne, dans  le  dioc.  de  Cologne.  De  là  ils  vont  rayon- 
ner au  loin  et  Camp  aura  une  descendance  de  62  ab- 
bayes (cf.  D.  H.  G.  E.,  XI,  621).  L'Allemagne  entière  en 
comptera  111.  En  oct.  1129,  quelques  moines  de  l'ab- 
baye de  l'Aumône  franchissent  le  détroit  et  fondent  en 
Angleterre,  au  dioc.  de  Winchester,  Waverley  qui, 
quatre  ans  après,  essaime  déjà;  14  abbayes  sortiront 
d'elle  en  peu  d'années.  Au  total,  la  Grande-Bretagne 
aura  un  jour  123  abbayes,  réparties  comme  suit  :  66 
en  Angleterre,  10  au  Pays  de  Galles,  11  en  Écosse  et 
36  en  Irlande.  L'Autriche,  qui  devait  avoir  48  abbayes 
cisterciennes,  voit  la  première  de  ces  fondations  en 
1130  :  c'est  Reun  qui,  depuis  lors,  n'a  pas  cessé  d'exis- 
ter. Bonmonl,  en  Suisse,  s'ouvre  le  7  juill.  1131. 

Clairvaux,  qui  vient  de  fonder  en  1132  Longpont,  au 
dioc.  de  Soissons,  et  Rievaulx,  en  Angleterre,  accepte 
encore  d'aller  occuper  une  vieille  abbaye  bénédictine 
en  Espagne,  Moreruela.  Les  moines  blancs  franchissent 
donc  les  Pyrénées  et  porteront  plus  tard  à  58  le  nombre 
des  abbayes  cisterciennes  en  Espagne.  Le  Portugal  pos- 
sédera parmi  ses  13  abbayes  la  plus  riche,  la  plus  popu- 
leuse, la  plus  féconde  en  écrivains  que  l'ordre  ait 
connue  :  Alcobaça  (D.  H.  G.  E.,  ii,  25-29),  53^  fille  de 
Clairvaux  et  qui  eut  parfois  jusqu'à  900  religieux.  En 
1 132  encore,  Albert,  comte  de  Chiny,  et  son  oncle  Albé- 
ron,  le  savant  évêque  de  Verdun,  priaient  S.  Bernard 
d'envoyer  à  Orval  une  colonie  de  ses  moines.  Un  peu 
dépourvu  de  sujets,  puisqu'il  vient  de  faire  quatre  fon- 
dations en  cinq  mois,  l'abbé  de  Clairvaux  recourt  à 
l'aînée  de  ses  maisons  filles,  Trois-Fontaines,  en  Cham- 
pagne, qui  crée  Orval,  première  des  18  abbayes 
d'hommes  que  comptera  un  jour  la  Belgique  dans  ses 
limites  actuelles.  La  Pologne  enfin  aura  13  abbayes,  et 
il  s'en  trouvera  3  jusque  dans  les  glaces  de  la  Norvège 
et  8  en  Suède.  «  Le  monachisme  ne  connut  jamais  de 
plus  beau  triomphe  »  (Wilmart,  dans  Rev.  Bén.,  1933. 
p.  314). 

Cette  vaste  pléiade  de  monastères  était  répartie  en 
cinq  filiations  :  Cîteaux,  La  Ferté,  Pontigny,  Clair- 
vaux et  Morimond.  Avec  son  total  de  355  abbayes 
filles  et  petites- filles,  Clairvaux  tenait  le  premier  rang 


889 


CITEAUX  (ORDRE).  LE 


SIÈCLE   DE  S.  BERNARD 


890 


pour  le  nombre  et  occupait  surtout  la  France,  l'Ir- 
lande, les  pays  du  Nord  et  l'Italie.  Venait  ensuite  Mo- 
rimond  (193  abbayes),  dont  étaient  sorties  presque 
toutes  les  maisons  d'Allemagne;  la  filiation  de  Cîteaux 
(109)  était  répandue  particulièrement  en  Angleterre. 
Pontigny  n'eut  (pic  43  abbayes  en  sa  dépendance  et 
La  Ferté  17. 

Cette  étonnante  statistique  n'enregistre  cependant 
que  les  abbayes  d'hommes.  Les  moniales  nous  occupe- 
ront au  xiii^  s.,  époque  de  leur  grande  expansion. 

De  nombreux  mss.  conservés  dans  les  bibliothèques  pu- 
bliques et  privées  donnent  des  listes  plus  ou  moins  complètes 
et  exactes  des  abbayes  cisterciennes  :  Auxerre,  mss.  222- 
224;  Cambrai,  mss.  971,  976,  1173;  Chaumont,  ms.  95; 
Dijon,  mss.  604,  605;  Douai,  ms.  817;  Lunéville,  ms.  3; 
Lyon,  bibl.  munie,  ms.  358;  Montbéliard,  ms.  56;  Paris, 
.■Arsenal,  ms.  92ô;  Institut,  ms.  ,320;  Mazarine,  ms.  1756; 
Troyes,  mss.  1450,  1526,  2002,  2045,  2422,  2764.  Quelques- 
uns  de  ces  mss.  ont  été  utilisés  par  Janauschek,  Orig.  cis- 
terc,  I,  Vienne,  1877,  qui  (Introd.,  p.  Lxvii)  cite  la  série  des 
maisons  fondées  par  les  congrégations  issues  de  Cîteaux. 

Dom  .Jean  Petit,  abbé  de  Cîteaux  (1670-92),  avait  aussi, 
pour  les  besoins  de  sa  charge,  dressé  un  catalogue  des 
abbayes  cisterciennes  des  deux  sexes;  le  total  s'élevait  à 
2  509  monastères.  Ce  travail  est  resté  ms.  De  même  celui  de 
Georg  Wendschuh,  de  l'abbaye  de  Hohenfurt  (Xenia  ber- 
nardina,  m,  348).  —  Marchese,  La  badia  di  Sambucina. 
Saggio  storico  sul  movimento  cisterciense  nel  mezzogiorno 
d'Italia,  Lecce,  1932  (cf.  Studien  und  Mitleilungen...,  Mu- 
nich, 1934,  p.  236).  —  F.  M.  Powicke,  Ailred  of  Rievaulx 
and  his  biographer  Walter  Daniel,  Manchester,  1922,  p.  29, 
estime  que  cette  biographie  fournit  la  meilleure  relation  du 
mouvement  cistercien  dans  le  nord  de  l'Angleterre.  —  P. 
Aubrey  Gwynn,  S.  J.,  Monte  Cassino  and  the  European 
tradition,  dans  Studies,  xxxiii,  1944,  p.  1-11. 

2°  Causes  de  cette  diffusion.  —  La  première  est  évi- 
demment intrinsèque  au  genre  de  vie  que  pratiquent 
les  moines  de  Cîteaux.  La  teneur  de  cette  vie  monas- 
tique, ténor  vitae  (Exordium),  en  avait  d'abord  effrayé 
les  témoins.  Mais,  une  fois  mieux  connu,  «  l'idéal  cis- 
tercien fut  salué  avec  joie  »  (Berlière,  L'ordre  monas- 
tique, Maredsous,  1924,  p.  273).  La  richesse  du  recrute- 
ment d'alors  est  attestée  par  Pierre  de  Roye,  cha- 
noine de  Noyon,  entré  à  Clairvaux  (Epist.,  cdxcii, 
inter  Bernardinas ;  P.  L.,  cLxxxii,  706).  De  même  par 
les  chroniqueurs  du  temps  et  par  S.  Bernard  lui-même 
(Serm.  de  diversis,  xxvii;  cf.  aussi  Cesta  S.  Villarien., 
M.  G.  IL,  SS.,  XXV,  220;  Cartulaire  de  Silvanès, 
p.  XIV  ;  Pia  exhortatio...,  de  Jean  de  Cirey,  dans  Collecta 
priuilegiorum,  Dijon,  1491). 

Une  catégorie  spéciale  demande  une  citation  :  celle 
des  transfuges  des  ordres  bénédictin  et  canonial  (cf. 
Berlière,  Reu.  d'hist.  eccl.,  i,  1900,  p.  461).  Plusieurs 
d'entre  eux  étaient  des  abbés,  tels  Simon  de  Chezy 
(S.  Bernard,  Epist.,  ccxciii;  P.  L.,  clxxxii,  498;  Exor- 
dium magnum,  m,  28;  P.  L.,  clxxxv,  1091),  devenu 
moine  à  Clairvaux,  ainsi  que  Gautier  de  S.-Amand 
{Gall.  christ.,  m,  262).  L'abbaye  de  Signy,  dans  les  Ar- 
dennes,  vit  arriver  Guillaume,  abbé  de  S. -Thierry  de 
Reims  {ibid.,  ix,  187;  Chronicon  Signiac,  dans  Bibl. 
de  l'École  des  Chartes,  lv,  646),  .\rnould,  abbé  de  S.- 
Nicaise  (ibid.,  p.  647),  Gérard,  abbé  de  Florennes 
(ibid.),  suivi  d'un  groupe  de  ses  moines.  Et  les  mêmes 
faits  se  reproduisent  encore  bien  avant  dans  le  xiii^  s. 
(cf.  Rev.  d'hist.  eccl.,  i,  1900,  p.  463;  Henri  de  Marcy, 
Epist.,  XII  ;  P.  L.,  cciv,  225). 

L'abbé  de  Clairvaux  fut  pour  une  grande  part  dans 
la  diffusion  rapide  de  son  ordre;  «  il  fit  de  la  règle  cis- 
tercienne le  plus  admirable  instrument  de  propagande 
monastique  que  l'Église  eût  encore  connu  »  (Luchaire, 
Louis  VI  le  Gros,  Annales  de  sa  vie  et  de  son  règne, 
Paris,  1890,  p.  cl). 

La  constitution  nouvelle,  dont  Étienne  Harding 
avait  doté  son  ordre,  fut  aussi  un  facteur  essentiel  de 
sa  prospérité.  La  Charte  de  charité  donna  tous  ses 


fruits.  Elle  maintint  partout  à  un  niveau  très  élevé  la 
régularité,  la  ferveur,  l'unité  d'observances.  Aux  dan- 
gers de  l'isolement,  dont  avaient  souffert  jadis  les  an- 
ciens monastères,  la  Charte  faisait  succéder  une  bieur 
faisante  union,  une  intense  circulation  de  vie,  un  très 
réel  esprit  de  famille,  qui  groupait  en  un  corps  compact 
les  centaines  d'abbayes  sorties  de  Cîteaux.  Chacune 
d'elles  cependant  se  mouvait  à  l'aise,  travaillait  avec 
joie  à  son  développement  spirituel  et  temporel,  car  elle 
bénéficiait  toujours  de  l'autonomie  prévue  par  la  règle, 
et  que  Cîteaux  voulait  respecter. 

Les  cas  de  transfuges  isolés  passant  à  l'observance 
nouvelle  ne  laissaient  pas  de  soulever  chez  les  moines 
noirs  un  certain  émoi  (P.  L.,  cciv,  226).  Ce  fut  plus 
bruyant  encore  quand  on  vit  des  communautés  en- 
tières et  même  des  congrégations  d'abbayes  imiter  ce 
geste  de  conversion.  L'attraction,  cette  fois,  provenait 
surtout  des  bienfaits  de  la  législation  cistercienne,  que 
des  abbés  étaient  soucieux  de  procurer  à  leur  famille 
religieuse.  C'est  ainsi  qu'au  chapitre  général  de  1147, 
présidé  par  le  pape  Eugène  III,  jadis  moine  à  Clair- 
vaux, deux  abbés  chefs  de  congrégations  vinrent  pré- 
senter leur  requête  d'agrégation  à  l'ordre.  C'étaient 
Serlon,  abbé  de  Savigny  en  Normandie,  et  Étienne, 
abbé  A'Obasine  au  dioc.  de  Limoges  (cf.  les  trois  bulles 
d'Eugène  III  dans  JalTé,  9139,  9235,  9351;  Archives 
nat.,  Paris,  fonds  Savigny,  L  960,  dossier  5;  Monasticon 
anglicunum,  v,  Londres,  1825,  p.  246). 

Savigny  et  les  29  abbayes  qui  en  dépendaient  furent 
reconnues  filles  de  Clairvaux.  Dans  ce  groupe  impor- 
tant, la  plus  jeune  était  l'abbaye  de  la  Trappe,  que  sa 
réforme  du  xvii"^  s.  devait  rendre  célèbre.  En  ce  même 
chapitre  général,  S.  Étienne,  abbé  fondateur  d'Obasine 
et  des  deux  abbayes  Valette  et  Bonnaigue,  obtint  son 
admission  dans  la  filiation  de  Cîteaux.  Gilbert  de  Sem- 
pringham  aurait  voulu  obtenir  la  même  faveur;  sa  de- 
mande dut  être  rejetée  :  Quod  optavit,  non  obtinuit, 
écrit  l'auteur  de  sa  Vie  (Dugdale,  Monast.  angl.,  Lon- 
dres, 1830,  VI,  II»  pars,  p.  xix).  Quelques  années  plus 
tard,  en  1162,  la  congrégation  de  Dalon  fut  admise 
dans  l'ordre  et  devint  fille  de  Pontigny,  imitant  en  cela 
l'abbaye  de  Cudnuin,  admise  précédemment  dans  cette 
même  filiation. 

Longtemps  avant  ces  agrégations  en  masse,  on  avait 
vu  quelques  monastères  en  particulier  passer  à  Cî- 
teaux. Clairvaux  adoptait  Balerne  en  mai  1136  et,  au 
mois  de  juin  suivant,  S. -Jean  d'Aulps,  fondé  vers  1092 
par  des  disciples  de  S.  Robert  venus  de  Molesme. 
L'abbaye  des  Dunes  (dioc.  de  Bruges)  tut  également 
constituée  fille  de  Clairvaux  en  1138,  ainsi  qu'Osera, 
en  Galice,  en  1141.  Cerredo,  fondé  dans  la  Lombardie 
en  1079,  sous  les  observances  de  Cluny,  se  rattacha  à 
Clairvaux  par  Chiaravalle  de  Milan,  en  1136,  tandis 
que  Cheminon,  dans  la  Marne,  s'y  rattacha  par  Trois- 
Fontaines,  en  1 138.  Citons  encore  Leubus,  en  Pologne, 
Ruhckloster  en  Danemark,  Ste-Marie  d'Aguiar  au  Por- 
tugal, Mortemer  en  Normandie. 

Il  reste  acquis  cependant  que  la  plus  grande  partie 
des  monastères  cisterciens  furent  des  établissements 
nouveaux,  bâtis  par  les  moines  blancs  pour  eux- 
mêmes.  Lin  certain  nombre  furent  des  fondations 
royales.  En  France,  dès  la  première  année  de  son 
règne,  Louis  VII  le  Jeune  transformait  le  petit  prieuré 
bénédictin  de  Chaalis  en  abbaye  cistercienne;  il  la  do- 
tait en  souvenir  de  son  cousin,  Charles  le  Bon,  comte 
de  Flandre,  lâchement  assassiné  à  Bruges  en  1127 
(charte  de  donation  :  10  févr.  1137).  L'année  suivante, 
il  appelait  les  moines  de  Clairvaux  pour  occuper  la 
Bénissons-Dieu,  au  dioc.  de  Lyon,  et,  en  1148,  il  créait 
avec  des  religieux  de  Preuilly  l'abbaye  de  Barbeaux. 
C'est  là  qu'il  avait  choisi  de  reposer  après  sa  mort.  Phi- 
lippe Auguste  (1179-1223)  fonde  Ccrcanceaux  (Sacra 
cella ^  en  1181.  La  tradition  sera  reprise  encore  au  siècle 


891  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  892 


suivant  par  S.  Louis  IX.  le  créateur  de  Roymimont 
(1228). 

Dans  la  péninsule  hispanique,  c'est  à  l'envi,  dirait- 
on,  que  les  rois  multiplient  les  fondations  monastiques. 
Alphonse  VII  de  Castille  (f  1157)  demande  à  Clairvaux 
jusqu'à  sept  contingents  de  moines  pour  peupler  suc- 
cessivement Morermla  (1132),  Osera  (1141),  Sobrado 
(1142),  Melon  (1142),  Meyra  (1143),  Espina  (1147)  et 
Valparaiso  (1152).  Entre  temps,  il  s'était  encore  ad- 
dressé  à  Morimond  ou  à  ses  filiales  pour  leur  faire  ac- 
cepter Fitero  (1141),  Monsalud  (1141),  Sagramenia 
(1142),  Valbuena  (1143),  Huerta  (1144)  et  Rio-Seco 
(1148).  Néanmoins  ce  fut  Poblet,  en  Catalogne,  qui 
attira  le  fils  de  ce  roi  cistercien;  Ferdinand  s'y  fit 
moine.  Son  frère,  Alphonse  VIII  de  Castille  (1158- 
t  1214),  continua  la  politique  de  son  prédécesseur  :  on 
lui  doit  Bonaval  (1164),  Val-Verde  (1169),  Pcdazuelos 
(1169),  Herrera  (1171),  Obila  (1175),  San  Pedro  de  Gu- 
miel  (1194). 

Durant  ce  xii«  s.,  le  Portugal  s'ouvre  largement,  lui 
aussi,  aux  cisterciens.  Si  toutes  les  abbayes  ne  sont  pas 
exclusivement  de  fondation  royale,  toutes  cependant 
bénéficient  des  largesses  du  roi  Alphonse  I"  (1139- 
t  1185)  (cf.  S.  Bernard,  Epist.,  cccviii;  P.  L.,  clxxxii, 
512;  l'épître  cdlxiii  est  apocryphe).  Sous  son  règne, 
les  moines  blancs  occupent  tour  à  tour  Alafoês  (1138), 
Tarouca  (1140),  Alcobaça  (IU8),  Salzedas  (1159),  Bouro 
(1169)  et  Tamaraës  (1172).  Dans  l'Aragon,  le  même 
mouvement  est  dû  à  la  bienveillance  d'Alphonse  II 
(1162,  t  1196);  et  l'un  de  ses  successeurs,  Jacques  I" 
le  Conquérant,  se  fera  cistercien  à  Poblet,  après  ses  vic- 
toires et  ses  fondations  monastiques  (Martène,  Thes., 
I,  1155). 

En  Hongrie,  Béla  II  (1131,  t  1141)  mérite  d'être 
appelé  le  grand  propagateur  de  l'ordre  cistercien. 
Béla  III  (1173,  t  1196)  fonde  Egres  (1179),  Pilis  (1184), 
Szent- Gotthard  (1184)  et  Paszto  (1191).  Henri,  fils  du 
roi  David  II  d'Écosse,  fonde  Holm-Cultram  en  1151, 
avec  des  moines  qu'il  fait  venir  de  Melrose;  en  1164,  le 
roi  Malcolm  IV  (t  1165)  demande  encore  à  la  même 
abbaye  de  Melrose  d'accepter  sa  fondation  de  Coupar. 
Il  faut  signaler  enfin,  pour  l'année  1191,  deux  fonda- 
tions en  terre  française  voulues  par  Richard  l^',  roi 
d'Angleterre,  duc  d'Aquitaine,  comte  de  Poitou,  etc.  : 
Bonport,  dans  la  Normandie,  et  N.-D.  de  Charron,  un 
peu  au  nord  de  La  Rochelle  (E.  Pfeifier,  Die  deulsche 
Gefangenschaft  des  Kônigs  Richard  Lôwenherz  von 
England  und  die  Cistercienser,  Bregenz,  1937). 

Imitant  leurs  princes,  les  familles  nobles  appellent 
aussi  les  moines  sur  leurs  alleux.  D'ailleurs  une  créa- 
tion cistercienne  n'imposait  pas  toujours  de  lourds  sa- 
crifices aux  donateurs  et  le  titre  de  fondateur  d'abbaye, 
si  glorieusement  porté  au  Moyen  Age,  s'achetait  par- 
fois à  bon  compte  auprès  de  nos  moines.  Ceux-ci  se 
contentaient  de  terrains  sans  valeur,  de  régions  in- 
cultes, que  leur  travail  obstiné  parvenait  à  transformer 
en  terres  de  rapport.  Un  roi  de  Bohême,  Ottokar  II, 
donne  à  l'abbaye  de  Goldenkron  treize  mille  carrés  de 
terrain  marécageux  et  il  voit  s'y  élever  soixante-dix 
villages  florissants  (Janauschek,  Orig.  cisterc.,  p.  256). 
Mais  ce  jeu  héroïque  ne  réussissait  pas  toujours  aussi 
bien.  Il  y  eut  des  fondations  avortées  (ibid.,  p.  lxi); 
tel  établissement,  commencé  avec  le  titre  d'abbaye, 
descendait  au  rang  de  pauvre  ferme  dépendante  de  la 
maison  mère.  Clairvaux  lui-même,  fondé  en  1115,  ne 
pouvait  encore  se  sufiire  en  1125  (Vila  Bernardi,  l, 
X,  49;  P.  L.,  CLXxxv,  255).  Pareille  situation  écono- 
mique n'aurait  pu  se  prolonger  sans  amener  tôt  ou 
tard  la  suppression  de  l'abbaye.  Généralement,  cepen- 
dant, le  régime  pauvre  et  laborieux  des  moines  parve- 
nait à  surmonter  les  crises  financières  du  début. 

En  sept.  1152,  le  chapitre  général  de  Cîteaux  s'émut 
de  l'extension  prodigieuse  que  l'ordre  avait  prise.  On 


venait  d'ouvrir  dans  le  Languedoc  l'abbaye  de  Cham- 
bons.  Or  La  Ferté,  première  fille  de  Cîteaux,  avait  com- 
mencé en  1113.  En  moins  de  quarante  ans,  on  était 
donc  arrivé  à  fonder  ou  à  affilier  338  monastères,  et 
chacun  d'eux  comptait  une  population  de  plusieurs 
centaines  de  moines  et  convers.  Les  prélats  respon- 
sables, craignant  que  cette  trop  rapide  efflorescence  ne 
préparât  une  décadence  plus  rapide  encore,  interdirent 
désormais  toute  nouvelle  création  d'abbaye  et  toute 
affiliation  de  monastère  déjà  existant.  Ils  permettaient 
simplement  le  transfert  de  certains  couvents  en  des 
lieux  plus  favorables  et  l'achèvement  des  fondations 
récentes  (Slatuta,  1152  :  1). 

Le  décret  était  sage.  Les  circonstances  furent  cepen- 
dant plus  fortes  que  lui.  Si  les  années  1155,  1156,  1159 
n'ont  à  enregistrer  pour  chacune  d'elles  qu'une  seule 
fondation,  par  contre,  l'année  1158  en  a  déjà  cinq  et 
1162  en  marque  quatorze.  C'est  dire  que  le  courant  n'a 
guère  pu  être  endigué  et,  tout  le  long  de  ce  xii"=  s.,  on 
verra  chaque  année  encore  la  création  de  plusieurs 
abbayes. 

T.  A.  M.  Bishop,  Monastic  granges  in  Yorkshire,  dans 
Engl.  hist.  rev.,  i.i,  1936,  p.  193-214.  —  P.  Boissonnade,  Le 
travail  dans  l'Europe  chrétienne  au  M.  A.,  Paris,  1921  (voir 
compte  rendu  et  réserves  de  F.  Lot,  dans  Bibl.  de  l'Êc.  des 
chartes,  1922,  p.  387).  —  L.  Dolberg,  Die  Cisterc.  Mônche  und 
Conversen  als  Landivirte  und  Arbeiter,  dans  Studien  und 
Mitteil.,  1892  ,  p.  216  sq.  —  Comte  Goblet  d'Alviella,  Hist. 
des  bois  et  des  jorêts  de  Belgique,  i,  Paris,  1927,  p.  159.  — 
E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  eccl.  en  France,  vi.  Les  églises 
et  les  monastères  centres  d'accueil,  d'exploitation  et  de  peu- 
plement, Lille,  1943.  —  W.  Maas,  Les  moines  défricheurs. 
Moulins,  1944,  c.  iv.  Les  modes  de  la  mise  en  valeur  à  l'époque 
cisterc.  —  H.  Pirenne,  Hist.  de  Belgique,  i,  Bruxelles,  1909, 
p.  292.  —  H.  Swoboda,  Die  Klosterwirtschaft  der  Cisterz.  in 
Ostdeutschland,  Nuremberg,  1925.  —  Les  monographies 
d'abbayes  signalent  généralement  le  travail  agricole  comme 
l'un  des  aspects  de  l'activité  monastique  :  par  ex.  abbayes 
de  Muzan  et  de  Chambons,  par  J.  Régné,  Ligugé,  1925; 
Morimond,  par  Dubois,  Paris,  1852,  c.  xxiv,  222  sq.; 
Foigny,  par  Piette,  Vervins,  1847,  p.  ix,  4;  Fontfroide,  par 
Cauvet,  Paris,  1875,  p.  15;  La  Bussière,  par  Fyot,  Dijon, 
1925,  p.  7;  Alcobaça,  cf.  D.  H.  G.  E.,  n,  26;  Benifaza,  ibid., 
VII,  1311;  Bukow,  ibid.,  x,  1109;  en  Pologne,  ibid.,  ix,  610. 

3°  Le  conflit  Cîteaux-Cluny.  —  Voir  art.  Bernard 
DE  Clairvaux,  dans  D.  H.  G.  E.,  viii,  616.  —  En 
outre,  cf.  Berlière,  L'ordre  monastique...,  Maredsous, 
1924,  p.  188-310;  D.  Knowles,  Cluniacs  und  Cister- 
cians,  dans  Downside  Review,  lu,  1934,  p.  48  sq. 

II.  L'action  de  l'ordre  de  Cîteaux  dans  l'Église 
AU  xii«  s.  —  Les  fondateurs  de  Cîteaux  n'avaient  voulu 
établir  qu'une  école  de  perfection  personnelle.  En  fait, 
l'ordre  religieux  fondé  par  eux  eut,  dans  la  chrétienté 
médiévale,  une  action  profonde;  quatre  traits  la  résu- 
ment. Cîteaux  fut,  pour  les  prélats  et  le  peuple,  une 
école  de  sainteté;  il  travailla  à  l'extinction  des 
schismes;  il  combattit  l'hérésie,  le  paganisme  et  lutta 
contre  les  ennemis  extérieurs  de  l'Église. 

1"  La  réforme  dans  l'Église.  —  On  sait  comment, 
avec  le  pape  S.  Léon  IX  (1048-1052),  une  réforme  avait 
été  inaugurée  dans  l'Église  au  milieu  du  xi«  s.  Sous 
Hildebrand,  devenu  Grégoire  VII  (1073-1085),  le  tra- 
vail s'était  nettement  concrétisé;  et  pour  cette  œuvre 
de  longue  haleine,  Cluny  donna  son  plein  concours  à  la 
papauté.  On  vit  notamment  bien  des  moines,  devenus 
évêques  ou  légats  romains,  rangés  autour  du  pape 
contre  les  évêques  impériaux.  Après  Cluny,  Cîteaux 
fournit  des  recrues.  Il  y  eut  un  épiscopat  cistercien 
(cf.  Vita  Bernardi,  par  Ernald,  viii;  P.  L.,  clxxxv, 
297  ;  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xiv,  368). 

En  1130,  Pierre,  premier  abbé  de  La  Ferté,  devient 
archevêque  de  Tarentaise;  en  1141,  il  a  pour  succes- 
seur un  autre  abbé  du  même  nom,  le  fondateur  de  Ta- 
mié  (Statula,  1141;  P.  L.,  clxxxii,  782).  Tous  deux 
sont  honorés  comme  saints.  Non  loin  de  Tarentaise,  le 


893  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  894 


siège  de  Sion  en  Suisse  est  occupé,  en  1 138,  par  S.  Gué- 
rin,  pris  de  l'abbaye  d'Aulps  (S.  Bernard,  Epist.,  cxlii; 
P.  L.,  cLxxxii,  297).  Lausanne  allait  avoir  peu  après 
(1145)  S.  Amédée,  de  la  famille  des  comtes  de  Cler- 
mont,  qu'on  avait  vu  jadis  entrer  à  Bonnevaux  avec 
son  père.  En  1139,  Clairvaux  cède  son  prieur.  Gode- 
froid  de  la  Roche,  au  chapitre  de  Langres  qui  le  de- 
mande pour  évêque.  Fait  identique  à  Valence,  où 
Jean,  premier  abljé  de  Bonnevaux,  vient  remplir  un 
fécond  épiscopat  de  cinq  années  (1141-40).  Le  roi  de 
France,  Louis  VII,  dont  le  frère  Henri  est  moine  à 
Clairvaux  depuis  1145,  se  félicite  de  le  voir  appelé  à 
régir  l'Église  de  Beauvais  (1149),  puis  celle  de  Reims 
(1162). 

Les  sièges  de  Nantes,  Tournai,  Freising,  Passau, 
Salzbourg,  Schwerin,  et  tant  d'autres,  sont  occupés  par 
des  moines.  Dans  les  îles  Britanniques,  c'est  l'Irlande 
surtout  qui  compte  de  nombreux  moines  évêques,  tan- 
dis qu'en  Angleterre  le  siège  d'York  est  confié  à  Henri 
Murdach,  jadis  moine  à  Clairvaux  (cf.  S.  Bernard, 
Epist.,  cvi,  cccxxi;  P.  L.,  clxxxii,  241,  526).  L'Es- 
pagne et  la  Suède  ont  aussi  leurs  évêques  cisterciens. 
C'est  d'ailleurs  un  fait  constant  :  dans  tous  les  royau- 
mes de  la  chrétienté  où  se  fondent  des  abbayes  cister- 
ciennes, bien  vite  on  fait  appel  aux  abbés  et  aux 
moines  pour  leur  confier  la  charge  épiscopale.  Plus 
d'une  centaine  de  promotions  de  ce  genre  ont  lieu  de 
1130  à  la  fin  du  siècle;  parmi  ces  prélats,  quinze  sont 
créés  cardinaux.  De  son  vivant,  Bernard  de  Clairvaux 
voit  cinq  de  ses  fils  élevés  à  cette  dignité.  Ce  sont  : 
Martin  Cibo,  de  Gênes,  légat  en  Danemark  (cf.  De  con- 
sideratione,  1.  IV;  P.  L.,  clxxxii,  782);  Luc,  moine  de 
Clairvaux;  Hugues,  abbé  de  Trois-Fontaines  (dioc.  de 
Châlons);  Baudouin,  surnommé  de  Pise  par  Baronius, 
car  il  devint  archevêque  de  cette  ville,  ainsi  que  pri- 
mat de  Corse  et  de  Sardaigne  (f  1145).  Henri  Mori- 
cotti,  né  à  Pise,  abbé  des  SS.-Vincent-et-Anastase,  fut 
appelé  au  cardinalat  en  1150.  Des  légations  en  Sicile 
et  en  Allemagne  lui  furent  confiées.  En  1159,  il  fit 
élire  Alexandre  III  contre  le  gré  de  Frédéric  II.  Légat 
en  France,  il  baptise  la  fille  du  roi  Louis  le  Jeune, 
passe  en  Angleterre  où  il  persuade  Thomas  Becket 
d'accepter  le  siège  de  Canterbury.  Il  meurt  à  Rome  en 
1179. 

Henri  de  Marcy,  moine  à  Clairvaux,  abbé  de  Haute- 
combe  puis  de  Clairvaux,  est  créé  cardinal-évêque  d'Al- 
bano  et  sacré  par  Alexandre  III.  Il  meurt  à  Arras  en 
juin.  1188  (P.  L.,  cciv,  211).  L'abbé  de  Fossa  Nova, 
Jordan,  des  comtes  de  Ceccano,  fut  cardinal  sous  Gré- 
goire VIII,  en  1188.  L'évêque  de  Paris,  Eudes  de  Sully 
(1196-1208),  avait  un  frère,  Henri,  moine  cistercien  qui 
devint  abbé  de  Loroy,  puis  de  Chaalis.  En  1183,  il  est 
élu  archevêque  de  Bourges  et  sacré  par  Hubert  Cri- 
velli,  alors  archevêque  de  Milan  et  futur  Urbain  III. 
Celui-ci  le  créa  cardinal  en  1186  et  légat  en  Aquitaine. 
Henri  mourut  à  Bourges,  en  sept.  1200.  Les  deux  abbés 
de  Pontigny  élevés  au  cardinalat,  Maynard  (1188)  et 
Gérard  (1200),  n'eurent  qu'une  carrière  bien  courte. 
Innocent  III  appela  au  cardinalat,  en  1198,  l'abbé  de 
Cîteaux,  Guy  de  Paray.  Légat  en  Allemagne  (1200),  il 
confirma  l'élection  d'Othon  IV  à  l'Empire  (1201).  En 
1204,  il  devint  archevêque  de  Reims  et  mourut  à  Gand 
le  30  juin.  1206.  Enfin  le  siècle  de  S.  Bernard  eut  aussi 
son  pape  cistercien  en  la  personne  d'Eugène  III  (1145- 
1153). 

Ernauld  de  Bonneval  a  célébré  les  vertus  de  tous  ces 
moines  évêques  dans  sa  Vila  Bernardi  (P.  L.,  clxxxv, 
297;  cf.  S.  Bernard,  De  considérai.;  Vita  Malachiae; 
deux  sermons  in  transita  Malachiae;  Epist.,  xm,  où  se 
trouve  tracé  l'idéal  d'une  vie  épiscopale). 

Parallèlement  aux  leçons  de  sainteté  parties  de 
Clairvaux,  les  évêques  cisterciens  reçoivent  toute  une 
législation  élaborée  pour  eux  au  chapitre  général  de 


Cîteaux.  «  Ni  abbé,  ni  moine  ne  peut  accepter  son 
élection  à  l'épiscopat  sans  l'assentiment  de  son  propre 
prélat  et  du  chapitre  général,  à  moins  que  le  pape  n'ait 
manifesté  sa  volonté  formelle  »  (Slatuta,  1 134  :  xxxviii). 
Sorti  de  son  cloître  jiour  gouverner  un  diocèse,  le  cis- 
tercien demeure  essentiellement  moine.  Tous  les  droits 
découlant  de  sa  profession  religieuse  lui  sont  garantis; 
mais  on  lui  conserve  aussi  tout  le  poids  de  ses  obliga- 
tions monastiques  :  abstinences  et  jeûnes  rigoureux, 
longs  offices  à  réciter,  sévère  pauvreté  dans  le  vête- 
ment, silence  à  observer  avec  ses  anciens  confrères  du 
cloître  quand  il  est  de  passage  dans  une  abbaye  (ibid., 
Lxi).  A  titre  de  bienveillante  concession  —  et  elle  fut 
appréciée  —  Cîteaux  permet  à  chacun  de  ses  évêques 
d'avoir  auprès  de  lui  deux  moines  et  trois  convers.  Ils 
forment  la  famille  épiscopale,  partageant  avec  le  pré- 
lat ses  onéreuses  obligations.  Évêques,  archevêques  et 
cardinaux  de  la  première  génération  furent  fidèles  à 
ces  lois.  Celles-ci  datent  du  début  de  l'ordre;  elles  figu- 
rent déjà  dans  les  Instituta  capituli  generalis,  promul- 
gués par  Raynaud  de  Bar,  abbé  de  Cîteaux,  et  sont 
approuvées  par  Eugène  III  dans  la  bulle  Sacrosancla. 

Cf.  C.  Eubel,  I.  —  D.  Willi,  Pdpste,  Knrdinale  und  Bi.i- 
chôfe  aii.i  dem  Cixt.-Orden,  Bregenz,  1912. 

2"  Cileaux  combat  les  schismes. — •  Le  schisme  d'Ana- 
clet  (1130)  avait  rencontré,  comme  implacable  adver- 
saire, Bernard  de  (Clairvaux  (cf.  D.  H.  G.  E.,  viii,  626). 
En  1159,  nouveau  schisme  sous  Alexandre  III.  Fas- 
trède,  alors  abbé  de  Clairvaux,  donnant  le  branle  à 
tous  les  abbés  de  sa  filiation,  entra  dans  la  lutte.  Celle- 
ci  devait  durer  dix-sept  ans.  La  validité  de  l'élection  du 
chancelier  Roland  Bandinelli  paraissait  cependant  bien 
établie;  la  presque  totalité  était  avec  lui.  Mais  aucun 
texte  législatif  n'établissait  alors  l'irrécusable  droit  de 
l'élu  des  deux  tiers;  c'est  Alexandre  III  lui-même  qui 
le  fera  décréter  au  concile  de  Latran  de  1179  (Mansi, 
XXII,  217).  Se  sentant  soutenu  par  l'empereur  Frédéric 
Barberousse,  déjà  ennemi  du  chancelier  Roland,  le  car- 
dinal Octavien  se  fit  proclamer  pape,  revêtit  les  insi- 
gnes pontificaux,  qu'il  s'était  fait  confectionner,  et 
s'installa  dans  la  chaire  pontificale,  avec  le  concours 
de  bandes  armées.  Ces  détails  sont  donnés  par  l'abbé 
de  Clairvaux,  Fastrède,  dans  une  lettre  adressée  à  l'ar- 
chevêque de  Vérone,  qui  lui  avait  demandé  un  exposé 
vrai  de  la  situation,  pour  éclairer  sa  conscience  (P.  L., 
ce,  1363;  Mansi,  xxi,  1156). 

Des  graves  événements  d'alors,  signalons  ici  la  part 
prise  par  l'ordre  de  Cîteaux  dans  cette  lutte  politico- 
religieuse.  Cette  part  fut  d'ailleurs  considérable.  Té- 
moin le  chroniqueur  Helmold  :  «  L'ordre  cistercien  tout 
entier  s'est  rallié  à  Alexandre;  dans  cet  ordre,  il  y  a  des 
archevêques,  des  évêques  en  grand  nombre,  plus  de 
700  abbés,  des  moines  innombrables.  Chaque  année,  ils 
tiennent  un  concile  à  Cîteaux  et  décident  ce  qui  leur 
est  utile.  Leur  avis  irrévocable  apporta  le  plus  grand 
appui  à  Alexandre  »  (C/iron;ca  Slavorum,  ann.  1159; 
AI.  G.  H.,  SS.,  XXI,  82).  Les  abbés  cisterciens  français 
travaillèrent  puissamment  dans  leur  s])hère  d'action. 
Philippe,  abbé  de  l'Aumône,  père  d'une  nombreuse 
filiation  en  Angleterre,  fut  chargé  de  porter  en  ce  pays 
les  premières  encycliques  du  nouveau  pape  au  roi  et 
au  clergé.  11  en  revint  porteur  des  témoignages  de  sou- 
mission à  Alexandre  III  (P.  L.,  ce,  1359;  Rec.  des  hist. 
des  Gaules,  xvi,  511,  Epist.  XXi  Joann.  Saresberien- 
sis).  Aelred,  le  saint  abbé  de  Rievaulx,  était  déjà  inter- 
venu auprès  du  Plantagenet  pour  répondre  à  ses  doutes 
et  dissiper  ses  hésitations  (Z.  N.  Brooke,  The  English 
Church  and  the  papacy...,  Cambridge,  1932). 

L'un  des  premiers  cisterciens  auquel  Alexandre  écri- 
vit après  son  élection  était  Henri  de  France,  frère  de 
Louis  VII,  évêque  de  Beauvais  depuis  1149;  il  sera  ar- 
chevêque de  Reims  en  1 162.  Alexandre  eut  soin  de  cul- 


895  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  806 


tiver  la  sympathie  qu'il  ressentait  pour  ce  prélat  prin- 
cier (P.  L.,  ce,  80-81).  La  correspondance  touffue  qu'il 
entretint  avec  lui  montre  à  quel  point  il  voulait  par- 
tager avec  lui  la  charge  de  gouverner  l'Église.  11  se  l'at- 
tachait indissolublement.  Henri  de  France  se  dévoua 
pour  la  cause  du  pontife  exilé,  qui  lui  en  témoigna  sa 
reconnaissance  (P.  L.,  ce,  400).  De  même,  à  l'ordre  de 
Cîteaux  dans  son  ensemble,  Alexandre  sut  dire  plus 
d'une  fois  ce  qu'il  devait  à  l'action  prudente  et  dévouée 
de  ces  religieux  :  Inler  celeros  religiosos  causam  Eccle- 
siae  prudentius  defenderunt,  et  calholicam  foverunt 
magnanimiter  unitatem  (P.  L.,  ce,  336).  En  1169  encore, 
dans  une  lettre  au  chapitre  général  (Inter  innumeras, 
dans  Slaluta,  i,  77),  le  pontife  célébrait  le  dévouement 
des  abbés  de  Cîteaux  et  de  Clairvaux;  il  rappelait  le 
courage  de  tous  en  face  des  périls  et  des  menaces. 

Ces  dangers  venaient  du  côté  de  l'Allemagne.  Le  ca- 
ractère violent  de  Barberousse  avait  déclenché  contre 
les  partisans  d'Alexandre  une  véritable  persécution. 
L'archevêque  Eberhard  de  Salzbourg  fut  chassé  des 
terres  d'Empire,  ainsi  que  les  cisterciens.  Ce  décret 
d'expulsion  ne  semble  pas  toutefois  avoir  été  appliqué 
en  toute  rigueur.  Cachés  dans  leurs  solitudes,  les  moi- 
nes allemands  intensifièrent  leur  éloignement  des  luttes 
politiques,  s'efiorçant  de  passer  inaperçus,  donnant 
même  au  besoin  des  marques  de  respect  à  l'empereur; 
par  ailleurs,  travaillant  malgré  tout  au  développement 
de  leur  ordre.  Durant  ces  années  troublées,  on  note 
trois  fondations  nouvelles  en  terre  d'Empire  :  Rifïen- 
stein  (1162)  et  Arnsburg  (1174)  au  dioc.  de  Mayence, 
Werschweiler  (1172),  dans  celui  de  Spire.  La  situation 
cependant  était  douloureuse.  Crudelis  jam  ordini  nos- 
tro  incumbit  persecutio...  trans  Renum...,  tel  est  l'aveu 
d'un  abbé  cistercien  d'Allemagne  (Collection  d'Ebrach, 
cf.  Rev.  Bén.,  1933,  p.  312). 

A  dater  de  1176,  des  revers  s'abattent  sur  Frédéric, 
qui  l'obligent  bientôt  à  traiter  avec  son  adversaire.  Le 
24  juin.  1177  marque  l'entrevue  des  deux  souverains. 
L'empereur  prodigua  les  témoignages  de  respect  au 
pontife  suprême,  et  celui-ci  l'admit  au  baiser  de  paix. 
En  septembre  de  cette  même  année,  deux  lettres  par- 
venaient au  chapitre  général  de  Cîteaux  tenant  ses  ses- 
sions. L'une,  d'Alexandre,  rendait  grâce  à  Dieu  pour  la 
paix  désormais  scellée  entre  le  sacerdoce  et  l'Empire, 
reconnaissant  que  les  derniers  artisans  de  cette  récon- 
ciliation étaient  les  deux  cisterciens  Ponce,  évêque  de 
Clermont,  et  S.  Hugues,  abbé  de  Bonnevaux  (P.  L., 
ce,  1132).  L'autre  lettre  était  de  Frédéric,  qui  comp- 
tait parmi  ses  ascendants  une  gloire  cistercienne  : 
Othon  de  Freising,  son  oncle.  Dans  sa  lettre,  l'empe- 
reur dit  sa  joie  de  l'unité  rétablie  et  de  la  paix  si  habi- 
lement ménagée  par  deux  hommes  de  haute  vertu  et 
de  grande  prudence.  Ponce  de  Polignac  et  Hugues  de 
I3onnevaux  :  viri  magnae  sanctitatis  et  discretionis  (Sta- 
tuta,  I,  85). 

La  situation  en  France  du  pape  exilé  s'était  compli- 
quée en  nov.  1164,  par  l'arrivée  d'un  illustre  proscrit, 
Thomas  Becket.  Jadis  brillant  chancelier  d'Angleterre, 
il  était  devenu  en  1162,  de  par  la  volonté  royale,  arche- 
vêque de  Canterbury  et  primat  du  royaume.  On  sait 
comment  s'évanouit  l'espoir  que  nourrissait  le  roi  d'as- 
servir l'Église,  en  faisant  monter  sur  le  siège  primatial 
le  chancelier,  dont  il  connaissait  le  dévouement  à  sa 
personne.  Fuyant  la  persécution,  Thomas  trouva  en 
France  deux  protecteurs  :  Alexandre  IH,  qui  approuva 
sa  conduite,  et  Louis  VII,  qui  s'offrit  à  pourvoir  à  ses 
dépenses.  Le  futur  martyr  se  retira  à  l'abbaye  cister- 
cienne de  Pontigny,  partageant  la  vie  austère  des  moi- 
nes, consacrant  à  la  prière  la  plus  grande  partie  de  ses 
jours  et  de  ses  nuits.  Bientôt,  voulant  des  liens  plus  in- 
times avec  cette  communauté,  il  revêt  à  titre  de  fami- 
lier la  bure  blanche  qu'Alexandre  III  a  bénie  à  son  in- 
tention. 


Entre  temps,  Guichard,  abbé  de  Pontigny  (1136- 
65),  avait  été  élu  archevêque  de  Lyon  (1165-81)  ;  échec 
pour  l'empereur  allemand  et  triomphe  pour  la  partie 
adverse,  car  le  traité  avec  le  comte  Guigne  de  Forez 
créa  définitivement  la  puissance  temporelle  des  arche- 
vêques de  Lyon  (Pouzet,  Lci  vie  de  Guichard...,  Lyon, 
1929). 

En  1166,  Henri  II  d'Angleterre  écrivait  au  chapitre 
général  de  Cîteaux  une  lettre  pleine  de  menaces  :'  c'était 
une  mise  en  demeure  d'expulser  l'archevêque  Thomas 
de  chez  eux,  sous  peine  de  voir  la  suppression  de  leurs 
abbayes  anglaises.  Des  centaines  de  moines  auraient 
été  jetés  sur  les  terres  de  France.  D'autre  part,  ses  rela- 
tions diplomatiques  avec  l'empereur  Frédéric,  le  ma- 
riage de  sa  fille  aînée  avec  Henri  de  Saxe,  schismatique 
comme  Barberousse,  des  promesses  d'amener  l'épisco- 
pat  d'Angleterre  aux  pieds  du  pape  impérial,  toutes  ces 
circonstances  expliquent  les  hésitations  momentanées 
d'Alexandre  III  et  des  autres  prélats,  blâmées  parfois 
comme  des  faiblesses.  Thomas  lui-même  les  ressentit 
douloureusement;  il  s'acheminait  ainsi  vers  son  cal- 
vaire. Son  martyre  fut  consommé  le  29  déc.  1170. 

Dès  le  21  févr.  1173  (le  2  févr.,  ditBoson,  Vita  Alex., 
Watterich,  ii,  420),  Alexandre  III  canonisait  le  glo- 
rieux martyr;  la  bulle  Redolet  Anglia  est  datée  du  13 
mars.  En  1185  et  1191,  le  chapitre  général  de  Cîteaux 
décrétait  que  la  fête  de  S.  Thomas  serait  célébrée  dans 
les  abbayes  de  l'ordre;  en  1214,  un  autre  décret  insé- 
rait son  nom  dans  les  litanies. 

La  route  de  Canterbury  à  Pontigny,  tracée  par  la 
voie  douloureuse  de  S.  Thomas,  restera  marquée  et 
sera  reprise  par  deux  de  ses  successeurs,  Étienne  Lang- 
ton  (t  1228)  et  S.  Edmond  Rich  (f  1240). 

M.  Dietrich,  Die  Zislerzienser  und  ihre  Siellung...,  Salz- 
bourg, 1934.  —  A.  Dimier,  Hugues  de  Bonnevaux,  Grenoble, 
1941.  —  Ermoni,  art.  Alex.\ndre  III,  dans  D.  H.  G.  E., 
Il,  208.  —  A.  Fliche,  Hist.  de  l'Église,  ix,  Paris,  1944.  — 
R.  Foreville,  L'Église  et  la  royauté  en  Angleterre  sous 
Henri  II,  Paris,  1943.  —  Hefele-Leclercq,  v,  916  (dans  une 
note,  p.  1000,  dom  Leclercq  caricature  «  les  quatre  person- 
nages en  présence,  Becket,  Henri  II,  Alexandre  III, 
Louis  VII  »).  — É.  .lordan,  L'Allemagne  et  l'Italie  aux  XII' 
et  XIII'  s.,  Paris,  1939.  —  L'Huillier,  S.  Thomas  de  Canlor- 
béry,  Paris,  1892.  —  S.  Mitterer,  Die  Cistercienser  im  Kir- 
chenstreit  zivisclien  Papst...  und  Kaiser  Friedrich  I.,  dans 
Cisterc.-Chronilt,  1922,  p.  1  sq.,  excellent  travail  auquel 
celui  de  Preiss  a  peu  ajouté.  —  Preiss,  Die  politische  Tàtig- 
keit  des  Cisterc,  Halle,  1934.  —  Statuta,  éd.  Louvain, 
1933-41.  —  A.  Wilmart,  Nouvelles  de  Rome  au  temps 
d'Alexandre  III,  dans  Rev.  Bén.,  1933,  p.  62;  La  collection 
d'Ebrach,  ibid.,  p.  312;  publication  du  ms.  202  de  Tou- 
louse :  De  vera  pace  contra  schisma...  1171...,  Rome,  1938 
(cf.  Rev.  du  M.  A.  latin,  1945,  p.  179).  —  Une  bulle  de  pro- 
tection pour  l'abbaye  de  Marienthal,  dioc.  d'Halberstadt, 
fut  délivTée  par  l'antipape  Victor  IV,  Pavie,  2  mars  1160; 
éd.  par  Pllugk-Harttung,  -4c/a  pontificum  rom.  inedita,  i, 
284. 

3°  Cîteaux  combat  l'hérésie,  le  paganisme.  —  Dans  le 
domaine  de  l'orthodoxie  à  défendre  contre  l'erreur, 
Bernard  de  Clairvaux  s'était  distingué,  notamment 
contre  Abélard,  contre  les  idées  néomanichéennes  des 
pays  du  Nord,  contre  l'hérésie  henricienne  dans  le  Lan- 
guedoc {D.  H.  G.  E.,  VIII,  630).  En  quittant  cette  der- 
nière région,  il  avait  compté  sur  l'abbé  Bertrand  et  les 
moines  de  Grandselve,  pour  consolider  l'œuvre  de  con- 
version si  bien  commencée.  Cependant,  le  thaumaturge 
une  fois  disparu,  l'hérésie,  un  instant  muette,  releva 
la  tête  et  fit  de  nouvelles  conquêtes.  En  1177,  Ray- 
mond V,  comte  de  Toulouse,  adressait  au  chapitre  de 
Cîteaux  une  lettre  —  un  vrai  cri  de  détresse  —  pour 
supplier  les  Pères  de  l'aider,  non  pas  seulement  de 
leurs  prières,  mais  par  une  action  directe  et  efficace 
contre  la  fatale  hérésie,  qui  avait  grandi  au  point  d'en- 
vahir le  sanctuaire  lui-même  :  des  prêtres,  des  évêques 
s'étaient  laissé  séduire  (Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xui. 


897 


CITEAUX  (ORDRE).  LE 


SIÈCLE  DE  S.  BERNARD 


898 


140).  Le  désir  de  Raymond  était  aussi  de  voir  une  délé- 
gation partir  de  Cîteaux  pour  aller  solliciter  l'appui  du 
roi  de  France,  car,  pressentait-il,  les  hérétiques  ne  cé- 
deraient qu'à  la  force  des  armes. 

D'autre  part,  en  cette  même  année,  une  mission 
s'inaugure  contre  les  albigeois  :  le  cardinal  de  S.-Chry- 
sogone,  Pierre,  légat  d'Alexandre  III,  paraît  en  ces 
contrées,  entouré  des  archevêques  de  Bourges  et  de 
Narbonne,  des  évêques  de  Bath,  de  Poitiers  et  de  l'abbé 
de  Clairvaux,  Henri  de  Marcy.  Ce  dernier  lance  un  ma- 
nifeste à  l'adresse  de  tous  les  fidèles  (ibid.,  xiv,  479);  il 
y  dénonce  les  maux  de  toute  nature  causés  par  l'héré- 
sie et  rend  compte  des  résultats  de  la  mission.  Ils  sont 
plutôt  minces  :  quelques  rares  conversions  et  l'excom- 
munication de  Roger,  vicomte  de  Béziers  et  de  Carcas- 
sonne. 

En  1180,  nouvelle  mission.  Henri  de  Marcy,  devenu 
cardinal  et  légat  pontifical,  est  à  la  tête  d'une  armée 
que  le  chroniqueur  qualifie  de  considérable  (ibid.,  xii, 
448);  il  s'empare  de  Lavaur  et  obtient  la  soumission  du 
vicomte  Roger.  Il  réunit  plusieurs  conciles  et  dépose 
l'archevêque  de  Narbonne,  Pons  d'Arsac.  Mais,  à  peine 
légat  et  prédicateur  se  furent-ils  éloignés,  que  les  héré- 
tiques revinrent  à  leurs  pratiques  immorales  (ibid., 
449;  P.  L.,  cciv,  214,  234). 

Entre  temps,  on  avait  demandé  à  maître  Alain,  le 
docteur  universel,  devenu  moine  à  Cîteaux  (f  c.  1202), 
de  fixer  par  écrit  la  teneur  précise  des  dogmes  catho- 
liques les  plus  fortement  battus  en  brèche  par  les  héré- 
tiques de  l'époque.  L'auteur  adressa  ses  quatre  livres 
De  fide  calholica  (P.  L.,  ccx,  305  sq.)  à  Guillaume  VI, 
seigneur  de  Montpellier,  qui  devait  plus  tard  terminer 
sa  carrière  à  Grandselve  sous  l'habit  monastique.  Il 
faut  attendre  le  pontificat  d'Innocent  III  (1198-1216) 
pour  voir  les  albigeois  aux  prises  avec  la  croisade  que 
le  S. -Siège  aura  organisée  contre  eux,  comme  dernier 
moyen  de  les  réduire. 

Dans  la  bulle  de  canonisation  de  S.  Bernard,  le  pape 
Alexandre  III  met  en  relief  le  zèle  de  l'abbé  de  Clair- 
vaux  à  étendre  au  loin  la  fondation  de  ses  monastères, 
comme  des  fdjrers  de  vie  chrétienne  destinés  à  trans- 
former et  à  convertir  des  nations  encore  païennes  : 
usque  ad  exteras  quoque  et  bctrbaras  nationes  sanclae  reli- 
gionis  instituta...  (P.  L.,  clxxxv,  622).  C'était  en  effet 
une  manière  de  combattre  le  paganisme.  Quand  l'ar- 
chevêque d'Armagh,  S.  Malachie,  vint  à  Clairvaux  de- 
mander des  moines  pour  sa  patrie  encore  à  demi  bar- 
bare, S.  Bernard  y  donna  pleinement  les  mains,  croyant 
travailler  ainsi  elficacement  à  la  christianisation  d'un 
peuple.  L'Irlande  s'ouvrit  donc  à  l'influence  cister- 
cienne en  1142,  par  la  création  de  Mellifont.  Cette 
abbaye  fut  rapidement  féconde;  dès  1147,  elle  fondait 
Bedive;  en  1148,  elle  menait  de  front  trois  fondations 
nouvelles,  Boyle,  Nenay  et  Baltinglass.  Les  années  1150 
et  1153  verront  encore  se  créer  Shrule  et  Newry.  Au 
début  du  xiii'=  s.,  l'Irlande  comptera  36  abbayes 
d'hommes. 

En  1148,  un  essaim  de  moines  quittait  Clairvaux 
pour  aller  fonder  au  Portugal  l'abbaye  d'Alcobaça 
(P.  L.,  CLXxxii,  312;  Jaffé,  9255).  Alphonse  Henri- 
quez,  premier  roi  de  ce  pays  (1128-85),  avait  négocié 

i  cette  fondation  et  commencé  la  construction  du  mo- 
nastère (D.  H.  G.  E.,  II,  691).  Ici,  l'ennemi  redoutable 
était  les  Sarrasins.  En  1195,  ils  s'emparaient  de 
l'abbaye,  la  détruisaient  de  fond  en  comble  et  en  mas- 

i  sacraient  la  plupart  des  habitants.  On  reconstruisit. 
Dans  la  suite,  les  abbés  prirent  solidement  position 
contre  les  ennemis  du  nom  chrétien.  Sarrasins,  Maures 
et  Castillans.  Ils  entretinrent  des  troupes  et  les  moines 
assuraient  le  service  religieux. 

La  conversion  des  Slaves  (A.  Hauck,  iv,  c.  vu)  était 
commencée  depuis  plus  d'un  an,  quand  les  cisterciens 
firent  leurs  premières  fondations  au  delà  du  Rhin. 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


C'étaient  de  nouvelles  recrues  que  les  évêques  ne  man- 
quèrent pas  d'appeler  auprès  d'eux,  pour  les  aider  dans 
leur  œuvre  gigantesque.  Berthold,  évêque  de  Hildes- 
heim  (1119-30),  favorisa  beaucoup  la  création  de  mo- 
nastères. Il  aurait  voulu  des  cisterciens.  Ceux-ci  ne 
purent  venir  de  l'abbaye  de  Camp  qu'en  1135,  pour 
occuper  Amelungsborn.  Là,  ils  déployèrent  une  grande 
activité,  travaillant  avec  zèle  à  évangéliser  les  Obo- 
trites.  C'est  à  un  moine  de  cette  abbaye,  Bruno,  devenu 
évêque  de  Schwerin,  que  les  deux  grands-duchés  de 
Mecklembourg  doivent  leur  conversion  au  christia- 
nisme (D.  H.  G.  E.,  II,  1195). 

Ce  même  zèle  se  retrouve  dans  les  autres  abbayes  al- 
lemandes qui  dérivaient  de  Morimond  par  Camp.  Ci- 
tons spécialement  Lehnin,  commencée  en  1180  par 
Othon  I",  margrave  et  électeur  de  Brandebourg,  Rid- 
dagshausen  (1145)  et  Doberan  (1171;  M.  G.  H.,  SS., 
XVI,  105),  toutes  deux  maisons  filles  d' Amelungsborn, 
et  qui  dans  la  suite  furent  fécondes  à  leur  tour.  Dobe- 
ran a  écrit  une  page  glorieuse  au  martyrologe.  En  1179, 
après  la  mort  du  prince  Pribizlaw,  fervent  néophyte  et 
fondateur  du  monastère,  le  peuple  et  ses  maîtres  revin- 
rent à  leurs  superstitions.  Ils  se  firent  une  cause  sacrée 
d'anéantir  la  religion  nouvelle  et  les  moines  qui  la  pro- 
pageaient. Ce  fut  une  journée  de  78  martyrs.  Même 
événement  à  l'abbaye  de  Zinna,  qui  avait  été  fondée 
par  Allenberg  en  1171.  Le  premier  abbé,  Rizon,  fut 
martyrisé  par  les  infidèles  en  1179.  Ceux-ci  mirent  tout 
à  feu  et  à  sang;  quelques  religieux  cependant  purent 
échapper  et  continuer  ensuite  l'œuvre  entreprise. 

L'évangélisation  de  la  Livonie  avait  été  commencée 
par  le  Bx  Meynard,  chanoine  prémontré.  Après  la 
mort  de  cet  apôtre,  le  cistercien  Berthold,  abbé  de  Loc- 
cum,  voulut  le  remplacer  dans  sa  mission  périlleuse.  Il 
se  fît  autoriser  par  le  pape  et  partit  avec  quelques-uns 
de  ses  moines,  à  la  tête  d'une  petite  troupe  qu'il  avait 
rassemblée  (M.  G.  H.,  SS.,  xxi,  81;  xxiii,  241).  En 
1196,  il  était  devenu  évêque  de  Brème.  Le  24  juill. 
1198,  lors  d'un  combat  contre  les  infidèles,  Berthold 
tomba  entre  leurs  mains.  Il  fut  massacré.  Dans  la  ré- 
gion, on  l'honora  ensuite  comme  martyr,  mais  ce  culte 
fut  plus  tard  interrompu  (Zimmermann,  Kalend.  be- 
ned.,  II,  Metten,  1934,  p.  493). 

A.  Fliche,  Hist.  de  l'Église,  ix,  p.  25,  91,  182.  —  Hefele- 
Leclercq,  v,  747.  —  Leuckfeld,  Antiqiiiiates  Micliaelstein  et 
Amelungsborn,  Wolfenbilttel,  1710.  —  Winter,  Die  Cister- 
cienser  des  nordôsllichen  Deulschlands...,  Gotha,  1868,  i-ni. 

4°  Cîteaux  lutte  contre  les  ennemis  extérieurs.  Croi- 
sades. Ordres  militaires.  —  Cîteaux  était  né  à  l'époque 
de  la  première  croisade  (1096-99)  et  c'est  un  écho  de 
l'enthousiasme  chevaleresque  d'alors  que  nous  enten- 
dons dans  l'appellation  que  se  donnent  les  fondateurs, 
en  tête  de  leur  document  initial  :  Nos,  pauperes  milites 
Christi  (Exordium).  Pour  eux,  la  croisade  fut  la  con- 
quête de  la  Jérusalem  céleste,  par  les  chemins  rac- 
courcis d'une  vie  monastique  austère  et  pénitente  (S. 
Bernard,  Epist.,  lxiv;  P.  L.,  clxxxii,  169).  Lors  de  la 
seconde  croisade,  un  demi-siècle  après  la  première,  Cî- 
teaux avait  grandi,  ses  moines  s'étaient  multipliés  à 
travers  la  chrétienté;  Eugène  III  gouvernait  l'Église 
et  Bernard  était  le  prédicateur  de  la  croisade.  D'où  le 
qualificatif  de  «  cistercienne  »  donné  parfois  à  la  se- 
conde croisade  (cf.  récit  abrégé  dans  D.  H.  G.  E.,  viii, 
633). 

Malgré  l'échec  de  cette  croisade,  le  souvenir  de  Jéru- 
salem flottait  toujours  un  peu  dans  l'atmosphère  cis- 
tercienne. Moines  et  convers  résistaient  mal  à  l'atti- 
rance des  Lieux  saints.  Il  fallut  un  décret  du  chapitre 
général  pour  leur  interdire  le  pèlerinage  à  Jérusalem, 
sous  peine  d'un  transfert  à  perpétuité  dans  un  lointain 
monastère  (Statuta,  1157  :  53).  En  cette  même  année, 
Morimond  fondait  en  Syrie,  au  dioc.  de  Tripoli, 
l'abbaye  de  Belmonl;  l'année  1160  voyait  encore  la 

H.  —  XIL  —  29  — 


899  CITEAUX  (ORDRE).  LE  SIKCI.E  DE  S.  BERNARD  900 


création  de  Salvatio,  en  cette  même  région,  et  Belmont 
allait  créer  bientôt  deux  filiales,  S.-Jean  in  Nemore 
(1169)  et  la  Trinité  de  Refech  (1187),  toutes  deux  dans 
l'île  de  Chypre.  Ces  dates  restent  cependant  douteuses, 
puisqu'elles  sont  antérieures  à  la  reconquête  de  l'île 
par  Richard  Cœur  de  Lion  (21  mai  1191).  Le  siècle 
suivant  verra  encore  les  fondations  de  S.- Georges  in 
Jubino  (1214),  de  Beaulieu  près  Nicosie  (1235)  et  de 
S.-Serge  dans  le  patriarcat  d'Antioche  (1235). 

Ces  abbayes  n'ont  guère  laissé  de  souvenirs;  leur 
existence  fut  assez  précaire,  sans  cesse  au  gré  des  évé- 
nements politiques  de  ces  contrées.  Elles  disparurent 
vers  la  fin  du  xiii<=  s.  Le  silence  des  décrets  capitu- 
laires  paraît  significatif  dans  ce  sens;  il  confirme  la 
conclusion  de  C.  Enlart  au  sujet  de  Belmont  :  «  La  der- 
nière mention  de  l'abbaye  se  trouve  en  1287  et  il 
semble  certain  que  les  derniers  moines  latins  durent 
évacuer  Belmont  deux  ans  plus  tard,  s'ils  n'y  furent 
massacrés,  à  la  suite  de  la  prise  de  Tripoli  par  Kelaoùn 
en  1289  »  (Les  moniim.  des  croisés  dans  le  royaume  de 
Jérusalem,  ii,  Paris,  1925,  p.  46).  Le  même  auteur  a 
retrouvé  et  étudié  les  restes  de  Belmont;  il  note  cette 
particularité,  exceptionnelle  pour  une  abbaye  cister- 
cienne, d'avoir  été  bâtie  sur  un  sommet  abrupt,  sur  la 
crête  d'un  contrefort  du  Liban,  qui  domine  la  mer  de 
deux  cents  mètres  environ. 

Grégoire  "VIII,  durant  son  pontificat  éphémère  de 
cinquante-sept  jours,  fut  préoccupé  d'une  nouvelle 
croisade.  Il  ne  put  que  lancer  son  appel  à  la  guerre 
sainte  :  Audita  tremendi  (Mansi,  xxii,  527;  P.  L., 
ccii,  1539),  puis  rédiger  une  série  de  lettres  aux  fidèles, 
aux  prélats,  à  l'empereur  Frédéric  et  à  son  fils  Henri 
(Mansi,  xxii,  531).  Clément  III  continua  la  même  poli- 
tique. 

Guillaume  de  Tyr  prêcha  la  croisade,  ainsi  que  le  car- 
dinal d'Albano,  Henri  de  Marcy,  jadis  abbé  de  Clair- 
vaux.  La  lettre  de  ce  dernier  adressée  à  tous  les  prélats 
de  l'Église  (Publicani  el  peccalores,  Mansi,  xxii,  540) 
insiste  sur  la  réforme  des  mœurs  comme  préparation 
nécessaire  à  l'expédition  en  Terre  sainte.  D'autre  part, 
il  fallait  aussi  reconcilier  ensemble  les  rois  de  France  et 
d'Angleterre.  Ce  fut  pour  les  légats  pontificaux  la  labo- 
rieuse opération  de  Gisors  (21  janv.  1188).  Henri  Plan- 
tagenet  meurt  avant  l'accomplissement  de  son  vœu; 
mais  son  fils  et  successeur,  Richard  Cœur  de  Lion,  re- 
prend l'engagement  paternel.  En  1189,  il  est  présent 
au  synode  tenu  dans  l'abbaye  cistercienne  de  Pipewell, 
où  se  trouvent  réunis  tous  les  archevêques  d'Angle- 
terre, quelques-uns  de  Normandie,  du  Pays  de  Galles 
et  d'Irlande.  Baudouin,  archevêque  de  Canterbury,  an- 
cien abbé  cistercien  de  Ford,  préside  l'assemblée.  En 
dehors  des  décrets  qu'il  fait  signer,  il  prêche  la  croisade 
et  prend  lui-même  la  croix  pour  accompagner  son  mo- 
narque en  Palestine.  Sous  sa  bannière,  qui  portait 
l'image  de  S.  Thomas  Becket,  Baudouin  entretenait 
cinq  cents  soldats  à  ses  frais.  Il  mourut  en  oct.  1190,  à 
Tyr,  en  Syrie,  léguant  tout  son  avoir  pour  subvenir 
aux  nécessités  de  la  guerre  sainte. 

En  Allemagne,  le  cardinal  d'Albano  avait  eu  une  ac- 
tion efficace.  Après  avoir  célébré  à  Liège  un  concile 
(2  févr.  1188),  dirigé  particulièrement  contre  les  simo- 
niaques,  il  avait  ensuite  déterminé  bon  nombre  de  per- 
sonnes à  prendre  la  croix.  Le  27  mars,  il  était  à  la  diète 
de  Mayence,  où  13  000  fidèles  s'enrôlèrent  (M.  G.  H., 
SS.,  xvi,  649;  xxi,  555).  Frédéric  Barberousse  parais- 
sait plein  de  zèle.  «  Dès  le  11  mai  1189,  il  quittait  Ratis- 
bonne  avec  une  armée  remarquablement  organisée  et 
disciplinée  »  (R.  Grousset,  Hist.  des  croisades,  ui, 
Paris,  1934,  p.  10),  qui  fit  la  terreur  du  monde  musul- 
man. Hélas,  la  mort  accidentelle  de  l'empereur,  dans 
les  eaux  du  Selef  (10  juin  1190),  jeta  le  désarroi  dans 
les  contingents  allemands,  dont  une  partie,  démora- 
lisée, rentra  en  Europe  (M.  G.  H.,  SS.,  xx,  496). 


Ce  n'est  que  le  4  juill.  1190  que  Vézelay  vit  partir 
pour  la  Terre  sainte  Philippe  Auguste  et  Richard 
Cœur  de  Lion.  Ce  dernier  s'était  d'abord  assuré  les 
prières  des  moines  de  Cîteaux.  Au  mois  de  mai  précé- 
dent, il  leur  avait  fait  donation  de  l'église  de  Scarbo- 
rough,  avec  ses  dépendances  et  ses  revenus,  dans  le  but 
marqué  de  subvenir  aux  frais  du  chapitre  annuel  des 
abbés  (texte  dans  Collecta  privilegiorum,  de  Jean  de  Ci- 
rey,  1491,  fol.  181;  approb.  par  Clément  III,  Jaffé 
16471).  L'ordre  répondit  à  cette  générosité  en  édictant 
des  prières  et  œuvres  pénitentielles  en  vue  de  la  croi- 
sade, et  en  fondant  un  anniversaire  à  perpétuité  pour 
le  roi  Richard  (Statuta,  ann.  1190).  Lors  de  son  séjour 
à  Messine,  le  monarque  désira  avoir  un  entretien  avec 
le  célèbre  Joachini,  abbé  de  Flore.  Estimait-il  les  pro- 
phéties du  mystérieux  personnage,  ou  celui-ci  paya- 
t-il  d'audace?  Manrique  n'ose  se  prononcer.  Il  nous 
assure  seulement  que  les  deux  souverains  enrôlèrent 
des  cisterciens  dans  leurs  armées;  ils  les  voulaient 
comme  prédicateurs  et  comme  orantes. 

Philippe  Auguste,  croisé  malgré  lui,  s'empressa  de 
rentrer  en  France  au  lendemain  de  la  prise  d'Acre.  Les 
intérêts  majeurs  de  la  patrie  exigeaient  sa  présence. 
Richard  continua  la  lutte.  Il  s'était  d'abord  emparé  de 
l'île  de  Chypre,  en  mai  1191;  en  juin,  il  était  devant 
S.-Jean-d'Acre;  de  là  il  fit  la  conquête  du  littoral.  Lui- 
même  a  raconté  ses  exploits  dans  une  lettre  adressée  à 
l'abbé  de  Clairvaux,  Garnier  de  Rochefort.  Il  n'omet 
rien  dans  son  récit,  pas  même  le  meurtre  de  2  600  cap- 
tifs musulmans,  que  nos  modernes  historiens  quali- 
fient d'acte  de  barbarie  inouïe,  perpétré  de  sang-froid 
et  contraire  à  toute  bonne  politique  (R.  Grousset,  op. 
cit.,  III,  61).  Nous  sommes  vainqueurs  de  Saladin,  dit 
le  roi  en  concluant  son  message,  mais  nous  sommes  au 
terme  de  nos  ressources.  Nous  ne  pourrons  pas  tenir 
au  delà  de  la  prochaine  Pâques.  Et  il  supplie  l'abbé 
Garnier  de  reprendre  ses  prédications  pour  que  se 
lèvent  de  nouveaux  croisés  et  qu'abondent  de  nouvelles 
aumônes  (Baronius,  ann.  1191;  Manrique,  m,  248). 

Cette  lettre  est  du  l^'  oct.  Dès  le  20  du  même  mois, 
une  politique  de  rapprochement  s'inaugurait  entre  le 
roi  d'Angleterre  et  Saladin.  Elle  devait  aboutir  finale- 
ment à  la  paix  générale  du  2  sept.  1192,  paix  qui  res- 
semble à  une  «  liquidation  assez  sommaire  de  la  croi- 
sade »  (R.  Grousset,  op.  cit.,  m,  117).  Richard  qui, 
d'Angleterre,  recevait  des  nouvelles  alarmantes,  avait 
hâte  de  quitter  la  Syrie.  Durant  son  voyage  de  retour, 
au  mépris  de  l'immunité  garantie  à  tout  croisé,  il  fut 
fait  prisonnier  par  le  duc  d'Autriche,  Léopold  V,  et 
tenu  enfermé  à  Diirrenstein,  sur  le  Danube.  Aux  envi- 
rons de  Pâques  1193,  Léopold  céda  son  captif  à  l'empe- 
reur Henri  VI  pour  la  somme  de  20  000  marcs  d'ar- 
gent. Exhortations  et  menaces  de  Clément  III  furent 
inutiles.  Richard  ne  recouvra  sa  liberté  qu'en  févr. 
1194,  moyennant  une  rançon  de  150  000  marcs  d'ar- 
gent et  la  reconnaissance  de  la  suprématie  de  l'empe- 
reur. 

Rentré  sur  ses  terres,  le  roi  songea  tout  de  suite  à 
faire  face  à  la  dette  énorme  qui  pesait  sur  lui.  Dans  ce 
but,  il  fit  appel  aux  moines  cisterciens.  Cette  fois, 
comme  gage  d'amitié,  raconte  le  chroniqueur  Guil- 
laume, le  monarque  retint  toute  la  production  de 
laine  de  l'année,  principale  richesse  des  abbayes  an- 
glaises. Encouragé  par  la  docilité  de  ses  amis,  il  retint 
ensuite  la  production  de  laine  de  l'année  à  venir.  Dis- 
pensés jadis  de  la  dîme  saladine,  nos  moines  supputè- 
rent que  ce  second  impôt  à  retardement  dépassait  dix 
fois  le  taux  du  premier.  En  cette  même  année  1194,  le 
chapitre  général  envoya  au  roi  Richard  une  délégation 
de  quatre  abbés  chargés  de  lui  présenter  des  lettres 
rédigées  au  nom  du  chapitre.  Nous  en  ignorons  la  te- 
neur; seules  les  circonstances  permettent  quelques 
présomptions  {Slatutn,  1194  :  50). 


901  CITEAUX  (ORDRE).  LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  902 


L'Europe  eut  aussi  ses  croisades,  c.-à-d.  ses  guerres 
saintes  contre  les  infidèles,  armées  et  expéditions  bé- 
nies par  la  papauté.  Ici  encore,  Cîteaux  intervint,  no- 
tamment par  les  milices  religieuses  espagnoles  qui  se 
firent  incorporer  à  l'ordre  illustré  par  S.  Bernard.  Ce 
dernier  avait  ébauclié  jadis  la  règle  des  Templiers 
(1128)  et  avait  chanté  les  gloires  de  la  nouvelle  milice 
(De  lande  novae  militiae,  P.  L.,  clxxxii,  921  ;  Henri- 
quez.  Régula,  constilutiones...,  Anvers,  1630,  p.  41  : 
Régula  pauperum  commililonum  sanclae  ciuitatis). 

La  plus  célèbre  des  milices  espagnoles  fut  Calatrava. 
Elle  était  née  au  sein  même  de  l'abbaye  cistercienne  de 
Fitero,  en  vieille  Gastille  (cf.  D.  H.  G.  E.,  xi,  351). 
D'autres  milices  furent  créées  sur  le  modèle  de  Cala- 
trava. En  1162,  le  cistercien  Jean  Cirite,  abbé  de  Ta- 
rouca,  ajouta  à  une  «  Nouvelle  milice  »  le  caractère 
religieux  qui  fit  de  la  fondation  d'Alphonse  Henriquez, 
roi  de  Portugal,  un  ordre  militaire  et  monastique  sous 
la  dépendance  de  Cîteaux  et  Clairvaux.  L'acte  de  fon- 
dation du  nouvel  ordre,  appelé  ensuite  d'Evora,  puis 
d'Avis,  fut  signé  par  l'évêque  de  Braga  au  nom  du 
royaume,  par  l'évêque  de  Coïmbre  au  nom  des  sei- 
gneurs de  la  cour,  par  l'évêque  de  Lisbonne  au  nom 
du  clergé,  par  le  premier  grand  maître,  Pierre,  proche 
parent  du  roi  et  pair  de  France,  et  sept  autres  cheva- 
liers (Manrique,  op.  cit.,  ii,  358).  L'ordre  militaire  d'Al- 
cantara,  confirmé  par  Alexandre  III  en  1177,  tut  aussi 
sous  la  règle  et  vêture  de  Cîteaux  (D.  H.  G.  E.,  ii,  6). 
La  milice  de  Turgel  fut  placée  par  le  chapitre  général 
de  1190  sous  l'autorité  de  l'abbé  de  Moreruela.  En 
1215,  l'ordre  militaire  de  Monte  Frago  demanda  au 
chapitre  de  Cîteaux  et  obtint  son  incorporation  à  celui 
de  Calatrava  (Statuta,  1215  :  61).  Il  en  fut  de  même  des 
milices  d'Avis  et  de  S.-Julien-du-Poirier  (Jalïé,  12744). 
Ainsi  renforcé,  Calatrava  apparut  aux  yeux  de  Gré- 
goire IX  comme  «  l'espoir  d'Israël,  le  boulevard  et  le 
salut  de  l'arche  sainte  ».  Ce  pontife  entra  alors  en  négo- 
ciations avec  le  patriarche  d'Antioche  à  l'effet  de  pré- 
parer un  établissement  similaire  en  Orient,  où  les  armes 
de  Calatrava  auraient  combattu  là  aussi  le  mahomé- 
tisme  {D.  H.  G.  E.,  xi,  352). 

Le  xiii"  s.  verra  encore  l'incorporation  de  la  milice 
de  Ste-Marie  (Statuta,  1273  :  37),  et  le  xiv«  celle  de  la 
milice  du  Christ,  fondée  par  le  roi  de  Portugal  (ibid., 
1320  :  2),  ad  defensionem  sacrosanctae  fidei  et  violentias 
infldelium  propellendas,  sous  la  paternité  d'Alcobaça. 
Montesa,  au  royaume  de  Valence,  fut  approuvé  par 
Jean  XXII  en  1316  et  placé  sous  la  juridiction  de 
l'abbé  cistercien  des  Saintes-Croix,  et  parfois  de  celui 
de  Valdigna. 

Jusqu'à  la  fin  de  l'Ancien  Régime,  quand  les  abbés 
de  Cîteaux  déclinaient  leurs  titres,  par  ex.  dans  les 
lettres  d'indiction  pour  la  célébration  du  chapitre  gé- 
néral, ils  avaient  soin  de  noter  qu'ils  étaient  les  chefs 
suprêmes  des  cinq  milices  de  Calatrava,  d'Alcantara,  de 
Montesa,  d'Avis  et  du  Christ.  Les  statuts  capitulaires 
de  Cîteaux  ont  conservé  les  textes  de  délégations 
adressées  à  certains  abbés  et  leur  enjoignant  de  faire 
les  visites  canoniques  dans  ces  ordres  militaires,  qui 
ne  laissaient  pas  de  créer  parfois  de  sérieuses  difficultés 
aux  supérieurs  majeurs.  D'ailleurs  ces  milices  ne  surent 
jamais  se  maintenir  longtemps  dans  l'idéal  qui  avait 
présidé  à  leur  création.  Il  y  avait  un  si  violent  con- 
traste entre  les  deux  genres  de  vie  que  l'on  voulait  con- 
juguer, que  l'un  devait  tôt  ou  tard  en  être  amoindri  et 
succomber.  Ce  fut  l'élément  religieux  qui  disparut.  Al- 
cantara  eut  des  destinées  glorieuses  durant  le  premier 
siècle  de  son  existence.  Il  en  fut  à  peu  près  de  même 
chez  les  autres  milices  sacrées.  Puis  les  ambitions,  les 
dissensions  firent  leur  œuvre  néfaste.  Pour  sauver  en- 
core quelques  restes,  on  dut  finalement  annexer  la 
grande  maîtrise  à  la  couronne  royale.  Innocent  VIII 
le  fera  en  1486  pour  Calatrava,  en  1492  pour  .\lcan- 


tara;  Jules  III,  en  1550  pour  Avis.  De  toutes  ces  gloires 
passées,  il  reste  un  titre  honorifique. 

Bibliographie  abondante  dans  les  auteurs  déjà  cités.  — 
Cf.  D'.\rbois,  L'ordre  teutonique  en  France,  dans  Bibl.  de 
l'Êc.  des  chartes,  1871,  p.  63.  —  L.  Bréhier,  L'Église  et 
l'Orient  au  M.  A.,  Paris,  1907.  —  Cari  Erdmann,  Papstur- 
kunden  in  Portugal,  Berlin,  1927,  p.  51.  —  De  la  Ville  le 
Roulx,  L'ordre  de  Montjoie,  dans  Rev.  de  l'Orient  lat.,  i, 
42-57.  —  G.  Drioux,  Geoffroi  de  la  Roche  et  la  seconde  croi- 
sade, dans  Cahiers  des  Hauts  Marais,  1948,  p.  166-72.  — 
F.  Lot,  L'art  militaire...  au  M.  A.,  i,  Paris,  1946,  p.  124-65. 
—  Martène,  Thésaurus,  i,  113.3;  ii,  171;  m,  627,  628.  — 
PfeifTer,  Die  Cisterc.  und  der  Kreuxzugsgedanke  in  den 
Jahren  1192-1197,  dans  Cisterc.  Chronik,  1939,  p.  1  sq.  — 
M.  Villey,  La  croisade,  Paris,  1942. 

III.  La  papauté,  l'épiscopat  et  les  cisterciens. 
Privilèges.  —  Bernard  de  Clairvaux  avait  donné  à  sa 
famille  religieuse  l'exemple  du  dévouement  au  S.- 
Siège;  il  fut  imité.  Le  S. -Siège,  de  son  côté,  utilisa 
volontiers  les  services  de  cet  ordre  jeune,  vertueux,  dé- 
bordant de  dynamisme;  il  en  fit  l'instrument  de  sa  poli- 
tique. Voulant  le  tenir  fermement  dans  sa  main,  il 
s'attacha  à  le  soustraire  progressivement  à  la  juridic- 
tion des  évèques,  lui  créant  ainsi  une  situation  privi- 
légiée. Tel  fut  le  processus  de  l'exemption  cistercienne. 
Certains  privilèges,  d'ailleurs,  se  trouvaient  déjà  en 
germe  dans  la  Charte  de  charité.  La  première  rédaction 
de  la  Charte  connaissait  encore  l'intervention  de  l'évê- 
que diocésain  dans  certains  cas  exceptionnels  de  cor- 
rection; la  seconde  est  désormais  muette  sur  ce  point. 
C'est  que  Cîteaux  possède  dans  sa  législation  les  roua- 
ges nécessaires  pour  faire  face  à  toutes  difficultés  in- 
ternes. 

Les  privilèges  des  abbayes  avaient  cependant  ren- 
contré un  adversaire  dans  l'abbé  de  Clairvaux.  Mais 
le  grand  réformateur  ne  blâmait  que  l'excès  de  cer- 
taines exemptions  :  les  mobiles  qui  les  font  demander; 
les  conditions  pécuniaires  invoquées  pour  les  obtenir; 
l'utilisation  hautaine  que  l'on  en  fait  (De  offtciis  epis- 
cop.,  P.  L.,  clxxxii,  830;  De  considérai.,  III,  iv;  P.  L., 
ibid.,  766).  A  côté  d'abus  réels  toujours  possibles, 
l'exemption  apporte  à  un  ordre  religieux  un  avantage 
considérable  :  celui  de  posséder  une  organisation  et 
une  règle  désormais  intangibles.  Or  ce  bienfait  avait 
été  envisagé  déjà  par  les  fondateurs  de  Cîteaux;  ils  ne 
concevaient  d'union  durable  entre  leurs  monastères 
que  sur  la  base  d'une  homogénéité  parfaite  (cf.  supra, 
col.  874).  Il  fallait  donc  obtenir  des  évêques  diocé- 
sains l'engagement  de  ne  prétendre  modifier  en  rien  la 
règle,  les  statuts,  les  coutumes  des  cisterciens  installés 
dans  leur  diocèse.  C'était  la  condition  préalable  à  toute 
fondation  d'abbaye  (Prologue  de  la  Charte;  Statuta, 
1134,  n.  xxxvi). 

En  1100,  le  second  abbé  de  Cîteaux,  S.  Aubri,  de- 
mande et  obtient  du  S. -Siège  la  bulle  de  protection  spé- 
ciale Desiderium  (Jafïé,  5842).  Ce  privilegium  Roma- 
num,  selon  l'expression  de  YExorde  (c.  x),  ne  concède 
pas  l'exemption;  le  texte  le  dit  assez,  de  même  que 
plusieurs  décrétales  commentant  les  concessions  de  ce 
genre  (Decr.,  1.  V,  tit.  xxxiii,  c.  8,  18;  I.  VH,  tit.  x, 
in  VI°).  Mais  on  fait  droit  à  la  demande  du  fondateur, 
en  insérant  la  formule  inlerdicimus  ne  cuiquam  omnino 
personae  liceat  statum  vestrae  conversationis  immutare. 

Avec  Innocent  II  et  la  bulle  Aequitatis  ratio  de  1 132, 
qu'il  adresse  à  S.  Bernard,  nous  sommes  franchement 
en  présence  d'un  privilegium  remuneratorium.  Le  pape 
rappelle  que,  pour  le  bien  de  l'Église,  l'abbé  de  Clair- 
vaux s'est  dressé  comme  un  mur  inexpugnable  contre 
le  schisme;  déférant  ensuite  aux  «  justes  désirs  »  expri- 
més par  son  défenseur,  il  place  Clairvaux  sous  le  pa- 
tronage du  S. -Siège  et  en  approuve  les  possessions.  Il 
concède  en  outre  le  privilège  de  ne  pas  devoir  assister 
au  synode  diocésain,  ce  qui  incluait  la  dispense  d'y 
apporter  l'impôt  cathedraticum  et  libérait  d'avance 


903 


CITEAUX  (ORDRE).  LE 


SIÈCLE  DE  S.  BERNARD 


904 


l'abbé  de  toute  accusation,  reproche  et  injonction 
qu'éventuellement  cette  autorité  diocésaine  aurait  pu 
formuler  contre  lui.  La  dernière  concession  d'Inno- 
cent II  aux  moines  de  Clairvaux  est  l'exemption  de 
payer  les  dîmes  de  leurs  travaux  (JafTé,  7544). 

A  la  même  époque,  des  concessions  similaires  étaient 
envoyées  à  l'abbé  de  Cîteaux  dans  la  bulle  Habitantes 
et  elles  valaient  pour  toutes  les  abbayes  de  l'ordre 
(Jaffé,  7537).  C'était  une  réponse  aux  «  demandes  jus- 
tifiées »  d'Étienne  Harding,  qui  avait  eu  soin  d'exposer 
ses  raisons  pour  l'exemption  des  dîmes.  Pascal  II  (bulle 
du  21  janv.  1118)  avait  déjà  fait  des  concessions  sem- 
blables. Avant  1132,  on  avait  vu  plusieurs  évêques 
favorables  aux  cisterciens  les  dispenser  de  cette  rede- 
vance, et  ils  le  pouvaient  en  tant  qu'administrateurs 
de  la  dîme  dans  leur  diocèse  respectif. 

Cependant,  dans  cet  ordre  de  choses,  bien  des  diffi- 
cultés se  présentèrent.  La  première  objection  que  l'on 
fit  aux  cisterciens  émana  de  Pierre  le  Vénérable 
(cf.  Statuta,  ann.  1132).  Dans  la  suite,  des  protes- 
tations vinrent  de  la  part  des  décimateurs.  Ceux-ci 
voyaient  avec  inquiétude  leurs  revenus  diminuer  dans 
les  régions  où  se  fondait  une  abbaye  cistercienne.  En 
1156,  le  pape  Adrien  IV  faisait  droit  en  partie  à  leurs 
réclamations  (Jaffé,  10189  a),  introduisant  une  distinc- 
tion entre  les  dîmes  anciennes  et  les  novales.  Mais 
cette  restriction  disparut  avec  lui.  Son  successeur, 
Alexandre  III,  rendit  au  privilège  sa  première  am- 
pleur. Le  6  févr.  1162,  il  adressa  à  Clairvaux  une  bulle 
sur  le  modèle  d' Aeqiiitatis  ratio,  accordée  par  Inno- 
cent II  à  S.  Bernard  (ms.  591  de  Troyes);  il  y  rappelle 
le  dévouement  des  cisterciens  à  sa  propre  cause,  puis 
concède  le  priuilegium  remuneralorium  introduit  par  la 
formule  Porro  laborum,  qui  englobe  tous  les  travaux 
et  cultures  sans  distinction. 

Il  eut  à  vaincre,  dans  la  suite,  l'opposition  de  nombre 
d'évêques  qui  préféraient  conserver  le  précédent  état 
de  choses;  aussi  les  bulles  du  type  Non  ignorât  (Jaffé, 
12358)  et  du  type,  plus  nerveux  encore,  Audivimus  et 
audientes  (Jaffé,  13006)  sont-elles  fréquentes  dans  ses 
registres. 

Le  privilège  de  célébrer  les  divins  offices  malgré  l'in- 
terdit local  eut  pour  raison  la  situation  des  abbayes 
cisterciennes,  éloignées  de  tout  centre  populeux;  leurs 
églises  n'étaient  d'ailleurs  pas  accessibles  aux  per- 
sonnes du  dehors;  celles-ci  trouvaient  une  chapelle  près 
de  la  grand-porte  d'entrée.  La  première  concession  fut 
faite  par  Eugène  III  (bulle  Sacrosancta,  d'août  1152; 
Jafïé,  9600)  et  renouvelée  par  les  pontifes  qui  reprirent 
dans  la  suite  le  texte  de  cette  même  bulle  :  Anastase  IV 
(1153),  Adrien  IV  (1156),  Alexandre  III  (1163).  Lu- 
cius  III  (1185),  Urbain  III  (1186)  firent  la  même  con- 
cession (cf.  Statuta,  1181  :  8). 

La  loi  ecclésiastique  voulait  que  tout  abbé  nouvel- 
lement élu  reçût  de  son  évêque  diocésain  la  bénédic- 
tion solennelle.  Certaines  fonctions  abbatiales  ne  pou- 
vaient s'accomplir  avant  la  réception  de  ce  sacramen- 
tal,  telle  par  ex.  l'admission  des  novices  à  la  profes- 
sion, car  celle-ci  comportait  l'entrée  dans  la  clérica- 
ture  (Liber  iisuum,  102).  D'où  difficultés  si  l'évêque 
diocésain,  dûment  requis  pour  la  bénédiction  abba- 
tiale, y  mettait  des  conditions  pécuniaires,  c.-à-d.  si- 
moniaques,  ou  contraires  aux  lois  régissant  l'ordre  de 
Cîteaux.  La  papauté  intervint,  donnant  une  solution 
aisée  :  la  dispense  de  cette  loi  ecclésiastique.  «  Si 
l'évêque  humblement  sollicité  trois  fois  refuse,  l'élu 
pourra  nonobstant  exercer  toutes  les  fonctions  abba- 
tiales »  (Alexandre  III,  Sacrosancta,  1165;  Attendantes, 
1169;  Jaffé,  11632).  Une  autre  solution  fut  donnée  par 
Lucius  III  {Cum  ordo,  1185)  et  renouvelée  par  Ur- 
bain III  l'année  suivante  :  on  accorde  à  l'abbé  le  pri- 
vilège de  s'adresser  aux  évêques  voisins  pour  en  obte- 
nir ce  que  l'Ordinaire  du  lieu  a  indûment  refusé.  En 


cas  de  vacance  du  siège  épiscopal,  l'abbé  peut  utiliser 
les  services  de  tout  évêque  de  passage  à  l'abbaye. 

A  l'époque  qui  nous  occupe,  l'excommunication  était 
une  arme  dont  les  prélats  usaient  facilement  —  trop 
facilement  —  dans  leurs  conflits.  Les  pontifes  romains 
voulurent  mettre  les  cisterciens  à  l'abri  de  ces  sen- 
tences parfois  indues.  Lucius  III,  dans  sa  bulle  du 
21  nov.  1184  {Monasticae ;  Jaffé,  15118),  dit  aux  abbés 
réunis  en  chapitre  général  :  »  Bien  que  vous  fassiez  pro- 
fession de  demeurer  soumis  aux  évêques,  nous  leur  dé- 
fendons de  porter  contre  vous  aucune  sentence  d'ex- 
communication, suspense  ou  interdit.  Nous  les  annu- 
lons dès  maintenant.  »  Urbain  III  reprendra  les  mêmes 
expressions  en  1187  (Jaffé,  15800).  Mais,  pour  que  ce 
privilège  puisse  produire  tous  ses  effets,  il  fallut  l'am- 
plifier encore,  en  défendant  à  l'épiscopat  d'excommu- 
nier les  voisins,  les  ouvriers,  les  bienfaiteurs,  toutes 
personnes  avec  lesquelles  les  moines  devaient  forcé- 
ment traiter,  car  ils  auraient  été  englobés  dans  la 
même  sanction,  pour  la  seule  communication  civile 
avec  des  excommuniés.  Lucius  III  fit  face  à  cet  incon- 
vénient par  sa  bulle  Cum  ordo  uester  d'avr.  (et  mai) 
1185  (Jaffé,  15422). 

Le  privilège  de  mention  nominale  fut,  lui  aussi,  une 
conséquence  nécessaire  des  précédentes  concessions 
pontificales.  Accordé  d'abord  par  Alexandre  III  (Cum 
ordinem,  1169;  Jaffé,  13846),  par  Grégoire  VIII  (1187; 
ibid,  14294)  pour  des  cas  particuliers,  il  s'amplifia  en- 
suite au  point  de  signifier  qu'aucune  loi,  aucun  induit, 
aucun  décret  émanant  de  Rome  ne  pourraient  atteindre 
les  cisterciens,  s'ils  n'y  étaient  cités  nommément. 
C'est  en  lui  donnant  cette  portée  que  Grégoire  I\ 
l'insérera  dans  ses  Décrétâtes  au  siècle  suivant  (1.  I, 
tit.  III,  c.  6). 

Ce  court  aperçu  de  la  condition  juridique  privilégiée 
faite  aux  cisterciens  par  la  papauté,  au  xii«  s.,  montre 
assez  la  bienveillance  des  pontifes  romains  pour  l'ordre 
monastique  illustré  par  S.  Bernard.  En  juill.  1182,  Lu- 
cius III  rappelait  au  chapitre  général  que,  jadis,  il 
avait  été  admis  par  le  saint  abbé  de  Clairvaux  à  la 
fraternité  de  prières  et  de  mérites  de  son  abbaye 
(Jaffé,  14683). 

Durant  ce  siècle,  bon  nombre  de  délégations  quit- 
tèrent la  Chancellerie  pontificale  pour  atteindre  moines 
ou  abbés  cisterciens  et  les  créer  juges,  arbitres  ou  con- 
seillers dans  des  causes  soumises  au  tribunal  suprême 
de  l'Église.  Cîteaux  et  Clairvaux  sont  connus  à  Rome, 
évidemment,  mais  aussi  leurs  plus  lointaines  abbayes 
filles  :  Ebrach  (Jaffé,  8477,  9231),  Altenberg  (ibid., 
16973),  Walkenried  (ibid.,  17231),  Salem  (ibid.,  13652), 
enAfiemagne;  Ford((7)id.,  13932,  13933,  13954,13955), 
Fountains  (ibid.,  13937),  Rievaulx  (ibid.,  13984), 
Stratford(i6(rf.,  14102, 14103),Newbattle(i7)id.,  15654), 
Mailros,  Val-Ste-Croix  (ibid.,  16125),  en  Angleterre,  et 
tant  d'autres.  Ces  délégations  touchent  à  tout  dans  la 
vie  de  l'Église  :  le  spirituel  aussi  bien  que  le  temporel  y 
annexé,  lois  divines  et  lois  humaines,  canoniques  ou 
liturgiques,  querelles  de  moines  ou  procès  contre  pré- 
lats indignes,  la  paix  à  rétablir  entre  princes  tempo- 
rels, etc. 

Le  siècle  suivant  verra  la  création  du  «  cardinal  pro- 
tecteur »  pour  certains  ordres  religieux;  mais,  avant 
cette  institution  officielle,  Cîteaux  jouissait  à  Rome  de 
la  protection  efficace  des  cardinaux  qui  avaient  été  pris 
parmi  ses  abbés  ou  ses  moines.  A  dater  de  1130,  la 
Curie  romaine  compta  toujours  des  cardinaux  blancs, 
ce  qui  mettait  les  cisterciens  en  bonne  posture  pour 
l'obtention  et  la  défense  de  leurs  privilèges. 

L'épiscopat,  dans  son  ensemble,  fut  favorable  aux 
cisterciens.  Bien  des  évêques  demandèrent  spontané- 
ment des  fondations  monastiques  dans  leur  diocèse,  ou 
se  montrèrent  généreux  bienfaiteurs  des  abbayes  nais- 
santes. Guy  de  Bourgogne,  archevêque  de  Vienne  et 


ÎMJ5 


CITEAUX  (ORDRE).  LE 


SIÈCLE   DE  S.  BERNARD 


906 


futur  Calixte  II,  fonde  Bonnevaux  (1117);  Pierre  de  la 
Châtre,  archevêque  de  Bourges,  fait  venir  à  Fontmo- 
rigny  (1149)  des  moines  de  Clairvaux;  Henri  de  Leyen, 
évêque  de  Liège,  fait  de  même  pour  l'abbaye  d'Auhie 
(1146),  qu'il  remet  aux  mains  de  S.  Bernard;  Odon, 
évêque  de  Beauvais,  favorise  selon  son  pouvoir  la  fon- 
dation de  Froidmont  (1134);  Alsaur,  évêque  de  Cavail- 
lon,  fait  venir  à  Sénanque  des  moines  de  Mazan;  en 
1 126,  l'archevêque  de  Reims  fonde  Igny  avec  un  essaim 
monastique  venu  de  Clairvaux,  etc. 

Les  bulles  concédées  à  l'ordre  de  Citeaux  n'ont  pas  encore 
fait  l'objet  d'un  recueil  complet.  On  ne  possède  que  des 
buUaires  systématiques.  Outre  quelques  séries  de  bulles 
authentiques  conservées  dans  des  dépôts  d'archives  ou  des 
bibliothèques,  on  connaît  bon  nombre  de  bullaires  mss. 
La  bibliothèque  de  Dijon  conserve  celui  de  Citeaux,  ms.  â98 
(xiv  et  xv«  s.)  :  recueil  systématique  débutant  par  un  Index 
alphabétique  des  matières,  groupant  ensuite  les  documents 
de  même  objet  et  les  faisant  précéder  d'un  sommaire; 
fol.  12-63  :  85  bulles,  privilégia  generalia...  universo  ordini 
concessa;  fol.  63-106  :  bulles  concédées  à  l'abbaye  de  Citeaux. 
Furent  transcrites  plus  tard  (fol.  107-148)  les  bulles  de 
Sixte  IV  contre  les  commendes.  —  Clairvaux  a  laissé  un 
travail  similaire  :  ms.  2617  de  'a  bibliothèque  de  Troyes 
(xvi«s.);mêmebibl.,  mss.  591,  2025,  20<«;  Paris,  Bibl.  nat., 
mss.  lal.  9003-9005,  9749-9751,  10947;  Épinal,  bibl.,  ms.  90; 
bulles,  d'Anastase  IV  à  Boniface  VIII;  Tonnerre,  bibl., 
ms.  39  :  bulles,  d'Innocent  II  à  Martin  V;  Troyes,  Arch. 
départ.,  3  H  44-90. 

Le  premier  buUaire  imprimé  est  celui  de  Jean  de  Cirey, 
Collecta  qaorumdam  privilegiorum...,  Dijon,  1491.  Il  con- 
tient 126  bulles,  de  Pascal  II  à  Innocent  VIII.  François 
Portés  en  édita  un  à  Alcala  en  1574.  L'abbaye  d'.\lcobaça 
édita  le  sien  à  Venise  en  1593.  Celui  de  Nicolas  Boucherat 
est  de  1620.  Plantin  d'Anvers  édita  celui  de  Chrysostome 
Henriquez  en  1630.  lîn  1713,  parut  celui  de  dom  Louis  Mes- 
chet;  il  s'annonce  comme  voulu  et  approuvé  par  le  chapitre 
général.  Cependant  une  réponse  sévère  lui  fut  faite  par  le 
procureur  de  l'abbaye  de  Clairvaux,  dom  François-Gabriel 
de  Montanbon;  elle  parut  à  Liège  en  1714,  sans  nom  d'au- 
teur, sous  le  titre  Éclaircissement  des  privilèges  de  l'ordre  de 
Cisteaux...  Ce  travail  fut  condamné  par  le  chapitre  général 
de  1738  (n.  178).  De  nombreux  cartulaires  d'abbayes  ont 
été  publiés,  qui  contiennent  toujours  des  bulles  de  portée 
générale. 

A.  Benz,  Die  cisterc.  Bullarien,  dans  Cis/erc.-C/ironi/c,1914, 
p.  257.  —  Bona-Sala,  Epist.  selectae,  Turin,  1755,  p.  136.  — 
H.  Burgoff,  Elucidatio  exemptionis...  O.  C,  Prague,  1654; 
Waldsassen,  1729.  —  .1.  Canivez,  art.  Cîteaux  (Législation 
de  l'ordre  de),  dans  D.  D.  Can.,  m,  745.  —  Henri  de  Marcy, 
Lettre  à  Alexandre  III  (sur  les  dîmes),  P.  L.,  cciv,  222.  — 
E.  Hofimann,  Die  Stellungnahme  der  Cisterc.  im  XII.  Jahrh., 
dans  Studien  und  Mitteil.,  1912,  p.  421.  —  R.  Kôndig, 
Elenchus  privilegiorum...,  Cologne,  1729.  —  R.  Latrémoille, 
Les  origines  de  l'exemption  des  religieux,  u,  dans  Rev.  univers. 
Ottawa,  VII,  226-38.  —  J.-F.  Lemarignier,  Études  sur... 
l'exemption...,  Paris,  1937.  —  J.-B.  Mahn,  L'ordre  cistercien 
et  son  gouvernement,  Paris,  1945.  —  W.  Reichert,  Das 
Verhàltnis  Papstes  Eugens  III.  zu  den  Klôstern,  Greifswald, 
1912.  —  G.  Schreiber,  Kurie  und  Kloster  im  XII.  Jahrh., 
Stuttgart,  1910;  Studien  zur  Exemptions gesch.  der  Cisterz., 
dans  Zeitschr.  der  Savigny-Stift.,  Kan.  Abt.,  xxxv,  1914,  p. 
74-116.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  viii, 
1941,  Indices,  au  mot  Episcopus,  p.  180.  —  Van  Hove, 
Étude  sur  l'hist.  des  exemptions,  dans  Rev.  d'hist.  eccl.,  i, 
1900,  p.  85.  —  P.  Viard,  Hist.  de  la  dîme  eccl.  en  France,  aux 
XII'  et  XIII'  s.,  Paris,  1912. —  G.  VVieczorek.  Da.'S  Verhàltnis 
des  Papstes  Innocents  II.  zu  den  Klôstern,  1914. 

IV.  Vie  intime  de  l'ordre.  Le  chapitre  général 
ET  SES  LOIS.  —  Le  rôle  des  cisterciens  dans  les  difïé- 
rents  domaines  ci-dessus  marqués  (§  III)  inclinerait 
à  faire  classer  Cîteaux  parmi  les  ordres  religieux  qua- 
lifiés d'  «  actifs  »,  en  notre  langage  moderne.  Il  n'en 
est  rien  cependant.  Dans  l'immense  armée  des  moines 
blancs,  une  minorité  fut  appelée  à  l'action  extérieure; 
le  grand  nombre  menait  la  vie  cachée,  telle  qu'on  l'avait 
inaugurée  au  «  Nouveau  monastère  «,  telle  qu'elle  fut 
décrite  par  S.  Bernard  dans- son  épître  cxlii  (P.  L., 
CLxxxii,  297),  et  telle  que  les  décrets  capitulaires  s'ef- 


forçaient de  la  maintenir  (cf.  D.  D.  Can.,  lu,  765  sq.  : 
législation  de  Cîteaux  sur  les  points  suivants  :  novi- 
ciat, obéissance,  pauvreté,  chasteté,  clôture,  stabilité). 

L'horaire  d'une  journée  cistercienne  a  été  décrit  par 
plus  d'un  historien,  tel  Vacandard  (Vie  de  S.  Bernard, 
II,  Bernard  à  Citeaux;  cf.  aussi  M.  Aubert,  Archilect. 
cisterc,  i,  Paris,  1943,  c.  m;  D'Arbois,  Éludes... 
abbayes  cisterc,  Paris,  1858;  J.-B.  Mahn,  L'ordre  cis- 
terc, Paris,  1945,  p.  57;  G.  Pérouse,  Hautecombe, 
Chambéry,  1926,  p.  25).  Cette  vie  monastique  rigou- 
reusement menée  fut  louée  par  bon  nombre  d'écri- 
vains du  xii"  s.  (cf.  lettre  lxxi  d'Étienne  de  Tournai, 
dans  P.  L.,  ccxi,  362-70;  Philippe  de  Harveng, 
De  inslilulione  clericorum,  cxxv;  P.  L.,  cciii,  836). 
Alexandre  III  l'a  louée  sous  la  métaphore  de  la  Vinea 
Dumini  Sabaolh,  au  lendemain  de  son  triomphe  sur 
l'antipape  impérial  (Statuta,  i,  78;  cL  bulle  de  Lu- 
cius  III,  Cum  ordo  vester,  1"  avr.  1185;  Epist.  Ri- 
cliardi  Cantuar.  archiep.,  dans  Statuta,  i,  79;  J.  Paris, 
Nomasticon,  Paris,  1664,  Praefatio). 

Cîteaux  eut  aussi  ses  détracteurs.  On  connaît  les 
railleries  et  accusations  formulées  contre  Clairvaux  par 
Guiot  de  Provins,  qui  y  avait  séjourné  quatre  mois 
avant  de  passer  à  Cluny  (cf.  sa  Bible,  satire  des  mœurs 
de  la  fin  du  xii''  s.;  les  vs.  1202-12).  En  Angleterre, 
c'est  Gautier  Map,  archidiacre  d'Oxford  en  1196,  qui 
amuse  son  entourage  avec  ses  plaisanteries  et  insinua- 
tions méchantes  contre  les  moines,  les  blancs  surtout 
(cf.  Rithmi  de  malis  monachorum,  éd.  Londres,  1841, 
1850).  Au  début  de  sa  carrière  d'ofTicial,  il  s'engage  par 
serment  à  rendre  à  chacun  son  droit,  excepté  aux 
Juifs  et  aux  cisterciens,  «  ses  bêtes  noires  ». 

Giraud  le  Cambrien  est  plus  durement  accusateur 
encore;  et  cependant  «  grand  vaniteux  »,  déclare  de 
lui  M.  Boutemy,  qui  nous  le  montre  puisant  à  pleines 
mains  dans  les  écrits  de  Pierre  le  Chantre,  pour  se  parer 
des  plumes  d'autrui  (cf.  Rev.  du  M.  A.  latin,  1946, 
p.  45;  Adam  de  Dore  répondit  à  Giraud:  cf.  A  necdota 
Oxoniensia,  Oxford,  1902,  p.  4).  C'est  aussi  l'Angle- 
terre, et  probablement  l'abbaye  de  Reading,  qui  pro- 
duisit une  réponse  à  VApologia  de  S.  Bernard  —  tissu 
de  mots  plaisants  qui  n'avait  laissé  aucun  souvenir 
dans  la  littérature  du  xii«  s.  Ce  n'est  qu'en  1934  que 
dom  Wilmart  exhuma  de  la  Bodléienne  (fonds  Ashmole, 
n.  1285,  fol.  198  sq.)  cette  pièce  rare  (Rev.  Bén.,  xlvi, 
296). 

Il  faut  reconnaître  cependant  que,  vers  la  fin  du  siè- 
cle de  S.  Bernard,  l'idéal  héroïque  des  premiers  cister- 
ciens subissait  quelques  retouches.  Pour  ne  rien  exagé- 
rer en  ce  point,  soyons  en  défiance  vis-à-vis  des  empor- 
tements oratoires  d'un  Hélinand  de  Froidmont,  par 
ex.  ;  voulant  faire  œuvre  de  moraliste,  il  pousse  au 
noir  son  tableau,  à  l'effet  de  convaincre  ses  auditeurs 
de  la  nécessité  d'une  réforme  (P.  L.,  ccxii,  676  sq.). 
Soyons  plus  défiants  encore  quand  nous  ouvrons  cer- 
tains ouvrages  lancés  par  le  camp  adverse.  Ils  dissi- 
mulent d'ailleurs  assez  mal  leurs  allures  d'engins  de 
guerre.  Les  travaux  du  prof.  G.  C.  Coulton  sont  remar- 
quables dans  ce  sens  (cf.  Fives  centuries  of  religion,  i 
[ann.  1000-1200],  Cambridge,  1923;  The  médiéval  vil- 
lage, 1925;  contre  lui  :  H.  Thurston,  Some  inexacti- 
tudes of  M.  G.  C.  Coulton,  Londres,  1927). 

Les  textes  simples  et  juridiques  des  chapitres  géné- 
raux sont  exempts  de  toute  passion.  Il  convient  de  les 
écouter  dans  leur  teneur  intégrale.  En  1199  (Statuta, 
n.  56),  une  constatation  est  faite  :  en  Italie,  cinq 
abbayes,  Falera,  S. -Juste,  S. -Martin,  S. -Sébastien  et 
Sala,  sont  en  train  de  dépérir,  les  communautés  se 
trouvent  réduites  à  un  nombre  infime  de  personnes. 
Aussi  les  abbés  de  la  Colombe  et  de  Fossa  Nova  sont- 
ils  délégués  pour  aller  enquêter  personnellement;  il 
s'agit  de  repérer  la  racine  du  mal  pour  y  porter  remède. 
De  même,  on  signale  qu'à  l'abbaye  S.-Anastase,  près 


907  CITEAUX  (ORDRE).  LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  908 


de  Rome,  la  clôture  n'est  plus  rigoureusement  obser- 
vée; l'hospitalité  due  aux  membres  de  l'ordre  n'est  pas 
en  honneur;  le  silence  du  cloître  n'est  plus  respecté. 
Une  délégation  de  quatre  abbés  ira  donc  demander  au 
pape  de  fortifier  cette  loi  de  clôture  par  des  sanctions 
ecclésiastiques,  et  l'assurera  que  des  mesures  sont  prises 
pour  ramener  la  vie  et  la  prospérité  dans  les  monastères 
ci-dessus  nommés. 

La  passion  d'acquérir  sans  cesse  des  immeubles  fait 
tache  dans  l'administration  de  nombreux  prélats  de 
cette  époque  (Slaiuta,  1180  :  1  ;  1190  :  1).  Ce  sujet  repa- 
raîtra au  chapitre  vi«,  à  propos  du  domaine  monas- 
tique. 

En  1189  (n.  4),  des  sanctions  sont  portées  contre  les 
conspirateurs.  Le  mot  est  sinistre,  et  c'est  avec  cette 
teinte  excessive  que  l'historien  Luchaire  l'utilise  quand 
il  décrit  «  la  décadence  des  ordres  religieux  à  la  fin  du 
xii<=  s.  »  (m,  350,  de  E.  Lavisse,  Hist.  de  France).  Le 
texte  complet  du  décret  dit  cependant  qu'il  ne  faut 
voir  sous  cette  expression  qu'une  entente  entre  moines 
ou  convers  à  l'effet  d'obtenir  une  modification  dans 
les  règles  austères  de  l'institut.  Et  ceci  est  autrement 
symptomatique  que  les  faits  isolés  de  désobéissance, 
violence,  cruauté  et  autres  qu'on  peut  toujours  glaner 
dans  les  chroniques  des  monastères.  En  effet,  des  cons- 
pirations du  genre  cité  plus  haut  sont  signalées  à  Fon- 
tenay  en  1190,  à  Signy  et  Valmagne  en  1191,  à  Salem 
et  Fitero  en  1197,  à  La  Creste  l'année  suivante,  ainsi 
qu'à  Lieu-Dieu  en  Picardie.  En  1196,  le  chapitre  géné- 
ral avait  dû  reprocher  aux  abbés  de  Camp  et  de  Vol- 
kenrode  de  ne  pas  avoir  fidèlement  observé,  lors  de 
leurs  visites  canoniques,  les  lois  portées  par  le  chapitre 
contre  les  conspirateurs.  Ces  faits  sont  révélateurs 
d'une  tendance,  dont  les  effets  se  feront  bientôt  sentir 
dans  tout  ce  qui  touche  à  la  vie  monastique  :  vête- 
ment, nourriture,  habitation,  relations  avec  le  siècle, 
et  même  l'architecture. 

Une  autre  tendance  également  fâcheuse  se  fait  jour  : 
plus  facilement  les  abbés  se  dispensent  de  venir  au 
chapitre  général.  Mais  les  Pères  de  l'ordre  réagissent 
aussitôt  avec  énergie  contre  ce  laisser-aller  qui  condui- 
rait à  la  désagrégation  la  grande  famille  cistercienne 
{Statuta,  1190  :  42,  64;  1193  :  16,  44,  48;  1194  :  54; 
1196  :  41...).  L'union,  en  effet,  ne  pouvait  se  maintenir 
que  sur  la  base  d'une  homogénéité  parfaite  entre  les 
abbayes.  Or  cette  base  se  trouvait  garantie  par  la  te- 
nue annuelle  des  chapitres  généraux  et  les  visites  cano- 
niques faites  annuellement  par  les  supérieurs  de  mo- 
nastères dans  leurs  maisons  filles. 

Auxerre,  bibl.  munie,  ms.  222  (189)  :  notice  hist.  sur 
l'ordre  de  C.  et  tableau  de  son  gouvernement,  par  dom 
Robinet,  moine  de  Chaalis.  —  [J.  A.  Macusson],  Traité 
hislor.  du  chap.  gén.  dans  l'ordre  de  C,  s.  1.,  1737,  ouvrage 
condamné  par  le  chapitre  général  de  1738  (n.  328).  —  J. 
Hourlier,  Le  chap.  gén.  jusqu'au  moment  du  Grand  Schisme, 
Paris,  1936.  —  Martène,  Thésaurus,  i,  Praefatio,  p.  iii-iv; 
t.  v,  1641.  —  G.  Millier,  Studien  tiber  dem  Generalkapitel, 
dans  Cisterc.-Chronik,  1900-1908.  —  J.  Paris,  Du  premier 
esprit  de  Cisteaux,  Paris,  1668.  —  Cf.  D.  D.  Can.,  art.  Cî- 
teaux,  m,  745. 

V.  Sainteté.  Liturgie.  Spiritualité.  Écrivains. 
Études.  —  Après  la  naissance  de  l'enfant  royal  qui 
devait  s'appeler  Philippe  Auguste,  le  «  miracle  »  de  cet 
événement  se  racontait  dans  les  cloîtres  (Rec.  des  hist. 
des  Gaules,  xii,  133;  A.  Luchaire,  Hist.  des  institutions 
monarch.  en  France,  i,  Paris,  1891,  p.  64).  Légende  ou 
fait  historique,  il  témoigne  au  moins  de  la  haute  estime 
où  l'on  tenait  alors  la  vertu  des  moines  fils  de  S.  Ber- 
nard. Dès  le  xii"  s.,  on  rédige  à  Cîteaux  des  annales  de 
la  sainteté,  des  Vitae  et  miracula,  des  catalogues  de 
saints  ou  pieux  personnages,  dont  la  vie  et  les  vertus 
méritent  d'être  citées  en  exemple  aux  générations  à 
venir.  Les  siècles  suivants  reverront  souvent  la  reprise 


de  semblables  rédactions,  avec  des  amplifications  no- 
tables, parfois  aussi  sujettes  à  caution,  et  la  critique 
historique  devra  intervenir.  D'ailleurs,  si  le  chapitre 
général  estime  qu'il  convient  d'entretenir  le  souvenir 
des  saints,  comme  il  le  déclarera  en  1325  {Statuta,  n.  2), 
il  n'est  nullement  disposé  à  pousser  fiévreusement  à  la 
canonisation  formelle. 

Le  premier  cistercien  canonisé  par  Rome  fut  Ber- 
nard de  Clairvaux  en  1174  (P.  L.,  clxxxv,  622).  Avant 
lui,  cependant,  Cîteaux  avait  vu  disparaître  les  saints 
fondateurs  Aubri  (1109),  Robert  (1111),  Étienne  Har- 
ding  (1134),  son  successeur  Raynaud  de  Bar  (1151), 
dont  la  douce  figure  a  été  esquissée  par  les  contempo- 
rains (Baluze,  Miscell.,  iv,  117  sq.). 

Clairvaux  eut  aussi  sa  moisson  de  saints  et  de  bien- 
heureux. En  1139,  s'éteignait  Gérard,  le  cellérier  actif 
et  dévoué  de  Clairvaux,  frère  du  grand  abbé  (fête  le 
31  janv.).  LTn  an  après,  mourait  l'abbé  de  San  Pastore, 
Baudouin,  jadis  moine  à  Clairvaux.  L'année  1153  est 
marquée  par  les  décès  du  pape  Eugène  III  (8  juill.),  de 
S.  Bernard  (20  aoiît),  et  du  Bx  Odon,  sous-prieur  de 
Clairvaux.  L'année  1155  inscrit  ceux  de  Goswin,  abbé 
de  Cîteaux;  d'Arnoul,  abbé  bénédictin  de  S.-Nicaise, 
devenu  moine  à  Signy;  de  Gérard  de  Farfa,  moine  de 
Clairvaux.  L'année  1157  retient  les  noms  de  Robert 
de  Bruges,  second  abbé  de  Clairvaux;  Guerric,  abbé 
d'Igny  ;  Guillaume  de  Montpellier,  abbé  de  Grandselve, 
et  Barthélémy  de  Vir,  évêqiie  de  Laon,  devenu  moine 
à  Foigny.  En  1158,  Diego  de  Calatrava;  Étienne,  car- 
dinal, disciple  de  S.  Bernard;  Hugues,  cardinal-évêque 
d'Ostie;  Serlon,  abbé  de  Savigny,  moine  à  Clairvaux. 
En  1159,  S.  Étienne  d'Obazine,  fondateur  de  la  con- 
grégation de  ce  nom;  S.  Robert,  abbé  de  Newminster; 
S.  Amédée  de  Lausanne  et  Waltheof  de  Melrose.  En 
1163,  Fastrède,  abbé  de  Clairvaux,  puis  de  Cîteaux;  S. 
Raymond  de  Fitero;  les  abbés  Nicolas  de  Vaucelles  et 
Adam  d'Ebrach.  En  1164,  Godefroid  de  la  Roche, 
prieur  de  Clairvaux,  évêque  de  Langres,  et  Jean  Cirite, 
abbé  de  Tarouca.  En  1165,  S.  Aelred,  abbé  de  Rie- 
vaulx;  en  1167,  Idesbald  des  Dunes;  en  1170,  Roger 
d'Élan;  en  1174,  S.  Pierre  de  Tarentaise;  en  1183,  S. 
Hugues  de  Bonnevaux.  Et  tant  d'autres  que  l'on  pour- 
rait citer  encore. 

Retenons  que  le  xii«  s.  fournit  les  noms  d'environ 
une  centaine  de  cisterciens  dont  l'Église  a  autorisé  le 
culte  public. 

S.  Lenssen,  Aperçu  hist.  Saints  cisterciens...,  Tilbourg, 
1946.  —  Zimmermann,  Kalend.  bened.,  Metten,  1933. 

Le  procédé  de  sanctification  de  ces  moines  est  d'ail- 
leurs bien  simple.  L'âme  est  nourrie  par  la  pratique 
des  sacrements,  de  la  liturgie,  des  saintes  lectures,  et 
elle  se  sent  libérée  d'autant  mieux  que  le  corps  est  sou- 
mis à  une  discipline  sévère  par  le  travail  manuel,  les 
jeûnes  et  autres  austérités. 

Les  abbés  et  les  moines  pratiquent  la  confession  sa- 
cramentelle au  moins  une  fois  la  semaine.  Les  commu- 
nions sont  plus  rares;  elles  n'ont  lieu  qu'une  fois  par 
mois,  à  moins  que  l'abbé,  pour  une  cause  spéciale,  ne 
juge  bon  d'élargir  ou  de  restreindre  la  loi  (Statuta, 
1134  :  12).  La  célébration  des  offices  liturgiques  est 
l'occupation  primordiale  du  moine,  au  dire  de  S.  Be- 
noît (Reg.,  43).  Aussi  les  législateurs  cisterciens  ont-ils 
mis  tous  leurs  soins  à  la  rédaction  des  lois  liturgiques. 
Appliquant  rigoureusement  à  ce  domaine  le  principe 
générateur  de  leur  ordre,  c.-à-d.  le  retour  pur  et  simple 
au  texte  de  la  Règle,  seule  norme  authentique  à  leurs 
yeux,  ils  aboutirent  à  une  réforme  d'un  radicalisme 
très  poussé;  cf.  supra,  art.  Cîteaux  (Abbaye).  Cette 
œuvre  fut  critiquée,  notamment  par  Abélard  (P.  L., 
CLXxviii,  339),  et  ses  remarques  eurent  peut-être  une 
certaine  infiuence  sur  les  modifications  introduites  peu 
après,  par  ex.  la  mémoire  quotidienne  de  la  Sainte 


90!»  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  910 


Vierge,  rétablie  aux  offices  de  laudes  et  de  vêpres  dès 
1152  (Slatuta,  1152  :  6,  7).  D'autre  part,  une  loi  for- 
mulée dans  la  Charte  de  charité  (§4;  Statuta,  1134  :  m) 
exige  l'uniformité  parfaite  en  matière  liturgique  dans 
toutes  les  abbayes  cisterciennes;  les  textes,  le  chant, 
les  cérémonies  doivent  être  partout  identiques.  En  vue 
de  l'accomplissement  de  cette  loi,  deux  travaux  impor- 
tants furent  rédigés.  Le  premier  contient  l'ensemble 
des  rubriques  à  observer,  tant  pour  la  célébration  des 
messes  que  pour  la  disposition  de  l'office;  il  prévoit  et 
règle  les  cas  de  concurrence  et  d'occurrence;  il  indique 
aux  moines  les  cérémonies  à  observer  au  chœur,  selon 
le  rite  des  fêtes,  etc.  (Consuetudines,  I"  pars,  Ecclesias- 
tica  officia;  cf.  Nomasticon,  84  sq.).  Le  second  contient 
tous  les  textes  liturgiques  nécessaires.  Nous  les  trou- 
vons dans  le  ms.  type  provenant  de  Cîteaux,  écrit 
entre  1173  et  1191,  et  conservé  à  la  bibliothèque  de 
Dijon,  n.  114  (82).  On  lit  en  première  page  le  motif 
de  cette  composition,  ainsi  que  la  table  du  contenu. 
Avant  cette  rédaction  ne  varietur  du  Liber  usuum, 
d'autres  avaient  été  réalisées  qui  sont  témoins  des  tâ- 
tonnements du  début  (cf.  Statuta,  1119  :  3);  on  en  pos- 
sède encore  quelques-unes  :  le  ms.  de  l'ancienne  abbaye 
de  Matallana,  actuellement  au  monastère  de  S.- Isidore 
de  Duenas  (Espagne);  les  mss.  lat.  4221  et  4246  de  la 
Bibl.  nat.  de  Paris;  le  ms.  31  de  la  bibl.  universitaire 
de  Ljoubljana  (Laybach). 

Trilhe,  art.  Cîteaux,  dans  D.  A.  C.  L.,  ni,  1779-1811.  — 
A.  Malet,  La  liturgie  cistercienne,  Westmalle,  1921.  —  J. 
Canivez,  Le  rite  cistercien,  dans  Epliem.  liturg.,  Rome,  1949, 
p.  276-311. 

La  lectio  dioinu  a  repris  à  Cîteaux  toute  l'importance 
que  lui  donnait  la  règle  bénédictine,  de  même  que  le 
travail  manuel,  ce  salutaire  contrepoids  au  travail  de 
l'esprit.  Les  lectures  saintes  occupaient  les  moines  du- 
rant deux  à  cinq  heures,  selon  les  saisons,  et  le  travail 
des  mains  durant  quatre  à  sept  heures.  C'est  sur  cet 
équilibre  rationnel  et  ces  exercices  pratiqués  avec  fer- 
veur que  vint  s'épanouir  la  spiritualité  cistercienne. 
Elle  a  ses  racines  dans  la  Sainte  Écriture,  dans  les 
textes  liturgiques  et  les  commentaires  des  Pères  de 
l'Église.  Il  Les  écrits  de  spiritualité  cistercienne  du 
xn«  s.  doivent  être  considérés  comme  les  meilleures 
productions  de  l'ascétisme  monastique  »  (Berlière,  Les 
origines  de  C,  dans  Rev.  d'hist.  eccl.,  ii,  1901,  p.  272). 
En  tête  de  la  lignée  de  nos  spirituels,  S.  Bernard,  évi- 
demment. L'abbé  de  Clairvaux  fit  école.  Il  fut  le 
maître  qu'on  désirait  imiter  en  sa  doctrine  et  ses  ver- 
tus. Comme  lui,  plusieurs  cisterciens  commentèrent  le 
Cantique  des  cantiques;  comme  lui,  ils  s'imprégnèrent 
tellement  du  langage  biblique  que  leurs  pensées  revê- 
taient d'instinct  les  expressions  du  texte  sacré;  comme 
lui,  ils  laissèrent  aux  générations  futures  des  écrits  qui 
sont  les  témoins  toujours  écoulés  de  la  piété  cister- 
cienne. Dans  cette  pléiade,  remarquons  particu- 
lièrement S.  Amédée  de  Lausanne  (f  1159;  P.  L., 
CLxxxviii,  1277;  Dict.  de  spir.,  i,  469);  S.  Aelred 
de  Rievaulx  (f  1166;  P.  L.,  cxcv,  209;  Dict.  de  spir., 
1,  225);  Serlon  de  Savigny  (t  1158;  Tissier,  Bibl.  Pa- 
trum  cisterc,  vi,  108)  ;  Guilïaume  de  S.-Thierry  (f  1 148  ; 
Tissier,  op.  c(7.,  IV,  1-237;  Dechanet,  G.  de  S.-Thierry, 
Bruges,  1942);  Thomas  Cistercien  (P.  L.,  ccvi,  17- 
362;  Bull,  de  théol.  anc.  et  méd.,  1942,  n.  1044-45); 
Isaac  de  l'Étoile  (t  1159;  P.  L.,  cxiv;  Tissier,  op.  cit., 
VI,  1-107;  cf.  les  travaux  de  F.  Bliemetzrieder,  cités 
dans  Rech.  de  théol.  anc.  et  méd.,  1932,  p.  134);  Philippe 
de  l'Aumône  (f  1180;  P.  L.,  cxc,  1045;  ce,  1359;  Tis- 
sier, op.  cit.,  III,  238;  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  lv,  632; 
A.  Bail.,  XII,  291);  Baudouin  de  Ford  (t  1151  ;  Tissier, 
op.  cit.,  V,  1-159;  D.  H.  G.  E.,  vi,  1415;  Dict.  de  spir., 
I,  1285);  Guerric  d'Igny  (t  1151;  P.  L.,  clxxxv,  9; 
Beller,  Le  Bx  Guerric...,  Reims,  1890;  de  Wilde,  De 
Beato  Guerrico,  Westmalle,  1935);  Arnoul  de  Bohé- 


ries  (P.  L.,  clxxxiv,  1175;  Tissier,  op.  cit.,  vi,  138; 
Dict.  de  spir.,  i,  894);  Gérard  de  Liège  (Wilmart,  dans 
Rev.  d'asc.  et  de  myst.,  1931,  p.  349;  Anal.  Reginensia, 
Rome,  1933,  p.  181-247);  Adam  de  Perseigne  (P.  L., 
ccxi,  579-780;  Dict.  de  spir.,  i,  198);  Gilbert  de  Hoy- 
land  (P.  L.,  clxxxiv,  11-288;  D.  N.  Biogr.,  vu,  1194); 
Odon,  8«  abbé  de  Morimond  (f  1161  ;  P.  L.,  clxxxvih, 
1643). 

En  outre,  nos  spirituels  sont  hommes  de  beau  lan- 
gage. Ils  font  bonne  figure  dans  la  renaissance  litté- 
raire du  xii«  s.  «  Tous  les  représentants  de  l'école  cis- 
tercienne qui  viennent  d'être  nommés  [Bernard,  Guil- 
laume de  S.-Thierry,  Aelred,  Gilbert  de  Hoyland,  Isaac 
de  l'Étoile]  écrivent  avec  soin.  Ce  sont  des  stylistes. 
Nourris  de  Cicéron  et  de  S.  Augustin,  ils  ont  renoncé  à 
tout,  sauf  à  l'art  de  bien  écrire.  S.  Bernard  a  su  se  faire 
un  latin  très  personnel,  fleuri,  mais  non  surchargé,  de 
citations  bibliques,  harmonieux  et  d'une  sonorité  tout 
intime...  »  (É.  Gilson,  La  théologie  mystique  de  S.  Ber- 
nard, Paris,  1934,  p.  19).  On  retrouve  même  chez 
lui  et  chez  ses  moines  des  réminiscences  d'Ovide, 
qui  témoignent  à  leur  manière  que  Cîteaux  et  Clair- 
vaux  avaient  conscience  de  vivre  dans  Vaetas  ovidiana, 
selon  l'appellation  de  L.  Traube  (S.  Bernard,  Episl., 
Lxxiv;  Serm.  de  diversis,  xli).  Une  lettre  d'Adam 
d'Ebrach  est  farcie  de  citations  de  Sénèque  {Rev.  Bén., 
1933,  p.  324). 

Sans  doute,  parmi  les  écrivains  cisterciens,  il  en  est 
qui  ont  apporté  au  cloître  une  formation  littéraire  déjà 
complète;  mais  tous  n'étaient  pas  dans  ce  cas.  Il  fallait 
alors  utiliser  soigneusement  les  heures  destinées  aux 
lectures.  La  matière  en  était  habituellement  la  Sainte 
Écriture,  la  règle,  les  ouvrages  des  Pères,  la  vie  des 
saints.  Destinée  d'abord  à  nourrir  l'âme  du  moine,  cette 
lecture  prolongée  devenait  facilement,  pour  les  intelli- 
gences mieux  douées,  une  véritable  étude,  synthéti- 
sant les  connaissances  acquises. 

Fondateur  de  Clairvaux,  Bernard  eut  le  grand  souci 
de  créer  pour  sa  communauté  une  bibliothèque  abon- 
dante et  variée.  C'est  avec  persévérance  qu'il  en  pour- 
suivit la  réalisation  durant  son  long  abbatiat  de  trente- 
huit  ans.  Une  vigoureuse  impulsion  était  donnée;  aussi, 
«  à  la  fin  du  xii«  s.,  la  bibliothèque  de  Clairvaux  se  com- 
posait, pour  le  moins,  de  340  mss.  Nous  avons  encore 
en  effet  340  mss.  environ  du  xii«  s.,  portant  la  marque 
de  Clairvaux,  c.-à-d.  340  mss.  copiés  à  peu  près  tous  à 
Clairvaux,  dans  le  style  simple  et  net  qui  convenait  à 
l'ordre  ».  Dom  Wilmart,  qui  présente  cette  honorable 
supputation,  avait  dit  plus  haut,  en  signalant  la  pré- 
sence de  8  volumes  d'Origène  :  «  Cette  série  d'oeuvres 
du  vieux  docteur  alexandrin  est  la  meilleure  preuve 
que  l'on  entendait  former  à  Clairvaux  une  vaste  biblio- 
thèque patrologique,  et  que  le  plus  large  esprit  présida 
à  sa  composition.  Jusqu'au  Périarchon,  dont  l'abbé  de 
Clairvaux  prit  soin  de  procurer  une  copie  à  ses  reli- 
gieux »  (L'ancienne  biblioth.  de  Clairvaux,  Troyes,  1917; 
cf.  Roserot,  Dict.  hist.  Champagne  méridion.,  Langres, 
1942,  p.  391). 

La  création  d'une  bibliothèque  devait  d'ailleurs  en- 
trer dans  les  jjréoccupations  de  tout  abbé  fondateur  de 
monastère.  Une  lettre,  entre  autres,  de  Jean,  premier 
abbé  de  Baugerais,  nous  montre  en  acte  cette  sollici- 
tude (P.  L.,  ccv,  847).  D'autre  part,  les  restes  des  bi- 
bliothèques cisterciennes  médiévales  parlent  bien  haut 
dans  le  même  sens.  Ce  sont  de  glorieux  restes;  ils  enri- 
chissent mainte  bibliothèque  publique  actuelle.  Celles 
de  Troyes  et  de  Dijon  possèdent  bon  nombre  de  mss. 
et  de  livres  provenant  de  Clairvaux  et  de  Cîteaux 
(Catal.  des  mss.  des  bibl.  publiques  de  France,  ii,  iii-4°, 
"Troyes;  v,  in-8",  Dijon;  D'Arbois,  Etudes...  abbayes 
cisterc,  Paris,  1858,  p.  74-114).  Après  le  fonds  de  Clair- 
vaux, vient  en  importance  celui  de  Signy,  à  la  forma- 
tion duquel  avait  tant  contribué  l'activité  de  Guil- 


911 


CITEAUX   (ORDRE).  LE 


SIÈCLE   DE  S.  BERNARD 


912 


laume  de  S. -Thierry.  La  bibliothèque  de  Charleville 
(Ardennes)  conserve  110  mss.  venant  de  Signy,  dont 
47  du  xii«  et  48  du  xiii«  siècle. 

Dès  la  fin  du  xn«  s.,  l'abbaye  de  Chaalis  possédait 
une  bibliothèque  considérable  (cf.  le  catalogue,  datant 
du  xii<'-xiii^  s.,  publié  au  t.  vin,  Arsenal,  de  la  coll. 
précitée).  De  l'abbaye  de  Fontenay,  38  mss.  sont  con- 
servés à  la  bibliothèque  de  l'Arsenal;  ils  ont  été  écrits 
au  xii«  s.,  saut  trois,  et  sont  d'une  exécution  remar- 
quable (ibid.,  VIII,  243).  Les  abbayes  des  Vaux-de-Cer- 
nay  et  de  Cheminon  ont  encore  leurs  catalogues  du 
XII''  s.;  le  premier  se  lit  dans  le  ms.  209  de  la  biblioth. 
de  l'Arsenal  et  a  été  publié  en  1886  (Bull,  de  la  Soc. 
hist.  de  Paris,  36-42);  le  second  se  lit  dans  le  ms.  70, 
fol.  136,  de  la  biblioth.  de  Vitry-le-François.  La  Biblio- 
thèque de  l'École  des  chartes  (l,  1889,  p.  571  sq.)  a  publié 
également  le  catalogue  des  livres  qui  se  trouvaient  à 
Haute-Fontaine,  non  loin  de  S.-Dizier  (Hte-Marne). 
Datant  du  xii''  s.,  cet  écrit  se  trouvait  à  la  fin  d'un  re- 
cueil en  cinq  volumes  des  Moralia  de  S.  Grégoire,  ac- 
tuellement sous  le  n.  53  à  la  biblioth.  Ste-Geneviève  à 
Paris. 

La  bibliothèque  de  la  ville  de  Bruges  (Belgique)  s'est 
enrichie  des  opulentes  dépouilles  de  l'abbaye  des  Du- 
nes, devenue  séminaire  diocésain  depuis  1841.  Ce  der- 
nier a  conservé  encore  environ  175  mss.;  610  autres 
constituèrent  le  premier  fonds  de  la  bibliothèque  de  la 
ville  (A.  De  Poorter,  Catal.  des  mss.  ...Bruges,  Gem- 
bloux,  1934;  De  Bruyne,  Un  ancien  catal.  de  mss. 
Dunes,  dans  Rev.  Bén.,  1928,  p.  364).  On  peut  égale- 
ment parler  d'opulence  quand  on  cite  la  bibliothèque 
de  l'abbaye  de  Heilsbronn  (Fons  salutis),  en  Bavière, 
maison  fille  d'Ebrach  fondée  en  1133.  Les  mss.  de  la 
bibliothèque  universitaire  d'Erlangen  ont  été  invento- 
riés par  Hans  Fischer;  c'est  là  que  nous  retrouvons  les 
éléments  composant  jadis  la  bibliothèque  de  l'antique 
abbaye  (Katalog  der  Hss.  der  Univ.  Erlangen,  i,  ii, 
Erlangen,  1928-36).  Même  cas  pour  Heinrichau,  en  Si- 
lésie  (cf.  G.  H.  Rother,  Aus  Sclireibstube  und  Biicherei 
des  ehemaligen  Zisterzienskloster  Heinrichau,  dans  Rev. 
d'hist.  eccl.,  1929,  p.  361).  Les  mss.  et  incunables  de 
l'abbaye  ont  passé  à  la  bibliothèque  universitaire  de 
Breslau.  Pour  l'abbaye  de  Rievaulx,  en  Angleterre,  cf. 
M.  R.  James,  Descriptive  Catalogue  of  mss.  in  Jésus 
Coll.  library,  Cambridge,  1895,  p.  43-56;  Médiéval  H- 
braries  of  Great  Britain,  a  list  of  surviving  books,  éd. 
par  N.  R.  Ker,  Londres,  1941  ;  F.  S.  Merryweather, 
Bibliomania  in  tlie  Middle  Ages,  Londres,  1933,  p.  184; 
L.  Gougaud,  The  remains  of  ancient  Irish  monastic  li- 
braries,  dans  Essays  and  sludies,  Dublin,  1940,  p.  319- 
334. 

Dans  Mittelallerliche  Bibliothekskatalogen  (1918), 
Paul  Lehmann  a  donné  le  fruit  de  ses  recherches  sur 
les  abbayes  cisterciennes  de  Giinterstal,  de  Salem,  de 
S.-Urban  et  de  Wettingen.  En  1932,  Paul  Ruf  traitait 
le  cas  de  l'abbaye  de  Kaisheim  ou  Kaisersheim,  en  Ba- 
vière. Ajoutons  à  cette  liste  trop  courte  la  bibliothèque 
d'Alcobaça  (Portugal),  que  travailleurs  anciens  et  mo- 
dernes vantent  à  juste  titre  et  dont  les  collections  enri- 
chissent actuellement  la  bibliothèque  de  Lisbonne  (cf. 
Fortunatus  a  D.  Bonaventura,  Comment,  de  Alcoba- 
censi  mss.  bibliotlieca  libri  III,  Coïmbre,  1827;  C.  Erd- 
mann,  Papsturkunden  in  Portugal,  1927,  p.  119).  .\lco- 
baça,  d'ailleurs,  s'est  distingué  par  le  nombre  considé- 
rable d'écrivains  formés  dans  son  cloître.  Une  remar- 
que qui  n'a  pas  échappé  à  dom  J.  Leclercq,  c'est  que 
«  beaucoup  d'écrits  bénédictins  ne  nous  sont  parvenus 
que  par  l'intermédiaire  de  bibliothèques  cisterciennes; 
c'est  le  cas,  par  ex.,  pour  les  ouvrages  de  Pierre  de  Celle 
et  d'Hervé  du  Bourg-Dieu  »  (Rech.  de  théol.  anc.  et  méd., 
1946,  p.  42,  note). 

C'est  que  les  scriptoria  de  Clairvaux  et  autres  fonc- 
tionnaient   intensément    {Statuta,    instituta,  1134, 


Lxxxv;  1154,  n.  31;  Liber  usuum,  72,  75).  On  a  retenu 
les  expressions  de  joie  de  Nicolas  de  Clairvaux  entrant 
dans  sa  cellule  de  copiste,  pour  reprendre  sa  besogne 
aimée  :  Domuncula  mea  .  .  .  mihi  tradita  ad  legendum, 
ad  scribendum,  ad  diclandum,  ad  meditandum,  ad  oran- 
dum  et  adorandum...  {P.  L.,  cxcvi,  1627).  Elles  se  mul- 
tiplièrent bien  vite,  ces  cellules,  et  leur  ensemble  forma 
une  annexe  du  grand  cloître,  se  prolongeant  générale- 
ment du  côté  est,  dans  la  direction  du  chevet  de 
l'église.  De  là  sortirent  non  seulement  des  copies  d'ou- 
vrages anciens,  mais  aussi  les  travaux  variés  des  écri- 
vains cisterciens.  Ceux-ci  ont  touché  bon  nombre  de 
branches  du  savoir  humain  à  leur  époque. 

Les  études  d'Écriture  sainte  sont  représentées  par 
S.  Étienne  Harding,  3«  abbé  de  Cîteaux  (f  1134),  avec 
son  Correctoire  de  la  Bible  (mss.  12-15  de  la  bibl.  de  Di- 
jon; A.  Lang,  Die  Bibel  Stephan  Hardings,  dans  Cis- 
terc.-Chronik,  1939,  p.  247;  1940,  p.  6  sq.;  Inaugural- 
Dissertation,  Bonn,  1939);  un  peu  plus  tard  (vers  1150), 
par  Nicolas  IManjacoria,  moine  de  Trois-Fontaines  près 
Rome.  «  Cet  homme  du  xii^  s.,  excité  par  les  travaux  du 
solitaire  de  Bethléem,  ne  craignit  pas  de  se  mettre  à 
l'école  des  rabbins  et  d'entreprendre  une  nouvelle  édi- 
tion de  l'A.  T.  d'après  l'hébreu.  Il  y  a  peu  d'années  que 
son  œuvre  a  commencé  d'être  connue,  encore  que  la  ré- 
putation de  sa  science  n'ait  jamais  été  tout  à  fait  abo- 
lie »  (dom  Wilmart,  N.  Manjacoria,  cisterc.  à  Trois- 
Fontaines,  dans  Rev.  Bén.,  1921,  p.  136).  .Ses  ouvrages 
sont  :  1.  Suffraganeus  bibliothecae,  sorte  d'introduc- 
tion critique  à  la  Bible  (éd.  P.  INIartin,  Introd.  à  la  cri- 
tique génér.  de  TA.  T.,  i,  Paris,  1887,  p.  cii-cviii;  J.  Van 
den  Gheyn  a  une  note  sur  le  ms.  211  (4031-4033)  de  la 
Bibl.  royale  de  Bruxelles,  dans  Rev.  bibl.,  1899,  p.  289- 
95);  —  2.  Un  livre  «  sur  les  offices  ecclésiastiques  »,  où 
se  trouvait  indiqué  notamment  la  correspondance  des 
épîtres,  des  évangiles  et  des  stations  liturgiques;  —  3. 
B.  Hieronymi  Vita...  (P.  L.,  xxii,  183-202),  qui  se  pré- 
sente comme  anonyme,  mais  que  le  P.  Alberto  Vaccari 
a  restitué  à  notre  moine,  dans  Miscellanea  Geroni- 
miana,  Rome,  1920,  p.  14-18  :  Le  antiche  Vite  di  S. 
Girolamo  (cf.  B.  H.  L.,  n.  3873);  —  4.  Libellus  de  cor- 
ruptione  psalmorum  et  aliarum  quarumdam  scriptura- 
rum,  qui  se  lit  dans  les  fol.  144-159  V  du  ms.  294  de 
Montpellier  (École  de  médecine).  Ce  ms.  fut  copié  à 
Clairvaux  vers  la  fin  du  xii''  s.  Le  Libellus  est  anonyme, 
mais  dom  Wilmart  propose  de  l'attribuer  à  Nicolas, 
d'après  des  indices  qui  lui  paraissent  valoir  pratique- 
ment une  certitude. 

Faut-il  citer  ici  Joachim  de  Flore  ?  Moine  calabrais 
de  Sambucina,  puis  abbé  de  Corazzo,  très  instruit, 
mais  emporté  par  une  imagination  débridée,  il  se  sen- 
tait comprimé  sous  les  lois  cisterciennes.  En  1192,  cité 
à  comparaître  par  le  chapitre  général  de  Cîteaux  (Sta- 
tuta,  1192  :  41),  il  eut  hâte  de  fonder  une  congrégation 
nouvelle.  Entre  temps,  il  composait  ses  ouvrages  :  Ex- 
posilio  in  Apocalypsim  (ou  Apocalypsis  nova);  Concor- 
dia  Novi  et  Veleris  Testamenti;  Psatterium  decem  clior- 
darum,  et  autres.  Sans  vouloir  prendre  rang  parmi  les 
prophètes,  Joachim  s'adjugeait  cependant  l'art  d'in- 
terpréter les  textes  sacrés  chargés  de  sens  prophétiques. 
C'est  encore  beaucoup;  c'est  ce  qui  fit  le  succès  de  ses 
écrits.  Sous  son  nom,  parurent  dans  la  suite  bon  nom- 
bre d'apocryphes  poussant  son  système  aux  dernières 
limites.  Ce  fut  le  joachimisme  {D.  T.  C,  viii,  1425,  art. 
de  É.  Jordan,  avec  une  bibliographie  assez  touffue;  de- 
puis lors  [1925],  cette  littérature  a  crû  notablement; 
cf.  Bull,  de  théol.  anc.  et  méd.,  1931,  n.  573-576;  593, 
594;  1946,  n.  183;  1947,  n.  444,  etc.). 

Garnier  de  Rochefort,  9''  abbé  de  Clairvaux  (1186- 
93),  puis  évêque  de  Langres  durant  dix  ans,  retiré  en- 
suite à  Clairvaux  (t  vers  1216),  y  rédige  un  volumineux 
répertoire  onomastique  de  la  Bible,  de  Angélus  à  Zona. 
La  bibliothèque  de  Troyes  en  possède  quatre  mss.  dif- 


913 


CITEAUX   (ORDRE).  LE 


SIÈCLE  DE  S.  BERNARD 


914 


féreiits  :  ii.  32  (xii»  s.),  392  (xii"^  s.),  1697  (xiii^  s.),  1704 
(xni«  s.)-  On  en  trouve  trois  à  la  Bibl.  nat.  de  Paris  : 
mss.  lat.  5SS  (xii»  s.),  589  (xiii"  s.),  ^09  (xiii«  s.)-  Cet 
ouvrage  ne  fut  pas  édité  et  ne  le  sera  sans  doute  pas 
(cf.  Wilmart,  op.  cit.,  p.  182,  note  sur  V Angélus  de  Gar- 
nier).  De  Robert  Bridliiigton,  on  a  une  Exposilio  in 
XII  prophetas  (ms.  25-3  de  la  Bibl.  royale  de  Bruxelles), 
et  une  compilation  de  textes  patristiques  sur  les  sept, 
visions  de  l'Apocalypse  (ms.  .56,?  de  Troyes). 

Pierre  le  Chantre,  avant  son  entrée  à  l'abbaye  de 
Longpont  (t  1197),  avait  réalisé  des  travaux  de  glos- 
sateur  sur  le  N.  T.;  ils  sont  restés  inédits.  Alain  de 
Lille,  le  doclor  universalis,  avant  son  entrée  à  Cîteaux 
(t  1202)  et  durant  sa  carrière  professorale  à  Paris, 
avait  rédigé  son  Elucidatio  in  Cantica  et  son  De  sex  alis 
cherubim  (P.  L.,  ccx,  qui  reproduit  l'édition  de  Ch. 
de  Visch,  prieur  des  Dunes,  1653). 

Le  climat  cistercien  fut  fécond  en  auteurs  spirituels. 
Nous  avons  cité  les  plus  notables  d'entre  eux  en  par- 
lant de  la  spiritualité  de  S.  Bernard,  leur  maître  (cf. 
de  Ghellinck,  L'essor  de  la  litt.  lai.  au  xii^  s.,  i, 
Bruxelles,  1946,  p.  175-90).  C'est  dans  leurs  sermons, 
principalement,  qu'ils  ont  mis  le  meilleur  de  leur  âme. 
Chez  eux,  nulle  préoccupation,  d'ailleurs,  de  se  con- 
former au  De  arle  praedicandi  d'Alain  de  Lille  (premier 
traité  en  la  matière,  P.  L.,  ccx,  111),  pas  plus  que  chez 
ceux  de  ses  disciples  qui  ont  laissé  une  (Euvre  oratoire 
pleine  de  chaleur  et  d'onction,  comme  Aelred  de  Rie- 
vaulx,  Geoffroi  d'Auxerre,  etc.,  et  plus  tard  Hélinand 
de  Froidmont. 

En  dehors  de  ce  groupe,  les  sermons  latins  de  l'épo- 
que, coulés  dans  le  moule  conventionnel,  deviennent 
un  exposé  monotone  de  la  doctrine,  dépourvu  de  dyna- 
misme conquérant.  Cependant  on  prêche  beaucoup  au 
Moyen  Age;  les  cloîtres  cisterciens  entendent  aussi 
beaucoup  de  sermons.  Au  nombre  des  fêtes  liturgiques, 
il  en  est  une  série  dénommées  fêtes  de  sermon,  car  en 
ces  jours  un  sermon  se  donnait  dans  la  salle  capitu- 
laire.  Seuls  les  moines  trouvaient  place  dans  cette  salle 
de  dimensions  relativement  exiguës;  les  convers  se  te- 
naient dehors,  dans  le  cloître.  Ils  entendaient  la  prédi- 
cation, car  on  gardait  ouvertes  la  porte  du  chapitre  et 
les  deux  fenêtres  qui  la  flanquaient.  Détail  architec- 
tonique  qu'expliquent  la  liturgie  et  les  usages  monas- 
tiques. L'œuvre  oratoire  des  abbés  fut  considérable. 
Bon  nombre  de  leurs  sermons  se  trouvent  édités  dans 
les  patrologies;  bon  nombre  aussi  sont  encore  manus- 
crits. 

Remarquons  en  outre  que  quelques  abbés  ont  éla- 
boré des  travaux  d'allure  plus  particulièrement  dog- 
matique, tels  les  traités  de  S.  Bernard  :  De  gralia  et 
libero  arbilrio;  Contra  capitula  errorum...;  De  baptismo 
(Epist.,  Lxxxvii);  le  De  sacramento  altaris  de  Bau- 
douin de  Ford  (P.  L.,  cciv,  571).  Le  De  ofjicio  missae 
d'isaac  de  l'Étoile  est  surtout  allégorique.  Ce  même 
auteur  a  laissé  un  De  anima  (P.  L.,  cxciv,  1875-90) 
où,  en  fin  psychologue,  il  analyse  l'âme  et  ses  facultés. 
Aelred  fera  de  même  dans  son  De  natura  animae  laissé 
inachevé.  C'était  en  effet  un  problème  qui  préoccupait 
volontiers  les  philosophes  de  l'époque. 

Le  genre  épistolaire  fut  largement  cultivé  par  les  cis- 
terciens. Dans  ce  qui  nous  reste  de  leur  correspondance, 
historiens,  théologiens  du  dogme,  de  la  morale,  de  l'as- 
cétisme, liturgistes  puisent  des  renseignements  de  tout 
premier  ordre  pour  leurs  travaux.  Les  lettres  de  S.  Ber- 
nard, par  ex.,  fournissent  une  contribution  précieuse  à 
l'histoire  religieuse  et  civile  du  xii^  s.,  à  la  spiritualité, 
au  gouvernement  de  l'ordre  de  Cîteaux,  etc.  Les  lettres 
de  Nicolas  de  Clairvaux  sont  également  une  source  im- 
portante (57  lettres;  P.  L.,  cxcvi,  1593).  Celles  d'Adam 
de  Perseigne  sont  surtout  des  lettres  de  direction  spiri- 
tuelle, dont  plusieurs  revêtent  l'ampleur  de  véritables 
traités  (35  lettres;  P.  L.,  ccxi,  583-694).  Citons  encore 


Henri  de  Marcy,  abbé  de  Clairvaux,  puis  cardinal- 
évêque  d'Albano  (32  lettres;  P.  L.,  cciv,  215-51);  Phi- 
lippe de  l'Aumône,  avec  ses  40  lettres  intéressantes 
(Tissier,  op.  cit.,  m,  238;  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xvi, 
128,  179,  195,  196,  311;  ms.  444  de  Troyes);  Isaac  de 
l'Étoile;  Gilbert  de  Hoyland;  Jean  deBaugerais  (P.  L., 
ccv,  827);  Gérard,  abbé  de  Barbeaux  (Martène,  Thé- 
saurus, 1,  773);  Baudouin  de  Ford;  Étienne  Harding; 
Fastrède;  Hugues,  cardinal-évêque  d'Ostie.  N'ou- 
blions pas  la  charmante  lettre  de  Pierre  de  Roya,  no- 
vice à  Clairvaux,  ni  les  consultations  adressées  à  Ste 
Hildegarde.  11  lui  en  vint  d'Ebrach,  d'Eberbach,  de  S.- 
Anastase,  de  Kaisheim,  de  Neubourg,  de  Villers-en- 
Brabant,  de  Maulbronn,  de  Salem,  de  Zwettl,  des  abbés 
de  Bellevaux,  de  Cherlieu,  de  Clairefontaine,  de  la  Cha- 
rité, de  Bitaine  (P.  L.,  cxcvii,  190,  194,  196,  197,  200, 
259,  283,  285,  290,  292,  357,  359).  Ajoutons  les  regrets 
souvent  entendus  au  sujet  de  la  correspondance  de  S. 
Aelred,  presque  totalement  perdue.  Même  regret  pour 
les  écrits  philosophiques  et  les  lettres  d'Othon  de  Frei- 
sing.  De  ce  dernier,  on  possède  surtout  des  travaux 
historiques. 

En  histoire,  Othon  est  le  premier  qu'il  faut  citer.  Fils 
du  duc  S.  Léopold  d'Autriche,  frère  utérin  de  Con- 
rad III,  le  jeune  Othon  étudiait  à  Paris,  quand,  au  cours 
d'un  voyage  en  Allemagne,  il  entra  à  l'abbaye  de  Mori- 
mond.  Devenu  moine,  il  retourna  à  Paris  achever  ses 
études  commencées.  Plus  tard,  il  devint  abbé  de  Mori- 
mond  (1136),  puis  évêque  de  Freising  (1138);  il  mourut 
à  quarante-cinq  ans,  en  1158.  «  Il  est  le  premier,  dé- 
clare F.  X.  Kraus,  qui  écrivit  avec  méthode  l'histoire 
de  son  temps,  dans  un  ouvrage  dont  S.  Augustin  a  ins- 
piré le  plan  comme  le  titre  :  Chronica  sive  historia  de 
duabus  civitalibus  »  (Tissier,  op.  cit.,  viii;  Hofmeister, 
dans  M.  G.  H.,  S.  R.  G.  in  usum  schol.,  1912).  A  cet 
ouvrage  capital,  Othon  ajouta  les  Gesta  Frederici;  il 
eut  pour  continuateurs  un  prêtre  de  Freising,  Radewin, 
et  plus  tard  Othon  de  S. -Biaise  (sur  la  personne  et  les 
écrits  d'Othon,  voir  F.  Fellner,  The  «  Two  ciliés  »  of 
Otto  of  Freising  and  ils  influence  on  the  catholic  philoso- 
phy  of  history,  New- York,  1936;  P.  Brezzi  et  A.  Passe- 
rin  d'Entreves,  dans  Bull.  Isl.  stor.  ilal.,  liv,  129-328, 
et  Riv.  intern.  fllos.  dir.,  xx,  360;  dom  Cassien  Haid, 
dans  Cisterc.-Chronik,  1932-33). 

Hélinand  de  Froidmont  rédige,  vers  1194,  une  his- 
toire universelle  en  49  livres;  c'est  une  compilation 
d'extraits  empruntés  à  des  ouvrages  antérieurs,  aux- 
quels il  ajoute  ses  propres  données  (Tissier,  op.  cil.,  vu, 
72-205;  P.  L.,  ccxii,  771-1082).  Gunther,  moine  de  Pai- 
ris  en  Alsace,  auteur  du  traité  De  oralione,  jejunio  et 
eleemosina  (P.  L.,  ccxii,  97-221),  écrit  aussi  une  His- 
toria caplae  a  lalinis  Constanlinopoleos,  document  pré- 
cieux pour  l'histoire  de  la  IV''  croisade,  solidement 
appuyé  sur  des  récits  de  Martin,  abbé  de  Pairis,  témoin 
oculaire  des  faits  (ibid.,  222-56).  Le  poème  intitulé 
Ligurinus  sive  de  rébus  gestis  Frederici  Aenobarbi, 
qu'on  imprimera  dès  1507,  semble  bien  pouvoir  être 
attribué  à  Gunther  {ibid.,  256-476;  éd.  Riant,  1877). 
Certains  critiques  font  difTiculté  de  le  reconnaître 
comme  auteur  du  Solymarius,  histoire  versifiée  de  la 
première  croisade.  Wattenbach  en  a  édité  quelques 
extraits  (Arch.  de  l'Orient  lat.,  i,  551  sq.). 

En  Angleterre,  Raoul  (Radulphus,  Ralph)  de  Cog- 
geshall,  près  Norwich,  compose  son  Chronicnn  angli- 
canum  (1066-1216).  Le  Libellas  de  expugnalione  Terrae 
sanctae  per  Saladinum,  édité  à  la  suite  du  précédent  par 
J.  Stevenson,  en  1875,  a  rencontré  plusieurs  objections 
relatives  à  son  attribution  au  moine  Raoul.  Dom  Mo- 
rin,  qui  nie  la  valeur  de  ces  objections,  a  restitué  de 
plus,  à  cet  écrivain,  les  Distinctiones  monasticae  (bibl. 
Mazarine,  Paris,  ms.  3475),  qui  avaient  stimulé  la  cu- 
riosité de  plusieurs  savants  :  dom  Pitra,  Paul  Lehmann 
et  dom  Morin  lui-même  (Rev.  Bén.,  1935,  p.  348). 


915  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  !)16 


En  llGl,  dans  le  Danemark,  au  dioc.  de  Roskilde, 
l'évêque  Absalon  confiait  aux  cisterciens  le  monastère 
de  Soroe.  Il  leur  marquait  comme  but  :  Ut  in  eo  viri 
erudilione  praesiantes  alerentur,  qui  regni  annales  resque 
poslerorum  memoria  dignas  chartis  quotannis  manda- 
rent  (cf.  D.  H.  G.  E.,  i,'200). 

Quelques  chroniques  d'abbayes  furent  élaborées  par 
des  moines  écrivains,  telle,  par  ex.,  celle  de  Signy  (Bibl. 
nat.  de  Paris,  nouv.  acq.  lat.,  58-j),  que  L.  Delisle  édita 
en  1894  (Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  lv,  644).  A  Silvanès, 
Hugues  de  F'rancigena  prit  soin  de  narrer  la  conversion 
de  Pons  de  Léras  et  la  fondation  de  Silvanès  due  aux 
générosités  du  converti  (ms.  611  de  Dijon,  éd.  par  Ba- 
luze,  Miscell.,  m,  206,  et  par  Verlaguet,  Cartul.  de  Sil- 
vanès, Rodez,  1910,  p.  371).  A  Clairvaux,  plusieurs 
ciironiques  de  genres  différents  furent  rédigées.  Les 
quatre  premiers  livres  de  V Exordium  magnum  y  furent 
composés  par  Conrad  d'Eberbach  (P.  L.,  clxxxv,  993- 
1198).  Le  Chronicon  Clarevallense  embrasse  les  années 
1147-92  {ibid.,  1247-52);  les  trois  livres  De  miraculis  de 
Herbert,  ancien  abbé  de  Mores  et  futur  évêque  de  Tor- 
rès  (aujourd'hui  Sassari),  en  Sardaigne  (ibid.,  1271- 
1382),  peuvent  rentrer  dans  la  même  catégorie. 

Viilers-en-Brabant  eut  ses  chroniqueurs  et  ses  hagio- 
graphes,  dont  les  travaux,  qui  ne  sont  plus  connus  que 
par  des  copies,  créent  un  véritable  problème  pour 
l'historien  (cf.  de  Moreau,  L'abbaye  de  Villers... 
Bruxelles,  1909).  Le  Dialogus  inter  cluniacensem  et  cis- 
terciensem,  écrit  entre  1153  et  1165,  par  un  moine  qui 
avait  quitté  Cluny  pour  l'observance  cistercienne,  con- 
tient nombre  de  détails  de  nature  à  expliquer  et  légi- 
timer les  us  monastiques  des  uns  et  des  autres  (Mar- 
tène,  Thésaurus,  v,  1569  sq.). 

Les  hagiographes  cisterciens  trouvaient  autour  d'eux 
ample  matière  à  leurs  travaux.  A  la  demande  des  com- 
munautés cisterciennes  d'Irlande,  S.  Bernard  consentit 
à  se  faire  le  biographe  de  son  ami,  S.  Malachie,  arche- 
vêque d'Armagh,  légat  en  Irlande.  L'abbé  Congan 
d'Inislounagh  se  chargea  de  transmettre  à  Clairvaux  la 
documentation  requise,  et  Bernard  écrivit  la  Vita  Ma- 
lachiae,  œuvre  parfaite  au  point  de  vue  littéraire,  qui 
emporta  l'admiration  de  Giraud  le  Cambrien  lui-même 
(P.  L.,  CLXXXii,  1073-1118).  Aelred  de  Rievaulx,  qui 
avait  fait  œuvre  d'historien  dans  le  De  bello  standardi 
et  la  Genealogia  regum  Anglorum,  a  laissé  aussi  quel- 
ques ouvrages  hagiographiques  :  Vita  S.  Ednardi;  De 
sandimoniali  de  Wattun;  De  sanclis  Ecclesiae  Hagul- 
stadensis  (P.  L.,  cxcv,  209-790).  Sa  biographie  fut 
écrite  par  Walter  Daniel,  qui  nous  assure  avoir  vécu 
dix-sept  ans  sous  le  gouvernement  d'Aelred.  Son  ms. 
est  actuellement  à  la  bibliothèque  de  Jésus  Collège,  à 
Oxford  (Q.  B.  7;  cf.  F.  M.  Powicke,  Ailred  of  Rievaulx 
and  his  biographer  Walter  Daniel,  Manchester,  1921- 
22).  Roger,  moine  de  Pontigny,  demeure  l'auteur  sup- 
posé d'une  Vita  Thomae  Cantuariensis  (P.  L.,  cxc,  55); 
il  parle  en  témoin  oculaire.  Hugues  de  Francigena,  cité 
plus  haut  comme  biographe  de  Pons  de  Léras,  était 
contemporain  de  son  héros.  Un  moine  anonyme  de  Si- 
gny écrivit  la  Vie  de  Guillaume  de  S. -Thierry  (Bibl. 
nat.  de  Paris,  ms.  lat.  11782;  quoique  fragmentaire,  ce 
ms.  fut  édité  par  le  P.  Poncelet,  dans  les  Mélanges 
G.  Kurth,  I,  Liège,  1908,  p.  86).  Dans  cette  même 
abbaye  de  Signy,  il  se  trouva  plusieurs  biographes  dont 
les  travaux  ont  enrichi  la  collection  des  bollandistes 
(cf.  Calai,  des  mss.  Bibliolh.  royale,  v,  Bruxelles,  p.  491, 
524,  562,  609,  etc.).  L'abbé  de  l'Aumône,  Reynold, 
envoya  à  l'abbé  de  Cîteaux  le  récit  de  la  vie  sainte  du 
moine  Christian  (A.  Boll.,  lu,  1934,  p.  5,  texte  du 
Clm  14682  publié).  Un  moine  anonyme  des  Echarlis 
écrivit,  après  1180,  la  Vie  de  Ste  Alpais,  née  à  Cudot 
(Yonne),  non  loin  de  l'abbaye  précitée.  Deux  mss. 
sont  connus,  qu'ont  utilisés  les  biographes  de  la  sainte  : 
le  84(131  )  de  Chartres,  le  328  de  la  Bibl.  nat.  de  Rome, 


provenant  du  monastère  cistercien  de  Ste-Croix  (A.  S., 
nov.,  II,  167;  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  xlvi,  1885, 
p.  507;  Z).  H.  G.  E.,  u,  673). 

Ce  qui  semble  moins  en  faveur  à  Cîteaux,  c'est  la 
poésie.  On  cite  dans  ce  sens  un  texte  d'Aelred  (P.  L., 
cxcv,  573),  puis  un  statut  capitulaire  de  1199  punis- 
sant certains  auteurs  de  rylhmi.  Mais  ces  compositions 
proscrites  étaient  de  celles  que  condamnaient  déjà  les 
lois  de  la  charité  et  du  respect  des  personnes;  pointes 
acérées,  satires  méchantes.  Les  Prémontrés  avaient 
également  condamné  dans  leurs  statuts  ce  mauvais 
genre  littéraire  (dist.  III,  c.  vi).  Autre  chose  était  la 
grande  et  belle  poésie.  On  le  vit  bien  quand  parurent 
Les  vers  de  la  mort  d'Hélinand,  le  trouvère  de  famille 
noble,  devenu  moine  à  Froidmont  vers  1194.  «  Beaux 
vers,  dit  E.  Faral,  et  qui  peuvent  être  mis  en  parallèle 
avec  ce  qui  fut  jamais  écrit  de  plus  beau  sur  la  mort  • 
(Hist.  littér.  fr.,  éd.  Bédier-Hazard,  i,  Paris,  1923,  p.  66; 
éd.  F.  Wulfî  et  E.  Walberg,  Paris,  1905;  J.  Coppin. 
avec  trad.  en  français  moderne,  Paris,  1930). 

Même  cas  pour  Les  vers  de  Thibaud  de  Marly,  poème 
didactique  du  xii^  s.,  publié  intégralement  pour  la  pre- 
mière fois  par  Herbert  King  Stone,  Paris,  1932.  Ce 
moine  poète  de  l'abbaye  de  N.-D.-du-Val,  près  Paris, 
figure  parmi  les  ascendants  du  Bx  Thibaud  de  Marly, 
abbé  des  Vaux-de-Cernay  (f  1247).  Le  cas  d'Hélinand 
appelle  au  moins  la  citation  d'autres  troubadours  deve- 
nus, comme  lui,  cisterciens  à  la  même  époque,  en 
l'abbaye  de  Dalon  :  Bernard  de  Ventadour,  protégé  de 
la  reine  de  France,  Éléonore  d'Aquitaine,  petite- fille 
elle-même  de  Guillaume  I"  le  Troubadour  (D.  H.  G.  E., 
VIII,  765);  Bertrand  de  Born  (ibid.,  1044)  et  surtout 
Foulques  ou  Folquet  de  Marseille.  Ce  dernier,  entré  à 
Grandselve  en  1196,  devint  abbé  de  Thoronet,  puis  de 
Grandselve,  pour  être  évêque  de  Toulouse  en  1205  (Le 
troubadour  Folquet  de  Marseille,  éd.  critique  par  Sta- 
nislaw  Stronski,  Cracovie,  1910). 

Au  nombre  des  poètes  et  versificateurs  de  l'époque, 
il  faut  citer  encore  le  nom  d'Alain  de  Lille,  avec  son  A;i- 
ticlaudianus  (P.  L.,  ccx,  482);  de  Serlon  de  Fountains 
abbey,  dans  le  Yorkshire,  avec  son  De  bello  inter  regem 
Scotiae  et  barones  Angliae,  comportant  une  soixantaine 
de  vers  rimés  (éd.  Twysden,  Hist.  Anglic.  script.,  i, 
Londres,  1652,  p.  331).  Ch.  de  Visch  le  nomme  Jean 
Serlon  et  cite  la  série  de  ses  ouvrages  (Bibl.  script,  cist., 
1656,  p.  230).  Le  ms.  nouv.  acq.  lat.  217,  de  la  Bibl.  nat. 
de  Paris,  contient  aussi  des  Versus  magistri  Serlonis; 
l'auteur  y  fait  notamment  l'éloge  de  la  vie  monas- 
tique. L'abbaye  anglaise  de  Fountains  créa  une  filiale 
en  Norvège,  Lyse  Kloster,  en  1146;  elle  y  envoya  le 
moine  Ranulf  comme  premier  abbé.  Celui-ci,  malgré 
les  travaux  d'une  fondation  nouvelle,  sut  composer  en 
vieux  norvégien  un  poème  mystique,  le  fameux  Draum- 
kvroedel,  bien  connu  en  ces  régions. 

Serlon  de  Wilton,  Anglais  devenu  abbé  de  l'Aumône 
en  1171,  se  distingua  dans  la  poésie  rythmique;  de 
Visch  reproduit,  dans  son  Auclarium,  des  Versus  de 
contemplu  mundi  (cf.  autres  compositions  dans  Th. 
Wright,  Anglo-latin.  ...Chron.  memor.,  lix,  232-58).  Un 
ms.,  passé  à  Charleville  sous  le  n.  222,  contient  une  sé- 
quence en  l'honneur  de  S.  Thomas  Becket,  que  com- 
posa, dit  le  texte,  domnus  Philippus,  Leodiensis  quon- 
dam  archidiaconus,  poslca  prior  Clarevallis,  deinde 
abbas  Elemosinaris.  Le  Carmen  de  laude  Clarevallis 
et  de  religiosa  ibidem  disciplina,  du  moine  Richard 
de  Grandselve  (c.  1160),  parut  pour  la  première  fois  à 
la  suite  des  œuvres  de  S.  Bernard,  en  1536  (cf.  ms.  205 
d'Auxerre).  Ytier  de  Waschey  composa,  en  336  vers, 
un  Carmen  pia  monita  monachis  praebens  (ms.  215  de 
Troyes).  Citons  aussi  Jean  de  Haute-Seille,  dont  le 
Dolopathos  fut  édité  en  1873  i)ar  Oesterley. 

Enfin  le  Jésus  dulcis  memoria,  longtemps  attribué  à 
S.  Bernard,  est  en  réalité  sorti  d'un  cloître  cistercien 


!»i7  CITEAUX  (ORDREj.   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  'J18 


d'Angleterre,  vers  la  fin  du  xii"  s.  (Wilmart,  Le  Jubilus 
sur  le  nom  de  Jésus,  Rome,  1943;  le  P.  de  Ghellinck  a 
signalé  70  traductions  allemandes  du  Jésus  dulcis,  op. 
cit.,  II,  288). 

Au  terme  de  cette  rapide  chevauchée  à  travers  l'his- 
toire littéraire  de  Cîteaux  au  xii«  s.,  nous  rejoignons 
dom  Wilmart  qui,  après  avoir  inventorié  la  biblio- 
thèque de  Clairvaux,  dénonce  la  légende  d'un  Cîteaux 
dépourvu  d'intellectualité.  Légende,  puisqu'on  son  pre- 
mier siècle  Cîteaux  fournit  les  noms  d'une  centaine 
d'écrivains,  en  tête  desquels  figure  un  docteur  de 
l'Église.  Mais  la  légende  a  la  vie  dure;  en  1929,  un  his- 
torien écrivait  encore  qu'  «  à  Cîteaux  tout  travail  in- 
tellectuel était  banni  »  (La  chrétienté  médiévale,  Paris, 
1929,  p.  372). 

Aucun  texte  législatif  ne  permet  de  voir  chez  les  fon- 
dateurs ou  premiers  Pères  une  attitude  hostile  au  tra- 
vail intellectuel.  Ce  qu'ils  excluent  positivement  de 
leurs  cloîtres,  ce  sont  des  écoles  tenues  par  les  moines 
pour  instruire  les  enfants  du  dehors.  Mais  l'étude  est 
prévue  pour  les  novices  et  les  jeunes  moines  (Instituta, 
1134  :  Lxxxviii).  Le  résultat  de  ce  régime,  nous  venons 
de  l'entrevoir.  G.  Schreiber,  étudiant  l'attitude  des  pre- 
miers prémontrés  et  cisterciens  vis-à-vis  du  travail 
intellectuel,  conclut  que  les  fondateurs  de  ces  deux  or- 
dres ont  laissé  largement  ouvertes  à  leurs  descendants 
les  portes  de  la  science  (Anal.  Praemonstr.,  1940, 
p.  41  sq.). 

N.  Antonio,  Bibl.  Hispaii.  nova,  iiettis,  Madrid,  1788.  — 
Barbosa,  Bibl.  Lusilana,  Lisbonne,  1759.  —  Br.  Griesser, 
Der  rhytmische  Salzschliiss  bei  den  Cisterciensern,  Bregenz, 
1919.  —  Henriquez,  Phoeni.x  rei)ivi.<scen.i,  sive  ord.  cisterc. 
script.  Angliae  et  Hispaniae,  Bruxelles,  1626.  —  .1.  Leclercq, 
Le  genre  épistolaire  au  M.  A.,  dans  Reo.  du  M.  A.  latin, 
1946,  p.  63.  —  Manitius,  Gesch.  der  lat.  Lit.  des  Mittelallers, 
Munich,  1911-31.  —  R.  Muùiz,  Bibliot.  cisterc.  espafiola, 
Burgos,  1793.  — ■  Paré-Brunet,  La  renaissance  du  XII'  s., 
Paris,  1933.  —  .1.  Pitseus,  Relat.  hist.  de  rébus  Angliae, 
Paris,  1614,  p.  971  :  Index  Ht.  script,  cisterc.  —  Stevens,  The 
tiist.  of  Ihe  anciens  abbeys...,  ii,  1723,  p.  31.  —  K.  Strecker, 
Zur  latein.  Lit.  des  XI.  und  XII.  Jahrh.,  dans  Hist.  Viertel- 
jahrsclir.,  xxvii,  1932.  —  Ch.  de  Visch,  Bibl.  script,  ord. 
cisterc.  Douai,  1649;  Cologne,  1656;  Auctarium,  Bregenz, 
1927.  —  Bruges,  bibl.  du  grand  séminaire,  ms.  Varia  curiosa, 
III,  120-60  :  Collecta  quaedam  de  scriploribus.  —  Les  mss. 
25.52,  'J5S1  de  Troyes  et  S17  de  Douai  ne  donnent  que  peu  de 
renseignements  inédits. 

VL  Domaine  temporel.  Convers.  Architecture. 
—  Si  exclusivement  surnaturel  que  puisse  être  le  but 
poursuivi  par  des  moines,  ceux-ci  ne  sont  pas  pour  au- 
tant dispensés  des  nécessités  temporelles.  Au  xii^  s., 
«  se  créer  un  domaine  aussi  vaste,  aussi  compact  que 
possible,  était  de  première  nécessité  pour  une  abbaye. 
Car  la  terre  constituait  alors  l'unique  source  de  ri- 
chesse »  (de  Moreau,  Villers-ei^-Brabant,  Bruxelles, 
1909,  p.  18). 

Les  premiers  législateurs  de  Cîteaux  avaient  cepen- 
dant porté  des  décrets  restrictifs  en  cette  matière.  En 
conformité  avec  la  règle  bénédictine  et  pour  remettre 
en  honneur  le  travail  manuel,  celui-ci  est  imposé  à 
tous  les  membres  de  l'ordre  comme  seul  moyen  légi- 
time de  pourvoir  à  leur  vie  temporelle.  Les  moines 
pourront  donc  acquérir  ad  proprios  usus,  aquas,  silvas, 
uineas,  prata,  terras.  Mais  on  exclut  nommément  la 
possession  d'églises  paroissiales,  d'autels,  de  sépul- 
tures, d'exploitations  aux  mains  de  serfs  attachés  à  la 
glèbe,  de  rentes  foncières  et  de  revenus  de  moulins; 
enfin  le  droit  de  percevoir  les  dîmes,  décimas  alieni 
laboris,  dont  le  cluniste  cité  par  Martène  disait  :  nullas 
possessiones  libentius  habemus  quam  décimas  (Thes.,  v, 
!594).  Cette  législation,  élaborée  déjà  au  début  de  Cî- 
teaux par  S.  Aubri  (Exordium,  c.  xv),  est  promulguée  à 
nouveau  en  1134  dans  les  Instituta:  c.  v,  Unde  mona- 
chis  debeat  provenire  victus;  c.  ix,  Quod  redditus  non 
habeamus. 


Dans  de  telles  conditions,  la  création  d'une  abbaye 
comportait,  particulièrement  à  ses  débuts,  une  période 
de  travail  intense,  d'autant  plus  que  le  terrain  concédé 
par  les  donateurs,  rois,  princes,  comtes  ou  chevaliers, 
était  rarement  de  qualité,  les  parties  cultivables  étant 
déjà  occupées.  Beaupré,  en  Lorraine,  s'élève  sur  une 
squalentem  eremi  solitudinem;  Grâce-Dieu  de  Besançon 
n'était,  avant  l'arrivée  des  moines,  qu'un  lieu  de  ronces 
et  d'épines;  à  Tamié,  les  nobles  fondateurs  n'avaient 
cédé  qu'un  désert  inculte.  Benifaza  en  Espagne  s'élève 
sur  un  sol  jusque-là  pauvre  et  délaissé.  A  Bonnevaux 
de  Vienne,  les  cisterciens,  à  leur  arrivée,  trouvent  des 
landes  desséchées,  plus  loin  des  marais  putrides  dans 
une  épaisse  forêt.  Les  titres  de  fondation  de  Cercamp  ne 
parlent  que  de  terres  en  friche;  Eaunes  (Elnae)  reçoit 
à  ses  origines  de  vastes  étendues  boisées  sur  les  bords 
du  Durpont;  Feniers,  patronné  par  les  comtes  d'Au- 
vergne, est  fondé  en  un  lieu  désert.  Dans  le  bassin  du 
Danube,  des  forêts  entières  furent  concédées  pour  la 
création  des  abbayes  qui  s'appelèrent  Waldsassen,  Rai- 
tenhaslach,  Alderspach,  Fiirstenfeld.  En  Angleterre, 
l'enquête  menée  par  l'historien  dans  ce  sens  conclut  : 
The  earlier  cislercian  houses  in  England,  such  as  Foun- 
tains,  ivere  founded  in  desolate  spots  (R.  Graham, 
p.  261). 

Mais  le  travail  obstiné  des  moines  transforma  ces 
solitudes,  les  rendit  fécondes,  bienfaisantes.  Le  sinistre 
"Val  d'Absinthe  devint  la  Claire  "Vallée,  Clara  vallis;  on 
eut  aussi  Clarus  locus,  Clarus  campus,  duras  Ions,  Mira 
vallis,  Bellus  locus,  Bellus  mons,  Bella  aqua,  Bella  landu, 
Jucunda  vallis.  Bonus  locus.  Bonus  fons,  Bona  vallis, 
etc.  (cf.  J.  Laurent,  Les  noms  des  moiutsl.  cisterc..., 
Dijon,  1928;  A.  Dimier,  Les  beaux  noms  des  monast. 
cisterc.  de  France,  Lyon,  1944). 

De  Langonnet,  le  récent  historien  a  pu  dire  :  les 
moines  blancs  arrivant  ici  «  trouvèrent  un  désert.  Ils 
en  firent  une  oasis,  ou  plutôt  une  cité  »  (A.  David,  Lan- 
gonnet, Paris,  1936,  p.  15).  Et  ainsi  partout.  On  admire 
avec  raison  les  emplacements  choisis  :  Vaux-de-Cernay, 
Ulmet,  Flaran,  Senanque,  Lescale-Dieu,  Valcroissant; 
en  Angleterre,  Rievaulx,  Fountains,  Furness,  Melrose, 
Tintern.  Ne  commet-on  pas  là,  cependant,  une  erreur 
d'optique  ?  Est-ce  bien  le  site  primitif  qui  nous  ravit  ? 
C'est  plutôt  le  site  modifié,  transformé  par  le  travail 
monastique,  tel  qu'il  s'offre  aujourd'hui  encore  à  nos 
yeux. 

Cette  incroyable  plus-value  donnée  à  des  terres,  ja- 
dis de  nul  rapport,  occasionna,  chez  certains  descen- 
dants des  premiers  donateurs,  la  tentation  de  re- 
prendre les  libéralités  de  leurs  ancêtres.  On  le  vit  à  Bou- 
lancourt;  on  le  vit  à  Aunay,  vers  1263;  on  le  vit  aussi  à 
Fontfroide,  où  la  lutte  se  prolongea  jusque  dans  le 
xiv«  s.  A  l'opposé  de  ce  geste,  nous  voyons  des  fonda- 
teurs ou  bienfaiteurs  se  faire  moines.  Bloemkamp  fut 
fondé  par  trois  frères  Wommels  :  Tétrard,  Herdrad  et 
Sibold.  En  1191,  ils  font  don  de  leurs  biens  à  l'abbaye 
de  Claircamp  et  entrent  au  noviciat.  Un  an  après,  ils 
émettent  leur  profession  religieuse  et  sont  envoyés  fon- 
der Bloemkamp.  Tétrard  devint  abbé,  Herdrad  prieur, 
Sibold  demeura  frère  convers.  Le  prince  Gunnar,  roi 
ou  juge  de  Torrès  en  Sardaigne,  après  avoir  fondé  dans 
ses  domaines  l'abbaye  Cabuabbas  (Caput  aquae )  vint 
à  Clairvaux  et  vécut  encore  un  quart  de  siècle  sous  le 
froc  blanc.  A  Aunay,  Guillaume  de  Hommet,  qui  com- 
mandait toute  la  province  de  Normandie,  termina  ses 
jours  sous  l'habit  monastique,  imitant  en  cela  son 
propre  père.  A  Ourscamp,  les  familles  nobles  donnè- 
rent non  seulement  leurs  biens,  mais  aussi  leurs  fils; 
Valeran  de  Baudemont  fut  le  premier  abbé  et  son  suc- 
cesseur Hervé  était  issu  de  la  famille  royale. 

Outre  des  concessions  territoriales,  les  abbayes  nais- 
santes reçoivent  aussi  des  donations  de  droits  et  des  li- 
bérations d'impôts.  Louis  VII  concède  à  l'abbaye  de 


919 


CITEAUX   (ORDRE).  LE 


SIÈCLE  DE  S.  BERNARD 


920 


Barbeaux  des  droits  de  pêche  dans  les  eaux  de  la 
Seine;  de  même  Preuilly,  en  1154.  Concession  iden- 
tique à  la  Cour-Dieu,  sur  les  viviers  de  Nibelle,  près 
d'Orléans.  En  1164,  le  roi  abandonne  aux  moines 
d'Ourscamp  ses  droits  sur  la  chasse  dite  Fugatio  fera- 
rum,  dans  la  forêt  de  S.-Wandrille  (Cart.  d'Ourscamp, 
I,  140).  Un  droit  d'usage  est  concédé  à  l'abbaye  des 
Echarlis  sur  toute  la  forêt  d'Othe,  en  1131.  Pontigny 
obtient  le  même  avantage  en  1139.  En  1171,  Cîteaux 
est  exempté  de  tout  droit  de  péage  dans  le  royaume 
(Arch.  de  Cîteaux,  H.  167,  fol.  97). 

Au  moment  mar([ué  pour  la  fondation  d'une  abbaye 
nouvelle,  un  groupe  de  douze  moines,  avec  un  abbé  à 
leur  tête,  se  détache  de  la  maison  mère  (Instituta, 
1134  :  XII);  c'est  la  cellule  initiale,  indispensable  pour 
célébrer  les  divins  offîces  dans  une  autre  église,  le  mo- 
nastère étant  avant  tout  une  église,  selon  l'expression 
de  la  Charte  de  charité.  Aussi  les  moines  fondateurs  ne 
pouvaient-ils  partir  que  munis  de  tous  les  livres  litur- 
giques nécessaires. 

A  ces  treize  choristes  on  joint  un  groupe  de  convers, 
selon  les  possibilités  de  la  maison  mère  et  les  besoins 
de  la  maison  fille.  Villers-en-Brabant  vit  venir  de 
Clairvaux,  en  1147,  cinq  convers  avec  l'abbé  et  les 
moines  fondateurs.  On  construisit  en  hâte  un  oratoire 
et  quelques  masures  pour  s'abriter.  Moins  d'un  siècle 
plus  tard,  un  couvent  magnifique  se  dressait  sur  les 
bords  de  la  Thyle.  Cent  moines  et  trois  cents  convers 
l'habitaient  (de  Moreau,  op.  cit.,  17). 

Évidemment,  les  dilhcultés  matérielles  étaient  moin- 
dres là  où  d'abondantes  donations  suivaient  de  près 
l'arrivée  des  moines.  Ce  fut  le  cas  de  l'abbaye  de  l'Au- 
mône, nommée  d'abord  Petit-Cîteaux,  mais  l'abon- 
dance des  aumônes  qui  lui  furent  faites  amena  le  chan- 
gement de  vocable. 

De  même  encore,  quand  il  s'agissait  d'incorporer 
une  abbaye  déjà  existante.  Des  questions  juridiques  se 
posaient  ici  :  cette  affîliation  ne  blesse-t-elle  aucun 
droit  possédé  par  des  tiers,  l'évêque  du  lieu,  les  fidèles 
de  la  contrée,  ou  autres  personnages  ?  Les  bâtiments 
sont-ils  bien  adaptés  à  la  pratique  des  règles  cister- 
ciennes ?  La  situation  économique  repose-t-elle  sur 
des  bases  solides  ?  Plus  d'une  fois,  des  abbayes  en  dé- 
tresse désirèrent  fusionner  avec  Cîteaux,  pour  bénéfi- 
cier de  la  vie  jeune  et  intense  qui  circulait  ici. 

Un  autre  moyen  d'arrondir  le  domaine  était  de  faire 
des  acquisitions  à  titre  onéreux.  C'était  légitime  et  ce 
fut  souvent  une  nécessité  pour  les  supérieurs  qui 
voyaient  grandir  avec  rapidité  le  nombre  de  leurs  su- 
jets. La  peur  de  manquer,  la  crainte  des  crises  écono- 
miques, l'obligation  de  secourir  les  pauvres  et  d'héber- 
ger les  pèlerins,  toutes  circonstances  qui  expliquent, 
sans  les  excuser  pleinement,  les  excès  où  tombèrent 
nombre  d'abbés.  Et  d'abord,  les  lois  rigides  du  début, 
rappelées  plus  haut,  cédèrent  à  une  inévitable  poussée. 
La  position  première  prise  par  Cîteaux  était  en  effet 
tellement  à  rencontre  de  l'organisation  économique 
régnant  partout  alors,  que  ce  fut  bientôt  intenable.  On 
avait  été  trop  radical. 

En  11.52,  Eugène  III  invite  lui-même  le  chapitre  de 
Cîteaux  à  user  d'indulgence  à  l'endroit  de  l'abbaye  des 
SS.-Vincent-et-Anastase,  en  lui  permettant  de  conser- 
ver certaines  propriétés  qu'excluaient  les  lois  rigides 
de  l'ordre  (cf.  texte  de  la  lettre  pontificale  dans  Statuta, 
I,  43).  En  1157,  l'évêque  de  Langres,  Godefroid  de  la 
Roche,  cousin  de  S.  Bernard  et  ci-devant  prieur  à  Clair- 
vaux,  donne  une  église  et  ses,  revenus  à  l'abbaye  de 
Quincy,  qui  l'accepte  sans  protestation  (ms.  40  de  Ton- 
nerre). La  brèche  est  ouverte.  Pour  le  xn'=  s.,  une  série 
d'infractions  de  ce  genre  peuvent  se  lire  dans  les  car- 
tulaires  d'abbayes;  citons  Silvanès,  Orval,  Ville- 
longue.  En  1196,  on  constate  que  Clairvaux  possède 
l'église  de  Bologne  (Hte-Marne);  en  1231,  elle  possé- 


dera trois  villages  entiers  avec  leurs  habitants,  et  ainsi 
de  suite  (cf.  D'Arbois,  Études...  abbayes  cist.,  Paris, 
1858,  p.  295).  D'ailleurs,  même  en  s'en  tenant  aux  ac- 
quisitions d'immeubles  permises,  il  reste  possible  de 
dépasser  toute  mesure.  La  passion  d'acquérir,  dûment 
constatée  chez  bon  nombre  d'abbés,  inquiéta  le  cha- 
pitre général,  qui  s'empressa  de  légiférer.  L'important 
statut  De  non  acquirendo,  rédigé  une  première  fois  en 
1180,  reparaît  en  1190,  1191,  1205,  1206,  1229,  1230, 
1239,  1240,  1242.  On  a  beau  lui  infuser  des  énergies 
nouvelles,  il  fléchit  en  1248  et  finit  par  succomber;  om- 
nino  expirât,  dit  le  statut  de  1249.  L'assemblée  capi- 
tulaire,  en  tant  que  telle,  légifère  dans  le  sens  de  l'in- 
térêt général  de  l'ordre;  mais,  dans  la  pratique,  chaque 
abbé  poursuit  aussi  son  avantage  particulier.  Cîteaux 
et  Clairvaux  donnent  l'exemple. 

Le  statut  De  non  aediftcando  eut  un  sort  identique 
(Statuta,  1188  :  10;  1190  :  1  ;  1191  :  90;  1192  :  4).  Les 
grandia  et  sumptuosa  aedificia,  sévèrement  interdits, 
continuent  de  s'élever.  Certaines  abbayes  en  arrivent 
ainsi  à  étouffer  sous  le  poids  des  dettes  (ibid.,  1175  :  5), 
comme  les  Sellières  en  1190.  Dans  un  sermon  demeuré 
célèbre,  Étienne  de  Tournai  a  flagellé  les  vices  du 
clergé  régulier.  Contre  les  moines  blancs,  il  met  ces 
paroles  sur  les  lèvres  du  tentateur  :  «  Les  cisterciens 
ont  horreur  de  tout  ce  qui  est  impur;  mais  nous  essaie- 
rons de  les  entamer  par  l'avarice...  »  (Paris,  Bibl.  nal., 
nis.  lat.  14592). 

Un  nouveau  statut  est  élaboré  à  Cîteaux  en  1 182  et 
complété  dans  la  suite  par  de  multiples  sanctions  : 
toute  abbaye,  dont  le  passif  atteint  50  marcs  ou  100  li- 
vres provins,  doit  s'abstenir  de  tout  achat  et  de  toute 
construction.  Pour  sortir  d'une  situation  obérée,  on 
propose  la  dispersion  du  couvent  en  d'autres  maisons 
de  l'ordre  {Statuta,  1189  :  18;  1196  :  56),  la  vente  de 
biens  meubles  et  même  d'immeubles  (ibid.,  1184  :  13; 
1204  :  37),  ou  la  suppression  de  l'abbaye. 

Entre  temps,  toute  réception  de  novice,  moine  ou 
convers,  est  interdite  (ibid.,  1196  :  56);  l'abbé  subit 
une  peine  qui  peut  aller  jusqu'à  la  déposition  (ibid., 
1199  :  23;  1278  :  25);  s'il  veut  se  décharger  de  l'abba- 
tiat,  on  l'astreint  d'abord  à  acquitter  les  dettes  (ibid., 
1260  :  21).  Si  l'abbé  endetté  et  ses  officiers  montrent 
peu  d'empressement  à  sortir  de  leur  situation,  le  cha- 
pitre général  dispose  des  censures  ecclésiastiques,  ex- 
communication et  interdit,  et  inflige  des  pénitences 
qui  soient  une  leçon  profitable  pour  les  autres  (ibid., 
1182  :  9;  1268  :  54).  Il  est  d'ailleurs  bien  entendu  que, 
les  monastères  étant  tous  sui  iuris,  chacun  n'est  res- 
ponsable que  de  lui-même;  on  ne  peut  donc,  en  stricte 
justice,  obliger  les  monastères  voisins,  ni  ceux  de  la 
même  filiation,  à  acquitter  des  dettes  auxquelles  ils 
sont  complètement  étrangers  (ibid.,  1203  :  30).  Les 
échos  des  statuts  capitulaires  laissent  entendre  que  les 
détresses  financières  sont  assez  fréquentes  au  xiii^  s.  : 
multae  domus  in  ordine  in  multis  terris  et  speciatiter  in 
régna  Franciae  multis  debitis  sunt  oppresssae  (ibid., 
1227  :  6). 

Les  décrets  restrictifs  élaborés  en  chapitre  général 
et  cités  ci-dessus  peuvent  être  considérés  comme  une 
réponse  aux  suggestions  du  pape  Alexandre  III.  Ému 
des  plaintes  que  lui  adressaient  nombre  d'évêques,  et 
spécialement  Richard,  primat  d'Angleterre,  le  pape, 
qui  aimait  sincèrement  les  cisterciens,  ne  voulut  rien 
amputer  de  leurs  privilèges.  Il  fit  appel  à  leur  sens 
religieux  pour  qu'ils  s'interdissent  tout  achat  et  retenue 
de  dîmes  causant  scandale  ou  mauvaise  édification 
(lettres  d'Alexandre  III,  dans  P.  L.,  ce,  1004,  1329; 
Decr.,  1.  ni,  tit.  xxxv,  c.  3;  lettre  de  Richard,  dans 
Manrique,  Ann.  cisterc,  ni,  76  et  P.  L.,  ccvii,  252;  les 
décrets  du  concile  de  Latran  en  1179,  dans  Mansi,  xxii, 
236,  pars  XI II  :  De  religiosis  viris  décimas  ex  privilégia 
non  praestantibus  et  de  privilégia  abutentibus). 


921 


CITEAUX  (ORDRE).  LE 


SIÈCLE   DE  S.  BERNARD 


922 


La  plus  étonnante  et  peut-être  la  plus  abusive  des 
acquisitions  cisterciennes  fut  le  droit  de  percevoir  les 
dîmes.  Dispensés  jadis  (1132)  de  l'obligation  commune 
de  payer  cet  impôt,  parce  qu'ils  cultivaient  eux-mêmes 
leurs  terres  dans  la  pauvreté  du  début,  voici  qu'avant 
la  fm  du  xn«  s.  tels  monastères  deviennent  eux-mêmes 
décimateurs.  Vers  1170,  Bois-Groland  lève  la  dîme  sur 
les  terres,  salines  et  autres  biens  d'abbayes  voisines  et 
de  seigneurs  (P.  Viard,  op.  infra  cit.).  L'abbaye  de  Col- 
baz,  en  Poméranie,  diocèse  de  Cammin,  fut  fondée  en 
févr.  1175.  Dix  ans  après,  l'évêque  diocésain,  Conrad, 
lui  transfère  le  droit  de  toucher  les  dîmes  de  quelques 
villae  voisines  (Ann.  Colbazienses,  dans  M.  G.  H.,  SS., 
XIX,  715).  Boulancourt  en  possédait  depuis  1120;  elle 
les  conserva  en  passant  à  Cîteaux  en  1150.  Les  exem- 
ples se  multiplient  ensuite;  finalement,  en  1230,  après 
de  longues  discussions,  le  chapitre  général  sanctionne  de 
son  autorité  ce  genre  d'acquisitions  (Statuta,  1230  :  3). 

P.  Gagnol,  La  dîme  ecclésiastique  en  France,  Paris,  1911. 

—  J.-B.  Mahn,  L'ordre  de  C.  et  son  gouvernement,  Paris, 
1945,  11'  part.,  3,  Les  cisterc.  et  la  dime.  —  C.  Meyer,  Die 
Kloslergriindung  in  Bayern  und  ihre  Quellen...,  Weimar, 
1931.  —  G.  Schreiber,  Kurie  und  Kloster  im  XII.  Jahrh., 
Stuttgart,  1910;  Studien  zur  Exempt,  der  Cisterc...  Synode 
Dom  1184,  dans  Zeitschr.  der  Savigny-Slift.,  Kan.  Abt.  xxxv, 
1914.  —  P.  Viard,  Hist.  de  la  dîme  eccl.  en  France..., 
XII'  et  XIII'  s.,  Paris,  1912;  S.  Bernard  et  les  moines  décima- 
teurs, dans  S.  Bernard  et  son  temps,  i,  Dijon,  1928,  p.  292.  — 
B.-J.-JI.  Vignes,  Les  doctrines  économiques  et  morales  de  .S. 
Bernard  sur  la  riches.<ie  et  le  travail,  ibid.,  i,  295. 

Le  domaine  de  certaines  abbayes  atteignit  parfois 
des  proportions  considérables  :  celui  de  Clairvaux,  par 
ex.  Fondée  en  1115,  l'abbaye  ne  reçut  d'abord  que  de 
maigres  donations;  mais,  à  dater  de  1121,  et  durant 
plus  d'un  siècle,  1771  donations  furent  faites  par  des 
personnes  de  toutes  conditions  :  aumônes  en  terres, 
rentes  et  droits  utiles.  Avec  le  second  abbé,  commen- 
cent les  acquisitions  à  titre  onéreux.  «  La  partie  la  plus 
considérable  des  propriétés  se  trouvait  sur  les  terri- 
toires qui  forment  aujourd'hui  les  départements  de 
l'Aube,  de  la  Côte-d'Or  et  de  la  Hte-Marne.  Elles 
étaient  groupées  autour  de  quatorze  centres  principaux 
d'exploitation,  savoir  douze  granges  et  deux  celliers  » 
(Roserot,  Dict.  hist.  de  lu  Champagne  méridion.,  Lan- 
gres,  1942,  p.  392;  D'Arbois,  Ëtudes...  abbayes  cislerc, 
303). 

Pour  la  mise  en  valeur  du  domaine  monastique 

—  propriétés  terriennes  parfois  très  éloignées  —  l'abbé 
dispose  des  travailleurs  que  sont  les  moines  et  les  con- 
vers;  au  besoin,  on  prend  des  ouvriers  à  gage  (Exor- 
dium,  c.  xv;  Statuta,  1134  :  xxiv;  1195  :  15).  Trois  offi- 
ciers nommés  librement  par  l'abbé  se  divisent  la  tâche  : 
le  cellérier,  qui  est  pratiquement  à  la  tête  de  toute  l'ex- 
ploitation agricole  et  a  soin  de  tout  le  temporel  de 
l'abbaye  (ibid.,  1134  :  lxvih;  1152  :  2);  le  boursier,  qui 
est  chargé  de  la  comptabilité;  les  maîtres  de  grange 
qui,  avec  un  groupe  de  convers,  vont  s'installer  dans 
les  fermes  distantes  de  l'abbaye.  Le  cellérier  a  donc 
une  fonction  de  grande  importance;  on  doit  trouver 
chez  lui,  comme  chez  le  prieur,  assez  de  qualités  pour 
l'élever  éventuellement  à  l'abbatiat  (ibid.,  1238  :  76). 
Cependant  il  peut  être  tellement  nécessaire  à  une  com- 
munauté que  l'abbé  a  le  droit  de  le  conserver  nonobs- 
tant le  choix  qu'on  ferait  de  lui  pour  gouverner  une 
autre  abbaye  (ibid.,  1 185  :  30).  Afin  de  le  soulager  dans 
son  emploi,  qui  pourrait  être  écrasant  et  nuire  à  sà  vie 
religieuse,  on  lui  adjoint  des  sous-cellériers  (ibid., 
1152  :  2).  Chaque  mois,  et  plus  souvent  si  l'abbé  le 
demande,  le  grand  cellérier  et  ses  aides  rendent  compte 
de  l'état  des  choses  au  point  de  vue  temporel  (ibid.). 
L'avoir  du  monastère,  en  espèces,  est  tout  entier  remis 
aux  mains  du  boursier,  et  on  recommande  à  l'abbé  de 
n'être  pas  le  seul  à  connaître  la  vraie  situation  finan- 


cière de  son  abbaye;  il  doit  se  choisir  à  cet  effet  un 
conseil  composé  de  ]>lusieurs  religieux  (ibid.). 

Les  granges  exploitées  par  les  convers  sont  le  fac- 
teur principal  de  la  prospérité  matérielle  de  Cîteaux. 
Pour  qu'elles  ne  se  nuisent  pas  mutuellement,  on  exige 
entre  elles  la  distance  minima  de  deux  lieues  (ibid., 
1134  :  xxxii).  Bien  que  l'essentiel  d'un  monastère  se 
retrouve  dans  ces  établissements,  les  moines  n'y  peu- 
vent habiter  de  façon  continue  (ibid.,  1134  :  vi);  occa- 
sionnellement, ils  y  viennent  pour  travailler  aux  épo- 
ques de  moisson  et  de  vendange  (ibid.,  1160  :  3),  mais 
ne  peuvent  y  passer  la  nuit  (ibid.,  1157  :  3),  sauf  en  des 
cas  qui  doivent  rester  exceptionnels  (ibid.,  1157  :  66). 
Comme  dans  les  abbayes,  le  silence  est  de  rigueur; 
seuls  le  maître  de  grange  et  l'hôtelier  sont  autorisés  à 
parler  (ibid.,  1134  :  lxxi).  La  clôture  est  strictement 
prescrite;  aucune  femme  n'est  admise  (ibid.,  1134  : 

vii)  ;  on  n'y  sert  ni  vin  ni  bière  (ibid.,  1180  :  10;  1184  : 
9,  15;  1186  :  10).  Cette  dernière  privation  exaspère  les 
convers  des  maisons  anglaises  et,  nonobstant  les  sanc- 
tions, ils  demeurent  incorrigibles  (ibid.,  1192  :  16; 
1195  :  18;  1196  :  51).  Au  spirituel,  les  convers  reçoivent 
d'un  moine  prêtre  de  pieuses  exhortations  et  instruc- 
tions; ce  maître  des  convers  vient  une  fois  la  semaine, 
ou  môme  y  est  à  demeure,  pour  entendre  les  confes- 
sions et  célébrer  la  niesse.  Si  la  grange  n'est  pas  trop 
éloignée,  tout  le  personnel  va  passer  les  dimanches  et 
les  fêtes  à  l'abbaye  (ibid.,  1182  :  7).  Vers  1180,  des 
doutes  s'élèvent  sur  la  légitimité  des  autels  et  chapelles 
qui  avaient  été  érigés  dans  les  granges  et  où  l'on  célé- 
brait parfois  la  messe  et  les  offices  (ibid.,  1157  :  1,  67; 
1180  :  6;  1204  :  11;  1215  :  8;  1228  :  1).  Alexandre  IV 
trancha  la  question  par  une  bulle  favorable  à  cette 
pratique  (Devotionis  veslrue,  févr.  1255)  et  l'on  vit  des 
communautés  entières  s'installer  pour  tout  l'été  dans 
leur  principale  grange  (ibid.,  1270  :  23;  1271  :  64);  la 
vie  régulière  y  était  alors  menée  fidèlement. 

Il  faut  ici  rappeler  les  mercatores  (hommes  d'affaires), 
moines  ou  convers  que  l'on  charge  des  achats  et  ventes, 
et  qui,  pour  cette  raison,  vont  aux  foires  ou  marchés 
publics.  Dans  les  Institutiones,  ces  personnages  ont  mé- 
rité six  chapitres,  sous  la  dist.  XII,  intitulée  De  vendi- 
tione  et  emptione.  Déjà  en  1134  (n.  li),  on  se  plaint 
hautement  de  ces  fonctionnaires  :  M  alla  de  mercato- 
ribus  nostris  quereln  est,  nmlta  confusio,  et  le  chapitre 
général  légifère  de  son  mieux  en  présence  de  ce  mal 
nécessaire  (cf.  D.  D.  Can.,  m,  760). 

L'institution  des  frères  convers  remonte  aux  Insti- 
luta  monachorum  cisterciensium  de  Molismo  venien- 
tium  (Exordium,  c.  xv),  qui  sont  les  premiers  décrets 
de  la  réforme  cistercienne  élaborés  sous  S.  Aubri 
(t  1109).  Tout  de  suite  la  condition  juridique  des  con- 
vers est  fixée  :  ils  sont  de  vrais  religieux,  mais  ils  res- 
tent laïcs,  ne  participant  pas  au  monachat,  ni  aux 
droits  et  devoirs  qui  en  découlent  (Statuta,  1134  : 

viii)  .  Le  motif  de  cette  institution  est  de  permettre 
aux  moines  de  vaquer  plus  pleinement  à  la  prière,  et 
de  les  dispenser  de  quitter  le  cloître  pour  aller  s'occu- 
per de  travaux  agricoles  dans  les  granges  éloignées  de 
l'abbaye  (ibid.,  1134  :  v).  La  troisième  partie  des  Con- 
suetudines,  intitulée  Usus  conversorum,  contient  déjà 
tout  un  ensemble  de  lois  concernant  la  vie  des  con- 
vers, et  dans  les  codifications  des  statuts  promulguées 
dans  la  suite,  la  partie  intéressant  les  convers  sera  tou- 
jours traitée  à  part,  formant  la  XIV''  dist.  (cf.  D.  D. 
Can.,  III,  773). 

Incidemment,  au  c.  vi  des  Usus,  on  donne  une  énu- 
mération  non  exhaustive  des  métiers  divers  exercés 
par  les  frères;  on  y  cite  les  cordonniers,  les  boulangers, 
les  tisserands,  les  tanneurs,  les  forgerons,  les  maçons, 
les  tailleurs,  les  bergers,  les  bouviers,  etc. 

Les  groupes  installés  dans  les  granges  ont  mérité  les 
éloges  de  tous  les  économistes  qui  ont  étudié  le  Moyen 


923  CITEAUX  (ORDRE).   LE  SIÈCLE   DE  S.  BERNARD  O^l 


Age  sous  cet  angle  spécial.  Foigny,  dans  la  Thiérache, 
opéra  une  transformation  avantageuse  du  pays.  Moi- 
nes et  convers  de  Fontfroide  ont  su  associer  à  leur 
piété  un  travail  productif,  dit  l'historien;  ils  en  ont 
compris  l'utilité  avec  une  intelligence  des  besoins  so- 
ciaux qui  les  place,  à  ce  point  de  vue,  bien  au-dessus 
de  tous  leurs  contemporains.  Ceux  de  Mazan  furent, 
«  pour  les  hautes  Cévennes,  de  vaillants  pionniers,  qui 
ont  défriché  avec  un  égal  succès  le  sol  et  les  âmes..., 
forestiers  avisés  »  (Régné,  La  civilisation  cist.  en  Viva- 
rais...,  Privas,  1925).  Pirenne  rend  hommage  aux 
moines  défricheurs  du  nord  de  la  Belgique  et  de  la 
P'iandre  {Hist.  de  Belgique,  i,  292).  Les  granges  d'Al- 
cobaça  et  leurs  ateliers  étaient  autant  d'écoles  d'agri- 
culture et  de  métiers.  En  outre,  à  Vallado,  il  y  avait 
une  école  d'agriculture  qui  dura  jusqu'à  la  suppres- 
sion de  l'abbaye.  C'est  dans  ce  centre  actif  que  le  Por- 
tugal vit  naître  les  premiers  ateliers  de  métallurgie 
(D.  H.  G.  E.,  II,  26).  En  France,  l'abbaye  de  Fontenay 
possédait  dès  1140  des  hauts  fourneaux  et  des  forges 
(Aynard,  La  bourgeoisie  française,  Paris,  1934).  Mori- 
mond  exploita  les  mines  de  fer  de  Chaligny,  à  l'époque 
(xii^  s.)  où  les  chartreux  étaient  maîtres  de  forges  et 
méritaient  l'appellation  de  pères  de  la  métallurgie 
moderne  (A.  Bouchayer,  Les  chartreux  maîtres  de  for- 
ges, Grenoble,  1927). 

Les  convers  cisterciens  inscrivirent  plusieurs  de 
leurs  noms  dans  les  annales  de  la  sainteté  :  le  Bx 
Alexandre  de  Foigny;  le  Bx  Vital  de  S.-Sulpice  en  Bu- 
gey.  Villers-en-Brabant  peut  en  citer  une  série  :  Fran- 
con  de  Laeken,  Eberhard,  Egbert,  Jacques,  Nicolas, 
Reinier,  Arnould  de  Bruxelles,  qui  eut  un  office  litur- 
gique complet.  Le  Bx  Simon  à  Aulne,  le  jeune  Ladislas 
de  Pologne,  Gerekin  à  Alvastra;  en  Italie  S.  Albert  de 
Sestri,  S.  Jean  de  Caramola.  En  Allemagne,  Heister- 
bach  et  Himmerode  comptèrent  les  Bx  Conrad,  Cunon, 
Eberhard,  Henri,  Remi,  Lisfard,  Herman,  etc. 

On  sera  loyal  en  ajoutant  que,  dans  les  rangs  des 
convers,  on  trouve  aussi  quelques  individus  d'une 
autre  spécialité,  des  natures  féodales  indomptées,  re- 
belles et  violentes  (Statuta,  1190  :  75;  1192  :  19,  26; 
1259  :  34;  1260  :  25),  qui  expliquent  assez  l'existence 
des  prisons  monastiques  (ibid.,  1206  :  4;  1229  :  6)  et  les 
excommunications  prononcées  le  dimanche  des  Ra- 
meaux contre  les  «  conspirateurs,  incendiaires,  vo- 
leurs... »  (ibid.,  1183  :  11).  Le  cas  d'homicide  eut  sa 
sanction  (ibid.,  1187  :  2;  1196  :  48;  1200  :  28;  1203  :  50; 
1226  :  23).  Là  où  les  convers  ont  commis  de  graves 
excès,  il  est  interdit  de  faire  désormais  des  réceptions 
au  noviciat  (ibid.,  1261  :  26,  32).  La  condition  juri- 
dique des  convers  fut  mise  en  doute  sous  le  pontificat 
de  Benoît  XIV,  qui,  pour  l'examen  de  la  cause,  créa 
une  congrégation  particulière  composée  de  quatre  car- 
dinaux et  du  secrétaire  de  la  Congr.  des  Év.  et  Régu- 
liers. La  réponse  unanime  des  consulteurs  fut  de  re- 
connaître la  solennité  des  vœux  des  convers  cister- 
ciens depuis  l'origine  (cf.  Analecta  furis  pontiflcii, 
XIV^  sér.,  n.  1301,  du  21  mars  1747). 

Bishop,  Monastic  (/ranges  in  Yorkshire,  dans  English 
hist.  rev.,  1936,  p.  193.  —  P.  Boissonnade,  Le  travail  dans 
l'Europe  chrél.  au  M.  A.,  Paris,  1921.  —  Gauvet,  Hist.  de 
l'abbaye  de  Fonifroide...,  Paris,  187.),  p.  66,  suppute  que 
cette  abbaye  aurait  compté  près  d'un  millier  de  convers 
au  xii'-xiii"  s.  L'abbaye  des  Dunes,  en  Flandre,  en  avait  plus 
de  1  200  en  1250.  —  L.  Dolberg,  Die  Cisterc.  Manche  und 
Conversen  als  Landwirte  und  Arbeiter,  dans  Studien  und 
Mitteil.,  1892,  p.  216,  360,  503.  —  O.  Ducourneau,  De  l'ins- 
litution  et  des  us  des  convers  dans  l'ordre  de  C,  dans  S.  Ber- 
nard et  son  temps,  ii,  Dijon,  1928,  p.  139-201.  —  J.  Estienne, 
L'agriculture  en  Picardie  au  XW  s.  (thèse  Éc.  des  chartes, 
1946).  —  A.  Fliche,  Rôle  économique  des  abbayes  cisterc, 
dans  Ilist.  de  l'Église,  ix,  Paris,  1944,  p.  114.  —  J.-M.  Ga- 
theron.  Sur  la  continuité  du  rôle  agraire  des  cisterc,  dans 
S.  Bernard  et  .son  temps,  ii,  Dijon,  1928,  p.  89-94.  —  Génes- 


tal.  Rôle  des  abbayes  comme  établissements  de  crédit  du  XI'  à 
la  fin  du  XIU'  s.,  Paris,  1901.  ~  Comte  Goblet  d'AIviella, 
Hist.  des  bois  et  des  forêts  de  Relgique,  i,  Paris,  1927,  p.  159- 
84  :  les  cisterc.  défricheurs.  —  R.  Grahani,  English  eccl. 
studies,  Londres,  J929.  —  Kb.  Hofîmann,  Das  Konversen- 
institut  der  Cisterc...,  Fribourg,  1905  (cf.  Rev.  Bén.,  1906, 
p.  289;  Rev.  Mabillon,  1906,  p.  83-93);  Die  Entwickelung  der 
Wirtschaftsprinzipien  im  Cist.  Ord.  wàhrend  des  XII.  und 
XIII.  Jahrh., dans  Hist.  Jahrbuch,  xxxi,  1910,  p.  699-727. — 
CI.  Laufkôter,  Die  utirtscliaftl.  Lage  d.  ehemnl.  braunschw. 
Zisterzienserkloster,  Michaelstein,  Mariental...  (Beilr.  f.  d. 
Gesch.  Niedersachsens  u.  Westfalens,  IX,  1),  Gœttingiie, 
1919.  —  E.  Lesne,  Hist.  de  la  propriété  ecclésiastique  en 
France,  vi.  Les  églises,  monastères,  centres  d'accueil,  d'exploi- 
tation et  de  peuplement,  Lille,  1943.  —  Martène,  Thésaurus, 
IV,  1647,  Régula  conversoruni.  —  G.  Molteni,  //  contralto  di 
masseria  in  alcuni  fondi  milanesi...,  Pavie,  1914.  —  .J.  L. 
Morgan,  The  économie  administration  o/  Coupar  Angus 
abbey,  Glasgow,  1929.  —  F.  A.  MuUin,  A  history  of  the  work 
of  Cistercians  in  Yorkshire  (  1131-i:i00 ),  Washington,  1932. 
—  H.  Pirenne,  Hist.  du  M.  A.,  t.  viii  de  la  coll.  Glotz,  Paris, 
1941,  p.  64  :  les  domaines  cisterciens.  —  Eleen  Power,  The 
wool  trade  in  English  médiéval  history,  Londres,  1941.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  viii,  éd.  Loiivain,  Indices,  au 
mot  Conversi.  —  Svoboda,  Die  Klosterwirtschaft  der  Cisterc. 
in  Ostdeutschland,  1935.  —  H.  Vérité,  Belle  fontaine...,  Paris, 
1883,  p.  409  :  les  moines  cisterc.  et  l'agriculture. 

Depuis  un  demi-siècle  et  plus,  de  nombreuses  études 
ont  été  publiées  sur  l'architecture  cistercienne.  Or  les 
fondateurs  de  Cîteaux  n'avaient  nullement  songé  à 
faire  école  dans  cette  branche  du  savoir  humain.  En 
leur  temps,  pour  élever  leurs  bâtiments  conventuels  et 
leurs  églises,  ils  empruntent  simplement  l'art  de  bâtir 
tel  qu'ils  le  trouvent  autour  d'eux  en  Bourgogne,  mais 
en  l'interprétant  selon  les  principes  ascétiques  qui  gou- 
vernent toute  leur  existence.  Ils  éliminent  donc  ce 
qu'ils  estiment  superflu,  de  nul  secours  pour  eux  dans 
la  poursuite  de  leur  idéal.  Leurs  églises,  notamment, 
ne  seront  pas  de  dimensions  insolites;  on  n'y  verra 
briller  ni  or,  ni  argent,  ni  vitraux  aux  couleurs  variées, 
ni  ces  sculptures  «  singulières  et  complexes  que  S.  Ber- 
nard définit  avec  une  exactitude  surprenante  dans  son 
Apologie,  en  fulminant  contre  cette  beauté  qui  prend 
sa  source  dans  la  déformation  et  cette  déformation  qui 
aspire  à  la  beauté  »  (H.  Focillon,  Art  d'Occident,  Paris, 
1947,  p.  157). 

Les  statuts  capitulaires  de  Cîteaux  précèdent,  ac- 
compagnent et  suivent  les  déclarations  de  S.  Bernard. 
Ils  ne  contiennent  d'ailleurs  que  des  prohibitions  :  pas 
de  tours  ou  clochers  en  pierre  (Statuta,  1157  :  16);  pas 
de  peintures  ni  de  vitraux  historiés  (ibid.,  1 134  :  lxxx; 
1159  :  9;  1182  :  11);  rien  qui  respire  la  somptuosité 
(ibid.,  1188  :  10);  rien  qui  soit  curiositas,  superfluitas 
(ibid.,  1205  :  10;  1213  :  1).  C'est  de  ce  programme  tout 
négatif  qu'on  vit  s'élever,  dans  les  replis  cachés  des 
vallées,  l'architecture  cistercienne.  «  Luxe  ou  simpli- 
cité dans  l'architecture  ?  »  questionne  E.  De  Bruyne 
dans  ses  Études  d'esthétique  médiévale  (u,  Gand,  1946, 
p.  133).  «  Il  existe,  répond-il,  un  art  cistercien...;  c'est 
lui  qui  élève  ces  églises  solides,  simples,  austères,  mais 
d'une  proportion  parfaite...;  c'est  lui  qui  introduit  les 
vitraux  incolores,  simples  morceaux  de  verre  d'un 
blanc  verdâtre  réunis  par  une  armature  de  plomb..., 
décoration  austère  et  d'un  goût  exquis  u  (cf.  A.  Michel, 
Hist.  de  l'art,  u,  300,  384).  C'est  ainsi  que,  «  en  sacri- 
fiant tout  ce  qui  était  secondaire,  les  cisterciens  ont 
rejoint  l'art  monumental  de  leur  siècle,  dans  ce  qu'il 
avait  de  meilleur  »  (marquise  de  Maillé,  Abbayes  cis- 
terc, Paris,  1943,  p.  viii). 

Et  ces  belles  créations  architecturales  furent  semées 
à  travers  toute  l'Europe,  au  même  rythme  accéléré  où 
les  moines  blancs  se  multipliaient  dans  la  chrétienté 
des  xii^  et  xiii"  s.  Ils  trouvaient  d'ailleurs  parmi  eux 
des  maîtres  d'œuvre,  des  ouvriers  spécialisés,  qui,  avec 
l'aide  des  moines  et  des  convers  de  l'abbaye  naissante, 
savaient   mener  l'entreprise   à   bonne   fin   (P.  L., 


f>25  CI  TE  Alix  (ORDRE).  D'INN 

cLxxxviii,  041,  témoignage  d'Orderic  Vital).  Les 
abbayes  françaises  n'ont  guère  conservé  que  les  noms 
d'Achard  et  de  Geoffroi  d'Ainai;  celles  de  l'Europe 
centrale  citent  en  plus  grand  nombre  les  noms  de  leurs 
moines  architectes  et  constructeurs  (M.  Aubert,  L'ar- 
chitecture cistercienne  en  France,  i,  Paris,  1943,  p.  98). 
Parfois  aussi  l'abbaye  faisait  appel  à  des  collabora- 
teurs du  dehors.  Au  xiii'=  s.,  Viliard  de  Honnecourt  tra- 
vaille pour  eux,  tout  en  s'inspirant  des  constructions 
cisterciennes  qu'il  a  vues  lors  de  son  voyage  en  Hongrie 
vers  1240  (C.  Enlart,  Viliard  de  Honnecourt  et  les  cis- 
terc,  dans  Bibt.  de  l'Éc.  des  chartes,  1895,  p.  1-20). 

Le  21  sept.  1147,  le  pape  Eugène  III  consacrait 
l'église  nouvellement  bâtie  de  l'abbaye  de  Fontenay, 
fille  de  Clairvaux.  Aujourd'hui,  cette  «  église  est  encore 
intégralement  ce  qu'elle  était  en  1 147  »  (L.  Bégule,  Fon- 
tenay et  l'architect.  cisterc,  Paris,  1912,  p.  17).  C'est  elle 
qu'il  faut  visiter,  ainsi  que  les  bâtiments  claustraux 
annexes,  pour  apprécier  à  sa  juste  valeur  l'œuvre  des 
bâtisseurs  cisterciens  du  xii"=  s.  Le  plan  généralement 
adopté  plaçait  l'église  du  côté  nord,  son  chevet  se  trou- 
vant orienté.  Le  carré  des  cloîtres,  mettant  en  commu- 
nication facile  les  différents  services,  venait  s'appuyer 
sur  la  paroi  sud  de  l'église.  En  quittant  celle-ci,  on 
trouvait  dans  le  bâtiment  est,  qui  prolongeait  le  trans- 
sept,  la  sacristie  (petite,  car  les  prêtres  s'habillaient 
alors  à  l'autel),  la  salle  capitulaire,  l'auditorium,  un  pas- 
sage pour  atteindre  les  jardins,  une  salle  de  bonnes  di- 
mensions à  l'usage  de  la  communauté.  Au-dessus  de 
cette  aile,  s'étendait  le  dortoir  des  moines.  L'aile  du 
côté  sud  comportait  le  réfectoire  et  ses  annexes,  cui- 
sine et  chauffoir;  l'étage  servait  de  bibliothèque.  Afin 
de  donner  moins  de  longueur  à  cette  aile,  le  réfectoire 
était  disposé  perpendiculairement  au  cloître  et  le  pavil- 
lon de  la  fontaine  trouvait  place  dans  le  préau.  L'aile 
occidentale  était  réservée  aux  convers;  ils  y  trouvaient 
dortoir  et  réfectoire,  ainsi  que  le  cellier,  où  ils  avaient 
à  conserver  les  provisions  alimentaires.  Le  quatrième 
côté  du  cloître,  qui  longeait  l'église,  était  celui  de  la 
lecture.  Il  bénéficiait  de  la  lumière  et  de  la  chaleur, 
quand  cette  disposition  des  lieux  réguliers  avait  été 
respectée;  mais,  en  plus  d'un  cas,  on  dut  élever  les 
bâtiments  conventuels  sur  le  côté  nord  de  l'église,  le 
terrain,  le  cours  d'eau  ou  d'autres  causes  l'exigeant 
ainsi  (cf.  M.  Aubert,  op.  cit.,  i,  112). 

A  distance  de  cet  ensemble  qui  constitue  le  monas- 
tère proprement  dit,  s'élèvent  les  ateliers,  l'hôtellerie, 
l'infirmerie,  «  l'enfermerie  »,  etc.,  le  tout  entouré  d'une 
vaste  enceinte.  Fondation,  développement,  construc- 
tion sont  des  étapes  qui  exigeaient  parfois  bien  des 
années,  et  la  première  génération  de  moines  fonda- 
teurs devait  souvent  se  contenter  de  pauvres  baraque- 
ments élevés  en  hâte,  à  leur  arrivée  sur  le  terrain  con- 
cédé. Fontenay,  que  nous  venons  de  citer,  attendit 
plus  de  vingt  ans  avant  de  pouvoir  commencer  la  cons- 
truction de  son  église  définitive;  ce  qui  fut  entrepris 
grâce  aux  dons  considérables  d'un  évêque  anglais, 
Ebrard  de  Norwich,  venu  en  ces  lieux  demander  paix 
et  solitude  contre  ses  persécuteurs.  C'était  alors  «  la 
période  de  l'architecture  cistercienne  que  l'on  peut  ap- 
peler romane,  mais  du  roman  le  plus  dépouillé  »  (H.  Fo- 
cillon,  op.  cit.,  157). 

D'autre  part,  les  variations  restèrent  possibles,  en 
effet,  sans  que  la  pensée  directrice  de  l'ensemble  dût 
céder  en  aucun  point.  Les  églises  de  Cîteaux,  Fontenay, 
des  Vaux-de-Cernay,  de  Chiaravalle  de  Milan,  San  Gal- 
gano,  Maulbronn,  Camp,  d'Eberbach  et  Ebrach  sont  à 
chevet  plat;  celles  de  Clairvaux,  Chaalis,  Villers,  Clair- 
marais,  Cherlieu,  Veruela,  Beaulieu  abbey,  Croxden, 
Bronnbach,  Chorin,  Heisterbach,  Kaisheim,  Lehnin  se 
terminent  en  hémicycle.  Beaugerais  et  l'Étoile  n'ont 
qu'une  nef  sans  bas  côtés;  ailleurs,  on  trouve  géné- 
ralement des  collatéraux.  Partout  dans  les  abbayes 


OCENT  \ll   A  CLÉMENT   IV  926 

d'hommes,  un  large  transept  contient  plusieurs  autels 
et  chapelles  prévus  pour  la  célébration  des  messes  pri- 
vées. Mais,  ici  encore,  la  variété  reste  possible  dans  la 
manière  de  réaliser  ce  transept  :  carré  ou  en  hémicycle. 
Et  ainsi,  pour  bien  des  points  secondaires  (cf.  M.  Au- 
bert, op.  cit..  Il,  211).  Ces  variantes  étaient  d'ailleurs 
conditionnées  par  les  matériaux  dont  on  disposait, 
par  les  habitudes  des  ouvriers  pris  sur  place  et  qui 
utilisaient  leurs  connaissances  acquises.  La  biblio- 
graphie suivante  montre  jusqu'à  quelles  régions  de 
l'Europe  médiévale  les  cisterciens  ont  porté  l'art 
ogival. 

On  consultera  les  ouvrages  généraux  de  :  A.  de  Dion, 
Études  sur  les  églises  de  l'ordre  de  C,  Paris,  1889.  —  Dehio- 
Bezold,  Die  kirchliche  Baukiinst  des  Abendlandes,  Stuttgart, 
1892.  —  A.  Dhnier,  Recueil  de  plans  d'églises  cisterciennes, 
Paris,  1949.  —  L.  Dolberg,  Die  Kirchen  und  Klôster  der 
Cisterc,  dans  Studien  und  Mitleil.,  xii,  1891,  p.  29.  —  H. 
Focillon,  L'art  cistercien,  dans  Hist.  du  M.  A.  (coll.  Glotz), 
vin,  1941,  p.  537.  —  Le  Grand,  L'œuvre  architecturale  des 
moines  cisterc,  dans  Bull,  de  la  Soc.  arch.  du  Gers,  1936, 
p.  199.  —  Matthei,  Beitràge  zur  Baugescinchte  der  Cisterc. 
Frankreichs  und  Deutschlands...,  Darmstadt,  1893.  —  E. 
Michael,  Ueber  geistliche  Baumeister  im  Mittelalter,  dans 
Zeilschr.  fur  kath.  Theol.,  xxxii,  1908,  p.  213.  —  Hans  Rose, 
Die  Daukunst  der  Cisterc,  Munich,  1916;  Die  Frûhgothik  im 
Orden  von  C,  Munich,  1915.  —  H.  Rïittimann,  Der  Bau-und 
Kunstbetrieb  der  Cisterc,  Bregenz,  1911. 

Pour  les  études  se  limitant  à  un  pays  ou  à  quelques  ab- 
bayes, voir  A.  Dimier,  op.  cit.,  p.  53-62. 

III.  D'INNOCENT  III  A  CLÉMENT  IV  (1198- 
1268). —  Par  la  force  des  choses  et  les  volontés  net- 
tement marquées  de  la  papauté,  les  cisterciens  sont 
amenés  à  élargir  leur  programme.  Innocent  III  les 
lance  dans  la  croisade  contre  les  albigeois,  les  dirige 
aussi  vers  le  N.-E.  de  l'Europe,  pour  convertir  des  peu- 
ples nouveaux.  Innocent  IV  les  installe  en  plein  Paris, 
où  ils  bénéficieront  de  l'enseignement  universitaire.  Ce 
même  xiii«  s.  assiste  étonné  à  une  abondante  floraison 
de  moniales  relevant  de  Cîteaux. 

I.  L'action  extérieure  de  Cîteaux.  —  1"  La  croi- 
sade de  1202.  —  Arrivé  au  pontificat  suprême  en  janv. 
1198,  Innocent  III  cherche  autour  de  lui  des  collabo- 
rateurs. Sa  lettre  Dum  non  solum,  du  21  mai,  est  adres- 
sée à  Cîteaux,  à  Clairvaux,  à  Prémontré  et  à  S. -Victor 
de  Paris  (Potthast,  Reg.,  207).  Le  pontife  y  demande 
instamment  des  prières,  en  raison  de  la  charge  ardue 
qui  lui  est  imposée.  En  juill.  suivant,  une  autre  lettre. 
In  naui  nostri  Piscatoris,  datée  de  Rieti,  veut  atteindre 
le  chapitre  général  de  Cîteaux,  où  doivent  siéger  plus 
de  cinq  cents  abbés  (ibid.,  335).  Dans  cette  missive,  le 
jeune  pontife  renouvelle  sa  demande  de  prières;  mais 
déjà  il  est  pleinement  dans  l'action.  Préoccupé  de  la  fu- 
ture croisade  en  Terre  sainte,  il  se  charge  d'excuser  au- 
près des  capitulants  de  Cîteaux  l'absence  de  l'abbé  de 
Sambucina,  car  il  utilise  actuellement  ses  services 
comme  prédicateur  de  la  croisade.  Plorans  ploravit  Ec- 
clesia,  avait-il  écrit  à  l'évêque  de  Syracuse  et  à  l'abbé 
Luc  de  Sambucina,  futur  archevêque  de  Cosenza  (1203- 
24)  :  c'était  l'acte  de  délégation  donnée  à  ces  deux  pré- 
lats, leur  enjoignant  de  visiter  les  cités,  les  places  for- 
tes, les  châteaux,  afin  d'allumer  au  cœur  des  nobles  et 
du  peuple  entier  de  Sicile  le  saint  enthousiasme  pour 
la  reconquête  des  pays  du  Christ  (ibid.,  320). 

D'autre  part,  il  décrétait  pour  toutes  les  maisons  cis- 
terciennes l'impôt  du  cinquantième  (ibid.,  913;  P.  L., 
ccxiv,  82fi).  Il  y  eut  bien  quelques  difficultés  dans  l'exé- 
cution (Stututa,  1203  :  27);  mais  le  chapitre  général 
avait  promis  la  somme  globale  de  2  000  marcs  et,  en 
juill.,  le  pape  remerciait  le  chapitre  du  don  promis  pro 
suhsidio  Terrae  sanclae  (Potthast,  Reg.,  1435).  En  ou- 
tre, ordre  était  donné  de  laisser  partir  avec  les  croisés 
les  abbés  des  Vaux-de-Cernay,  de  Perseigne,  de  Loos, 
de  Cercanceaux,  qui  pourraient  s'adjoindre  aussi  du 


927 


CITE  AUX   (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


928 


personnel  et  du  matériel  de  chez  eux  (ibid.,  1409;  Sia- 
tuta,  1201  :  37). 

On  sait  comment  sombra  dans  le  mercantilisme  la 
croisade  dite  des  Vénitiens  (Luchaire,  Innocent  III  et 
la  question  d'Orient,  Paris,  1911  ;  R.  Grousset,  Hist.  des 
croisades,  m,  Paris,  1936,  p.  169;  F.  Lot,  L'art  mili- 
taire... au  M.  A.,  I,  Paris,  1946,  p.  169-77). 

2°  La  croisade  des  albigeois.  —  Entre  temps,  le  re- 
gard d'Innocent  III  s'attardait  sur  le  midi  de  la  France, 
où  le  peuple  fidèle  était  rongé  par  l'hérésie.  Les  efïorts 
tentés  au  xii^  s.  n'avaient  guère  produit  de  résultats 
(cf.  supra,  col.  896  sq.).  Le  comte  de  Toulouse,  Ray- 
mond VI,  en  était  venu  à  protéger  la  secte  qui,  au  dé- 
but du  xiii«  s.,  régnait  triomphante,  ayant  conquis 
presque  toute  la  noblesse  du  Haut-Languedoc.  Celle- 
ci,  en  efîet,  trouvait  facilement  son  compte  dans  les 
nouvelles  doctrines.  L'Église  n'a  pas  le  droit  de  pos- 
séder, proclamaient  les  «  parfaits  »  ou  cathares;  ce  fai- 
sant, elle  va  à  rencontre  de  la  pensée  divine,  et  c'est 
faire  œuvre  pie  que  de  la  dépouiller. 

L'invitation  n'était  pas  restée  sans  réponse.  Les  sei- 
gneurs s'étaient  jetés  à  la  curée  des  biens  ecclésiasti- 
ques. En  1196,  le  pape  Célestin  III  reprochait  à  Ray- 
mond VI  de  n'avoir  «  aucun  respect  pour  les  droits  des 
églises  et  des  monastères  »  (P.  L.,  ccvi,  1155).  Le  peu- 
ple avait  suivi  ses  princes.  Ce  qui  le  fascinait  surtout, 
c'était  la  vie  hypocritement  austère  des  parfaits  :  vio- 
lent contraste  avec  les  habitudes  relâchées  d'une 
grande  partie  du  clergé.  Les  prédicants  du  nouvel  évan- 
gile avaiént  ainsi  fanatisé  les  foules. 

Que  faire  pour  extirper  l'hérésie  ?  Ne  pouvant  comp- 
ter sur  les  évêques,  dont  plusieurs  sortaient  des  fa- 
milles nobles  du  pays,  ni  sur  le  clergé  paroissial  man- 
quant de  zèle  et  de  science,  la  papauté  fait  appel  aux 
abbayes  cisterciennes.  Nombreuses  et  prospères  dans 
le  midi  de  la  France,  elles  font  figure  de  rempart  de 
l'orthodoxie.  Avec  elles.  Innocent  III  prétend  agir 
énergiquement.  Dans  une  lettre  adressée  à  l'abbé  de 
Cîteaux  et  aux  moines  de  Fontfroide  choisis  comme  lé- 
gats, le  pape  trace  un  tableau  de  la  situation,  puis  se 
console  à  la  pensée  qu'il  trouve  des  religieux  capables 
de  lutter  par  la  parole  et  par  l'exemple  contre  les  héré- 
tiques :  Gaudemus  autem  quod  in  ordine  vestro  muiti  re- 
periuntur  habentes  zehim  Dei  secundum  scientiam,  pa- 
tentes in  opère  et  sermone...  (Potthast,  Reg.,  2229;  P.  L., 
ccxv,  358). 

Il  lance  dans  le  Languedoc  une  mission  dont  les 
chefs,  Raynier  et  Guy,  moines  cisterciens,  sont  munis 
de  très  amples  pouvoirs.  C'est  le  début  de  l' Inquisition. 
Raynier,  bientôt  malade,  est  remplacé  par  Pierre  de 
Castelnau,  jadis  archidiacre  de  Maguelonne  et  récem- 
ment religieux  profès  de  Fontfroide,  près  de  Nar- 
bonne.  Puis  c'est  l'abbé  de  Cîteaux  lui-même,  Arnaud 
Amaury,  issu  d'une  noble  famille  du  Midi,  qui  vient 
comme  légat  apostolique  prendre  la  direction  de  la  mis- 
sion pontificale.  Ils  sont  dès  lors  une  douzaine  d'abbés 
et  un  bon  nombre  de  moines  (Pierre  des  Vaux-de-Cer- 
nay,  Hist.  albigensium,  P.  L.,  ccxiii,  554;  Rec.  des  hisl. 
des  Gaules,  xix,  10). 

Leurs  premiers  efforts  vont  à  épurer  l'épiscopat;  on 
l'ampute  des  parties  gangrenées.  L'archevêque  de  Nar- 
bonne,  déposé,  en  appelle  au  pape;  les  évêques  de  Bé- 
ziers,  de  Toulouse  et  de  Viviers  sont  déposés.  Les  mis- 
sionnaires multiplient  ensuite  leurs  prédications;  ils 
acceptent  des  conférences  contradictoires,  se  mainte- 
nant ainsi  dans  la  ligne  tracée  par  Innocent  III,  qui 
voulait  «  la  conversion  des  pécheurs  et  non  leur  exter- 
mination ». 

Leurs  efforts  à  tous,  abbés  et  moines,  demeurent  sté- 
riles cependant,  au  point  que  Pierre  de  Castelnau,  le 
futur  martyr,  supplie  le  pape  de  le  relever  de  ses  fonc- 
tions (en  1204,  lettre  d'Innocent  à  Pierre;  P.  L.,  ccxv, 
525).  Innocent  III  les  maintient  tous  dans  l'œuvre 


commencée.  Entre  temps  (1203),  Diégo,  évêque  d'Os- 
ma,  et  S.  Dominique  étaient  venus  renforcer  le  per- 
sonnel de  la  mission.  Il  leur  parut  que  le  train  seigneu- 
rial des  prélats  cisterciens  annulait  le  fruit  de  leur  pré- 
dication. Tous  alors  essayent  d'une  vie  vraiment  apos- 
tolique :  marchant  à  pied,  vivant  d'aumônes,  ils  par- 
courent la  région  qu'ils  veulent  reconquérir  au  Christ. 
Il  y  eut,  de  ce  fait,  quelques  conversions,  mais  si  peu, 
que  le  pape  dut  se  rendre  à  l'évidence  :  les  hérétiques 
ne  se  soumettraient  qu'à  la  force  des  armées  catholi- 
ques. 

Une  croisade  fut  donc  décidée.  La  première  victime 
en  fut  Pierre  de  Castelnau.  Le  15  janv.  1208,  au  mo- 
ment où  il  allait  passer  le  Rhône,  il  était  assassiné  par 
une  main  inconnue.  «  Que  Dieu  te  pardonne,  puisque  je 
te  pardonne  »,  s'écria-t-il  en  mourant.  Le  comte  Ray- 
mond VI  de  Toulouse  fut  rendu  responsable  du  crime 
et  il  semble  bien  que  l'opinion  publique  ne  s'était  guère 
trompée  sur  ce  point.  La  lettre  d'Innocent  III,  adres- 
sée à  la  chrétienté  du  midi  de  la  France,  fait  le  récit  de 
ce  martyre  et  prononce  un  vibrant  appel  aux  armes 
contre  le  comte  de  Toulouse  (Potthast,  Reg.,  n.  3355, 
3356?  P.  L.,  ccxv,  1354,  1361  ;  Hist.  albig.,  c.  viii;  lac. 
cit.,  556). 

D'autre  part,  les  abbés  cisterciens  de  Pin  et  de  Per- 
seigne  (P.  L.,  ccxv,  1360;  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xix, 
500),  ainsi  que  l'archevêque  de  Tours,  reçurent  mis- 
sion de  négocier  une  trêve  de  deux  ans  entre  la  France 
et  l'Angleterre,  pour  enlever  à  Philippe  Auguste  tout 
prétexte  d'abstention.  La  croisade,  cependant,  se  fit 
en  dehors  de  lui. 

Aux  appels  du  S. -Siège,  que  les  légats  répétaient 
partout  en  France,  on  vit  se  lever  une  armée  considé- 
rable. Au  milieu  des  évêques  et  des  seigneurs  partant 
pour  la  guerre  sainte,  on  distinguait  plusieurs  abbés  et 
moines  de  Cîteaux,  notamment  Guy,  abbé  des  Vaux- 
de-Cernay,  et  son  neveu,  Pierre,  l'historien  de  ces  évé- 
nements {Hist.  albig.,  c.  vi;  loc.  cit.,  555).  Il  fallut  de 
nouveau  épurer  l'épiscopat,  déposer  les  prélats  sus- 
pects, ou  qui  avaient  franchement  pactisé  avec  l'héré- 
sie. C'est  alors  que  le  siège  de  Narbonne  fut  confié  au 
chef  religieux  de  la  croisade,  Arnaud  de  Cîteaux  (1212). 
Guy,  abbé  des  Vaux-de-Cernay,  fut  nommé  à  l'évêché 
de  Carcassonne,  tandis  que  Foulques  (ou  Folquet),  l'an- 
cien troubadour,  devenu  moine  et  abbé  de  Thoronet, 
occupait  en  1206  le  siège  épiscopal  de  Toulouse. 

A  la  tête  des  armées,  Simon  de  Montfort  fit  des  con- 
quêtes, avec  des  alternatives  de  recul.  Par  malheur, 
les  violences  de  ses  soldats  et  des  bandes  qui  les  sui- 
vaient ternirent  souvent  ses  victoires,  et  lui-même, 
finalement,  parut  préoccupé  de  ses  intérêts  person- 
nels plus  que  du  but  essentiel  de  la  croisade.  C'était 
méconnaître  les  directives  pontificales.  Le  25  juin  1218, 
Simon  succombait,  frappé  à  mort  sous  les  murs  de 
Toulouse  assiégée  depuis  neuf  mois.  Avec  lui  finit,  peut- 
on  dire,  la  croisade  contre  les  albigeois.  Son  fils  Amau- 
ry, conscient  de  son  impuissance,  remit  aux  mains  du 
roi  de  France  la  cause  de  la  croisade,  dont  le  caractère 
religieux  s'estompe  dès  ce  moment  pour  prendre  l'al- 
lure d'une  expédition  politique.  Le  Languedoc  fut 
réuni  à  la  couronne  de  France.  On  était  en  marche  vers 
l'unité  française  et  un  grand  pas  venait  d'être  fait. 

Pierre  de  Castelnau  n'avait  pas  été  le  seul  à  verser 
son  sang  pour  la  bonne  cause.  Étienne,  l'abbé  cister- 
cien d'Eaunes  (Elnae),  voyageant  avec  deux  moines 
et  un  convers,  fut  attaqué  par  Guillaume  de  Roque- 
fort, frère  de  l'évêque  déposé  de  Carcassonne.  L'abbé 
et  le  convers  Hildebrand  furent  tués;  l'un  des  deux 
moines  fut  laissé  à  demi  mort,  tandis  que  son  confrère 
parvenait  à  fuir  {Hist.  albig.,  c.  xxx;  Teulet,  Layettes 
du  Trésor  des  chartes,  i,  n.  968  :  lettre  des  consuls  citant 
le  meurtre  de  l'abbé  Étienne  et  les  tortures  infligées  à 
des  moines  de  Boulbonne). 


929 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT   IH   A  CLÉMENT  IV 


930 


Les  décrets  des  chapitres  de  Cîteaux  nous  ont  con- 
servé quelques  échos  de  ces  graves  événements.  En 
1216  (Statula,  1216  :  4),  on  est  plein  de  vénération  pour 
le  chef  militaire  de  la  croisade,  et  l'on  défend  de  dire 
ou  de  faire  quoi  que  ce  soit  contre  Simon,  «  le  chevalier 
du  Christ  ».  Cette  même  année  cependant,  le  chapitre 
général  délègue  deux  des  plus  vénérables  abbés  pour 
aller  réconcilier,  si  possible,  les  deux  chefs  de  la  croi- 
sade :  Arnaud,  archevêque  de  Narbonne,  et  Simon  de 
Montfort,  que  divisent  des  vues  différentes  et  une  pé- 
nible incompréhension  (ibid.,  1216  :  Cl). 

En  sept.  1218,  trois  mois  après  la  mort  de  Simon,  le 
chapitre  général  enjoint  aux  abbés  de  Bithaine,  de 
Noirlac  et  de  Chalivoix  d'aller  examiner  sur  place  la 
conduite  des  abbés  et  moines  prédicants.  Ils  auraient  à 
faire  rentrer  dans  leurs  abbayes  ceux  qui  ne  donne- 
raient pas  satisfaction,  ou  qui  se  trouveraient  là  sans 
une  autorisation  très  spéciale  du  chapitre  général  (ibid., 
1218  :  35).  L'enthousiasme  polir  la  croisade  est  désor- 
mais bien  éteint.  Par  ailleurs,  selon  la  demande  du 
comte  Amaury,  le  service  anniversaire  pour  son  défunt 
père  fut  fidèlement  célébré  dans  l'ordre  de  Cîteaux,  le 
25  juin  de  chaque  année  (ihid.,  l'2.36  ;  8;  1230  :  15; 
1250  :  16). 

Entre  temps,  Arnaud  Amaury  avait  fait  une  diver- 
sion en  Espagne,  à  l'effet  de  réparer  le  désastre  subi 
par  la  milice  sacrée  de  (^alatrava.  Emmenant  avec  lui 
un  détachement  d'armée  et  réunissant  là-bas  toutes  les 
milices  sacrées  d'Espagne,  dont  l'abbé  de  Cîteaux  est 
le  supérieur  suprême,  Arnaud,  chef  militaire  autant 
que  prélat,  pousse  si  énergiquement  les  choses  que  Ca- 
latrava  est  reprise  sur  les  Maures  et  rendue  à  ses  an- 
ciens occupants.  Alphonse,  roi  de  Castille,  en  écrivit 
longuement  à  Innocent  III.  Arnaud  fit  également  le 
récit  de  cette  étonnante  victoire  de  Navas  de  Tolosa 
(juin.  1212),  dans  une  lettre  adressée  au  chapitre  géné- 
ral de  Cîteaux,  en  septembre  de  cette  même  année 
(Manrique,  Ann.  cisterc,  iri,  562;  Gatl.  christ.,  vi,  instr., 
53;  Ughelli,  i,  164). 

La  bibliographie  sur  ce  sujet  est  surabondante.  Nous  don- 
nons ci-dessous  un  choix  limité. 

1°  Doctrine  des  albigeois.  —  P.  Belperron,  La  croisade 
contre  les  albigeois,  Paris,  1946,  l"  partie,  p.  1-118.  —  Don- 
daine,  O.  P.,  a  publié  le  Liber  de  duobus  principiis,  récem- 
ment retrouvé,  dans  Instiluio  stor.  dominicano,  Rome,  1939 
(cf.  Rev.  des  se.  pliil.  et  théol.,  xxviii,  juill.-oct.  1939);  Les 
actes  du  concile  albii/eois  de  S.-Félix  de  Caraman,  dans  Mis- 
cellanea  G.  Mercali,  vol.  y,  Storia  eccles.,  Rome,  1946.  —  Y. 
Dossat,  Le  clergé  méridional  à  la  veille  de  la  crois,  des  albi- 
geois, dans  Hev.  du  Languedoc,  1944,  p.  263.  —  J.  Guiraud, 
art.  Albigeois,  dansD.  H.  G.  E.,  i,  1619-.52,  réf.  col.  1693. 
—  F.  Vernet,  art.  Albigeois,  dans  D.  T.  C,  i,  677-87.  —  L. 
De  Lacger,  L'Albigeois  pendant  la  crise  de  l'albigéisme,  dans 
Hev.  d'hist.  eccl.,  1933,  p.  272  sq.  —  A.  W'ilmart,  Une  lettre 
sur  les  cathares  du  Nivernais,  dans  Rev.  Bén.,  1935,  p.  72. 

2»  .Sources  contemporaines.  —  Pierre  des  Vaux-de-Cernay, 
Jlistoria  albigensium,  de  très  haute  valeur  historique, 
affirment  Ch.  De  Smedt,  A.  Molinier;  Paul  Meyer  déclare  : 
t  Chez  cet  auteur,  tout  est  à  prendre,  tout  est  historique  »; 
éd.  dans  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xix  et  P.  L.,  ccxiii; 
l'édition  a  été  reprise  de  manière  très  scientifique  par  P. 
Guébin  et  E.  Lyon,  3  vol.,  Paris,  1926-39.  —  Guillaume  de 
Puylaurens,  qui  se  trouvait  dans  l'entourage  de  l'évêque 
Foulques,  a  laissé  une  Historia  albigensium,  éd.  Rec.  des 
hist.  des  Gaules,  xix-xx.  —  Potthast,  Reg.,  mentionne  les 
nombreuses  lettres  d'Innocent  III  relatives  aux  albigeois, 
dont  plusieurs  ont  passé  dans  le  Corpus  juris  :  Decr.,  1.  I, 
tu.  VI,  c.  26;  tit.  x,  c.  4;  1.  V,  lit.  i,  c.  18;  tit.  vu,  c.  10.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  ann.  1207-1240,  passim. 

3»  Travaux.  —  P.  Belperron,  op.  cit.,  proteste  contre  les 
déformations  qu'on  a  fait  subir  à  cet  épisode  historique;  il 
n'y  a  pas  eu,  chez  les  vainqueurs,  un  plan  bien  arrêté  dès 
le  début  pour  écraser  la  civilisation  démocratique  prête  à 
s'épanouir  dans  la  France  du  Midi.  —  P.  Breillat,  Le  Graal 
et  les  albigeois,  dans  Reu.  d'hist.  litt.  du  Languedoc,  1947, 
p.  207.  —  P.  Courrent,  Rôle  de  Montségur  au  cours  de  la 
croisade  des  albigeois,  dans  Bull,  de  la  Soc.  d'études  de  l'Aude, 

DICT.  d'hist.  et  de  GÉOOn.  ECCI-ÉS. 


Carcassonne,  1931.  —  A.  Fliche,  La  chrétienté  romaine, 
1198-1274  (=  t.  X  de  Vllist.  de  l'Église,  Paris,  1950).  —  J. 
Guiraud,  dans  D.  H.  G.  E.,  i,  1656-94.  —  F.  Lot,  L'art 
militaire...  au  M.  A.,  i,  Paris,  1946,  p.  211-10.  —  A.  Lu- 
chaire,  La  croisade  des  albigeois,  Paris,  1905.  —  De  Vic- 
Vaissete,  Hist.  gén.  de  Languedoc,  Paris,  1730.  —  Césaire 
d'Heisterbach  a  inséré  dans  ses  Historiae  memorabiles,  1.  V, 
c.  xxi,  le  récit  bien  connu  du  massacre  de  Béziers,  et  c'est 
de  lui  que  date  la  légende  du  :  «  Tuez-les  tous;  Dieu  recon- 
naîtra les  siens.  »  Il  fait  endosser  la  responsabilité  de  cette 
prétendue  consigne  au  légat  Arnaud  Amaury,  dont  il  con- 
naissait sans  aucun  doute  le  tempérament  autoritaire  et 
violent.  Légende  inconciliable  avec  la  série  des  faits  racontés 
par  les  témoins;  légende  abandonnée  depuis  1866  (cf.  liev. 
des  questions  hist.).  —  L.-J.  Thomas,  Quelques  aspects  peu 
connus  de  la  croisade...  albig.,  dans  Cahiers  d'hist.  et  d'ar- 
chéol.,  i,  Nîmes,  1931,  p.  257.  —  A.  Villemagne,  Bullaire  du 
Bx  Pierre  de  Castelnau,  Montpellier,  1917. 

4°  Inquisition.  —  J.  Guiraud,  Hist.  de  V Inquisition  au 
M.  A.,  Paris,  1935-1938.  —  H.  Maisonneuve,  Études  sur 
les  origines  de  l' Inquisition,  Paris,  1942;  Un  conflit  juridique 
dans  la  chrétienté  du  XII I'  s.,  dans  Mélanges  de  se.  relig.,  ii, 
1946,  p.  35-74.  —  C.  Molinier,  L' Inquisition  dans  le  midi  de 
la  France,  Paris,  1880. 

5°  Montjort.  — •  A.  Molinier,  Catalogue  des  actes  de  Simon 
et  d'Amaurg  de  Monlfort,  Paris,  1874.  —  Y.  Renouard,  Les 
Montjort,  dans  L'information  hist.,  1947,  p.  85.  —  A.  Vara- 
gnac.  Croisade  et  nuirchandise,  dans  Annales,  Écononnes..., 
1946,  p.  209.  —  Lettres  d'Innocent  IV  concernant  Mont- 
fort,  cf.  E.  Berger,  Les  Reg.  d'Innocent  IV,  n.  2791,  3475, 
5016,  .5017,  .501 9,  ,')020,  502S,  5159,  6.500-6.503,  0747,  7045, 
7046,  7618. 

3°  Évangélisation  du  N.-E.  de  l'Europe.  —  En  juill. 
1198,  Berthold,  abbé  de  Loccum,  puis  évêque  de 
Brème  (D.  H.  G.  E.,  vni,  967),  subissait  le  martyre  en 
Livonie,  où  il  était  allé  prêcher  la  foi  chrétienne  avec 
un  groupe  de  ses  moines.  Ce  fut  l'occasion  pour  Inno- 
cent III  d'adresser  une  lettre  aux  chrétiens  de  Saxe  et 
de  Westphalie,  pour  les  engager  à  défendre,  par  tous 
moyens  possibles  et  légitimes,  les  convertis  que  comp- 
tait la  Livonie  (Potthast,  Reg.,  842;  P.  L.,  ccxiv,  739). 
Peu  d'années  après,  en  1206,  une  autre  lettre  du  même 
pontife  raconte  la  démarche  faite  par  l'abbé  de  Lekno 
pour  délivrer  ses  moines  retenus  prisonniers  par  les  in- 
fidèles de  Livonie,  et  veut  donner  à  cette  mission  loin- 
taine une  impulsion  nouvelle.  Qu'on  y  envoie,  dit  la 
lettre,  des  cisterciens  et  autres  prédicateurs  de  bonne 
volonté,  qui  évangéliseront,  baptiseront,  feront  la  li- 
turgie des  morts,  etc.  (Potthast,  Reg.,  2901;  P.  L., 
ccxv,  1009).  Christian,  moine  d'Oliva,  se  distingua  par 
son  zèle.  En  1215,  il  devint  le  premier  évêque  de 
Prusse,  évêque  régionnaire,  semble-t-il.  Son  plan 
d'apostolat  était  de  créer  un  clergé  indigène;  mais  il 
fut  peu  secondé  dans  ses  efforts  (Potthast,  Reg.,  4573; 
Statuta,  1213  :  52).  La  population  païenne  le  retint 
captif  durant  six  ou  sept  ans.  Il  mourut  en  1245,  retiré, 
croit-on,  à  l'abbaye  de  Sulejow  (Hauck,  iv,  656  sq.). 

Un  procédé  d'évangélisation  était  de  prendre  pied 
au  milieu  des  infidèles  en  y  créant  des  abbayes,  postes 
avancés  d'où  rayonneraient  les  prédicateurs,  renforcés 
de  milices  sacrées.  C'est  ce  que  tenta  de  réaliser  Albert, 
premier  évêque  de  Riga  {D.  H.  G.  E.,  i,  1440).  On  réu- 
nit donc  dans  une  enceinte  fortifiée  les  moines  prédi- 
cants qui  se  trouvaient  là-bas  depuis  une  dizaine  d'an- 
nées. Aux  environs  de  1204,  l'installation  était  devenue 
l'abbaye  de  Dûnamunde,  gouvernée  par  Thierry  venu 
de  l'abbaye  de  Pforte,  et  qui  allait  être  créé  premier 
évêque  de  Leale,  en  Estonie.  Dïmamunde  eut  alors 
(1213)  pour  abbé  Bernard  de  Lippe,  chevalier  west- 
phalien  entré  jadis  à  l'abbaye  de  Marienfeld.  Après 
quatre  ans  d'abbatiat,  il  était  sacré  évêque  de  Scmgal- 
len  par  son  fils  Othon,  évêque  d'Utrecht;  plus  tard  il 
sacra  lui-même  un  autre  de  ses  fils,  Gérard,  arche- 
vêque de  Brème.  Il  mourut  en  1224. 

L'abbaye  était  prospère;  mais,  en  1228,  les  infidèles 
se  ruèrent  en  masse  sur  ses  murs,  saccageant  les  édi- 

H.  —  XII.  —  .30  — 


931 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  lY 


932 


fices  et  immolant  les  religieux.  En  1263,  nouveau  dé- 
sastre et  incendie.  Trente  ans  plus  tôt,  une  colonie  de 
moines  venue  de  Pforte  était  montée  plus  haut  encore 
dans  le  Nord  et  avait  jeté  les  fondations  de  l'abbaye  de 
Falkenau,  non  loin  de  Dorpat,  dans  l'Estonie. 

Honorius  III  fut  également  préoccupé  de  la  conver- 
sion de  ces  peuples  du  Nord.  En  1221,  une  bulle  était 
adressée  à  bon  nombre  d'archevêques  et  d'évêques, 
leur  demandant  de  choisir  des  hommes  doués  de  vertu 
et  de  science,  prêts  à  sacrifier  leur  vie  dans  les  labeurs 
de  l'apostolat.  Prenez  notamment,  disait-il,  des  reli- 
gieux de  l'ordre  de  Cîteaux  qui  se  trouve  répandu  sous 
toutes  les  latitudes,  cui  Dominus  benedixit  a  mari  usque 
ad  mare  ipsius  extendens  palmites  (Potthast,  Reg.,  6599; 
Martin,  Bullaire...  Lyon,  Lyon,  1905,  n.  780).  Est-ce 
pour  répondre  à  cet  appel  que  le  moine  Baudouin  quitta 
son  abljaye  d'Aulne  (Belgique)  et  commença  la  vie 
voyageuse  qu'il  termina  en  1243  ?  On  le  trouve 
d'abord  dans  les  régions  du  Nord,  puis  à  Rome,  où  le 
pape  le  consacre  évêque  de  Semgallen,  lui  confiant  la 
charge  de  légat  apostolique  en  Livonie,  Gotland, 
Finlande  et  autres  pays  adjacents.  Mais  son  plan 
d'évangélisation  n'eut  pas  la  faveur  des  missionnaires 
allemands.  Baudouin  obtint  cependant  gain  de  cause 
à  la  Cour  romaine  et  devint  ensuite  archevêque  de 
Bizya  en  Thrace  (Potthast,  Reg.,  8852,  8856,  sq.;  cf. 
D.  H.  G.  E.,  VI,  1409). 

Les  missionnaires  allemands  ne  manquaient  pas 
dans  ces  provinces.  Ils  arrivaient  des  abbayes  déjà 
fondées  au  xii''  s.  ;  une  série  en  avait  été  disposée  en 
bordure  de  la  Baltique  :  Oliva,  Bukow,  Stolpe,  Eldena, 
Dargun,  Neuenkamp,  Hiddensee,  Doberan,  Reinfeld 
et,  en  Danemark,  Ruhekloster. 

Bertram,  Gesch.  des  Bistum  Hildesheim,  1899.  —  A. 
Fliche,  dans  Hist.  de  l'Église,  x,  Paris,  1950,  p.  86  sq.  — 
J.  D.  Gruber,  Origines  sacrae  et  civiles,  Leipzig,  1740.  — • 
A.  Hauck,  IV.  —  Innocent  III,  lettre  au  chap.  gén.  de  1212, 
P.  L.,  ccxvi,  668;  Potthast,  Reg.,  1.323,  4573.  —  Leuckfeld, 
Antiquitates  Michaelsleinenses  et  Amelunxbornenses,  Wolf- 
fenbûttel,  1710.  —  A.  Manrique,  Ann.  cisterc.,  iii-iv,  pas- 
sim. — F.Winter,£)ie  Cistercienser  des  nordôstlichen  Deutsch- 
lands.  Gotha,  3  vol.,  1868-71. 

4°  Croisades  en  Terre  sainte.  —  Jean  de  Brienne  gou- 
vernait l'État  franc  de  Jérusalem  en  1218,  quand  se 
forma  une  nouvelle  croisade.  Dès  1213,  elle  était  récla- 
mée par  Innocent  III  (Luchaire,  Innocent  III  et  la  ques- 
tion d'Orient,  282),  qui  l'exigea  ensuite  impérieusement 
au  concile  de  Latran  de  1215.  Sa  volonté  de  croisade 
l'aurait  même  porté  à  se  mettre  lui-même  à  la  tête  de 
l'expédition;  mais  la  mort  le  devança  (16  janv.  1216). 
Honorius  III  voulut,  lui  aussi,  la  croisade,  sans  y 
mettre  toutefois  le  même  emportement  que  son  prédé- 
cesseur. Jacques  de  Vitry,  nommé  évêque  d'Acre,  fut 
chargé  de  prêcher  la  croisade  en  Syrie.  C'était  un  pré- 
lat ami  des  cisterciens.  Ceux-ci  autorisèrent  le  duc  de 
Brabant  à  demander  à  l'abbé  de  Villers  de  l'accompa- 
gner en  Terre  sainte  (Statuta,  1217  :  73).  Déjà  en  1212, 
le  chapitre  de  Cîteaux  avait  permis  au  roi  de  Hongrie 
d'avoir  à  ses  côtés  deux  moines  et  un  convers  {ibid., 
1212  :  66). 

Par  ailleurs,  l'ordre  n'eut  guère  à  fournir  que  des 
contributions  en  numéraire.  Elles  ne  s'obtenaient  par- 
fois qu'avec  lenteur;  les  abbés  de  la  filiation  de  Mori- 
mond  furent  notés  comme  retardataires  en  ce  point 
{ibid.,  1214  :  32).  A  l'occasion  de  cette  expédition  d'ou- 
tre-mer, aussi  bien  que  de  toutes  les  autres,  des  sei- 
gneurs en  partance  pour  la  Terre  sainte  font  des  dona- 
tions aux  abbayes.  Les  cartulaires  abondent  en  ce 
genre  de  concessions;  on  y  trouve  des  dons  faits  de 
manière  absolue;  d'autres  sont  conditionnels  :  si  le 
seigneur  revient,  il  reprendra  sa  terre;  parfois,  c'est 
une  vente  voulue  par  le  propriétaire,  afin  de  se  créer 
des  ressources  immédiates.  D'autres  s'engagent  par 


vœu  à  prendre  l'habit  religieux,  si  la  Providence  les  ra- 
mène en  leur  patrie  (cf.  Cisterc.-Chronik,  1935,  p.  345, 
373).  Cette  croisade,  qualifiée  de  hongroise  en  raison 
de  la  présence  d'André  II,  roi  de  Hongrie,  ne  fut  en 
somme  qu'une  «  imposante  démonstration  militaire  à 
travers  la  Galilée,  qui  n'aboutit  à  rien  »  (R.  Grousset, 
Hist.  des  croisades,  m,  206).  A  leur  retour  au  pays, 
quelques  chevaliers  quittèrent  éperons  et  armure  pour 
revêtir  le  froc  monastique.  Villers-en-Brabant  accueil- 
lit alors  Robert  d'Aspremont  et  Francon  d'Archennes 
(M.  G.  H.,  SS.,  XXV,  226). 

Les  croisades  de  S.  Louis  intéressèrent  davantage  les 
cisterciens.  En  déc.  1244,  Louis  IX,  au  cours  d'une 
grave  maladie,  avait  fait  vœu  de  croisade.  Il  l'accom- 
plit en  juin  1248;  deux  mois  auparavant,  la  Ste-Cha- 
pelle  avait  été  consacrée  par  le  cardinal  Eudes  de  Châ- 
tauroux,  légat  prédicateur  de  la  croisade.  Celle-ci  fut 
essentiellement  française,  bien  qu'au  concile  de  Lyon, 
en  1245,  Innocent  IV  eût  fait  un  appel  général  à  la 
chrétienté.  En  cette  même  année,  le  chapitre  de  Cî- 
teaux décrétait  pour  tout  l'ordre  des  prières  solennelles 
à  célébrer  au  cours  de  la  messe  conventuelle.  Le  psaume 
Deus  venerunt  gentes  in  haereditatem  tuam  était  suivi  de 
prières  pour  les  chrétiens  captifs  en  Terre  sainte,  et  la 
série  des  oraisons  se  clôturait  par  une  invocation  spé- 
ciale pour  le  roi  :  Famulum  tuum  regem  nostrum...  (Sta- 
tuta, 1245  :  2).  En  1247,  la  même  autorité  imposait  une 
procession  de  pénitence,  à  accomplir  chaque  vendredi 
pro  domino  papa,  pro  stcdu  Ecclesiae...  pro  domino  rege 
Franciae...  pro  bono  statu  regni  Franciae...  et  omnibus 
cruce  signatis...  (ibid.,  1247  :  4). 

La  question  des  impôts  fut  réglée  par  le  roi  lui-même. 
Il  avait  demandé  à  Innocent  IV  d'exempter  les  cister- 
ciens aussi  bien  que  les  chartreux,  les  templiers,  les 
hospitaliers  et  l'ordre  de  Fontevrault  (Berger,  Les  Reg. 
d'Innocent  IV,  n.  2053).  C'est  ce  qui  explique  le  silence 
des  statuts  de  Cîteaux  sur  ce  point.  Ils  reprennent  la 
parole  en  1265,  en  présence  du  cardinal  Simon  de  Ste- 
Cécile,  mandaté  pour  la  levée  du  décime  en  faveur  de 
l'afTaire  de  Sicile.  Urbain  IV,  ne  goûtant  pas  la  propo- 
sition qu'on  lui  fit  de  transformer  Manfred,  roi  de  Si- 
cile, en  un  allié  du  S. -Siège,  avait  invité  le  frère  de  S. 
Louis,  Charles  d'Anjou,  à  venir  recevoir  cette  cou- 
ronne. Les  conditions  imposées  étaient  onéreuses  et, 
en  premier  lieu,  il  s'agissait  d'éliminer  l'occupant.  On 
s'efforça  de  donner  à  cette  lutte  une  teinte  de  croisade. 
Clément  IV,  successeur  d'Urbain  IV  (t  2  oct.  1264), 
«  supplia  le  roi  de  France  d'avancer  le  décime.  S.  Louis 
refusa;  il  réservait  sans  doute  ses  ressources  pour 
sa  propre  croisade  »  (É.  Jordan,  Hist.  du  M.  A.,  iv, 
L'Allemagne  et  l'Italie  aux  Xii^  et  Xrii^  s.,  1939, 
p.  363). 

Cîteaux  se  remua  nerveusement  pour  conserver  sa 
situation  privilégiée  en  ce  point.  Privilégié  parce 
qu'agent  dévoué  de  la  politique  pontificale,  Cîteaux, 
en  ces  conjonctures,  hésita  à  suivre  les  directives  ve- 
nant de  Rome.  En  1267,  le  chapitre  général  donna 
pleins  pouvoirs  à  l'abbé  de  Cîteaux  et  aux  quatre  pre- 
miers Pères  pour  s'entendre  avec  le  cardinal  Simon  sur 
une  solution  acceptable.  L'année  suivante,  le  roi  de 
France  reconnaissait  avoir  reçu  de  l'abbé  de  Cîteaux 
20  000  livres  parisis  à  titre  gracieux  et  défendait  en 
conséquence  de  taxer  ses  monastères,  exempts  en  prin- 
cipe de  tout  subside  et  de  toute  taxe  (Huchet,  Cartul. 
ancien  de  Fontmorigny,  1939,  p.  277,  acte  du  4  juill. 
1268).  Cependant,  en  1269,  Charles  d'Anjou  se  plai- 
gnait des  cisterciens  et  imputait  à  leurs  tergiversations 
l'impossibilité  où  il  se  trouvait  de  faire  face  à  ses  énor- 
mes dettes. 

La  deuxième  croisade  de  S.  Louis  a  été  intitulée  par 
l'historien  Grousset  «  l'erreur  de  Tunis  »  —  erreur  non 
imputable  au  roi,  mais  à  son  entourage  et  aux  circons- 
tances. Ce  fut  d'ailleurs  de  courte  durée.  Quittant  la 


mm 


933 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


934 


France  à  x\igues-Mortes,  le  1"  juill.  1270,  Louis  IX  suc- 
combait à  l'épidémie  le  25  août  suivant. 

É.  Jordan,  Les  origines  de  la  domination  angevine  en 
Italie,  1909.  —  F.  Lot,  L'art  militaire...  au  M.  A.,  i,  178-210. 

—  J.-B.  Mahn,  L'ordre  cisterc.  et  son  (louvernement,  p.  160  sq. 

—  Martène,  Thésaurus,  u,  6,  7,  8,  47,  111,  118.  —  Statiita 
cap.  gen.  ord.  cisterc.,  éd.  Louvain,  19.3.3-41,  passim. 

II.  La  p.\pauté  et  les  cisterciens.  —  1°  Au  mo- 
ment où  Innocent  III  prend  en  mains  le  gouvernement 
de  l'Église  universelle,  il  trouve  au  nombre  des  vingt- 
sept  cardinaux  alors  existants  un  seul  cistercien,  Jor- 
dan, des  comtes  de  Ceccano,  ci-devant  abbé  de  Fossa 
Nova,  cardinal  du  titre  de  Ste-Pudentienne  depuis 
1188.  De  la  première  promotion  de  cardinaux,  célélDrée 
par  le  nouveau  pontife,  sortent  son  neveu  Hugolin,  le 
futur  Grégoire  IX,  et  Gérard,  abbé  de  Pontigny 
(t  1200).  La  seconde  promotion,  également  de  1198, 
n'appelle  à  Rome  que  Guy  de  Paré,  abbé  de  Cîteaux. 
Ce  dernier  a  pour  successeur  Arnaud  Amaury;  c'est  à 
lui  qu'Innocent  III  adresse  ses  sermons  précédés  d'une 
lettre,  dont  la  confidence  finale  est  un  long  gémisse- 
ment sur  les  conditions  de  vie  qui  lui  sont  faites.  Il 
voudrait  se  livrer  parfois  à  la  contemplation;  mais,  ac- 
cablé d'affaires,  il  peut  à  peine  respirer;  il  est  dévoré,  il 
ne  s'appartient  plus  :  Sic  tradilus  aliis  ut  pene  penitus 
mihi  videar  esse  suhtractus.  La  continuelle  présence  de 
Nicolas,  «  mon  chapelain  et  votre  moine,  notre  fils  à 
tous  deux  »,  lui  est  utile  et  agréable  (P.  L.,  ccxvii,  309). 

Dans  la  sixième  promotion  cardinalice  (1212),  on 
distingue  l'abbé  de  Fossa  Nova,  Étienne  de  Ceccano, 
du  titre  des  XII-Apôtres  (f  1227),  et  dans  la  septième 
(1216)  Rainier  Capocci,  abbé  de  Trois-Fontaines  près 
de  Rome,  du  titre  de  Ste-Marie  in  Cosmedin  (f  1252). 
D'autres  témoignages  de  la  bienveillance  et  de  l'estime 
du  pontife  pour  les  cisterciens  furent  aussi  la  mission 
dans  le  nord-est  de  l'Europe  et  la  croisade  des  albigeois 
déjà  citées.  Pierre  de  Castelnau  avait  bien  objecté  qu'il 
avait  voué  la  vie  cloîtrée.  Sans  nier  la  valeur  de  son 
argument,  le  pape  l'invitait  à  prendre  en  patience  la 
situation  exceptionnelle  qui  lui  était  faite,  réclamée 
d'urgence  pour  le  bien  des  âmes,  et  d'ailleurs  momen- 
tanée. Ce  double  considérant,  exigenie  necessitate...  ad 
tempus...  (P.  L.,  ccxv,  525),  sera  la  base  d'un  concept 
nouveau  de  vie  religieuse  qui  est  bien  près  de  s'épa- 
nouir dans  l'Église.  Les  ordres  mendiants  vont  inaugu- 
rer sous  peu  une  vie  mixte,  composée  de  prières  et 
d'austérités  claustrales,  avec  fonction  intermittente  du 
ministère  extérieur.  En  les  attendant,  la  papauté  uti- 
lise les  services  des  moines. 

La  lecture  des  Registres  d'Innocent  III  nous  met  en 
présence  de  plusieurs  centaines  de  délégations  adres- 
sées à  des  abbés  et  moines  cisterciens.  Le  pape  les  cons- 
titue juges  de  causes  évoquées  à  son  tribunal  suprême. 
Le  plus  grand  nombre  de  ces  délégations  atteignent  les 
abbayes  de  France.  Les  abbés  italiens  de  Casamari,  de 
Locedio,  de  Sambucina  et  autres  sont  également  délé- 
gués, comme  aussi  ceux  des  abbayes  créées  jusqu'aux 
confins  de  la  chrétienté  :  Alcobaça  en  Portugal;  Rie- 
vaulx,  Melros  en  Angleterre;  Cara  Insula  et  Vitae  scola 
en  Danemark;  Czikador  et  Viktring  en  Hongrie  et  Ca- 
rinthie;  même  la  lointaine  Dilnamunde,  près  de  Riga. 
Distinction  honorable  sans  doute;  mais  cette  charge 
fréquemment  renouvelée  se  faisait  sentir  bien  lourde 
parfois.  Très  considérables  d'ailleurs  étaient  les  incon- 
vénients causés  par  les  absences  forcément  prolongées 
des  abbés,  prieurs,  cellériers  partis  pour  accomplir  les 
mandats  reçus  de  Rome.  En  1208,  par  ex.,  l'abbaye 
d'Altzelle  f  Velus  cella)  s'était  vue  privée  pour  un 
temps  de  l'abbé,  du  prieur  et  du  Père  chantre,  consti- 
tués juges  collégiaux  dans  une  affaire  des  chanoines  de 
Meissen  contre  les  nobles  chevaliers  de  Nozim,  de 
Zobor,  de  Krivitz,  de  Kiinsbach  et  autres  (Potthast, 
Reg.,  3434). 


En  1211,  la  fatigue  est  à  son  comble.  Le  chapitre  gé- 
néral charge  l'abbé  de  Cîteaux  d'aller  «  supplier  le 
Seigneur  Pape  de  nous  épargner;  qu'il  s'abstienne  au 
moins  de  déléguer  les  prieurs,  les  sous-prieurs,  les  cel- 
lériers..., dignetur  parcere,  si  placet  «  (Statuta,  121 1  :  34). 
L'humble  formule  ne  paraît  pas  avoir  ému  beaucoup 
Innocent  III.  A  peine  peut-on  entrevoir  une  atténua- 
tion dans  le  chiffre  des  délégations  parties  de  Rome  à 
l'adresse  des  cisterciens.  Il  faut  attendre  1219  pour 
recevoir  une  réponse  à  la  demande  de  1211.  Mais  alors, 
Honorius  III  aura  remplacé  Innocent  III  depuis  juill. 
121G. 

Rien  ne  fut  changé  par  Innocent  III  dans  les  condi- 
tions juridiques  dont  jouissait  alors  l'ordre  de  Cîteaux. 
Celui-ci  fut  atteint  cependant  par  une  décision  du 
IV«  concile  de  Latran  (1215).  Le  can.  55  restreignit 
l'exemption  des  dîmes  aux  novales  et  à  celles  des  terres 
acquises  antérieurement  au  concile  (Mansi,  xxii, 
1042;  Decr.,  1.  III,  tit.  xxx,  c.  34).  D'autre  part,  le 
régime  gouvernemental  de  Cîteaux  paraissait  aux  lé- 
gislateurs ecclésiastiques  comme  tellement  salutaire 
que  le  concile  inséra,  au  can.  12,  l'obligation  pour  les 
autres  ordres  religieux  de  tenir  désormais  un  chapitre 
général  tous  les  trois  ans,  à  l'instar  de  celui  de  Cîteaux. 
Pour  s'initier  à  cette  pratique,  on  demanderait  la  pré- 
sence de  deux  abbés  cisterciens  du  voisinage,  qui  diri- 
geraient les  débats  (Decr.,  1.  III,  tit.  xxxv,  c.  7,  In  sin- 
gulis;  Mansi,  xxii,  999;  ce  décret  sera  repris  encore  au 
concile  de  Trente). 

Innocent  III  n'a  donné  aucune  bulle  générale  à  l'or- 
dre cistercien  dans  son  ensemble,  pour  confirmer  ses 
privilèges.  Mais  ceux-ci  se  trouvent  confirmés  dans 
des  bulles  particulières  à  certaines  abbayes  —  celle  de 
Cîteaux  en  premier  lieu.  L'abbaye  obtint,  le  5  mai 
1198,  la  bulle  Religiosam  vilam  eligentibus  (ms.  598 
de  Dijon;  Dullaire  de  Cîteaux,  fol.  76-79),  qui  énumère 
et  confirme  les  propriétés  de  l'abbaye  à  cette  date,  puis 
rappelle  les  privilèges  communs  alors  en  usage. 
L'abbaye  de  Loos,  en  Flandre,  obtint  en  1204  une  bulle 
de  la  même  teneur  (Potthast,  Reg.,  2325;  P.  L.,  ccxvii, 
120);  en  1213,  l'abbaye  Bénissons-Dieu  de  Lyon  l'obte- 
nait aussi. 

S'il  n'a  concédé  aucun  privilège  nouveau,  Inno- 
cent III  eut  la  main  ferme  pour  faire  respecter  ceux 
que  ses  prédécesseurs  avaient  accordés,  et  qui  avaient 
créé  la  situation  juridique  privilégiée  des  cisterciens. 
En  matière  de  dîmes,  par  ex.,  on  relève  les  bulles  du 
type  Non  absque  dolore,  ou  Audivimus  et  audienles,  ou 
encore  Gravem  dilectorum,  adressées  aux  archevêques, 
évèques  et  autres  prélats  des  provinces,  oii  les  droits 
des  cisterciens  étaient  battus  en  brèche  (Bull,  de  C, 
fol.  92;  Bull,  de  Clairvaiix,  ms.  591,  4°,  de  Troyes;  Arch. 
dép.  de  l'Aube,  3  H  50;  Cartul.  de  Bonnecombe,  p.  138; 
Carliil.  des  Dunes,  p.  129). 

Même  dans  les  rigueurs  de  sa  parole,  quand  il  s'élève 
contre  les  défaillances,  les  abus,  les  erreurs  dont  il  ap- 
prend l'existence  parmi  les  cisterciens,  le  pape  leur 
prouve  encore  sa  bienveillance  et  son  estime.  Cet  ordre 
monastique  est  pour  lui  un  auxiliaire  puissant  et  dé- 
voué de  sa  politique,  et  il  entend  qu'il  soit  irrépro- 
chable aux  yeux  de  tous  (Nomaslicon  de  1670,  371; 
Potthast,  Reg.,  1772  :  contre  la  mésintelligence  entre 
les  premiers  Pères;  3686  :  au  sujet  de  l'interdit  en  An- 
gleterre. De  même,  jadis,  la  lettre  d'Alexandre  III 
(Jafïé,  8914;  Decr.,  1.  III,  tit.  xxxv,  c.  3). 

A  Clairvaux,  l'idée  de  prières  liturgiques  nouvelles 
en  l'honneur  de  S.  Bernard  occupait  les  esprits.  On  dé- 
sirait des  oraisons  rédigées  par  le  pape  lui-même,  qui 
s'était  distingué  dans  ce  genre  de  compositions  :  A 
candis,  Veni  Sancle  Spiritus,  Ave  mundi  spes.  Maria 
sont  de  lui.  Les  moines  en  causèrent  à  Jean  de  Belmeis, 
autrefois  archevêque  de  Lyon,  maintenant  devenu 
moine.  Ami  personnel  du  pontife  régnant,  il  engagea  la 


}»35 

demande,  qui  fut  appuyée  par  Rainier  Capocci,  abbé 
de  Trois-Fonlaines  et  futur  cardinal.  Sans  tarder,  une 
lettre  parvenait  à  Clairvaux.  Le  pape,  accédant  aux 
vœux  transmis,  présentait  trois  oraisons  à  insérer  dans 
la  messe  de  S.  Bernard.  C'est  encore  celles  qui  se  réci- 
tent aujourd'hui  {P.  L.,  ccxiv,  1032). 

Les  relations  d'Innocent  III  avec  Cîteaux  eurent  un 
épilogue  d'outre-tombe,  qu'on  peut  lire  dans  la  Vita 
Lutgardis  {A.  S.,  iv,  197,  16  juin). 

2°  Honorius  III  (1216-1227),  avant  d'être  élevé  au 
souverain  pontificat,  se  plaisait  dans  l'intimité  des  cis- 
terciens. Dans  la  suite,  il  leur  garda  toujours  cette  sym- 
pathie. Deux  jours  après  son  couronnement,  il  adresse 
à  l'abbé  de  Cîteaux  et  aux  premiers  Pères  de  l'ordre 
une  lettre  où  il  témoigne  de  son  affection,  déjà  bien 
ancienne,  pour  cette  famille  religieuse  qu'il  estime  en- 
tre toutes,  et  qu'il  souhaite  voir  se  maintenir  dans  sa 
première  intégrité  (Sinceritatis  affectas,  dans  Potthast, 
Reg.,  5322).  Innocent  III  avait  une  prédilection  pour 
Fossa  Nova  (16,  17,  18,  19  juin  1208  :  ibid.,  n.  3465); 
son  successeur  favorise  Casamari.  Il  se  réserve  de  con- 
sacrer lui-même  l'église  abbatiale.  «  Je  l'ai  fait  cons- 
truire à  mes  frais,  déclare-t-il,  à  l'époque  où  je  remplis- 
sais des  fonctions  moins  élevées  :  quam  in  minori  offi- 
cia feceramus  propriis  sumptibus  fabricari  (ibid.,  5594, 
5602,  5689).  La  consécration  eut  lieu  en  sept.  1217.  Le 
27  avr.  1222,  il  y  consacre  encore  un  autel  et  profite  de 
cette  circonstance  pour  incorporer  à  l'abbaye  le  mo- 
nastère S. -Dominique  de  Sora  (ibid.,  p.  591,  n.  6849, 
6867). 

Il  réalise  d'ailleurs  plusieurs  incorporations  ou  afTi- 
liations  de  cette  nature,  monastères  d'hommes  ou  de 
moniales  (Pressutti,  Reg.  d' Honorius  III,  3659,  3804, 
3914,  4873,  5588).  Là  où  il  n'est  pas  expédient  de  ten- 
ter une  aussi  radicale  transformation,  le  pape  délègue 
les  moines  blancs  pour  la  visite  canonique  de  monas- 
tères à  réformer  (iftirf.,  751,  840,  1202,  1636,  1637,2263, 
3225,  3639,  4499,  etc.).  Les  délégations  pontificales 
continuent,  en  effet,  de  faire  sortir  de  leur  solitude 
moines  et  abbés.  La  supplique  du  chapitre  général  de 
1211  semble  bien  oubliée  à  la  Cour  romaine.  Gauthier 
d'Ochies,  abbé  de  Cîteaux  (1219-34),  la  renouvelle  et 
obtient  une  réponse  favorable  datée  du  5  déc.  1219. 
Elle  est  conservée  dans  le  Bullaire  de  Cîteaux  (ms.  598 
de  Dijon,  fol.  102),  qui  la  résume  en  disant  :  Ne  causae 
committantur  abbati  Cislercii...  En  somme,  ce  n'était 
que  de  l'eau  bénite  de  cour.  A  rencontre  de  cette  pro- 
messe rassurante,  les  délégations  continuent  d'affluer. 
L'abbé  de  Cîteaux,  notamment,  fut  chargé,  comme  par 
le  passé,  de  missions  diplomatiques  parfois  bien  déli- 
cates (Potthast,  Reg.,  5382,  5698,  5901,  5954,  6335, 
6362;  Manrique,  Ann.  cisterc,  iv,  227). 

Plusieurs  bulles  d'Honorius  III  ont  nettement  pour 
but  la  prospérité  de  la  famille  cistercienne.  Pour  per- 
mettre aux  abbayes  de  continuer  l'abondance  habi- 
tuelle de  leurs  aumônes,  le  pape  maintient  leur  dis- 
pense des  dîmes  (Potthast,  Reg.,  7031,  7313).  La  bulle 
Cum  praeler  pauperem  victum  va  plus  loin  encore.  Elle 
donne  aux  abbés  le  pouvoir  de  se  soustraire  aux  exi- 
gences des  légats  apostoliques  relativement  aux  pro- 
curations pécuniaires  et  aux  réceptions  seigneuriales 
de  leur  personne  et  de  leur  suite.  Ces  visiteurs  doivent 
se  contenter  de  la  nourriture  commune  du  couvent 
(ibid.,  5944,  6170,  6678,  6929).  S'ils  brandissent  l'ex- 
communication, c'est  bien  en  vain,  car  leurs  coups  sont 
annulés  d'avance  par  le  S. -Siège  (ibid.,  5950,  6171, 
6935).  Un  cas  fut  excepté  :  celui  du  cardinal  Grégoire 
de  Crescentio  (ibid.,  6756). 

Une  coutume  s'était  introduite  pour  l'installation 
de  tout  abbé  nouvellement  élu  :  l'archidiacre  du  dio- 
cèse ou  un  autre  dignitaire  venait  présider  cette  céré- 
monie et  recevait  ensuite  le  don  d'un  palefroi  ou  des 
espèces  sonnantes.  Le  pape  fait  cesser  ce  procédé  qu'il 


036 

juge  simoniaque  (ibid.,  7339;  Decr.,  1.  V,  tit.  m,  c.  43). 

Deux  cisterciens  furent  créés  cardinaux  en  1219  et 
reçurent  le  sacre  des  mains  d'Honorius  III  :  Conrad 
d'Urach,  successivement  abbé  de  Villers-en-Brabant, 
de  Clairvaux,  de  Cîteaux,  fut  évêque  de  Porto;  Nicolas 
Chiaramonti  fut  évêque  de  Tusculum.  Le  pape  leur 
confia  différentes  légations.  En  1220,  il  dut  consoler  et 
encourager  son  légat  Conrad  aux  prises  avec  des  difTi- 
cultés  de  toute  nature  (epist.  Exhibitas,  dans  Rec.  des 
hisl.  des  Gaules,  xix,  707;  Potthast,  Reg.,  6363).  Con- 
rad était  en  France  au  moment  de  la  mort  de  Philippe 
Auguste  à  Mantes-sur-Seine  (14  juill.  1223).  Le  lende- 
main, le  cardinal  légat  célébra  les  funérailles  royales 
dans  l'église  abbatiale  de  S. -Denis. 

A  l'élection  qui  suivit  immédiatement  le  décès  d'Ho- 
norius, Conrad  refusa  l'honneur  suprême  qui  lui  était 
offert;  il  fît  choisir  Grégoire  IX,  alors  âgé  de  quatre- 
vingts  ans.  Six  mois  après,  en  sept.  1227,  Conrad  quit- 
tait ce  monde,  disant  son  regret  de  n'être  pas  toujours 
demeuré  dans  la  condition  d'humble  moine  de  Villers. 
Honorius  III  avait  porté  le  titre  cardinalice  des  SS.- 
Jean-et-Paul;  en  1218,  il  fit  introduire  dans  le  calen- 
drier de  Cîteaux  la  fête  de  ces  deux  saints;  leurs  noms 
prirent  place  aussi  dans  les  litanies.  A  l'exemple  de  son 
prédécesseur,  Honorius  III  adressa  le  recueil  de  ses  ser- 
mons à  l'abbé  de  Cîteaux  et  ses  religieux;  la  lettre  d'en- 
voi est  reproduite  dans  Manrique  (Ann.  cisterc,  iv, 
240;  ms.  597  de  Troyes).  Cîteaux  pleura  la  mort  de  ce 
pontife  qui  avait  été  pour  lui  un  père  doux  et  paci- 
fique. Le  chapitre  général  de  1227  décréta  un  anniver- 
saire solennel  à  célébrer  chaque  année,  le  18  mars;  on 
en  lit  encore  la  mention  dans  les  bréviaires  et  missels 
du  xiv  s.  En  Angleterre,  le  moine  poète  de  Rievaulx 
chanta  : 

Honorio  pape  sil  honos  et  laurea  multa  : 
Splentlet  plus  solito  per  eum  Cistercius  onlo. 

C'est  sous  ce  pontificat  que  fut  créée  la  charge  de 
procureur  en  Cour  de  Rome.  En  1220,  on  choisit  deux 
clercs  qui  résideront  près  le  S. -Siège,  ad  impetrandum 
et  contradicendum  (Statuta,  1220  :  49).  Les  abbés  de  Ca- 
samari et  de  S. -Martin  de  Viterbe  sont  mandatés  pour 
fixer  les  honoraires,  qui  restent  à  la  charge  de  l'ordre 
(ibid.,  1229  :  8;  1230  :  11).  On  peut  conclure  de  certains 
textes  qu'un  ou  deux  abbés  voisins  de  Rome  avaient 
mission  du  chapitre  général  annuel  pour  le  choix  de  ces 
procureurs  (ibid.,  1232  :  12;  1233  :  49;  1238  :  39). 

3°  Grégoire  IX  (1227-1241),  par  certains  côtés,  res- 
semble à  Innocent  III,  son  oncle.  Mais  il  est  «  beaucoup 
plus  autoritaire  encore,  plus  partisan  de  la  manière 
forte  »  (É.  Jordan,  L' Allemagne  et  l'Italie  aux  Xii"  et 
Jiii^  s.,  214).  Il  le  prouve  dès  le  début  de  son  règne,  en 
excommuniant  Frédéric  II,  empereur  d'Allemagne.  Ce- 
lui-ci part  cependant  à  la  croisade,  toujours  promise  et 
toujours  remise;  mais  son  but  en  Terre  sainte  est  d'éli- 
miner l'influence  de  la  papauté  pour  lui  substituer  la 
puissance  impériale.  En  1230,  il  se  rapproche  de  Gré- 
goire IX  et  conclut  avec  lui  le  traité  de  San  Germano. 

Entente  éphémère,  car  bientôt  le  monarque  prétend 
doter  son  fils  naturel,  Enzio,  avec  le  royaume  de  Sar- 
daigne,  fief  incontesté  du  S. -Siège.  D'où  nouvel  ana- 
thème  et  nouvelle  guerre.  Malgré  les  circonstances  dé- 
favorables, Grégoire  IX,  en  août  1240,  convoque  à 
Rome  un  grand  concile  pour  Pâques  1241.  «  Frédéric 
annonça  à  la  chrétienté  qu'il  ne  tolérerait  pas  la  réu- 
nion du  concile  »  (Jordan,  op.  cit.,  264;  Reg.  de  Gré- 
goire IX,  n.  5686).  Bon  nombre  de  prélats  entreprirent 
le  voyage  par  voie  de  mer.  Les  vaisseaux  génois  qui 
les  transportaient  furent  détruits  par  la  flotte  pisane,  | 
lancée  par  l'empereur.  Plusieurs  prélats  périrent  alors;  \ 
d'autres  furent  faits  prisonniers  et  livrés  au  vainqueur. 
Dans  ce  nombre,  on  distingue  Guillaume  de  Montaigu, 
abbé  de  Cîteaux;  Guillaume  de  Dongelberg,  abbé  de 


CITEAUX  (ORDRE).   D'IiNNOCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


937 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


938 


Clairvaux;  Jean,  abbé  de  l'Épau  (ou  Piété-Dieu),  ainsi 
que  leur  suite,  moines,  convers,  familiers.  Il  faut  signa- 
ler surtout  le  cardinal  Jacques  de  Pecoraria.  «  Ce  der- 
nier fut  non  seulement  retenu  prisonnier,  mais  mal- 
traité ;  de  dramatiques  entrevues  opposèrent  le  prélat 
et  le  i)rince  qui  se  haïssaient  profondément  »  (Jordan, 
loc.  cit.).  L'autre  cardinal  cistercien,  Rainier  Capocci, 
était  demeuré  en  Italie.  Originaire  de  Viterbe,  il  allait 
sous  peu  arracher  cette  ville  des  mains  de  l'empereur  et 
la  faire  passer  dans  le  parti  du  S. -Siège.  Frédéric  l'esti- 
mait comme  l'ennemi  le  plus  acharné  qu'il  eût  à  la 
Curie  romaine  (E.  von  Westenholz,  Kardinal  Rainer 
Don  Viterbo,  1912). 

A  Cîteaux,  on  fut  consterné.  Les  chapitres  généraux 
de  1241  et  1242  se  célébrèrent  malgré  l'absence  des 
abbés  de  Cîteaux  et  de  Clairvaux.  On  imposa  des  priè- 
res supplémentaires;  mais  il  fallut  aussi  pourvoir  aux 
nécessités  matérielles  des  captifs,  nourriture  et  vête- 
ment {Stuluta,  1241  ;  3,  18).  Les  malheureux  avaient 
décrit,  dans  une  lettre  envoyée  à  Étienne  de  Lexington, 
alors  abbé  de  Savigny,  l'état  de  dénuement  où  l'ennemi 
les  avait  réduits  (cf.  cette  lettre  dans  Chronicle  of  Mel- 
rose,  éd.  en  fac-similé  du  ms.  de  Londres,  1936,  p.  88). 
Entre  temps,  les  prieurs  des  abbayes  privées  de  leur 
prélat  prenaient  en  main  toute  l'administration,  y  com- 
pris la  charge  des  visites  canoniques  des  maisons  filles, 
qu'ils  accomplissaient  accompagnés  d'un  abbé  de  leur 
choix  (ibid.,  1242  :  3,  4). 

L'abbé  de  Clairvaux  ne  survécut  guère  à  sa  libéra- 
tion ;  celui  de  Cîteaux  fit  accepter  sa  démission  par  le 
chapitre  général  de  1244,  semble-t-il,  après  la  visite 
du  roi  S.  Louis  à  Cîteaux.  Durant  leur  captivité,  les 
prélats  avaient  reçu  deux  lettres  de  Grégoire  IX  les 
consolant,  les  encourageant  (cf.  L.  Auvray,  Reg.  de 
Grégoire  IX,  n.  5420  sq.  :  Convocatio  concilii;  n.  5678  : 
lettre  adressée  au  chap.  génér.  de  C,  ut  niittant  4°'  ab- 
bates;  n.  6031  :  lettre  de  Guillaume  le  Sourd,  podestat 
de  Gènes,  faisant  au  pape  le  récit  du  désastre  du  3  mai; 
n.  6063  et  6095  :  lettres  pontificales  aux  captifs.  — 
Dans  la  série  des  Gravamina  Ecclesiae  contra  imperato- 
rem,  n.  2482,  on  lit  :  De  prelatis  ecclesiarum  et  abbatibus 
cisterciensis  et  aliorum  ordinum,  qui  coguntur  per  sin- 
gutos  menses  dare  certam  summam  pecunie  pro  construc- 
tione  novorum  castrorum). 

Le  vieux  pontife  mourut  le  22  août  1241.  Pour  le 
bien  de  l'Église  universelle,  il  avait  réalisé,  avec  l'aide 
du  dominicain  Raymond  de  Penafort,  une  œuvre  con- 
sidérable :  la  codification  des  Décrétâtes  en  cinq  livres. 
Pour  la  prospérité  et  le  développement  de  l'ordre  de 
Cîteaux,  il  avait  donné  plusieurs  bulles  tendant  à  main- 
tenir l'exemption.  Notons  le  privilège  de  mention  no- 
minale étendu  désormais  à  toutes  les  causes,  d'après  la 
décrétale  1.  I,  tit.  m,  c.  6  (Potthast,  Reg.,  8103).  Par 
ailleurs,  pour  infuser  un  sang  nouveau  à  certaines 
abbayes  tombées  en  langueur,  il  les  avait  fait  entrer 
dans  l'ordre  de  Cîteaux.  La  bulle  Sepe  vinitor  diligens, 
du  5  mai  1228  (ibid.,  8174;  Ughelli,  m,  634),  vise  l'in- 
corporation de  S. -Sauveur  de  Monte  Amiato.  Il  y  eut 
aussi  Lovadina,  Canonica,  S. -Étienne  de  Cornu,  S.- 
Sauveur  de  Septimo.  Nombreux,  dans  ce  sens,  furent 
les  cas  d'abbayes  féminines;  les  statuts  capitulaires  en 
ont  conservé  quelques  décrets  qui  concernent  Vesola, 
Coeli  Porta,  Biache,  Amour-Dieu,  Macherat,  Medingen 
et  autres  (Slatuta,  1230  :  10,  18;  1231  :  44;  1232  :  29; 
1233  :  30,  31;  1236  :  12,  18;  1237  :  15,  16;  1238  :  34). 

4"  Les  onze  années  du  pontificat  d'Innocent  IV 
(juin  1243-déc.  1254)  comportent  par-dessus  tout  la 
lutte  contre  Frédéric  II  d'Allemagne.  La  conduite  de 
l'empereur  avait  sufiîsamment  prouvé  que  le  pape  ne 
pouvait  compter  ni  sur  sa  sincérité,  ni  sur  sa  loyauté, 
ni  sur  ses  serments.  On  reprit  donc  l'idée  d'un  concile, 
qui  jugerait  et  condamnerait  au  besoin.  Il  se  tiendrait 
à  Lyon,  qui  offrait  le  plus  de  sécurité. 


Le  pape  se  rend  d'abord  à  Gênes,  sa  ville  natale.  La 
maladie  l'oblige  à  passer  trois  mois  dans  le  monas- 
tère cistercien  de  S. -André  di  Sestri,  assez  proche  de  la 
ville.  En  novembre,  il  continue  son  voyage;  le  24  de  ce 
mois,  il  est  à  Hautecombe,  autre  abbaye  cistercienne; 
par  le  Mont-Cenis,  il  atteint  ensuite  Lyon.  Étaient  pré- 
sents au  concile  de  1245  les  abbés  de  Cîteaux  et  de 
Clairvaux,  Boniface  et  Étienne  de  Lexington.  Le 
26  juin,  «  Taddeo  de  Suessa,  ambassadeur  de  Frédéric, 
défendit  son  maître  avec  une  habileté  et  une  énergie 
pathétiques  »  (Jordan,  op.  cit.,  269).  Le  5  juill.,  le  cis- 
tercien Pierre,  évêque  de  Carinola,  prononça  un  réqui- 
sitoire contre  l'empereur;  de  même  un  évêque  espa- 
gnol (Martin,  Butlaire...  Lyon,  n.  1049).  Le  17  juill. 
eut  lieu  la  troisième  session.  Malgré  la  modération  de- 
mandée par  les  souverains  laïques,  y  compris  Louis  IX, 
la  bulle  de  déposition  fut  promulguée  (Potthast,  Reg., 
11733).  Cinq  ans  plus  tard,  en  déc.  1250,  Frédéric  mou- 
rait. La  bulle  Laetentur  coeli  annonça  alors  la  fin  de  la 
lutte  gigantesque  (ibid.,  14163).  Quand  Innocent  IV 
disparut  à  son  tour  (7  déc.  1254),  «  l'œuvre  de  son 
règne  était  accomplie  :  Frédéric  II  n'existait  plus,  la 
maison  de  Souabe  agonisait,  la  puissance  de  l'Empire 
était  brisée;  le  S. -Siège  était  sorti  d'une  des  crises  les 
plus  terribles  qu'il  eût  jamais  traversées,  grâce  au 
sang-froid,  à  la  décision,  à  l'incomparable  ténacité  de 
ce  grand  pontife  (E.  Berger,  Reg.  d'Innocent  IV,  n.  11  ; 
Introd.,  p.  ccxc;  cf.  Mansi,  xxm,  605  sq.). 

Après  le  concile.  Innocent  IV  s'était  imposé 
«  d'écrire  spécialement  au  chapitre  général  pour  bien 
convaincre  les  cisterciens  que  les  sentences  contre 
l'empereur  n'avaient  pas  été  prises  à  la  légère  »  (Mahn, 
op.  cit.,  241  ;  Potthast,  Reg.,  11873).  Il  escomptait  avec 
raison  que  les  abbés  venus  à  Cîteaux  de  tous  les  points 
de  la  chrétienté  emporteraient  chez  eux  cette  convic- 
tion et  la  répandraient  dans  leur  entourage.  Excellent 
procédé  pour  ruiner  les  arguments  que  Frédéric  faisait 
valoir  dans  son  manifeste  envoyé  aux  princes  (cf. 
texte  dans  Ctiron.  of  Melrose,  p.  102  sq.). 

Au  cours  d'une  des  sessions  conciliaires,  certains  évê- 
ques,  et  notamment  Robert  Grossetête,  évêque  de  Lin- 
coln, avaient  demandé  de  réduire  les  privilèges  et  les 
immunités  de  l'ordre  de  Cîteaux  (Marthi,  op.  cit.,  1062). 
Le  pape  maintint  les  moines  dans  leur  ancienne  posi- 
tion juridique.  Dès  le  début  de  son  pontificat,  il  avait 
adressé  au  chapitre  général  une  lettre  demandant  des 
prières  (Statuta,  1243  :  1;  texte  de  la  lettre,  ii,  487). 
Parmi  les  douze  cardinaux  de  la  première  promotion, 
en  mai  1244,  nous  voyons  les  cisterciens  Pierre  de  Bar, 
abbé  d'Igny,  et  Jean  de  Toleto.  La  deuxième  promo- 
tion, en  déc.  1251,  compta  encore  un  cardinal  blanc, 
Jacques  Herbert  de  Porta,  neveu  de  Jacques  de  Peco- 
raria; évêque  de  Mantoue  depuis  1238,  il  était  précé- 
demment abbé  de  Trois-Fontaines.  En  1252,  Inno- 
cent IV  consacrait  encore  lui-même  l'abbé  de  Casa 
Nova,  Jacques,  le  créant  évêque  de  Sulmona  (Pot- 
thast, Reg.,  14554). 

D'autres  distinctions  furent  également  accordées. 
Notons  la  bulle  du  26  juin  1245,  plusieurs  fois  concédée 
à  des  abbayes  particulières  et,  le  18  août  1246,  à  l'ordre 
dans  son  ensemble  :  Meritis.  Elle  dispense  de  l'examen 
épiscopal  les  moines  présentés  par  leurs  abbés  aux  or- 
dinations (ibid.,  11646,  12131,  12254).  Le  S.-Siège  dut 
aussi  intervenir  dans  la  question  des  dîmes  et,  sachant 
que  le  produit  du  travail  monastique  passait  tout  en- 
tier en  bonnes  œuvres.  Innocent  IV  ne  craignit  pas  de 
comparer  les  moines,  obscurs  ouvriers  de  la  charité, 
aux  Templiers  et  aux  Hospitaliers  (bulle  Consultationi, 
13  janv.  1248;  É.  Berger,  Reg.  d'Innocent  IV,  n.  3551). 

Par-dessus  tous  les  bienfaits  d'Iimocent  IV,  l'ordre 
de  Cîteaux  place  avec  raison  la  fondation  du  collège 
S. -Bernard  de  Paris.  Sans  l'intervention  pontificale,  la 
création  timide  d'Étienne  de  Lexington,  abbé  de  Clair- 


939 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


940 


vaux,  n'aurait  pas  eu  le  succès  qu'elle  méritait.  Dans 
sa  bulle  du  4  sept.  1245  adressée  au  chapitre  général 
(Statuta,  1245  :  4),  le  pape  loue  grandement  l'œuvre 
commencée;  il  veut  qu'elle  prospère  et  en  donne  pour 
raison  les  fruits  salutaires  qu'il  en  attend  pour  l'avan- 
tage, non  seulement  de  la  famille  cistercienne,  mais 
aussi  de  l'Église  universelle.  En  somme,  en  dirigeant 
les  moines  blancs  vers  les  études  universitaires,  le  pon- 
tife prétendait  perfectionner  l'un  des  instruments  d'ac- 
tion les  plus  dévoués  au  S. -Siège  depuis  un  siècle  (cf. 
infra,  col.  945). 

5°  Sur  l'esprit  d'Alexandre  IV  (1254-1261),  le  cardi- 
nal cistercien  Jean  de  Toleto  avait  un  certain  ascen- 
dant, qu'il  mit  à  profit  pour  obtenir  une  série  de  bulles 
à  l'avantage  de  Cîteaux.  En  avr.  1255,  le  pape  redit 
une  fois  de  plus  que  les  visites  canoniques  des  abbayes 
ne  peuvent  pas  être  confiées  à  des  prélats  étrangers  à 
l'ordre,  et  qu'en  conséquence  on  n'est  tenu  envers  eux 
à  aucune  procuration  (Potthast,  Reg.,  15810).  Cette 
dispense  s'applique  même  aux  cas  des  légats  aposto- 
liques {ibid.,  16041).  Le  31  mai  1257,  la  bulle  Vestrum 
sacrum  confirme  les  observances  et  coutumes  de  Cî- 
teaux {Bull,  de  C,  fol.  34).  En  juin  1260,  Rome  affirme 
que  la  législation  cistercienne  est  suffisamment  pour- 
vue de  moyens  pour  mener  à  bonne  fin  les  visites  régu- 
lières, les  corrections  et  amendements  nécessaires;  aussi 
les  appels  à  une  juridiction  extérieure  sont-ils  interdits 
(Potthast,  Reg.,  17896). 

D'autres  décrets  touchent  la  liturgie.  A  la  demande 
du  cardinal  dominicain  Hugues  de  S. -Cher,  le  pape  en- 
joint au  chapitre  général  de  faire  célébrer  dans  l'ordre 
les  fêtes  de  S.  Dominique  et  de  S.  Pierre  de  Vérone 
(ibid.,  15940;  Statnta,  1255  :  4;  1256  :  2;  1259  :  9).  Les 
fêtes  de  S.  Nicaise  et  de  S.  Antoine  furent  aussi  adop- 
tées de  mandata  papae  (ibid.,  1259  :  8;  1260  :  13).  Le 
même  pontife  veut  que  Cîteaux  mette  un  peu  plus  de 
splendeur  dans  sa  liturgie.  On  pourra  utiliser  désor- 
mais des  chapes,  des  tuniques  pour  les  diacres  et  sous- 
diacres,  aux  messes  solennelles;  propreté  et  tenue  des 
moines  seront  également  mieux  soignées  (bulle  Vestra, 
20  juin  1257;  Statuta,  1257  :  3,  4;  1258  :  5). 

Jean  de  Toleto,  qualifié  de  protector  ordinis  par  le 
chapitre  général  de  1260,  obtenait  en  cette  même  an- 
née, pour  l'abbé  de  Cîteaux  et  les  quatre  premiers 
Pères,  le  privilège  de  conférer  les  ordres  mineurs  aux 
religieux.  Mais  la  concession  parut  tellement  exorbi- 
tante que  le  chapitre  général  crut  prudent  de  ne  pas 
l'utiliser  aussitôt;  il  craignait  des  difficultés  avec  l'épis- 
copat  (bulle  Habitantes;  Arch.  départ,  de  l'Aube,  3  H 
61;  publ.  par  Mahn,  op.  cit.,  271;  Statuta,  1260  :  8). 
On  a  douté  parfois  que  ce  Jean  de  Toleto  eût  été  vrai- 
ment cistercien.  Dans  plusieurs  bulles,  le  pape  lui  re- 
connaît cependant  cette  qualité;  lui-même  l'affirme 
dans  ses  écrits;  sa  signature  au  bas  des  bulles  com- 
porte les  deux  mots  :  frater  Johannes  (cf.  son  éloge  dans 
les  Ann.  Furness.,  M.  G.  H.,  SS.,  xxviii,  558). 

6»  Urbain  IV  (1261-1264)  est  avant  tout  le  pape  de 
l'eucharistie,  de  la  fête  du  Corpus  Christi  (bulle  Tran- 
siturus,  1261).  Dans  une  lettre  à  l'évêque  de  Troyes 
(9  sept.  1263;  Potthast,  Reg.,  18640),  il  rappelle  sa 
naissance  en  cette  ville;  il  le  charge  d'un  don  à  faire  à 
l'abbaye  des  cisterciennes  de  N.-D.-des-Prés,  où  repose 
la  dépouille  mortelle  de  sa  mère.  Jadis,  revenant  d'une 
légation  dans  les  pays  de  l'Est,  il  avait  rapporté  une 
antique  effigie  du  Christ  qu'il  confia  aux  cisterciennes 
de  Montreuil-sous-Laon  ;  ce  qui  fit  la  célébrité  de  cette 
petite  abbaye. 

Lors  de  la  création  de  nouveaux  cardinaux  en  1262, 
Urbain  IV  appela  à  cette  dignité  l'abbé  de  Cîteaux,  Guy 
de  Bourgogne.  Il  voulut  ensuite  en  avertir  lui-même  le 
chapitre  général  de  1263,  disant  qu'il  avait  déchargé 
Guy  du  gouvernement  de  l'ordre  pour  en  faire  le  car- 
dinal titulaire  de  S. -Laurent  in  Lucina.  Il  ajoute  —  dé- 


tail non  négligeable  :  «  Vous  aurez  soin  de  lui  créer  des 
revenus  qui  lui  permettront  de  soutenir  sa  dignité  » 
(ibid.,  18'755).  A  Cîteaux,  l'élection  du  nouvel  abbé  fut 
précisément  l'occasion  faisant  éclater  au  grand  jour  le 
regrettable  conflit,  latent  depuis  des  années  déjà, 
entre  les  premiers  Pères  de  l'ordre.  Urbain  IV  s'en  oc- 
cupa activement.  Bulles  et  autres  documents  étaient 
expédiés  quand  le  pape  mourut  à  Pérouse,  après  trois 
ans  de  règne,  laissant  à  son  successeur  le  soin  de  ter- 
miner la  cause  cistercienne  en  cours. 

7°  Elle  fut  terminée,  en  effet,  par  Clément  IV  (1265- 
1268)  qui,  en  juin  1265,  signait  la  bulle  Parvus  fons, 
appelée  la  «  Clémentine  »,  bulle  de  réforme  modifiant 
quelque  peu  le  rouage  gouvernemental  de  l'ordre  (ibid., 
19185;  cL  infra,  col.  950). 

Les  antécédents  de  ce  pape  français  sont  bien  con- 
nus. Guy  Foucaull  (ou  de  Foulques),  d'abord  avocat 
au  parlement  de  Paris,  puis  conseiller  du  roi  S.  Louis, 
entre  dans  les  ordres  à  la  suite  d'un  deuil  et  parcourt 
toute  la  carrière  ecclésiastique  (cf.  Ann.  pont.,  1926, 
p.  101-103).  Il  remplissait  une  légation  en  Angleterre, 
quand  il  fut  élu  au  souverain  pontificat.  Outre  la  bulle 
de  réforme,  il  rappela  aux  Pères  du  chapitre  général 
leur  obligation  grave  de  venir  annuellement  à  Cîteaux 
pour  cette  célébration  (Potthast,  Reg.,  19259).  Deux 
ans  plus  tard,  c'était  une  lettre  plus  sévère  qu'il  leur 
adressait,  à  l'effet  de  les  déterminer  à  aider  leur  maison 
mère  dans  la  crise  financière  qu'elle  traversait  (Cothe- 
ret,  Ann.  de  Cîteaux,  fol.  40). 

Toutefois  Clément  IV  conservait  son  estime  aux  cis- 
terciens, auxquels  il  confia  en  1268  le  soin  de  réformer 
l'abbaye  bénédictine  des  SS.-Cosme-et-Damien,  au  dio- 
cèse de  Zagreb.  Il  aurait  voulu  l'incorporer  à  l'ordre  de 
Cîteaux  et  en  faire  une  maison  fille  de  Toplica  (Pot- 
thast, Reg.,  20395).  Ce  ne  fut  pas  possible.  A  la  date 
du  24  nov.  1266,  le  pape  canonisa  Ste  Hedwige,  épouse 
d'Henri,  duc  de  Pologne,  qui,  devenue  veuve,  avait 
embrassé  la  vie  cistercienne  au  monastère  de  Trebnitz 
(fête  le  16  oct.;  ibid.,  19971). 

Au  xiii«  s.,  la  papauté  fait  souvent  appel  aux  mem- 
bres des  ordres  religieux  pour  leur  confier  le  gouverne- 
ment des  diocèses.  Pour  sa  part,  Cîteaux  fournit  envi- 
ron cent  soixante  évêques.  Certains  d'entre  eux  furent 
canonisés;  d'autres  furent  l'objet  d'un  culte  immémo- 
rial et  ont  eu  un  office  liturgique.  Citons  S.  Guillaume 
de  Donjeon,  archevêque  de  Bourges  (f  1209);  S.  Boni- 
face  de  Bruxelles,  évêque  de  Lausanne  (f  1260);  S.  Ber- 
nard Calvo,  évêque  de  Vich  (f  1243);  S.  Adolphe,  évê- 
que d'Osnabruck  (t  1224),  etc.  Quelques  rares  unités 
firent  plutôt  ombre  dans  le  tableau.  L'évêque  de 
Penne,  Gaudric,  consacré  par  Innocent  III  lui-même, 
donna  des  déceptions  qui  lui  valurent  une  lettre  sévère 
de  son  consécrateur  ;  Tacti  sumus  dolore  (ibid.,  1154; 
P.  L.,  ccxiv,  880).  Le  pontife  lui  reproche  son  faste  et 
son  immortiflcation.  Le  cas  de  l'évêque  de  Bangor, 
Cadwgan,  retiré  à  Tabbaye  de  Dore,  occupa  le  chapitre 
général,  qui  se  crut  obligé  de  menacer  d'expulsion  ce 
personnage  encombrant  et  peu  édifiant  (Statuta,  1239  : 
20;  D.  H.  G.  E.,  xi,  123). 

Clément,  Conrad  d'Uracti,  dans  Rev.  Bén.,  1905,  p.  232.  — 
Kubel,  1.  —  Gloning,  Conrad  d'IJrach,  .«Vugsbourg,  1901.  — 
Horoy,  Honorii  III  opéra  omnia,  Paris,  5  vol.,  1879-83.  — 
Ph.  Pouzet,  Le  pape  Innocent  IV  à  Lyon;  le  concile  de  1245, 
dans  Rev.  d'hisl.  de  l'Êgl.  de  France,  xv,  1929,  p.  281-318.  — 
P.  Pressutti,  liegesta  Honorii  papae  III,  Rome,  1888.  — 
F.  Vernet,  Études  .iiir  les  .<;ermons  d'Honorius  III,  Lyon, 
1888.  —  G.  Wellstein,  Der  hl.  Engelbert,  Erzh.  Kôln  and  die 
Cislerc,  dans  Cislerc.-Clironilt,  ni,  1925,  p.  30.  —  D.  WiUi, 
Pàpste,  Kardinàle  und  Dischôfe  aus  clem  Cisterc,  Bregenz, 
1912. 

III.  Le  roi  s.  Louis  et  Cîteaux.  —  «  Blanche  de 
Castille  avait  pour  l'ordre  de  Cîteaux  une  prédilection 
marquée  »  (É.  Berger,  Hist.  de  Blanche  de  Castille,  Pa- 


941 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


942 


ris,  1895,  p.  319).  C'est  de  son  père  et  de  son  aïeul, 
semble-t-11,  qu'elle  tenait  cette  empreinte.  Al- 
phonse VII  (1126-57),  puis  Alphonse  VIII  (1158-1214) 
avaient  créé  une  Castille  cistercienne.  Ils  fondaient 
sans  relâche  des  abbayes  et  comblaient  de  largesses  les 
initiatives  similaires  prises  par  les  seigneurs  (cf.  supra, 
col.  891).  Après  la  mort  d'Alphonse  le  Noble 
(6  oct.  1214),  le  corps  du  pieux  roi  fut  porté  au  monas- 
tère des  cisterciennes  de  Las  Huelgas,  près  Burgos, 
qu'il  avait  fondé.  A  ce  moment,  Blanche  était  en 
France,  épouse  de  Louis  VIII,  tout  entière  à  ses  de- 
voirs d'épouse  et  de  future  mère. 

Le  dimanche  2  oct.  1227,  le  jeune  prince  Louis  assis- 
tait avec  sa  mère  à  la  dédicace  de  l'église  abbatiale  de 
Longpont.  Cette  abbaye,  fondée  en  1131,  avait  compté 
le  Bx  Jean  de  Montmirail  (t  1217)  au  nombre  de  ses 
moines,  et  ceux-ci,  recrutés  surtout  dans  la  noblesse  du 
pays,  s'étaient  multipliés  par  centaines.  C'est  peut- 
être  en  cette  circonstance  que  la  reine  Blanche  et  son 
fils  conçurent  l'idée  d'appeler  les  religieux  de  Cîteaux 
dans  la  fondation  monastique  qu'ils  se  proposaient  de 
créer,  pour  accomplir  les  volontés  suprêmes  de 
Louis  VIII.  Peu  de  temps  auparavant,  Blanche  avait 
reçu  du  chapitre  général  de  Cîteaux  une  charte  d'asso- 
ciation à  ses  prières  et  bonnes  œuvres  (Teulet,  Layettes 
du  trésor  des  chartes,  i,  n.  1557).  Son  fils  laissera  le  sou- 
venir d'avoir  beaucoup  aimé  les  cisterciens,  comme  en 
témoignera  le  chroniqueur  Gilles  Le  Muisit  (éd.  H.  Le- 
maître,  Paris,  1905,  p.  3). 

Sans  tarder,  Louis  achète  l'emplacement  de  la  future 
abbaye.  Il  s'agit  d'une  grange  et  d'un  terrain  nom- 
més Cuimont,  appartenant  au  prieuré  de  S.-Martin-de- 
Boran.  La  volonté  royale,  prenant  possession  de  ces 
lieux,  en  transforme  le  nom  en  celui  de  Royaumont 
(Charte  de  fondation,  1228,  énumérant  les  biens  et  les 
droits  concédés  à  l'abbaye).  Les  religieux  venus  de  Cî- 
teaux l'occupent  dès  1229;  l'abbaye  devient  ainsi  la 
21«  des  maisons  issues  directement  de  Cîteaux.  L'abbé 
de  cette  maison  mère  était  alors  Gauthier  d'Ochies, 
jadis  abbé  de  Longpont.  C'est  lui  que  Grégoire  IX  qua- 
lifie de  mediator  idoneus,  en  le  chargeant  de  la  mission 
de  rétablir  la  paix,  ou  au  moins  d'obtenir  une  trêve 
entre  les  rois  de  France  et  d'Angleterre  (L.  Auvray, 
Reg.  de  Grégoire  IX,  n.  439,  ann.  1230). 

Royaumont  fut  pour  son  fondateur  un  séjour  aimé. 
Sa  piété  l'y  ramenait  souvent;  son  esprit  de  pénitence 
aussi,  car  il  trouvait  là  un  frère  nommé  Léger,  dévoré 
par  la  lèpre  et  devenu  «  abominable  ».  Le  roi  en  fit  son 
ami.  Accompagné  du  Père  abbé,  il  allait  le  voir  en  son 
réduit,  s'agenouillait  devant  lui  et  le  faisait  manger 
(Gesta  Ludovici  auct.  monacho  S.  Dionysii,  dans  Rec. 
des  hist.  des  Gaules,  xx,  52).  Au  réfectoire  des  moines, 
il  s'adjugeait  le  rôle  de  serviteur,  exercice  humble  et 
fatigant,  car  l'abbaye  fut  bien  vite  abondamment  peu- 
plée. 

La  reine  Blanche  voulut  aussi  sa  fondation  cister- 
cienne. De  cette  volonté  naquit  la  plus  remarquable 
abbaye  de  moniales  blanches  :  Ste-Marie-la-Royale  à 
Maubuisson,  près  Pontoise.  Pour  créer  une  œuvre  belle 
et  durable.  Blanche  fut  royalement  généreuse,  comme 
son  fils  l'avait  été  pour  Royaumont.  L'essaim  de  mo- 
niales qui  vint  occuper  Maubuisson  avait  été  formé, 
selon  le  désir  de  la  fondatrice,  d'un  choix  judicieuse- 
ment fait  de  personnes  prises  dans  différents  monas- 
tères de  l'ordre.  Le  chapitre  général  s'en  était  occupé 
en  1237.  Sept  ans  plus  tard,  le  26  juin  1244,  l'église  fut 
solennellement  consacrée  en  présence  du  roi  et  de  la 
noble  fondatrice.  En  septembre  de  cette  même  année, 
le  chapitre  général,  composé  d'au  moins  500  abbés  ve- 
nus à  Cîteaux,  reçut  la  visite  de  la  famille  royale  : 
Louis  IX,  sa  mère,  ses  frères  Robert  et  Alphonse,  sa 
sœur  Isabelle,  et  une  brillante  suite.  Le  texte  officiel 
des  statuts  capitulaires  ne  cite  comme  mobile  de  cette 


démarche  que  la  dévotion  des  visiteurs  et  l'attache- 
ment qu'ils  voulaient  manifester  à  l'abbaye,  mère  fé- 
conde d'un  grand  ordre  religieux  (Statuta,  1244  :  10; 
1253  :  32).  Les  conclusions  de  cette  entrevue  se  résu- 
ment d'ailleurs  en  des  obligations  pieuses  nettement 
contractées  par  les  moines  pour  chacun  des  membres 
de  la  famille  royale  et  toute  sa  parenté  (Statuta,  1244  : 
4,  11-19).  C'étaient  des  avantages  d'ordre  surnaturel 
qu'on  était  venu  demander  à  Cîteaux.  II  faut  donc 
maintenir  une  attitude  défiante  vis-à-vis  des  dires  de 
Matthieu  Paris,  toujours  hostile  à  la  Cour  romaine 
(cf.  E.  Petit,  S.  Louis  en  Bourgogne,  1893). 

L'abbaye  de  Pontigny,  seconde  maison  fille  sortie  de 
Cîteaux,  reçut  aussi  la  visite  royale  en  juin  1247, 
C'était  pour  la  translation  des  restes  de  S.  Edmond 
Rich,  archevêque  de  Canterbury  (t  1242),  qui,  à 
l'exemple  de  S.  Thomas  Becket,  avait  trouvé  refuge 
en  ce  monastère.  Une  nouvelle  translation  devint  né- 
cessaire deux  ans  plus  tard.  A  cette  date,  le  roi  batail- 
lait en  Orient;  mais  sa  mère  et  son  épouse,  Marguerite 
de  Provence,  furent  présentes  à  la  cérémonie  religieuse. 

Nombreux  furent  les  monastères  cisterciens  qui  bé- 
néficièrent des  largesses  royales.  Citons  l'Amour-Dieu, 
près  de  Troissy;  Villiers-aux-Nonnains,  au  dioc.  de 
Sens;  Trésor-Notre-Dame,  au  dioc.  de  Rouen;  Parc- 
aux-Dames,  au  dioc.  de  Senlis.  A  Biaches-lez-Péronne, 
une  abbaye  de  moniales  avait  été  créée  par  le  chanoine 
Pierre  Quercus,  en  1235.  Son  admission  dans  l'ordre  de 
Cîteaux  fut  l'œuvre  de  la  reine  Blanche  et  de  son  fils, 
qui  présentèrent  la  demande  au  chapitre  général  de 
1236;  un  ordre  venu  de  Rome  soutenait  d'ailleurs  cette 
pétition  (Statuta,  1236  :  12).  Le  chapitre  général  de 
1241  fut  également  saisi  d'une  demande  similaire,  pré- 
sentée par  la  reine  Blanche  pour  l'abbaye  du  Lys  qu'elle 
venait  de  créer  sur  les  domaines  de  son  douaire,  près 
Melun.  La  première  abbesse  du  nouveau  couvent  fut 
une  religieuse  tirée  de  Maubuisson,  qui  n'était  autre  que 
la  comtesse  de  Màcon,  Alix,  devenue  veuve  et  dont  le 
comté  était  passé  à  la  couronne. 

Avec  le  chapitre  général  de  Cîteaux,  Louis  IX  eut 
des  relations  épistolaires  très  fréquentes.  «  Chascun  an 
il  enveoit  dévotes  lettres  au  chapitre  général  qui  est  fet 
à  Cystiax  dan  en  an...  »  (Vie  du  saint  par  Guillaume, 
confesseur  de  la  reine  Marguerite,  dans  Rec.  des  hist. 
des  Gaules,  xx,  81).  Les  abbés  décrétaient  alors  que 
les  moines  prêtres  de  toutes  les  abbayes  auraient  à  cé- 
lébrer une  ou  plusieurs  messes  pour  la  prospérité  de  la 
famille  royale  et  le  bien  du  royaume  (Statuta,  1237  :  12; 
1238  :  11;  1240  :  18,  etc.).  Quand  le  deuil  vint  frapper 
la  famille  royale,  ce  furent  des  services  solennels  et  des 
anniversaires  que  la  cour  de  France  demanda  pour  ses 
défunts.  Dès  1227,  Louis  IX  écrit  à  Cîteaux  dans  ce 
sens,  pour  son  père  (t  1226)  et  son  aïeul  Philippe  Au- 
guste (t  1223).  En  1243,  Blanche  recommande  sa  pro- 
pre sœur  Éléonore,  récemment  défunte,  épouse  répu- 
diée de  Jacques  le  Conquérant,  roi  d'Aragon.  La  jeune 
reine  de  France  fait  la  même  démarche  après  le  décès 
de  son  père,  le  comte  Raymond  Bérenger  V  (ibid., 
1245  :  15).  En  1252,  Blanche  est  en  deuil  du  roi  de  Cas- 
tille, Ferdinand,  son  neveu;  elle  demande  qu'un  ser- 
vice solennel  soit  célébré  dans  toutes  les  maisons  de 
l'ordre.  L'infante  Bérengère,  fille  du  défunt  et  déjà  mo- 
niale cistercienne  à  Las  Huelgas,  sollicite  avec  Al- 
phonse d'Aragon  un  anniversaire  dans  toutes  les 
abbayes  du  royaume  (ibid.,  1252  :  6). 

A  ce  moment,  la  reine  Blanche  est  bien  proche  de  la 
mort.  La  voyant  venir,  elle  demande  le  viatique.  L'évê- 
que  de  Paris  le  lui  apporte,  puis  la  revêt  de  l'habit  des 
moniales  cisterciennes.  Blanche  déclare  alors  qu'elle 
veut  être  religieuse  à  la  vie  et  à  la  mort.  Après  le  ser- 
vice funèbre  en  l'abbatiale  de  S.-Denys,  le  corps  de  la 
pieuse  reine  fut  inhumé  à  Maubuisson.  Chaque  abbaye 
cistercienne  acquitta  un  double  service  liturgique,  cette 


943  CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 

année  et  la  suivante.  L'anniversaire  solennel  fut  fixé  au 
28  nov.,  date  du  décès,  semble-t-il  (ibid.,  1253  :  6). 
Dans  la  suite,  Maubuisson  reçut  fréquemment  la  visite 
royale.  Chaque  année  y  ramenait  Louis  IX  sur  la 
tombe  de  sa  mère.  Son  dernier  séjour  date  de  mars 
1270;  il  marque  ses  adieux  à  Maubuisson  avant  la  croi- 
sade (document  publié  dans  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes, 
1857,  p.  265). 

A  Royaumont,  on  célébra  aussi  l'anniversaire  du 
jeune  prince  Louis,  fils  aîné  du  roi,  décédé  avant  d'avoir 
régné  (Statuta,  1260  :  18).  La  princesse  Isabelle  eut 
aussi  son  service  et  son  anniversaire  (ibid.,  1270  :  76). 

Quand  Louis  IX  fut  à  Tunis,  la  reine  s'adressa  au 
chapitre  de  Cîteaux;  des  prières  instantes  furent  pres- 
crites en  faveur  du  roi,  des  princes  et  de  tous  les  croisés, 
qui  corpora  sua  exposuerunt  periculis  el  laboribus... 
Hélas,  à  cette  date  (sept.  1270),  le  bon  roi  avait  déjà 
succombé  à  la  maladie.  Ce  n'est  que  l'année  suivante 
que  le  chapitre  général  put  régler  la  dette  de  recon- 
naissance due  au  royal  ami  et  protecteur  des  cister- 
ciens :  services  et  anniversaires  furent  célébrés  fidèle- 
ment le  lendemain  de  la  S. -Barthélémy  (25  août),  jus- 
qu'au jour  où  la  liturgie  funèbre  céda  la  place  à  la  litur- 
gie de  gloire  en  l'honneur  du  saint  roi.  La  bulle  de  ca- 
nonisation Rex  paci ficus  est  de  1297.  Le  chapitre  réuni 
à  Cîteaux  en  1298  statue  que  désormais  la  fête  de  S. 
Louis  serait  célébrée  dans  tout  l'ordre,  sous  le  rite  de 
douze  leçons  et  deux  messes  conventuelles.  Plus  tard, 
le  nom  du  saint  fut  introduit  dans  les  litanies  cister- 
ciennes; il  s'y  trouve  toujours  (ibid.,  1298  :  5;  1299  :  2). 

Le  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xx,  a  reproduit  les  Vies  de  S. 
Louis  par  Geoffroi  de  Beaulieu,  Guillaume  de  Chartres,  le 
moine  de  S.-Denys,  le  confesseur  de  la  reine  Marguerite, 
Joinville;  les  Gesta,  par  Guillaume  de  Nangis.  —  E.  Berger, 
Ilist.  de  Blanche  de  Castille,  Paris,  1895.  —  De  L'Épinois, 
Comptes  relatifs  à  l'abbaye  de  Maubuisson,  dans  Bibt.  de 
l'Ëc.  des  ctiartes,  1858,  p.  550.  —  Duclos,  Hist.  de  Royau- 
mont, Paris,  1867.  —  Dutilleux  et  Depoin,  L'abbaye  de 
Maubuisson,  Paris,  1882-85.  —  Hérard,  Rech.  arctiéol..., 
Maubuisson,  Paris,  1881.  —  P.  Jarry,  Abbayes  et  cliâteaux 
de  l'Ile-de-France,  Paris,  1947.  —  Ch.-V.  Langlois,  S.  Louis, 
dans  Hist.  de  France  de  Lavisse,  iir,  II*  partie,  Paris,  1911. 
—  Le  Nain  de  Tilleniont,  Vie  de  S.  Louis,  Paris,  1847.  — 
Statuta  cap.  yen.  ord.  cisterc,  ii,  m,  passim.  —  Teulet,  Layet- 
tes du  trésor  des  cliartes,  ii,  n.  1710  :  Testam.  Ludovici  VIII; 
IV,  n.  5638  :  Testam.  Ludovici  IX. 

IV.  Situation  intérieure  de  l'ordre.  —  Prospé- 
rité et  germes  de  décadence  se  coudoient;  ils  se  compé- 
nètrent  parfois;  il  faut  donc  un  bilan  sincère.  C'est  en 
ce  xiii«  s.  que  l'ordre  de  Cîteaux  arrive  à  son  apogée.  Il 
est  à  l'avant-garde  de  tous  les  ordres  religieux;  l'énu- 
mération  qui  court  à  travers  les  documents  pontificaux 
le  proclame  à  sa  façon  :  ordines  Cisterciensis,  Clunia- 
censis,  Praemonslratensis,  Cartusiensis...  (Reg.  de  Gré- 
goire IX,  n.  2482;  Urbain  IV,  n.  1,  etc.;  Clément  IV, 
n.  771,  etc.;  Nicolas  III,  n.  174,  etc.;  éloge  des  cister- 
ciens par  Alexandre  IV  dans  la  bulle  Intellecto,  21  nov. 
1255). 

Depuis  l'année  1200  jusqu'à  la  fin  du  siècle,  Cîteaux 
s'accroît  encore  d'environ  170  abbayes  d'hommes.  Un 
certain  nombre  d'entre  elles  sont  des  incorporations  de 
maisons  déjà  existantes,  que  l'autorité  pontificale  fait 
réformer  par  les  cisterciens  et  annexer  ensuite  à  leur 
ordre.  Telles  S.-Étienne  de  Cornu,  en  Lombardie  (Sta- 
tuta, 1231  :  31);  Sta  Maria  Hospitalis  de  Lovadina,  non 
loin  de  Venise,  de  laquelle  Grégoire  IX  écrit  :  «  Le  seul 
espoir  de  sauver  cette  abbaye  est  d'y  introduire  les 
cisterciens  »  (Potthast,  Reg.,  8258,  8380;  Statuta,  1230  : 
10).  Il  en  est  de  même  de  Palazzuelo,  occupée  par  les 
augustins,  au  dioc.  d'Albano  (ibid.,  1237  :  14);  de 
l'abbaye  bénédictine  de  Sta  Maria  de  Strata,  au  dioc. 
de  Bologne  (ibid.,  1251  :  42).  Alexandre  IV,  en  janv. 
1258,  unit  l'antique  abbaye  de  S. -Barthélémy  de  Car- 
pineto  à  celle  de  Casa  Nova,  au  dioc.  de  Penne  (Reg. 


OCENT   m  A  CLÉMENT  IV  i)44 

d'Alexandre  IV,  n.  2452;  Kehr,  IL  pont.,  iv,  29);  et 
ainsi  de  plusieurs  autres  citées  dans  les  statuts  capitu- 
laires.  Cependant  le  décret  pontifical  d'annexion  se  ré- 
vèle parfois  impuissant  devant  certaines  oppositions. 
Lorsch,  au  dioc.  de  Mayence,  passe  aux  Prémontrés 
vers  1248,  après  la  réforme  cistercienne  imposée  par 
Grégoire  IX  (Reg.  de  Grégoire  IX,  n.  1095);  Bournet, 
au  dioc.  d'Angoulême,  demeura  bénédictin  (Reg.  d' In- 
nocent IV,  n.  2308,  2309). 

Certaines  abbayes  en  détresse  se  tournent  vers  Cî- 
teaux, port  assuré  de  salut,  leur  semble-t-il.  Mais,  de 
ce  côté,  on  ne  marque  nul  empressement  à  les  recevoir. 
On  veut  éviter  d'être  taxé  d'accaparement  (Statuta, 
1231  :  52)  ;  on  exige  que  soient  observées  toutes  les  con- 
ditions juridiques  (ibid.,  1216  :  65)  ét,  par  prudence,  on 
refuse  de  se  charger  de  poids  mort.  C'est  ainsi  qu'en 
1253  trois  abbayes  solliciteuses  sont  visitées  par  des 
délégués  du  chapitre  général  qui,  l'année  suivante, 
rendent  compte,  de  leur  mission  :  le  premier  de  ces  mo- 
nastères, S. -Benoît  in  Monte  Favali,  n'est  pas  en  état 
désespéré,  on  peut  l'accepter;  les  deux  autres  ne  sont 
plus  viables  (ibid.,  1253  :  16;  1254  :  10).  En  1236,  le 
cardinal  cistercien  Rainier  Capocci  présente  au  cha- 
l)itre  général  deux  abbayes;  on  accepte  en  principe, 
par  égard  pour  le  demandeur,  mais  l'examen  confié 
à  deux  abbés  conduit  finalement  à  un  échec  (ibid., 
1236  :  16).  Parmi  les  autres  monastères  alors  sollici- 
teurs, on  relève  les  noms  de  Blanche-Couronne,  Mo- 
gila  en  Pologne,  Val-Dieu  en  Hongrie,  les  deux  ab- 
bayes liégeoises  S. -Jacques  et  S. -Laurent  (ibid.,  1236  : 
64;  1240  :  33,  63;  1263  :  43). 

En  juill.  1231,  Grégoire  IX  édicté  des  statuts  pour 
la  réforme  des  moines  clunisiens  (Potthast,  Reg.,  9072); 
en  1235  et  1237,  il  donne  une  autre  série  de  statuts  à 
tous  les  bénédictins  (Reg.  de  Grégoire  IX,  n.  3045). 
Pour  en  assurer  et  surveiller  l'observance,  le  même  pon- 
tife délègue  des  abbés  cisterciens  à  plusieurs  reprises. 
Les  abbés  de  Colomba  et  de  Fonte  Vivo  sont  chargés 
de  réformer  l'abbaye  de  S.-Xiste  (ibid.,  n.  3600);  le  pré- 
lat de  Brondolo  doit  visiter  Pomposa  (ibid.,  n.  4545); 
Savigny  de  Lyon  est  réformé  par  Hautecombe  (ibid., 
n.  4698).  Innocent  IV  délègue  les  abbés  d'Eberbach, 
d'Arnsburg  et  de  Schonau  pour  faire  respecter  les  sta- 
tuts grégoriens  dans  la  province  ecclésiastique  de 
Mayence  (Reg.  d'Innocent  IV,  n.  2176).  L'abbé  de  Ca- 
samari  reçoit  mission  de  visiter  le  monastère  de  Flore 
et  ses  filiales,  ainsi  que  l'abbaye  bénédictine  de  Gualdo 
(ibid.,  n.  8008).  L'abbé  de  Preuilly  doit  faire  une  en- 
quête sérieuse  à  S.-Remy  de  Reims  (Reg.  d'Alexan- 
dre IV,  n.  2697).  Même  l'illustre  abbaye  de  S.-Denys 
recevra  en  1289  la  visite  de  trois  réformateurs  aposto- 
liques :  les  abbés  de  Cîteaux,  de  Clairvaux  et  de  Chaa- 
lis  (Reg.  de  Nicolas  IV,  n.  982,  1096). 

Les  évêques  cisterciens  étaient  autorisés,  depuis  1 1 34 
(Statuta,  n.  lxi),  à  avoir  auprès  d'eux,  pour  les  secon- 
der, deux  moines  et  trois  convers.  Ce  bénéfice  de  pos- 
séder chez  soi  des  hommes  de  confiance,  d'autres  évê- 
ques et  même  des  princes  temporels  le  demandent  à 
leur  tour.  Le  chapitre  général  cède  sur  ce  point,  mais 
retire  ses  religieux  dès  qu'il  apprend  les  occupations 
peu  dignes  où  ils  sont  employés.  L'archevêque  de  Mi- 
lan fait  de  son  convers  un  chef  de  bataillon  (ibid.,  1243  : 
41);  un  autre  est  devenu  gardien  de  forteresse  (ibid., 
1218  :  31);  d'autres  soignent  les  chevaux  de  l'armée 
(ibid.,  1202:  13).  Devant  le  cas  du  convers  Manassès, 
cédé  jadis  au  roi  d'Angleterre  et  chargé  par  lui  de  la 
distribution  des  aumônes,  le  chapitre  général  fait  ren- 
trer dans  leur  monastère  respectif  tous  les  moines  et 
convers  prêtés  de  la  sorte  à  des  personnes  séculières 
(ibid.,  1197  :  30).  Dans  la  suite,  les  demandes  nom- 
breuses arrivent  annuellement  au  chapitre  général  qui, 
débordé,  n'a  d'autre  ressource  que  de  céder,  en  appo- 
sant la  clausule  dummodo  honestis  depuieniur  ofliciis 


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CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  111  A  CLÉMENT  IV 


946 


(ibid.,  1230  :  3).  Moines  et  cou  vers  se  voient  alors  dis- 
séminés dans  les  évéchés  et  les  cours  princières  (cf. 
Statuta,  VIII,  Indices,  p.  144,  au  mot  Commodare  :  énu- 
mération).  Grégoire  IX  fait  savoir  à  l'abbé  de  Posega 
(Vallis  honesta),  en  .Slavoiiie,  qu'il  ait  à  envoyer  deux 
de  ses  convers  pour  desservir  l'hôpital  fondé  par  l'ar- 
chevêque Hugolin  de  Calocza  (Reg.  de  Grégoire  IX, 
n.  1932). 

C'eût  été  grand  miracle  que  tous  ces  gens  cloîtrés, 
mis  subitement  hors  de  leur  atmosphère  normale,  ne 
se  fussent  point  laissés  toucher  par  le  siècle.  En  1270, 
on  met  enfin  le  holà  {SlaluUi,  1270  :  14).  La  loi  est  ab- 
solue :  aucune  concession  de  ce  genre  ne  sera  faite  dé- 
sormais; l'expérience  n'a  que  trop  révélé  les  inconvé- 
nients du  système;  mullu  maki,  dit  le  décret,  qui  est 
d'ailleurs  inspiré  par  deux  cardinaux  cisterciens  très 
dévoués  à  leur  ordre,  Jean  de  Toleto  et  Guy  de  Bour- 
gogne. 

Pour  peu  que  l'on  se  souvienne  du  nombre  de  cister- 
ciens que  compte  l'épiscopat  de  cette  époque  et  du  rôle 
rempli  par  les  cardinaux  blancs,  tels  que  Rainier  Ca- 
l)occi,  Jean  de  Toleto,  Jacques  de  Pecoraria  (dont  le 
zèle  pour  les  finances  pontificales  fut  blâmé  iiarfois),  on 
conclut  que  partout,  dans  l'Église  du  xiii<=  s.,  on  ren- 
contre Cîteaux. 

1°  Le  collège  S.-Bernard  de  Paris.  —  Les  documents 
officiels  concernant  la  fondation  de  ce  collège  nous  en 
ont  conservé  l'histoire,  au  moins  dans  ses  traits  essen- 
tiels. Dès  1237  (Staluta,  n.  9),  l'abbé  de  Clairvaux,  jadis 
auditeur  des  leçons  de  S.  Edmond,  et  dont  le  monas- 
tère possédait  une  maison  à  Paris,  obtient  du  chapitre 
général  l'autorisation  d'y  faire  séjourner  quelques-uns 
de  ses  jeunes  clercs,  afin  de  les  faire  bénéficier  de  l'en- 
seignement universitaire.  Un  moine  et  deux  frères  con- 
vers sont  là,  à  l'effet  de  pourvoir  aux  nécessités  tempo- 
relles. D'autres  abbés  peuvent  aussi  y  envoyer  leurs  su- 
jets. En  même  temps,  un  mouvement  sérieux  vers  les 
hautes  études  s'inaugure  dans  l'ordre.  En  1245,  un  sta- 
tut d'allure  solennelle  jette  les  bases  de  l'organisation 
des  études  à  établir  dans  les  monastères,  pour  ceux  des 
jeunes  moines  que  les  supérieurs  ne  pourront  ou  ne 
voudront  pas  envoyer  aux  universités.  Le  statut  sui- 
vant concerne  le  collège  de  Paris,  précédemment  ou- 
vert par  les  soins  de  l'abbé  de  Clairvaux  et  en  faveur 
duquel  ont  écrit  au  chapitre  le  pape  et  plusieurs  cardi- 
naux, notamment  Jean  de  Toleto  {Staluta,  1245  :  3,  4). 

L'intervention  pontificale  ici  mentionnée  comporte 
deux  bulles.  La  première  est  adressée  à  l'abbé  de  Clair- 
vaux, Étienne  de  Lexington  (Virtutum,  5  janv.  1245; 
Reg.  d'Innocent  IV,  n.  897;  publ.  par  D'Arbois,  Études 
abb.  cisterciennes,  Paris,  1858,  p.  360;  Denifle,  Chartul. 
Univ.  Paris,  ii,  1889,  p.  241).  Innocent  IV,  alors  en 
résidence  à  Lyon,  entre  pleinement  dans  les  vues  du 
fondateur;  il  loue  l'reuvre  commencée  et  la  fait  sienne 
par  le  privilège  qu'il  confère  à  l'abbé  de  Clairvaux  de  la 
continuer  sous  le  couvert  de  l'autorité  apostolique.  La 
seconde  bulle  (Diligentiae,  4  sept.  1245;  D'Arbois,  op. 
cit.,  361)  est  adressée  au  chapitre  général  de  Cîteaux. 
Elle  a  pour  but  évident  de  créer  l'unanimité  —  non  en- 
core obtenue  —  de  pensée  et  de  volonté  chez  les  supé- 
rieurs de  l'ordre.  Le  pontife  défend  notamment  de 
transférer  ailleurs  le  Studium  en  formation  à  Paris. 
•  D'ici  sortiront  des  hommes  instruits  qui  seront  utiles 
non  seulement  à  votre  ordre,  mais  aussi  à  l'Église  uni- 
verselle. » 

D'autres  bulles  vinrent  ensuite  :  en  oct.  1246,  Inno- 
cent IV  autorise  le  collège,  de  gratia  speciali,  à  rece- 
voir des  novices  et  des  frères  convers  (Pridem  personas, 
5  ou  11  oct.  1246;  publ.  par  D'Arbois,  op.  cit.,  362; 
Reg.  d'Innocent  IV,  n.  2149).  En  janv.  1254,  le  même 
pontife  délivre  plusieurs  bulles  qui  placent  le  collège 
cistercien  dans  les  mêmes  conditions  juridiques  que  les 
collèges  des  frères  mineurs  et  des  frères  prêcheurs  (Pot- 


thast,  Reg.,  15215).  Pour  intégrer  le  nouveau  collège  à 
l'Université,  le  pape  présente  an  chancelier  le  moine 
Guy,  auquel  on  donnera  la  licence  d'enseigner,  s'il  en 
est  trouvé  digne  (Reg.  d'Innocent  IV,  n.  7232).  Lin 
mois  plus  tard,  une  autre  bulle  confirmait  la  donation 
faite  par  le  noble  Jean  de  Lexington  à  la  fondation  de 
son  parent,  l'abbé  de  Clairvaux.  Il  s'agissait  d'un  demi- 
droit  de  patronat  sur  l'église  de  Roderham  (Potthast, 
Reg.,  15258).  Entre  temps,  l'abbé  Étienne  avait  pré- 
senté au  chapitre  général  une  demande  qui  fut  agréée  : 
trois  religieux  de  Clairvaux,  étudiants  à  Paris,  s'y  dis- 
tinguent, et  leur  abbé  craint  qu'une  élection  abbatiale 
ne  les  enlève  trop  tôt  à  leurs  études.  Il  obtient  donc 
l'autorisation  de  les  maintenir  au  collège  quoi  qu'il  ad- 
vienne (Statuta,  1251  :  3). 

Pour  son  œuvre,  le  fondateur  trouva  aussi  un  pro- 
tecteur princier  en  la  jjersonne  d'Alphonse,  comte  de 
Poitiers  et  de  Toulouse.  Les  lettres  échangées  à  cette 
occasion  énoncent  les  conditions  acceptées  de  part  et 
d'autre  ])our  l'établissement  de  ce  droit  de  patronat. 
Le  document  est  daté  du  3  mai  1253  (charte  originale  : 
Toulouse,  V,  31  ;  Luijettes  du  trésor  des  chartes,  ni, 
n.  4053). 

A  cette  date,  aucune  voix  ne  s'était  élevée  contre 
Lexington  ;  les  opposants  ne  parleront  qu'après  la  dis- 
parition d'Innocent  IV  (déc.  1254).  On  se  souvint  alors 
que,  parmi  les  lois  cisterciennes,  il  en  est  une  défen- 
dant, sous  les  sanctions  les  plus  graves,  la  demande,  en 
Cour  de  Rome  ou  ailleurs,  d'un  privilège  particulier  à 
une  maison  ou  un  abbé.  Déjà  la  Charte  de  charité  avait 
formulé  cette  défense  (§  v),  qu'Eugène  III  avait  ap- 
prouvée formellement  dans  la  bulle  Sacrosancta.  Aussi 
avait-elle  été  toujours  renforcée  (Statuta,  1134  :  xxxi), 
jusqu'à  la  sanction  d'excommunication  (ibid.,  1223  :  1, 
2).  L'abbé  de  Clairvaux  avait  ces  textes  contre  lui;  les 
sanctions  étant  latae  sententiae,  on  n'eut  qu'à  pronon- 
cer contre  lui  une  déclaration  de  fait. 

Alexandre  IV  voulut  aussitôt  annuler  cette  sentence; 
il  déclara  Étienne  inamovible  dans  sa  charge,  sauf  man- 
dat très  spécial  du  S. -Siège.  L'abbé  de  Cîteaux,  Guy 
de  Bourgogne,  futur  cardinal,  instruisit  le  nouveau  pon- 
tife des  lois  particulières  dont  on  n'avait  fait  que  l'ap- 
plication au  cas  de  Clairvaux.  Mieux  instruit  et  crai- 
gnant de  toucher  à  une  législation  qui,  depuis  un  siècle, 
se  révélait  féconde  en  résultats  heureux,  le  pontife  an- 
nula son  acte  précédent  par  la  bulle  Intellecto  (ms.  598 
de  Dijon,  fol.  103  v";  publ.  dans  VAuctarium  de 
De  Visch,  Bregenz,  1927,  p.  70).  Ce  document  fait 
d'abord  le  récit  de  la  première  intervention  du  S. -Siège, 
puis  énumère  les  motifs  de  sa  révocation.  D'où  le  ré- 
sumé mis  en  tête  de  la  bulle  dans  le  ms.  de  Cîteaux  : 
Revocatio  contra  abbatem  Clarevallensem  quod  non  pos- 
set  deponi.  Voulant  cependant  réhabiliter  ce  digne  pré- 
lat, Alexandre  IV  l'appela  bientôt  à  gouverner  un  évê- 
ché  d'Angleterre.  Mais,  quand  les  envoyés  pontificaux 
se  présentèrent  à  l'abbaye  d'Ourscamp,  où  s'était  retiré 
Lexington,  celui-ci  venait  de  mourir.  Entre  temps,  au 
collège  S.-Bernard  de  Paris,  maître  Thomas  de  Luda, 
délégué  du  Souverain  pontife,  dont  il  ignorait  encore 
les  secondes  volontés,  avait  rédigé  un  acte  annulant 
la  déposition  d'Étienne  (cf.  de  Loye,  Reg.  d'Alexan- 
dre IV,  Paris,  1917,  n.  1791). 

D'autres  bulles  d'Alexandre  IV  témoignent  de  sa 
volonté  de  faire  prospérer  le  collège  S.-Bernard.  En 
janv.  1256,  il  présente  Guy,  abbé  de  l'.\umône,  aux 
cardinaux  Jean  de  Toleto  et  Hugues  de  S. -Cher,  à 
l'effet  d'un  examen  à  subir,  qui  se  termine  par  la  colla- 
tion du  grade  de  licencié  en  théologie.  Le  décret  lui 
confère  expressément  le  droit  d'enseigner  publique- 
ment à  Paris,  à  l'égal  des  maîtres  universitaires,  et  d'y 
régir  les  collèges.  Mention  spéciale  est  faite  des  statuts 
c(ui  viennent  de  terminer  la  controverse  récente  entre 
religieux  et  séculiers  professeurs  à  Paris  (ibid.,  n.  1117). 


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Voulant  mettre  ensuite  son  protégé  à  l'abri  de  diffi- 
cultés financières,  le  pontife  l'autorise  à  jouir  d'une 
certaine  pluralité  de  bénéfices  et  lui  donne  le  titre  ho- 
norifique de  chapelain  pontifical  (ibid.,  n.  1813,  1893). 

On  eut  sans  doute  à  se  féliciter  des  résultats  obtenus 
à  Paris,  car  bientôt  d'autres  collèges  se  fondent  à  l'ins- 
tar du  premier.  En  1260,  Jean  de  Toleto  propose  la 
fondation  d'un  collège  à  Montpellier  (Potthast,  Reg., 
23101;  Statuta,  1260  :  55;  1262  :  6;  1279  :  33),  qu'on 
placera  sous  l'autorité  de  l'abbé  de  Valmagne.  En  cette 
même  année,  le  roi  de  Castille  fait  une  demande  simi- 
laire au  chapitre  général  et  le  collège  de  Estrella  est 
fondé,  qui  sera  plus  tard  transféré  à  Salamanque  (ibid., 
1260  :  57).  Les  statuts  des  années  1280  et  suivantes 
s'occupent  activement  de  la  fondation  de  deux  collèges 
cisterciens  :  Toulouse  et  Oxford  (ibid.,  1280:  26,  73; 
1281  :  19,  40,  42;  1282  :  2,  65;  Reg.  de  Clément  IV, 
n.  192).  Le  roi  de  Portugal  voulut  aussi  un  collège  dans 
ses  États  (Statuta,  1294  :  14).  Metz  aura  un  collège  en 
1332,  mais  seulement  pour  les  sciences  préparatoires  à 
la  théologie  (ibid.,  1332  :  7).  Afin  d'assurer  la  prospé- 
rité de  ces  institutions,  le  chapitre  général  établit,  en 
1287  (ibid.,  n.  6),  l'obligation  d'y  envoyer  des  sujets  : 
les  abbayes  comptant  vingt  moines  et  plus  sont  tenues 
d'en  envoyer  un;  les  abbayes  de  quarante  moines  et 
plus  doivent  en  envoyer  deux.  Benoît  XII  formulera 
ces  obligations  avec  plus  de  précision  et  de  rigueur.  En 
attendant  les  lois  pontificales  en  la  matière,  les  collèges 
reçoivent  du  chapitre  général  des  décrets  importants  : 
qualités  requises  chez  les  étudiants  d'université  (ibid., 
1278  :  2;  1306  :  6;  1312  :  7);  défense  d'envoyer  ailleurs 
que  dans  les  collèges  cisterciens  (ibid.,  1295  :  7;  1296  : 
11);  l'abbé  récalcitrant  qui  ne  veut  envoyer  aucun  su- 
jet est  tenu  de  verser  au  collège  la  somme  qu'aurait 
apportée  son  religieux  (ibid.,  1301  :  2;  1329  :  9);  s'il 
persiste  dans  son  refus,  on  lui  interdit  l'entrée  de 
l'église  (ibid.,  1330  :  2);  les  étudiants  ne  peuvent  fré- 
quenter que  la  faculté  de  théologie  (ibid.,  1318  :  14). 
Les  moines  sortis  des  universités  sont  très  appréciés; 
Jean  de  Weerde,  par  ex.,  religieux  de  l'abbaye  des 
Dunes,  reçoit  en  1292  de  l'abbé  de  Cîteaux,  au  nom  du 
chapitre  général,  une  lettre  lui  accordant  plusieurs  pri- 
vilèges honorifiques  en  raison  de  son  grade  (cf.  Codex 
Dunensis,  ms.  51S  de  la  bibl.  de  Bruges,  pièce  n.  556). 

2°  Le  chapitre  général  et  ses  lois.  —  En  1134,  une  pre- 
mière compilation  des  statuts  avait  été  élaborée.  Une 
seconde  compilation  fut  décidée  en  1204  (Statuta,  n.  8). 
Il  ne  s'agissait,  évidemment,  que  de  conserver  les  lois 
d'allure  générale,  s'appliquant  à  l'ordre  dans  son  en- 
semble. Cette  compilation  de  1204,  nous  la  trouvons 
dans  plusieurs  mss.  :  1309  de  la  bibl.  de  Troyes;  31/192 
de  IMons  (Belgique);  785  de  l'Arsenal,  Paris.  Elle  ne 
semble  pas  avoir  été  éditée.  Reprise  et  complétée  dans 
la  suite,  elle  fut  promulguée  par  le  chapitre  de  1240  et 
de  nouveau  en  1256,  sous  le  titre  Institutiones  capituli 
generalis.  La  matière  est  divisée  selon  un  ordre  idéolo- 
gique et  répartie  dans  les  quinze  distinctions  suivantes: 
I.  De  fundatione  et  institutione  abbatiarum.  II.  De  bene- 
dictionibus  noviliorum  et  abbatum,  de  professione  et 
ordinatione  monachorum.  III.  De  ofjicio  divino.  IV.  De 
privilegiis  et  immunitatibus  et  indulgentiis  ordinis.  V. 
De  capitula  generali  et  de  pertinentibus  ad  ipsum.  VI.  De 
capitula  quotidiana  et  emendatione  culparum.  VUrDe 
visilationibus,  eleciianibus  et  degrudationibus.  VIII.  De 
officialibus.  IX.  De  dirigendis  in  viam.  X.  De  personis  in 
ordine  recipiendis,  uivis  vet  murtuis.  XI.  De  rébus  quas 
licet  habere,  dare.  accipere,  commodare,  aut  si  liceat 
fideiubere.  XII.  De  vemlitione  et  emptione.  XIII.  De 
victu  et  vestitu  monachorum.  XIV.  De  conversis.  XV.  De 
monialibus. 

Grâce  à  ses  lois,  dont  l'ensemble  constituait  un 
«  organisme  merveilleux  »  (Berlière,  Les  élections  abba- 
tiales au  M.  A.,  Bruxelles,  1927,  p.  99),  Cîteaux  a  géné- 


ralement pu  échapper,  durant  le  xni«  s.,  aux  désastres 
occasionnés  par  des  élections  abbatiales  mal  réglées  : 
ingérences  et  violences  des  pouvoirs  séculiers,  nomina- 
tion par  Rome  de  sujets  mal  connus  là-bas,  intrusions 
d'individus  incapables  et  indignes,  compétition  de  plu- 
sieurs élus  et  leurs  procès  entre  eux,  etc.  (cf.  Berlière, 
toc.  cit.;  législat.  cisterc.  des  élections,  dansD.  D.  Can., 
m,  755  sq.). 

Les  décrets  particuliers  des  statuts  annuels  sont 
révélateurs  de  la  situation  intime  de  certaines  abbayes. 
Or,  ce  que  l'on  porte  à  la  connaissance  du  chapitre,  ce 
sont  les  déficiences  individuelles  et  conventuelles  :  les 
ombres  du  tableau.  Les  crises  financières  sont  fré- 
quentes dans  les  abbayes  médiévales.  S. -Bénigne  de 
Dijon  en  pâtit  dès  1228-29  (M.  Chaume,  dans  Ann.  de 
Bourgogne,  1945,  p.  170)  et  Cluny  n'y  échappe  pas  en 
1256  (Reg.  d'Alexandre  IV,  n.  1270).  Elles  ne  sont  pas 
toujours  imputables  à  une  administration  locale  défec- 
tueuse; elles  résultent  parfois  du  système  économique 
de  l'époque,  en  voie  de  transformation  au  xiii"  s. 
Comme  remède  préventif,  Cîteaux  dans  sa  législation 
avait  limité  les  autorisations  de  dépenses  pour  chaque 
abbaye  (Institutiones  cap.  gen.,  dist.  VII,  3,  De  nimie- 
tate  debitorum;  4,  De  non  acquirendo).  Malgré  cela,  les 
désastres  se  succèdent  durant  cette  période.  Barona  en 
Lombardie,  fondée  en  1210,  succombe  après  une 
dizaine  d'années  (Statuta,  1219  :  38).  Le  chapitre  géné- 
ral de  1227  signale  qu'un  grand  nombre  d'abbayes, 
surtout  en  France,  se  trouvent  dans  une  situation  obé- 
rée (ibid,,  1227  :  6).  Plus  tard,  on  cite  tour  à  tour  Font- 
morigny,  Boquen,  Bonnevaux,  Joug-Dieu,  Boulbonne, 
Ripalta  dans  le  Piémont,  Heisterbach  au  dioc.  de  Co- 
logne (ibid.,  1241  :  41;  1248  :  26;  1269  :  33,  50;  1270  : 
19;  1277  :  32;  1282  :  8,  34).  Urbain  IV  s'occupe  spécia- 
lement de  Fontaine-Jean  (Reg.  d'Urbain  IV,  n.  7, 
1960,  1994)  et  Clément  IV  de  Cîteaux  (Reg.  de  Clé- 
ment IV,  n.  480).  En  Angleterre,  Melsa  et  Fountains 
connaissent  en  1280  et  1290  semblable  situation 
(Chron.  monast.  Melsa,  ii,  156;  Memorials  of  Foun- 
tains, VI,  p.  vi). 

La  pénurie  de  convers  signalée  par  le  chapitre  de 
Cîteaux  en  1274  (n.  12)  amena  fatalement  l'abandon 
de  l'exploitation  directe  des  fermes  monastiques.  Il 
fallut  pratiquer  le  métayage.  Dans  le  midi  de  la  France, 
les  grandes  abbayes,  Bonnefont,  Grandselve,  Belle- 
perche  et  autres,  pratiquèrent  le  paréage  avec  la  fa- 
mille royale  ou  les  seigneurs  de  la  contrée.  De  ces  con- 
trats, avantageux  pour  les  deux  parties,  on  vit  naître 
nombre  de  bastides  (cf.  Ch.  Higounet,  Cisterciens  et 
bastides,  dans  Le  Moyen  Age,  1950,  p.  69-84). 

Les  papes  de  cette  époque  se  montrent  enclins  à  ap- 
prouver des  donations  de  revenus  d'églises  à  des 
abbayes  cisterciennes,  bien  que  la  chose  soit  notoire- 
ment contraire  aux  premiers  Instituts  de  l'ordre  (Pres- 
sutti,  Reg.  d'Honorius  III,  n.  350,  438,  4158,  5223  ;  Reg. 
d'Innocent  IV,  n.  3524,  3605,  3607,  3623,  4339,  4346, 
6509,  6820,  etc.;  Reg.  de  Clément  IV,  n.  1698;  Reg.  de 
Nicolas  IV,  n.  82,  1283,  1711,  3469,  6523).  La  pra- 
tique de  la  pauvreté  individuelle  est  en  souffrance 
quand  les  supérieurs  et  officiers  subalternes  se  réser- 
vent secrètement  une  part  des  revenus  pour  faire  face 
à  leurs  dépenses  privées,  qui  ne  figureront  pas  dans  la 
comptabilité  (Statuta,  1217  :  4;  1220  :  8).  Chez  les 
prieurs,  on  constate  la  tendance  à  tenir  en  propre  cer- 
tains biens  du  monastère,  à  exploiter  à  leur  profit  une 
portion  des  immeubles,  des  vignes...  Sans  doute,  le 
chapitre  général  réagit  contre  ces  écarts;  mais  l'idée 
est  lancée  et  on  en  goûte  la  pratique  (ibid.,  1220':  38; 
1223  :  9;  1262  :  10). 

Jadis,  les  abbés  démissionnaires  reprenaient  dans  la 
communauté  leur  rang  d'ancienneté,  sans  plus.  En 
1288,  la  concession  d'une  pension  est  admise  sans  con- 
teste; c'était  une  pratique  déjà  ancienne  dans  d'autres 


94y  CITE  AUX  (ORDRE).  D'INN 

ordres  monastiques.  Un  texte  scripturaire  prétend 
même  lui  fournir  un  respectable  soutien  (ibid.,  1288  : 
6). 

Fréquemment  l'autorité  capitulaire  est  avertie  que 
telle  abbaye  laisse  tomber  plus  ou  moins  gravement  les 
observances.  En  1237,  Sedlec,  Colbaz,  Herrera  sont  no- 
tées de  la  sorte  (ibid.,  1237  :  55,  57,  61;  1239  :  22).  Il 
faut  alors  déléguer  un  visiteur  spécial,  avec  le  titre  de 
réformateur.  Ailleurs,  le  tempérament  féodal  indompté 
agite  encore  les  convers  d'Eberbach  et  de  Grandselve 
(ibid.,  1238  :  52);  des  passions  qu'on  croyait  ensevelies 
remontent  à  la  surface,  comme  à  Eaunes  et  à  Feuil- 
lant (ibid.,  1246  :  30).  A  FoUina,  David,  l'abbé  déposé, 
fait  cause  commune  avec  des  ennemis  de  l'Église  qui, 
à  main  armée,  maintiennent  le  déposé  à  son  ancien 
poste  (ibid.,  1249  :  51).  Plus  graves  que  dans  ces  cas 
particuliers  sont  les  écarts  de  quelques  monastères 
d'une  même  région,  qui  paraissent  entrés  dans  la  voie 
du  relâchement  :  communautés  qui  ont  grandi  trop 
rapidement  peut-être  et  restent  dépourvues  d'attache- 
ment profond  à  l'esprit  de  Cîteaux.  En  Espagne,  les 
maisons  filles  et  petites-filles  de  Clairvaux  et  de  Mori- 
mond  ont  besoin  d'une  réforme  dès  1221  (ibid.,  n.  33). 
Même  cas  pour  les  maisons  de  Calabre,  d'Apulie  et  de 
Sicile  en  1226  (ibid.,  n.  13).  On  est  mieux  renseigné  sur 
la  crise  des  maisons  d'Irlande.  Les  quelques  statuts 
capitulaires  se  référant  aux  événements  des  années 
1226  et  suivantes  trouvent  un  commentaire  autorisé 
dans  les  Acta  cisterciensia  (éd.  F.  Cognasso,  dans 
Rômische  Quartalschrifl,  Rome,  1912,  p.  58?",  114*, 
187*).  On  y  lit  dix-sept  documents  tirés  du  ms.  lai. 
D.  VI.  25  de  la  bibl.  de  Turin.  Citons  deux  lettres  de 
Gauthier  d'Ochies,  abbé  de  Cîteaux,  à  Grégoire  IX; 
dix  lettres  d'Étienne  de  Lexington,  alors  abbé  de  Stan- 
ley, en  Angleterre,  qui  eut  un  rôle  de  premier  plan  dans 
l'apaisement  des  affaires  d'Irlande;  une  lettre  de  Gré- 
goire IX  (8  déc.  1231),  et  quelques  autres.  L'éditeur 
fait  précéder  sa  publication  d'une  étude  très  poussée 
sur  les  événements  et  les  personnages  qui  intervinrent 
alors.  Dans  les  passions  de  révolte  qui  soulevèrent  si 
violemment  ces  communautés  (un  abbé  et  un  moine 
furent  tués),  on  peut  sans  peine  discerner  de  vieilles 
tendances  séparatistes. 

La  mésintelligence  entre  les  abbés  de  Cîteaux  et  les 
quatre  premiers  Pères  est  peut-être  la  tache  la  plus 
sombre  qui  ternit  le  Cîteaux  du  xin«  s.  La  Charte  de 
charité  avait  été  élaborée  par  des  hommes  de  haute 
vertu.  Son  fonctionnement  normal  exigeait  de  la  part 
des  abbés  l'oubli  d'eux-mêmes  et  de  leurs  avantages 
personnels.  Un  jour  vint  où  les  supérieurs  n'eurent  plus 
le  même  idéal  surnaturel;  la  chicane  commença.  Les 
abbés  de  Cîteaux  virent  d'un  mauvais  œil  la  juridic- 
tion de  surveillance  exercée  sur  eux-mêmes  et  leur 
maison  par  les  quatre  premiers  Pères;  et  ceux-ci 
inclinèrent  à  diminuer  leur  soumission  à  l'endroit 
de  l'abbé  de  Cîteaux,  leur  Père  immédiat.  Déjà 
Innocent  III,  en  1202,  pressentait  les  désastres  qu'en- 
traîneraient ces  divisions  et  ce  manque  d'entente  (cf. 
bulle  Quia  qui  ambulat,  x  kal.  dec).  Son  intervention 
fut  momentanément  efflcace.  La  lutte  reprit  quand,  en 
1215,  l'abbé  de  Cîteaux,  Arnaud  II,  eut  déposé  l'un  des 
quatre  premiers  Pères  sans  consulter  les  autres.  Inno- 
cent III  s'opposa  à  ce  que  l'affaire  fût  traitée  au  con- 
cile de  Latran  (1215);  celui-ci  ne  fit  de  Cîteaux  et  de 
sa  législation  qu'une  mention  honorable,  en  imposant 
aux  ordres  religieux  la  tenue  de  chapitres  généraux,  à 
l'instar  de  ceux  de  Cîteaux  (c.  12,  In  singulis;  Decr., 
I.  III,  tit  xxxv,  c.  7).  Honorius  III  écrivit  à  Cîteaux 
dans  le  même  sens  que  son  prédécesseur  (Sinceritatis 
affectus,  1216;  Potthast,  Reg.,  5322).  En  1223,  le  car- 
dinal Conrad  d'Urach,  ancien  abbé  de  Clairvaux  et  de 
Cîteaux,  faisait  un  effort  sérieux  pour  créer  une  entente 
solide  entre  les  deux  prélats  des  abbayes  de  Clairvaux 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV  !J5U 

et  de  Cîteaux.  Une  réunion  eut  lieu  qui  avait  pour 
témoins  deux  évêques  cisterciens,  Gauthier  de  Char- 
tres et  Foulques  de  Toulouse,  ainsi  que  les  premiers 
Pères.  On  se  pardonna  les  torts  qu'on  avait  pu  se  cau- 
ser mutuellement,  en  parole  ou  en  fait,  et  cette  charte 
de  réconciliation  reçut  les  sceaux  des  prélats  présents 
(Statuia,  1223  :  13;  Pressutti,  Reg.  d'Honorius  III, 
n.  4400).  Trêve  de  courte  durée.  Chacun  garda  ses 
positions,  prétendant  trouver  dans  le  texte  de  la  Charte 
de  charité  les  limites  précises  des  pouvoirs  des  abbés. 
Même  une  intervention  du  bon  roi  S.  Louis  n'eut  aucun 
effet  durable  (Nomasticon  cisterc,  éd.  1664,  p.  418). 

En  1262,  Urbain  IV  élève  au  cardinalat  l'abbé  de 
Cîteaux,  Guy  de  Bourgogne.  Jacques  II  succède  à  ce 
dernier;  mais  son  élection,  faite  par  les  seuls  religieux 
de  Cîteaux  sous  la  présidence  du  prieur,  est  entachée 
d'un  vice  de  forme.  D'autre  part,  ce  nouvel  élu  affiche 
aussitôt  la  prétention  de  nommer  librement  tous  les 
déflniteurs  et  de  disposer,  au  chapitre  général,  en 
maître  absolu  de  toutes  choses.  La  Charte  était  ainsi 
violée  dans  ses  points  essentiels.  Contre  ces  abus  de 
pouvoir  s'élèvent  avec  force  les  quatre  premiers  Pères, 
Philippe  de  Clairvaux  à  leur  tête.  L'affaire  est  portée 
à  Rome.  Urbain  IV  choisit  trois  juges  ou  arbitres  en 
dehors  de  l'ordre,  exempts  de  tout  préjugé  :  Nicolas 
de  Brie,  évêque  de  Troyes;  Étienne,  abbé  de  Marmou- 
tier;  et  le  dominicain  Geoffroy  de  Beaulieu  (bulle  In 
summi  apostolatus,  id.  martii  1264).  Ils  instruisent  la 
cause  et  remettent  le  dossier  au  S. -Siège.  Entre  temps, 
Urbain  IV,  décédé,  est  remplacé  par  Clément  IV  (1265). 
Ce  dernier  veut  entendre  lui-même  l'abbé  de  Cîteaux 
et  les  premiers  Pères.  En  juin  1265,  il  promulgue  la 
bulle  Parvus  fons  (texte  dans  Staluta,  m,  21-30).  Les 
deux  éditions  du  Nomasticon  cistercien  de  dom  Julien 
Paris  (1664,  1670)  ont  conservé  dans  une  centaine  de 
pages  les  Instrumenta  disceptationis  abbatum  sub  Ur- 
bano  IV,  documents  authentiques  qui  permettent  de 
reconstituer  les  phases  de  cette  pénible  affaire  (J.-B. 
Mahn  a  fait  ce  récit,  op.  cit.,  230). 

En  bref,  voici  les  changements  apportés  au  gouver- 
nement de  l'ordre  par  la  bulle  Parvus  fons.  La  Charte 
de  charité  y  subit  quelques  retouches.  Les  pouvoirs  des 
Pères  immédiats  sont  notablement  diminués.  Dans  les 
abbayes  vacantes,  l'administration  demeure  désormais 
aux  mains  du  couvent,  qui  est  gouverné  par  le  prieur; 
le  sceau  abbatial  est  cependant  confié  au  Père  immé- 
diat, sauf  celui  de  Cîteaux  qui  reste  sous  la  garde  du 
prieur.  Les  abbés  fils  n'ont  plus  désormais  voix  active 
dans  l'élection  de  l'abbé  père.  Pour  l'élection  elle- 
même,  on  garde  encore  la  forme  simple  usitée  depuis  le 
début  de  l'ordre,  le  pape  faisant  grâce  des  formalités 
prescrites  par  le  c.  24,  Quia  propter,  du  concile  de  La- 
tran (1215;  Decr.,  1.  I,  tit.  vi,  c.  42).  D'autre  part,  on 
enjoint  au  Père  immédiat,  président  de  l'élection,  de 
laisser  pleine  liberté  aux  électeurs  et  de  confirmer  leur 
élu,  s'il  en  est  digne.  Les  dépositions  d'abbés  ne  peu- 
vent désormais  être  faites  par  le  Père  immédiat  que 
dans  les  cas  prévus  par  le  droit  commun,  auxquels  on 
ajoute  le  délit  du  solliciteur  de  privilèges  contraires  aux 
instituts  cisterciens.  Si  certaines  dépositions  sont  ju- 
gées nécessaires  pour  d'autres  causes,  elles  relèvent 
uniquement  du  chapitre  général.  La  question  des  défl- 
niteurs reçoit  la  solution  suivante  :  le  nombre  en  est 
fixé  à  vingt-cinq;  chacune  des  premières  filiations  en 
fournit  cinq.  L'abbé  de  Cîteaux  en  choisit  quatre;  cha- 
cun des  quatre  premiers  Pères  en  présente  cinq  au 
choix  de  l'abbé  de  Cîteaux,  qui  en  élimine  un.  Les  vi- 
sites canoniques  devront  se  faire  en  parfaite  confor- 
mité avec  les  prescriptions  de  la  Charte;  la  nouvelle 
bulle  ajoute  seulement  quelques  précisions  de  nature  à 
diminuer  les  frais  qu'occasionneraient  aux  abbayes  des 
visites  prolongées  ou  faites  avec  un  personnel  trop 
nombreux. 


951 


CIÏEAIjX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  111  A  CLÉMENT  IV 


952 


Le  cardinal  Guy  de  S. -Laurent,  présent  au  chapitre 
général  par  mandat  spécial  de  Clément  IV  (Potthast, 
Reg.,  19245),  fut  pris  comme  arbitre  pour  de  légères 
retouches  qu'on  désirait  introduire  au  texte  de  la 
bulle.  Sa  décision,  intitulée  :  Ordinalio  cnrdinalis  Sancli 
Laurenlii  (Statuta,  m,  31),  fut  ensuite  admise  et  ap- 
prouvée par  le  pape  (Rey.  de  Clément  IV,  n.  181). 

Troyes,  bibl.  munie,  ms.  1511,  7"  :  contient  la  lettre 
d'Innocent  III  (nov.  1202),  Quia  qui  ambnlal,  accompagnée 
d'une  lettre  de  Kainier,  futur  cardinal,  alors  moine  de  Fossa 
Nova.  Ces  deux  documents  furent  remis  à  Arnaud  .Amaury, 
abbé  de  C,  par  l'abbé  de  Casamari,  G.,  neveu  de  Géraud, 
jadis  abbé  de  Fossa  Nova,  puis  de  Clairvaux,  1170-1175.  — 
Ann.  Waverleienses,  ann.  1264.  —  E.  Berger,  Beg.  d'Inno- 
cent IV,  Paris,  1897.  — Bourel,  Reg.  d'Alexandre  IV,  Paris, 
1896.  - —  D'Arbois,  Études...  abbayes  cisterc.,  Paris,  1858, 
p.  298  :  dettes  des  abbayes.  —  P.  (iratien,  Hisl.  de  la  fonda- 
tion et  lie  l'évolution  de  l'ordre  des  F.  M.  «ii  XIII"  s.,  Gem- 
bloux,  1928.  —  E.  Hollmann,  Die  Entwieklung  der  Wi>/- 
srhaftsprinzipien  im  Cisterz.  wàhrend des  XII.  und  XIII .  Jlits, 
dans  Hist.  Jahrbuch,  1910,  p.  699  sq.  —  .lean  de  Savigny, 
lettre  aux  abbés  anglais,  dans  Monast.  anijlic.,  1655,  p.  700; 
éd.  de  Londres,  1825,  v,  226.  —  Noinaslicon  eisterr.,  Paris, 
1664,  p.  376.  —  D.  Knovvles,  Tlie  religions  ord.  in  England, 
II,  Cambridge,  1948,  p.  64-77  :  The  agrarian  econoniy  oj  tlie 
cistercians.  —  P.  Lefèvre,  Les  Statuts  de  Prémonlré  réformés... 
au  XIII'  s.,  Louvain,  1946.  —  W.  Meyer,  Zwei  Gedichte  zur 
Geseh.  des  Cisterc.  Ordens  (le  2«  poème  des  versus  Pagani 
a  pour  titre  :  De  mutatione  mala  ord.  cisterc),  Gcettingue, 
1905.  —  Muggenthaler,  Kolonisatorisclie  und  wirtschaftliche 
Tàtigkeit  eines  deutsclien  Zist.-Klost.  im  XII.  und  XIII. 
Jht,  Munich,  1924.  —  G.  Muller,  Der  erste  Reformversuch 
im  Cisterc,  dans  Cisterc.-Chronik,  1924,  p.  25  sq.  —  P. 
Opladen,  Die  Stellung  der  deutschen  Kônige  zu  den  Orden  im 
XIII.  Jlit,  Bonn,  1908.  —  R.  H.  Snape,  English  monastic 
finances  in  the  later  M.  A.,  Cambridge,  1926. 

Sur  le  collège  S.-Bernard.  —  Arch.  de  l'Aube,  3  H  218-227; 
Arch.  nat.,  à  Paris,  //  3899-3900;  M  199;  S  3657-3874; 
MM  366  :  cartulaire  (1275-1596).  —  Teulet,  Layettes  du 
trésor  des  chartes,  iv,  n.  4993,  5267,  5712  :  donations  d'Al- 
phonse, comte  de  Poitiers.  —  Plusieurs  art.  concernant 
l'architecture  des  bâtiments,  dans  Bull,  de  la  Soc.  des  amis 
des  monum.  de  Paris.  —  M.  Dumolin,  La  censive  du  coll.  des 
Bernardins,  dans  Bull,  de  la  Soc.  hist.  de  Paris,  Paris,  1935, 
p.  25-96.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes...,  i,  Paris,  1905, 
p.  113.  —  Cottineau,  2203.  —  D'Arbois,  op.  cit.,  64-74  : 
Des  collèges  cisterciens.  —  .1.  Laurent,  art.  Clairvau.v,  dans 
Abbayes...  ancienne  France,  xii,  Paris,  1941,  p.  330,  note.  — 
G.  Muller,  Griindung  des  S.  Bernhardkollegium  Paris,  dans 
Cisterc.-Chronik,  1908,  p.  5  sq.,  nie  la  déposition  d'Étienne 
Lexington,  se  fondant  sur  le  silence  des  actes  capitulaires. 
Mais  nous  n'avons  de  ceux-ci  que  des  copies  incomplètes 
parfois;  d'autre  part,  les  documents  pontificaux  sont  plei- 
nement probants.  Cette  erreur  de  Muller  fut  partagée  par  E. 
Kwanten,  Le  collège  de  S.-Bernard  à  Paris,  dans  Rev. 
d'hist.  eccl.,  1948,  p.  443  sq. 

Sur  le  collège  d'Oxford.  — •  Arch.  de  la  Côte-d'Or,  quelques 
documents  dans  le  fonds  Cîteaux.  —  Dugdale,  Monast. 
anglic,  éd.  Londres,  1825,  v,  745.  —  Watkin  Williams,  Un 
Studium  cisterc.  à  Oxford,  dans  Ann.  de  Bourgogne,  1930, 
p.  70;  les  démarches  des  années  1280  sq.  aboutirent  à  la 
fondation  de  l'abbaye  de  Rewley,  proche  de  la  ville,  qui 
abrita  un  temps  les  moines  étudiants  à  l'Université  (cf.  Ann. 
Waverleienses,  ann.  1281). 

Sur  le  collège  de  Toulouse.  —  Arch.  départ,  de  Hte-Ga- 
ronne,  série  D  :  9  reg.,  47  liasses  et  cartulaire  Capdenier; 
Arch.  de  l'Aube,  3  U  238.  —  Reg.  de  Clément  IV,  n.  192  :  du 
31  juill.  1265  :  Privilégia  pro  monachis...  Vallismagnae  studio 
facultatis  theol.  depuiatis.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes...,  iv, 
287. 

V.  Les  moniales  cisterciennes.  —  1"  Création  de 
monastères  de  moniales.  —  Le  Tart,  premier  monastère 
de  cisterciennes,  fut  vraiment  un  décalque  de  Cîteaux 
(P.  L.,  CLXXXV,  1409  :  Fundatio  monasterii  de  Tart 
sanctimonialium).  Un  groupe  de  moniales  bénédictines 
quittent  leur  abbaye  de  Jully  et  s'installent  à  Tart, 
sur  un  terrain  concédé  par  Arnulf  Cornut,  ajirès  inter- 
vention d'Étienne,  abbé  de  Cîteaux.  C'était  vers  1125. 
Un  autre  abbé  de  Cîteaux,  Guy  de  Paray  (1194-1200), 
futur  cardinal,  reconnaît  dans  un  acte  officiel  (ibid.. 


1413)  que  l'abbaye  de  Tart  est  vraiment  fille  de  Cî- 
teaux; elle  est  incorporée  à  l'ordre  et  vit  sous  sa  juri- 
diction. A  l'exemple  de  ce  qui  se  fait  à  Cîteaux,  le 
Tart  tient  chaque  année  le  chapitre  général  des  abbes- 
ses;  et  le  document  de  l'abbé  Guy  cite  les  noms  des  dix- 
huit  monastères  de  cisterciennes  existant  alors  en 
France. 

Des  établissements  similaires  se  créent  également 
dans  les  pays  voisins.  L'Espagne  en  eut  un  bon  nombre, 
parmi  lesquels  plusieurs  sont  aujourd'hui  encore  en 
activité  :  tels  Las  Huelgas  de  Burgos,  S. -Esprit  d'Ol- 
medo,  la  Caridad  en  Tulebras,  la  Asuncio  de  Garrizo, 
Nostra  Sefiora  del  Valle,  et  autres.  En  1189,  se  tint  à 
Las  Huelgas  le  premier  chapitre  des  abbesses  d'Es- 
pagne. Alphonse  VIII,  roi  de  Castille,  fondateur  de  ce 
monastère,  s'efforça  de  l'élever  au  rang  de  maison  mère 
de  toutes  les  autres  abbayes  (Statuta,  1191  :  27). 

En  Belgique,  Herkenrode  se  fonde  en  1191;  et  le 
Danemark  voit,  en  ce  même  xii'=  s.,  la  création  de  Slan- 
gerup,  de  Roskilde,  de  Bergen.  En  Angleterre,  onze 
monastères  de  cisterciennes  existaient  déjà  en  1154  et, 
de  cette  date  à  l'216,  il  s'en  créa  dix-sept  autres  (D. 
Knowles,  The  religions  Iwuses  of  médiéval  England, 
Londres,  1940). 

La  grande  époque  des  moniales  cisterciennes  est  le 
xiii«  s.  Au  chapitre  annuel  de  Cîteaux,  c'est  en  foule 
qu'arrivent  les  demandes  de  fondations  nouvelles  ou 
d'affiliations.  L'année  1219  ne  compte  pas  moins  de 
neuf  fondations;  l'année  1228  en  a  une  quinzaine;  ce 
chiffre  est  encore  atteint  et  parfois  dépassé  dans  les 
années  1231, 1234, 1235.  Cependant  le  chapitre  se  mon- 
tre peu  favorable  à  cette  extension,  qui  crée  pour  les 
abbayes  d'hommes  une  charge  bien  lourde.  En  1220 
(Statuta,  n.  4),  on  déclare  ne  plus  pouvoir  accepter  au- 
cune incorporation  et,  à  toutes  les  moniales,  on  impose 
la  clôture  stricte.  En  1225,  le  chapitre  réédite  ce  même 
décret;  pour  les  fondations  futures  on  pose,  comme 
condition  absolue,  que  chaque  maison  soit  assez  dotée 
pour  se  suOire  et  permettre  ainsi  la  claustration  des 
moniales,  qui  ne  pourront  jamais  sortir,  surtout  pour 
mendier.  Trois  ans  plus  tard,  le  chapitre  se  sent  sub- 
mergé; il  rend  un  décret  radical  :  plus  aucune  fonda- 
tion ou  affiliation  ne  sera  autorisée.  «  Que  des  couvents 
féminins  empruntent  nos  observances  s'ils  le  veulent, 
soit;  mais  nous  nous  refusons  à  étendre  sur  eux  notre 
juridiction.  »  Les  capitulants  ne  craignent  pas  de  citer 
le  taedium  et  gravamen  que  leur  occasionne  cette  sur- 
charge inattendue.  Bientôt  ces  nouveaux  établisse- 
ments font  naître  des  procès,  et  trois  déflniteurs  sont 
nommés  auditeurs  pour  les  causes  des  moniales  (ibid., 
1228  :  16,  17).  Enfin,  en  1251,  n'y  tenant  plus,  les  Pères 
capitulants  demandent  et  obtiennent  d'Innocent  IV 
une  bulle,  aux  termes  de  laquelle  le  S. -Siège  lui-même 
renonce  à  imposer  à  Cîteaux  l'incorporation  de  cou- 
vents de  moniales,  sauf  mention  expresse  de  la  pré- 
sente bulle  (Paci  et  tranquillitati  vestrae,  7  août  1251; 
ms.  598  de  Dijon,  fol.  32  v",  inédite).  Ce  fut  une  digue 
au  moins  momentanée.  Au  légat  pontifical  en  Alle- 
magne et  au  comte  de  Gueldre,  qui  présentaient  encore 
en  1254  des  moniales  pour  l'affiliation,  le  chapitre  ré- 
pondit en  se  retranchant  derrière  le  rescrit  pontifical 
(Statuta,  1254  :  27). 

A  quel  chiffre  d'abbayes  parvint  l'institut  des  cis- 
terciennes ?  Il  est  impossible  de  le  préciser,  encore  que 
l'on  soit  en  mesure  de  taxer  d'exagération  les  dires  de 
quelques  auteurs.  Les  recherches  qui  se  bornent  à  cer- 
tains pays  inspirent  plus  de  confiance.  Le  travail  de 
dom  Huemer,  réalisé  pour  l'Allemagne,  arrive  à  un 
total  d'environ  320  abbayes  de  moniales  blanches  (Stu- 
dien  und  Mitteil.,  Salzbourg,  1916,  p.  1-47).  La  France 
aurait  atteint  la  moitié  de  ce  chiffre,  d'après  le  Gallia 
christiana.  Un  travail  récent  en  signale  78  en  Espagne; 
la  Grande-Bretagne  en  a  compté  près  d'une  centaine; 


953 


CITEAUX  (ORDRE).   D'[NNOCEi\T  III  A  CLÉMENT  IV 


95 


l'Italie,  70;  la  Belgique,  57;  le  Portugal,  10;  la  Hol- 
lande, 19.  Il  y  en  eut  jusqu'en  l'île  de  Chypre,  à  Nico- 
sie; en  Palestine,  à  S.-Jean-d'Acre  et  à  Tripoli  (S(a- 
tuta,  1239:57;  C.  Enlart,  L'art  gothique...  en  Chypre, 
Paris,  1899,  p.  420). 

2°  Législation.  —  Ce  n'est  guère  qu'au  début  du 
XIII»  s.  que  paraissent  des  statuts  capitulaires  concer- 
nant les  moniales;  ils  furent  codifiés  en  1240  et  1256 
dans  les  Institutiones  capituli  generalis,  dist.  XV  :  De 
monialibus  (Nomasticon  cisterc.,  éd.  1892,  p.  360  sq.). 
La  condition  juridique  des  moniales  les  place  exclusi- 
vement sous  la  juridiction  de  l'ordre;  chaque  monas- 
tère est  en  dépendance  d'un  abbé  appelé  Père  immé- 
diat. Celui-ci  fait  la  visite  canonique  au  for  externe, 
avec  tous  les  pouvoirs  annexés  à  cette  charge,  par  ex. 
porter  ou  lever  l'excommunication  le  cas  échéant.  Au 
for  interne,  il  délègue  les  pouvoirs  de  confesseur  au 
moine  nommé  par  lui  (Potthast,  Reg.,  13308). 

La  loi  de  clôture  stricte  figure  en  tête  des  obligations 
que  Cîteaux  impose  à  ses  moniales  :  condition  essen- 
tielle de  leur  appartenance  à  l'ordre  (Statuta,  1213  : 
3;  1225  :  7).  Cette  loi  comporte  la  défense  rigoureuse  de 
sortir  du  monastère  et  d'y  introduire  aucune  personne 
étrangère;  quelques  cas  exceptionnels  sont  cependant 
prévus.  Dès  1231  et  1242,  la  grille  du  parloir  est  décrite  : 
fenestra  bene  et  spisse  (errata  (ibid.,  1231  :  6;  1242  :  17). 
La  codification  de  1256  (dist.  XV,  c.  vi)  essaie,  semble- 
t-il,  de  faire  cesser  la  tenue  des  chapitres  généraux  des 
abbesses,  mais  maintient  les  visites  de  l'abbesse  mère 
à  ses  maisons  filles.  Cette  législation  d'allure  sévère, 
établie  par  Cîteaux,  Boniface  VIII  l'empruntera  en 
1298  pour  en  faire  la  loi  générale  de  l'Église;  la  décré- 
tale  Periculoso  fait  époque  en  la  matière  (1.  III,  tit.  xvi, 
cap.  un.,  in  VI°).  Entre  temps,  les  pontifes  romains 
témoignent  grand  respect  à  la  loi  cistercienne  de  clô- 
ture, en  se  réservant  le  droit  d'accorder  des  exemp- 
tions passagères  aux  reines,  princesses  et  nobles  dames 
qui  les  sollicitent  (,Reg.  de  Clément  IV,  288;  Reg.  de 
Nicolas  IV,  1082).  Les  légats  recevaient  au  nombre 
de  leurs  pouvoirs  celui  d'autoriser  quelques  exceptions. 

Les  habits  des  moniales  sont  identiques  à  ceux  des 
moines;  partout  le  voile  noir  est  exigé;  là  où  l'on  por- 
tait le  manteau  simple  au  lieu  de  la  coule,  on  continue 
l'ancien  usage.  Les  supérieurs  eurent  à  combattre,  de 
temps  à  autre,  la  vanité  féminine  qui  transformait  les 
habits  réguliers  selon  le  goût  du  jour  (Statuta,  1232  : 
23;  1235  :  3).  Les  novices  sont  admises  à  la  profession 
après  un  an  d'épreuve;  leur  cédule  fait  mention  de 
l'abbesse  présente.  L'élection  abbatiale  a  lieu  dans 
l'abbaye  vacante  sous  la  présidence  du  Père  immédiat. 
L'âge  de  trente  ans  est  exigé  pour  être  élue  (ibid.,  1251  : 
6);  on  demande  de  l'abbesse  avant  tout  l'obéissance 
au  Père  immédiat  et  aux  définitions  du  chapitre  géné- 
ral (ibid.,  1288  :  15;  1242  :  18;  1260  :  29).  Mais  les  cas 
de  rébellion  et  de  déposition  ne  sont  pas  rares  chez 
elles  (ibid.,  1243  :  8,  65,  66,  67,  68;  1244  :  35,  36,  37; 
1261  :  35).  Les  abbesses  démissionnaires  sont  bien  trai- 
tées, trop  bien  peut-être,  car  leur  situation  devient  en- 
viable; l'idéal  poursuivi  par  plus  d'une  moniale  est 
d'arriver  à  l'abbatiat  pour  quitter  la  crosse  après  peu 
de  temps,  afin  de  jouir  de  la  pension  et  d'un  apparte- 
ment. Le  chapitre  général  doit  déjouer  ces  petits  cal- 
culs, en  supprimant  radicalement  les  pensions  et  les 
chambres  réservées  (ibid.,  1323  :  12). 

Le  législateur  prévoit  l'existence  d'un  personnel  mas- 
culin en  marge  des  abbayes  de  moniales.  Cela  comporte 
un  moine  confesseur,  des  chapelains  et  des  frères  con- 
vers,  en  nombre  variable.  Ils  habitent  le  bâtiment  de 
l'hôtellerie,  peuvent  être  fournis  par  une  abbaye 
d'hommes,  normalement  celle  du  Père  immédiat.  Ils 
peuvent  aussi  se  recruter  sur  place;  on  admet,  en  effet, 
que  des  séculiers,  prêtres  ou  laïcs,  puissent  se  présenter 
dans  une  abbaye  de  femmes  pour  y  devenir  chapelains 


ou  convers.  Ils  font  là  même  leur  noviciat,  leur  profes- 
sion et  s'y  trouvent  stabilisés.  Le  cérémonial  de  cette 
profession  est  fixé  en  1251  (ibid.,  n.  5)  :  elle  a  lieu  au 
chapitre  des  moniales,  par-devant  l'abbesse  et  la  com- 
munauté; elle  comporte  la  renonciation  à  toute  pro- 
priété et  la  promesse  d'obéissance  incluant  les  autres 
vœux.  Si  de  tels  sujets  sont  infidèles  à  leurs  engage- 
ments, ils  sont  poursuivis  comme  apostats  (Ex  parte 
vestra,  d'Alexandre  IV,  6  mars  1255);  ils  sont  donc  reli- 
gieux aussi  essentiellement  que  ceux  des  abbayes 
d'hommes.  Rien  cependant  dans  ceci  ne  permet  l'hypo- 
thèse de  monastères  doubles.  C'est  vraisemblablement 
un  moine,  confesseur  de  moniales  ou  chapelain,  qui 
traduisit  pour  elles  les  Consueliidines  et  la  Règle  de 
S.  Benoît.  Il  s'appelle  «  le  povre  Martin  »,  et  son  travail 
date  du  premier  tiers  du  xiii«  s.  Son  ms.  (Dijon,  n.  599) 
a  été  publié  par  Guignard  (Les  monuments  primiti/s..., 
407-642).  C'est  l'adaptation  de  la  règle  et  de  la  liturgie 
de  Cîteaux  à  la  branche  féminine  de  l'ordre. 

3°  Domaine  temporel.  —  Au  point  de  vue  domanial, 
les  abbayes  de  femmes  se  maintinrent  généralement 
dans  de  modestes  proportions  :  petits  monastères,  com- 
munautés peu  nombreuses,  jamais  comparables  aux 
centaines  de  moines  et  convers  des  abbayes  d'hommes; 
domaine  restreint.  Tout  de  suite,  il  faut  signaler  des 
cas  hors  série,  des  fondations  royales  ou  princières  : 
Las  Hiielgas  de  Burgos,  création  du  roi  Alphonse  VIII 
de  Caslille;  N.-D. -la-Royale  à  Maubuisson,  créée  par 
Blanche  de  Castille  en  1236;  de  la  même  fondatrice 
encore,  l'abbaye  du  Lys,  près  Melun  (1241).  Herken- 
rode,  au  pays  de  Liège,  fondée  en  1182  par  Gérard, 
comte  de  Looz,  avait  été  richement  dotée;  bien  admi- 
nistrée, elle  se  développe  au  point  de  posséder  des 
droits  de  patronage  sur  des  églises  de  Hasselt  et  douze 
autres  lieux  (Reg.  d' Alexandre  IV,  547).  Dans  le  nord 
de  la  France,  Marguerite  de  Constantinople,  comtesse 
de  Flandre,  fonde  en  1234  l'abbaye  de  Flines,  qui  con- 
nut des  années  de  grande  prospérité.  Elle  posséda  des 
droits  de  seigneurie  et  de  justice,  comme  en  possédè- 
rent également  bon  nombre  d'abbayes  d'hommes  et 
aussi  de  moniales  (cf.  Vergé  du  Taillis,  Chroniques... 
Maubuisson,  Paris,  1947,  p.  51  :  document  Philippe  V 
de  1318).  Les  concessions  faites  aux  abbayes  féminines 
du  droit  de  patronat  et  des  revenus  d'églises  trouvent 
leur  approbation  dans  les  registres  pontificaux  du 
xiii"  s.  (par  ex.  :  Reg.  d'Innocent  IV,  5013,  5014, 
5015;  Reg.  d'Alexandre  IV,  840;  Reg.  de  Nicolas  IV, 
1255). 

Une  crise  financière  ou  un  passage  de  troupes  suffit 
parfois  à  donner  le  coup  de  mort  aux  petites  abbayes. 
Beaulieu  de  Mirepoix  n'a  duré  que  soixante-dix  ans; 
ses  biens  furent  attribués,  en  1370,  partie  à  Boul- 
bonne,  partie  à  la  mense  épiscopale  et  au  chapitre  ca- 
thédral  (cf.  D.  H.  G.  E.,  vu,  162).  Vingt  ans  plus  tard, 
Belfay  accuse  une  ruine  complète;  on  l'unit  à  Mori- 
mond.  Vers  le  même  temps,  cinq  abbayes  de  moniales 
sont  privées  de  leur  personnel  et  unies,  au  moins  pour 
un  temps,  à  des  abbayes  d'hommes  :  les  Iles  à  Ponti- 
gny;  Mont-N.-D.  à  Preuilly;  Penthemont  à  Beaupré 
de  Beauvais;  les  Masures  à  Élan;  Benoîtevaux  à  Clair- 
vaux  (Statuta,  1399  :  36-41). 

Généralement,  les  moniales  s'elTorçaient  d'acquérir 
une  maison  dans  la  ville  proche  de  leur  abbaye;  cet 
immeuble  leur  servait  de  refuge  en  temps  de  guerre 
surtout,  quand  le  séjour  loin  de  tout  centre  populeux 
offrait  moins  de  sécurité.  Les  moines  agissaient  de 
même.  Herkenrode  jiosséda  un  vaste  immeuble  à  Has- 
selt; dans  le  nord  de  la  France,  Blandecques  et  Ravens- 
berg  avaient  leur  refuge  à  S.-Omcr,  ainsi  que  l'abbaye 
de  Clairmarais.  Fontenelle  avait  le  sien  à  \'alenciennes 
et  le  Paraclet  à  Amiens.  Les  titres  du  refuge  de  Mar- 
quette peuvent  se  lire  aux  Archives  de  Lille  (dépôt 
départ.,  3.1  H  -5 -7). 


955 


CITEAUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  III  A  CLÉMENT  IV 


956 


4°  Travaux  des  moniales.  —  Les  moniales  cister- 
ciennes doivent  pratiquer  le  travail  des  mains.  Défri- 
chement et  culture  ne  paraissent  guère  indiqués  pour 
elles;  elles  s'y  livrèrent  cependant  au  début  (Heri- 
mann,  De  miraculis...,  m,  17;  P.  L.,  clvi,  1001).  Assez 
tôt,  on  voit  telles  abbayes  s'occuper  de  l'instruction 
des  enfants.  La  seule  réserve  qu'y  apporta  le  chapitre 
général  fut  d'exclure  de  leur  cloître  les  petits  garçons 
(Statuta,  1206  :  5).  La  transcription  de  mss.  fut  aussi  un 
travail  où  elles  excellèrent;  l'abbaye  de  la  Ramée  (Bel- 
gique) eut  son  scriptorium  et  fit  école  (Canivez,  L'ordre 
de  C.  en  Belgique,  Scourmont,  1926,  p.  192).  Aux 
heures  marquées  pour  la  lectio  divina,  les  moniales 
lisent  les  œuvres  des  Pères  de  l'Église,  fortifiant 
ainsi  leur  spiritualité  (cf.  Gilbert  de  Hoyland, 
Serm.  in  Cantica,  xvii,  xviii;  P.  L.,  clxxxiv,  87,  91). 

Ce  genre  de  vie  austère,  baignant  cependant  dans 
une  piété  affective,  a  donné  à  l'Église  des  saintes,  qui 
ont  eu  et  qui  ont  encore  leur  offîce  liturgique  :  Ste  Lut- 
garde  en  Belgique,  Ste  L'rance  en  Italie,  Ste  Hedwige  en 
Pologne,  les  Stes  Gertrude  et  Mechtilde  en  Allemagne, 
la  Bse  Alice,  la  lépreuse  de  la  Cambre,  les  trois  Ida,  de 
Léau,  de  Louvain,  de  Nivelles.  L'Espagne  et  le  Por- 
tugal citent  Ste  Thérèse,  religieuse  à  Lorban;  une 
autre  Thérèse,  de  la  Zaïda  (Valence);  l'abbesse  de  Ca- 
nas,  Urraque,  sœur  du  roi  de  Gastille;  Mafalda,  veuve 
d'Henri  de  Gastille,  et  d'autres  de  sang  royal.  Parmi 
ces  dernières  ;  Bérengère,  sœur  de  Blanche  de  Gastille 
et  reine  douairière  de  Léon,  devenue  moniale  à  Las 
Huelgas  (f  1246);  une  autre  Bérengère,  petite-fille  de 
la  précédente  (Reg.  de  Grégoire  IX,  4824,  4825;  Reg. 
d'Innocent  IV,  2475,  2476,  5100,  6837;  Reg.  d'Alexan- 
dre IV,  759). 

Cependant  les  Pères  capitulants  de  Gîteaux  disaient 
vrai  en  parlant  du  iaedium  et  gravamen  que  leur  cau- 
sait parfois  le  gouvernement  des  moniales.  A  Las  Huel- 
gas de  Burgos,  on  vit  les  abbesses  s'arroger  les  pou- 
voirs des  prélats  :  consacrer  les  vierges,  prêcher  dans 
l'église  et  entendre  les  confessions  des  sœurs.  Une  dé- 
crétale  célèbre  d'Innocent  III  condamna  de  tels  écarts 
(Decr.,  1.  V,  tit.  xxxviii,  c.  10;  Reg.  d' Innocent  III,  589, 
590;  Potthast,  Reg.,  11289;  Statuta,  1228  :  15).  En 
1251,  Innocent  IV  dut  délivrer  une  bulle  autorisant 
les  abbés  cisterciens  à  retrancher  de  l'ordre  les  mo- 
niales rebelles  (Potthast,  Reg.,  14381).  C'est  qu'avant 
cette  date  déjà  quelques  faits  s'étaient  produits.  Les 
moniales  des  Iles,  mécontentes  de  leurs  supérieurs, 
avaient  porté  leur  appel  à  une  juridiction  étrangère  à 
l'ordre  (Statuta,  1243  :  63).  Celles  de  Blandecques  affi- 
chent une  obstination  invraisemblable  :  plusieurs  an- 
nées durant,  elles  restent  sous  le  coup  de  l'excommu- 
nication prononcée  contre  elles  (ibid.,  1244  :  35;  1246  : 
62,  etc.).  Celles  de  Woestine  et  de  Voisins  marchent  un 
peu  sur  leurs  traces  (ibid.,  1244  :  35,  37).  A  Colonges, 
elles  font  l'élection  d'une  abbesse  contre  tout  droit,  et 
l'excommunication  ne  les  émeut  pas.  Souvent,  il  n'y 
a  qu'un  clan  de  rebelles,  comme  à  Fraubrunnen 
(Suisse).  On  s'efforce  alors  de  sauver  la  partie  saine; 
mais  les  obstinées  repoussent  les  délégués  avec  armes 
et  bâton  (ibid.,  1269  :  31;  1270  :  24;  1271  :  32).  Cer- 
tains de  ces  cas  paraissent  relever  de  la  pathologie. 

Bulles  intéressant  spécialement  les  moniales  :  InnocentIV, 
Solet  aiinuere,  6  mai  1245;  Petitio  iiestra,  29  janv.,  3  mai 
1249;  Paci,  7  août  1251;  Sic  ordinis  vestri,  13  août  1251.  — 
Urbain  IV,  Meritis,  15  mai  1262.  —  Boniface  VIII,  Ad  aug- 
menium,  13  févr.  1296.  —  Pie  II,  Juslis,  26  juill.  1459.  — 
Innocent  VIII,  Ad  Romani,  30  août  1487.  —  Pie  IV,  In 
eminenti,  26  sept.  1563.  —  Grégoire  XIII,  Ceo  sacris,  30  déc. 
1572;  Siiperna,  12  juill.  1574. 

Paris,  Bibl.  nat.,  collection  Moreau,  ms.  1095,  fol.  135  sq.; 
Amiens,  bibl.  munie,  ms.  996,  n.  7  :  lettre  de  Raoul  de  Pinis, 
abbé  de  Clairvaux  (1224-31  ),  enjoignant  aux  abbés  de  traiter 
les  convers  des  abbayes  de  moniales  à  l'égal  des  autres,  con- 
formément au  statut  7  de  1229.  —  .Jean  d'Assignies,  Les 


vies  et  faits  remarquables...,  Mons,  1603, 1.  II,  c.  i,  Ponrquoy 
les  moniales  ."se  sonl  tant  multipliées  en  l'ordre  de  Cisteau.  — 
Baluze,  Miscellanea,  iv,  103  :  Alonialium  laus.  —  Continuatio 
Praemonstr.,  P.  L.,  clx,  370.  —  Delassus,  Jeanne  de  Flandre 
et  sa  béatification,  Lille,  1891;  1893.  —  E.  Hautcœur,  Hist. 
de  l'abbaye  de  Flines,  Lille,  1909.  —  Henriquez,  Coronam 
sacram  ord.  cisterc,  l.  I  :  De  reginis  et  infantibus,  quae... 
tiabit.  cisterc.  sumpserunt,  Bruxelles,  1624;  Lilia  Cistercii, 
Douai,  1633;  Quinque  prudentes  uirgines...,  Anvers,  1630.  — 
G.  Huyghe,  La  clôture  des  moniales...,  Roubaix,  1944.  — 
Jacques  de  Vitry,  son  témoignage  cité  dans  Miraeus,  Chro- 
nicon  cisterc,  Cologne,  1614,  p.  246.  —  A.  S.,  oct.,  xiii,  101. 

—  C.-J.  Joset,  L'abbaye  de  Clairefontaine,  Bruxelles,  1935. 

—  P.  Kehr  a  publié  la  bulle  de  C.élestin  III  du  8  nov.  1193. 
en  faveur  des  cisterc.  de  Franquezas,  dans  Papsturkunden, 
Katalonien,  p.  548.  —  .1.  Lavalleye,  Hist.  de  l'abbaye  de  Val- 
duc,  Bruxelles,  1926.  —  Le  Glay,  Hist.  de  Jeanne  de  Cons- 
tanlinople,  Lille,  1841.  —  A.  Libanorius,  Acta  virginum 
cisterc,  ÎMilan,  1651.  —  Th.  Luykx,  Gravin  Jolianna  van 
Constant.,  dans  0ns  geestelijl<  erj,  1943,  p.  5-30.  —  Martène, 
Thésaurus,  v,  1639.  —  G.  Millier,  Generalkapiiel  der  Cister- 
cienserinnen,  dans  Cisterc-Chronik,  1912,  p.  65.  —  R.  Pittet, 
L'abbaye  cisterc  de  la  Fille-Dieu,  Fribourg,  1934,  p.  20-46  : 
Les  moniales  cisterc.  —  Roisin,  L'e/JIorescence  cisterc,  dans 
Reu.  d'hist.  eccl.,  1943,  p.  342.  —  Statuta,  viii.  Indices, 
p.  339,  synthèse  des  réf.  «  iloniales  ».  —  Statuts  des  chapitres 
généraux  tenus  à  l'abbaye  de  N.-D.-du-Tarl,  publ.  d'après  les 
archiv.  de  la  Côte-d'Or,  par  Ph.  Guignard,  dans  Les  monu- 
ments primitifs...,  Dijon,  1878,  p.  642-49;  il  s'agit  des  années 
1268,  1269,  1272,  1290,  1302.  —  Winter,  Die  Cistercienser..., 
u,  l^ie  Frauenkloster  nach  der  Regel  von  Cisterc,  Gotha,  1871. 

VI.  Liturgie.  Écrivains.  Saints  et  bienheureux. 

—  1°  Liturgie.  —  Tout  en  conservant  intacts  les  points 
essentiels  de  leur  rite,  les  cisterciens  furent  amenés  à 
donner  un  certain  développement  à  leur  liturgie.  Deux 
éléments  doivent  être  notés  :  le  calendrier  qui  s'ouvre  à 
des  fêtes  nouvelles  et  les  cérémonies  qui  revêtent  plus 
d'éclat.  Le  chapitre  général,  toujours  législateur  en  la 
matière  (Statuta,  1200  :  18),  n'était  pas  favorable  à  l'in- 
troduction de  fêtes  nouvelles.  Les  raisons  de  cette  men- 
talité sont  connues  :  d'une  part,  le  désir  de  maintenir 
dans  tout  l'ordre  la  parfaite  uniformité  de  l'office  divin, 
qui  se  fût  trouvée  brisée  par  les  concessions  de  fêtes 
particulières;  d'autre  part,  la  volonté  de  ne  pas  multi- 
plier les  fêtes  de  12  leçons,  ce  qui  entraînait  la  sup- 
pression de  l'ofTice  quotidien  des  défunts. 

Les  demandes  de  fêtes  nouvelles  afiluèrent  cepen- 
dant, mais  provenant  souvent  de  personnes  étrangères 
à  l'ordre.  En  1217,  l'archevêque  de  Cologne  demande 
la  célébration  de  la  fête  des  onze  mille  vierges,  si 
répandue  au  Moyen  Age  (ibid.,  1217  :  69;  1220  :  10). 
En  cette  même  date,  les  évêques  de  Pologne  deman- 
dent la  fête  des  SS.  Albert  et  Wenceslas  pour  les 
abbayes  de  leur  pays  (ibid.,  1217  :  74).  L'année  sui- 
vante, la  solennité  des  SS.  Jean  et  Paul  est  décrétée  de 
mandata  Domini  papae  (ibid.,  1218  :  2;  Pressutti,  Reg. 
d'Honorius  III,  n.  1454).  En  1231,  le  roi  d'Angleterre 
demande  que  les  abbayes  de  son  royaume  puissent 
célébrer  la  fête  de  S.  Édouard  (Statuta,  1231  :  51). 
En  1246,  le  cardinal-évêque  de  Porto  insiste  pour  l'éta- 
blissement de  la  fête  de  S.  Jean  Porte-Latine  (ibid., 
1246  :  3);  le  cardinal  d'Albano  et  l'évêque  de  Liège 
demandent  la  fête  de  S.  Lambert  (ibid.,  n.  4).  En  1255, 
les  Frères  prêcheurs  obtiennent,  grâce  à  une  bulle  d'In- 
nocent IV  (Potthast,  Reg.,  15940;  Statuta,  1255  :  4),  la 
célébration  des  fêtes  de  S.  Dominique  et  de  S.  Pierre 
de  Vérone;  les  Frères  mineurs  obtiennent  à  leur  tour  la 
fête  de  leur  fondateur  (ibid.,  1259  :  9),  etc. 

Parfois  aussi  la  fête  du  patron  du  diocèse  est  deman- 
dée par  les  abbayes  établies  dans  ce  diocèse;  ou  encore 
la  présence  de  reliques  notables  dans  tel  monastère  est 
une  raison  de  lui  concéder  des  fêtes  nouvelles  ou  des 
élévations  de  rite.  Ce  fut  le  cas  de  Clairvaux,  pour  la 
fête  de  S.  Malachie  (ibid.,  1192  :  1;  1220  :  55;  1234  :  6; 
1250  :  3);  à  l'Arrivour,  pour  S.  Maurice  et  ses  compa- 
gnons (ibid.,  1250  :  4);  à  La  Prée,  pour  les  SS.  Fauste 


957 


CITE  AUX  (ORDRE).  D'INN 


OCENT  IIl  A  CLÉMENT  IV 


958 


et  Eustache  (ibid.,  n.  5),  etc.  Les  statuts  capitulaires 
mentionnent  ainsi  environ  deux  cents  concessions 
faites  durant  le  xin^  siècle. 

Dans  cette  même  période,  on  voit  tomber  successi- 
vement les  rigueurs  des  premiers  cisterciens  concernant 
le  vestiaire  liturgique.  Le  port  d'une  chape  en  soie 
n'était  permis  aux  abbés  que  le  jour  de  leur  bénédic- 
tion; le  décret  de  1152  (n.  16)  fut  encore  rappelé  en 
1195  (n.  33).  L'usage  des  dalmatiques  était  exclu,  même 
si  la  messe  était  chantée  par  un  évêque  (ibid.,  1157  : 
17).  Un  siècle  plus  tard,  le  chapitre  général  entre  dans 
la  voie  des  concessions,  permettant  que  des  courtines 
de  soie  puissent  orner  les  autels  aux  jours  de  grande 
fête  (ibid.,  1256  :  6).  L'année  suivante,  une  bulle 
d'Alexandre  IV  (Reg.,  n.  1976  :  Vestra  et  aliorum  du 
20  juin  1257;  original  à  Troyes,  Arch.  départ.,  3  H  60; 
publ.  par  J.-B.  Mahn,  op.  cit.,  269)  vient  engager  le 
chapitre  à  aller  plus  avant  encore  dans  cette  voie,  et 
Je  statut  n.  3  de  1257  accepte  pleinement  l'invitation. 
Désormais,  l'abbé  sera  en  chape  pour  les  processions  et 
professions  de  novices;  il  aura  diacre  et  sous-diacre 
revêtus  de  dalmatique  et  tunique  pour  la  messe.  Le 
décret  est  repris  en  1258,  pour  être  confirmé,  mais  aussi 
pour  mettre  les  supérieurs  en  garde  contre  le  luxe  qu'à 
cette  occasion  ils  voudraient  peut-être  étaler  sur  les 
vêtements  liturgiques  (Statuta,  1258  :  5). 

Deux  fêtes  nouvelles  sont  spécialement  remarqua- 
bles :  la  Réception  de  la  sainte  couronne  et  le  Corpus 
Christi.  En  1239,  l'Église  de  France  s'enrichissait  de 
reliques  insignes,  grâce  à  la  piété  de  S.  Louis.  Pour  con- 
server le  souvenir  de  cet  événement,  on  composa  un 
office  liturgique  en  l'honneur  de  la  sainte  couronne  et 
en  1240  le  chapitre  de  Cîteaux  était  invité  par  le  roi  à 
adopter  dans  les  abbayes  de  France  la  célébration  de 
cette  fête  (ibid.,  1240  :  3).  En  1241,  le  rite  en  était 
fixé  à  deux  messes,  c.-à-d.  que  pratiquement  la  fête 
était  chômée,  du  moins  par  les  moines.  On  fixa  aussi 
l'addition  à  introduire  au  martyrologe  pour  annoncer 
le  10  août  la  fête  du  lendemain  (ibid.,  1241  :  1).  A  cette 
date  s'élevait  précisément  dans  l'enceinte  du  palais 
royal,  à  Paris,  la  Ste-Chapelle,  pur  joyau  d'architec- 
ture appelé  à  abriter  les  reliques  venues  d'Orient.  En 
1292,  le  chapitre  général  étendit  à  toutes  les  abbayes 
cisterciennes  la  célébration  de  cette  fête  (ibid.,  1292  : 
1).  Certaines  régions  plus  éloignées  ne  semblent  pas 
cependant  avoir  obtempéré  à  ce  statut  ((èîrf.,  1321  :  19; 
1486  :  85). 

La  fête  du  Corpus  Christi  eut  pour  promotrice  Ste 
Julienne,  religieuse  augustine  du  Mont-Cornillon,  près 
Liège.  Elle  reçut  l'hospitalité  auprès  de  moniales  cis- 
terciennes, spécialement  à  Salzinnes,  près  Namur.  Elle 
mourut  à  Fosses  (1258),  entourée  de  moines  venus  de 
Villers-en-Brabant,  qui  l'inhumèrent  ensuite  dans  leur 
abbaye,  selon  les  dernières  volontés  de  la  sainte.  On 
sait  que  la  bulle  Transiturus  (11  août  1264)  d'Ur- 
bain IV  rencontra  d'abord  une  certaine  indifférence. 
Dans  le  dioc.  de  Liège,  cependant,  le  mandement  épis- 
copal  de  Robert  de  Thourotte  (1246)  avait  obtenu  plus 
de  docilité.  Six  ans  plus  tard,  Hugues  de  Saint-Cher, 
cardinal  légat,  de  passage  à  l'abbaye  de  Villers,  accor- 
dait des  indulgences  aux  fidèles  qui  assisteraient  à  la 
célébration  de  cette  fête. 

L'ordre  de  Cîteaux  fut  bientôt  en  possession  d'un 
nouvel  office,  «  œuvre  vraiment  remarquable,  dit 
dom  Morin,  œuvre  d'un  homme  passé  maître  dans  la 
connaissance  de  l'Écriture  comme  dans  l'art  de  la  com- 
position liturgique  »  (L'office  cistercien  pour  la  Fête- 
Dieu  comparé  avec  celui  de  S.  Thomas,  dans  Rev.  Bén., 
XXVII,  1910,  p.  236-46).  Aussi  S.  Thomas  n'a-t-il  pas 
hésité  à  l'utiliser  pour  son  propre  travail,  entrepris  à  la 
demande  d'Urbain  IV.  Entre  les  douze  répons  cister- 
ciens de  matines  et  ceux  de  l'ofiice  romain,  la  parenté 
est  manifeste.  Un  peu  plus  tard,  Cîteaux  emprunta  à 


son  tour  les  hymnes  de  S.  Thomas  et  les  incorpora  dans 
sa  liturgie.  Telle  est  aujourd'hui  encore  la  facture  com- 
posite de  l'office  cistercien  du  Corpus  Christi. 

Les  décrets  capitulaires  de  Cîteaux  donnent  peu  de 
renseignements  sur  la  diffusion  de  la  nouvelle  fête  dans 
les  abbayes.  D'après  les  demandes  présentées  au  cha- 
pitre général,  on  peut  seulement  conclure  que  c'est  par 
étapes  successives  que  la  solennité  de  la  Fête-Dieu, 
commencée  dans  le  rayonnement  de  la  ville  de  Liège, 
s'est  étendue  ensuite  à  tous  les  monastères  cisterciens. 

Le  VII«  centenaire  de  la  réception  de  la  sainte  couronne  à 
Paris  vit  la  publication  de  plusieurs  otivrages  (cf.  Reu. 
d'hist.  de  l'Êgl.  de  France,  1939,  p.  524).  —F.  Baix  et  C. 
Lambot,  La  dévotion  à  l'eucharistie  et  le  VIF  centenaire  de  la 
Fête-Dieu,  Gembloux,  1946.  — Bertholet,  Hist.  de  l'institu- 
tion de  la  Fête-Dieu...,  Liège,  1746.  —  Henriquez,  Lilia 
Cistercii,  Douai,  16.33,  p.  142,  reproduit  le  décret  de  Hugues 
de  Saint-Cher  dans  la  Vila  B.  Julianae.  —  C.  Lambot  et 
1.  Fransen,  L'office  de  la  Fête-Dieu  primitive,  Maredsous, 
1946.  —  G.  Muller,  Das  Fronleichnamfest  im  Cisterc.-Orden, 
dans  Cisterc.-Chronik,  1933,  p.  321.  —  Riant,  Exuviae  sa- 
crae  Constantinopolitanae,  Genève,  1877-78,  2  vol.  —  De 
Wailly  a  édité,  dans  la  Bibl.  de  l'Ëc.  des  chartes,  xxxix, 
1878,  p.  411,  un  récit  anonyme  de  la  translation  de  la  sainte 
couronne  (cf.  Préface  du  t.  xxii  du  Rec.  des  hist.  des  Gaules). 

2^  Écrivains.  —  On  a  pu  recueillir  les  noms  d'une 
centaine  d'écrivains  cisterciens  du  xiii«  s.  Ceux-ci,  à 
vrai  dire,  n'ont  plus  la  valeur  des  grands  spirituels  du 
siècle  précédent.  Mettons  à  part  les  docteurs  en  théolo- 
gie de  Paris.  P.  (ilorieux  les  a  énumérés,  avec  indica- 
tion de  leurs  travaux  imprimés  ou  encore  mss.  (Répert. 
des  maîtres  en  théol.  de  Paris  au  Xiii'^  s.,  i,  Paris,  1933, 
p.  250)  :  Guy  de  l'Aumône,  1260  (cf.  Archiv.  franc, 
hist.,  VI,  1913,  p.  433  ;  Bruxelles,  Bibl.  royale,  ms.  1109, 
fol.  28-97);  Jean  de  Limoges,  moine  de  Clairvaux, 
c.  1270;  Jean  de  Weerde,  moine  des  Dunes,  t  1293; 
François  Keysere,  moine  des  Dunes,  f  1294;  Renier 
de  Clairmarais,  c.  1295;  Humbert  de  Preuilly,  f  1298; 
Jean  de  He,  ou  Capella  de  Thosan  (Reg.  de  Boni- 
face  VIII,  n.  4838  du  18  déc.  1302);  Jacques  de  Thé- 
rines,  abbé  de  Chaalis,  puis  de  Pontigny,  f  1321;  Jean 
Sindewint,  moine  des  Dunes,  t  1319;  Jean  de  Dun, 
moine  de  Cherlieu,  début  du  xiv  s.  ;  Jacques  Fournier, 
futur  Benoît  XII,  t  1342;  Baudouin  de  Boussu,  abbé 
de  Gambron,  t  1293  (cf.  Féret,  La  faculté  de  théol.  de 
Paris...,  n,  Paris,  1895,  p.  582;  1).  H.  G.  E.,  vi,  1412). 

Parmi  les  auteurs  spirituels  du  xiii«  s.  on  note 
d'abord  la  moniale  Béatrix  de  Nazareth  (D.  H.  CE., 
VII,  111),  et  les  deux  saintes  Gertrude  et  Mechtilde 
(D.  T.  C.,  VI,  1332).  Plusieurs  moines  et  abbés  ont 
laissé  des  sermons  et  autres  ouvrages  de  spiritualité  : 
Élie  de  Coxyde  (P.  L.,  ccix,  991);  Thomas  de  Per- 
seigne,  f  1211;  Baudouin  de  Boussu;  Gésaire  (Homi- 
liae...,  éd.  Cologne,  1615;  Dict.  de  spir.,  ii,  430);  Guil- 
laume de  Montaigu,  abbé  de  C,  t  1246;  Guillaume 
Benyn,  c.  1250  (D.  H.  G.  viii,  294);  Léon,  moine  de 
Heiligenkreuz  (ms.  291  de  cette  abbaye);  Adam,  abbé 
de  Kinloss  (D.  H.  G.  E.,  i,  465);  Jean  de  Ford,  c.  1210 
(cf.  Collectanea  O.  C.  R.,  1939,  p.  250);  Jacques  de  Mel- 
rose;  Étienne  de  Sawley  (cf.  Rev.  d'Ascét.  et  de  Myst., 
1929,  p.  368;  1930,  p.  355;  Collectanea  O.  C.  R.,  1946, 
p.  17).  Le  ms.  1249  de  Troyes,  sermonnaire,  a  retenu  les 
noms  de  quatorze  auteurs.  Les  mss.  1882  et  1883  de 
Bruxelles  contiennent  des  sermons  provenant  d'Aulne. 
Le  Carmen  mariale,  composé  par  un  moine  de  La  Noë, 
date  de  cette  époque  (cf.  Nouv.  rev.  théol.,  1931,  p.  880), 
ainsi  que  le  Mariale  d'Adam  de  Perseigne  (t  1221), 
édité  en  1652  par  Maraccio.  Dans  le  préchantre 
Mathieu  de  Rievaulx,  dom  Wilmart  a  salué  «  un  poète, 
un  épistolier,  un  sermonnaire  »  (cf.  le  ms.  lal.  15157  de 
la  Bibl.  nat.  Paris,  étudié  dans  Rev.  Bén.,  1940,  p.  15- 
84  :  choix  de  textes  publiés).  Figure  également  remar- 
quable que  celle  de  l'Espagnol  Rodrigue  Ximenès  de 
Rada,  homme  d'État,  historien  et  orateur.  Il  était 


959         CITEAUX  (ORDRE).  DE  LA  BULLE  CLÉMENTINE  A  JEAN  DE  CIREY 


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neveu  de  S.  .Martin,  évêque  de  Siguenza;  devenu 
moine  à  Huerta,  il  étudia  à  Paris  et  à  Bologne;  en  1208, 
il  est  évêque  d'Osma  et,  l'année  suivante,  archevêque 
de  Tolède  (f  10  juin  1247;  cf.  lettres  d'Honorius  III  à 
Rodrigue,  dans  Pressutti,  op.  cit.  n.  315,  320). 

Parmi  les  chroniqueurs,  il  faut  citer  Raoul  de  Cog- 
geshall,  t  1228  (cf.  supra);  Vincent  Kadlubek,  f  1223 
(Chronicon  Polonorum,  éd.  1862);  Gilles  d'Orval  (M. 

G.  H.,  SS.,  XXV,  1-129);  Albéric  de  Trois-Fontaines 
(Z).  H.  G.  E.,  I,  1413;  M.  G.  H.,  SS.,  xxiii,  631);  les 
moines  auteurs  des  Annales  Wauerleienses  (éd.  Luard, 
1864;  cf.  Rec.  des  hist.  des  Gaules,  xviii,  187);  de  la 
Chronique  de  Melrosc  (éd.  en  fac-similé  par  Andersen, 
Londres,  1936);  des  Annales  Sorani,  1202-1347  (éd. 
Joergensen,  1920),  etc. 

L'hagiographie  est  représentée  par  une  collection  de 
Vitae:  celle  de  S.  Engelbert  par  Césaire  (B.  H.  L., 
2546);  d'Hémeline  par  Goswin  de  Clairvaux  (ibid., 
3802);  de  Bonose  par  Godefroid  de  Clairvaux  (ibid., 
1426;  Troyes,  ms.  401,  8");  d'Edmond  de  Canterbury 
par  Bertrand  de  Pontigny  (B.  H.  L.,  2404  ;  D.  H.  G.  E., 
VIII,  1068);  de  Martin  de  Hinojosa  par  Richard  de 
Huerta  (Henriquez,  Fasciculus...,  Cologne,  1631;  B. 

H.  L.,  5599);  de  Guillaume  de  Bourges  i)ar  Pierre  (ou 
Denys)  de  Chaalis  (ibid.,  8900):  d'Hedwige  de  Pologne 
par  Engelbert  (ibid.,  3766);  de  Wulfric  d'Haselburg 
par  Jean  de  Ford  (ibid.,  8743);  de  Voiquin  par  Jacques 
de  Sichem  (éd.  Winter,  Die  Cisterc.  des  nord.  Deutsch- 
lands,  I,  Gotha,  1868,  p.  370;  B.  H.  L.,  8730);  de  Ste 
Mathilde  par  Engelhard,  abbé  de  Langheim  (ibid., 
5686,  5687;  A.  S.,  mai,  vu,  436);  des  saints  de  Villers 
l)ar  les  moines  de  cette  abbaye  (Roisin,  L'hagiogr. 
cisterc.  dans  le  dinc.'  Liège  au  xrif  s.,  Louvain, 
1943). 

S"  Saints  et  bienheureux.  —  Le  cardinal  Conrad 
d'Urach  (t  1227)  a  joui  d'un  culte  immémorial  en  cer- 
taines régions.  Citons  d'autre  [lart  :  S.  (juillaume,  ar- 
chev.  de  Bourges,  1209;  S.  Martin,  év.  de  Siguenza, 
t  1213;  S.  Adolphe,  év.  d'Osnabruck,  1224;  S.  Boni- 
face,  év.  de  Lausanne,  qui  termina  ses  jours  à  l'abbaye 
de  la  Cambre,  près  Bruxelles,  f  1260;  puis  les  Bx  Foul- 
ques de  Toulouse,  t  1231;  Vincent  Kadlubek  de  Cra- 
covie,  t  1223;  S.  Bernard  Calvo,  év.  de  Vich,  t  1243; 
Emmanuel  de  Crémone,  t  1298.  —  Quelques  saints 
abbés,  tels  Thibaud  de  Marly,  aux  Vaux-de-Cernay, 
t  1247;  Ogier  de  Locedio,  t  1214;  Boniface  de  Cîteaux, 
t  1258;  Richalm  de  Schônau,  j  1219;  Nicolas  Moren- 
gia  de  Neti,  f  1230.  —  Moines  et  convers  :  Jean  de 
Montmirail,  t  1217;  Werric,  prieur  d'Aulne,  t  1217; 
Gobert  d'Aspremont,  t  1263,  et  Guillaume  de  Don- 
gelberg,  tous  deux  de  Villers;  Richard  d'Aduard, 
t  1266;  Alexandre,  prince  d'Écosse  devenu  convers  à 
Foigny;  Albert  de  Sestri,  t  1239;  Vital  de  S.-Sulpice; 
Simon  de  Gueldre  à  Aulne,  t  1228;  Barthélémy  à  Naza- 
reth, t  1250;  Alrad  à  Isenhagen,  f  1259.  —  Trois 
groupes  de  martyrs  :  à  Oliva,  en  Prusse,  en  1224,  à 
Dunamunde  en  1228,  à  Koprzwlèa  (Clara  provincia, 
Pologne),  en  1241. 

Les  saintes  moniales  sont  citées  plus  haut  (§  V). 

S.  Lenssen,  Hagiologium  cisterciense,  Tilbourg,  1948. 

IV.  DE  LA  BULLE  CLÉMENTINE  (1265)  AUX 
ARTICLES   DE    RÉFORME    DE  JEAN  DE  CIREY 

(1494). —  Ces  deux  siècles  sont  chargés  d'événements 
douloureux  pour  l'Église,  pour  les  ordres  religieux, 
comme  aussi  pour  la  France.  La  guerre  de  Cent  ans 
(1337-1453),  le  Grand  Schisme  (1378-1417),  la  com- 
mende  :  ces  trois  éléments  destructeurs  vont  agir  si- 
multanément parfois.  Ils  laisseront  l'Église  affaiblie  et 
donneront  aux  abbayes  une  physionomie  étrange. 

I.  CiTEAUX  ET  LES  ÉVÉNEMENTS  POLITICO-RELI- 
GIEUX. —  1°  Les  conciles  de  Lyon  (1274)  et  de  Vienne 
(1311-1312).  —  En  1274,  Lyon  voyait  s'ouvrir  dans 


ses  murs  le  XIV*'  concile  oecuménique,  sous  le  pape 
Clément  IV.  On  y  comptait  cinq  cents  évêques,  un 
millier  d'abbés  et  autres  prélats.  On  attendait  les  deux 
éminents  théologiens,  futurs  docteurs  de  l'Église; 
mais  S.  Thomas  mourut  à  Fossa  Nova,  en  route  pour 
le  concile,  et  S.  Bonaventure  au  cours  des  sessions. 

De  nouveau,  une  croisade  fut  décidée.  Immédiate- 
ment, on  s'occupe  de  réunir  les  fonds  nécessaires,  et  de 
ce  chef  les  abbayes  furent  taxées  (Statuta,  1274  :  1; 
1275  :  14;  1279  :  76;  1280:  22;  1282  :  40).  D'autre  part, 
bon  nombre  des  Pères  du  concile  voyaient  d'un  mauvais 
œil  les  privilèges  des  réguliers  et  les  attaquaient  avec 
violence.  L'abbé  de  Cîteau.x  et  son  groupe  ripostèrent 
sérieusement  (Mansi,  xxiv,  130,  134;  Statuta,  1274  : 
14;  cf.  Jean  de  Limoges,  cist.,  Arenga  coram  D.  Papa..., 
dans  ms.  1534  de  Troyes).  On  maintint  le  statu  quo.  Ce 
n'était  cependant  là  qu'une  première  passe  d'armes, 
présageant  des  luttes  autrement  sérieuses  qui  allaient 
occuper  le  concile  de  Vienne  en  1312. 

Entre  temps,  on  vit  se  dérouler  le  pontificat  de 
Boniface  VIII  (1294-1303),  qui  marque  tout  à  la  fois 
le  déclin  du  pouvoir  pontifical  et  la  dislocation  de  la 
chrétienté  médiévale  avec  sa  grandiose  unité. 

Le  conflit  qui  mit  aux  prises  Boniface  VIII  et  Phi- 
iippe  le  Bel  s'était  amorcé  par  une  question  financière. 
En  réalité,  les  idées  qui  s'affrontent  alors  ont  une  por- 
tée beaucoup  plus  profonde  :  d'une  part,  les  défenseurs 
du  S. -Siège  entlent  la  voix  pour  attribuer  au  pape  le 
rôle  suprême  de  juge  des  rois  et  des  princes,  même  en 
leurs  actes  politiques;  d'autre  part,  les  légistes  batail- 
lent âprement  pour  dégager  l'État  de  la  tutelle  ponti- 
ficale désormais  périmée  (G.  de  Lagarde,  L'esprit  laïque 
au  déclin  du  M.  A.,  i,  Paris,  1948;  J.  R.  Strayer,  The 
laicization  of  French  and  English  society  in  the  Xiii  cent., 
dans  Spéculum,  xv,  1940,  p.  76-86).  Une  période  nou- 
velle s'ouvre  dans  l'histoire  de  l'Église. 

Dans  cette  lutte  du  roi  de  France  contre  la  papauté, 
quelle  fut  l'attitude  des  cisterciens  ?  On  les  voit  figurer 
en  tête  des  protestataires  contre  les  exigences  royales, 
im])osées  à  rencontre  de  l'immunité  fiscale  du  clergé. 
Sans  cesse  en  mal  d'argent,  Philippe  décrète  coup  sur 
coup  des  levées  d'impôts  :  le  centième,  le  cinquan- 
tième, la  maltôte;  puis  des  saisies  de  biens  ecclésias- 
tiques et  autres. 

Dans  cette  première  phase  du  conflit,  seul  l'ordre  de 
Cîteaux  ose  s'opposer  aux  prétentions  du  monarque. 
Un  prélat,  ami  du  roi,  sans  doute  Pierre  Barbet,  arche- 
vêque de  Reims,  adresse  aux  abbés  une  monition  qu'il 
espère  devoir  être  opérante.  Citeaux  répond  vouloir 
s'en  tenir  au  droit  commun  :  on  est  prêt  à  se  soumettre 
à  toutes  les  taxes  établies  légitimement,  mais  on 
s'élève  contre  les  impôts  extraordinaires  que  le  Siège 
pontifical  n'a  pas  approuvés.  «  Nous  fera-t-on,  sous  le 
roi  Très  Chrétien,  des  conditions  d'existence  plus  dures 
que  sous  un  pharaon  ?  »  La  protestation  cistercienne 
s'amplifie  bientôt  et  parvient  aux  oreilles  du  pontife 
régnant  (lettre  Cum  secundum  apostolum,  pièce  164  du 
Codex  Dunensis,  ms.  418  de  la  bibl.  de  Bruges). 

Après  la  bataille  de  Courtrai  (11  juiU.  1302),  humi- 
liante pour  la  France,  Boniface  VIII  publie  la  bulle 
Unam  sanctam  (oct.  1302)  et  le  conflit  entre  dans  une 
seconde  phase.  Le  pape  convoque  un  concile  à  Rome 
pour  la  prochaine  fête  de  la  Toussaint.  Dédaignant 
toute  intimidation,  quarante  prélats  quittent  le 
royaume;  on  distingue  notamment  l'archevêque  de 
Tours  et  ses  sufliragants,  les  abbés  de  Cîteaux,  Cluny, 
Prémontré,  Marinoutier,  Beaulieu  et  La  Chaise-Dieu. 
Philippe  riposte  en  donnant  ordre  à  ses  baillis  de  saisir 
le  temporel  de  ces  prélats.  Cîteaux  est  spécialement 
visé;  aussi  le  pape  crée-t-il  immédiatement  tout  un  or- 
ganisme de  défense  pour  maintenir  les  abbayes  en 
possession  de  leurs  biens.  La  lettre  Ad  compescendos 
conatus  nefarios  est  adressée  à  vingt-huit  évêques  ou 


abbés  constitués  juges  consiTvnlfurs  (cf.  l)if,':ii<l,  Uei/. 
de  Boniface  VII l\  n.  4913). 

Le  14  juin  1303,  Philippe  préside  à  Paris  une  assem- 
blée composée  de  prélats,  de  nobles  et  rie  légistes.  On 
y  entend  les  pires  accusations  formulées  contre  Boni- 
face  VII L  En  conclusion,  le  monarque  propose  la 
convocation  d'un  concile  qui  jugerait  le  chef  del'Église: 
usurpation  sacrilège  contre  laquelle  une  seule  voix  se 
fait  entendre,  celle  de  Jean  de  Pontoise,  abbé  de  Cî- 
teaux.  «  L'abbé  de  Cistiaux  seul  à  eux  non  assentant  », 
dit  la  Chronique  de  S.-Denis:  de  même  Guillaume  de 
Nangis.  Son  emprisonnement  dans  les  tours  du  Chà- 
telet  suivit  aussitôt. 

Dans  la  bulle  d'excommunication  préparée  contre 
Philippe  le  Bel,  Super  Pétri  solio,  le  pape,  qui  ne  devait 
survivre  que  peu  de  jours  à  l'attentat  d'Anagni,  men- 
tionnait la  captivité  de  l'abbé  de  Cîteaux  ])armi  les 
crimes  qui  appelaient  sur  le  roi  de  France  les  foudres  de 
l'Église  (Digard,  Philippe  le  Bel  el  le  S.-Siège  de  1285 
à  1304,  II,  Paris,  1936,  p.  180;  Kervyn  de  Lettenhove, 
Recherches...,  dans  P.  L.,  clxx.xv,  1916). 

Quant  à  Philippe,  il  faut  attendre  les  dernières  an- 
nées de  sa  vie  (1314)  pour  trouver  les  traces  d'un  re- 
pentir et  d'une  réparation  (Codex  Dunensis,  pièce  I 
n.  868).  l'n  document  nous  le  montre  préoccujjé  de  la 
.situation  de  Clairvaux,  si  obérée  qu'en  1321  l'abbaye 
sera  obligée  de  vendre  le  collège  S. -Bernard  à  Paris 
(Statuta,  1321  :  9;  acte  de  vente  aux  Arch.  départ,  de 
l'Aube,  3  H  216). 

Du  concile  de  Vienne  (1311-1312),  l'histoire  de  Cî- 
teaux retient  particulièrement  l'intervention  de  l'abbé 
de  Chaalis,  Jacques  de  Thérines,  en  faveur  des  privi- 
lèges des  réguliers.  Oux-ci  faillirent  succomber  sous 
les  griefs  formulés  par  les  évêques  (Rev.  d'hist.  eccl.,  vr, 
1905,  p.  325  sq.;  Hefele-Leclercq,  vr,  659).  Mais  de 
solides  raisons  théologiques,  mises  en  valeur  par  l'élo- 
quence de  l'abbé  Jacques,  parvinrent  à  reprendre  des 
positions  gravement  compromises.  Dans  son  mani- 
feste, le  polémiste  écarte  d'avance  l'objection  qu'on 
pourrait  tirer  de  l'autorité  de  S.  Bernard.  Le  saint 
docteur  n'a  condamné  cependant  que  les  abus  des 
exemptions  (cf.  supra,  col.  902). 

Le  concile  de  Vienne  rendit  quelques  décisions  de 
nature  à  éviter  désormais  les  conflits  de  juridiction 
entre  ecclésiastiques  séculiers  et  réguliers.  Elles  furent 
insérées  dans  le  Corpus  juris  à  la  suite  du  livre  Vl«  de 
Boniface  VIII.  C'est  là  notamment  que  se  lit  le  décret 
relatif  aux  religieux  mendiants  passant  dans  un  ordre 
monastique  :  même  si  le  transfert  s'est  elïectué  légiti- 
mement, de  tels  sujets  resteront  toujours  privés  de 
voix  au  chapitre  et  ne  pourront  jamais  accéder  aux 
prélatures.  Ce  point  de  législation  ne  disparut  qu'en 
1917,  avec  l'actuel  Code  de  droit  canonique  (1.  III, 
tit.  IX,  c.  L  "1  Clern.;  le  tit.  x  contient  aussi  des  décrets 
de  réforme  pour  l'état  monastique;  cf.  éd.  Friedberg, 
II,  1165). 

H.-X.  .\rquillière,  art.  lioNiFACE  VIIT,  dans  D.U.G.K., 
IX,  904-09.  —  Chronicon  Giiillelmi  ilc  Aa/u/i'aco,  et  C.onli- 
nuatio...,  dans  liée,  des  hist.  des  Gaules,  xx,  .")43.  Chroni- 
que de  S.-I)enis,  ibid.,  654  s<i.  —  Coilcr  Dunensis,  sive  diplo- 
malum  el  chartarum  Medii  Aevi  amplissima  collectio,  ms.  41S 
de  la  Bibl.  munie,  de  Bruges,  dont  un  choix  de  39.3  pièces 
fut  édité  par  Kervyn  de  Lettenhove,  Bruxelles,  1875.  — 
G.  Digard,  Philippe  le  Bel  et  le  S.-Siège  de  1285  à  1304, 
Paris,  1936.  —  Digard-Faucon-Thomas,  Les  Registres  de 
Boniface  VIII,  Paris,  1884  sq.  —  P.  Glorieux,  Prélats 
français  contre  religieux  mendiants,  dans  Rev.  il'hist.  de 
l'Église  de  France,  xi,  309  sq.  —  Hefele-Leclercq,  vi,  Paris, 
1915.  —  Jacques  de  Thérines  :  ses  travaux  sont  cités  par 
P.  Glorieux,  Répert.  des  maîtres  en  théol.  de  Paris  au  XII I"  s., 
I,  Paris,  1933,  p.  261  sq.;  son  Tractatus  contra  inipugn. 
exempt,  a  été  édité  par  Tissier,  Bibl.  Palrum  Ci.sterc,  iv, 
Bonnefontaine,  1662,  p.  261-315,  et  le  résumé  dans  Baro- 
nius-Raynaldi,  Ann.  eccles.,  xxin,  526-30.  —  Kerv>-n  de 
Lettenhove,  Recherches  sur  la  pari  que  l'ordre  de  C.  et  le  comte 


de  Ftanitrr  prirent  n  la  lutte  de  Boniface  V I  II  rl  ilc  Philippe 
le  Bel,  reproduit  dans  P.  L.,  <  i.xxxv,  1833-H)20.  —  G. 
MoUat,  Les  doléances  du  clergé  de  Sens  au  conc.  de  Vienne, 
dans  Rev.  d'hi.'it.  eccl.,  vr,  1905,  p.  310  sq.  —  lî.  Muller,  Das 
Konzil  von  Vienne...,  Miinster,  1934.  —  Gard.  Pitra,  L'ordre 
de  C.  dans  la  lutte  entre  Boniface  VIll  et  Philippe  le  Bel, 
Poitiers,  1896.  —  .1.  Rivière,  Le  problème  de  l'Église  et  de 
l'État  au  temps  de  Philippe  le  Bel,  Louvain,  1926.  —  Statuta 
cap.  gen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  m,  1935. 

2°  Les  papes  d'Avignon  el  la  fiscalité  pontificcde.  — 
Depuis  Clément  V,  la  papauté  réside  en  Avignon.  Il 
était  à  craindre  que  son  indépendance  en  souffrît  ;  aussi 
Jean  XXII,  élu  en  1310  (t  1334),  voulut-il  dès  l'abord 
affirmer  puissamment  les  droits  de  la  primauté  pon- 
tificale, en  centralisant  les  pouvoirs  dans  ses  pro])res 
mains.  Il  pousse  donc  aussi  loin  que  possible  le  droit 
de  réserve  en  matière  bénéficiale,  jadis  inauguré  par 
Clément  IV;  du  même  coup,  il  fait  tomber  les  légitimes 
coutumes  des  élections  épiscopales  et  abbatiales.  Et 
ceci  avait  une  répercussion  avantageuse  pour  la 
Chambre  apostolique.  Tout  prélat  nommé  par  le  pape, 
ou  simplement  confirmé  par  lui,  ou  transféré  à  un 
autre  siège,  contractait  une  dette  à  l'endroit  de  son 
bienfaiteur.  Celle-ci  comportait  des  taxes  à  acquitter; 
I  appelées  sertntiiim  commune  et  servitia  minuta,  elles 
représentaient  environ  le  tiers  des  revenus  annuels  de 
la  prélature  en  cause.  Plus  tard,  on  exigera  l'annale, 
c.-à-d.  les  revenus  d'une  année  entière,  puis  les  vacants, 
fruits  perçus  durant  la  vacance  du  siège.  Il  fallait  donc 
parfois  enquêter  sur  le  chilïre  exact  des  revenus,  va- 
riables de  leur  nature.  Pareille  enquête  fut  confiée  en 
1320  par  Jean  XXII  à  l'abbé  de  Grandselve,  sur  les 
églises  de  Toulouse  et  de  Montauban.  En  Angleterre, 
c'est  le  roi  Edouard  III  qui  demande  au  pape  une  en- 
quête pour  le  monastère  cistercien  de  Louth  Park,  taxé 
au  delà  de  ses  i)ossibilités  (C.  Mollat,  Lettres  communes 
de  .Jean  XXII,  n.  11047,  61084). 

On  connaît  les  taxes  des  évêchés  et  abbayes  d'après 
les  obligations  souscrites  et  les  quittances  délivrées 
dans  la  suite.  L'abbaye  de  Grandselve,  par  ex.,  payait 
4000  florins,  Valmagne  1400,  les  Dunes  en  Flandre 
1500.  Cîteaux,  en  1359,  était  taxé  à  300  florins  et  Clair- 
vaux  à  3000.  En  cette  même  période,  on  lit  la  mention 
liberalus  propter  paupertatem,  accolée  au  nom  des  abbés 
de  Ste-Madeleine  de  Cava  et  de  Paliano,  en  Italie;  du 
Gard,  de  Perseigne,  du  Pin,  de  Silvacane,  en  F'rance. 
De  Belleperche  on  n'exige  que  600  florins  propter  mali- 
tiam  temporis.  Les  mandats  de  provision  portaient  éga- 
lement en  tête  le  montant  de  la  dette  à  acquitter  en 
ces  circonstances  (ces  chiffres  se  lisent  dans  G.  Mollat, 
op.  cit.). 

Quand,  dans  une  abbaye,  les  changements  de  prélats 
se  succédaient  à  un  rythme  accéléré,  la  comptabilité 
s'accusait  bientôt  déficitaire.  Or  ces  changements 
n'étaient  pas  rares.  Le  cas  de  Grandselve  en  témoigne. 
Cette  abbaye,  vacante  en  1318,  reçoit  pour  abbé  celui 
de  Valmagne,  Pons  Maurin  ;  Valmagne  reçoit  pour  abbé 
celui  de  Bonneval,  Bérenger;  et  Bonneval  reçoit  pour 
prélat  le  moine  Jean,  pris  à  Grandselve  (Reg.  de 
.lean  XXII,  n.  8739,  8902).  Sept  ans  plus  tard,  le 
manège  recommence  :  Guillaume,  abbé  de  Beaulieu  en 
Rouergue,  est  envoyé  gouverner  Grandselve,  tandis 
que  le  prieur  de  cette  maison  devient  prélat  de  Beau- 
lieu  (Lettres  comm.  de  Jean  XXII,  n.  28125,  28126; 
autres  cas  similaires,  n.  51603,  51604,  51890,  etc.). 

En  annexe  du  mandat  de  collation,  on  trouve  aussi 
un  autre  document  taxé,  qui  permet  au  nouvel  élu  de 
demander  la  bénédiction  abbatiale  à  l'évêque  de  son 
choix.  Boniface  VIII  avait  déjà  concédé  un  induit  de 
cette  nature  à  l'abbé  de  Cluny,  Bertrand,  en  1296 
(Reg.  de  Boniface  VIII,  n.  899).  Sous  Jean  XXII,  le 
procédé  devint  habituel. 

Le  jus  spolii  (droit  de  dépouille)  fut  aussi  en  usage 
sous  les  papes  d'.\vignon.  C'était,  pour  la  Chambre 


niCT.  d'hist.  f.t  Tir.  of.ogp.  f.cci.fs. 


H.  -  XII.    -  31  - 


9H3       CIIKAUX  lOHnRK».   DK  I,\  Bl'lJ,!",  CLÉM KNT I NI-.  A  JKAX  DK  Cllil-.Y  !)(/• 


apostolique,  le  droit  de  s'adjuger  les  biens  des  prélats 
et  des  clercs  décédés  à  la  (^urie  pontificale,  ou  non  loin 
d'elle.  Pour  échapper  à  celte  loi,  nous  voyons  le  cardi- 
nal cistercien  Arnaud  Novelli  et  son  neveu  Jacques 
Fournier,  le  futur  Benoît  XII,  obtenir  le  privilège  de 
dresser  leur  testament;  et  Clément  V  eut  la  bonté  de 
recommander  à  Novelli  de  ne  pas  oublier  sa  famille 
religieuse  dans  ses  dispositions  testamentaires  {Reg.  de 
Clément  V,  n.  7251;  Lettres  comm.  de  Jean  XXII, 
n.  24464).  Le  premier  pape  d'Avignon  s'attardait  d'ail- 
leurs volontiers  dans  les  abbayes  de  Grandselve,  de 
Belleperche,  de  Boulbonne  et  de  Bonnefont. 

La  Constitution  Licet  ecclesiarum  (1.  III,  tit.  iv,  c.  2, 
in  VI°)  de  Clément  IV  avait  posé  en  principe  que 
«  l'entière  disposition  des  églises,  personnats,  dignités 
et  autres  bénéfices  appartient  au  pontife  romain  de 
telle  manière  que  celui-ci  peut  les  conférer  juridique- 
ment, non  seulement  durant  leur  vacance,  mais  encore 
en  concéder  le  droit  à  valoir  au  temps  de  la  future  va- 
cance ».  Ces  dernières  concessions,  nommées  grâces  ex- 
pectatives, prirent  une  ampleur  insolite  sous  les  papes 
d'Avignon.  «  En  Avignon,  tout  se  demande,  tout  s'ob- 
tient, tout  se  paye.  » 

Ce  fut  alors  une  course  folle  vers  la  ville  des  papes. 
Clientèle  disparate  :  clercs  besogneux,  religieux  de 
toute  couleur,  de  toute  observance,  de  simples  fidèles 
aussi,  coudoyant  des  prélats  déjà  bien  nantis  de  béné- 
fices, mais  aspirant  à  mieux  encore;  et  le  reste. 

Mais  les  moines,  que  viennent-ils  solliciter?  Une  ab- 
solution, peut-être,  ou  un  transitus,  droit  de  passer  à  un 
autre  ordre.  Il  y  a  aussi  pour  eux  les  bénéfices  et  offices 
réguliers,  une  abbaye  à  gouverner,  un  prieuré  à  diriger, 
une  église  ou  chapelle  à  desservir.  Même  à  l'intérieur  du 
cloître,  on  trouve  des  offices  à  remplir,  des  administra- 
tions à  présider,  les  fonctions  de  prieur,  de  chantre,  de 
sacristain,  de  cellérier;  tout  devient  objet  de  désir 
pour  qui  n'a  rien  et  veut  cependant  émerger  un  peu. 

Dans  l'ensemble  des  grâces  expectatives  de  bénéfice, 
nous  ne  trouvons  guère  qu'un  seul  cas  cistercien.  En 
1328,  Jean  XXII  réserve  pour  Guillaume  de  Vallaria, 
moine  de  Valleserena,  en  Italie,  le  prieuré  parmesan  dé- 
pendant de  cette  abbaye  {Lettres  comm.  de  Jean  XXII, 
n.  41058).  Par  contre,  on  trouve  des  expectatives  con- 
cédées à  de  jeunes  personnes,  assurant  leur  réception 
dans  telle  abbaye  désignée,  dès  qu'un  décès  laissera 
une  place  vacante,  le  nombre  de  moniales  étant  rigou- 
reusement fixé  d'après  le  chiffre  des  revenus  (Berlière, 
Suppl.  de  Clément  VI,  n.  952,  1124,  2133;  autres  cas 
signalés  dans  Cisterc.-Chronik,  1910,  p.  183  sq.  ;  Van 
Isacker,  Lettres  de  Clément  VI,  n.  845,  1364). 

Nombreuses  également  furent  les  concessions  d'in- 
dulgences en  faveur  des  visiteurs  et  bienfaiteurs  des 
églises  monastiques,  surtout  à  l'époque  des  reconstruc- 
tions. Les  abbés  de  Cîteaux,  de  La  Ferté,  de  Clairvaux, 
de  Pontigny,  de  Morimond  reçurent  même  le  pouvoir 
d'accorder  quarante  jours  d'indulgence  à  leurs  audi- 
teurs, quand  ils  auraient  prêché  dans  les  monastères, 
chapelles  ou  églises  de  leur  ordre  (Reg.  de  Benoît  XI, 
n.  899;  Reg.  de  Clément  V,  n.  4422,  8707).  L'indulgence 
in  articula  mortis  fut  demandée  par  les  abbés  et  les 
moines,  les  abbesses  et  les  moniales,  particulièrement 
sous  les  pontificats  de  Benoît  XII  et  de  Clément  VI 
(Reg.  de  Benoît  XII,  n.  3418,  4720,  4771,  etc.;  Suppl. 
de  Clément  VI,  dans  Cisterc.-Chronik,  1910,  p.  187  sq.). 

Moins  louable  était,  dans  la  famille  cistercienne,  le 
désir  d'échapper  à  la  loi  de  l'abstinence.  Des  per- 
sonnes de  haut  rang,  devenues  moniales  blanches,  ne 
s'accommodent  plus  du  vieux  régime  austère;  elles  de- 
mandent donc  pour  elles-mêmes  l'exemption  de  cette 
loi  pénible.  De  telles  demandes  viennent  de  l'abbaye 
du  Lys,  près  Melun,  de  Port-Royal,  de  S. -Antoine  de 
Paris,  où  est  moniale  Pétronille  de  Sully,  de  Valbrissac, 
où  se  trouve  Béatrice  de  Hongrie,  veuve  devenue  mo- 


niale (Lettres  comm.  de  Jean  XXII,  n.  2821,  2822,  6232. 
11985).  Puis,  des  abbés  âgés,  infirmes  ou  malades  pré- 
sentent les  mêmes  suppliques  (ibid.,  n.  24296.  25087, 
51256,  52298);  à  Jean,  abbé  de  Dalon,  Clément  VI 
écrit  sur  la  requête  :  Fiat,  sed  parce  iitatur,  super  que 
eius  con.'icienfiam  oneramiis  (Cisterc.-Chronik.  1910, 
p.  154). 

Line  autre  conséquence  de  la  fiscalité  pontificale  à 
cette  époque  fut  de  priver  les  abbayes  de  leur  droit  de 
nommer  aux  bénéfices  qui  dépendaient  d'elles.  Très 
nombreux  étaient  les  monastères  dont  le  titulaire  était 
collateur  de  bénéfices  ecclésiastiques,  églises  parois- 
siales ou  chapellenies.  INIême  la  charge  de  chapelain 
auprès  de  nos  moniales  fut  pratiquement  traitée 
comme  un  bénéfice.  En  fait,  il  y  avait  là  un  ensemble 
d'obligations  incombant  au  prêtre  et  compensées  par 
des  revenus;  d'autre  part,  Boniface  VIII  avait  déclaré 
que  tout  prêtre,  une  fois  admis  à  ces  fonctions  par 
l'abbé  Père,  était  inamovible  (Reg.  de  Boni/ace  VIII, 
n.  564). 

Les  mandats  de  collation  à  ces  bénéfices  mineurs 
nous  aident  parfois  à  mieux  connaître  la  situation  juri- 
dique et  économique  de  certaines  abbayes.  Nous  y 
apprenons  que  les  abbesses  de  Tischnowitz  au  dioc.  de 
Brilnn,  de  Zaïda  et  de  Canas  en  Espagne,  de  Nunnen- 
munster  près  Worms,  de  Maubuisson  près  Pontoise,  de 
Ruremonde  en  Hollande,  de  Burtscheid  près  Cologne, 
avaient  des  bénéfices  à  leur  collation.  En  Belgique,  se 
trouvaient  dans  le  même  cas  les  abbesses  de  la  Cambre, 
d'Aywières,  de  Salzinnes,  de  la  Ramée,  de  Val-Notre- 
Dame.  Situation  identique  dans  bon  nombre  d'abbayes 
d'hommes,  par  ex.  Savigny,  Grandselve,  Belleperche, 
Moutier-en-Argonne,  Royaumont,  S.-André-de-Gou- 
fern,  en  France;  Lubens,  Sedlic,  Zwettl,  en  Allemagne 
et  Autriche;  Villers,  Val-S. -Lambert,  Grand-Pré,  en 
Belgique  (Lettres  de  Jean  XXII,  de  Benoît  XII;  Suppl. 
j  de  Clément  VI,  d'Innocent  VI,  d'Urbain  V,  passim). 
En  1492,  l'abbé  de  Cîteaux,  Jean  de  Cirey,  fit  dresser 
un  tableau  des  annates  que  les  monastères  cisterciens 
devaient  verser  à  la  Chambre  apostolique,  lors  des 
vacances  du  siège  abbatial.  Le  prêtre  chargé  de  ce  tra- 
:  vail  était  Pierre  Reynard.  Dans  sa  rédaction,  il  déclare 
i  avoir  compulsé  les  registres  originaux  de  la  Chambre 
apostolique,  pour  y  puiser  tous  renseignements  dési- 
rables. Il  les  disposa  ensuite  selon  l'ordre  alphabétique 
des  diocèses  possédant  des  abbayes  cisterciennes.  Cet 
intéressant  travail  peut  se  lire  actuellement  dans  le 
nis.  1450  de  la  bibliothèque  municipale  de  Troyes. 

Fr.  Baix,  La  Ctiambre  apostolique  et  les  «  Libri  annaiarum  » 
de  Martin  V  (141T-14H),  Bruxelles,  1947.  —  U.  Berlière, 
Inventaire  aiialgtique  des  «  Libri  obligationuni  et  solutionum  » 
]   des  Archives  vaticanes,  Rome,  1904;  Les  collectories  pontifi- 
cales..., (Cambrai,  Thérouantte  et  l'ournai,  au  XI s.,  Rome, 
I    1929.  —  H.  Moberg,  Taxae  pro  communibus  servitiis  ex  Libris 
I   nbliyalionum  ab  anuo  v:'.)5  ad  1455,  Rome,  1949.  —  Kirsch, 
I  Die  papstlichen  Kollertorien  in  Deiitschland  wdbrend  des  A/K. 
I   Jhts,  Paderl)orn,  1894;  id..  L'administration  des  finances 
pontif.  au  JCIV  s.,  dans  Bev.  d'hist.  eccl.,  i,  1900,  p.  274-96. 
I   —  G.  Mollat,  Contribution  à  l'bist.  admin.  et  judic.  de  l'Église 
!   rom.  au  XI V  s.,  ibid.,  1936,  p.  897  sq.;  id..  Contribution  à 
l'hist.  de  la  Chambre  apost.au  XIV'  s.,  ibid.,  19.50,  p.  82-94. 
—  Y.  Renouard,  Les  relations  des  papes  d'Avignon  et  des 
compagnies  commerc.  et  bancaires  de  1316  à  ISÎS,  Paris, 
1941.  —  Ch.  Samaran  et  ("■.  .Mollat,  La  fiscalité  pontif.  en 
France  au  XIV'  s.,  Paris,  190.5.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cis- 
terc,  éd.  Louvain,  1933-41;  Chapellenies  :  cf.  1314  :  2; 
1366  :  6;  1389  :  12;  1401  :  41;  1.562  :  25;  Chapelains  de 
moniales  :  1254  :  5;  12.56  :  4;  12.58  :  18;  1265  :  2;  1273  :  10; 
1287  :  11,  16;  1296  :  8;  1,308  :  5;  1317  :  4;  1320  :  8;  1460  : 
29.  —  Registnim  visitationum  arcbiepisc.  Jiotliomngensis 
(Kudes  Rigaud),  éd.  Bonnin,  Rouen,  1847,  d'après  le  ms. 
lat.  1245  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris,  p.  691,  cas  d'ordinations 
faites  ad  titulum  abhatissae  monasterii  licate  Mariae  liegalis. 

3°  La  guerre  de  Cent  ans.  Le  Grand  Schisme.  — . 
1.  «Les rois  d'Angleterre  resteront-ils  ducs  de  Guyennej 


!»«.■■)      CITEAUX  (ORDRE).  DE  [-A  HliIJ>E 


CEÉMENTFNE  A  JEAN  DE  CIREY 


et  vassaux  du  roi  de  France?  Détrôneront-ils  les  Va- 
lois?... Le  conflit,  juridique  à  ses  débuts,  dégénéra  en 
véritable  guerre  »  (E.  Déprez,  Les  préliminaires  de  la 
guerre  de  Cent  ans,  Paris,  1902,  p.  11).  Ces  quelques 
mots  éclairent  bien  le  point  de  départ  de  la  désastreuse 
guerre  qui  dura  de  1337  à  1453. 

Dès  1334,  le  rôle  médiateur  de  la  papauté  était  ré- 
clamé par  l'Angleterre.  Édouard  III  adressait  à 
Jean  XXII  des  lettres  d'abord,  puis  des  ambassadeurs, 
parmi  lesquels  on  reconnaît  l'abbé  cistercien  de  Dore. 
En  décembre  de  cette  même  année,  le  pape  décédait 
sans  avoir  pu  réconcilier  les  rois  de  France  et  d'Angle- 
terre. L'élu  du  conclave  fut  alors  l'austère  Benoît  XII, 
jadis  moine  et  abbé  cistercien.  Couronné  le  8  janv. 
1335,  il  allait  avoir  un  pontificat  de  sept  années. 

Malheureusement,  ses  tentatives  répétées  de  conci- 
liation entre  les  rois  devaient  échouer  contre  l'obstina- 
tion des  belligérants,  et  il  est  injuste  de  faire  retomber 
sur  le  pape  la  responsabilité  d'une  guerre  désormais 
inévitable  (G.  Daumet,  Lettres...  de  Benoît  XII,  Paris, 
1920,  Introd.,  p.  ix,  contre  l'opinion  de  Déprez,  op. 
cit.,  p.  405).  Dès  la  première  invasion  anglaise,  Be- 
noît XII  s'empressa  de  secourir  les  populations  des 
régions  dévastées.  Six  mille  florins  furent  envoyés  et 
répartis  sur  174  paroisses,  dont  les  noms  figurent  dans 
les  registres  de  comptabilité  aux  Archives  vaticanes 
(cf.  L.  Carolus-Barré,  Benoît  XII...  et  les  pays  dévastés, 
dans  Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.,  Paris,  1950,  p.  165- 
232). 

Une  intervention  pacifique  inattendue  vint  de  la 
part  d'une  moniale  cistercienne.  Jeanne  de  Valois, 
propre  sœur  de  Philippe  VI  et  mère  de  la  reine  d'An- 
gleterre, devenue  veuve  du  comte  de  Hainaut,  Guil- 
laume l"  le  Bon,  s'était  retirée  à  l'abbaye  de  Fonte- 
nelles  et  y  avait  fait  profession  monastique.  Or  les  pre- 
mières opérations  militaires,  que  tenta  Édouard  III  en 
1339,  se  passèrent  dans  la  région  de  Laon,  S. -Quentin, 
Cambrai,  où  se  trouvait  précisément  l'abbaye  de  Fon- 
tenelles,  incendiée  en  ces  circonstances.  «  Maintes  fois,  1 
Jeanne  de  Valois  s'était  jetée  éplorée  aux  pieds  de  son 
frère  et  de  son  gendre,  les  suppliant  de  cesser  les  hos- 
tilités; mais  ses  tentatives  avaient  échoué.  Elles  abou- 
tirent quand  les  deux  rois  campèrent  près  de  Bou- 
vines  »  (Déprez,  op.  cit.,  p.  343).  Des  trêves  furent  alors 
signées  qui,  hélas,  allaient  déjà  cesser  en  juin  1341. 

Puis,  ce  fut  la  guerre  avec  toutes  ses  horreurs.  L'une 
d'elles,  et  non  la  moindre,  fut  la  peste  de  1348-49,  qui 
enleva,  au  dire  de  Froissart,  «  la  tierce  partie  du 
monde  ».  Des  moniales  de  Belmont,  il  ne  resta  que  deux 
survivantes.  Les  monastères  dépourvus  de  personnel 
s'offraient  comme  une  proie  facile  à  une  poignée  d'aven- 
turiers. Ils  n'y  manquèrent  pas.  A  la  faveur  de  trêves 
passées  de  temps  à  autre,  les  belligérants  licenciaient 
leurs  mercenaires  pour  n'avoir  plus  à  les  payer;  ce  ra- 
massis de  gens  sans  aveu,  sans  patrie,  faisaient  alors 
groupe  autour  d'un  chef.  Ce  furent  les  «  Grandes  com- 
pagnies »,  qui  vécurent  de  pillages  et  de  dévastations 
à  travers  la  France. 

«  Plus  que  les  autres  ordres  religieux,  les  cisterciens 
furent  atteints  »,  constate  Denifle.  Leurs  monastères, 
en  effet,  se  trouvaient  à  l'écart  de  toute  agglomération, 
et  nullement  fortifiés,  sauf  de  rares  exceptions.  Bonne- 
combe,  par  ex.,  et  Boulbonne,  que  Benoît  XII  avait 
fait  entourer  de  hautes  et  fortes  murailles  (Baluze, 
Prima  Vita,  éd.  Mollat,  Paris,  1916,  p.  197;  Slatuta, 
1437  :  48).  D'autre  part,  l'avoir  des  abbayes  cister- 
ciennes était  fait  surtout  de  possessions  terriennes, 
que  les  guerres  venaient  dévaster  et  rendre  infruc- 
tueuses. Comment  solder  les  contributions  toujours 
plus  pesantes  qu'imposaient  les  rois,  sinon  par  le  dé- 
pouillement total  de  ses  biens? 

En  1402,  la  douleur  des  capitulants  de  Cîteaux 
s'exhale  en  une  plainte  émouvante  :  «  Ne  sommes-nous 


pas  arrivés  à  la  tin  des  temps?  L'iniquité  abonde  par- 
tout, la  charité  s'est  refroidie,  la  stérilité  des  campa- 
gnes met  la  famine  à  nos  portes.  Ne  sont-ce  pas  là  les 
signes  avant-coureurs  de  l'Antéchrist?  Les  ofliciers  et 
ministres  des  illustrissimes  seigneurs,  rois,  ducs,  com- 
tes, barons,  et  même  —  ce  qui  est  plus  grave  —  les  pré- 
lats piétinent  à  plaisir  nos  droits,  nos  libertés,  nos 
immunités.  Leurs  exigences  sans  mesure  ne  respectent 
plus  ni  le  droit  humain,  ni  le  droit  divin.  Veulent-ils 
donc  nous  réduire  tous  à  la  mendicité?  »  Puis  l'assem- 
blée se  ressaisit;  elle  crée  une  délégation  com])osée  des 
abbés  de  Pontigny,  de  (2haalis,  de  Royaumont,  de 
Beaupré.  Ceux-ci  se  |)résenteront  devant  le  roi 
Charles  VI,  devant  ses  oncles,  les  ducs  de  Berry  et  de 
Bourgogne,  devant  son  frère  Louis  d'Orléans,  et  leur 
diront  l'extrémité  oii  se  trouvent  les  monastères  de 
leur  royaume;  il  est  temps  de  prévenir  un  irrémédiable 
désastre  {Statuta,  1402  :  13).  Quelques  années  plus 
tard,  Charles  VI  s'intéressait  à  l'abbaye  de  Longpont; 
il  écrivait  au  chapitre  général  qu'on  eût  à  la  sauver 
d'une  disparition  imminente.  De  son  côté,  le  duc  de 
Lorraine  insistait  dans  le  même  sens  pour  l'abbaye  de 
Villers-Bettnach,  au  dioc.  de  Metz  (it^id.,  1413  :  99; 
1425  :  52). 

Inutile  d'aligner  ici  la  longue  série  de  monastères  que 
la  guerre  de  Cent  ans  a  ruinés.  Denifle  a  accompli  cette 
tâche  en  puisant  les  éléments  de  son  travail  aux  meil- 
leures sources,  que  sont  les  suppliques  adressées  à  la 
Curie  pontificale  et  les  statuts  des  chapitres  de  Cî- 
teaux. Les  suppliques  sollicitent  du  Souverain  pontife 
une  remise  partielle  ou  totale  des  dettes  contractées 
vis-à-vis  de  la  Chambre  apostolique,  à  l'occasion  d'une 
nomination  abbatiale  ou  d'un  induit  obtenu.  Le  sup- 
pliant a  donc  soin  de  décrire  l'état  précaire  où  est  ré- 
duite son  abbaye  pour  faits  de  guerre.  Des  doléances 
semblables  se  font  entendre  au  chapitre  général  de 
Cîteaux,  à  l'efl'et  d'obtenir  des  secours  de  la  part  de 
maisons  moins  éprouvées,  et  aussi  la  remise  des  contri- 
I  butions  générales  imposées  à  tout  l'ordre,  ou  encore 
l'autorisation  d'aliéner  une  partie  des  biens  (ibid., 
1391  :  23,  24;  1396  :  16,  20;  1400  :  33;  1402  :  10;  1404  : 
32;  1411  :  21;  1429  :  74). 

Une  mesure  exigée  par  les  circonstances  fut  parfois 
la  suppression  de  communautés  exténuées  à  l'extrême, 
telle  l'abbaye  des  moniales  de  Bouhan,  près  Calais 
{ibid.,  1395  :  9).  En  1399,  six  abbayes  furent  fermées 
pour  cette  cause.  En  pareil  cas,  les  religieuses  sont  ré- 
parties en  d'autres  communautés  et  les  biens  tempo- 
rels sont  unis  à  un  monastère  d'hommes,  qui  assume 
l'obligation  d'acquitter  les  charges  spirituelles  de 
l'abbaye  éteinte  :  célébration  de  messes  fondées  et  des 
divins  offices  (ibid.,  1399  :  36-41). 

2.  Un  autre  genre  de  désolation  fut  le  Grand  Schisme 
d'Occident  (1378-1417).  Le  8  avr.  1378,  le  collège  des 
cardinaux  avait  élu  Urbain  VI.  Six  mois  après,  les 
mêmes  cardinaux  —  du  moins  en  majeure  partie  — 
font  une  seconde  élection  à  Fondi  et  donnent  au  monde 
chrétien  le  pape  Clément  VII,  bientôt  installé  en  Avi- 
gnon. Sur  la  valeur  de  ces  opérations  électorales,  les 
contemporains  furent  d'avis  partagé;  nos  historiens 
actuels  en  sont  encore  au  même  point.  Mais  le  fait  est 
là  :  la  chrétienté  fut  scindée  en  deux  obédiences,  et  la 
ligne  de  démarcation  se  prenait  surtout  dans  la  volonté 
des  princes  terriporels.  Le  pape  d'Avignon  eut  sans 
peine  la  France  avec  lui.  Dès  lors,  l'Angleterre  et 
l'Allemagne  se  devaient  d'embrasser  l'autre  parti. 

Il  y  eut  aussi  des  régions  disputées.  Liège,  par  ex., 
eut  deux  évêques  :  Arnoul  de  Hornes,  nommé  par 
Urbain  VI,  et  Eustache  de  Rochefort,  confirmé  par 
Clément  VII.  L'évêché  de  Cambrai  était  occupé  depuis 
juin.  1378  par  Jean  T'SercIaes;  Urbain  VI  y  envoya 
néanmoins  un  administrateur;  c'était  l'abbé  de  Bau- 
deloo,  Gérard  Van  de  Zype.  Cet  urbaniste  notoire  sera 


Î)(i7       (".ITlvM  X  (OHDHI-:  ,   DK  I.A  Hl  LI.h: 


CLI-.MI'NriM-:  A  .ll'.AN  \)\-]  (AUVW  !tHS 


prive  (le  sa  prélaliire  l'égiilière  par  (;iémenl  \  11,  qui  1 
lui  substituera  (loswiii  de  N'inea  (H.  Nélis,  Siippl.  ni 
lettres  de  Clément  VII,  Rome.  1934,  n.  228(1). 

Dans  les  ordres  religieux,  mêmes  divisions,  mêmes 
difïicultés;  et  celles-ci  sont  d'autant  plus  douloureuses 
que  l'ordre  pratique  la  centralisation  de  pouvoirs. 
C'était  le  cas  des  cisterciens,  avec  leur  chapitre  général 
annuel  tenu  en  France,  à  Cîteaux  même.  La  lecture  des 
actes  authentiques  de  ces  chapitres  fait  pressentir  qu'à 
la  maison  mère  les  supérieurs  veulent  garder  une  pru- 
dente réserve.  Les  chartreux  suivaient  la  même  tac- 
tique (cf.  Le  Couteulx,  Annales  ord.  cart.,  Montreuil, 
VI,  219).  Il  faut  attendre  l'année  1389  pour  entendre  à 
Cîteaux  une  reconnaissance  officielle  du  pape  Clé- 
ment VII  :  Pro  SS.  in  Christo  pâtre  domino  nostro 
domino  Clémente  div.  Provid.  S.  R.  et  totius  Universalis 
Eccl.  Summo  Pontifice,  ac  pro  statu  jelici  eiusdem,  et  ut 
pestiferum  schisma  nunc  in  sancta  Dei  Eccl.  saeuiens 
terminetur  celeriter,  dicantur  très  missae  una  de  Spiritu 
Sancto,  altéra  de  S.  Cruce  et  reliqua  de  B.  V.  a  singulis 
sacerdotibus  ordinis  universi  (Statuta,  1389  :  33). 

Plus  tard,  quand  la  France  fera  un  effort  de  neu- 
tralité en  vue  d'étouffer  le  schisme,  (-îteaux  marchera 
dans  cette  voie,  affirmant  sa  soustraction  à  l'obédience 
avignonnaise  en  taisant  dans  ses  décrets  capitulaires  le 
nom  du  pontife  suprême  (ibid.,  1398  :  1;  1399  :  1; 
1400:  1;  1401  :  1;  1402:  1).  Le  nom  de  Benoît  .Kl II  re- 
paraît en  1403,  et  jusqu'en  1408.  En  sept.  1409,  Cî- 
teaux croit  que  l'élection  d'Alexandre  V.  célébrée  à 
Pise,  a  éteint  le  schisme,  et  cette  prétendue  victoire  est 
notifiée  avec  émotion  dans  les  documents  de  l'année 
(ibid.,  1409 : 47).  Illusion  passagère.  Néanmoins  on  reste 
désormais  fixé  dans  cette  obédience,  et  Jean  XXIII, 
successeur  d'Alexandre,  sera  cité  comme  chef  de 
l'Église  universelle  dans  les  statuts  des  années  sui- 
vantes, jusqu'à  l'élection  de  Martin  V  (11  nov.  1417). 

Nonobstant  ces  divergences,  le  chapitre  de  Cîteaux 
continua  de  légiférer  sans  faire  aucune  réserve  au  sujet 
des  pays  rattachés  à  l'obédience  urbaniste.  En  1390,  il 
délègue  à  l'abbé  de  Cîteaux  tous  pouvoirs  nécessaires 
pour  visiter  et  réformer  les  monastères  des  deux  sexes 
ubique  mundi  partibus.  L'abbé  de  Calers,  avec  maître 
Bernard  Sabatorii,  prieur  de  Boulbonne,  sont  chargés 
de  visiter  les  abbayes  de  Castille,  d'Aragon,  de  Navarre 
et  du  Portugal.  Aux  abbés  de  Clairvaux  et  de  Mori- 
mond  incombe  la  charge  de  visiter  les  maisons  de  leur 
vaste  filiation  répandue  à  travers  l'Europe.  En  fait, 
qu'ont-ils  réalisé  de  leur  délégation?  Les  décrets  capi- 
tulaires sont  muets  sur  ce  point. 

Nous  savons  par  ailleurs  qu'Urbain  VI  travaillait 
activement  à  se  gagner  des  partisans  parmi  les  ordres 
religieux.  La  Cirande-Chartreuse  avait  reçu  son  envoyé 
au  chapitre  général  de  1380  (Le  Couteulx,  op.  cit., 
p.  248).  Une  bulle  non  datée  d'Urbain  VI  enjoignit  aux 
cisterciens  d'Allemagne,  de  Bohême  et  de  Pologne 
d'éviter  toutes  relations  avec  le  pseudo-abbé  de  Cî- 
teaux, Gérarfl  de  Buxière  de  la  Tour  d'Auvergne,  mais 
de  se  réunir  en  chapitre  général  à  Vienne  (ms.  lat. 
Vatic.  6330,  fol.  423  v»  ;  Studien  und  Mitteil..  xxv,  1 904, 
p.  69,  note  2). 

Boniface  IX,  successeur  d'Urbain  VI,  nomma  vi- 
caire général  de  tout  l'ordre  de  Cîteaux  l'abbé  de  Bron- 
dolo  (Italie),  maître  Castiel,  docteur  en  décrets.  Celui- 
ci  aurait  à  réunir  et  présider  le  chapitre  (texte  publ. 
dans  Studien  und  Mitteil.,  toc.  cit.,  71,  note  2).  La 
même  tactique  a  été  suivie  jiour  l'Angleterre,  à  l'effet 
de  détacher  de  leur  maison  mère  les  abbayes  cister- 
ciennes de  ce  royaume.  Le  13  mai  1386,  le  roi  leur  com- 
muniquait une  ordonnance  d'Urbain  VI,  donnant  aux 
abbés  de  Rievaulx  et  de  Wardon  les  pouvoirs  néces- 
saires pour  régir  les  abbayes  cisterciennes  d'Angle- 
terre, d'Écosse,  d'Irlande  et  du  pays  de  Galles,  en 
dehors  de  toute  relation  avec  l'abbé  de  Cîteaux.  La 


!  Chronique  de  Melsu  (abbaye  de  Moaux,  au  dioc.  d'York) 
cite  une  lettre  de  Boniface  IX  transmettant  les  mêmes 
pouvoirs  aux  abbés  de  Boxley,  de  Stratford  et  de  Ste- 
Marie-dcs-Gràces,  près  de  la  Tour  de  Londres.  C'est 
dans  ce  dernier  monastère  que  se  réunira  le  chapitre 
général  (documents  jiubl.  dans  Studien  und  Mitteil., 
lac.  cit.,  64,  66). 

A  l'époque  du  schisme,  on  remarque  chez  les  Sou- 
verains pontifes  une  facilité  à  concéder  des  honneurs 
aux  prélats  de  leur  obédience.  Us  s'en  faisaient  ainsi 
des  clients  dévoués.  Clément  VII  concéda  l'usage  de 
la  mitre  à  l'abbé  de  Cîteaux  en  1380,  à  celui  de  Mazan 
en  1390.  Benoît  XIII  montra  la  même  générosité  à 
l'endroit  des  abbés  de  Fontfroide.  de  Bonnefont,  de 
Mortemer,  de  Bonnecombe.  Ce  dernier,  Pierre  d'Au- 
gnac,  alla  même  trop  loin  dans  son  attachement  à  son 
bienfaiteur;  U  ne  fit  sa  soumission  à  Martin  V  que  le 
5  mars  1421  (N.  Valois,  La  France  et  le  Grand  Schisme 
d'Occident,  iv,  445). 

Les  actes  des  chapitres  tenus  à  Cîteau.x  durant  le 
schisme  ont  mentionné  la  participation  des  abbés  aux 
conciles  de  Pise  et  de  Constance.  Déjà  au  synode  de 
Paris  en  1408,  qui  préparait  le  concile  de  Pise,  avaient 
été  convoqués  l'abbé  de  Cîteau.x  et  plusieurs  autres 
(Stiduta,  1408  :  16).  On  décida  que  l'ordre  de  Cîteaux 
enverrait,  à  ses  frais,  dix  de  ses  abbés,  et  d'abord 
ceux  de  Cîteaux,  de  Pontigny,  de  Clairvaux  (N.  Valois, 
op.  cit.,  IV,  39).  La  lente  arrivée  des  prélats  à  Pise  a 
été  notée  par  Mansi,  xxvii,  330  sq.  ;  nous  y  voyons  un 
cistercien  arriver  la  veille  de  l'ouverture,  le  24  mars 
1409  :  Félix,  abbé  de  S. -Sauveur  de  Settimo,  au  dioc. 
de  Florence.  Jean  de  Martigny,  abbé  de  Cîteaux,  y 
arriva  le  9  avr.  ;  le  lendemain,  on  vit  Jean  de  Ponti- 
gny, Pierre  de  Chambons,  Guillaume  de  Gimond, 
lîtienne  de  La  Charité.  Le  13  avr.,  se  présente  Odon, 
abbé  de  Villers,  délégué  du  duc  de  Brabant  et  de  plu- 
sieurs abbés  de  la  même  religion.  Le  23  du  même  mois, 
arrive  l'abbé  d'Aulne,  avec  l'assentiment  des  abbés  de 
Val-S. -Lambert,  de  Val-Dieu,  de  Grand-Pré;  et,  le 
7  mai,  l'abbé  Richard  de  Joraval  (Angleterre).  Sont 
cités  également  Jean  Schàrb,  abbé  de  Kaisersheim,  et 
Mathieu  Pillaert,  abbé  de  Clairvaux. 

Le  2()  juin,  eut  lieu  l'élection  hâtive  d'Alexandre  V, 
qui  allait  disparaître  après  dix  mois  de  règne  (3  mai 
1410).  Au  nombre  de  ses  actes,  il  y  eut  une  lettre  datée 
du  15  juin.,  adressée  à  l'ordre  cistercien  auquel  il  mar- 
quait sa  reconnaissance  (texte  dans  .Studien  und  Mit- 
teil., loc.  cit.,  75). 

Peu  après  l'élection  de  Jean  XXIII,  un  concile  fut 
de  nouveau  convoqué  pour  le  l"'  avr.  1412.  En  fait,  le 
concile  de  Constance  ne  s'ouvrit  que  le  16  nov.  1414; 
mais  il  faudrait  attendre  jusqu'au  11  nov.  1417  pour 
voir  enfin  l'unité  de  l'Église  rétablie  et  sanctionnée  par 
l'élection  de  Martin  V.  Cîteaux  fit  réunir  les  abbés  par 
provinces  et  choisir  par  votes  leurs  députés  au  concile 
(Statuta,  1411  :  86,  90).  La  liste  des  abbés  français  délé- 
gués comptait,  outre  celui  de  Cîteaux,  le  ci-devant  pro- 
cureur général  Guillaume,  abbé  de  Gimond,  docteur  en 
décrets,  puis  sept  abbés  docteurs  en  théologie  :  Mathieu 
Pillaert,  de  Clairvaux;  Laurent  de  La  Rue,  de  Chaalis; 
Jean  de  Morimond;  Guillaume  de  Fontaine-Daniel; 
Jean  d'Ourscamp;  Guillaume  de  Mortemer  et  Jean 
de  Prières.  L'Italie  envoya  les  abbés  de  Columba  et  de 
Chiaravalle;  l'Allemagne,  ceux  de  Rein,  de  Maulbronn, 
de  Langheim,  de  Lucelle;  l'Angleterre,  ceux  de  Fouii- 
tains  et  de  Beaulieu-Royal  (ibid.,  1416  :  25).  Un  bon 
nombre  d'autres  abbés  cisterciens  de  tous  pays,  égale- 
ment présents  à  Constance,  sont  signalés  dans  le  docu- 
ment édité  par  Mansi,  xxviii,  630  sq.  On  put  croire 
que  l'ordre  de  Cîteaux  retrouvait  là  son  unité,  au  moins 
pour  un  temps. 

Les  conciles  de  Bâle  et  de  Ferrare-Florence,  sous 
Eugène  IV  (1431-1447),  comptèrent  aussi  parmi  les 


\m       CtTRAl  X  ((JHI)Hlv).   DK  I^A  Ml  I.IJ-: 


CLÉMENTINK  A  JEAiN  DE  CIREY  970 


membres  présents  plusieurs  abbés  cisterciens.  Au  dire 
de  Mansi  (xxix,  1270),  les  discours  de  Jean  Picart, 
abbé  de  Cîteaux,  forcèrent  l'admiration  des  Pères  du 
concile.  Ce  fut  le  cas  notamment  quand,  délégué  avec 
les  évêques  de  Thérouanne,  de  Chalon,  de  Nevers,  en 
nov.  1438,  pour  aller  porter  à  Eugène  IV  l'assurance  de 
la  fidélité  de  Philippe  le  Bon,  duc  de  Bourgogne,  l'abbé 
Jean  prononça  devant  le  pape  «  un  discours  pathé- 
tique »  sur  l'unité  de  l'Église  compromise  encore  par 
les  Bâlois  (N.  Valois,  op.  cit.,  ii,  128,  note  1;  cf.  le  dis- 
cours dans  Mansi,  xxxi,  sujjpl.,  1509  sq.;  les  sermons 
des  autres  abbés  cisterciens,  dans  les  mss.  -î  iî',  534, 
535,  538  de  la  bibl.  univ.  d'Erlangen). 

Sur  la  tjiierre  de  Cenl  uns.  -  J.  Calmellt;  cl  K.  Déproz, 
La  France  et  l'Angleterre  en  conflit,  Paris,  1937  (cf.  Hei). 
(fltist.  de  VËijl.  de  France,  xxiv,  1".K5«,  p.  48;i).  —H.  Denifle, 
La  dé.folation  des  ét/li.'ies,  monastères  et  lii>i>itaii.v  en  France 
pendant  la  fiiierrc  de  Cent  ans,  Paris,  1897-!)il,  2  vol.  — 
Froissart,  Chroniques,  éd.  S.  I,ucc...,  Paris,  1869-99.  —  A. 
Lesort,  La  reconstitution  des  ('iiUses  a/irés  la  guerre  de  Cent 
ans,  dans  Rev.  d'hist.  de  VÊgl.  de  France,  xx,  1931,  p.  177- 
215.  —  P.  Morel,  Sur  la  vie  écononiigue  des  inoimstères  après 
la  guerre  de  Cent  ans  (cf.  Hev.  d'hist.  eccl.,  19-11,  p.  351  s(j.). 

Des  régions  ou  des  fails  isolés  ont  eu  leurs  historiens,  par 
ex.  P.  Gautier,  La  désolation  de  l'abbaye  d'Auberioe  à  la  fin 
de  la  guerre  de  Cent  ans,  dans  Bull.  hist.  et  philoL,  Paris, 
1912,  p.  ôO.  —  A.  Huguet,  Aspects  de  la  guerre  de  Cent  ans 
en  Picardie  maritime  (1400-1450),  dans  Méni.  de  la  Soc. 
des  antiq.  de  Picardie,  XLviii,  1941 .  —  R.  Latouche,  S.-An- 
tonin-de-Rouergue  et  la  domination  anglaise  au  XI  .s.  (  1358- 
1369),  dans  Mélanges  liémont,  1913,  p.  305  sq.  —  (i.  Mollat, 
Études  et  documents  sur  l'hist.  de  Bretagne  (XlIl'-XVI'  s.), 
Paris,  1907.  —  R.  Reuss,  La  première  invasion  des  Anglais 
en  Alsace,  dans  Mélanges  Bémont,  281.  —  En  général,  toutes 
les  monographies  d'abbayes  donnent  des  détails  sur  les 
désastres  subis  durant  cette  époque. 

Sur  la  peste  noire  de  1348.  —  A.  Coville,  Écrits  contempo- 
rains sur  la  peste  de  1348-1350,  dans  H.  L.  Fr.,  xxxvii, 
325-90.  —  F.-A.  Gasquet,  The  black  dealh  of  1348  and  1349, 
1'  éd.,  Londres,  1908.  —  P.  Gras,  Le  registre  paroissial  de 
Givry  et  la  peste  noire  en  Bourgogne,  dans  Bibl.  de  l'Ëc.  des 
chartes,  c,  1939,  p.  295-308.  —  Y.  Renouard,  Conséquences  et 
intérêt  démographiques  de  la  peste  noire  de  1348,  dans  Popu- 
lation, 'M  année,  1948,  p.  459-66.  —  Ch.  Terlinden,  La  grande 
peste  de  1348  en  Espagne,  dans  Rev.  belge  de  philul.  et  d'hisl., 
XVII,  1938,  p.  103-45. 

Sur  le  Grand  Schisme.  —  Dijon,  bibl.  munie.,  inss.  578- 
581  :  recueil  d'actes  relatifs  au  schisme;  ms.  577  ;  discours 
de  .Jean  Picart  au  concile  de  Râle.  —  RIiemetzrieder,  Der 
Zisterzienserorden  im  grossen  abendlàndischen  Schisma,  dans 
Studien  und  Mitteil.,  xxv,  1904,  p.  62-82.  —  R.  Boudruche, 
La  crise  d'une  société...,  Paris,  1947.  —  Chronica  monast.  de 
Melsa,  auctore  Thoma  Burton...,  éd.  Edward  Burton,  Lon- 
dres, 1866.  — •  -M.  de  Boiiard,  La  France  et  l'Italie  au  temps 
du  Grand  Schisme  d'Occident,  Paris,  1936.  —  De  Lesquen  et 
G.  Mollat,  Mesures  fiscales  en  Bretagne  par  les  papes  d'Avi- 
gnon à  l'époque  du  Granil  Schisme,  Paris, 1903.  —  R.  Graham, 
The  Great  Schism  and  tlie  English  monasteries  of  the  cister- 
cian  order,  dans  English  hist.  review,  xliv,  1929,  p.  373-87; 
l'auteur  retrace  les  mesures  d'exception  prises  pour  annuler 
l'influence  de  Cîteaux  sur  les  monastères  anglais.  —  Grilln- 
berger  a  publié  une  bulle  d'Urbain  VI  en  faveur  des  monas- 
tères cisterciens  des  dioc.  de  Prague  et  d'Olmutz,  dans  Stu- 
dien und  Mitteil.,  xiii,  1892,  p.  86.  —  Hefele-Leclercq,  vu, 
2'  partie,  Paris,  1916.  —  Mansi,  xxvi-xxxi.  —  G.  Mollat, 
L'adhésion  des  chartreux  à  Clément  VII  (1378-1380),  dans 
Reo.  du  M.  A.  latin,  1949,  p.  35-42;  L'application  en  France 
de  la  soustraction  d'obédience  à  Benoit  XIII,  ibid.,  1945, 
p.  149-63.  —  H.  N'élis,  La  collation  des  bénéfices  eccl.  en 
Belgique  sous  Clément  VII  (1378-1394),  dans  Rev.  d'hist. 
eccl.,  1932,  p.  34-69.  —  Salembier,  Le  Grand  Schisme  d'Oc- 
cident, 2'  éd.,  Paris,  1900.  —  \V.  fllmann,  The  origins  of  the 
Great  Schism,  Londres,  1948  (cf.  Bull.  Classe  des  lettres... 
Acad.  royale  de  Belgique,  xxxv,  1949,  p.  182).  —  N.  Valois, 
La  France  et  le  Grand  Schisme  d'Occident,  Paris,  1896-1902, 
4  vol.;  Le  pape  et  le  concile,  Paris,  1909,  2  vol.  —  Statutacap. 
gen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  m  et  iv,  1935. 

Sur  Jeanne  de  Valois.  --  Chron.  et  Ann.  de  Gilles  Le 
Muisit.  éd.  I.emailre,  Piu-is,  1905,  p.  49,  133,  176,  271.  - 
Berlière,  .Suppl.  de  Clément  VI,  Rome,  1906,  n.  2.56-70,  572, 
922.  —  .V.  Fayen,  IMtres  conununes  de  Jean  XXII,  Bru.xel- 


les,  1908,  II.  915.  —  G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean 
XXII,  Paris,  n.  13  271.  —  Van  Isacker,  Lettres  de  Clé- 
ment VI,  Rome,  1924,  n.  560-62;  Suppliques  du  même, 
n.  256,  2.38,  259. 

II.  Cîteaux  ht  ses  monastères.  —  1°  Fondations 
nouvelles.  Gains  et  pertes.  —  Durant  les  deux  siècles  qui 
nous  occuiieiit,  Cîteaux,  malgré  les  difTicultés  des 
temps,  a  conservé  encore  quelque  chose  de  sa  force 
d'expansion.  Le  chapitre  général  ne  put  cependant 
faire  droit  aux  cinquante  demandes  de  fondation  nou- 
velle, ni  aux  soixante  demandes  d'incorporation.  Il  dut 
se  contenter  d'ouvrir  près  de  soixante-dix  nouveaux 
monastères  d'hommes.  Vers  le  début  du  xiV  s.,  «  sur 
le  territoire  formant  alors  le  royaume  de  France,  on 
comptait  197  abbayes  cisterciennes  payant  la  dîme  au 
roi  »  (J.  Viard,  État  des  abbayes  cisterc.  au  commence- 
ment du  xrv^  s.,  dans  Bev.  d'hist.  de  l'Égl.  de  France, 
i,  1010,  p.  211). 

En  1308,  se  fonde  Torigny,  en  Normandie;  en  1323, 
Pontifroid,  au  dioc.  de  Metz;  au  siècle  suivant,  trois 
abbayes  de  moniales  sont  désormais  occupées  par  des 
moines  :  Charité-lez-Lézinnes,  Piété-Dieu  en  Cham- 
pagne, Marcilly  en  Bourgogne.  Même  cas  en  Belgique 
pour  les  abbayes  de  Moulins,  Jardinet,  Boneffe  et  S.- 
Remi.  L'Italie  compte  également  six  abbayes  nou- 
velles et  l'Espagne  cinq.  Les  autres  fondations  se  ré- 
partissent entre  l'Allemagne,  l'Autriche  et  la  Pologne. 
Le  Danemark  voit  la  fondation  de  Knardrup  (Regalis 
curiu),  au  dioc.  de  Roskilde,  en  1326;  Alvastra,  en 
Suède,  crée  une  filiale,  Gudsberga  ( Mons  Domini ) ,  en 
1486.  Vers  cette  même  date,  Cîteaux  allait  donner  des 
statuts  particuliers  à  une  série  de  monastères  hollan- 
dais afTiliés  à  l'ordre  (Statuta,  1489  :  7).  Ceux-ci,  sans 
constituer  pour  autant  une  congrégation  proprement 
dite,  se  sentaient  unis  en  un  groupement  plus  intime 
et  de  mentalité  identique. 

La  vraie  congrégation  qui  se  crée  au  xv«  s.  est  celle 
de  Gastille,  dite  de  l'Observance  régulière  de  S.-Bernard; 
elle  eut  pour  auteur  Martin  de  Vargas.  Ce  moine, 
d'allure  assez  indépendante,  voulait  revenir  à  la  rigueur 
des  observances  primitives.  Il  obtint  de  Martin  V  la 
bulle  l'ia  supplicum  vota  (oct.  1425),  autorisant  la  fon- 
dation de  deux  monastères,  eremitoria  cum  ecclesiis, 
non  soumis  au  chapitre  de  Cîteaux,  et  qui  auraient  à 
leur  tête  des  prieurs  triennaux.  D'année  en  année,  les 
concessions  pontificales  se  succédèrent,  affirmant  de 
plus  en  plus  la  vitalité  de  la  congrégation,  qui  créa,  en 
effet,  plusieurs  maisons  et  engloba  jusqu'à  39  abbayes 
cisterciennes  d'Espagne.  Leur  général,  appelé  «  grand 
réformateur  »,  présidait  les  chapitres  généraux.  A  Cî- 
teaux, on  jugea  les  choses  autrement.  Martin  de  Var- 
gas fut  considéré  par  le  chapitre  général  comme  schis- 
matique,  déformateur,  conspirateur  et  destructeur  des 
privilèges  cisterciens.  De  ce  chef,  il  fut  excommunié, 
aggrave  et  réaggrave  (Statuta,  1438  :  58,  59).  Eu- 
gène IV  cependant,  en  1437  (bulle  Etsi  pro  cimclorum), 
avait  rétabli  en  partie,  sur  la  congrégation,  dont  le 
centre  était  l'abbaye  de  Mont-Syon,  près  Tolède, 
l'autorité  de  l'abbé  de  Cîteaux.  Pratiquement,  celle-ci 
fut  plus  nominale  que  réelle. 

En  1496,  à  la  demande  de  Louis-Marie  Sforza,  duc 
de  Milan,  Alexandre  VI  érigea  la  Congrégation  italienne 
de  S.-Bernard,  ou  de  Toscane  et  Lombardie  (bulle  Plan- 
tatus,  23  déc).  Ici,  la  scission  d'avec  Cîteaux  est  com- 
plète, et  le  gouvernement  de  la  congrégation  emprunte 
plusieurs  éléments  aux  ordres  de  fondation  plus  ré- 
cente. Dans  la  suite,  on  verra  d'autres  congrégations  se 
détacher  encore  de  Cîteaux  dans  des  mesures  variables, 
et  tous  ces  schismes  particuliers  apparaissent  comme 
des  conséquences  du  Grand  Schisme. 

La  guerre  des  l  lussites  (1420  et  années  suivantes)  in- 
lligea  de  douloureuses  pertes  à  Cîteaux.  Ziska  promena 
le  fer  et  le  feu  à  travers  la  Bohême  et  les  provinces  vol- 


971       CITEAUX  (URDRE).  DE  LA  BULLE 


CLÉMENTINE  A  JEAN  DE  CIREY  972 


sines;  il  voulait  surtout  la  disparition  des  couvents  et 
des  gens  d'Église.  Les  florissantes  abbayes  de  ces  ré- 
gions reçurent  sa  visite,  marquée  par  des  pillages  suivis 
d'incendies.  Jean,  abbé  de  Welehrad,  subit  le  martyre 
le  3  avr.  1421;  le  28  de  ce  même  mois,  un  groupe  de 
moines  de  Sedlitz  tombe  sous  les  coups  de  Ziska. 
L'année  précédente,  quatre  religieux  de  Kônigssaal 
avaient  été  brûlés  par  les  Hussites;  ceux  de  Golden- 
kron  subirent  la  pendaison.  La  série  des  martyrs  se 
continue  à  Waldersbach,  à  Osseg,  à  Neuzelle  (cf.  Cis- 
terc.-Chronik,  xx,  1908,  p.  129  sq.;D.H.  G.  £'.,vi,  1486; 
Staluta,  1427  :  48). 

Quelques  chiffres  ont  été  conservés,  qui  sont  révéla- 
teurs de  ce  qu'était  devenue,  dans  les  xiv  et  xv«  s.,  la 
population  monastique.  Un  statut  capitulaire  de  1315 
permet  de  conclure  qu'on  trouvait  alors,  en  moyenne, 
de  20  à  100  moines  dans  les  abbayes  cisterciennes. 
Mais  les  guerres  vont  faire  reviser  ce  barême.  Haute- 
combe,  en  13.55,  abrite  37  moines;  à  Mazan,  le  chiffre 
est  de  33  en  1321  et  de  14  en  1394.  Royaumont  ne 
compte  que  20  à  25  religieux;  Aiguebelle  n'en  a  pas 
davantage  en  1357;  il  n'en  reste  que  10  en  1411.  Font- 
froide,  toujours  peuplée  d'environ  200  religieux  jus- 
qu'au xiv^  s.,  n'en  compte  plus  que  30  vers  1450.  En 
1405,  l'Aumône  possède  encore  36  religieux,  dont  12 
prêtres,  tandis  que  Noirlac  est  réduit  à  8  moines. 

En  Espagne,  on  trouve  à  Poblet,  au  début  du  xiv^  s., 
100  religieux  et  40  convers;  moins  d'un  demi-siècle 
après,  cette  population  est  tombée  à  54  religieux  et 
30  convers.  En  Angleterre,  on  a  relevé,  d'après  le 
Clérical  subsidy  rail,  les  chiffres  suivants  pour  l'année 
1380-81  :  à  Fountains,  34  moines  et  10  convers;  à 
Meaux  (Melsa),  22  moines  et  3  convers;  à  Kirkstall, 
17  moines  et  6  convers;  à  Jervaulx,  16  moines  et  2  con- 
vers; à  Byland,  12  moines  et  3  convers  (cf.  Me  Nulty, 
Constitutions  for  the  reform  of  the  Cistercian  order 
(1335),  Bristol  1946).  Bebenhausen,  en  Allemagne, 
possède  110  moines  en  1327,  et  Lilienfeld,  en  Autriche, 
dépasse  également  la  centaine  en  1330  (G.  Mollat, 
Lettres...  de  Jean  XXII,  n.  30871,  48685). 

A.  Neumaiin,  Die  Katholisclien  Miirtyrer  der  Iluxsitenzeit, 
Warnsdorf,  19.30.  —  V.  Schmidt,  Zur  Leidensgeschiclite  der 
Cistercienser  iii  den  [Iussitenkrie<j,  dans  Cisterc.-Chronik, 
XX,  1908,  p.  129  sc[. 

2°  Vie  monastique  et  cliapitres  généraux.  —  Le  légat 
de  Benoît  XII,  qui  présidait  le  concile  d'Aquilée  en 
1339,  constatait  que,  dans  les  territoires  de  sa  légation, 
la  plupart  des  monastères  accusaient  une  malheureuse 
déchéance;  ils  semblaient  sur  une  pente  qui  devait  les 
conduire  à  une  ruine  totale,  à  moins  de  secours  immé- 
diats (Mansi,  xxv,  1118).  Une  constatation  identique 
pouvait  se  faire  partout  ailleurs,  car  les  malheurs  des 
xiv«  et  xv''  s.  n'ont  poussé  ni  les  fidèles,  ni  les  religieux, 
dans  une  voie  plus  haute  de  sainteté,  au  contraire.  Ces 
événements  avaient  en  eux  une  force  de  désintégra- 
tion à  laquelle  aucun  institut  ne  put  résister.  Be- 
noît XII  (1334-1342)  tenta  de  réformer  la  Curie  ro- 
maine et  les  ordres  religieux.  Le  résultat  des  mesures 
édictées  fut  peut-être  d'arrêter  un  peu  le  déclin  déjà 
bien  amorcé.  Ce  fut  le  cas  pour  Cîteaux. 

Au  juste,  qu'était  alors  la  vie  dans  les  cloîtres  cis- 
terciens? Nous  en  avons  un  précis  authentique,  mais 
un  peu  idéalisé,  dans  la  réponse  que  fit  à  Jean  XXII 
le  célèbre  abbé  de  Chaalis,  Jacques  de  Thérinnes,  en 
1317  ou  1318.  Il  signale  les  vœux  essentiels  de  l'état 
religieux  et  les  moyens  d'en  sauvegarder  l'observance  : 
célébration  solennelle  des  divins  ofiices,  lectures  sain- 
tes, méditation,  clôture  sévère,  nourriture  très  frugale, 
parfois  aussi  travail  manuel.  D'autre  part,  dans  les 
grandes  universités,  spécialement  celle  de  Paris,  l'ordre 
compte  des  bacheliers  et  des  docteurs  en  théologie; 
l'intention  du  chapitre  général  est  de  multiplier  encore 
ces  centres  d'études.  Quant  aux  écarts  toujours  pos- 


sibles des  particuliers,  ils  sont  promptement  repris  par 
l'abbé  local  dans  le  chapitre  conventuel  quotidien  et 
par  l'abbé  visiteur  (Lifie,  bibl.  munie,  ms.  450;  éd.  par 
N.  Valois,  dans  Bibl.  de  l'Éc.  des  chartes,  lxix,  1908. 
p.  352). 

Dans  ce  tableau  en  raccourci,  aucune  mention  n'est 
faite  des  caractéristiques  du  premier  Cîteaux  :  éloi- 
gnement  du  monde,  jeûnes  rigoureux,  travaux  ma- 
nuels quotidiens,  veilles  prolongées.  Il  est  donc  évident 
que  la  vie  a  perdu  de  son  austérité  depuis  S.  Bernard; 
la  physionomie  de  l'ordre  a  changé  avec  l'âge.  Un  cis- 
tercien eu  fit  lui-même  l'aveu  au  chapitre  général,  vers 
1300.  L'abbé  Juste  y  dénonça  l'abandon  de  la  vie 
humble  et  cachée,  du  silence  et  de  la  solitude,  de  la 
pauvreté  individuelle;  et  les  statuts  capitulaires  de 
l'époque  égrènent  par  le  menu  les  cas  concrets  dignes 
de  répréhension. 

Que  voulut  donc  réaliser  le  pape  cistercien  en  faveur 
de  son  ancienne  famille  monastique?  Son  idéal  fut  de 
consolider  le  bien  alors  existant,  sans  prétendre  ren- 
voyer ses  moines  aux  austérités  du  xii«  s.  Aussi  la  bulle 
Fulgens  sicut  Stella  n'a  pas  les  allures  habituelles  d'une 
constitution  profondément  réformatrice.  L'expérience 
personnelle  du  pape,  jadis  bon  moine  et  excellent  abbé, 
aurait  pu  suffire  pour  lui  dicter  les  mesures  utiles  ou 
nécessaires;  néanmoins  Benoît  XII  tint  à  prendre  con- 
seil des  abbés  de  Cîteaux,  de  La  Ferté,  de  Clairvaux, 
de  Morimond,  appelés  auprès  de  lui  (epist.  Quia  sacrum, 
12  août  1335;  Statuta,  1335  :  6). 

Un  premier  projet  fut  soumis  aux  abbés.  Ceux-ci 
présentèrent  respectueusement  leurs  remarques  (cf. 
Bibl.  nat.  de  Paris,  ms.  lat.  4191,  fol.  48-63),  notam- 
ment en  ce  qui  concerne  le  sceau  du  couvent,  la  com- 
position du  chapitre  général,  où  siégeraient,  avec  les 
abbés,  les  moines  délégués  par  chaque  communauté,  et 
la  possibilité  pour  ceux-ci  de  figurer  au  nombre  des 
déflniteurs.  Ce  second  point,  emprunté  à  la  législation 
des  ordres  mendiants,  fut  abandonné,  mais  le  pape 
maintint  la  création  d'un  sceau  conventuel,  qui  serait 
apposé  sur  les  contrats  et  actes  d'administration  tem- 
porelle, conjointement  avec  celui  de  l'abbé.  F'ut  égale- 
ment conservée  l'obligation  faite  au  supérieur  de 
rendre  compte,  aux  anciens  du  couvent  et  aux  bour- 
siers, de  toutes  ses  recettes  et  dépenses,  y  compris  ses 
frais  de  voyage.  On  le  voit,  l'une  des  tendances  du  pon- 
tife régnant  était  de  restreindre  l'absolutisme  des 
abbés,  dont  il  avait  peut-être  jadis  connu  les  écueils. 

La  Constitution  Fulyens  fut  promulguée  le  12  juill. 
1335.  Elle  débute  par  douze  articles  sur  l'administra- 
tion temporelle;  le  gouvernement  de  l'ordre  et  les  ob- 
servances occupent  ensuite  une  vingtaine  d'articles; 
enfin  de  longues  et  minutieuses  dispositions  sur  les 
études  et  les  collèges  terminent  le  document  (cf.  texte 
dans  Statuta,  m,  ann.  1335;  brève  analyse  dans  D.  D. 
Can.,  III,  788;  J.-B.  Mahn,  Le  pape  Benoît  XII  et  les 
cisterciens,  Paris,  1949,  p.  35;  l'auteur  publie  aussi, 
p.  85-135,  les  remarques  des  abbés  sur  le  premier  pro- 
jet [Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  lat.  4191]). 

En  outre,  le  pape  voulut  savoir  quelles  étaient  les 
possibilités  financières  de  chaque  abbaye,  afin  de 
fixer  d'après  cette  base  le  nombre  de  moines  que  cha- 
que supérieur  pourrait  et  devrait  entretenir.  Il  chargea 
de  cette  enquête  l'abbé  de  Cîteaux  et  les  quatre  pre- 
miers Pères  (Vidal,  Lettres  comm.  de  Benoît  XII..., 
n.  2351,  du  30  juill.  1335).  Une  enquête  similaire  fut 
prescrite  également  dans  les  abbayes  bénédictines 
(L.  Delisle,  Enquête  sur  la  fortune...  ordre  de  S.-Benoîl 
en  1338,  dans  Notices  et  extraits  des  mss.  de  la  Bibl. 
nat.,  xxxix,  Paris,  1910,  p.  359-408). 

Benoît  XII  insista  chaque  année  auprès  des  capitu- 
lants de  Cîteaux  pour  les  faire  tenir  ferme  à  l'observa- 
tion lidèle  de  sa  Constitution  (epist.  Quanwis,  1 1  août 
1336;  Quia  veslrum,  28  août  1337;  In  congregalione. 


!)7;5      CITEAIIX  (ORDRE).   DE  EA  RUEEE  CEÉMENTEXE  A  JEAN  DE  CIREY 


974 


19  août  1338;  Inter  al  ta.  21  août  1339;  Specialis, 
19  août  1340;  Sicut  alias,  17  août  1341).  On  ne  voit 
pas,  d'ailleurs,  que  les  abbés  cisterciens  aient  accueilli 
de  mauvaise  grâce  les  décisions  pontificales.  Plus  de 
deux  siècles  après  la  promulgation  de  Fulgens,  le  cha- 
pitre général  s'autorisera  encore  des  volontés  de  Be- 
noît XII  pour  réformer,  corriger  et  punir  les  écarts 
commis  par  les  membres  de  l'ordre. 

I,e  chapitre  général  de  1335  fut  saisi  d'une  demande 
du  Souverain  pontife;  il  s'agissait  de  lever  dans  tout 
l'ordre  une  contribution  destinée  à  l'abbaye  de  Cîteaux 
(|ui,  à  ce  moment,  se  débattait  sous  le  poids  de  dettes 
considérables  (Vidal,  Lettres  secrètes...  de  Benoit  XII..., 
n.  488).  Par  contre,  le  i)ontife  venait  de  révoquer 
toutes  les  réserves  en  Cour  de  Rome  sur  les  monastères 
cisterciens;  ceux-ci  récupéraient  donc  la  liberté  des 
élections  abbatiales  et  les  abbés  élus  se  trouvaient  dis- 
pensés de  verser  les  taxes  habituelles  à  la  Chambre 
apostolique  (Vidal,  Lettres  conim.  de  Benoît  XII..., 
n.  23.55,  du  13  août  1335).  l'n  peu  plus  tard,  le  pape 
voulut  contribuer  à  la  reconstruction  du  collège  S.- 
Bernard de  Paris  et  de  son  église;  il  le  fit  largement, 
dans  un  sentiment  de  reconnaissance  pour  l'institut 
qui  l'avait  formé  jadis  à  la  science  théologique  (cf. 
Vidal,  Notice  sur  les  œuvres  de  Benoît  XII,  dans  Rev. 
d'hist.  eccl.,  vi,  1905,  p.  557;  Lettres  communes..., 
n.  fil3G.  6137). 

Cependant,  ennemi  du  népotisme  à  l'endroit  de  sa 
famille  naturelle,  Benoît  XII  le  fut  aussi  vis-à-vis  de  sa 
famille  religieuse.  Il  se  défendit  de  pousser  les  cister- 
ciens dans  la  voie  des  charges  et  des  honneurs.  Il  leur 
interdit  l'étude  du  droit,  qui  était  le  chemin  direct  aux 
fonctions  d'ofTicial  et  autres  plus  élevées.  Depuis  que 
l'Église  se  trouvait  dotée  d'ordres  religieux  plus  déga- 
gés que  les  moines  de  la  loi  de  clôture,  c'est  à  eux  que 
le  Siège  apostolique  confiait  les  missions  lointaines,  les 
négociations  ardues,  les  œuvres  d'apostolat.  La  lecture 
des  registres  des  papes  est  concluante  sur  ce  point  :  de 
moins  en  moins  les  délégations  pontificales  sont  adres- 
sées aux  cisterciens,  et  Benoît  XII  ne  se  départit 
point  de  cette  ligne  de  conduite;  il  voulut  laisser  ses 
anciens  frères  du  cloître  dans  les  vraies  conditions  de 
leur  vocation  (cf.  .J.-B.  Malin,  op.  cit.,  c.  iv  et  Conclu- 
sion, p.  76  sq.). 

Benoît  XII  avait  à  peine  signé  ses  dillérentes  cons- 
titutions de  réforme,  que  se  produisirent  les  graves 
événements  cités  plus  haut  :  la  guerre  de  Cent  ans,  la 
peste  noire,  le  Grand  Schisme.  Ils  imposèrent  aux  es- 
prits des  soucis  d'un  tout  autre  genre  et  les  consé- 
quences furent  désastreuses  pour  la  vie  chrétienne  et 
religieuse.  Des  lois  réputées  graves  et  munies  de  sanc- 
tions sévères  rencontrèrent  désormais  des  impossibi- 
lités matérielles  d'exécution.  Les  absences  des  abbés 
au  chapitre  général  s'excusèrent  parfois  en  masse,  en 
raison  des  guerres  {Statuta,  1413  :  13;  1419  :  26;  1420  : 
8;  1430  :  36;  1449  :  19;  1478  :  55...).  La  pauvreté  de 
certaines  abbayes  ne  permettait  plus  l'envoi  de  jeunes 
religieux  dans  les  collèges  universitaires,  pour  des  étu- 
des longues  et  dispendieuses  (ibid.,  1424  :  34;  1434  :  32, 
33;  1458  :  52).  Craignant  cependant  que  ces  objections 
ne  soient  un  abri  pour  la  paresse  ou  l'avarice,  les  capi- 
tulants insistèrent  avec  rigueur,  voulant  à  tout  prix 
que  des  études  sérieuses  continuent  de  former  des 
hommes  de  valeur  (il>id.,  1401  :  23;  1402  :  12;  1404  :  9; 
1405  :  2;  1443  :  74;  1445  :  9;  1463  :  44,  48).  En  diffé- 
rents pays,  de  nouveaux  collèges  cisterciens  se  fondent, 
fournissant  ainsi  plus  de  facilité  d'accès  aux  universi- 
tés. Dans  Fulgens,  Benoît  XII  citait  les  collèges  alors 
existants  de  Paris,  d'Oxford,  de  Toulouse,  de  Mont- 
pellier; il  ordonnait  le  transfert  à  Salanianque  du  col- 
lège de  Stella  et  voulait  deux  nouvelles  créations  à 
Bologne  et  à  .Metz. 

Le  chapitre  général  ne  s'en  tint  pas  là.  Il  permit  la 


fondation  de  collèges  à  Prague  en  1374,  à  Vienne  et  à 
Leipzig  en  1411,  à  Cracovie  en  1416,  à  Heidelberg  en 
1434,  à  Rostock  en  1439,  à  Erfurt  en  1443,  à  Greifs- 
wald  en  1487,  à  Avignon  en  1499.  Ces  institutions  por- 
taient avec  elles  leurs  dangers.  La  jeunesse  bruyante  et 
débridée  se  retrouvait  parfois  sous  la  bure  blanche  de 
nos  moines  étudiants.  On  s'en  plaignit  à  Cîteaux  {ibid., 
1339  :  6,  7,  8;  1389  :  49;  1391  :  26;  1411  :  84;  1434  :  7; 
1469  :  5...).  D'ailleurs,  ce  que  l'on  portait  à  la  connais- 
sance du  chapitre  général,  c'était  avant  tout  les  écarts 
à  redresser  et  à  châtier;  c'est  le  fond  sombre  du  tableau. 
On  y  discerne,  par  ex.,  des  manquements  au  vœu  de 
pauvreté  (ibid.,  1406  :  12;  1433  :  32;  1447  :  9;  1464  : 
13;  1469  :  21...),  de  vaniteuses  recherches  dans  les 
habits,  que  l'on  veut  accommoder  selon  le  goût  du 
siècle  (ibid.,  1429  :  40,  80;  1437  :  46;  1458  :  58;  1460  : 
126;  1463  :  53;  1466  :  8...),  de  frivoles  désirs  de  pa- 
raître et  d'aller  solenniser  des  baptêmes,  des  mariages 
(ibid.,  1444  :  14;  1466  :  14;  1469  :  91).  L'immortifica- 
tion  s'affirme  par  le  lever  tardif,  par  l'abandon  des 
jeûnes,  des  abstinences,  de  la  vie  de  communauté  (ibid., 
1429:69;  1437  :  46;  1444: 10;  1448:  3;  1465  :  11  ;  1476  : 
67...). 

Un  mal  plus  notable  résidait  dans  les  appels  portés 
à  des  cours  de  justice  laïques  —  démarches  prohibées 
par  le  droit  ecclésiastique  et  les  privilèges  cisterciens, 
sous  peine  d'excommunication  (ibid.,  1318  :  9).  «  Moi- 
nes et  abbés  sont  coupables  en  cela  »,  s'écrie  avec  indi- 
gnation le  chapitre  général  de  1437,  et  il  cite  les  causes 
les  plus  ordinaires  de  ces  procès  :  des  compétitions  à 
l'abbatiat,  in  possessorio  vel  petitorio.  Un  abbé  déposé 
par  le  chapitre  de  Cîteaux  en  appelle  au  Parlement 
royal.  Deux  moines  se  disent  abbés  élus  d'un  même 
monastère  et  ils  demandent  la  décision  au  parlement 
de  Paris  (1451  :  23;  1488  :  37).  Ces  cas  de  plusieurs  pré- 
tendants à  une  même  crosse  n'étaient  pas  rares  en  un 
temps  où  l'examen  du  scrutin  ne  se  faisait  pas  exclusi- 
vement de  numéro  ad  numerum,  mais  aussi  de  merito  ad 
meritum.  Les  capitulants  de  Cîteaux  en  eurent  bon 
nombre  à  trancher  :  à  Orval  (Stututa,  1416  :  3),  à  Mont- 
Ste-Marie  de  Hongrie  (1422  :  37),  à  Cadouin  (1434  :  59), 
à  La  Baix  (1445  :  89),  à  Colombe  (1449  :  56),  à  Candeil, 
où  il  y  avait  trois  prétendants  (1453  :  89).  Le  prieuré 
de  Marziella,  en  Espagne,  eut  aussi  ses  trois  candidats. 
Le  cas  de  Val-S. -Lambert,  indécis  entre  Werric  Dazi 
et  Gilles  de  Termogne,  traîna  longtemps  à  Bâle  et  à  la 
Curie  romaine  (1450  :  97).  En  1445,  le  chapitre  général 
stigmatisa  publiquement  la  source  de  ces  contesta- 
tions, inconnues  dans  les  temps  anciens  :  ambitio  et 
avaritia. 

Déjà  précédemment,  en  1422,  les  capitulants  de  Cî- 
teaux, embrassant  d'un  large  coup  d'œil  la  situation 
générale  des  abbayes,  déclaraient  :  «  Dans  les  diffé- 
rentes parties  du  monde  où  se  trouve  répandu  notre 
ordre,  il  apparaît  comme  déformé  et  déchu  en  ce  qui 
touche  à  la  discipline  régulière  et  la  vie  monastique.  Il 
faut  donc  que  les  visites  canoniques  se  fassent  désor- 
mais en  exactitude  et  sévérité.  »  Et  l'autorité  suprême 
délègue  alors  des  abbés  bien  choisis,  qualifiés  de  réfor- 
mateurs, qui  iront  remédier  aux  faiblesses,  replacer  les 
bonnes  volontés  dans  la  voie  droite.  C'est  un  spectacle 
consolant  de  voir  l'énergie  constante  du  chapitre  de 
Cîteaux  dans  les  mesures  édictées  pour  le  maintien 
de  la  fidélité  aux  règles.  Malheureusement,  ces  efforts 
méritoires  ne  furent  pas  toujours  couronnés  de  succès. 
La  voix  du  chapitre  général,  si  puissante  jadis,  ne  par- 
venait aux  abbayes  éloignées  que  comme  un  faible 
écho,  incapable  d'étouffer  des  tendances  séparatistes, 
des  désirs  d'indépendance,  des  rêves  d'un  autre  état  de 
choses. 

'      Il  faut  cependant  signaler  l'heureux  mouvement  de 
ferveur  qui  se  développa  dans  les  monastères  des  Pays- 
1  Bas,  durant  le  xiv»  s.  C'est  l'époque  où  l'auteur  de 


975       CJTI'LM  X  (OUDUEj.   Dli  LA  lU  LLI', 


CLÉMK.N'I  INK  A  JKA.N   1)1<:  ClKli^  'J7(i 


V Imitation  de  Jésus-Christ  pouvait  encore  donner  en 
exemple  de  vie  austère  les  chartreux,  les  cisterciens 
(1.  I,  c.  XXV).  Il  avait  été  statué  au  chapitre  général 
que  l'abbaye  féminine  du  Jardinet,  près  Walcourt 
(Belgique),  serait  désormais  occupée  par  des  moines. 
Le  premier  abbé  installé  en  ce  monastère  (1430  ou 
1440)  fut  dom  Jean  Eustache.  Avec  lui  commença  une 
période  d'austérité  et  de  ferveur.  En  peu  d'années,  il 
reçut  à  la  profession  46  moines  et  35  frères  convers. 
Quand  le  .Jardinet  fut  ainsi  bien  peuplé  de  religieux 
taillés  à  l'antique,  on  fit  appel  à  ces  cisterciens  réfor- 
més «  pour  en  obtenir  des  confesseurs  dans  les  abbayes 
de  femmes,  telles  qu'Argenton,  Beaupré,  l'Olive,  le 
Refuge-de-N.-D.  à  Ath,  le  Saulchoir,  Valduc,  Wau- 
thier-Braine,  du  même  ordre,  et  aussi  Ghislenghien, 
après  la  réforme  de  cette  abbaye  bénédictine.  Le  Jar- 
dinet prêta  aussi  son  concours  aux  abbayes  d'hommes 
d'Igny,  de  Palais-N.-D.,  de  S.-Renii  et  de  Villers,  don- 
nant des  abbés  à  S.-Remi,  à  Bonefl'e  et  à  Villers.  Il  vint 
également  en  aide  aux  abbayes  bénédictines  de  Gem- 
bloux,  de  Lobbes  et  de  S. -Martin  de  Tournay  »  (Cfiro- 
nique  du  Jardinet,  ms.  du  xv^'  s.,  publ.  par  U.  Berlière, 
Bruxelles,  1921,  p.  81). 

Plusieurs  fois  durant  cette  période,  des  codifications 
de  statuts  furent  réalisées.  En  1289,  l'abbé  de  Cîteaux, 
Thibaud  de  Sancy  (t  1293),  promulguait  le  Libellus 
antiquarum  difflnitionum,  qui  fut  revu  et  promulgué  à 
nouveau  en  1316,  après  que  l'abbé  de  Cîteaux,  Guil- 
laume de  Vaucelles  (t  1335),  l'eut  fait  approuver  par 
Jean  XXII.  Après  la  publication  de  la  bulle  Fulgens, 
il  fallut  en  intégrer  les  dispositions  dans  une  nouvelle 
codification  des  statuts.  Celle-ci  parut  en  1350,  sous  le 
titre  de  Libellus  novellarutn  diffînitionuin,  ou  Novellae 
diffinitiones. 

Quelques  bribes  d'une  autre  codification  nous  ont 
été  conservées;  elles  se  lisent  dans  les  statuts  de  l'an- 
née 1439.  On  insiste  particulièrement  sur  les  points 
suivants  :  le  lever  de  nuit  à  2  heures  et  la  célébration  de 
l'ofiice  divin  selon  les  directives  données  jadis  par 
S.  Bernard;  le  jeûne  et  l'abstinence  envisagés  comme 
moyens  de  (idélité  au  vœu  de  chasteté;  l'abolition  des 
chambres  particulières  et  le  retour  au  dortoir  com- 
mun; le  caractère  ])énitentiel  que  doivent  conserver 
les  habits  monastiques.  Dans  les  rubriques  rappelées 
ensuite,  le  législateur  invite  à  la  célébration  des  fêtes  j 
de  saints  cisterciens;  il  y  voit  un  procédé  efficace  pour 
maintenir  bien  haut  le  zèle  et  la  ferveur  dans  la  famille 
religieuse. 

P.  Caillet,  La  décadence  de  l'ordre  de  Climy  au  XV'  s.  et 
la  tentative  de  réforme  de  l'abbé  Jean  de  Bourbon,  dans  Bibl. 
de  l'Éc.  des  chartes,  lxx.vix,  1928,  p.  183  sq.  —  P.  Fournier, 
art.  Benoît  XU,  dans  //.  L.  Fr.,  xxxvi,  174-209.  —  P.  Gau- 
tier, De  l'état  des  monast.  cisterc.  anglais  à  la  fin  du  XV'  s., 
dans  Mélanges  Bénionl,  Paris,  1913,  p.  423  sq.  —  K.  Jacob, 
Studien  ùber  Papst  Benedikt  XIL,  Berlin,  1910,  étudie 
spécialement  l'activité  réformatrice.  —  .Justus,  Sermo  in 
capilulo  generali,  dans  Maxima  bibl.  vet.  Pairum,  xxvi, 
Lyon,  1677,  p.  1  sq.  —  J.  Me  Nulty,  Constitutions  for  the 
reform  of  the  Cistercian  order  (  1335),  Bristol,  1946.  —  Mansi, 
xxvm,  395-115  :  De  rébus  cisterciensium;  415  :  7)<'  annuis 
pensionibus  inonachorum  ac  monialiuin...  —  G.  Alollat,  Les 
papes  d'Avignon,  Paris,  1949;  Les  origines  du  gallicanisme 
parlementaire  aux  XIV'  et  XV  s.,  dans  Rev.  d'hist.  ceci., 
1948,  p.  90-147.  —  Sur  le  mouvement  réformiste  des  Pays- 
Bas,  cf.  E.  Hautcœur,  Hist.  de  l'abbaye  de  Flines,  I.ille, 
1909,  p.  143  sq.  —  .Jean  d'Assignies  a  donné  la  Vie  de  .Jean 
Eustache  dans  Cabinet  des  cfioses  les  plus  signalées...,  Cys- 
teaux.  Douai,  1598,  p.  840  sq. 

3°  Les  papes  du  xv  s.  et  la  commende.  —  Les  bulles 
délivrées  par  les  papes  du  xv«  s.  en  faveur  de  l'ordre 
de  Cîteaux  auraient  pu  y  renouveler  la  régularité,  la 
ferveur,  la  prosjiérité.  Malheureusement,  les  volontés 
des  pontifes  romains  se  heurtèrent  à  des  intérêts  tout 
ojjposés,  notamment  dans  les  cas  où  intervenait  la 
commende.  Cette  institution,  qui  n'eut,  en  somme,  . 


que  de  lamentables  résultats,  s'introduisit  dans  les 
abbayes  cisterciennes  de  P'rance  au  xv«  s.  En  Italie, 
elle  avait  commencé  plus  tôt.  Déjà  Boniface  VIII,  en 
1298,  en  créant  évêque  d'Alàtri  l'abbé  de  Marmosoglio, 
Léonard,  de  la  famille  d'Alexandre  IV,  lui  avait  laissé 
le  gouvernement  de  son  abbaye.  C'était  un  achemine- 
ment vers  la  commende  (Req.  de  Boniface  VIII, 
n.  2432).  Clément  V  fit  de  même  en  1307,  quand  il  prit 
comme  vice-chancelier  l'abbé  de  Fontfroide,  Arnaud 
Novelli.  Celui-ci,  créé  cardinal  en  1310,  reçut  alors  la 
faculté  de  pourvoir  lui-même  son  monastère  d'un  suc- 
cesseur; il  choisit  son  neveu,  Jacques  Fournier,  le  fu- 
tur Benoît  XII  {Reg.  de  Clément  V,  n.  2306,  7476). 

En  1328,  l'abbaye  S. -Martin  de  Viterbe  était  donnée 
en  commende  au  cardinal  Pierre,  du  titre  de  S.-Pierre- 
aux-Liens  {Lettres  convn.  de  Jean  XXII,  n.  42553). 
Cette  même  année,  Casanova,  du  dioc.  de  Penne,  fut 
confiée  à  Angelo,  évêque  de  Viterbe;  les  moines  rache- 
tèrent cette  commende  en  versant  au  prélat  1  500  flo- 
rins d'or  (ibid.,  n.  42796,  53615).  Benoît  XII  révoqua 
toutes  les  conunendes  en  1335,  faisant  exception  en 
faveur  des  cardinaux  {Lettres  comm.  de  Benoît  XII, 
n.  2319,  2447).  Cette  réforme  disparut  avec  lui. 

Parmi  les  abbayes  cisterciennes  françaises,  c'est  Bon- 
naigue  qui  paraît  atteinte  la  première  en  1439.  En  cette 
même  année,  l'antipape  Félix  V  nomma  Bolomier  abbé 
commendataire  de  Hautecombe.  Thoronet  reçoit  son 
commendataire  en  1449.  Désormais,  chaque  année  en- 
registrera le  passage  d'une  ou  plusieurs  abbayes  sous 
ce  régime  :  Sénanque  et  Chézeri  en  1450;  Bonneval,  de 
Rodez,  en  1452;  Balerne  en  1456;  Aulps  en  1468.  La 
Ferté  retrouve  en  1472  un  abbé  régulier,  dom  Claude, 
après  le  court  passage  d'un  commendataire  (Eubel, 
dans  Studien  und  Mitteil.,  xxi,  1900,  p.  3  sq.).  Les 
grandes  abbayes  du  midi  de  la  France,  objets  d'envie 
pour  plusieurs,  tombent  aussi  en  des  mains  séculières  : 
Bonnecombe  (1470),  Grandselve  (1476),  Vallemagne 
(avant  1473),  Bonnefont  (1498),  et  tant  d'autres. 

En  Italie,  la  commende  gagne  du  terrain  :  Cerredo 
(1439),  Chiaravalle  (1442),  Aquafredda  (1448),  San 
Pastore  (1456),  S.  Salvatore  de  Montamiata  (1469), 
Verola  (1472),  Nucharia  (1474),  Morimond  de  Milan 
(1475),  Casanova  (1475),  Tiglieto  (1479),  Stafarda 
(1487).  Valdigna,  en  Espagne,  devint  comme  un  fief 
I  dans  la  famille  des  Borja;  Rodrigue  le  posséda,  puis  le 
passa  à  son  fils  César.  Contrairement  aux  intentions 
pontificales,  une  mentalité  étrange  s'empare  des  com- 
mendataires;  ils  en  viennent  bien  vite  à  mettre  au 
premier  plan  de  leurs  soucis  leur  intérêt  personnel  et  à 
reléguer  au  loin  l'entretien  de  la  famille  monastique. 
Celle-ci  devra  vivre  avec  le  peu  que  le  commendataire 
lui  laissera,  après  s'être  adjugé  la  grosse  part  des 
revenus. 

Les  avertissements,  les  protestations  des  papes  n'ont 
pas  manqué  cependant.  En  1415,  Jean  XXIII  voulut 
préserver  l'ordre  de  Cîteaux  de  la  commende  par  sa 
bulle  Ad  salutare  (26  janv.),  qui  reprend,  pour  le  con- 
solider, un  principe  de  la  Cliarte  de  charité:  seuls  les 
moines  profès  de  l'ordre  peuvent  être  appelés  aux  pré- 
latures  des  monastères  cisterciens;  et  le  pape  insiste 
en  écartant  tout  autre  ecclésiastique,  de  quelque  dignité 
qu'il  soit,  même  cardinalice.  La  même  bulle  est  reprise 
ensuite  par  Nicolas  V  (Inter  cèleras,  5  oct.  1454)  et  par 
Sixte  IV  {Reqimini,  10  mars  1476).  Eugène  IV  affirma 
aussi  la  nullité  des  élections  abbatiales  qui  seraient 
faites  en  faveur  d'un  ecclésiastique  pris  en  dehors  de 
l'ordre  cistercien  {Mcditatio,  6  déc.  1438;  cf.  Decens, 
15  juin.  1479);  Le  même  pontife  défendit  aux  abbés  de 
résigner  leur  prélature  sans  la  permission  du  chapitre 
général,  et  l'excommunication  était  portée  contre  ceux 
qui  accepteraient  la  charge  résignée  illicitement  (Eccle- 
siaruin,  14  mars  1438).  Calixle  III  va  plus  loin  encore; 
i  il  décrète  une  ample  révocation  de  toutes  les  commen- 


977       CITliAUX  lOHDHEj.   iJi:  LA  BI  LLK 


CLÉMENTIiNK  A  ,)EA.\   DE  CIHE^  !»78 


des  et  grâces  expectatives  accordées,  même  aux  cardi- 
naux (Ad  fruclas,  28  avr.  1458).  Pie  II  confirme  cette 
disposition  juridique  {Lied  eu,  26  juill.  1459);  Sixte  IV 
le  fait  aussi  (Regimini,  10  mars  1476),  bien  que  créant 
lui-même  Jean  d'Amboise  commendataire  de  Bonne- 
combe,  et  l'cvêque  de  Paris,  Louis  de  lieaumont,  com- 
mendataire des  Cliàtelliers  (24  janv.  1473  et  8  mars 
1476). 

Dans  les  bulles  Cura  iwslra  et  Koinunus  jwnlifex 
(12  mars  1476),  Sixte  IV  a  déploré  les  misères  produites 
par  la  commeade;  mais  les  remèdes  proposés  vinrent 
trop  tard.  Il  en  fut  de  même  sous  le  règne  d'Inno- 
cent VIII,  pontife  très  favorable  à  Jean  de  Cirey,  abbé 
de  Cîteaux,  qui  oi)éra  alors  un  véritable  sauvetage  de 
son  ordre  menacé  de  suppression  (cf.  Keyimini,  Htsi  pro 
cunctorum,  29  avr.  1489). 

De  son  côté,  le  chapitre  général  nmltiplia  les  efïorts 
pour  se  dégager  de  l'étreinte  mortelle  des  conimendes. 
Rappelons  seulement  la  démarche  faite  auprès  de 
Sixte  IV,  en  1475,  jiar  les  abbés  délégués  du  chapitre 
(Statuta,  1473  :  7).  Jean  de  Cirey,  alors  abbé  de  Balerne, 
était  au  nombre  de  ces  derniers;  il  nous  a  conservé  le 
récit  d'une  audience  pontificale.  L'éloquence  de  l'abbé 
de  Cîteaux,  dom  Hymbert-Martin  de  Losne,  n'eut  au- 
cune peine  à  émouvoir  le  pontife,  ancien  religieux,  en 
étalant  devant  lui  le  tableau  des  déchéances  de  l'ordre 
monastique.  Les  larmes  de  Sixte  IV  répondirent  à 
l'orateur,  mais  les  décrets  obtenus  furent,  comme  les 
précédents,  de  nul  effet  pratique  (cf.  De  legatione  Ordi- 
nis  ad  Sixtum  IV,  dans  Statuta,  v,  761). 

C'est  au  cours  de  cette  légation  que  mourut,  à  Rome, 
l'abbé  de  Cîteaux  (mars  147()).  Le  droit  et  l'usage  vou- 
laient qu'en  pareil  cas  la  prélature  devenue  vacante  fut 
pourvue  d'un  titulaire  par  le  Souverain  pontife.  Il 
l'offrit,  en  effet,  à  Jean  de  Cirey.  Celui-ci  n'osa  accep- 
ter; il  crut  plus  prudent  d'attendre  le  résultat  de  l'élec- 
tion qui,  en  ces  mêmes  jours,  se  faisait  à  Cîteaux;  elle 
concorda  d'ailleurs  avec  les  vues  du  pontife  régnant. 

L'abbatiat  de  Jean  de  Cirey  (1476-1501)  allait  être 
remarquable,  eu  égard  aux  difflcultés  qu'il  eut  à  sur- 
monter et  au.x  (tuvres  qu'il  sut  réaliser.  Pour  mainte- 
nir sa  famille  religieuse  dans  les  conditions  juridiques 
que  lui  avaient  faites  les  pontifes  romains,  le  nouvel 
abbé  de  Cîteaux  rassembla  en  un  recueil  les  bulles  pon- 
tificales les  plus  importantes  et  les  décrets  royaux;  il 
fit  imprimer  le  tout  à  Dijon,  par  Pierre  Metlinger,  en 
1491. 

Pour  promouvoir  la  réforme,  non  seulement  dans 
les  ordres  religieux,  mais  dans  toute  l'Église  de  I'"rance, 
le  roi  Charles  VIII  convoqua  à  Tours,  le  12  nov.  1493, 
un  grand  nombre  d'évêques,  d'abbés  et  de  docteurs. 
L'assemblée  fut  présidée  par  le  garde  des  sceaux,  André 
Fumée,  seigneur  des  Roches  (cf.  Nomasticon  cistere., 
éd.  Séjalon,  1898,  p.  547  sq.).  i  La  délibération  dura 
trois  jours.  Une  copie  contemporaine  (Paris,  Bibl.  nat., 
ms.  lat.  13116,  fol.  44-67)  nous  a  conservé,  avec  les  arti- 
cles de  Jean  Standonck,  théologien  de  l'université  de 
Paris,  les  réponses  de  plusieurs  bénédictins...  L'abbé 
de  Cîteaux  remit  un  mémoire  au  garde  des  sceaux  le 
17  nov.  1493:  c'est  un  exposé  remarquable,  tant  des 
causes  de  décadence  des  monastères  que  des  correc- 
tions modérées  qu'il  eût  convenu  d'introduire.  Lin 
autre  cistercien,  Jean-Philippe  de  Criquetot,  abbé  de 
Ronport,  remplissait  auprès  de  Jean  de  Cirey  les  fonc- 
tions de  vicaire  général  »  (Marcel  Godet,  Consultation 
de  Tours...,  dans  Reu.  d'hist.  de  l'Égl.  de  France,  ii, 
1911,  p.  175;  publication  intégrale  du  ms.  lat.  13116). 
L'abbé  de  Cîteaux  ramène  à  trois  les  obstacles  qu'il 
faudrait  à  tout  prix  éliminer,  avant  de  poser  les  règles 
d'une  réforme  :  les  élections  des  supérieurs,  ayant  cessé 
d'être  libres,  ne  donnent  plus  habituellement  (jue  des 
sujets  inaptes  au  gouvernement;  les  comniendataircs 
dévorent  le  patrimoine  monastique;  les  appels  faits 


par  les  religieux  à  la  justice  séculière  ruinent  l'autorité 
des  prélats  réguliers.  «  Quand  il  plaira  au  roy  Très 
Chrétien,  protecteur  et  défenseur  de  l'Église,  de  mettre 
remède  esditz:  trois  empeschements...,  lors,  la  saincte 
réformacion  et  observance  sera  facile,  comme  elle  estoit 
au  temps  passé  »  (ibid.,  p.  346). 

Sans  attendre  cependant  l'accomplissement  de  ce 
votum,  qu'il  pressentait  peut-être  irréalisable  pour  le 
moment,  Jean  de  Cirey  convoqua  au  collège  S. -Bernard 
de  Paris  une  réunion  d'abbés  de  son  ordre.  Une  qua- 
rantaine étaient  là  le  15  févr.  1494.  Il  leur  présenta  et 
leur  fit  accei)ter  une  série  de  décrets  de  réforme  appelés 
Articuli  Parisienses.  L'auteur  déclare  lui-même  que  ce 
ne  sont  ])as  là  des  règles  nouvelles,  mais  une  brève  réca- 
pitulation des  statuts  antérieurs  établissant  les  obli- 
gations des  moines.  Les  abbés  présents  à  la  réunion 
apposèrent  leur  sceau  et  l'acte  fut  publié  au  chapitre 
général  suivant  (Statuta,  1494  :  36-56). 

.Jean  (le  Cirey  :  son  linlluire,  iniprinio  :i  IJijoii  en 
débute  p:u"  iiiic  Breinx  prruinlio  .super  sequciiti  collecta  qiio- 
niniilain  }>rii>iletjinriiin  ord.  cixlerc.  (ci.  Statula  cap.  gei).  ord. 
cisierc,  éd.  l^ou\ain,  19.33-11).  —  Trithemius,  De  slatii  et 
ruina  monaslici  (inlinis,  Leipzig,  1493,  mémoire  lu  au  cha- 
pitre général  des  bénédictins.  —  Sur  les  démêlés  entre  Cî- 
teaux et  Clairvaiix,  cf.  supra,  art.  Citexijx  (Abbaye ) .  — 
Sur  la  commende  :  Conrad  Kubel,  In  commendam  uerliehene 
Ableieii  wàhrend  der  Jahren  1431-1503,  dans  Sludien  und 
Milteil.,  XXI,  1900,  p.  3-1.5,  244-.59.  —  R.  Laprat,  art.  Com- 
mende, dans  D.  D.  Can.,  m,  1029-85.  —  G.  Mollat,  Lettres 
communes  de  Jean  XXII,  Introd.  et  c.  iv,  La  commende.  — 
[H.  Séjalon],  Ann.  d'Aiguebelle,  i.  Valence,  1863,  p.  309  sq. 
—  Oratio  Rener.  palris  Arnoldi  abbatis  Velerismontis,  Colo- 
nien.  dioc.  ord.  cistere.  sacrae  theologiae  doctoris,  contra 
monasteriorum  commendas  ad  /.  r.  Sixtum  Papam  IIII  habita 
(=  n.  2517  et  2518  du  Gesamtkataloy  der  Wieyendrùcke).  11 
s'agit  ici  d'.Vrnold  Miinckendam,  abbé  d'Altenberg,  qui  fai- 
sait partie  de  la  légation  envoyée  à  Rome  par  le  chapitre  de 
Cîteaux  de  1475.  Cette  plaidoirie  est  vraiment  remarquable 
à  tout  point  de  vue. 

4"  Liturgie.  Écrivains.  Saints.  —  1.  La  liturgie  cis- 
tercienne enregistre  à  cette  époque  deux  modifications 
notables  :  l'usage  des  jiontificaux  concédé  à  quelques 
abbés  et  le  droit  de  conférer  les  ordres  sacrés. 

C'est  le  9  sept.  1346  que  Clément  VI,  répondant  à 
une  demande  de  Pierre  IV  d'Aragon,  concède  la  mitre 
à  l'abbé  de  Poblet.  Grégoire  XI  fait  la  même  conces- 
sion à  l'abbé  de  Salem  en  1373.  L'abbé  des  Dunes 
reçoit  successivement  la  mitre  du  pape  de  Rome, 
Urbain  VI,  en  1381,  puis,  en  1387,  du  pape  d'Avignon, 
Clément  VII  (Carlularium  de  Dunis).  Clairvaux  l'ob- 
tient en  1392  de  Clément  VII  (ms.  lOftS  de  Troyes,  fol. 
190).  Cîteaux  la  reçoit  le  10  mars  1380  de  Clément  VII 
et  Mazan  le  26  févr.  1390. 

Benoît  XIII  (Luna)  gratifie  de  la  même  manière 
Fontfroide  et  lionnefont  en  1401,  Bonnecombe  en 
1403  et  Mortemer  en  1405.  Martin  V  (1417-1431)  dis- 
tribua généreusement  les  mitres  :  Tamié  en  1417,  Ours- 
camp,  Savigny,  Prières,  Pontigny  en  1418,  La  Ferté 
en  1420,  Fontenay  et  Morimond  en  1423,  Bonneval  de 
Rodez  en  1424.  Les  concessions  similaires  s'échelon- 
neront ainsi  jusqu'en  1773.  Dès  lors,  l'austère  simpli- 
cité de  l'ancien  rite  dut  céder  le  pas. 

Ce  fut  aussi  l'occasion  de  créer  de  nouveaux  livres 
liturgiques,  dont  plusieurs  témoins  nous  restent  en- 
core :  les  pontificaux.  Clairvaux  en  possédait  une  abon- 
dante série  (cf.  Leroquais,  Pontificaux  mss.  ...France, 
II,  Paris,  1937,  p.  364  sq.).  Les  vrais  pontificaux  cister- 
ciens sont  ceux  du  type  ms.  311  de  la  bibliothèque  de 
Montpellier  (École  de  médecine),  exécuté  à  Clairvaux 
en  1583  pour  l'abbé  Lupin  Le  Myre.  Beau  et  grand  vo- 
lume de  luxe,  qui  contient  les  capitules,  les  collectes, 
les  bénédictions,  Vordn  ad  benedicendum  monachum,  la 
collation  du  sous-diaconat,  du  diaconat,  la  consécration 
d'autel,  fout  cela  en  conformité  avec  la  bulle  d'Inno- 
j  cent  VIII,  Exposcit,  du  4  avr.  1489.  Cette  célèbre  bulle, 


979 


CITE  AUX  (ORL)REj.   D  l,  XVI 


f  S.   A   l,A   RÉV.  FRAXÇAISF. 


qui  souleva  jadis  tant  de  discussions,  n'est  plus  rejetée 
comme  apocryphe  depuis  la  découverte  de  plusieurs 
documents  authentiques  concédant  à  des  abbés  de 
monastères  le  pouvoir  de  conférer  même  le  presbytérat 
à  leurs  moines.  Martin  V,  par  ex.,  donna  à  l'abbé  cis- 
tercien d'Altzelle,  au  dioc.  de  Meissen,  le  pouvoir  de 
conférer  à  ses  moines  les  trois  ordres  sacrés.  La  conces- 
sion, datée  du  16  nov.  1427,  était  valable  pour  cinq 
ans  (K.  A.  Fink,  Zur  Spendun;j  der  Hohcren  Weihen 
diircli  den  Priester,  dans  Zeitschr.  der  Savignij-Stijt.  fur 
die  Rechtsgesch.,  Kan.  AbL,  xxxii,  1943,  p.  506-08;  cf. 
Statula.  1426  :  62  :  insinue  les  motifs  de  cette  conces- 
sion). 

La  bulle  E.vposcil  ne  parle  que  du  sous-diaconat  et 
du  diaconat,  mais  concède  en  outre  à  l'abbé  de  Cîteaux 
le  pouvoir  de  conférer  la  bénédiction  abbatiale  aux 
abbés  de  son  ordre  nouvellement  élus.  Il  n'est  pas  té- 
méraire de  voir  dans  le  pontifical,  ms.  cod.  addit.  39677, 
du  British  Muséum  le  volume  utilisé  par  Jean  de  Cirey 
pour  préparer  l'adaptation  de  la  Benediclio  reyularis 
abbatis  aux  usages  cisterciens  (cf.  M.  Andrieu,  Le  pon- 
tifical romain  au  M.  A.,  m,  Rome,  1940,  p.  111).  Le 
même  abbé  de  Cîteaux  profita  des  progrès  que  faisait 
alors  l'imprimerie  pour  éditer  les  livres  liturgiques  de 
l'ordre,  l'n  Bréviaire  parut  à  Bàle  en  nov.  1484.  Trois 
ans  plus  tard,  une  seconde  édition  en  était  faite  à 
Strasbourg  par  Jean  Griiniiiger,  surveillée  comme  la 
première  par  Nicolas  Salicetus  (Wydenbosch),  abbé  de 
Pomarium  (Baumgarten),  qui  avait  mis  tous  ses  soins 
à  s'acquitter  du  mandat  reçu  de  Jean  de  Cirey.  D'au- 
tres éditions  furent  réalisées  aussi  à  Milan,  Venise, 
Bruxelles.  Le  premier  Missel  cistercien  imprimé  sortit 
des  presses  de  Strasbourg  en  1487.  En  149.5,  le  prieur 
de  Clairvaux,  Jean  de  Vepria,  fit  imprimer  à  Paris, 
par  Estienne  Jehanot,  un  Ordinarium  qu'il  avait  tra- 
duit en  français  pour  l'usage  des  moniales. 

L'année  1500  marquait  un  jubilé  pour  le  monde  chré- 
tien. L'abbé' de  Cîteaux,  Jean  de  Cirey,  obtint  du  pape 
Alexandre  VI,  jadis  cardinal  protecteur  de  l'ordre  cis- 
tercien {Statuta,  1493  :  20),  la  bulle  Laudibus  et  honore 
permettant  à  tous  les  membres  de  l'ordre  de  gagner 
l'indulgence  sans  aller  à  Rome.  Le  document,  daté  du 
1"  septembre,  contient  une  clause  prolongeant  des 
deux  premiers  mois  de  l'année  suivante  le  temps 
utile  pour  gagner  le  jubilé.  Le  chapitre  général  dut 
prescrire  la  levée  d'un  subside  pour  faire  face  aux  hono- 
raires dus  à  la  Chambre  apostolique  (ibid.,  1500  :  9:  cf. 
lettres  des  abbés  d'Angleterre  publiées  par  P.  Gau- 
tier, De  l'état  des  monastères  ...à  la  fin  du  xv  s.,  loc.  cit., 
p.  423;  texte  de  la  bulle  publié  dans  Collectanea  0.  C. 
R.,  1950,  p.  1  sq.). 

2.  Lorsqu'en  Angleterre  Wyclif  commença  à  dogma- 
tiser, deux  polémistes  cisterciens  se  levèrent  contre  lui  : 
Henri  Crumpe,  moine  de  Baltinglas,  professeur  à  Ox- 
ford {D.  H.  G.  E.,  VI,  432),  et  William  de  Remyngton 
(cf.  J.  Me  Nulty,  A  hammer  of  llie  Wycliffites,  William 
of  Remynglon,  dans  Clergi/  review,  sept.  1947,  p.  160- 
76).  D'autre  part,  le  mouvement  hussite,  en  Bohême, 
rencontra  comme  adversaires  Balthasar  de  Porta,  pro- 
viseur du  collège  cistercien  S. -Bernard  à  Leipzig  {D.  H. 
G.  E.,  VI,  426),  et  Barthélémy  Frôwein,  abbé  d'Ebrach, 
qui  siégea  comme  assesseur  au  procès  qui  condamna 
l'hérésiarque,  lors  du  concile  de  Constance  (ibid.,  vi, 
1003). 

L'imprimerie  naissante  permit  à  bon  nombre  de  nos 
écrivains  de  multiplier  les  exemplaires  de  leurs  travaux 
polémiques,  ascétiques,  théologiques  et  autres.  Les  ini- 
tiatives de  Jean  de  Cirey  en  ce  domaine  sont  connues 
(Statula,  1487  :  14);  elles  furent  fidèlement  suivies.  Ni- 
colas Salicetus,  abbé  de  Baumgarten,  donna  un  livre 
de  prières  intitulé  Antidotarius  animac  (cf.  L.  Pfleger, 
Abl  Xicutas  Salicelus  von  Baumgarten,  cin  gelehrler 
Cisterzienser  des  zv.  Jlit,  dans  Arcliiu  fiir  elsàssische 


Kircliengesrli.,  Strasbourg,  1934,  p.  107-22).  Du  même 
auteur,  un  De  arte  moriendi  et  un  Spéculum  peccatoris, 
Paris,  1496. 

Les  Sermones  Socci  de  Conrad  de  Brundelslieim  eu- 
rent plusieurs  éditions  incunables;  de  même,  Le  pèle- 
rinage de  vie  Immaine  de  Guillaume  de  Digulleville, 
moine  de  Chaalis;  de  môYne  encore,  le  Dialogus  diclus 
Malogranatus,  de  Gallus,  abbé  de  Kônigssaal.  Jean 
Currifex  (Wagemakers),  moine  de  Villers,  fit  éditer  à 
Paris  son  Traclalus  de  vilio  proprietatis.  Robert  d'En- 
vermeuil,  moine  de  Clairvaux,  paraît  avec  son  Cato 
moralisatus,  et  Balthasar  de  Leipzig  avec  son  Expo- 
sitio  canonis  missae.  En  Italie,  Boniface  Simoneta,  abbé 
de  S.-Étienne  de  Cornu,  imprime  à  Milan  son  De  cliris- 
lianue  fidei  et  Romanorum  pontificum  persecutionibus, 
ouvrage  historique  conçu  sous  la  forme  étrange  de 
279  lettres;  peu  après  sa  parution,  il  fut  traduit  en 
français  et  im])rimé  à  Paris  (cf.  D.  H.  G.  E.,  ix,  971). 
Bénigne,  moine  de  Clhiaravalle  de  Milan,  ijrésente  à  son 
abbé,  dom  Augustin  Sanson,  un  travail  sur  le  comput 
ecclésiastique.  Tabula  feslorum...,  imprimé  en  1495. 

Les  Dislinctiones  de  lempore  et  de  sanctis  de  Bernold 
de  Kaisersheim  sont  publiées  à  Ulm  et  à  Deventer 
(ibid.,  viii,  853).  En  Espagne,  Jacques  Janvier,  moine 
de  Sautas  Creuz,  édite  à  Barcelone,  en  1492,  son  In- 
gressus  rerum...  Au  Portugal,  sur  la  demande  de  l'in- 
fante Isabelle,  Bernard  d'Alcobaça  traduit  du  latin  en 
portugais  l'ouvrage  de  Ludolphe  le  Chartreux,  De  Vita 
Jesu  Cfiristi  (ibid.,  viii,  735).  Pierre  Olafsson,  prieur 
d'Alvastra,  écrit  une  Vie  de  Ste  Catherine  de  Suède, 
dont  une  traduction  hollandaise  parut  à  Anvers  en 
1491.  La  Cronica  de  Aragon,  composée  par  Gaubert 
Fabricius  de  Bagad,  moine  de  Santa  Fé,  parut  en  1499 
(ibid.,  VI,  188). 

Cette  fin  du  xv«  s.  vit  aussi  de  nombreuses  éditions 
d'œuvres  composées  par  les  cisterciens  de  la  première 
époque  :  Gilbert  de  Hoyland,  Alain  de  Lille,  Césaire 
d'Heisterbach  et  surtout  S.  Bernard.  L.  Janauschek, 
dans  sa  Bibliographiu  Bernardina  (Vienne,  1891),  a  pu 
aligner  près  de  300  incunables  reproduisant  les  écrits 
du  saint,  y  compris  des  florilèges  et  des  pseudo-ber- 
nardins. 

3.  Outre  les  martyrs  déjà  cités  à  propos  de  la  guerre 
des  hussites,  les  xiv  et  xv"  s.  nous  permettent  de  rete- 
nir quatre  noms  de  bienheureux  et  bienheureuses  qui 
eurent  un  culte  légitimement  reconnu  :  en  Italie,  Jean 
de  Caramola,  convers  de  l'abbaye  de  Sagittario  (.4.  .S., 
août,  V,  854),  26  août  1339;  en  Allemagne,  la  moniale 
d'Oberweimar,  Lukarde,  22  mars  1309  (A.  Bail.,  xvin, 
1899,  p.  305;  Zimmermann,  Kulend.  bened.,  i,  Metten, 
1933,  p.  365);  en  Espagne,  Pierre  Marginet,  moine  de 
Poblet,  26  mars  1435  (Domenec,  Hist.  gen.  de  las  sanlos 
de  Cataluna,  1930,  p.  259;  Kalend.  bened.,  i,  383);  Bea- 
trix  de  Silva,  cistercienne,  puis  fondatrice  de  la  congré- 
gation des  Conceptionistes,  oct.  1490  (Acta  apost.  Sedis, 
xviii,  496;  D.  H.  G.  E.,  vu,  114;  Kalend.  bened.,  ii, 
580). 

Cîteaux  garde  aussi  le  souvenir  de  deux  enfants  de 
Ste  Brigitte  de  Suède  :  Benoît,  qui  mourut  jeune  moine 
à  Alvastra  en  1373  (D.  H.  G.  E.,  viii,  176),  et  sa  sœur 
Ingeborge,  moniale  à  Risaberg,  décédée  vers  1350. 
Avant  eux,  leur  père  Ulf  Gudmarsson  était  entré  à  Al- 
vastra en  1343,  en  exécution  d'un  vœu;  il  mourut  peu 
de  mois  après,  le  12  févr.  1344,  laissant  Brigitte  veuve 
à  quarante  ans.  La  sainte  prit  ensuite  refuge,  comme 
«  donnée  »,  dans  une  dépendance  de  la  même  abbaye 
(ibid.,  X,  719). 

V.  DU  XVI«  SIÈCLE  A  LA  RÉVOLUTION  FRAN- 
ÇAISE. —  L  Les  erreurs  des  xvi«  et  xvii'^  siècles. 
—  1"  Le  prulestantisme  et  les  guerres  de  religion. 
L'histoire  de  Cîteaux  enregistre  ici  des  destructions 
I  d'abbayes  et  des  martyrs.  Soulevée  par  la  parole  de 


981        CITEAUX  (ORDRE).   DU  XVI 


e  S.   A  LA    RÉV.   FRANÇAISE  982 


Luther,  la  guerre  des  paysans  se  répandit  comme  une 
lave  Incandescente,  depuis  les  régions  du  Haut-Rhin, 
à  travers  l'Alsace,  la  Lorraine,  le  Palatinat,  jusque 
dans  les  électorats  de  Trêves  et  de  Mayence.  Les 
abbayes  sont  saccagées,  incendiées  :  Lucelle,  Baum- 
garten,  Neubourg...;  dans  la  Thuringe,  Volkenrode, 
Michaelstein,  Sittichenbach,  Georgental,  etc.,  subis- 
sent le  même  sort.  Les  abbayes  de  moniales  succom- 
bèrent en  nombre  beaucoup  plus  considérable  encore. 
Le  vaste  dioc.  de  Mayence,  qui  en  comptait  alors  une 
soixantaine,  voit  certaines  disparaître  dans  les  flammes  : 
Annerode,  Ichterhausen,  Frankhausen,  Nordhausen, 
Caldern,  Dôllstedt,  Paradies,  Seligental...  ;  d'autres 
sont  abandonnées  par  leurs  habitantes  :  Oslavan,  au 
dioc.  d'Olmiitz,  Frauental,  Engeltal,  Reetz...;  d'autres 
encore  sont  supprimées  par  les  princes  :  Michaelis- 
kloster  à  léna,  Sonnenfeld,  Boytzenburg,  Plôtzky...; 
d'autres  enfin  passent  au  protestantisme  et  se  trans- 
forment parfois  en  établissements  d'instruction  :  Tâni- 
kon,  Bernstein,  Vlotho,  Blankenburg,  Isenhagen,  Itze- 
hoe,  Hôchelheim,  Birkenfeld...  C'est  dans  la  commu- 
nauté des  moniales  blanches  de  Nimbschen  que  Luther 
trouva  Catherine  Bora.  Le  gouvernement  de  Berne  se 
chargea  de  supprimer  plusieurs  abbayes  :  Bonmont, 
Hautcrêt,  Montheron,  Bellevaux.  D'autre  part,  les 
princes  allemands  s'adjugeaient  le  temporel  des  mo- 
nastères. Le  duc  de  Wurtemberg  le  fit  pour  K^ônigs- 
brunn,  Pairis,  Rechenshofen.  Bebenhausen  fut  protes- 
tantisé  par  le  duc  Christophe  en  1560.  Rinteln  fut 
occupé  par  le  comte  Othon  de  Schaumburg.  Loccum 
devint  une  maison  d'études  supérieures,  aujourd'hui 
encore  gouvernée  par  un  «  abbé  ». 

En  1526,  les  incursions  des  Turcs  en  Hongrie  furent 
marquées  par  la  bataille  de  Mohacs.  Les  ennemis  oc- 
cupèrent presque  entièrement  le  royaume,  et  les  cis- 
terciens, réduits  à  un  petit  nombre,  durent  s'enfuir. 
Les  églises  et  les  monastères  abandonnés  furent  pillés 
et  détruits.  Durant  un  siècle  et  demi,  l'ordre  de  Cîteaux 
ne  compta  plus  une  seule  maison  en  Hongrie. 

En  France,  les  huguenots  visitèrent  aussi  les 
abbayes.  Pillages  et  destructions  se  succédèrent  à  in- 
tervalles variés,  durant  tout  le  xvi*^  s.  On  a  signalé 
quelques  défections  :  celle  de  l'abbesse  de  Nonenque, 
Louise  de  Roquefeuille,  celle  de  l'abbesse  de  Clavas, 
Gabrielle  de  S.-Chamond. 

Dans  les  Pays-Bas,  les  «  Gueux  »  procédèrent  de  la 
même  façon.  Le  bilan  des  abbayes  cisterciennes,  en 
ces  années  troublées,  accuse  plus  de  martyrs  que  de 
défections,  du  moins  dans  les  limites  de  la  Belgique 
actuelle.  Thomas  Van  Thielt  de  Lieu-S. -Bernard  jette 
sa  crosse  et  passe  au  camp  ennemi;  un  petit  groupe 
de  moines  quittent  Bonefïe  pour  aller  mener  une  vie 
facile  au  milieu  des  «  réformés  »  de  Hollande.  Taches 
isolées  qui  sont  couvertes  par  le  sang  des  martyrs  :  Paul 
Lamps,  Baudouin  Fastrade,  Corneille  Polderman,  Re- 
nier Rahier  et  les  autres.  Les  calvinistes  frappent  aussi 
à  la  porte  des  moniales  et,  les  trouvant  fidèles  à  leurs 
vœux,  ils  incendient  toutes  leurs  abbayes,  soit  près  de 
soixante  (cf.  J.-M.  Canivez,  L'ordre  de  Citeaux  en  Bel- 
gique, Scourmont,  1926,  p.  35). 

En  1531,  le  chapitre  général  de  Cîteaux  décidait  d'en- 
voyer en  Angleterre  l'abbé  de  Chaalis,  Simon  Postel, 
avec  la  mission  de  visiter  et  de  réformer  les  abbayes  de 
ce  pays.  Deux  ans  après,  le  visiteur  était  remercié  offi- 
ciellement à  Cîteaux  de  l'œuvre  accomplie.  Hélas, 
Henri  VHI  n'allait  pas  tarder  à  faire  volte-face  et  à 
transformer  en  possessions  royales  les  domaines  mo- 
nastiques. Le  monarque  en  distribua  ensuite  à  ses  amis. 
Beaulieu-Abbey  fut  vendue;  le  titre  en  fut  cependant 
conservé  :  on  eut  «  Lord  Beaulieu  »,  puis  «  le  comte  de 
Beaulieu  ».  Et  ainsi  de  tant  d'autres.  Les  abbés  et 
moines  réfractaires  aux  insidieuses  sollicitations  des 
agents  royaux  étaient  placés  devant  le  dilemme  : 


l'obéissance  au  roi  ou  la  potence.  L'abbé  de  Woburn, 
Richard,  fut  pendu  à  la  porte  de  son  monastère  avec 
deux  de  ses  religieux.  L'abbé  de  Whalley,  Jean  Paws- 
ley,  et  deux  de  ses  moines  subirent  le  même  supplice. 
Tyburn,  près  de  Londres,  vit  le  martyre  de  William 
Thurston,  abbé  de  Fountains,  et  d'Adam  Selbarre, 
abbé  de  Jervaux,  etc.  Des  abbayes  anglaises,  il  reste 
des  ruines  grandioses,  témoins  de  leur  prospérité  du- 
rant les  siècles  antérieurs  à  la  Réforme  de  1535. 

L'Écosse  connut  aussi  des  années  de  persécution 
avec  Jean  Knox,  à  dater  de  1542.  Les  onze  abbayes 
de  moines  cisterciens  et  les  six  monastères  de  moniales 
disparurent  sans  retour.  Balmerino  succomba  seule- 
ment vers  1600;  puis  les  biens  furent  constitués  en 
une  baronnie  qu'on  attribua  à  James  Elphinstone,  ap- 
pelé désormais  Lord  Balmerino.  Les  abbayes  d'Irlande 
ne  disparurent  qu'au  xviii»  s.  La  persécution  du 
xvi"^  s.  avait  cependant  sévi;  il  y  eut  des  emprisonne- 
ments de  religieux  et  plusieurs  martyrs,  tels  Patrick 
O'Connor  et  Malachie  O' Kelly,  moines  de  Boyle 
(mai  1585),  et  les  quarante  religieux  de  Nenagh 
(15  août  1591).  Leur  procès  de  canonisation  est  en 
cour  de  Rome. 

De  1545  à  1563,  le  concile  de  Trente  avait  tenu 
vingt-cinq  sessions.  Les  décrets  disciplinaires  qui  ter- 
minent la  dernière  session  concernent  les  religieux  et 
les  moniales.  Le  concile  rappelle  aux  uns  et  aux  autres 
les  obligations  qu'ils  ont  contractées.  Il  insiste  sur  la 
pratique  de  la  pauvreté  individuelle  et  la  clôture  des 
moniales.  Aux  supérieurs,  il  rappelle  la  loi  des  visites 
canoniques  dans  les  maisons  qui  leur  sont  soumises, 
et  aussi  la  loi  de  la  tenue  des  chapitres  généraux  ou 
provinciaux,  formulée  déjà  au  concile  de  Latran  en 
1215,  sur  le  modèle  de  la  pratique  cistercienne  (Decr., 
1.  III,  tit.  De  statu  monachorum,  c.  12).  Une  disposition 
spéciale  atteignit  les  moniales  établies  à  l'écart  des 
villes,  comme  l'étaient  celles  de  Cîteaux.  On  devra 
transférer  ces  communautés  à  l'intérieur  des  villes,  où 
elles  trouveront  plus  de  sécurité  (sess.  xxv,  c.  5). 

Désormais  les  cjiapitres  généraux  de  Cîteaux  pren- 
dront les  décrets  tridentins  comme  base  solide  de  leurs 
statuts  et  constitutions  {Stututa,  vin.  145,  synthèse 
des  références). 

Battandier,  Ann.  pont.,  1914,  p.  90  :  total  des  exécutions 
ordonnées  par  Henri  VIII.  —  A.  Baiidrillart,  L'Église 
catholique,  la  Renaissance,  le  protestantisme,  Paris,  1904.  — 
Bekéfi-Czilek,  Gesch.  des  Cisterc.  ord.  in  Unoarn,  dans  Cis- 
terc.-Chronik,  xii,  1,  33;  xiii,  6.5,  97.  —  V.  Carrière,  Les 
épreuves  de  l'Église  de  France  au  XVl"  s.,  dans  Rev.  d'iiist.  de 
l'Égl.  de  France,  xi,  167;  xii,  168;  xiii,  433;  xvi,  337.  — 
L.  Cristiani,  L'Église  à  l'époque  du  concile  de  Trente,  1518- 
1563,  dans  Fliche-Martin,  xvii,  Paris,  1947.  —  Beda  Dan- 
zer,  Verlust  der  deutscben  Benedictiner  und  Cisterzienser 
durch  die  Sâkularisation,  dans  Bened.-Monatschrift,  xii, 
1930,  p.  516.  —  E.  de  Moreau,  La  crise  religieuse  du  XVI'  s., 
dans  Fliche-Martin,  xvi,  Paris,  19.50.  —  F.  A.  Gasquet, 
Henry  VIII  and  the  Englisli  monasteries,  Londres,  1902, 

2  vol.  —  Imbart  de  La  Tour,  Les  origines  de  la  Réforme, 
2"  éd.,  Melun,  i,  194cS;  ii,  1944.  —  P.  Jourda,  Le  problème 
de  l'incrédulité  au  XVI' s.,  dans  Reu.  djxist.  de  l'Égl.  de  France, 
1943,  p.  262.  —  J.  Martin,  Gustave  Vasa  et  la  Réforme  en 
Suède,  Paris,  1906.  —  Postina,  Beitrdge  zur  Gesch.  der 
Cist.  Klôster  des  XVI.  Jht  in  Italien,  in  Deutschland,  in 
Scottland,  dans  Cisterc.-Chronik,  xin,  193,  225;  xxv.  — 
L.  .J.  Bogier,  Geschiedenis  van  hel  Kntholicisme  in  Noord- 
Nederland  in  de  X  VI'  en  XVII'  eeunt,  Amsterdam,  1945-46, 

3  vol.  —  .1.  Roserot  de  Melin,  La  Reformation  en  France, 
dans  Introd.  aux  études  d'hist.  eccl.  locale,  m,  Paris,  1936, 
p.  134.  —  D.  Vargha,  Ilongarije  en  de  Cisterciensers,  Nieuw- 
kuijk,  1935.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain, 
19.33-41,  8  vol.,  passim. 

2°  Le  jansénisme.  —  En  1689,  l'abbé  de  Cîteaux, 
Jean  Petit,  faisait  éditer  le  Rituale  cisterciense,  auquel 
il  venait  de  mettre  la  dernière  main.  Or  le  livre  des 
Exercices  de  S.  Ignace  y  est  sincèrement  recommandé 
comme  guide  de  la  retraite  de  dix  jours  que  doivent 


983        Cil  K. M  X   lORDHK).    1)1     X  V  I 


e  S.    A    LA    PI  K  \  .    F  W  A  N  Ç  A  I  S  K         !t8  ^i 


faire  annuellement  les  membres  de  l'ordre.  Cette  sim- 
ple indication  dit  assez  que  le  climat  cistercien  était 
loin  de  l'ambiance  janséniste.  Plusieurs  moines  et 
abbés  entrèrent  positivement  en  lutte  contre  les  nou- 
velles doctrines.  Bertrand  Tissier,  prieur  conventuel 
de  Bonnefontaine,  fit  imprimer  à  Charleville,  en  1651, 
sa  Disputatio  theoluyica  in  janseniana  dogmata  (cf. 
Foppens,  Bibl.  Belgica,  i,  292).  Philippe  Dumont, 
moine  de  Moulins,  dédia  à  Robert  Henrion,  abbé  de 
Villers,  son  !ipecitlum  orthodoxae  fidei  cl  herelicuc  jiru- 
vitatis  {ibid.,  ii,  1039).  1,'abbé  d'Escurey,  Nicolas  Fo- 
rest,  édita  une  série  d'opuscules  contre  le  jansénisme 
(1650  sq.). 

Les  feuillants  firent  également  bonne  figure  dans 
cette  lutte.  Notons  Jean  de  S. -François  et  surtout 
Pierre  de  S. -Joseph,  dont  les  publications  sont  signa- 
lées par  Ch.  de  Visch  (Auclarinm,  éd.  Bregenz,  1927, 
p.  62).  Cependant  plusieurs  membres  de  cette  congré- 
gation passèrent  dans  les  rangs  des  protestataires 
contre  la  bulle  Unigenitiis  (ms.  10181  de  l'Arsenal, 
Paris).  Dom  Pierre  Colas,  procureur  des  bernardins  de 
Paris,  imita  ce  geste  en  1731.  A  Toulouse,  dom  Loume, 
proviseur  du  collège  S. -Bernard,  se  prononça  aussi  en 
faveur  de  l'appel  au  futur  concile  (ms.  1621,  bibl.  Ste- 
Geneviève,  Paris),  ainsi  que  dom  Pacôme,  religieux 
de  la  Trappe. 

Le  cas  le  plus  notoire  fut  celui  des  moniales  de  Port- 
Royal.  Éblouies  par  une  doctrine  d'allure  austère  qui 
cadrait  bien  avec  la  sévérité  de  leur  vie,  elles  s'obsti- 
nèrent dans  une  voie  de  désobéissance  orgueilleuse. 
Port-Royal  envoya  un  jour  son  confesseur  Eustache 
convertir  Orval.  Il  y  vint  aussi  trois  autres  mission- 
naires jansénistes,  notamment  le  fameux  Sébastien- 
Joseph  du  Cambout.  Par  ordre  de  Benoit  XIII,  une 
visite  canonique  s'ouvrit  à  Orval  en  sept.  1735.  Elle 
était  commencée  depuis  quatre  jours,  quand  quinze 
religieux  s'enfuirent  nuitamment  en  Hollande,  «  la 
délicatesse  de  leur  conscience  ne  leur  permettant  pas 
de  signer  le  formulaire  ». 

L'abbaye  de  Beaupré,  au  dioc.  de  Toul,  avait  reçu 
d'Orval,  en  1710,  un  excellent  abbé  en  la  personne 
d'Anselme  de  Bavais.  Ce  prélat  restaura  la  discipline; 
par  là  même,  il  attira  en  peu  de  temps  d'abondantes 
recrues.  Malheureusement ,  autant  et  plus  que  les  autres 
religieux  de  Lorraine,  ceux  de  Beaupré  se  laissèrent 
séduire  par  le  rigorisme  janséniste.  Les  supérieurs  se 
heurtèrent  à  de  violents  entêtements.  Finalement  la 
soumission  se  fit,  et  tout  rentra  dans  le  calme,  toujours 
sous  l'abbatiat  de  dom  Anselme  (f  1737).  L'abbaye  de 
Royaumont,  l'illustre  fondation  de  S.  Louis,  tombée 
en  commende  et  devenue  un  bien  de  la  famille  de  Lor- 
raine, eut  pour  commendataire,  en  1689,  François-Ar- 
mand de  Lorraine.  Il  était  janséniste  militant;  malgré 
lui,  cependant,  l'abbaye  fut  parfaitement  préservée 
des  fausses  doctrines. 

Au  dioc.  d'Orléans,  l'abbaye  des  moniales  de  Voisins 
devint  un  petit  Port-Royal.  La  dernière  abbesse  fut 
Marguerite  de  Villelongue,  qui  gouverna  de  1708  à 
1749.  D'une  piété  sinîère,  d'un  caractère  doux  et  bien- 
veillant, elle  fut  impuissante  à  enrayer  l'influence  de 
plusieurs  religieuses  venues  de  Port-Royal  à  la  suite  de 
la  suppression  de  leur  abbaye.  D'ailleurs  l'évêque  d'Or- 
léans et  son  grand  vicaire  étaient  eux-mêmes  d'ardents 
jansénistes.  L'abbé  de  Cîteaux,  Edme  Perrot,  vint  bé- 
nir solennellement  la  bonne  abbesse  en  1721,  mais  ne 
put  obtenir  l'humble  soumission  des  religieuses.  La 
communauté  cessa  ensuite  de  se  recruter;  la  dernière 
moniale  mourut  le  27  juin  1777.  A  cette  date  une  or- 
donnance royale  était  déjà  rendue,  supprimant  l'ab- 
baye; les  biens  temporels  furent  unis  au  monastère  de 
Lieu-Notre-Dame,  près  Romorantin. 

Port-Royal  eut  une  lin  triste  entre  loules.  Le  29  uct. 
1709  marque  la  date  de  dispersion  de  tout  le  personnel,  | 


en  vertu  d'un  ordre  du  roi  et  de  l'archevêque  de  Paris. 
Onze  carrosses  emportèrent  les  religieuses  dans  diffé- 
rentes maisons.  Le  20  janv.  1710,  ordre  fut  donné  de 
détruire  les  bâtiments  jugés  inutiles.  Port-Royal  de 
Paris  continua  de  subsister  jusqu'en  1791.  Alors  la 
Révolution  exjmlsa  les  quarante-huit  religieuses  qui 
s'y  trouvaient.  En  1841,  les  survivantes  de  ce  groupe 
s'installèrent  à  Besançon  et  la  communauté  put  s'ac- 
croître à  nouveau.  Vers  1910,  elles  demandèrent  et  ob- 
tinrent leur  affiliation  aux  trappistines.  Deijuis  lors, 
elles  ont  quitté  la  ville  fie  Besançon  et  occupent  l'an- 
tique abbaye  cistercienne  de  la  Grâce-Dieu,  près  Ver- 
cel  (Doubs). 

.1.  (;;irrejTe,  arl.  Jdnni'iti.sinc,  daiisYA  7'.  ('..,  viii,  318-329; 
Le  jaii^rnisTiir  diininl  lu  liéyeiue,  Louvain,  ^'^'■i2.  vol.;  La 
doctrine  janséiiisle,  dans  Jntrod.  <iu.v  éludes  d'Iiisl.  eccl. 
locale,  m,  Paris,  1().'56,  p.  —  Clironiques  de  Porl-Royal..., 
choix  (le  textes  par  H.  I.,audenbach,  Vevey,  1946.  —  L. 
Cognet,  La  réforme  de  Porl-Roual,  l'aris,  lf).')(l.  —  .1.  Dedieii, 
Le  désarroi  jaiisénislc,  dans  /<('(>.  d'hisl.  de  l' Êgl.  de  France, 
XIV,  1928,  i>.  144-68.  —  .V.  De  Meyer,  Les  premières  conlro- 
verses  janséiiisles  en  France,  Loiivain,  1917.  —  C  Gazier, 
Hist.  du  monaslère  de  l'orl-Royal,  '.V  éd.,  l'aris,  1929.  — 
.1.  Orclbal,  Correspondance  de  Jansénius,  Louvain,  1947; 
Jeun  Diweraier  de  Ilauranne...  et  son  lemps,  Louvain,  1947- 
48,  2  vol.;  ouvrage  capital  en  la  matière,  qui  corrige  bien  des 
erreurs  et  rectifie  des  appréciations  généralement  reçues; 
abondante  bibliographie.  —  H.  Plus,  Angélique  Arnauld  et 
ses  relations  avec  S.  François  de  Sales,  dans  Études,  janv. 
1910,  p.  433-64.  —  F..  Préclin,  Les  jansénistes  du  XVIII'  s.  et 
la  Conslitation  civile  du  clergé  (1713-1791),  Paris,  1928; 
Conséquences  sociales  du  jansénisme,  dans  Rev.  d'hist.  de 
l'Êgl.  de  France,  xxi,  193Ô,  p.  355-91.  —  L.  Prunel,  Sébas- 
tien Zamet,  év.  de  Langres...,  Paris,  1912.  —  Port-Royal  eut 
ses  historiens  et  ses  apologistes  au  xviii"  s.,  tels  :  Angélique 
de  S. -.Jean,  Discours  appelés  miséricordes...,  L^trecht,  1735; 
[.\rnauld].  Apologie  pour  les  religieuses  de  Port-Royal...,  s.  1., 
1665;  [Clémencet],  Ilist.  générale...  jusqu'à  son  entière  des- 
truction, Amsterdam,  1755-57,  10  vol.;  M.  Du  Fossé,  Mé- 
moires..., Utrecht,  1739;  Gémissements  (4)  d'une  âme  vive- 
ment touchée  de  la  destruction  du  saint  monastère  de  Port- 
Royal,  s.  1.,  1711;  [Rivet],  Xécrologe  de  iabbaïe  de  N.-D.  de 
P.-R.-des-Champs,  Amsterdam,  172.3;  .).  Racine,  Abrégé  de 
l'hist.  de  Port-Royal,  rééd.,  Paris,  1908;  1928. 

II.  CiTEAux  ET  SES  MON ASTÈuEs.  —  1°  Lci  comineiide. 
—  Pareille  à  une  épidémie,  la  commende  se  propage  de 
plus  en  plus,  en  France  particulièrement,  sous  le  cou- 
vert du  concordat  de  1516  entre  Léon  X  et  Fran- 
çois I<^^  Une  statistique,  établie  d'après  les  données  du 
Gallia  christiana  et  autres  sources,  totalise  environ 
130  abbayes  cisterciennes  passant  aux  mains  d'abbés 
commendataires  dans  le  courant  du  xvi«  s.  Quelques 
rares  d'entre  elles,  cependant,  récupéreront  parfois  des 
prélats  réguliers.  Les  autres  sont  malheureusement 
vouées  à  une  déchéance  presque  fatale.  Edme  de  Sau- 
lieu,  abbé  de  Clairvaux  (1509-1552),  en  fut  témoin  lors 
de  son  voyage  à  Rome  en  1520-21.  Mandaté  par  le  cha- 
pitre général  pour  aller  plaider  la  cause  des  abbayes  au- 
près de  Léon  X,  il  devait  aussi  visiter  canoniquement 
les  monastères  d'Italie  et  ceux  de  France  qui  se  trou- 
veraient sur  son  itinéraire.  Le  journal  du  secrétaire, 
dom  Claude  de  Bronseval,  mérite  d'être  lu  (Arch.  de 
l'Aube,  3  H  2-5?).  C'est  une  prise  de  vue  instantanée. 
Près  de  Milan,  par  ex.,  on  note  le  monastère  de  Chiara- 
valle,  «  le  meilleur  de  toute  l'Italie,  que  tient  en  com- 
mende le  cardinal  de  Médicis,  frère  du  pape,  dont  il  tire 
au  moins  13  000  ducatz  par  an  ».  Non  loin  de  Crémone, 
l'abbaye  de  Ste-iMarie-Madeleine  de  Gava  est  tout  en 
ruines;  le  commendataire  est  un  enfant  de  neuf  ans, 
pour  lequel  on  lève  1  000  ducats.  A  S.-Étienne  de  Cor- 
nu, le  commendataire,  archevêque  de  Plaisance,  touche 
6  000  ducats  en  faisant  exploiter  la  propriété;  mais  les 
lieux  réguliers,  l'habitation  monastique  ont  presque 
disparu.  A  Quartazzolla,  le  commendataire  est  un  ga- 
min de  huit  ans.  neveu  du  connnendalaire  précédent. 
I  Et  le  reste. 


i)s:i      (',  ri"  !•:  ai  \  (  o  n  d  n  i-j.  d  r  \  \  i 


s.    A    I.A  l'HANCAISK 


De  telles  constatations  fournirent  au  visiteur  des 
arguments  qu'il  sut  mettre  en  valeur  lors  de  son  au- 
dience pontificale,  le  2  janv.  1521  (discours  conservé 
dans  les  archives  citées  plus  haut).  Le  cardinal  de  Mé- 
dicis  était  présent.  Or,  il  détenait,  lui  aussi,  la  com- 
mende  de  l'antique  abbaye  des  SS.-\'incent-et-Anas- 
tase;  «  elle  lui  rapportait  5  à  6  000  ducatz  par  an,  mais 
il  n'entretenait  que  six  religieux  dans  un  pauvre  ré- 
duit... Le  27  janvier,  jour  de  la  Scptuagésime,  écrit  en- 
core le  secrétaire,  nous  iiartîmes  de  Rome  et,  auprès 
d'un  château  appartenant  au  pape,  nous  le  trouvâmes 
qui  chassait...  ».  Dernière  entrevue  et  prise  de  congé. 
Pratiquement,  le  résultat  de  la  démarche  de  l'abbé  de 
Clairvaux  à  la  Cour  pontificale  fut  de  nul  effet.  La 
commende  subsistera  jusqu'à  la  fin  du  xviii«  siècle. 

Les  abbayes  ont  connu  parfois  de  bons  commenda- 
taires;  mais  ils  furent  bien  rares.  On  cite,  par  ex.,  Al- 
phonse d'Elbène,  «  le  modèle  des  comniendataires  »  (G. 
Pérouse,  Hautecotnbe,  1926,  p.  79).  Barzelle  eut  Jean 
d'Estampes,  loué  sans  réserve  {Gall.  christ.,  vi,  1061); 
Valence  reçut  l'évêque  d'Angoulême,  Rodolphe  du 
Fou,  grand  bienfaiteur  {ibid.,  ii,  1359);  Mazières  eut 
François  Gendron,  puis  l'évêque  de  Digne,  Henri-Félix 
de  Tassi  (tl711)  (ibid.,  iv,  1034).  Le  Val-Ste-Marie 
accueillit  avec  joie  Charles  Villiers  de  l'Isle-.Adam 
(ibid.,  VII,  883). 

Chose  plus  extraordinaire,  on  vit  des  commenda- 
taires  se  faire  moines  et  abbés  réguliers,  aux  termes  des 
bulles  pontificales.  Nous  avons  cité  déjà  Octave  Arnol- 
fini,  abbé  de  la  Charmoie,  et  Rancé,  abbé  de  la  Trappe. 
On  vit  aussi,  à  Beaupré  de  Beauvais,  Louis  le  Normand 
de  Beaumont  (t  1656);  à  Feniers,  Jean  de  Caylus  de 
Levi;  au  Reclus,  Pierre  Collart;  à  Rouillas,  Pierre  de 
Lavât,  etc. 

Mais  ces  cas  exceptionnels  ne  contrebalancent  guère 
les  ruines  et  déchéances  d'autre  part.  Acey,  Chaalis, 
Loc-Dieu  en  Rouergue,  Foigny,  Froidmont,  l'Étoile, 
Langonnet  et  tant  d'autres  pourraient  témoigner  dans 
ce  sens.  Les  scandales  de  Jean  de  Lettes,  évêque  de 
Montauban  et  commendataire  de  Loc-Dieu,  sont  con- 
nus, aussi  bien  que  le  cas  d'Odet  de  Coligny,  premier 
commendataire  de  F'roidmont  :  deux  retentissants  pas- 
sages au  calvinisme.  En  Espagne,  la  situation  ne  fut 
pas  meilleure,  «  dans  la  région  de  Braga  surtout,  où  la 
simonie  des  abbés  comniendataires  faisait  passer  les 
monastères  comme  un  héritage,  de  père  en  fils  »  (M.  Ba- 
taillon, ['n  itinéraire  ci.<itercipn...  s.,  Paris,  1949, 
p.  51). 

Alcobaça,  au  Portugal,  eut  en  1011  un  commenda- 
taire âgé  de  deux  ans  :  Ferdinand  d'Autriche  qui,  à  dix 
ans,  était  cardinal-diacre.  Quand  les  communautés  se 
sentaient  exaspérées  par  les  exigences  du  commenda- 
taire et  de  ses  commis,  elles  leur  intentaient  un  pfocès 
—  dernière  et  fragile  espérance,  toujours  à  longue 
échéance  et  souvent  déçue.  Le  procès  de  Feniers  dura 
quarante  ans;  celui  de  Orcamp  occupa  toute  la  préla- 
ture  de  Claude-Roger-François  de  Montboissier-Beau- 
fort  de  Canillac  (1739-61).  Le  liuHaire  édité  par  Claude 
Vaussin  en  1666  (II'"  part.,  p.  15,  24,  40  sq.)  cite  plu- 
sieurs cas  de  ces  [)r()cès,  avec  les  arrêts  rendus  par  le 
Parlement. 

I 

Uulles  pontificales  continuant  la  série  donnée  plus  haut 
(col.  976sq.)  :  Pie  IV,  In  emineiiti,2<j  sept.  1563;  Pie  V,  Decet 
liomanum  ponliftcem.  2'.\  oct.  1567;  Ex  innitmeris,  8  mars 
l.>70;  r.rcgoire  XI H,  .Siiperna  disposilione,  12  juill.  1574; 
Sixte        Pontifex  /{o/7i«ni;.s-,  17  mai  1586;  Innocent  X, 
Pastoralis,  25  sept.  1654;  Alexandre  VII,  Exponi  nobis, 
26  août  1655.  -  -  Berlière,  La  commende  aux  Paqs-Das,  dans 
Mélanges  G.  Kttrlh,  i,  185;  les  cisterciens  y  échappèrent 
presque  totalement  (cf.  ms.  2655  (21478)  de  la  Bibl.  royale 
de  Bruxelles).  —  E.  Bernardet,  Vn  abbé  d'Haiilecombe,  ! 
Alphonse  d'Elbène,  Grenoble,  1937.  —  Jean  Le  Bossu,  1 
moine  de  Mazières,  Anlirommenda,  ouvrage  demeuré  ms.  ! 
-  Laprat,  art.  Commende,  dans  T).  D.  C.an.,  m.  1029-85.  — 


.1.  Paris,  Ou  premier  esprit  dr  l'onlre  tic  Ci.ileau.r,  Paris,  1670, 
p.  3.55.  —  Stniiila  cap.  rjcn.  ont.  cislerc,  éd.  Louvain,  vui, 
1941,  Indires  :  références  aux  décisions  capitulaires  concer- 
nant la  commende  et  les  comniendataires. 

2"  Les  vicariats  et  les  con(jré gâtions.  —  En  1433,  le 
chapitre  général  avait  décrété,  dans  son  4"2''  statut,  la 
création  de  visiteurs  provinciaux.  On  comptait  sur  le 
zèle  de  ces  prélats  pour  suppléer  à  la  négligence  de  cer- 
tains Pères  immédiats,  rétablir  et  soutenir  d'une  main 
ferme  la  régularité  et  la  ferveur  dans  les  monastères. 
Les  législateurs  croyaient  aussi  poser  par  là  même  un 
obstacle  sérieux  aux  schismes  intérieurs,  comme  celui 
qui  se  produisait  alors,  en  Espagne,  avec  Martin 
de  Vargas. 

Mais  les  tendances  séparatistes  et  nationalistes  fu- 
rent plus  fortes  que  les  décrets  capitulaires.  Jadis  com- 
pact, serré,  fort  d'une  unité  parfaitement  homogène, 
l'ordre  de  Cîteaux  s'émiette  maintenant  en  de  multi- 
ples congrégations.  Certaines  d'entre  elles  saluent  en- 
core l'antique  maison  mère  avec  respect  et  lui  obéis- 
sent; d'autres  ont  brisé  tous  les  liens  et  vivent  de  leur 
vie  propre,  se  prétendant  toujours  cependant  l'authen- 
tique descendance  du  Cîteaux  bernardin.  Nous  avons 
cité  ))lus  haut  (col.  970)  la  congrégation  de  Caslille  et 
celle  de  Toscane  et  Lombardie.  En  nov.  1567,  Pie  V 
(Pastoralis  o/fîcii)  érige  en  congrégation  les  monas- 
tères du  Portugal,  avec  Alcobaça  pour  centre.  L'abbé 
de  ce  monastère  était  de  droit  le  général  de  la  congré- 
gation; mais,  comme  les  autres  supérieurs  locaux,  il 
était  triennal.  Triennale  aussi  était  la  tenue  des  cha- 
pitres. La  congrégation  compta  treize  abbayes  an- 
ciennes et  créa  quatre  prieurés. 

Quatre  ans  après  sa  première  bulle,  le  même  pontife 
déclarait  (Romani  pontificis)  qu'il  n'entrait  nullement 
dans  ses  intentions  de  porter  atteinte  aux  droits  de  su- 
périorité et  de  juridiction  de  l'abbé  de  Cîteaux  sur  les 
monastères  du  Portugal.  Le  président  de  la  congréga- 
tion devait  donc  assister  an  chapitre  de  Citeaux,  ac- 
compagné d'une  députation  de  quelques  abbés.  En 
fait,  ceux-ci  se  tinrent  toujours  sur  la  défensive.  On 
ne  les  vit  ])oint  paraître  à  Cîteaux  et  les  sanctions  ful- 
minées contre  eux  par  le  chapitre  général  ne  les  ému- 
rent aucunement  (Statuta,  1()67  :  58,  59,  63;  1672  :  195; 
1683:  167; 1686: 153; 1738  :  261  ;  1765  :  54  ;  1768:  134). 

Cette  attitude  schismatique  s'explique,  sans  se  légi- 
timer, par  la  mainmise  des  moines  castillans  sur  les 
portugais.  Déjà,  en  1516,  le  chapitre  général  avait 
blâmé  la  facilité  de  certains  abbés  d'Espagne  à  rece- 
voir chez  eux  des  néophytes  non  éprouvés.  De  regret- 
tables résultats  s'ensuivirent.  Quand,  en  1535,  l'abbé 
de  Clairvaux,  Edme  de  Saulieu,  visita  les  abbayes 
d'Espagne  et  de  Portugal,  il  dénonça  les  agissements 
des  cisterciens  castillans.  Ceux-ci,  dont  bon  nombre 
étaient  d'origine  juive  et  nouveaux  convertis,  tra- 
maient des  intrigues;  déjà  ils  s'avançaient  vers  Alco- 
baça pour  y  implanter  leur  réforme  avec  leur  rituel 
teinté  de  judaïsme.  «  Le  temps  n'était  pas  loin  où  le 
Portugal  cistercien  allait  faire  sa  réforme  inspirée  de 
l'exemple  des  Castillans.  La  visite  d'Edme  de  Saulieu 
ne  fit  que  freiner  un  mouvement  irréversible,  retarder 
1  la  constitution  d'une  congrégation  autonome  (M.  Ba- 
taillon, op.  cit.,  p.  46). 

Travaux  généraux  sur  les  congrégations  cisterciennes  :  C. 
Bock,  Les  codiftcations  du  droit  cistercien,  dans  (Mlectanea 
ord.  fis/,  relorm.,  Westmalle,  1949,  p.  334;  1950,  p.  101  sq. 
—  I.  F.icheler,  Die  Kongregalionen  des  Zisterzieiiserordens, 
dans  Studien  und  Mitteil.,  xlix,  1931,  p.  5.")  sq.  -  L.  .la- 
nauschek.  Origines  cislerc.  Vienne,  1877,  p.  xi,  i.xxi  sq.  — 
Statula  cap.  (jen.  ord.  cisterc,  éd.  Louvain,  1933-41,  viii. 
Indices  :  références  aux  textes  législatifs.  —  Tamburini, 
;  De  jure  abbatum...,  u,  Lyon,  1650,  disp.  XXIV,  q.  v,  repro- 
duit quelques  actes  du  S. -.Siège  concernant  des  congréga- 
!   tions  monastiques. 

l'ourla  coiigrégniion  du  Portugal  :  Prinilcfiia  Conqr.  S.  M. 


987 


CITE  AUX  fORDRl-:! 


1)1"  \VI 


^  S.    A    I.A    RÉV.   FRANÇAIS  F.  !)88 


de  Alcobalia.  Venise,  l.i93.  —  A.  Manrique,  Ann.  cislerc, 
II,  J^yon,  1612,  Appendix^  p.  3-l.î  :  Séries  nbbniiwi  Eccl. 
Alcobacensis.  —  Robert  Muiîiz,  dans  sa  Biblioieca  cisier- 
ciense  espaiiola,  Burgos,  1793,  cite  les  nomtireiix  travaux 
des  cisterciens  espagnols  et  portugais. 

Sur  les  Juifs  d'PIspagne,  cf.  Mme  Mahn-Lot,  Isabelle  la 
Catholique  et  les  Juifs,  dans  Mercure  de  France,  juill.  1950, 
p.  491.  —  Des  religieux  d'.Mcobaça,  docteurs  en  théologie, 
ont  parfois  écrit  contre  les  Juifs,  tel  François  Maeliado, 
Conlra  Judaeos,  Contra  judaicam  perfldiam,  maxime  contra 
huius  tcmporis  Judaeos. 

La  congrégation  de  Haute-Allemagne  resta  pleine- 
ment soumise  à  Cîteaux.  Edme  de  la  Croix,  abbé  géné- 
ral, ayant  visité  les  abbayes  d'Allemagne,  jeta  lui- 
même  les  bases  de  la  congrégation  (14  sept.  1595).  Elle 
comptait  vingt  abbayes  réparties  en  quatre  provinces, 
soumises  chacune  à  un  vicaire  général  :  Souabe  et 
Franconie,  Bavière,  Alsace,  Brisgau  et  Suisse.  Les  abbés 
étaient  perpétuels;  la  congrégation  avait  à  sa  tête  un 
président.  Ils  tenaient  leur  chapitre  provincial  tous 
les  deux  ou  trois  ans  et  organisèrent  un  noviciat  cen- 
tral. Les  décisions  de  leurs  réunions  capitulaires  sont 
conservées  dans  diflérents  mss.  pour  les  années  1619, 
1624,  1626,  1640,  1645,  1654,  1659,  1668,  1670,  1683, 
1715;  voir  :  Dijon,  ms.  1020,  fol.  1-51;  Munich,  Clm 
1319,  fol.  34  sq.;  Ii32,  fol.  1  sq.  ;  Valic.  lat.  10094.  Le 
travail  de  dom  Benoît  Staub,  signalé  par  de  Visch  dans 
son  Auclarium  (éd.  Bregenz,  1927,  p.  14),  peut  se  lire 
dans  le  ms.  1591(363^  j  de  Dijon,  p.  1  à  130  :  Informatio 
sive  tractatus  de  origine,  causis  ac  progressa  congr.  ...in 
Superiori  Germania.  Les  statuts  de  1586  et  de  1654 
furent  imprimés.  _ 

Cette  congrégation  donna  des  preuves  de  solide  vita- 
lité, particulièrement  au  temps  de  la  restauration  des 
monastères  en  pays  germaniques  (année  1628  et  sui- 
vantes) (cf.  Staiuta,  viii,  Indices,  au  mot  Germania, 
p.  216;  Idea  Chrono-topographica  congr.  Cist.  S.  Ber- 
nardi  per  Superiorem  Germaniam...,  s.  1.,  1720,  fait 
mention  des  monasteria  extincta;  la  congrégation  comp- 
tait alors  1772  membres). 

La  congrégation  des  Feuillants  eut  pour  initiateur 
Jean  de  la  Barrière  qui,  d'abbé  commendataire  du  mo- 
nastère de  Feuillant  (Fulium),  dans  le  Languedoc,  en 
était  devenu  prélat  régulier.  Son  zèle  pour  la  réforme  le 
porta  à  des  austérités  outrancières.  Il  avait  d'ailleurs 
un  concept  de  vie  religieuse  s'écartant  de  celui  de  Cî- 
teaux en  des  points  notables,  par  ex.  la  prédication  au 
dehors.  Ce  n'était  donc  pas  une  réforme,  un  retour  à  un 
ancien  état  de  choses,  mais  une  création  nouvelle.  La 
séparation  d'avec  l'ordre  cistercien  fut  complète,  bien 
qu'en  tête  de  leurs  constitutions  ces  religieux  s'intitu- 
lassent toujours  cisterciens. 

En  mai  1630,  Urbain  VIII  scinda  la  congrégation  en 
deux  branches  :  feuillants  de  France  et  feuillants  d'Ita- 
lie, ces  derniers  appelés  aussi  Réformés  de  S.-Bernard. 
Une  branche  féminine  fut  également  créée  :  les  feuil- 
lantines. La  congrégation  a  donné  à  l'Église  des  reli- 
gieux de  haute  vertu  et  de  science  remarquable,  tel  le 
cardinal  Jean  Bona.  Les  feuillants  disparurent  à  la  fin 
du  xviii«  siècle. 

Bibliogr.  sur  le  fondateur  et  son  œuvre  :  art.  Barrière, 
dans  D.  H.  G.  E.,  vi,  924.  —  Hesse,  art.  Feuillants,  dans 
D.  T.  C,  V,  226.5;  Abbayes  et  prieurés  de  l'anc.  France,  i, 
Introd.,  Paris,  1906,  p.  171-75,  abondante  bibliogr.  —  L. 
.lanauschelt,  Orig.  cisterc,  p.  lxix-lxxi,  cite  les  maisons 
fondées  par  les  feuillants.  —  Morotius,  Cistercii  reflorescen- 
lis  seu  Congr.  Fuliensis  chronol.  hisloria,  Turin,  1690,  nomme 
les  personnages  remarquables  et  leurs  œuvres.  —  Ilenri- 
quez,  Primlegia...,  Anvers,  1630,  p.  113-46  :  bulles  concer- 
nant les  feuillants  (1586-1621). 

Janauschek  (op.  cit.,  p.  xi)  n'ose  affirmer  l'existence 
d'une  congrégation  polonaise.  Sa  réserve  est  prudente, 
car  on  ne  connaît  nulle  mention  de  statuts  constitutifs 
d'une  congrégation  érigée  sous  ce  titre.  En  juin  1580, 


un  chapitre  provincial  se  tint  à  Wongrowitz,  la  plus  an- 
cienne abbaye  de  Pologne.  Il  était  présidé  par  Edme 
de  la  Croix,  délégué  par  l'abbé  de  Cîteaux,  Nicolas  I" 
Boucherai,  qui  n'avait  pas  renoncé  à  faire  valoir  les 
droits  contestés  de  dom  Edme  à  la  prélature  de  Châtil- 
lon.  L'abbé  général  confiait  alors  à  son  protégé  une 
double  mission  à  remplir  en  Pologne  :  aplanir  les  difTi- 
cultés  occasionnées  par  les  évêques  de  cette  région  aux 
monastères  cisterciens  et  obtenir  dans  ces  communau- 
tés un  redressement  de  la  régularité,  une  reprise  géné- 
reuse des  points  essentiels  de  discipline.  Cette  seconde 
partie  du  programme  fut  réalisée  sans  trop  de  peine, 
semble-t-il.  Les  membres  du  chapitre  adoptèrent  les 
propositions  du  président,  qui  furent  consignées  dans 
un  écrit  intitulé  Statuta  reformalionis  monast.  ord.  cis- 
terc. :  ces  statuts  de  réforme  ne  codifient  que  les  obliga- 
tions monastiques,  sans  dire  un  mot  du  groupement 
des  monastères  en  congrégation.  Bédigés  par  dom  Edme 
de  la  Croix,  ces  statuts  sont  manifestement  le  premier 
jet  de  l'importante  constitution  de  réforme  que  ce 
même  prélat  proposera  au  chapitre  général  de  1601, 
quand  lui-même  sera  devenu  abbé  de  Cîteaux  (Statuta, 
VII,  1601,  p.  197-249;  une  lettre  des  abbés  autrichiens, 
vers  1630,  se  réfère  aux  Edmundianae  constitutiones: 
Arch.,  Troyes,  3  H  146). 

Dans  les  décrets  capitulaires  du  xvii"'  s.,  les  monas- 
tères de  Pologne  se  trouvent  toujours  réunis  sous  le 
titre  de  vicariat  ou  province.  En  1738,  les  mêmes  dési- 
gnations reparaissent  dans  une  série  de  réponses  à  des 
doutes  et  demandes  provenant  de  monastères  polo- 
nais. On  y  apprend  notamment  que  la  commende  sévit 
aussi  dans  ces  abbayes.  Pour  faire  face  à  ces  empiéte- 
ments, on  exige  désormais  de  tout  abbé  élu  le  serment 
de  renoncer  à  son  abbaye,  s'il  était  promu  à  l'épiscopat. 
Par  ailleurs,  le  chapitre  de  Cîteaux  favorise  le  désir  ex- 
primé de  réunir  en  une  compilation  les  décrets  des  cha- 
pitres généraux  qui  concernent  la  discipline  régulière. 
Ce  travail  fut  terminé  et  parut  en  1745,  sous  l'autorité 
d'Andoche  Pernot,  abbé  de  Cîteaux.  Un  document  de 
1766  cite  l'abbé  de  Landa,  Constantin  Howiecki,  avec 
le  titre  de  vicaire  général  de  la  congrégation  de  Po- 
logne. 

L'autorité  romaine  eut  à  s'occuper,  en  juilL  1768, 
d'un  intrigant,  Bernard  Kolbs,  moine  du  prieuré  de 
Vallombreuse  (Statuta,  1768  :  113;  Analecta  juris  pon- 
tificii,  XIV,  Bome,  1875,  col.  1006).  En  juill.  1792,  la 
Congr.  des  Évêques  et  Béguliers  concédait  au  nonce 
apostolique  en  Pologne  le  pou  voirde  satisfaire  les  moines 
de  Paradiz,  qui  désiraient  être  régis  par  un  prieur 
triennal  et  non  plus  par  un  prélat  à  vie.  Précédem- 
ment déjà,  les  moines  de  Sulejow  et  de  Wanchoczko 
avaient  obtenu  semblable  modification  de  régime 
(ibid.,  xvi,  1877,  coL  730). 

Rome,  ms.  Vatic.  lat.  3236  Bart>erini  contient  de  nom- 
breux documents  provenant  du  procureur  général  de  Cî- 
teaux; ils  datent  de  1580  et  années  suiv.  ;  en  première  page, 
on  lit  les  noms  d'Hdme  de  la  Croix  et  des  abbés  signataires 
des  statuts  de  réforme  de  juin  1580.  Des  lettres  originales 
ou  copies  ont  pour  objet  les  difficultés  des  monastères  avec 
les  Ordinaires.  —  Cambrai,  bibl.  munie,  ms.  1223,  fol. 
193  sq.  :  texte  des  Statuta  reformalionis...  1580;  transcrip- 
tion faite  à  l'abbaye  de  Brunnbacli,  sous  l'abbatial  de  dom 
Wigand,  en  1588.  —  Les  deux  codifications  des  statuts 
furent  imprimées  en  1581  et  1745,  mais  les  exemplaires  en 
sont  rares. 

La  congrégation  de  Calabre  et  Lucanie  fut  constituée 
par  décret  du  chapitre  général  de  1605,  que  publia 
dom  Vincent  Longuespée,  procureur  général  à  Borne. 
Chose  étonnante,  ces  statuts  s'écartent  de  l'ancienne 
législation  cistercienne  en  des  points  notables;  cepen- 
dant la  soumission  au  chapitre  de  Cîteaux  reste  in- 
tacte. Urbain  VIII  confirma  ces  dispositions  par  bulle 
du  12  juill.  1633  (Sacrosancti  apostolatus).  La  congré- 
I  gation  ne  compta  d'abord  que  sept  abbayes;  elle  ac- 


!)S!t        CITKAIX   (OROHl',).    1)1     X  \ 


l S.   A    L  A    I?  É  V .   F  H  A  N  Ç  A  I  S  K  !)!•() 


cepta  ensuite  les  débris  de  la  congrégation  de  Finir, 
qui,  pour  ne  pas  s'éteindrr  définitivement,  fit  retour 
à  Cîteaux. 

Le  ms.  ÎS3  de  la  bibl.  de  l'Arsenal,  à  Paris,  p.  757  sq., 
contient  le  décret  du  chapitre  général  de  1605,  que 
Macusson  reproduisit  plus  tard  dans  son  Traité  hist.  du 
chapitre  général...,  s.  1.,  1737,  p.  131.  —  I.a  bulle  d'Urbain 
VIII  se  lit  dans  le  nis.  1021),  fol.  1.32  v"  de  la  bibl.  de 
Dijon. 

La  congrégation  araqonaise  resta  également  sou- 
mise à  Cîteaux.  Déférant  à  la  demande  de  Philippe  III 
d'Espagne,  le  chapitre  général  de  1613  (n.  67,  68)  rédi- 
gea les  statuts  constitutifs  de  la  nouvelle  congréga- 
tion, qui  groupa  les  monastères  situés  en  Aragon,  Va- 
lence, Majorque  et  Catalogne.  Cîteaux  avait  voulu  que 
l'on  continuât  ici  le  régime  des  abbés  perpétuels;  on 
espérait  ainsi  couper  court  aux  inconvénients  des  élec- 
tions fréquentes  :  ambition,  simonie,  discorde,  etc.  (cf. 
n.  67,  /).  Paul  V  confirma  les  actes  du  chapitre  de  Cî- 
teaux par  bulle  du  19  avr.  1616  {Pastoralis  ofjicii;  cf. 
Henriquez,  op.  cit.,  p.  448).  Des  difficultés  étant  surve- 
nues, Grégoire  XV  dut  promulguer  une  autre  bulle,  le 
20  avr.  1623,  pour  apaiser  les  différends  (Ex  pastoralis 
ofjicii,  dans  ms.  7<S-3  de  l'Arsenal,  p.  772). 

Rome,  bibl.  Victor-Emmanuel,  Sessor.,  mss.  319,  431, 
contiennent  des  définitions  de  leurs  chapitres  provinciaux. 
—  J.  M.  Lopez  Landa,  Abadias  cisterc.  de  la  antigiia  cnnqre- 
yacion  de  .Aragon  y  Navarra,  Calatayud,  1949. 

Le  chapitre  général  de  1613  (n.  26)  organisa  aussi  la 
Congrégation  romaine  ou  de  l' Italie  centrale.  Elle  groupa 
les  abbayes  situées  dans  le  Patrimoine  de  S. -Pierre  et 
quelques-unes  du  royaume  de  Naples;  leurs  noms  sont 
cités  dans  le  décret  constitutionnel.  Grégoire  XV  donna 
la  confirmation  le  6  avr.  1623  (Sacrosancti  apostolatiis, 
dans  ms.  783  de  l'Arsenal,  p.  767).  Le  procureur  géné- 
ral de  l'ordre  résidant  à  Rome  présida  un  temps  cette 
congrégation. 

Rome,  bibl.  Victor-Emmanuel,  .Sessor.,  ms.  1342,  14.'i9.  - 
Oijon,  ms.  1U20,  fol.  125  v,  144. 

Les  monastères  d'Irlande  furent  constitués  en  con- 
grégation sous  le  titre  des  SS.-Malachie-et-Bernard,  par 
bulle  d'Urbain  VIII  en  date  du  29  juilL  1626  (ms.  1020 
de  la  bibl.  de  Dijon,  fol.  129  v°).  On  y  apprend  que  la 
congrégation  reste  soumise  à  l'abbé  et  au  chapitre  gé- 
néral de  Cîteaux,  selon  les  prescriptions  de  la  Charte  de 
charité.  Cependant  la  congrégation  tient  son  chapitre 
national  tous  les  cinq  ans;  les  abbés  s'y  réunissent  ac- 
compagnés d'un  délégué  de  chaque  communauté.  On  y 
élit  un  président,  qui  devient  en  même  temps  vicaire 
général  et  délégué  du  chapitre  de  Cîteaux.  Toutefois  les 
monastères  abandonnent  le  missel  et  le  bréviaire  cister- 
ciens pour  adopter  le  rite  romain.  Faisant  suite  à  la 
bulle,  un  décret  de  la  Propagande  du  13  août  1626  per- 
met aux  moines  d'Irlande  de  négocier  la  récupération 
de  leurs  biens,  mais  ils  n'agiront  qu'avec  grande  pru- 
dence, afin  d'éviter  un  retour  des  persécutions  ou  au- 
tres difficultés.  Le  cardinal  Bona,  cistercien  feuillant, 
adressa  une  lettre  aux  catholiques  d'Irlande  en  date 
du  11  sept.  1666  (cf.  Epistolae  selectae...,  Bona-Sala, 
Turin,  175,5,  p.  87). 

Malachie  O'Artry,  cist.  du  xvii'  s.,  Triumphalia  sanctae 
crucis...,  éd.  Denis  Murphy,  S.  .1.,  1892.  —  Anonyme,  The 
Irish  cislercians.  Past  and  présent,  Dublin,  1893. 

Les  monastères  de  France  eurent  aussi  leur  réforme. 
Commencée  d'abord  à  Châtillon,  puis  à  la  Charmoie 
par  Octave  Arnolfini  et  Étienne  Maugier,  elle  gagna 
bientôt  Clairvaux.  En  1615,  dom  Denis  Largentier  en- 
treprit de  faire  revivre  les  vertus  des  premiers  cister- 
ciens. Plusieurs  abbayes  reprirent  les  observances  aus- 
tères; l'abbé  de  Cîteaux  permit  à  ces  réformés  de  se 
réunir  en  chapitre  et  de  se  donner  un  vicaire  général. 
Rien,  par  ailleurs,  n'était  changé  à  l'ancienne  législa- 


tion. En  1618,  le  chapitre  de  Cîteaux  approuvait  ei 
louait  la  réforme,  tout  en  redoutant  les  divisions  que 
pourraient  connaître  les  communautés,  en  raison  de  la 
diversité  des  observances.  Nicolas  II  Boucherai,  abbé 
général,  soutenait  la  réforme.  Il  alla  même  plus  loin; 
dans  une  réunion  des  réformés,  tenue  à  Paris  en  mars 
1623,  sous  la  présidence  du  cardinal  de  La  Rochefou- 
cauld, il  leur  permit  de  se  constituer  en  congrégation. 
Les  articles  en  furent  dressés  et  signés  par  les  dix  abbés 
présents.  Mais  le  chapitre  général  du  mois  de  mai  de 
cette  même  année  cassa,  annula,  invalida  cet  acte, 
appelé  à  créer,  disait-on,  un  irrémédiable  désastre,  un 
schisme  irréparable  (Statutu,  1623  :  24). 

Néanmoins,  ['Étroite  obsen>ancc  prospéra  rapide- 
ment. Par  malheur,  Denis  Largentier  mourait  à  Orval, 
le  25  oct.  1624.  Son  esi)rit  calme,  pondéré,  sa  force  de 
persuasion,  qu'il  puisait  avant  tout  dans  son  propre 
exemple,  auraient  été  bien  nécessaires  aux  chefs  de  la 
réforme.  Étienne  Maugier,  abbé  de  la  Charmoie,  sou- 
tenu par  le  cardinal  de  La  Rochefoucauld,  afficha  des 
prétentions  à  des  droits  que  les  réformés  ne  possédaient 
nullement.  De  là,  durant  de  nombreuses  années  du 
xvii«  s.,  des  querelles,  des  procès,  des  livres,  des  pam- 
phlets échangés  de  part  et  d'autre,  au  grand  détriment 
de  l'édification  et  de  la  vérité.  Et,  en  somme,  le  point 
précis  du  litige,  l'observance  en  cause,  qui  sert  de  pivot 
à  ces  interminables  discussions,  est  l'abstinence. 

Plusieurs  lettres  a]K)stoliques  tentèrent  de  faire  ces- 
ser ces  débats.  Enfin  la  Constitution  In  suprema, 
d'Alexandre  VII  (19  avr.  1666),  imposa  silence.  Dans 
l'histoire  de  la  législation  cistercienne,  ce  document 
pontifical  marque  une  date  importante  ;  il  est  à  mettre 
au  même  rayon  que  les  bulles  Clémentine  et  Bénédic- 
tine. Ne  voulant  pas  imposer  indistinctement  à  tous  les 
sujets  de  l'ordre  des  pratiques  rigoureuses,  Alexan- 
dre VII  s'en  tient  à  une  observance  légèrement  miti- 
gée. Pour  l'abstinence,  par  ex.,  les  monastères  qui  l'ont 
abandonnée  n'useront  d'aliments  gras  que  trois  jours 
■par  semaine,  en  dehors  de  l'avent  et  du  temps  de  la 
Septuagésime  à  Pâques.  L'obéissance  à  l'abbé  et  au  cha- 
pitre de  Cîteaux  demeurait  entière.  Clément  IX  con- 
firma, en  1669,  la  Constitution  de  son  prédécesseur, 
modifiant  cependant  quelques  points  de  détail. 

A  cette  époque,  l'abbé  de  Rancé  gouvernait  le  mo- 
nastère de  la  Trappe.  II  i)arut  au  chapitre  général  de 
1668  et  fut  au  nombre  des  protestataires  contre  les  do- 
cuments pontificaux  récemment  promulgués  (Statuta, 
1667  :  29,  30).  Peu  satisfait  d'une  réforme  mitigée,  il 
résolut  d'inaugurer  chez  lui  une  observance  austère, 
tout  en  restant  soumis  aux  supérieurs  de  l'ordre.  Son 
entreprise  fut  couronnée  de  succès,  encore  que  certains 
contours  de  la  vie  cistercienne  à  la  Trappe  n'aient  pas 
été  modelés  sur  le  Clairvaux  de  S.  Bernard.  N'importe; 
la  reprise  d'une  vie  austère  attira  autour  du  réforma- 
teur de  nombreuses  recrues  recherchant  l'absolu  de 
l'ascétisme.  Elles  venaient  du  siècle  et  aussi  de  certains 
cloîtres.  Pour  enrayer  cette  course,  plusieurs  ordres  re- 
ligieux, craignant  de  se  dépeupler,  obtinrent  de  Rome 
des  décrets  interdisant  le  passage  de  leurs  sujets  à 
l'abbaye  de  la  Trappe  (Exponi  nobis,  5  août  1686,  pour 
les  feuillants;  i)urfu/n  /.  r.,  18  mars  1697,  pour  les  mau- 
ristes;  Sollicitudo  pastoralis,  10  oct.  1698,  pour  les  ca- 
pucins). 

Quand  la  Commission  des  réguliers  fera  son  enquête 
en  1766  et  entendra  les  plaidoiries  des  ordres  en  faveur 
de  leur  conservation,  seul  l'abbé  de  la  Trappe,  Théo- 
dore Chambon,  plaidera  au  nom  de  l'essentiel  de  la  vie 
religieuse  fidèlement  conservé  chez  lui  (S.  Lemaire,  La 
Commission  des  réguliers  (1766-17^0),  Paris,  1926, 
p.  16,  d'après  Arch.  nat..  G"  ■i.'i).  Lors  de  la  suppres- 
sion des  religieux  en  France  par  la  Révolution,  dom 
Augustin  de  Lestrange,  moine  de  la  Trappe,  se  retira  en 
Suisse  avec  vingt-quatre  de  ses  confrères.  En  1794,  en 


s.    A    1.  A    1^  i  :  \  .    Vn  A  NCA  iSK  !)!t2 


vertu  d'un  bref  de  Pie  la  Val-Sainlc  fut  érigée  en 
abbaye  et  chef-lieu  de  la  Congrégation  des  Trappistes, 
sous  l'autorité  de  dom  de  Lestrange,  élu  abbé. 

Paris,  bibl.  Ste-Gcnevicve,  nis.  32 JT  :  recueil  d'iictes  rela- 
tifs à  la  réforme  du  card.  de  La  Rochefoucauld;  on  y  lit  les 
articles  de  1623,  fol.  46;  lettres  et  ordonnances  du  card.; 
lettres  à  lui  adressées.  —  liihl.  nat.,  ms.  franç.  15770  : 
recueil  de  pièces  de  1660  à  1663;  ins.  franç.  18696  :  dossier... 
1651  à  166".  —  Petit  imprimé  anonyme  de  80  p.  in-16, 
intitulé  :  Response  A  une  lettre  snr  le  xiihject  des  remoiistranees 
et  raisoits  représentées  «ij  roy  par  les  religieux  de  Clairevaux, 
et  autres  abbai/es  qui  en  dépendent,  s.  1.  n.  d.  —  Troyes, 
ms.  1796,  fol.  95  s(|.  :  contient  les  décisions  des  chapitres  de 
l'Étroite  observance  de  1624  à  1687.  —  Langres,  ms.  75(48): 
Hisl.  abrégée  île  la  dernière  réforme  de  l'ordre  de  C,  par  dom 
André-Joseph  Boulenger  (xv!!!!^  s.).  —  Beaimier-Besse, 
op.  cit.,  1,  Introd.,  p.  164,  cite  nomljre  de  mémoires,  remons- 
trances,  ordonnances,  etc.,  ayant  trait  à  la  réforme.  — 
Gervaise,  Hist.  gén.  de  la  réforme  de  l'ordre  de  C.  en  France, 
Avignon,  1746  et  1749,  ouvrage  peu  sûr,  qualifié  de  «  triste 
pamphlet  •  par  Mgr  Hautcœur;  malheureusement  plusieurs 
auteurs  l'ont  suivi  aveuglément,  tels  Uaillardin  (Hisl.  de 
la  Trappe)  et  l'abbé  Dubois  (Hist.  de  l'abbé  de  Rancé, 
Paris,  1869).  —  Léon  .Serrant,  L'abbé  de  Rancé  et  Bossuet, 
l^:u'is,  1903.  —  [IL  Séjalon  |,  Ann.  de  l'abbaye  d'Aiguebelle, 
11,  Valence,  1863,  p.  33.  —  Nomasticon  cisterc,  éd.  1898, 
p.  578  :  Praecipna  décréta  circa  cnntentiones.  —  Pour  les 
congrégations  de  moniales  cisterciennes,  cl.  art.  Bkrnar- 
uiNES,  dans  D.  H.  G.  H.,  viii,  806. 

3°  Les  prieurés.  —  Ce  n'est  guère  qu'à  dater  des  xiv« 
et  xv»  s.  que  l'ordre  de  Cîteaux  admit  des  prieurés  au 
nombre  de  ses  monastères.  Établissements  de  moindre 
importance  que  les  abbayes,  ils  étaient  répartis  en 
deux  catégories  :  les  uns  étaient  sui  juris,  ayant  à  leur 
tête  un  prieur  titulaire  ;  les  autres  étaient  de  simples  dé- 
pendances d'une  abbaye  (membra  abbatiae) ;  ou  y  trou- 
vait un  nombre  variable  de  religieux,  sous  la  direction 
d'un  prieur  nommé  librement  par  l'abbé. 

Au  début  du  xv«  s.,  quelques  monastères  de  Hol- 
lande demandèrent  et  obtinrent  leur  affiliation  à  Cî- 
teaux; ils  conservèrent  toutefois  leur  condition  juri- 
dique de  prieurés.  D'autres  monastères  cisterciens  fu- 
rent fondés  comme  prieurés,  tel  Waarschoot,  i)rès  de 
Gand.  Le  prieuré  de  S. -Sauveur,  à  Anvers,  fondé  en 
1433,  devint  cependant  abbaye  en  1652.  Différents  fu- 
rent les  cas  d'abbayes  de  moniales  devenant,  pour  des 
raisons  diverses,  des  prieurés  d'hommes.  En  1452,  le 
chapitre  général  décrète  que  l'abbaye  de  Ste-Walburge, 
au  dioc.  de  Cologne,  sera  désormais  un  prieuré  de  moi- 
nes. A  cette  occasion,  l'autorité  compétente  marque 
dans  ses  grandes  lignes  les  pouvoirs  des  prieurs  titu- 
laires :  ceux-ci  sont  inamovibles,  dans  les  mêmes  condi- 
tions que  les  abbés  ;  leur  juridiction  est  égale  à  celle  des 
prélats.  C'est  d'après  ces  lois  que  furent  créés  les  prieu- 
rés de  la  Joie,  des  Rosiers,  de  Belleau,  de  Montarlot,  de 
Penthemont. 

Le  prieuré  de  S. -Lazare,  à  La  Ferté-Milon,  fut  fondé 
en  1610;  cinq  religieux  de  Longpont  y  séjournaient 
pour  le  service  de  la  inaladrerie.  Les  moines  d'Acey  oc- 
cupèrent un  temps  le  prieuré  d'Apreinont  (Hte-Saône), 
laissé  libre  par  les  bénédictins.  Il  devint  ensuite  une 
paroisse  (de  Trévillers,  Seqiianiu  monaslico,  Vesoul, 
1950,  p.  45).  La  congrégation  d'Espagne  se  forma 
d'abord  par  la  sécession  de  plusieurs  abbayes  an- 
ciennes, puis  créa  aussi  une  série  de  prieurés  mineurs 
(cf.  Janauschek,  Orig.  cisterc,  Vienne,  1877,  p.  lxviii; 
Henriquez,  Fasciculus  S  S.  nrd.  cisterc,  u,  Cologne, 
1631,  p.  501).  La  congrégation  d'Alcobaça  fit  de  mêine. 
Les  Regesla  de  Léon  X  (éd.  Hergenrœther,  Fribourg- 
en-Br.,  1884)  citent  plusieurs  prieurés  cisterciens,  tels 
ceux  de  N.-D. -aux- Vignes,  ou  S. -Loup,  à  Orléans  (n. 
11232-33),  et  de  la  Costejean  (n.  16931),  au  dioc.  de 
Montauban;  c'étaient  deux  prieurés  de  moniales.  Sar- 
torius  a  nommé  les  prieurés  dépendant  des  abbayes  de 
Sedlec,  de  Plass,  de  Kiinigsaal,  de  Zara,  de  Gradz  {Cis- 


lerciuni.  Prague,  1700,  p.  1087).  Kn  1738,  dans  le  duché 
de  Lithuanie,  on  fondait  encore  deux  j^rieurés  pour 
moines  :  Clairefontaine  et  Vallombreuse,  rattachés  à  la 
province  polonaise  (Staluta,  1738  :  134,  g). 

Au  nombre  des  avantages  procurés  par  le  régime  des 
prieurés,  il  faut  noter  celui  d'écarter  plus  facilement  la 
plaie  de  la  comniende.  En  raison  de  leurs  revenus  plus 
modestes,  ces  établissements  attiraient  moins  les  re- 
gards des  collateurs  et  des  bénéficiaires.  Cependant,  en 
1682,  Harlay  de  Champvallon,  archevêque  de  Paris, 
et  le  P.  de  La  (Chaise  tentèrent  de  mettre  en  comniende 
cinq  prieurés  de  Cîteaux  :  ce  furent  les  parlementaires 
qui  firent  échouer  le  projet  (J.  Orcibal,  Louis  XIV 
contre  Innocent  XI,  Paris,  1949,  p.  55,  note). 

Le  ms.  925  de  la  bibl.  de  l'.Xrsenal,  à  Paris,  cite  une  cin- 
quantaine de  prieiu"és  cisterciens.  Il  y  a  là  des  erreurs  mani- 
festes, du  moins  au  sens  où  nous  entendons  ici  prieuré, 
établissement  occupé  par  une  communauté  menant  la  vie 
régulière.  Cottineau  ((ualifie  également  de  prieurés  bon 
nombre  de  fermes  monastiques  de  particulière  importance, 
ou  des  églises  à  la  charge  d'abbayes  cisterciennes.  Même 
procédé  dans  le  Cartulaire  de  Bonneconibe,  éd.  Verlaguet, 
Rodez,  1918,  p.  1-22.  —  Des  mentions  de  prieurés  cister- 
ciens se  lisent  dans  les  Registres  des  papes  (École  française 
de  Rome)  :  Benoît  XI,  n.  415;  Nicolas  n.  26.54  ,  5022; 
.Jean  XXII,  n.  26619,  27107,  401.56,  42676,  42713,  42714, 
44479,  .54266,  57879,  62873;  Henoil  XII,  n.  3973;  Reyestum 
Clementis  V...  nionacli.  O.  S.  B.,  n.  1510.  —  Cf.  Statuta  cap. 
gen.  ord.  cislerc,  éd.  Louvain,  1933-41,  viii,  Indice.i,  p.  407, 
/'rfor«/ii.s'. 

4°  Les  conitits  intérieurs.  —  De  Rome,  dom  Durban, 
procureur  général  des  mauristes,  écrivait  à  dom  Luc 
d'Achery,  en  juin  1675,  ses  doléances  au  sujet  des  «  pau- 
vres réformez  de  Cisteaux  qui  ne  viendront  pas  pour- 
suivre à  Rome  et  qui  veulent  à  présent  mettre  toute 
leur  confiance  en  Dieu...  ».  Un  arrêt  du  Conseil  d'État 
du  roi  (19  avr.  1(575)  venait  en  elTet  de  débouter  de 
leurs  injustes  prétentions  les  religieux  de  l'Étroite  ob- 
servance. I^a  querelle  entre  les  abstinents  et  la  Com- 
mune observance  les  avait  donc  conduits  jusqu'à  por- 
ter leur  cause  devant  les  tribunaux  laïcs! 

Il  en  fut  de  même,  hélas,  des  discussions  au  sujet  des 
pouvoirs  de  l'abbé  de  Cîteaux,  que  les  quatre  premiers 
Pères  voulaient  restreindre  de  plus  en  plus.  Dans  l'or- 
dre, les  abbés,  les  moines,  docteurs  théologiens,  ju- 
ristes ou  historiens,  prirent  ]50sition  pour  ou  contre 
l'abbé  général.  Les  mémoires,  les  études,  les  lettres,  les 
observations  tombèrent  en  avalanches  serrées  durant 
les  xvii^  et  xviu«  s.,  et  jusqu'à  la  veille  de  la  Révolu- 
tion. Que  de  temps  perdu,  que  de  jalousies  fomentées  et 
de  rivalités  entretenues!  La  Charte  de  charité  —  ohl  dé- 
rision —  était  devenue  une  pomme  de  discorde;  chacun 
prétendait  y  trouver  la  justification  de  ses  propres 
idées.  La  tactique  était  semblable  chez  les  pseudo-ré- 
formateurs de  l'Église,  qui  renvoyaient  volontiers  les 
prélats  de  leur  temps  à  l'époque  des  catacombes.  En 
1775,  des  curés  du  dioc.  de  Troyes  discutaient  âprc- 
ment  la  juridiction  de  l'archidiacre  et  autres  supé- 
rieurs, «  qui,  disaient-ils,  était  inconnue  aux  quatre  pre- 
miers siècles  »  (Arch.  nat  ,  G"  62.'),  dossier  58,  cité  par 
J.  Dedieu,  op.  cit.,  p.  578). 

jNIais,  précisément,  depuis  l'époque  de  la  Charte, 
comme  depuis  les  débuts  de  l'Église,  le  temps  a  mar- 
ché; des  nécessités  nouvelles  se  sont  levées;  la  multipli- 
cation des  abbayes  a  réclamé  des  rouages  nouveaux 
dans  le  gouvernement,  et  puisque  le  chapitre  général, 
suprême  autorité  de  l'ordre,  ne  tenait  plus  ses  sessions 
qu'à  des  intervalles  parfois  considérables,  il  fallait  con- 
solider de  plus  en  plus  l'autorité  légitime  détenue  par 
l'abbé  général.  Or  les  adversaires  travaillaient  à  sa  des- 
truction. A  leur  insu,  ils  agissaient  donc  dans  la  ligne 
des  révolutionnaires  de  93. 

.\rch.  départ,  de  la  Côte-d'Or,  11  H  11  :  débats  au  sujet 
de  la  juridiction  entre  C.  et  les  quatre  premiers  Pères  (1675- 


!H»3 


99  A 


1771).  -  Arch.  départ,  du  Nord  :  Il  6  :  oonllil  entre 
l'abbé  de  Cîteaux  et  les  définiteiirs,  1766,  et  arrêt  rendu  en 
1770.  —  Arcli.  nat..  Paris,  ms.  1501  (L,  747.  2")  :  •  Idée 
sommaire  de  l'ordre  de  C.  considéré  dans  son  principe,  ses 
accroissements,  sa  décadence  et  les  moyens  de  le  rétablir  » 
(xviii'  s.);  ms.  1502  :  petit  abrégé  d'im  mémoire  concer- 
nant le  régime  de  l'ordre  de  C.  (xviii'  s.);  ms.  1304  :  obser- 
vations sur  l'ancienne  et  la  nouvelle  rédaction  de  la  règle  de 
l'ordre  de  C.  (xviii"'  s.).  —  Di.ion,  bibl.  munie,  ms.  1591 
(357  V,  fol-  94  :  précis  du  régime  contre  les  quatre  premiers 
Pères  (xvii«  s.).  —  Port-du-Salut  (Mayenne),  abbaye  cis- 
tercienne, ms.  S  :  contient  une  thèse  en  laveur  des  pouvoirs 
de  l'abbé  de  C.  (1738).  — Troyes,  bibl.  munie,  ms.  349  : 
dom  Aubertot,  prieur  de  l'Isle-en-Harrois,  Traité  de  l'auto- 
rité du  chapitre  général  (xvir  s.). 

[.J.  A.  Macusson],  Traité  hist.  du  chapitre  général  de  l'ordre 
de  C.  par  lequel  on  jait  imir  quelle  est  son  autorité...,  s.  1.,  1737; 
ouvrage  condamné  par  le  chap.  gén.  de  1738,  n.  .328.  —  L. 
Meschet,  Privilèges  de  l'ordre  de  C...,  Paris,  1713;  cite  dans  la 
II"  partie,  p.  27.'>-3.).5,  des  lettres  patentes  des  rois  de  France 
et  plusieurs  «  arrests  du  Conseil  d'État  du  roy  ».  —  [Mon- 
tanbonl.  Éclaircissements  des  privilèges  de  l'ordre  de  C..., 
Liège,  1714;  ouvrage  condamné  par  le  chap.  gén.  de  1738, 
n.  178.  —  De  nombreux  imprimés  sont  mentionnés  dans  le 
Catalogue  de  l'hist.  de  France,  v,  .")06;  dans  le  Catalogue  de  la 
bibl.  de  Troi/es,  par  Socard,  Troyes,  1889,  it,  .Jurisprudence, 
p.  328;  dans  Heaunier-Besse,  op.  cit.,  Introd.,  Paris,  1906, 
p.  160.  —  Les  statuts  des  chapitres  généraux  sont  aussi 
témoins  des  conflits  intérieurs;  voir  notamment  les  chapi- 
tres des  années  1667,  1672,  1683.  —  Les  correspondances 
échangées  à  l'occasion  des  visites  canoniques  constituent 
une  source  intéressante  et  peu  exploitée  encore.  Citons  :  au.x 
Arch.  de  l'Aube,  fonds  Clain>au.v,  3  H  174-243;  aux  Arch. 
du  Nord,  27  H  7  :  visites  des  abbayes  cisterciennes  par  les 
abbés  de  Loos  (1501-1776);  27  H  15,  16  :  visites...  par  les 
abbés  de  Vaucelles  (15.5.3-1780).  La  bibl.  de  Mons  (Belgique) 
conserve,  dans  le  ms.  438  (ancien  107-184),  les  Epistola- 
rum  centuriae  X-XVI  de  l'alibé  de  Cambron,  .\.  Le  Waittc 
(1662-77). 

Nous  n'avons  à  signaler  la  Commission  des  réguliers, 
créée  en  juill.  1766,  que  pour  marquer  les  ménagements 
exceptionnels  dont  fut  l'objet  l'ordre  de  Cîteaux.  Au- 
cune maison  ne  fut  supprimée.  Le  président  de  la  Com- 
mission, Loménie  de  Brienne,  a  noté  lui-même  que 

•  cette  affaire  de  Cîteaux  sera  une  des  plus  difficiles  que 
la  Commission  ait  à  traiter,  ...en  raison  de  l'impor- 
tance de  l'ordre  (répandu  dans  toutes  les  régions  d'Eu- 
rope), de  l'étendue  des  objets  et  de  leur  liaison  avec 
des  principes  de  politique  ».  Craignant  aussi  de  voir  les 
abbés  des  pays  étrangers  renoncer  à  leur  soumission  et 
à  leur  présence  au  chapitre  de  Cîteaux,  on  voulait  mé- 
nager leurs  susceptibilités  (cf.  S.  Lemaire,  La  Commis- 
sion des  réguliers  (1766-1780),  Paris,  1926,  p.  147). 

Dans  les  enquêtes  réalisées  par  la  Commission,  on 
peut  lire  le  chiffre  de  population  des  abbayes  cister- 
ciennes françaises  aux  environs  de  l'année  1768.  On 
comptait  dans  le  royaume  228  monastères  d'hommes, 
occupés  par  1851  sujets.  La  moyenne  est  bien  faible  : 
8  religieux  pour  une  abbaye.  En  réalité,  la  répartition 
était  fort  inégale.  En  1790,  Clairvaux  comptait  20  p'ro- 
fès  et  Cîteaux  une  quarantaine.  Malgré  cette  situation 
appauvrie,  la  fièvre  des  constructions  nouvelles  avait 
pénétré  dans  les  cloîtres  depuis  le  début  du  siècle. 

•  C'était  dans  toute  la  France  le  même  mouvement 
irrésistible,  qui  renouvelait,  modernisait  les  antiques 
institutions;  S. -Denis,  Prémontre,  Longpont  faisaient 
peau  neuve  et  se  rhabillaient  au  goût  du  jour  »  (L.  Gil- 
let.  Abbaye  de  Chaalis,  p.  xx);  de  même  pour  Chaalis, 
1736;  Foigny,  1736;  Grâce-Dieu,  1760;  Bonnecombe, 
1732;  Fontenelles,  1735;  Fontmorigny,  1722-38; 
Preuilly,  1736;  Relec,  1774;  Vieuville,  1772;  Coetma- 
loen,  1782;  Cherlieu,  1773;  Royaumont,  1787;  Bou- 
lancourt,  1721;  Cercamp,  1787;  Flines,  1755.  La  re- 
construction de  Clairvaux  était  terminée  vers  1760, 
mais  celle  de  Cîteaux  fut  arrêtée  par  la  Révolution  : 
seule  la  huitième  partie  du  plan  dressé  par  l'archi- 
tecte Lenoir  était  achevée.  Le  cataclysme  était  là, 


tout  proche;  mais  personne  ne  le  voyait,  chacun  vivait 
dans  une  confiance  irrélléchie. 

5°  La  Révolution  française.  —  Elle  eut  un  caractère 
tout  à  la  fois  politique  et  antireligieux.  Comme  à 
toutes  les  époques  troublées,  il  y  eut  des  martyrs  et 
des  suppressions  d'établissements  ecclésiastiques.  Les 
transformations  prirent  une  marche  progressive.  Les 
biens  d'Église  sont  d'abord  mis  à  la  disposition  de  la 
Nation  en  nov.  1789.  Trois  mois  après,  la  Constituante 
proclame  la  suppression  des  vœux  monastiques.  Inven- 
taires et  enquêtes  commencent.  Quelques  moines,  fa- 
tigués du  froc,  trouvent  l'occasion  propice  pour  se  dé- 
clarer libres.  Les  autres  —  la  grande  majorité  —  sont 
fidèles  à  leurs  engagements  sacrés,  et  plusieurs  jus- 
qu'au martyre.  «  Les  trappistes  émurent  l'enquêteur; 
il  lui  parut  qu'ils  aimaient  leur  état  du  fond  du  cœur;  il 
envia  leur  tranquillité,  leur  quiétude;  le  plus  silencieux 
des  ordres  d'hommes  fut  ce  jour-là  le  plus  éloquent  » 
(G.  Goyati,  Hist.  relig.  de  la  nation  franç.,  Paris,  1922, 
p.  502). 

L'exode  des  trappistes  à  la  Val-Sainte,  puis  leurs 
incroyables  jiérégrinations  en  Allemagne,  en  Russie,  en 
Angleterre,  furent  un  sauve-qui-peut,  pour  emporter 
intacte  leur  vie  religieuse.  En  France,  la  Révolution 
balaya  toutes  les  abbayes  :  les  unes  disparurent  dans 
les  flammes  après  le  pillage,  les  autres  furent  vendues 
à  l'encan.  Clairvaux  devint  en  1808  une  maison  cen- 
trale de  force  et  de  correction.  Cîteaux,  mis  en  vente  et 
adjugé  le  4  mai  1791,  passa  par  différentes  mains  et  at- 
tendit jusqu'en  1898  le  retour  des  moines. 

Parmi  les  martyrs  de  la  Révolution,  on  remarque 
d'abord  les  deux  moniales  de  Ste-Catherine  d'Avignon, 
exécutées  à  Orange  en  juill.  1794,  deux  sœurs  de  la 
noble  famille  de  Justamont,  Marguerite-Éléonore  et 
Madeleine- Françoise,  qui  portaient  en  religion  les  noms 
de  Sœur  Marie  de  S. -Henri  et  de  Sœur  du  S. -Cœur  de 
Marie.  Elles  furent  béatifiées  par  Pie  XI  le  10  mai  1925 
(cf.  Acta  apost.  Sedis,  xvii,  234).  Nombreuses  furent  les 
communautés  qui  eurent  leurs  martyrs  :  Sept-Fons,  la 
Trappe,  Freistorf,  Barbery,  Vaucelles,  Brayelle,  et 
même  Casamari,  non  loin  de  Rome. 

P.  de  La  Gorce,  Hist.  relig.  de  la  Révolution  franç.,  Paris, 
1917-23,  â  vol.;  au  t.  i,  p.  31  :  chifïre  de  la  population  mo- 
nast.  —  .J.  Leflon,  La  crise  révolutionuaire,  dans  Hiche- 
Martin,  xx,  Paris,  1949.  —  A.  Sicard,  L'ancien  clergé  de 
France.  Les  évéques  avant  la  Révolution,  5«  éd.,  Paris,  1912; 
Le  clergé  de  France  pendant  la  Révolution,  Paris,  1927,  3  vol.; 
L'éducation  morale  et  civique  avant  et  pendant  la  Révolution, 
2'  éd.,  Paris,  1913. 

VI.  LES  XlXf  ET  XXe  SIÈCLES.  —  Le  xix"  s.  ré- 
servait encore  aux  ordres  religieux  quelques  persécu- 
tions, non  plus  sanglantes,  mais  «  légales  »,  c.-à-d.  faites 
à  coups  de  lois.  Une  série  de  suppressions  d'établisse- 
ments religieux  fut  décrétée  en  Suisse  dans  les  années 
1803-76.  Disparurent  alors  successivement  les  moniales 
cisterciennes  d'Olsberg  (1805),  les  moines  de  Wettin- 
gen  (1841),  ceux  de  Hauterive  et  de  S.-Urban  (1848), 
les  moniales  de  Rathausen,  de  Felbach  et  de  Tânikon 
(1848),  celles  de  Gnadental  (1871). 

En  Allemagne,  la  sécularisation  des  abbayes  marche 
de  pair  avec  l'avance  des  armées  révolutionnaires  fran- 
çaises. A  dater  de  1803,  on  voit  tomber  successivement 
Bildhausen,  Bredelar,  Bronnbach,  Burlo,  Eberbach, 
Ebrach,  Fiirstenfeld,  Fiirstenzell,  Gotteszell,  Greven- 
broich,  Hardehausen,  Heisterbach,  Langheim,  Marien- 
feld,  Marienstatt,  Raitenhaslach,  Reifenstein,  Salem, 
Schôntal,  Walderbach,  Waldsassen,  et  autres,  sans 
parler  des  nombreuses  abbayes  de  moniales  (K.  Kast- 
ner,  Die  grosse  Sàkiilarisation  in  Deutschland,  Pader- 
born.  1926). 

En  Italie,  Joseph  Bonaparte,  créé  roi  de  Naples  par 
son  frère,  supprima  les  maisons  religieuses  dès  1807. 
Devenu  roi  d'Espagne  (1808-13),  il  abolit  les  ordres  re- 


nier. n'mST.  F.T  UV.  OKOGB.  F.CCI.KS. 


H.  —  .XII.    -  32  — 


<»9r. 

ligieux  et  s'empara  de  leurs  biens  (180il).  Les  quelques 
établissements  qui  survécurent  furent  supprimés  en 
1835  (L.  Seco,  Los  benedidinns  esparwles  en  el  s.  X.Y, 
Burgos,  1931).  Au  Portugal,  les  lois  persécutrices  de 
1834  supprimèrent  les  maisons  religieuses  et  confis- 
quèrent leurs  biens.  En  Autriche,  il  ne  restait  plus  que 
bien  peu  d'abbayes  depuis  que  Joseph  II  les  avait  sup- 
primées en  grand  nombre.  En  principe,  ces  lois  ne 
furent  pas  abrogées.  De  l'ancien  vicariat  de  Bohême- 
Moravie,  il  ne  restait  que  Hohenfurt  et  Ossegg. 

Après  ce  tour  d'horizon,  on  se  demande  :  que  restait- 
il  au  xixi^  s.  du  nombre  si  considérable  de  monastères 
qu'avait  compté  l'ordre  de  Cîteaux,  au  xiii<=  s.  surtout? 
Par  bonheur,  tous  n'avaient  pas  absolument  disparu, 
et  les  survivants  sentaient  monter  en  eux  une  sève  nou- 
velle. Fauchés  d'une  part,  ils  renaissaient  ailleurs  ;  écra- 
sés par  une  persécution,  ils  se  redressaient  après  l'orage. 

Dès  1817,  Rome  voit  renaître  les  deux  abbayes  de 
Ste-Croix  et  de  S.-Bernard-aux-Thermes.  Même  avant 
cette  date,  on  constatait  en  France  une  étonnante  mul- 
tiplication de  monastères.  En  effet,  quand  Napoléon 
fut  devenu  maître  de  la  France,  il  se  montra  bienveil- 
lant pour  les  trappistes,  (".eux-ci  en  profitèrent  et  mul- 
tiplièrent leurs  fondations.  Dans  les  environs  de  Paris, 
il  y  eut  la  maison  de  Sénart,  celles  de  Valenton  et  de 
Gros-Bois  sur  la  commune  d'Hières.  L'antique  ermi- 
tage du  Mont-Valérien  fut  rendu  à  sa  destination  pre- 
mière. L'hospice  du  Mont-Genèvre  s'ouvrit  pour  les 
pèlerins  passant  de  France  en  Italie  par  Briançon  et 
Suse.  Ces  fondations  et  plusieurs  autres  n'eurent  tou- 
tefois qu'une  durée  éphémère,  car  le  sourire  de  l'em- 
pereur se  changea  bientôt  en  un  décret  d'expulsion 
(28  juin.  1811).  Mais,  avec  la  campagne  de  Russie, 
l'étoile  de  Napoléon  commence  à  pâlir.  En  1814,  l'em- 
pereur déchu  est  à  l'île  d'Elbe;  les  émigrés  rentrent 
chez  eux.  La  Trappe  de  Mortagne  (Orne)  est  réoccupée 
en  1815  et  aura  dans  la  suite  une  filiation  de  6  monas- 
tères, dont  3  au  Canada  et  1  à  Rome.  Westmalle  est 
réoccupé  en  1814  et  aura  une  filiation  de  10  monastères 
d'hommes,  dont  3  en  Hollande  et  1  en  Grande-Breta- 
gne. Melleraye  est  réoccupé  en  1815-16  et  aura  une 
filiation  de  15  monastères  d'hommes,  dont  4  en  Ir- 
lande, 7  aux  États-Unis,  1  au  Japon,  1  en  Angleterre, 
1  en  Écosse.  Aiguebelle  est  réoccupé  en  1816  et  aura 
une  filiation  de  17  monastères,  dont  2  en  Afrique,  1  en 
Syrie,  6  en  Espagne,  1  au  Canada,  1  en  Yougoslavie. 
Port-du-Salut  est  fondé  en  1816  par  des  moines  venus 
de  Darfeld.  L'abbaye  du  Gard  avait  été  reprise  en  1816, 
mais  la  communauté  l'abandonna  pour  aller  réoccuper 
Sept-Fons  en  1845.  Cette  abbaye  aura  une  filiation  de 
10  monastères  d'hommes,  dont  1  en  Afrique,  2  en 
Chine  et  1  en  Palestine.  Le  Mont-des-Olives  est  fondé 
en  1825  et  aura  une  filiation  de  4  monastères  d'hommes, 
dont  2  en  Allemagne,  1  en  Autriche,  1  en  Yougoslavie. 

Tous  ces  monastères  s'appelleront  Trappes,  du  nom 
de  leur  maison  mère,  appelée  désormais  la  Grande- 
Trappe.  Toute  cette  descendance  provient  bien  effec- 
tivement du  groupe  des  24  moines  sortis  de  la  Trappe 
en  1791  à  la  suite  de  dom  Augustin  de  Lestrange.  Il 
fallait  l'audace  et  l'initiative  de  cet  homme  pour  opé- 
rer le  sauvetage  tel  qu'il  l'a  réalisé.  Ajoutons  cependant 
que  les  rigueurs  insolites  qu'il  imposa  aux  siens  (cf. 
Règlements  de  la  Val-Sainle,  Fribourg,  1795)  et  l'omni- 
potence qu'il  prétendit  exercer  sur  tous  les  établisse- 
ments de  la  congrégation  faillirent  plus  d'une  fois  lui 
être  fatales. 

Pendant  que  les  trappistes  se  multipliaient  en  France 
et  à  l'étranger,  d'autres  congrégations  cisterciennes  se 
reconstituaient.  Les  moines  de  S.-Bernard-sur-l'Es- 
caut,  n'ayant  pu  récupérer  leur  antique  monastère, 
s'étaient  établis  à  Bornem  en  1835;  en  1844,  ils  réoc- 
cupaient Val-Dieu,  au  dioc.  de  Liège.  Ces  deux  abbayes 
constituèrent  un  vicariat  ou  congrégation  approuvée 


en  1846.  Plus  considérable  fut  la  congrégation  d'Au- 
triche-Hongrie, approuvée  en  1859.  Elle  comprenait 
les  abbayes  de  Rein,  de  Heiligenkreuz,  de  Zwettl  ou 
Clairvaux  d'Autriche,  de  Wilhering,  d'Ossegg,  de  Zircz, 
de  Lilienfeld.  de  Mogila,  de  Szczyrzyc,  de  Hohenfurt, 
de  Stams,  de  Schlierbach.  En  1891 ,  les  deux  abbayes  de 
Mehrerau  et  de  Marienstatt  constituèrent  le  vicariat  de 
Suisse-Allemagne.  En  1864,  une  congrégation  cister- 
cienne nouvelle  vit  le  jour;  elle  se  qualifiait  de  moyenne 
observance.  Elle  fut  approuvée  de  nouveau  en  1892  et 
comptait  les  abbayes  de  Sénanque,  de  Fontfroide,  de 
Hautecombe,  de  Lérins,  de  Pont-Colbert. 

Les  papes  Pie  VII  et  Léon  XII  avaient  eu  jadis  le 
désir  d'unifier  quelques-unes,  au  moins,  des  congréga- 
tions bénédictines.  Le  projet  ne  put  aboutir.  Dans  le 
même  sens,  Léon  XIII  manifesta  la  volonté  d'unir  en 
un  ordre  distinct  tous  les  monastères  issus  de  la  Trappe, 
qui,  jusqu'alors,  dépendaient  de  l'abbé  président  de 
l'ordre  de  Cîteaux.  Pratiquement,  cette  dépendance  se 
réduisait  à  la  demande  de  confirmation  des  élections 
abbatiales.  Le  chapitre  général  des  trappistes,  convo- 
qué par  décret  pontifical,  se  réunit  à  Rome  le  l"^'  oct. 
1892.  Il  comptait  53  membres,  dont  33  abbés.  Les  Pères 
capitulants  réalisèrent  l'union  voulue  par  le  S. -Siège, 
en  prenant  pour  base  la  Règle  de  S.  Benoît,  la  Charte  de 
charité  et  les  Us  de  Cîteaux.  Ils  eurent  à  élire  un  supé- 
rieur général;  ce  fut  dom  Sébastien  Wyart,  abbé  de 
Sept-Fons,  qui  devint  abbé  de  Cîteaux  après  la  restau- 
ration de  l'antique  abbaye  mère.  Désormais,  comme 
jadis,  l'abbé  de  Cîteaux  est,  par  là  même,  général  de 
l'ordre  cistercien  de  la  stricte  observance  (rescrit  de 
Léon  XIII,  3  juin.  1899).  Enfin  la  Constitution  Non 
mediocri,  du  30  juill.  1902,  consacre  à  nouveau  l'œuvre 
accomplie;  le  Souverain  pontife  déclare  une  fois  de  plus 
que  les  trappistes  sont  vraiment  cisterciens  et  jouis- 
sent de  tous  les  privilèges  accordés  par  le  S. -Siège  à 
l'ordre  de  Cîteaux. 

En  1894,  le  prieur  de  Hautecombe,  dom  Gaillemin, 
fit  éditer  à  Lérins  un  Status  generalis  abbatiarum,  prio- 
ratuum,  monasteriorum  in  quibus  militant  filii  aut  filiae 
S.  Rernardi,  ordinis  cisterciensis.  La  récapitulation  se 
présente  comme  suit  : 

Monastères  d'hommes.  —  Commune  observance  :  19 
monastères,  avec  759  religieux.  —  Moyenne  obser- 
vance :  5  monastères,  avec  149  religieux.  —  Casamari  : 
3  monastères,  avec  45  religieux.  —  Stricte  observance 
ou  trappistes  :  56  monastères,  avec  3200  religieux. 

Monastères  de  moniales.  —  Commune  observance  : 
95  monastères,  avec  2413  religieuses.  —  Moyenne  ob- 
servance :  1  monastère,  avec  36  religieuses.  —  Stricte 
observance  (trappistines  et  autres)  :  32  monastères, 
avec  1301  religieuses. 

Depuis  la  statistique  de  1894,  la  famille  cistercienne 
s'est  développée.  La  Commune  observance,  divisée  en 
dix  congrégations  sous  la  présidence  d'un  abbé  géné- 
ral! compte  actuellement  72  établissements  avec  1500 
religieux  et  novices.  Une  cinquantaine  de  monastères 
de  moniales  compte  1600  religieuses  et  novices;  elles 
sont  plus  particulièrement  sous  la  juridiction  des  évê- 
ques. 

La  Stricte  observance  (trappistes),  gouvernée  par 
l'abbé  de  Cîteaux,  est  représentée  par  64  monastères 
d'hommes  avec  4800  religieux  et  26  monastères  de 
femmes  avec  1800  religieuses.  Dans  cette  supputation, 
il  n'est  pas  tenu  compte  des  postulants  et  novices,  dont 
le  nombre  est  trop  facilement  variable.  Actuellement, 
par  ex.,  plusieurs  abbayes  d'Amérique  possèdent  des 
noviciats  comportant  50,  80  et  même  130  sujets.  Aussi 
les  fondations  cisterciennes  se  multiplient-elles  en  ce 
pays. 

La  vie  monastique,  comme  par  le  passé,  se  déroule 
dans  l'effacement,  la  prière  et  le  travail  :  Ora  et  labora. 
Si  certains  monastères  se  sont  installés  au  cœur  des 


iti>7  CITKAl'X  (ORD 

pays  de  mission,  on  y  travaille  à  l'évangélisation  sur- 
tout par  l'exemple  d'une  vie  austère  soutenue  par 
l'oraison,  selon  la  formule  dictée  par  le  Christ  :  In  ora- 
lione  et  jejunio.  Lors  de  la  révolution  espagnole,  quinze 
religieux  de  l'abbaye  de  Via  Caeli  ont  subi  le  martyre, 
en  déc.  1936.  La  récente  guerre  mondiale  a  compté 
aussi  de  nombreuses  victimes  du  même  genre,  dont  le 
dénombrement  sera  possible  un  jour. 

J.-M.  Canivez. 
3.  CITE  AUX  (Monastère  de  religieuses),  Cis- 
tercium.  Maison  située  à  Bologne,  qu'on  demande  au 
chapitre  général  d'incorporer  à  l'ordre  cistercien,  en 
1266.  L'examen  des  conditions  où  elle  se  trouve  est 
confiée  aux  abbés  de  Fontevivo  (dioc.  de  Parme)  et 
de  Strata  (dioc.  de  Bologne).  Le  chapitre  général  réitère 
cette  délégation  en  1267  et  exige  qu'on  modifie  le  nom 
donné  au  monastère. 

Slatula  cap.  gen.  ord.  cislerc,  éd.  Louvain,  iir,  1933, 
ann.  1266  :  56;  1267  :  32. 

J.-M.  Canivez. 
CITHARIZUM  (Kieapijôv,  Kieapijcôv,  KiSpi- 
jcôv),  évèché  de  la  province  d'Arménie  IIP,  dépen- 
dant de  Camachus.  Cette  petite  ville,  située  aux  mar- 
ches orientales  de  l'empire  romain,  joua  un  certain  rôle 
dans  la  défense  de  la  frontière  contre  les  Perses.  Jus- 
tinien  en  fit  une  puissante  forteresse  (Procope,  De 
aedif.,  m,  3).  C'est  aujourd'hui  le  village  de  Keteriz, 
dont  le  nom  n'est  qu'une  déformation  du  vocable  an- 
tique. 

On  ne  lui  connaît  qu'un  seul  évêque,  Marcien  (Le 
Quien  dit  Marien),  qui  prit  part  au  concile  in  Trullo 
(691-92)  (Mansi,  xi,  1005). 

Le  titre  a  été  conféré  à  plusieurs  reprises  dans  l'Église 
romaine  :  Jacques  ?-t  1430.  —  Julien  Antoni,  O.  P., 
17  juin  1439.  —  Narcisse-Zéphyrin  Lorrain,  1882.  — 
Athanase-Marie-Vicent  Soler  y  Royo,  O.  F.  M.  Cap., 
22  déc.  1906-t  21  nov.  1930,  vie.  apost.  de  Goajira.  — 
Augustin  Roy,  M.  E.  P.,  4  déc.  1930-t  22  déc.  1937,  an- 
cien évêque  de  Coimbatore.  —  Pierre  Massa,  M.  E.  M., 
29  mars  1938-11  avr.  1946,  vie.  apost.  de  Nanyang. 

Le  Quien,  i,  453-54.  —  Smith,  Dicl.  of  Greek  aiul  Roman 
Geography,  i,  628.  —  Weissbach,  dans  Pauly-Wissowa,  xi', 
530.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  392.  —  MEyàAri  ÈXAr|viKri  êyKu- 
KAoTTaiScia,  xiv,  368. 

R.  Janin. 

CITIDIOPOLIS,  soi-disant  évêché  de  Cili- 
cie  IF.  Dans  la  liste  des  signataires  du  concile  in  Trullo, 
on  lit  le  nom  de  Sisinnius,  évêque  de  Citidiopolis,  à  la 
suite  de  ceux  de  cette  province  et  juste  avant  ceux 
d'Isaurie  (Mansi,  xi,  997  D).  Le  Quien  (ii,  905-06)  a  vu 
dans  cette  ville  celle  que  Ptolémée  appelle  Cetidion. 
En  réalité,  c'est  une  faute  de  copiste  pour  Claudiopolis, 
ville  d'Isaurie,  qui  manque  précisément  dans  la  liste 
des  évêques  de  cette  province  au  même  concile.  C'est 
pourquoi  la  Consistoriale  a  justement  écarté  Citidiopo- 
lis de  son  catalogue.  On  ne  trouve  le  nom,  du  reste, 
dans  aucune  liste  épiscopale  du  patriarcat  d'Antioche 
dont  elle  aurait  fait  partie. 

R.  Janin. 

CITIUM  (KItiov),  évêché,  puis  métropole  de  l'île 
de  Chypre,  dépendant  de  Constantia.  Cette  ville  fut 
probablement  fondée  par  les  Mycéniens,  car  on  y  a  dé- 
couvert des  antiquités  de  leur  civilisation  remontant 
au  xiv  s.  av.  J.-C.  Les  Phéniciens  y  établirent  une  co- 
lonie vers  l'an  1000.  Son  nom  primitif,  Kéti  (Kittim 
pour  les  Hébreux),  servit  à  désigner  l'île  tout  entière  et 
même  les  pays  du  monde  grec.  Elle  eut  des  rois  indi- 
gènes, soumis  aux  Assyriens,  puis  aux  Perses.  Le  der- 
nier, Pumithon  (361-312),  perdit  son  trône  pour  avoir 
fait  alliance  avec  Antigone  contre  Ptolémée.  Celui-ci 
annexa  toute  l'île  de  Chypre  à  l'Égypte.  Une  partie  de 
la  ville  moderne  de  Larnaca  occupe  le  site  de  l'an- 
cienne Citium. 


HK)      -  CITHI  S  !t98 

Il  esl  vraisemblable  que  l'évêché  de  Citium  fut  créé 
de  bonne  heure,  mais  on  ne  saurait  préciser  la  date  de 
sa  fondation.  L'ne  tradition  prétend  que  Lazare,  le  res- 
suscité de  Béthanie,  fut  son  premier  évêque.  Il  ne 
semble  pas  qu'elle  soit  antérieure  au  v^  s.,  puisque 
S.  Épiphane  n'en  parle  pas  quand  il  traite  de  ses  des- 
tinées. 

Ce  Lazare  a  peut-être  existé,  mais  seulement  au  ii« 
ou  iiif  s.,  et  on  l'aura  volontairement  identifié  avec  le 
frère  de  Marthe  et  de  Marie  pour  rehausser  le  prestige 
de  l'évêché.  On  ne  connaît  que  trois  évêques  de  Citium 
pendant  la  période  impériale  :  Mnémius  prit  part  au 
concile  de  Constantinople  en  381  (Mansi,  m,  570  A).  — 
Tychon  fut  un  des  Pères  du  VF  concile  œcuménique 
(680)  (Mansi,  xi,  585  B,  645  D,  673  B).  —  Théodore  as- 
sista au  second  concile  de  Nicée  (787)  (ibid.,  xii,  995  C, 
1099  E;  xiii,  388  B).  —  Pendant  la  domination  franque 
sur  l'île  (1 191-1571),  l'évêché  grec  fut  supprimé.  —  Ri- 
caut  parle  de  l'évêque  de  Citium  (1678),  dont  il  ne 
donne  pas  le  nom  (État  présent  de  l'Église  grecque, 
p.  103).  —  Cosmas  occupa  le  siège  avant  le  1«'  déc.  1695 
(Sathas,  Bibliotheca  graeca  Medii  Aeui,  m,  520).  — 
Macaire,  1773  (A.  Papadopoulos-Kerameus,  'lepoao- 
XutjriTiKiî  pigAioeriKT),  iv,  364).  —  Mélétius  l",  1852 
(Rhalli-Potli,20vTayno(  twv  îepcov  kco'Ôvcov,  v,  528).  — 
Cyrille,  7-1909.  —  Mélétius  II  Métaxakis,  1910-18.  ~ 
Nicodème  Milonas,  1918,  exilé  par  le  gouvernement  an- 
glais en  oct.  1931,  pour  sa  participation  à  une  tentative 
d'insurrection. 

L'éparchie  ou  diocèse  comprend  les  districts  de  Lar- 
naca, Limassol,  Kilanion  et  Episcopi.  La  résidence  du 
métropolite  est  à  Larnaca.  Il  porte  aussi  le  titre  de 
«  président  d'Amathonte,  de  la  nouvelle  ville  de  Lémé- 
sos  (Limassol)  et  de  Curium  ».  Il  y  a  une  centaine  de 
villages,  avec  174  i)rêtres,  et  deux  monastères,  ceux  de 
S. -Georges  et  de  Stavrovounion,  qui  n'ont  plus  que 
deux  ou  trois  moines. 

Le  Quien,  ii,  1055-58.  —  Smith,  Dict.  of  Greek  and  Ro- 
man geography,  i,  628-29.  —  Bûrchner,  dans  Pauly-Wis- 
sowa, XI  535-45.  —  MeyàAri  éAXriviK^i  ÈyKUKAoTraiSeia, 
XIV,  468. 

R.  Janin. 

CITRUS  (KÎTpoç,  KÎTpov),  évêché  de  la  Macé- 
doine F«,  dépendant  de  Thessalonique,  puis  métropole. 
La  bourgade  de  ce  nom  est  bâtie  près  des  ruines  de 
l'ancienne  Pydna,  en  Piérie,  non  loin  de  la  côte,  au 
sud-ouest  du  golfe  de  Thessalonique.  Son  nom  rempla- 
çait déjà  celui  de  Pydna  au  i'"'  s.  Strabon  écrit  en  effet  : 
r\  TTÔÀiç  nû5va,  f\  vvv  Kîrpov  KaAeÏTai.  Il  semble  qu'elle 
fut  pourvue  d'un  évêché  à  une  époque  assez  tardive. 
En  tout  cas,  le  premier  titulaire  connu  n'apparaît  que 
dans  le  dernier  quart  du  ix"  s.  Cet  évêché  s'est  main- 
tenu jusqu'à  nos  jours,  malgré  son  peu  d'importance. 
Le  patriarcat  de  Constantinople  l'a  même  promu  au 
rang  de  métropole  et  a  donné  à  son  évêque  le  double 
titre  d' «  hypertimos  et  d'exarque  de  la  Piérie  »  (7  oct. 
1924)  ('OpôoSoÇia,  i,  128).  La  loi  grecque  sur  la  sup- 
pression de  certains  sièges  épiscopaux  l'atteignit  en 
1933,  à  la  mort  de  son  titulaire,  mais  il  fut  rétabli  l'an- 
née suivante.  L'éparchie  ou  diocèse  compte  60  pa- 
roisses, 70  prêtres  séculiers  et  3  monastères,  avec  16 
moines.  La  résidence  du  métropolite  est  à  Ékatérini. 

Les  évêques  connus  de  Citrus  ne  sont  pas  très  nom- 
breux :  Germain  assista  au  concile  de  879  qui  réhabi- 
lita Photius  (Mansi,  xvii-xviii,  377  A).  —  Un  anonyme 
fut  le  correspondant  de  Théophylacte  de  Bulgarie 
(Theophi/ladi  epistulae,  P.  G.,  cxxvi,  324-25).  —  Jean 
donna  une  réponse  à  une  consultation  de  Constantin 
Cabasilas,  métropolite  de  Dyrrachium  (Rhalli-Potli, 
ZûvTaypaTcôv  Upcôv  Kavôvcov,  v,  403-10). —  Néophyte, 
1486  (L.  Heuzey,  La  Macédoine,  Paris,  1874,  p.  468).  — 
Damascène  assista  en  1565  à  la  déposition  du  pa- 
triarche .Joasaph  II  (M.  Crusius,  Turcograecia,  174;  Hij- 


!»!)!) 


CITHUR         C  ITTA    DKIJ.  A    IM  F,  \  l'. 


1  000 


~aiitinische  Zeilschr.,  vu,  1898,  p.  71-7Ô).  —  Zosime  \". 
correspondant  de  Théodose  Zygomalas  {Tiircnpraecia. 
338).  —  Lucien,  janv.  1589  ('EAXriviKÔç  OiÀoXoyiKÔç 
ZûXAoyos,  XXVII,  suppl.,  367).  —  Zosime  II,  sept.  1607 
(ibid.,  XXVII,  suppl.,  382).  —  Jérémie  I",  signalé 
comme  ancien  évêque  eu  1613  (M.  Gédéon,  TTorpiap- 
XiKal  Éq)r)tJÊpi56S,  1937,  p.  175).  — Jérémie  II,  nov.  1617 
(A.  Papadopoulos-Kérameus,  'lEpoo-oAuiiiTiKTi  pigXio- 
6r)Kr|,  IV,  8,  10,  20,  21).  —  Maxime,  auteur  d'une  antho- 
logie grecque  éditée  par  Arcudius  (Le  Quien,  ii,  82  B). 

—  Jean,  ?  (A.  Papadopoulos-Kérameus,  op.  cit.,  m, 
60;  IV,  64,  358).  —  Joachim,  1671  (ibid.,  in,  29).  — 
Athanase,  déjà  entre  1700  et  1715  (M.  Gédéon,  op.  cit., 
1938,  p.  519;  Rei>.  de  l'Orient  latin,  i,  1893,  p.  315).  — 
Cyprien,  1821  (AsAtIov  ttîs  ÈôviKfjs  ÊTaipeîas,  vi,  13).  — 
Meletius  l",  démissionne  en  nov.  1846  ('EKKÂriCTiaCTTiKfi 
'AAiîeeia,  ii,  363,  n.  2).  —  Grégoire,  9  nov.  1846-56 
(ibid.,  363,  n.  2).  —  Meletius  II,  15  oct.  1856;  déposé 
en  mars  1876  (ibid.,  529,  n.  3;  634).  —  Philarète  (B.  Cal- 
liphron,  'EKKÀriaïaaTiKÔv  SeAtiôv,  243).  —  Joachim, 
1882  ("EkkA.  'AA.,  II,  635).  —  Nicolas,  1893-16  août 
1896  (ibid.,  xvi,  226).  —  Parthenius  Papaioannou, 
août  1896;  démissionne  en  févr.  1904  (ibid.,  xvi,  226; 
XXIV,  89).  —  Parthenius  Bardacas,  févr.  1904- 
t  26  janv.  19.33  ('OpOoSo^îa,  viii,  35-36).  —  Constan- 
tin Coïdaicès,  mars  1934  (ibid.,  ix,  36). 

L'Église  romaine  a  conféré  assez  souvent  le  titre  de 
Citrus  :  Guillaume,  1385-1405,  sufTragant  à  Pader- 
born.  —  Jean  de  Kolberg,  O.  P.,  19  févr.  1406-t  1428, 
suffragant  à  Mayence.  —  Hermann  de  Gherdon,  O.  P., 
26  mars  1432-35,  suffragant  à  Paderborn  et  à  Mayence. 

—  Bertrand,  1465,  suffragant  à  Aire.  —  Jean  de  Ber- 
neyo,  1467,  suffragant  à  Angers.  —  André  de  Arnstad, 
O.  P.,  16  juin  1479.  —  Pierre,  9  févr.  1488,  suffragant  à 
Bordeaux.  —  Mathelin  de  Leonnais,  1455-90.  —  Henri 
Daradon,  O.  Carm.,  3  mars  1490-t  1496,  suffragant  à 
Vannes.  —  Pierre  de  Guynio,  O.  Carm.,  23  janv.  1497- 
?,  suffragant  à  Vannes.  —  François  Rayneri,  O.  F.  M., 
22  déc.  1514-?,  suffragant  à  Bordeaux.  —  Jean  Letexe- 
rot,  O.  P.,  14  mars  1519,  suffragant  au  Mans.  —  Mar- 
tin de  Gaczah,  8  août  1544-?,  suffragant  à  Gross-War- 
dein.  —  Annibal  Mazochi,  24  mars  1538-t  1553,  suf- 
fragant à  Parme.  —  Barthélémy  Gisselin,  28  avr.  1553- 
t  1564,  suffragant  à  Mantoue.  —  François  Facini, 
6  oct.  1564-?,  suffragant  à  Mantoue.  —  Jean-Baptiste 
Valeri  ou  Valier,  17  nov.  1574-96,  coadjuteur  à  Bel- 
lune.  —  Abraham  Sladkowski,  1622,  suffragant  à 
Chelm.  —  Nicolas  Romanow-Swirski,  1644-t  avr.  1676, 
suffragant  à  Chelm.  —  Pie-Eugène  Neveu,  Assompt., 
11  mars  1926-t  17  oct.  1946,  admin.  apost.  à  Moscou. 

Le  Quien,  ii,  79-82;  m,  1095-96.  —  McyàXTi  éXXriviKf) 
êyKUKÀoiraiSEla,  xiv,  472.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  392. 

R.  Janin. 

CITTA,  ou  Civitale,  San  Severo,  dioc.  de  la  prov. 
de  Foggia  (Italie  mérid.),  province  eccl.  de  Bénévent. 
Après  la  conquête  de  l'Apulie  par  les  Normands,  le  pape 
Étienne  IX,  en  délimitant  les  pouvoirs  métropolitains 
de  Bénévent  (1058),  nomme  Civitate  parmi  les  évêchés 
qui  lui  sont  subordonnés.  De  1439  à  1470,  C.  fut  uni 
au  dioc.  de  Lucera  et  avec  lui,  en  1581,  fut  transféré  à 
San  Severo,  auquel,  encore  à  la  fin  du  xvi'^  s.,  fut  joint 
le  siège  de  Dragonaria.  —  En  1920,  le  diocèse  comptait 
70  000  catholiques,  9  paroisses,  90  prêtres. 

Liste  des  évêques.  —  Amelgerius,  Rogerius,  1062, 
1075.  —  Landulphe,  1092.  —  Jean,  1144.  —  Robert, 
1 180.  —  N...,  1255.  —  Donadeus,  1255.  —  Pierre,  1303, 
1304.  —  Jean,  1310.  —  Hugues,  1318,  1324.  —  Jean 
(?),  1335.  —  Christian,  transf.  à  Frigento,  1347.  — 
Matthieu,  O.  M.,  év.  d'Orgathe  (Perse),  1348.  —  Mat- 
thieu, 1360.  — -Jacques  Joannis,  O.  P.,  1372.  — Benoît, 
nommé  par  Urbain  VI.  —  Pierre  Joannis  Bapt.,  1388, 
transf.  à  Larino.  —  Jean,  O.  P.,  év.  de  Dagne,  1411.  — 
Jacques  de  Minutulis,  administr.,  t  1412.  —  Jacques 


'  Caraczulus,  administr.,  1125.  -  lïtienne.  —  .Jean,  év. 
de  Guardial fiera,  1473.  -  Antoine,  1477.  —  Nicolas, 
1480.  —  Gudiel  de  Cervatos,  1495.  —  Jacques  de  Noie, 
O.  P.,  1500.  -  Pancrace  Rotondi,  1504.  —  Robert  de 
Theobaldeschis,  1505.  —  Gaspard-Ant.  de  Monte, 1517. 

—  Luc  Gauricus,  1545.  —  Gérald  Rambald,  1550.  — 
François  Alciatus,  1561.  —  Martin  Martini,  S.  J.,  év. 
de  Lésina,  1581.  —  Germanicus  Malesplna,  1583- 
t  1604.  —  Octave  Vipera,  1604-t  1608.  —  Fabricius 
Veralli,  1608-t  1624.  —  Vincent  Caputo,  transf.  à  An- 
driano,  1625.  —  François  Venturi,  rés.  1629,  f  1641.  — 
Dominique  Ferro,  1629-t  1635.  —  François-Ant.  Sac- 
chetti,  1635,  transf.  àTroja.  —  Léonard  Severoli,  1650- 
t  1654.  —  Jean-Bapt.  Monti,  1655-t  peu  après.  — 
Franç.  Densa,  1657-t  1670.  —  Horace  Fortunati,  1670, 
transf.  à  Nardo,  1678.  —  Charles-Félix  de  Matha,  1678- 
t  1701.  —  Charles-Franç.  Giocoli,  1703,  transf.  à  Ca- 
])accio,  1717.  —  Déodat  Summantico,  O.  S.  A.,  1717- 
t  1735.  —  Barthélémy  MoUo,  1739-t  vers  1761.  — - 
Ange-Ant.  Pallante,  1766-1767.  —  Eug.-Benoît  Sca- 
ramuccia,  1767-t  1775.  —  Jos.-Antoine  Farao,  1775- 
94.  —  Jean-Gaétan  del  Muscio,  1797,  transf.  à  Siponto, 
1804. —  Jean-Camille  Rossi,  1818,  rés.  1826,  f  1837. — 
Bernard  Rossi,  1826-t  1829.  ~  Jules  de  Tommasi, 
1829-t  1843.  —  Rocho  de  Gregorio,  1843.  —  Antoine 
La  Scala,  év.  de  Gallipoli.  1858-t  1889.  —  Bernard 
Gaétan  d'Aragona,  O.  S.  B.,  d'abord  coadj.,  suce,  en 
1889.  Bonaventure  Gargiulo,  O.  M.  Cap.,  1895- 
t  1905.  —  Emmanuel  Merra,  év.  de  Cortone,  1905- 
t  1911.  — Gaétan  Pizzi,  év.  de  Lacedonia,  1912-t  1921. 

I  —  Oronce-Lucien  Durante,  1922-t  1941.  -  François 
Orlando,  1942. 

Ann.  pont.  —  Cappellelti,  xix,  ;}21-.'56.  —  Eubel,  i,  189; 
II,  129;  III,  183;  iv,  313.  —  Gains,  923.  —  A.  Grôner,  Die 
Diôzesen  Italiens,  1904,  p.  43-45.  —  H.  W.  Klewitz,  dans 
Quellen  iind  Forscli.  ans  ital.  Archiuen  und  Bibliotli.,  xiii, 
19.32-33,  p.  13,  47.  —  L.  T.  K.,  ii,  974;  ix,  507-08. 
l'Slielll,  viii,  270,  274. 

I  R.    W'VN  DOREN. 

I  CITTA  DELLA  PIEVE,  Castrum  P/e&(s,  ville 
j  de  la  prov.  de  Pérouse  (Italie).  Municipe  à  l'époque  ro- 
i  maine,  elle  fut  àprement  disputée  pendant  les  luttes 
entre  guelfes  et  gibelins.  Elle  fut  incorporée  dans  l'État 
pontifical  sous  Martin  \'.  Saccagée  par  les  troupes  de 
Charles-Quint,  elle  appartint  ensuite  à  la  légation  de 
Pérouse.  Clément  VIII,  en  1600,  la  sépara  de  l'évêché 
de  Chiusi  et  l'érigea  en  diocèse  dépendant  immédiate- 
ment du  Souverain  pontife.  —  Ce  diocèse  comporte  au- 
jourd'hui 45  000  catholiques,  33  paroisses,  47  prêtres 
séculiers,  6  réguliers. 

Liste  des  évêques.  —  Ange  Angelotti,  f  1602.  —  Fa- 
brice Paolucci,  1605-t  1625.  —  Celse  Zani,  O.  M.,  1625, 
résigna  1629.  —  Sébastien  Ricci,  1629-t  1638.  —  Jean- 
Bapt.  Carcarisio,  1638-t  1643.  —  Réginald  Lucarini, 
O.  P.,  1643-t  1671.  —  Charles-Franç.  Muti,  1672- 
t  1710.  —  Fauste  Guidotti,  171 1-t  1731.  —  Franç. -M. 
Alberici,  1732,  transf.  à  Foligno,  1735.  —  Ascanius  Ar- 
gelati,  1735-t  1738.  —  Gaétan  Fraccagnani,  1738- 
t  1747.  —  Virgile  Giannotti,  1747-t  1751.  —  Hippol.- 
M.  Graziadei,  1751-t  1754.  —  Ange-M.  Venizza,  1754- 
t  1770.  —  Thomas  Manzini,  1775,  rés.  1795,  t  1799.  — 
Franç. -M.  Gazzoli,  1795,  transf.  à  Ameha,  1800.  — 
Phil.-.\nge  Becchetti,  1800-t  1814.  —  Bonav.  Carenzi, 
O.  M.,  év.  de  Backow,  1814-t  1817.  —  Pierre-Camille 
de  Caroli,  1818  (f  1818).  —  Jules  Manu,  1818-t  1837. 

—  Jos.-M.  Severa.  1837,  transf.  à  Terni,  1853.  Emi- 
dius  Foschini,  1853-t  1888.  —  Paolo  Gregori,  1889- 
t  1895.  —  Jean  Tacci  PorceUi,  1895,  archev.  tit.  de 
Nicée,  1904.  —  Dominique  Fanucchi,  1907-t  1910.  — 
Joseph  Angelucci,  1910. 

Ann.  pont.  —  Cappelletti,  v,  247-76.  —  Enc.  cattol.,  m, 
1 751 .  —  Enc.  ital..  x,  496-97.  —  (înms,  684.  —  Ughelli,  i,  1316. 

R.  Van  Doren. 


I  0(1  I 


Ç.\'\TA   Dl  CASTELLC)   -  CITTANUOVA 


1002 


CITTA  Dl  CASTELLO,  Tifernum  (Tiberia- 
cum  ou  Tiberinum,  pour  le  distinguer  de  Tifernum 
Metaurense,  auj.  S.  Aiigelo  in  \'ado),  évêché  sur  le 
Tibre  (Italie),  en  dépendance  immédiate  du  S. -Siège. 
A  l'époque  romaine,  T.  était  municipe.  l,e  christia- 
nisme s'y  introduisit  assez  vite,  sans  qu'on  puisse  prou- 
ver que  ce  fut  sous  l'influence  de  S.  Crescentianus,  saint 
local,  qui  y  est  fêté  le  l'^''  juin,  mais  est  identique  au 
martyr  romain  du  8  août  (Mari.  Rom.,  218-19).  Ra- 
vagé par  les  Goths  au  vi"'  s.,  T.  fut  restauré  par  l'évêque 
S.  Floridus,  dont  parle  S.  Grégoire  {Diul.,  m,  13;  P. 
L.,  Lxxvii,  241).  Occupé  ensuite  par  les  Lombards,  il 
fut  api)elé  Ciuitus  Felicitatis,  et  enfin  Citta  di  Castello. 
Ses  habitants,  dans  la  lutte  entre  le  sacerdoce  et  l'em- 
pire, restèrent  fidèles  au  pape.  De  même,  après  les  con- 
flits entre  guelfes  et  gibelins,  C.  di  G.  resta  définitive- 
ment acquise  à  la  souveraineté  pontificale.  Le  terri- 
toire était  jadis  assez  étendu,  mais,  en  1325,  Jean  XXII 
en  sépara  deux  paroisses  qu'il  attribua  au  dioc.  de  Cor- 
tone;  Léon  X,  en  1515,  lui  enleva  le  monastère  de 
Borgo  San  Sepolcro,  érigé  en  diocèse  (Z).  H.  G.  E.,  ix, 
1246),  et  enfin,  en  1(536,  L'rbain  VIII  attribua  une 
autre  paroisse  au  diocèse  nouvellement  créé  d'Urbania. 

La  cathédrale  de  S. -Laurent,  du  xi<=  s.,  garde  encore 
des  parties  anciennes.  Restaurée  en  1540,  elle  reçut 
comme  seconds  titulaires  S.  Floridus  et  S.  Amantius. 
On  y  conserve  la  tête  de  S.  Crescentianus;  les  autres 
reliques  de  ce  saint  avaient  été  données,  ou  enlevées 
de  force,  en  1068,  pour  l'église  d'Urbino.  Pascal  II,  au 
XII*  s.,  avait  remplacé  le  chapitre  de  cette  cathédrale 
par  une  communauté  de  chanoines  réguliers  de  S.-Fré- 
dien  de  Lucques,  qui  fut  sécularisée  au  xvi«  s.  Les  reve- 
nus du  diocèse  ne  furent  jamais  élevés.  Aujourd'hui,  il 
compte  64  000  catholiques,  156  paroisses,  112  prêtres 
séculiers  et  10  réguliers. 

Parmi  les  monastères  anciens  établis  sur  le  territoire, 
outre  Borgo  San  Sepolcro,  citons  S. -Jacques  de  Cas- 
tello, ou  de  Scatorbia  (aug.  S.  Chiara  délie  Muratte).  Il 
fut  fondé  en  1 142  par  Godolus  de  Furore  et  sa  femme 
Sophie,  appartint  ensuite  au  monastère  de  Ste-Marie 
de  Oselle,  O.  Vallumbr.,  et,  après  l'expulsion  des  moi- 
nes au  xiv<^  s.,  fut  donné  en  commende.  Rappelons  en- 
core S. -Jean  de  Marzana,  abbaye  bénédictine  assez  im- 
portante, qui,  placée  en  commende,  tomba  en  déca- 
dence, et,  au  XN"»  s.,  à  cause  des  guerres,  fut  aban- 
donnée par  les  moines. 

Liste  des  évêques.  —  Eubodius,  465.  —  Marius,  ?-499 
(sans  doute  év.  de  Tifernum  Melunrense).  —  Innocent, 
501,  502.  —  S.  Floridus,  593.  —  Luminosus,  649.  —  S. 
Albert,  mart.,  711.  —  Théodore,  715.  —  Tacipert,  752. 

—  Boniface,  761.  —  Léon,  769.  —  StabiUs,  826.  —  Ro- 
deric,  853,  861.  —  Rainald,  873  (?).  —  Marin,  877.  — 
Pierre  (?),  900.  —  Ingizus,  968,  998.  —  Pierre,  1012, 
1036.  —  N...,  1044.  —  Pierre,  1048.  —  Hermann,  1050, 
1059.  —  Fulcon,  1068-t  1100.  —  Rodolphe,  1100- 
t  1105.  —  Jean,  1106-t  1124.  —  Régnier,  1124-t  1129. 

—  Guidon,  H29-t  1137.  —  Davizzo,  1137,  1145.  — 
Ubald,  1150,  1151.  —  Tedelmann,  1152.  —  Pierre, 
1153-t  1178.  -  (Corjjellus,  intrus,  1159).  —  Régnier, 
1178,  1204.  —  Roland,  1205.  —  Jean,  1206-t  1226.  — 
Cortensonus,  1227,  1228.  —  Matthieu  Suppolini,  1229- 
t  1234.  —  Azzo,  1234,  1251.  —  Pierre  Rubeus,  1252.  — 
Nicolas,  O.  Prém.,  1265-t  1279.  — Jacques  Cavalcante, 
1280-t  1301.  —  Hugolin  Gualterotti,  1301.  —  Hugolin 
délia  Branca,  1320.  —  Pierre  Richard,  1347.  —  Bx  Bu- 
cius  Johanetti,  jésuate,  1358-t  1374.  —  Nicolas  de  Mar- 
ciari,  év.  de  Fermo,  1374,  transf.  à  Orvieto.  —  Hector 
de  Ursinis,  1379-t  1387.  —  Bandellus  de  Bandellis, 
1387,  transf.  à  Rimini.  —  Jean  del  Pozzo,  1407.  — 
Bernard  Bartolomei,  1409.  —  Sirobald  de  Ubaldis, 
1424.  -  Radulphe.  O.  Er.  S.  A.,  1441.  —  Jean  Gian- 
deroni,  O.  Er.  S.  A.,  1460,  transf.  à  Massa  .Maritima.  — 
Barthélémy  de  Marascha,  1474.  —  J.-B.  Lagni,  1478, 


transf.  à  Rossano.  —  Nicolas  Hippolyti,  archev.  de 
Rossano,  nommé  aussi  archev.  de  Césarée,  1493,  transf. 
à  Ariano.  —  Ventura  de  Bufîalinis,  1498,  transf.  à 
Terni.  —  Jules  de  Vitellis,  1499,  démiss,  de  son  siège. — 
Ant.  de  Monte  (Ciocchi),  1503,  transf.  à  Manfredonia. 

—  Achille  de  Grassis,  1506,  transf.  à  Bologne.  —  Bal- 
thasar  de  Grassis,  1515.  —  Card.  Marin  Grimani,  1534. 

—  Alexandre-Etienne  Philodorus,  O.  P.,  1539.  —  Vi- 
tellosius  de  Vitellis,  1554.  —  Constant  Bonellus,  1560- 
t  1572.  —  Anthime  Marchesani,  1572-t  1581.  —  Louis 
Bentivoglio,  év.  de  Policastro,t  1602.  —  Valérien  Muti, 
év.  de  Bitetto,  nonce  à  Naples,  1602-t  1610.  —  Luc 
Semproni,  1610-t  1616.  —  Evangelista  Tornioli,  O. 
Oliv.,  1616-t  1630.  —  César  Baccagna,  1632-t  1646.  — 
Franç.  Boccapaduli,  1647,  rés.  1672.  —  Jos.  de  S.  M. 
Sebastiani,  O.  Carm,  év.  de  Bisignano,  1672-t  1689.  — 
Jos.  Musotti,  1690,  rés.  1692.  —  Luc  Ant.  Eustachi, 
1693-t  1715.  —  Alex.  Codebo,  1716-t  1733.  —  Oct. 
Gasparini,  1734-t  1749.  —  J.-B.  Lattanzi,  1750,  rés. 
1782.  —  Pierre  Boscarini,  1782-t  1801.  —  Paul  Bar- 
toli,  év.  d'Acquapendente,  1801-t  1809.  —  P'ranç.-Ant. 
Mondelli.  év.  de  Terracine,  1814-t  1825.  —  Jean  Muzi, 
1825-t  1849.  —  Letterio  Turchi,  év.  de  Norcia,  1850- 
t  1863.  —  Paul  Micalefî,  1863,  transf.  à  Pise,  1871.  — 
Jos.  Moreschi,  1871-t  1887.  —  Dominique  Fegatelli, 
1888,  1891.  —  Dario  Mattei  Gentili,  1891,  1895.  — 
Aristide  Golfleri,  év.  de  Fabriano  et  Matelica,  1895- 
t  1909.  —  Sanchini,  élu  1909,  mais  n'accepta  pas  le 
siège.  —  Charles  Liviero,  1910-t  1932.  —  Maurice- 
Franç.  Crotti,  O.  F.  M.  Cap.,  1933-t  1934.  —  Philippe 
Cipriani,  1934. 

.4/1/1.  ]>oiU.  —  Cappelletti,  iv,  581.  —  fine,  catlol.,  m, 
17.">2.  —  Enc.  ital.,  x,  497-498;  xxxiii,  832.  —  liubel,  i, 
190;  II,  130;  m,  184;  iv.  152.  ~  Gams,  683.  —  Kehr,  It. 
pont.,  IV,  98.  —  Lanzoni,  482-483.  —  G.  Magherini-Gra- 
ziani,  Sioria  di  C,  1890.  —  G.  Muzi,  Memorie  stor.,  eccles. 
e  civili  di  C,  1842-44.  —  G.  Schwartz,  Die  Besetzimg  der 
liistiimer  Iteiclisittdiens,  279.  —  Ughelli,  i,  1316. 

R.  Van  Doken. 

CITTA  DUCALE,  petite  ville  delà  province  de 
Rieti  (Naples),  fondée  au  début  du  xive  s.,  en  souvenir 
de  Robert,  duc  de  Calabre,  fils  de  Charles  II  d'Anjou. 
Son  histoire  est  marquée  de  nombreux  conflits  avec 
Rieti  et  de  luttes  intestines.  Elle  fut  érigée  en  siège 
épiscopal  par  Alexandre  VI,  en  1502,  mais  perdit  son 
titre  en  1505,  sur  les  instances  du  cardinal  Colonna; 
à  la  mort  de  celui-ci,  en  1508,  Jules  II  rétablit  le  siège 
épiscopal.  En  1818,  après  vingt-deux  ans  de  vacance, 
C.  D.  fut  supprimée  comme  évêché  et  son  territoire  fut 
uni  à  celui  d'Aquila. 

Liste  des  évêques.  —  Mathieu  de  Mignano  de  Ursinis, 
1502,  transf.  à  Calvi.  —  Card.  Jean  Colonna,  admi- 
nistr.,  1505.  —  Jacques  Alpharidius  de  Leonissa,  1508. 

—  Félix  de  Maximis,  son  neveu,  1525.  —  Pompilius  Pi- 
rotus,  1573,  transf.  à  Guardialfiera.  —  Valentin  de  Va- 
lentinis,  1580.  —  Jean-Franç.  Zagordus,  1593,  transf.  à 
Belcastro.  —  Jean-Georges  de  Padilla,  O.  P.,  1598- 
t  1609.  ~  Pierre-Paul  Quintavalle,  1609-t  1627.  — 
Nicolas  Benigni,  1627-t  1632.  —  Pomponius  Vetulus, 
1632-t  1652.  —  Saluste  Cherubini,  1652-t  1658.  — 
Charles  Valentini,  1658-t  1681.  —  Franç.  Giangiro- 
lami,  1682-t  1685.  —  Philippe  Tani,  O.  S.  B.,  1686,  rés. 
1710,  t  1712.—  Pierre-Jacques  Pichi,  1713-t  1733.  — 
Franç.  Rivera,  1733,  transf.  à  Siponto,  1742.  —  Ange- 
M.  Marculi,  O.  S.  A.,  1742,  transf.  à  Bitetto,  1745.  — 
Nicolas-M.  Calcagnini,  1745,  1786. 

Cappelletti,  xxi,  424-27.  — D.  H.  G.  E.,  ui,  1106.  —  Enc. 
ital.,  X,  503-04.  —  Eubel,  in-iv.  —  Gams,  876.  —  Ughelli, 
I.  604-07. 

R.  Van  Doren. 
1 .  CITTANUOVA,  Aemona,  ancien  diocèse  sur 
la  côte  occidentale  d'Istrie  (Italie),  à  15  km.  de  Pa- 
renzo.  Aemona  d'Istrie  est  souvent  confondue  avec 


1003 


CITTAMJO  VA 


CIIDAI)  REAL 


1004 


Aemona  Savina  (Ljubljana,  Laibach),en  Carniole.  On  a 
cru,  mais  sans  preuve,  que  les  évêques  de  Ljubljana, 
après  la  destruction  de  cette  ville,  se  seraient  réfugiés 
à  Cittanuova  d'Istrie  et  l'auraient  appelée  Aemona; 
rien  non  plus  ne  démontre  qu'Aemona  d'Istrie,  dé- 
truite par  les  Slaves  ou  les  Hongrois,  aurait  été  rem- 
placée par  Civitas  Nova.  On  ne  sait  rien  de  précis  con- 
cernant les  premiers  évêques.  Maxime  d'Aemona,  pré- 
sent au  synode  d'Aquilée  de  381,  appartient  sans  doute 
à  Lj  ubljana;  de  même  Florus  et  Germain.  Par  contre,  il 
est  certain  que  Patricius  (579)  est  évêque  d'Aemona 
d'Istrie;  de  même  Maurice,  mentionné  sur  une  inscrip- 
tion et  dans  une  lettre  d'Adrien  L"'  à  Charlemagne. 
Otton  III,  en  996,  parle  du  dioc.  de  Civitas  Nova 
d'Istrie,  dans  une  lettre  à  Jean,  patriarche  d'Aquilée, 
qu'il  invite  à  consacrer  l'évêque.  Les  évêques,  qui  eux- 
mêmes  s'intitulaient  habituellement  d'Aemona,  reçu- 
rent souvent  le  titre  de  Civitas  Nova;  d'où  provint  la 
confusion  avec  ceux  de  Cittanova  d'Héraclée  (D.  H.  G. 
E.,  IV,  1058). 

Poppon,  patriarche  d'Aquilée,  unit  à  ce  diocèse  mo- 
deste la  villa  de  S.  Lorenzo  in  Daila  :  dès  ce  moment  les 
évêques  se  firent  encore  appeler  comtes  de  S. -Laurent. 
Néanmoins,  C.  resta  pauvre.  Aussi  Innocent  III,  en 
1206,  autorisa-t-il  le  patriarche  Wolcher  à  l'unir  au 
siège  de  Capodistria;  mais  cette  union  ne  fut  pas  réa- 
lisée. En  1434,  C.  fut  agrégée  à  Parenzo  par  Eugène  IV, 
mais  en  fut  séparée  dès  1448  et  fut  donnée  en  com- 
mende  à  Dominique,  patriarche  de  Grado.  En  1451, 
elle  passa  à  la  mense  patriarcale  de  Venise,  dont  elle 
fut  disjointe  en  1465.  Enfin,  en  1831,  Léon  XII  sup- 
prima le  diocèse,  qui  fut  uni  à  Trieste. 

Liste  des  évêques.  —  Patricius,  579.  —  Maurice.  — 
Jean,  961,  991.  —  Azzon,  1015,  1031.  —  Jean,  1037.  — 
Candien,  1072.  —  Nicolas  (?).  —  Alexandre,  1086  (?), 
1118  (?).  —  André,  1119  (appartient  à  Cittaimova 
Aemona,  et  non  à  Cittanova  Heracliana).  —  Léonard, 
1212,  1224.  —  Cantien,  1228.  —  Gérard,  1230.  —  Bo- 
naccursus,  1243,  1260.  —  Nicolas,  1269.  —  Égide, 
1279.  —  Simon,  1284.  —  Gérold  de  Tessenberg,  1308. 

—  Cantien,  1318.  —  Natalis  deBonafide,  1331.  —  Jean 
Morosoni,  O.  Er.  S.  A.,  1347.  —  Guillaume  Conti,  O. 
P.,év.  de  Cisopolis  (Sizebolu),  1359. —  Jean  Grandis  de 
Padoue,  O.  Er.  S.  A.,  1363.  —  Marin  de  Venise,  1366. 
— ■  Nicolas  d'Agrigente,  O.  M.,  1376.  —  Ambroise  de 
Parme,  archev.  d'Oristano,  1377,  transf.  à  Concordia, 
1382.  —  Paul  de  Montefeltre,  O.  Er.  S.  A.,  1382.  — 
Léonard,  patr.  d'Alexandrie,  administr.,  1401.  —  Tho- 
mas Paruta,  O.  P.,  1409,  transf.  à  Pola.  —  Jacques  de 
Montina,  O.  M.,  1409.  —  Ant.  Corario,  év.  de  Porto, 
administr.,  1420.  —  Daniel  Gario,  1421,  transf.  à  Pa- 
renzo. —  Philippe  Paruta,  O.  Er.  S.  A.,  1426.  —  Fran- 
çois, 1467.  —  Marc- Ant.  Foscareni,  1495.  —  Ant.  Mar- 
cel, archev.  de  Patras,  1521-t  1526.  —  Card.  François 
Pisani,  administr.,  1526,  résigna  1535.  —  Vincent  de 
Benedictis,  1535.  —  Alexandre  de  Ursis,  1536,  résigna 
1539.  —  Card.  François  Pisani,  administr.,  1559,  rés. 
1561.  —  Mathieu  Priolus,  patr.  de  Venise,  5  sept.  1561, 
transf.  à  Vicence.  —  Gard.  François  Pisani,  2«  fois  ad- 
ministr., 1565-t  1570.  —  Jérôme  Vielmi,  O.  P.,  év. 
d'Argos,  t  1592.  —  Antoine  Saracenus,  1582-t  1607.  — 
François  .Manino,  1607-t  1619.  —  Eusèbe  Caimo,  1620- 
t  1640.  —  Jacques-Phil.  Tomasini,  1641-t  1655.  — 
Georges  Darminio,  1655.  —  Jacques  Bruti,  1671-tl679. 

—  Nicolas  Gabrieli,  1684,  rés.  1717,  t  1718.  —  Daniel 
Sansoni,  1718-t  1725.  —  Victor  Mozzocca,  O.  P.,  1725- 
t  1732.  —  Gaspar  de  Negri,  1732,  transL  à  Parenzo, 
1742.  —  Marins  Bozzatini,  1742-t  1754.  —  Étienne 
Leoni,  1754-t  1776.  —  Jean-Domin.  Stratico,  1776, 
transf.  à  Lésina,  1784.  —  Antoine  Lucovich,  1784.  — 
Théodore  Balbi,  1795-t  1831. 

CappelletU,  viii,  74ô.  • —  Eue.  cattol.,  m,  1753.  —  Eue. 
liai.,  X,  504-05.  —  Eubel,  i,  73;  ii,  81;  m,  108;  iv,  70.  — 


Gams,  77U.  —  Kehr,  //.  pont.,  vu,  ii,  226.  —  G.  Schwartz, 
Die  Besetxuuy  der  Bi.stumer  Reichsilnliens,  36.  —  Ughelli, 
V,  226. 

R.  Van  Doren. 
2.  CITTANUOVA,  Oderzo,  Heracliana,  ancien 
diocèse  de  la  province  de  Trévise  (Italie).  La  ville 
d'Oderzo  (Opitergium),  dans  le  golfe  de  Venise,  re- 
monte à  l'époque  romaine.  D'après  une  tradition, 
l'Évangile  y  fut  prêché  par  S.  Prosdocimus,  qui  y  édifia 
une  église  dédiée  à  S.  Jean-Baptiste.  La  légende  ajoute 
que  l'évêque  Epodius,  dès  421,  y  aurait  aussi  consacré 
S. -Jacques  de  Rivoalto.  Mais  le  premier  évêque  attesté 
de  façon  certaine  est  Marcien  (579).  Il  eut  comme  suc- 
cesseurs SS.  Florien  et  Titien,  appelés  protecteurs 
d'Opitergium  (632).  Peu  après,  la  ville  fut  saccagée  par 
le  roi  lombard  Rothaire,  et  l'évêque  S.  Magnus,  avec 
l'agrément  du  pape  Séverin,  transféra  le  siège  à  Hera- 
cliana. D'après  la  légende,  il  aurait  fondé  huit  églises  à 
Venise,  dont  il  devint  l'un  des  patrons.  Opitergium,  re- 
construite, fut  à  nouveau  détruite  par  le  roi  Grimoald. 
Cependant  son  titre  épiscopal  fut  maintenu  jusqu'au 
XIV  siècle. 

Heracliana,  sise  également  dans  le  golfe  de  Venise, 
avait  été  édifiée  en  l'honneur  de  l'empereur  Heraclius, 
après  la  destruction  d'Oderzo.  Elle  était  place  forte  et 
siège  d'un  commandant  militaire.  Jusqu'au  milieu  du 
vine  s.,  elle  fut  chef-lieu  du  territoire  vénitien.  Mais, 
à  cause  des  guerres  intestines,  les  doges  l'abandon- 
nèrent pour  s'établir  à  l'île  de  Malamocco  (Melamau- 
cus).  Ils  détruisirent  Heracliana,  qui  fut  pourtant  réta- 
blie sous  le  nom  de  Civitas  Nova,  sans  qu'elle  retrou- 
vât jamais  sa  première  splendeur.  Les  évêques  portè- 
rent le  titre  de  la  nouvelle  ville,  ce  qui  plus  tard  amena 
chez  plusieurs  auteurs  la  confusion  avec  ceux  de  Civi- 
tas Nova  d'Istrie  ou  Aemona  (D.  H.  G.  E.,  iv,  1058). 
Cet  évêché,  très  misérable,  fut  supprimé  définitive- 
ment par  Eugène  IV  en  1440. 

Liste  des  évêques.  —  Jean,  877.  —  Ursus,  919  (?).  — 
Pierre,  960.  —  Pierre,  1071.  —  Jean,  1106.  —  Aurius, 
1127.  —  Bonusflhus,  1132.  —  Guy  Marango,  1161.  — 
Dominique  Magnus,  1173.  —  Clément,  1188. 

V.Botteon,  Un  documento  prezio.io  riguardo  aile  oritiini  del 
vescovado  di  Ceneda,  Conegliano,  1907.  —  Cappelletti,  x, 
710-25.  —  H.  Cessi,  Venezia  ducale,  i.  Le  origini,  Padoue, 
1928. —  Enc.  catlol.,  ni,  1753.  —  Enc.  ital.,  xiv,  174.  — 
Eubel,  I,  191.  —  Gams,  784.  —  Kehr.  II.  pont.,  vu,  n,  77-78. 

—  Ughelli,  X,  151-67. 

R.  Van  Doren. 
CITTINUS,  martyr  scillitain.  Voir  Scilli. 

ClUDAD  REAL,  Cluniensis,  évêché  espagnol. 

I.  Histoire.  —  L'identification  de  Ciudad  Real  avec 
le  Sisapum  Cretanorum  des  Romains  n'est  qu'une  sup- 
position sans  fondement  solide.  Son  histoire  ne  com- 
mence que  vers  la  fin  du  xii«  s.  ;  elle  se  trouve  alors 
mêlée  à  une  légende  dont  les  détails  sont  sûrement  gra- 
tuits, mais  dont  le  noyau  a,  peut-être,  une  certaine  his- 
toricité. En  1088,  l'image  de  N.-D.  de  los  torneos  ou  de 
los  reyes  aurait  été  transportée  de  Tolède  en  Andalou- 
sie pour  servir  de  protection  aux  armées  chrétiennes 
d'Alphonse  VI;  elle  serait  arrivée  ainsi  à  Pozuelo  Seco 

—  la  future  Ciudad  Real;  le  jour  du  départ  des  troupes, 
elle  serait  restée  à  Pozuelo,  soit  parce  que  la  monture 
aurait  refusé  de  continuer  son  chemin  (première  ver- 
sion), soit  parce  qu'elle  aurait  été  oubliée  par  l'aumô- 
nier chargé  de  la  porter  au  roi  Alphonse  (seconde  ver- 
sion). A  partir  de  cette  date,  elle  s'appela  N.-D.  del 
Prado.  Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  légende,  il  est  certain 
que  l'histoire  ecclésiastique  de  Ciudad  Real  a  toujours 
été  en  relation  avec  celle  de  l'ermitage,  de  la  paroisse  et 
de  la  cathédrale  de  N.-D.  del  Prado. 

Il  est  très  probable  qu'à  la  suite  de  la  déroute 
d'Alarcos  (1195),  Pozuelo  Seco  fut  détruit;  après  la  vic- 
toire de  Las  Navas  (1212),  il  fut  attribué  par  Al- 


I  00.") 


C  1  Li  D  A  f 


)  REAL 


1006 


phoDse  à  un  gentilhomme,  Don  Gil,  d'où,  à  partir 
de  cette  date,  son  appellation  de  Pozuelo  de  Don  Gil. 
Le  20  févr.  1255,  le  roi  Alphonse  X,  par  document 
signé  à  Burgos,  érigea  Pozuelo  de  Don  Gil  en  capitale 
de  la  région  d'Alarcos.  En  vue  de  hâter  la  restauration 
de  la  région,  il  concéda  toutes  sortes  de  facilités  à  ceux 
qui  voudraient  y  habiter.  En  1262,  il  visita  Pozuelo, 
détermina  l'emplacement  de  la  ville  future  qui  devrait 
s'appeler  Villa  Real  et  multiplia  ses  privilèges  {Chron. 
(t'Alph.  X,  c.  xi).  Le  fait  d'être  érigée  en  ville  sui  jurix, 
alors  qu'elle  se  trouvait  sur  le  territoire  appartenant  à 
l'ordre  de  Calatrava,  lui  valut  dans  la  suite  de  nom- 
breux conflits,  souvent  sanglants,  avec  les  ordres  mili- 
taires ;  les  Rois  Catholiques  y  mirent  un  ternie  en  reven- 
diquant pour  eux  le  gouvernement  de  ces  ordres.  Le 
roi  Jean  II,  obligé  par  la  loyauté  de  Villa  Real,  l'éleva 
en  1420  à  la  dignité  de  cité,  d'où  son  nom  actuel  de 
Ciudad  Real;  il  confirma  et  augmenta  en  outre  ses  pri- 
vilèges (Chron.  de  Jean  II,  c.  xliii). 

Les  Juifs  avaient  formé  un  des  principaux  éléments 
de  repeuplement  de  C.  Real;  mais  ils  s'attirèrent  bien- 
tôt la  haine  de  la  population  chrétienne  par  leurs  exac- 
tions; ils  durent  y  subir,  à  la  fin  du  xiv«  s.,  de  san- 
glantes répressions,  et  encore  au  xv«  s.  ils  y  furent  per- 
sécutés en  même  temps  que  les  conversas.  En  1483,  le 
grand  inquisiteur,  Thomas  de  Torquemada,  fixa  à  C. 
Real  le  S. -Office,  mais  deux  années  plus  tard  celui-ci 
fut  transféré  à  Tolède.  Le  30  oct.  1494,  les  Rois  Catho- 
liques créèrent  à  C.  Real  la  deuxième  chancellerie  du 
royaume,  qui  fut  à  son  tour  transférée  à  Grenade  en 
1505.  C.  Real  perdit  alors  sa  haute  position.  En  1814, 
elle  devint  capitale  de  la  province  de  son  nom. 

II.  Diocèse.  —  Dans  la  région  de  C.  Real,  existait 
à  l'époque  wisigothique  l'évèché  d'Oretum,  dont  l'évê- 
que  signa  les  actes  de  plusieurs  conciles  tenus  à  To- 
lède; Oretum  s'appelait  aussi  Oreta  Granatula.  Aux 
environs  de  l'actuelle  Granatula  de  Calatrava  (prov. 
et  dioc.  de  C.  Real),  près  du  sanctuaire  de  N.-D.  de 
Azuqueca.  existent  encore  les  ruines  d'une  ancienne 
ville,  Oreta  Granatula  sans  doute.  Mais  aucun  lien  de 
continuité  n'existe  entre  le  dioc.  d'Oretum  et  celui  de 
C.  Rodrigo  (v.  Orf.to). 

.\vant  le  concordat  de  1851,  le  territoire  actuel  de 
C.  Real  appartenait  respectivement  au  dioc.  de  Tolède 
(119  localités),  à  la  juridiction  exempte  d'Uclés  (4  loc.) 
et  au  dioc.  de  Cordoue  (2  loc);  seulement,  des  119  lo- 
calités rattachées  à  Tolède,  il  n'y  en  avait  que  30  qui 
lui  appartenaient  exclusivement;  59  dépendaient  de 
l'ordre  de  Calatrava,  23  de  celui  de  S. -Jacques  et  7  de 
celui  de  S. -Jean,  pour  tout  ce  qui  regardait  la  provi- 
sion des  paroisses  et  leur  gouvernement  spirituel;  ce 
dernier  était  exercé  par  des  vicaires  résidant  à  C.  Real, 
Infantes  et  Alcâzar  de  San  Juan,  respectivement  pour 
chacun  de  ces  ordres,  qui  occupaient  les  territoires  dits 
Champs  de  Calatrava,  Montiel  et  S.-Jean. 

Le  concordat  de  1851  (art.  5)  stipule  l'érection  d'un 
diocèse  suffragant  à  C.  Real;  en  outre,  pour  obvier  aux 
graves  inconvénients  résultant  pour  l'administration 
ecclésiastique  de  l'existence  des  territoires  susdits  rat- 
tachés aux  ordres  de  S. -Jacques,  Calatrava,  Alcântara 
et  Montesa,  il  fixa  (art.  9),  dans  la  nouvelle  démarca- 
tion ecclésiastique,  un  certain  nombre  de  villes,  for- 
mant le  coto  redondo,  où  le  grand  maître  —  le  roi  — 
exercerait  la  juridiction  ecclésiastique.  Ce  territoire 
s'appellerait  <■  Prieuré  des  ordres  militaires  »  et  le  prieur 
serait  investi  du  caractère  épiscopal.  Mais  le  décret 
du  gouvernement  de  la  République,  daté  du  9  mars 
1873,  supprimant  les  ordres  militaires,  empêcha  l'exé- 
cution de  cet  article  du  concordat.  A  son  tour,  le  pape 
Pie  IX  (bulle  Quo  gravius,  14  juill.  1873)  supprima  la 
juridiction  exempte  des  ordres  militaires  et  annexa 
leurs  territoires  aux  diocèses  limitrophes.  Avec  la  res- 
tauration de  la  monarchie,  les  ordres  militaires  furent 


rétablis  et  Pie  IX  (bulle  Ad  apostolicam,  18  nov.  1875) 
restaura  le  Prieuré  des  ordres  militaires  et  lui  assigna 
tout  le  territoire  de  la  province  civile  de  C.  Real;  il 
rexemjjta  de  toute  juridiction  ordinaire,  déclara  son 
territoire  vere  et  proprie  nultius  dioecesis,  et  le  plaça 
immédiatement  sous  la  dépendance  du  Siège  aposto- 
lique. Le  roi,  grand  maître,  et  ses  successeurs  auraient 
le  droit  de  désigner  le  prieur  et  de  le  présenter  au  pape 
en  vue  de  lui  faire  conférer  la  dignité  épiscopale  sous  le 
titre  d'évêque  titulaire  de  Dora,  perpétuellement  an- 
nexé au  Prieuré.  L'évêque-prieur  aurait  dans  son  dio- 
cèse les  mêmes  facultés  d'ordre  et  de  juridiction  que  les 
évêques  ordinaires;  des  stipulations  analogues  inter- 
vinrent en  ce  qui  concerne  la  dotation  du  clergé.  Il  fut 
en  outre  prévu  que  le  vicaire  général  devrait  être  gratus 
au  grand  maître  et  que,  sede  vacante,  il  assumerait,  ipso 
iiire,  les  fonctions  de  vicaire  capitulaire.  Le  clergé  capi- 
tulaire  se  composerait  de  4  dignités,  4  canonicats  de 
officia  et  8  canonicats  de  qratia;  les  bénéfices  seraient 
au  nombre  de  12.  La  provision  des  dignités,  canonicats 
et  bénéfices,  etiam  curati,  appartenait  exclusivement 
au  grand  maître;  cependant,  un  concours  préalable 
était  prévu  pour  la  collation  des  canonicats  de  officio  et 
des  paroisses  ;  mais,  dans  ce  dernier  cas,  l'évêque-prieur 
aurait  le  droit  de  présenter  la  terna.  La  curie  priorale 
pourrait  juger  des  causes  ecclésiastiques,  comme  les 
autres  curies:  comme  seconde  instance,  elle  recourrait 
au  tribunal  des  ordres  militaires;  toutefois  elle  aurait  le 
droit  de  faire  appel  au  tribunal  de  la  Rote.  Les  évêques- 
prieurs,  immédiatement  avant  ou  après  la  prise  de  pos- 
session, devraient  s'enrôler  dans  l'un  des  ordres  mili- 
taires et  tous  les  membres  du  chapitre  pourraient  por- 
ter la  croix  d'un  des  ordres  sur  leurs  habits  de  chœur  et 
sur  leurs  vêtements  ordinaires  aussi  longtemps  qu'ils 
appartiendraient  au  dioc.  de  C.  Real.  Cette  bulle  fut 
exécutée  par  le  cardinal  Moreno,  archevêque  de  Tolède. 

Liste  des  évêques-prieurs.  —  1.  Victoriano  Guisasola 
Rodriguez,  1876-82;  évêquc  de  Téruel,  élu  premier  év.- 
prieur  le  29  sept.  1876.  Le  26  mai  1877,  il  érigea  son 
chapitre.  Nommé  év.  d'Orihuela  en  1882  et  en  1886 
archev.  de  Compostelle;  t  1888.  —  2.  Antonio  M.  Cas- 
cajares  y  Azara,  1882-84;  élu  second  év. -prieur  en  mai 
ou  juin  1882,  év.  de  Calahorra  en  déc.  1883,  archev.  de 
Valladofid  en  1891,  card.  en  1895  et  ensuite  archev.  de 
Saragosse.  —  3.  José  M.  Rancés  y  Villanueva,  1886-98; 
préconisé  év.-prieur  le  7  juin  1886,  prit  possession  le 
16  nov.  Il  fonda  le  collège  S.-Joseph,  commença  la 
construction  de  l'asile,  autorisa  l'installation  à  C.  Real 
des  Fils  du  Sacré-Cœur  de  Marie,  inaugura  le  sémi- 
naire le  1"  oct.  1887,  célébra  un  synode  diocésain  (29- 
31  mai  1892)  où  furent  promulguées  les  constitutions 
diocésaines.  Transf.  à  Cadix  en  nov.  1898.  —  4.  Casi- 
miro  Pifïera  y  Naredo,  1898-1904;  désigné  év.  tit. 
d'Anchiale  et  administr.  apost.  de  Barbastro  le  24  mai 
1896,  fut  nommé  év.-prieur  le  28  nov.  1898  et  prit  pos- 
session le  19  mars  1899.  II  favorisa  l'établissement  des 
Pères  de  la  Compagnie,  des  Servantes  de  Marie  et  d'au- 
tres communautés  et  restaura  l'église  cathédrale;  t  à 
C.  Real  le  28  août  1904.  —  5.  Remigio  Gandâsegui  y 
Garrochâtegui,  1905-14  ;  préconisé  év.-prieur  le  27  mars 
1905  et  consacré  à  Saragosse  le  16  juill.,  prit  possession 
en  août  et  fit  son  entrée  à  C.  Real  le  3  sept.  Il  créa  des 
œuvres  sociales.  Le  26  mars  1914,  il  fut  élu  év.  de  Sé- 
govie  et  en  mai  1920  archev.  de  Valladolid,  où  il  mou- 
rut le  16  mai  1937.  —  6.  Javier  Irastorza  y  Loinaz, 
1914-22;  év.-prieur  le  11  juill.  1914  et  consacré  à  San 
Sebastien  le  22  nov.,  prit  possession  le  7  janv.  1915  et 
fit  son  entrée  le  31  jany.  Comme  son  prédécesseur,  il  se 
préoccupa  surtout  des  questions  sociales,  créa  VInstit. 
popiilar  de  la  Concepciôn  et  fonda  des  cours  de  socio- 
logie au  séminaire;  transf.  à  Orihuela  le  27  juin  1922. 
—  7.  Narciso  Estenaga  y  Echevarria,  1922-t  1936; 
préconisé  le  14  déc.  1922  et  consacré  à  Madrid  le 


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22  juill.  1923,  prit  possession  le  9  août  et  fit  son  entrée 
le  12  août.  Il  organisa  l'Action  catholique  dans  son  dio- 
cèse. Le  8  août  1936,  il  fut  arrêté  par  les  révolution- 
naires et  exécuté  le  22.  —  8.  Emeterio  Echevarria  Bar- 
rena,  1942;  préconisé  le  29  déc.  1942  et  consacré  le 
28  mars  1943. 

III.  La  ville.  —  C.  Real  possède  actuellement  envi- 
ron quinze  églises,  dont  trois  paroissiales  :  Santa  Maria 
dcl  Prado  (cathédrale),  de  style  gothique  décadent; 
l'abside  est  du  xv^  s.,  les  voûtes  du  xvi'';  la  tour,  de 
1551,  a  été  restaurée  en  1835;  les  chapelles  datent  de 
1580,  la  sacristie  (aujourd'hui  chapelle  du  Sacré-(^œur) 
de  1643;  la  partie  principale  remonte  au  xiii<^  s.,  style 
mi-roman,  mi-gothique  ;  l'église,  à  une  seule  nef,  est  une 
des  plus  vastes  d'Espagne  (50  m.  x  17  m.);  le  maître- 
autel  et  le  chœur  sont  placés  dans  l'abside;  le  retable 
monumental,  achevé  en  1616,  est  l'œuvre  de  Girald  de 
Merle  et  Jean  Asteu;  des  6  chapelles  primitives,  il  n'en 
reste  que  deux.  L'ornementation  intérieure  et  exté- 
rieure est  très  simple.  N.-D.  del  Prado  est  fêtée  le 
15  août.  —  S.-Pierre  est  la  plus  monumentale  de  toutes 
les  églises  de  C.  Real;  sa  porte  principale,  à  cinq  arca- 
des, révèle  des  éléments  byzantins;  la  porte  del  Sol 
(sud)  est  gothique,  celle  de  VUmbria  (nord),  de  type 
arabe;  la  partie  la  plus  remarquable  de  l'église  est  la 
chapelle  de  l'abbé  Ferdinand  de  Coca,  curé  de  S.- 
Pierre et  chanoine  de  Sigûenza;  elle  abrite  un  retable 
du  xvF  s.  et  le  tombeau  en  albâtre  de  l'abbé.  L'église 
a  trois  nefs;  la  vue  de  la  nef  centrale  a  été  détériorée 
par  un  retable  de  l'année  1863,  placé  au  centre.  Elle 
possède  une  assez  intéressante  collection  de  tableaux, 
de  sculptures,  d'ornements  et  d'autres  objets  d'art,  et 
surtout  de  belles  stalles  (xvf  s.).  —  S.-.Jacques  est  la 
plus  ancienne  église  de  la  ville,  mais  elle  a  été  fort  mal 
restaurée  au  xvi«  s.  Son  clocher,  probablement  la  pri- 
mitive tour  de  Pozuelo  de  Don  Gil,  conserve  encore 
quelques  vestiges  anciens.  Elle  a  trois  nefs  et  trois 
absides,  et  possède  aussi  quelques  objets  d'art. 

Autres  églises  et  couvents  :  outre  le  carmel  (religieu- 
ses), les  dominicaines,  les  franciscaines,  les  servantes 
de  Marie,  les  sœurs  des  pauvres  et  les  sd'urs  de  la  Cha- 
rité (hôpital)  y  possèdent  un  couvent.  De  même  les 
Pères  de  la  Compagnie  et  les  fils  du  Cœur  de  Marie 
(clarétins).  Enfin  mentionnons  les  églises  de  S.-Jean- 
de-Dieu,  S. -Joseph,  la  Merced  et  las  Remédias. 

L.  Delgado  Merchan,  Hist.  dociimentada  de  C.  Real,  Ciii- 
dad  Real,  1907.  —  A.  Salido  y  Estrada,  (Jompendio  de  la 
hist.  de  C.  Real  y  de  su  patrona  la  Virgen  del  Prado,  G.  Real, 
1866.  —  S.  Almenara,  Compendio  de  la  hist.  <le  C.  Real.  —  D. 
de  Jesrts  Maria,  Hist.  de  la  imagen  sacratlsima  de  N.  S.  del 
Prado  de  ta  ciadad  de  C.  Real,  Madrid,  1650.  —  .1.  Jora,  Ilist. 
de  N.  S.  del  Prado,  C.  Real,  1880.  —  Ramirez  de  Arellano, 
.il  derredor  de  la  Virgen  del  Prado,  patrona  de  C.  Real,  C. 
Real,  1914.  —  .1.  Balcâzar  y  Saljariegos,  La  Virgen  del  Prado 
a  traves  de  la  historia,  C.  Real,  1940.  —  Z.  G.  V'illada,  Hist. 
eccles.  de  Espana,  ii,  I»,  Madrid,  1932,  p.  21.3.  —  M.  Torres- 
R.  Prieto,  Jnst.  econôm.,  social,  y  polil.-administr.  de  la 
peninsula  Hispànica  durante  los  s.  r,  17  y  17/,  dans  R.Me- 
néndez  Pidal,  Hist.  de  Espana,  m,  Espana  visig.,  Madrid, 
1940,  p.  278.  —  C.  Sânchez  Albornoz,  Fuentes  para  el 
estudio  de  las  divisiones  ecles.  visigodas,  dans  Bol.  univ.  de 
Santiago  de  Compostela,  1930  (29-83),  69.  ^  V.  La  Fuente, 
Hist.  eccles.  de  Espana,  vi,  Madrid,  1875,  ap.  17,  p.  387; 
ap.  22,  p.  414.  —  .\.  E.  Molina,  El  concordato  de  185  J,  Ma- 
drid, 1882,  p.  14  sq.  —  A.  Ponz,  Viage  de  Espana,  xvi, 
Madrid,  1791,  p.  36  sq.  —  F.  Fita,  La  inquisiciôn  de  C.  Real 
en  1483-85.  Doc.  inéd.,  dans  Bol.  R.  Ac.  hist.,  xx,  1892,, 
p.  466-81.  —  R.  Santa  Maria,  La  inquisiciôn  de  C.  Heal. 
Proceso  original  dcl  difunto  Juan  Gonzalez  Escogido  (S  ag. 
1484-15  niarzo  1485),  ihid.,  xxil,  1893,  p.  189-204.  —  .1.  M. 
Quadrado-V.  La  Fuente,  Espaàa...  Castilla  la  Nueva,  m, 
Barcelone,  1886.  —  Ramirez  de  AreUano,  C.  Real  artistica, 
Ciudad  Real,  1893.  —  V.  Lampérez,  llislor.  de  la  argaitect., 
II,  Madrid,  1909,  p.  258.  —  Enc.  l'spasu.  -t/i.  Subi- 
rana.  —  Ann.  pont. 

F.  PÉREZ. 


CIUDAD  RODRIGO.  I.  Histoire.  II.  Dio- 
cèse. III.  Monastères,  couvents  et  églises. 

I.  Histoire.  —  1°  Des  origines  ù  la  restauration 
(xu^  s.).  —  Ciudad  Rodrigo  a  reçu,  à  travers  les  siè- 
cles, plusieurs  noms  :  Mirobriga  Vettonum,  Mirobriga 
Lyssitana  ou  Lusitana,  .\uguslobriga,  Augustobrica, 
Civitas  Augusla,  Civitas  Augusti,  Urbs  imperaioris, 
Civiias  Aldea  de  Pedro  Rodrigo,  Civitas  Ruderici,  Cib- 
dat  Rodrigo,  A  lsibd(d  et  Ciudad  Rodrigo.  Siège  épisco- 
pal  (Civitutensis),  situé  à  l'extrémité  S.-O.  de  la  prov. 
de  Salamanquc,  à  22  km.  de  la  frontière  séparant  l'Es- 
pagne du  Portugal,  sur  la  rive  droite  de  l'Agueda. 

Son  nom  —  de  même  (jue  tous  ceux  composés  de 
briga  ou  brica  —  est  d'origine  celte.  Il  y  eut  plusieurs 
Mirobrigas;  les  anciens  géographes  en  citent  au  moins 
cinq  :  M.  Celticorum  (S.-O.  du  Portugal,  près  de  l'océan 
Atlantique),  M.  Carpetanorum  (Capilla,  près  de  Melel- 
limun,  Medellin),  Mirobriga  ou  mieux  Augustobriga 
Pelendonum  (dans  le  convenlus  de  Clunia),  M.  Turdu- 
lorurn  et  M.  Vettonum. 

C.  Rodrigo  garde  encore  des  vestiges  d'une  culture 
mégalithique  et  de  l'âge  du  Bronze.  A  l'époque  cel- 
tique, Mirobriga  appartenait  à  la  tribu  des  Cempsi  ou 
Kempsi,  et  durant  la  période  des  Ibères  à  celle  des  Vet- 
toni,  d'où  son  nom  de  M.  Vettonum  qu'elle  conserva 
jusqu'au  temps  d'Auguste.  Sous  les  dominations  car- 
thaginoise et  romaine,  la  région  des  Vettoni  devint 
fréquemment  le  centre  des  mouvements  d'indépen- 
dance. Dans  la  division  juridique  et  administrative 
des  Romains,  M.  appartenait  à  la  province  de  l'His- 
pania  Ulterior  Lusitana,  ou  simplement  de  la  Lusita- 
nia,  et  au  convenlus  d'Emerita.  Le  ius  latii,  accordé  par 
Vespasien  à  l'Espagne,  éleva  M.  au  rang  de  municipe, 
si  toutefois  elle  ne  l'était  pas  déjà  dès  le  temps  d'Au- 
guste, comme  semblent  l'indiquer  les  trois  colonnes 
monumentales  érigées  à  M.,  probablement  en  souvenir 
de  la  fixation  des  limites  de  Mirobriga,  Bletisa  (Le- 
desma)  et  Salmantica  (Salamanque).  De  cette  époque 
datent  ses  noms  d' Augustobrica,  Civitas  .\ugusta  et 
Civitas  imperialis  ou  imperaioris,  etc. 

Civitas  Augusta  a  dû  soulîrir —  peut-être  même  fut- 
elle  détruite  —  lors  des  multiples  guerres  des  v^-vi'  s.  : 
invasion  de  la  Lusitania  par  les  Alains  (409);  expulsion 
des  Alains  par  le  Wisigoth  Valia,  envoyé  par  l'empe- 
reur (416);  guerres  des  Wisigoths  Théodoric  (456),  Eu- 
ric  (468)  et  Léovigilde  (576,  585)  contre  les  Suèves. 
Pendant  toute  la  période  wisigothique,  Civitas  Augusta 
est  remplacée  par  Caliabria  (v.  D.  H.  G.  E.,  xi,  391-92). 

A  part  la  problématique  et  invraisemblable  fonda- 
tion d'un  évêché  à  Augustobriga  à  l'époque  romaine, 
nous  ne  connaissons  que  deux  témoignages,  bien  fai- 
bles eux  aussi,  de  l'établissement  du  christianisme  à  C. 
Rodrigo  dès  cette  période  :  une  tradition  —  générale 
pour  toutes  les  régions  d'Espagne  —  sur  la  prédication 
de  l'Évangile  dans  les  premiers  siècles;  ensuite  ces 
mots,  que  contiennent  quelques  martyrologes  de 
France  :  Agami,  in  Gallia,  sanctae  virgines  et  martyres 
Fides  et  Sabina,  domo  qenleque  Hispana  ex  urbe  Civita- 
tense  sub  Daciano  passae... 

La  tradition  parle  d'une  restauration  de  C.  Rodrigo 
par  le  roi  Alphonse  I"  (739-757);  mais  elle  ne  peut 
guère  être  prouvée.  Il  est  vrai  cependant  que  cette  ré- 
gion fut  reconquise  à  plus  d'une  reprise  par  Al- 
phonse II  (792-842),  Ordono  (850-866),  Alphonse  III 
(866-910),  Ramire  II  (931-950),  Ferdinand  I"  (1037- 
1065),  etc.  Peut-être  la  ville  n'avait-elle  jamais  été  en- 
tièrement détruite. 

2°  Depuis  la  restauration  jusqu'à  nos  jours.  —  Quoi 
qu'il  en  soit,  un  long  silence  entoure  l'histoire  de  C.  Ro- 
drigo jusqu'aux  premières  années  du  xii«  s.,  c.-à-d.  jus- 
qu'au moment  de  sa  reconquête  définitive,  en  1102, 
par  le  comte  Rodrigo  Gonzalez  Giron  (d'où  son  nom  de 
Ciudad  Rodrigo).  La  ville  occupait  une  situation  favo- 


I  00!» 


C  1  U  D  A  D 


H  O  ]  )  R  I  G  (  ) 


loin 


rable,  ce  qui  excita  la  méfiance  des  habitants  de  Sala- 
manque  qui,  pour  empêcher  sou  accroissement,  l'ache- 
tèrent en  1136.  Cependant  son  importance  ne  date  que 
de  la  fin  de  1160  ou  du  commencement  de  1161.  Fer- 
dinand II  de  Léon  (1157-1  188)  décida  alors  d'en  faire 
un  point  d'appui  pour  la  reconquête;  il  renonça  à  la 
restauration  de  l'ancienne  Caliabria  (v.  supra,  xi,  392- 
93)  et  résolut  de  faire  de  la  nouvelle  ville  un  siège  é])is- 
copal.  Une  nouvelle  fois,  les  habitants  de  Salamanque 
tentèrent  de  s'opposer  à  l'essor  de  C.  Rodrigo.  S'alliant 
à  ceux  d'Avila,  ils  se  soulevèrent,  mais  furent  vaincus 
par  Ferdinand  II  à  Valmuza  (juin  1162).  Au  début  de 
1163,  le  roi  de  Portugal  envahit  la  région.  A  leur  tour 
les  musulmans  assiégèrent  C.  Rodrigo  en  sept.  1174, 
mais  ils  ne  réussirent  pas  à  la  prendre.  Elle  fut  encore 
assiégée  par  les  Portugais  en  1179,  1188  et  1199.  En 
1214,  elle  reçut  la  visite  de  S.  François  d'Assise,  lorsque 
celui-ci  revint  du  ])èlerinage  à  C-ompostelle.  Elle  reçut, 
au  cours  des  siècles  suivants,  de  nombreux  privilèges. 
D'abord,  parce  que  son  cvèque,  Michel,  avait  joué  un 
rôle  important  dans  la  reconnaissance  de  S.  Ferdi- 
nand III  (1217-1252)  comme  roi  de  Léon,  celui-ci  ac- 
corda à  la  ville  d'importantes  faveurs  (Toro,  25  déc. 
1230;  Burgos,  20  nov.  1232),  qui  furent  complétées  par 
celles  de  son  fds  Alphonse  X  (1252-1284)  (Valladolid, 
7  oct.  1254;  Grenade,  1265;  Jerez,  1268).  Lors  des 
guerres  entre  Sancho  IV  de  Léon  (1284-1295)  et  son 
frère  Pierre,  seigneur  de  Ledesma,  et  ses  continuateurs, 
C.  Rodrigo  fut  encore  assiégée  plusieurs  fois,  mais  elle 
resta  fidèle  à  la  cause  de  Sanche  IV,  qui,  à  son  tour,  lui 
multiplia  ses  privilèges  (4  juin  1286,  5  mai  1287, 

12  aoiit  1289).  Pendant  la  minorité  de  Ferdinand  IV 
(1295-1312),  elle  fut  attaquée  par  le  roi  de  Portugal, 
Denis,  mais  sans  succès;  quelque  temps  après,  la  ré- 
gion de  Sabugal  fut  annexée  au  Portugal  (48  bourgs). 
Ferdinand  IV  récompensa  la  fidélité  de  C.  Rodrigo  par 
deux  privilèges  (C.  Rodrigo,  23  mai  1297;  Burgos, 

13  mai  1304).  Pour  récompenser  les  services  rendus  par 
l'évêque  Alonso  pendant  la  minorité  d'Alphonse  .\I 
(1312-1350),  la  reine  mère  et  régente,  M.  de  iMolina,  et 
son  fils  accordèrent  à  la  ville  de  nouvelles  libertés  (Val- 
ladohd,  1"  juin  1314;  Monzôn,  1318;  C.  Rodrigo,  10  et 
12  juin  1319  et  sept.  1328).  Sous  les  règnes  d'Al- 
phonse XI,  Pierre  I"  (1350-1369),  Henri  II  (1369-1379) 
et  Jean  l"  (1379-1390),  les  principales  familles  de  la 
ville  luttent  entre  elles.  Pendant  les  guerres  de  Henri  II, 
Jean  I"  et  Henri  III  (1390-1406)  contre  Alphonse  IV 
de  Portugal,  le  grand  maître  d'Avis  et  le  duc  de  Lan- 
caster,  C.  Rodrigo  dut  subir,  entre  autres  calamités,  un 
siège  (1370)  bien  plus  cruel  que  ne  l'avaient  été  les 
attaques  antérieures.  Le  Becerro,  commencé  en  1389, 
nous  donne  une  idée  assez  complète  de  ce  qu'était  C. 
Rodrigo  avant  ces  guerres;  sur  les  ruines  accumulées 
par  celles-ci,  Henri  II  restaura  les  dommages  dont  lui- 
même  avait  été  la  cause.  Les  règnes  de  Jean  II  (1405- 
1454)  et  de  Henri  IV  (1454-1474)  inaugurent  une  pé- 
riode de  paix;  le  premier  confirma  tous  les  privilèges  de 
C.  Rodrigo  en  1442  et  le  second  l'imita  à  Ai'évalo,  le 
21  déc.  1454,  à  Ségovie  le  20  nov.  1456,  et  à  Valladolid 
le  14  août  1465.  En  1472  les  Portugais  attaquent  de 
nouveau  C.  Rodrigo.  Les  habitants  de  celle-ci  refu- 
sèrent au  début  de  reconnaître  la  souveraineté  d'Isa- 
belle la  Catholique,  mais  la  politique  pacifique  de  la 
reine  les  gagna  à  son  parti.  Pendant  les  soulèvements 
des  Comunidades,  C.  Rodrigo  se  mit  du  côté  des  comu- 
neros,  ce  qui  lui  valut  de  nombreuses  souffrances.  Pen- 
dant les  guerres  de  succession  contre  le  Portugal  (1580- 
1581),  elle  échappa,  au  contraire,  aux  dommages.  Ce- 
pendant elle  souffrit  encore  durant  les  guerres  de  Suc- 
cession en  1700,  et,  lors  de  la  guerre  de  l'Indépendance, 
elle  écrivit  un  des  chapitres  les  plus  glorieux  de  son  his- 
toire (1810-12).  Aujourd'hui,  C.  Rodrigo  est  devenue 
une  petite  ville  presque  sans  importance. 


II.  Diocèse.  —  1"  Hisluirc.  —  On  ne  possède  au- 
cune preuve  de  l'existence  d'un  évêché  à  Mirobriga 
Vettonum  à  l'époque  romaine.  L'afïirmation  d'Albert 
Rionge  :  Civilntenses  episcopi  inceperunl  tempore  Roma- 
norum;  primiis  eorum  sedit  Mugnanimus,  anno  Do- 
mini  CCCXIII,  ciii  succcsserimt  Doinicianus,  etc.,  est 
dénuée  de  fondement.  C'est  donc  à  tort  qu'on  parle 
d'un  transfert  de  l'évêché  de  C.  Rodrigo  à  Caliabria, 
après  une  prétendue  destruction  de  Mirobriga  par  les 
Barbares  au  temps  de  l'évêque  Brenianus.  Les  origines 
du  dioc.  de  C.  Rodrigo  datent  seulement  de  l'érection, 
à  l'époque  wisigothique,  de  l'évêché  de  Caliabria,  qui 
disparut  lors  de  l'invasion  des  Maures  et  dont  C.  Ro- 
drigo hérita  le  titre  au  xii<=  s.  (v.  D.  H.  G.  E.,  xii,  392- 
93).  Il  ne  peut  donc  être  question  d'une  restauration  du 
siège  de  C.  Rodrigo  par  le  roi  Alphonse  I*"^;  on  rejettera 
de  même  la  légende  de  l'évêque  de  C.  Rodrigo,  Martin, 
assistant  à  la  bataille  de  Monsagro,  au  temps  d'Or- 
dono  I  '-  (850-866). 

Du  point  de  vue  de  l'histoire  ecclésiastique,  on  se 
trouve  sur  un  terrain  sûr  à  partir  de  la  restauration 
définitive  de  C.  Rodrigo  par  le  roi  Ferdinand  IL  Nous 
avons  signalé  l'opposition  que  suscita  cette  restaura- 
tion; elle  visa  surtout  le  ijrojet  d'érection  du  siège 
épiscopal,  bien  que,  en  l'occurrence,  il  ne  s'agît  que  de 
restaurer  l'ancien  évêché  de  Caliabria.  Ferdinand  II 
n'écouta  pas  l'opposition  et  procéda  sans  tarder  à 
l'érection  du  nouveau  siège;  le  13  févr.  1161,  par  docu- 
ment signé  à  Salamanque,  il  le  plaça  sous  la  juridic- 
tion du  métropolitain  et  du  chapitre  de  Compostelle; 
il  décréta  en  outre  que  tous  les  clercs  du  diocèse  de  C. 
Rodrigo  devraient  soumission  à  l'évêque,  désigné  et 
approuvé  par  l'archevêque  de  Compostelle;  ils  seraient 
exempts  de  tous  les  droits  royaux  et  jouiraient  des 
mêmes  privilèges  que  les  clercs  de  Salamanque.  Ce 
Fuero  eclesiâstico  de  C.  Rodrigo  fut  confirmé  et  ampli- 
fié par  le  même  roi,  le  20  sept.  1168. 

Du  17  juin.  1165,  date  une  dotation  de  l'évêché  de  C. 
Rodrigo.  Le  premier  évêque  n'avait  probablement  pas 
encore  été  élu.  Le  20  févr.  1168,  la  construction  de  la 
cathédrale  a  commencé.  Preuve  :  à  cette  date,  le  roi 
assigne  une  rente  annuelle  de  100  maravédis  à  Benoît 
Sânchez,  architecte  et  directeur  des  travaux.  Dans  la 
suite,  Ferdinand  II  et  ses  successeurs  multiplièrent 
leurs  donations. 

Le  premier  évêque  de  C.  Rodrigo  s'appelait  Domi- 
nique. Le  10  juin.  1168,  il  signa  un  privilège  :  Ego  Do- 
minicus  eleclus  Civitatis  Roderici  conf.;  dans  la  confir- 
mation du  même  privilège,  du  31  oct.  1 168,  on  lit  :  Do- 
miniciis  Calabriensis  eps.  Il  avait  donc  été  désigné 
pour  le  siège  de  C.  Rodrigo  et  consacré  au  titre  de  Ca- 
liabria. A  quelle  date  a-t-il  été  sacré?  Certainement 
avant  le  20  sept.  1168,  date  à  laquelle  Ferdinand  II 
donne  quelques  privilèges  à  C.  Rodrigo  et  à  son  évêque 
Dominique.  A  partir  de  cette  date  et  jusqu'à  sa  mort, 
Dominique  signe  toujours  Ccdabriensis  episcopus.  Il 
mourut  entre  le  9  juill.  1 172  et  le  25  mai  1 175  —  après 
le  9  juill.  1 172,  car  à  cette  date  il  signe  le  document  par 
lequel  Ferdinand  II  fait  don  au  S. -Siège  de  Castro 
Toraf  (Zamora);  avant  le  25  mai  1175  :  ce  jour  le  pape 
Alexandre  III  confirma  le  successeur  de  Dominique, 
Pierre  de  Ponte,  qui  semble  avoir  été  élu  bien  avant 
cette  date.  En  efTet,  Dominique  était  probablement 
mort  en  déc.  1173.  Nous  savons  que  l'évêque  de  Sala- 
manque, Pierre  Suârez  de  Deza,  fut  nommé  arche- 
vêque de  Compostelle  au  printemps  1173;  or,  la  va- 
cance du  siège  de  Salamanque  coïncida  avec  celle  du 
siège  de  C.  Rodrigo-Caliabria.  En  déc.  1173,  en  effet, 
Ferdinand  II  confirma  l'accord  intervenu  entre  les 
chapitres  de  Salamanque  et  de  C.  Rodrigo  touchant  la 
juridiction  à  exercer  sur  la  région  comprise  entre  le 
Yeltes  et  le  Huebra.  Le  métropolitain  de  Compostelle, 
chargé  par  Alexandre  III  de  régler  ces  difficultés,  con- 


1011 


C 1 1:  D  A  D 


R  (J  D  R  I G  0 


lu  12 


ttrma  à  son  tour  cet  accord  le  14  janv.  1174  par  lettre 
adressée  à  Martin  Salmantino  decano  et  à  Arnaldo 
Ecclesiae  Civitatis  Roderici  priori.  Le  fait  que  les  deux 
chapitres  négocient  et  signent  cet  accord  laisse  sup- 
poser que  les  deux  sièges  étaient  alors  vacants. 

Le  successeur  de  Dominique  fut  Pierre  de  Ponte, 
chanoine  de  Compostelle  et  chancelier  de  Ferdinand  IL 
La  date  précise  de  son  élection  est  diflicile  à  fixer.  Ce- 
pendant on  peut  dire  qu'il  a  été  élu  et  consacré  avant 
le  22  août  1174.  i)uisque  son  nom  figure  sous  la  dona- 
tion, faite  ce  jour,  de  Torre  Aguilar  et  Riochico  au  mo- 
nastère de  Ste-.Marie  d'Aguiar,  par  Ferdinand  II.  Dès 
le  début,  il  s'intitule  Civiiatensis  episcopus.  Pendant  le 
printemps  1175,  sa  signature  manque  dans  les  docu- 
ments royaux;  en  ce  moment,  il  se  trouvait  à  Home  où 
il  avait  dù  se  rendre  pour  obtenir  d'Alexandre  III 
l'approbation  de  son  élection  et  de  son  sacre.  Le  pape, 
en  effet,  avait  protesté  parce  qu'on  avait  méconnu  son 
autorité.  Il  finit  cependant  par  céder  et,  par  sa  bulle 
litteris  du  25  mai  1175,  il  confirma  l'érection  perpé- 
tuelle du  nouveau  siège,  l'élection  de  Pierre  et  toutes 
ses  possessions  (iaffé,  xii,  486).  Selon  Lôpez  Ferreiro 
(Hisi.  comp.,  IV,  327),  Pierre  de  Ponte  assista  au 
III«  concile  de  Latran  (1179),  avec  son  métropolitain, 
Pierre  Suarez  de  Deza. 

Sur  les  limites  du  dioc.  de  C.  Rodrigo,  la  bulle 
d'Alexandre  III  est  peu  exiilicite.  Nous  avons  déjà 
mentionné  l'accord  conclu  entre  les  chapitres  de  C.  Ro- 
drigo et  Salamanque  (1173)  au  sujet  de  la  région  de 
Yeltes  et  Huebra.  D'autres  difiicultés  surgirent  bientôt 
relativement  au  diocèse  voisin,  celui  de  Coria;  elles  fu- 
rent soumises  à  l'arbitrage  des  évêques  de  Salamanque 
et  Plasencia;  le  territoire  disputé  fut  divisé  en  deux 
parties  à  peu  près  égales,  lesquelles  furent  attribuées 
respectivement  aux  deux  diocèses  (1191).  En  1233,  un 
accord  stipula  la  frontière  du  côté  de  la  Sierra  de  Ja- 
lama.  Quant  à  ses  limites  avec  le  Portugal,  elles  s'éten- 
daient bien  au  delà  des  frontières  qui  séparent  actuel- 
lement les  deux  pays. 

Le  diocèse  de  C.  Rodrigo  resta,  ]3ar  suite  des  circons- 
tances de  sa  fondation,  sulïragant  de  Compostelle. 
C'est  sous  ce  titre  qu'il  figure  dans  une  bulle  d'Alexan- 
dre III  adressée  à  l'Église  de  Compostelle  le  20  mars 
1178  (Tumbo  B  de  Compostelle,  fol.  234). 

Avec  la  mort  de  F'erdinand  II,  C.  Rodrigo  perdit  sou 
grand  protecteur.  Cependant  les  successeurs  de  ce  roi 
continuèrent  de  protéger  C.  Rodrigo  et  d'étendre  leurs 
libéralités.  Nous  avons  conservé  à  ce  sujet  une  riche 
documentation  qui  nous  permet  de  suivre  dans  le 
détail  l'extension  des  biens  et  des  faveurs  dont  jouis- 
sait ce  siège  à  partir  du  xni"=  s.  Nous  ne  nous  y  arrête- 
rons pas  et  renvoyons  le  lecteur,  pour  cette  partie,  au 
Becerro  de  C.  Rodrigo. 

Jusqu'à  l'épiscopat  de  Leonardo,  l'évêque  et  son 
chapitre  avaient  mené  la  vie  commune.  On  crut  alors 
le  moment  veim  de  séparer  la  mense  de  l'évêque  de 
celle  du  chapitre.  Celui-ci  comportait  à  cette  époque 
les  dignités  de  doyen,  chantre,  écolâtre  et  trésorier.  Le 
diocèse  comprenait  les  deux  archidiaconés  de  Sabugal 
et  Camaces.  Le  clergé  de  la  cathédrale  avait  été  doté 
de  nouveaux  bénéfices  :  huit  prébendes  et  six  chapel- 
lenies. 

Sous  le  règne  de  F"erdinand  IV  el  Emplazado,  le  dioc. 
de  C.  Rodrigo  subit  un  démembrement  assez  impor- 
tant :  le  roi  Denis  de  Portugal  vengea  sa  déroute  subie 
sous  les  murs  de  C.  Rodrigo  en  mettant  à  feu  et  à  sang 
la  région  du  Coa;  il  annexa  celle-ci  à  sa  couronne  et  en 
fortifia  les  places  les  plus  importantes;  cette  occupa- 
tion fut  reconnue  de  iure  par  Ferdinand  IV.  Or,  parmi 
les  bourgs  attribués  par  ce  traité  au  Portugal,  figurait 
Raigadas,  qui  appartenait  à  la  cathédrale  de  C.  Ro- 
drigo. Les  guerres  entre  F'erdinand  II  et  Denis  finirent 
par  un  double  mariage  et  par  la  concession  au  Portu- 


gal de  la  région  de  Sabugal,  comprenant  un  total  de 
48  paroisses  appartenant  à  C.  Rodrigo  (1297).  Cepen- 
dant, en  1311,  le  territoire  du  diocèse  s'accrut  par 
l'annexion  de  l'Abadengo,  qui  appartenait  jusqu'alors 
aux  Templiers  :  leurs  possessions  furent  partagées 
entre  le  roi  et  l'ordre  de  S. -Jean  ou  de  Malte,  et  la  ju- 
ridiction spirituelle  en  fut  accordée  à  l'évêque  de  C. 
Rodrigo. 

Nous  avons  déjà  signalé  les  conséquences  funestes 
qu'eurent  pour  C.  Rodrigo  son  opposition  à  Henri  II, 
ainsi  que  les  guerres  entre  les  rois  de  Castille  et  de  Por- 
tugal, au  temps  de  Jean  et  de  Henri  III,  et  de 
Jean  II  et  de  Henri  IV.  En  1381,  Jean  \"  reconnut 
comme  pape  légitime  (élément  VII.  Le  cardinal  Gui  de 
Bologne,  légat  du  pape,  eut  pour  mission  de  rétablir  la 
paix  entre  Henri  II  de  Castille  et  F'erdinand  de  Portu- 
gal. Il  visita  C.  Rodrigo  en  1373.  L'évêque  de  C.  Ro- 
drigo, Jérôme  l",  réussit  en  1389  à  faire  proclamer 
une  trêve  de  six  ans  entre  les  belligérants.  Sous  le  règne 
de  Jean  Ff,  le  doyen  de  C.  Rodrigo,  Juan  Pérez  de 
Ayala,  acquit  de  la  notoriété  par  son  tempérament 
guerrier  autant  que  par  son  ignorance  proverbiale. 

I^e  Becerro  (1389)  nous  fournit  des  renseignements 
précis  touchant  la  situation  de  C.  Rodrigo  à  cette  épo- 
que. Le  périmètre  de  la  ville  était  alors  bien  plus  étendu 
qu'il  ne  l'est  actuellement,  et  sa  population  aussi.  Les 
possessions  de  la  cathédrale  étaient  immenses  :  à  l'in- 
térieur de  la  ville  elle  comptait  plus  de  160  maisons  et, 
dans  le  reste  du  diocèse,  plus  de  70  mansiones,  outre  de 
nombreuses  églises  de  la  ville,  qui  lui  payaient  le  cens; 
elle  possédait  encore  environ  300  vignes,  des  moulins 
et  un  grand  nombre  de  bourgs.  Son  importance  écono- 
mique explique  l'autorité,  et  même  la  puissance  mili- 
taire, dont  jouissaient  les  évêques  de  C.  Rodrigo;  elle 
explique  aussi  la  multiplicité  des  bénéfices  et  des  fon- 
dations pieuses,  de  même  que  les  désordres  qui  se  ma- 
nifestèrent dans  la  suite. 

Vers  1433,  Jean  II  approuva  la  division  de  la  ville 
en  quatre  quartiers  :  Ste-Marie  (cathédrale),  S. -Tho- 
mas, S. -Pierre  et  S.-Benoît.  D'autre  part,  le  Becerro 
nous  fait  connaître  les  églises  de  la  ville  :  S. -André,  S.- 
Matthieu, S. -Jean  (Santivanes),  S. -Paul,  S. -Marc,  Ste- 
Marie-Madeleine,  S. -Christophe,  S. -Dominique,  S.-Pé- 
lage,  S.-Barthélemy,  S.-Benoît,  S.-Jean-de-l'Hôpital, 
S.-Sauveur,  Ste-Croix,  S.-Vincent,  S. -Simon,  S.-Nico- 
las,  S.-Étienne,  etc.  Pour  plusieurs  d'entre  elles,  il 
mentionne  leur  destruction  durant  le  siège  que  fit 
Henri  II  (1370)  :  S.-Nicolas  el  Derribado,  Ste-Marie  la 
Caida,  S.-Étienne  el  Derrucado,  etc. 

De  1350  à  1450,  les  donations  sont  presque  nulles. 
Les  causes  en  sont  les  démembrements  opérés  par  De- 
nis de  Portugal  et  la  succession  ininterrompue  de 
guerres  dont  le  pays  était  atlligé.  La  puissance  écono- 
mique de  C.  Rodrigo  s'était  évanouie.  Le  22  janv.  1454, 
Nicolas  V,  par  sa  bulle  Romana  Ecclesia,  annexa  à  la 
table  capitulaire  quelques  bénéfices  qu'Alphonse  Al- 
varez de  Turuégano,  archidiacre  de  Calahorra,  avait 
donnés.  En  l'année  1473,  Jean  de  Ayllon,  abbé  de 
l'église  de  Valladolid,  et  Jean  de  Portillo,  clerc  de  Ségo- 
vle,  firent  une  donation  semblable.  Avec  ces  secours  le 
chapitre  put  de  nouveau  subvenir  à  ses  besoins. 

Le  xvie  s.  ramène  pour  C.  Rodrigo  une  période  de 
gloire  et  de  splendeur  :  les  donations  se  multiplient  à 
nouveau,  dès  la  fin  du  xv«  s.  ;  les  travaux  à  la  cathé- 
drale sont  continués  avec  un  luxe  extraordinaire. 
Quatre  canonicats  de  officia  sont  créés.  L'école  cathé- 
drale prend  de  l'extension,  grâce  surtout  au  renom  du 
maestro  Hernando  de  Silva;  l'accroissement  des  étu- 
diants obligea  Michel  de  Palacios  à  fonder  un  collège 
qui  fut  bâti  à  l'emplacement  de  l'ancienne  église  de  S.- 
Barthélemy,  près  du  couvent  des  augustins;  ceux-c" 
se  chargèrent  bientôt  de  la  direction  de  ce  collège  et  e 
firent  une  petite  université,  où  l'on  enseigna  la  théolo 


1013 


C  I  U  D  A  D 


RODRIGO 


1014 


gie  scolastique,  les  arts  et  la  grammaire.  La  musique 
fut  également  cultivée;  la  place  de  maestro  de  capilla 
attira  même  des  étrangers,  tels  Giraldin  Bûcher,  origi- 
naire de  Gascogne,  et  son  fils  Diego  Bujel  (  =  Bûcher, 
Buxer,  Buxel,  Bujel),  qui  composa  un  livre  d'hymnes. 
Enfin  des  danses  religieuses  et  des  jeux  scéniques  furent 
organisés  dans  la  cathédrale,  surtout  à  l'occasion  de  la 
Fête-Dieu  et  de  la  fête  de  Noël  (en  1541,  on  représenta 
Auto  de  las  Sibilas). 

.\  côté  de  ces  œuvres  religieuses  et  culturelles,  le 
chapitre  fonda  des  institutions  charitables  pour  les 
pauvres  et  les  malades.  Le  22  juin  1453,  on  projette  la 
construction  d'un  hôpital  près  de  la  cathédrale;  le 
23  juin  1455,  on  décide  de  commencer  les  travaux;  ce- 
pendant, le  14  avr.  1497,  ceux-ci  ne  sont  pas  encore 
terminés.  Cet  hôpital  s'appela  Hospital  de  Sta  Maria  de 
la  Catedral.  Le  10  janv.  1479,  douze  chevaliers  fondè- 
rent un  autre  hôpital,  celui  de  la  Pasiôn:  le  25  mai 
1492,  les  Rois  Catholiques  lui  attribuèrent  la  synago- 
gue et  d'autres  possessions  ayant  appartenu  à  des 
Juifs.  D'autre  part,  le  chapitre  s'occupa,  dès  le  début 
du  xvi<^  s.,  des  enfants  trouvés;  les  mesures  prises  à 
cette  époque  iront  en  se  développant  et  aboutiront  à  la 
fondation  d'un  hospice  à  la  fin  du  xvii*'  s.  D'autres 
entreprises  eurent  pour  objet  le  mariage  des  jeunes 
filles  pauvres,  l'assistance  aux  malades  contagieux  à 
l'hôpital  de  la  Piedad,  la  distribution  d'aumônes  aux 
pauvres  en  général  et  aussi  aux  pauvres  honteux. 

Lors  du  soulèvement  des  Comunidades  contre  l'em- 
pereur Charles  V,  la  forteresse  de  la  cathédrale  fut 
occupée  par  le  comunero  Ramirez  de  Arellano,  ce  qui 
obligea  le  chapitre  à  se  réunir  dans  l'église  du  Temple. 
Pour  éviter  une  nouvelle  occupation  de  la  cathédrale, 
on  décida  d'abattre  la  forteresse.  En  1592  (19  avr.), 
sous  l'épiscopat  de  Martin  de  Salvatierra,  on  célébra  le 
premier  synode  diocésain  de  C.  Rodrigo.  —  Durant  la 
guerre  de  l'Indépendance  du  Portugal  (1640-1668),  la 
cathédrale  de  C.  Rodrigo  perdit  toutes  ses  possessions. 
Son  dénuement  fut  alors  si  extrême  que  la  plupart  des 
chanoines  et  bénéficiaires  furent  obligés  d'abandonner 
leurs  offices  et  de  chercher  ailleurs  un  moyen  de  vivre. 
Philippe  IV  et  le  pape  Innocent  X  (bulle  Poslquam 
dioina,  1645)  imposèrent  alors  aux  églises  les  plus 
riches  d'Espagne  dépendant  du  patronage  royal  de  cé- 
der une  partie  de  leurs  revenus  aux  chapitres  de  Bada- 
joz  et  C.  Real  jusqu'à  concurrence  d'une  somme  an- 
nuelle de  4  000  ducats  pendant  vingt  ans.  Le  même 
pontife,  en  1646,  accorda  à  la  cathédrale  de  C.  Rodrigo 
1  000  ducats  à  prendre  sur  les  revenus  de  l'archevêché 
de  Tolède  pendant  douze  ans.  Alexandre  VII  imposa 
une  charge  identique  à  l'évêché  de  Sigilenza.  Grâce  à 
cette  aide,  le  chapitre  put  se  relever  et,  en  1670,  il 
avait  déjà  repris  son  activité  normale.  On  signale 
qu'en  1723,  à  la  suite  de  la  nouvelle  guerre  de  Succes- 
sion (1700-1713),  beaucoup  de  prêtres,  séculiers  et  ré- 
guliers, furent  exilés  au  Portugal,  de  nombreux  édi- 
fices détruits  ou  endommagés. 

En  1692,  l'évêque  Joseph  Gonzalez  avait  tenté  de 
construire  un  séminaire;  son  projet  ne  fut  réalisé  qu'en 
nov.  1769  par  l'évêque  Cajetan  Cuadrillero.  L'évêque 
de  Salamanque,  qui  était  alors  en  même  temps  admi- 
nistrateur apostolique  de  C.  Rodrigo,  N.  Martinez  Iz- 
quierdo,  fonda  à  C.  Rodrigo  le  patronage  S. -Joseph, 
ayant  pour  but  de  faciliter  les  études  ecclésiastiques 
aux  étudiants  pauvres.  Il  fonda  aussi  le  collège  S.- 
Cajetan  (études  moyennes),  annexé  au  séminaire. 

En  1770  fut  rédigé  le  Libro  del  Bastôn,  contenant  la 
réponse  à  un  questionnaire  du  roi  Charles  III  relatif  à 
la  vie  ecclésiastique,  civile  et  économique  de  la  ré- 
gion. Il  révèle  qu'à  la  cathédrale  il  y  avait  alors  20  ca- 
nonicats  et  35  autres  bénéfices  divers;  outre  la  pa- 
roisse de  la  cathédrale,  la  ville  comptait  d'autres  i)a- 
roisses  :  S.- Isidore,  patron  de  la  ville,  S. -Pierre  (qui 


avait  absorbé  celle  du  S. -Esprit  ou  des  SS.-Juste-et- 
Pastor),  S. -André,  S. -Christophe,  Ste-Marine  (annexée 
à  la  cathédrale),  S.-Blas  (établie  dans  l'église  de  la  Ca- 
ridad).  Autres  églises  :  S. -Jean,  S. -Sépulcre,  Cerralbo 
del  Marqués  ou  de  N.-D.-du-Temple,  S.-Michel-de- 
Pedrotoro,  Ste-Croix  et  Ste-Hélène,  les  églises  des  En- 
fants de  la  Doctrine,  de  l'Hospice,  celles  des  hôpitaux 
de  la  Passion,  de  la  Piedad  et  de  Serilla.  Couvents  : 
de  S. -Dominique,  S. -François,  S. -Augustin,  de  la  Tri- 
nité, de  la  Caridad,  de  Ste-Claire,  de  la  Ste-Croix,  du 
S. -Esprit  et  des  P'ranciscaines  déchaussées. 

Au  lendemain  de  l'occupation  de  C.  Rodrigo  par  les 
troupes  de  Napoléon  I"  (10  juill.  1810),  la  plupart  des 
ecclésiastiques,  les  chanoines  surtout,  furent  mis  en 
prison  ou  déportés  en  France;  les  autres  s'enfuirent  à 
S. -Martin  de  Trejo  le  8  juill.  1811,  d'où  ils  envoyèrent 
au  gouvernement  et  au  nonce  un  mémoire  exposant 
leur  situation.  Le  19  janv.  1812  la  ville  fut  reprise  par 
les  Anglais;  les  chanoines  rentrèrent  le  22.  Mais  ces 
troubles  avaient  ruiné  le  cha])itre.  Sa  restauration  s'ac- 
compagna de  beaucoup  de  difficultés;  elle  fut  aggravée 
par  l'imposition  d'un  évêque  indigne  (1835)  et  par  les 
lois  sectaires  de  Mendizâbal  (1836),  jusqu'au  concor- 
dat de  1851.  En  vertu  de  qe  concordat,  le  dioc.  de  C. 
Rodrigo  dut  être  supprimé.  En  réalité  il  ne  fut  jamais 
supprimé  de  iure;  il  le  fut  de  facto  par  la  nomination  de 
l'évêque  de  Salamanque  comme  administrateur  apos- 
tolique de  C.  Rodrigo  le  10  juin  1867.  Le  25  nov.  1884, 
l'ancien  diocèse  fut  érigé  en  administration  aposto- 
lique indépendante  de  l'évêché  de  Salamanque  et,  dès 
le  25  déc.  1884,  il  reçut  son  administr.  apost.  propre, 
Joseph  Thomas  Mazarrasa  y  Riva,  auquel  furent 
attribuées  toutes  les  prérogatives  épiscopales.  Récem- 
ment, le  dernier  administr.  apost.,  Jésus  Enciso  Viana, 
a  été  préconisé  évêque  de  C.  Rodrigo  (2  févr.  1950) 
{Acta  apost.  Sedis,  xlii,  1950,  p.  196,  275).  —  Actuel- 
lement le  dioc.  de  C.  Rodrigo  est  sufîragant  de  l'arche- 
vêché de  Valladoiid. 

2"  Évêques.  —  Gil  Gonzalez  Dàvila  signale  un  Pierre, 
O.  S.  B.,  évêque  de  C.  Rodrigo,  qui  renonça;  il  s'agit 
probablement  d'un  faux  évêque.  —  Le  premier  évêque 
connu  est  Dominique.  —  Pierre  de  Ponte,  du  22  août 
1174  au  10  nov.  1189;  nous  possédons  26  chartes  si- 
gnées par  lui.  —  Le  20  sept.  1190,  il  eut  comme  succes- 
seur Martin  :  du  20  sept.  1190  au  1"  sept.  1210,  il  a  si- 
gné 72  actes;  cependant  deux  documents,  du  3  et  du 
5  févr.  1193,  portent  :  Petro  Civilatensi  episcopo;  le 
17  juin  1193,  réapparaît  :  Martino  Civ.  ep.;  nous  igno- 
rons ce  que  signifie  cette  interruption.  —  Trois  actes 
(11  nov.  1211,  avr.  et  7  nov.  1213)  mentionnent  :  Ec- 
oles. Civil,  vacante.  —  Lombardo,  17  janv.  1213- 
12  mars  1227  (plus  de  40  diplômes)  ;  sous  son  épiscopat 
S.  F'rançois  d'Assise  visita  C.  Rodrigo.  —  Le  10  avr. 
1 227,  le  siège  est  vacant.  Il  est  difficile  de  trouver  place 
pour  l'évêque  Bernard,  qui  figure  ici  dans  les  listes 
épiscopales,  puisque  le  9  juill.  1227  Michel  est  déjà  élu; 
dans  les  actes  d'Alphonse  IX,  figurent  environ  34  di- 
plômes signés  par  lui,  jusqu'au  20  juill.  1230;  il  vivait 
encore  le  17  avr.  1244.  Un  diplôme  d'Alphonse  IX, 
daté  probablement  du  28  avr.  1229,  porte  Lonbaldiis 
Civitatensis  episcopus;  mais  le  18  mai  de  cette  même 
année,  réapparaît  la  signature  de  Michel.  —  Le  Registre 
d'Innocent  IV  mentionne,  le  4  nov.  1245  et  le  7  avr. 
1246,  Pierre  II;  t  avant  déc.  1253,  date  à  laquelle  pa- 
raît Léonard  II,  t  1259  (?).  —  Dominique  Martin, 
26  avr.  1264.  t  vers  1274.  —  Pierre  III,  août  1284. 

.\  sa  mort,  un  schisme  fut  provoqué  jiar  la  double 
élection  d'Antoine,  trésorier  de  Salamanque,  et  de  Mi- 
chel, trésorier  de  C.  Rodrigo.  On  eut  recours  au  métro- 
politain et  le  chapitre  de  Compostelle,  sede  vacante, 
confirma  l'élection  d'Antoine  et  ordonna  de  le  consa- 
crer. Mais  Velasco  Pérez,  chef  du  parti  de  Michel,  se 
rendit  à  Rome  et  y  accusa  Antoine  d'avoir  usurpé  les 


1015  eu  DAI)    RODHKiO  1016 


droits  épiscopaux.  Honorius  IV,  le  17  juin  128(i  (Reg. 
d'Hon.  /V,  ann.  2,  ep.  lix:  Prou,  555),  députa  l'évêque 
d'Idanha  (Portugal),  un  chanoine  de  Salamanque  et 
Égée,  chanoine  de  Viseu,  pour  instruire  le  procès  d'An- 
toine. Entre  temps,  Velasco  avait  gagné  à  son  parti  les 
cardinaux  Jacques  et  Pierre  Colonna,  qui  seront  dépo- 
sés plus  tard  par  Boniface  VIII;  ceux-ci  obtinrent  de 
Nicolas  IV  la  cassation  de  l'élection  d'Antoine,  qui 
renonça  à  son  évêché.  La  provision  du  siège  de  Ro- 
drigo tomba  entre  les  mains  du  S. -Siège.  Michel  mou- 
rut dans  l'intervalle  et  ses  ])artisans  élurent  Velasco 
lui-même;  cette  élection  fut  annulée  par  Boniface  VIII, 
qui  confirma  celle  d'Antoine  le  20  août  1297. 

Antoine  mourut  avant  le  13  nov.  1301,  car  à  cette 
date  Boniface  VIII  confirma  son  successeur  Alphonse. 
Y  eut-il  un  second  Alphonse,  O.  P.,  comme  le  ])rétend 
Gams  (65)?  Nous  l'ignorons,  de  même  que  nous  ne  con- 
naissons pas  la  date  de  l'élection  de  Bernard.  Quoi 
qu'il  en  soit,  ce  dernier  fut  transféré  à  Salamanque.  — 
Jean  I-',  conf.  le  27  juill.  1324.  ~  Jean  II,  t  1339;  la 
légende  rapporte  qu'il  ressuscita  pendant  ses  obsèques 
par  l'intercession  de  S.  François,  et  qu'il  mourut  une 
seconde  fois  vingt  jours  après,  en  juin  1343.  —  Al- 
phonse III,  28  juin  1344,  vivait  encore  le  22  mars  1369; 
t  vers  1371.  —  Ferdinand,  8  mai  1372,  1378. 

Le  Schisme  d'Occident  doit  avoir  causé  des  diffi- 
cultés dont  on  trouve  la  trace  dans  les  listes  épisco- 
pales.  D'après  Eubel,  Alphonse  III,  confirmé  par  Clé- 
ment VI  le  28  juin  1344,  eut  comme  successeur  Ferdi- 
nand de  Pedrosa,  nommé  par  t'rbain  VI  en  avr.  1378 
et  par  Clément  VII  le  15  janv.  1382.  Ferdinand  fut 
transf.  à  Carthagène  (iMurcie),  le  12  déc.  1383.  —  Clé- 
ment VII  nomma  Gonzalo,  diacre  et  trésorier  de  Za- 
mora,  le  9  mars  1384;  l'rbain  VI,  de  son  côté,  désigna, 
vers  le  même  temps,  Rodrigo;  mais,  comme  le  siège 
était  déjà  occupé  par  Gonzalo,  il  lui  donna  en  com- 
mende,  le  24  févr.  1391,  l'abbaye  S.-\'incent  de  Lis- 
bonne. Après  la  mort  de  Rodrigo,  Boniface  IX  nomma 
comme  administr.  apost.  l'évêque  de  Lamego,  Gon- 
zalo. Au  début  de  1410,  Grégoire  XII  nomma  André 
Didacus,  qui  fut  confirmé  par  Alexandre  V  le  24  févr. 
1410,  alors  qu'il  était  déjà  consacré;  il  était  maître  en 
théologie  et  pénitencier  mineur  de  la  Curie  romaine, 
lorsque  Martin  V  lui  permit  de  recevoir  des  bénéfices 
ecclésiastiques;  le  4  sept.  1422,  il  fut  nommé  évêque 
titulaire  d'Ajaccio  et  délié  des  obligations  qu'il  pou- 
vait avoir  vis-à-vis  du  dioc.  de  C.  Rodrigo.  Le  diocèse 
resterait  au  pouvoir  de  celui  qui  le  jiossédait.  Qui 
était-ce?  On  peut  supposer  que  celui  dont  il  s'agit 
était  Gonzalo,  nommé  par  Clément  VII  le  9  mars  1384, 
et  qui  reçut  probablement  de  Martin  V  un  auxiliaire  le 

19  juill.  1428  :  Alphonse  Sànchez  de  Avila,  chanoine 
de  Compostelle  (Eubel,  i,  190,  471).  — ■  A  Gonzalo  suc- 
céda Sâncho,  évêque  d'Orte  (lepuis  le  22  avr.  1420, 
transf.  à  C.  Rodrigo  le  19  mars  1431,  puis  à  Minervino. 
—  Alphonse  Sânchez  de  Valladolid,  abbé  de  la  collé- 
giale de  Jerez,  14  janv.  1433.  —  .\lphonse  de  Palen- 
zuela,  O.  F.  M.,  8  août  1460.  A  ])artir  de  son  épiscopat, 
les  listes  ne  montrent  plus  de  divergences. 

D'après  les  archives  de  C.  Rodrigo,  l'évêque  Ferdi- 
nand ne  gouverna  que  jusqu'en  1378  et  eut  pour  suc- 
cesseur Jean  III,  1387.  —  Du  successeur  de  Jean,  Jé- 
rôme, nous  savons  qu'il  négocia  une  trêve  de  six  ans 
entre  les  rois  de  Portugal  et  de  Castille,  en  1389;  t  vers 
1398.  —  Gonzalo  de  Porres  de  Cibdat,  t  1411.  —  Al- 
phonse Manuel,  141 1-t  1427.  —  Alphonse  V,  t  1449. 
Les  listes  lui  donnent  comme  successeur  un  François, 
O.  P.,  mais  l'existence  de  celui-ci  n'est  pas  prouvée.  — 
Alphonse  de  Palenzuela  fut  transféré  à  Oviedo  vers 
1469.  —  Alphonse  de  Paradinas,  trésorier  de  Séville, 

20  oct.  1469;  il  demanda  au  roi  Henri  IV  de  lui  donner 
en  Castille  un  territoire  équivalant  à  celui  qu'on  avait 
enlevé  à  son  diocèse,  et  annexé  à  celui  de  Lamego 


(1297);  ses  prétentions  furent  repoussées;  le  pape 
Sixte  IV  (21  juin  1481)  approuva  le  démembrement. 
Paradinas  fonda  à  Rome,  où  il  mourut  le  15  oct.  1485, 
l'hôpital  de  S. -Jacques  des  Espagnols.  —  Pierre  Bel- 
trân,  19  oct.  1485,  transf.  à  Tuy.  —  Diego  de  Muros, 
O.  Merc,  évêque  de  Tuy  et  abbé  commendataire  de 
Sobrado  et  des  SS.-Juste-et-Martin  de  Compostelle; 
l»"'  juin  1487.  —  Jean  d'Ortega,  ou  Hortega,  23  janv. 
1493,  transf.  à  Calahorra  en  1499.  —  Diego  de  Peralta, 
6  sept.  1499.  —  Valérien  Ordonez  de  Villaquiràn, 
24  sept.  1501,  transf.  à  Oviedo,  22  déc.  1508.  —  Fran- 
çois de  Bovadilla,  23  janv.  1509,  transf.  à  Salamanque, 
18  nov.  1510.  Fr.  François  Ruiz,  O.  F.  M..  18  nov. 
1510,  transf.  à  Avila,  14  juill.  1514.  —  Jean  Pardo  de 
Tavera,  un  des  évêques  les  plus  insignes  de  C.  Rodrigo; 
conf.  le  1 4  j uill.  1 5 1 4  ;  prit  possession  en  oct.  1 5 1 4  ;  était 
en  même  temps  président  de  la  chancellerie  de  Valla- 
dolid; fonda  le  couvent  de  Sta  Cruz  (v.  infra);  transf.  à 
Osma,  31  déc.  1523;  à  Compostelle,  8  juin  1524;  pré- 
sident de  (;astille,  card.,  1 7  avr.  1531  ;  inquisiteur  géné- 
ral, archev.  de  Tolède,  27  avr.  1534;  f  1"  août  1545.  — 
Pierre  Portocarrero,  conf.  le  31  déc.  1523;  transf.  à 
Grenade,  26  juin  1525.  —  Gonzalo  Maldonado,  conf.  le 
3  juill.  1525;  s'acquitta  de  diverses  missions  sur  ordre 
de  l'empereur  Charles  V;  transf.  à  Tarragone;  t  à  C. 
Rodrigo  le  29  juin  1530,  sans  prendre  possession  de  son 
nouveau  siège.  —  Pierre  Fernâiidez  Manrique,  évêque 
des  Canaries  (22  juin  1530),  conf.  le  14  déc.  1530; 
transf.  à  Cordoue,  11  avr.  1537;  card.,  21  mai  1540;  in- 
quisiteur général;  y  7  oct.  1540;  il  s'acquitta  aussi  de 
diverses  missions  pour  le  pape  et  l'empereur.  —  Pierre 
Pacheco,  évêque  de  Moiidofiedo  (6  sept.  1532),  conf.  le 
11  avr.  1537;  transf.  à  Pampelune,  21  mai  1539;  à  Jaén, 
9  janv.  1545;  card.,  10  mars  1550;  év.  de  Sigiienza, 
30  avr.  1554;  t  5  mars  1560;  son  intervention  au  con- 
cile de  Trente  est  bien  connue  ;  il  fut  vice-roi  de  Naples 
et  inquisiteur  général  à  Rome.  —  Antoine  Ramirez  de 
Haro,  év.  d'Orense  (l'"'  juill.  1537),  conf.  le  18  août 
1539;  prit  possession  le  12  déc.  1539;  transf.  à  Cala- 
horra, 27  juin  1541  ;  à  Ségovie,  6  août  1543;  f  16  sept. 
1549.  —  François  de  Navarre,  prieur  de  N.-D.  de  Ron- 
cevaux,  conf.  le  22  mai  1542;  transf.  à  Badajoz,  14  déc. 
1545;  à  Valence,  4  mai  1556;  f  14  avr.  1563;  il  assista 
au  coiic.  de  Trente  en  1545-47, 1551-52.  — Jean  de  Ace- 
ves,  conf.  le  8  janv.  1546;  f  31  juill.  1549.  —  Pierre 
Ponce  de  Léon.  conf.  le  27  juin  1550;  prit  possession  le 
30  nov.  1550;  transf.  à  Plasencia  le  20  juill.  1559; 
t  15  janv.  1573;  il  établit  à  C.  Rodrigo  les  trinitaires, 
assista  au  conc.  de  Trente  en  1552.  —  Pierre  de  la  Galla 
(nom  probablement  erroné).  —  Diego  de  Co\  arrubias 
y  Leiva,  élu  de  Santo  Domingo,  présenté  le  20  juill. 
1559;  conL  le  26  janv.  1560;  transf.  à  Ségovie,  25  oct. 
1564;  à  Cuenca,  6  sept.  1577;  t  27  sept.  1577;  le  19  mai 
1562  il  arriva  au  conc.  de  Trente.  —  Diego  de  Siman- 
cas,  du  conseil  de  l'Inquisition,  prés,  le  16  sept.  1564; 
conf.  le  15  déc.  1564;  transf.  à  Badajoz,  3  déc.  1568; 
à  Zamora,  13  juin  1578;  f  16  oct.  1583.  Il  fit  partie  du 
tribunal  qui  jugea  Carranza  et  fut  vice-roi  de  Naples; 
il  a  écrit  plusieurs  ouvrages  (cf.  N.  Antonio,  Bibl.  Hisp. 
nova,  I,  316-17).  — Andrés  Pérez,  du  conseil  de  l'Inqui- 
sition, prés,  le  29  juill.  1568;  conL  le  10  déc.  1568;  prit 
possession  le  19  mars  1569;  f  1583.  —  Jérôme  Tardiel, 
résigna  et  se  fit  moine  hiéron.  (Gams,  66).  —  Pierre 
Vélçz  de  Guevara,  chan.  de  Salamanque,  i)rés.  le 
8  nov.  1583;  conf.  le  9  janv.  1584;  t  1585.  —  Bernard 
de  Sandoval  y  Rojas,  chan.  de  Séville,  prés,  le  1 1  oct. 
1 585  ;  conf.  le  8  j  anv.  1 586  ;  transf.  à  Pampelune,  1 6  mars 
1588;  à  Jaén,  29  avr.  1596;  à  Tolède,  25  juin  1599; 
card.,  inquisiteur  général;  t  7  déc.  1618.  —  Pierre  Mal- 
donado, chan.  d'Avila,  prés.  le  6  févr.  1588;  conf.  le 
23  mars  1588;  t  1591.  —  Martin  de  Salvatierra,  év.  de 
Segorbe  (23  mars  1583;  auparavant  il  avait  été  év. 
d'Albarracîn,  23  juill.  1578),  prés,  le  30  mars  1591, 


I(t|  7 


Cil"  I)  A  I) 


R  ()  I)  1?  ICO 


lois 


conf.  le  15  mai  ;  t  1()04.  II  réunit  le  premier  cnn- 
rile  diocésain,  convoqué  le  2  avr.  1592  et  commencé  le 
19  avr.  —  Pierre  Ponce  de  Léon,  O.  P.,  j)rés.  le  13  juill. 
1605;  transf.  à  Zamora,  4  févr.  1610,  puis  à  Badajoz.  — 
Jean  de  La  Croix,  mort  sans  confirm.  ("?).  —  Antoine 
Idiaquez  Manrique,  prés.  le  1  févr.  1610;  transf.  à  Sé- 
govie,  19  nov.  1612;  il  eut  de  nombreux  conflits  avec 
les  autorités  civiles.  -  -  Jérôme  Ruiz  de  Camargo,  prés, 
le  15  juin  1613;  transf.  à  Coria,  22  mai  1622;  à  (".ordoue, 
13  juin  1632;  il  laisse  deux  ouvrages  :  Index  librorum 
prohibitorum...  et  un  comment,  des  Psaumes  (cf.  M.  M. 
Aiiibarro  y  Rives,  Diccion.  biobibliogr.  de  aiilores  de  la 
provincia  de  Burgos,  .Madrid,  1890,  p.  425-28).  —  Fran- 
çois Rivas,  t  avant  de  prendre  possession.  —  Augustin 
Antolinez,  O.  S.  A.,  prés,  le  11  janv.  1623;  prit  pos- 
session le  13  août;  renonça  à  l'archev.  de  Tarragone; 
transf.  à  Compostelle,  4  avr.  1624;  t  19  juin  1626.  — 
Martin  Fernândez  Portocarrero,  iirésident  de  l'Au- 
dience et  de  la  chancellerie  de  Grenade,  prés,  mai  1624  ; 
prit  possession  le  12  oct.  1624;  t  1625.  —  Jean  de  la 
Terre  y  Ayala,  év.  d'Orense  (6  sept.  1621),  prés,  le 
5  oct.  1625;  conf.  le  7  janv.  1626;  t  11  sept.  1628.  — 
François  Diego  de  .\larc6n  y  Covarrubias,  chan.  de 
Guenca,  prit  possession  le  4  juill.  1639;  cons.  le  18  sei)t. 
1639;  transf.  ;\  Valladolid  en  1645,  mais  son  successeur 
désigné,  le  général  des  Franciscains  Jean  .Merinero, 
ayant  refusé  d'accepter  cette  nomination,  .'Marcon 
resta  à  Rodrigo;  Âlerinero  (t  1664)  fut  nommé  év. 
de  Valladolid  en  1646,  et  Alarcôn  év.  de  Salanianque 
(vers  le  12  juin  1646),  de  Pampelune  (10  févr.  1648)  et 
de  Cordoue  (2  janv.  1658);  t  18  mai  1675.  —  Jean  Ité- 
rez Delgado,  conf.  le  3  déc.  1646;  prit  possession  le 
3  avr  1647;  transf.  à  Salamanque,  10  févr.  1656;  t 
janv.  1657.  —  Diego  de  Tejada  y  Laguardia,  1656; 
transf.  à  Pampelune,  6  févr.  1658;  à  Burgos,  11  mars 
1664;  t  13  juill.  1664.  —  Diego  Riquelme  y  Quirôs, 
chan.  de  Cartagena,  prés.  le  9  juin  1658;  prit  posses- 
sion le  28  mai  1659;  transf.  à  Oviedo,  5  avr.  1662;  à 
Plasencia,  1665;  1 18  mai  1668.  —  Antoine  de  Castanôn, 
cha;i.  de  Tolède,  cons.  le  29  mai  1662;  prit  possession 
le  18  juill.;  transf.  à  Zamora,  16  nov.  1666;  f  27  janv. 
1668;  il  introduisit  dans  sa  cathédrale  l'ofTice  de  l'Im- 
maculée Conception.  —  Michel  de  Cârdenas,  O.  C.  C, 
prédicateur  du  roi,  prés,  le  16  nov.  1666;  conf.  le 
18  juill.  1667;  prit  possession  le  28  févr.  1668;  j  22  févr. 
1671.  —  Alphonse  Bernard  de  los  Rios  y  Guzmân,  O. 
SS.  Trin.,  év.  de  Santiago  de  Cuba,  prés,  le  6  juill. 
1671  ;  prit  possession  le  l"  avr.  1672;  transf.  à  Grenade 
av.  le  20  sept.  1677  (poss.,  6  févr.  1778);  t  5  sept.  1692. 
—  Jean  Andaya  Sotomayor,  prit  possession  le  13  avr. 
1678;  t  13  déc.  1678.  —  Sébastien  Catalân,  prés,  le 
24  mars  1679;  i)rit  possession  le  21  sept.  1679;  f  av. 
le  31  déc.  1687.  —  Joseph  Gonzâlez,  O.  Merc,  prés,  le 
31  déc.  1687;  prit  possession  le  10  août  1688;  transf.  à 
Plasencia  av.  le  20  sept.  1694;  il  projeta  d'ériger  un 
séminaire.  —  François-Emmanuel  de  Zilniga  Soto- 
mayor y  Mendoza,  O.  S.  A.,  prés,  le  2  déc.  1694;  conf. 
av.  le  28  avr.  1695;  prit  possession  le  1"  juin  1695; 
t  1713.  —  Joseph  Diaz  Santos  de  San  Pedro,  prit  pos- 
session le  5  août  1714;  t  1721.  —  Grégoire  Téllez,  O. 
F.  M.,  prés,  en  nov.  1720;  prit  possession  le  14  avr. 
1721  ;  ren.  lin  1737;  t  au  début  de  1741;  il  construisit 
le  couvent  des  franciscaines  déchaussées  et  la  chapelle 
de  los  Dolores  à  la  cathédrale;  il  fut  aussi  un  promoteur 
de  la  dévotion  au  Sacré-Cœur  de  Jésus.  —  Clément 
Comenge,  chan.  de  Saragosse,  prés,  en  déc.  1737;  conf. 
le  3  mars  1738;  prit  possession  le  28  juin  1738;  t  12  déc. 
1747;  il  légua  une  partie  de  ses  biens  pour  la  construc- 
tion d'une  chapelle  de  N.-D.  dcl  Pilar. —  Pierre  Gômez 
de  la  Torre,  prés,  en  août  1748;  conf.  le  2  déc.  1748; 
prit  possession  le  22  mars  1749;  transf.  à  Plasencia, 
mars  1756;  il  fournit  à  Flôrez  des  renseignements  pour 
la  composition  de  la  notice  consacrée  à  C.  Rodrigo  dans 


V Espana  Scigrada.  —  .loseph-l-'rançois  BignezaI,  chan. 
d'Astorga,  conf.  le  24  mai  1756;  prit  possession  le 
22  juill.  1756;  t  2  déc.  1762.  Cajetan-.\ntoine  Cua- 
drillero  y  Mota,  prés,  en  mai  1763;  conf.  le  18  juill. 
1763;  prit  possession  le  15  oct.  1763;  transf.  à  Léon, 
juin  1777. —  Augustin  Alvarado  y  Castillo,  archevêque 
de  Santa  Fe  de  Bogotâ  (dans  les  actes,  on  l'aiipelle  1' 
«  archevèque-évèque  »),  présenté  en  septembre  1778; 
conf.  le  14  déc.  1778;  prit  possession  le  18  févr.  1779; 
t  21  juill.  1781.  —  Alphonse  Molina  y  Santaella,  inqui- 
siteur de  Grenade,  conf.  le  17  févr.  1783;  prit  posses- 
sion le  ,30  avr.  1783;  f  4  déc.  1784.  —  Benoît-Xavier 
IWa  y  Valdés,  O.  S.  B.,  prés,  en  août  1785;  conf.  le 
26  sept.  1785;  prit  possession  le  26  nov.  1785;  f  21  juin 
1810;  auteur  de  plusieurs  ouvrages  publiés  ou  inédits. 
—  Pierre-Emmanuel  Ramirez  de  la  Piscina,  prés,  en 
oct.  1814;  conf.  le  19  déc.  1814;  cons.  le  9  avr.  1815; 
prit  possession  le  6  mai  1815;  f  21  avr.  1835.  —  Pierre 
Alcantâra  Jiménez,  év.  tit.  de  Cinna  (Yarasli),  nommé 
par  le  gouvernement  en  oct.  1835,  mais  non  confirmé 
par  le  S. -Siège,  ni  reconnu  par  le  chapitre;  son  activité 
à  C.  Rodrigo,  comme  gouverneur  de  l'évêché,  provo- 
qua de  nombreux  conflits;  f  21  févr.  1843. 

ihiêques  de  Salamanque,  administrateurs  apostoli- 
ques de  C.  Rodrigo  (1S67-1884).  —  Anastase  Rodrigo 
Yusto,  10  juin  1867;  transf.  à  Burgos,  20  sept.  1867.— 
loachim  Llunch  y  Garriga,  23  mars  1868;  transf.  à 
Barcelone,  1875. — ^  Narcisse  Martinez  Izquierdo,  1875; 
transf.  à  Madrid-AIcalâ,  1884. 

Administrateurs  apostoliques  de  C.  Rodrigo  (1884- 
1U50).  —  Joseph  Thomas  de  Mazarrasa  y  Riva,  prés, 
le  25  déc.  1884,  év.  tlt.  de  Philippopolis  et  administr. 
apost.  de  C.  Rodrigo;  prit  possession  le  19  mars  1885; 
cons.  le  19  avr.  1885;  t  H  mars  1907;  il  se  distingua 
par  une  activité  bienfaisante  tant  au  point  de  vue  spi- 
rituel que  matériel.  —  Raimond  Barberâ  y  Boada, 
préc.  év.  tit.  d'.\nthedon  (El-Blakiyeh),  administr. 
apost.  de  ('..  Rodrigo,  19  déc.  1907-14.  —  Emmanuel 
M.  Vidal  y  Bullôn,  chan.  d'Osma,  préc.  év.  tit.  de  Bir- 
tha;  25  févr.  1915;  transf.  à  Tuy,  27  oct.  1923.  —Sil- 
vère  Velasco  Pérez,  chan.  d'Osma,  18  déc.  1924-28.  — 
Emmanuel  Lôpez  Arana,  chan.  de  Santander,  préc.  év. 
tit.  de  Curium,  5  févr.  1929-45.  —  Maxime  Yurramendi 
Alcain,  préc.  év.  tit.  de  Messene,  25  nov.  1945-t  25  janv. 
1949.  —  Jésus  Enciso  Viana,  chan.  de  Madrid,  préc.  év. 
tit.  d'Elusa  (El-Khalasa),  10  oct.  1949-2  févr.  1950. 

Évêques.  —  Jésus  Enciso  Viana,  2  févr.  1950. 

III,  Monastères,  couvs:nts  et  églises.  —  1°  Les 
Prémontrés.  —  Ils  se  sont  installés  à  C.  Rodrigo  peu 
après  la  restauration  de  la  ville.  Dans  l'armée  de  Fer- 
dinand Il  (1165)  se  trouvait  un  chanoine  de  La  Vid, 
Arnold,  nommé,  quelque  temps  après,  évèque  de  Coria. 
La  fondation  de  l'abbaye,  avec  des  chanoines  de  S.- 
Léonard d'Alba  de  Tormes  (Salamanque),  eut  lieu  vers 
1168,  hors  les  murs  de  la  ville,  à  l'endroit  appelé  las 
Ganteras,  sous  l'invocation  de  S.  Léonard.  Le  premier 
abbé  s'appelait  Vital.  Le  21  avr.  1171,  un  chevalier, 
Gonzalo  Alguazil,  et  sa  femme  Orabona  firent  don  à 
l'abbé  Vital  de  leurs  possessions  de  Prado  de  la  Torre, 
situées  à  une  petite  distance  de  la  ville,  au  bord  de 
r.\gueda,  pour  la  construction  il'un  monastère  en 
l'honneur  de  Notre-Dame.  A  cet  emplacement  existait 
une  tour  en  briques  qui  avait  servi  de  clocher  pendant 
plusieurs  années;  on  y  vénérait  une  image  de  la  Sainte 
Vierge  dite  de  la  Caridad.  D'où  le  nom  donné  à 
l'abbaye,  N.-D.  de  la  Caridad  (bulle  Ex  litteris 
d'Alexandre  III,  25  mai  1175).  En  1175,  l'abbé  Domi- 
nique, electus  Sanctae  Mariae  de  Cluiritate,  successeur 
de  Vital,  acheta  un  terrain  connu  sous  le  nom  d'Isla 
de  Caridad.  En  1181,  l'îlienne  de  la  (iuardia  fit  une 
importante  donation  à  Ituero  de  (^àmaces  (S.  Felices 
de  Gallegos)  pour  l'édification  de  l'église;  il  figure  dans 
l'obituaire  comme  fundator  huius  ecclesiae.  AlphonselX 


ini9  ClUDAn   RODRIGO  1020 


(1188-1230),  d'autres  personnes  influentes  et  l'év. 
Michel  (1229-44)  contribuèrent  à  doter  l'institution. 

La  bulle  Ex  litteris  soumit  à  l'évêque  de  C.  Rodrigo 
le  monasterium  Sandae  Marine  Caritatis.  Cette  pres- 
cription provoqua  des  conflits  entre  les  évêques  et  les 
chanoines  de  la  Caridad.  L'évêque  Jean  Tavera  annexa 
à  La  Charité  la  paroisse  de  Robledillo,  en  1516;  le  pape 
Léon  X  autorisa  cette  annexion.  En  1549,  les  Prémon- 
trés contestèrent  à  l'évêque  Pierre  Ponce  de  Léon  le 
droit  de  visiter  les  églises  sous  leur  dépendance.  Ponce 
de  Léon  leur  intenta  un  procès,  mais  son  transfert  à 
Plasencia  en  1559  mit  temporairement  fin  au  conflit. 
L'abbé  de  la  Caridad  assista  au  synode  diocésain  du 
19  avr.  1592.  En  1593,  le  conflit  entre  l'évêque  et 
l'abbaye  rebondit  à  propos  de  la  visite  de  l'église  de 
S.-Blas  et  du  droit  de  l'abbé  de  désigner  un  de  ses 
moines  comme  curé  de  Robledillo  :  les  Prémontrés  fer- 
mèrent la  porte  de  l'église  et  l'évêque  retira  la  juridic- 
tion non  seulement  au  curé  de  S.-Blas,  mais  à  tous  les 
religieux  de  la  Caridad  ;  les  chanoines  eurent  recours  au 
métropolitain,  qui  menaça  l'évêque  de  l'excommuni- 
cation et  de  l'interdit;  l'évêque,  à  son  tour,  en  appela 
au  pape  et  au  Conseil  suprême  du  royaume,  qui  con- 
damna les  Prémontrés.  L'évêque  visita  la  paroisse  de 
S.-Blas  le  13  mai  1601  ;  il  désigna  de  même  le  curé  de 
Robledillo. 

Déjà  sous  le  pontificat  de  Clément  VII  (1378-1394) 
on  avait  tenté,  mais  sans  succès,  de  réformer  les  Pré- 
montrés. Le  11  déc.  1441,  l'archevêque  de  Séville, 
Gutierre  Alvarez  de  Tolède,  abbé  commendataire  du 
monastère  d'Alba  de  Termes  (Salamanque),  dont  la 
Caridad  était  filiale,  expulsa  les  Prémontrés  d'Alba  et 
les  remplaça  par  des  ermites  de  S. -Jérôme.  Cette 
mesure  fut  confirmée  par  le  pape  Eugène  IV  le  12  mars 
1442.  La  Caridad  s'affilia  alors  à  l'abbaye  de  Retuerta. 
Sous  l'abbatiat  de  Ferdinand  de  Villafafie  Merino 
(1566-1569),  on  projeta  de  substituer  partout  aux  Pré- 
montrés des  ermites  de  S. -Jérôme.  Deux  religieux  de 
ce  dernier  ordre  se  présentèrent  à  la  Caridad  en  déc. 
1567.  Villafafie  s'enfuit  au  Portugal  pour  ne  pas  auto- 
riser par  sa  présence  cette  substitution.  Lorsque,  au 
début  de  1568,  il  retourna  dans  son  monastère,  il  le 
trouva  déjà  occupé  par  les  hiéronymites;  il  fut  empri- 
sonné au  palais  épiscopal,  mais  réussit  à  s'évader  et  à 
gagner  Rome.  Philippe  II  ordonna  à  son  ambassadeur 
auprès  du  S. -Siège  d'exiger  l'arrestation  de  Villafafie 
ainsi  que  de  l'abbé  de  Medina  del  Campo  qui  s'était 
rendu  à  Rome  dans  un  même  but.  Villafafie  parvint 
une  nouvelle  fois  à  s'échapjier.  Rome  cependant  révo- 
qua toutes  les  facultés  accordées  aux  hiéronymites  en 
vue  de  réformer  les  Prémontrés.  Cette  réforme  s'effec- 
tua, mais  par  des  voies  ])lus  pacifiques.  Villafafie  de- 
vint abbé  général  quelques  années  plus  tard. 

Un  des  abbés  commendataires  de  la  Caridad  a  été 
François  del  Aguila,  doyen  de  C.  Rodrigo  (1488- 
t  25  juin.  1507).  En  1493",  il  fonda  la  confrérie  de  S.- 
Blas;  on  croit  aussi  qu'il  construisit  la  croisée  de  l'an- 
cienne église.  Le  Becerro  mentionne  une  bulle  de  Ju- 
les II  (1503-1513)  contre  certains  religieux  qui  avaient 
enlevé  des  biens  à  l'abbaye  et  modifié  le  testament  de 
François  del  Aguila.  Son  frère  et  successeur  dans  le 
doyenné  reçut  une  part  des  revenus  de  l'abbaye. 

Parmi  les  chanoines  de  la  Caridad  les  plus  connus,  on 
cite  Jean  Gômez  Casasola,  t  le  8  mai  1643;  d'après 
l'obituaire,  il  avait  été  vicaire  général,  abbé  du  collège 
de  Salamanque  et  de  Ste-Marie  de  los  Huertos  (Ségo- 
vie),  trois  fois  déflniteur,  prédicateur  général  perpé- 
tuel, etc.  ;  il  fut  aussi  deux  fois  abbé  de  la  Caridad  (1627- 
30;  1636-39).  Le  26  juin  1627,  il  obtint  des  autorités 
civiles  la  faculté  de  fonder  un  couvent  à  l'intérieur  de 
la  ville;  mais,  dans  la  réalisation  de  ce  projet,  il  se 
heurta  à  l'opposition  de  l'évêque,  du  chapitre  et  de 
tout  le  clergé.  L'abbé  en  appela  au  métropolitain,  au 


pape,  etc.  En  1630,  il  fil  même  occuper  nuitamment, 
par  quelques  prémontrés,  la  maison  des  Silva,  située 
en  ville,  ce  qui  provoqua  une  émeute  du  peuple.  L'abbé 
dut  rappeler  ses  religieux  à  la  Caridad.  Il  écrivit  une  His- 
toire de  C.  Rodrigo,  perdue,  et  une  Vie  de  S.  Nor- 
bert (C.  Rodrigo,  1639). 

Autres  religieux  connus  de  la  Caridad  :  Jean  Pérez 
Galavis,  Galavi  ou  Galabies,  abbé  du  S. -Esprit  d'Avila 
et  général  de  l'ordre;  archevêque  de  Santo  Domingo 
et  primat  des  Indes,  sept.  1729;  archev.  de  Santa  Fé  de 
Bogotâ,  janv.  1738-t  13  nov.  1740. —  Le  Vén.  Federico 
Garcia,  profès  le  23  nov.  1603,  fut  deux  fois  vicaire  de 
Robledillo  et  vécut  surtout  à  Madrid,  où  il  mourut  le 
5  juin.  1630;  l'obituaire  l'appelle  vir  in  Iheologia  eru- 
ditissimùs  et  in  omni  virlule  celebris;  biographie  assez 
étendue  par  lllana,  O.  Praem.  —  L'abbé  Hernando  de 
Chaves  (1531-48)  construisit  le  cloître  ancien,  le  re- 
table et  l'orgue  et  acheta  une  maison  dans  le  faubourg 
de  S. -François,  pour  créer  une  infirmerie;  il  obtint  du 
S. -Siège  de  rendre  l'abbatiat  triennal,  quoique  lui  et 
son  successeur  Ferdinand  de  Gâta  fussent  encore  per- 
pétuels. Il  dut  lutter  contre  un  chanoine  de  la  Caridad, 
François  de  Ledesma,  qui  menaça  de  provoquer  un 
schisme;  il  condamna  l'apostat  à  un  silence  perpétuel; 
cependant  ce  dernier  se  repentit  et  mourut  à  C.  Ro- 
drigo le  29  août  1556.  —  Diego  Gabilân  Vela,  qui  pu- 
blia en  1631  la  traduction  du  Discurso  contra  los  Judios 
(le  Vincent  da  Costa  Matos. 

Lors  de  l'invasion  des  Français,  au  début  du  xix«  s., 
la  Caridad  eut  à  souffrir  de  l'occupation.  Elle  fut  sup- 
Ijrimée  en  1835.  —  Une  partie  de  l'église,  qui  subsiste 
actuellement,  fut  construite  en  1590,  ainsi  que  le 
chœur;  les  statues  qui  ornent  la  façade  datent  de  1670. 
Le  cloître  {2^  moitié  du  xvin«  s.)  subsiste  encore,  mais 
il  menace  ruine,  ainsi  que  le  reste  de  l'édifice. 

Liste  (incomplète)  des  abbés. —  Vital,  21  avr.  1171. 
—  Dominique,  1175.  —  Benoît,  t  1182.  —  Sancho, 
1182.  Gonzalo,  1454.  —  François  del  Aguila,  1488- 
t  25  juill.  1507.  —  Alonso  de  Herrera,  f  1531.  —  Her- 
nando de  Chaves,  1531-t  1548.  —  Ferdinand  de  G9ta, 
1548.  —  Ferdinand  de  Villafafie,  1566-69.—  Jean  Gô- 
mez Casasola,  1627-30,  1636-39.  —  Jean  Hermano, 
1810. 

Becerro  et  Chronique,  aux  arch.  capit.  de  C.  Rodrigo.  — 
J.  E.  Noriega,  O.  Praem.,  Disserlatio  apologelica  mariano- 
candida,  Salamanque,  1723,  p.  121-24.  —  \,  Sânchez  Caba- 
nas,  IJi.it.  eclesiàsiica  de  C.  Rodrigo,  bibl.  de  l'Acad.  d'hist., 
ms.  100,  fol.  ô6  r<'-57  v».  —  Nicolas  .Vntonio,  Dibl.  Hisp. 
nova,  I,  Madrid,  1783,  p.  284.  —  A.  Ponz,  Viage  de  Espana, 
XII,  Madrid,  1783,  p.  3.34.  —  F.  Fita,  Los  Premon.itratenses 
en  C.  Rodrigo.  Datos  inéditos,  dans  Bol.  R.  Acad.  fnst., 
i.xii,  1913,  p.  468-80.  —  L.  Serrano,  O.  S.  B.,  Correspon- 
dencia  diplomciticit...,  iv,  Madrid,  1914,  p.  XL.  —  M.  Her- 
nândez  Vegas,  C.  Rodrigo.  La  caledral  y  la  ciudad,  Sala- 
manque, 1935,  passim.  —  .1.  Gonziilez,  Rege.tta  de  Fernando 
II,  Madrid,  1942,  p.  516.  —  Becerro  de  la  Caridad,  aux 
arch.  épisc.  de  C.  Rodrigo.  —  .V  l'Arch.  hist.  nac,  on  possède 
huit  parchemins  de  1465-1632  et  douze  liasses  de  documents 
divers  (cf.  Inventario  de  prncedencins,  p.  72). 

2°  Les  Bénédictins.  —  Pierre  le  Vénérable  (De  mira- 
cutis,  P.  L.,  cLxxxix,  907-908)  affirme  que  le  roi  Fer- 
dinand I"  (1037-1065)  construisit  deux  monastères 
pour  les  Clunisiens.  André  Duchesne,  dans  ses  annota- 
tions à  ce  passage  (ibid.),  identifie  un  de  ces  monas- 
tères avec  celui  de  Ste-Agathe  de  C.  Rodrigo,  mais  le 
diplôme  qu'il  reproduit  ne  prouve  pas  cette  attribu- 
tion, puisqu'il  est  de  Ferdinand  II,  non  de  Ferdi- 
nand P^  Le  28  mars  1169,  le  roi  Ferdinand  II  donne  à 
l'abbaye  de  Cluny  in  Civilate  Roderici  ecclesiam  sanc- 
tae  Agathae  cum  aldea  sancti  Felicis  (Sahelices  el 
Cliico)...  Quelque  temps  après,  il  avise  la  commune  de 
C.  Rodrigo  du  don  qu'il  avait  fait  à  Cluny  en  la  per- 
sonne du  moine  Atto,  le  premier  prieur  de  Ste-Agathe. 
Le  nouveau  prieuré  devait  payer  à  Cluny  huit  mnra- 


102  1  CUDAD   HODRKÎO  1022 


bilinos.  Ces  deux  docuiuents  de  Ferdinand  II  supjjo- 
sent  que  l'église  de  Stc-Agathc  existait  déjà  antérieu- 
rement. 

La  bulle  Ex  lilteris  d'Alexandre  II  (25  mai  1175) 
plaça  le  monastère  de  Ste-Agathe  sous  la  juridiction 
de  l'évêque  de  C.  Rodrigo.  Cette  disposition  causa 
quelques  difTîcultés  plus  tard,  surtout  après  l'annexion 
du  prieuré  à  S. -Vincent  de  Salamanque  (1460).  Fer- 
dinand II  (30  déc.  1185)  exempta  le  prieuré  de  Ste- 
Agathe  de  toute  taxe,  privilège  qui  fut  confirmé  par 
S.  Ferdinand  III  le  20  juin  1232  (Valladolid),  par  Fer- 
dinand IV  le  16  mars  1304  et  par  Ali)honse  XI  le 
28  mai  1326. 

Les  renseignements  que  nous  possédons  sur  ce 
prieuré  proviennent  principalement  des  actes  des  cha- 
pitres et  des  visites  de  Cluny  qui  en  parlent  souvent. 
Ces  documents,  qui  datent  de  1259  à  1460,  montrent 
les  difflcultés  multiples  qui  se  rencontraient  au  prieuré. 
Ils  font  souvent  allusion  à  des  prieurs  indignes  :  tel 
celui  de  1259,  diffamalus  de  iiiconlinentia  et  adminis- 
tratione  in  spirilualibus  et  temporal ibus,  et  qui,  avec 
ses  prédécesseurs,  avait  aliéné  la  plupart  des  biens  du 
monastère;  tel  encore  ce  /rater  minor  qui  avait  usurpé 
le  prieuré  sans  être  moine;  tels  enfin  ces  prieurs  de 
1345  et  1349  qui  ont  été  absents  du  monastère.  Deux 
autres  circonstances  contribuèrent  à  cette  déchéance,  j 
Le  petit  nombre  des  moines  :  le  chapitre  de  1336  parle  I 
du  prieur  et  d'un  clerc  qui,  tout  en  n'étant  pas  moine, 
célébrait  cependant  à  Ste-Agathe  trois  jours  par  se- 
maine; en  1345,  le  prieur  et  le  seul  moine  mentionné 
n'habitent  pas  le  monastère;  en  1377,  seul  le  prieur  est 
signalé.  La  Bibliotheca  Cluniacensis  parle  du  prieur  et 
de  deux  moines;  mais  nous  ignorons  à  quelle  époque 
cette  note  se  rapporte,  de  même  que  nous  ne  savons 
pas  justifier  la  détention  du  monastère  par  des  sécu- 
liers, contre  laquelle  protestent  les  chapitres  de  1291 
et  1293.  Les  chapitres  dénoncent  souvent  la  mauvaise 
administration  spirituelle  et  matérielle  de  la  maison; 
en  1349,  les  édifices  se  trouvaient  dans  un  état  de  déla- 
brement tel  que  les  visiteurs  furent  obligés  de  loger 
en  ville  et  que  la  célébration  des  offices  était  devenue 
impossible;  en  1392,  la  maison  n'avait  qu'un  calice 
plumbeus,  une  chasuble  et  une  aube  modici  valoris,  et 
le  prieur  dut  vendre  un  missel  pour  couvrir  les  frais 
d'un  enterrement  (v.  encore  années  1259,  1312,  1336, 
1337,  1345,  1349,  1392,  1460).  Par  contre,  quelques 
rares  prieurs  sont  loués  pour  leur  zèle  :  par  ex.,  en  1336, 
diligens  et  attentas  et,  eii  1377,  qui  bene  régit  in  tempo- 
ralibus.  Le  prieur  de  C.  Rodrigo  fut  visiteur  de  l'ordre 
pour  l'Espagne  en  1305,  1322,  1326,  1340  et  1422.  Le 
monastère  fut  ruiné  deux  fois  :  en  1337,  par  le  roi 
Alphonse  IV  et  Bravo  de  Portugal  et  au  cours  des 
guerres  du  roi  de  Castille  et  de  Léon  contre  le  roi  de 
Portugal  et  le  duc  de  Lancaster  (1381-1386).  Cela  ex- 
plique aussi  l'état  de  déchéance  auquel  il  était  parvenu. 
Ste-Agathe  se  trouve  mentionnée  pour  la  dernière  fois 
dans  les  actes  des  chapitres  de  1460;  mais,  à  cette  date, 
elle  était  déjà  annexée  au  prieuré  de  S. -Vincent  de  Sa- 
lamanque (depuis  1450).  L'église  tomba  en  ruine  en 

1620,  mais  elle  fut  reconstruite  l'année  suivante. 
Liste  (incomplète)  des  prieurs.  —  Atto,  1169.  —  Gar- 
cia, 1180.  —  Pierre  Fernândez,  1304.  —  Jean  Roche- 
vol,  1317.  —  Guide,  1326  et  l'usurpateur  Rodrigo  Ro- 
driguez,  1291. 

Pierre  le  Vénérable,  De  miraculis,   I,  xxviii  (P. 
CLXxxix,  9()7-(l8).  —  A.  de  Vepes,  Coronica,  vu,  Valladolid, 

1621,  p.  .S:?9-41  ;  ap.  escrit.,  xxxvi,  p.  26-28.  —  A.  Si^nchez 
Cabanas,  Ilisf.  ecl.  de  G.  Rodrigo,  bibl.  de  l'Acad.  rl'hist., 
ms.  D.  100,  fol.  .Ï3-.5.1  sq.  —  A.  Bernard-.\.  Bruel,  Hecueil 
des  chartes  de  l'abhaije  de  Cluny,  v,  Paris,  1894,  p.  541.  —  U. 
Robert,  Êtal  des  monastères  espagnols  de  l'ordre  de  Cluny 
aux  XIIl'-XV  s.  d'après  les  actes  des  uisites  et  chapitres  géné- 
raux, dans  Bol.  H.  Acad.  hisl.,  xx,  1892,  p.  321-431.  —  F. 
Fita,  Los  cluniacenses  en  C.  Rodrigo,  ibid.,  i.xii,  1913, 


p.  3r)3-()(>.  -  M.  Hernàndrz  Ve^as,  C.  Rodrigo. ..,  i,  18. 
36,  etc.  —  J.  (ionzâlez,  Rcgcsia  de  Ferimnilo  II,  Madrid, 
1942,  p.  .'j30,  407,  503.  —  Arcli.  du  séminaire  de  Salaman- 
que, 11.  2.       Arch.  de  Silos,  ms.  7,  fol.  98. 

3"  Autres  couvents.  —  1.  Franciscains.  —  S.-Fran- 
çois  :  Tous  les  chroniqueurs  de  l'ordre  des  xv^'-xv!!!!"  s. 
rapportent  la  tradition  suivant  laquelle  S.  FYançois  au- 
rait visité  C.  Rodrigo  à  son  retour  de  Compostelle. 
D'après  ce  récit  S.  F"rançois  serait  arrivé  à  C.  Rodrigo 
en  1214;  il  aurait  habité  une  chapelle  dédiée  à  S.  Gil- 
das,  située  près  de  la  ville,  et  y  serait  resté  environ  un 
mois,  s'occupant  de  la  prédication.  Il  aurait  creusé  un 
puits  dont  les  eaux  seraient  devenues  miraculeuses. 
Six  ans  plus  tard,  il  aurait  envoyé  deux  frères  mineurs 
pour  fonder  un  couvent  à  l'endroit  où  il  avait  vécu. 
Quoi  qu'il  en  soit  de  cette  tradition,  ce  couvent  appar- 
tenait à  la  province  de  S. -Michel;  d'après  le  Livre  «  del 
Bastôn  »  (1770),  il  était  le  chef  de  la  province  et  comp- 
tait 60  religieux,  plus  6  frères  convers.  Au  cours  des 
guerres  des  deux  derniers  siècles,  il  subit  de  nombreux 
malheurs.  Il  a  été  illustré  par  des  religieux  fervents, 
dont  les  noms  et  gestes  sont  décrits  dans  les  chroni- 
ques. —  Ste-Claire  :  Le  Registre  d'Innocent  IV  (ann.  1, 
ep.  Dcxiv;  Berger,  615;  Potthast,  11336)  contient  une 
lettre  Abbatissae  et  conventui  monialium  inclusarum 
monasterii  Sancti  Spiritus,  ordinis  sancti  Damiani,  Ci- 
vitatensis  dioecesis,  du  17  avr.  1244.  Cette  lettre  con- 
firme l'exemption  si)irituelle  et  temporelle  des  mo- 
niales, dont  le  couvent  avait  été  fondé  vers  1228-1230, 
sous  le  titre  de  Sancti  Spiritus;  après  la  canonisation 
de  Ste  Claire,  il  reçut  le  nom  de  la  sainte.  Primitive- 
ment, on  appela  les  moniales  Seiïoras  pobres  de  San 
Damiân.  Le  couvent  subsiste  encore.  —  S.-Isidorc  :  ce 
couvent,  communément  connu  sous  le  nom  de  Fran- 
ciscas  descatzas,  fut  fondé  en  1605  par  D.  Catalina  En- 
riquez  Pacheco  (Sœur  (>atherine  de  la  Mère  de  Dieu), 
près  de  l'église  S. -Isidore;  en  1608,  Paul  V  autorisa  les 
moniales  à  utiliser  l'église  S. -Isidore.  En  1706,  elles 
durent  se  réfugier  à  Ste-Claire  et,  à  partir  de  1739,  elles 
occupèrent  un  nouveau  couvent,  bâti  par  l'év.  Gré- 
goire Téllez,  O.  F.  M.  En  1869,  leur  couvent  fut  acquis 
par  le  gouvernement  et  converti  en  prison.  —  Espiritu 
Santo,  dont  les  moniales  sont  communément  appe- 
lées las  Isabeles.  Ce  couvent  de  tertiaires  daterait  du 
vivant  de  S.  François,  ce  qui  paraît  invraisemblable, 
puisque  les  tertiaires  n'existent  qu'au  milieu  du  xiv^  s. 
La  première  notice  que  nous  en  possédons  date  de  1420 
(22  août);  peut-être  se  trouve-t-il  mentionné  dans  un 
document  de  1389,  conservé  au  couvent  de  Ste-Claire; 
une  bulle  du  pape  Martin  V,  du  22  mai  1426  (Eubel, 
Bull,  franc,  vu,  655),  le  concerne.  Primitivement,  il 
était  situé  à  la  frontière  des  diocèses  de  C.  Rodrigo  et 
de  Coria,  à  savoir  à  Valdârrago;  il  portait  le  titre  de 
Sti  Spiritus;  sous  l'épiscopat  de  Diego  de  Simancas 
(1565-1568),  les  tertiaires  s'installèrent  à  C.  Rodrigo 
(30  juin  1566).  Le  couvent  fut  détruit  en  1706  par  les 
Portugais;  les  tertiaires  se  réfugièrent  alors  dans  la 
Casa  de  los  nifios  de  la  Doctrina,  puis  occupèrent  l'an- 
cien palais  des  Caraveos.  Au  début  du  xix''  s.,  ce  der- 
nier fut  également  détruit. 

F.  Gonzaga,  O.  F.  M.,  De  origine  seraphicae  retigionis 
Iranciscanae  eiusque  progressibus,  Proi>.  S.  Michaelis, 
Conv.  L  Rome,  1587.  —  Wadding,  ^4;i(i(i/e.<i  Minorum, 
Lyon-Rome,  162.î-.>4,  ad  ann.  1214,  n.  xix-xxi.  —  .f.  de 
la  Trinitad,  O.  F.  M.,  Chronica  de  la  prov.  de  S.  Miguel, 
Séville,  1651,  1.  I,  c.  xx,  p.  129.  —  J.  de  Sta  Cruz,  O.  F.  M., 
Chronica  de  la  sanla  prou,  de  S.  Miguel,  i,  Ma<lrid,  1671, 
p.  104,  107.  —  D.  Cornejo,  O.  F.  M.,  Chronica  Seraphica,  i, 
Madrid,  1766,  p.  205  et  .5.")4-,)C.  —  .\.  .Sânchez  Cabanas, 
Hist.  ecl.  de  C.  Rodrigo,  bibl.  de  l'Acad.  d'hist.,  ms.  D.  100, 
fol.  16  v°-17  r».  —  R.  Marcos  Sânchez,  S.  Francisco  y  C. 
Hodrigo.  —  V.  Santos  Blanco,  El  arlillero  mislerioso  o  glorias 
y  senlencias  de  C.  Rodrigo,  Vitigudino,  1888.  —  M.  Hernân- 
dez  Vegas,  C.  Rodrigo.  I.n  raledral  y  la  ciudad,  Salamanque, 


1023 


C  II  I)  A  n    HODl^  [GO         C  [  l'S 


I  02'. 


lOS.").  passini.  —  A.  Lopez,  La  prou.  île  Espiinn  fie  los 
frailes  meimres,  .S.-.Jacr(ues-de-r.oni|)oslclle,  lOI.'i,  p.  158; 
Viajc  de  S.  Franeisco  a  Expana,  dans  Arrh.  ihcro-ameri- 
cano,  t-iii,  éd.  spéciale,  Madrid,  I'.)14,  p.  1:5,  60-63.  — 
S.  Eijân,  O.  F.  M.,  Franriscanisnw  ibero-aniericaiw  en  la 
historia,  la  literafura  y  el  arle,  Barcelone-Madrid,  1927,  p.  42. 

—  Sabatier,  Vie  de  S.  François,  c.  x.  -  Arch.  hist.  nac.  : 
-S. -François,  1  liasse;  Ste-Clairc,  2  liasses;  S. -Isidore,  2  lias- 
ses; Espiritii  Santo,  1  liasse. 

2.  Augustins.  —  Les  historiens  de  C.  Rodrigo,  No- 
gales  Delicado  et  Sânchez  Cabaiias  assurent  que  Fer- 
dinand II  donna  aux  ciianoines  réguliers  de  S. -Augus- 
tin le  Valle  de  Curie  de  los  angeles,  aujourd'hui  S.  Agus- 
tin  el  Viejo.  Mais  la  tradition  populaire  assigne  à  ce 
couvent  une  autre  origine,  toute  légendaire,  qui  le  rat- 
tache à  des  visions  qu'aurait  eues  en  1484  D.  François 
de  Chaves.  L'histoire  retiendra  que  les  Augustins  de- 
meurèrent à  Corte  de  los  angeles  depuis  une  date  actuel- 
lement non  encore  précisée  jusqu'au  23  avr.  1530,  jour 
où  ils  occupèrent  dans  la  ville  un  nouveau  couvent, 
construit  par  les  Garci-Lôpez  de  Chaves  sur  l'emplace- 
ment de  leur  ancien  palais.  L'église,  bâtie  entre  1566 
et  1581,  est  le  dernier  monument  gothique  élevé  à  C. 
Rodrigo.  En  1592,  un  collège  fondé  par  le  chan.  Pala- 
cios  fut  annexé  au  couvent;  jusqu'en  1 770.  on  lui  donna  i 
le  titre  d'université. 

M.  Hernândez  Vegas,  (,'.  Rodrif/o  ,  27,  2!ll  ;  ir,  7.'i, 

333,  etc.  1 

3.  D'autres  ordres  ou  congrégations  furent  ou  sont 
en  outre  représentés  à  C.  Rodrigo.  (Couvents  de  S.-Do- 
minique,  de  La  Trinité,  de  Sle-Croix  (augustiniennes), 
Commendadoras  de  Santiago,  carmélites,  etc. 

4°  La  cathédrale.  —  La  première  cathédrale  fut  éta- 
blie dans  l'église  Ste-Marie  (faubourg  S. -François, 
Villa);  le  chapitre  qui  y  fut  attaché  portera  plus  tard 
le  nom  de  chapitre  de  la  Villa.  L'église,  en  style  roman 
de  l'école  de  Sahagùn,  changera  de  nom  (  =  S. -André) 
après  la  consécration  de  la  nouvelle  cathédrale,  dédiée, 
elle  aussi,  à  Ste  Marie.  Celle-ci  a  été  vraisemblablement 
commencée  vers  1165-1166;  son  avant-corps  date  de 
1 170-1230.  Caractéristiques  :  plan  de  croix  latine,  trois 
nefs  (la  centrale  plus  élevée),  transept  très  court,  trois  j 
absides  circulaires  (la  centrale  transformée  au  xvi«  s.),  i 
narthex;  primitivement,  trois  tours  dont  les  vestiges  | 
sont  encore  visibles;  actuellement,  une  tour  néoclas-  | 
sique.  Comme  sa  construction  a  duré  fort  longtemps,  | 
elle  porte  des  traces  de  plusieurs  styles.  On  remarquera  I 
surtout  ses  300  chapiteaux  (romans),  son  chœur  (go-  j 
thique)  à  l'intérieur,  et  le  cloître  gothique. 

Sources.  -  -  .\rch.  capit.  de  C.  Rodrigo  :  actes  capitii- 
laires;  Chronique  de  la  Caridad.  —  ,\rch.  capit.  de  Léon, 
n.  1034.  —  Arch.  capit.  de  Salaman((ue,  n.  3-1-3,  e-S-oS  et 
16-2-2;  (làjon  de  las  Concordias;  Cart. ,îol.  2.  —  Composlelle, 
Tiinibo  A,  fol.  48  v<>;  Tiiniho  B,  fol.  186  v".  .\rch.  liisl. 
nac,  Tiimbo  menor  de  Léon,  fol.  161  ;  Cart.  d'Avila,  pari.  II. 

—  Bibl.  de  l'Acad.  d'hist.  :  Col.  Salazar,  y  :  1103;  Col. 
Abella,  12;  Col.  Velàzquez,  S.  -  Bibl.  nac.  (Madrid), nis.  884, 
fol.  9.")  v».  —  Bullarinni  de  l'ordre  de  Santiago,  p.  !),  79.  — 
Chron.  de  Cardena.  —  Chron.  il'Avila.  —  Anonyme  de  Ma- 
drid, éd.  Iluici,  p.  7-8.  —  Luc  de  Tuy,  iv,  106-07.  —  G. 
de  Rada,  xx,  121-23;  xxi.  —  Registres  des  papes  :  Inno- 
cent IV,  Honorius  IV, Boniface  VIll,  .Jean  XXII  (v.  Enbel). 

Travaux.  —  R.  Menéndez  Pidal,  Hist.  de  Espana,  i, 
Madrid,  1947,  p.  .")37,  843;  n,  1935,  passim;  m,  1940,  p.  279, 
318,  note  69.  —  .\.  lîallesteros,  Ilist.  de  Espafïa  y  su  in- 
flnencia  en  la  hisl.  universal,  i,  Barcelone,  1818,  passim. — 
.1.  Dottin,  Manuel  pour  servir  à  l'étude  de  l'antiquité  celtique, 
Paris,  1906,  p.  321.  .V.  Schulten,  Xumanlia.  Die  Erqeb- 
nisse  der  Ausgrabunqen,  i.  Die  Kéltiberer  tind  ihrc  Krieqe 
mit  Rom.  Mimicli,  1914,  p.  104,  106,  193,  etc.  -  .1.  Cabré 
Aguilo,  El  idolo  lie  C.  Rodrigo,  dans  Memorias  de  la  Soc. 
esp.  de  antrop.,  etnogr.  y  prehisl.,  ix,  1930,  p.  160-63.  — 
Marchetti,  Ilispania,  dans  Dizionario  epigraf.  di  antichità 
romana  de  Ettore  De  Ruggiero,  m,  1915-19,  p.  910.  —  J. 
Alemany,  Im  geogr.  de  la  penlnsnla  ibérica  scgùn  los  tc.rtos  de 


los  pscritores  griegos.  dans  Bol.  R.  Acad.  hist.,  1910-12.  -  F. 
Fita,  La  diôresis  y  juero  erlesiàslico  de  C.  Rodrigo  en  13  enero 
1161,  ibid.,  i.xi,  1912,  )).  137-18;  Coria  compostelana  y  lem- 
plaria,  ibid.,  348;  El  papa  Alejandro  III  y  la  diôcesis  de  C. 
Rodrigo  (1173-1175),  ibid.,  i.xii,  1913,  p.  142-57;  Caliahria 
romana,  ibid.,  173-82;  Calinbria  y  C.  Rodrigo,  ibid.,  264-70; 
Don  Domingo  obispo  de  Caliabria  (1172),  ibid.,  270-75; 
Los  Cluniacenses  en  C.  Rodrigo,  ibid.,  353-66;  El  fiiero  anti- 
guo  de  C.  Rodrigo  (A.  Sânchez  Cabaiias),  ibid.,  389-93;  El 
triforio  augustal  de  C.  Rodrigo,  ibid.,  393-94;  Los  Prenios- 
tratenses  en  C.  Rodrigo,  ibid.,  468-80.  —  .1.  Gômez  Centu- 
riôn,  «  Hist.  Ciiiitalense  «  par  D.  Antonio  Sânchez  Cabanas, 
ibid.,  545-54.  —  E.  Escobar  Prieto,  Antigiiedad  y  limites  del 
obispado  de  Coria.  Nueuo  estudio,  ibid.,  lxi,  1912,  p.  324, 
342,  345.  —  Lôpez  Ferreiro,  Hist.  comp.,  iv,  273,  287,  327; 
ap.  XXX,  p.  78;  xxxix,  p.  99.  —  ,J.  Gonzalez,  Regesta  de 
Fernando  II,  Madrid,  1943,  p.  40-46,  71,  etc.;  ap.  30,  p.  283; 
Aljonso  IX,  Madrid,  1944,  2  vol.,  passim;  doc.  n.  7,  14, 
31,  etc.;  Repoblaciôn  de  la  «  Extremadura  »  leonesa,  dans 
Hi.'ipania,  ni,  1943,  p.  225-33.  —  D.  Mansilla,  Iglesia  cas- 
tel  lano-leonesa  en  tiempo  del  rey  S.  Fernando,  Madrid,  1945, 
p.  101,  121-22.  —  A.  Millares  Carlo,  La  cancilleria  real  de 
Castilla  y  Leôn  hasta  fines  del  reinado  de  Fernando  III, 
Madrid,  1936,  p.  264.  —  R.  Escalona,  Hist.  del  monasterio  de 
Sahagùn,  118.  —  Barbosa,  Cat.  das  Rainhas  de  Portugal, 
Lisbonne,  1727,  p.  114-15.  —  A.  Manrique,  Annales,  n,  416. 
—  E.  Flôrez,  Reinas  Catolicas,  i,  Madrid,  1790,  p.  320; 
Espana  sagrada,  xiv,  ap.  ii.  —  .\.  Ponz,  Viage  île  F^spana, 
XII,  Madrid,  1783,  p.  327-34.  —  C.  Sânchez  Albornoz, 
Euenles  para  el  estudio  de  las  divisiones  eclesiàsticas  visigo- 
ilas,  dans  Bol.  IJnii).  de  Santiago  de  Compostela,  1930,  p.  43. 

-  .1.  M.  (Juadrado,  Espaùa...,  Salamanca,  Avila  y  Seyovia, 
Barcelone,  1884,  p.  216-42.  —  A.  de  Morales,  Hist.  gênerai  de 
Espana,  Madrid,  1791,  i,  72,  454;  ii,  171,  629;  iv,  279,  31.3, 
529;  V,  424;  Mil,  118,  516.  —  J.  .\.  de  Estrada,  PoWaci<5/i 
gênerai  de  Espana,  i,  Madrid,  1748,  p.  191.  —  F.  Méndez, 
Soticias  sobre  la  vida,  escritos  y  viajes  del  Rmo  P.  Mtro  Fr. 
Enrique  Flôrez,  2"  éd.,  Madrid,  1860,  p.  178.  —  A.  Sânchez 
Cabaiias,  Hist.  Civitatense  :  bibl.  de  r.\cad.  d'hist.,  ms.  D. 
100  :  Segunda  [y  lercera]  parte  de  la...;  Bibl.  nac.  (Madrid), 
ms.  7112  :  [Segunda  parte  de  la...];  B.  R.  Palacio,  Sala  2', 
esl.  F  ;  [Primera,  segunda  y  lercera  parte  de  la...];  Compendio 
de  la...,  Madrid,  1861.  —  D.  Nogales  Delicado,  Hisl.  de  la 
muy  noble  y  leal  ciudail  de  C.  Rodrigo,  Ciudad  Real,  1882.  — 
Llaguno  y  .\inirola,  Informe  histôrico  sobre  la  catedral  de  C. 
Rodrigo.  —  M.  Pérez,  C.  Rodrigo  y  sus  hombres.  —  M.  Her- 
nândez  Vegas,  C.  Rodrigo.  La  catedral  y  la  ciudad,  Sala- 
manque,  1935,  2  vol.  —  Madoz,  Dicc.  geogr.  —  T.  Muiioz 
Romero,  Dicc.  bibl.-hist.  de  Espana,  Madrid,  1858,  p.  102.  — • 
Enc.  Espasa,  s.  v. 

F.  PÉREZ. 

ClUIVITUBURBO.  Voir  Thuburbo  (Maius). 

Cl  US  (Kioç),  évèché  de  la  province  de  Bithy- 
iiie  I"',  dépendant  de  Nicomédie,  puis  archevêché  indé- 
pendant. Cette  petite  ville,  située  sur  le  golfe  du  même 
nom,  dans  la  partie  sud-orientale  de  la  Propontide 
(Marmara),  était  une  colonie  .grecque.  La  légende  pré- 
tend qu'elle  fut  fondée  par  l'argonaute  Polyphème.  En 
réalité,  elle  fut  d'abord  habitée  par  des  Mysiens,  puis 
par  des  Cariens,  que  chassèrent  des  colons  venus  de 
Milet  sous  la  conduite  de  Cios,  dont  elle  prit  le  nom. 
Son  histoire  est  celle  des  autres  villes  de  la  région  qui 
subirent  divers  régimes  avant  de  faire  partie  de  l'Em- 
pire romain.  Le  roi  de  Bithynie  Prusias  l'appela  de  son 
nom  Prusiade.  Après  le  passage  des  guerriers  de  la 
croisade,  le  sultan  seldjouk  Suleyman  1"  la  prit,  la 
brûla,  massacra  ou  emmena  en  captivité  la  plus  grande 
partie  de  ses  habitants  pour  avoir  donné  asile  aux  éclo- 
pés  de  l'expédition.  Elle  fut  rebâtie  avec  l'aide  de  l'em- 
pereur Alexis  I"  Comnène  et  vécut  assez  tranquille  jus- 
qu'au moment  où  le  sultan  ottoman  Orchan  la  prit  en 
1336.  En  1921-22,  elle  fut  le  théâtre  de  combats  entre 
les  troupes  grecques  et  les  troupes  turques.  Cios 
(Ghemlek  pour  les  Turcs)  fut  jusqu'à  l'échange  des  po- 
pulations, en  1923,  un  centre  grec  assez  important,  qui 
ne  comptait  pas  moins  de  sept  églises  ou  chapelles. 
C'est  là  que  résidait  depuis  plusieurs  siècles  le  métro- 
polite de  Nicée. 


1025 


CIUS  —  C 


IVIDELLA 


1026 


Cios  fut  dotée  d'un  évêché  au  moins  dès  le  s.  On 
ne  sait  ni  quand,  ni  par  qui  il  fut  élevé  au  rang  d'arche- 
vêché indé|)endant,  mais  il  est  certain  que  ce  fut  au 
plus  tard  au  vii^  s.,  puisque  la  liste  du  Pseudo-Épi- 
phane  l'indique  comme  tel  (le  21'^)  (H.  Gelzer,  Unge- 
druckte  und  unqeniigcnd  veroffenllichle  Texte  der  «  Noli- 
tiae  epixcopaluum  »,  dans  Abh.  der  kônigl.  bayer.  Akad. 
der  Wiss.,  Cl.,  t.  xxi,  sect.  m,  Munich,  1900,  p.  585). 
Sans  doute,  au  concile  de  536  tenu  sous  le  patriarche 
Nénas,  son  titulaire  Hedistus  est  bien  signalé  comme 
métropolite  (Alansi.  viii,  938  B,  950  D),  mais  c'est  là 
un  remaniement  postérieur  du  texte  primitif.  En  elTet, 
outre  que  Cios  n'a  jamais  été  métropole,  Hedistus 
signe  simplement  «  évêque  »  (Mansi,  viii,  971  B, 
1143  D).  Cios  est  le  13«  archevêché  dans  la  Nea  Tac- 
tica  (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii  descriplio  orbis  romani, 
Berlin,  1890,  p.  60),  le  14<'  dans  la  liste  dite  de  Jean 
Tzimiscès  (H.  Gelzer,  Ungednickte...,  loc.  cit.,  569),  le 
7»  sous  Michel  Paléologue  et  Andronic  III  (ibid.,  592, 
612).  La  conquête  turque  lui  enleva  beaucoup  de  son 
importance  et  l'archevêché  n'avait  plus  de  titulaire  à 
la  fm  du  xrv«  s.  Vers  1393,  le  hiéromoine  Athanase 
reçut  en  effet  du  patriarche  Antoine  IV  la  mission  de 
l'administrer  (Mikiosich  et  Muller,  Ada  et  diplomata 
graeca  M.  A.,  ii,  203).  Le  26  juin  1394,  Georges  Apel- 
méné,  qui  avait  été  nommé  sacellaire  de  cette  Église 
en  nov.  1381,  en  devint  exarque  (ibid.,  u,  36,  221). 

On  ne  connaît  qu'un  nombre  restreint  d'évêques  ou 
d'archevêques  de  Cius  :  Cyrille  prit  part  au  I"  concile 
de  Nicée  (325)  (H.  Gelzer,  Patrum  nicaenorum  nomina, 
Leipzig,  1898,  p.  69,  n.  191).  — ■  Adamantins  fut  un  des 
membres  du  pseudo-concile  de  Philippopoli,  dissident 
du  concile  de  Sardique  (354)  (Mansi,  m,  139  C).  — 
Théophobius  assista  au  concile  d'Éphèse  (431)  (ibid., 
IV,  1229  C).  —  Hedistus  prit  part  au  concile  de  536 
réuni  par  le  patriarche  Ménas  (ibid.,  viii,  938  B,  950  D, 
971  B,  1143  D).  —  Théognius  fut  au  vi^  concile  œcu- 
ménique (680)  (ibid.,  xi,  212  A,  645  C,  673  D).  — 
D'après  Le  Quien,  l'évêque  Jean  de  Bithynie,  qui  sous- 
crit les  actes  du  concile  in  Trulto  (Mansi,  xi,  992  D),  se- 
rait un  évêque  de  Cius  (Oriens  christ.,  i,  634  A-B).  — 
Léon  fut  un  des  membres  du  n«  concile  de  Nicée  (787) 
(Mansi,  xii,  994  E,  1095  D  ;  xiii,  141  A,  385  A).  —  A  la 
date  du  29  mars,  le  synaxaire  place  la  fête  de  S.  Eus- 
tathe,  évêque  de  Cius,  victime  de  la  persécution  icono- 
claste, mais  rien  dans  sa  légende  ne  permet  de  préciser 
à  quelle  époque  il  vécut  (H.  Delehaye,  Synaxarium 
Constantin.,  569-72,  en  note).  — •  Jean  prit  part  au 
vin^  concile  œcuménique  (Mansi,  xvi,  192  A).  —  Épi- 
phane  assista  au  concile  de  879  qui  réhabilita  Photius 
(ibid.,  xvii-xviii,  373  B).  —  Constantin  prit  part  au 
synode  de  997  tenu  par  le  patriarche  Sisinnius  (Rhalli- 
Potli,  SûirrayiJia  twv  lepcôv  Kavovcov,  v,  19).  — Jean  11 
signa  une  décision  du  patriarche  Alexis,  en  janv.  1029 
(ibid.,  V,  32).  —  Georges  prit  part  à  la  déposition  du  pa- 
triarche Cosmas  Atticus,  le  26  févr.  1147  (ibid.,  310).  — 
Michel,  24  mars  1171  (A.  Papadopoulos,  'AvaAeKTÔ 
UpoaoAuiJLiTiKfis  CTraxuoAoyiàç,  iv,  109).  —  Jean  HI 
signa  une  décision  du  patriarche  Georges  Xiphilin 
(1191-1198)  (Rhalli-Potli,  op.  cit.,  v,  101).  —  Constan- 
tios,  oct.  1213  (Vizanliiski  Vremennik,  iv,  166).  —  Da- 
vid, mars  1256  (Mikiosich  et  Muller,  op.  cit.,  i,  119). 

Le  titre  de  Cius  a  été  conféré  assez  tardivement  dans 
l'Église  romaine  :  Henri  Carfagnini,  O.  F.  M.,  ancien 
évêque  de  Harbour-Grace,  24  mars  1898-t  1905.  — 
Gaétan  d'Alessandro,  ancien  évêque  de  Cefalù,  8  mai 
1906-t  janv.  1911.  —  Jean-Joseph  Keane,  ancien  évê- 
que de  Dubuque,  28  avr.  1908-t  22  juin  1918.  —  Jac- 
ques-Romain Billsborow,  O.  S.  B.,  14  déc.  1920- 
t  19  juin  1931.  —  François-Xavier-Marie-Julcs  Gieure, 
ancien  évêque  de  Bayonne,  31  janv.  1934-t  22  avr. 
1938.  —  Guillaume  Godfrey,  21  nov.  1938,  délégué 
apostolique  en  Grande-Bretagne. 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


Smith,  Dict.  of  Greek  and  Roman  geographg,  i,  629.  — 
MeyàÀT)  éXXr|viKfi  èyKUKAoTraiSEÎa,  xiv,  445.  — ■  Ruge,  dans 
Pauly-Wissovva,  xi  ',  486-88.  —  Le  (juien,  i,  631-36.  — 
Ann.  pont.,  1916,  p.  389. 

R.  Janin. 

CIVATE,  Clivateme,  monastère  des  SS.-Pierre-et- 
Paul  et  S.-Calocère,  sur  le  lac  de  Ghivira,  dioc.  de 
Milan,  prov.  de  Côme  (Lombardie).  La  chronique 
d'Angera  (Angleria,  Inglexium)  et  de  ses  comtes, 
nommée  Chronica  Danielis  (éd.  A.  Cinquini,  dans  Mis- 
cell.  slor.  c  cuit,  eccl.,  iv,  165,  376),  qui  ne  mérite  aucune 
créance,  rapporte  que  Didier,  roi  des  Lombards,  fonda 
ce  monastère  sur  le  mont  Cornizzolo  (Mons  Pedalis), 
y  déposa  des  reliques  des  SS.  Pierre  et  Paul  et  établit 
Durus  comme  premier  abbé.  Néanmoins  cette  abbaye 
est  ancienne.  Elle  fut  appelée  d'abord  S. -Pierre,  en- 
suite S.-Calocère,  lorsque  le  corps  de  ce  saint  y  fut 
transféré  de  la  ville  d'Albenga.  Au  ix<^  s.,  il  est  fait 
mention  de  Léodegaire,  abbé  de  Clivatense  (M.  G.  H., 
Libr.  confr.  Fabar.,  éd.  Piper,  1884,  p.  384).  Clivatense 
appartint  d'abord  aux  bénédictins  qui,  en  1162,  reçu- 
rent de  Frédéric  l"  un  privilège  de  protection.  Il  était 
en  ruine  au  xiv"  s.  En  1484,  il  fut  donné  en  commende 
au  card.  Ascanio  Sforza.  Le  card.  Nicolas  Sfondrato 
(plus  tard  le  pape  Grégoire  XIV)  le  confia  en  1556  aux 
olivétains  de  S. -Victor  de  Milan,  qui  y  séjournèrent 
jusqu'en  1798.  —  L'église  du  x«  s.,  dédiée  à  S.  Pierre, 
fut  élevée  sur  une  basilique  du  viii«.  Elle  possède  un 
autel  remarquable  du  xn"  s.,  avec  un  ciborium  orné  de 
sculptures  et  de  peintures. 

V.  Barelli,  S.  Pietro  ai  Monti  di  Ciuate,  dans  Riv.  arcli. 
prov.  Como,  1881.  —  Cottineau,  i,  791-92.  —  G.  Dozio, 
L'antica  chiesa  di  S.  Pietro  sopra  C,  1844.  —  Enc.  ital.,  x, 
509.  —  A.  Giussani,  L'abbazia  dei  SS.  Pielro  e  Calncero  in  C, 
dans  Riv.  arch.  prov.  Como,  1921,  p.  83-149;  L'abbazia  di 
S.  Pietro  al  monte  .topra  C,  2«  éd.,  Côme,  1912.  —  Kehr, 
//.  pont.,  vi-1,  1,59-66.  —  Lancellotti,  Ilist.  Oliv.,  339.  —  F. 
Savio,  S.  Calocero  e  i  monasteri  di  Albenga  e  di  C,  dans  Riv. 
s<or.  ftenej.,  IX,  1914,  p.  44-59, 103-08  ;Ld9ende  des  S5.  Faus- 
tin  et  .Jovite,  dans  A.  Boit.,  xv,  1896,  p.  25.  —  P.  Toesca, 
Storia  dell'arte  ital.,  i,  1927,  p.  369,  413,  768,  949.  —  Ughelli, 
IV,  173,  47.  —  K.  Voigt,  Die  kônigt.  Eigenkloster  im  Lango- 
bardenreictie.  Gotha,  1909,  p.  14. 

R.  Van  Doren. 
CIVIDALE,  Civitas  Fori  Julii,  Civitas  Austriae, 
abbaye  de  bénédictines.  En  768,  Didier  et  Adelchis, 
rois  des  Lombards,  fondèrent  in  Satto  un  monastère 
dédié  à  Notre-Dame,  en  y  établissant  comme  première 
abbesse  leur  mère  Piltrude.  Transféré  bientôt  à  l'inté- 
rieur de  la  ville  de  Cividale,  le  monastère  reçut  de  nom- 
breux privilèges  de  la  part  des  souverains,  notamment 
de  Louis  le  Pieux  et  de  Bérenger.  Il  fut  donné,  avec 
l'église  S. -Jean,  au  patriarche  d'Aquilée,  Maxence 
(ix«  s.).  Il  fut  supprimé  en  1806. 

Cappelletti,  vni,  80.  —  Cottineau,  i,  792.  —  Kehr,  //. 
pont.,  vii-1,  65.  —  M.  Leiclit,  Sull  epoca  alla  quale  atlribuire 
il  tempietlo  di  S.  Maria  in  Valle  in  C,  1861.  —  Mabillon, 
Annales  O.  S.  B.,  n,  737.  —  G.  Valentinis,  L'anticliissimo 
monastero  di  S.  Maria  in  Valle  in  C,  Udine,  1895. 

R.  Van  Doren. 

CIVIDALE  (CONCILE  DE),  796.  Voir  D.  H.  G. 
E.,  III,  1121. 

CIVIDELLA,  Anderta,  Ardinghesca,  abbaye  de 
bénédictins,  sous  le  vocable  du  S. -Sauveur  et  de  S.- 
Laurent, au  dioc.  de  Grosseto  (Toscane).  Elle  fut  fon- 
dée, dit-on,  au  s.,  par  Ardingus,  de  la  famille  des 
Ardenghesca,  et  établie  sous  la  dépendance  directe  du 
S. -Siège.  D'après  la  première  charte  conservée,  le 
comte  Régnier  céda  au  monastère  le  château  de  Civi- 
della,  cession  confirmée  en  faveur  de  l'abbé  Lambert 
par  le  comte  Bernard  et  son  épouse  Stéphanie.  D'après 
Mittarelli,  en  1204,  le  monastère  passa  aux  camal- 
dules;  mais,  à  la  fin  du  xiii"  s.,  il  n'y  restait  plus  qu'un 
moine.  II  fut  supprimé  par  Eugène  IV,  en  1440,  et  sou- 

H.  —  XII.  —  33  — 


1031 


CLAIR         CLAIRE  D'ASSISE 


1032 


4.  CLAIR  (Saint)  (10  oct.),  est  cité  comme  pre- 
mier évêque  de  Nantes  (Bretagne).  Mais  à  part  sa 
place  dans  la  liste  épiscopale,  le  lieu  du  culte,  la  trans- 
lation, on  ne  sait  rien  de  précis  à  son  sujet.  Il  remonte 
vraisemblablement  au  iv«  s.  Plus  tard  on  le  fit  disciple 
de  S.  Luc,  puis  de  S.  Pierre.  En  878,  devant  les  inva- 
sions normandes,  son  corps  fut  transféré  à  S. -Aubin 
d'Angers.  Il  est  fêté  dans  plusieurs  diocèses  de  Bre- 
tagne. 

A.  S.,  oct.,  V,  61-66;  Auclarium,  33-35.  —  Cahour, 
L'apostolat  de  S.  Clair,  premier  évêque  de  Nantes. — D.A.C.L., 
XII,  636-39.  —  A.  de  la  Borderie,  Hist.  de  Bretagne,  i,  1896, 
p.  192-93.  —  Duchesne,  ii,  363.  —  V.  Leroquais,  Les  bré- 
viaires mss.,  V,  62;  Les  sacranientaires  et  missels  mss.,  m, 
351.  —  F.-M.  Richard,  Étude  sur  la  légende  liturgique  de 
S.  Clair,  Nantes.  1886;  Toulouse,  1892. 

R.  Van  Doren. 

5.  CLAIR  (Saint),  reclus  et  martyr  dans  le 
Vexin  (4  nov.),  a  été  rattaché  par  certains  auteurs  au 
ii«  s.,  ou  à  d'autres  époques.  Mais  il  appartient  au 
ixe  s.,  puisqu'il  séjourna  à  Rochester  (Angleterre),  sous 
le  roi  Edmond  l'Ancien  (855-70).  Il  mourut  martyrisé. 
D'après  sa  Vila  {H.  H.  L.,  1826),  antérieure  au  xiv«  s., 
mais  dénuée  de  crédit,  il  se  fit  moine  dans  une  abbaye 
du  nord-ouest  de  la  France,  Maudon  ( Malduinus),  in- 
connue par  ailleurs,  puis  se  fixa  comme  ermite  près  du 
Costus,  un  ruisseau  également  inconnu.  Poursuivi  par 
une  femme  de  mauvaise  vie,  il  s'installa  près  de  la 
rivière  Epte,  mais  fut  tué  par  des  émissaires  que  la 
créature  avait  subornés.  Le  saint,  dont  le  caractère 
sacerdotal  que  lui  attribue  la  tradition  n'est  pas  établi, 
fut  honoré  dans  le  Vexin  dès  le  ix*"  s.  Le  centre  de  son 
culte,  très  répandu,  se  trouvait  à  S.-Clair-sur-Epte, 
prieuré  de  S. -Denis;  sa  châsse  qui  y  était  conservée 
fut  détruite  à  la  Révolution  française,  mais  les  reliques 
furent  sauvées. 

A.  S.,  nov.,  Il,  436-51.  —  Le  Gros,  Vie  de  S.  Clair,  prêtre 
et  martyr,  Vernon,  1884.  —  V.  Leroquais,  Les  sacramentaires 
et  missels  mss.,  m,  351  ;  Les  bréviaires  mss.,  v,  62.  —  L'Hom- 
mey,  Hist.  gén.  du  dioc.  de  Séez,  1898,  p.  352-57.  —  A.  Saba- 
tier.  Vie  des  saints  de  lieauvais,  1866,  p.  236-39.  —  A.  Zim- 
mermann,  Kalendarium  benedictinum,  m,  261. 

R.  Van  Doren. 

6.  CLAIR  (Saint)  (8-16  nov.),  fut  disciple  de  S. 
Martin  de  Tours.  Il  mena  la  vie  monastique  avec  le 
saint  évêque,  qui  l'éleva  au  sacerdoce.  Il  mourut  vers 
400.  A  trois  reprises,  Paulin  de  Noie  fait  l'éloge  de  sa 
vertu.  Sulpice-Sévère,  qui  en  parle  également  dans  sa 
Vila  S.  Martini,  l'avait  en  grande  estime,  au  point 
qu'il  fit  déposer  son  corps  dans  son  église  de  Primilia- 
cum  (un  lieu  non  déterminé).  Toutefois  Clair,  pendant 
longtemps,  n'a  pas  joui  d'un  culte  liturgique  propre- 
ment dit.  Son  insertion  au  martyrologe  n'est  pas  anté- 
rieure à  Baronius.  Aujourd'hui,  il  est  fêté  à  Tours,  le 
16  novembre. 

A.  S.,  nov.,  II,  784,  786.  —  Mart.  Rom.,  504-05.  —  S. 
Pontii  Meropii  Paulini  opéra,  éd.  Hartel,  dans  C.  S.  E.  L., 
I,  160,  239,  267,  280-82,  283.  —  Sulpicii  Severi  libri,  éd. 
Halm,  ibid.,  1.32-33,  143,  156.  —  Tillemont,  x,  352. 

R.  Van  Doren. 

CLAIRAC  (S. -Pierre  de),  Clariacum,  abbaye  de 
bénédictins,  dioc.  d'Agen  (Lot-et-Garonne).  Un  faux 
diplôme  recule  sa  fondation  jusque  sous  Pépin  le  Bref, 
mais  la  première  attestation  certaine  date  du  xi«  s. 
Elle  fut  ravagée  par  les  albigeois  au  xiii"  s.  et  entière- 
ment détruite  par  les  calvinistes  au  xvi«.  Après  la  dis- 
persion des  moines,  le  roi  Henri  IV  céda  la  moitié  des 
revenus  au  chapitre  du  Latran,  l'autre  moitié  restante  à 
huit  chanoines  et  aux  bénéficiers,  chargés  du  culte, 
que  l'évêque  d'Agen  nommait  en  qualité  de  grand 
vicaire  du  roi. —  On  vénérait  à  Clairac  un  S.Avit,  qui 
y  aurait  vécu,  et  dont  le  culte  attirait  beaucoup  de 
pèlerins.  Il  s'agit,  sans  doute,  de  l'ermite  du  Périgord 
(£).  H.  G.  E.,  V,  120.3,  n.  9). 


Liste  des  abbés.  —  Constance,  1068.  —  Augier,  1144. 

—  Raymond  I"  ou  Pierre.  —  Bernard,  1180.  —  Ar- 
naud, 1190.  —  Pierre,  1214,  1228.  —  Ponce  I"  de 
Pestilhac,  1253,  1254.  -  Gaillard  de  la  Roque,  1281, 
1296.  —  Raymond  II,  1317;  devint  abbé  de  Mas-Gar- 
nier.  —  Ainard  de  Faudoas,  1321,  1330.  —  Raymond 
III  Morel,  1353,  1365.  —  Jean  I",  1373.  —  Ponce  II 
de  Salignac,  1462-85.  —  Antoine  de  Chabannes,  com- 
mend.,  1513.  —  Jean  Mitte  de  Cuzieu,  commend.. 
1525.  • —  Gérard  Roussel,  commend.,  év.  d'Oléron.  — 
Gaulïroid  de  Caumont,  commend.;  épousa  Marguerite 
de  Lustrac,  1568.  —  Henri  d'Angoulême,  chevalier  de 
S. -Jean  de  Jérusalem;  nomma  vicaire  général  Jacques 
de  la  Roche,  1580.  —  Jean  II  de  Teillac,  dernier  abbé; 
résigna  en  1604  entre  les  mains  d'Henri  IV,  moyen- 
nant une  pension. 

Barrère,  Hist.  du  dioc.  d'Agen,  i,  160-72.  —  Beaunier- 
Besse,  Abbayes  et  prieurés,  ni,  113.  —  Cottineau,  794.  —  A. 
Durengues,  Gérard  Roussel,  abbé  de  Clairac,  évêque  d'Oléron, 
dans  Revue  de  la  Soc.  de  l'Agenais,  xi.iii,  1916,  p.  340-62.-- 
Gall.  christ.,  u,  941.  —  J.  Lacoste,  L'abbaye  de  Clairac  au 
XIV  s.,  dans  Revue  de  la  Soc.  de  l'Agenais,  i,  1874,  p.  181-84. 

—  Mabillon,  Annales  O.  S.  B.,  v,  14(13).  —  Mouillé,  \otice 
sur  le  diplôme  de  Pépin  le  Bref,  dans  Revue  de  la  Soc.  de 

!  l'Agenais,  1872,  p.  162-222. 

H.  Van  Doren. 
!      1.  CLAIRE  D'ASSISE  (Sainte)  (1193-1253), 
cofondatrice  avec  S.  François  du  second  ordre  francis- 
cain, celui  des  Pauvres  Dames,  appelées  aussi  dans  la 
suite  Clarisses;  première  abbesse  de  S.-Damien. 

I.  Sources.  —  Les  sources  fondamentales  d'une 
biographie  de  Ste  Claire  peuvent  être  réparties  en 
quatre  groupes  :  1.  les  propres  écrits  de  la  sainte  :  sa 
correspondance,  sa  règle  et  son  testament;  2.  les  docu- 
ments contemporains  parmi  lesquels  les  plus  impor- 
tants sont  la  règle  du  cardinal  Hugolin,  le  privilège 
de  pauvreté  et  la  lettre  de  faire-part  annonçant  la 
mort  de  Claire;  3.  les  biographies  :  la  Leyenda  Sanclae 
Clarae  virginis  et  la  Vita  di  Santa  Chiara;  4.  les  docu- 
ments relatifs  à  la  canonisation.  Tous  ces  textes  ont 
fait  l'objet  d'une  très  bonne  analyse  critique  (M.  Fass- 
binder,  Unlersuchungen  iiber  die  Quellen  zum  Leben 
der  hl.  Klara  von  Assisi,  dans  Franziskanische  Stndien, 
xxiii,  1936,  p.  296-335).  Nous  nous  arrêterons  ici  uni- 
quement à  ceux  qui,  mieux  édités  ou  découverts  seu- 
lement depuis  la  fin  du  siècle  dernier,  ont  amené  les 
historiens  récents  à  corriger  certaines  traditions  au 
sujet  de  l'origine  de  Ste  Claire,  de  la  chronologie  de 
son  curriculum  vitae,  de  quelques  faits  miraculeux 
rapportés  à  son  actif.  Tels  sont  :  a)  \a  règle  de  Ste 
Claire;  l'original  de  la  bulle  Solet  annuere  d'InnocentIV 
(9  août  1253),  qui  confirme  solennellement  la  règle,  a 
été  retrouvé  en  1893  dans  un  coffret  d'ébène  placé  dans 
le  tombeau  de  la  sainte;  il  est  actuellement  conservé  au 
monastère  de  Ste-Claire  à  Assise;  —  b)  la.  lettre  de 
faire-part  de  la  mort  de  Claire,  découverte  dans  un 
codex  de  la  bibliothèque  privée  Landau  de  Florence  et 
publiée  par  le  P.  Z.  Lazzeri  (//  processo  de  canonizza- 
zione  di  S.  Chiara  d' Assisi,  append.  i,  dans  Archivum 
{ranc.  hist.,  xiii,  1920,  p.  494-99);  elle  émane  de  la 
chancellerie  du  cardinal  Rainaldo,  évêque  d'Ostie; 
c'est  une  brève  biographie  de  Ste  Claire;  —  c)  la 
Legenda  Sanctae  Clarae  virginis;  l'édition  de  F.  Pen- 
nacchi  (Assise,  1910,  in-S",  lxx-140  p.),  qui  dépasse 
celle  des  bollandistes  (A.  S.,  août,  ii,  754-68,  avec  Com- 
mentarius  praeviiis  du  P.  Cuper,  ibid.,  739-54),  a  remis 
en  question  plusieurs  données  traditionnelles;  elle  se 
fonde  sur  le  ms.  33S  de  la  bibl.  communale  d'Assise, 
que  l'éditeur  juge  être,  sinon  l'original,  du  moins  la 
copie  la  plus  proche  du  texte  primitif;  la  paternité  de 
cette  Légende  est  encore  discutée  :  Pennacchi  et  la  plu- 
part des  historiens  versés  dans  les  questions  francis- 
caines continuent  à  l'attribuer  à  Thomas  de  Celano, 


1033  CLAIRE    D'ASSISE  1034 


tandis  que  le  P.  Lazzeri  tient  pour  S.  Bonaventure; 
quoi  qu'il  en  soit,  cette  biographie  révèle  un  auteur 
contemporain,  écrivant  deux  ans  seulement  après  la 
mort  de  Claire,  s'appuyant  à  la  fois  sur  les  actes  du 
procès  de  canonisation  et  sur  les  assertions  de  témoins 
immédiats;  un  seul  point  à  sa  charge  :  sa  propension 
à  la  crédulité;  —  rf;  la  Vila  di  Santa  Chiara,  par  un 
franciscain  toscan  anonyme  du  début  du  xvi«  s.,  qui 
a  utilisé  la  Légende,  les  actes  du  procès  de  canonisation 
et  la  chronique  de  l'ordre;  elle  a  été  publiée  par  le  P. 
Lazzeri  (La  Vita  di  Santa  Chiara,  Quaracchi,  1920, 
in-8°,  xiv-222  p.);  —  e)  les  actes  du  procès  de  cano- 
nisation; nous  n'en  connaissons  pas  l'original,  mais 
une  traduction  italienne  du  xv«  s.  a  été  découverte  en 
1920,  dans  la  bibliothèque  Landau  de  Florence,  par 
B.  Bughetti,  O.  F.  M.,  et  éditée  par  le  P.  Lazzeri 
(Archiv.  franc,  hisl.,  xiii,  1920,  p.  403-507);  c'est  un 
document  de  la  plus  haute  importance,  qui  en  authen- 
tique plusieurs  autres  et  apporte  une  solution  à  des 
questions  douteuses. 

If.  Enfance  et  jeunesse  de  Claire  jusqu'à  la 

KONDATION  DU  MONASTÈRE  DE  S.-DaMIEN.    Claire 

naquit  à  Assise,  en  1193  ou  1194.  Son  père,  du  prénom 
de  Favarone,  était  probablement  de  la  lignée  des 
comtes  de  Coccorano.  De  ses  ancêtres,  le  procès  de 
canonisation  livre  les  noms  d'Oflreduccio  et  de  Ber- 
nardine; ce  qui  a  amené  certains  auteurs  à  parler  de 
Messire  Favarone  d'Oflreduccio  de  Bernardino.  Un 
frère  de  Favarone  s'appelait  Scipio  ou  Cipio,  d'oii  l'ex- 
pression frater  Riifinus  Cipii,  ...consanguineus  S.  Cla- 
rae,  rencontrée  dans  un  document  littéraire  francis- 
cain (Chron.  XXIV  Generalium,  cf.  Anal.  Franc,  m, 
46),  qui  a  donné  naissance  à  une  interprétation  erronée 
apparentant  Ste  Claire  à  une  imaginaire  famille  de 
comtes  de  Scifi  (déformation  de  Scipii)  dénommés,  au 
surplus,  seigneurs  de  Sasso  Rosso.  Une  tradition, 
qui  remonte  seulement  au  xv  s.,  la  rattache,  du 
côté  maternel,  aux  Fiumi,  de  Sterpeto,  famille  d'au- 
thentique noblesse.  La  Légende  rapporte  que  la  mère 
de  Claire,  Ortolane,  femme  de  grande  piété,  reçut 
mystérieusement,  avant  la  naissance  de  l'enfant,  le 
présage  de  sa  haute  destinée.  Claire  eut  certainement 
deux  sœurs  cadettes,  Agnès  et  Béatrice;  une  généa- 
logie, non  absolument  sûre,  lui  attribue  deux  aînés  : 
un  frère,  Boson,  et  une  sœur,  Penenda. 

En  1198,  les  troubles  qui  éclatèrent  à  Assise  obli- 
gèrent les  nobles,  et  notamment  Favarone  et  Leonardo 
de  Gislerio,  seigneur  de  Sasso  Rosso,  à  mettre  leur 
famille  en  sécurité  à  Pérouse.  Claire  y  vécut  cinq  ans. 
De  retour  à  Assise  en  1 203,  la  fillette  se  tint  à  l'écart 
du  monde,  joignant  une  excessive  réserve  aux  vertus 
d'amour  pour  les  pauvres,  de  mortification  et  de  piété, 
qui  l'avaient  déjà  signalée  à  Pérouse. 

Vers  1210,  alors  que  ses  parents  songent  pour  elle  à 
un  riche  mariage,  Claire  n'aspire  qu'à  une  vie  de  renon- 
cement et  d'oraison.  C'est  alors  qu'elle  entendit,  en 
l'église  S. -Georges  à  Assise,  un  sermon  de  François,  le 
fondateur  des  Frères  Mineurs.  L'aide  d'une  amie,  Bona 
de  Guelfuccio,  lui  ménagea  une  entrevue  avec  le  pré- 
dicateur; des  entretiens  poursuivis  pendant  une  année 
aboutirent  à  la  décision  définitive  :  le  soir  des  Ra- 
meaux 1211  (1212  n.  s.),  Claire,  s'enfuyant  de  la  mai- 
son par  la  «  porte  des  morts  ■>  —  celle  qui,  selon  la  cou- 
tume ombrienne,  ne  s'ouvre  que  devant  les  cercueils  — 
se  rendit  à  Ste-Marie-des-Anges  pour  s'y  consacrer 
totalement  à  Dieu.  C'est  Pacifica  de  Guelfuccio  qui 
l'accompagna,  cette  fois;  Bona,  craignant,  et  non  sans 
raison,  les  représailles  de  la  famille,  s'était  rendue  à 
Rome  sous  prétexte  d'y  gagner  les  indulgences  du 
carême. 

François  confia  d'abord  sa  première  «  pauvre  dame  • 
aux  bénédictines  de  S. -Paul,  près  de  Bastia;  puis, 
après  la  tentative  spectaculaire  des  parents  pour  re- 


prendre la  jeune  fille,  il  la  conduisit  aux  bénédictines 
de  S. -Ange  in  Panzo,  au  sud-est  de  la  ville.  Seize  jours 
plus  tard,  Agnès,  qui  n'avait  que  quinze  ans,  venait 
rejoindre  sa  sœur  aînée  (v.  Agnès  d'Assise,  supra,  i, 
976).  Quelque  temps  après,  François  transféra  les  deux 
sœurs  dans  les  dépendances  de  S.-Damien,  la  petite 
église  qu'il  avait  autrefois  restaurée  de  ses  mains.  Le 
premier  monastère  du  second  ordre  franciscain  était 
fondé. 

I  m.  L'abbesse  de  S.-Damien.  —  Nombreuses  arri- 
vèrent auprès  de  Claire  et  d'Agnès  les  jeunes  filles  sé- 
duites comme  elles  par  l'idéal  franciscain  de  renonce- 
ment et  de  iiauvreté  :  Pacifica  de  Guelfuccio,  Filippa, 
fille  du  seigneur  de  Sasso  Rosso,  Benvenuta  de  Pérouse 
et  bien  d'autres  dont  les  noms  sont  cités  dans  le 
procès  de  canonisation.  Plus  tard,  Claire  accueillera  à 
S.-Damien  Ortolana,  sa  mère,  et  Béatrice,  sa  plus 
jeune  sœur,  ainsi  que  ses  nièces  Balbina  et  Amata  de 
Coccorano. 

Il  fallait  à  cette  communauté  une  abbessc.  Le  choix 
i  de  François  se  porta  sur  Claire;  on  était  en  1224,  elle 
n'avait  que  vingt  et  un  ans,  mais  l'obéissance  la  con- 
traignit à  accepter  une  charge  que  son  humilité  lui 
avait  d'abord  fait  refuser.  Dès  lors,  Claire  fut  pour  ses 
filles  un  modèle  et  une  mère;  mille  traits  édifiants  et 
charmants  à  la  fois,  consignés  dans  la  Légende  et  dans 
les  actes  du  procès  de  canonisation,  témoignent  de  sa 
charité  et  de  sa  mortification,  de  son  amour  du  silence 
et  de  la  prière.  Bientôt  ses  excès  dans  la  pénitence  déla- 
brèrent sa  santé.  Dès  l'âge  de  trente  et  un  ou  trente- 
deux  ans,  elle  est  atteinte  d'une  maladie  qui  la  tenail- 
lera jusqu'à  la  mort.  Mais  sa  sainteté  déjà  est  révélée 
par  des  miracles,  tels  ceux  du  pain  qui  se  multiplie,  de 
la  cruche  d'huile  qui  se  remplit.  En  1241,  sa  dévotion  à 
l'eucharistie  sauve  le  monastère,  assailli  par  des  Sarra- 
sins à  la  solde  de  Frédéric  II;  l'année  suivante,  la 
prière  des  Damianites  donne  à  la  ville  d'Assise  la  vic- 
toire sur  les  troupes  du  capitaine  Vitale  d'Aversa. 
Plus  merveilleuse  est  sa  vie  intérieure,  dont  ([uelques 
reflets  transparaissent  au  dehors,  telle  l'extase  qui  la 
saisit  une  fois  du  jeudi  saint  au  soir  du  vendredi  saint. 

IV.  La  «  petite  plante  »  de  S.  I-'kançois.  — -  Tel  est 
le  nom  que  Claire  se  donne  dans  son  testament.  De 
fait,  François,  qui  avait  précisé  pour  cette  âme  la  voca- 
tion de  haut  renoncement  à  laquelle  elle  se  sentait 
appelée,  continua  à  la  cultiver  jusqu'à  sa  mort.  A 
l'abbesse  de  S.-Dàmien,  il  donna  une  courte  Formula 
vitae,  non  point  une  règle  à  proprement  parler,  mais 
l'essence  d'une  règle  pour  le  gouvernement  des  Pau- 
vres Dames.  Il  la  visitait  et  c'est,  sans  doute,  une  de 
leurs  conversations  tout  enflammées  de  l'amour  de 
Dieu  que  symbolise  le  légendaire  récit  du  repas  à  Ste- 
Marie-des-Anges,  où  la  forêt  parut  embrasée  aux  yeux 
des  habitants  d'alentour.  Par  lui-même  ou  par  des 
frères  de  son  ordre,  il  dispensait  aux  Damianites  la 
parole  de  Dieu,  .\lors  qu'il  hésitait  entre  la  contempla- 
tion et  la  prédication,  François  recourut  à  Claire  —  en 
même  temps  qu'à  Frère  Sylvestre,  l'ermite  —  pour 
connaître  la  volonté  divine.  Vers  la  fin  de  sa  vie, 
lorsque,  marqué  des  stigmates  du  Christ  sur  l'Alverne, 
il  revint  à  .\ssise,  Claire  lui  construisit  une  petite  hutte 
de  branchages  pour  qu'il  pût  se  reposer  dans  le  jardin 
de  S.-Damien.  C'est  là  que,  durant  l'hiver  1224-25, 
fut  composé  l'hymne  de  louange  à  Dieu  par  les  créa- 
tures, que  nous  appelons  le  Cantique  du  soleil.  Peu 
avant  sa  mort,  de  la  Portioncule  où  il  s'était  fait  rame- 
ner, François  envoya  aux  Damianites  un  ultime  con- 
seil, celui  «  de  vivre  toujours  dans  la  vie  très  sainte 
d'imitation  du  Seigneur  et  dans  la  ])auvreté  ».  Une  de 
ses  dernières  volontés  fut  que  son  corps,  lorsqu'on  le 
transporterait  à  Assise  pour  les  funérailles,  fût  porté 
dans  l'église  de  S.-Damien,  afin  (jue  Claire  et  les  Pau- 
vres Dames  pussent  voir  une  dernière  fois  leur  père. 


1035  CLAIRE    D'ASSISE   -    CLAIRE  GAMBACORTA  1036 


V.  La  cofondatrice  du  second  ordre  francis- 
cain. —  Du  vivant  de  François  déjà,  nombre  de 
monastères  s'étaient  fondés  se  réclamant  de  l'esprit 
de  S.-Damien;  des  communautés,  obéissant  jusqu'alors 
à  une  autre  règle,  demandaient  leur  incorporation  au 
nouvel  ordre.  François  avait  confié  à  la  sœur  de  Claire, 
Agnès,  le  couvent  de  Monticelli  à  Florence;  Claire  en- 
voya sa  nièce  Balbina  fonder  celui  d'Arezzo;  son  amie 
Pacifica,  celui  de  Vallis  Gloriae  à  Spello;  d'autres,  à 
Pérouse,  à  Terni,  à  Spolète,  à  Volterra,  à  Pise,  à  Bolo- 
gne, à  Crémone,  à  Vérone,  à  Venise.  Bientôt  le  second 
ordre  s'introduisait  à  l'étranger,  en  Espagne,  en 
France,  en  Allemagne,  en  Belgique  (sur  l'expansion 
du  second  ordre,  v.  l'article  François  [Ordre  de  S.-]); 
à  signaler  particulièrement  le  monastère  de  Prague, 
que  gouverna  Agnès,  fille  de  Primislas  Ottocar  I",  roi 
de  Bohême  (v.  Agnès  de  Bohème,  supra,  i,  977),  et 
celui  de  Bruges,  fondé  par  Ermentrude  de  Cologne. 

La  brève  Formula  vitae  de  S.  François  ne  pouvait 
suffire  à  maintenir  dans  l'unité  d'une  même  discipline 
tous  ces  monastères  dispersés.  Déjà  le  cardinal  Hugo- 
lin,  protecteur  du  second  ordre,  avait  obtenu  d'Hono- 
rius  III,  en  1218,  l'exemption,  pour  les  Pauvres  Dames, 
de  la  juridiction  épiscopale;  en  1219,  il  leur  donna  une 
règle  qui,  suivant  les  récentes  prescriptions  du  concile 
de  Latran,  se  fondait  sur  celle  d'un  ordre  préexistant, 
en  l'occurrence  celui  de  S. -Benoît.  Toutefois,  en  dehors 
des  dispositions  relatives  aux  trois  vœux  fondamen- 
taux, toute  liberté  était  laissée  de  suivre  les  obser- 
vances propres  au  second  ordre  franciscain.  Ces  obser- 
vances, Hugolin  les  rendit  plus  austères  que  dans  l'or- 
dre bénédictin  :  clôture  stricte,  silence  perpétuel, 
jeûnes  et  mortifications  sont  minutieusement  codi- 
fiés. Le  pape  Honorius  III  donna  son  approbation  par 
la  bulle  Sacrosancta  du  9  déc.  1219. 

D'aucuns  ont  imputé  à  Claire  l'austérité  de  cette 
règle.  L'étude  des  documents  permet  de  croire  qu'elle 
ne  prit  aucune  part  à  sa  rédaction.  Sans  doute,  l'ab- 
besse  de  S.-Damien  était  portée  —  et  depuis  son  en- 
fance —  à  une  mortification  extraordinaire;  mais, 
imprégnée  de  l'esprit  du  Poverello,  c'est  sur  la  pau- 
vreté qu'elle  mit  l'accent,  sur  la  pauvreté  absolue  pour 
laquelle  elle  lutta  jusqu'à  sa  mort.  Elle  revendiqua 
comme  un  privilège  pour  ses  filles  le  droit  de  ne  rien 
posséder  jamais,  pas  plus  en  commun  qu'en  propre,  et 
de  vivre  uniquement  d'aumônes.  L'examen  attentif 
des  sources  a  prouvé  qu'elle  obtint  gain  de  cause  au- 
près d'Innocent  III.  Grégoire  IX,  autrefois  cardinal 
Hugolin,  eût  voulu  mitiger  cette  disposition.  En  1228, 
il  discuta  personnellement  avec  Claire  la  possibilité 
pour  les  couvents  du  second  ordre  d'accepter  la  pos- 
session de  biens  en  commun;  il  proposa  même  de  la 
délier  de  son  vœu  d'absolue  pauvreté,  qu'il  croyait 
être  le  seul  obstacle  à  son  adhésion,  mais  l'abbesse  lui 
répondit  :  «  Saint  Père,  déliez-moi  de  mes  péchés,  mais 
non  point  de  l'obligation  de  suivre  Notre-Seigneur 
Jésus-Christ.  »  Vaincu,  le  pape  confirma  le  privilegium 
paupertalis,  mais  uniquement  pour  S.-Damien,  le 
17  sept.  1228.  Selon  une  étude  plus  récente,  il  semble 
que  ces  faits  devraient  être  reportés  à  l'année  1231 
(P.  Pancratius,  Ilet  privilégie  der  armoede,  dans  Franc, 
leven,  xxii,  1939,  p.  176).  Quand  Innocent  IV,  le 
6  août  1247,  autorisa  tous  les  monastères  de  clarisses 
à  posséder  des  revenus,  Claire  se  retrancha  derrière  son 
privilège  de  pauvreté;  et  lorsqu'elle-même  composa 
une  règle  pour  les  Pauvres  Dames,  elle  y  enchâssa  la 
pratique  de  la  pauvreté  absolue  pour  tous  les  couvents 
de  son  ordre. 

Aux  observances  en  usage  à  S.-Damien,  conformes 
d'ailleurs  à  la  Formula  vilae,  cette  règle  ajouta  quel- 
ques jjrescriptions  tirées  de  la  règle  d'Hugolin  et  de 
celle  d'Innocent  I\';  dans  sa  composition  comme  dans 
son  expression,  elle  emprunte  à  la  règle  des  Frères 


Mineurs  de  1223,  dont  elle  reproduit  textuellement 
plusieurs  passages.  Le  cardinal  Rainaldo,  évêque  d'Os- 
tie,  alors  protecteur  du  second  ordre  et,  peut-être, 
«  rédacteur  »  de  la  règle,  l'approuva  le  16  sept.  1252 
et  obtint  pour  elle  l'approbation  papale.  Claire  eut  le 
bonheur  d'en  recevoir  la  confirmation  solennelle, 
sanction  décisive  et  définitive,  par  la  bulle  Solet  an- 
nuere,  qu'un  frère  mineur,  messager  d'Innocent  IV,  lui 
apporta,  le  9  août  1253,  deux  jours  avant  sa  mort. 

VI.  La  mort  et  la  gloire  posthume.  —  Malade 
depuis  près  de  trente  ans,  Claire,  plus  d'une  fois,  avait 
été  aux  portes  du  tombeau.  En  sept.  1252,  on  la 
croyait  à  toute  extrémité;  elle  vécut  encore  cependant 
jusqu'au  début  d'août  1253.  InnocentIV,  alors  de  pas- 
sage à  Assise,  l'honora  d'une  visite  personnelle  au 
cours  de  laquelle  l'abbesse  mourante  lui  recommanda 
ses  filles  et  leur  si  précieuse  pauvreté.  Les  derniers 
instants  de  Claire,  comme  tant  d'autres  circonstances 
de  sa  vie,  au  dire  de  la  Légende,  s'accompagnèrent  de 
merveilles  célestes;  elle  mourut  le  lundi  11  août  1253. 

Le  18  oct.  de  cette  même  année,  la  bulle  Gloriosus 
Deus  d'Innocent  IV  confiait  à  l'évêque  Barthélémy  de 
Spolète  la  mission  d'instruire  le  procès  de  canonisa- 
tion. Les  témoins  entendus,  les  actes  furent  rédigés  du 
24  au  29  nov.  1253;  moins  de  deux  ans  plus  tard,  le 
pape  Alexandre  IV,  l'ancien  cardinal  Rainaldo,  pro- 
clamait la  nouvelle  sainte  en  l'église  d'Anagni,  le 
15  août  1255.  Bientôt  s'éleva  en  son  honneur  l'église  de 
Ste-Claire  à  Assise,  où  sa  vie  fut  retracée  par  des  dis- 
ciples de  Giotto,  tandis  que  Simone  Martini  la  repré- 
sentait dans  une  fresque  célèbre  de  l'église  S.-François. 

On  établira  facilement  une  bibliographie  des  sources  mss. 
et  des  sources  éditées  à  partir  de  l'étude  de  M.  Fassbinder, 
op.  cil.  —  On  trouvera  une  bibliographie  rétrospective  des  w 
sources  et  des  travaux,  s'étendant  jusqu'à  l'année  1920, 
dans  P.  Oscar  de  Pamel,  O.  M.  C,  La  biographie  de  Ste  Claire 
d'Assi!ie,  dans  Franciscana,  iv,  1921,  p.  205-16,  277-84. 

A  signaler  parmi  les  ouvrages  plus  récents  :  .J.  Ancelet- 
Hustache,  Les  Clarisses,  coll.  Les  grands  ordres  nwnastiques, 
Paris,  1929.  —  L.  Bracaloni,  O.  F.  M.,  Storia  di  S.  Damiano 
in  Assisi  secundo  nuove  ricerche,  Todi,  2'  éd.,  1926;  Santa 
Chiara  d' Assisi,  Milan,  1928.  —  .\.  Callebaut,  S.  François 
et  les  privilèges,  surtout  celui  de  la  pauvreté  concédé  à  Ste 
Claire  par  Innocent  IIL  dans  Arch.  jranc.  hist.,  xx,  1927, 
p.  182-9.S.  —  M.  Fassbinder,  Die  hl.  Clara  von  Assisi,  Fri- 
bourg,  1934.  —  A.  Henrion,  Visioni  di  Assisi.  Sorella  Chiara 
la  primogenila  del  Poverello,  Milan,  1921;  Santa  Chiara 
d'Assisi  la  cooperatrice  di  S.  Francesco,  dans  Arch.  franc, 
hist.,  XIX,  1926,  p.  579-609.  —  C.  Mauclair,  La  vie  de  Ste 
Claire  d'Assise,  d'après  les  anciens  textes,  coll.  Piazza,  Paris, 
1925.  —  P.  Pancratius,  O.  M.  C,  Ilet  privilégie  der  armoede, 
dans  Franc,  leven,  xxi,  1938,  p.  365-75;  xxii,  1939,  p.  50-58, 
104-10,  169-79.  —  R.  M.  Pierazzi,  Chiara  Santa  di  Assisi, 
Turin,  1936;  Ste  Claire  dAssise,  adapté  de  l'italien  par  B. 
Dayen,  Paris,  1937.  —  P.  Sabatier,  A  quelle  époque  Ste  Claire 
d'Assise  oblinl-elle  du  Souverain  pontife  le  «  privilège  de  la 
pauvreté  »?,  Pérouse.  1921.  —  M.  Sticco,  S.  Chiara  d'Assisi, 
dans  Collana  di  opuscoli  délia  gioventu  femminile  cattolica 
italiana,  fasc.  ix.  Milan,  1930.  —  A.  Volonterio,  Santa 
Chiara  d'Assisi,  Pavie,  s.  d.  (1934). 

S.  RoisiN. 

2.  CLAIRE  GAMBACORTA  (Bienheureuse). 
Appartenant  à  une  famille  qui  tint  une  place  im- 
portante dans  l'histoire  politique  de  la  Toscane  au 
xiv  s.,  Claire  Gambacorta  naquit  en  1362,  loin  de  Pise 
dont  son  père  avait  été  banni  à  la  suite  des  événements 
de  1355.  Elle  reçut  au  baptême  le  nom  de  Tora.  En  ' 
févr.  1369,  les  Gambacorta  ayant  regagné  Pise,  Claire 
y  suivit  sa  famille  et  y  fut  fiancée  à  Simon  de  Massa. 
Mariée  à  l'âge  de  douze  ans  (1375),  elle  perdit  son 
époux  en  1377.  Admise  chez  les  clarisses  de  S. -Martin, 
elle  s'en  vit  violemment  retirée  par  ses  frères,  qui 
l'enfermèrent  dans  un  réduit  de  l'habitation  pater- 
nelle. Sur  l'intervention  de  l'évêque  de  Jaen,  Alphonse 
1  Valdaterra,  Claire  obtint  en  1378  d'entrer  chez  les 
I  dominicaines  de  Santa  Croce,  en  attendant  de  pou- 


il 


1037 


CLxVlRE  GAMBACOKTA 


CLAIREFONTAINE 


1038 


voir  s'établir  dans  le  monastère  que,  sous  le  vocable  de 
S. -Dominique,  son  père  lui  faisait  construire  (1382-85). 
Sous-prieure,  puis  à  la  mort  de  Filippa  Albizzi  (12  mars 
1395)  prieure  de  la  nouvelle  communauté,  elle  intro- 
duisit dans  son  couvent  la  réforme  dont  le  Bx  Jean 
Dominici  à  Venise  et  le  Bx  Laurent  de  Ripafratta  à 
Pise  s'étaient  faits  les  promoteurs.  En  1392,  elle  assista 
impuissante  à  la  conjuration  que  lacopo  d'Appiano 
avait  ourdie  et  qui  devait  coûter  la  vie  à  son  père  et 
à  deux  de  ses  frères  :  Benedetto  et  Lorenzo.  Claire 
mourut  à  Pise  le  17  avr.  1419.  Le  3  avr.  1830,  Pie  VIII 
a  confirmé  son  culte. 

En  relation  avec  de  nombreuses  personnalités  tos- 
canes de  son  temps,  Claire  entretint  avec  elles  une 
correspondance  assidue.  Quatorze  lettres,  dont  douze 
adressées  à  Francesco  di  Marco  Datini  et  à  son  épouse 
Margherita  Bandini  (éd.  Pise,  1871),  sont  parvenues 
jusqu'à  nous. 

Sainati,  Vita  délia  B.  Chiara  Gambacorta,  Pise,  1900.  — 
M.-C.  De  Ganay,  Les  bienheureuses  dominicaines...,  Paris, 
1913,  p.  193-237.  —  N.  Zucchelli,  La  B.  Chiara  G.  La  chiesa 
e  il  convenlo  di  S.  Domenico,  Pise,  1914.  —  D.  Toncelli,  La 
B.  Chiara  G.,  Pise,  1920.  —  Sur  la  famille,  v.  P.  Silva,  Il 
governo  di  Pielro  G.  in  Pisa...,  Pise,  1911. 

M. -H.  Laurent. 

3.  CLAIRE  DE  MONTEFALCO  (Sainte). 
Claire  de  la  Croix,  née  à  Montefalco  (Ombrie)  en  1275, 
religieuse  au  monastère  de  Ste-Croix  dans  la  même 
ville.  Depuis  des  siècles.  Franciscains  et  Ermites  au- 
gustins  se  disputent  pour  rattacher  la  sainte  à  leur 
obédience.  Son  monastère,  dont  elle  était  supérieure 
et  le  resta  jusqu'à  sa  mort,  reçut  en  1290  la  règle  de 
S.  Augustin.  On  nous  dit  qu'elle  fut  très  dévote  à  la 
Passion,  qu'il  lui  fut  donné  d'y  assister  en  vision  et  de 
participer  sensiblement  aux  soufTrances  du  Rédemp- 
teur. Elle  mourut  en  1308.  Son  procès  de  canonisation, 
commencé  ofTicielIcment  en  1318,  aboutit  en  1881  à  sa 
canonisation  par  Léon  XIII.  Son  corps  ne  connut  pas 
la  corruption.  A  sa  mort,  on  fit  l'ablation  du  cœur, 
qu'elle  avait  très  gros,  et  on  crut  y  découvrir,  figurés 
en  chair  et  en  nerfs,  des  images  de  la  croix  avec  le 
Christ  et  des  instruments  de  la  Passion,  qu'on  montre 
encore  aujourd'hui.  On  en  pourra  voir  le  dessin  dans 
les  A.  S.  et  dans  Imbert-Gourbeyre,  cités  plus  bas. 
Simple  interprétation  Imaginative  des  muscles  et  des 
tendons  intérieurs  du  cœur.  De  même  on  retira  de  sa 
vésicule  biliaire  des  calculs  qui  se  divisèrent  en  trois, 
formant  ainsi  une  figure  de  la  Trinité,  d'autant  plus 
expressive,  expliqua-t-on  plus  tard  (au  xv«  s.),  que 
l'une  quelconque  de  ces  trois  pierres,  mise  en  balance 
avec  les  deux  autres,  donne  toujours  un  poids  égal.  Sa 
fête  est  fixée  à  l'anniversaire  de  sa  mort,  17  août. 

Vita  .Sancte  Clare  de  Cruce,  par  Bérenger  de  S.-Afirique, 
vicaire  général  de  Spolète,  contemporain,  éd.  M.  Faloci- 
Pulignani,  Foligno,  1885.  —  Autres  Vies  :  Mosconius,  Bolo- 
gne, 1601,  dans  A.  S.,  août,  m,  766  sq.;  Napoléon  Orsini, 
card.  chargé  de  l'enquête  pontificale,  fit  un  Summarium, 
édité  par  .Augustin  de  Montefalco,  ermite  augustin,  Venise, 
1515;  L.  Tardi,  1846;  P.-T.  de  Tôth,  1908;  Léon,  Vies  des 
saints  et  des  bienheureux...  de  l'ordre  de  S.-François,  Paris, 
1887,  p.  445  sq.;  A.-N.  Merlin,  Paris,  1930;  E.-A.  Foran, 
Lije...,  1935;  O.  Bot,  Klara...,  Hilversum,  1936.  —  Hist. 
de  la  canonisation,  dans  Anal,  juris  pontif.,  II«  série,  1857, 
col.  1569  sq.  —  Sur  le  cœur  et  les  reliques,  Dr  A.  Imbert- 
Gourbeyre,  La  stigmatisation,  l'extase  divine  et  les  miracles 
de  Lourdes,  i,  Clermont-Ferrand,  1894,  p.  35  sq.  —  P.  De- 
bongnie.  Les  stigmatisations  au  Moyen  Age,  dans  Études 
carmélitaines,  oct.  1936,  p.  36  sq.  —  .1.  Joergensen,  Le  livre 
de  la  route,  trad.  de  Wisewa,  4«éd.,  Paris,  1912,  p.  232  sq.; 
Pèlerinages  franciscains,  ibid.,  8'  éd.,  Paris,  1911,  p.  191  sq. 
— •  Bévue  de  l'art  chrét.,  nouv.  série,  viii,  1888,  p.  248  sq. 

P.  Debononie. 

CLAIRECÔMBE  (Notre-D.\me  de),  Clara- 
cumba,  abbaye  de  bénédictins,  dioc.  et  arrond.  de  Gap 
(Htes-Alpes).  Fondée  entre  1210  et  1220,  elle  s'affilia 


à  l'ordre  de  Chalais  {D.  H.  G.  E.,  xi,  276).  Dès  1282, 
ses  moines  furent  en  lutte  avec  les  chevaliers  de  S.- 
Jean de  Jérusalem,  qui  réclamaient  l'incorporation 
de  l'abbaye  à  S. -Pierre  d'Avez,  dépendance  de  la  com- 
manderie  de  Joucas,  à  qui,  semble-t-il,  l'indigne  abbé 
Olivier  l'avait  vendue  en  1278.  Il  y  eut  un  procès  en 
Cour  de  Rome,  que  Clairecombe  perdit,  car  en  1290 
elle  appartenait  définitivement  à  l'ordre  de  Jéru- 
salem. 

.J.-H.  Albanès,  N.-D.  de  Clairecombe,  abbaye  chalaisienne 
au  dioc.  de  Gap,  dans  Bull.  hist.  de  Valence,  ii,  1881,  p.  24-35. 

—  Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  u,  49.  —  Berlière, 
La  congr.  bénéd.  de  Chalais,  dans  Revue  bénéd.,  xxxi,  1914, 
p.  409.  —  Cottineau.  794.  —  Gall.  christ.,  m,  1107.  —  J.-C. 
Roman,  L'ordre  <lauphinois  et  provençal  de  Chalais,  1920. 

R.  Van  Doken. 

1.  CLAIREFONTAINE,  Clarus  Fon.i,  an- 
cienne abbaye  de  moines  cisterciens  au  dioc.  de  BE- 
SANÇON, comm.  de  Polaincourt.  Les  seigneurs  de 
Jonvelle  avaient  fourni  l'emplacement  nécessaire;  un 
essaim  de  moines  y  vint  de  Morimond,  qui  créait  ainsi 
sa  sixième  maison  fille.  La  vie  régulière  commençait 
en  juin  1132  sous  l'abbatiat  du  Bx  Lambert.  Ce  der- 
nier fut  appelé  à  gouverner  Morimond  en  1154,  puis 
Cîteaux;  il  démissionna  en  1161.  Clairefontaine  pros- 
péra au  point  de  pouvoir  fonder,  en  1168,  l'abbaye  de 
Vaux-la-Douce  (Dulcis  Vallis),  au  dioc.  de  Langres 
(Hte-Marne).  Dans  les  chapitres  généraux  tenus  à 
Cîteaux,  les  abbés  de  Clairefontaine  firent  générale- 
ment bonne  figure;  des  délégations  importantes  leur 
étaient  confiées,  et  ils  furent  choisis  comme  défini- 
teurs.  Un  jour  cependant,  le  chapitre  dut  ratifier  la 
déposition  de  l'abbé  Girard  III  de  Fontenay,  qui  avait 
été  prononcée  par  l'abbé  de  Cîteaux,  Jacques  de  Flo- 
gny  (Statiila...,  1396,  n.  51). 

A  dater  du  xiv  s.,  commence  une  série  de  désastres 
qui  vont  ruiner  coup  sur  coup  l'abbaye  et  décimer  son 
personnel.  En  1359  et  1360,  les  monastères  de  Cher- 
lieu  et  de  Clairefontaine  sont  visités  par  les  Grandes 
Compagnies.  Les  guerres  de  religion  des  xvi>^  et  xvii''  s. 
y  amènent  les  troupes  protestantes;  les  dévastations 
successives  aboutissent,  en  1644,  à  ne  laisser  sur  place 
qu'un  seul  religieux  au  milieu  de  ruines.  La  commende 
vint  en  1648.  11  semble  toutefois  qu'un  peu  de  vie  ait 
reparu  dans  la  suite,  puisqu'on  reconstruisit  au 
xviii"  s.  En  1768,  on  signale  la  présence  de  cinq  reli- 
gieux. Aujourd'hui  ce  qui  reste  de  l'abbaye  est  trans- 
formé en  établissement  industriel. 

Liste  des  abbés.  —  1.  Bx  Lambert,  1132-54.  —  2. 
Aliprand,  1154-62.  —  3.  Henri  de  Cîteaux,  1168-73.  — 
4.  Raoul,  1202.  —  5.  Barthélémy,  1216-20.  —  6.  Gi- 
rard I",  1222.  —  7.  R.,  1228.  —  8.  Hfenri?],  1241.  — 
9.  Étienne  I",  1253.  —  10.  Thomas,  1263.  —  11.  Du- 
rand, 1269.  —  12."  Nicolas  I",  1274  (Statuta...,  1278, 
n.  25).  —  13.  Girard  II,  1277.  ~  14.  Adam,  1293.  — 
15.  Hugues,  1313.  —  16.  Pierre,  1324.  —  17.  Arnoul, 
1346.  —  18.  Odon  de  Ormeto,  1377.  —  19.  Girard  III 
de  Fontenay,  déposé  en  1396.  —  20.  Jean  I",  1427. 

—  21.  Hugues  II  de  Chauvirey,  1447.  —  22.  Guil- 
laume Cœur  d'argent,  élu  en  1461  (ibid.,  1461,  n.  21), 
1469.  —  23.  Étienne  II  Lequien  (ibid.,  1473,  n.  15), 
1473-78.  —  24.  Jean  de  Lignis  (ibid.,  1518,  n.  40),  en 
1540,  obtint  comme  coadj.  Jean  III  Lequien.  —  25. 
Jean  III.  —  20.  Thibaud  Ponsot,  1574.  —  27.  Jean  IV 
Ponsot,  coadj.  du  précédent  en  1583  [ibid.,  1584, 
n.  96),  démiss,  en  1614.  —  28.  Guillaume  Bardot,  1614. 

—  29.  Nicolas  II  Bardot,  dernier  abbé  régulier.  — 
30.  Laurent  Jean  Brun,  commend.,  1648.  —  31.  Phi- 
lippe Charles  de  Nouveau,  1673.  —  32.  Étienne  III 
Renoux,  1675-1719.  -  33.  Antoine  Ignace  de  Camus 
de  Filain,  1719.     -  34.  Bonaventure  Pourcheresse 

'  d'Avasnes,  doyen  du  chapitre  de  Dôle,  1748-68.  — 
I  35.  Nicolas  m  Michel  d'Osmont,  1768-90. 


1039 


CLAIREF 


ONTAINE 


1040 


Archives  départ,  de  la  Hte-Saône,  série  H  342-394  : 
53  art.;  bulles  (1151-1692).  —  Inoent.  gén.  des  arch.  départ, 
du  Doiibs,  série  H,  Invent,  des  titres...,  1768  :  analyses  des 
titres  de  confirmation  des  droits  et  des  privilèges  par  les 
papes  (1160-1417);  analyses  des  donations  et  ventes;  dona- 
tions, reconnaissances,  amodiations;  justice  d'Anchenon- 
court;  comptes  des  recettes  et  dépenses  (1G73-1768).  — 
Départ,  des  Vosges,  VIII  II  5;  XV  H  9.  —  Paris,  Bibl. 
nat.,  mss.  fr.  20892,  20902,  25973,  25988;  coll.  Moreau, 
ms.  874,  fol.  458;  ms.  536.  —  Besançon,  bibl.  munie,  coll. 
Dunand,  ms.  30,  p.  471;  notice  (xviii»  s.);  coll.  Duver- 
noy,  ms.  39,  fol.  51  :  liste  d'abbés;  ms.  1215,  fol.  130; 
ms.  688. 

H.  Brultey,  Étude  d'hist.  sur  le  cartulaire  de  Clairefon- 
taine,  dans  Méni.  de  la  Commission  archéol.  de  la  Hte-Saône, 
IV,  1865,  p.  373  sq.  (le  titre  de  cet  article  ne  se  justifie  nulle- 
ment, fait  remarquer  H.  Stein,  Cartulaires  jrançais,  135, 
car  Clairefontaine  ne  possède  pas  de  cartulaire).  —  .J.  de 
Trévillers,  Sequania  monastica,  Vesoul,  1949,  p.  174.  — 
Gall.  christ.,  xv,  292.  —  J.  Guiraud,  Registres  d'Urbain  IV, 
n.  1926.  —  Janauschek,  Origines  cisiercienses.  Vienne,  1877, 
p.  24.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cislerc,  éd.  Louvain,  viii, 
134  :  synthèse  des  références  concernant  Clairefontaine. 

J.-M.  Canivez. 

2.  CLAIREFONTAINE  (Notre-Dame  de), 
Sancta  Maria  de  Claro  Fonte,  dans  la  vallée  de  la  Ra- 
bette,  près  de  Rambouillet  (Seine-et-Oise),  dioc.  de 
CHARTRES.  Un  acte  de  Philippe  Auguste,  daté  de 
1207  et  connu  par  une  traduction  de  1562,  faisait  re- 
monter à  l'année  1100  la  fondation  de  Clairefontaine. 
Ce  témoignage,  accepté  jadis  par  les  auteurs  du  Gall. 
christ,  et  par  Souchet,  ne  résiste  pas  à  la  critique.  En 
fait  la  nouvelle  communauté  de  cbanoines  réguliers 
s'est  formée  entre  les  années  1140  et  1160,  sous  la  pro- 
tection de  l'évêque  de  Chartres,  Robert  (1155-64),  et 
grâce  à  la  générosité  de  Simon  III  de  Montfort.  En 
1177,  le  roi  de  France,  Louis  Vil,  confirme  aux  reli- 
gieux leurs  droits  dans  toute  la  forêt  de  l'Yveline. 

Le  manque  de  documents  ne  permet  pas  de  retracer 
l'histoire  ultérieure  de  cette  petite  communauté.  A  la 
fin  du  xiv«  s.,  l'abbé  Adam  s'occupe  à  réparer  les  dom- 
mages causés  par  les  guerres.  En  1527,  Jean  de  Serre 
est  installé  comme  premier  abbé  commendataire.  Un 
de  ses  successeurs,  Raoul  Hurault,  soulève  l'opposition 
des  religieux.  Une  enquête  menée  en  1597  révèle  la  pré- 
sence de  quatre  chanoines  fort  peu  instruits  de  leurs 
devoirs  et  réduits  à  une  grande  pauvreté.  JMême  con- 
clusion à  la  visite  faite  en  1613  par  Denys  Coulombs, 
général  de  la  congrégation  de  S. -Victor. 

Les  difficultés  constantes  soulevées  par  les  commen- 
dataires  provoquent  en  1627  une  réforme  radicale  : 
l'abbaye  est  confiée  aux  Augustins  déchaussés  de  la 
Congrégation  de  France  qui  obtiennent  une  pension  de 

1  200  livres  et  installent  à  Clairefontaine  6  prêtres, 

2  clercs  et  4  novices.  Malgré  les  tentatives  faites  par 
les  Génovéfains  pour  récupérerl'abbaye,  les  Déchaussés 
se  maintiennent  jusqu'à  la  Révolution  française.  En 
1792  les  bâtiments,  sauf  la  cure,  sont  vendus  au  prix 
de  2  125  livres.  Il  n'en  subsiste  que  quelques  murs  dé- 
pourvus d'intérêt  archéologique. 

Liste  des  abbés  (d'après  H.  Lemoine).  —  Raoul, 
1164.  —  Jean,  1178.  —  Guérin,  1195.  —  Jean  II, 
1238.  —  G...,  1268.  —  M...,  1303.  —  Benoît,  1336.  — 
Jean  III,  1348.  —  Lubin,  1370.  —  Adam,  1372-89.  — 
Jean  IV,  1389-1409.  —  Jean  V  Cotard,  1451.  —  Nico- 
las I"  Botelin,  1458.  —  Pierre  Boitard,  1469-92.  — 
Charles  de  Druy,  1492-98.  —  Antoine  Geoffroy,  1498- 
1512.  —  Louis  des  Agés,  1515-17.  —  Jean  VI  de  Serre, 
commend.,  1527-38.  —  François  Lefèvre  de  Harville, 
1539-49.  —  Mathurin  de  Harville,  1549-84.  —  Raoul 
Hurault,  1588-1623.  —  Valentin  Boutin,  1623-?.  — 
Nicolas  Lefèvre  de  Lezeau,  1643-77.  —  Pierre  Robert, 
1677-78.  —  Michel  de  la  Roche,  1678-1714.  —  Louis 
le  Gendre,  1724.  —  Antoine  de  Clermont-Toanerre, 
1734-72.  —  Charles-Pierre  de  Hoziers,  1790. 


Prieurés.  —  S.-Germain-des-Adjots.  —  S.-Nicolas 
de  Montcouronne.  —  S. -Léonard  de  Coudrey.  —  S.- 
Marc d'Orgeval.  —  La  Madeleine  à  Rochefort.  —  N.- 
D.-du-Désert. 

Prieurés-cures.  —  Clairefontaine,  1506.  —  Boissy- 
le-Sec,  1495.  —  Mérobert,  1597.  —  Paray,  1617.  — 
Rosny,  1588.  —  Thoiry.  —  Roinville.  —  Les  Bré- 
viaires. 

Archives  :  Paris,  .\rch.  nat.,  S  3304.  —  Départ,  de  Seine- 
et-Oise,  H;  V.  H.  Lemoine,  Inuent.  sommaire,  Corbeil,  1914, 
p.  1-8.  —  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Moreau,  ms.  874. 

Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  i,  234.  —  Fourier- 
Bonnard,  Hist.  de  l'abbaye  royale  de  S.-Victor,  ii,  Paris, 
1907,  p.  110.  —  Gall.  christ.,  vni,  1315.  —  H.  Lemoine, 
L'abbaye  de  Clairefontaine,  dans  Bull,  de  la  Soc.  d'hist.  de 
Rambouillet,  xxx,  1944,  p.  1-18.  —  Souchet,  Hist.  du  dioc. 
de  Chartres,  Chartres,  1868-72,  i,  23-30;  ii,  477;  m,  587. 

Ch.  Dereine. 

3.  CLAIREFONTAINE,  Clarus  Fons,  Beau- 
lieu,  Bardenburg,  ancienne  abbaye  de  moniales  cis- 
terciennes, située  près  de  la  ville  d'Arlon,  dans  le 
Luxembourg  belge,  jadis  dioc.  de  Trêves,  auj.  de 
NAMUR.  Au  nombre  des  actes  relatifs  à  cette  abbaye, 
le  premier  en  date  est  le  testament  d'Ermesinde,  com- 
tesse de  Luxembourg;  il  est  de  1247  et  mentionne  des 
donations  faites  en  vue  d'achever  les  constructions  du 
monastère.  En  1250,  la  comtesse  fait  présenter  au 
chapitre  général  de  Cîteaux  la  demande  d'agrégation 
pour  la  fondation  récente.  L'inspection  préalable 
prescrite  fut  faite  par  les  abbés  d'Himmerode  et  d'Or- 
val  (Statuta...,  1250,  n.  41;  1251,  n.  31).  Clairefontaine 
prit  alors  place  dans  la  filiation  directe  de  Clairvaux 
(Dusseldorf,  ms.  32  :  catalog.  abbat.). 

Vers  la  même  époque  se  créaient  en  France  les 
abbayes  de  Maubuisson  et  du  Lys,  près  Melun;  c'était 
l'œuvre  de  Blanche  de  Castille.  Mais  cette  royale  fon- 
datrice, pas  plus  qu'Ermesinde,  ne  stipula  que  seules 
des  filles  nobles  seraient  admises.  Il  n'y  eut,  sur  ce 
point,  qu'une  situation  de  fait.  C'est  peut-être  en  cela 
qu'il  faut  trouver  la  cause  du  nombre  restreint  de  pro- 
fesses que  compta  Clairefontaine;  les  chiffres  connus 
ne  dépassent  pas  la  vingtaine  (Joset,  op.  infra  cit.,  82). 
Durant  le  xiii^  s.  et  un  peu  au  delà,  des  donations  de 
biens  et  de  droits  fiscaux  arrivent  à  constituer  un 
patrimoine  monastique,  qui  permettra  à  l'abbaye  de 
prolonger  son  existence  jusqu'aux  dernières  années  du 
xviii«  siècle. 

Les  guerres  viendront  appauvrir  le  budget,  aussi 
bien  que  les  taxes  qu'imposeront  les  autorités  civiles 
et  ecclésiastiques.  L'abbaye  fut  décimatrice  de  plu- 
sieurs localités;  elle  exerça  le  droit  de  collation  en 
quelques  paroisses  et  incorpora  même  celles  de  Gre- 
venmacher  et  de  Hollerich.  Comme  bon  nombre  d'au- 
tres abbayes,  celle  de  Clairefontaine  posséda  certains 
droits  de  seigneurie,  ainsi  qu'il  fut  reconnu  par  une 
sentence  du  conseil  provincial  de  1547.  En  1674,  la 
communauté  fut  «  invitée  »  à  faire  l'acquisition  des 
droits  de  seigneurie  sur  les  villages  de  Beckerich, 
Nordange  et  Eischen.  Il  fallut  se  résoudre  à  une  opé- 
ration financière  qui  ne  devait  guère  être  avantageuse 
pour  l'abbaye. 

Durant  dix  années,  de  1497  à  1507,  les  moniales 
furent  ici  remplacées  par  des  moines.  Les  causes  de 
cette  modification,  étrange  en  raison  de  sa  durée  limi- 
tée, ne  sont  pas  encore  nettement  définies.  Les  ar- 
chives de  l'État  à  Arlon  font  mention  de  deux  abbés  : 
Marc  Tertinger,  1497-1500;  et  André  Thibolt,  que 
l'abbé  de  Morimond  installa  en  1504  (Statuta...,  1504, 
n.  36).  Un  statut  antérieur  (ibiil.,  1489,  n.  92)  men- 
tionne certaines  difficultés  d'administration,  qui  ont 
pu  agir  dans  le  sens  du  départ  des  moniales.  Quoi 
qu'il  en  soit,  en  juin  1507,  une  abbesse  était  de  nou- 
veau installée  à  Clairefontaine  par  l'abbé  d'Himme- 


1041 


CLAIREF 


ONTAINE 


1042 


rode,  Jacques  de  Hillesheim,  agissant  au  nom  de  Jean 
Foucault  qu'Alexandre  VI  avait  créé  abbé  de  Clair- 
vaux  en  1496. 

En  1748,  la  communauté  eut  à  subir  une  crise  occa- 
sionnée par  l'imprudence  de  l'aumônier,  dom  Pinart. 
Celui-ci  avait  mis  entre  les  mains  des  moniales  quel- 
ques ouvrages  de  l'abbé  de  Rancé,  le  réformateur  de 
la  Trappe.  Certaines  consciences  s'alarmèrent,  en 
constatant  que  leur  vie  n'était  pas  calquée  rigoureu- 
sement sur  l'idéal  tracé  par  le  réformateur.  Pour  cal- 
mer les  inquiétudes  des  bonnes  âmes,  il  suffit  de  quel- 
ques interventions  des  supérieurs  majeurs  :  dom 
François  Trouvé,  abbé  de  Cîteaux,  dom  Pierre  Mayeur, 
de  Clairvaux,  etc. 

Le  18  avr.  1794  marque  l'incendie  de  l'abbaye, 
allumé  par  quatre  soldats  pris  de  boisson.  Les  moniales 
s'étaient  retirées  la  veille,  fuyant  à  travers  bois  pour 
atteindre  leur  refuge  de  Luxembourg.  C'est  là  que 
mourut  la  dernière  abbesse,  dame  Anne-Catherine 
Baur  d'Eyseneck,  le  25  nov.  1801.  En  janv.  1834, 
décédait  à  Gomery  la  dernière  moniale,  dame  Mathilde 
Jeanne  de  Gerlache.  Son  neveu,  le  R.  P.  Eug.  de  Ger- 
lache,  supérieur  de  la  résidence  des  Pères  jésuites 
d'Arlon  en  1866,  put  faire  l'acquisition  de  quelques 
parcelles  des  anciennes  propriétés  monastiques.  Bien- 
tôt étaient  mis  à  jour  la  statue  de  N.-D.  de  Claire- 
fontaine,  la  fontaine  miraculeuse,  les  restes  de  la 
fondatrice,  comtesse  Ermesinde.  Une  chapelle  fut  en- 
suite construite;  deux  des  vitraux  rappellent  les  deux 
Bienheureuses  abbesses  Hawis  de  Bar  (f  1280)  et 
Jeanne  de  Luxembourg  (t  1310). 

Archives  :  Arlon,  Arch.  de  l'État,  fonds  Clairelontaine  : 
cartulaire  signalé  par  H.  Stein,  Cartulaires  français,  Paris, 
1907,  p.  135.  —  Arch.  gén.  du  Royaume  à  Bruxelles.  — 
Arch.  du  gouvern.  du  grand-duché  de  Luxembourg,  à 
Luxembourg.  —  Départ,  des  Ardennes,  H  513.  —  Départ, 
de  la  Moselle,  H  45-53-4554. 

Fayen,  Lettres  de  Jean  XXII,  n.  1802.  J.  Gay,  Regis- 
tres de  Nicolas  III,  n.  1080.  —  Gall.  christ.,  xiii,  647.  —  H. 
GolTmet,  Cartulaire  de  Clairefontaine,  Arlon,  1877.  —  C. 
Henriquez,  Lilia  Cistercii,  u.  Douai,  1633,  p.  165.  -  -  C.-J. 
Joset,  L'abbaye  noble  de  N.-D.  de  Clairejunlaine,  Bruxelles, 
1935,  ouvrage  capital.  —  G.  MoUat,  Lettres  communes  de 
Jean  XXII,  n.  26117.  —  Potthast,  Bey.,  n.  16510.  —  Sla- 
tuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain,  1933-41, 
passim.  —  P.  Van  Isacker,  Lettres  de  Clément  VI,  n.  1364. 

J.-M.  Canivez. 

4.  CLAIREFONTAINE  (S.-Nicolas  de), 
Clarus  forts,  Clara  fons,  cant.  de  La  Capelle  en  Thié- 
rache,  arrond.  de  Vervins  (Aisne),  dioc.  de  Laon,  auj. 
de  SOISSONS;  transféré  en  1676  à  Villers-Cotterets, 
arrond.  de  Soissons  (Aisne),  dioc.  de  Soissons. 

Les  origines  de  cette  abbaye  de  l'ordre  de  Pré- 
montré sont  connues  par  le  récit  des  Annales  Rodenses 
et  par  une  charte  de  Barthélémy,  évoque  de  Laon, 
datée  de  1126.  Le  fondateur,  Ailbert  d'.\ntoing 
(D.  H.  G.  E.,  I,  1144),  fait  partie  de  ces  clercs  qui,  à  la 
fin  du  xi«  s.  ou  au  début  du  xii",  abandonnent  les 
anciens  chapitres  pour  mener  dans  la  solitude  la  vita 
aposlolica  (art.  Chanoines,  supra,  xii,  383-85).  Né  à 
Antoing,  il  entre  très  jeune  au  chapitre  N.-D.  de 
Tournai  et  signe  comme  témoin  de  nombreux  docu- 
ments entre  les  années  1090  et  1104.  Subissant  l'in- 
fluence du  célèbre  écolàtre  Odon  de  Tournai,  il  aban- 
donne sa  prébende  et  se  retire  vers  1100  dans  une  dé- 
pendance du  chapitre,  l'église  S.-Médard,  pour  mener 
la  vie  érémitique.  Quatre  ans  après,  avec  deux  de  ses 
parents,  il  se  lance  dans  la  perigrinatio  et  se  fixe  fina- 
lement à  Rolduc,  à  la  frontière  de  l'actuel  Limbourg 
hollandais,  sur  les  terres  du  comte  de  Safîenberg.  Il 
y  édifie  un  petit  oratoire,  s'adonne  avec  ses  compa- 
gnons au  travail  manuel  et  se  consacre  au  service  des 
pauvres.  Sa  renommée  de  vertu  lui  attire  des  disci- 
ples, entre  autres  un  ministerialis  du  comte  de  Safîen- 


berg, Embricon,  qui  vient  à  la  conversio  avec  sa  femme, 
ses  enfants  et  tous  ses  biens.  Des  divergences  de  vue 
ne  tardent  pas  à  surgir  entre  le  fondateur  et  son  prin- 
cipal converti.  Ce  dernier  prétend  consacrer  aux  cons- 
tructions du  monastère  et  au  développement  du  tem- 
porel les  ressources  que  l'ermite,  fidèle  à  son  idéal 
apostolique,  continue  à  distribuer  aux  pauvres,  sans 
souci  du  lendemain.  En  outre,  la  présence  de  sorores 
constitue  un  autre  point  de  friction  entre  les  deux 
hommes.  Pour  sauvegarder  la  paix,  Ailbert  n'hésite 
pas  à  quitter  son  ermitage  et  à  se  lancer  une  nouvelle 
fois  à  la  recherche  d'une  solitude  propice  à  ses  concep- 
tions de  vie.  En  1111,  il  arrive  dans  la  grande  forêt  de 
Thiérache  et  obtient  du  seigneur  de  l'endroit,  Guy  de 
Guise,  la  permission  d'y  installer  un  ermitage  où  il  se 
livre,  avec  deux  compagnons,  au  travail  de  défriche- 
ment dans  le  lieu  appelé  Clairefontaine. 

Voir,  pour  tout  ceci,  les  Annales  Hodenses,  dans  M.  G.  H., 
SS.,  XVI,  689-96;  et  la  charte  de  1126,  éd.  C.-L.  Hugo,  dans 
Annales  ord.  Praem.,  i,  prob.,  400-01.  —  On  n'utilisera 
qu'avec  prudence  le  travail  souvent  hypercritique  et  fantai- 
siste de  P.  C.  Boeren,  Rodensia,  ii,  Het  leven  van  Ailbertus 
van  Antoing,  stichter  van  Rolduc,  p.  15  sq.,  dont  on  trouvera 
d'ailleurs  la  critique  par  S.  P.  Everts,  De  Annales  Rodenses 
en  de  bouu)  der  abdijkerk  van  Rolduc,  dans  Publ.  de  la  Soc. 
hist.  et  archéol.  dans  le  Limbourg,  xxxv,  1949,  p.  95,  et  par 
Ch.  Dereine,  Les  chanoines  réguliers  au  dioc.  de  Liège  avant 
S.  Norbert,  Bruxelles,  1951,  p.  150  sq. 

A  Clairefontaine,  comme  à  Rolduc,  Ailbert  mène  la 
vila  eremilica  sub  habitu  clericati;  il  s'adonne  à  l'hospi- 
talité, comme  le  prouve  le  titulus  de  l'oratoire  dédié  à 
S.  Nicolas;  enfin  il  groupe  autour  de  lui  un  certain 
nombre  de  fratres  attirés  par  sa  vertu.  Lorsque  S.  Nor- 
bert se  fixe,  à  la  demande  de  Barthélémy,  dans  la  soli- 
tude de  Prémontré  au  diocèse  de  Laon,  Ailbert  fait 
des  démarches  pour  se  placer,  ainsi  que  ses  disciples, 
sous  la  direction  spirituelle  de  ce  vir  reverendus  et 
spectabilis  religionis;  mais  le  grand  ascète  décline 
cette  ofïre.  Après  la  mort  d'.\ilbert  (sept.  1122)  à 
Sechtem  en  Rhénanie,  les  disciples  reprennent  les 
démarches  en  vue  de  l'affiliation  à  Prémontré  et  cette 
fois,  grâce  à  l'intervention  de  Barthélémy  de  Laon, 
ils  obtiennent  gain  de  cause.  En  1126,  l'évêque  pro- 
cède à  la  dédicace  de  l'oratoire,  détermine  les  limites 
du  domaine  et  confirme  le  rachat,  au  moyen  d'un 
cens  annuel,  des  dîmes  appartenant  à  la  paroisse  de 
Wimy,  elle-même  aux  mains  des  chanoines  de  la 
cathédrale  de  Laon  (charte  de  1126,  éd.  C.-L.  Hugo, 
loc.  cit.;  au  sujet  de  l'affiliation  à  Prémontré,  cf.  De- 
reine,  Les  origines  de  Prémontré,  dans  Revue  d'hist. 
eccl.,  xLii,  1947,  p.  371,  note  4;  Vallodium  Clarifontis 
figure  de  fait  dans  la  bulle  accordée  en  1126  à  l'abbaye 
de  Prémontré  par  Honorius  II,  éd.  Le  Paige,  dans 
Bibliolheca...,  i,  392).  Un  dernier  pas  dans  l'élabo- 
ration du  statut  de  la  nouvelle  communauté  est 
accompli  en  1131,  lorsque  Hugues,  abbé  de  Prémontré, 
accorde  aux  chanoines  réguliers  de  Clairefontaine  un 
abbé  propre  (acte  de  1131,  éd.  C.-L.  Hugo,  loc.  cit., 
402;  Gall.  christ.,  x,  Instr.,  111).  Fidèle  à  son  point 
de  vue,  Herman  de  Laon  raconta  la  fondation  de 
Clairefontaine  en  soulignant  le  rôle  joué  par  l'évêque 
Barthélémy  (Miracula  S.  Mariae  Laudunensis,  P.  L., 
CLVI,  1001). 

Le  premier  abbé,  Gérard,  obtient  en  1132  du  pape 
Innocent  II  une  bulle  de  protection  contenant  les 
privilèges  généralement  accordés  aux  communautés 
régulières  (texte  dans  C.-L.  Hugo,  loc.  cit.,  402-403  et 
dans  P.  L.,  clxxix,  389  =  Jané,  7930).  On  ne  sait  sur 
quel  témoignage  s'est  basé  Hugo  pour  identifier  ce 
Gérard  avec  un  des  premiers  disciples  de  S.  Norbert, 
de  naissance  lotharingienne,  dont  la  Vita  Norherti  A 
décrit  la  ferveur  quelque  peu  indiscrète  et  les  tenta- 
tions diaboliques  dont  il  triomphe  avec  peine  (dans 


104;^  CLAIREFONTAIN 

M.  G.  H.,  SS.,  XII,  679;  remarque  de  l'éditeur,  ibid., 
note  2).  Notons  encore,  sous  le  même  abbatiat,  la 
donation  faite  en  1146,  par  un  laïc,  de  l'église  d'Esta- 
ves  (Stabiili),  près  de  S. -Quentin,  et  confirmée  par 
l'évêque  de  Noyon.  Une  autre  charte  datée  de  1158 
révèle  l'existence  d'un  groupe  de  sonores.  Comme  tant 
d'autres  communautés  de  prémontrés,  Clairefontaine 
a  donc  été,  aux  origines,  un  monastère  double  (C.-L. 
Hugo,  loc.  cit.,  521-22). 

Une  bulle  accordée  en  1179  par  Alexandre  III  per- 
met de  se  faire  une  idée  du  développement  temporel 
de  l'abbaye.  Parmi  les  principaux  bienfaiteurs,  on 
trouve,  à  côté  des  seigneurs  de  Guise,  de  nombreuses 
communautés  de  la  Belgique  actuelle  et  du  nord  de  la 
France  :  les  chanoines  de  S. -Quentin  et  de  Guise,  les  | 
moines  de  S. -Michel  en  Thiérache,  de  Homblières,  de 
Lobbes  et  de  Liessies,  les  chanoines  réguliers  de  S.- 
Nicolas-des-Prés  de  Tournai,  de  Mareuil,  de  Vermand 
et  de  S.-Feuillien  du  Rœulx.  Des  relations  assez 
étroites  lient  Clairefontaine  et  Chimay  :  on  compte 
en  effet,  parmi  les  bienfaiteurs  de  la  communauté,  Alard, 
avoué  de  cette  ville,  et  un  certain  Stepelin;  en  outre, 
dès  1182,  un  lien  de  fraternité  est  établi  entre  l'abbaye 
et  le  chapitre  Ste-Monégonde  (bulle  d'Alexandre  III, 
éd.  C.-L.  Hugo,  loc.  cit.,  404;  acte  de  fraternité,  ibid., 
408  et  aussi  dans  Miraeus  et  Foppens,  iv,  521).  Au 
début  du  xiii«  s.,  l'évêque  de  Noyon  permet  à  l'abbé 
de  Clairefontaine  de  faire  desservir  la  cure  d'Estaves 
par  un  de  ses  chanoines.  Notons  que  c'est  la  première 
trace  que  nous  trouvons  d'exercice  de  la  cura  anima- 
rum.  Au  xviii'^  s.,  l'abbaye  ne  possède  d'ailleurs  que 
quatre  paroisses,  parmi  lesquelles  celles  de  Clairefon- 
taine et  de  Villers-Cotterets  où  elle  fut  transférée 
(C.-L.  Hugo,  loc.  cit.,  520-21). 

Le  manque  de  documents  rend  très  obscure  l'histoire 
ultérieure  de  l'abbaye  qui  eut  fort  à  soufïrir  des  guerres 
et  des  destructions.  Elle  fut  ravagée  notamment  vers 
le  milieu  du  xiii''  s.  et  en  1670.  A  cette  date,  l'abbé 
Louis  Hély  entreprend  des  démarches  pour  obtenir  le 
transfert  de  sa  communauté  à  Villers-Cotterets,  ce  qui 
est  accordé  par  bulle  pontificale  du  4  oct.  1676.  On 
verra  dans  la  liste  des  abbés  que  plusieurs  d'entre  eux 
ont  joué  un  rôle  considérable  dans  l'histoire  de  l'ordre. 

Liste  des  abbés  (d'après  Hugo  et  le  Gall.  christ.).  — 
Gérard,  1131-60.  —  Jean  I",  1160-64.  —  Aufrid,  1172- 
74.  —  Obert,  1175.  —  Nicolas,  1179.  —  Ansferd,  1182- 
85.  —  Henri,  1196-99.  —  Jean  II,  1201-16.  —  Guil- 
laume I",  1224.  —  Egéric,  1239.  —  Jean  III  de  Rohi- 
gnies,  1245-47.  —  Guillaume  II  de  Louvignies,  1286- 
88.  —  Le  nom  des  abbés  suivants  n'est  connu  que  par 
des  nécrologes  :  Pierre  de  Malla. — Nicolas  P^tl9  août. 
—  Nicolas  II,  t  19  juill.  —  Gilles  I",  f  4  sept.  — 
Gilles  II,  t  5  juin.  —  Jean  IV,  t  6  sept.  —  Matthieu, 
t  2  ocL  —  Barthélémy,  t  18  juill.  —  Jean  V,  1494.  — 
Antoine  Geoffroy,  1502-12.  —  Aimé  de  la  Fontaine, 
1521.  —  Jean  VI  de  Folembray,  vicaire  général  de 
l'ordre,  1535-36.  —  Jean  VII,  1548.  --  Jean  VIII  de 
Brolli,  1566.  —  Jean  IX  de  Vivey,  1588.  —  Jean  X 
d'Origny,  1623-29.  —  Philippe  Morel,  1634-49.  — 
Jean  XI  Doucet  de  la  Houssaye,  1668.  —  Louis  Hély, 
1670-77.  —  Bernard  du  Four,  vicaire  de  l'ordre  en 
1717,1677-1724.  — Augustin  deRoquevert,  1724,  abbé 
général  de  l'ordre  en  1741.  —  Louis  Parchappe  de 
Vinai,  1741.^ 

Archives  :  Paris,  Arch.  nat.,  I  537  (1211-1364).  —  Départ, 
de  l'Aisne,  série  //  854-859  (1512-1788);  v.  A.  Matton, 
Invent,  sommaire  des  arch.  départ,  de  l'Aisne,  séries  G  et  H, 
Laon,  1885,  p.  125.  —  Cartulaire  perdu,  voir  Stein,  Cartu- 
laires  français,  n.  968.  Extraits  :  Paris,  Bibl.  nat.,  coll.  Ba- 
hize,  i.i,  1  14-.52;  coll.  Picardie,  235,  fol.  108,  et  267,  fol.  371; 
inss.  Ir.  (Ducange),  ii.  9500,  fol.  90-91;  bibl.  de  l'Arsenal, 
II.  5262,  fol.  39.  Solssous,  bibl.  munie,  coll.  Perrin, 
n.  6387. 


E   —  CLAIRLIEU  1044 

Gall.  christ.,  ix,  493,  564.  —  C.-L.  Hugo,  dans  Annales 
ord.  Praemonstratensis,  i,  Nancy,  1734,  col.  517  sq.,  et  prob., 
400-08.  —  Le  Paige,  Bibliolheca  ord.  Praemonstratensis,  i, 
Paris,  1633,  p.  467.  —  J.  Ramackcrs,  Paputurkunden  in 
Frankreich,  nouv.  sér.,  iv,  Picardie,  45,  52.  —  R.  Van 
Waefelghem,  Répertoire  des  sources...  de  Prémontré,  61.  — 
Cottineau,  i,  795. 

Ch.  Dereine. 
5.  CLAIREFONTAINE,  Clarus  Fons,  Oliza- 
rowy  Staw,  ancien  prieuré  de  moines  cisterciens  fondé 
peu  avant  1738,  comme  nous  l'apprend  un  statut  du 
chapitre  général  de  cette  année  {Slatiita...,  n.  134  g). 
Il  était  situé  en  Lithuanie,  dioc.  de  Luck,  de  WILNO 
.  ensuite.  Soumis  d'abord  à  l'abbé  de  Vistic,  il  fut  plus 
tard  placé  sous  la  garde  des  abbés  d'Oliva  et  de  Pel- 
plin.  Il  fit  partie  de  la  province  monastique  de  Polo- 
gne, dont  les  abbés  furent  successivement  remplacés  par 
des  prieurs  triennaux  (Analecta  juris  pontificii,  Rome, 
1875,  col.  1006;  1877,  col.  730  :  décret  de  juill.  1792). 

Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  lxxviii.  — 
Statula  cap.  gen.  ord.  cisterc,  vu,  éd.  Louvain,  1939. 

J.-M.  Canivez. 
CLAIRLIEU,  Clarus  locus,  ancienne  abbaye  de 
moines  cisterciens,  fondée  en  1151,  par  des  religieux 
venus  de  Bithaine,  de  la  filiation  de  Morimond.  Les 
donateurs  étaient  Matthieu,  duc  de  Lorraine,  son 
épouse  Berthe,  et  leurs  enfants  Matthieu  et  Frédéric. 
Les  concessions  faites  se  trouvaient  sur  la  commune 
actuelle  de  Villers-lès-Nancy.  Pierre  de  Brizey,  évêque 
de  Toul,  favorisa  beaucoup  cette  fondation,  qui  trouva 
également  des  bienfaiteurs  dans  les  nobles  familles  de 
Vaudemont  et  de  Vagnory.  A  la  demande  de  l'abbé 
Jacques,  Lucius  III  accorda  la  bulle  de  protection 
Religiosam  vitam,  du  28  nov.  1182  (Jaffé,  n.  14706). 
Célestin  III  la  renouvela  (1193-94),  confirmant  aussi 
les  possessions  et  les  privilèges  de  l'abbaye  (ibid., 
11.  17063).  Au  siècle  suivant.  Innocent  IV  intervint 
pour  maintenir  les  privilèges  des  abbayes  cisterciennes 
de  Lorraine  contre  les  empiétements  du  doyen  de 
l'église  S.-Gengoul  de  Toul  (É.  Berger,  Registres  d'In- 
nocent IV,  n.  3545,  3551).  En  1602,  Clément  VIII 
adjoignit  la  mense  abbatiale  de  Clairlieu  à  l'église  pri- 
maire de  Nancy. 

Les  statuts  des  chapitres  généraux  de  Cîteaux  ont 
particulièrement  conservé  le  souvenir  d'incidents  rela- 
tifs à  la  sépulture  du  duc  de  Lorraine.  Ce  dernier  avait 
choisi  l'abbaye  cistercienne  de  Stiirzelbronn  pour  y 
être  inhumé.  Nonobstant  cette  volonté,  l'abbé  de  Clair- 
lieu,  tout  proche  de  Nancy,  réussit  à  faire  transporter 
chez  lui,  en  1214,  les  restes  mortels  du  duc  défunt.  Le 
chapitre  général,  invoqué  comme  juge  entre  les  deux 
abbayes  en  cause,  condamna  l'abbé  de  Clairlieu  à  faire 
la  restitution  demandée.  En  1217,  il  fallut  déposer 
l'abbé  toujours  récalcitrant.  L'année  suivante,  trois 
prélats  voisins  furent  délégués  pour  aller  à  Clairlieu 
s'assurer  que  les  ordres  du  chapitre  avaient  été  exécu- 
tés. Ils  revinrent  porteurs  du  serment  prononcé  par  le 
couvent,  afïirmant  que  la  restitution  avait  été  faite 
(Statula...,  1219,  n.  63). 

L'abbaye  posséda  des  bénéfices  à  la  collation  de 
l'abbé  (G.  Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXII, 
n.  49281).  En  1756,  doin  Claude  Guyton,  bibliothé- 
caire de  Clairvaux,  était  de  passage  à  Clairlieu;  il  en 
a  noté  quelques  particularités  (Paris,  Bibl.  nat.,  ms. 
fr.  23474,  fol.  215  v").  Une  bulle  de  Clément  XIV  du 
13  sept.  1768  nomma  à  l'abbaye  Jacques-Thomas  Guil- 
bert,  prêtre  du  diocèse  de  Lisieux  (Caen,  iiis.  5i9, 
pièce  originale);  il  ne  restait  plus  alors  que  sept  reli- 
gieux. Communauté  et  bâtiments  disparurent  en 
1791  ;  rien  ne  subsista,  pas  même  l'église  abbatiale  du 
I  XII»  siècle. 

Liste  des  abbés  (d'après  le  Gall.  christ.,  qui  reproduit 
I  le  ras.  de  dotn  Claude  Pichet).  —  1.  Vidric,  1151.  — 


1045 


CLAIRLIEL 


CLAIRM  ARAIS 


1046 


2.  Jacques,  1165.  —  3.  Vidric  II,  1175,  1183.  —  4. 
Walo,  1184.  —  5.  Pierre  I",  1194.  —  6.  Étienne,  1194, 
1205.  —  7.  Guy.  —  8.  Pierre  II,  1293,  1300.  —  9.Louis, 
1305.  —  10.  Reinier,  1314.  —  11.  Jean  I",  1315.  —  12. 
Pliilippe,  1324.  —  13.  Reinier  II,  1328.  —  14.  Eve- 
rard,  1330,  1350.  —  15.  Clément,  1352.  —  16.  Henri  I", 
1356,  1358.  —  17.  Pierre  III,  1359.  —  18.  Jean  II  de 
Goûte,  1374.  —  19.  Jean  III  de  Houdemont,  1389, 
1393.  —  20.  Désiré  Uortemont,  1395,  1397.  —  21. 
Dominique  I"  de  Varengeville,  1397.  —  22.  Jean  IV, 
1400,  1408.  —  23.  Dominique  II  de  Chavigny,  alias 
Démange  de  Charbonne.  1405,  t  1429.  —  24.  Jean  V 
de  Gerbeviller,  1432,  1449.  —  25.  Jean  VI  de  Gerbe- 
viller  (Gilbevalle,  cf.  Statuta...,  1462,  n.  25).  —  26. 
Dominique  III  de  Clevi,  1493,  t  1509.  —  27.  Cuni 
Forville  de  Rosières,  1509-41.  —  28.  Henri  II  d'Harau- 
court,  commend.,  1541-66.  —  29.  Anne  du  Cliàtelet.  — 
30.  René  du  Ciiâtelet,  1592-94.  —  31.  Charles  de  Lor- 
raine, év.  de  Strasbourg,  card.,  1595-1604.  —  32. 
Jean  VII  Martinne,  abbé  régulier,  1604-t  12  mars  1631. 

—  33.  Charles-Christian  de  Gournay,  1632,  év.  de 
Toul,  t  1637.  —  34.  François  Briffaus,  1637,  t  H  sept. 
1664.  —  35.  Claude  Bichet,  1664,  t  23  mars  1689.  — 
36.  Pierre  IV  Chariot,  abdiqua  en  1727.  —  37.  Charles 
Pancheron  (Statuta...,  1738,  n.  163).  —  38.  N.,  a  rege 
desigrtatus.  —  39.  Jacques-Thomas  Guilbert,  1768  (?). 

—  40.  Malachie;  signa  les  actes  du  chapitre  général  de 
1768  (ibid.,  1768,  n.  142).  —  41.  Georges  Habourg; 
présent  au  chapitre  général  de  1771  (ibid.,  1771,  C). 

Archives  :  dépôt  départ,  de  Meurthe-et-Moselle,  //  461  : 
cartulaire  du  XV  s.;  84  art.  (1150-1790);  invent.  (xvii«  et 
xvia"  s.).  —  Nancy,  bibl.  munie,  ms.  144  (xvi«  s.)  :  13  char- 
tes, dont  plusieurs  sont  fausses  ou  retouchées,  remarque 
dom  Calmet;  ms.  1062  (xvin«  s.)  :  5°,  catalogue  des  livres 
de  Clairlieu.  —  S.-Dié,  bibl.  munie,  ms.  80,  t.  xxiii,  fol.  6- 
33  :  nécrologe. 

Cottineau,  797.  —  Gall.  christ.,  xni,  1374.  -  Janauschek, 
Origines  ci.<iterc..  Vienne,  1877,  p.  127.  —  H.  Lepage,  L'ab- 
baye  de  Clairlieu,  dans  Bull,  de  la  Soc.  archéol.  de  Lorraine, 
V,  1S55,  p.  98-215;  parmi  les  pièces  justilicatives,  se  lisent 
50  chartes  publiées  ou  analysées  (1150-1792).  —  Statuta  cap. 
yen.  ord.  cisterc,  i-vin,  éd.  Louvain,  1933-41;  les  Indices, 
p.  135,  contiennent  la  synthèse  des  références  aux  textes. 

—  H.  Stein,  Bibliogr.  cartulaires  français,  Paris,  1907, 
n.  969. 

J.-M.  Canivez. 
1.  CLAIRIVIARAIS,  Clarusmariscus,  ancienne 
abbaye  de  moniales  cisterciennes,  située  dans  la  ville 
et  au  dioc.  de  REIMS.  Les  premières  donations  con- 
nues datent  de  1222,  et  le  monastère  fut  d'abord  situé 
en  dehors  de  la  ville.  Le  passage  des  Anglais  durant 
la  guerre  de  Cent  Ans  (vers  1359)  laissa  derrière  eux 
destruction  et  ruines;  la  communauté  dut  être  trans- 
férée à  Reims  en  1363.  En  1384,  l'abbesse  dressait  la 
•  Déclaration  du  temporel  de  son  monastère  »,  pour 
être  présentée  à  qui  de  droit.  Situation  peu  brillante. 
L'abbesse  n'a  autour  d'elle  que  treize  moniales,  un 
moine  aumônier,  un  procureur;  néanmoins  elle  crie 
famine,  ou  peu  s'en  faut  (texte  publié  par  G.  Robert, 
d'après  l'original  aux  Arch.  nat.,  P  -il  (2),  1424  :  Le 
temporel  du  clergé  régulier  du  dioc.  de  Reims  en  1384, 
Reims,  1926).  Le  chapitre  général  de  Cîteaux  entendit 
aussi,  en  1396  (Statuta...,  n.  29),  un  autre  cri  de  dé- 
tresse de  la  part  de  la  même  supérieure.  Celle-ci  recon- 
naît qu'en  compensation  de  la  perte  de  son  abbaye 
les  habitants  de  Reims  lui  ont  donné  un  très  bel 
immeuble  à  l'intérieur  de  la  ville.  Mais  il  faut  vivre. 
L'abbé  de  Clairvaux  est  donc  chargé  d'aller  étudier 
sur  place  les  possibilités  d'une  reprise  de  Clairmarais 
avec  ses  jardins  et  sa  métairie.  Vingt  ans  après,  la 
question  de  la  pauvre  abbaye  se  pose  à  Cîteaux  sous 
cette  forme  :  son  incorporation  à  une  abbaye  d'hom- 
mes n'est-elle  pas  devenue  nécessaire?  les  moines 
d'Igny,  près  de  Reims,  ne  ponrraient-Us  se  charger  de 


:  cette  œuvre  (Statuta,  1413,  n.  16)?  En  1462  (ibid., 
1  n.  91),  on  y  trouve  en  effet  des  moines  que  vient  d'ins- 
'  taller  l'abbé  d'Igny.  Neuf  ans  après,  l'union  extinc- 
i  tive  de  Clairmarais  avec  Clairvaux  est  décrétée  et 
\  promulguée  par  le  chapitre  général,  en  vertu  des  pri- 
vilèges reçus  des  pontifes  romains  (ibid.,  1473,  n.  53). 

Trois  siècles  se  passent.  Soudain,  apparaît  une  pré- 
tendue abbesse  de  Clairmarais,  Marie-Thérèse  de  la 
Ville,  chanoinesse  de  la  métropole  de  Rouen.  Dans  son 
Mémoire,  cette  dame  explique  que  c'est  la  parution 
des  vol.  IX  et  x  du  Gall.  clirist.,  en  1751,  qui  a  provoqué 
son  zèle.  Elle  y  a  lu  les  documents  cités  au  t.  x  (58, 
73,  79)  au  sujet  de  Clairmarais  et  y  a  reconnu  des  abus 
I  d'autorité  commis  jadis  par  Cîteaux.  Elle  veut  les 
i  réparer.  Elle  s'est  donc  employée  en  Cour  de  Rome  à 
!  l'effet  d'obtenir  des  bulles,  expédiées  effectivement  le 
[  30  mars  1779  (I).  L'exécution  en  fut  ordonnée  par  le 
parlement  de  Paris  le  5  mai  suivant.  Il  y  eut  procès; 
d'une  part,  Clairvaux,  qui  détenait  les  restes  et  les 
charges  de  l'abbaye  éteinte;  d'autre  part,  la  dame  de 
la  Ville,  qui  avait  choisi  pour  avocat  maître  Huet  de 
Paisy.  En  1784,  paraît  une  autre  abbesse.  Désirée  de 
Mandolx.  Mais  quand  elle  voulut  prendre  possession 
de  la  chapelle  S. -Bernard  et  de  la  métairie  de  Clair- 
marais, on  constata  qu'il  n'y  avait  «  ni  religieuses,  ni 
lieux  claustraux  ». 

Les  archives  de  Clairmarais  ont  naturellement  passé  à 
Clairvaux  lors  de  l'union.  Voir  Bépertoire  numérique  des 
arch.  de  l'Aube,  3  II  3700-3882;  on  y  trouve  notamment  le 
cartulaire  (1222-1522);  plusieurs  numéros  ont  trait  à  l'union: 
3  H  3702  (1472-1473);  3  H  3704  :  mémoire  de  dom  Le  Boul- 
langer  sur  la  réunion  (1780);  3  II  3710-3712  :  procédure 
contre  Marie-Thérèse  de  la  Ville,  soi-disant  abbesse  de  Clair- 
marais (1778).  —  Quelques  pièces  d'archives  sont  conservées 
à  Reims,  indiquées  par  M.  G.  Robert,  op.  cit.,  p.  xxii.  —  Le 
Mémoire  signifié  par  Dame  Maria-Thérèse  de  la  Ville,  ab- 
besse de  N.-IJ.  de  Clairmarais...,  demanderesse,  contre  les 
abbé,  prieur  et  religieux  de  Clairvaux,  Paris,  1780,  peut  se 

i  lire  dans  le  vol.  n.  4061  des  imprimés  de  la  bibl.  de  Troyes, 
série  .Jurisprudence. 

I  Gall.  christ.,  ix,  179.  -  1-:.  Langlois,  Registres  de  Nicolas 
IV,  n.  3256  :  concession  d'indulgences,  5  sept.  1290.  — 
Statuta  cap.  gen.  ord.  cislerc,  i-viii,  éd.  Louvain,  1933-41, 
passim. 

J.-M.  Canivez. 
2.  CLAIRMARAIS,  Clarusmariscus,  Claromu- 
resch,  Clermaretz,  Clermarreis,  ancienne  abbaye  de 
moines  cisterciens,  située  dans  l'Artois,  près  S.-OMER 
(Pas-de-Calais).  Jusqu'au  jour  de  sa  disparition  (1791), 
le  monastère  conserva  dans  son  trésor  une  croix,  dont 
la  tradition  constante  disait  qu'elle  avait  été  remise 
par  S.  Bernard  au  moine  Geofîroi  quittant  Clairvaux 
pour  venir  fonder  Clairmarais  (dom  de  Vissery,  Hist. 
ms.  de  Clairmarais,  i,  143).  Cependant  les  documents 
ne  concordent  pas  tous  avec  cette  tradition.  Clair- 
marais, d'abord  fille  de  l'abbaye  des  Dunes,  serait 
passé  à  Clairvaux  avec  sa  maison  mère  (1 137-38).  Le 
doute  subsiste.  Les  bienfaiteurs  du  monastère  nais- 
sant sont  Thierry  d'Alsace,  comte  de  Flandre,  et  son 
épouse  Sibylle;  Étienne,  roi  d'Angleterre;  des  sei- 
gneurs de  la  contrée,  tels  Matthieu  comte  de  Boulogne, 
Arnould  comte  de  Guines,  Guillaume  d'Ypres.  Le  nom 
donné  à  la  nouvelle  fondation  indique  assez  la  valeur 
des  terrains  concédés  :  de  larges  étendues  de  marais, 
où  se  voyaient  alors  des  îles  flottantes. 

Quoi  qu'il  en  soit  des  difficultés  du  début,  l'abbaye 
devint  très  prospère.  Elle  eut  souvent  à  sa  tête  des 
hommes  de  valeur,  auxquels  le  chapitre  général  de 
Cîteaux  confia  des  mandats  importants.  Elle  eut  par- 
ticulièrement le  bonheur  d'échapper  aux  misères  de 
la  commende,  malgré  les  efforts  du  cardinal  Laur. 
'  Pucci,  en  1521,  qui  prétendait  évincer  l'abbé  Gilles 
,  du  Pont,  déjà  dei)uis  deux  ans  en  possession  paisible 
de  la  prélature.  Plusieurs  abbés  de  Clairmarais,  gra- 
dués d'Université,  mirent  leurs  soins  à  enrichir  la  bi- 


1047 


CLAIRMARAIS 


CLAIRMONT 


1048 


bliothèque.  Celle-ci  était  encore  bien  fournie  lors  du 
passage  des  deux  bénédictins  en  1717.  Ils  ont  noté 
dans  leur  Voyage  littéraire  (part.  II,  184)  le  grand 
nombre  de  livres  et  de  mss.  ;  un  de  ceux-ci  leur  fut 
])rêté  d'où  ils  tirèrent  la  Généalogie  des  comtes  de 
Flandre,  qu'ils  insérèrent  au  t.  m  de  leur  Thésaurus. 
Un  catalogue  de  la  bibliothèque  datant  de  la  fin  du 
xiii"  s.  a  été  publié  par  H.  de  Laplane,  ainsi  que  celui 
des  mss.  établi  en  1791  ;  de  ces  derniers  cent  seize  sont 
actuellement  à  la  bibliothèque  municipale  de  S.-Omer. 

Clairmarais  a  d'ailleurs  compté  parmi  ses  moines 
quelques  écrivains  :  Jean  Ballin  {D.  H.  G.  E.,  vi,  405), 
L.  Dutaillis  (mss.  300  et  364  de  S.-Omer),  Bernard 
d'Ypres  (ms.  769,  ibid.),  Martin  Dubuisson  (ms.  1115 
d'Arras),  J.  Winibroot  (Étrennes  spirituelles,  impr.  à 
S.-Omer,  1606  sq.),  Bertin  de  Vissery  (ms.  201  B  de 
Boulogne-sur-Mer  et  l'hist.  de  l'abbaye),  Albert  De- 
nuncq,  moine  de  la  fm  du  xyiu"  s.,  décédé  au  xix»^ 
(a  laissé  16  vol.  mss.,  n.  18-33  de  la  bibl.  d'Aire-sur-la- 
Lys). 

L'abbaye  ne  créa  aucun  monastère  d'hommes,  mais 
eut  sous  sa  direction  les  moniales  cisterciennes  établies 
dans  le  diocèse  de  S.-Omer  :  Beaupré,  Blandecques, 
Ravensberg  et  Woestine.  Au  moment  de  la  Révolution 
de  1793,  le  dernier  abbé  avait  autour  de  lui  vingt-deux 
religieux.  De  l'église  abbatiale,  comme  des  bâtiments 
claustraux,  plus  rien  ne  subsiste  aujourd'hui. 

Liste  des  abbés  (d'après  H.  de  Laplane,  qui  suit  le  ms. 
de  dom  de  Vissery).  —  1.  Geoffroy,  ou  Gunfrid,  1140- 
49.  —  2.  Guillaume  de  Bailleul,  1149-69.  —  3.  David, 
1171-75  ou  76.  —  4.  Everard,  1176-86  ou  87.  —  5. 
Ferrand  ou  Ferdinand,  1187-92,  commit  la  faute  de 
se  rendre  à  Rome  sans  l'autorisation  de  l'abbé  de 
Cîteaux  (Statuta...,  1191,  n.  32).  —  6.  Gérard  d'An- 
toing,  dit  d'Épinoy,  1192-97  ou  98;  d'abord  abbé  de 
Villers-en-Brabant,  où  le  remplaça  Guillaume,  prieur 
de  Clairmarais.  —  7.  Adam,  1197,  1198.  —  8.  Gérard 
de  Campania,  1198-1202.  —  9.  Nicolas  de  Cambron, 
1204-08.  —  10.  Lambert,  1208-22.  —  11.  Michel,  1222- 
24.  —  12.  Menier  Lombard,  1224-25,  prieur  de  Clair- 
vaux.  —  13.  Simon  de  Marquette,  1225-57;  Jacques 
de  Furnes,  47«  abbé  de  S. -Bertin,  se  fit  moine  à  Clair- 
marais en  1229;  Nicolas  de  Sombrefle,  prieur  de  Clair- 
marais, devint  abbé  de  Villers  en  1237.  —  14.  Robert 
de  Béthune,  1257-66;  Gilbert,  49"  abbé  de  S. -Bertin, 
se  retira  à  Clairmarais  en  1265.  —  15.  Arnould  de 
Villers,  moine  de  Loos,  1266-82.  —  16.  Nicolas  Man- 
ghier,  de  Steenfort,  1282-90.  —  17.  Anselme  de  Roisin, 
1290-93.  —  18.  Renier  de  Marquette,  docteur  en  théol., 
professeur  à  Paris,  1293-95.  —  19.  Pierre  I",  de  Dijon, 
1295-1301.  —  20.  Henri  d'Ypres,  1301-16.  —  21.  Bx 
Ségalon,  d'Arras,  1316-23.  —  22.  Henri  d'Ypres,  pour 
la  seconde  fois,  1323,  t  1324.  —  23.  Jean  de  Bièvre, 

1324-  25,  docteur  en  théol.  ;  démissionna  et  retourna  à 
Paris  enseigner.  —  24.  François  Sandre,  de  S.-Omer, 

1325-  26.  —  25.  Lambert  II  Wout,  1326,  f  1340.  —  26. 
Paul  de  Bailleul,  1340,  f  1345.  —  27.  Jacques  Mitke, 
1345,  t  1365.  —  28.  Jean  Godberons,  1365,  f  1386, 
jadis  prieur  aux  Dunes.  —  29.  Pierre  II  Ruthe,  1386, 
t  1400.  —  30.  Georges  Deschamps,  1400,  t  1411.  — 
31.  Jean  III  Gheers,  1411,  t  1438;  assista  au  concile  de 
Bàle.  —  32.  Jean  (Roland  dans  le  Gallia)  Le  Moine, 
1438,  t  1448.  —  33.  Jean  V  Serlans,  1448-65.  —  34. 
Ingelram  Crayben,  1465-84.  —  35.  Jacques  II  Le 
Lièvre,  1484-96.  —  36.  Gilles  Devillers,  1496-1518.  — 
37.  Gilles  du  Pont,  1518-25.  —  38.  Louis  Hertauld, 
1525-44,  élu  per  viam  inspirationis  (Statuta...,  1526, 
n.  19).  —  39.  Robert  Pépin,  1544,  t  1547.  —  40.  An- 
toine De  Croix,  1548,  f  1577.  —  41.  Antoine  de  Can- 
teleu,  neveu  du  précédent,  1577,  j  1589.  —  42.  Hubert 
Raoul,  1590,  f  1594.  —  43.  Morand  Bloeme  (Blomme), 
1595,  t  1615.  —  44.  Martin  Tyrant,  1615.  tl621; 
obtint  la  mitre  en  1616,  de  Paul  V.  —  45.  Gilles  Du- 


mont,  1622,  f  1633.  —  46.  Georges  d'Afïreingues, 
1635,  t  1639.  —  47.  Denys  Pecqueur,  1639,  t  1649.  — 
48.  Bernard  Michiels,  1649,  j  1669;  bénit  par  l'abbé  des 
Dunes.  ~  49.  Robert  II  (ou  Roberty),  1669,  t  1670; 
bénit  par  l'abbé  de  Baudeloo.  —  50.  Georges  III  Pet- 
quam,  1670,  t  1688.  —  51.  Joseph  Maillard,  1688, 
t  1717;  vicarius  gencralis  in  Belgio  gallico  {Statuta..., 
1699,  n.  182).  —  52.  Antoine  III  de  La  Houssaye, 

1718,  t  1719.  —  53.  Antoine  IV  Finé  de  Brianville, 

1719,  t  l734;  docteur  en  théol.;  était  prieur  de  Cer- 
camp.  —  54.  Engelbert  Le  Porcq,  1734,  j  1736.  — 
55.  Barthélémy  de  La  Guette,  1736,  f  1758;  moine  de 
Cercamp.  —  56.  Ignace  Hémart,  1759,  t  1767;  fut 
déflniteur  au  chapitre  général  de  1765  (ibid.,  1765, 
n.  7,  17,  20).  —  57.  Edmont  Tirant  (Alexis  Tyrand, 
ibid.,  1771,  C-D),  1767,  t  1782.—  58.  Martin  Bernard, 
1782,  t  1786.  —  59.  Orner  De  Schodt,  1787,  f  1806. 

Archives  :  départ,  du  Pas-de-Calais,  série  H  .•  6  registres, 
2  liasses  (xvii«  et  xvin«  s.).  —  Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  /r.  6902; 
20892  (recueil  Gaignières,  229);nouv.  acq.  /r.  5271  (n.  31).  — 
S.-Omer,  bibl.  munie,  ms.  898  :  Hist.  chronoL...  Clairma- 
rais..., 1751  ;  ce  ms.  est  la  copie  du  ms.  S50  de  dom  Bertin 
de  Vissery.  —  Des  pièces  éparses  en  différents  dépôts  ont 
été  inventoriées  par  H.  de  Laplane  et  analysées  dans  son 
t.  I  sur  L'abbaye  de  Clairmarais,  S.-Omer,  1863,  p.  283  sq.  — 
Une  chronique  de  l'abbaye  (xvui"  s.)  a  été  analysée  par  J.  de 
Pas,  dans  Bull,  de  la  Soc.  des  antiq.  de  Morinie,  1898,  p.  248- 
70;  le  môme  auteur  a  donné  l'analyse  de  47  chartes  inédites, 
propriété  de  M.  G.  Garvey,  ibid.,  1906,  p.  708-21. 

Documents  pontificaux  :  V.  Baix,  Annales  de  Martin  V, 
p.  cxi;  132,  n.  384.  —  U.  Berlière,  Libri  obligationum..., 
n.  158  :  le  10  mars  1346,  Jacques,  abbé  de  Clairmarais,  pro- 
met 800  norins;  Collectories  pontificales,  p.  423,  483,  503.  — 
A.  Fayen,  Lettres  de  Jean  XXII,  n.  242,  2833.  —  Fierens, 
Lettres  de  Benoît  XII,  n.  284;  Lettres  d'Urbain  V,  n.  49, 
1684.  —  .laffé,  n.  9040,  11433,  11873,  12.358,  12838,  13100, 
14337,  16452,  16963,  12192  a,  16379  a.  —  E.  Langlois, 
Registres  de  Nicolas  IV,  n.  3907,  3909.  —  G.  Mollat,  Lettres 
communes  de  Jean  XXII,  n.  1250,  2640,  11367,  50587.  —  11. 
Nélis,  Suppliques...  Clément  VII,  n.  1240.  —  Pottliast, 
Ke;/.,n.4130, 4849, 6345, 23453.  —  Pressuttl,  Registres  d'IIo- 
norius  III,  n.  2296,  2645,  4981.  -  Van  Isacker,  Lettres  de 
Clément  VI,  n.  1797,  1803,  1804.  —  .1.  Ramackers,  Papslur- 
kunden  in  Franicreicti,  iv,  Picardie,  n.  195,  240,  256,  269.  — 
Vidal,  Lettres  communes  de  Benoît  XII,  n.  3843. 

Auctarium  Gemblac,  dans  Bouquet,  Hist.  des  Gaules, 
XIII,  271,  455,  470.  —  Cottineaii,  797.  —  C.  Dausque,  Terra 
et  aqua  seu  terrae  fluctuantes.  Tournai,  1633  :  sur  les  îles 
tlottantes  à  Cler-Maretz.  —  H.  de  Laplane,  L'abbaye  de 
Clairmarais,  S.-Omer,  1863;  Les  abbés  de  Clairmarais,  S.- 
Omer,  1868.  —  Gall.  christ.,  m,  525.  —  L.  Delisle,  Cabinet 
des  mss.,  ii,  355  (cite  6  mss.  de  Clairmarais  entrés  à  la  Bibl. 
nat.).  —  .Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne,  1877,  p.  59. 
—  Martène,  Thésaurus...,  i,  599  :  lettre  de  Gérard,  abbé  de 
Clairvaux,  à  Didier  de  Tliérouanne;  m,  639,  1385.  —  H. 
Piers,  Hist.  des  abbayes  de  Watten  et  de  Clairmarais,  S.-Omer, 
1836.  —  Sigeberti  Conlinuatio  Valcellensis,  dans  M.  G.  IL, 
SS.,  VI,  459.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cislerc,  i-viii,  éd.  Loii- 
vain,  1933-41;  le  t.  viii,  p.  136,  contient  les  références  con- 
cernant Clairmarais.  —  Sur  Renier  de  Clairmarais,  origi- 
naire de  Marquette,  v.  P.  Glorieux,  Notices  sur  quelques 
tliéologiens  de  Paris  de  la  fin  du  A7//«s.,  extrait  des  Arcit. 
d'hist.  doclr.  et  littér.  du  Moyen  Age,  m,  1928,  p.  201-38; 
Répertoire  des  maîtres  en  théol.  de  Paris  au  XI 11^  s.,  Paris, 
1933,  p.  258. 

J.-M.  Canivez. 
CLAIRMONT,  Clarus  Mans,  Clermont,  ancienne 
abbaye  de  moines  cisterciens  au  dioc.  du  Mans,  sur 
la  commune  d'Olivet  (Mayenne).  Guy  de  Laval  avait 
sollicité  les  moines  de  Clairvaux  de  prendre  possession 
des  terrains  olTerts.  La  vie  monastique  commença  en 
ces  lieux  le  17  mai  1152.  En  1179,  Philippe,  i)remier 
abbé,  fut  appelé  à  gouverner  le  diocèse  de  Rennes.  II 
fut  remplacé  à  la  tête  de  l'abbaye  par  Herbert  de  Vou- 
vray,  d'abord  moine  à  Clairvaux,  juiis  abbé  de  Fon- 
laines-les-Blanches.  En  1184,  il  de\  inl  lui  aussi  évôque 
de  Rennes  (jlO  déc.  1198,  et  inhumé  dans  sa  cathé- 
drale). Le  cinquième  abbé,  Geoffroy,  accepta  en  1205 


ÊÊ 


1049 


CLAIRMONT 


CL  AI  R  VAUX 


1050 


les  propositions  de  Juhel,  seigneur  de  Mayenne,  et 
envoya  un  essaim  de  ses  moines  fonder  l'abbaye  de 
Fontaine-Daniel,  dans  le  même  diocèse  du  Mans. 

.\u  xiii""  s.,  plusieurs  mandats  importants  sont  con- 
fiés aux  abbés  de  Clairmont,  tant  par  le  chapitre  géné- 
ral de  Cîteaux  que  par  le  S. -Siège.  Innocent  III  confie 
aux  abbés  de  Savigny  et  de  Clairmont  le  soin  de  réfor- 
mer l'antique  abbaye  de  Bourgueil-en-Vallée.  Hono- 
rius  III,  en  1233,  enjoint  à  l'abbé  Simon  de  faire  la 
visite  canonique  du  monastère  de  S. -Serge  d'Angers. 

Entre  tous,  Yves  Trousson  eut  un  long  abbatiat 
fécond.  D'abord  moine  de  Bégard,  puis  étudiant  au 
collège  S. -Bernard  de  Paris,  où  il  fut  un  peu  remuant 
{Statuta...,  1463,  n.  103),  il  gouverna  l'abbaye  de  Clair- 
mont jusqu'à  sa  mort,  en  1509.  Le  chapitre  général  le 
désigna,  en  1478,  pour  aller  porter  la  réforme  dans  les 
abbayes  d'Espagne.  En  1486,  il  fut  visiteur  des  pro- 
vinces ecclésiastiques  de  Tours,  Rouen,  Chartres  et 
d'Orléans.  Dans  les  années  1489  et  suivantes,  ce  furent 
des  cas  particulièrement  difficiles  qu'il  eut  à  régler  : 
Barbeaux,  S. -André  de  GoufTern,  Loroux.  Il  fut  pré- 
sent à  la  réunion  des  abbés  provoquée  par  Jean  de 
Cirey,  à  Paris,  et  signa  les  articles  de  réforme  de  1494. 

Après  la  mort  de  l'abbé  Trousson,  les  moines  élec- 
teurs demandèrent  pour  abbé  l'évêque  de  Rennes,  le 
cardinal  Robert  Guibé.  C'était  postuler  un  commenda- 
taire.  Le  chapitre  général,  indigné,  déclara  la  commu- 
nauté privée  ipso  jure  de  son  droit  de  vote.  Le  moine 
Jean  Descepeaulx  fut  nommé  et  maintenu  malgré  les 
protestations  de  son  compétiteur,  Jean  Fabry.  En 
réalité,  la  commende  n'allait  pas  tarder  à  s'imposer 
ici.  Léon  X  confia  l'abbaye  au  cardinal  François  Sode- 
rini,  évêque  de  Tivoli,  le  1  nov.  1513.  Deux  jours  après, 
la  commende  passait  aux  mains  du  cardinal  Philippe 
de  Luxembourg,  évêque  de  Tusculum  et  du  Mans. 
Deux  fois  dans  la  même  année,  le  jjape  confirma  cette 
nomination  (Hergenroether,  Reg.  Leonis  X,  n.  5315, 
5328,  5339,  5557,  5684).  L'année  1791  marqua  la  fin 
de  l'abbaye.  Actuellement  ce  qui  en  reste  est  trans- 
formé en  habitations  particulières. 

Liste  d'abbés  (d'après  le  Gall.  christ.).  —  1.  Philippe, 
1152-79.  —  2.  Herbert,  1179-84.  —  3.  Foulques,  1184, 
1189.  —  4.  Baudouin,  1194.  —  5.  Geolïroy  I",  1197, 
1205.  —  6.  Laurent,  1207,  1210.  —  7.  Simon,  1231.  — 
8.  Jean  I",  1301.  — -  9.  Geoffroy  II  Maillon,  1342.  — 
10.  Jacques,  1367,  1379.  —  11.  Guillaume  Messager. 

—  12.  Jean  II,  1463.  —  13.  Pierre  I".  —  14.  Yves 
Trousson,  1473,  t  1509.  —  15.  Jean  Descepeaulx 
(Statuta...,  1509,  n.  14),  1509.  —  16.  Card.  Philippe  de 
Luxembourg  (cf.  Registres  de  Léon  X),  1513.  —  17. 
François  de  Laval.  —  18.  Jean  Lhuillier.  —  19.  Jean 
Leconte,  1538.  —  20.  Pierre  Lescot  de  Cleigny,  1563. 

—  21.  Léon  Lescot  de  Lissy,  1605.  —  22.  Henri  de 
Baradat,  t  1660.  —  23.  Louis  I"  de  Baradat,  1661, 
+  1710.  —  24.  Louis  II  Courcillon  de  Dangeau,  1710. 

—  25.  Jean-Alexandre  Campan  de  S. -Martin,  1721-30. 

—  26.  N.  Lorenchet,  1730-45.  —  27.  N.  de  Chalut, 
1745.  —  28.  Joseph  de  Florence,  1775-90. 

Archives  :  dépôt  départ,  de  la  Mayenne,  H  (1487-1788). 

—  Départ,  de  l'Aube,  3  H  193  (1486). 
Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieurés...,  viii,  Paris,  1920, 

p.  135.  —  Chronic.  Turou.,  dans  Bouquet,  Hist.  des  Gaules..., 
XII,  474.  —  Cottincau,  798.  —  Gall.  christ.,  xiv,  527.  — 
Janauschel{,  Origines  cisterc..  Vienne,  1877,  p.  131.  —  F. 
Piolin,  Hist.  de  l'Église  du  Mans,  iv,  Paris,  1858,  publie 
6  documents,  p.  531  stj.,  567.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cis- 
terc, i-vni,  éd.  Louvain,  1933-41,  passim.  —  Quelques 
études  concernant  l'archéologie  ont  paru  dans  Congrès 
archéol.  de  France,  XLV,  1879,  p.  '>47->-ôj;  Bull,  de  la  Commis- 
sion d'bisl.  de  la  Magenne,  xxvn,  1911,  p.  430-33. 

J.-M.  Canivez. 
1,   CLAIRVAUX,    appelé    aussi  Petit-Clair- 
vaux,  ancien  prieuré,  puis  abbaye  de  moniales  cister- 
ciennes, dans  la  ville  de  METZ.  Quoi  qu'en  ait  dit  dom 


j  Calmet,  et  ceux  qui  l'ont  copié  dans  la  suite,  cette  fon- 

I  dation  ne  peut  être  attribuée  à  S.  Bernard.  Déjà  dom 

j  Martène  protestait  contre  cette  assertion  (Voyage 

!  littéraire,  i,  II"  partie,  127).  L'origine  de  cet  établisse- 
ment est  narrée  dans  une  lettre  de  Clément  V  (Reges- 
tum  Clenientis  V,  Rome,  1886,  n.  4247).  Un  couvent  de 

I  frères  de  la  Pénitence  de  J.-C.  existait  à  Metz;  mais 
condamnée  à  s'éteindre,  la  communauté  des  quelques 
frères  qui  l'habitaient  entra  à  Clairvaux,  et  ses  biens 
passèrent  à  l'évêque  diocésain,  Bouchard.  Celui-ci  les 
offrit  à  l'abbé  de  Clairvaux,  qui  y  plaça  durant  un 
temps  deux  ou  trois  moines.  Sous  le  successeur  de 
Bouchard,  Rainaud  de  Bar  (1302-16),  des  moniales 
cisterciennes  vinrent  occuper  ces  lieux  sous  la  condi- 
tion de  pratiquer  la  clôture  stricte.  Ce  sont  ces  diffé- 
rents arrangements  que  Clément  V  approuva,  le 
1"  juin.  1309. 

Il  semble  bien  que  durant  un  siècle  les  familles  bour- 
geoises de  la  ville  se  montrèrent  généreuses  pour  cette 
fondation;  quelques  bribes  d'archives  ont  conservé  le 
souvenir  de  leurs  aumônes.  Mais  quand  celles-ci  vin- 
rent à  tarir,  l'abbesse  dut  faire  entendre  un  cri  de 
détresse  au  chapitre  général  de  Cîteaux  (Statuta..., 
1409,  n.  51).  Les  abbés  de  CJairvaux  et  de  Morimond 

I  furent  délégués  pour  aller  s'enquérir  de  la  vraie  situa- 
tion et  y  porter  remède.  Dans  la  suite,  le  nombre  de 
religieuses  diminuant  sans  cesse,  on  songea  à  unir  ce 
prieuré  à  l'abbaye  de  Pontifroy,  toute  proche.  Cepen- 
dant en  1473  (ibid.,  n.  41),  l'abbé  de  ce  monastère  était 
mandaté  par  le  chapitre  général  pour  tenter  encore  un 
essai  de  relèvement,  en  y  installant  une  nouvelle  supé- 
rieure. Plus  tard,  l'idée  d'union  fut  reprise,  notam- 
ment au  xvii«  s.  On  se  heurta  aux  volontés  contraires 
des  deux  supérieurs  en  cause  :  l'abbesse  du  Petit- 

!  Clairvaux  et  l'abbé  de  Pontifroy  (ibid.,  1628,  n.  79). 
Au  début  du  xyiii"  s.,  la  pauvre  abbaye  de  Pontifroy 
était  exténuée;  il  n'y  restait  plus  que  l'abbé.  Quand 

;  il  eut  disi)aru  (1740),  le  roi  de  France  transmit  au 
Petit-Clairvaux  les  maigres  propriétés  de  Pontifroy. 
Cet  apport  ne  put  néanmoins  suffire  pour  permettre  un 
développement  de  la  communauté  des  moniales.  Ré- 
duite en  nombre,  elle  fut  supprimée  en  1755.  Un  ordre 
du  roi  adjugea  ses  biens  à  l'hôpital  S. -Nicolas. 

Archives  :  départ,  de  la  Moselle,  H  4481-4483  :  titres  de 

!  propriété;  H  4484  :  suppression  du  couvent  et  affectation 
des  biens  à  l'hôpital  S. -Nicolas.  —  Archiv.  de  l'hôpital  de 
Metz,  H  647  :  cartulaire;  H  648  :  nécrologe,  publié  par  G. 
Thiriot,  en  1927,  dans  Annuaire  de  la  Soc.  d'hist.  de  Lor- 
raine, xxxvr,  227-308. 

I  Gall.  clirist.,  xm,  836.  —  G.  MOller,  Beitrag  zur  Geschichte 
des  ehemaligen  Cistercienserinnen-Klosters  in  Metz,  Bregenz, 
1915.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain, 
1933-41,  passim. 

J.-M.  Canivez. 
2.   CLAIRVAUX,  Clara  Vcdlis,  Cleruaulx,  au 
dioc.  de  Langres,  auj.  de  TROYES,  un  des  plus  célè- 
bres monastères  de  la  chrétienté  au  Moyen  Age,  fondé 
par  S.  Bernard  en  juin  1115. 

I.  Fondation  et  domaine  temporel.  —  Le  site 
choisi  par  le  fondateur,  alors  âgé  d'environ  vingt-cinq 
ans,  était  un  vallon  disposé  dans  la  direction  Est- 
Ouest.  Dénommé  jusqu'alors  vallée  d'Absinthe,  il 
allait  devenir  la  Claire  Vallée.  Les  contemporains  du 
fondateur  ont  narré  les  difficultés  qu'eut  à  surmonter 
l'abbaye  naissante  (Bernardi  Vita  /»,  1.  I,  c.  v,  25; 
Vita  /V",  1.  Il,  2  sq.).  Les  historiens  modernes  s'ins- 
pirent de  ces  textes  pour  dépeindre  la  vie  à  Clairvaux 

!  en  ses  débuts  (Vacandard,  Vie  de  S.  Bernard,  Paris. 

j   1895,  1"  éd.,  t.  I,  c.  m;  D.  H.  G.  E.,  viii,  613). 

!      Une  dizaine  d'années  après  la  fondation,  la  popu- 

j  lation  monastique  s'était  accrue  et,  avec  la  notoriété, 
les  donations  de  biens  temporels  commencèrent  à 
affluer  :  aumônes  en  terres,  en  rentes,  en  droits  utiles. 
On  en  compte  1  771  jusqu'à  l'année  1260  (d'Arbois, 


I  or^  t 


CLA  fR  V  AUX 


1052 


Éludes...  Clairvaux,  Paris,  1858,  p.  286;  J.  Laurent, 
dans  Beaunier-Besse,  Abbayes...,  xii,  334).  Sous  le 
second  abbé,  Robert  de  Bruges  (1 153-57),  l'abbaye  est 
à  même  de  faire  des  acquisitions  à  titre  onéreux;  on 
en  compte  337  jusqu'en  1260  (arch.  de  l'Aube,  3  H  665- 
3274  :  donations  et  constitution  du  temporel).  Ce 
domaine  considérable  était  réparti  autour  de  15  cen- 
tres d'exploitation  :  12  granges  et  2  celliers;  ces  der- 
niers s'appelaient  Colombé-Ie-Sec  et  Morvaux  (A. 
Prévost  y  ajoute  Gomméville  :  Les  celliers  de  Clair- 
vaux,  Troyes,  1927.  Les  dossiers  3  H  744  sq.  sont  dis- 
posés par  localités  :  on  en  compte  environ  280;  le 
détail  en  est  donné  par  J.  Laurent,  loc.  cit.,  331,  note, 
et  par  A.  Roserot,  dans  Dict.  hist.  de  la  Champagne 
méridionale,  392). 

Dans  la  suite,  deux  abbayes  de  moniales  furent 
unies  à  Clairvaux  :  Val-des-Vignes,  qui  devint  un 
prieuré  de  moines  en  1399  (Statuta...,  n.  41),  et  en  1473 
Clairmarais  de  Reims,  dont  l'union  fut  extinctive 
(ibid.,  1473,  n.  53).  Leurs  archives  passèrent  alors  dans 
le  fonds  de  Clairvaux,  aussi  bien  que  celles  de  la  com- 
manderie  teutonique  de  Beauvoir,  qui  fut  acquise  en 
1502  au  prix  de  1  100  florins  du  Rhin  (arch.  de  l'Aube, 
3  H  3506  :  bulles  de  Jules  II  relatives  à  cette  union, 
1502,  1503). 

Ces  vastes  propriétés  seront,  au  cours  des  siècles, 
l'occasion  de  multiples  procès.  Les  guerres  et  les  im- 
pôts de  guerre  viendront  entamer  largement  cette 
richesse.  Les  taxes  dues  à  la  Chambre  apostolique 
atteindront  3  000  florins  à  chaque  élection  d'abbé, 
même  à  l'époque  de  la  guerre  de  Cent  Ans  (H.  Hoberg, 
Taxae  episcopaluum...,  Rome,  1949,  p.  147).  On  con- 
naîtra des  crises  financières;  durant  l'une  d'elles,  il 
faudra  se  résoudre  à  vendre  une  précieuse  châsse  pour 
payer  <>  sept  vaquans  »  (revenus  perçus  durant  la 
vacance  du  siège;  Martène,  Thésaurus...,  ii,  1420).  De 
ces  périodiques  gênes  financières  nous  lisons  un  écho 
dans  le  ms.  417  de  la  bibliothèque  de  la  ville  de  Bruges  : 
l'abbé  de  Clairvaux,  Pierre  de  Virey  (1471-96),  dans 
un  mot  de  remerciement  à  l'abbé  des  Dunes,  le  qualifie 
de  grand  bienfaiteur  de  Clairvaux  :  dans  ce  cas, 
c'était  la  maison  fille  qui  avait  secouru  sa  mère. 

Les  abbés  de  Clairvaux  eurent  soin  de  faire  approu- 
ver par  les  papes  l'état  du  patrimoine  monastique  qui 
s'était  ainsi  constitué.  Le  ms.  501  de  Troyes  contient 
quelques  feuillets  d'une  ébauche  de  bullaire  (xiii'^- 
xiv*  s.).  Plusieurs  de  ces  actes  pontificaux  visent  par- 
ticulièrement les  biens  temporels  de  l'abbaye  :  Alexan- 
dre m  (Desiderium,  6  déc.  1163)  énumère  les  princi- 
pales possessions;  de  même  Clément  III  {Religiosam 
vitam,  1  janv.  1188;  Quotiens  postulatur,  31  mars  1189); 
Célestin  III  (Religiosam  vilam,  acte  adressé  à  Guy, 
1193-1213)  note  en  particulier  :  grangiam  que  est 
iuxta  abbatiam...  grangiam  que  est  ultra  Albam...  gran- 
giam de  Forlarchia...  de  Campaniaco...  de  Belinfay... 
cellarium  de  Colombeio...  de  Morvalle...  domum  de 
Divione...  feodum  de  Putigny...,  etc. 

La  question  du  domaine  de  Clairvaux  fait  l'objet 
de  la  thèse  présentée  à  l'École  des  chartes  (1949)  par 
R.  Fossier  :  La  vie  économique  de  l'abbaye  de  Clairvaux 
des  origines  à  la  guerre  de  Cent  Ans  f  1 1 15-1475 ) ;  outre 
l'exposé  de  l'exploitation  du  domaine,  l'auteur  par- 
court les  aspects  successifs  de  l'économie  domaniale  et 
la  part  qui  en  revient  à  chaque  abbé. 

II.  La  filiation  de  Clairvaux.  —  Dans  l'ordre 
cistercien,  Clairvaux  fut  la  maison  la  plus  féconde. 
Durant  son  abbatiat  de  trente-huit  ans,  S.  Bernard 
fonda  ou  affilia  66  abbayes;  de  ce  nombre  était  Savi- 
gny,  chef  d'une  congrégation  de  27  monastères.  Parmi 
les  80  maisons  filles  directes  que  compta  Clairvaux, 
beaucoup  furent  fécondes  à  leur  tour  :  Trois- Fontaines, 
Cherlieu,  Hautecombe  eurent  chacune  une  filiation  de 
10  abbayes.  Fountains  en  Angleterre  compta  11  mai- 


i  sons  filles  et  petites- filles,  et  Rievaulx  19.  Casamari, 
non  loin  de  Rome,  en  eut  18;  Mellifont,  en  Irlande,  24. 
!  La  filiation  de  Savigny  atteignit  le  chiffre  de  45.  Soucis 
j  multijiles  pour  le  supérieur  immédiat  de  ces  abbayes 
;  qui,  aux  termes  de  La  charte  de  charité  (§  10,  21),  de- 
vaient être  visitées  annuellement  par  l'abbé  père  ou 
par  son  délégué.  Plusieurs  lettres  de  S.  Bernard  nous 
le  montrent  intervenant  auprès  de  ses  maisons  filles 

(Epist.,  LXXII,  LXXIII,  LXXIV,  CXLII,  CCI,  cccvi,  cccxx, 

etc.).  Une  lettre  de  l'abbé  Gérard  (1170-75)  recom- 
mande à  l'évêque  Didier  de  Thérouanne  la  fondation 
récente  de  Clairmarais  (Martène,  Thésaurus...,  i,  559). 
.  L'abbé  Henri  de  Marcy  (1176-79),  futur  cardinal, 
témoigne  aussi  dans  ses  lettres  de  sa  sollicitude  pour 
ses  maisons  filles  (Tissier,  Bibt.  patrum  cisterc,  m, 
252).  Les  archives  de  Clairvaux  abondent  dans  le 
même  sens  (Troyes,  3  H  175-243). 

La  création  d'abbés  commendataires  vint  encore 
dans  la  suite  augmenter  la  charge  de  l'abbé  de  Clair- 
vaux, car  toute  abbaye  privée  de  supérieur  régulier 
entrait  dans  la  dépendance  immédiate  de  l'abbé  chef 
de  toute  la  filiation.  Il  en  était  de  même  des  monas- 
tères dont  les  maisons  mères  étaient  tombées  en  com- 
mende. 

La  famille  claravallienne  comptait  en  outre  une 
série  d'abbayes  de  moniales.  Cette  liste,  dressée  vers 
1500  par  un  moine  de  Clairvaux,  Martin  Van  Damme, 
se  trouve  à  la  bibliothèque  de  l'abbaye  des  Dunes 
(Belgique)  et  dans  le  ms.  C  32  de  Dusseldorf;  elle  fut 
éditée  par  Winter  (dans  Die  Cistercienser  des  nordôstli- 
chen  Deutschiands,  m.  Gotha,  1871,  p.  183  sq.).  Au 
xvii^  s.,  Charles  de  Visch  (t  1666).  prieur  des  Dunes,  a 
revu  cette  liste,  y  a  introduit  les  modifications  deve- 
nues nécessaires.  C'est  son  ms.  que  nous  traduisons  ci- 
après  : 

1.  Altmunster,  dioc.  de  Mayence.  2.  Argensolles, 
dioc.  de  Soissons.  3.  Beaulieu,  ibid.  4.  Bellerive,  dioc. 
de  Genève.  5.  Biloque,  ou  Port-N.-D.,  à  Gand.  6.  Beau- 
pré, près  Grammont.  7.  Belleau,  devenu  prieuré,  dioc. 
de  Troyes.  8.  Bethlehem  en  Hollande,  devenu  prieuré 
d'hommes.  9.  Bouhan,  près  Calais,  uni  à  Blandecque  en 
1395.  10.  Bardenburg,  ou  Clairefontaine  près  Arlon, 
jadis  dioc.  de  Trêves.  11.  Blandecque,  ou  Ste-Colombe, 
dioc.  de  S.-Omer,  jadis  de  Morinie.  12.  Clairmarais, 
devenu  prieuré,  à  Reims.  13.  La  Cambre,  à  Bruxelles. 
14.  De  Collis,  dioc.  de  Coimbre.  15.  Ste-Comeda,  dioc. 
de  Mayence.  16.  Difi'erdange,  ou  Fontaine-Ste-Marie, 
dioc.  de  Trêves.  17.  Doornzele,  à  Gand.  18.  Fervaques, 
dioc.  de  Noyon,  auj.  de  Soissons.  19.  Flines,  Honneur 
N.-D.,  dioc.  d'Arras.  20.  Fontenelle,  dioc.  de  Cambrai. 
21.  Frondenberg,  dioc.  de  Cologne.  22.  Groeninghe, 
Spéculum  B.  M.,  à  Courtrai.  23.  Haga,  Ter  Hagen, 
Domus  gaudii,  dioc.  de  Gand.  24.  Herkenrode,  dioc.  de 
Liège.  25.  Hoven,  dioc.  de  Cologne.  26.  Ste-Hoïlde, 
dioc.  de  Toul.  27.  S. -Jacques  de  Vitry,  dioc.  de  Châ- 
lons.  28.  Abbaye  de  Jessé,  ou  Essen,  dioc.  de  Gro- 
ningue.  29.  Lorban,  dioc.  de  Coimbre.  30.  Bonlieu, 
dioc.  de  Genève.  31.  N.-D.  de  Charité-lez-Lézinnes, 
devint  abbaye  d'hommes.  32.  Marquette,  Reclinato- 
rium  B.  M.,  jadis  dioc.  de  Tournai.  33.  Montreuil,  dioc. 
de  Laon.  34.  Mont-S.-\Valburge,  passé  aux  jésuites, 
dioc.  de  Cologne.  35.  Marcilla,  Espagne.  36.  Nouveau- 
Bois,  à  Gand.  37.  Muysen,  près  Malines.  38.  Nonnen- 
'  munster,  à  Worms.  39.  Nouvelle-Jérusalem,  ou  Sper- 
maillie,  à  Bruges.  40.  Olive,  dioc.  actuel  de  Tournai. 
41.  Oesteecloo,  dioc.  de  Gand.  42.  Parc-aux-Dames, 
i  dioc.  de  Senlis.  43.  Paix-Dieu,  dioc.  de  Liège.  44.  S.- 
i  Pierre  d'Arouca,  dioc.  de  Lamego.  45.  Pont-Léon, 
dioc.  de  Trêves.  46.  Porcetum,  dioc.  de  Cologne.  47. 
N.-D.-des-Prés,  à  Douai.  48.  N.-D.-des-Prés,  dioc.  de 
Troyes.  49.  Pré-N.-D.,  Benden,  dioc.  de  Cologne.  50. 
Petit-Clairvaux,  prieuré,  à  Metz.  51.  Ravensberg,  dioc. 
de  S.-Omer.  .52.  Rothem,  dioc.  de  Liège.  53.  Épinlieu, 


CI.AIRN  Al  X 


à  Alons.  54.  S. -Thomas,  dioc.  de  Trêves.  55.  Amour- 
Dieu,  à  Troissy,  dioc.  de  Soissons.  5fi.  Val-du-Ciel, 
Hemelsdal,  à  Werckeu,  dioc.  de  Bruges.  57.  Jardinet, 
à  W'alcourt,  devenu  abbaye  d'hommes,  dioc.  de  Na- 
mur.  58.  Val-de-Grâce,  Gnadental,  dioc.  de  Cologne. 
59.  Val-des-Vignes,  dioc.  de  Langres.  60.  Vivegnis, 
dioc.  de  Liège.  61.  Vignette,  à  Louvain.  62.  Verger, 
dioc.  de  Cambrai.  63.  Wauthier-Braine,  dans  le  Bra- 
bant.  64.  Woestine,  dioc.  de  S.-Omer,  jadis  de  Morinie. 
65.  Église  Ste-Marie,  en  Zélande.  66.  Wevelghem, 
Mont-d'Or,  dioc.  de  Bruges. 

III.  Les  abbés  de  Clairvaux.  —  L'abbaye  eut  le 
privilège  d'échapper  à  la  commende;  le  choix  des  abbés 
fut  donc  toujours  fait  par  les  moines.  L'élu  était  géné- 
ralement un  abbé  ayant  déjà  gouverné  ailleurs  et 
donné  des  preuves  de  capacité.  Les  abbés  fils  étaient 
nombreux;  les  électeurs  avaient  donc  un  choix  abon- 
dant. Aussi  trouve-t-on  dans  la  série  des  abbés  de  Clair- 
vaux  des  hommes  de  haute  vertu  et  de  science  solide. 
Les  docteurs  en  théologie  furent  nombreux;  on  compte 
aussi  quelques  canonistes,  tels  l'abbé  Philippe  (1262- 
73),  qualifié  de  magnus  jurisla,  et  Matthieu  Pillaert 
(1405-28).  Occasionnellement,  les  papes  et  les  rois 
utilisaient  ces  abbés  comme  diplomates  et  en  faisaient 
leurs  légats  :  Ponce  de  Polignac  (f  1189),  Henri  de 
Marcy  (f  1189),  Guy  (t  1214),  Conrad  d'Urach  (tl227), 
Guillaume  I"  (1217-21),  Évrard  (tl238).  Les  difficultés 
survenues  parfois  entre  Cîteaux  et  Clairvaux  ont  été 
signalées  dans  l'article  Citeaux  (Abbaye). 

Les  listes,  imprimées  ou  manuscrites,  des  abbés  de 
Clairvaux  sont  assez  concordantes  pour  les  noms, 
mais  les  dates  sont  souvent  erronées.  Les  mss.  de 
Troyes  1402  (fin  du  xni"  s.)  et  /.îO  (vers  1330)  n'indi- 
quent pas  les  dates.  Le  ms.  2919  de  dom  Le  Boullanger 
(vers  1768)  mentionne  des  dates  déconcertantes. 
L'abbé  Ch.  Lalore  a  présenté  un  essai  peu  satisfaisant 
{Le  trésor  de  Clairvaux  du  XW  au  xviii^  s.,  Troyes, 
1875,  p.  235-40).  A.  Roserot  (op.  cit.,  Langres,  1942, 
p.  393)  prend  comme  base  les  données  du  Gall.  christ. 
(iv,  796),  en  y  apportant  des  additions  et  corrections 
suggérées  par  les  documents  qu'il  a  étudiés.  M.  de 
Saint-.\ubin,  archiviste,  a  publié  une  Chronique  inédite 
des  abbés  de  Clairvaux,  dans  Revue  Mabillon,  xix, 
1929,  p.  303  sq.  La  liste  ci-après  s'en  inspire  largement. 

1.  S.  Bernard,  1115-20  août  1153  (D.  H.  G.  E.,  viii, 
610).  —  2.  Robert  de  Bruges,  1153-57;  abbé  des 
Dunes;  antecessorem  suum  in  cunctis  exhibens  (Man- 
rique,  Ann.  cisterc,  i,  504).  —  3.  Fastrède  de  Gaviau- 
mer,  1157-61;  premier  abbé  de  Cambron  (Hainaut); 
élu  à  Cîteaux  en  1161  ;  f  1163.  —  4.  Geoffroy  d'Auxerre, 
1162-65;  secrétaire  de  S.  Bernard  et  son  biographe; 
démiss.,  ou  déposé,  en  1165  (Statuta...,  1168,  citatio  ex 
Joanne  de  Cireyo);  ensuite  abbé  de  Fossa  Nova,  puis 
de  Hautecombe;  t  1188^  —  5.  Ponce  de  Polignac,  1165- 
70;  abbé  de  Grandselve,  1158;  év.  de  Clermont-Fer- 
rand,  1170;  t  2  avr.  1189  (lettre  d'Alexandre  III  à  son 
sujet  dans  Statuta...,  i,  77).  —  6.  Gérard,  1170-75; 
d'origine  lombarde,  abbé  de  Fossa  Nova  ;  obtint  en 
1174  la  canonisation  de  S.  Bernard;  tué  à  Igny  par 
Hugues  de  Bazoches.  —  7.  Henri  de  Marcy,  1176-79; 
Lombard,  moine  de  Clairvaux,  abbé  de  Hautecombe 
ea  1156;  card.-év.  d'Albano,  14  mars  1179;  lutta  con- 
tre les  albigeois;  f  à  Arras  1"  janv.  1189.  —  8.  Pierre 
Monocule,  1179-86;  de  la  famille  royale  de  France; 
moine,  puis  abbé  d'Igny,  1169  (A.  .S'.,  oct.,  xiii,  68-84). 
—  9.  Garnier  de  Rochefort,  1186-93;  moine  de  Lon- 
guay,  abbé  d'Auberive  en  1180;  en  1193,  év.  de  Lan- 
gres; résigna  en  1199  et  revint  mourir  à  Clairvaux  vers 
1200  (Potthast,  Reg.,  192,  513,  596,  970,  980;  travaux 
théol.  et  scripturaires  :  mss.  de  Troyes  32,  392,  970, 
130!,  1697;  1704;  Tractatus  contra  Almaricanos,  éà.  C\. 
Baeumker.  Munster,  1893).  —  10.  Guy,  1193-1213; 
de  famille  royale  (Manrique,  lac.  cit.,  i,  507);  abbé 


d'Ourscamp;  refusa  son  élection  à  l'archev.  de  Reims 
(É.  Baluze,  Miscell.,  n,  245  :  lettre  de  Guy  aux  élec- 
teurs); The  Chronicle  of  Melrose  (éd.  fac-similé,  Lon- 
dres, 1936,  p.  57)  fixe  la  date  et  le  motif  de  sa  démis- 
:  sion  :  Dompnus  Wido  abb.  Claraev...,  nimia  senectute 
aggravatus...,  resignavit  1213;  f  24  août  1214.  —  11. 
Conrad  d'Urach,  1214-17;  de  la  famille  des  ducs  de 
Thuringe;  moine,  puis  abbé  de  Villers-en-Brabant, 
1209;  abbé  de  Cîteaux,  1217;  card.-év.  de  Porto, 
8  janv.  1219;  t  30  sept.  1227.  —  12.  Guillaume  I", 
1217-21;  abbé  de  Montier-en-Argonne.  —  13.  Robert 
II,  1221-23;  moine  et  cellérier  de  Clairvaux;  abbé  de 
Nerlac.  —  14.  Laurent,  1223-24;  moine,  puis  abbé 
d'Osera  (Espagne).  —  15.  Raoul  de  la  Roche-Aymon 
(de  Pinis),  1224-33;  abbé  de  Signy;  év.  d'Agen,  1233; 
archev.  de  Lyon,  1235;  f  5  mars  1236  (Martin,  Bul- 
laire...  dioc.  de  Lyon,  n.  848,  849;  arch.  de  l'Aube, 
3  H  246).  —  16.  Dreux  (Drogo),  1233-35;  avait  appar- 
tenu à  l'ordre  de  Grandmont;  abbé  d'Ourscamp,  1230. 
—  17.  Évrard,  1235-37;  moine  et  cellérier  de  Clair- 
vaux; abbé  de  Larrivour  (L.  Auvray,  Registres  de 
Grégoire  IX,  n.  3236).  —  18.  Guillaume  II  de  Dongel- 
berg,  1237-42  (arch.  de  l'Aube,  3  H  52);  moine  et 
abbé  de  Villers-en-Brabant;  en  1241,  fut  retenu  captif, 
avec  l'abbé  de  Cîteaux  et  Jean,  abbé  de  Piété-Dieu, 
par  Frédéric  II  (Statuta...,  1239,  n.  36;  1241,  n.  3,  18; 
The  Chronicle  of  Melrose,  éd.  1936,  p.  88,  89;  supra, 
art.  Cîteaux  {Ordre,  part.  III,  §  II).  —  19.  Étienne  de 
j  Lexington,  1242-55;  Anglais;  abbé  de  Stanley,  puis  de 
Savigny  en  1229;  fonda  le  collège  S. -Bernard,  à  Paris, 
1245  {supra,  art.  Cîteaux  (Ordre),  part.  III,  §  IV).  — 
20.  Jean  I",  1257-61  ;  moine  de  S. -Denis,  puis  de  Clair- 
vaux; abbé  d'Igny,  1232-34;  de  la  Grâce-Dieu,  1234- 
56;  t  archev.  de  Mitylène  (A.  S.,  avr.,  ii,  744).  —  21. 
Philippe,  1262-73;  officiai  du  Mans;  devint  moine, 
puis  abbé  de  Foucarmont;  canoniste  aimant  la  lutte, 
il  mena  campagne  contre  l'abbé  de  Cîteaux;  la  bulle 
Parvus  fons  (1265)  de  Clément  IV  amena  l'apaisement 
(actes  pontificaux  de  cette  période  dans  le  Nomasticon 
de  1664  ou  1670,  p.  369-465;  archiv.  de  l'Aube, 
3  H  246).  —  22.  Beuve  (Bovon,  Bon),  1273-80;  moine 
et  abbé  de  Trois-Fontaines.  —  23.  Thibaud  de  San'cey, 
1280-84;  abbé  de  Nerlac;  élu  à  Cîteaux,  1284.  —  24. 
Gérard  II,  1284-85;  abbé  d'Igny,  1270-84.  —  25. 
Jean  II,  1286-91  ;  moine  de  la  Prée;  abbé  de  Nerlac.  — 
26.  Jean  III  de  Sancey,  1291-1312;  frère  de  Thibaud, 
déjà  cité;  moine  de  Clairvaux;  abbé  de  Barbeaux, 
1287.  —  27.  Guillaume  III,  1312-30  janv.  1313;  moine 
de  Clairvaux;  abbé  de  Balerne,  1281-1305;  de  Cher- 
lieu,  1305-12.  —  28.  Conrad  II  de  Metz,  1313-16; 
i  moine  de  Clairvaux;  abbé  de  Hautecombe.  —  29. 
Mathieu  d'Aumelle,  1316-30;  moine  de  Clairvaux; 
secrétaire  de  Jean  de  Sancey.  —  30.  Jean  IV  d'Aizan- 
ville,  1330-44  ou  45;  cellérier  de  (clairvaux.  —  31. 
Bernard  II  de  Laon,  1345-58;  moine  de  Clairvaux; 
docteur  en  théol.  ;  abbé  de  Foigny,  1336.  —  32.  Jean  V 
de  Bussières,  1358-59;  moine  et  cellérier  de  Clairvaux; 
docteur  en  théol.;  abbé  de  Cîteaux,  1359;  créé  card. 
par  Grégoire  XI,  20  déc.  1375;  t  4  sept.  1376  à  Avi- 
gnon. —  33.  Jean  VI  de  Deulemont,  1362-80;  docteur 
en  théol.;  prieur  de  Clairvaux.  —  34.  Étienne  II  de 
Foissy,  1380-1402;  abbé  de  Preuilly.  —  35.  Jean  VII 
de  Martigny,  1402-05;  docteur  en  théol.  {Statuta..., 
1389,  n.  32);  procureur  général;  abbé  de  Morimond, 
1393;  élu  à  Cîteaux,  1405-08.  —  36.  Mathieu  II  Pil- 
laert, 1405-28;  moine  des  Dunes;  docteur  en  théol.: 
proviseur  du  collège  S. -Bernard,  Paris;  abbé  de  Beau- 
I  pré  en  Lorraine,  de  Mortemer;  délégué  de  l'Église  de 
I  France  au  concile  de  Constance;  il  eût  été  plus  illustre, 
!  dit  Manrique  {loc.  cit.,  i,  514),  s'il  avait  eu  un  zèle  plus 
!  tempéré  ;  auteur  du  Spéculum  elevationis  et  depressionis 
ord.  cisterc.  (ms.  417  de  Bruges,  ville;  ms.  1953  de 
!  Troyes.  etc.)  {Statuta...,  1 41 2,  n.  58  ;  1 416,  25  ;  1 422,  50). 


1055 


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—  37.  Guillaume  IV  d'Autun,  1428-48;  prieur  de  Clair- 
vaux;  docteur  en  théol.  ;  abbé  de  Mortemer  (arch.  de 
l'Aube,  2  H  246).  —  38.  Philippe  II  de  Fontaines, 
1449-71;  moine  de  Loos;  docteur  en  théol.;  abbé  de 
Maisières  durant  huit  ans  (arch.  de  l'Aube,  3  H  246; 
Staluta...,  1453,  n.  7,  89;  1462,  61;  1466,  33;  1467,  28). 

—  39.  Pierre  II  de  Virey,  1471-96;  moine  de  Maisières'; 
docteur  en  théol.;  abbé  de  Chaalis,  1459  (Stalula..., 
n.  11);  intenta  un  long  et  retentissant  procès  contre 
l'abbé  de  Cîteaux,  Jean  de  Cirey  (Staluta...,  1484  sq.  ; 
arch.  de  l'Aube,  3  H  175,  247;  cf.  supra,  art.  Cîteaux). 

—  40.  Jean  VIII  Foucault,  1496-1509;  moine  de  La 
Ferté  ;  docteur  en  théol.  ;  abbé  de  Reigny,  de  Fontenay  ; 
choisi  par  la  communauté  de  Clairvaux  et  nommé  par 
le  pape  Alexandre  VI,  il  dut  soutenir  un  procès  contre 
Antoine  de  Châtillon,  nommé  par  Jean  de  Cirey  à  la 
même  prélature  (arch.  de  l'Aube,  3  H  248-256; 
cf.  supra,  art.  Cîteaux).  —  41.  Edme  de  Saulieu, 
1509-52;  moine  de  Clairvaux;  eut  un  abbatiat  remar- 
quable; son  Iter  Italicum  (arch.  de  l'Aube,  3  H  257) 
et  sa  Peregrinatio  Hispanica  (ms.  propriété  de  M.  le 
professeur  Bataillon)  furent  entrepris  par  ordre  du 
chapitre  général  [Statuta...,  1520,  n.  7;  1530,  65;  cf. 
Courtépée,  op.  cit.,  vi,  223).  —  42.  Jérôme  de  la  Sou- 
chère,  1553-71;  moine  de  Montpeyroux;  docteur  en 
théol.;  élu  abbé  de  Cîteaux  en  1564,  il  gouverna  les 
deux  abbayes;  continua  cette  même  charge  après  son 
élévation  au  cardinalat  par  Pie  V,  24  mars  1568; 
t  10  nov.  1571  (lettre  de  Pie  V  notifiant  à  l'abbé  qu'il 
doit  accepter  le  cardinalat...  in  virtute  sanctae  obe- 
dientiae,  8  mai  1568,  citée  dans  De  Visch,  Bibliotheca..., 
Cologne,  1656,  p.  149;  arch.  de  l'Aube,  3  H  258).  — 
43.  Lupin  Leniire,  1571-96;  moine  de  Clairvaux; 
secrétaire  du  précédent  (arch.  de  l'Aube,  3  H  259,  260). 

—  44.  Denys  Largentier,  1596-1624;  originaire  de 
Troyes;  docteur  en  théol.;  procureur  général  de 
l'ordre;  reçut  la  bénédiction  abbatiale  des  mains  de 
l'abbé  de  Cîteaux,  Edme  de  la  Croix  (arch.  de  l'Aube, 
3  H  261  :  1592-1604);  introduisit  à  Clairvaux  en  1615 
l'étroite  observance,  qui  avait  eu  ses  débuts  dans  les 
abbayes  de  Châtillon  et  de  La  Charmoie.  Le  cardinal 
de  la  Rochefoucault,  protecteur  de  l'ordre  cistercien, 
chargé  par  le  pape  et  le  roi  de  réformer  les  abbayes, 
ne  put  réussir  dans  sa  mission,  en  raison  des  rigueurs 
excessives  qu'il  exerça  sur  les  non-réformés;  les  droits 
de  ces  derniers  étaient  totalement  méconnus.  On  peut 
suivre  la  série  des  actes  dans  le  ms.  3247  de  la  bibl. 
Ste-Geneviève,  à  Paris;  le  récit  des  événements  a  été 
fait  par  dom  André  Joseph  Boulenger,  moine  de  Clair- 
vaux, prieur  conventuel  des  Vaux-de-Cernay,  vers 
1738  (ms.  75  de  la  bibl.  de  Langres).  Clairvaux  cessa 
d'ailleurs  de  faire  partie  de  l'étroite  observance.  — • 
45.  Claude  Largentier,  1626-53;  neveu  du  précédent, 
son  coadj.  depuis  1621  ;  docteur  en  théol.  ;  «  il  renversa 
l'œuvre  de  son  prédécesseur  »,  dit  de  lui  dom  Bou- 
lenger, op.  cit.  (Statuta...,  1651,  n.  45).  —  46.  Pierre  III 
Henry,  1654-76;  maître  des  novices  à  Clairvaux; 
prieur  de  Larrivour,  puis  de  Boulancourt  (arch.  de 
l'Aube,  3  H  262  :  1664-76;  lettre  du  card.  Bona  à  dom 
Henry,  dans  Bona,  Epist.  selectae,  éd.  Sala,  p.  129; 
Statuta...,  1656,  n.  8;  1668,  n.  14).  —  47.  Pierre  IV 
Bouchu,  1676-1718;  d'une  famille  dont  les  membres 
n  occupèrent  les  premières  dignités  de  la  province  » 
(Courtépée,  op.  cit.,  v,  424);  docteur  en  théol.;  abbé  de 
La  Ferté  (arch.  de  l'Aube,  3  H  263  ;  1658-76  ;  D.H.  G.E. 
IX,  1471;  Statuta...,  1683,  n.  9).  —  48.  Robert  Gassot 
du  Deffens,  1718-40;  bénit  par  l'évêque  de  Langres, 
20  nov.  1719  (arch.  de  l'.Vube,  3  H  264;  Statuta..., 
1738,  n.  305).  —  49.  Pierre  Mayeur,  1740-61;  docteur 
en  théol.;  prieur  de  Buzay.  -  50.  François  Le  Blois, 
1761-80;  bachelier  en  thcol. ;  secrétaire  de  l'abbaye, 
maître  des  bois;  prit  comme  coadj.  Louis  Rocourt 
(Statuta...,  1765,  n.  20).  —  51.  Louis  Rocourt,  1780- 


90;  docteur  en  Sorbonne;  procureur  de  l'abbaye 
(arch.  de  l'Aube,  3  H  265  :  1780). 

IV.  Le  personnel  de  l'abbaye.  —  Il  se  composait 
essentiellement  de  l'abbé,  des  moines  et  des  convers. 
Au  temps  de  S.  Bernard,  le  nombre  total  des  membres 
de  la  communauté  atteignit  le  chiffre  de  sept  cents, 
dont  une  centaine  de  novices.  De  cette  population 
monastique  sont  sortis  une  douzaine  de  cardinaux  et 
le  pape  Eugène  III  (1145-53);  plus  de  trente  évêques 
et  archevêques;  un  nombre  considérable  d'abbés,  dont 
la  statistique  n'a  pu  encore  être  établie.  Éventuelle- 
ment on  trouvait  aussi  dans  l'abbaye  des  oblats  et  des 
serviteurs  à  gages. 

Des  évêques,  moines  claravalliens  avant  leur  pro- 
motion, quittèrent  parfois  leur  siège  pour  finir  leurs 
jours  à  Clairvaux.  "Tels  les  deux  évêques  de  Langres, 
Godefroid  de  la  Roche  en  1161  (ou  63?)  et  Garnier  de 
Rochefort  en  1199.  Alain  de  Lille,  évêque  d'.\uxerre, 
y  fut  en  1167.  D'autres  prélats  vinrent  revêtir  l'habit 
monastique  et  émettre  leur  profession  :  Eskill,  archev. 
de  Lund,  arriva  en  1177;  et,  en  1199,  Jean  de  Belles- 
mains,  archev.  de  Lyon.  C'est  à  ces  moines  évêques  que 
Grégoire  IX  permit  à  l'abbé  de  Clairvaux  de  demander 
l'exercice  de  leurs  pouvoirs  d'ordre  en  faveur  de  la 
communauté  :  moines  à  ordonner,  autels  à  consacrer 
(L.  Auvray,  op.  cit.,  n.  460;  Potthast,  Reg.,  n.  8557  : 
bulle  du  20  mai  1230;  archiv.  de  l'Aube,  3  H  52  : 
original). 

En  1331,  l'abbé  de  Cîteaux  Guillaume  de  Vaucelles 
(1316-35)  visitait  Clairvaux;  conformément  aux  vo- 
lontés du  pape  Benoît  XII,  il  fixait  le  nombre  de  per- 
sonnes que  permettait  de  recevoir  l'état  financier  de 
la  maison  :  cent  moines  et  deux  cents  convers  (ms. 
1003  de  Troyes,  fol.  189).  En  fait,  ces  chiffres  ne  furent 
pas  toujours  maintenus  (A.  Roserot,  op.  cit.,  392). 

Des  personnes  du  dehors  sollicitaient  parfois  le  bien- 
fait de  la  participation  aux  trésors  spirituels  de  l'ab- 
baye. Leur  titre  de  familiares  dit  assez  qu'on  les  consi- 
dérait comme  le  prolongement  de  la  famille  monas- 
tique; on  priait  pour  eux  comme  pour  des  frères  (Sta- 
tuta..., 1192,  n.  12;  1193,  6;  1194,  8,  etc.).  Leurs  noms 
figurent  en  marge  des  calendriers  et  dans  des  listes 
dressées  pour  rappeler  les  obligations  de  messes  à  célé- 
brer (ms.  1093  de  Troyes,  fol.  140;  éd.  en  partie  par 
Ch.  Lalore,  op.  cit.,  174).  Le  calendrier  de  Clairvaux 
portait,  au  20  nov.,  une  Commemoratio  jraterna,  qui 
citait  nommément  de  nombreux  chapitres  de  cha- 
noines et  abbayes  :  Molesme,  Cluny,  Chartreuse.  Mont- 
Cassin,  S.-Remi  et  S.-Nicaise  de  Reims,  Anchin,  S.- 
Martial de  Limoges,  S.-Médard  de  Soissons;  les  cha- 
noines de  Prémontré  et  ceux  de  S. -Victor;  tes  moniales 
et  les  clercs  de  Fontevrault,  etc.  Le  Liber  sepulchrorum, 
commencé  avant  1164,  continué  dans  la  suite,  relatait 
les  noms  et  les  épitaphes  des  personnages  illustres  qui 
avaient  demandé  de  reposer  en  terre  sainte  de  Clair- 
vaux. C'était  un  lien  surnaturel  avec  la  famille  clara- 
vallienne.  Les  copies  qui  nous  restent  de  cet  écrit  ont 
été  éditées  par  Henriquez  (Fasciculus  SS.  ord.  cisterc, 
II,  Cologne,  1631,  p.  470-80;  P.  L.,  clxxxv,  1549-62). 

A  Clairvaux,  on  vénérait  particulièrement  tous 
ceux,  moines  et  convers,  qui  avaient  vécu  sous  S.  Ber- 
nard. On  voyait  dans  cette  circonstance  une  présomp- 
tion de  sainteté.  Les  restes  mortels  de  cette  première 
génération  de  claravalliens  avaient  été  transférés,  en 
1148,  du  premier  cimetière  dans  le  second;  ils  le  furent 
encore  en  1269,  pour  occuper  alors  une  crypte  sous  la 
chapelle  des  comtes  de  Flandre.  Sur  le  marbre  on 
lisait  le  témoignage  global  des  vertus  héroïques  de  ce 
groupe  :  Hic  jacet  in  cavea  Bernardi  prima  propago... 
Hic  locus  est  sonctus...  Cette  conviction  se  transmit 
d'âge  en  âge  et  des  miracles  s'obtenaient  au  tombeau 
des  saints.  Mais  dans  l'ordre  cistercien,  la  canonisa- 
tion formelle  ne  fut  le  partage  que  d'un  très  petit 


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nombre.  Beaucoup  d'autres  jouirent  d'un  culte  qui 
s'est  maintenu  et  fut  approuvé  i)ar  l'Église  :  tels  sont 
les  cas  du  Bx  Gérard,  frère  de  S.  Bernard  (décret  de  la 
S.  C.  Rit.,  1710);  d'un  autre  Gérard,  sixième  abbé  de 
Clairvaux  (ibid.);  du  Bx  Guerric,  mort  abbé  d'Igny 
(décret  de  1889);  du  Bx  Conrad,  moine  (1832),  etc.; 
rénumération  pourrait  aisément  dépasser  la  cinquan- 
taine. 

Archives  :  de  l'Aube,  3  H  42  :  catalogue  des  abbés  et  des 
prieurs  (1114-1678)  {Revue  Mabillon,  1929,  p.  303);  3  H  284- 
291  :  cédules  de  profession  (xvii«-xviii«  s.);  3  H  275-283  : 
vêtures,  noviciats,  professions;  3  H  293  :  convers  (1399- 
xvii«  s.);  3  H  294-32  0  :  oblats;  3  H  323-326  :  serviteurs  et 
employés. 

C.  Henriquez,  Menologium  cisterc,  Anvers,  1630.  —  S. 
Lenssen,  Hagiologium  cisterc,  éd.  polycopiée,  Tilbourg, 
1949.  —  D.  Willi,  Pàpste,  Kardinàle  und  Bischôfe  ans  dem 
Chlerc.  Orden,  Bregenz,  1912.  —  P.  L.,  CLXxxv,  1692. 

V.  Bibliothèque  et  écrivains.  —  Le  souci  d'une 
bibliothèque  à  constituer  dans  une  abbaye  naissante 
avait  tenu  une  place  considérable  dans  les  préoccu- 
pations du  premier  abbé  de  Clairvaux  (Wilmart, 
L'ancienne  bibl.  de  Clairvaux,  Troyes,  1917).  Venant 
de  si  haut,  cet  exemple  servit  de  directive  pour  tous 
les  supérieurs  de  monastères.  Le  chapitre  général 
adressa  un  jour  des  reproches  à  quelques  abbés  d'An- 
gleterre que  l'on  accusait  de  négligence  à  l'endroit  des 
livres,  qui  constituent  cependant  le  «  trésor  des 
moines  »,  thésaurus  monachorum  {Slaluta...,  1454, 
n.  95).  Peu  de  temps  après,  un  décret  d'allure  générale 
fut  rendu  :  dans  chaque  monastère,  on  devait  rédiger 
un  inventaire  de  tous  les  livres  et  objets  de  valeur 
qu'on  y  possédait  (ibid.,  1459,  n.  41).  Ce  décret  nous 
a  valu  plusieurs  catalogues  d'anciennes  bibliothèques 
monastiques.  Celui  de  Cîteaux  fut  réalisé  par  l'abbé 
Jean  de  Cirey,  en  1480  (ms.  610  de  Dijon,  publié  dans 
le  Catalogue  des  mss.  des  bibl.  de  France,  v,  339-452). 
Celui  de  Clairvaux  était  terminé  en  1472  par  Pierre  de 
Virey,  trente-neuvième  abbé  (1471-96).  Ce  catalogue 
est  actuellement  le  ms.  521  de  Troyes  (un  in-folio  de 
188  feuillets);  le  ms.  2299,  venu  ensuite,  en  est  une 
mise  au  point  pratique,  tandis  que  le  ms.  1310  con- 
tient un  catalogue  alphabétique  plus  bref.  Mathurin 
de  Cangey,  religieux  de  Clairvaux  (Statuta...,  1515, 
n.  10),  rédigea  aussi  un  Reperlorium  omnium  librorum 
in  hac  Clarevallis  bibliolheca  existenlium  (ms.  2616; 
décrit  par  Harmand,  Mém.  de  la  Soc.  d'agr.  de  l'Aube, 
1838,  p.  62). 

D'Arbois  a  donné  jadis  une  analyse  rapide  de  l'in- 
ventaire de  1472  (op.  cit.,  77).  En  1917,  dom  Wilmart 
publiait  une  étude  plus  poussée  sur  l'Ancienne  bibl. 
de  Clairvaux;  actuellement,  nous  attendons  celle  de 
M.  Vernet.  Le  premier  fonds  de  Clairvaux  catalogué  en 
1472  comportait  surtout  des  Bibles  et  des  ouvrages  de 
patrologie;  venaient  ensuite,  en  plus  petit  nombre, 
des  travaux  concernant  l'histoire,  le  droit  canonique 
et  civil,  la  médecine,  les  arts  et  la  philosophie.  La 
bibliothèque  continua  de  s'enrichir;  on  lui  construisit 
un  bâtiment  qui  fut  terminé  en  1502. 

Au  début  du  xviii<ï  s.,  les  bénédictins  Martène  et 
Durand  ont  noté  l'impression  d'abondante  richesse 
que  leur  avait  laissée  l'examen  des  mss.  de  Clairvaux 
(Voyage  littéraire,  l'"  part.,  98-105;  lettre  de  dom 
Martène  à  Pierre  Constant,  dans  Revue  Mabillon,  1939, 
p.  113).  Mais  ils  n'y  trouvèrent  que  peu  de  livres  im- 
primés. En  1781,  l'abbé  François  Le  Blois  fit  l'acqui- 
sition de  la  très  riche  bibliothèque  des  Bouhier  (L. 
Delisle,  Le  cabinet  des  mss.  de  la  Bibl.  nat.,  ii,  Paris, 
1874,  p.  266-79).  C'était  ajouter  2  000  mss.  aux  1  800 
que  Clairvaux  possédait  et  introduire  35  000  imprimés. 
Hélas,  on  était  bien  proche  du  cataclysme  qui  allait 
terminer  le  xviii"^  s.  et  les  collections  de  Clairvaux 
allaient  être  quelque  peu  dépecées.  La  plus  grande 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


partie  en  est  conservée  à  Troyes.  En  1804,  59  mss. 
quittèrent  Troyes  pour  Montpellier  (faculté  de  méde- 
cine) et  152  furent  transportés  à  la  Bibliothèque  natio- 
nale. La  bibliothèque  de  l'Arsenal  (Paris)  possède 
quelques  mss.  provenant  de  Clairvaux  :  n.  98,  204, 
1136,  1147,  1207,  3646.  Plusieurs  autres  ont  passé  à 
Florence  (bibl.  Laurentienne). 

On  a  remarqué  qu'à  dater  de  la  fondation  du  collège 
S. -Bernard  de  Paris  la  bibliothèque  de  Clairvaux 
s'accrut  en  ouvrages  de  philosophie  et  de  théologie 
scolastique.  Dans  les  mss.  de  Troyes,  se  trouvent 
naturellement  bon  nombre  de  travaux  des  moines  cla- 
ravalliens.  De  S.  Bernard  d'abord,  une  dizaine  de  mss. 
du  xii^  s.  Geolîroi  d'Auxerre  est  représenté  par  une 
douzaine  de  mss.  des  xii''  et  xiii"  s.  Garnier  de  Roche- 
fort  y  figure  avec  6  mss.  (xii"  et  xiii«  s.).  Gilbert  de 
Hoyland,  d'abord  moine  à  Clairvaux,  a  3  mss.  de  ses 
sermons  in  Cantica  (P.  L.,  clxxxiv,  9-298).  Henri  de 
Marcy,  card.  d'Albano,  s'y  trouve  avec  son  Liber  de 
peregrinante  civilale  Dei  (ms.  509;  P.  L.,  cciv,  211- 
402).  Jean  de  Limoges  y  a  toutes  ses  œuvres  dans 
4  mss.  :  556,  893,  1452,  1534.  Les  lettres  de  Philippe 
de  l'Aumône  se  lisent  dans  le  ms.  444,  et  le  Spéculum 
de  Matthieu  Pillaert  figure  au  ms.  1953.  Deux  mss.,  62 
et  930,  conservent  les  travaux  de  Pierre  de  Ceffons, 
dont  un  sermon  au  chapitre  général  de  Cîteaux.  Dans 
le  ms.  215,  140°,  Ytier  de  Waschey  a  inscrit  son 
poème  de  336  vers,  qui  donne  aux  moines  une  série  de 
pieux  conseils. 

D'autres  écrivains  seraient  à  citer  encore  :  tels 
Herbert  (P.  L.,  clxxxv,  402);  Nicolas  de  Clairvaux 
(P.  L.,  cxcvi,  1589-1654);  Guerric  d'Igny  (P.  L., 
CLXxxv,  10-214);  Étienne  de  Lexington  (lettres  pu- 
bliées dans  Rômische  Quartalschrift...,  Rome,  1912, 
p.  60);  Claude  de  Bronseval,  docteur  en  théol.,  qui 
accompagna  à  titre  de  secrétaire  Edme  de  Saulieu 
dans  son  lier  Italicum  (1520-21)  "et  sa  Peregrinatio 
Hispanica  (1531-33);  Guy  de  l'Aumône  (P.  Glorieux, 
Répertoire  des  maîtres  en  théol.  de  Paris  au  Xlll^  s., 
n,  n.  360,  p.  251)  et  Guillaume  de  Montaigu  (H.  L.  Fr., 
xviii,  p.  149);  au  xviii''  s.,  deux  bibliothécaires  de 
Clairvaux,  Jean  Delannes  (Statuta...,  1738,  n.  179)  et 
Claude  Guyton  (Voyage  littéraire;  Bibl.  nat.,  ms.  fr. 
23474,  publié  en  partie). 

VI.  Art  et  architecture.  —  Il  faut  admettre  avec 
Vacandard  (op.  cil.,  3«  éd.,  i,  66),  A.  Roserot  (op.  cit., 
389),  J.  Laurent  (toc.  cit.,  316  sq.)  que  l'abbaye  eut 
deux  emplacements  et  trois  monastères  successifs  dans 
le  vallon  de  Clairvaux.  Du  premier  monastère,  le  saint 
fondateur  avait  tracé  lui-même  les  contours  des  lieux 
réguliers,  vers  le  fond  occidental  du  vallon,  là  précisé- 
ment où  la  tradition  plaçait  le  monasterium  velus. 
Premier  Clairvaux  bâti  dans  la  pauvreté  et  l'austérité, 
mais  bâti  pour  durer,  on  le  vénérait  encore  comme  une 
relique  au  xvii"  s.  (J.  Meglinger,  lier  cisterc;  P.  L., 
cLxxxv,  1608,  n.  66,  67).  Les  proportions  de  ce  pre- 
mier couvent  s'avérèrent  bien  vite  trop  exiguës  pour 
le  nombre  des  novices,  qui  affluaient  sans  cesse. 
S.  Bernard  dut  reconnaître  le  bien-fondé  des  proposi- 
tions que  lui  firent  ses  religieux  d'élever  un  second 
monastère  sur  la  partie  la  plus  large  du  vallon  (Ber- 
nardi  Vila,  \.  II,  c.  v,  n.  29-30).  On  se  mit  à  l'œuvre 
sans  tarder,  et  vers  1138  la  seconde  église  était  déjà 
livrée  au  culte. 

Peu  après  on  la  voulut  plus  vaste  encore;  elle  fut 
développée  grâce  à  de  royales  donations  et  consacrée 
le  13  oct.  1174  (P.  L.,  clxxxv,  1248,  Chronicon  Clare- 
vall.;  Hist.  des  Gaules,  xiii,  713,  Chronicon  Alberici). 
Cette  église  avait  deux  collatéraux  et  une  abside  avec 
chapelles  rayonnantes;  on  y  trouvait  32  autels,  dont 
10  dans  la  nef.  Le  centre  de  la  croisée  était  surmonté 
d'un  simple  clocher  en  bois  avec  flèche.  On  avait  pu 
établir  805  stalles  (d'Arbois,  op.  cit.,  37-40);  Meglinger, 

H.  —  XH.  —  34  — 


1059 


CLAIR 


VAUX 


1060 


lors  de  son  passage  en  1667,  n'en  trouva  plus  que  138 
pour  les  moines,  alors  au  nombre  de  80;  et  316  pour  les 
convers,  descendus  à  ce  moment  au  chiffre  de  50 
(P.  L.,  cLxxxv,  1598,  n.  52,  53;  cf.  G.  Duhem,  Les 
églises  disparues  du  départ,  de  l'Aube,  1934).  Les  bâti- 
ments conventuels  subirent  des  remaniements  au 
cours  des  siècles.  Durant  sa  prélature  de  cinq  années, 
l'abbé  Jean  II  (1286)  reconstruisit  plusieurs  parties. 
Une  nouvelle  bibliothèque  fut  commencée  par  Pierre 
de  Virey  en  1495  et  achevée  en  1502  (ms.  497  de 
Troyes). 

Le  xviii«  s.  amena  d'autres  transformations.  Dom 
Robert  Gassot  (1718-40)  supprima  les  chapelles  rayon- 
nantes autour  de  l'abside  de  l'église  et  coupa  un  peu 
les  trois  nefs  à  l'Occident  pour  donner  plus  de  largeur 
à  la  cour  de  l'abbatiale  (cf.  Lalore,  op.  cit.,  234).  Les 
bâtiments  conventuels  se  transformèrent  ensuite  au 
goût  du  jour;  la  plus  grande  partie  en  subsiste  encore  : 
la  bibliothèque,  la  demeure  de  l'abbé,  du  prieur,  du 
procureur;  le  grand  cloître,  l'infirmerie,  la  cuisine,  le 
réfectoire  devenu  chapelle  pour  les  détenus. 

On  possède  d'intéressants  dessins  de  l'ancien  Clair- 
vaux  :  celui  de  Joachim  Deviert  en  1612  (reproduit 
par  A.  Roserot,  op.  cit.,  390,  d'après  Bibl.  nat.,  Es- 
tampes, V,  23,  fol.  104);  ceux  de  dom  Milley,  prieur  de 
Mores  en  1708,  particulièrement  beaux  et  suggestifs 
(authentiques  à  la  bibl.  de  Troyes,  reproduits  aussi 
par  Roserot).  Des  descriptions  du  monastère  et  de 
l'église  ont  été  faites,  notamment  par  des  moines  et 
abbés  étrangers  venus  à  Cîteaux  pour  le  chapitre  géné- 
ral et  visitant  Clairvaux,  tels  Meglinger  déjà  cité,  et 
Jean  Conrad  Tachler,  de  l'abbaye  de  Raitenhaslach, 
venu  pour  le  chapitre  de  1613  (Cisterc.-Chronik,  1892, 
p.  268). 

Après  la  vente  de  Clairvaux,  lors  de  la  Révolution, 
on  établit  dans  l'église,  en  févr.  1793,  une  verrerie,  et 
dans  les  caves  une  papeterie.  En  1808,  on  se  disposait 
à  monter  une  filature  de  coton  dans  le  réfectoire.  Mais 
les  possesseurs,  ne  réussissant  pas  leurs  entreprises, 
revendirent  le  tout  au  gouvernement,  qui  en  fit  une 
maison  centrale  de  détention.  C'est  encore  sa  destina- 
tion actuelle.  Dès  1819,  l'église  avait  complètement 
disparu. 

Un  trésor  se  constitua  également  à  Clairvaux.  11 
comportait  des  reliques  insignes  et  des  reliquaires  de 
haute  valeur  artistique.  Le  détail  de  ces  richesses  a 
fait  l'objet  de  plusieurs  inventaires  successifs.  Celui 
de  1405,  qui  est  aux  archives  de  l'Aube,  fut  édité  par 
d'Arbois  (Trésor  de  Clairvaux,  1873,  p.  491-96);  de 
même  celui  de  1504  (3  H  365;  ibid.,  493-503).  Un 
troisième  inventaire,  de  1640  (3  H  366),  fut  édité 
par  J.-J.  Vernier  (dans  Bibl.  de  l'École  des  chartes, 
Lxiii,  1902,  p.  599-677).  Un  quatrième  date  de  1719 
(3  H  364);  un  cinquième,  de  1741-42,  est  de  dom 
Claude  Guyton  (3  H  367),  édité  par  Ch.  Lalore 
(op.  cit.,  1-95);  un  sixième,  de  1743  :  estimation  des 
pierres  précieuses...,  reliquaires  de  Clairvaux,  est  édité 
par  le  même  (p.  110-13).  Enfin  le  dernier  inventaire, 
de  1771,  fut  édité  par  L.  Paris  (dans  Cabinet  histo- 
rique, IV,  1858,  p.  I,  14-28).  En  1875,  l'abbé  Ch.  Lalore 
éditait  Le  trésor  de  Clairvaux  du  xii^  au  xriii^  s.;  on 
y  trouve  un  excellent  aperçu  des  richesses  pieuses  et 
artistiques  que  posséda  l'abbaye. 

De  tout  cela,  bien  peu  de  chose  nous  reste.  Signa- 
lons uniquement  la  volute  en  ivoire  d'une  crosse  de  S. 
Bernard,  que  conserve  l'abbaye  cistercienne  de  Belle- 
fontaine  (Maine-et-Loire).  Cette  pièce  se  trouvait  men- 
tionnée dans  l'inventaire  de  1405.  Elle  fut  donnée  par 
dom  Rocourt,  dernier  abbé  de  Clairvaux,  à  dom  Au- 
gustin de  Lestrange,  qui  l'apporta  dans  sa  fondation 
de  Bellefontaine  ajirès  la  tourmente  révolutionnaire. 
La  lettre  d'envoi  signée  du  donateur  accompagne  en- 
core le  don  et  en  atteste  l'authenticité. 


Il  conviendrait  de  mentionner  aussi  les  mss.  réalisés 
à  Clairvaux  et  passés  ensuite  dans  les  abbayes  filles. 
Cambron  en  Hainaut,  par  ex.,  en  posséda  plusieurs, 
que  l'on  retrouve  actuellement  à  la  bibliothèque  de 
Mons  (Belgique);  l'un  d'entre  eux,  qui  contient  la 
Bible,  est  une  pièce  d'une  exceptionnelle  valeur  artis- 
tique (xiii""  s.). 

Archives  :  départ,  de  l'Aube,  3  H  9-40  :  nombreux  cartu- 
laires  dont  le  détail  est  donné  dans  le  Répertoire  numérique, 
série  //,  éd.  de  Saint-Aubin  et  Duhem,  1933;  3  H  44-90  : 
privilèges  accordés  par  les  papes  de  1132  à  1657;  233  bulles 
originales  et  quelques  copies;  3  H  92-i:si  :  privilèges  accor- 
dés parles  empereurs, les  rois  et  autres  seigneurs,  de  1137  à 
1711  ;  3  H  174-243  :  activité  des  abbés  de  Clairvaux  dans  les 
abbayes  de  la  filiation,  et  ailleurs  par  délégation.  —  Départ, 
de  la  Côte-d'Or,  H  13  :  pièces  concernant  les  possessions  de 
Clairvaux  dans  cette  région.  —  Départ,  de  la  Hte-Marne, 
H,  Clairvaux  :  1  carton  (xviip  s.)  et  quelques  autres  pièces. 
—  Départ,  du  Nord,  nombreuses  pièces  dans  les  fonds  des 
abbayes  filles  de  Clairvaux  :  Loos,  27  H  9,  14,  45,  69,  72, 
73,  74;  Vaucelles,  2&  H  4,  9,  11,  15,  16,  17,  33,  SI,  100; 
Beaupré-sur-la-Lys,  29  H  2;  N.-D.-des-Prés  à  Douai, 
30  H  10,  29,  31;  Flines,  31  H  11;  Marquette,  33  H  2,  3,  5, 
59,  74,  78. 

Bulles  concernant  Clairvaux  :  Jaffé,  lettres  7544  d'Inno- 
cent II;  11171.  11194,  11633,  12074,  12.328-32,  12673,  12916 
d'Alexandre  III;  16111  de  Clément  III;  16908,  16974  de 
Célestin  III.  ~-  Potthast,  Reg.,  1 187, 1409,  2104,  2995, 2996, 
3133,  4.543  d'Innocent  III;  .5382,  5461,  5698,  5954,  6113. 
25761  d'Honorius  III;  8958.  9191.  9264.  9293  de  Gré- 
goire IX;  14842  d'Innocent  IV;  18175  d'Urbain  IV.  — 
Pressutti,  Reg.  Honorii  III,  n.  10.419.266,347.4018.1083, 
1084.  1771.  2169,  4247,  4400,  4499,  4832.  -  Pflugk- 
Harttung,  Acta  pont.  Rom.  inedita,  i,  n.  168,  277,  291,  392, 
424.  —  Martin.  Bullaire...  dioc.  de  Lyon,  1905.  n.  756,  790. 
1343.  1465.  —  L.  Auvray.  Registres  de  Grégoire  IX,  n.  3197. 
3236,  3757,  6095.  —  É.  Berger,  Reg.  d'Innocent  IV,  n.  897, 
5311,  5857,  7454.  7714.  —  Bourel...,  Reg.  d'Alexandre  IV, 
n.  329,  658,  1118,  1791,  1792,  2390.  —  .1.  Guiraud,  Reg. 
d'Urbain  IV,  n.  424,  684,  685,  1403,  2195.  —  É.  Jordan, 
Reg.  de  Clément  IV,  n.  114.  —  E.  Langlois,  Reg.  de  Nico- 
las IV,  n.  82,  4535.  —  G.  Digard,  Reg.  de  Bonijace  VIII, 
n.  1098,  1180,  1676,  2169,  3799.  —  Ch.  Grandjean,  Reg.  de 
Benoît  XI,  n.  899.  —  Moines  du  Mont-Cassin,  Reg.  de  Clé- 
ment V,  n.  183.  637,  3390,  4247,  4281.  —  G.  Mollat,  Lettres 
communes  de  Jean  XXII,  n.  8573,  17942,  18060,  20917. 
41860.  43523.  45828,  55397,  56160,  58654.  59674.  60037. 
62982.  —  Vidal,  Lettres  communes  de  Benoît  XII,  n.  3,  330, 
1468,  2093,  2361,  2426.  5066,  8221.  —  Dom  Berlière.  Sup- 
pliques de  Clément  VI,  n.  244.  —  Fierens,  Lettres  d'Urbain  V, 
n.  1684.  —  H.  Nélis,  Lettres  de  Clément  VII,  n.  1234.  — 
Trois  mss.  de  Clairvaux  contiennent  quelques  séries  de 
bulles  :  le  ms.  591  de  Troyes  (xii"  s.)  se  termine  par  16  bulles, 
par  un  folio  gratté  où  l'on  a  transcrit  la  bulle  Exposcit 
(1489).  enfin  par  6  bulles  du  xiï»  s.;  le  ms.  2025  (xin«  et 
xiv«  s.).  2°,  donne  une  analyse  rapide  de  bulles;  le  ms.  2617 
(xvi"  s.)  analyse  des  concessions  pontificales  de  1164  h  1264 
(les  derniers  folios  sont  des  additions  plus  tardives). 

Nombre  de  documents  concernant  Clairvaux  sont  donnés 
par  Teulet.  Layettes...,  i,  47,  475,  502.  503.  526.  534,  535; 
II.  29.  149.  237,  252;  m,  121,  122,  181,  391.  5.57;  iv.  458. 

A  la  bibl.  munie,  de  Troyes,  les  mss.  provenant  de  Clair- 
vaux fournissent  de  précieux  éléments  aux  historiens  dans 
les  domaines  suivants  :  ascétisme  et  théologie,  mss.  62,  276, 
433,  444,  450,  503,  757,  876,  930,  1041,  1175,  1393,  1517, 
1733,  1771;  —  Écriture  sainte,  mss.  556,  557,  563,  1168. 
1438,  1534;  —  histoire,  hagiographie,  mss.  6,  14,  734,  739, 
763,  808,  1133,  1405,  1434,  1450,  1636,  1953,  2002,  2045, 
2248,  2357,  2891;  —  liturgie  :  lectionnaires,  mss.  36,  219, 
391,  1095;  missels,  mss.  299,  704,  707,  849  du  xii»  s.; 
298,  406,  407,  586,  587,  850,  863,  870,  1731,  1946  du  XIII»  S.; 
bréviaires  (douze  sont  du  xn«  s.,  trente  du  xiii',  etc.);  psau- 
tiers, pontificaux,  antiphonaires,  épistoliers,  collectaires, 
martyrologes,  ordinaires,  processionnaux,  etc.;  —  droit 
ecclésiastique,  mss.  349,  699,  763,  1274,  1285.  1796,  2025, 
2617,  2919. 

Voir  encore  :  Paris,  Bibl.  nat.,  mss.  lat.  12665;  17726 
(xvii»  et  XVIII"  s.)  :  répertoire  des  chartes;  nouv.  acq.  lat. 
1208  :  copie  de  cartulaire  (1872);  1675,  n.  2  :  charte  du 
10  juin.  1218;  mss.  /r.  969.3  :  acte  de  1687;  15721  (xvii»  s.)  : 
réforme;  20892,  m,  fol.  231;  20902.  fol.  62,  143;  22364  : 
invent,  de  livres;  2597.3  (1462-1701);  nouv.  acq.  fr.  2734 


1061 


CLAIRVAUX 


C  I  .  A  R  F.  T 


1062 


(xvii«  et  xviii»  s.)  :  réforme;  coll.  Moreau,  ms.  79  (xxxi,  A, 
23-54),  fol.  19;  887,  fol.  527  :  franchises;  849,  fol.  279  :  cata- 
logue des  mss.;  797  (44)  :  personnages  inhumés  à  Clairvaux; 
coll.  Champagne,  ms.  CXI,  fol.  54  :  copie  de  bulles...  (1115- 
1738).  —  Paris,  Chambre,  mss.  122,  fol.  36;  352,  fol.  271.  — 
Paris,  Institut,  coll.  Godefroy,  ms.  275,  fol.  15,  25,  33  : 
lettres.  —  Aix,  bibl.  munie,  ms.  1428  :  actes  de  1619  et 
1629.  —  Auxerre,  ms.  205,  fol.  134,  137.  —  Besançon, 
ms.  776,  fol.  227  :  notice...,  élection  de  Denis  Largentier 
(1624).  —  Cognac,  ms.  45  (xix),  p.  243  :  documents.  — 
Dijon,  mss.  129,  602.  —  Lyon,  ms.  623  :  année  1394.  — 
Reims,  ms.  1550  :  quelques  titres. 

A.  Assier,  Pièces  curieuses  relatives...  Clairvaux,  Troyes, 
1856.  —  Chronicon  Clarevallense  (1147-92);  P.  L.,  CLXxxv, 
1247.  —  Chronicon  of  Melrose,  éd.  fac-similé,  Londres,  1936. 

D'Arbois,  Études...  Clairvaux,  Paris,  1858.  —  Gall. 
christ.,  IV,  796.  —  Janauschek,  Origines  cisterc.  Vienne, 
1877,  p.  4.  —  J.  Laurent,  dans  Beaunier-Besse,  Abbayes  et 
prieurés...,  xii,  1941,  p.  306-44  (références  abondantes).  — 
Martène,  Thésaurus...,  i,  632,  639,  783,  821,  1009,  1061, 
1255,  1293.  —  E.  Petit,  Voyage  de  l'abbé  Lebeuf  à  Clair- 
vaux en  1730,  dans  Bull,  de  la  Soc.  des  sciences  de  l'Yonne, 
1887,  p.  33-64.  —  P.  Piétresson  de  Saint-Aubin,  Notes  sur 
les  arch.  de  Clairvaux,  dans  S.  Bernard  et  son  temps,  i, 
Dijon,  1928,  p.  262-91.  —  Pitra,  Spicilegium  Solesmense, 
III,  487.  —  A.  Prévost,  Ilist.  du  dioc.  de  Troyes  pendant  la 
Révolution,  Troyes,  1908,  3  vol.;  ou  Recueil  de  chartes  (1257- 
1329)  et  bulles  (1217-1459)  de  Clairvaux,  dans  Revue  Ma- 
billon,  xiv-xix.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd. 
Louvain,  1933-41;  les  Indices  du  t.  viii,  128-33,  indiquent 
les  références  concernant  Clairvaux.  —  J.  Waquet,  Recueil 
des  chartes  de  l'abbaye  de  Clairvaux,  fasc.  i,  Troyes,  1950.  — 
Wiederhold,  Papsturkunden  in  Frankreich,  v,  140,  165. 

J.-M.  Canivez. 

CLAIRVAUX.  Voir  aussi  Chiaravalle. 

CLANEUS  (KAÔVEOS),  évêché  de  Phrygie  Salu- 
taire dépendant  d'Amorium.  Ruines  à  Bayât  (?). 
On  ne  lui  connaît  que  deux  évêques  grecs  :  Salomon, 
qui  prit  part  au  concile  Quinisexte  (680;  Mansi,  ix, 
210  A,  652  B,  676  D).  —  Nicéphore,  qui  assista  au 
second  concile  de  Nicée  (787;  ibid.,  xii,  998  A,  1104  E; 
XIII,  392  E). 

Le  titre  ne  semble  pas  avoir  encore  été  conféré  dans 
l'Église  romaine. 

Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  xi-1,  547.  —  Le  Quien,  r, 
491-92. 

R.  Janin. 

CLANSAYES  (Bertrand  de).  Issu  de  Lambert- 
Adhémar  de  Monteil  et  de  Bérangère  de  Lautrec, 
Clansayes  était  en  1250  chanoine  de  S.-Paul-des- 
Trois-C^hâteaux.  Il  figura  au  concile  d'Isle  (Vaucluse) 
en  qualité  d'évêque,  le  19  sept.  1251.  Ce  dut  être  un 
homme  prudent  et  conciliant,  car  ses  contemporains 
le  choisirent  souvent  comme  arbitre  dans  leurs  diffé- 
rends. Lui-même  conclut  des  compromis  avec  le  cha- 
pitre de  sa  cathédrale  au  sujet  de  redevances  et  du 
droit  de  collation  de  bénéfices  (1273  et  1282).  La  date 
de  son  décès  demeure  incertaine  et  se  place  peut-être 
en  1286. 

Gall.  christ,  nov.,  S.-Paul-des-Trois-Châleaux,  n.  177-219. 

G.  MOLLAT. 

CLAPWELL  (Richard).  Dominicain  du  cou- 
vent d'Oxford  et  maître  en  théologie  (vers  1284-85), 
Richard  Clapwell  (Klapwell  ou  Knapivell)  fut  bache- 
lier sententiaire  entre  1273  et  1277,  ainsi  qu'on  peut 
le  déduire  de  ses  Notabilia.  A  la  suite  de  la  condam- 
nation portée  par  Kilwardby,  en  1277,  contre  l'ensei- 
gnement de  S.  Thomas,  Clapwell  abandonna  l'attitude 
de  compromis  qu'il  avait  adoptée  jusque-là  et  se  mêla 
aux  polémiques,  parfois  violentes,  dont  l'université 
d'Oxford  fut  le  théâtre.  Adversaire  de  Guillaume  de 
la  Mare  dont  il  réfuta  le  Corniptorium,  pui.s  de  l'ar- 
chevêque de  Cantorbéry,  Clapwell  en  appela  au  pape 
à  la  suite  de  la  lettre  de  Kilwardby  du  30  avr.  1286, 
qui  condamnait  huit  (ou  peut-être  douze)  thèses  théo- 
logiques  relatives  à  l'unité  des  formes.  Ayant  plaidé  sa 


cause  auprès  de  la  Curie  romaine,  il  ne  put  se  faire 
entendre  de  Nicolas  IV.  C'est  durant  ce  voyage  en 
Italie  qu'il  mourut,  à  Bologne,  en  1288. 

L'héritage  littéraire  de  ce  dominicain,  premier  tho- 
miste anglais,  comprend,  avec  des  Notabilia  super 
primum  Sententiarum  (1273-77),  qui  constituent  pro- 
bablement le  début  du  commentaire  sur  les  Sentences 
dont  parle  Laurent  Pignon,  un  Quodlibet  (1284-85; 
cf.  P.  Glorieux,  La  littérature  quodlibétique,  ii,  Paris, 
1935,  p.  255-56),  et  des  Quaesliones  disputatae.  Il  est 
de  même  fort  vraisemblable  qu'il  soit  l'auteur  du 
Correciorium  corruptorii  :  Quare,  longtemps  attribué 
à  Gilles  de  Rome  (éd.  P.  Glorieux  [Bibl.  thomiste,  ix], 
Kain,  1927;  v.  A.  Hufmagel,  Sludien  zur  Entwicklung 
des  thomistischen  Erkenntnisbegriffes  im  Anschluss  an 
das  Correciorium  Quare  [Beitr.  zur  Gesch.  der  Philos, 
und  Theol.  des  Mitlelalters,  xxxi,  4],  Miinster,  1935), 
et  de  deux  traités  de  polémique  thomiste  :  De  unitale 
formae  (qui  provient  d'une  disputatio)  et  De  immediata 
visione  Dei. 

M.-D.  Chenu,  La  première  diffusion  du  thomisme  à  Oxford. 
Klapwell  et  ses  «  Notes  »  sur  les  Sentences,  dans  Arch.  d'hist. 
doctr.etlittér.  du  Moyen  Age,  lu,  1928,  p.  185-200.  —  D.T.C., 
VIII,  2357-58.  —  Laurent  Pignon,  Catalogi  et  chronica,  éd.  G. 
Meersseman  (Monumenta  ord.  Praed.  hist.,  18),  Rome,  1936, 
p.  25.  —  P.  Glorieux,  Le  ms.  d'Assise,  bibl.  comm.,  158. 
Date  et  mode  de  composition,  dans  Recherches  de  théol.  an- 
cienne et  médiévale,  viii,  1936,  p.  282-95.  —  P.  Glorieux, 
Un  pseudo-maître  en  théol.,  ibid.,  xii,  1940,  p.  143-45.  — 
F.  Pelster,  Richard  von  Knapwell.  Seine  «  Quaesl.  disp.  »  und 
sein  «  Quodlibet  »,  dans  Zeitschrift  fur  kathol.  Theol.,  lu, 
1928,  p.  473-91. 

M.-H.  Laurent. 
CLARE  ISLAND,  Clearum,  Monaster  ny 
Clereh,  de  Clerc,  Insula  Clerii,  Cleary,  ancien  monas- 
tère d'Irlande,  au  comté  de  Mayo,  dioc.  de  Killala. 
Jongelinus  {Notitia  abbatiarum...,  viii,  30,  n.  36)  y 
avait  vu  un  monastère  cistercien  fondé  en  1224;  mais, 
vidé  de  ses  habitants  par  les  pirates,  il  aurait  été  uni 
à  l'abbaye  cistercienne  de  Knockmoy,  sa  maison  mère. 
Cette  fondation  en  1224  paraît  fort  peu  probable.  De 
son  côté,  Archdall  (Monasticum  hibernicum,  498)  es- 
time que  cette  maison  fut  d'abord  un  couvent  de  car- 
mes, uni  dans  la  suite  à  Knockmoy. 

L.-A.  Alemand,  Hist.  monastique  d'Irlande,  Paris,  1690, 
p.  189.  —  Cottineau,  801.  —  Janauschek,  Origines  cisterc. 
Vienne,  1877,  p.  lxxviii.  —  Th.  Walsh,  History  of  the  Irish 
hierarchy,  with  the  monasteries...,  New-York,  18,54,  p.  564. 
—  J.  Waraeus,  De  Hibernia  et  antiquitatibus  eius...,  Lon- 
dres, 1854,  p.  252. 

J.-M.  Canivez. 
CLARENTIUS  (Saint),  évêque,  succéda  à  S. 
Ethérius  sur  le  siège  de  Vienne  en  Dauphiné,  au  début 
du  vii«  s.  Il  mourut  vers  620.  Adon  l'avait  inscrit  dans 
son  martyrologe  le  26  avr.;  Baronius  le  reprit  le  26. 
La  fête  est  au  nouveau  propre  de  Grenoble.  Des  reli- 
ques du  saint  furent  transférées  à  Prague  en  1448; 
celles  conservées  à  Vienne  furent  dispersées  par  les 
huguenots. 

A.  S.,  a\T.,  m,  376-77.  —  Duchesne,  i,  194-95,  208.  — 
Mart.  Rom.,  157. 

R.  Van  Doren. 
CLARET  (S.  Antoine-Marie)  (1807-70),  arche- 
vêque de  S. -Jacques  de  Cuba  et  fondateur  des  mis- 
sionnaires Fils  du  Sacré-Cœur  de  Marie  (v.  Cla  ré- 
tins). 

I.  Le  missionnaire.  —  S.  Antoine-Marie  Claret  y 
Clarâ  naquit  à  Sallent  (Catalogne),  dioc.  de  Vich,  le 
23  déc.  1807;  cinquième  des  onze  enfants  de  Jean  Cla- 
ret et  Josepha  ClarA.  Baptisé  le  25  déc,  il  reçut  les 
noms  d'Antoine- Jean-Adjutorius;  confirmé  le  12  déc. 
1814.  Il  acquit  très  jeune  une  solide  formation  reli- 
gieuse qui  se  manifesta  bientôt  dans  sa  tendre  dévo- 
tion à  la  Ste  Vierge.  Dès  l'âge  de  cinq  ans,  il  fréquenta 


1063 


CLARET 


1064 


l'école  et,  vers  onze  ans,  apprit  quelque  peu  le  latin; 
mais  obligé  d'aider  son  jière,  il  alla,  à  dix-huit  ans,  à 
Barcelone  pour  apprendre  le  métier  de  tisserand.  Il 
s'y  livra  avec  tant  de  jjassion  au  travail  et  à  l'étude 
qu'épuisé  il  subit  une  crise  spirituelle  aiguë;  il  attribua 
à  l'intervention  de  la  Vierge  de  ne  pas  s'être  noyé.  Il 
éprouva  dès  lors  un  attrait  spécial  pour  la  vie  char- 
treuse; sur  le  conseil  du  P.  Amigo,  de  l'Oratoire,  il 
resta  cependant  à  Barcelone.  En  sept.  1829,  il  entra 
au  séminaire  de  Vich,  sans  abandonner  son  projet  de 
se  faire  chartreux. 

Grâce  à  l'appui  financier  du  majordome  de  l'évêque, 
Mosen  Fortunat  Bres,  et  sous  la  direction  de  l'orato- 
rien  Pierre  Bach,  il  y  étudia  d'abord  la  philosophie 
(1829-32),  puis  la  théologie  (1832-39).  Il  se  distingua 
moins  par  son  intelligence  que  par  son  application. 
A  peine  tonsuré,  il  reçut,  en  1832,  un  bénéfice  à  Sal- 
lent.  Ordonné  le  13  juin  1835,  il  poursuivit  ses  études, 
mais  avec  de  multiples  interruptions  par  suite  des 
troubles  politiques  de  l'époque.  11  fut  nommé  d'abord 
vicaire  et  économe  à  Sallent.  Pendant  ces  années,  il 
intensifia  sa  vie  intérieure;  son  inclination  pour  l'apos- 
tolat lui  donna  dès  cette  époque  l'idée  de  fonder  une 
congrégation  de  prêtres  missionnaires.  Fin  août 
ou  début  se])t.  1839,  il  se  rendit  à  Rome  pour  s'y 
mettre  à  la  disposition  de  la  Propagande;  n'ayant  pas 
réussi  à  s'introduire  à  la  Propagande,  il  entra  au  novi- 
ciat de  la  Compagnie  de  Jésus  (2  nov.  1839);  mais,  dès 
le  3  mars  1840  il  dut  en  sortir  par  suite  de  maladie;  le 
19  mars  il  retourna  en  Espagne. 

De  mai  1840  à  févr.  1843,  il  administra  les  paroisses 
de  Viladrau  et  de  S. -Jean  de  016,  tout  en  se  livrant  à 
l'activité  missionnaire.  De  cette  époque  datent  son 
premier  miracle  et  le  grand  épanouissement  de  sa  vie 
intérieure.  Dès  févr.  1843,  il  quitta  le  ministère  parois- 
sial pour  se  vouer  exclusivement  aux  missions.  De  1843 
à  févr.  1848,  il  prêcha  dans  les  diocèses  de  Girone, 
Vich,  Barcelone,  Tarragone,  Solsona  et  Lérida.  C'est 
au  cours  d'une  retraite  prêchée  au  clergé  à  Campde- 
vanoll  (juin.  1843)  qu'il  rencontra  Etienne  Sala,  qui 
deviendra  un  des  meilleurs  soutiens  de  sa  future  con- 
grégation. Il  publia  Avisos  a  los  monlos  (=  carmes  de 
Vich),  octobre  1843;  Camino  reclo,  1843;  Avisos  a 
un  sacerdote,  1844;  Avisos  saludables  a  las  doncellds.  Il 
dirigea  l'Institut  des  carmes  de  la  Charité,  fondé  en 
1826  par  Joaquinne  Vedruna  de  Mas.  Entre  temps  il 
avait  aussi  acquis  la  réputation  d'un  thaumaturge. 
11  poursuivit  son  apostolat  par  la  presse  en  publiant  en 
1845-46  :  Avisos  muij  utiles  para  los  padres  de  familia; 
El  rico  epulôn;  Mârimas  de  la  moral  mâs  para;  Avisos 
muy  ûtiles  para  las  casadas;  Catecismo  de  los  principa- 
les deberes  de  un  mililar  cristiano;  Gnler  a  dcl  desen- 
gano;  Las  mujeres  espaiiolas  a  los  ojos  de  las  francesas; 
Avisos  saludables  para  las  casadas;  Avisos  inslructivos 
a  los  ninos;  La  cesta  de  Moisés  (Avisos  a  los  jovenes); 
La  escala  de  Jacob  i;  la  puerta  dcl  cielo.  Il  rencontra 
aussi  des  difficultés,  des  contradictions,  des  calom- 
nies :  en  sept.  1846,  il  faillit  être  victime  d'un  attentat. 
A  Alforja,  il  convertit  le  célèbre  pseudo-mystique 
Michel  Ribas  (févr.  1847).  De  mars  à  nov.  1847,  il  fut 
retenu  à  Vich  par  la  maladie  ;  il  y  fonda  l'archiconfrérie 
de  r  Immaculé-Cœur  de  Marie  (1'^''  août  1847)  et  com- 
posa un  opuscule  sur  les  origines,  les  privilèges  et 
l'organisation  de  la  confrérie.  Dans  la  suite  il  fit  du 
cœur  de  Marie  le  thème  favori  de  ses  sermons.  Il  orga- 
nisa aussi  les  congrégations  mariales. 

Au  cours  de  ces  années  il  publia  quelques  nouvelles 
brochures  :  Socorro  a  los  difunlos;  El  Trisagio;  Avisos 
a  las  viduàs;  La  Palma  (Documcnlos  de  perfecciôn) ; 
El  amante  de  Jesucristo;  Nuevo  manoiito  de  flores 
( Instrucciones  a  los  conjesores)  ;  La  verdadera  sabidur  a 
( Instrucciones  a  los  pénitentes) ;  Conslituciones  de  la 
Hermandad  del  Saniisimo  e  Inmaculado  Corazôn  de 


Maria;  Las  religiosas  en  sus  casas;  Catecismo  mener; 
Compendio...  de  la  doctrina  cristiana,  etc.  Il  prépara 
en  outre  son  important  Catecismo  explicado.  De  févr. 

1848  à  mars  1849,  il  prêcha  dans  les  principales  loca- 
lités des  îles  Gran  Canaria  et  Lanzarote.  Ce  fut  sa  der- 
nière randonnée  missionnaire  en  Europe. 

Résumons  les  caractéristiques  de  sa  méthode  mis- 
sionnaire. Le  missionnaire  doit  obéir  à  ses  supérieurs 
ecclésiastiques;  il  ne  peut  rechercher  que  le  royaume 
de  Dieu;  il  pratiquera  la  pauvreté  dans  toute  sa  ma- 
nière de  vivre;  il  s'appliquera  à  l'humilité,  la  mansué- 
tude, la  mortification  et  la  charité.  En  outre  il  adap- 
tera ses  sermons  à  l'intelligence  des  masses,  et  recourra 
volontiers  au  langage  simple  et  imagé  du  peuple. 
Claret  se  spécialisa  dans  les  missions  rurales  et  dans 
les  retraites  prêchées  au  clergé  et  aux  religieuses. 
Trois  circonstances  ont  contribué  à  ses  succès  :  sa 
conduite  exemplaire,  le  don  des  miracles  qu'on  lui 
attribuait,  enfin  la  propagande  par  la  presse  qui  soute- 
nait sa  parole.  11  fonda  en  elTet  en  1848  la  Librer  a 
religiosa  (primitivement  [1846]  Hermandad  espirituat 
de  libros  buenos),  qui  répandit,  de  1848  à  1850, 
329  000  tracts  et,  de  1850  à  1866,  9  569  000. 

Comme  on  le  verra  plus  loin,  la  congrégation  des 
missionnaires  du  Cœur  de  .Marie  date  du  retour  de 
Claret  à  Vich,  après  la  mission  des  Canaries  en  mai 

1849  (v.  Clarétins).  Claret  s'occupait  de  l'organisa- 
tion de  la  Libreria  religiosa  et  de  sa  congrégation 
quand,  le  11  août  1849,  l'évêque  de  Vich  lui  commu- 
niqua un  ordre  du  ministère  de  Grâce  et  de  Justice, 
daté  du  4,  par  lequel  il  était  nommé  archevêque  de 
S. -Jacques  de  Cuba.  Claret  accepta  le  4  oct.  1849,  fut 
sacré  à  Vich  le  6  oct.  1850  et  reçut  le  pallium  le 
20  déc.  I-între  temps  il  avait  publié  :  Instrucciones  y 
reglas  de  la  Congregaciôn  de  la  Immaculada;  Diàlogo 
sobre  la  oraciôn;  Manâ  del  cristicmn  et  quatre  volumes 
d'opuscules. 

II.  L'ARCHEvÊyuE.  —  Le  28  déc.  1850,  il  s'embar- 
qua à  Barcelone  et  arriva  à  S. -Jacques  de  Cuba  le 
16  févr.  1851.  Le  siège  n'avait  plus  été  occupé  depuis 
quatorze  ans.  Aussitôt  Claret  commença  à  prêcher  une 
retraite  au  clergé  de  la  capitale  et,  pendant  le  carême, 
il  organisa  une  mission  ])our  le  peuple.  Du  2  avr.  1851 
au  22  mars  1853,  il  visita  toutes  les  paroisses  de  son 
diocèse;  partout  sa  visite  fut  accompagnée  d'une  mis- 
sion prêchée  au  peuple.  Il  adressa  à  Pie  IX  un  rapport 
sur  les  résultats  de  cette  visite.  Du  22  mars  au  8  juin 
1853,  il  séjourna  dans  sa' ville  épiscopale.  Il  fit  une 
deuxième  visite  du  diocèse  (8  juin  1853-25  sey>t.  1854), 
puis  une  troisième  (21  nov.  1854-14  mars  1855);  sa 
quatrième  fut  interrompue  par  l'attentat  d'Holguin 
(v.  infra). 

Il  est  impossible  de  donner  un  aperçu  complet  des 
i  diverses  activités  de  Claret  à  Cuba.  Nous  n'en  signa- 
i  Ions  ici  que  les  plus  importantes.  Claret  se  distingua 
par  ses  prédictions  :  il  prédit  un  tremblement  de  terre 
(20  août  1852),  une  épidémie  de  choléra,  et  même  la 
perte  de  Cuba  pour  l'Espagne.  Il  se  fit  l'apôtre  de  la 
charité  :  il  fonda  (1853-54)  pour  enfants  et  vieillards 
pauvres,  à  Puerto  Principe  (Camagiiey),  une  grande 
maison  de  bienfaisance  à  laquelle  il  attacha  un  centre 
d'expérimentation  agricole;  il  publia  à  cette  occasion 
Reflexiones  sobre  la  agricultura  et  Las  dclicias  del 
campo.  Cette  institution  fut  supprimée  après  le  départ 
de  son  fondateur.  D'autre  part,  Claret  lutta  contre  le 
concubinage  fort  répandu  du  clergé  et  contre  la  grande 
misère  des  églises.  11  obtint  de  Madrid  que  la  dotation 
légale  soit  à  nouveau  régulièrement  payée  au  clergé; 
il  fut  en  outre  autorisé  à  ériger  de  nouvelles  paroisses 
(53,  qui  vinrent  s'ajouter  aux  40  déjà  existantes). 
Pour  remédier  à  la  pénurie  de  prêtres  (25  pour  40  pa- 
roisses), et  à  leur  ignorance,  il  organisa  des  cours  et 
des  conférences,  ordonna  des  retraites,  distribua  des 


1065 


CLA 


RET 


1066 


livres,  enfin  fit  appel  à  des  séminaristes  espagnols  et 
à  des  ordres  religieux.  Il  ordonna  36  prêtres,  origi- 
naires d'Espagne,  et  obtint  du  gouvernement  (26  nov. 
1852)  l'autorisation  d'établir  des  communautés  reli- 
gieuses. Mais,  à  part  les  scolopes  établis  à  Puerto- 
Principe,  ce  ne  fut  qu'après  son  départ  que  celles-ci  y 
furent  fondées  (Pères  de  la  Mission,  sœurs  de  la  Cha- 
rité, jésuites  et  capucins);  cependant  une  religieuse  de 
Tarragone,  Antonia  Paris  Riera,  arrivée  le  26  mai 
1852  à  Cuba  avec  quatre  consœurs,  y  fonda  une  nou- 
velle congrégation  ayant  pour  but  l'instruction  des 
petites  filles  et  l'entretien  des  ornements  d'église. 
Cette  congrégation  fut  canoniquement  établie  le 
25  août  1855,  sous  le  nom  d'Institut  apostolique  de 
Marie-Immaculée;  elle  adopta  la  Règle  de  S.  Benoît 
et  des  coutumes  propres. 

Comme  en  Espagne,  Claret  organisa  à  Cuba  la  pro- 
pagande écrite.  Il  publia  :  Modificacinn  de  tos  estatulos 
del  seminario  tridentino  de  Cuba;  Pronluario  para  la 
adminislraciôn  de  los  santos  Sacranientos;  Alocuciôn 
para  el  ofertorio  de  la  Misa;  Ejercicios  espiriluales 
preparatoria  para  la  primera  comuniùn  de  los  ninos, 
1859;  Novena  al  Smo  Corazôn  de  Maria,  1855;  Aso- 
ciôn  de  Hijas  de  la  Concepcion,  1855;  Instrucciôn  qué 
debe  iener  la  mujer.  Bâlsamo  e/lcaz,  1856;  Anolaciones  al 
Evangelio  de  San  Mateo  y  a  los  dos  primeras  cupilulos 
de  los  Hechos  de  los  Apôstoles,  1856;  El  viajero  recién 
llegado,  1856.  Outre  ces  plaquettes,  il  publia  cinq 
lettres  pastorales,  de  nombreuses  circulaires,  des  réédi- 
tions de  son  Manâ  del  cristiano,  etc. 

Son  zèle  réformateur  valut  à  Claret  de  violentes 
oppositions.  Sous  la  conduite  de  Wenceslas  Callejas,  > 
un  groupe  de  clercs  mécontents  dénigrèrent  son  acti- 
vité et  celle  de  ses  collaborateurs;  ils  exploitèrent 
contre  lui  le  sentiment  nationaliste  du  peuple;  ils 
calomnièrent  ses  mœurs,  etc.  Claret  fut  victime  de 
quatre  attentats;  lors  du  second,  à  Holguin,  le  1'^''  févr. 
1856,  il  fut  sérieusement  blessé;  quelques  jours  après 
on  brûla  la  maison  où  il  devait  se  loger.  Cette  persé- 
cution ébranla  Claret  au  point  qu'il  présenta  au  pape 
sa  démission.  Une  lettre  de  Pie  IX  (fin  1856)  lui  re- 
donna du  courage.  Cependant,  le  18  mars  1857,  il  fut 
rappelé  à  Madrid  par  la  reine  Élisabeth  II,  dont  il  fut 
nommé  confesseur  (5  juin).  Il  renonça  alors  au  siège 
de  Cuba  et  devint  archevêque  titulaire  de  Trajano- 
polis. 

III.  Le  confesseur  royal.  —  Grâce  à  son  tact, 
Claret  parvint  à  inspirer  à  la  reine  une  certaine  ferveur  . 
pour  la  religion.  Il  s'occupa  aussi  de  l'instruction 
religieuse  des  infants.  Pendant  ses  loisirs,  fort  longs, 
il  se  livra  au  ministère  de  la  prédication  et  de  la 
confession,  par  ex.  en  l'église  des  Italiens,  à  l'hôpital 
S.-Jean-de-Dieu,  en  l'église  et  à  l'hôpital  de  N.-D.  de 
Montserrat.  Le  5  août  1859,  la  reine  le  nomma  prési- 
dent d'une  communauté  d'ecclésiastiques  établie  à 
l'Escurial.  Claret  restaura  le  temporel  de  cette  com- 
munauté; il  donna  en  outre  aux  ecclésiastiques  une 
règle  de  vie,  inspirée  en  i)artie  des  règles  monastiques. 
Cette  réforme  aboutit  à  la  fondation  d'un  séminaire, 
dépendant  de  celui  de  Tolède.  Claret  rédigea  le  règle- 
ment et  fonda,  au  prix  d'énormes  dépenses,  une  riche 
bibliothèque.  Cette  nouvelle  institution  devint  bientôt 
le  premier  séminaire  d'Espagne,  malgré  les  difficultés 
que  lui  créait  le  cardinal  de  Tolède.  A  côté  du  sémi- 
naire, on  installa  un  collège  d'études  moyennes;  la 
révolution  de  1868  empêcha  d'y  adjoindre  un  institut 
d'études  supérieures.  Au  cours  de  ces  années,  Claret 
publia  quelques  ouvrages  relatifs  à  la  pédagogie  : 
El  colegial  inslruido;  La  vocaciôn  de  los  niilos:  Bâlsamo 
eficaz...  L'institut  de  l'Escurial  fut  combattu  par  le 
parti  libéral,  soutenu  en  cela  par  le  P.  Pages,  ancien 
hiéronymite  et  vice-président  de  l'Escurial.  Claret  fut 
obligé  de  démissionner  (juin  1868)  et  eut  comme  suc- 


cesseur R.  Salvado,  O.  S.  B.,  évêque  de  Puerto- Vic- 
toria et  abbé  de  la  Nouvelle-Nurcie  (Australie). 

Claret  entretint  de  bonnes  relations  avec  les  reli- 
gieux (dominicains,  Pères  de  la  Mission,  mercédaires, 
jésuites,  passionistes  et  rédemptoristes)  et  travailla  au 
rétablissement  des  ordres  supprimés  (bénédictins, 
hiéronymites,  capucins).  Il  eut  surtout  des  rapports 
suivis  avec  les  congrégations  de  religieuses,  spéciale- 
ment avec  les  carmélites  de  la  Charité,  les  adoratrices 
—  dont  la  fondatrice,  la  .M.  Sacrement,  fut  dirigée  par 
lui  —  les  esclaves  de  l' Immaculé-Cœur  de  Marie  et  les 
religieuses  de  l'Enseignement,  fondées  par  lui  à  Cuba. 

Comme  confesseur  royal,  il  fut  obligé  d'accompagner 
les  rois  dans  leurs  voyages  à  travers  la  péninsule.  II 
profita  de  cette  circonstance  pour  se  faire  entendre 
dans  un  grand  nombre  de  villes.  Entre  temps  il  n'ou- 
blia pas  sa  i)ropagande  par  la  presse.  D'après  les 
comptes  de  la  Libreria  religiosa,  cette  maison  imprima 
pour  Claret,  en  1862,  102  368  volumes,  et  224  000  en 
1863.  Ajoutons  les  livres  imprimés  pour  lui  à  Madrid 
et  ailleurs  et  nous  aurons  une  idée  de  la  diffusion 
extraordinaire  de  ses  ouvrages.  Pour  intensifier  cet 
apostolat,  il  fonda,  en  1858,  l'Académie  S. -Michel, 
groupant  artistes  et  littérateurs.  Pendant  les  neuf  ans 
de  son  existence  celle-ci  édita  24  ouvrages  et  15  estam- 
pes; elle  distribua  gratuitement  1  071  003  volumes, 

I  734  022  estampes,  25  311  médailles,  etc.  Entre  temps 
la  production  littéraire  de  Claret  prit  des  proportions 
considérables.  Il  composa  des  dizaines  d'ouvrages, 
dont  quelques-uns  comportaient  plusieurs  volumes. 

II  s'adressa  par  eux  à  toutes  les  classes  de  la  société  en 
vue  de  leur  inculquer  la  piété  et  l'esprit  surnaturel. 
Claret,  d'accord  avec  le  nonce,  s'efforça  de  faire  nom- 
mer de  bons  évêques  et  d'obtenir  la  protection  du 
gouvernement  pour  l'enseignement  religieux.  Il  pui- 
sait la  force  de  son  activité  débordante  dans  une 
expérience  mystique  qu'il  avait  éprouvée  à  Cuba  le 
\"  sept.  1855  et  qu'il  mettait  en  relation. avec  les  six 
premiers  chapitres  de  r.\pocaly])se.  La  nature  et  la 
signification  de  cette  expérience  nous  échaijpenl.  Quoi 
qu'il  en  soit,  Claret  fut  accusé,  à  tort,  de  se  mêler  de 
la  politique.  Il  fut  attaqué  dans  des  pamphlets,  dans 
des  chansons  populaires;  on  publia  sous  son  nom 
des  brochures  irreligieuses,  etc.  En  réponse  à  ces 
accusations,  il  publia  en  1804  :  Consitelo  de  un  aima 
calumniada. 

La  reconnaissance  du  royaume  d'Italie  par  le  gou- 
vernement espagnol  (15  juill.  1865)  obligea  Claret  à 
abandonner  sa  charge  de  confesseur  royal.  Il  se  rendit 
à  Rome  (oct.-nov.)  consulter  Pie  IX,  qui  lui  conseilla 
de  retourner  en  Espagne  et  d'essayer  de  reprendre 
son  poste  moyennant  l'obtention  de  quelques  conces- 
sions imposées  par  le  Vatican.  INIais  la  révolution  de 
1868  vint  interrompre  brusquement  toutes  ses  acti- 
vités. Le  30  sept,  il  quitta  l'Espagne  pour  ne  plus  la 
revoir.  Il  suivit  la  famille  royale  à  Paris,  où  il  continua 
ses  fonctions  de  confesseur  de  la  reine  et  de  précepteur 
des  princes.  Voulant  quitter  définitivement  la  cour,  il 
prétexta  un  voyage  à  Rome  (30  mars  1869)  où  il  arriva 
le  2  avr.  et  le  24  il  fut  reçu  en  audience  par  Pie  IX.  Il 
fut  l'hôte  des  mercédaires,  mena  la  vie  d'un  simple 
religieux  et  continua  son  apostolat  en  publiant  :  Triduo 
a  S.  José;  Refutacion  de  Renan;  Vie  de  S.  Pierre  No- 
lasco,  etc.  Il  assista  au  concile  du  Vatican,  sans  y  jouer 
un  rôle  en  vue.  Déjà  gravement  atteint  par  la  maladie, 
il  quitta  Rome  vers  le  20  juill.  1 870  et  se  retira  du  23  au 
6  août  chez  ses  missionnaires  à  Prades  (Pyr.-Orient.). 
Accusé  de  fomenter  un  mouvement  monarchique 
contre  la  république,  il  se  retira  dans  l'abbaye  cister- 
cienne de  Font  froide  où  il  resta  jusqu'à  sa  mort 
(24  oct.  1870).  Il  fut  enterre  le  27,  et  le  13  juill.  1897 
ses  restes  furent  transportés  en  l'église  de  la  Merced  de 
Vich,  résidence  des  missionnaires.  En  oct.  1887  corn- 


1067 


CLARET  — 


CLARKE 


1068 


mença  le  laborieux  procès  d'information  en  vue  de  sa 
béatification.  Celle-ci  eut  lieu  le  25  févr.  1934;  la  cano- 
nisation, le  7  mai  1950. 

A.  M.  Claret,  Autobiograjia  con  notas  del  P.  Postias, 
Madrid,  1916.  —  F.  de  A.  Aguilar,  Vida  del  Excmo  e  Illmo 
Sr  Antonio  Maria  Claret,  Misionero  apostôlico...,  Madrid, 
1871.  —  J.  Clotet,  Resumen  de  la  vida  admirable  del  A.  M.  C, 
Barcelone,  1882.  —  M.  Aguilar,  Vida  admirable  del  Siervo 
de  Dios  P.  A.  M.  C,  Madrid,  1894.  —  J.  Blanch,  Vida  del 
Ven.  P.  A.  M.  C,  Barcelone,  1906  et  1908;  Saô  Paolo,  1909; 
Rome,  1904.  —  J.  Echevarria,  Recuerdos  del  B.  A.  M.  C, 
Madrid,  1934.  —  P.  Zabala,  El  Padre  Claret.  Relablos  de 
una  vida  ejemplar,  Barcelone,  1936.  —  C.  Fernîindez,  El 
Beato  A.  M.  C.  Hist,  documentada  de  su  vida  y  empresas, 
2  vol.,  Madrid,  1946.  —  J.  A.  Ramos,  El  Sanlo  Arzobispo  de 
Cuba,  La  Habana,  1949.  —  F.  Husu,  S.  Antonio  M.  Claret, 
Rome,  19.50.  —  T.  Ariani,  S.  Antonio  M.  Claret,  Rome, 
1950.  —  G.  Nibbi,  S.  Antonio  M.  Claret,  Rome,  1930.  — 
T.  L.  Pujadas,  S.  Antonio  M.  Claret,  Apôstol  de  nueslro 
tiempo,  Madrid,  1950.  —  D.  Sargent,  The  assignments  of 
A.  M.  Claret,  New-York,  1948.  —  C.  Fernândez,  S.  Antonio 
M.  Claret  apôstol  moderno,  Madrid,  1950.  —  J.  M.  Beren- 
gueras,  Compendio  de  la  vida  de  S.  A.  M.  C,  Barcelone, 
1950.  —  M.  Peinador,  La  ediciôn  de  la  Vulgata  del  B.  Padre 
Claret,  dans  Ilustraciôn  del  clero,  1949,  p.  373-85.  —  J. 
Jiménez,  El  P.  Claret  impulsor  de  las  estudios  humanisticos, 
dans  Helmantica,  1950,  p.  145-68.  —  Enciclopedia  Espasa, 
au  mot  Claret. 

F.  PÉREZ. 

CLARÉTINS,  congrégation  religieuse,  fondée 
le  16  juin.  1849  par  S.  Antoine-Marie  Claret  y  Clarâ 
(v.  supra),  à  Vich  (Barcelone,  Espagne),  sous  le  titre 
de  congregatio  missionariorum  Filiorum  Immaculati 
Cordis  B.  M.  Virginis  (C.  M.  F.  =  Cordis  Mariae 
Filius). 

Dès  le  début  de  son  activité  missionnaire,  Claret 
groupait  autour  de  lui  quelques  prêtres  zélés,  qui 
adoptèrent  une  certaine  organisation.  Mais  ce  ne  fut 
qu'au  retour  de  Claret  des  Canaries  (mai  1849)  que, 
le  16  juin.,  on  fonda  la  congrégation  des  missionnaires 
établie  au  séminaire  de  Vich.  Les  premiers  membres 
furent,  outre  le  fondateur,  les  prêtres  E.  Sala,  J.  Xifré, 
J.  Clotet,  D.  Fâbregas  et  M.  Vilarô.  La  nomination  de 
Claret  à  l'archevêché  de  Cuba  faillit  compromettre 
l'existence  de  la  congrégation. Elle  survécut  à  l'épreuve 
et,  le  9  cet.,  se  fixa  dans  l'ancien  couvent  des  carmes 
qui  devint  dès  lors  la  maison  mère.  Claret  en  fut  le 
premier  supérieur;  à  son  départ  pour  Cuba,  il  fut 
remplacé  par  E.  Sala.  L'élection  de  J.  Xifré  comme 
général  (1858)  marque  le  commencement  d'une  expan- 
sion étonnante  :  en  1860,  on  fonda  une  maison  à  Bar- 
celone, puis  dans  plusieurs  autres  villes  d'Espagne;  en 
1869,  la  congrégation  s'établit  en  France;  en  1870,  au 
Chili;  en  1880,  à  Cuba;  en  1881,  aux  Canaries;  en 
1883,  à  Fernando  Poo;  en  1884,  en  Italie  et  au  Mexi- 
que; en  1895,  au  Brésil;  en  1898,  au  Portugal;  en  1901, 
en  Argentine;  en  1902,  aux  États-Unis;  en  1908,  en 
Uruguay;  en  1909,  en  Colombie  et  au  Pérou;  en  1911, 
en  Autriche;  en  1912,  en  Angleterre;  en  1919,  en 
Bolivie;  en  1923,  au  Venezuela,  à  Sto  Domingo,  et  à 
Panamà;  en  1924,  en  Allemagne;  en  1927,  dans 
l'Afrique  portugaise;  en  1933,  en  Chine;  en  1946,  à 
Puerto  Rico;  en  1947,  aux  Philippines;  en  1949,  en 
Belgique.  Le  9  juill.  1859,  elle  reçut  l'approbation 
civile';  le  21  nov.  1860,  le  decrelum  laudis;  le  27  févr. 
1866,  son  approbation  définitive  (Constitution  Ad 
decennium);  le  11  févr.  1870,  l'approbation  perpé- 
tuelle de  ses  constitutions  et,  le  2  mai,  la  confirmation 
ofTicieile  de  cette  approbation.  Par  ses  lettres  Inter 
religiosas  familins  du  16  juill.  1924,  Pie  XI  accorda  à 
la  congrégation  une  nouvelle  a))probation  (A.  A.  Sedis, 
1924,  n.  16,  ]).  351-57).  Par  décret  de  la  Congr.  des 
Ileligieux  du  23  août  1947,  elle  a  élé  reconnue  olllcicl- 
lement  comme  instituL  religieux  pour  l'enseignement. 
■  Les  constitutions  assignent  aux  menobres  de  la 


congrégation  de  poursuivre  un  triple  but  :  promou- 
voir la  gloire  de  Dieu,  leur  propre  sanctification  et  le 
salut  des  hommes.  Elles  autorisent  donc  toute  activité 
apostolique.  Elles  ne  se  distinguent  guère  beaucoup 
de  celles  des  autres  congrégations  modernes.  La  curie 
généralice,  à  Rome,  comprend  le  général,  le  sous-direc- 
teur, trois  consulteurs  au  minimum,  un  procureur,  un 
administrateur  général  et  un  secrétaire  général.  La 
congrégation  est  divisée  en  provinces,  qui  sont  elles- 
mêmes  subdivisées  en  semi-provinces,  maisons,  rési- 
dences et  semi-résidences.  Chaque  provincial  et 
chaque  supérieur  local  possède  ses  consulteurs,  un 
administrateur  et  un  secrétaire.  Le  général  est  élu  par 
le  chapitre  général  pour  une  période  de  douze  ans; 
il  nomme  les  provinciaux  pour  six  ans  et  ceux-ci 
désignent  les  supérieurs  pour  trois  ans. 

Actuellement  (statistiques  de  1949),  la  congrégation 
comprend  1 1  provinces,  4  vice-provinces,  5  visitadurias, 
240  maisons,  environ  2  500  religieux  profès  et  1  500 
jeunes  clercs.  Elle  possède  de  nombreux  collèges  et  six 
districts  missionnaires  :  le  vicariat  apostolique  de  Fer- 
nando Poo,  établi  le  13  nov.  1883;  la  préfecture  apos- 
tolique de  Chocô  (Colombie),  14  févr.  1909;  le  vicariat 
de  Darien  (Panamâ),  6  janv.  1926;  la  prélature  de 
S.-Joseph  de  Tocantis  (Brésil),  22  juill.  1926;  la  mis- 
sion de  Sâo  Tomé  y  Principe  (Luanda),  30  août  1929; 
la  préfecture  de  Tunki  (Chine),  4  mai  1933.  Actuel- 
lement elle  publie  85  revues  et  70  journaux,  entre 
autres  :  Vida  religiosa;  Commentarium  pro  religiosis; 
Ephemerides  mariologicae  ;  Ilustraciôn  del  clero  et 
Tesoro  sacro-musical. 

Dates  des  chapitres  généraux.  —  1.  28  mai  1859;  2. 
7-14  juill.  1862;  3.  4-6  juill.  1864;  4.  10-13  juill.  1876; 
5.  9-17  juin  1888;  6.  3-16  sept.  1895;  7.  17-23  avr. 
1896;  8.  19-27  déc.  1899;  9.  25  avr.-18  mai  1904;  10. 
7-17  juin  1906;  11.  30  avr.-31  mai  1912;  12.  15  août- 
15  oct.  1922;  13.  15  mars-30  avr.  1934;  14.  22  nov.- 
7  déc.  1937;  15.  3-28  mai  1949. 

Supérieurs.  —  E.  Sala,  1849-58;  J.  Xifré,  1856-99; 
C.  Serrât,  1899-1906;  M  Alaina,  1906-22;  N.  Garcia, 
1922-34;  F.  Maroto,  1934-37;  N.  Garcia,  pour  la 
deuxième  fois,  1937-49;  P.  Schweiger,  1949. 

M.  Aguilar,  Hist.  de  los  Misioneros  Hijos  del  Inmaculado 
Corazôn  de  Maria,  Barcelone,  1901,  2  vol.  —  Anales  de  la 
Congregaciôn  (revue),  1886-1951.  —  La  Congr.  de  los  Misio- 
neros Hijos  del  Inmaculado  Corazôn  de  Maria  en  el  75  aniver- 
sario  de  su  fundaciôn,  Madrid,  1924.  —  C.  Fernândez,  El 
B.  P.  Antonio  M.  Claret.  Hist.  documentada  de  su  vida  y 
empresas,  Madrid,  1946,  i,  521-54;  ii,  297-358.  —  El  Iris  de 
Paz  (revue),  n.  2248,  16  juill.  1949.  —  Colegios  Claretianos 
(revue),  n.  17,  mars-mai  1949.  ■ —  Enciclopedia  Espasa,  au 
mot  Clarétins. 

F.  PÉREZ. 

CLARISSES.  Voir  François  (Ordre  de  Saint-). 

CLARITUS  (Bienheureux),  de  la  noble  famille 
des  Voglia,  naquit  à  Florence  vers  1300.  Il  embrassa 
l'état  clérical  et  fut  guéri  miraculeusement  en  invo- 
quant S.  Zénobe.  Il  contracta  mariage  et  fonda  en- 
suite dans  sa  ville  natale  le  monastère  des  augusti- 
niennes  de  Regina  Coeli,  dit  Chiarito,  où  sa  femme  se 
retira.  Il  retourna  ensuite  à  l'état  clérical,  se  dévouant 
à  la  communauté  jusqu'à  sa  mort,  qu'on  place  le  25  mai 
1348.  Son  tombeau  fut  l'objet  d'une  vénération  spé- 
ciale et  le  peuple  lui  accorda  le  titre  de  Bienheureux. 

A.  S.,  mai,  vi,  160-62.  —  Bolletino  storico  agostiniano,  i, 
1924,  p.  15-20.  —  L.  T.  K.,  ii,  978. 

R.  Van  Doren. 
CLARKE   (Ada.m),  polygraphe   anglais  (1762- 
1832).  Voir  D.  T.  C,  lii,  1. 

CLARKE  (Robert),  chartreux  anglais  (t  1675). 
VoirZ>.  r.,C.,  ni,  1-2  


1069 


CLARKE 


—  CLASSE 


1070 


CLARKE  (Samuel),  théologien  anglican  (1675- 
1729).  VoirD.  T.  C,  m,  2-8;  L.  T.  A'.,  ii,  978. 

CLARTÉ-DIEU,  C/an7asDe(,  ancienne  abbaye 
de  moines  cisterciens  au  dioc.  de  Tours,  sur  la  comm. 
de  S. -Paterne  (Indre-et-Loire).  Les  circonstances  de 
la  fondation  de  cet  établissement  sont  narrées  dans  un 
document  émané  de  l'abbé  de  Cîteaux,  Boniface  (1244- 
55?),  qui  affirme  à  nouveau  les  conditions  dans  les- 
quelles s'est  opérée  l'œuvre  de  son  prédécesseur,  Guil- 
laume III  de  Montaigu  (1238-44).  Pierre  des  Roches, 
évêque  de  Winchester  (t  1238),  déjà  fondateur  de 
l'abbaye  cistercienne  de  Netley,  dans  son  diocèse 
(Statuta...,  1238,  n.  27,  28),  donna  à  l'abbé  de  Cîteaux 
la  somme  nécessaire  pour  l'achat  d'un  terrain  et  la 
fondation  d'un  monastère.  Dom  Guillaume  confia  la 
réalisation  de  cette  œuvre  à  Jean,  abbé  de  l'Epau,  ou 
Piété-Dieu,  au  diocèse  du  Mans.  Le  22  juill.  1240, 
douze  moines,  un  abbé  et  quelques  convers  venus  de 
Cîteaux  prenaient  i)ossession  de  la  nouvelle  abbaye, 
qui  fut  ainsi  la  vingt-cinquième  maison  fille  directe  de 
l'abbaye  de  Cîteaux.  Cette  fondation  prospéra,  sans 
prendre  cependant  des  accroissements  considérables. 
Au  xvi«  s.,  deux  de  ses  abbés  devinrent  évêques  auxi- 
liaires de  l'archevêque  de  Tours.  André  Lagogne  reçut, 
lors  de  sa  nomination  par  Léon  X,  l'autorisation  de 
posséder  plusieurs  bénéfices  (24  août  1515;  Regesta 
Leonis  X,  n.  16995-17175).  Il  décéda  le  30  juin  1525. 
Jean  de  Vaulx,  bachelier  en  théologie,  avait  été  nommé 
par  Léon  X  à  la  prélature  de  Clarté-Dieu,  pour  rem- 
placer Lagogne  en  1515  (ibid.,  n.  16995);  il  lui  était 
enjoint  de  laisser  à  ce  dernier  l'usufruit  de  la  demeure 
abbatiale  et  de  quelques  autres  biens.  En  août  1540, 
Jean  de  Vaulx  devint  lui  aussi  évêque  auxiliaire  de 
Tours;  en  quittant  l'abbatiat,  il  se  réserva  une  certaine 
part  des  revenus  de  son  abbaye.  On  était  en  marche 
vers  la  commende.  Elle  se  présenta  immédiatement 
après  le  départ  de  Vaulx,  en  la  personne  d'Étienne 
Poncher,  évêque  de  Bayonne,  bientôt  transféré  à  Tours. 

En  1441,1e  choix  des  électeurs  s'était  porté  sur  un 
moine  de  Bellebranche,  Henri  Bruslay,  bachelier  in  sa- 
cra pagina  (Statuta...,  1442,  n.  14).  Une  trentaine 
d'années  plus  tard,  le  moine  élu  à  l'abbatiat  était  encore 
étudiant  à  l'université  d'Angers.  Le  chapitre  général 
lui  permit  de  continuer  et  de  terminer  ses  études 
{ibid.,  1478,  n.  45).  Au  xvii»  s.,  Clarté-Dieu  fut  dési- 
gnée par  le  chapitre  de  Cîteaux  pour  abriter  le  noviciat 
commun  des  deux  provinces  ecclésiastiques  d'Angers 
et  de  Tours.  La  communauté  demeura  toujours  dans 
la  commune  observance.  En  1768,  il  ne  restait  que 
quatre  religieux. 

Liste  des  abbés  (d'après  Gall.  christ.,  xiv,  327).  —  1. 
Réginald,  1240.  —  2.  Jean  I".  —  3.  Hilaire.  —  4. 
Jean  II.  —  5.  Hugues,  1289,  1297.  —  6.  Odon,  1319. 

—  7.  Guillaume.  —  8.  Henri  I",  1352,  1358.  —  9. 
Pierre  I",  1378,  1390.  —  10.  Georges  I",  1399,  1418. 

—  11.  Matthieu,  1432.  —  12.  Guillaume  II.  —  13. 
Henri  Bruslay,  1"  févr.  1441.  —  14.  Thomas  Le  Potier, 
1450-64.  —  15.  N.,  1478  (d'après  les  Statuta...,  1478, 
n.  45).  —  16.  André  Lagogne;  "devint  év.  auxil.  en 
1515.  —  17.  Jean  de  Vaulx,  1515-40.  —  18.  Étienne 
Poncher,  commend.  —  19.  Georges,  card.  d'Arma- 
gnac, 1551.  —  20.  Charles  de  Bourbon,  card.  de  Ven- 
dôme. —  21.  Nicolas  de  Tiercelin  d'Apelvoisin,  1572. 

—  22.  Pierre  Ménard.  —  23.  François  Legouz  du 
Plessis-Lyonnet,  t  1618.  —  24.  Charles  Bault  de  Beau- 
mont,  t  1633.  —  25.  Étienne  de  Remefort  de  la  Gre- 
lière,  1634-56.  —  26.  Jean  de  Sazilly,  1650,  t  1694.  — 
27.  Valentin  Hémard  de  Paron,  1694.  —  28.  Henri  de 
Betz  de  la  Harteloyre,  1723.  —  29.  Odet  Joseph  de 
Vaux  de  Giry  de  S.-Cyr,  1732,  t  1761.  —  30.  Nicolas 
Navarre,  1749-53.  —  31.  César  Laurent  de  la  Geste, 
1753-85.  —  32,  N.  Sève,  1785-90. 


iVrchives  :  départ.  d'Indre-et-Loire,  H  148-166  (1239- 
XVIII»  s.).  —  Aix,  bibl.  munie,  ms.  1431  :  actes  (13  avr. 
1289;  18  janv.  1489).  —  Paris,  Bibl.  nat.,  ms.  /r.,  recueil 
Gaignières,  20S92;  25988  :  quitt.  ecclésiastiques  (1378- 
1531);  noav.  acq.  fr.  3600  :  pièce  originale  (1455).  —  Tours, 
ms.  1217,  fol.  51  :  antiquités  des  abbayes  de  Touralne... 
(1220-22  à  1494);  1347,  fol.  1-120  :  recueil  de  chartes  (1219 
à  1544)  (H.  Stein,  Cartulaires  jrançai.i,  n.  1798). 

É.  Berger,  Registres  d'Innocent  IV,  n.  798  :  lettre  du 
13  aortt  1250  (?)  à  l'exécuteur  testamentaire  de  Pierre  des 
RocJies.  —  Cottineau,  802.  —  Gall.  christ.,  xiv,  327  :  cite 
un  document  reproduisant  les  noms  des  moines  fondateurs; 
Instrum.,  91  :  lettre  de  dom  Boniface  (1244).  —  V.  Gui- 
gnard.  L'église  et  l'abbaye  de  Clarté-Dieu,  dans  Bull,  archéol. 
de  Touraine,  xxv,  270,  277.  —  Janauschek,  Origines  cis- 
terc..  Vienne,  1877,  p.  243.  —  Statuta  cap.  gen.  ord.  cisterc, 
i-viii,  éd.  Louvain,  1933-41,  passiin.  —  G.  Tessier,  Archiu. 
de  la  Chambre...  lilois  (  1775-8 1  ),  n.  4^,  duns  Bibl.  de  l'École 
des  chartes,  xc,  1929,  p.  364. 

J.-M.  Canivez. 

CLASSE,  Classis,  cité  avec  port  militaire  établie 
par  l'empereur  Auguste  à  5  km.  de  Ravenne  (Italie). 
Elle  fut  la  résidence  des  évêques  jusqu'au  moment  où 
la  cour  impériale  s'établit  à  Ravenne  (402).  A  cause  des 
désastres  militaires,  puis  de  l'ensablement  du  port, 
la  ville  perdit  bientôt  toute  importance,  au  point  qu'au 
ix«  s.  on  parlait  de  la  cii'itas  dudiim  Classis.  Des  nom- 
breuses églises,  parmi  lesquelles  la  basilique  de  Probus, 
première  cathédrale,  et  la  basilique  Pelriana,  la  plus 
grandiose,  il  ne  subsiste  aujourd'hui  que  la  basilique 
de  S. -Apollinaire,  un  des  monuments  les  plus  insignes 
de  l'Italie,  remarquable  surtout  par  sa  décoration  de 
mosaïques  et  ses  colonnes  de  marbre.  Line  première 
église  en  l'honneur  de  ce  saint  fut  construite  par  S. 
Pierre  Chrysologue  (t  450).  La  seconde  fut  édifiée  par 
Julien  l'Orfèvre,  sous  l'archevêque  Ursicin  (534-38), 
ou  d'après  d'autres  par  l'empereur  Justinien  et  le 
patrice  Narsès;  elle  fut  consacrée  et  on  y  transféra  le 
corps  du  martyr  en  549.  L'archevêque  Jean  III  (575- 
95)  adjoignit  à  la  basilique  le  monastère  dédié  à  Ste 
Félicule,  et  aux  SS.  Marc  et  Marcellin.  En  731  ce  der- 
nier appartenait  aux  bénédictins,  mais  il  passa  aux 
camaldules  en  1138.  Après  le  sac  de  la  ville  par  les 
Français  en  1512,  les  moines  se  transférèrent  à  Ra- 
venne et  y  construisirent  une  nouvelle  abbaye  qui 
garda  son  titre  original  de  Classe.  Ils  commencèrent  en 
1628  la  remarquable  collection  de  livres  conservée 
aujourd'hui.  Les  bâtiments  de  la  bibliothèque  actuelle 
furent  édifiés  sous  l'abbé  Pietro  Canneti  (1707-14).  Ils 
reçurent  des  peintures  de  Fr.  Mancini  et  une  décora- 
tion en  stuc  d'A.  Martinetti.  Le  monastère  lui-même 
fut  supprimé  en  1797. 

A  côté  de  l'église  de  S.  Severo  (iv^  s.),  où  le  corps  de  cet 
évêque  de  Ravenne  fut  transféré  par  Jean  III,  s'éleva 
une  autre  abbaye  de  bénédictins.  Occupée  par  les  cister- 
ciens au  xin«  s.,  elle  fut  unie  par  Callixte  III,  en  1457,  à 
S. -Apollinaire.  Aujourd'hui  il  n'en  reste  aucun  vestige. 

Non  loin  de  Classe,  dans  la  forêt  du  Pinetuin,  se 
trouvait  un  troisième  monastère  dédié  aux  SS.  Jean 
et  Étienne.  Grégoire  I"  en  parle  à  plusieurs  reprises 
dans  ses  lettres  au  moment  où  Claudius  en  était  abbé. 
En  649,  il  avait  comme  abbé,  dit-on,  l'évêque  de  Cé- 
sena,  S.  Maur.  Il  fut  uni,  au  xi''  s.,  à  l'abbaye  de  S.  Se- 
vero,  mais  était  en  ruine  au  début  du  xii«  s. 

S.-.\poLLiNAiRE.  —  F.  Bottardi,  Délia  chiesa  e  convento  di 
S.  Apollinare  di  Ravenna,  dans  Mem.  isinr.  di  Bologna,  ii- 
III,  Parme,  1760.  —  Cappellelti,  ii,  1-182.  —  Cottineau, 
Répert.  topo-bibliogr.  des  abb...,  802-03.  —  Ch.  Diehl, 
Ravenne,  Paris,  1907.  —  Enc.  ital.  Treccani,  x,  533.  — 
D.  Farabulini,  .Storia  délia  vita  e  del  cullo  di  S.  Apollinare, 
Rome,  1874.  —  Fortunius,  Hist.  camald.,  ii.  3.  11,  79.  — 
G  Galassi,  Roma  o  Bisanzio,  Rome,  1930.  —  Kehr,  It. 
pont.,  V,  106.  —  .1.  Kurth,  Die  Wandmosaiken  von  Ravenna, 
Berlin,  1902.  —  O.  Montenovesi,  Diblioteche  monastiche  di 
Ravenna  e  di  Roma  :  Fr.  Mancini  e  la  sua  opère  pitlorica, 
dan»  Riv.  stor.  bened.,  1925,  p.  273-84. 


1071 


CLASSE   —  CLAUDE 


1072 


s.  Severo.  —  A.  S.,  févr.,  i,  78.  —  Cottineau,  803.  — 
Fortunius,  Hist.  camald.,  ii,  183.  —  Janauscliek,  Origines 
cislerc,  i,  251.  — •  Kehr,  /(.  pont.,  v,  106.  —  Translatio 
S.  Severi,  auct.  Liutolfo  (ix«  s.),  dans  Jall'é,  Dibl.  rerum 
germ.,  lu,  507  sq. 

SS.-Jean-et-Étienne.  —  Cottineau,  803.  —  Grégoire  le 
Grand,  Epist.,  iv,  41,  43;  vu,  18,  dans  P.  L.,  lxxvii,  903, 
918.  —  Ketir,  //.  pont.,  v,  108.  —  Mabillon,  Annales  O.S.B., 
2»  éd.,  I,  227,  251.  —  Mittarelli,  Annales  camald.,  ni, 
append.  cccxxi,  ccxviii. 

R.  Van  Doren. 
CLAU  (Christophe).  Voir  Clavius. 

1 .  CLAUDE,  mentionné  au  18  févr.  par  le  mar- 
tyrologe romain  comme  martyr  à  Ostie,  sous  Dioclé- 
tien.  Il  eut  comme  compagnons  Maximin,  sa  femme, 
Praepedigna,  et  ses  fils,  Alexandre  et  Cutia,  qui  furent 
exilés  avec  lui  et  brûlés  vifs.  Leurs  restes  furent  jetés 
dans  le  fleuve.  Ces  détails  furent  insérés  au  marty- 
rologe par  Adon  qui  les  avait  découverts  dans  les 
Actes  fabuleux  de  Ste  Suzanne  (B.  H.  L.,  7937).  Les 
noms  se  trouvaient  déjà  au  martyrologe  hiéronymien 
au  l"  oct.,  mais  sans  relation  avec  Ostie.  De  fait,  on 
ne  sait  qui  est  Claudius.  Alexandre  n'est  pas  un  martyr 
de  Rome,  mais  de  Dinogetia  en  Mésie.  Quant  à  Praepe- 
digna et  Cutia,  ces  vocables  ont  été  formés  par  la  réu- 
nion fortuite  de  deux  tronçons  détachés  :  Eoprepi  et 
Dignae-cotiae  (Dinogetia). 

A.  S.,  févr.,  III,  60-4.  —  H.  Delehaye,  Étude  sur  le  légen- 
dier  romain,  24,  34.  —  D.  H.  G.  E.,  ii,  173.  —  Duchesne, 
Mélanges  d'archéol.  et  d'hist.,  xxxvi,  27,  42.  —  Mart.  Hier., 
éd.  Delehaye,  534-36.  —  Mart.  Rom.,  68,  233. 

R.  Van  Doren. 

2.  CLAUDE  (9-10  mars)  est  le  nom  donné  à  l'un 
des  quarante  soldats  martyrs  de  Sébaste  (v.  ce  mot). 

A.  S.,  mars,  ii,  12-29.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  134. 

—  Mari.  Rom.,  90-91. 

R.  Van  Doren. 

3.  CLAUDE,  martyr  (26  avr.),  est  mentionné  au 
martyrologe  romain  avec  Cyrinus  et  Antoninus, 
comme  compagnons  du  pape  S.  Marcellin,  sous  Maxi- 
mien. Leur  mort,  dit  le  martyrologe,  amena  une  rage 
persécutrice  où  périrent  17  000  chrétiens.  Les  noms  de 
ces  trois  martyrs  se  trouvent  au  Liber  pontificalis. 
Leur  notice  du  martyrologe  est  inspirée  d'une  Passion 
romancée  de  S.  Marcellin,  perdue  aujourd'hui.  L'édi- 
tion de  Benoît  XV  les  a  transférés  au  25  octobre. 

A.  S.,  avr.,  m,  416-19.  —  Duchesne,  Liber  pont.,  i,  162-63. 

—  Mart.  Rom.,  157. 

R.  Van  Doren. 

4.  CLAUDE,  martyr  à  Constantinople,  et  ses 
compagnons  Hypace,  Paul  et  Denis  étaient  les  enfants 
de  Lucilien.  Ils  sont  rappelés  au  martyrologe  romain  le 
3  juin.  D'après  ce  dernier,  après  des  supplices  divers, 
ils  furent  jetés  dans  une  fournaise,  mais  la  pluie  étei- 
gnit le  feu;  Lucilien  fut  ensuite  crucifié,  les  autres 
furent  décapités.  Ces  détails  se  trouvent  dans  les 
svnaxaires,  qui  résument  la  Passion  romancée  {B.H.  G., 
939).  Ces  saints  avaient  une  église  à  Constantinople, 
près  de  l'église  S.-Michel  év  tt)  'O^Eiot. 

A.  S.,  juin,  I,  274-86.  —  Mart.  Rom.,  221.  —  Synax. 
Eccl.  Const.,  275. 

R.  Van  Doren. 

5.  CLAUDE  (Saint),  év.  de  Besançon,  signa  en 
517  au  concile  d'Épaone  et,  peu  après,  à  celui  de  Lyon. 
Raban  Maur,  le  premier,  l'inscrivit  au  martyrologe.  Le 
martyrologe  romain  le  reprit  au  6  juin.  Sa  Vila  du 
xii«  s.  (B.  H.  L.,  1840),  qui  est  sans  valeur,  et  après 
elle  le  catalogue  des  abbés  de  S.-Oyand  de  Joux  (S. 
EiKjcndiis  JiirensisJ,  plus  tard  S. -Claude  dans  le  Jura, 
le  citent  comme  onzième  supérieur  de  cette  maison. 
Mais  il  s'agit  d'un  autre  personnage,  bien  que  l'iden- 
tification ait  été  maintenue  par  la  tradition  posté- 


rieure, notamment  par  les  autres  Vitae  (B.  H.  L.,  1841- 
43),  également  dénuées  de  crédit. 

A.  S.,  juin,  I,  693-98.  —D.  H.  G.  E.,  v,  1153.  —  Duchesne, 
III,  202,  221.  —  Mart.  Rom.,  226-27.  —  M.  G.  IL,  SS.,  xiii, 
743-49.  —  H.  Zinzins,  Untersuchungen  ùber  Heiligenleben 
der  Diôzese  Besançon,  dans  Zeitschr.  jùr  Kirchengeschichte, 
XLVi,  1927,  p.  387-89. 

R.  Van  Doren. 

6.  CLAUDE  (Saint)  (6  juin),  abbé  de  Condat 
(S.-Oyand  de  Joux,  S.  Eugendiis  Jurensis).  Il  est  mort 
le  5  juin,  au  début  du  viii^  s.  Il  a  été  identifié,  à  tort, 
avec  S.  Claude,  évêque  de  Besançon  {supra,  n.  5),  qui 
vécut  au  vii«  s.  Ses  reliques  furent  brûlées  à  la  Révo- 
lution française. 

Voir  Claude  (Saint),  évêque  de  Besançon. 

R.  Van  Doren. 
CLAUDE,  martyr,  commémoré  le  7  juill.  avec 
Castorius.  Voir  D.  H.  G.  E.,  xi,  1459. 

7.  CLAUDE  et  ses  compagnons,  cités  par  le 
martyrologe  romain  le  21  juill.  comme  martyrs  à 
Troyes  en  Gaule,  sous  l'empereur  Aurélien.  Leurs 
noms  proviennent  de  la  Passion  de  Ste  Julie  (B.  H.  L., 
4518),  copie  presque  littérale  de  celle  de  Ste  Luceia 
(jB.  h.  L.,  4980),  et  à  classer  dès  lors  parmi  les  apo- 
cryphes. 

A.  S.,  juill.,  v,  132-34.  —  A.  Boll.,  lv,  135-36.  —  Mart. 
Rom.,  299.  —  Tillemont,  tv,  348. 

R.  Van  Doren. 

8.  CLAUDE,  martyr  d'Égée  (Cilicie),  sous  Dio- 
clétien  (23  août).  Voir  Astère  (n.  5,  6),  supra,  m, 
1158-59. 

P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Note  agiografiche,  v,  107-18; 
Id.,  dans  Nuovo  ballet,  di  archeol.  cristiana,  x,  17.  —  Mart. 
Hier.,  éd.  Delehaye,  461.  —  Mart.  Rom.,  354-55.  —  Synax. 
Eccl.  Const.,  178,  427. 

R.  Van  Doren. 

9.  CLAUDE,  Luperque  et  Victorinus,  martyrs  de 
Léon  en  Espagne  (30  oct.),  étaient,  d'après  le  martyro- 
loge romain,  fils  de  S.  Marcel  le  centurion.  Avec  lui, 
ils  furent  décapités  durant  la  persécution  de  Dioclé- 
tien  et  Maximin,  sous  le  préfet  Diogénien.  Claude  et 
Luperque  sont  mentionnés  par  le  calendrier  mozarabe 
de  1055,  au  19  avr.;  par  d'autres,  avec  Victorinus,  les 
30  ou  31  oct.  Leurs  Actes  (B.  H.  L.,  1831)  méritent 
peu  de  créance.  Ils  ne  font  aucune  allusion  aux  rap- 
ports de  Marcel  avec  les  autres  martyrs,  que  décrit 
une  version  postérieure  (ibid.,  1832)  qui  a  inspiré  le 
martyrologe.  Le  récit  de  la  translation  (1834)  parle 
d'un  monastère  de  Léon,  qui  était  dédié  aux  saints. 

A.  S.,  oct.,  XIII,  286-96.  —  A.  Boll.,  xli,  266,  278-79.  — 
Espana  sagrada,  xxxiv,  353-417.  —  Z.  Garcia  Villada, 
Hist.  ecl.  de  Espana,  i,  265-68;  377-79.  —  Mart.  Rom., 
484-85. 

R.  Van  Doren. 

10.  CLAUDE,  martyr  à  Rome  (3  déc).  D'après 
le  martyrologe  romain,  le  tribun  Claude,  son  épouse 
Hilarie,  ses  enfants  Jason  et  Marus,  et  soixante-dix 
soldats  furent  condamnés  à  mort  sous  l'empereur  Nu- 
mérien.  Claude,  attaché  à  une  grosse  pierre,  fut  jeté 
dans  le  fleuve;  ses  deux  fils  et  les  soldats  furent  déca- 
pités; Hilarie  mourut  en  prison.  Les  noms  des  saints, 
comme  ces  détails,  furent  introduits  au  martyrologe 
par  Adon,  qui  les  a  trouvés  dans  la  Passion  apocryphe 
des  SS.  Chrysanthe  et  Darie  (B.  H.  L.,  1787).  Les  topo- 
graphes anciens  connaissent  cependant  le  tombeau 
d'Hilarie  et  de  Jason.  De  même  le  martyrologe  hiéro- 
nymien parle  au  10  déc.  d'un  Maurus  (non  de  Marus). 

Delehaye,  Élude  sur  le  légendier  romain,  53-54.  —  Mart. 
Hier.,  éd.  Delehaye,  641-42.  —  Mart.  Rom.,  562. 

R.  Van  Doren. 

11.  CLAUDE,  martyr  en  Afrique  (3  déc),  cité 
par  le  martyrologe  romain  avec  Crispin,  Magine,  Jean 


1073 


CLAUDE 


—  CLAUDE   DE  LA  COLOMBIÈRE 


1074 


et  Étienne.  Dans  des  mss.  du  martyrologe  hiérony- 
mien,  au  lieu  de  Claudii,  on  lit  Claudici,  Laiidici, 
c.-à-d.  Laodicée.  Un  nom  de  lieu  a  donc  été  lu  comme 
un  nom  de  personne. 

Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  633.  —  Mart.  Rom.,  562. 

R.  Van  Doren. 

12.  CLAUDE,  évêque  africain,  connu  par  une 
lettre  que  lui  adresse  S.  Augustin  (Episl.,  ccvii,  éd. 
Barreau,  vi,  119-20;  xxxi,  121-22;  P.  L.,  xxxiii,  949- 
50)  en  421  ou  peu  de  temps  après.  Le  pasteur  d'Hip- 
pone  le  félicite  de  sa  charité  fraternelle  :  de  sa  propre 
initiative,  il  lui  a  envoyé  les  quatre  livres  écrits  par  le 
pélagien  Julien  contre  son  premier  De  nuptiis  et  concu- 
piscentia;  en  retour,  il  aura  la  primeur  des  quatre 
siens  rédigés  pour  réfuter  ceux  de  son  adversaire.  Il 
lui  demande  son  appréciation,  et  le  remercie  de  lui 
avoir  permis,  grâce  à  son  envoi,  de  mener  à  bien  cette 
tâche. 

J.  Ferron. 

CLAUDE,  évêque  de  Turin  (f  830).  VoirD.T.C, 
III,  12-19;  Hislor.  Jahrb.,  1906,  p.  74-84. 

CLAUDE  (Jean),  ministre  de  l'Église  réformée 
de  France,  controversiste  (1619-87).  Voir  D.  T.  C,  m, 
8-12;  L.  T.  K.,  ii,  979-80.  * 

CLAUDE  APOLLINAIRE  (Saint),  évêque 
d'Hiérapolis  (ii«  s.).  Voir  Apollinaire,  supra,  m, 
959-60. 

CLAUDE  CLÉMENT.  Voir  Clément  Scot 
(n.  1  et  2). 

13.  CLAUDE  DE  LA  COLOMBIÈRE,  S.  J. 

(Bienheureux)  (1641-82),  né  à  S.-Symphorien-d'Ozon 
(Isère),  le  2  févr.  1041,  fit  ses  études  d'humanités  et  de 
l)hilosophie  aux  collèges  N.-D. -de-Bon-Secours  et  de  la 
Trinité  à  Lyon,  et  entra  au  noviciat  d'Avignon  (23  oct. 
1G58)  où  il  fit  une  troisième  année  de  philosoi)hie  et 
cinq  années  de  régence.  De  1666  à  1670  élève  en  théo- 
logie au  collège  de  Clermoiit  à  Paris,  il  y  aida  et  sup- 
pléa le  P.  Bouhours  comme  précepteur  des  fils  de  Gol- 
hert.  L'anecdote  de  sa  disgrâce,  publiée  pour  la  pre- 
mière fois  par  le  P.  Pierre  Charrier  d'après  une  corres- 
pondance privée  de  1738,  ne  semble  guère  vraisem- 
blable, vu  la  délicatesse  du  P.  de  la  Colombière  et  le 
fait  qu'on  n'en  trouve  aucune  trace  ni  dans  les  témoi- 
gnages des  contemporains,  ni  dans  les  écrits  du  bien- 
heureux, ni  dans  les  archives  de  la  Compagnie  où  se 
trouvent  plusieurs  lettres  de  Colbert;  on  s'imagine  dif- 
ficilement le  précepteur  étalant  dans  un  cahier  ouvert 
une  épigramme  grossière  vis-à-vis  du  père  de  ses 
élèves  (discussion  du  fait  dans  G.  Guitton,  op.  infra  cit., 
97-104).  Ce  séjour  à  Paris  et  ce  préceptorat  le  mirent 
en  contact  avec  des  humanistes,  tels  que  Rapin  et  Bou- 
hours, et  avec  la  société  d'intellectuels  et  de  littéra- 
teurs qui  fréquentait  chez  Colbert,  entre  autres  Olivier 
Patru.  Prêtre  depuis  le  6  avr.  1669,  il  regagna  normale- 
ment sa  province  à  la  fin  de  son  cours  de  théologie.  Il 
y  fut  nommé  professeur  de  rhétorique  au  collège  de  la 
Trinité  et  fit  aussi  quelques  prédications.  Lors  de  l'ou- 
verture des  cours  en  1671,  il  fut  chargé  du  discours  de 
rentrée;  de  même  en  1672,  où  il  traita  en  latin  «  Du 
siècle  d'Auguste  et  de  l'orateur  français  »  —  c'est  là 
qu'il  fit,  sans  le  nommer,  un  éloge  transparent  d'O.  Pa- 
tru. Les  derniers  temps  de  son  séjour  à  Lyon  sont  mar- 
qués par  un  raidissement  ou  redressement  spirituel, 
prélude  et  préparation  de  cet  approfondissement  qui  se 
révèle  dans  son  journal  de  la  retraite  de  1674  et  culmine 
dans  son  «  v(ru  de  fidélité  ».  Ki\  edct,  à  l'automne  de 

1674,  il  fut  envoyé  au  troisième  an.  à  la  maison  S. -.Jo- 
seph de  Lyon,  .\dmis  à  la  profession  solennelle  le  2  févr. 

1675,  il  fut  désigné  peu  après  comme  supérieur  de  la 


petite  résidence  de  Paray-le-Monial  dépendante  du 
collège  de  Roanne. 

Après  ses  brillants  succès  oratoires  et  professoraux, 
cette  désignation  put  sembler  étrange,  mais  c'est  là  que 
Dieu  l'attendait  pour  ce  qui  devait  être  sa  grande  mis- 
sion :  la  diffusion  de  la  dévotion  au  Sacré-Cœur  de  Jé- 
sus. Notre-Seigneur  s'était  manifesté  dans  une  série  de 
révélations  à  une  humble  religieuse  de  la  Visitation,  la 
Sœur  Marguerite-Marie  Alacoque,  et  l'avait  chargée  de 
faire  établir  le  culte  du  Sacré-Cœur.  Cette  mission  avait 
jeté  la  sainte  dans  un  grand  trouble  et  l'avait  exposée  à 
de  violentes  contradictions,  sans  qu'elle  trouvât  lu- 
mière ni  secours  chez  aucun  directeur  spirituel.  Notre- 
Seigneur  lui  promit  d'envoyer  «  son  fidèle  serviteur  et 
véritable  ami  ».  Peu  de  temps  après  son  arrivée  à  Pa- 
ray,  le  P.  Claude  à  l'occasion  des  quatre-temps  se  ren- 
dit à  la  Visitation  pour  y  donner  l'instruction  et  en- 
tendre les  confessions;  le  recueillement  intense  de  la 
Sœur  Marguerite-Marie  le  frappa,  et  peu  à  peu  celle-ci 
lui  découvrit  les  grâces  extraordinaires  dont  le  Christ 
l'avait  comblée  et  la  mission  dont  il  l'avait  chargée.  Le 
Père  éclaira  et  soutint  la  sainte;  ce  fut  là  le  début 
d'une  direction  qui  se  poursuivit  jusqu'à  la  mort  du 
bienheureux.  Au  mois  d'août  1676  le  Père  reçut  avis  de 
son  changement  prochain,  sans  indication  précise  de  sa 
nouvelle  destination. 

Lors  du  mariage  du  duc  d'York  avec  Marie-Béatrice 
d'Esté,  le  roi  Charles  II  avait  garanti  à  la  nouvelle  du- 
chesse le  droit  de  chapelle.  En  conséquence,  on  avait 
choisi  un  jésuite  français,  le  P.  de  Saint-Germain, 
comme  prédicateur  de  la  cour  ducale.  En  1675  le  Père 
avait  été  sollicité  par  un  agent  provocateur,  un  Fran- 
çais qui  avait  pris  le  nom  de  Luzancy,  de  recevoir  l'ab- 
juration de  son  apostasie;  il  avait  indiqué  par  écrit  les 
formalités  techniques  de  l'abjuration.  Muni  de  cette 
pièce,  l'agent  avait  échafaudé  devant  les  Communes 
toute  une  accusation  contre  le  prédicateur.  Sur  le  con- 
seil de  jésuites  anglais  et  d'autres  notabilités  anglaises, 
le  Père  s'était  dérobé  par  la  fuite  à  un  jugement  dont 
on  ne  pouvait  attendre  aucune  équité.  Le  duc  d'York 
réclamait  un  nouveau  prédicateur,  de  préféretice  le 
P.  Nicolas  Patouillet,  qui  avait  précédemment  prêché 
avec  grand  succès  dans  la  chapelle  de  l'ambassade  por- 
tugaise à  Londres,  mais  avait  dû  lui  aussi  s'enfuir.  Le 
P.  de  la  Chaize,  ancien  recteur  et  provincial  du  P. 
Claude,  devenu  confesseur  de  Louis  XIV,  choisit  le 
bienheureux  pour  cette  mission  délicate  et  dangereuse, 
dans  une  situation  qui  s'annonçait  de  plus  en  plus  cri- 
tique. Le  P.  Claude  arriva  le  13  oct.  1676  au  palais  de 
S. -James  et  débuta  comme  prédicateur  à  la  Toussaint. 
Il  n'y  avait  guère  que  les  Français  qui  pouvaient 
suivre  ces  prédications,  car  un  édit  interdisait  aux  An- 
glais d'entendre  la  messe  dans  les  chapelles  tolérées 
pour  les  étrangers,  et  l'on  surveillait  souvent  les  portes 
des  chapelles.  A  son  départ,  Sœur  Marguerite-Marie  lui 
avait  communiqué  un  mémoire  contenant  l'annonce  de 
difficultés,  lui  recommandant  la  douceur  envers  les  pé- 
cheurs, la  prudence...  Tout  en  assurant,  avec  succès, 
son  ministère  de  prédication,  le  bienheureux  s'occupa 
aussi  d'une  communauté  cachée  à  Londres,  probable- 
ment des  filles  de  Mary  Ward.  Il  continuait  également 
sa  direction  des  âmes  en  France  par  ses  lettres  spiri- 
tuelles. Malgré  toutes  les  restrictions  et  la  discrétion 
imposée  par  les  circonstances,  son  apostolat  semble 
avoir  été  fructueux.  En  jaiiv.  1677,  le  Père  fit  une  re- 
traite dont  le  journal,  publié  avec  celui  de  la  retraite  de 
1674,  a  une  grande  importance,  tant  parce  qu'il  révèle 
l'évolution  de  sa  vie  intérieure  que  par  le  fait  qu'on  y 
trouve  le  récit  des  révélations  à  Ste  Margucrite-.Marie. 
Ce  sera  cette  retraite,  publiée  après  sa  mort,  cjui  rendra 
publique,  aussi  bien  dans  les  communautés  de  la  Visi- 
tation {|u'à  l'extérieur,  la  mission  de  la  sainte  et  la  dé- 
votion au  Sacré-Cœur  de  Jésus. 


1075  CLAUDE   DE  LA  COLOMB 

Lors  de  l'afïreuse  machination  inventée  par  Titus 
Oates  et  orchestrée  par  le  comte  de  Shaftesbury,  appe- 
lée «  le  complot  papiste  »,  qui  jeta  l'Angleterre  dans 
une  sorte  de  panique  et  de  frénésie,  le  bienheureux  se 
vit  dénoncé  par  un  jeune  Dauphinois,  du  nom  de  Pi- 
quet, qui  avec  l'aide  de  Luzancy  échafauda  une  série 
d'accusations.  Déféré  devant  une  commission  de  lords, 
le  Père  fut  jeté  en  prison  à  King's  bench  (14  nov.  1678). 
Les  six  griefs  articulés  contre  lui  et  qui  motivèrent  sa 
condamnation  à  la  prison  et  au  bannissement  arra- 
chèrent au  grand  Arnauld  un  cri  d'indignation  dans 
son  Apologie  pour  les  catholiques  anglais.  La  santé  du 
P.  Claude,  déjà  ébranlée  (il  avait  eu  plusieurs  accès 
d'hémoptysie),  s'aggrava  par  suite  du  mauvais  traite- 
ment dans  la  prison,  au  point  qu'on  dut  retarder  son 
départ  pour  l'exil. 

Rentré  en  l'^rance  au  début  de  janv.  1679,  il  passa 
par  Paray  et  se  rendit  à  Lyon  où  il  devint  directeur 
spirituel  des  jeunes  religieux,  parmi  lesquels  le  futur 
promoteur  de  la  dévotion  au  Sacré-Cœur,  le  P.  de  Ga- 
lifTet.  Son  état  s'aggravait  toujours  et  il  fut  envoyé  à 
Paray  où  il  mourut  le  15  févr.  1682.  Son  corps,  ense- 
veli dans  la  chapelle  de  la  résidence  des  jésuites,  fut  en 
1763,  lors  de  l'expulsion  des  jésuites  de  France,  trans- 
porté dans  la  chapelle  des  visitandines. 

La  cause  du  P.  Claude  fut  introduite  à  Autun  (7  déc. 
1874-4  mars  1876),  puis  à  Rome  (8  janv.  1880).  Le 
décret  de  iulo  fut  proclamé  devant  Pie  XI  le  7  juin 
1929,  et  le  16  eurent  lieu  les  solennités  de  la  béatifica- 
tion. 

Œuvres.  —  Sermons,  l'«  éd.,  Lyon,  1684,  4  vol. 
avec  préface  du  P.  de  la  Pesse;  Réflexions  chrétiennes, 
1  vol.;  Retraite  spirituelle  et  Lettres  spirituelles,  1715  et 
1725  ;  éd.  des  œuvres  complètes  par  le  Père  P.  Charrier, 
S.  J.,  Grenoble,  1900-01,  6  vol.;  Retraite  spirituelle, 
coll.  Les  Maîtres  spirituels,  Paris,  1929. 

Sur  la  spiritualité  du  P.  Claude.  —  Monter- Vinard, 
dans  Dict.  de  spiritualité,  fasc.  x,  939-43.  —  A.  Condamin, 
Le  Bx  Claude  de  la  Colombière.  Notes  spirituelles  et  pages 
choisies,  Paris,  1929.  —  Messager  du  Sacré-Cœur  de  Jésus, 
juin  1929  (numéro  spécial).  —  Baumann,  S.  .J.,  Aszese  und 
Mystik  des  sel.  Cl.  de  la  Colombière,  dans  Zeitsch.  fiir  Aszese 
und  Mystik,  1929,  p.  263-72.  —  Monier- Vinard,  Le  Bx  Cl. 
de  la  Colombière  et  sa  mission,  extrait  du  Messager  du  Sacré- 
Cœur  de  Jésus,  Apostolat  de  la  prière,  1935. 

Biographies.  —  Préface  du  P.  N.  de  la  Pesse,  éd.  des 
Sermons,  1684,  reproduite  dans  l'éd.  Charrier  de  1900-01. 

—  P.  Charrier,  Hist.  du  V.  P.  Cl.  de  la  Colombière,  1894, 
Lyon-Paris,  2  vol.;  éd.  abrégée,  Paris,  1904.  —  L.  Perroy, 
S.  J.,  Le  P.  Cl.  de  la  Colombière,  Paris,  1923.  —  G.  Guitton, 
Le  Bx  Cl.  de  la  Colombière,  son  milieu  et  son  temps,  Lyon- 
Paris,  1943. 

Sommervogel,  ii,  1311-17.  —  Hamon,  Hist.  de  la  dévotion 
au  Sacré-Cœur  de  Jésus,  i,  161  sq.  —  Bremond,  Hist.  du  sen- 
timent religieux  en  France,  vi,  401-10. 

A.  De  Bil. 

CLAUDIA  (KÂocuSia),  évèché  jacobite,  uni  à  ce- 
lui de  Mélitène  au  moins  depuis  le  début  du  x«  s.  La 
ville  possédait  le  monastère  de  Mar-Domitius  (Chro- 
nique de  Michel  le  Syrien,  trad.  Chabot,  m,  462).  Elle 
se  trouvait  près  de  l'Euphrate,  au  sud-est  de  Mélitène. 

Évêques  jacobites  (monophysiles).  —  Grégoire,  sacré 
vers  925  (Chronique  de  Michel  le  Syrien,  m,  462).  — 
Pierre  l",  vers  950  (ibid.,  lu,  464).  —  Michel,  vers  970 
(ibid.,  III,  466).  —  Moïse,  vers  975  (ibid.,  ni,  466).  — 
Denis,  vers  985  (ibid.,  m,  468).  —  Thomas,  vers  1015 
(ibid.,  m,  469).  —  Basile  I",  vers  1025  (ibid.,  m,  470). 

—  Pierre  11,  vers  1050  (ibid.,  m,  472).  —  Timothée  I", 
vers  1065  (ibid.,  m,  473).  —  Grégoire  l",  vers  1110 
(ibid.,  m,  475).  —  Timothée  II,  vers  1120  (ibid.,  m, 
477).  -  Basile  II,  vers  1 145  (ibid.,  ni,  479).  —  Timo- 
thée III,  vers  1170  (ibid.,  m,  481).  -  Timothée  IV, 
vers  1180  ((7)i(/..  m,  482).  Grégoire  II.  vers  1190 
(ibid.,  iii,  482). 

Le  titre  est  inconnu  dans  l'Église  romaine. 


1ÈRE  —  CLAUDIANISTES  1076 

Chronique  de  Michel  le  Syrien,  Irad.  Chabot,  m,  462-84, 
passim. 

R.  Janin. 

1.  CLAUDIA,  martyre  mentionnée  par  le  mar- 
tyrologe hiéronymien  au  2  janv.,  inconnue  par  ailleurs, 
est  sans  doute  un  doublet  de  Forum  Claudii,  lieu  du 
martyre  de  S.  Marcien,  fêté  également  le  2  janvier. 

A.  S.,  janv.,  i,  82.  —  Mart.  Hier.,  éd.  Delehaye,  22-23. 

R.  Van  Doren. 

2.  CLAUDIA,  martyre,  citée  le  18  mai  au  mar- 
tyrologe romain,  parmi  les  sept  vierges  qui  moururent 
peu  avant  S.  Théodote  à  Ancyre  de  Galatie.  Les  sy- 
naxaires  grecs  et  la  Passion  (B.  H.  G.,  1782,  1783), 
dont  certains  rejettent  l'autorité,  en  parlent  déjà.  Le 
martyrologe  romain  mentionne  encore,  le  20  mars,  une 
Claudia  et  ses  compagnes  martyres  à  Amise  en  Paphla- 
gonie.  Ce  sont  les  mêmes  personnages,  semble-t-il,  que 
ceux  du  18  mai. 

..4.  S.,  mars,  m,  83-84;  mai,  iv,  147-55.  — •  A.  Boll.,  xxii, 
.320-28.  —  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Nuovo  boll.  di  arch. 
crlstiana,  1904,  p.  15  sq.  —  Mort.  Rom.,  104-05;  195.  — 
Synax.  Eccl.  Const.,  694;  546,  549,  585. 

R.  Van  Doren. 

3.  CLAUDIA  (Sainte)  (7  août),  d'après  le  mar- 
tyrologe anglais  de  Wilson,  était  d'origine  britannique. 
Elle  fut  envoyée  comme  otage  avec  ses  parents  chré- 
tiens à  Rome,  où  elle  épousa  Aulus  Pudens.  Elle  fut  la 
première  à  recevoir  S.  Pierre.  Elle  mourut  vers  110. 
Ce  personnage  créé  par  la  légende  n'a  été  l'objet  d'au- 
cun culte. 

.4.  S.,  août,  II,  182. 

R.  Van  Doren. 
CLAUDIANISTES,  disciples  de  Claudianus, 
évêque  donatiste  de  Rome  après  375.  Nous  ne  connais- 
sons rien  des  premières  années  de  Claudianus  en 
dehors  de  son  origine  africaine.  A  la  suite  des  édits  de 
Valentinien  et  Valens  qui  interdisaient  le  second  bap- 
tême (Cad.  Theod.,  XVI,  vi,  1),  confisquaient  les  lieux 
de  réunion  des  hérétiques  (ibid.,  XVI,  v,  4),  attri- 
buaient aux  catholiques  les  églises  où  l'on  aurait  rebap- 
tisé, et  exilaient  les  clercs  désobéissants  (ibid.,  XVI, 
VI,  2),  beaucoup  de  donatistes  africains  s'étaient  réfu- 
giés à  Rome.  Claudianus  était  l'un  d'eux.  A  la  mort  de 
Lucianus,  évêque  donatiste  de  Rome,  il  fut  élu  pour  lui 
succéder.  Entreprenant,  audacieux,  énergique,  il  tra- 
vailla tant  et  si  bien  à  la  propagande  de  ses  idées  qu'il 
ne  tarda  pas  à  inquiéter  le  pape  Damase  et  le  gouver- 
nement lui-même.  Il  fut  frappé  d'une  sentence  d'exil  et 
invité  à  retourner  en  Afrique.  Mais  il  trouva  le  moyen 
de  rester  à  Rome  et  d'y  provoquer  de  sanglantes 
émeutes.  Un  concile,  réuni  dans  le  courant  de  378, 
porta  plainte  à  l'empereur  (Mansi,  coUeclio,  m,  624- 
627).  Avant  la  fin  de  l'année,  un  rescrit  impérial  or- 
donna au  vicaire  de  Rome,  Aquilinus,  de  bannir  Clau- 
dianus et  autres  fauteurs  de  troubles,  qui  organisaient 
la  rébellion  et  s'obstinaient  à  rebaptiser  (CoUeclio  Avel- 
lana,  Epist.,  xiii,  8;  éd.  Giinther,  i,  p.  54  sq.).  Claudia- 
nus partit  alors  pour  l'Afrique,  mais  il  ne  dut  pas  tar- 
der à  rentrer  à  Rome  (Optât  de  Milève,  Contra  donat., 
II,  4).  En  386,  il  était  de  nouveau  en  Afrique  (Sirice, 
Epist.  ad  episc.  Afr.;  Mansi,  ni,  669).  Son  caractère  en- 
tier et  indépendant  se  manifesta  à  nouveau,  car  il  se 
brouilla  avec  son  primat  de  Carthage,  Parmenianus.  Il 
organisa  avec  ses  amis  une  Église  dissidente,  qui  prit  le 
nom  de  claudianiste.  Cette  Église  n'eut  d'ailleurs 
qu'une  vie  éphémère.  Claudianus  mourut  vers  390, 
semble-t-il.  Dès  392,  à  la  mort  de  Parmenianus,  des 
disciples  du  schismatique  se  rallièrent  au  nouveau  pri- 
mat donatiste,  Primianiis.  Claudianus  dut  beaucou)) 
parler  et  beaucoup  écrire;  rien  ne  nous  est  parvenu  de 
son  œuvre  que  nous  connaissons  surtout  par  la  lettre 
du  concile  romain  de  378. 


M 


1077 


CLAUDIANISTES 


—  CLAUDIOPOLIS 


1078 


Outre  les  documents  que  nous  avons  cités,  on  trouvera 
quelques  indications  sur  les  claudianistes  dans  S.  Augustin, 
Serm.,  ii.  In  psalm.,  xxxvi,  20;  Contra  Cresconium,  iv,  9,  11. 
—  Tillemont,  vi,  151  sq.  —  P.  Monceaux,  Hist.  littér.  de 
l'Afrique  chrétienne,  v,  Paris,  1920,  p.  161-65. 

G.  Baudy. 

1.  CLAUDIEN,  C/atidianus,  martyr  (25  févr.), 
d'après  le  martyrologe  romain,  fut  brûlé  vif  avec  Vic- 
torin,  en  Égypte,  sous  l'empereur  Numérien.  D'autres 
saints  moururent  avec  eux,  après  des  supplices  variés. 
La  source  de  cette  notice  est  la  Passion  (B.  II.  L.,  8596 
rf).  Si  les  noms  sont  authentiques,  les  autres  détails  fu- 
rent inventés.  —  Le  martyrologe  de  Lyon  cite  aussi 
Claudien  le  25  févr.  ;  l'hiéronymien,  le  26;  il  y  revient, 
sans  doute,  le  6  mars  et  le  5  avril. 

A.  S.,  févr.,  m,  488-90;  avr.,  i,  .396.  —  A.  Boll.,  xxvii, 
468-70.  —  H.  Delehaye,  Les  martyrs  d'Égyple,  51-52.  —  L. 
Duchesne,  In  Aegypto.  Une  fabrique  de  fausses  légendes 
égyptiennes,  dans  Mél.  d'archéol.  etd'hist.,  xxxvii,  169-79. — - 
Mort.  Hier.,  éd.  Delehaye,  115,  130-31,  175.  —  Mart.  Rom., 
76-77. 

K.  \'an  Doren. 

2.  CLAUDIEN,  martyr  (26  févr.).  Le  martyro- 
loge romain,  après  avoir  rappelé  S.  Nestor,  évêque  mar- 
tyrisé à  Perge  (Pamphylie)  sous  Dèce,  nomme  les 
saints  qui  l'ont  précédé  dans  le  supplice,  et  parmi  eux 
un  Claudien. 

A.  S.,  févr.,  III,  488-90;  627.  —  H.  Delehaye,  Les  mar- 
tyrs d'Êgypte,  51-53;  Origines  du  culte  des  martyrs,  2'  éd., 
168.  —  P.  Franchi  de'  Cavalieri,  Note  agiograficlie,  m,  118- 
19.  —  Mart.  Rom.,  77.  —  Synax.  Eccl.  Const.,  443. 

R.  Van  Doren. 

3.  CLAUDIEN  (Saint)  (6  mars),  d'après  les 
Actes  de  S.  Vigile,  évêque  de  Trente,  fut  un  de  ses 
frères,  romains  comme  lui,  qui  l'accompagnèrent  jus- 
qu'à sa  ville  épiscopale,  où  il  mourut  vers  405.  Ces 
Actes,  de  date  récente,  sont  sans  créance.  Claudien  est 
vénéré  au  diocèse  de  Trente. 

A.  S.,  mars,  i,  426.  —  B.  II.  L.,  8602.  —  Mart.  Rom.,  256. 

R.  Van  Doren. 
CLAUDIEN  MAMERTUS,  poète  chrétien. 
Voir  D.  T.  C,  ix,  1809-11. 

1.  CLAUDIOPOLIS  (KAouSiÔTToAis),  métro- 
pole de  la  province  d'HONORIADE.  La  ville  était  pro- 
bablement une  colonie  romaine  fondée  par  Claude. 
Ruines  à  Eskihisar,  près  de  Bolu. 

Claudiopolis  est  la  16«  métropole  du  patriarcat  de 
Constantinople  dans  la  liste  du  Pseudo-Épiphane  (mi- 
lieu du  vu"  s.;  H.  Gelzer,  Ungedruckte  imd  ungenûgend 
verôjfenllichte  Texte  der  Notitiac  episcopatmim,  dans 
Abhand.  der  kônigl.  bayer.  Akad.  der  IV'is.s.,  part,  l, 
t.  XXI,  Munich,  1900,  sect.  m,  p.  550)  et  dans  celle  de 
806-15  (G.  Parthey,  Hieroclis  Synecdcmus  et  Notitiae 
graecae  episcopaluum,  Berlin,  1866,  p.  173),  la  17<'  dans 
la  S'oi'ct  tactica  vers  940  (H.  Gelzer,  Georgii  Cyprii  des- 
criptio  orbis  Romani,  Leipzig,  1890,  p.  57,  n.  1129)  et 
dans  la  Sotitia  de  Jean  Tzimiscès  (H.  Gelzer,  Unge- 
druckte..., 569).  Elle  est  remplacée  par  la  métropole 
d'Héraclée  de  Pont  (19'')  dans  la  liste  d'Andronic  II 
(ibid.,  597),  mais  figure  de  nouveau  au  17"  rang  dans 
la  liste  d'Andronic  III  (ibid.,  607).  Elle  n'est  pas  si- 
gnalée dans  celle  de  la  fin  du  xv  s.  (ibid.,  628-29),  mais 
reparaît  dans  une  autre  du  xvir  s.,  où  elle  est  indiquée 
comme  n'ayant  plus  aucun  sufïragant  au  lieu  des  cinq 
de  jadis  (ibid.,  639).  Il  est  probable  qu'elle  n'était  plus 
que  titulaire. 

Métropolites  orthodoxes.  —  D'après  la  tradition 
grecque,  S.  .'Vutonomus,  évêque  originaire  d'Italie,  au- 
rait prêché  l'Évangile  à  Claudiopolis  sous  Diocléticn 
(H.  Delehaye,  Synax.  Eccl.  Const.;  A.  .S'.,  l'ropylacum 
nov.,  liruxclles,  1902,  col.  37).  Socrate  cilc  Calli- 
cratès  de  Claudiopolis  parmi  les  partisans  de  .Macédo- 
nius  qui  présentèrent  une  supplique  à  l'empereur  Jo- 


vien  (Hist.  eccl.,  III,  xxv;  P.  G.,  lxvii,  452  A).  —  Gé- 
ronce  assista  au  concile  de  394  qui  jugea  la  cause  d'Aga- 
pius  et  de  Bagadius  de  Bostra  (Mansi,  m,  852  C).  — 
.\u  concile  d'Éphèse  (431),  Olympius  fit  signer  à  sa 
place  les  évèques  Épiphane  de  Cratia  et  Théosébius 
d'Héraclée  (Mansi,  iv,  1364  D).  —  Calogerus  assista  au 
pseudo-concile  d'Éphèse  (449;  Mansi,  vi,  612  B);  il  se 
fit  d'abord  représenter  au  concile  de  Chalcédoine  (451) 
par  Apragmonius  de  Tium  (Mansi,  vi,  568  B),  mais  il 
signa  les  actes  (ibid.,  1083  A);  il  souscrivit  la  lettre  des 
évêques  de  la  province  à  l'empereur  Léon  I"'  à  propos 
du  meurtre  de  Protérius  d'Alexandrie  (458;  ibid.,  vii, 
429  C).  —  Cartérius  signa  le  décret  de  Gennade  de 
Constantinople  contre  les  simoniaques  (459;  P.  G., 
Lxxxv,  1620).  —  Épictète  assista  au  concile  de  536 
sous  le  patriarche  Ménas  (Mansi,  vu,  878  D,  950  C, 
1 143  C).  —  Cyprien  I"'  prit  part  au  concile  Quinisexte 
(680;  Mansi,  xi,  389  B,  644  A,  672  B).  —  Sisinnius  as- 
sista au  concile  in  Trnllo  (692;  Mansi,  xi,  997  C).  — 
Nicétas  est  un  des  Pères  du  second  concile  de  Nicée 
(787;  Mansi,  xii,  994  B,  1091  E;xiii,  381  D).  —  Ignace 
est  connu  par  une  lettre  de  Photius  (Epist.,  u,  17;  P. 
G.,  eu,  933).  —  Cyprien  II  assista  au  concile  de  869  qui 
condamna  Photius  et  à  celui  de  879  qui  le  réhabilita 
(Mansi,  xvi,  190  E;  xvii-xviii,  373  B).  —  Jean  I"  si- 
gna deux  décrets  du  patriarche  Alexis  I"''  Studite  (nov. 
1028,  janv.  1029;  P.  G.,  cxix,  837  B,  840  C  :  G.  A.  Rhal- 
li-M.  Potli,  SùvToyiia  twv  6e(cov  koI  îepwv  kccvovcov, 
v,  32).  —  Un  métropolite  inconnu  de  Claudiopolis  as- 
sista au  synode  tenu  le  26  avr.  1066  par  le  patriarche 
Jean  Xiphilin  (P.  G.,  cxix,  758  B).  —  Sous  le  patri- 
arche Nicolas  Grammaticos,  Jean  II  prit  part  à  trois 
synodes  (15  mai  et  14  juin  1092,  15  nov.  1103;  G.  A. 
■  Rhalli-M.  Potli,  op.  cit.,  v,  58,  59,  60).  —  Grégoire  fut 
un  des  évèques  qui  déposèrent  le  patriarche  Cosmas 
Atticus  convaincu  de  bogomilisme  (26  févr.  1147;  P. 
G.,  cxLvii,  500  B)  et  de  ceux  qui  condamnèrent  Soté- 
richus  Panteugénus,  patriarche  élu  d'Antioche  (1156; 
Allatius,  De  consensu,  ii,  12).  —  Jean  III  assista  au 
concile  de  1166  (Mansi,  xxii,  2  A);  c'est  lui  qui  est  si- 
gnalé le  12  mai  1167  (Sakellion,  TTaTmccKfi  pigAioôi^KTi, 
328)  et  le  24  mars  1171  (A.  Papadopoulos-Kerameus, 
'  AvàÂEKTa  'lepoaoAupriTiKfis  STOcxv/oAoy  (aç,  i  v,  1 09).  — 
Grégoire,  1173  ('OpôoSoÇfa,  v,  543).  —  Jean  IV  écrivit 
une  lettre  contre  les  latins  (Allatius,  op.  cit.,  u,  18).  — 
Un  métropolite  inconnu  de  Claudiopolis  fit  signer  par 
Nicéphore,  d'Héraclée  de  Pont,  le  décret  du  patriarche 
Manuel  sur  le  transfert  des  évêques  (juill.  1250;  P.  G., 
cxix,  812  C). 

Dans  la  période  moderne  on  rencontre  une  dizaine 
de  métropolites  de  Claudiopolis,  mais  purement  titu- 
laires :  Grégoire,  ?-17  févr.  1099  (M.  Gédéon,  TTaTpi- 
apx'xai  êçTjiJieplSES,  1937,  p.  137).  —  Cosmas,  30  juin 
WOô-après  1720  (A.  Papadopoulos-Kerameus,  op.  cit., 
II,  402).  —  Joannice,  août  1723  ('EKKAriaiocCTTiKf) 
'AAr|66ia)  ii,  500).  —  Néophyte,  élu  en  1790,  auxil.  à 
Rhodes  (ibid.,  xxvii,  750).  —  Mélèce,  nov.  1806,  1816 
(ibid.,  xxiii,  59).  —  Eugène  Chrysochérès,  mars  1824- 
oct.  1831  (ibid.,  ii,  346,  n.  3;  xxxiv,  59).  —  Callinique, 
oct.  1831-18  août  1834  (ibid.,  u,  329,  n.  2).  —  Panté- 
léimon,  ?-janv.  1848  (ibid.,  ii,  363,  n.  1).  —  Procope, 
avr.  1855-16  mai  1863  (ibid.,  ii,  443,  n.  2;  483,  n.  3).  — 
Ignace,  ?-l"  mai  1864  (ibid.,  n,  529).  —  Clément,  auxil. 
à  Dercos,  janv.  1868-74  (ibid.,  u,  550).  —  Eugène, 
10  août  1874-8  sept.  1880  (ibid.,  i,  32;  ii,  633).  —  Am- 
broise,  1893-3  oct.  1895.  —  Michel,  11  juill.  1900-?. 

Titulaires  latins.  —  Thomas  de  Paredes,  O.  S.  A., 
2  févr.  1642-t  28  juin  1643,  auxil.  à  Grenade.  —  J.-B. 
Adhémar  de  Monteil  de  Grignan,  3  août  1667-9  mars 
1089,  coadj.  i'i  Arles.  Charles  Gigli,  13  déc.  1880-t 
24  sept.  1881,  anc.  év.  de  Tivoli.  Josci)li  Desflèches, 
I  M.  E.  I'.,  20  févr.  1883-t  7  nov.  1887,  anc.  vicaire  apos- 
I  tolique  du  Su-Tchuen.       Joseph  Gandy,  M.  K.  P., 


1079 


CLAUDIOPOLIS  —  CLAVAS 


1080 


15  janv.  1889-29  sept.  1892,  coadj.  à  Pondichéry.  — 
J.-B.  Bertagna,  26  févr.  1901-t  11  févr.  1905,  auxil.  à 
Turin.  —  Giuseppe  Fiorenza,  11  déc.  1905-t  27  janv. 
1924.  —  Georges- Prudent-Marie  Brulay  des  Varannes, 
M.  S.  C,  13  févr.  1924-t  29  mai  1943,"  vicaire  aposto- 
lique de  Nouvelle-Papouasie.  —  Alain  Guyot  de  Bois- 
menu,  M.  S.  C,  18  janv.  1945,  vicaire  apostolique  de 
Papua. 

Le  Quien,  i,  567-72.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  392. 

R.  Janin. 

2.  CLAUDIOPOLIS  (KAotuSiouiroXis),  évê- 
ché  de  la  province  d'ISAURIE,  dépendant  de  Scleucie. 
La  ville  était  une  colonie  romaine  depuis  l'empereur 
Claude.  Ruines  à  Mut.  La  ville  avait  déjà  un  évèque  au 
début  du  iv«  s.  ;  on  le  retrouve  encore  dans  une  notice 
épiscopale  de  1022-25  (G.  Parthey,  Hieroclis  Synecde- 
mus  et  Notitiae  graecae  episcopatuum,  Berlin,  1866,  p. 
129,  n.  734),  mais  on  ne  saurait  dire  s'il  existait  encore. 
En  tout  cas  l'invasion  turque  a  dû  le  faire  disparaître 
assez  rapidement. 

Évêques  grecs.  —  /Edésius  prit  part  au  I''"^  concile  de 
Nicée  (325;  H.  Gelzer,  Patrum  Nicaenorum  nomina, 
1898,  p.  08,  n.  171).  —  Montan  assista  au  I"^"^  concile  de 
Constantinople  (381  ;  Mansi,  m,  569  C).  —  Géronce  fut 
un  des  membres  du  conciliabule  des  évêques  orientaux 
au  concile  d'Éphèse  (431;  Mansi,  iv,  1229).  —  Théo- 
dore assista  au  pseudo-concile  d'Éphèse (449  ;  Mansi,  vi, 
608)  et  au  concile  de  Chalcédoine  (451  ;  ihid.,  vi,  944  B, 
1083  C).  —  Jean  prit  part  au  synode  de  518  (Mansi, 
VIII,  1047  C).  —  Sisinnius  fut  un  des  Pères  du  concile 
in  Trullo  (692;  Mansi,  xi,  997  D).  —  Dans  la  période 
moderne  on  signale  un  titulaire  grec,  Benoît,  juill.  1830 
('EKKÂriCTtaaTiKT)  'AAr)6Eia,  ii,  329,  n.  2). 

Titulaires  latins.  —  Claude  Rup,  27  avr.  1476,  sufTr. 
à  Genève.  —  François  Sperelli,  13  sept.  1621-22  juill. 
1631,  coadj.  à  San  Severino.  —  Claude  de  Visdelou, 
12  janv.  1708-t  H  nov.  1737,  vicaire  apostolique  du 
Kouy-Tcheou.  —  Thomas  Battiloro,  14  déc.  1767-?, 
anc.  év.  de  San  Severo.  —  Jean  de  Franco,  1818-27, 
administr.  de  Pékin.  —  Jean-Gaétan  Gomez  Portugal, 
28  févr.  1828-28  févr.  1831,  auxil.  à  Michoacan.  —  .An- 
toine Malhenzi,  '?-14  déc.  1840,  coadj.  à  Gran  (?).  — 
Jean-Marie  Odin,  lazariste,  U  cet.  1841-23  avr.  1847, 
vicaire  apostolique  du  Texas.  —  F'rançois  Mac-Cor- 
mack,  21  nov.  1871-1''''  mai  1875,  coadj.  à  Achonry.  — 
Hildefonse-Joachim  Infante  y  Marcias,  O.  S.  B.,  17  mai 
1876-20  mars  1877,  administr.  de  Ceuta.  —  Daniel 
Comboni,  M.  A.  V.,  31  juill.  1877-t  10  oct.  1881,  vi- 
caire apostolique  de  l'Afrique  centrale  à  Khartoum.  — 
Benoît  de  la  Reta,  18  nov.  1881-t  1897,  auxil.  à  Cuyo. 

—  Jean-Antoine  Ruano  y  Martin,  3  nov.  1898-14  déc. 
1905,  administr.  de  Barbastro.  —  Félix  del  Sordo, 
14  oct.  1906-15  juill.  1907,  auxil.  à  Nusco.  —  Étienne 
Denisewicz,  12  juin  1908-t  13  déc.  1913,  sufTr.  de  Po- 
lotsk  à  Mohilew.  —  Xyste  Sosa,  14  juin  1915-1919,  ad- 
ministr. apostolique  de  Guyana.  —  William  Hickey, 
10  mars  1919-1922,  coadj.  à  Providence.  —  Joseph  Zel- 
ger,  O.  F^  M.  Cap.,  16  févr.  1923-t  20  août  1934,  vi- 
caire apostolique  de  Dar-es-Salam.  —  Emmanuel  Moll 
Salord,  25  juin  1936-18  nov.  1943,  coadj.  à  Tortosa.  — 
Richard  Cleire,  M.  A.  L.,  14  déc.  1944,  vicaire  aposto- 
lique de  Kivu. 

Smith,  Diclionarg  of  Greek  and  Roman  Geography,  i,  631. 

—  Ruge,  dans  Pauly-Wissowa,  m,  2622.  —  Le  Quien,  ii, 
1027-28.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  392-93. 

R.  Janin. 

CLAUSEL  DE  MONTAL  (Claude-Hippo- 
LYTE),  évêque  de  Chartres  (t  4  janv.  1857).  VoirD.  T. 
C,  m,  42-44. 

CLAUSONNE  (Nomii-DAME),  Clozonn,  abbaye 
de  bénédictins,  dioc.  et  arrond.  de  Gap  (Htes-Alpes). 
Elle  fut  fondée  au  xii'=  s.  Bien  qu'elle  se  rattachât  à 


l'ordre  de  Chalais  (D.  H.  G.  E.,  xii,  266),  on  ne  sait  si 
elle  en  fut  entièrement  dépendante,  ni  à  quelle  époque 
elle  en  reçut  les  coutumes.  Elle  survécut  à  la  ruine  de 
Chalais  et,  en  1570,  comptait  encore  douze  religieux. 
Mais  elle  devint  simple  bénéfice  au  xvii"=  siècle. 

.\llemand.  Note  sur  l'abbaye  de  Clausonne,  dans  Annales 
du  Laus,  1855,  p.  555.  —  Beaunier-Besse,  Abbayes  et  prieu- 
rés, 11,  49.  —  Berlière,  La  congrégation  bénéd.  de  Chalais, 
dans  Revue  bénéd.,  xxxi,  1914,  p.  409.  —  Cottineau,  804.  — 
J.-C.  Roman,  L'ordre  dauphinois  et  provençal  de  Chalais, 
1920. 

R.  Van  Doren. 
CLAVARIUS    (Fabien),   théologien  augustin 
;  (t  1596).  Voir  D.  T.  C,  lu,  44. 

I      CLAVAS,   Clavasium  (Clausu  vallis),  ancienne 
j  abbaye  de  moniales  cisterciennes,  située  au  dioc.  du 
Puy,  comm.  de  Riotord  (Hte-Loire).  Elle  fut  fondée  à 
la  fin  du  xii''  s.  ou  au  début  du  xiii'';  un  acte  de  dona- 
tion d'un  bienfaiteur,  Guillaume  Chapteuil,  est  daté  de 
1223  et  suppose  le  monastère  en  activité.  Les  nobles 
familles  de  Pagan  d'Argental  et  de  Clermont-Chaste 
sont  notées  comme  fondatrices  de  l'abbaye.  Outre  les 
biens  temporels,  elles  donnèrent  aussi  plusieurs  de 
leurs  membres;  leurs  noms  se  retrouvent  parmi  les  mo- 
niales et  les  abbesses  jusqu'à  la  fin  du  xvii^  s.  Abbaye 
de  filles  nobles,  senible-t-il. 
j      En  1273,  un  accord  dut  être  passé  entre  l'abbaye  et 
!  le  curé  de  Riotord  qui  voyait  avec  peine  ses  paroissiens 
I  fréquenter  l'église  du  monastère  de  préférence  à  celle 
■  de  la  paroisse.  Le  chapitre  de  Cîteaux  eut  à  s'occuper 
I  de  Clavas  en  1460.  L'abbesse,  Isabelle  de  Gaste-Lupé, 
avait  eu  la  main  malheureuse  en  installant,  à  titre  de 
bailli  de  la  seigneurie  de  Clavas,  André  Arnould.  Dame 
Isabelle  reçut  l'ordre  de  congédier  au  plus  tôt  l'indési- 
rable personnage  (Statuta,  1460,  n.  53).  Une  seconde 
intervention  directe  du  chapitre  général  eut  pour  but 
!  d'enjoindre  à  l'abbesse,  Gaya  de  St-Germain,  de  rece- 
voir comme  aumônier  le  P.  Pierre  Romain,  moine  de 
-Mazan  (ibid.,  1502,  n.  44).  Dans  l'ordre  de  Cîteaux, 
Clavas,  toujours  comptée  dans  la  province  d'Au- 
vergne, ne  sortit  jamais  de  la  commune  observance 
{ibid.,  1667,  n.  75). 

Les  archives  ont  conservé  le  souvenir  de  l'incendie 
du  26  juin  1573,  puis  des  désastres  commis  par  les  cal- 
vinistes. L'évêque  du  Puy  vint  en  personne  réconcilier 
l'église  profanée.  Le  jésuite  P.  Lamour  prêcha  en  pré- 
sence de  Mgr  Just  de  Serres.  L'apôtre  du  Velay,  S. 
I  François  Régis,  passa  aussi  à  Clavas  en  1638.  Ses  ins- 
tructions impressionnèrent  la  communauté.  Le  saint 
!  aurait  dit  sa  satisfaction  à  Madame  l'abbesse,  lui  pro- 
!  mettant  son  retour  :  -Ue  reviendrai;  je  trouverai  ici 
mon  Béthanie.  »  L'abbesse  était  alors  Magdeleine  de 
Clermont-Chaste  qui,  en  1609,  avait  reçu  la  bénédic- 
tion abbatiale  des  mains  de  dom  Claude  Masson,  abbé 
de  Morimond. 

Au  siècle  suivant,  l'abbesse  Anne  de  ISIontmorin 
Saint-Hérem,  prélate  depuis  1722,  lutta  pendant  une 
vingtaine  d'années  pour  améliorer  les  finances  de  son 
monastère.  \'ers  1740,  elle  fit  refaire,  par  le  notaire 
Sauvignhec,  le  terrier,  encore  conservé.  Cette  coûteuse 
opération  ne  produisit  guère  le  résultat  attendu;  bien- 
tôt l'autorité  compétente  songea  à  unir  la  communauté 
de  Clavas  à  celle  de  la  Séauve,  qui  jadis  avait  fourni 
le  premier  essaim  de  moniales.  Pour  réaliser  ce  projet, 
il  fallut  profiter  de  la  vacance  du  siège  abbatial  de  la 
Séauve.  Alors  fut  installée  abbesse  de  ce  monastère 
Anne  de  Montmorin,  abbesse  de  Clavas.  Les  moniales 
ne  vinrent  qu'en  1765.  L'union  était  consommée;  l'ab- 
baye s'appela  désormais  Séauve-Clavas. 

Archives  :  quelques  pièces  au  dépôt  départemental  de  la 
Hte-Loire  (xvio-xviii*  s.).  —  D'autres  pièces  se  trouvaient 
au  château  de  Feugerolles. 


1081 


C LAVAS 


CLÉMENCET 


1082 


Beaunier-Besse,  Archives  de  la  France  monastique,  v, 
161.  —  Gall.  christ.,  u,  780,  donne  une  série  de  25  abbesses. 
—  Staluta  cap.  gen.  ord.  cisterc,  i-viii,  éd.  Louvain,  1933-41, 
passim.  —  Theillière,  Notes  historiques  sur  les  monastères  de... 
r.lavas.  Le  Puy,  1880. 

J.-M.  Canivez. 
CLAVER  (Pierre).  Voir  Pierre  Claver  (Saint). 

CLAVIGERO  (François-Xavier),  ou  Cluvi- 
jero,  jésuite,  né  à  la  Vera-Cruz  (Mexique),  le  9  sept. 
1731  ;  t  à  Bologne  (Italie),  le  2  avr.  1787.  Élève  à  Pue- 
l)la,  aux  collèges  de  S.-Jérôme  et  de  S. -Ignace.  Son 
père  lui  enseigna  le  français  et  d'autres  langues  euro- 
péennes, le  mexicain  et  plusieurs  dialectes  du  pays. 
ICntré  au  noviciat  de  Tepotzotlani  le  13  févr.  1748,  il 
s'appliqua  durant  sa  philosophie  à  l'étude  de  la  philo- 
sophie naturelle,  mais  la  découverte  d'une  grande  col- 
lection de  mss.  et  de  documents  ayant  rapport  à  l'his- 
toire de  son  pays,  dans  la  bibliothèque  du  collège 
SS.-Pierre-et-Paul,  ainsi  que  ceux  qu'il  recueillit  au 
cours  de  ses  nombreuses  excursions  dans  les  villages 
indiens,  décidèrent  de  sa  vocation  d'historien  du  Mexi- 
que. Professeur  de  rhétorique  au  collège  de  Mexico,  et 
lie  philosophie  à  ceux  de  Valladolid  (Mexique)  et  de 
Ciuadalajara  (Mexique),  il  y  prépara  plusieurs  i)ublica- 
lions,  fruit  de  ses  études  spéciales.  Expulsé  du  Mexique 
en  1767  et  transporté  aux  États  pontificaux,  il  résida 
à  l'errare,  puis  à  Bologne,  où  il  fonda  une  académie  et 
prépara  son  histoire  du  Mexique  appuyée  sur  la  riche 
documentation  qu'il  avait  rassemblée.  Rédigée  d'abord 
en  espagnol,  elle  fut  traduite  par  lui-même  en  italien  et 
éditée  à  Cesena  sous  le  titre  :  Sloria  anlica  del  Mexico, 
cavala  du  miyliori  storici  spagnuoli  e  da  manoscrilli  e 
dalle  pitture  anliche  dei  Indiani,  3  vol.  in-4",  1780;  l'an- 
née suivante  il  y  ajouta  un  quatrième  volume  de  dis- 
sertations érudites.  L'œuvre  est  dédiée  il  l'université 
(le  Mexico.  Le  t.  i  comprend  la  description  «t  l'histoire 
naturelle  du  pays;  une  revue  des  diverses  peuplades; 
enfin  l'histoire  des  rois  jusqu'à  la  conquête.  Le  t.  ii  est 
consacré  aux  idées  et  institutions  religieuses,  politiques, 
éducatives,  etc.  Le  t.  m  donne  l'histoire  de  la  conquête 
jusqu'au  dernier  assaut  et  jusqu'à  la  prise  de  la  ville  et 
du  dernier  roi.  Le  t.  iv  contient  neuf  dissertations.  On 
trouve  à  la  fin  du  t.  m  la  généalogie  des  familles  espa- 
gnoles descendant  des  anciens  rois  et  du  vainqueur 
C.ortez.  Par  sa  richesse  de  matériaux,  cet  important 
ouvrage  a  servi  de  source  aux  historiens  postérieurs. 
L'n  des  buts  de  l'auteur  a  été  de  redresser  les  erreurs  et 
les  bévues  de  Praz,  de  Robertson  et  de  Raynal.  Son 
histoire  de  la  conquête  est  marquée  d'une  grande  im- 
partialité. Aussi  l'ouvrage  a-t-il  connu  plusieurs  tra- 
ductions :  la  première,  anglaise,  date  de  1787. 

Autre  ouvrage  historique  du  P.  ("lavigero  :  Sloria 
délia  California,  2  vol.,  Venise,  1789  (après  la  mort  de 
l'auteur).  Pour  cet  ouvrage,  le  P.  Clavigero  a  utilisé  les 
mss.  des  PP.  Michel  del  Barco  et  Luc  Ventura  qui  rési- 
dèrent longtemps  dans  ce  pays.  Il  publia  plusieurs 
autres  ouvrages  moins  importants  dont  on  trouve 
rénumération  dans  Caballero  et  Sommervogel. 

.\.  Castro,  Elogio  del  P.  Clavijero,  Ferrare,  1787.  —  J.  .\. 
Maneiro,  De  vitis  aliquot  Mexicanorum,  Bologne,  1791.  — 
R.  D.  Caballero,  Bibl.  script.  S.  J.,  supplementnm  primum, 
Rome,  1814,  p.  117-18.  —  Enc.  Espasa,  xiii,  147.  —  .Som- 
mervogel, au  mot  Clavigero. 

.\.  De  Bil. 

CLAVIUS  (Christophe),  Ktuu,  jésuite,  mathé- 
maticien et  astronome,  né  à  Bamberg  en  1538,  t  à 
Rome  le  6  févr.  1612.  Entré  dans  la  Compagnie  à 
Rome  en  1.55.5.  il  étudia  à  Coïmbre  et  fut  pendant  qua- 
torze ans  professeur  de  mathématiques  au  Collège  ro- 
main. .\  cause  de  sa  science,  il  fut  api)elé  par  Gré- 
goire XIII  à  collaborer  à  la  réforme  du  calendrier  et 
semble  avoir  joué  un  rôle  |)rcpondéranl  dans  son  éla- 
boration. II  expliqua  et  défendit  la  réforme  dans  un 


traité  qui  forma  plus  tard  le  1.  V  de  ses  Opéra  mathe- 
malica.  Il  eut  à  soutenir  à  ce  sujet  une  violente  polé- 
mique avec  Scaliger,  Calvisius  et  Maestlin,  où  d'après 
î  Montucla  (Hist.  des  malhémal.,  i,  682  sq.)  il  se  montra 
du  point  de  vue  scientifique  très  supérieur  à  ses 
adversaires.  Bien  qu'il  ne  se  soit  pas  rallié  au  système 
de  Copernic,  il  fut  en  relation  d'amitié  avec  Galilée,  qui 
l'estimait  hautement  malgré  cette  divergence.  Il  donna 
une  édition  revue  et  augmentée  de  ses  œuvres  publiées 
à  différentes  dates,  sous  le  titre  Opéra  malhemaiica 
(.Mayence,  1612),  qu'il  dédia  au  prince  évêque  de 
Bamberg,  Jean-Godefroid  von  Aschhausen  (1609-22). 
L'ouvrage,  publié  en  trois  volumes  in-fol.,  est  divisé  en 
cinq  livres.  Le  1.  I  donne  un  commentaire  d'Euclide  et 
de  Théodose,  traite  des  fonctions  trigonométriques 
(trigonométrie  rectiligne  et  sphérique)  :  sinus,  tan- 
gente, sécante  ;  le  1.  II  traite  de  la  géométrie,  de  l'arith- 
métique et  de  l'algèbre  pratiques;  au  1.  III  l'auteur 
donne  un  commentaire  de  la  sphère  de  Jean  Sacro 
Bosco  et  décrit  l'astrolabe;  le  1.  IV  contient  huit  études 
de  géométrie;  le  I.  V  est  consacré  à  la  réforme  du  calen- 
drier. C'est  l'étude  la  plus  complète  sur  ce  sujet.  C'est 
au  1.  III  que  le  P.  Clavius  combat  le  système  de  Coper- 
nic. Malgré  sa  science  et  son  érudition,  il  y  a  quelque 
exagération  dans  le  titre  d' »  Euclide  du  xvi''  s.  »  qu'on 
lui  a  parfois  appliqué.  Delambre  {Astronomie  moderne, 
II,  48-75)  donne  une  analyse  de  ses  œuvres. 

Allgemeine  deutsche  Biographie,  iv,  au  mol  Clavius.  — 
B.  Duhr,  Geschichte  der  Jesuiten...,  ii,  2'  éd.,  430  sq.;  Jesui- 
tenjabeln,  660,  669,'  686.  —  Michaud,  Biogr.  universelle, 
I  VIII,  379.  —  L.  Koch,  Jesuitenlexikon,  341 .  —  Sommervogel, 

H,  1212-24;  xi,  16.53-54. 

A.  De  Bil. 

CLAZOMÈNES  (KAajoiaévai),  évêché  delapro- 
t  vince  d'Asie  IP,  dépendant  de  Smyrne.  Les  ruines  de 
la  ville  sont  à  Klazumen,  sur  la  côte  méridionale  du 
golfe  d'Izmir  (Smyrne).  Fondée  par  des  colons  doriens 
venus  du  Péloponèse  et  renforcée  par  des  Ioniens,  Gla- 
zomènes  s'allia  avec  diverses  villes  du  voisinage,  fut 
prise  par  les  Perses  et  tomba  sous  la  dépendance 
d'Athènes.  Les  Romains  déclarèrent  ses  habitants 
exempts  des  taxes  (immunes).  Rattachée  à  la  pro- 
vince d'Asie,  elle  ne  joua  désormais  aucun  rôle. 

Son  évêché  remonte  à  une  époque  qu'il  est  impos- 
sible de  déterminer.  Il  existait  encore  en  sept.  1347 
(Miklosich-.Muller,  Acta  et  diplomala  grueca  Medii  Aevi, 
II,  104).  On  ne  lui  connaît  que  deux  évêques  grecs  :  Eu- 
sèbe,  qui  prit  part  aux  conciles  d'Éphèse  (431;  Mansi, 
IV,  1216  E,   1366  B;  vi,  873  C)  et  de  Chalcédoine 
j  (451;  ibid.,  vi,  573  B,  945  D,  1385  C);  Macaire,  qui 
I  assista  au  VII I«  concile  œcuménique  (869;  ibid.,  xvi, 
'  193  A). 

TitLdaires  latins.  —  Louis  Piazzoli,  11  juin  1895-t 
26  déc.  1904,  vicaire  apostolique  de  Hong-Kong.  — 
Guillaume  Cotter,  14  févr.  1905-24  nov.  1910,  auxil.  à 
Portsmouth.  —  Patrice  Ryan,6  mai  1912-1917,  auxil.  à 
Pembroke.  —  Joseph-Grégoire  Castro,  O.  F".  M., 
13  févr.  1917-130  janv.  1924.  —  Ernest  Hauger. 
16  févr.  1925,  vicaire  apostolique  de  la  Côte  d'Or. 

Smith,  Dictionary  oj  Greek  and  Roman  Geography,  i, 
631-32.  —  Biirchner,  dans  Pauly-Wissowa,  xi-1,  554-56.  — 
MeyàXTi  éXXr.viKf)  èyKUKXoTTai5da,  xiii,  487.  —  Le  Quien, 

I,  729-30.  —  Ann.  pont.,  1916,  p.  393.  • 

R.  Janin. 

CLEARY.  Voir  Clare-Island. 

'      CLÉMANGES    (Nicolas   de),    humaniste  et 
théologien  français  (1363  on  1364-1  137).  X'oirD.  T.  C. 

I  m,  826-27. 

1 

I      CLÉMENCET   (Charles),   bénédictin   de  S.- 
Maur,  historien  (170.3-78).  Voir  D.  T.  C,  m,  47-48; 
I  L.  T.  K.,  II,  984. 


1083 


CLEMENS 


—  CLÉMENT-MARIE  HOFBAUER 


1084 


OLEMENS  (Charles),  rédemptoriste,  tié  à 
Dresde  le  28  nov.  1816.  Élevé  dans  le  protestantisme, 
i!  perdit  la  foi  et  devint  panthéiste  à  l'époque  où  il  était 
professeur  en  Suisse.  En  1845  il  se  convertit  à  la  reli- 
gion catholique  à  Francfort,  étudia  la  théologie  à  Fri- 
bourg  et  à  Trêves,  fut  ordonné  en  1850.  L'année  sui- 
vante il  entra  chez  les  Rédemptoristes  et  y  fit  profes- 
sion en  1852.  Il  s'occupa  de  journalisme  et  publia  plu- 
sieurs ouvrages  parmi  lesquels  il  faut  citer  :  Die  Pest 
der  schlechten  Bûcher,  1859;  2"=  éd.,  1906;  Die  Liebe  des 
Gekreuzigten,  1878;  2«  éd.,  1911;  et  Das  Kindlein  von 
Bethléem,  1885.  Les  deux  derniers  furent  traduits  en 
français  et  en  polonais. 

F.  Ratte,  Der  Redemptorisl  Karl  Clemens.  Ein  noch  unbe- 
kanntes  Konvertitenbild,  Mayence,  1891.  —  M.  de  Meule- 
meester,  Bibliogr.  générale  des  écrivains  rédemptoristes,  ii, 
Louvain,  1935,  p.  68-69. 

M.  DE  Meulemeesteu. 

1.  CLÉMENT  (Titus  Flavius),  consul  en  95, 
mis  à  mort  sur  l'ordre  de  l'empereur  Domitien  l'an- 
née même  de  son  consulat.  Fils  de  Titus  Flavius  Sabi- 
nus,  il  était  cousin  de  Domitien  et  ses  deux  fils  avaient 
été  désignés  par  ce  dernier  comme  ses  successeurs  éven- 
tuels à  l'empire.  Accusé  de  mollesse  et  d'inertie  suivant 
Suétone  (Domitianus,  15),  d'athéisme  et  de  mœurs 
juives  selon  Dion  Cassius  (lxvii,  13),  il  était  en  réalité 
chrétien  d'après  la  plupart  des  historiens;  et  ce  fut,  en 
grande  partie  du  moins,  pour  ce  motif  qu'il  fut  exécuté, 
en  même  temps  que  sa  femme  Domitilla  était  envoyée 
en  exil  dans  l'île  de  Pandataria;  à  vrai  dire  l'empereur 
devait  poursuivre  en  lui  non  seulement  le  chrétien, 
mais  aussi  le  rival  éventuel.  Il  faut  cependant  ajouter 
que,  d'après  Dion  Cassius  (/oc.  cif.^  beaucoup  d'autres 
citoyens  furent  condamnés  en  même  temps  que  lui,  les 
uns  à  la  mort,  les  autres  à  la  confiscation  de  leurs  biens. 
Le  martyrologe  hiéronymien  marque  à  la  date  du 
9  nov.  le  nom  d'un  Clément,  mais  il  n'est  pas  prouvé  le 
moins  du  monde  qu'il  s'agisse  du  consul  de  95,  qui  ne 
semble  pas  avoir  été  honoré  dans  l'Église. 

Quelques  historiens  ont  identifié  le  consul  et  le  pape 
du  même  nom  et  il  est  vrai  qu'ils  ont  été  contempo- 
rains. Mais  aucune  raison  sérieuse  ne  peut  être  appor- 
tée en  faveur  de  l'identification,  à  laquelle  s'opposent 
les  plus  fortes  vraisemblances. 

Tillemont,  ii,  135-42.  —  P.  AUard,  Hist.  des  perséc.,  i, 
95-115.  —  Funk,  Titus  Flavius  Clemens,  Christ,  nicht  Bis- 
choj,  dans  Theologische  Quartalschrift,  1897,  reproduit  dans 
Kirchengeschichtliche  Abhandlungen  und  Untersuchungen, 
1,  1897,  p.  308-29.  —  Lightfoot,  Apostolic  Falhers,  i.  St. 
Clément  of  Rome,  i,  1890,  p.  52-59.  —  J.  Zeiller,  dans  A. 
Fliche-V.  Martin,  Hist.  de  l'Église,  i,  300-01.  —  L.  Homo, 
Le  Haut-Empire,  Paris,  1933,  p.  408-09.  —  A.  von  Harnack, 
Mission  und  Ausbreitung,  4«  éd.,  ii,  572. 

G.  Bardy. 

2.  CLÉMENT  (Saint),  martyr,  évêque  d'An- 
cyre  en  Galatie  (19  ou  23  janv.),  d'après  le  martyrologe 
romain  mourut  sous  Dioclétien  avec  Agathange  (D. 
H.  G.  E.,  I,  906).  Les  sources  historiques  sont  muettes 
à  son  sujet.  Il  nous  est  pourtant  connu  par  une  homé- 
lie de  Proclus.  D'après  les  Actes,  vrai  tissu  de  fables, 
Clément,  son  père  païen  étant  mort,  fut  éduqué  dans  la 
foi  chrétienne.  Il  devint  diacre,  puis  évêque  d'Ancyre. 
Arrêté,  son  supplice  se  prolongea  d'une  manière  inouïe 
en  se  déroulant  dans  des  endroits  divers.  Il  fut  enfin 
décapité  dans  sa  ville  épiscopale.  —  Il  n'est  pas  exclu 
que  le  saint  soit  Clément  de  Rome,  mort  en  exil  à  Ancyre. 

A.  S.,  janv.,  ir,  4.58-83.  -  B.  H.  G.,  352-53.  -  J.-B. 
Chabot,  Trois  homélies  de  Proclus,  év.  de  Constaniinople, 
dans  Rendiconti  delV  Accademiu  dei  Lincei,  v,  1896,  p.  183- 
90.  —  H.  Delehaye,  Légendes  hagiogr.,  89-91;  Origines  du 
culte  des  martyrs,  2»  éd.,  157;  Étude  sur  le  légendier  romain, 
114-15.  —  L.  T.  K.,  VI,  35.  —  Mort.  Rom.,  32.  —  Synnx- 
Eccl.  Const.,  415-18. 

R.  Van  Doren. 


3.  CLÉMENT  (Saint)  (5  mars),  abbé  du  monas- 
tère de  Ste-Lucie  près  de  Syracuse,  vers  800,  semble-t- 
11.  Ste-Lucie  étant  la  fondation  bénédictine  la  plus  an- 
cienne de  Sicile,  il  est  possible  que  Clément  ait  appar- 
tenu à  cet  ordre,  selon  l'opinion  de  Ménard  et  Buce- 
lin;  bien  qu'on  ne  puisse  rien  préciser,  car  il  y  avait  un 
monastère  latin  et  un  autre  byzantin,  ^'ers  1040  le 
corps  du  saint  fut  transféré  à  Constantinople,  avec 
celui  de  Ste  Lucie,  par  Georges  Maniahes.  Clément  est 
inscrit  aux  martyrologes  bénédictin  et  sicilien. 

A.  S.,  mars,  m,  409.  —  O.  Cajetanus,  Vitae  sanctorum 
siculorum,  ii,  41.  —  A.  Zimmermann,  Kalendarium  bene- 
diclinum,  i,  287-88. 

R.  Van  Doren. 

4.  CLÉMENT-MARIE  HOFBAUER 

(Saint)  (fêté  le  15  mars).  Pour  situer  cette  vie  mouve- 
mentée, il  faut  la  remettre  dans  son  cadre  historique  : 
l'Autriche  joséphiste,  l'Allemagne  rationaliste  dans  la 
seconde  moitié  du  xviii«  s.,  les  guerres  de  la  Révolu- 
tion et  de  l'Empire.  Jean  Hofbauer  est  né  à  Tasswitz, 
en  Moravie,  le  26  déc.  1750,  neuvième  enfant  sur  qua- 
torze, d'un  père  tchèque,  qui  avait,  en  s'établissant  à 
Tasswitz,  traduit  son  patronyme  de  Dvorak  en  celui  de 
Hofbauer,  et  d'une  mère  allemande.  Orphelin  de 
bonne  heure,  il  dut  refouler  ses  aspirations  au  sacer- 
doce pour  i)rendre  un  métier.  En  1771,  il  passa  en  Ita- 
lie pour  se  faire  ermite  à  Tivoli,  et  reçut  alors  le  nom  de 
Clément.  Revenu  peu  après  en  Autriche,  il  commença 
ses  premières  études,  tenta  de  reprendre  la  vie  érémi- 
tique,  fut  contraint  d'accepter  à  Vienne  un  emploi  de 
garçon  boulanger.  La  rencontre  fortuite  de  généreuses 
bienfaitrices  lui  permit,  en  1780,  de  se  remettre  aux- 
études  à  l'université  de  Vienne,  mais  les  tendances  de 
l'enseignement  et  les  exigences  du  gouvernement  le  dé- 
cidèrent en  1784  à  passer  à  Rome  avec  son  ami  Thad- 
dée  Hiibl.  C'est  là  qu'il  apprit  à  connaître  la  congréga- 
tion des  Rédemptoristes.  Après  un  court  noviciat  il 
émit  ses  vœux,  le  l^"'  mars  l'785,  et  fut  ordonné  prêtre 
le  29  du  même  mois.  Les  maisons  romaines  de  l'insti- 
tut étaient  séparées  des  maisons  napolitaines  et  se 
trouvaient  sous  l'autorité  du  P.  de  Paola  (1737-1814). 
Celui-ci,  contrairement  aux  principes  admis  par  S.  Al- 
phonse, avait  fait  accepter  par  le  chapitre  de  1785  l'en 
seignement  et  la  direction  d'écoles.  C'est  avec  ce  pro- 
gramme qu'il  envoya  Hofbauer  et  Hiibl  au  delà  des 
Alpes  pour  y  étendre  la  congrégation,  jusque-là  pure- 
ment italienne.  Telle  fut  la  mission  principale  confiée  à 
S.  Clément,  avec  le  titre  de  vicaire  général  pour  les  ré- 
gions transalpines,  qu'il  s'efforça  d'accomplir  au  mi- 
lieu de  difficultés  sans  cesse  renaissantes  et  souven 
invincibles. 

A  Vienne  (1785-86),  impossible  de  fonder.  A  Varso- 
vie (1787),  il  est  chargé  de  l'église  S.-Bennon,  sanc 
tuaire  national  des  Allemands,  et  des  écoles  annexes 
recrute  et  forme  des  religieux,  parmi  lesquels  Joseph 
Amand  Passerai,  un  Français,  qui  poursuivra  so 
œuvre  après  sa  mort  (1772-1858).  Des  tentatives  d 
fondation  en  Courlande,  en  Suisse  et  en  Allemagne  d 
Sud  s'amorcent  péniblement  et  le  plus  souvent 
échouent,  tandis  qu'au  contraire  S.-Bennon  devient  1 
foyer  d'une  activité  intense  :  non  seulement  les  école 
se  développent,  mais  surtout  l'église  assemble  de 
foules  sans  cesse  renouvelées  pour  une  «  mission  per 
pétuelle  »  qui  durera  jusqu'à  la  suppression.  Celle-c 
eut  lieu  en  1808,  sous  l'occupation  française,  à  l'initia 
tive  de  Davoust  et  par  ordre  de  Napoléon.  Les  rédemp. 
toristes,  en  qui  on  crut  reconnaître  des  jésuites  camou 
fiés,  furent  d'abord  enfermés,  le  17  juin,  à  la  forteress 
de  Custrin,  puis  expulsés.  Hofbauer  se  retira  à  Vienne 
où  il  prit  le  poste  modeste  de  chapelain  de  l'église  de 
Italiens,  puis  d'aumônier  des  ursulines  (1813-20). 

Tandis  qu'il  dirigeait  à  S.-Bennon  des  œuvres  mul 
tiples,  Hofbauer  n'avait  cessé  de  chercher  où  fonde 


1085 


CLÉMENT-MARIE  HOFBAUER 


—  CLÉMENT 


de  nouvelles  maisons  de  sa  congrégation.  Il  avait  gagné 
les  faveurs  de  Wessemberg,  vicaire  général  de  Cons- 
tance, de  qui  les  tendances  étaient  pourtant  tout  op- 
posées; il  était  parvenu  à  établir  ses  religieux  à  Jes- 
tetten  (1803),  d'où  ils  passèrent  à  Triberg  (1805-07), 
à  Babenhausen  (1805-06).  Expulsés  d'ici  et  de  là,  soit 
par  Wessenberg,  qui  s'était  aperçu  des  vraies  tendances 
romaines  de  Hofbauer  et  de  ses  religieux,  soit  par  le 
ministre  bavarois  Montgelas,  les  rédemptoristes 
avaient  cherché  refuge  à  Coire  (1807),  à  Viège  (1808- 
fO),  et  finalement  avaient  été  forcés  de  se  disperser. 

La  dernière  période  de  cette  vie,  confinée  dans  un 
ministère  obscur,  ne  fut  pas  la  moins  féconde.  S.  Clé- 
ment devint  l'animateur  du  mouvement  de  renais- 
sance catholique  à  Vienne  et  en  Autriche;  on  le  vit  en 
relations  avec  Frédéric  Schleger  et  sa  sœur  Dorothée, 
avec  .lonas  et  Philippe  Veit,  avec  Frédéric  von  Klin- 
komstroem  et  sa  sœur  Louise,  avec  Adam  Miiller  qu'il 
encouragea  dans  son  projet  de  fonder  une  école  vrai- 
ment catholique  (ce  projet  ne  prendra  corps  que  plus 
tard,  en  1818,  avec  von  Klinkowstroem).  C'est  lui  qui 
acheva  la  conversion  retentissante  de  Frédéric  Za- 
charie  Werner,  qui  devint  prêtre  et  bientôt  remua  par 
ses  prédications  enflammées  la  société  viennoise.  Ce 
mouvement  gagna  l'université  de  Menne.  Madlener, 
Franz  Springer,  Antoine  (iiinther  furent  les  premiers 
d'un  groupe  de  jeunes  gens  qu'il  réunissait  fréquem- 
ment et  formait  à  une  foi  intégralement  catholique 
comme  aux  pratiques  d'une  piété  fervente,  en  réaction 
contre  la  sécheresse  joséphiste.  Il  y  en  eut  jusqu'à  cin- 
quante, dont  bon  nombre  aspiraient  à  entrer  dans  la 
congrégation  dès  qu'elle  pourrait  s'établir.  Poètes,  ar- 
tistes, nobles,  étudiants,  tous  reconnaissaient  en  lui 
leur  maître  et  leur  directeur.  A  défaut  d'une  culture  lit- 
téraire ou  savante,  sa  foi  vigoureuse,  un  sens  catho- 
lique hors  pair,  une  sagesse  surnaturelle  éminente  les 
subjugaient.  S.  Clément  se  tenait  aussi  en  contact  fré- 
quent avec  les  nonces,  qui  appréciaient  ses  avis,  avec 
des  hommes  politiques,  et  c'est  ainsi  qu'il  put  sans 
doute  exercer  une  influence  discrète,  lors  du  Congrès  de 
Vienne,  pour  contrebattre  les  visées  schismatiques  de 
Wessenberg. 

Il  ne  laissait  point  de  s'occuper  secrètement  de  ses 
projets  de  fondation.  En  1815,  une  mission  fut  fondée 
en  Valachie,  avec  postes  à  Bucarest  et  Ciople.  En  1818, 
le  P.  Passerat  réussit  à  réunir  ses  confrères  à  la  Val- 
sainte,  en  Suisse.  L'empereur  François  II  se  montra 
mieux  disposé  ((ue  ses  prédécesseurs;  il  se  prêta  à  des 
démarches  pour  la  reconnaissance  ofTicielle  de  l'insti- 
tut des  Rédemptoristes  dans  son  empire.  Elle  fut  ac- 
cordée le  15  mars  1820  et,  selon  le  désir  exprimé  par  le 
saint,  l'église  de  Maria-Stiegen,  au  centre  de  Vienne,  et 
la  maison  annexe  furent  attribuées  à  la  congrégation. 
Ce  jour-là  même,  S.  Clément-Marie  mourait.  Il  avait 
prédit  cette  coïncidence.  Le  2  août  de  cette  année  en- 
core, le  P.  Passerat,  nommé  successeur  de  S.  Clément 
comme  vicaire  général  de  la  congrégation,  fondait  en 
Alsace  la  maison  de  Bischenberg.  Il  s'ensuivit  un  déve- 
loppement rapide  et  considérable  de  la  congrégation. 

Le  procès  de  canonisation  commença  en  1859;  en 
1862.  le  corps  du  saint  fut  transféré  dans  l'église  de 
Maria-Stiegen.  Béatifié  par  Léon  XIII  en  1888,  S.  Clé- 
ment-.Marie  fut  canonisé  par  Pie  X,  le  20  mai  1909. 

M.  Haringer,  C.  SS.  R.,  Leben  des  Diener  Gottes  P.  Cl. 
Holbauer,  Ratisbonne,  1880.  —  J.  Hofer,  C.  SS.  R.,  Der 
hl.  Kl.  M.  Hofbauer,  Fribourg,  1921  et  rééd.;  trad.  néerl. 
par  .J.  De  Sont,  C.  SS.  R.,  Rotterdam,  192.3;  franç.,  par 
R.  Kremer,  C.  SS.  R.,  Louvain,  l!t.3.'î;  angl.,  par  J.  B.  Haas, 
C.  SS.  R.,  New-York-Clncinnati,  1926.  J.  Maurer,  Der 
selige  P.  Kl.  M.  Hofbauer  verhinderl  das  Schisma  der  deut- 
schen  Kalholiken  ouf  dem  Wiener  Congresse,  dans  Theol.- 
prakl.  Quarlalschr.,  XLi,  Linz,  1888,  p.  348  sq.  —  Monu- 
menta  hofbauer iana,  Cracovie,  1915;  Torun,  1919  sq.;  cf.  M. 
de  Meulcmeester,  Bibliogr.  générale  des  écrivains  rédemplo- 


t  ristes,  il,  Louvain,  1935,  p.  196  sq.;  m,  Louvain,  1939, 
p.  320  sq.  —  K.  R.  Ganger,  Der  hl.  Hofbauer,  Tràger  der 
I   Ge  genre  formation  im  XIX.  Jahrh.,  Hambourg,  1939. 

P.  Debongnie. 

5.  CLÉMENT  (Saint),  premier  évèque  de  Sar- 
des, est  commémoré  par  les  liturgies  orientales  avec 
Apelle  de  Smyrne  (D.  H.  G.  E.,  m,  928)  et  Lucius,  dis- 
ciples du  Seigneur,  le  22  avr.  et  le  10  sept.  A  cette  date, 
ils  sont  rappelés  également  par  le  martyrologe  romain 
qui,  au  22  avr.,  ne  cite  qu'Apelle  et  Lucius.  On  a  iden- 
tifié ce  Clément  avec  le  personnage  dont  parle  l'épître 
aux  Philippiens  (iv,  3). 

A.  S.,  avr.,  in,  4;  sept.,  m,  480-81.  —  Mari.  Rom.,  150, 
390.  —  Synax.  Eccl.  Const.,  31,  33,  621,  785,  788. 

R.  Van  Uoren. 

6.  CLÉMENT,  en  bulgare  Kliment,  nommé  saint, 
apôtre  des  Bulgares,  évêque  de  Vélitsa  (t  27  juill.  916), 
un  des  sedmociselniki  (oî  éTrTapi6(ioî),  c.-à-d.  un  des 
premiers  saints  et  civilisateurs  slaves,  dont  quelques- 
uns,  après  la  mort  de  S.  Méthode  (885)  et  après  leur 
expulsion  de  Moravie,  étaient  venus  en  Bulgarie  où, 
avec  l'aide  du  duc  Boris,  puis  avec  celle  de  l'empereur 
(tsar)  Siméon,  ils  avaient  fondé  l'Église  slave  des  Bul- 
gares. Les  rares  données  historiques,  d'ailleurs  peu 
sûres,  sont  relatées  en  deux  légendes  grecques,  dont  la 
plus  étendue  est  attribuée  au  métropolite  Théophy- 
lacte  d'Ochrida  (t  1107)  et  a  été  éditée  par  F.  .Miklosich 
{Vita  S.  démentis.  Vienne,  1847;  P.  G.,  cxxvi);  la  lé- 
gende la  moins  étendue  date  du  xiii"  s.  et  a  été  publiée, 
entre  autres,  par  V.  Grigorovié  (S.-Pétersbourg,  1853) 
et  par  J.  Safarik  (dans  Les  Mémoires  de  la  littérature 
glagolitique,  Prague,  1853,  introd.  en  tchèque). 

Clément,  Slave  originaire  des  Balkans,  s'était  associé 
à  la  mission  moravienne  des  SS.  Cyrille  et  Méthode  et, 
après  l'expulsion  de  Moravie  (886),  était  venu,  par  Bel- 
grade, en  Bulgarie.  Le  duc  Boris,  ayant  accueilli  les 
exilés  avec  faveur,  envoya  Clément,  avec  Gorazd,  le 
plus  notable  disciple  de  Méthode,  en  Macédoine.  Le 
motif  de  cette  mission  n'est  pas  clair  :  peut-être  Boris 
a-t-il  agi  sous  l'influence  de  la  hiérarchie  grecque.  Le 
territoire  de  l'activité  de  Clément,  auquel  appartenait 
Ochrida,  Devol  et  Glavenitsa,  portait  le  nom  de  Kut- 
mièevitsa.  C'est  ici  qu'il  déploya  son  action  de  mission- 
naire et  d'éducateur  de  la  jeunesse  qui  se  rassemblait 
autour  de  lui  en  grand  nombre.  Ensuite,  peut-être  à 
l'assemblée  bulgare  de  893-94,  où  Siméon  fut  proclamé 
duc.  Clément  fut  institué  évêque  de  Vélitsa,  localité 
située  à  l'extrême  ouest  de  l'Ftat  bulgare  (les  terri- 
toires de  Kièevo  et  Debar  en  Macédoine,  avec  Ochrida). 
Il  joua  un  rôle  civilisateur  :  il  fut  un  des  écrivains  qui, 
au  temps  de  Siméon,  créèrent  en  Bulgarie  la  première 
école  de  littérature  slave.  Il  a  écrit  quelques  sermons, 
composé  des  Vies  des  prophètes  et  des  saints,  traduit 
une  partie  du  Triode,  etc.  La  langue  de  ses  écrits  res- 
semble beaucouj)  à  celle  de  la  traduction  paléoslave  de 
l'Évangile,  d'où  on  conclut  que  la  langue  cyrillo-mé- 
thodienne  a  été  l'idiome  de  la  Macédoine.  On  a  beau- 
coup discuté  la  question  de  son  écriture.  Il  est  acquis 
que  les  disciples  de  Méthode  ont  apporté  en  Bulgarie 
des  livres  glagolitiques;  et  quoique  peu  de  temps  après 
la  Macédoine  (dioc.  de  Clément)  ait  reçu  l'autre  écriture 
slave,  la  cyrillique  (l'onciale  grecque  remaniée),  l'écri- 
ture glagolitique  s'y  est  conservée  sans  interruption 
jusqu'au  xn«s.,  ce  que  prouvent  plusieurs  livres  mss. 
(codices)  conservés.  Ces  codices,  probablement,  sont 
dus  aux  moines  du  monastère  de  S.-Pantéleimon,  fondé 
à  Ochrida  par  S.  Clément.  Aujourd'hui  jirévaut  l'opi- 
nion que  l'écriture  cyrillique  a  pris  naissance  à  Preslav, 
résidence  du  tsar  Siméon,  par  l'initiative  du  tsar  lui- 
même,  et  ce  serait  pour  cette  raison  (lu'elle  s'est  affer- 
mie d'abord  dans  la  Bulgarie  orientale.  D'aucuns,  tou- 
tefois, pensent  que  Clément  a  été  l'auteur  de  la  cyril- 
lique; ils  appuient  leur  opinion  sur  la  phrase  de  la 


1087 


CLÉMENT 


1088 


courte  légende  clémentine  :  iCTOçlaaTO  5è  Kai  yapox- 
Tfjpas  ÉTépouç,  qui  cependant  manque  dans  la  légende 
plus  longue.  D'autres  au  contraire  (comme  Iljinski) 
sont  d'avis  que  Clément  a  été  éloigné  de  la  résidence 
du  tsar  parce  qu'il  ne  voulait  pas  renoncer  à  l'héritage 
cyrillo-méthodien  et  accepter  l'écriture  cyrillique. 

V.  Jagic,  Entstehungsgeschichte  der  Kirclienslavischen 
Sprache,  Berlin,  1913,  p.  109-23.  —  A.  Teodorov-Balan,  Sv. 
Kliment  Ohridski,  Sofia,  1919.  —  Snegarov,  S.  Clément 
d'Ochrid,  apôtre  bulgare,  Sofia,  1927  (en  bulgare).  —  V.  N. 
Zlatarov,  Hist.  de  l'État  bulgare,  Sofia,  1927  (en  bulgare).  — 
G.  Iljinski,  Où,  quand,  par  qui  et  pour  quel  but  l'écriture  gla- 
golitique  a  été  remplacée  par  l'écriture  cyrillique  ,  dans 
Byzantino-slavica,  m,  79-88  (en  russe).  —  J.  Dobrowsky, 
Cyrille  et  Méthode,  apôtres  slaves,  commenté  par  Dr.  Jos. 
Vajs,  Prague,  1948  (en  tchèque). 

\'.  Stefanic. 

7.  CLÉMENT  (Saint),  premier  évêque  de  Metz 
(iii<^  s.;  honoré  le  23  nov.).  Si  l'histoire  du  premier 
évêque  de  Metz  est  aujourd'hui  encore  très  contro- 
versée, aucun  érudit  ne  prétend  plus  qu'il  fut  l'un  des 
disciples  de  S.  Pierre.  Cette  tradition  existait  déjà  au 
viii«  s.,  puisque  Paul  Diacre,  dans  le  Liber  de  episcopis 
Mettensibus,  la  reprend  à  son  compte  :  S.  Clément,  en- 
voyé par  Pierre  pour  évangéliser  les  Gaules,  parvint 
jusqu'à  Metz  où  il  s'établit  dans  les  souterrains  de 
l'amphithéâtre  et  construisit  un  oratoire  dédié  à  son 
maître.  L'Kglise  de  Metz  serait  donc  d'origine  apos- 
tolique et  l'abbé  Chaussier,  dans  un  livre  qui  porte  ce 
titre,  admet  cette  «  tradition  ancienne  et  constante  », 
s'efTorçant  de  réfuter  des  adversaires  de  la  taille  de 
dom  Calmet  ou  dom  Cajot.  Sans  doute  .Metz,  ville  fort 
importante,  méritait  de  recevoir,  dès  le  i^''  s.,  des  prédi- 
cateurs qui  amèneraient  à  la  foi  du  Christ  les  peu- 
plades barbares  sacrifiant  aux  faux  dieux;  mais  les  do- 
cuments archéologiques  —  mieux  que  les  mss.  du  viii'' 
s.  —  prouvent  que  S.  Clément  vécut  au  iii"^  s.  Après 
Paul  Diacre,  d'autres  auteurs  ont  fait  de  S.  Clément  un 
fils  si)irituel  de  S.  Pierre;  toutefois  ils  ont  enjolivé  leurs 
récits  de  légendes  charmantes,  sans  rapport  avec  la 
vérité.  Résumons-les  ici  très  brièvement.  Clément, 
issu  de  la  gens  Flavia,  revêtu  des  dignités  sénatoriale 
et  consulaire,  converti  et  baptisé  ])ar  S.  Pierre,  puis 
sacré  évêque  par  lui,  fut  envoyé  en  Gaule  Belgique 
avec  les  diacres  Céleste  et  Félix  qui  devaient  lui  succé- 
der sur  le  siège  épiscopal.  11  s'arrête  d'abord  à  Gorze, 
où  il  bâtit  une  église  en  l'honneur  de  S.  Pierre.  Là  il  vit 
en  ermite,  jusqu'au  jour  où  un  cerf  pourchassé  dévoile 
sa  retraite  à  ses  poursuivants  qui  sont  émerveillés  de  sa 
science  et  l'invitent  à  venir  prêcher  la  doctrine  du 
Christ  dans  la  ville  des  Médiomatriciens.  C'est  alors 
que  le  peuple  lui  demande  de  délivrer  Metz  d'un  ser- 
pent qui  la  ravage  :  le  graouilly.  Clément  se  rend  à 
l'amphithéâtre,  apostrophe  le  monstre  qui  vient  doci- 
lement à  ses  pieds,  l'attache  avec  son  étole  et  l'en- 
traîne dans  la  Seille  avec  une  troupe  de  serpents 
moins  gros,  mais  aussi  néfastes.  L'apôtre  bâtit  en- 
suite deux  églises  :  S. -Pierre  et  S. -Etienne,  la  future 
cathédrale.  Il  continue  ses  prédications  et  a  la  joie 
d'amener  à  la  foi  nouvelle  le  roi  Orius  et  la  reine,  après 
avoir  ressuscité  leur  fille  défunte.  Clément  bâtit  en- 
suite une  troisième  église  en  l'honneur  de  Jean-Bap- 
tiste, puis  il  a  la  révélation  de  ses  successeurs  dont  il 
voit  les  noms  écrits,  selon  leurs  mérites,  en  lettres  d'or, 
d'argent  ou  de  plomb. 

Du  x«  au  ,\nr  s.,  cinq  Vies  de  S.  Clément  s'emparent 
de  cette  légende  et  Meurisse.  dans  son  Hist.  des  ci'csques 
de  Metz  (1634),  ne  la  répudiera  pas  tout  à  fait.  «  Les 
actions  de  S.  Clément,  dit-il,  comme  des  traits  inévi- 
tables transpercèrent  les  cœurs  des  citoyens  de  la  ville 
de  Metz  de  sorte  qu'ils  se  rendirent  vaincus  aux  pieds 
du  crucifix...  Ils  couraient  impétueusement  hors  de  la 
ville;  les  malades  et  les  boiteux  se  traînaient  comme  ils 
pouvaient  ;  les  ])ères  et  les  mères  se  chargeaient  de 


leurs  petits  enfants  et  se  pressaient  même  en  pleine 
campagne  pour  s'approcher  du  lieu  où  S.  Clément  avait 
fait  ériger  le  baptistère  sacré,  afin  de  pouvoir  être  ar- 
rosés de  ces  eaux  de  grâce  et  de  salut.  Si  bien  qu'on 
peut  croire  que  le  nombre  de  ceux  que  S.  Clément  bap- 
tisa pour  une  fois  en  la  ville  de  Metz  n'était  pas  moin- 
dre que  celui  que  son  maître  S.  Pierre  baptisa  le  jour  de 
la  Pentecôte  en  Jérusalem.  » 

Pour  Meurisse,  Clément  fit  bâtir  trois  églises  en 
ville  et  trois  hors  de  la  ville;  il  fit  jaillir  également  une 
fontaine  près  de  sa  grotte  puis,  après  vingt-trois  an- 
nées d'épiscopat,  il  rendit  l'âme,  le  23  nov.  de  l'an  71. 

En  face  de  ces  partisans  de  l'apostolicité  de  l'Église 
de  Metz,  il  y  a  les  adversaires  —  et  ce  sont  presque 
tous  des  bénédictins.  Dom  Calmet  place  l'arrivée  de 
Clément  au  début  du  m"  s.  ;  le  P.  Benoît  Picart,  au 
commencement  du  iv«.  Dom  Cajot,  dans  ses  Antiquités 
de  Metz,  est  le  premier  qui  ait  délimité  le  problème  et 
qui  combatte  avec  force  les  théories  de  Paul  Diacre.  Il 
se  fonde  même  sur  Grégoire  de  Tours  qui  déclare  que 
les  plus  anciennes  Églises  de  France  ne  remontent 
guère  au  delà  du  iii''  s.,  mais  il  ne  doute  pas  que  Clé- 
ment n'ait  été  le  premier  évêque  de  Metz  et  qu'il  ne  fût 
envoyé  de  Rome. 

Quant  aux  fameux  serpents,  il  trouve  étrange  qu'une 
Il  ville  si  peuplée  fût  on  repaire  de  dragons  ».  Après 
avoir  expliqué  pourquoi  il  ne  pouvait  adopter  les  théo- 
ries du  premier  biographe  de  Clément,  dom  Cajot  re- 
trace sa  vie  et  le  fait  entrer  dans  Metz  vers  l'an  260, 
avec  ses  disciples  Céleste  et  Félix.  Le  miracle  du  ser- 
pent <■  représente  l'erreur  vaincue  et  le  démon  obligé 
de  respecter  dans  S.  Clément  le  pouvoir  suprême  de 
celui  dont  il  était  le  ministre  «. 

Il  est  facile  maintenant  de  conclure.  Paul  Diacre, 
étranger  à  la  Moselle,  a  recueilli  une  tradition  orale 
qui,  en  passant  de  bouche  en  bouche,  durant  cinq  siè- 
cles, subit  des  transformations  inévitables.  Il  est  cer- 
tain que  Clément  vint  de  Rome,  qu'il  évangélisa  Metz 
dont  il  fut  le  premier  évêque,  et  qu'il  installa  un  ora- 
toire dans  l'amphithéâtre,  une  fois  que  celui-ci  fut  dé- 
saffecté. Construit  vers  l'an  120,  il  fut  utilisé  pour  les 
jeux  et  l'on  sait  que  les  chrétiens  n'osaient  pénétrer 
dans  les  édifices  publics,  les  bains,  le  forum.  Si  Clé- 
ment s'y  installa  une  demeure,  mieux  y  construisit  un 
oratoire,  il  fallait  qu'il  fût  désaffecté.  Il  est  même  pos- 
sible que  le  pieux  apôtre  y  découvrit  des  serpents  aux- 
quels il  dut  donner  la  chasse.  En  1902,  au  cours  de 
fouilles  faites  à  l'emplacement  de  l'amphithéâtre,  on 
découvrit  les  restes  d'un  édifice  religieux  qui  fut  sû- 
rement la  chapelle  primitive.  D'après  toutes  les 
données  certaines,  l'amphithéâtre  fut  détruit  aux  en- 
virons de  l'an  300.  Clément  vivait  donc  bien  à  cette 
époque.  Quant  à  son  séjour  à  Gorze,  il  relève  aussi  de  la 
fable  et  nous  ne  nous  étendrons  pas  sur  lui,  renvoyant 
aux  auteurs  qui  ont  étudié  cette  pieuse  légende. 

Clément  mourut  un  23  nov.  d'une  année  non  fixée 
et,  très  tôt,  son  culte  se  répandit  dans  les  contrées  lor- 
raines. Au  xn<^  siècle,  sa  fête  était  chômée  au  pays  mes- 
sin et  donnait  lieu  à  une  trêve  dans  les  combats.  Lors 
des  grandes  calamités,  on  l'invoquait.  En  1090,révêque 
Heriman  transporta  ses  reliques  en  l'église  S. -Félix  qui 
prit  le  nom  du  glorieux  pasteur;  à  la  Révolution,  elles 
furent  dispersées.  Plusieurs  paroisses  l'ont  adopté 
comme  patron  et  une  célèbre  abbaye  bénédictine,  au- 
jourd'hui collège  des  jésuites,  porte  son  vocable. 

Paul  Diacre,  Liber  de  episcopis  Mettensibus,  dans  M.  G.  IL, 
SS.,  II.  —  Meurisse,  Hist.  des  evesques  de  Metz,  1634,  p.  1-16. 

—  Dom  Cajot,  Les  antiquités  de  Metz,  1760,  p.  175  sq.  — 
Hist.  de  Metz  par  les  bénédictins,  i,  1769,  p.  106.  —  F,.  Begin, 
Metz  depuis  dix-huit  s.,  i,  1843-44,  p.  152-55.  —  F.  Chaus- 
sier, De  l'origine  apostolique  de  l'Église  de  Metz,  1847.  — 
Prost,  Études  sur  l'hist.  de  Metz.  Légendes,  1865,  p.  187-270. 

—  F.  Chaussier,  L'abbaye  de  Gorze,  1894.  —  E.  Pauliis, 


1089 


CLÉMENT 


—  CLÉMENT  DE  ROME 


1090 


Étude  sur  la  légende  de  la  venue  et  du  séjour  de  S.  Clément  à 
Gorze,  dans  Jahrbiich  der  Gesellschalt  fur  loibr.  Geschichte..., 
1895,  l"  partie,  30.  —  Sauerland,  S.  démentis  primi  Metten- 
sis  episc.  vila,  translatio  ac  miracula,  1897,  dans  Revue  hist. 
de  Metz  et  de  Lorraine  allemande,  i,  1904,  table.  —  U.  Che- 
valier, li.  B.y  I,  948.  —  E.  Gebhardt,  5.  Clément  et  le  mijthe 
de  la  bête,  dans  L'Austrasie,  avr.  1906,  p.  386-92.  —  F. 
Weyland,  Vies  des  saints  du  dioc.  de  Metz,  vi,  1912,  p.  231- 
95.  —  L.  Duchesne,  m,  44-45,  50.  —  R.  Parisot,  Hist.  de 
Lorraine,  i,  1925,  p.  63,  65.  —  Ph.  de  Vigneulles,  Chronique, 
éd.  Bruneau,  i,  1927,  p.  47-51.  —  H.  Martin-Ph.  Lauer, 
Les  principaux  mss.  à  peinture  de  la  bibl.  de  l'Arsenal  à  Paris, 
1929  (description  d'une  Vie  de  S.  Clément,  du  xv»  s., 
contenant  72  grandes  miniatures).  —  Abbé  Bour,  Églises 
messines  antérieures  à  l'an  mille,  dans  Annuaire  de  la  Soc. 
d'hist.  et  d'archéol.  de  la  Lorraine,  xxxviii,  1929,  p.  42,  75- 
77.  —  R.  de  Westphalen,  Petit  dictionnaire  des  traditions 
populaires  messines,  1934,  col.  317-23.  —  H.  Tribout,  La 
légende  de  S.  Clément,  1935. 

T.    DE  MOREMBERT. 

8.  CLÉIVIENT  DE  ROME  (Saint),  pape  (fin 
du  l"  s.;  fêté  le  23  nov.).  Son  nom  figure  dans  tous  les 
catalogues  anciens  des  évèques  de  Rome,  mais  il  y  oc- 
cupe des  places  différentes.  Suivant  S.  Irénée  (Adu. 
haereses,  III,  m,  3),  «  les  bienheureux  apôtres  [Pierre  et 
Paul],  ayant  fondé  et  édifié  l'Église,  remirent  à  Lin  la 
charge  de  l'épiscopat.  C'est  ce  Lin  que  S.  Paul  rappelle 
dans  ses  lettres  à  Timothée.  Il  eut  Anaclet  pour  succes- 
seur. Après  Anaclet,  le  troisième  après  les  apôtres,  Clé- 
ment obtint  l'épiscopat  ».  Il  est  vraisemblable  qu'Hé- 
gésippe,  quelques  années  avant  S.  Irénée,  avait  trouvé 
à  Rome  la  même  liste  et  l'avait  reproduite  dans  ses 
Mémoires  (cf.  Eusèbe,  Hist.  eccl.,  IV,  xxii,  3).  Eusèbe 
(op.  cit.,  III,  IV,  9)  affirme  de  son  côté  que  Clément  fut 
le  troisième  évêque  des  Romains.  Cependant,  le  cata- 
logue libérien  de  354,  qui  reproduit  un  document  plus 
ancien  d'un  siècle,  donne  la  succession  :  Pierre,  Lin, 
Clément,  Clet,  et  cet  ordre  est  celui  que  donnent  Optât 
de  Milève  (Contra  donut.,  ii,  2)  et  S.  Augustin  (Epist., 
LUI,  2).  S.  Jérôme  connaît  lui  aussi  cette  tradition  et 
semble  parfois  s'y  rallier  (Adv.  lovin.,  i,  12;  In  Is. 
coinm.,  LU,  13),  bien  qu'ailleurs  (De  viris  ill.,  xv)  il 
adopte  l'ordre  présenté  par  S.  Irénée.  Tertullien  (L^ 
praescr.  haeret.,  xxxii,  2)  affirme  que  Clément  a  été  or- 
donné par  S.  Pierre  et  semble  en  faire  ainsi  le  succes- 
seur immédiat  de  l'apôtre.  Pour  concilier  ces  données 
divergentes,  on  a  supposé  que  Clément,  après  avoir  été 
en  effet  ordonné  par  S.  Pierre,  céda  sa  place  à  Lin  par 
amour  de  la  paix  et  la  reprit  après  la  mort  de  Clet  (ou 
Anaclet),  successeur  de  Lin  (S.  Épiphane,  Haeres., 
xxvii,  6):  ou  encore  que  S.  Pierre  gouverna  l'Église  de 
Rome  avec  Lin  et  Anaclet  et  que  Clément  lui  succéda 
(Rufin).  Ces  dernières  hypothèses  ne  sont  que  des 
constructions  ingénieuses;  elles  ne  méritent  pas  d'être 
retenues,  et  c'est  à  la  tradition  reproduite  par  S.  Iré- 
née qu'il  faut  donner  la  préférence; 

Suivant  S.  Irénée  (op.  cit.,  III,  m,  3),  «  Clément 
avait  vu  les  bienheureux  apôtres  et  avait  conversé 
avec  eux;  il  avait  encore  dans  l'oreille  la  prédication 
des  apôtres  et  leur  tradition  devant  les  yeux;  il  n'était 
pas  le  seul,  car  beaucoup  vivaient  encore  de  son  temps 
qui  avaient  été  instruits  par  les  apôtres  ».  I-'aut-il  aller 
plus  loin  et  dire,  avec  Origène  (In  Joa.,  vi,  36)  et  Eu- 
sèbe (op.  cil.,  III,  xv),  que  Clément  a  été  disciple 
de  S.  Paul  et  qu'il  est  mentionné  dans  Phil.,  iv,  3? 
La  chose  n'est  pas  impossible,  mais  elle  n'est  pas  prou- 
vée et  l'on  ne  saurait  tirer  un  argument  décisif  de 
l'identité  des  'noms.  A  plus  forte  raison  n'y  a-t-il  au- 
cune chance  pour  que  Clément  soit  le  même  person- 
nage que  le  consul  Titus  Flavius  Clemens  qui  géra  le 
consulat  et  fut  condamné  à  mort  en  95-96. 

Cela  étant,  il  faut  avouer  que  nous  ne  pouvons  rien 
affirmer  avec  certitude  de  la  personne  et  de  la  vie  du 
pape  Clément  en  dehors  des  renseignements  que  nous 
fournit  la  lettre  aux  Corinthiens  dont  nous  allons  par- 

DiCT.  d'hist.  et  de  géogr.  ecclés. 


1er.  Il  est  vrai  que  la  littérature  pseudo-clémentine 
donne  de  longs  détails  sur  Clément,  sa  conversion,  ses 
voyages,  etc.  Il  ne  faut  pas  attacher  la  moindre  impor- 
tance à  ces  romans,  malgré  le  crédit  dont  ils  ont  joui 
dans  certains  milieux.  Il  est  encore  vrai  que  nous  pos- 
sédons des  Actes,  tardifs  d'ailleurs,  du  martyre  de  Clé- 
ment. D'après  ces  Actes,  Clément  aurait  été  arrêté  et 
mis  en  prison  pour  avoir  opéré  de  nombreuses  conver- 
sions parmi  les  membres  de  l'aristocratie  romaine. 
L'empereur  Trajan,  sur  son  refus  de  sacrifier  aux 
dieux,  le  condamna  à  l'exil  et  le  fit  envoyer  à  Cherson. 
Or,  à  cet  endroit,  se  trouvaient  déjà  de  nombreux  chré- 
tiens, employés  au  travail  des  mines.  L'arrivée  de  Clé- 
ment fut  pour  eux  un  soulagement  d'autant  plus 
grand  que  celui-ci  fit  jaillir  miraculeusement  une 
source,  au  lieu  qui  lui  avait  été  indiqué  par  un  agneau. 
Naturellement,  l'évêque  poursuivit  en  C^hersonèse  son 
ministère  de  prédication;  ce  qu'ayant  appris, Trajan  or- 
donna de  le  jeter  à  la  mer  avec  une  ancre  au  cou.  Lors- 
que cet  ordre  eut  été  exécuté,  on  vit  la  mer  se  retirer  à 
une  distance  de  trois  milles,  et  les  chrétiens  trouvèrent, 
à  l'endroit  où  Clément  avait  péri,  un  temple  de  marbre, 
à  l'intérieur  duquel  était  un  sarcophage  qui  contenait 
le  corps  du  saint.  Chaque  année,  ajoute  la  légende,  la 
mer  se  retire  de  la  sorte,  pendant  sept  jours,  lors  de 
l'anniversaire  de  Clément,  et  les  fidèles  peuvent  aller 
prier  auprès  de  son  corps.  L^n  autre  récit  ajoute  qu'en 
861  les  reliques  de  Clément  furent  découvertes  à  (Cher- 
son ])ar  S.  Cyrille,  qui  les  fit  transporter  à  Rome,  où 
elles  furent  accueillies  avec  enthousiasme.  A  cette  date, 
le  miracle  annuel  avait  cessé  de  se  renouveler.  Il  fallut 
beaucoup  de  prières  et  même  une  révélation  divine 
pour  connaître  l'endroit  exact  où  reposait  le  corps  du 
martyr.  En  fait  ces  beaux  récits  ne  sont  pas  histori- 
ques. Quelles  que  soient  les  difficultés  qu'ils  soulèvent, 
nous  ne  saurions  les  retenir,  et  nous  ne  pouvons  même 
pas  assurer  que  Clément  soit  mort  pour  la  foi  :  S.  Iré- 
née, qui  souligne  la  mort  sanglante  du  pape  Télesphore, 
ne  dit  rien  de  semblable  à  propos  des  autres  papes  du 
ii«  s.  ;  son  silence,  s'il  ne  nous  autorise  pas  à  conclure  à 
une  mort  naturelle,  doit  au  moins  nous  rendre  pru- 
dents lorsqu'il  s'agit  d'affirmer  la  réalité  de  leur  mar- 
tyre. On  peut  cependant  rappeler  que,  dès  la  fin  du 
iv«  s.,  on  possédait  à  Rome  une  tradition  qui  faisait  un 
martyr  de  Clément.  Cette  tradition  est  attestée  par 
Rufin,  par  le  pape  Zosime  (Jaiïé,  329)  et  par  le  &^  can. 
du  concile  de  Vaison  en  442. 

Il  faut  donc,  pour  savoir  quelque  chose  d'assuré  sur 
Clément,  arriver  à  la  lettre  conservée  sous  son  nom  et 
adressée  aux  Corinthiens.  Cette  lettre  ne  porte  pas  de 
signature  et  débute  de  la  manière  suivante  :  «  L'Église 
de  Dieu  qui  pérégrine  à  Rome  à  l'Église  de  Dieu  qui 
pérégrine  à  (î;orinthe,  aux  élus  sanctifiés  dans  la  vo- 
lonté de  Dieu,  par  Notre-Seigneur  Jésus-Christ.  Grâce 
à  vous  et  paix  soient  pleines  de  la  part  de  Dieu  tout- 
puissant  par  Jésus-Christ.  »  Mais  il  est  évident  qu'elle 
a  eu  un  rédacteur  et  toute  la  tradition  est  unanime  à 
nommer  ce  rédacteur.  Dès  le  ii«  s.,  Mégésippe  parle  de 
l'Épître  de  Clément  aux  Corinthiens  (Eusèbe,  op.  cit., 
IV,  xxii,  1).  Denys  de  Corinthe  écrit  au  pape  Soter  : 
«  Aujourd'hui  nous  avons  célébré  le  saint  jour  du  di- 
manche, pendant  lequel  nous  avons  lu  votre  lettre; 
nous  continuerons  de  la  lire  toujours  comme  un  aver- 
tissement, ainsi  que  du  reste  la  première  que  Clément 
nous  a  écrite.  »  (Eusèbe,  op.  cit.,  IV,  xxiii,  IL)  S.  Iré- 
née, sans  dire  expressément  que  Clément  est  le  rédac- 
teur de  l'Épître,  le  laisse  entendre  lorsqu'il  écrit  : 
«  C'est  du  temps  de  ce  Clément  que  des  divisions  très 
graves  se  produisirent  parmi  les  frères  qui  étaient  à 
Corinthe,  et  l'Église  qui  est  à  Rome  écrivit  aux  Corin- 
thiens une  lettre  très  forte,  pour  les  concilier  dans  la 
paix  et  renouveler  leur  foi  ainsi  que  la  tradition  qu'elle 
avait  récemment  reçue  des  apôtres  »  (op.  cit.,  III,  m, 

H.  —  XII.  —  35  — 


1091 


CLÉMENT   DE  ROME 


1092 


;{).  Clénieiil  (l'Alexandrie  {Strom..  I,  vii,  38;  VI,  vui, 
(i5;  xvii),  Origène  (De  princip.,  II,  m,  6;  Selecta  in 
Ezechiel,  viii,  3),  Eusèbe  de  Césarée  (op.  cil.,  III,  xvi; 
XXXVIII,  1  ),  bien  d'autres  encore  citent  notre  lettre  sous 
le  nom  de  Clément,  de  sorte  qu'aucun  doute  n'est  per- 
mis sur  son  origine. 

Tel  qu'il  se  découvre  à  nous  dans  la  lettre  aux  Corin- 
thiens, Clément  apparaît  comme  un  esprit  cultivé.  II 
n'est  peut-être  pas  un  grand  écrivain,  ce  qui  veut  dire 
surtout  qu'il  ne  s'intéresse  pas  à  son  style;  mais  il  écrit 
facilement  dans  une  langue  correcte  et  même  élégante. 
Certains  passages,  comme  la  description  des  bienfaits 
de  la  Providence  dans  le  monde  (xx)  et  surtout  la 
grande  prière  finale  (lix-lxi),  sont  réellement  élo- 
quents. 11  connaît  les  idées  qui  ont  cours  de  son  temps  : 
sans  qu'il  soit  lui-même  un  stoïcien,  il  emploie  des  ex- 
pressions d'origine  stoïcienne,  d'une  façon  toute  natu- 
relle, et  l'on  peut  croire  qu'il  n'est  pas  ignorant  des 
lettres  classiques.  Mieu.x  que  tous  les  livres,  il  connaît 
la  Bible,  dont  il  fait  un  usage  fréquent  ;  citations  ou 
allusions  bibliques  reviennent  assez  couramment  sous 
sa  plume  pour  qu'on  en  ait  conclu  à  son  origine  juive. 
Pour  vraisemblable  qu'elle  soit,  cette  conclusion  ne 
s'impose  pas,  puisque  nous  ne  savons  rien  de  la  ma- 
nière dont  Clément  a  reçu  sa  formation  chrétienne.  En 
toute  hypothèse.  Clément  est  tout  à  fait  détaché  des 
observances  de  la  Loi  mosaïque.  Il  n'allégorise  pas 
VA.  T.  comme  le  fera  l'auteur  de  la  lettre  de  Barnabé; 
il  se  contente  de  passer  sous  silence  les  textes  qui  men- 
tionnent des  rites  spéciaux  au  judaïsme.  On  sent  qu'il 
ne  doit  rien,  en  dehors  des  Livres  saints,  à  la  religion 
juive.  Il  est  foncièrement,  exclusivement  chrétien,  et 
la  tradition  dont  il  est  le  disciple  est  celle  qui  a  pour 
point  de  départ  le  Christ  et  les  apôtres  :  Jésus  a  choisi 
et  envoyé  des  apôtres;  ceux-ci  à  leur  tour  ont  désigné, 
pour  les  aider  d'abord,  pour  leur  succéder  ensuite,  des 
hommes  capables  de  diriger  les  Églises  et  de  trans- 
mettre l'enseignement  qu'ils  ont  reçu.  Ajoutons  qu'en 
même  temps  qu'il  est  chrétien  Clément  est  foncière- 
ment romain  :  il  admire  la  discipline  militaire  et  parle 
des  soldats  soumis  à  »  nos  »  chefs  (xxxvii);  bien  plus,  il 
prie  pour  «  nos  princes  et  nos  généraux  »  (lx,  4)  et,  pour 
comprendre  le  sens  de  cette  prière,  il  est  bon  de  se  sou- 
venir qu'elle  a  été  écrite  en  un  temps  où  l'empereur 
s'appelait  Domitien  et  était  non  seulement  un  persé- 
cuteur des  chrétiens,  mais  un  tyran. 

Ajoutons  que  Clément,  dans  la  lettre  aux  Corin- 
thiens, fait  figure  de  véritable  chef.  Il  ne  s'emballe  pas; 
il  ne  se  met  pas  en  colère;  il  ne  cesse  pas  de  parler  avec 
calme,  parce  qu'il  est  avant  tout  l'ami  de  l'ordre  et  de 
la  jjaix.  On  ne  trouve  pas  chez  lui  l'ardeur  et  l'enthou- 
siasme qui  éclatent  par  ex.  dans  les  lettres  de  son  con- 
temporain, S.  Ignace  d'Antioche;  et  il  ne  serait  pas  un 
véritable  Romain  s'il  se  laissait  aller  à  la  passion.  Il 
commence  par  exhorter,  par  conseiller,  avec  douceur 
et  modération.  Il  désire  persuader  plus  que  contraindre. 
Mais  il  a  une  haute  conscience  de  sa  dignité  et  de  celle 
de  l'Église  au  nom  de  laquelle  il  parle;  et  vers  la  fin  de 
sa  lettre,  il  n'hésite  pas  à  donner  des  ordres.  Sans 
doute  ces  ordres  mêmes  ne  sont  pas  accompagnés  de 
menaces;  il  veut  faire  confiance  à  la  bonne  volonté  de 
ses  correspondants;  il  entend  bien  d'ailleurs  être  obéi  : 
les  prêtres  qu'il  a  envoyés  à  Corinthe  devront  lui  en 
rapporter  de  bonnes  nouvelles;  ils  seront  témoins 
entre  les  Corinthiens  et  lui  (lxiii-lxiv).  Il  appartient 
à  Dieu  de  donner  à  tous  ceux  qui  invoquent  son  nom 
foi,  crainte,  paix,  patience,  longanimité,  continence, 
pureté,  chasteté  (lxiv).  Si  Clément  termine  ses  exhor- 
tations par  la  prière,  c'est  qu'il  est  d'abord  une  âme 
profondément  religieuse. 

La  lettre  aux  Corinthiens,  qui  nous  fait  connaître  les 
traits  essentiels  du  caractère  de  son  auteur,  jette  aussi 
de  vives  clartés  sur  la  situation  de  l'Église  romaine 


vers  la  fin  du  r''  s.,  et  il  n'est  pas  possible  de  laisser  de 
côté  les  renseignements  qu'elle  apporte  à  ce  sujet. 

j  Nous  savons,  grâce  à  elle,  que  l'Église  de  Corinthe 
avait  eu  à  souffrir  de  graves  dissensions  à  un  moment 

1  où  l'Église  de  Rome  était  elle-même  l'objet  des  plus 
redoutables  épreuves  :  dans  ces  épreuves,  tout  le 
monde  reconnaît  la  persécution  de  Domitien.  Quelques 
ambitieux,  de  jeunes  écervelés,  semble-t-il,  s'étaient 
révoltés  contre  les  presbytres  et  avaient  réussi  à  im- 
poser leur  manière  de  voir  à  un  certain  nombre  de  fi- 
dèles. La  chrétienté  s'était  ainsi  trouvée  partagée.  Dès 
que  les  circonstances  l'avaient  permis,  l'Église  ro- 
maine était  intervenue  pour  s'efforcer  de  ramener  la 
paix  chez  les  chrétiens  de  Corinthe  :  la  lettre  de  Clé- 
ment n'e.st  pas  autre  chose  qu'un  essai  loyal  de  pacifi- 
cation. 

On  voudrait  savoir  plus  clairement  si  l'intervention 
de  Rome  a  été  sollicitée  par  les  Corinthiens,  ou  si  elle 
a  été  spontanée.  La  seconde  hypothèse  est  d'autant 
plus  vraisemblable  qu'on  ne  trouve,  dans  la  lettre  de 
Clément,  aucune  allusion  à  une  démarche  des  Corin- 
thiens. Entre  les  deux  villes,  les  relations  étaient  fré- 
quentes; il  était  facile  de  savoir  à  Rome  ce  qui  se  pas 
sait  à  Corinthe;  il  était  inutile  aux  Corinthiens  d'écrire 
et  de  réclamer,  pour  résoudre  leurs  difficultés,  la  média- 
tion de  la  chrétienté  romaine.  Si  donc  Rome  intervient 
spontanément,  le  fait-elle  à  titre  fraternel,  ou  en 
vertu  de  l'autorité  qu'elle  tient  de  la  primauté?  Il  se- 
rait fort  possible  que  la  lettre  des  Romains  ne  soit  dic- 
tée que  par  le  sentiment  de  la  fraternité  chrétienne  :  à 
peine  plus  récentes  sont  les  lettres  d'Ignace  d'An- 
tioche, aux  Éphésiens,  aux  Magnésiens,  aux  Philadel- 
phiens,  aux  Tralliens,  aux  Smyrniotes  :  l'évêque  d'An- 
tioche n'a  aucun  titre  à  donner  des  conseils  à  toutes 
ces  communautés,  hormis  la  sollicitude  qui  l'anime.  Il 
en  est  de  même  un  peu  plus  tard  de  Denys  de  Corinthe, 
qui  vers  170  s'intéresse  à  ce  qui  se  passe  en  Grèce,  en 
Crète,  en  Asie  Mineure  et  qui,  partout,  gourmande,  re- 
proche, encourage,  exhorte,  conseille,  uniquement 
poussé  par  son  zèle.  Dans  le  cas  présent,  il  semble  pour- 
tant bien  y  avoir  quelque  chose  de  plus.  L'Église  de 
Rome  n'est  pas  une  Église  comme  les  autres,  et  elle  le 
sait.  Elle  est  l'Église  où  ont  souffert  les  deux  grands 
apôtres  Pierre  et  Paul.  Elle  a  le  droit  de  faire  entendre 
sa  voix  partout  où  il  lui  semble  bon  et  elle  n'hésite  pas 
à  le  faire.  Mieux  encore,  elle  a  le  droit  de  commander, 
et  elle  le  fait.  Nous  avons  remarqué  que  les  ordres 
donnés  par  Clément  le  sont  d'une  manière  calme  et 
douce,  mais  ce  sont  des  ordres.  D'autres  lettres  ro- 
maines, comme  celles  du  pape  Victor  ou  du  pape 
Étienne,  seront  plus  sévères,  plus  énergiques  :  c'est  ici 
la  part  du  tempérament  personnel.  Pour  être  donné 
avec  douceur,  un  ordre  n'en  est  pas  moins  un  ordre  et 
il  doit  être  exécuté.  C'est  une  véritable  obéissance  que 
Clément  demande  à  ses  correspondants  et  qu'il  espère 
en  obtenir. 

Suffit-il  même  de  parler  de  l'autorité  de  l'Église  ro- 
maine et  faut-il  insister  sur  le  fait  cjue  la  lettre,  écrite 
au  nom  de  cette  Église,  ne  se  présente  pas  comme 
l'œuvre  de  son  chef,  pour  déclarer  qu'à  la  fin  du  j"  s. 
l'épiscopat  monarchique  n'existait  i)as  encore  à  Rome'? 
L'étude  détaillée  de  cette  nouvelle  question  nous  en- 
traînerait trop  loin  et  dépasserait  de  beaucoup  ce  qui 
regarde  Clément.  Il  nous  sufilt  de  rappeler  que  toute 
société  organisée  a  un  chef  et  que  même  un  collège 
presbytéral  ne  se  conçoit  pas  sans  un  président  qui 
parle  en  son  nom.  Or  nous  connaissons  le  nom  de  celui 
qui  a  écrit  la  lettre,  de  celui  qui,  vers  95-97,  avait  le 
droit  et  le  devoir  d'élever  la  voix  comme  représentant 
et  comme  chef  de  l'Église  romaine.  Il  s'appelait  Clé- 
ment, et  il  a  laissé  dans  l'histoire,  voire  dans  la  lé- 
gende, un  souvenir  trop  grand  pour  avoir  été  un  per- 
sonnage quelconque  et  pour  n'avoir  pas  joui  de  son  vi- 


ÊÊ 


1093 


CLÉMENT   DF,  ROME 


CLÉMENT  fl 


109^ 


vaut  d'une  autoiiU'  supérieure.  Xous  n'avons  pas  ici 
à  déterminer  l'étendue  de  cette  autorité.  Mais  nous 
avons  le  devoir  de  la  reconnaître  et  de  l'affirmer. 

Toutes  les  éditions  des  Pères  apostoliques  contiennent  la 
lettre  de  Clément  aux  Corinthiens  et  de  longues  introduc- 
tions sur  son  auteur.  Il  nous  suffira  de  rappeler  celles  de  : 
Lightfoot,  1886;  Funk,  1901;  Harnack,  1909;  K.  Lake, 
1917;  S.  Colombo,  1934.  En  dehors  de  là,  on  peut  voir  :  W. 
Scherer,  Der  erste  Klemensbrief ,  1902.  —  H.  Bruders,  Die 
Verfassung  der  Kirche,  1904.  —  A.  von  Harnack,  Ein- 
fûhrung  in  die  aile  Kirchengescliichte,  1929.  —  F.  Gerke, 
Die  Stellung  des  ersten  Klemensbrie/es  innerhalb  der  Enl- 
wicklurtg  der  allchristlichen  Gemeindeverfassung  und  des 
Kirchenrechts,  1931.  —  E.  Caspar,  Die  dlteste  romische  Bi- 
schofslisten,  1926;  Geschiclite  des  Papsltums,  i,  1930.  —  G. 
Bardy,  Théol.  de  l'Église,  de  S.  Clément  de  Borne  à  S.  Irénée, 
1943.  —  L.  Duchesne,  L.  Pont.,  i,  p.  lxix-lxxiii,  123-24.  — 
P.  Franchi  de'  Cavalieri,  La  legenda  di  S.  Clémente  papa  e 
marlire,  dans  Note  agiografiche,  v,  1915,  p.  1-40.  —  H.  De- 
lehaye.  Élude  sur  le  légendier  romain  :  les  saints  de  nov.  et 
de  déc,  Bruxelles,  1936,  p.  96-116.  —  F.  Dvornik,  Les 
légendes  de  Constantin  et  de  Méthode  vues  de  Byzance,  Prague, 
1933.  —  E.  Massaux,  Influence  de  l'évangile  de  S.  Matthieu 
sur  la  littérature  chrétienne  avant  S.  Irénée,  Louvain,  1950, 
p.  7-65. 

G.  Bardy. 

9.  CLÉMENT  1 1 ,  pape  (24  déc.  1046-9  oct.  1047). 
Suidger  de  Mayendorfï,  d'origine  saxonne,  chapelain 
de  Hermann,  archevêque  de  Brème-Hambourg  (1032- 
35;  Adam  de  Brème,  op.  infra  cit.,  ii,  66),  était  pro- 
bablement chanoine  de  Halberstadt  lorsqu'il  fut  élevé 
au  siège  de  Bamberg,  érigé  vers  1007  par  Henri  H  de 
Germanie  et  devenu  vacant  en  1040  par  la  mort 
d'Éberhard  son  premier  titulaire.  Suidger  était  bien- 
veillant de  nature  et  d'un  commerce  agréable  (L.  Pont., 
II,  273);  persona  grala  auprès  de  Henri  HI,  il  se  laissa 
convaincre,  sans  grande  résistance  semble-t-il,  d'ac- 
cepter la  tiare  lorsque,  par  les  victoires  remportées 
sur  les  Hongrois  et  sur  les  Slaves,  le  roi  eut  toute 
liberté  de  descendre  en  Italie  dans  le  dessein  de  ceindre 
la  couronne  impériale. 

Depuis  la  mort  de  Gerbert  (le  pape  Silvestre  H) 
en  1003,  le  S. -Siège  était  retombé  sous  la  tutelle  de 
l'aristocratie  romaine  et  au  pouvoir  de  la  maison  de 
Tusculum;  malgré  le  zèle  réformateur  déployé  par 
l'empereur  Henri  H,  la  simonie  et  le  nicolaïsme  sévis- 
saient jusque  sur  la  chaire  pontificale.  Benoît  IX,  élu 
en  1032  et  tristement  célèbre  par  ses  turpitudes  —  au- 
quel une  faction  romaine  avait  suscité  un  rival  en  la 
personne  de  Jean,  évêque  de  Sabine,  devenu  Sil- 
vestre III  —  venait  d'abdiquer,  non  sans  compensa- 
tion pécuniaire,  en  faveur  de  Jean  Gratien,  archi- 
prêtre  de  S. -Jean-Porte-Latine,  qui  avait  pris  le  nom 
de  Grégoire  VI  (l"^'  mai  1045).  Trois  concurrents  pou- 
vaient prétendre  à  couronner  l'empereur.  Seuls  les 
titres  de  Benoît  IX,  en  dépit  de  sa  conduite  et  de  son 
abdication,  pouvaient  être  tenus  pour  incontestables. 
Décidé  à  restaurer  à  son  avantage  l'influence  germa- 
nique sur  l'Église  romaine,  Henri  III  sut  mettre  à 
profit  les  tendances  réformatrices  de  certains  prélats 
de  son  entourage.  Au  concile  de  Sutri,  convoqué  sur 
sa  demande  par  Grégoire  VI,  il  fit  déposer  Silvestre  III 
qui  n'avait  pas  comparu  et  Grégoire  lui-même  qui  fut 
convaincu  de  simonie  (20  déc.  1046;  Ann.  Romani; 
Ann.  Corbeienses;  Ann.  H ildesheimenses ;  Adam  de 
Brème,  op.  cil.,  m,  7;  Lambert  de  Hersfeld,  année 
1047,  op.  in/ra  cil.;  Vita  Halinardi,  c.  vu;  Clément  II 
à  l'Église  de  Bamberg,  dans  JafFé,  4149;  Bonizon  de 
Sutri,  Liber  ad  amicum,  v;  Didier  du  Mont-Gassin, 
op.  injra  cit.,  m,  0-11;  Léon  d'Ostie,  op.  infra  cit., 
année  1046).  Puis,  renouvelant  le  geste  d'Otton  I^"'  à 
l'égard  de  Jean  XII  en  963,  il  fit  instruire  par  un 
concile  romain  le  procès  de  Benoît  IX,  qui  fut  déposé, 
puis  fit  aussitôt  procéder  à  l'élection  de  son  candi- 
dat, Suidger  de  Bamberg  (24  déc.  1046)  —  à  défaut 


d'Adalbert  archevêque  de  Brème-Hambourg  qui 
s'était  récusé  —  et  rallia  le  clergé  et  le  peuple  à  son 
choix. 

Sous  le  nom  de  Clément  II,  Suidger  fut  le  premier 
des  quatre  papes  de  nationalité  germanique  imposés 
coup  sur  coup  par  Henri  III.  Intronisé  à  S. -Pierre  le 
25  déc,  il  procéda  sans  délai  au  couronnement  de 
Henri  III  et  de  son  épouse  Agnès  de  Poitou.  Avant 
la  fin  de  l'année  1046,  Clément  II  concéda  à  l'empe- 
reur, avec  le  titre  de  patrice  romain  qui  lui  conférait 
le  droit  d'intervenir  dans  l'élection  pontificale,  un 
privilège  —  renouvelé  de  la  Constitutio  Romana  de  824 
et  du  privilège  d'Otton  III  de  962,  élargi  par  Léon  III 
en  963  —  aux  termes  duquel  le  sacre  et  l'intronisation 
du  pape  et  des  évêques  dotés  de  regalia  étaient  subor- 
donnés à  l'investiture  impériale  {Vila  Halinardi, 
c.  vu;  Pierre  Damien,  Liber  grcdissimiis,  Libelli  de  lite, 
1,  71,  P.  L.,  cxLv,  152;  Ann.  Romani).  Cette  conces- 
sion capitale  devait  servir  de  fondement  aux  reven- 
dications de  Henri  IV  (Pierre  Damien,  Disceptatio 
synodalis,  Libelli  de  lite,  i,  80,  P.  L.,  cxlv,  71).  Le  zèle 
réformateur  déployé  alors  par  Henri  III  a  obnubilé 
aux  yeux  des  contemporains  la  portée  d'un  acte  aussi 
grave.  Pierre  Damien  salue  l'avènement  de  Clément  II, 
comme  naguère  celui  de  Grégoire  VI,  de  ses  exhorta- 
tions enthousiastes  à  poursuivre  la  réforme  {Epist., 
!  II,  19).  Il  devait  signaler  à  son  attention  les  intrus  qui 
occupaient  les  sièges  d'Osimo  et  de  Fano  (ibid.,  i,  3). 
Une  s'eule  voix  discordante,  celle  de  Wason  de  Liège 
{Anselmi  gesta  episcoporum  Leodiensium,  228-29;  De 
ordinando  pontifice,  14),  qui  émet  quelques  doutes 
quant  à  la  légitimité  de  Clément  II,  parce  que  le 
pouvoir  de  déposer  les  papes  appartient  à  Dieu  seul 
et  que  le  roi  a  pratiquement  confisqué  l'élection. 

Vers  le  5  janv.  1047,  le  nouveau  pape  présida  un 
concile  romain  qui  fulmina  l'anathème  contre  les  simo- 
niaques  et  enjoignit  quarante  jours  de  pénitence  à 
ceux  qui  auraient  été  ordonnés,  le  sachant  tel,  par  un 
évêque  simoniaque  —  cette  décision  devait  faire  juris- 
prudence sous  Léon  IX  à  rencontre  du  parti  intransi- 
geant qui  réclamait  la  destitution  des  clercs  ainsi  or- 
donnés (Pierre  Damien,  Liber  graiissimus,  Libelli  de 
lite,  I,  70,  P.  L.,  CXLV,  150).  Ce  concile  donna  prétexte 
au  renouvellement  d'une  querelle  de  préséance  entre 
l'archevêque  de  Milan,  Gui  de  Velate,  et  l'élu  de  Ra- 
venne,  le  chancelier  impérial  Hunfrid,  qui  préten- 
daient tous  les  deux  au  premier  siège  à  la  droite  du 
pape,  ainsi,  d'ailleurs,  que  le  patriarche  d'Aquilée. 
Sur  présentation  de  privilèges  concédés  par  ses  prédé- 
cesseurs et  sur  le  témoignage  des  évêques  de  Porto  et 
de  Brixen,  Clément  II  se  prononça  en  faveur  de  Ra- 
venne  (Jafi'é,  4141).  • 

Peu  après,  le  pape  accompagna  l'empereur  dans  son 
expédition  vers  le  sud  de  l'Italie.  Par  le  Mont-Cassin, 
où  ils  séjournaient  à  la  fin  de  janv.,  Henri  III  et  Clé- 
ment II  gagnèrent  Capoue  (3  févr.)  et  Salerne.  Tandis 
que  l'empereur  rétablissait  Pandolf  III  à  Capoue  au 
détriment  de  Guaimar  V  de  Salerne  et  recevait  les 
serments  de  fidélité  des  comtes  normands  d'Apulie 
et  d'Aversa,  le  pape  examinait  et  confirmait  l'élection 
de  Jean,  évêque  de  Pesto,  au  siège  métropolitain  de 
Salerne,  lui  conférait  le  pallium  et  délivrait  un  privi- 
lège consacrant  la  juridiction  métropolitaine  de  Sa- 
lerne sur  les  diocèses  de  Pesto,  de  Conza,  d'Ainalfi, 
de  Nola,  d'Acerenza,  de  Cosenza  et  Bisignano  (Jafïé, 
4143,  18  févr.).  Les  trois  derniers  sièges,  alors  disputés 
entre  le  clergé  grec  et  le  clergé  latin,  marquent  l'avance 
extrême,  notamment  en  Calabre  dans  la  vallée  du 
Crati,  de  la  pénétration  latine  des  princes  de  Salerne. 
Bénévent  ayant  fermé  ses  portes  à  l'empereur.  Clé- 
ment II  fulmina  l'excommunication  contre  les  princes 
lombards  Pandolf  III  et  Landolf  VI,  tandis  que 
Henri  III  conférait  l'investiture  de  la  ville  à  ses  vas- 


1095 


CLÉMENT  II    -  CLÉMENT  III 


lOOfi 


saux  normands,  à  charge  de  s'en  emparer  (Léon  d'Os- 
tie,  op.  cit.,  683). 

Des  rares  bulles  de  Clément  II  qui  ont  été  préser- 
vées ou  qui  sont  attestées  par  ses  successeurs,  la  plu- 
part concernent  les  Églises  germaniques,  soit  que  leurs 
titulaires  eussent  accompagné  Henri  III  en  Italie,  soit 
qu'elles  fussent  unies  à  la  couronne  par  des  liens 
étroits.  Dès  le  29  déc.  1046,  le  pape  avait  exempté 
l'abbaye  de  Corvey  ainsi  que  les  moniales  de  Herford 
de  la  juridiction  de  l'évêque  de  Paderborn  (Jaffé, 
4132);  il  avait  béni  l'abbé  de  Fulda,  Roingus,  et  lui 
avait  confirmé  le  monastère  romain  de  S.-André-et- 
S.-Étienne  in  Exajulo,  sis  près  de  Ste-Marie-Majeure 
(JafTé,  4133),  concédé  à  l'abbé  Richard  par  Benoît  VIII 
en  1024(JalIé,  4057);  le  31,  Clément  II  avait  renouvelé 
l'exemption  de  F'ulda,  tout  en  interdisant  à  Roingus 
l'usage  des  pontificaux,  alors  réservés  aux  évêques  et 
aux  cardinaux  (Jaffé,  4134).  Sans  doute,  bénit-il  éga- 
lement le  successeur  de  Roingus,  Sigeward,  auquel  il 
confirma,  le  22  févr.  1047  (JalTé,  4144),  les  possessions 
de  son  abbaye.  Adalbert  de  Brème-Hambourg  reçut 
un  privilège  descriptif  et  confirmatif  du  ressort  métro- 
politain de  son  Église  (.JafTé,  4146,  24  avr.  1047)  qui 
s'étendait  alors  sur  les  Germains  et  les  Slaves,  de  part 
et  d'autre  de  l'iîlbe  inférieur  jusqu'au  Ploene  et  à 
l'Eider,  sur  les  Danois,  les  Suédois,  les  Norvégiens 
et  leurs  établissements  lointains  (Sudreys,  Islande, 
Far-Oër,  Groenland).  Le  document  est  mutilé,  mais  il 
se  réfère  aux  bulles  de  Nicolas  I"  (Jaffé,  2759), 
d'Agapit  II  (3641)  et  de  Benoît  IX  (4111). 

Clément  II  recommanda  l'abbaye  de  Cluny  aux 
magnats  de  Gaule  et  d'Aquitaine  (Jaffé,  4136)  et  prit 
sous  la  protection  du  S. -Siège  (4139)  le  monastère  de 
Fruttuaria  au  diocèse  d'Ivrée,  fondation  des  frères 
du  Bx  Guillaume  de  Volpiano  et  dépendance  de  S.- 
Bénigne  de  Dijon.  Il  confirma  l'irnmédiateté  de  l'ab- 
baye de  la  Ste-Trinité  de  Vendôme,  fondée  par  Agnès 
de  Bourgogne  et  Geofïroi  Martel,  mère  et  beau-père 
d'Agnès  de  Poitou,  et  la  rendit  tributaire  (Jaffé,  4147, 
l'^''  juin.  1047;  Liber  censuum,  192).  On  lui  doit  la  cano- 
nisation de  Ste  Wiborade,  vierge,  à  S.-Gall,  marty- 
risée par  les  Hongrois  en  925  (Jaffé,  4142).  La  bulle 
(Jaffé,  4140)  par  laquelle  il  concéda  une  indulgence 
aux  pèlerins  de  Neubourg  (abbaye  de  bénédictines 
au  diocèse  d'Augsbourg,  établie  en  1002  par  Henri  II 
et  son  épouse  Ste  Cunégonde),  et  celle  (Jafïé,  4145)  par 
laquelle  il  confirma  les  biens  du  monastère  de  S.- 
Michel in  Domaie  fondé  à  Bamberg  par  son  prédéces- 
seur l'évêque  Éberhard,  si  elles  sont  d'authenticité 
douteuse,  entrent  cependant  dans  la  ligne  générale  de 
sa  politique.  Le  privilège  daté  du  24  sept.  1047  en 
faveur  de  l'Église  de  Bamberg  (JafTé,  4149),  confir- 
mant des  échanges  territoriaux  avec  les  diocèses  voi- 
sins de  Wurtzbourg  et  d'Eichstiitt,  d'une  onction  qui 
tourne  au  lyrisme  personnel,  n'est  peut-être  qu'un 
exercice  d'école  amplifiant  une  bulle  authentique.  Le 
pape  se  justifie  d'avoir  retenu  le  siège  de  Bamberg 
après  son  élévation  à  la  tiare,  sans  livrer  la  raison 
profonde  de  ce  cumul,  l'extrême  pauvreté  où  était 
tombée  l'Église  romaine  sous  ses  prédécesseurs  (Guil- 
laume de  Malmesbury,  Gesta  regum  Anglorum,  ii,  201, 
éd.  W.  Stubbs,  Rolls  séries,  246). 

A  cette  date  Clément  II,  qui  aurait  peut-être  suivi 
l'empereur  en  Germanie,  était  tombé  gravement 
malade  au  monastère  de  S. -Thomas  in  Foglia,  dans  le 
comté  de  Pesaro  (Jaffé,  4148),  oii  la  voie  Émilienne, 
qui  se  dirige  vers  le  Nord,  fait  sa  jonction  avec  la  voie 
Flaminienne.  De  là,  il  écrivit  à  Henri  III,  lui  remet- 
tant la  charge  pontificale  et  lui  léguant  son  anneau 
(Jaffé,  4152,  24  sept.  1047).  Il  confirma  les  biens  et 
l'immunité  de  l'abbaye  bénédictine  S.-Étienne-et- 
S.-Vite  à  Theires-sur-le-Main  (Jaffé,  4150,  1"  oct. 
1047),  qu'il  avait  fondée  et  dotée  pour  le  salut  de 


son  âme  et  de  l'âme  de  son  très  cher  fils  Henri  III. 
La  date  de  sa  mort,  le  9  oct.  1047,  est  attestée  par 
deux  bulles  de  Léon  IX  concédant,  aux  frères  de  Bam- 
berg l'usage  de  la  mitre  (Jaffé,  4283),  et  à  l'évêque 
l'usage  du  pallium  (4287)  en  la  fête  de  S.  Denis,  anni- 
versaire de  la  mort  de  Clément  II;  le  lieu  nous  est 
certifié  par  une  bulle  de  Nicolas  II  (4333)  en  faveur 
du  monastère  de  S. -Thomas  in  Foglia,  auquel  ce 
pape  confirma  une  donation  de  Clément  II  qui  ibi 
obiit.  Il  ne  semble  pas  qu'il  y  ait  lieu  d'accorder  quel- 
que crédit  à  l'allégation  de  Loup  le  Protospataire 
(op.  infra  cit.,  59)  selon  lequel  Clément  aurait  été  em- 
poisonné sur  l'ordre  de  Benoît  IX.  Sa  dépouille  fut 
ramenée  en  Allemagne  et  inhumée  en  la  cathédrale  de 
Bamberg  où  un  monument  lui  fut  élevé,  dont  il  ne 
subsiste  que  le  sarcophage  orné  de  bas-reliefs  du 
xiii=  s.  (L.  Pont.,  II,  568;  A.  S.,  Propylaeum,  mai,  188). 
Une  simple  dalle  a  dû  remplacer  un  gisant  détruit  par 
les  protestants;  elle  porte  une  inscription  du  xvi^  s. 
A  Rome,  un  des  successeurs  de  Suidger  sur  le  siège  de 
Bamberg,  Jean  Godefroi  —  ambassadeur  de  l'empe- 
reur Matthias  auprès  de  Paul  V  —  lui  a  dédié,  en  1612, 
une  inscription  commémorative  dans  l'église  natio- 
nale des  Allemands,  Ste-Marie-de-l'Ame.  Des  miracles 
ont  été  faussement  attribués  à  Clément  II  :  il  s'agit 
en  effet  d'une  imposture  en  faveur  de  l'antipape  Clé-  . 
ment  III  (Guibert  de  Ravenne). 

Soi  RCES.  —  JafTé,  I,  .')25-28.  —  Epistolae  et  privilégia, 
P.  L.,  cxLii,  577-90.  —  Liber  censuum,  éd.  Fabre,  Paris, 
1905,  p.  192.  —  L.  Pont.,  272,  568.  —  .•Vdam  de  Brème, 
Gesta  Hammaburgensis  Ecclesiae  pontificum,  ii,  66;  m,  7; 
M.  G.  H.,  SS.,  vu;  et  P.  L.,  cxlvi.  —  Les  annales  suivantes 
aux  années  1046-47  :  Ann.  Aiigusiani,  Ann.  Corbeienses, 
Ann.  Hildesheimenses,  dans  A/.  CH.,  SS.,  m  ;  Ann.  Lamberti 
Hersfeldensis,  Ann.  Lupi  Protospatarii,  Ann.  Romani, 
ibid.,  V.  —  Anselmi  gesta  epi.'icoporum  Leodiensium,  Wason, 
M.  G.  1L,S  S.,\u,  XIV.  —  Bonlzon  de  Sut  ri.  Liber  ad  amicum, 
V,  M.  G.  H.,  Libelti  de  lite,  i  ;  De  ordinando  pontiftce, 
ibid.  —  Didier  du  Mont-Cassin,  Dialogoruni  libri  très, 
III,  9-11,  P.  L.,  cxLix.  —  Léon  d'Ostie,  Clironica,  M.  G.  H., 
SS.,  vu.  —  Pierre  Damien,  Epistolae,  i,  3;  ii,  19,  P.  L., 
cxLiv;  Opuscula,  iv,  vi,  ibid.,  cxlv,  et  Libelli  de  lite,  i. 

—  Vita  Halinardi  episcopi  Lugdunensis,  c.  vu,  P.  L., 
cxLii.  Quelques  extraits  ont  été  réunis  par  I.  M.  Watte- 
rich,  au  t.  i  des  Pontiftcuni  Romanorum  vilae  ab  aequa- 
libus  conscriptae,  Leipzig,  1862,  p.  73-78,  713-17. 

Travaux.  —  Études  d'ensemble  :  E.  SteindorlT,  Jahrbû- 
cher  des  deutschen  Reichs  unter  lieinrich  IIL,  i,  Leipzig, 
1874,  p.  309  sq.  —  H.  K.  Mann,  The  lives  of  the  Popes  in 
the  early  Middle  Ages,  v,  Londres,  1911,  p.  270-85.  —  Hefele- 
Leclercq,  iv-2,  Paris,  1911,  p.  986-92.  —  É.  .\mann,  dans 
VHist.  de  P Église,  d'A.  Fliche-V.  Martin,  vu,  Paris,  1940, 
p.  93-96. 

Études  particulières  :  mise  au  point  concernant  la  dépo- 
sition de  Benoît  IX,  Silvestre  III  et  Grégoire  VI,  dans  A. 
Fliche,  La  réforme  grégorienne,  i  (Spicilegium  Lovaniense, 
6),  Louvain,  1924,  p.  108,  n.  3.  —  Sur  la  question  du  patri- 
ciat  :  P.  Wittmann,  Bishof  Suidger  von  Bamberg  als  Papst 
Clemens  IL  und  der  Palriciat  Kaisers  Heinriclis  IIL,  dans 
Archiv  fur  kath.  Kirchenreclit...,  Li,  1884,  p.  228-43;  contra  : 
L.  Duchesne,  Les  premiers  temps  de  l'État  pontifical,  Paris, 
1911,  p.  381-82  et  A.  Fliclie,  op.  cit.,  110-11.  —  J.  von 
Pflugk-Hartung  a  cru  devoir  restituer  à  Clément  II  une 
bulle  attritjuée  à  Léon  IX  :  Das  Brève  Papst  Clemens  IL 
fur  Romainmoutier,  dans  Seues  Archiv,  xi,  1886,  p.  590-94. 

—  Voir  également  G.  Mancini,  Sui  miracoli  clie  sono  stati 
attribuiti  a  papa  Clémente  IL..,  dans  Giornale  Arcadico  di 
scienze,  lettere  ed  arti,  xlvi,  1830,  p.  80-98,  et  H.  Gunther, 
Kaiser  Heinrich  IL  und  Bamberg,  dans  Hislorisches  Jahr- 
buch,  Lix,  1939,  p.  273-90. 

R.  FOREVILLE. 

10.  CLÉMENT  III,  pape  (1187-91).  L  Paul 
ScoLABi.  —  Fils  de  Jean  Scolari  et  de  Marie  son 
épouse,  Paul  Scolari,  le  futur  Clément  III,  naquit  à 
Rome  dans  le  quartier  de  la  Pinea  ou  Pomme  de  pin 
(ainsi  dénommé  d'un  motif  ornemental  d'origine 
païenne  qui,  jusqu'au  pontificat  d'Eugène  III,  décora 
une  fontaine  voisine  du  Panthéon).  Une  bulle  de  Cé- 


1097 


CLÉMENT  III 


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lestin  III  (P.  L.,  ccvi,  910;  JatTé,  16792,  4  janv.  1192) 
nous  apprend  qu'il  fut  dès  son  enfance  nourri  dans 
l'église  Ste-iMarie-Majeure.  Attaché  au  clergé  de  cette 
basilique,  il  en  devint  archiprétre  (Ann.  Romani,  1188). 
Il  semble  donc  qu'il  ait  fait  carrière  dans  le  clergé 
séculier,  encore  que  d'aucuns  l'aient  dit  moine  de  Val- 
lombreuse  (R.  Davidsohn,  Gescliichte  von  Florenz, 
I,  Berlin,  1896,  p.  585).  Alexandre  III  le  créa  cardinal- 
diacre  du  titre  des  SS.-Serge-et-Bacchus  (1179),  puis 
évêque  de  Palestrina  après  la  mort  du  cardinal  Ber- 
nerède  (entre  le  11  juill.  1180  et  le  13  janv.  1181).  Sous 
les  pontificats  de  Lucius  III,  d'Urbain  III  et  de 
Grégoire  VIII,  il  accompagna  la  Cour  pontificale  dans 
ses  déplacements  successifs,  notamment  de  Velletri  à 
Veroli,  Vérone  et  Ferrare.  Qu'il  ait  eu  dès  lors  le  désir 
de  ramener  la  papauté  à  Rome  ne  paraît  pas  douteux  : 
la  construction  qu'il  entreprit  à  cette  époque,  de  ses 
propres  deniers,  d'un  palais  résidentiel  attenant  à 
Ste-Marie-Majeure  (P.  L.,  loc.  cil.)  en  est  une  confir- 
mation. 

Après  la  mort  d'Urbain  III,  le  choix  du  Sacré-Col- 
lège failht  s'arrêter  sur  sa  personne,  mais  l'évêque 
d'AIbano  qui  avait  décliné  la  tiare  pour  lui-même  afin 
de  se  consacrer  à  la  prédication  de  la  croisade  (Albéric 
de  Trois-Fontaines,  Chron.)  l'avait  également  fait 
écarter  en  raison  d'une  santé  déjà  très  ébranlée 
(Epislolae  Cantuarienses,  p.  108).  Sans  doute  y  a-t-il 
lieu  de  voir  aussi  dans  cette  attitude  une  opposition  de 
tendances,  le  cardinal  cistercien,  ex-abbé  de  Clair- 
vaux,  représentant  au  sein  de  la  Curie  le  parti  intran- 
sigeant qui  l'avait  emporté  sous  les  pontificats  précé- 
dents et  qui  refusait  de  composer  avec  les  exigences 
des  Romains  et  leurs  conséquences  fiscales.  Cependant, 
le  chancelier  Albert  de  Mora,  élu  sous  le  nom  de  Gré- 
goire VIII,  le  21  oct.  1187,  à  Ferrare,  avait  déjà  entamé 
des  négociations  avec  le  Sénat  et  entrepris  de  récon- 
cilier les  cités  rivales  de  Pise  et  de  Gênes,  lorsqu'il 
mourut  à  Pise  moins  de  deux  mois  après  son  éléva- 
tion au  Siège  apostolique  (17  déc).  Le  troisième  jour 
après  la  mort  de  Grégoire  VIII  (bulle  de  Clément  III 
notifiant  son  élection  aux  évêques  d'Angleterre  dans 
VEnglish  historical  Review,  ix,  1894,  p.  540  sq.), 
c.-à-d.  le  19  déc,  en  l'absence  d'Henri  d'AIbano, 
alors  légat  en  France  et  en  Germanie,  et  après  le  refus 
de  l'évêque  d'Ostie  Thibaud,  ex-abbé  de  Cluny,  les 
cardinaux,  d'accord  avec  le  consul  romain  Léon  du 
Monument,  arrêtèrent  leur  choix  sur  l'évêque  de 
Palestrina  (Ann.  Romani;  Epist.  Cantuarienses,  p.  136- 
37).  Celui-ci  n'avait  pris  aucune  part  à  l'élection  qui  le 
porta  à  la  tiare;  si,  en  effet,  il  avait  suivi  la  Curie  à 
Pise,  il  se  trouvait  alors  malade  et  alité  chez  les  moines 
vallombrosins  de  San  Paolo,  à  Ripa  d'Arno  (Ann. 
Pisani). 

Dès  le  mois  de  juin  1188,  on  crut  prochaine  la  mort 
du  nouveau  pape  :  Honorius,  prieur  de  Christchurch 
à  Canterbury,  qui  poursuivait  à  la  Curie  les  affaires  de 
son  monastère,  écrivait  que  le  pape  était  gravement 
atteint  de  troubles  cardiaques  (Epist.  Cantuarienses, 
p.  218).  Nous  devons  à  un  moine  du  même  couvent, 
également  présent  à  Rome,  le  seul  témoignage  direct 
qui  nous  soit  parvenu  sur  le  caractère  de  Clément  III 
(ibid.,  178)  :  «  Il  est  incorruptible,  bien  qu'il  soit 
romain.  Un  grand  souci  de  justice  l'anime;  il  ne  préci- 
pite jamais  ses  sentences  et  il  ne  frappe  qu'après  avoir 
examiné  la  cause  à  la  lumière  de  la  raison  et  discerné 
ses  mérites  selon  l'ordre  de  la  justice  et  la  norme  de 
l'équité.  »  Dans  l'exercice  du  suprême  pontificat,  il 
devait  se  montrer  grand  ami  de  la  paix  dans  la  jus- 
tice :  innombrables  sont  les  sentences,  compositions 
ou  arbitrages  qu'il  a  favorisés  puis  confirmés,  et  qu'il 
s'est  employé  à  faire  respecter.  Son  élection,  à  l'heure 
où  elle  survint,  eut  valeur  de  symbole;  elle  manifes- 
tait le  souci  primordial  de  mener  à  bonne  fin  l'œuvre 


inaugurée  sous  le  très  court  pontificat  de  GrégoireVIII: 
d'une  part,  la  réinstallation  de  la  Curie  à  Rome  après 
une  absence  de  plus  de  cinq  ans;  de  l'autre,  l'apaise- 
ment des  différends  et  la  cessation  des  hostilités  entre 
les  princes  chrétiens,  afin  de  lancer  à  l'assaut  de  l'Is- 
lam les  forces  unies  de  la  chrétienté  ))our  la  libération 
de  Jérusalem  et  de  la  Terre  sainte. 

II.  Les  affaires  d'Italie.  —  1°  Traité  avec  les 
Romains  et  refour  de  la  Curie  à  Rome.  —  Lucius  III 
n'avait  pu  se  maintenir  à  Rome.  La  République, 
administrée  par  les  sénateurs,  avait  rouvert  les  hosti- 
lités contre  Tusculum  et  supportait  mal  la  reconstruc- 
tion des  remparts  de  la  cité  vassale  du  S. -Siège.  Mais 
la  longue  absence  de  la  Curie  ruinait  la  Ville  à  la  fois 
dans  son  prestige  moral  et  dans  sa  prospérité  maté- 
rielle. La  présence  de  Léon  du  Monument  à  Pise  lors 
de  la  mort  de  Grégoire  VIII  et  son  influence  dans 
l'élection  de  Clément  III  indiquent  assez  le  désir 
sincère  d'un  rapprochement  et  le  début  de  négocia- 
tions qui  devaient  se  poursuivre  par  l'envoi  de  légats 
pontificaux  à  Rome.  La  paix  dut  paraître  assurée  vers 
le  20  janv.  puisque,  dès  le  22,  le  camérier  Cencius 
arrêtait  des  mesures  concernant  la  garde  des  palais 
j^t  basiliques  et  que,  le  24,  la  Curie  accompagnée  de 
Léon  du  Monument  avait  quitté  Pise.  Par  Sienne  et 
Santo  Quirico,  elle  gagna  Rome  au  début  de  févr.  : 
elle  s'installa  au  Latran  d'où  la  Chancellerie  expédia 
plusieurs  bulles  en  date  du  11.  Clément  III  fut  accueilli 
triomphalement  par  toute  la  population  romaine,  y 
compris  les  Juifs  (Ann.  Romani).  Cependant  le  Sénat 
romain  ne  ratifia  pas  l'accord  avant  le  31  mai. 

Le  traité  revêt  la  forme  d'une  lettre  adressée  par  le 
Sénat  et  le  peuple  romain  au  pape  (le  texte  en  est 
reproduit  dans  P.  L.,  cciv,  1507-10;  I.  M.  Watterich, 
op.  infra  cit.,  ii,  699-703;  Liber  censuum,  i,  373-75, 
n.  84).  Le  préambule  affirme  la  nécessité  de  stabiliser 
la  paix  tant  pour  assurer  la  défense  et  la  prospérité 
même  de  la  Ville  que  pour  sauvegarder  la  dignité  de 
l'Église  comme  de  la  République  romaine.  Aux  termes 
de  cet  instrument,  les  sénateurs  reconnaissent  la  sou- 
veraineté du  S. -Siège  et  s'engagent  en  leur  nom  et  au 
nom  de  leurs  successeurs  à  prêter  chaque  année  ser- 
ment de  fidélité  au  pape  et  à  ses  successeurs.  Us  lui 
restituent  le  Sénat,  la  Ville,  la  monnaie,  la  basilique 
de  S. -Pierre,  les  autres  églises  et  biens-fonds  mis  sous 
séquestre  pendant  la  guerre,  retenant  toutefois  jus- 
qu'à extinction  de  l'hypothèque  le  tiers  des  revenus 
de  la  frappe  de  la  monnaie;  les  rcgalia  suburbicaires 
enfin,  à  l'exception  de  Ponte  Lucano  dont  la  position 
commande  le  passage  de  l'Anio  (aujourd'hui  le  Teve- 
rone)  vers  la  ville  de  Tivoli  contre  laquelle  ils  se  réser- 
vent le  droit  de  porter  les  armes.  Le  pape,  qui  conserve 
son  dominium  sur  Tusculum,  doit  cependant  se  porter 
caution  de  la  démolition  des  remparts  de  cette  cité 
et  s'engager  à  contraindre  ses  habitants  par  l'excom- 
munication s'ils  ne  se  sont  pas  soumis  au  terme  du 
1"  janv.  1189.  La  défense  de  la  Ville  incombe  aux 
Romains,  mais  le  S. -Siège  leur  versera  annuellement 
cent  livres  pour  la  réfection  des  remparts.  Les  exi- 
gences financières  des  Romains  s'étendent  à  la  répa- 
ration des  dommages  de  guerre  subis  du  fait  des  Tus- 
culans,  des  troupes  pontificales  et  des  malfaiteurs.  Le 
traité  leur  confirme  enfin  les  largesses  et  donaliva 
accoutumés  envers  tous  les  sénateurs  et  officiers  de  la 
I  République  institués  soit  par  le  pape,  soit  par  le  Sénat, 
j  A  ces  conditions,  le  Sénat  garantit  la  libre  circulation 
!  et  le  libre  accès  à  la  Curie  de  tous  ses  membres  et  de 
I  tous  ceux  qui  doivent  se  rendre  ad  limina  aposlolorum. 
Établi  en  la  quarante-quatrième  année  du  Sénat,  le 
document  est  revêtu  des  noms  de  cinquante-six  séna- 
teurs, dont  dix  sénateurs  conseillers. 
1  Ce  compromis  satisfaisait  aux  exigences  financières 
I  des  Romains  et  répondait  aux  nécessités  économiques 


1099 


CLÉMENT  III 


1100 


de  la  Ville  où  le  retour  de  la  Curie  devait  ramener  la 
prospérité  sinon  la  paix,  car  l'alîaire  de  Tusculum 
ne  fut  pas  réglée  avant  la  mort  de  Clément  III. 
Œuvre  d'un  pape  romain,  plus  enclin  à  transiger  sur 
ces  questions  qu'un  Lucius  III,  ce  fut  le  dernier  des 
grands  concordats  entre  le  S. -Siège  et  la  commune  : 
il  devait  régir  leurs  rapports  et  fixer  la  papauté  à  Rome 
pour  une  longue  période,  en  dépit  de  querelles  passa- 
gères et  d'exils  de  courte  durée. 

2°  Restauration  du  Patrimoine.  —  Elle  fui  inaugurée, 
avant  même  la  rentrée  à  Rome,  par  la  remise  en  ordre 
du  palais  (22  janv.  1188)  avec  le  concours  du  camérier 
Cencius,  dans  l'esprit  même  qui,  trente  ans  plus  tôt, 
avait  animé  le  pape  Adrien  IV  et  le  camérier  Boson  : 
les  ostiarii  ou  huissiers  du  Latran  se  virent  imposer  un 
roulement  hebdomadaire  dans  leur  service  et  furent 
astreints  à  se  présenter  aux  grandes  fêtes  et  à  répondre 
aux  appels  du  camérier,  seul  qualifié  pour  engager  de 
nouveaux  membres  dans  leur  compagnie.  Aux  huis- 
siers assermentés,  incombait  la  garde  des  clefs  des 
basiliques  et  du  palais  :  la  formule  de  leur  serment  en 
dit  long  sur  les  indélicatesses  auxquelles  certains  d'en- 
tre eux  avaient  pu  se  livrer  au  détriment  des  objets 
précieux,  voire  du  plomb  servant  à  sceller  les  bulles 
(Liber  censuum,  i,  419-20,  n.  158,  159).  Le  nouveau 
pape  confirma  aux  chanoines  de  S. -Pierre  et  aux  rec- 
teurs des  monastères  des  SS.-Jean-et-Paul,  de  S.- 
Martin, de  S.-Étienne-Majeur  et  de  S.-Étienne-Mineur, 
sis  autour  de  l'ancienne  basilique  Vaticane  (cf.  le 
commentaire  du  plan  d'Alfarano  à  l'art.  Rome,  dans 
D.  A.  C.  L.,  XIV,  2858-64),  le  quart  des  oblations  de 
l'autel  de  S. -Pierre  que  leur  avait  concédé  Eugène  III 
(JalTé,  n.  16267,  2  juin  1188).  Pour  manifester  son 
attachement  au  sanctuaire  de  Ste-Marie-Majeure,  il 
accrut  la  dotation  que  ce  même  pape  avait  faite  au 
clergé  de  la  basilique  et  lui  fit  don  du  palais  qu'il  y 
avait  édifié  (P.  L.,  cciv).  Il  entreprit  de  restaurer  les 
palais  et  basiliques  recouvrés  en  vertu  du  traité  conclu 
avec  le  Sénat  :  à  son  pontificat,  se  rattache  l'érection 
du  grand  cloître  de  S.-Laurent-hors-les-Murs,  ainsi  que 
de  nouvelles  constructions  et  des  fresques  au  Latran. 

II  fit  également  creuser  un  puits  devant  le  cheval  de 
bronze  (Martinus  Polonus,  op.  infra  cit.)  :  il  s'agit  de 
la  statue  équestre  de  INIarc-Aurèle  qui,  en  1558,  devait 
être  transférée  en  avant  du  palais  Capitolin. 

Certaines  places  de  la  Campagne  romaine,  au  nom- 
bre desquelles  Rocca  di  Lariano,  demeuraient  encore 
entre  les  mains  du  chevalier  milanais  Lanterius  que 
son  oncle,  Urbain  III,  avait  nommé  bailli  de  la  région. 
L'abbé  de  Fossa  Nova,  Jordan  de  Ceccano,  les  racheta 
et  les  restitua  intégralement  à  l'Église  romaine 
(Chron.  Fossae  Souae).  Clément  III  l'éleva  au  titre 
cardinalice  de  Ste-Pudentienne  (avant  le  16  mars 
1188).  Le  pape  manifesta  un  égal  souci  de  sauvegarder 
le  patrimoine  spirituel  du  S. -Siège.  C'est  ainsi  que, 
confirmant  les  possessions  et  les  droits  du  monastère 
de  S. -Pierre  de  Massa  au  Mont-Néron,  érigé  in  allodio 
B.  Pétri,  il  réserva  les  droits  et  le  dominium  de  l'Église 
romaine  (Jafïé,  16366, 15  déc.  1 188).  On  peut  mettre  en 
parallèle  le  privilège  accordé  à  Étienne,  évêque  de 
Ferrare,  et  à  ses  successeurs  canoniquement  institués, 
dans  lequel  le  pape  afïirme  que  le  diocèse  de  Ferrare 
est  entièrement  situé  in  jure  et  dominio  ac  privilegio 
sanctae  Romanae  Ecclesiae...  cujus  est  patrimonium  et 
qu'il  demeure  dans  son  élection,  ordination  et  consé- 
cration (Jané,  16404,  20  avr.  1189). 

3°  Pacification  de  l'Italie.  —  Cependant,  la  restau- 
ration du  Patrimoine  en  Italie  impliquait  une  poli- 
tique de  plus  grande  envergure  :  des  contestations 
territoriales,  notamment  sur  l'héritage  mathildique. 
opposaient  l'Église  romaine  à  l'empereur  Frédéric  h' 
fiarbc-rousse.  Les  négociations,  reiiouées  sous  Lucius 

III  par  l'inlennédiaire  de  l'archevêque  de  Salzbourg, 


Conrad,  puis  directement  à  Vérone,  n'avaient  pas 
abouti.  Les  difficultés  s'étaient  accrues  après  l'avè- 
nement d'L^rbain  III  (le  Milanais  Humbert  Crivelli), 
notoirement  hostile  aux  Staufen  ;  on  avait  assisté  alors 
au  raidissement  de  la  politique  impériale  à  l'égard  des 
villes  de  Lombardie  et  de  Toscane,  aux  conquêtes  et 
inféodations  opérées  par  Henri  VI  sur  le  Patrimoine. 
Grégoire  VIII,  dont  l'élection  fut  un  gage  d'apaise- 
ment, n'avait  pas  eu  le  temps,  au  cours  d'un  ponti- 
ficat de  huit  semaines,  de  réaliser  l'accord  souhaité. 
Le  mariage  du  roi  de  Germanie  avec  Constance  (1186), 
fille  de  Roger  II  et  tante  du  roi  de  Sicile  Guillaume  II 
—  lequel,  privé  de  descendance,  l'avait  constituée  son 
héritière  —  menaçait  la  papauté  d'encerclement  à  une 
échéance  que  l'on  pouvait  encore  supposer  lointaine. 
Clément  III  envoya  les  cardinaux  Albinus  de  Ste- 
j  Croix  de  Jérusalem  et  Pierre  de  S. -Laurent  in  Damaso 
auprès  du  roi  de  Sicile  et  en  obtint  le  serment  de  fidé- 
lité, mais  il  dut  lui  concéder  que,  le  serment  une  fois 
prêté  par  ses  successeurs,  ceux-ci  ne  fussent  pas  tenus 
de  le  renouveler  à  chaque  nouveau  pontificat  (JafTé, 
16375,  ann.  1188-89). 

Dans  un  même  souci  d'apaisement,  ses  légats, 
Pierre  de  Ste-Cécile  et  Soffrède  de  Ste-Marie  in  Via 
Lata,  accrédités  par  bulle  du  19  mai  1188  (Jaffé, 
16238),  rétablirent  la  paix  entre  Gênes  et  Pise,  rivales 
dans  leurs  possessions  en  Sardaigne  et  dans  le  négoce 
maritime,  sur  les  bases  du  respect  de  leurs  positions 
respectives,  de  la  libre  navigation  et  du  libre  mouillage 
dans  les  eaux  et  les  ports  sardes,  ainsi  que  de  la  réci- 
procité des  avantages  commerciaux,  les  conflits  éven- 
tuels devant  être  soumis  à  des  commissions  judiciaires 
bipartites,  et  les  attentats  à  la  paix,  à  l'arbitrage  des 
archevêques  des  deux  cités  assistés  de  prudents.  Cet 
accord,  promulgué  à  Lucques  le  7  juill.  devant  les 
représentants  officiels  des  deux  cités,  et  entériné  par 
le  pape  le  12  déc.  (Jaffé,  16363)  —  suivi  plus  tard  d'un 
arbitrage  pontifical  entre  Parme  et  Plaisance  (Joannes 
de  Mussis,  Chronicon  Placentinum,  à  l'année  1189,  mais 
probablement  en  1190)  —  dépassait,  par  sa  portée, 
l'horizon  proprement  italien.  Le  pape  y  affirmait  le 
devoir  du  pasteur  suprême  d'apaiser  les  conflits  entre 
chrétiens  et  sa  volonté  de  procurer  une  aide  à  la 
Terre  sainte.  C'est  dans  cet  esprit  que  furent  menées 
les  négociations  avec  les  princes  chrétiens,  notamment 
avec  l'empereur. 

III.  Clément  III,  la  croisade  et  les  princes 
CHRÉTIENS.  —  1°  Situation  à  la  fin  de  1187.  —  Après 
la  défaite  de  Tibériade  et  le  massacre  de  Hattîn 
(4  juill.),  S.-Jean-d'Acre,  Jafla,  Beyrouth  et  de  nom- 
breuses places  importantes  étaient  tombées  aux  mains 
des  infidèles.  Jérusalem,  investie  le  20  sept.,  mais 
privée  de  défenseurs,  avait  dû  capituler  le  2  cet. 
Seules  quelques  forteresses  isolées,  Tyr,  Tripoli,  Tor- 
tose,  Antioche  et  le  Crac  des  Chevaliers,  oflraient 
encore  quelques  possibilités  de  résistance.  La  perte  du 
S. -Sépulcre  apparaissait  comme  une  catastrophe  sans 
précédent  dans  les  annales  du  monde  chrétien  depuis 
le  sac  de  Rome  par  Alaric.  Les  princes,  qui  n'avaient 
pas  répondu  aux  appels  réitérés  de  la  papauté  devant 
rimminence  du  danger,  allaient-ils  relever  l'honneur 
de  la  chrétienté  et  sauvegarder  les  intérêts  latins  en 
Orient? 

Nulle  aide  n'était  à  espérer  du  côté  byzantin.  Depuis 
Myriokephalon  (1176)  la  reconquête  byzantine  en 
Anatolie  était  au  point  mort  et  la  Syrie  franque  coupée 
de  tout  contact  avec  l'Empire  grec.  D'ailleurs,  après 
la  mort  de  Manuel  Comnène  (1180),  Andronic  avait 
rompu  la  solidarité  chrétienne  et  conclu  un  pacte 
d'alliance  avec  Saladin;  la  dynastie  usurpatrice  des 
Anges  avait  continué  sa  politique  à  l'égard  des  prin- 
cipautés latines  de  Syrie.  Cette  -  grande  Iraliison  » 
de  Byzance  avait  accru  l'hostilité  des  Normands  de 


1101 


CLÉMENT  111 


1102 


Sicile  à  sou  endroit  (siège  de  Thessalonique,  1185). 

Les  princes  d'Occident  ne  se  laissaient  pas  aisément 
détourner  de  leurs  intérêts  particuliers.  Alphonse  II 
d'Aragon,  en  passe  d'étendre  sa  domination  sur  le 
versant  nord  des  Pyrénées,  regardait  vers  la  Méditer- 
ranée et  la  Provence.  La  Castille  et  le  jeune  royaume 
de  Portugal  voyaient  leurs  forces  absorbées  par  la 
croisade  nationale  et  la  reconquête  sur  les  Almohades. 
Les  rois  de  France  et  d'Angleterre,  engagés  dans  une 
lutte  décisive,  ne  voulaient  pas  déposer  les  armes; 
Henri  II,  afTaibli  par  l'âge,  ne  pouvait  songer  sérieu- 
sement à  partir  en  Terre  sainte,  en  dépit  d'un  vœu 
antérieur  de  croisade,  et  Philippe  Auguste  entendait 
poursuivre  ses  avantages  sur  un  rival  que  ses  forces 
trahissaient.  Seul,  Richard  Cœur  de  Lion,  qui  avait 
pris  la  croix  dès  1187,  rêvait  d'exploits  chevaleres- 
ques sous  le  ciel  d'Orient,  à  condition  toutefois  d'être 
assuré  que  la  succession  paternelle,  susceptible  de  s'ou- 
vrir à  brève  échéance,  lui  reviendrait  intégralement. 

Clément  III  pouvait  difficilement  fonder  un  espoir 
plus  solide  sur  l'empereur  Frédéric  I"  Barberousse. 
Les  obstacles  ne  manquaient  pas.  Henri  VI,  âgé  de 
vingt-trois  ans,  avait  grand-hâte  de  prendre  les  rênes 
du  pouvoir,  mais  Lucius  III  avait  opposé  une  attitude 
dilatoire  aux  demandes  de  couronnement  impérial  en 
sa  faveur  et  prétexté  que  deux  empereurs  ne  pouvaient 
régner  conjointement.  Lors  de  la  célébration  du  ma- 
riage de  Henri  VI  avec  Constance  de  Sicile  à  Milan  le 
27  janv.  1186,  Frédéric  l'avait  désigné  pour  succes- 
seur et  fait  couronner  roi  d'Italie  par  le  patriarche 
d'Aquilée.  C'était  un  acte  d'hostilité  envers  Urbain  III 
qui,  lors  de  son  élévation  à  la  tiare,  avait  retenu  l'ar- 
chevêché de  Milan  dont  il  était  titulaire.  Il  fallait  parer 
enfin  à  la  menace  d'union  entre  l'Empire  et  la  Sicile, 
et  au  danger  immédiat  que  constituait  la  mainmise 
impériale  sur  le  Patrimoine.  Si,  d'autre  part,  la  paix 
de  Venise  (1177)  avait  définitivement  mis  fin  au 
schisme  impérial,  le  can.  2  du  concile  de  Latran  (1179) 
avait  remis  en  cause  les  ordinations  schismatiques. 
Plus  grave  était  l'afiaire  de  Trêves  :  l'élection  contestée 
de  Volkmar,  la  nomination  à  la  diète  de  Constance  en 
présence  de  l'empereur  de  Rudolphe  de  Wied  auquel  il 
s'était  empressé  de  conférer  l'investiture,  puis  la  con- 
sécration par  Urbain  III  de  Volkmar  dépourvu  de 
l'investiture  impériale  (1186)  menaçaient  de  renou- 
veler la  querelle  des  Investitures  réglée  depuis  plus 
d'un  demi-siècle.  A  la  diète  de  Gelnhausen  (28  nov. 
1186),  Frédéric  avait  tenté  de  cimenter  l'union  de 
l'épiscopat  germanique  autour  de  sa  politique  ecclé- 
siastique (désignation  des  titulaires  aux  archevêchés, 
droit  de  régale  et  droit  de  dépouille),  malgré  la  révolte 
du  puissant  archevêque  de  Cologne,  Philippe  de  Heins- 
berg.  Apaiser  les  litiges  pendants  avec  l'Empire,  récon- 
cilier le  Capétien  et  le  Plantagenet,  jeter  les  fonde- 
ments d'une  croisade  imminente,  telle  fut,  dans  la 
conjoncture,  la  tâche  dévolue  à  Clément  III. 

2"  Prédication  de  la  croisade  et  pacification  de  la 
chrétienté  occidentale.  —  Les  premières  mesures  avaient 
été  arrêtées  par  Grégoire  VIII.  Outre  certaines  dispo- 
sitions d'ordre  pénitentiel  visant  à  inciter  les  cœurs  à 
la  componction  dans  ce  deuil  de  la  chrétienté  (Arnol- 
dus  Lubecensis,  op.  infra  cit.),  il  s'agissait  de  susciter 
un  vaste  mouvement  d'opinion  en  faveur  de  la  croi- 
sade. L'archevêque  de  Tyr,  Josse,  venu  au  nom  des 
chrétiens  de  Palestine  implorer  le  secours  de  l'Occi- 
dent, et  le  cardinal  Henri  d'Albano  furent  confirmés  par 
Clément  III  dans  la  mission  qu'ils  tenaient  à  cet  effet 
de  Grégoire  VIII.  Dès  la  diète  de  Strasbourg  (fin 
nov.  1187),  ils  avaient  pris  contact  avec  l'empereur 
par  des  émissaires,  puis  ils  avaient  assisté  en  personne 
à  l'entrevue  que  Frédéric  I"  eut  à  Mouzon  avec  Phi- 
lippe Auguste  (17  déc).  Après  cette  conférence  furent 
lancées  conjointement  par  l'empereur  et  par  le  légat 


(lettre  d'Henri  d'Albano,  dans  1.  M.  Watterich,  op.  cit., 
II,  694-97)  les  convocations  à  la  diète  solennelle  de 
Mayence,  dite  curia  Christi,  pour  le  dimanche  de 
Laetare  (27  mars  1188).  Entre  temps,  le  cardinal  d'Al- 
bano et  l'archevêque  de  Tyr  se  rendirent  en  France 
où  le  21  janv.,  au  cours  d'une  entrevue  près  de  Gisors, 
ils  conjurèrent  les  rois  de  France  et  d'Angleterre  de 
suspendre  leurs  griefs  mutuels  et  de  prendre  la  croix. 
Tandis  que  Henri  II  promulguait  au  Mans  (23  janv.), 
puis  à  Geddington  (11  févr.)  des  mesures  concernant 
l'organisation  de  l'expédition  de  Terre  sainte,  notam- 
ment la  levée  de  la  taxe  saladine  —  mesures  que 
Philippe  Auguste  ne  devait  publier  qu'en  mars  à  Paris 

—  le  légat  reprenait  le  chemin  de  la  Germanie.  Par 
Mons  et  Liège  où  il  se  trouvait  au  début  de  mars  (J. 
Ramackers,  Papsturkunden  in  den  Niederlanden, 
n.  299,  p.  445-46;  H.  Meinert,  Papsturkunden  in 

î  Frankreich,  Champagne  und  Lothringen,  n.  258,  p.  381- 
82),  il  gagna  Cologne,  sans  doute  pour  ménager  la  ré- 
conciliation de  Philippe  de  Heinsberg  avec  l'empereur, 
puis  Mayence.  Là,  au  milieu  de  l'enthousiasme  général, 
Frédéric  Barberousse  et  son  second  fils  Frédéric  de 
Souabe  prirent  la  croix;  à  leur  exemple  princes,  pré- 
lats et  chevaliers  par  milliers  se  croisèrent  (27  mars). 
Afin  de  préparer  l'expédition,  l'empereur  et  les  princes 
ajournèrent  leur  départ  à  la  S. -Georges  (23  avr.)  de 
l'année  1189  (voir  les  extraits  des  chroniques  dans 
I.  M.  Watterich,  op.  cit.,  u,  697  sq.). 

Les  hostilités  ayant  repris  entre  les  rois  de  France 
et  d'Angleterre,  Henri  d'Albano  dut  encore  s'entre- 
mettre à  Bonsmoulins  (18  nov.  1188)  :  il  obtint  une 
trêve  qui  devait  expirer  le  13  janv.  1189.  Après  sa 
mort  survenue  à  Mareuil,  près  d'Arras,  le  1"  janv., 
Clément  III  nomma,  pour  le  remplacer,  Jean  d'Anagnl, 
cardinal-prêtre  du  titre  de  S. -Marc,  qui,  s'étant  mis  en 
route  au  printemps,  put  intervenir  à  la  conférence  de 
la  Ferté-Bernard  (28  mai  1189)  :  la  menace  d'interdit 
sur  le  royaume  de  France  n'empêcha  pas  Philippe 
Auguste  de  harceler  Henri  II  dans  le  Maine  et  la  Tou- 
raine.  La  chute  de  Tours  (3  juill.)  contraignit  le  Plan- 

;  tagenet  à  se  rendre  à  la  merci  de  son  adversaire  (traité 
d'Azay-le-Rideau,  4  juill.),  mais  il  ne  survécut  pas  à 
l'épuisement,  à  sa  défaite,  et  à  la  trahison  de  ses  fils. 
Sa  mort,  le  6  juill.,  ajourna  l'expédition  outre  mer 
après  la  prise  de  possession  de  l'héritage  Plantagenet 
par  Richard  Cœur  de  Lion.  Les  rois  de  France  et  d'An- 
gleterre scellèrent  la  paix  des  royaumes  près  de  Nonan- 
court  (déc.  1189-janv.  1190),  mais  ce  fut  de  Vézelay 
que  devaient  s'ébranler  en  juill.  1190  seulement  les 
forces  des  royaumes  occidentaux  (Gesta  régis,  ii,  29, 
30,  51,  55-56,  61,  66  sq.). 

Dans  l'intervalle,  Frédéric  Barberousse,  ayant  cé- 
lébré la  fête  de  Pâques  (9  avr.  1189)  à  Ratisbonne, 
avait  pris  la  tête  de  la  colonne  allemande  qui  en  mai, 
par  la  vallée  du  Danube,  route  traditionnelle  des  croi- 
sés, et  la  Hongrie  où  elle  s'accrut  de  contingents  dirigés 
par  Geisa,  frère  du  roi  Bela,  s'avança  en  direction  de 
Constantinople.  Auparavant,  Clément  III  avait  chargé 
les  cardinaux  Jordan  de  Ste-Pudentienne  et  Pierre  de 
S.-Pierre-aux-Liens  de  régler  avec  l'empereur  et  son 
fils,  le  roi  des  Romains,  les  questions  litigieuses, 
notamment  le  couronnement  de  Henri  VI  et  de  Cons- 
tance (JalTé,  16318,  16319;  Gesta  Trevirorum).  Le 
texte  de  l'accord,  qui  doit  remonter  au  début  de  1189, 
n'est  pas  parvenu  jusqu'à  nous.  Les  allusions  des 
chroniqueurs  ou  les  bulles  relatives  à  son  exécution 
permettent  d'en  induire  les  points  essentiels  :  1.  le 
couronnement  de  Henri  VI,  formellement  promis  par 
le  pape  (Jaffé,  16104,  16105,  16318,  16319), 'était,  du 
consentement  de  Frédéric,  prorogé  à  une  date  ulté- 
rieure, vraisemblablement  à  son  retour  de  la  croisade; 

—  2.  les  territoires  du  Patrimoine,  occupés  par  les 
i  forces  impéjiales^  futeal  restitués  quoad.  pussessionero 


1103 


CLÉ  ME 


NT  m 


1194 


à  l'Église  romaine,  étant  réservés  les  droits  de  l'Em- 
pire quant  au  domaine  et  à  la  propriété  (acte  de 
Henri  VI  daté  de  Strasbourg,  3  avr.  1189)  :  une  fois 
encore  le  fond  du  débat  avait  été  écarté  et  le  pape 
n'avait  accepté  de  transiger  que  sous  la  nécessité  de 
conclure  un  accord  en  vue  de  la  croisade;  —  3.  en 
revanche,  l'affaire  de  Trêves  reçut  un  règlement  heu- 
reux et  définitif,  celui-là  même  qui,  envisagé  à  Vérone 
lors  d'une  entrevue  d'Urbain  III  avec  les  émissaires  de 
l'empereur,  avait  finalement  été  repoussé  par  le  pape 
milanais  et  auquel  l'empereur  et  les  légats  étaient  re- 
venus :  Clément  III,  qui  avait  cité  Volkmar  à  com- 
paraître avant  le  13  févr.,  jugea  l'affaire  par  contu- 
mace; il  destitua  aussi  bien  Volkmar,  pourtant  con- 
sacré par  Urbain  III,  que  Rodolphe  de  Wied  investi 
par  Frédéric  I"  (Jafié,  16423,  26  juin  1189);  on  devait 
procéder  à  une  élection  canonique  en  faveur  d'un 
tiers;  Clément  III  allait  gratifier  l'élu,  le  chancelier 
d'Empire  Jean,  d'un  privilège  pontifical  lui  confir- 
mant tous  honneurs,  dignités  et  libertés  accordés  à 
son  Église  par  les  papes,  les  empereurs  ou  les  rois 
(Jaffé,  16500,  4  juin  1190). 

L'empereur  était  croisé,  l'Empire  pacifié.  Cepen- 
dant Henri  VI  maintenait  les  prétentions  impériales 
sur  les  Églises  de  Germanie.  La  mort  du  roi  de  Sicile 
Guillaume  II  (18  nov.  1189)  ramena  son  attention 
vers  la  péninsule  :  il  revendiqua  la  couronne  sicilienne 
par  droit  impérial  (pratiquement  tombé  en  désuétude) 
et  à  titre  d'héritage  au  nom  de  sa  femme  Constance. 
C'est  dans  de  telles  conjonctures,  semble-t-il,  que  Clé- 
ment III,  privé  de  l'appui  sicilien  et  du  conseil  de 
plusieurs  cardinaux  frappés  par  la  mort,  harcelé  sans 
doute  par  les  exigences  des  Romains,  pressa  le  retour 
de  Jean  d'Anagni  alors  en  Angleterre  et  la  collecte  du 
denier  de  S. -Pierre  dans  ce  royaume  (Jalïé,  16544). 
L'ouverture  de  la  succession  impériale,  lorsque  fut 
connue  la  nouvelle  de  la  mort  accidentelle  de  Frédé- 
ric I"  survenue  le  10  juin,  contraignit  Henri  VI  à 
ajourner  son  départ  d'Allemagne  jusqu'à  l'extrême  fin 
de  l'année.  Entre  temps,  d'autres  candidatures  à  la 
couronne  de  Sicile  s'étaient  manifestées  :  celle  de  Roger 
d'Andria  et  surtout  celle  de  Tancrède.  comte  de  Lecce, 
fils  naturel  du  duc  Roger  et  petit-fils  du  roi  Roger  II. 
Dès  janv.  1190,  Tancrède  avait  reçu  la  couronne  des 
mains  de  l'archevêque  de  Palerme,  peut-être  à  l'insti- 
gation de  Clément  III  qui,  en  tout  cas,  donna  son 
accord  tout  en  réservant  l'investiture.  Il  n'est  pas 
impossible  que  le  pape  ait  songé  dès  lors  à  l'annexion 
éventuelle  du  royaume  à  l'État  pontifical.  Les  Ro- 
mains, conformément  au  concordat  de  1188,  ne  lui 
refusèrent  pas  leur  appui  militaire  :  un  contingent  à  la 
solde  du  pontife,  grossi  de  l'armée  de  Tancrède,  re- 
poussa le  corps  expéditionnaire  germanique  devant 
Ariana  et  le  contraignit  à  battre  en  retraite  (mai- 
sept.)  (Anonymus  Casinensis,  Chron.  Fossae  Novae, 
1190).  L'arrivée  des  rois  de  France  et  d'Angleterre  qui, 
embarqués  respectivement  à  Gênes  et  à  Marseille  en 
juin.,  vinrent  hiverner  dans  l'île,  amena  de  nouvelles 
complications.  Richard  Cœur  de  Lion,  au  nom  des 
intérêts  de  sa  sœur  Jeanne,  veuve  de  Guillaume  II, 
ouvrit  des  hostilités  contre  Tancrède.  Après  la  prise  de 
Messine  par  les  Anglais,  un  traité  fut  élaboré  dont 
Richard  EOllicita  le  pape  de  se  porter  caution  (Roger 
de  Hoveden,  Chronique,  m,  55,  63,  nov.  1190;  P.  L., 
cciv,  1505). 

A  cette  date  et  en  attendant  de  venir  en  personne 
prendre  possession  de  l'héritage  sicilien,  Henri  VI 
envoya  ses  ambassadeurs  réclamer  du  pape  et  du 
Sénat  le  couronnement  impérial.  Ayant  obtenu  l'as- 
surance que  le  nouvel  empereur  respecterait  la  liberté 
et  les  usages  romains,  le  pontife  promit  de  le  couronner 
à  Pâques  (19  avr.  1191).  Mais,  s'il  vécut  assez  pour 
connaître  le  sort  lamentable  de  Frédéric  I"  et  la  dis- 


location de  la  croisade  allemande,  Clément  III  devait 
mourir  avant  que  Philippe  Auguste  et  Richard  Cœur 
de  Lion  eussent  quitté  la  Sicile,  à  l'heure  même  où 
Henri  VI  marchait  sur  Rome  à  la  tête  d'une  puissante 
armée. 

3°  Ampleur  et  opportunité  des  vues  de  Clément  III. 
—  Bien  que  l'elïort  principal  des  légats  chargés  de 
prêcher  la  croisade  eût  porté  sur  la  France,  l'Angle- 
terre et  la  Germanie,  les  vues  de  Clément  III  embras- 
saient un  horizon  infiniment  plus  vaste.  C'est  la  chré- 
tienté tout  entière  qu'il  a  voulu  associer  à  la  croisade 
par  la  prière  et  les  mérites  spirituels  comme  par  les 
sacrifices  temporels.  Dès  1188,  il  accordait  des  indul- 
gences (Jaffé,  16106)  et,  sans  grande  illusion,  semble- 
t-il,  informait  Isaac  l'Ange  de  la  coalition  qui  se  pré- 
parait contre  les  infidèles  et  sollicitait  son  aide.  Cette 
bulle  (Jaffé,  16373,  2  déc),  dont  un  fragment  seul 
subsiste,  témoigne  de  l'importance  qu'il  attachait  à 
l'action  des  puissances  maritimes  qu'il  avait  touchées 
par  ses  légats  :  Flamands,  Frisons  et  Danois  qui  ar- 
maient des  navires,  Siciliens  qui  pourchassaient  les 
pirates  sur  la  Méditerranée  et  accumulaient  des  pro- 
visions de  blé  pour  le  ravitaillement  des  croisés.  Il  a 
tout  fait  pour  réconcilier  Pisans  et  Génois  dont  les 
transports  et  le  négoce  étaient  indispensables  à  la 
Terre  sainte.  Le  geste  par  lequel  il  créa  l'archevêque 
de  Pise  légat  de  la  croisade  et  gonfalonier  de  S.- 
Pierre en  lui  remettant  l'étendard  de  l'apôtre  a  la 
valeur  d'un  symbole  :  il  marque  la  préférence  du  pape 
pour  l'itinéraire  maritime,  et  l'on  peut  supposer  que 
c'est  lui  qui  incita  Philippe  Auguste  et  Richard  Cœur 
de  Lion  à  abandonner  leur  projet  primitif  d'itinéraire 
continental.  En  1189,  c'est  le  prince  de  Petite  Armé- 
nie, Léon,  dont  il  sollicita  l'aide  en  faveur  des  croisés, 
tandis  que  par  l'intermédiaire  du  catholicos  Grégoire 
il  exhortait  les  Arméniens  à  combattre  les  infidèles,  en 
leur  assurant  le  bénéfice  des  indulgences  attachées  à  la 
croisade  (Jaffé,  16462,  16461),  et  qu'à  l'instar  de 
Lucius  m  il  adressait  au  même  Grégoire  le  Rituel  de 
l'Église  romaine  (16463). 

Enfin  le  pape  multiplia  les  mesures  de  sauvegarde 
ou  de  faveur  envers  ceux  qui  participaient  à  la  défense 
ou  à  la  reconquête  de  la  Terre  sainte  :  l'ordre  de  l'Hô- 
pital de  S. -Jean  de  Jérusalem  et  ses  filiales  d'Occident 
(Jaffé,  16132,  16133,  16172,  16198,  16224,  16348, 
16427,  16521;  W.  Holtzmann,  Papsturkunden  in  En- 
gland,  1931,  n.  250;  1936,  n.  252;  P.  Kehr,  Papsturk. 
in  Spanien,  Xavarra  und  Aragon,  n.  177,  184);  à  un 
moindre  degré  l'ordre  du  Temple  (Jaffé,  16317; 
Papsturk.  in  den  Niederlanden,  n.  313;  P.  Kehr, 
Papsturk.  in  Spanien,  Katalonien,  n.  230,  234,  235), 
pour  lequel  cependant  il  sollicita  l'aide  financière  des 
fidèles  en  y  attachant  des  indulgences  (JafTé,  16361); 
voire  l'ordre  des  Chevaliers  teutoniques  (16667).  Il 
concéda  à  Richard  Cœur  de  Lion,  à  la  veille  de  quitter 
ses  États,  une  légation  sans  précédent  sur  toute  l'An- 
gleterre, le  Pays  de  Galles  et  les  régions  d'Irlande  au 
pouvoir  des  Normands,  dont  le  titulaire,  Guillaume 
Longchamp,  évêque  d'Ely,  grand  justicier  et  chance- 
lier du  royaume,  était  le  lieutenant  du  roi  en  son 
absence  (Jaffé,  16505,  5  juin  1190).  Il  intervint  pour 
défendre  ceux  que  le  départ  à  la  croisade  de  leurs 
seigneurs  spirituels  ou  temporels  avait  placés  sous  la 
protection  spéciale  du  S. -Siège  (Jaffé,  16472,  16670, 
févr.  1190  et  1191).  Il  interdit  enfin  de  traiter  avec  les 
infidèles  durant  la  guerre,  si  ce  n'est  pour  la  libération 
des  captifs,  de  les  ravitailler  en  denrées  prohibées,  ou 
de  leur  porter  secours  (Jaffé,  16619,  16634;  Decr.,  1.  V. 
tit.  VI,  c.  11,  12). 

IV.  Le  gouvernement  de  l'Éolise.  —  1»  Les  pro- 
grès de  la  centralisation  romaine.  —  Sous  ce  pontificat, 
l'impulsion  centralisatrice  s'est  poursuivie.  Il  semble 
qu'il  ait  marqué  le  début  d'une  réaction  contre  l'in- 


1105 


C  L  É  i\l  E 


NT  III 


1106 


transigeance  du  parti  réformateur  au  pouvoir  sous 
Lucius  III  et  Grégoire  VIII,  en  même  temps  que  le 
retour  à  la  prépondérance  romaine  au  sein  du  Sacré- 
Collège.  La  Curie  imposa  des  taxes  aux  solliciteurs 
ainsi  qu'en  témoignent  les  lettres  du  prieur  de  Christ- 
church  (Epist.  Ccmtiiarienses,  p.  218).  Clément  III  lui- 
même  reçut  avec  plaisir  du  même  prieur  un  cadeau 
de  choix,  le  second  anneau  de  S.  Thomas  Becket 
(ibid.,  210).  Une  vingtaine  de  nominations  cardina- 
lices en  moins  de  quatre  ans,  la  plupart  au  bénéfice 
de  la  noblesse  romaine,  vinrent  consacrer  la  réconci- 
liation de  la  papauté  et  du  Sénat.  Le  pape  accrut 
l'influence  de  la  famille  des  Bobo  et  prépara  l'éléva- 
tion de  la  branche  des  Orsini,  issue  de  cette  famille, 
par  la  promotion  du  cardinal  Octavien  à  l'évêché 
suburbicaire  d'Ostie  et  par  celle  du  cardinal-prêtre 
Bobo  à  celui  de  Porto.  Et  c'est  lui  qui,  distinguant  le 
tout  jeune  Lothaire  de  Segni  et  le  préconisant  au  titre 
des  SS.-Serge-et-Bacchus,  prépara  l'œuvre  du  futur 
Innocent  III. 

La  restauration  du  collège  cardinalice  décimé  depuis 
la  mort  d'Alexandre  III  correspondait  aux  nécessités 
de  la  politique  pontificale  :  Clément  III  dut  multi- 
plier les  légations  a  latere  pour  rétablir  la  paix  chré- 
tienne et  instaurer  la  croisade  contre  les  infidèles.  A 
l'instar  d'Alexandre  III  et  de  Lucius  III,  il  régla 
nombre  de  conflits  locaux  par  le  moyen  des  juges  délé- 
gués agissant  soit  selon  l'ordre  judiciaire  soit  par  voie 
d'arbitrage  ou  de  médiation.  Tous  les  accords  inter- 
venus de  la  sorte  furent  homologués  et  entérinés  par 
lettres  de  chancellerie  dont  les  Regesta  et  les  Papstur- 
kunden  nous  apportent  maints  exemples.  Les  appels 
en  Cour  de  Rome  interjetés  avant  ou  pendant  son 
pontificat  furent  poursuivis,  notamment  en  matiè're 
d'élections  épiscopales.  Toutefois,  le  désir  de  sceller 
une  entente  durable  avec  les  princes  et  de  mettre  fin 
aux  luttes  qui  déchiraient  certaines  Églises  amena 
Clément  III  à  repousser  les  solutions  intransigeantes, 
pourvu  que  les  règles  canoniques  fussent  observées. 
C'est  ainsi  qu'il  mit  fin  au  schisme  de  Trêves,  après  la 
double  déposition  de  Volkmar  et  de  Rodolphe,  en 
acceptant  l'élection  du  chancelier  impérial  Jean;  et 
au  schisme  de  St.  Andrews  qui  remontait  à  1178,  en 
acceptant  après  la  mort  de  Hugues,  qu'il  avait  déposé, 
l'élection  du  chancelier  royal  Roger  de  Beaumont,  et 
en  confirmant  sur  le  siège  de  Dunkeld  Jean  Scot  que, 
malgré  son  élection  canonique,  Guillaume  le  Lion 
s'était  obstiné  à  écarter  du  siège  de  St.  Andrews  (Jaffé, 
16121-25,  16  janv.  1188;  Gesta  régis,  ii,  63-64).  Une 
même  attitude  conciliante  dans  l'affaire  de  l'élection 
d'York  finit  par  apaiser  l'opposition  que  l'élu,  Geoffroi 
Plantagenet,  avait  rencontrée  dans  une  fraction  de  son 
clergé  (Jaffé,  16474,  7  mars  1190;  Gesta  régis,  ii,  77, 
99-101  ;  Roger  de  Hoveden,  op.  cit.,  ni,  1,  27-28). 

Clément  III  a  consolidé  la  hiérarchie  ecclésiastique, 
surtout  en  pays  de  mission  en  fonction  des  progrès  de 
la  conquête  chrétienne.  Pour  complaire  au  roi  de 
Sicile  Guillaume  II  son  vassal  et  le  confirmer  dans  ses 
bonnes  dispositions  à  l'égard  de  la  croisade,  il  a  par- 
fait l'œuvre  inaugurée  par  Lucius  III  en  attribuant  à 
la  nouvelle  métropole  de  Montréal  un  second  diocèse 
suffragant,  Syracuse,  primitivement  immédiat,  moyen- 
nant un  cens  de  100  tarènes  (Jafl'é,  16205,  16206, 
16333,  16335,  16340,  année  1188).  C'est  également 
à  la  prière  d'Alphonse  II,  roi  de  Castille,  qu'il  a  érigé 
en  diocèse  l'Église  de  Plasencia  sur  un  territoire  nou- 
vellement reconquis  aux  dépens  des  musulmans.  Il 
confirma  à  Raymond,  évêque  de  Saragosse,  et  à  ses 
successeurs  toutes  les  acquisitions  dès  lors  réalisées 
sur  les  Sarrasins  (Papslurk.  in  Spanien,  Navarra  und 
Aragon,  n.  170).  Renouvelant  le  geste  de  ses  prédé- 
cesseurs, il  conféra  à  Sanche  I"^'  l'investiture  du 
royaume  de  Portugal,  moyennant  un  cens  de  2  marcs 


d'or  (C.  Erdmann,  Papsturkunden  in  Portugal,  n.  124, 
26  avr.  1190).  Il  délivra  enfin  à  l'archevêque  de  Braga 
une  série  de  privilèges  (ibid.,  n.  122,  123),  dont  le  plus 
remarquable  (ibid.,  121)  comporte  une  liste  de  onze 
sufiragants  correspondant  aux  récentes  conquêtes 
d'Alphonse  Henriquez  (t  1185)  sur  le  Tage  inférieur 
et  de  Sanche  lui-même  dans  l'Algarve  en  1189,  ainsi 
qu'aux  prétentions  métropolitaines  sur  la  Galice.  Si, 
prenant  sous  la  protection  de  S. -Pierre  le  diocèse  de 
Brandebourg,  il  confirma  la  juridiction  métropolitaine 
de  l'archevêque  de  Magdebourg  sur  cette  Église  (Jaffé, 
16258,  29  mai  1188),  en  revanche  il  resserra  l'immé- 
diateté  de  l'évêché  missionnaire  de  Kammin  en  Pomé- 
ranie,  institué  en  1139-40,  par  l'établissement  d'un 
cens  annuel  de  1  fertin  d'or  (le  quart  du  marc)  ad  indi- 
cium...  perceptae...  protectionis  et  libertatis  (16154, 
24  févr.  1188).  Il  confirma  à  l'archevêque  de  Brème 
sa  juridiction  sur  les  diocèses  de  Ratzebourg,  Schwerin 
(Mecklembourg),  Lubeck  et  Ykeshola  «  en  Ruthénie  », 
premier  établissement  de  Riga  (Livonie)  (Jaffé,  16325, 
16328,  25  sept,  et  1"  oct.  1188).  Les  attaques  des  Sla- 
ves contre  l'Église  de  Lubeck  et  son  évêque  Théodoric 
(Jalïé,  16326),  l'évangélisation  des  païens  de  Livonie 
par  l'apôtre  Meinhardt  (16578),  la  Hongrie  et  son  roi 
Bela  (16387,  11  mars  1189),  la  Carinthie,  et  l'alleu 
censier  du  comte  Bérenger  dans  le  Salzbourg  (16439, 
12  sept.  1189)  retinrent  son  attention. 

On  lui  doit  le  développement  et  l'extension  à  cer- 
taines Églises  séculières  de  la  politique  d'immédiateté 
moyennant  un  cens  annuel  symbolique,  inaugurée  par 
Alexandre  III  à  l'égard  de  l'abbaye  de  Chertsey 
(Papsturk.  in  England,  1931,  n.  137).  Sous  son  ponti- 
ficat, furent  érigés  en  établissements  censiers,  outre 
l'archidiocèse  de  Montréal  à  la  charge  du  roi  de  Sicile 
et  le  diocèse  de  Kammin,  les  églises  S. -Nicolas  de  Sten- 
dal,  S. -Léonard  de  Lamavolari,  Ste-Marguerite  de 
Baumburg.  l'abbaye  de  S. -Berlin  à  S.-Omer  (Jaflfé, 
16260,  16393,  16439,  16371),  N.-D.  d'Amer  au  diocèse 
de  Gérone,  l'hôpital  S. -Sauveur  de  Téruel,  le  prieuré 
S. -Vincent  de  Fora  à  Lisbonne  (Papsturk.  in  Spanien, 
Katalonien,  n.  225;  yjavarra  und  Aragon,  n.  177; 
Papsturk.  in  Portugal,  n.  126),  ainsi  que  l'ordre  de 
Grandmont  (Papsturk.  in  Frankreich,  Champagne  und 
Lothringen,  n.  261)  lorsque,  par  son  légat  le  cardinal 
Octavien,  il  eut  apaisé  les  dissensions  entre  ses  mem- 
bres clercs  et  convers  et  confirmé  la  règle  amendée  par 
Urbain  III  (Jafié,  16294,  25  juin  1188).  En  revanche, 
on  lui  a  attribué  à  tort  la  bulle  détachant  l'Église 
d'Écosse  de  la  juridiction  métropolitaine  d'York  par 
une  formule  analogue  (filia  specialis...  nullo  ine- 
diunte)  :  ce  fut  en  réalité  l'œuvre  de  Célestin  III, 
lorsque  Richard  Cœur  de  Lion  eut  relevé  le  roi  d'Écosse 
de  tout  lien  de  vassalité  envers  la  couronne  d'Angle- 
terre (R.  K.  Hannay,  The  date  of  the  «  Filia  specialis  » 
bull,  dans  Scottish  historical  Review,  xxiii,  1926, 
p.  171-77). 

2°  La  réforme  ecclésiastique.  —  Clément  III  en  con- 
férant de  nombreux  privilèges  aux  ordres  religieux  a 
visé  à  la  stabilité  de  la  vie  régulière  :  c'est  en  vue  du 
maintien  ou  de  la  restauration  de  la  discipline  qu'il  a 
resserré  les  liens  de  dépendance  entre  l'abbaye  de 
Cluny  et  ses  filiales  (Jaffé,  16431),  entre  l'Église  de 
Magdebourg  et  les  maisons  de  l'ordre  de  Prémontré 
en  Saxe  (16581);  qu'il  est  intervenu  auprès  de  l'épis- 
copat  pour  que  fussent  observés  les  privilèges  des  or- 
dres religieux  - —  notamment  des  Cisterciens  en  ma- 
tière de  dîmes,  récusant  la  distinction  que  d'aucuns 
prétendaient  établir  entre  labores  et  novalia  (Papsturk. 
in  Portugal,  n.  120)  —  et  pour  préciser  le  sens  qu'il 
entendait  donner  à  certaines  réserves  incluses  dans 
les  bulles  pontificales,  telles  que  la  justice  canonique 
de  l'Église  mère  et  la  justice  de  l'évêque  diocésain 
(Papslurk.  in  England,  1931,  n.  257,  265;  ci.  R.  Fore- 


1107 


C  L  É  M  E 


NT  111 


1108 


ville,  La  condition  juridique  des  monastères  anglais, 
dans  Revue  hist.  de  droit  français  et  étranger,  xxin, 
1945,  p.  270-71).  Ses  nombreuses  interventions  auprès 
des  chapitres  réguliers  ou  séculiers,  à  Maguelone  sous 
Jean  de  Montlaur  (Jafïé,  16127-31,  et  16216-18),  à 
Paris  sous  Maurice  de  Sully  (16119,  16126),  à  Troyes 
(16287),  à  Tournai  et  à  Anvers  (Papsturk.  in  den 
Niederlanden,  n.  303,  309),  visèrent  à  assurer  la  rési- 
dence des  chanoines.  Il  interdit  aux  clercs  de  Norvège 
de  prendre  les  armes  (Jafïé,  16379).  Il  fulmina  contre 
les  pratiques  simoniaques,  contre  la  succession  des 
fils  de  prêtres  nés  du  concubinage  aux  Églises  pater- 
nelles. Il  ne  s'éleva  pas  moins  véhémentement  contre 
les  abus  et  les  violences  des  laïques  :  en  Lotharingie  et 
en  Germanie,  il  s'est  efforcé  d'arracher  les  Églises  à 
l'arbitraire  des  avoués  en  substituant  la  révocabilité 
à  l'hérédité  de  la  charge  (Jafïé,  16307,  16380,  16389, 
16492;  Papsturk.  in  den  Niederlanden,  n.  297).  Il  a  obli- 
gé le  comte  de  Flandre,  Philippe  d'Alsace,  à  reconnaître 
l'immunité  de  l'Église  d'Arras  (Papsturk.  in  den  Nie- 
derl.,  n.  179,  181;  Jafïé,  16668,  16674). 

Il  a  très  largement  encouragé  le  mouvement  favo- 
rable au  rachat  des  dîmes  des  mains  laïques  par  les 
Églises  séculières  ou  régulières,  notamment  à  Nogent- 
le-Rotrou,  Paris,  Compiègne  et  Reims  (Jaffé,  16583, 
16168,  16660,  16464),  ainsi  qu'à  Albert,  Watten  et 
Thérouanne  (Papsturk.  in  Frankreich,  Picardie, 
n.  310;  Artois,  n.  173;  Papsturk.  in  den  Niederlanden, 
n.  322).  Il  obtint  de  Henri  II  la  restitution  à  l'évêque 
de  Coventry  de  l'institution  du  prieur  que  le  roi  pré- 
tendait retenir  (Papsturk.  in  England,  n.  253).  Ses 
interventions  pour  faire  respecter  la  morale  conjugale 
constituent  une  importante  contribution  à  la  législa- 
tion matrimoniale  (consanguinité,  compaternité,  ma- 
riage des  enfants  au-dessous  de  sept  ans,  mariages 
clandestins,  adultère,  dot  et  procédure  dans  les  causes 
matrimoniales;  voir  surtout  Jafïé,  16563,  16611-13, 
16624,  16639,  16640;  ainsi  que  divers  can.  aux  tit.  x, 
XIX,  XX,  XXI,  XXIII,  xxvii  du  1.  II,  et  aux  tit.  i,  ii, 
VIII,  XI,  xviii,  XIX,  XX  du  1.  IV  des  Décr.  de  Gré- 
goire IX). 

3°  Les  actes  du  magistère.  —  Clément  III  a  encouragé 
l'étude  de  l'Écriture  sainte,  mais  il  entendait  que  les 
commentaires  en  fussent  soumis  au  magistère  ecclé- 
siastique. C'est  ainsi  qu'il  exhorta  l'abbé  de  Corazzo, 
plus  illustre  sous  le  nom  de  Joachim  de  Flore,  à  lui 
soumettre  son  Expositio  in  Apocalypsim  et  sa  Concor- 
dia  Novi  et  Veteris  Testamenti  (Jaffé,  16274,  8  juin 
1188);  et  qu'il  chargea  l'archevêque  de  Sens,  Gui  de 
Noyers,  de  faire  examiner  "  par  des  hommes  savants 
dans  les  Saintes  Écritures  et  dans  la  discipline  cano- 
nique les  écrits  de  maître  Ralph  Niger,  dont  la  lecture 
pourrait  être  utile  à  l'Église,  mais  auxquels  on  n'at- 
tribue pas  encore  pleine  confiance  »  :  qu'ils  les  corri- 
gent s'il  y  a  lieu  après  mûre  réflexion  et  que  l'arche- 
vêque fasse  connaître  au  S. -Siège  de  quelle  manière  il 
aura  été  procédé  à  l'approbation  des  ouvrages  en  cause, 
en  vue  d'une  décision  apostolique  (Papsturk.  in  En- 
gland,  1936,  n.  258,  7  févr.  1191).  Un  clerc  d'Amiens, 
Nicolas,  disciple  de  Gilbert  de  la  Porrée,  dédia  au  pape 
Clément  III  un  traité  de  théologie  rationnelle  contre 
les  erreurs  des  mahométans,  le  De  arce  fidei  (A.  Clerval, 
Les  écoles  de  Chartres  au  Moyen  Age,  Paris,  1895, 
p.  187),  mais  nous  ignorons  si  cet  écrit  fut  soumis  à 
l'examen  d'une  commission  de  théologiens. 

A  l'actif  du  pontificat,  il  faut  porter  plusieurs  cano- 
nisations dont  le  mode  éclaire  les  progrès  de  la  pro- 
cédure en  Cour  de  Rome.  La  première  en  date,  celle  de 
S.  Ketil,  prévôt  de  N.-D.  de  Viborg  en  Danemark, 
rappelle  dans  sa  forme  la  procédure  envisagée  par 
Alexandre  III  lors(iue  Thomas  Becket  postula  aui)rès 
de  lui  la  cause  de  son  prédécesseur  Anselme  :  le  pape 
chargea  Absalon,  archevêque  de  Lund,  de  procéder  à 


l'enquête  canonique,  le  laissant  juge  de  la  décision  et 
l'autorisant  à  déclarer  Ketil  saint,  d'autorité  aposto- 
lique (Jaffé,  16276,  année  1188).  La  procédure  suivie 
dans  le  cas  d'Otton,  évêque  de  Bamberg  et  apôtre  de 
la  Poméranie,  n'est  pas  sensiblement  différente  (Jaffé, 
16411,  16412,  29  avr.  et  1"  mars  1189).  En  revanche, 
la  canonisation  de  S.  Étienne  de  Tiers,  fondateur  de 
l'ordre  de  Grandmont,  déjà  honoré  comme  saint,  inter- 
vint avec  des  effets  universels  longtemps  après  la 
translation  des  restes  célébrée  en  1124.  Elle  donna 
lieu  à  la  composition  d'un  premier  formulaire  (Jaffé, 
16395,  21  mars  1189)  que  Clément  III  reprit  l'année 
stiivante  pour  la  canonisation  de  S.  Malachie  (16514, 
6  juin.  1190).  L'un  comme  l'autre  furent  proclamés 
saints  par  le  pape  qui  déclara  les  «  avoir  inscrits  au 
catalogue  des  saints  »,  après  examen  en  Cour  de  Rome 
d'une  Vie,  d'un  recueil  de  miracles  et  de  témoignages 
authentiques.  Enfin,  il  n'est  pas  sans  intérêt  de  noter 
que  la  procédure  qui,  dix  ans  plus  tard,  allait  être 
adoptée  par  Innocent  III  et  qui  assimilera  la  cano- 
nisation des  saints  à  un  véritable  procès  (voir  Un 
procès  de  canonisation  à  l'aube  du  xiii^  s..  Le  Livre  de 
S.  Gilbert  de  Sempringham,  éd.  R.  Foreville,  introd., 
p.  XXXI  sq.)  est  déjà  intégralement  contenue  dans  une 
bulle  de  Clément  III  (Papsturk.  in  Frankreich,  Picar- 
die, n.  329,  7  mai  1189)  concernant  l'église  S.-Gervais 
de  Guise  :  réception  des  témoins,  rédaction  des  procès- 
verbaux  de  leur  témoignage  sous  le  sceau  des  délégués 
apostoliques;  citation  des  parties  ou  de  leurs  procu- 
reurs en  présence  du  pape. 

A  bien  des  égards,  ce  court  pontificat  a  préparé  et 
annoncé  celui  d'Innocent  III.  Les  chroniques  ne  con- 
cordent pas  quant  à  la  date  de  la  mort  de  Clément  III. 
L'amplitude  de  leurs  variations  va  du  20  mars  au 

10  avr.  1191.  Toutefois,  l'élection  de  Célestin  III  étant 
suffisamment  attestée  au  30  mars  et  la  publication  des 
Papsturk.  in  England  (1931)  ayant  révélé  une  bulle  de 
Clément  III  datée  du  20  mars  (n.  272),  il  paraît  difTi- 
cile  de  retenir  cette  dernière  date  indiquée  par  Hugues 
de  Ratisbonne.  Il  semble  que  l'on  puisse  s'arrêter  au 
28  mars,  date  proposée  par  un  iiécrologe  du  Mont- 
Cassin  (cf.  Muratori,  Rerum  Italicarum  script.,  vu, 
941)  et  tout  à  fait  normale  si  l'on  considère  que 
l'élection  de  Célestin  III  n'a  pas  présenté  de  difficultés 
particulières  et  qu'elle  dut  être  hâtée  par  l'approche 
de  Henri  VI  et  de  son  armée.  Clément  III  fut  inhumé 
à  S.-Jean-du-Latran  devant  le  chœur  des  chanoines 
(Joa.  Diaconus,  De  ecclesia  Lateranensi,  P.  L.,  cxciv, 
1553),  c.-à-d.  vers  le  milieu  de  la  nef  centrale,  le  chœur 
se  trouvant  primitivement  en  avant  du  maître  autel. 

11  ne  paraît  rien  rester  aujourd'hui  de  sa  tombe. 

Sources.  —  Jaffé,  ii,  536-76.  —  Epixtolae  et  privilégia, 
P.  L.,  cciv,  1273-1478;  Décréta,  ibid.,  1478-1506.  —  Décr. 
de  Grégoire  IX,  dans  Corpus  juris  canonici,  éd.  Friedberg, 
II.  —  P.  Kehr,  Papsturkunden  in  Spanien,  Kalalonien, 
Berlin,  1926;  Navarra  und  Aragon,  ibid.,  1928;  C.  Erdmann, 
Papsturkunden  in  Portugal,  ibid.,  1927;  H.  Meinert, 
Papslurkunden  in  Frankreich,  nouv.  série,  Champagne  und 
Lothringen;  J.  Ramackers,  Papslurkunden  in  Frankreich, 
Artois,  Normandie,  Picardie,  ibid.,  1932-42;  J.  Hamackers, 
Papsturkunden  in  den  Niederlanden,  ibid.,  1933-34;  W. 
Hoitzmann,  Papsturkunden  in  England,  ibid.,  1931,  1936, 
dans  Abhandl.  der  Gesellschaft  der  Wiss.  zu  Gôttingen,  Phil.- 
hist.  Klasse,  II«-III«  séries.  —  S.  Lôwenfcld,  Drei  Briefc  Cle- 
mens  III.  aus  dem  Armenischen  ùberselxt  von  Dr  Karamianz, 
dans  Neues  Arcbiv,  xiv,  1889,  p.  178-82.  —  P.  Ewald,  Achl 
pdpslliche  Privilegien,  ibid.,  1877,  p.  219-20.  —  I.  M. 
Watterich,  au  t.  ii  des  Pontiflcum  Romanorum  Vilae  ab 
aequalibus  conscriptae  (Leipzig,  1862),  a  réuni  les  principaux 
passages  des  chroniqueurs  concernant  Clément  III  :  Annal. 
Romani;  Arnoldus  Lubecensis,  Chron.  Slavorum;  Anonymus 
Casinensis;  Chron.  Fossae  Novae;  Albéric  de  Trois-Fontai- 
nes,  Chron.;  Joannes  de  Mussis,  Citron.  Placeniinum; 
Hugo  Ratisponensis;  Magnus  Heichspergcnsis;  (icsla 
l'revirorum.  Voir  également  les  extraits  des  Annal.  Romani 


1109 


CLÉMEiNT  III 


—  CLÉMENT  IV 


1110 


et  de  la  Chronique  de  Martinus  Polonus,  reproduits  dans 
L.  Pont.,  n,  349,  451;  ainsi  que  le  Liber  censiium,  éd.  P. 
Fabre,  Paris,  1905-10.  —  Roger  de  Hoveden,  Chronique, 
éd.  W.  Stubbs,  m,  Londres,  1872  (Rolls  séries).  —  Gesta 
régis  (jadis  attribués  à  Benoît  de  Peterborougli),  éd.  W. 
Stubbs,  II,  Londres,  1867  (Rolls  séries).  —  Epistolae 
Cantuarienses,  éd.  W.  Stubbs,  au  t.  ii  des  Clvonicles  and 
inemorials  o/  Ihe  rei<in  of  Richard  I,  Londres,  1855  (Rolls 
séries ) . 

Travaux.  —  Hefele-Leclerc(i,  v-2,  1139  s(i.  —  H.  K. 
.Mann,  The  Hues  of  the  popes  in  (lie  Middle  Ages,  x,  Londres, 
1914,  p.  341-82.  —  K.  Wenck,  Die  rômischen  Pdpste  zwisclien 
Alexander  III.  und  Innocent  III.  und  der  Designalions- 
versuch  Weihnachten  1197,  dans  Papsttum  und  Kaisertum, 
Forschungen...  Paijl  Kehr...  dargebracht,  Municli,  1926, 
p.  415-74.  —  F.  Friedlaender,  Die  pàpsllichen  Legaten  in 
Deutschland  und  Italien  am  Ende  des  XII.  Jahrh.  (1181- 
98),  dans  Ilistor.  Studien,  n.  177.  -  J.  Haller,  Heinrich  VI. 
und  die  rômische  Kirche,  dans  Mitteilungen  des  Insl.  fiir 
ôsterr.  Gesrhichtsiorschung,  .xxv,  1914,  p.  384-4.54,  545-669. 

R.  FOREVILLE. 

11.  CLÉMENT  IV,  pape.  I.  Avant  l'entrée 
dans  l'état  ecclésiastique.  II.  Le  sacerdoce,  l'épiscopat 
et  le  cardinalat.  III.  La  légation  en  Angleterre.  IV.  Le 
conclave  de  Pérouse.  V.  Le  pontificat. 

I.  Avant  l'entrée  dans  l'état  ecclésiastique. 

—  Gui  Faucoi  naquit  à  S. -Gilles  (Gard),  vers  la  fin  du 
xii=  s.,  de  Pierre,  jurisconsulte,  et  de  Germaine.  Après 
avoir  étudié  le  droit  à  l'université  de  Paris,  il  exerça  la 
profession  d'avocat.  Sa  science  juridique  et  son  équité 
lui  assurèrent  une  brillante  clientèle.  C'est  ainsi  qu'il 
exprima  son  avis  sur  la  validité  du  testament  de  Ray- 
mond VII,  comte  de  Toulouse,  et  arbitra  un  procès 
entre  le  vicomte  de  Narbonne  et  l'archevêque  du  lieu, 
en  1251  (Devic-Vaissete,  Hisl.  gén.  de  Languedoc, 
éd.  Privât,  vi,  820-26).  Alphonse  de  Poitiers  le  désigna 
comme  clerc  enquêteur  dans  le  Languedoc  en  1252  et 
Louis  IX  lui  donna  les  mêmes  attributions  (ibid.,  vu, 
part.  II,  419-30;  viii,  1352-56).  L'enquête  dans  les 
sénéchaussées  de  Beaucaire  et  de  Carcassonne,  com- 
mencée en  nov.  1254,  se  prolongea  jusqu'en  oct.  1257 
(ibid.,  vu,  part.  II,  173-96;  vi,  849).  Entre  temps. 
Gui  Faucoi  transmit  au  concile  de  la  province  de  Nar- 
bonne, ouvert  à  Béziers  le  8  mai  1255,  le  texte  de 
l'ordonnance  royale  rédigée  en  trente-deux  articles  sur 
la  correction  des  abus  (Mansi,  xxni,  870).  Postérieu- 
rement il  s'occupa  de  divers  procès  oii  étaient  parties 
les  abbayes  de  La  Grasse  et  de  S. -Gilles. 

II.  Le  sacerdoce,  l'épiscopat  et  le  cardinalat. 

—  Après  le  décès  de  sa  femme,  Gui  Faucoi  reçut  la 
prêtrise,  vers  1256.  Cette  année-là,  il  devint  archidiacre 
du  Puy.  Le  27  mai  1257,  le  chapitre  de  la  cathédrale 
l'élisait  évêque,  moins  à  cause  du  renom  de  probité 
qu'il  avait  acquis,  que  parce  que  ses  électeurs  escomp- 
aient  le  crédit  dont  il  jouissait  en  cour  royale  pour 
mettre  fm  à  un  conflit  suscité  par  l'application  du 
droit  de  régale.  Le  calcul  s'avéra  juste  :  en  juin  1259, 
Louis  IX  renonça  à  prendre  possession  du  palais  épis- 
copal  et  des  châteaux  extra-urbains  durant  la  vacance 
du  siège;  de  plus,  le  congé  d'élire  un  évêque  cessa  d'être 
nécessaire  (Devic-Vaissete,  Hisl.  gén.  de  Languedoc, 
VI,  839).  Le  prélat  ne  résida  vraisemblablement  pas, 
car  sa  présence  se  constate  au  Parlement  et  aux  côtés 
de  S.  Louis  dont  il  était  conseiller.  En  oct.  1259,  le 
chapitre  de  la  cathédrale  de  Narbonne  le  choisit  pour 
archevêque,  par  compromis. 

Les  faits  saillants  de  son  passage  à  Narbonne  sont 
la  rédaction  de  statuts  diocésains  (1260?),  la  réédifi- 
cation de  la  cathédrale,  les  quinze  consultations  juri- 
diques données  aux  inquisiteurs,  les  enquêtes  que 
Louis  IX  lui  confia  à  nouveau  dans  le  Languedoc 
(É.  Baluze,  Concilia  Galliae  \arbonensis,  79-81  ;  Devic- 
Vaissete,  Hist.  gén.  de  Languedoc,  vi.  870;  vu,  part.  I, 
•265,  et  part.  II,  198-330).  " 

Urbain  IV  tint  à  s'assurer  le  concours  d'un  homme 


actif  et  bon  conseiller.  Il  le  créa  cardinal,  le  24  déc. 

1261.  Gui  Faucoi  le  supplia  de  revenir  sur  sa  décision 
et  de  le  laisser  se  consacrer  tout  entier  aux  soins  des 
âmes  de  son  diocèse  et  de  sa  vaste  province  conta- 
minée par  l'hérésie.  De  même,  Louis  IX  insista  pour 
qu'il  restât  en  France  jusqu'à  l'apaisement  des  dis- 
sentiments existant  entre  Charles  d'Anjou  et  la  reine 
Marguerite.  Le  pape  se  montra  inflexible  (Rinaldi, 
Ann.  ecclesiastici,  §  1262,  45-51).  Le  cardinal  parut  à 
la  Cour  pontificale,  résidant  à  Orvieto,  avant  le  21  nov. 

1262.  Il  reçut  le  titre  d'évêque  de  Sabine. 

III.  La  légation  en  Angleterre.  —  En  Angle- 
terre, Henri  III  se  trouvait  en  violent  désaccord  avec 
ses  sujets.  Barons  et  clergé  prétendaient  lui  imposer  un 
régime  parlementaire.  Leurs  revendications  s'expri- 
mèrent dans  les  provisions  d'Oxford  (1258).  Le  prince, 
qui  ne  les  avait  acceptées  que  de  mauvais  gré  et  par 
contrainte,  chercha  à  s'en  libérer.  Maintes  fois  il 
insista  près  d'Urbain  IV,  jusqu'à  en  être  Importun, 
afin  qu'un  légat  vînt  lui  porter  assistance.  Le  pape 
mandata  seulement  Guillaume,  archidiacre  de  Paris, 
avec  mission  de  casser,  en  son  nom,  les  provisions 
d'Oxford.  Mais  les  Anglais  n'ayant  tenu  nul  compte  de 
leur  abolition,  Urbain  IV  nomma  légat  Gui  Faucoi 
(22  nov.  1263).  La  bulle  qui  l'accréditait  vantait  son 
talent  oratoire,  sa  sagesse,  son  savoir,  la  précision 
et  la  netteté  de  ses  décisions,  sa  prudence  dans  les 
I  délibérations...  Il  fallait  en  effet  des  qualités  de  pre- 
mier ordre  pour  réussir  dans  une  tâche  estimée  si 
épineuse  par  le  pape  lui-même  qu'il  avait  prévu  que 
le  cardinal  se  verrait  dans  l'impossibilité  de  franchir  la 
Manche.  D'amples  pouvoirs  lui  furent  octroyés  et 
j  s'étendirent  à  l'Irlande  et  au  Pays  de  Galles  (J.  Gui- 
[  raud.  Les  registres  d'Urbain  IV,  n.  581-630). 
I      Gui  Faucoi  ne  partit  pas  immédiatement.  Il  conve- 
1  nait  d'attendre  la  promulgation  de  la  sentence  d'arbi- 
trage qu'à  la  demande  du  roi  d'Angleterre  et  de  ses  su- 
jets rebelles  S.  Louis  avait  promis  de  prononcer.  Le  Dit 
d'Amiens  (24  janv.  1264)  annula  les  provisions  d'Ox- 
ford et  redonna  à  Henri  III  le  choix  de  ses  conseillers 
et  de  ses  officiers.  Bien  qu'Urbain  IV  l'eût  confirmé  le 
16  mars,  l'opposition  anglaise  refusa  de  s'y  conformer. 
Le  départ  du  légat  s'imposait;  il  eut  lieu  avant  le 
9  avril.  Le  8  mai  Gui  était  à  Nice,  après  avoir  affronté 
sans  dommage  les  dangers  que  comportait  le  passage 
à  travers  la  Toscane  parcourue  par  les  bandes  de  Man- 
fred.  Ce  n'avait  été  que  grâce  à  la  protection  armée  du 
gibelin  Pallavicini  qu'il  avait  pu  atteindre  par  voie 
:  terrestre  Gênes,  puis  la  Provence  (Processus  legalionis, 
■  éd.  J.  Heidemann,  n.  2).  Il  dut  séjourner  quelque  peu 
'  dans  le  midi  de  la  France  et  y  remplir  divers  mandats 
apostoliques;  sa  suite  avait  éprouvé  des  embarras  pour 
le  rejoindre.  Vers  la  mi-juin,  il  annonçait,  de  Paris,  au 
roi  d'Angleterre,  sa  prochaine  arrivée  et  demandait 
des  sauf-conduits  pour  ses  chapelains  qui  régleraient 
avec  la  cour  les  détails  de  sa  réception  (ibid.,  n.  3,  4). 
Cependant  les  courriers,  qui  avaient  débarqué  à  Dou- 
vres, subirent  des  sévices;  on  leur  prit  les  lettres  qu'ils 
apportaient.  Le  légat  pensa  qu'un  indigène  serait 
mieux  traité  :  le  frère  mineur  Alain  eut  le  désagrément 
d'être  déjîouillé  de  sa  tunique  et  menacé  de  mort  s'il 
détenait  quelque  lettre  préjudiciable  au  royaume.  Les 
entretiens  qu'il  eut  avec  Henri  de  Montfort  furent 
décevants  :  inutile,  lui  dit-on,  qu'un  légat  vienne,  les 
Anglais  traiteront  eux-mêmes  leurs  propres  affaires; 
d'ailleurs  Gui  empêcherait  la  conclusion  d'un  accord, 
car  il  favoriserait  fatalement  un  parti  au  détriment  de 
j  l'autre;  au  reste,  son  entrée  sur  le  sol  d'Angleterre 
I  restait  subordonnée  à  une  demande  formulée  par  le  roi 
I  et  l'opposition,  laquelle  n'avait  pas  eu  lieu.  Bref,  le 
I  frère  mineur  mandait  à  l'un  des  cha])elains  du  car- 
dinal :  "  Ne  venez  ()as,  sinon  avec  un  bon  sauf-con- 
1  duit  »  {ibid.,  n.  5,  l'i).  Des  messagers  vinrent  signiflei- 


1111 


C  L  É  M  E 


NT  ï\ 


1112 


par  lettres  closes  à  Gui,  résidant  à  Amiens,  que  le 
Parlement  réuni  à  Londres  s'opposait  à  son  débarque- 
ment; tout  au  plus,  lui  laissait-on  entrevoir  la  possi- 
bilité d'une  entrevue  à  BouIogne-sur-Mer  avec  des 
émissaires  des  rebelles.  Quant  aux  évêques  que  Gui 
avait  convoqués,  ils  ne  se  présenteraient  que  si  lui- 
même  n'instrumentait  contre  aucun  régnicole.  Afin  de 
légitimer  leur  conduite,  les  Anglais  mentionnaient 
une  prétendue  tentative  d'invasion  que  Louis  IX 
aurait  subventionnée  {ibid.,  n.  13,  14). 

Le  légat  répondit  sur  un  ton  courroucé,  releva  l'in- 
jure infligée  à  l'Église  romaine  en  refusant  de  le  rece- 
voir et  réfuta  les  objections  articulées  par  les  barons 
(ibid.,  n.  16).  Toutefois  il  consentit  à  entendre  leurs 
délégués,  tout  en  citant  solennellement  des  membres 
de  l'épiscopat  à  comparaître  et  en  menaçant  d'excom- 
munication quiconque  s'opposerait  à  leur  voyage 
(août  1264,  ibid.,  n.  17,  18).  Le  9  août,  Gui  Faucoi 
arriva  à  Boulogne-sur-Mer.  Au  jour  dit,  aucun  des  i 
ambassadeurs  annoncés  ne  se  présenta;  du  moins  par- 
vinrent des  excuses  sur  leur  retard.  Le  légat  comprit 
qu'on  le  leurrait  et  entama,  le  12,  un  procès  en  règle 
contre  les  Anglais.  Après  avoir  longuement  retracé  la 
suite  des  événements,  il  traita  les  provisions  d'Ox- 
ford «  d'exécrables  et  d'iniques  »  et  démasqua  la  per- 
fidie des  barons  qui  écrivaient  au  nom  du  roi.  Simon 
de  Montfort,  chef  de  l'opposition,  les  barons,  les  Lon- 
doniens et  les  habitants  des  Cinq  ports  de  l'île  reçurent 
monition  de  le  laisser  pénétrer  en  Angleterre  avant  le 
1"  sept.,  de  rendre  la  liberté  à  Henri  III  et  à  ses  fils, 
de  gagner  Gravelines  où  ils  seraient  relevés  du  serment 
les  obligeant  à  observer  les  provisions  d'Oxford.  A 
tout  chrétien  défense  était  signifiée  de  donner  aide  aux 
rebelles,  de  leur  procurer  vin,  blé,  armes,  chevaux, 
navires  (ibid.,  n.  20).  Frère  Roger  survint;  il  était  por- 
teur de  lettres  royaux  demandant  de  sanctionner  un 
arrangement  conclu  entre  Henri  III  et  ses  sujets.  Le 
légat  mit  en  doute  la  sincérité  de  la  missive,  car  l'ac- 
cord annihilait  l'autorité  royale  et  provoquerait  infail- 
liblement de  nouveaux  troubles;  il  refusa  de  l'accepter 
{ibid.,  n.  21,  22). 

Le  rendez-vous  donné  à  Gravelines  déplut  aux  re- 
belles qui  invoquèrent  des  prétextes  pour  l'éluder  : 
Gravelines  présentait  des  dangers  pour  leur  sécurité; 
qui  devait  venir?  pour  quelles  raisons?  quand?  (Ibid., 
n.  25.)  Sans  être  dupe  de  ce  verbiage,  le  cardinal  fixa 
l'entrevue  à  Boulogne-sur-Mer  (ibid.,  n.  26).  Des  let- 
tres que  lui  adressa  l'épiscopat  lui  causèrent  de  l'amer- 
tume, car  elles  exprimaient  le  regret  qu'il  n'eût  pas 
admis  le  texte  de  l'accord  consenti  par  Henri  III 
(ibid.,  n.  27).  Le  l^"'  sept.,  aucun  Anglais  n'avait  encore 
paru.  Le  18,  Simon  de  Montfort  écrivait  de  Douvres 
qu'il  était  prêt  à  franchir  le  détroit,  mais  il  réclamait 
un  sauf-conduit  plus  explicite  que  le  i)reniier  (ibid., 
n.  37).  Le  25,  les  évêques  de  Worcester,  de  Londres  et 
de  Winchester,  le  grand  juge  Hugues  le  Despenser, 
Pierre  de  Montfort, Richard  de  Mepham  exhibèrent  des 
procurations  les  habilitant  à  passer  un  compromis  en 
présence  de  S.  Louis  et  du  légat  (ibid.,  n.  39-43).  Les 
conditions  péniblement  débattues  furent  repoussées 
par  les  barons  (ibid.,  n.  46).  En  conséquence  le  légat 
déclara,  à  Hesdin,  tous  les  opposants  contumaces 
et  excommuniés  pour  n'avoir  pas  obéi  à  ses  moni- 
tions  et  jeta  l'interdit  sur  leurs  terres  (20  oct.,  ibid., 
n.  50). 

Entre  temps  Urbain  IV  était  décédé  à  Pérouse,  le 
2  oct.  Il  ne  restait  plus  à  Gui  Faucoi  qu'à  regagner 
l'Italie.  L'échec  subi  par  lui  était  dû  à  la  scrupuleuse 
observation  des  ordres  péremptoires  reçus  du  défunt. 
A  vrai  dire,  pas  plus  que  son  maître  ou  Louis  IX,  il  ne 
concevait  réalisable  le  régime  parlementaire  réclamé 
par  la  nation  anglaise;  comme  eux  il  n'entrevoyait 
qu'un  seul  idéal,  la  monarchie  absolue. 


IV.  Le  conclave  de  Pérouse.  —  Gui  Faucoi 
quitta-t-il  Paris  au  mois  de  janv.  1265,  comme  l'.a 
supposé  Heideniann?  on  ne  sait.  En  tout  cas  il  parvint 
à  Pérouse  après  que  le  Sacré-Collège  l'eut  élu  pape,  le 
5  févr.  1265,  par  voie  de  compromis.  Le  15,  eut  lieu  la 
cérémonie  du  couronnement. 

Sources.  —  Devic-Vaissete,  Hisl.  ijén.  de  Languedoc, 
éd.  Privât,  vi-vni,  Toulouse,  1872-92.  —  É.  Baluze,  Con- 
cilia Galliae  Xarbonensis,  Paris,  1668  (ouvrage  accompagné 
de  précieuses  notes).  —  L.  Dorez-J.  duiraud.  Les  registres 
d'Urbain  IV  (1261-64),  Paris,  1892-1900.  —  Le  registre  de 
la  légation  d'Angleterre,  rédigé  par  le  notaire  de  Gui  Faucoi, 
en  févr.-mars  1265,  a  été  publié  par  J.  Heidemann,  Papsl 
Clemens  IV.  Das  Vorleben  des  Papstes  und  sein  Legationsre- 
gister,  Munster-en-\VestphaIie,  1903,  p.  182-248,  d'après 
une  copie  du  xvii«  s.  —  L.-S.  Le  Nain  de  Tillemont,  Vie  de 
S.  Louis,  roi  de  France,  Paris,  1847-71,  6  vol. 

Travaux.  —  Heidemann,  op.  cil.  —  Ch.  Bémont,  Simon 
de  Monlforl,  comte  de  Leicesler,  Paris,  1884.  —  Ch.  Petit- 
Dutaillis,  La  monarchie  féodale  en  France  et  en  Angleterre, 
Paris,  1933.  —  W.  Stubbs,  Constitutional  history  oj  England, 
trad.  Ch.  Petit-Dutaillis  et  Lefebvre,  Paris,  1907-27.  —  H. 
Prentout,  Hist.  d'Angleterre,  Paris,  1920. 

V.  Le  pontificat.  —  Durant  son  court  pontificat. 
Clément  IV  fut  mêlé  à  des  affaires  politiques  de  pre- 
mière importance;  celle  surtout  du  royaume  de  Sicile 
lui  créa  de  gros  tracas,  car  elle  mettait  en  jeu  l'avenir 
de  l'Église.  Le  rôle  qu'il  remplit  exactement  n'est  pas 
facile  à  définir,  le  pape  ayant  eu  coutume  de  se  servir, 
auprès  des  souverains  de  l'époque,  de  nonces  dont  les 
entretiens  oraux  demeurent  inconnus.  Il  ne  subsiste 
qu'un  nombre  restreint  de  lettres  qui  nous  renseignent 
imparfaitement  sur  la  marche  des  événements. 

1°  Clément  IV  et  l' Angleterre.  —  Le  pape  tint  à  im- 
poser le  respect  des  sentences  d'excommunication  et 
d'interdit  que,  légat,  il  avait  promulguées  contre  les 
rebelles  anglais.  Le  cardinal  Ottobuoni  fut  chargé  de 
cette  tâche.  En  août  1265  il  se  trouvait  de  passage  en 
Savoie  et  annonçait  sa  prochaine  arrivée  en  Angle- 
terre. .\près  y  avoir  débarqué,  il  constata  que  le  clergé 
n'avait  tenu  aucun  compte  des  censures  de  l'Église, 
prétendant  en  ignorer  l'existence.  Ses  lettres  le  mon- 
trent désabusé  et  prennent  un  ton  larmoyant.  En 
somme  il  n'obtint  que  de  maigres  résultats,  malgré  ses 
actes  autoritaires.  En  juill.  1268  se  termina  sa  léga- 
tion. 

2"  Clément  IV  et  Charles,  comte  d'Anjou  et  de  Pro- 
vence. —  Alexandre  IV  avait  vu  avec  inquiétude  Man- 
fred,  bâtard  de  Frédéric  II,  ceindre  la  couronne  royale, 
à  Palerme,  le  10  août  1258.  Urbain  IV  résolut  de  lui 
opjjoser  Charles  d'Anjou,  frère  de  S.  Louis,  pétri  d'une 
froide  ambition  et  entreprenant.  En  1263,  les  condi- 
tions de  l'investiture  étaient  arrêtées,  mais  non  encore 
ratifiées.  Clément  IV,  craignant  que  Manfred  n'enle- 
vât Rome,  les  modifia  dès  le  26  févr.  1265  et  fixa  la 
cérémonie  avant  le  28  juin  :  il  avait  hâte  que  le  prince 
fît  route  vers  l'Italie  méridionale.  Ses  craintes  se  trou- 
vèrent justifiées;  n'eût  été  la  présence  d'une  garnison 
provençale  à  Rome,  dont  Charles  avait  accepté  la  pro- 
tection conséquemment  à  la  charge  de  sénateur,  la 
ville  serait  tombée,  en  mars,  au  pouvoir  de  Manfred. 
Le  comte  y  fit  son  entrée  le  23  mai  et  reçut  l'investi- 
ture le  28  juin. 

Dès  lors  se  posa  la  (luestion  de  la  conquête  eiïective 
de  son  futur  royaume  qui  exigeait  la  constitution 
d'une  forte  armée  en  France,  son  équipement  et  sa  tra- 
versée en  Lombardie  et  en  Toscane.  L'exécution  d'un 
tel  programme  présupposait  des  fonds  considérables. 
Le  comte  d'Anjou  n'en  disi)osait  pas;  il  comptait  sur 
l'aide  financière  du  pape  bien  à  tort,  car  les  cofTres  du 
S. -Siège  étaient  vides.  Urbain  W  avait  certes  imposé 
pour  trois  années  une  décime  aux  Églises  de  France, 
mais  les  taxes,  impopulaires  parmi  le  clergé,  se  levaient 
mal  ou  avec  une  lenteur  désespérante,  I<e  pape  se  vit 


1113 


CLÉMENT    I  \ 


1114 


contraint  d'emprunter  à  des  banquiers  italiens  sur  la 
recette  espérée,  non  sans  se  rendre  compte  des  hasards 
de  l'opération  :  qu'adviendrait-il  aux  prêteurs  si  Man- 
fred  triomphait?  Sa  correspondance  reflète  l'inquié- 
tude qui  l'obsédait  et  la  crainte  que,  faute  de  numé- 
raire, l'expédition  angevine  échouât.  L'appel  au  crédit 
des  banquiers  ne  suirisant  pas,  il  s'adressa  à  S.  Louis  et 
à  Alphonse  de  Poitiers.  Seul,  celui-ci  consentit  un  prêt 
minime  et  de  courte  durée.  Quant  au  roi  de  France,  il 
laissait  agir  Charles  d'Anjou  sans  lui  porter  le  moindre 
secours  :  il  lui  répugnait  de  détourner  de  la  croisade  le 
moindre  sol.  Clément  IV,  réduit  aux  abois,  écrivait  à 
son  légat  :  «  Cherche  à  emprunter  :  cherche  auprès  du 
roi,  auprès  de  son  frère,  auprès  des  prélats,  auprès  des 
religieux,  auprès  des  bourgeois,  auprès  des  usuriersl, 
auprès  de  tout  le  monde,  et  quand  tu  aurais  déjà 
essuyé  dix  refus  »  (É.  Jordan,  Les  origines  de  la  domi- 
nation angevine  en  Italie,  .552).  Le  S. -Siège  estimait 
que,  si  l'expédition  angevine  ne  s'effectuait  pas,  la 
ruine  de  l'Église,  qui  avait  lié  son  destin  à  elle,  s'ensui- 
vrait. Il  recourut  à  un  expédient  dangereux  qui  con- 
sista à  donner  pour  gages  à  ses  créanciers  les  propriétés 
foncières  des  églises  et  des  monastères  de  Rome.  Cette 
mesure  extrême  coûta  cher  à  l'homme  pondéré  qu'était 
Clément  IV.  Son  effroi  apparaît  dans  une  lettre  adres- 
sée à  Charles  d'Anjou  (2  août  12(55)  :  «  Il  est  facile, 
pour  beaucoup,  de  dire  :  Faites,  faites.  C'est  le  pape 
seul  qui  affronte  les  difficultés  de  l'action,  qui  compro- 
met sa  conscience,  qui  s'expose  à  l'infamie  perpé- 
tuelle de  passer  pour  un  dissipateur  des  biens  d'Église  « 
(É.  Jordan,  op.  cit.,  554).  A  bout  de  ressources,  il  laissa 
en  garantie  sa  vaisselle  d'or  et  d'argent,  les  joyaux  de  sa 
chapelle  et  de  son  trésor  (janv.  1266). 

L'armée  péniblement  recrutée  atteignit  enfin  sans 
encombres  les  frontières  du  royaume  de  Sicile.  Elle 
faillit  être  détournée  de  son  but  par  le  S. -Père  qui  fut 
saisi  d'un  accès  de  pusillanimité.  Doutant  du  succès 
de  Charles  d'Anjou,  il  appréhenda  une  rencontre  avec 
les  troupes  de  Manfred  et  conseilla  l'attaque  de  celles 
qui  garnissaient  la  Haute- Italie  et  la  Toscane.  Le 
comte  ne  commit  point  cette  faute  de  tactique  et  enga- 
gea l'action  contre  Manfred,  qui  périt  sur  le  champ  de 
bataille  de  Bénévent  (26  févr.  1266).  L'Italie  méridio- 
nale tomba  rapidement  entre  ses  mains.  Clément  IV 
n'eut  pas  à  se  louer  totalement  du  vainqueur  et  cons- 
tata avec  amertume  qu'au  lieu  «  de  protéger  et  de  dé- 
fendre »  l'Église  romaine,  il  violait  ses  droits,  maltrai- 
tait les  clercs,  ne  payait  pas  le  cens  stipulé  dans  l'acte 
d'investiture. 

Les  exactions  commises  par  le  prince  ne  tardèrent 
pas  à  lui  aliéner  ses  nouveaux  sujets,  d'ailleurs  d'hu- 
meur versatile,  et  les  poussèrent  à  pencher  vers  Conra- 
din.  D'un  Hohenstaufen  Clément  IV  ne  voulait  à  au- 
cun prix  pour  voisin  de  ses  États.  Durant  l'interrègne 
dans  l'Empire,  il  invita  les  concurreiits  Richard  de 
Cornouallles  et  Ali)honse  X,  roi  de  Castille,  à  lui  sou- 
mettre leur  cause  réciproque.  Au  sujet  de  Conradin  il 
interdit  aux  électeurs  allemands  de  lui  donner  leurs 
voix  et  de  lui  venir  en  aide.  Conradin  ne  se  laissa  point 
intimider  par  les  mesures  de  défiance  prises  à  son 
égard  et  s'intitula  roi  de  Sicile;  ce  qui  détermina  le 
pape  à  menacer  ses  partisans  d'excommunication 
(18  nov.  1266)  et,  devant  l'inanité  de  ses  remon- 
trances, à  le  citer  lui-même  à  comparaître  sous  peine 
d'encourir,  en  cas  de  refus,  les  censures  de  l'Église 
(14  avr.  1267).  En  oct.,  l'Allemand  pénétrait  à  Vérone 
et  marchait  vers  Rome  où  il  entra  le  24  juill.  1268.  Une 
rencontre  se  produisit,  le  23  août,  avec  les  troupes  an- 
gevines, à  Tagliacozzo;  elle  aboutit  à  un  désastre  pour 
Conradin  qui,  tombé  aux  mains  du  triomphateur,  fut 
sans  iiitié  décajuté,  le  2"J  oct.  1268. 

Clément  IV  ne  fut  pour  rien  dans  ce  tragique  trépas, 
quoiqu'il  en  bénéficiât  grandement;  il  .se  préoccupa  de 


prolonger  l'interrègne  qui  lui  était  favorable,  en  em- 
pêchant les  Allemands  de  procéder  à  une  élection  im- 
périale (7  nov.  1269).  Le  29,  il  mourait  à  \'iterbe. 
I  3°  Clément  IV  et  la  Hongrie.  —  Afin  d'assurer  l'ave- 
nir du  royaume  angevin,  Clément  IV  le  lia  à  celui  de  la 
Hongrie,  l^n  double  mariage  eut  lieu  :  Isabelle,  fille  de 
Charles  d'Anjou,  épousa  I^adislas,  fils  d'iitienne  V,  et 
Marie,  fille  de  celui-ci,  Charles  le  Boiteux,  prince  de 
Salerne.  Un  traité  offensif  et  défensif  contre  tous  dan- 
gers extérieurs,  c.-à-d.  contre  les  Allemands,  fut  signé. 
Ainsi,  jusqu'à  la  fin  de  sa  vie,  le  pape  poursuivit  une 
lutte  acharnée  contre  la  maison  des  Hohenstaufen. 

4°  Le  gouvernement  de  V Église.  —  Le  mauvais  état 
de  ses  finances  et  le  souci  de  posséder  un  épiscopat 
docile  à  ses  ordres  soit  en  Angleterre  soit  en  Italie 
poussèrent  Clément  IV  à  prendre  des  initiatives  dont 
l'importance  n'a  pas  été  suffisamment  relevée.  C'est 
lui  qui  imprima  une  impulsion  nouvelle  et  décisive  à  la 
cajjtation  du  droit  de  collation  des  bénéfices  et  à  la 
centralisation  des  rouages  de  l'Église,  que  ses  prédé- 
cesseurs avaient  amorcées  l'une  et  l'autre  timidement 
et  poursuivies  patiemment.  Ses  successeurs  tireront 
toutes  les  conséquences  des  innovations  introduites, 
principalement  à  l'époque  avignonnaise.  La  Constitu- 
tion Licet  ecclesiarum,  du  27  août  1265,  affirma  que 
«  l'entière  disposition  des  églises,  personnats,  dignités 
et  autres  bénéfices  appartient  au  pontife  romain  de 
telle  manière  que  celui-ci  peut  les  conférer  juridique- 
ment non  seulement  quand  ils  vaquent,  mais  encore 
concéder  des  droits  sur  eux  lorsqu'ils  vaqueront  » 
(1.  III,  tit.  VII,  c.  2,  in  VI").  Le  principe  promulgué  por- 
tait une  grave  atteinte  aux  droits  des  collateurs  ordi- 
naires et  en  paralysait  l'effet  par  la  légitimation  des 
grâces  expectatives,  pourtant  condamnées  en  1179 
par  le  III<'  concile  de  Latran.  Clément  IV  en  fit  aussitôt 
l'application,  en  frappant  de  réserve  générale  tous  les 
bénéfices  qu'il  avait  énumérés  et  dont  les  titulaires 
expireraient  au  siège  de  la  Curie,  apud  Sedem  apostoli- 
cam.  Il  donnait,  en  réalité,  force  de  loi  à  un  vieil  usage 
(anliqua  consuetudo )  et  se  proposait  de  rendre  nul  tout 
acte  contraire  des  collateurs  ordinaires.  A  dessein  ou 
non,  le  législateur  avait  employé  le  terme  complexe 
d'églises  (ecclesias),  qui  pouvait  comprendre  les  églises 
patriarcales,  archiépiscopales  et  épiscopales.  Les  con- 
temporains ne  s'y  trompèrent  pas  et  protestèrent  avec 
une  telle  énergie  qae  Clément  IV  déclara,  en  1266,  que 
son  ordonnance  ne  visait  ni  les  évêchés,  ni  les  abbayes. 
Mais,  dès  l'année  suivante,  il  revenait  sur  sa  déclara- 
.  tion  et  nommait  le  titulaire  d'un  évêché  portugais  va- 
I  cant  en  Cour;  en  1268,  il  procédait  de  même  pour 
l'Église  de  Paphos  (G.  MoUat,  La  collation  des  bénéfices 
ecclésiastiques  sous  les  papes  d' Avignon,  Paris,  1921, 
p.  24,  27,  38,  70). 

Clément  IV  prit  encore  l'initiative  des  réserves  spé- 
ciales applicables  aux  bénéfices  d'un  royaume  ou  d'une 
province  ecclésiastique.  C'est  ainsi  qu'il  priva  de  leurs 
droits  respectifs  les  électeurs  ordinaires  en  Angleterre, 
dans  le  royaume  de  Sicile  et  dans  la  Haute-Italie  (É. 
Jordan,  Les  registres  de  Clément  IV,  n.  118,  257,  487, 
490,  631). 

Clément  IV  ne  se  contenta  pas  des  avantages  fiscaux 
que  lui  procurait  la  provision  des  bénéfices;  il  pressura 
durement  le  clergé  français,  déjà  fort  obéré  par  le  paie- 
ment de  la  décime  au  profit  de  la  croisade,  afin  de 
subventionner  l'expédition  sicilienne  et  de  provoquer 
l'écrasement  des  gibelins.  Il  suscita  une  opposition  qui 
:  grandira  au  cours  du  xiiif  s.  et  s'exprimera  lors  du 
!  concile  de  Vienne,  en  1311-12.  Les  provinces  de  Reims, 
de  Rouen  et  de  Sens  exhalèrent  avec  virulence,  de  son 
temi)s,  leur  vif  mécontentement  :  on  censura  la  «  vora- 
cité »  de  la  Cour  romaine;  on  parla  «  de  braver  »  l'ex- 
communication prononcée  contre  les  mauvais  payeurs, 
car,  disait-on,  «  l'appétit  de  la  Curie  ne  s'apaiserait  que 


1115 


CLÉMENT   lY  -    CLÉMENT  V 


1116 


le  jour  où  cesseraient  l'obéissance  et  le  dévouement  du 
clergé  »  (Recueil  des  historiens  de  la  France,  xxi,  770; 
Majus  chronicon  Lemouicense).  Assuré  de  l'approba- 
tion de  S.  Louis,  le  pape  tança  vertement  les  plai- 
gnants qui  lui  avaient  présenté  les  doléances  du  clergé. 

En  matière  inquisitoriale,  Clément  IV  légiféra  dans 
une  série  de  Constitutions  que  Bernard  Gui  a  exploi- 
tées dans  son  Manuel  de  l' inquisiteur  (éd.  C.  Douais, 
Paris,  1884).  Le  pape  attribua  la  nomination  des  in- 
quisiteurs aux  prieurs  provinciaux  des  P'rères  Mineurs 
et  des  Prêcheurs.  II  autorisa  l'usage  de  la  torture 
(3  nov.  1265)  et  prescrivit  des  châtiments  exemplaires 
à  l'égard  des  Juifs  convertis  au  christianisme  et  reve- 
nus au  judaïsme.  L'ensemble  de  l'oeuvre  législative  du 
pontife  a  été  imprimé  au  t.  i  du  Bullarium  ordinis  F. 
Praedicatorum  de  Ripoll. 

Œuvres.  —  Domini  Guidonis  Fulcodii,  cardinalis 
episcopi  Sabinensis  et  postea  Summi  pontificis  démen- 
tis IV  nuncupati  quaesliones  quindecim  ad  inquisitores 
nunc  primum  impressae  cum  annotât ionib us  Caesaris 
Carenenae  Cremonensis,  Lyon,  16C9.  Sur  cet  ouvrage  v. 
les  remarques  de  C.  Douais  (Documents  pour  servir  à 
l'hist.  de  l' Inquisition  dans  le  Languedoc,  Paris,  1910) 
qui  corrige  l'opinion  de  Ch.  Molinier  (L' Inquisition 
dans  le  midi  de  la  France  au  Xim  et  au  .T/r«  s.  Étude 
sur  les  sources  de  son  hist.,  Paris,  1880).  —  J.  Heide- 
mann  (Papsl  Clemens  IV„  MUnster,  1903)  a  analysé  les 
quinze  consultations  demandées  à  Gui  Faucoi  (73-78). 

Lettres.  —  Martène-Durand,  Thésaurus...,  ir,  Pa- 
ris, 1717  (utilisation  des  copies  des  mauristes  conser- 
vées dans  les  mss.  latins  de  la  Bibl.  nat.  de  Paris,  4040, 
4041,  4945).  —  É.  Jordan,  Les  registres  de  Clément  IV 
(1265-68 ),  recueil  des  bulles  de  ce  pape,  publiées  ou  ana- 
lysées d'après  les  mss.  originaux  des  Archives  du  Vati- 
can, Paris,  1893-95.  —  Potthast,  Reg.  —  Des  lettres  de 
Clément  IV  existent  au  British  Muséum,  mss.  15360, 
fol.  328-71,  et  15361,  fol.  1-149;  à  la  Bibl.  nat.  de  Pa- 
ris, nouv.  acq.  lat.  2323,  2324  (copies  des  xvii"  et 
xviiie  s.),  et  collection  Baluze,  mss.  15,  82,  280,  381. 

Sources.  —  R.  Graham  a  publié  le  registre  du  légat 
Ottobuoni  Fieschi  de  Lavagna  que  Clément  IV  désigna  à 
sa  place  en  Angleterre,  Letters  oj  cardinal  Ottoboni,  dans 
T/ie  English  historical  Review,  xv,  1900,  p.  87-120. 

Travaux.  —  Le  pontificat  de  Clément  IV  n'a  pas  encore 
fait  l'objet  d'une  monographie.  —  Sur  la  politique  italienne 
du  pape,  V.  É.  Jordan,  Les  origines  de  la  domination  ange- 
vine en  Italie,  Paris,  1910.  —  E.  Horn,  Le  rôle  politique  de 
Clément  IV,  dans  Comptes  rendus  de  l'Acad.  des  sciences 
morales  et  politiques,  1925,  p.  273-300.  —  U.  Prûnger, 
Verhàltnis  Ludwigs  des  Heiligen  zu  Klemens  IV.,  Halle, 
1897.  —  Nicolas,  Clément  IV  dans  le  monde  et  dans  l'Église, 
Nîmes,  1912.  —  Davidsohn,  GeschicMe  von  Florenz,  ii, 
Berlin,  1912.  —  É.  Jordan,  De  mercatoribus  Camerae  apos- 
tolicae  saeculo  XIII,  Paris,  1909.  —  La  notice  de  \'H.  L.  Fr., 
XIX,  1838,  p.  92-101,  a  perdu  sa  valeur. 

G.  MOLLAT. 

12.  CLÉMENT  V,  pape  (5  juin  1305-14  avr. 
1314).  I.  Les  débuts  dans  la  carrière  ecclésiastique.  II. 
L'élection  au  souverain  pontificat.  III.  L'établisse- 
ment de  la  papauté  hors  de  l'Italie.  I\".  Le  gouverne- 
ment de  l'Église.  V.  La  politique  de  Clément  V. 
1°  Rapports  avec  l'Angleterre.  2°  Henri  VII  et  l'expé- 
dition d'Italie.  3°  Clément  \'  et  la  Hongrie.  4°  Le  S.- 
Siège  et  l'Italie.  5°  Relations  avec  l' Aragon.  fW  Clé- 
ment V  et  l'Orient.  7°  Clément  V  et  Philipi)e  le  Bel. 
VI.  Mort  du  pape. 

I.  Les  débuts  dans  la  carrière  ecclésiastique. 
—  Bertrand  de  Got  naquit  à  Villandraut  (Gironde),  de 
Béraud,  seigneur  du  lieu,  et  d'Ida  de  Blanquefort. 
Après  avoir  reçu  quelque  temps  l'éducation  dans  la 
maison  de  Defés  (Lot-et-Garonne),  de  l'ordre  de 
Grandmont,  il  étudia  le  droit  à  Bologne  et  à  Orléans. 
Les  maigres  re\  enus  d'un  canonicat  à  Agen  l'obligèrent 
à  solliciter  du  roi  d'Angleterre  un  bénéfice  lucratif,  en 


1279.  Grâce  sans  doute  à  la  protection  de  son  oncle 
Bertrand,  archevêque  de  Lyon,  promu  cardinal  en 
1294,  il  obtint  le  titre  de  chapelain  pontifical,  un  cano- 
nicat et  la  sacristie  dans  la  cathédrale  de  Bordeaux, 
puis  l'évêché  de  Comminges  (28  mars  1295)  et  l'arche- 
vêché de  Bordeaux  (23  déc.  1299).  Bertrand  de  Got  se 
signala  par  un  acte  d'autorité,  gros  de  conséquences  : 
comme  ses  prédécesseurs  disputaient  depuis  longtemps 
la  primatie  d'Aquitaine  aux  archevêques  de  Bourges, 
il  n'hésita  pas  à  prendre  le  titre  de  primat  et  encourut 
l'excommunication  de  la  part  de  son  concurrent,  Gilles 
Colonna.  Conscient  de  ses  devoirs  de  métropolitain,  il 
accomplit  la  visite  de  sa  province  en  1305  et  apprit,  le 
19  juin,  à  Lusignan.  la  nouvelle  de  son  élection  au  sou- 
verain pontificat. 

J.  Contrasty,  Éludes  de  topograplne  commingeoise .  Le  pape 
Clément  V  et  le  culte  de  S.  Gaudens,  dans  Revue  historique  de 
Toulouse,  XXIX,  1942,  p.  91-219.  —  J.  Haller,  Papsllum  und 
Kirchenreform,  Berlin,  1903.  —  E.  Renan,  Bertrand  de  Got, 
dans  H.  L.  Fr.,  xxvin,  1881,  p.  272-314  (vieilli  parfois).  — 
É.  Baluze,  Vilae  paparum  Avenionensium,  éd.  G.  Mollat, 
II,  Paris,  1927,  p.  94-102.  —  J.  Lestrade,  Un  curieux  groupe 
d'évêques  commingeois,  dans  Revue  de  Comminges,  xxi, 
xxiii,  1906-08.  —  J.  Dufour,  Le  lieu  de  naissance  de  Clé- 
ment V,  dans  Revue  de  Gascogne,  1905,  p.  371.  — •  G.  Pariset, 
L'établissement  de  la  primatie  de  Bourges,  dans  Annales  du 
Midi,  1902,  p.  145-84,  289-328.  —  J.  Boucherie,  Inventaire 
des  titres  qui  se  trouvent  au  trésor  de  l'archevêché  de  Bordeaux, 
dans  Archives  historiques  du  départ,  de  la  Gironde,  xxiii, 
1883,  p.  305.  —  Ch.-V.  Langlois,  Documents  relatifs  à  Ber- 
trand de  Got  (Clément  V),  dans  Revue  historique,  xl,  1889, 
p.  48-54. 

II.  L'Élection  au  souverain  pontificat.  — •  Dès  le 
18  juin.  1304,  journée  durant  laquelle  les  cardinaux  en- 
trèrent en  conclave,  à  Pérouse,  après  la  mort  de  Be- 
noît -XI,  il  apparut  que  les  dissensions  existant  entre 
eux  rendraient  impossible  l'élection  d'un  des  leurs.  Les 
bonifaciens  désiraient  venger  la  mémoire  de  Boni- 
face  VIII,  tandis  que  Napoléon  Orsini  et  sa  coterie  vi- 
saient à  obtenir  la  réhabilitation  des  Colonna  et  une 
réconciliation  avec  Philippe  IV  le  Bel,  roi  de  France. 
On  songea  donc  à  choisir  un  pape  en  dehors  du  Sacré- 
Collège.  Bertrand  de  Got  parut  l'homme  prédestiné  à 
concilier  des  intérêts  contraires.  Sa  science  juridique  le 
recommandait  à  l'attention;  d'autre  part,  il  avait  eu  le 
don  de  demeurer  en  bons  termes  avec  Philippe  le  Bel, 
malgré  sa  présence  au  concile  de  Rome,  en  1302,  et 
était  bien  vu  du  roi  d'Angleterre.  Il  passait,  en  outre, 
pour  un  esprit  conciliant.  Napoléon  Orsini  soutint 
habilement  sa  candidature  et,  malgré  une  opposition 
tenace  qui  ne  désarma  pas,  réussit  à  la  faire  triompher 
le  5  juin  1305. 

Y  eut-il  auparavant  collusion  entre  l'élu  et  le  roi  de 
France,  comme  l'a  rapporté  le  chroniqueur  Villani'? 
Dans  un  rendez-vous  ménagé  secrètement  aux  envi- 
rons de  S.-Jean-d'Angély,  l'archevêque  de  Bordeaux 
aurait-il  souscrit  à  un  pacte  déshonorant  pour  s'assu- 
rer la  tiare?  Des  documents  de  premier  ordre  prouvent 
l'impossibilité  d'une  rencontre  entre  les  deux  person- 
nages et,  si  des  promesses  avaient  été  réellement  for- 
mulées, le  roi  les  aurait  rappelées  opportunément  au 
cours  des  affaires  pénibles  que  suscitèrent  les  procès  de 
Boniface  VIII  et  des  Templiers,  afin  d'imposer  leur 
respect. 

J.-F.  Rabanis,  Clément  V  et  Philippe  le  Bel.  Lettre  à 
M.  Daremberg  sur  l'entrevue  de  Philippe  te  Bel  et  de  Bertrand 
de  Got  à  S.-Jean-d'Angély,  Paris,  1858.  —  H.  Finke,  Aus  der 
Tagen  Bonifaz  VIII.,  Munster,  1902,  p.  279-290;  Acta 
Aragonensia,  Munster,  1908.  —  Bibl.  nat.  de  Paris,  lat.  4 085, 
fol.  31  ^-32  r°  (procès- verbal  de  l'élection  inséré  dans  les 
commentaires  de  Pierre  Bertrand  sur  le  Sexte,  les  Clémen- 
tines et  les  Extravagantes  de  Jean  XXII).  —  É.  Baluze. 
op.  cit..  Il,  31.  —  Villani,  Istorie  Fiorentine,  1.  VIII,  c.  lxxx. 
• —  L.  Leclère,  L'élection  du  pape  Clément  V,  dans  Annales  de 
la  jaculté  de  philosophie  et  lettres  de  l'université  libre  de 
Bruxelles,  i,  1880,  p.  7-39  (vieilli). 


1117 


C  L  É  M 


ENT  V 


I  1  IS 


III.  L'KTABLISSK:\rENT    DE    LA    PAPAUTÉ    HORS  PIE 

l'Italie.  -  Bertrand  de  Got  reçut  le  décret  de  son 
élection  à  Bordeaux,  le  24  juill.,  et  signifia  solennelle- 
ment son  consentement  le  jour  suivant.  Bien  loin  d'éta- 
blir sa  résidence  dans  le  Comtat-Venaissin,  il  annonça 
son  dessein  de  pénétrer  en  Italie  sitôt  la  paix  conclue 
entre  les  rois  d'Angleterre  et  de  France  et  la  croisade 
organisée.  Son  couronnement  fut  fixé  à  Vienne  en  Dau- 
phiné  et  six  cardinaux  seulement  furent  invités  à  y 
participer  (lettre  du  25  août  1305,  dans  C.  Wenck, 
Clemens  V.  und  Heinrich  VII.,  Halle,  1882,  p.  169; 
H.  Finke,  Acta  Aragonensia,  i,  199). 

Des  ambassadeurs  français  entravèrent  les  desseins 
de  l'élu,  en  lui  rappelant  le  procès  intenté  à  la  mé- 
moire de  Boniface  VII l  et  non  encore  liquidé.  Clé- 
ment V  décida,  par  suite,  de  se  rendre  à  Lyon  et  de  se 
rencontrer  avec  Philippe  le  Bel.  Le  couronnement  eut 
lieu  à  S.-Just,  le  14  nov.  1305,  et  fut  marqué  par  des 
incidents  tragiques  lors  de  la  procession  qui  suivit  la 
cérémonie  :  douze  personnes,  dont  le  duc  de  Bretagne, 
périrent  sous  les  décombres  d'un  mur  vétusté,  lequel, 
trop  chargé  de  curieux,  s'écroula  sous  leur  poids. 

Des  circonstances  imprévues  retinrent  en  France  le 
S. -Père  :  l'échec  de  ses  nonces  dans  leurs  tentatives  de 
pacification  en  Italie  l'incitait  à  ne  point  s'y  aventu- 
rer; d'autre  part  Philippe  le  Bel  avait  exigé  la  reprise 
du  procès  de  Boniface  VIII;  Clément,  qui  ne  la  vou- 
lait pas,  essaya  de  gagner  du  temps  et  proposa  de  re- 
parler de  l'affaire  épineuse  lors  d'une  prochaine  entre- 
vue. Les  pourparlers,  entamés  à  Poitiers  en  avr.  1307, 
n'aboutirent  à  aucun  accord.  La  soudaine  arrestation 
des  templiers  opérée  le  13  oct.  obligea  le  pape  à  s'en- 
tendre avec  le  roi  de  France.  Une  entrevue  à  Poitiers 
(mai-juillet  1308)  fut  orageuse.  Clément  V  décida  de 
convoquer  un  concile  général  à  Vienne  en  Dauphiné, 
alin  de  liquider  les  litiges  qui  l'inquiétaient  grande- 
ment. Dans  le  but  de  sauvegarder  sa  liberté  d'action, 
il  se  retira  à  Avignon  en  mars  1309,  sans  afficher  tou- 
tefois l'intention  d'y  fixer  sa  résidence;  au  contraire, 
son  installation  conserva  toujours  un  caractère  provi- 
soire, puisqu'il  habita  d'abord  le  couvent  des  frères 
prêcheurs,  puis  l'évêché.  Sa  mauvaise  santé  le  retint 
hors  d'Italie  après  la  clôture  du  concile  de  Vienne 
(6  mai  1312).  Le  mal  qui  le  travaillait  —  peut-être  un 
cancer  de  l'estomac  ou  des  intestins  —  l'emporta  dans 
la  tombe  le  14  avr.  1314.  Ainsi  s'explique  naturelle- 
ment l'absence  de  la  papauté  à  Rome.  Un  contempo- 
rain, partisan  de  Boniface  VIII,  a  bien  formulé  d'au- 
tres motifs  secondaires  :  l'amour  du  sol  natal,  l'affec- 
tion trop  prononcée  pour  les  siens,  une  certaine  pusil- 
lanimité, la  crainte  de  subir  le  sort  de  Benoît  Caétani 
auraient,  selon  lui,  retenu  en  deçà  des  Alpes  Clément  V 
(H.  Finke,  Aus  der  Tagen  Bonifaz  VIII.,  xcii). 

IV.  Le  gouvernement  de  l'Église.  —  Le  gou- 
vernement de  l'Église  sous  le  pontificat  de  Clément  V 
se  caractérise  par  l'accentuation  de  la  centralisation. 
Le  pape  exerça  plus  souvent  que  ses  prédécesseurs  le 
droit  de  réserve.  Fidèle  aux  principes  chers  à  Boni- 
face  VIII,  il  affirma  la  supériorité  du  pouvoir  pontifi- 
cal sur  les  rois  et  les  empereurs  et  cassa,  du  reste,  les 
actes  d'Henri  VII,  jugés  attentatoires  aux  droits  sa- 
crés de  l'Église.  Lors  du  concile  de  Vienne,  il  sut  esqui- 
ver la  question  de  la  réforme  «  dans  sa  tête  »  réclamée 
par  l'épiscopat,  maintint  dans  leur  intégralité  ses  pré- 
rogatives en  matière  bénéficiale  et  proclama  son  auto- 
rité souveraine  en  termes  tranchants  :  les  Pères,  qui 
manifestaient  de  la  répugnance  à  sanctionner  le  projet 
d'union  de  l'héritage  des  Templiers  aux  biens  des  Hos- 
pitaliers, s'entendirent  apostropher  ainsi  :  «  Si  vous 
consentez,  à  l'attribution  des  biens  à  l'Hôpital,  je  la 
prononcerai  d'accord  avec  vous,  volontiers;  sinon,  je 
l'opérerai  quand  même,  cela  vous  déplùt-il  ou  non  » 
(H.  Finke,  Papsllum  und  Unlergang  des  Templeror- 


dens,  I,  299).  Aussi  un  chroniqueur  anglais  concluait-il. 
non  sans  toutefois  exagérer,  que  le  concile  de  Vienne 
"  ne  méritait  pas  d'être  appelé  concile,  parce  que  le  sei- 
gneur pape  fit  tout  de  son  propre  chef  »  (Walter  de  He- 
mingburgh,  éd.  Hamilton,  ii,  293). 

Clément  V  dota  la  chrétienté  d'un  septième  livre  de 
décrétales,  connu  sous  le  nom  de  Clémentines.  Les 
Constitutions  qu'il  renferme  avaient  pour  fin  de  remé- 
dier à  une  foule  d'abus  signalés  avec  aigreur  par  l'épis- 
copat à  Vienne,  de  résoudre  des  points  difTicultueux  de 
jurisprudence  et  d'édicter  des  prescriptions  salutaires 
touchant  des  questions  disciplinaires.  Certaines  affaires 
exigeaient  d'urgentes  décisions  :  ainsi  le  fonctionne- 
ment de  l'Inquisition,  la  défense  des  droits  paroissiaux 
mis  en  péril  par  les  ordres  mendiants,  le  conflit  aigu 
subsistant  entre  spirituels  et  conventuels. 

Les  Constitutions  Multoriim  querela  et  Nolcntes 
(1.  V,  tit.  m,  c.  1,  2,  in  Clem.)  introduisirent  une  ré- 
forme d'une  importance  capitale  en  matière  inquisi- 
toriale  :  afin  de  parer  aux  irrégularités  et  aux  abus, 
dont  une  commission  cardinalice  avait  révélé  l'éten- 
due, il  fut  statué  que  désormais  la  mise  à  la  torture,  la 
promulgation  de  la  sentence  définitive  et  la  surveil- 
lance des  prisons  appartiendraient  obligatoirement  et 
conjointement  aux  évêques  et  aux  inquisiteurs;  que 
les  uns  n'agiraient  pas  sans  les  autres,  du  moins  passé 
le  délai  de  huit  jours  après  qu'ils  se  seraient  requis 
mutuellement  de  prêter  leur  concours,  enfin  que,  si 
l'un  d'eux  ne  désirait  pas  ou  ne  pouvait  pas  répondre  à 
l'invitation  de  l'autre,  il  aurait  le  loisir  soit  de  se  faire 
suppléer  par  un  tiers,  soit  d'adresser  par  écrit  son  avis 
et  son  approbation;  toutefois,  l'évêque  et  l'inquisiteur 
demeuraient  libres  de  citer  et  d'incarcérer,  sans  se 
consulter,  les  suspects  d'hérésie. 

Benoît  XI  avait  imprudemment  révoqué  la  bulle 
Super  cathedram  (Extravagantes  communes,  1.  III,  tit. 
VI,  c.  2),  par  laquelle  Boniface  VIII  avait  réglé  le  con- 
flit existant  entre  le  clergé  séculier  et  les  ordres  men- 
diants au  sujet  de  la  prédication,  de  l'administration 
des  sacrements  et  des  sépultures.  Les  privilèges  accor- 
dés aux  réguliers  n'avaient  eu  pour  résultat  que  d'exas- 
pérer la  querelle  entre  les  partenaires.  Clément  V,  sur 
les  vifs  désirs  exprimés  par  l'épiscopat,  abrogea  les 
prescriptions  de  Benoît  XI  et  remit  en  vigueur  la 
Constitution  Super  cathedram  (1.  III,  tit.  vu,  c.  2,  in 
Clem.). 

Les  Frères  Mineurs  se  déchiraient  entre  eux;  les 
conventuels  entendaient  pratiquer  une  pauvreté  miti- 
gée et  plus  conforme  aux  besoins  contemporains,  tan- 
dis que  les  spirituels  demeuraient  rigoristes  et  ver- 
saient parfois  dans  des  exagérations  regrettables.  Clé- 
ment V  jugea  expédient  de  soustraire  provisoirement 
ces  derniers  aux  persécutions  et  brimades  dont  ils 
étaient  l'objet,  en  les  exemptant  de  la  juridiction  du 
maître  général  de  l'ordre,  aussi  longtemps  que  durerait 
l'enquête  confiée  à  une  commission  cardinalice  (14  avr. 
1310).  Mécontents  de  la  décision  pontificale  et,  d'ail- 
leurs, fortement  attaqués  par  leurs  adversaires,  les 
conventuels  se  vengèrent  en  accusant  d'hérésie  Pierre- 
Jean  Olieu,  tenu  par  eux  pour  un  oracle.  .Vprès  avoir 
condamné  les  erreurs  relevées  dans  les  écrits  d'Olieu 
par  la  Constitution  Fidei  catholicae  fundamenta  (1.  I, 
tit.  I,  c.  un.,  in  Clem.),  le  pape  publia,  le  5  mai  1312,  le 
décret  Exivi  de  paradiso  (1.  V,  tit.  xi,  c.  1,  in  Clem.)  qui 
traçait  avec  précision  des  prescriptions  au  sujet  de 
l'application  de  la  règle  de  S.  François  d'Assise.  Peut- 
être  commit-il  une  imprudence  en  ne  permettant  pas 
aux  spirituels  de  former  une  congrégation  spéciale.  Il 
aima  mieux  user  d'expédients,  en  tançant  vertement 
leurs  persécuteurs,  en  les  déposant  même  de  leurs 
charges  et  en  obligeant  leur  supérieur  à  désigner  à  leur 
place  des  frères  plus  tolérants.  Les  spirituels  trouvè- 
rent asile  dans  les  couvents  de  Narbonne,  de  Béziers  et 


1119 


CLÉMENT  V 


1120 


de  Carcassonne;  quelques  insoumis  furent  frappés 
d'excommunication.  La  solution  bâtarde  adoptée  par 
le  S. -Siège  devait  rapidement  produire  de  fâcheux  ef- 
fets qui  déterminèrent  Jean  XXII  à  légiférer  sur  la 
pauvreté 

L'épiscopat  s'était  plaint  amèrement  des  empiéte- 
ments des  laïques  sur  la  juridiction  ecclésiastique.  Clé- 
ment V  se  tint  sur  la  réserve  et  comprit  que  le  moment 
n'était  pas  favorable  pour  entamer  une  lutte  contre  les 
excès  reprochés  aux  juges  civils.  L'affaire  des  Tem- 
pliers et  le  procès  de  Boniface  VIII  lui  donnaient  suf- 
fisamment de  soucis  pour  qu'il  ne  s'en  attirât  pas  de 
nouveaux. 

Les  mesures  prises  à  Vienne  portent  le  cachet  de 
Clément  V  :  elles  dénotent  en  lui  la  tendance  à  la  conci- 
liation, la  crainte  de  trancher  dans  le  vif  et  le  recours  à 
des  expédients. 

Parmi  ses  contemporains  les  Italiens  lui  ont  fait  un 
grief  d'avoir  mis  en  minorité  les  éléments  italiens  par 
la  création,  le  15  déc.  1305,  de  neuf  cardinaux  fran- 
çais. Les  promotions  de  déc.  1310  et  de  déc.  1312  ac- 
crurent bien  davantage  la  prépondérance  des  citra- 
montains  dans  le  Sacré-Collège. 

D'autres  contemporains  ont  censuré  la  cupidité  du 
pape.  L'un  va  jusqu'à  dire  :  «  Tu  n'as  amie  fors  la  pé- 
cune  »  (H.  L.  Fr.,  xxvii,  380;  cf.  G.  Villani,  op.  cit., 
1.  IX,  c.  Lix).  Le  juriste  Pierre  Jacme  écrit  :  «  Notre  sei- 
gneur le  pape  s'amasse  un  trésor  et  travaille  à  l'exalta- 
tion de  sa  famille;  mais  il  se  soucie  fort  i)eu  des  abus  à 
redresser  »  {H.  L.  Fr.,  xxxvi,  509).  Un  chroniqueur  lui 
reproche  de  ne  songer  qu'à  «  grossir  son  or  de  n'im- 
porte quelle  façon,  afin  d'enrichir  les  siens  »  (O.  Hol- 
der-Egger,  Der  Schlussteil  von  Ricobalds  von  Ferrara 
Hist.  Romana,  dans  Neues  Archiv,  1911,  p.  458).  Il  est 
certain  que  Clément  V  imposa  de  lourdes  charges  au 
clergé  de  France,  en  percevant  les  droits  de  gîte  au 
cours  de  ses  déplacements.  Geoffroy  de  Paris  (H.  L.  Fr., 
xxii,  115)  a  résumé  crûment  la  situation  : 

Il  n'i  ot  ville  ne  cité 

De  quoi  le  pape  eust  pitié 

N'abeie  ne  prioré 

Qui  tost  ne  feust  dévoré. 

D'autre  part  le  paiement  de  l'annate  fut  exigé  en 
certaines  contrées,  en  particulier  en  Angleterre,  en 
Écosse  et  en  Irlande,  et  la  levée  d'une  décime  sexen- 
nale  destinée  aux  frais  d'une  croisade  greva  durement 
le  clergé.  Geofi'roy  de  Paris  s'est  fait  l'écho  du  mécon- 
tentement général.  A  l'occasion  du  concile  de  Vienne, 
où  fut  promulgué  l'impôt,  il  manifeste  son  sentiment 
(lac.  cit.,  133)  : 

Je  croy,  la  cause  du  concile 
Fu  pour  atraire  crois  et  pille. 

Les  contemporains  ont  été  en  partie  injustes  à 
l'égard  du  pape.  La  croisade  ne  pouvait  s'organiser 
sans  subsides.  Le  1"''  févr.  1306,  le  trésor  pontifical  se 
trouvait  vide  et  les  banquiers  refusaient  des  prêts, 
n'ayant  pas  confiance  dans  la  solidité  des  finances  du 
S. -Siège;  c'est  i)ourquoi  la  perception  des  annales 
s'imposa  (J.  P.  Kirsch,  Die  Annalenbulle  Klemens  V. 
fûr  England,  Schottland  and  Irland  vom  1.  Febr.  1306, 
dans  Rômi.-iche  Quartatschrift,  xxvii,  1913,  p.  202-207). 

Cependant  les  fonds  amassés  eussent  pu  trouver  un 
meilleur  emploi  que  des  avances  aux  rois  de  France  et 
d'Angleterre  (320  000  florins).  Si  Clément  mena  une 
vie  fort  simple  —  comme  l'attestent  ses  livres  de 
comptes  —  il  exagéra  l'enrichissement  des  siens.  Que 
dire  du  testament  du  29  juin  1312  et  du  codicille  du 
9  avr.  1314  par  lesquels  il  léguait  314  800  florins  à  ses 
familiers  et  à  ses  parents,  et  300  000  à  son  neveu  Ber- 
trand, vicomte  de  Lomagne,  avec,  il  est  vrai,  cette 
condition  de  subvenir  aux  frais  d'une  croisade!  (F. 
Erhle,  Der  Nachtass  Clernens  V.  und  der  in  Detrejf  des- 


selben  von  .Johann  XXII.  gejûtirlc  Prozess,  dans  Ar- 
chiv fûr  Literatur-und  Kirchengeschichte,  v,  1889,  p.  15- 
26.)  Ne  laissant  que  70  000  florins  à  son  successeur,  il 
compromettait  gravement  l'avenir  et  contraignait 
Jean  XXII  à  pressurer,  à  son  tour,  la  catholicité. 

Le  népotisme  guida  trop  les  préoccupations  du  Sou- 
verain pontife.  Dès  juill.  1305  commence  une  réparti- 
tion généreuse  de  bénéfices  à  ses  neveux,  alliés  ou  pa- 
rents. Cinq  membres  de  sa  famille  reçoivent  la  pourpre 
cardinalice.  D'autres  obtiennent  des  sièges  épiscopaux 
rapportant  de  gros  revenus.  Les  laïcs  participent  aux 
bonnes  grâces  du  pape.  Pourvus  de  rectorats  ou  de 
charges  importantes  dans  les  États  de  l'Église,  ils  ne 
résident  pas  et  se  contentent  de  toucher  les  émolu- 
ments de  fonctions  lucratives  qu'exercent,  en  leur 
absence,  des  suppléants  qui  grugent  les  populations. 
A  la  Cour  romaine  que  d'abus  occasionnés  par  un  man- 
que de  surveillance!  Portiers  et  chambriers  ne  permet- 
tent l'accès  auprès  du  Souverain  pontife  que  moyen- 
nant finances;  du  moins,  c'est  ce  que  prétendent  les 
correspondants  du  roi  d'Aragon.  Porte-voix  de  l'opi- 
nion publique,  le  cardinal  Napoléon  Orsini  accusera 
Clément  d'avoir  livré  les  biens  d'Église  au  pillage  (É. 
Baluze,  op.  cit.,  m,  239). 

G.  Villani  (op.  cit.,  1.  IX,  c.  lviii)  a  attaqué  sa  mo- 
ralité :  «  Il  fut,  dit-il,  luxurieux,  si  bien  qu'on  disait 
ouvertement  qu'il  avait  pour  amie  la  comtesse  de  Péri- 
gord,  très  belle  dame,  fille  du  comte  de  Foix.  f  La  ré- 
clusion, à  laquelle  la  maladie  le  contraignait,  a  pu  ac- 
créditer des  bruits  fâcheux  sur  la  conduite  du  pape, 
pour  peu  que  la  comtesse  ait  fréquenté  la  Cour  ponti- 
ficale. Les  ambassadeurs  du  roi  d'Aragon,  très  loqua- 
ces, ne  mentionnent  pourtant  pas  la  présence  de  Bru- 
nissende  à  la  Curie.  Si  elle  y  avait  séjourné  et  dominé 
Clément  V,  ils  n'eussent  sans  doute  pas  négligé  de  re- 
courir à  ses  bons  offices  dans  l'intérêt  de  leur  maître. 
Les  racontars  enregistrés  par  Villani  manquent  appa- 
remment de  vraisemblance,  car  on  sait  que  le  pape  ai- 
mait les  livres  de  piété,  comme  en  témoigne  l'inven- 
taire de  sa  bibliothèque  (F.  Ehrle,  lac.  cit.,  80).  Au 
reste,  le  chroniqueur  florentin  verse  dans  la  crédulité, 
quand  il  rapporte  (op.  cit.,  1.  IX,  c.  lviii)  la  prétendue 
consultation  d'un  nécromancisn  par  le  pape,  inquiet 
du  sort  d'un  de  ses  neveux  qui  était  mort  cardinal  : 
l'augure  aurait  député  aux  enfers  un  quidam  qui  vit  le 
défunt  logé  dans  un  ])alais,  mais  couché  sur  un  lit  de 
feu;  un  autre  palais  était  en  voie  de  construction  et, 
d'après  les  démons,  devait  servir  de  demeure  à  Clé- 
ment lui-même. 

L.  Guérard,  La  succession  de  Clément  V  et  le  procès  de 
Bertrand  de  Got,  vicomte  de  Lomagne  (1318-21),  dans  Revue 
de  Gascogne,  xxxii,  1891,  p.  5-20  (rectifications  et  additions 
à  l'art,  cité  de  F.  Ehrle).  —  H.  Hoberg,  Die  Inventare  des 
papstliclien  Scliatzes  in  Avignon  (1314-76),  Cité  du  Vatican, 
1944,  p.  1-38.  —  H.  Hôrniclie,  Die  Deselzung  der  deutschen 
Bistiimer  wdhrend  des  Pontifikats  Klemens  V.,  Berlin,  1919. 
—  W.  E.  Lunt,  Tlie  first  levy  of  papal  annales,  dans  American 
hislorical  Review,  xviii,  1912,  p.  48-64  (publication  d'une 
bulle  du  1"'  févr.  1306).  —  Y.  Renouard,  Les  relations  des 
papes  d'Avignon  et  des  compagnies  commerciales  et  bancaires 
de  1316  à  1378,  Paris,  1941. 

V.  La  politique  de  Clément  V.  —  Les  affaires  po- 
litiques du  temps  créèrent  xles  obligations  à  Clé- 
ment V  ;  nous  examinerons  les  diverses  façons  dont  il 
s'en  acquitta  vis-à-vis  de  l'Angleterre,  de  l'Empire,  de 
la  Hongrie,  de  l'Italie,  de  l' Aragon,  de  l'Orient,  de  la 
France. 

1°  Rapports  avec  l' Angleterre.  —  Connaissant  par- 
faitement les  raisons  du  conflit  anglo-français  qui  dé- 
coulait du  traité  signé  à  Paris  en  1259  par  S.  Louis  et 
qui  reposait  tout  entier  sur  la  question  de  la  vassalité 
du  duc  d'Aquitaine,  Clément  V  agit  avec  une  certaine 
désinvolture,  en  archevêque  de  Bordeaux,  «  mais  re- 
vêtu de  pouvoirs  suprêmes  ».  Il  intervint  dans  les 


I  12  I 


CLÉMENT  \ 


1  122 


conflits  locaux,  (juancl  liien  même  ils  n'intéressaient 
pas  la  Juridiction  ecclésiastique.  Au  lieu  de  s'adresser 
au  roi  d'Angleterre,  il  entra  directement  en  relations 
avec  le  sénéchal  de  Gascogne,  l.e  S. -Père  se  rendit  par- 
faitement compte  de  son  impuissance  à  imposer  une 
solution  au  conflit  franco-anglais  et  recommanda  sim- 
plement l'observation  du  traité  de  Paris.  A  son  senti- 
ment, les  rois  d'Angleterre  et  de  France  ne  pouvaient 
donner  ni  la  sécurité,  ni  la  paix  à  la  Gascogne;  c'est 
pourquoi  le  pape  se  défia  d'eux  également  et  afficha 
de  l'indépendance  à  leur  égard  (Y.  Renouard,  Les 
papes  et  le  conflit  anglo-français  en  Aquitaine,  de  1259 
à  1337,  dans  Mél.  d'archcol.  cl  d'hist.,  li,  1934,  p.  258- 
92). 

Entre  Clément  et  Edouard  I*^"^  l'accord  régna  et 
profita  au  roi,  qui  fut  délié,  le  29  déc.  1305,  des  conces- 
sions accordées  à  ses  sujets  touchant  certains  droits 
forestiers  et  des  prérogatives  royales,  et  qui  fut  débar- 
rassé du  primat  Winchelsey,  coupable  d'opposition  à 
son  autorité.  En  août  1306,  Edouard  reçut  l'autorisa- 
tion de  lever  une  décime  sur  son  clergé.  I^'aide  pré- 
cieuse que  lui  fournit  le  S. -Siège  exasjjéra  l'opinion  an- 
glaise :  un  long  et  acrimonieux  réquisitoire  contre  son 
ingérence  dans  les  affaires  anglaises  fut  lu  au  parle- 
ment de  Carliste  (janv.  1307).  Le  roi  sut  louvoyer  pour 
calmer  l'agitation  de  la  noblesse. 

Des  heurts  se  produisirent  entre  le  pai)e  et 
Edouard  II  à  propos  de  l'exercice  du  droit  de  réserve. 
Une  ordonnance  du  S  nov.  1307  prohiba  l'entrée  eu 
Angleterre  de  bulles  lésant  les  droits  de  la  Couronne. 
Un  nonce  vint  présenter  au  prince  une  longue  série  de 
griefs  auxquels  s'associa  le  clergé  anglais.  Edouard 
s'excusa  pour  la  forme.  Le  mécontentement  qu'exi)ri- 
maient  ses  barons  à  cause  de  la  faveur  accordée  à 
Pierre  de  CJabaston  l'inclina  à  ne  |)as  s'aliéner  le  ))ape. 
Bien  lui  advint,  car  lorsque  la  guerre  civile  éclata  à 
cause  du  favori.  Clément  dépêcha  en  Angleterre  son 
vice-chancelier  et  son  camérier  afin  d'apaiser  les 
troubles  (1312).  Cette  habile  conduite  lui  profita  gran- 
dement; il  put  sans  difficulté  percevoir  les  annales  et 
pourvoir  aux  bénéfices  ecclésiastiques  sis  en  .\ngle- 
terre,  même  au  profit  d'étrangers. 

G.  MoIIat,  La  collation  des  bénéfices  ecclésiastiques  sous 
les  papes  d'Avignon  (1305-78),  Paris,  1921,  p.  228-49.  —  Th. 
Rymer,  Foedera,  convenliones,  litterae  et  cujuscumque  generis 
acta  publica  inler  reges  Angliae  et  alios  quosvis  imperatores, 
reges,  pontifices,  principes  vel  communitates,  Londres,  1816- 
20,  II,  part.  L  II. —  J.  Haller,  Papsttum  und  Kirchenreform, 
I,  Berlin,  1903,  p.  375-441.  — -  O.  Sayles,  The  partiament  of 
Carlisle  (1307).  Some  new  documents,  dans  English  tiistorical 
Revietv,  Lin,  1938,  p.  42.Ï-37.  —  Chr.  Marlowc,  Edward  II, 
Londres,  1933.  —  IL  G.  Richardson,  Clément  V  and  tlie 
See  of  Canterbury,  dans  English  historical  Review,  i.vi,  1941, 
p.  97-103. 

2"  Henri  VII  el  l'expédition  d' Italie.  —  Après  l'assas- 
sinat d'Albert  de  Habsbourg  (1<"  mai  130<S),  le  roi  de 
France  intrigua  près  des  princes  électeurs  pour  assurer 
la  dignité  impériale  à  son  frère  Charles  de  Valois. 
L'appui  du  S. -Siège  lui  importait  au  premier  chef; 
c'est  pourquoi  il  le  .sollicita  dans  l'entrevue  qui  eut  lieu 
à  Poitiers.  La  conduite  de  Clément  \'  fut  très  spé- 
cieuse. Il  ne  se  souciait  pas  d'accroître  la  puissance  de 
Philippe  le  Bel  qui  devenait  troji  lourde  pour  lui- 
même  et  il  songeait  plutôt  à  lui  opposer  un  empereur. 
Suivant  ses  méthodes  coutumières,  le  pape  louvoya. 
De  peur  de  s'attirer  les  foudres  du  roi,  il  consentit  à 
faire  une  démarche  officielle  près  des  électeurs,  mais  il 
évita  soigneusement  de  se  compromettre,  ne  montra 
pas  ses  préférences  et  se  borna  à  recommander  le  choix 
d'un  personnage  dévoué  à  l'Église  et  capable  d'entre- 
prendre la  croisade,  sans  nommer  qui  que  ce  fût  (juin 
1308).  Le  cardinal  Raiirond  de  Got,  son  parent, 
n'imita  pas  sa  réserve  et  recommanda  délibérément  la 
candidature  de  Charles  de  ^'alois  à  l'archevêque  de  Co- 

nir.T.  n'msT.  f.t  t>k  gi^ogr.  kcolés. 


lognc  (É.  Baluze,  op.  cil.,  m,  97).  .Agit-il  d'après  les 
ordres  de  Clément,  sur  lequel  Philippe  avait  fait  pres- 
,  sion,  ou  de  son  propre  chef?  Contrairement  à  l'opi- 
I  nion  émise  par  \N  enck  (op.  cit.,  106)  et  adoptée  par  Li- 
:  zerand  {Clément  V  et  Pliilippe  IV  le  Bel,  174-75),  E. 
Stengel  (Auignon  und  Rlicns.  Forschungcn  zur  Ge- 
scliichle  des  Kampfcs  um  dus  Recld  am  Rcicli  in  der  ersten 
Hàlfle  des  XIV.  Jahrh.,  13-15)  a  cru  que  la  première  hy- 
pothèse était  la  plus  ])lausible,  sous  jirétexte  que  l'ini- 
tiative ])rise  par  le  cardinal  n'eût  représenté  qu'un 
«  sabotage  »  de  la  politique  pontificale.  Les  arguments 
invoqués  par  Stengel  n'apparaissent  pas  péremptoires. 
Les  Acta  Aragonensia,  publiés  par  H.  Finke,  démon- 
trent abondamment  que  les  cardinaux  poursuivaient 
parfois  une  politique  dilTérente  de  celle  du  pape  ré- 
gnant et  favorable  aux  princes  dont  ils  recevaient  des 
I  faveurs.  Il  vaut  mieux  avouer  notre  ignorance.  En  oct. 
1308,  Clément  V  intervint  positivement  près  des  élec- 
teurs pour  leur   recommander  la   candidature  de 
Charles  de  Valois,  mais  à  ce  moment  il  la  savait  gra- 
vement compromise.  Il  mit,  d'ailleurs,  une  certaine 
hâte  à  confirmer  l'élection  d'Henri  de  Luxembourg 
I  (26  juin.  1309)  et  fixa  la  cérémonie  du  couronnement  à 
I  S. -Pierre  de  Rome,  à  la  date  du  2  févr.  1312.  Lui-même 
oinilrait  de  ses  propres  mains  le  roi  des  Romains. 
L'empressement  du  pape  causa  un  fort  dépit  à  Phi- 
lippe le  Bel,  qui  l'exprima  en  termes  amers  (Regestum 
démentis  papac  V,  n.  4302:  l'î.  Baluze,  op.  cit..  iir, 
:  216-26). 

l'ne  piété  réelle  non  moins  que  le  souci  de  ses  inté- 
rêts matériels  poussaient  Henri  VII  à  se  montrer  plein 
de  déférence  et  de  soumission  à  l'égard  de  l'Église  ro- 
maine, sans  l'appui  de  laquelle  ses  entreprises  eussent 
I  été  vouées  à  l'échec.  Clément,  tout  le  premier,  recon- 
j  nut  ses  excellentes  dispositions  d'âme  et  apprécia  son 
j  intention  de  jiarticiper  à  la  croisade.  Sur  le  terrain  poli- 
j  tique  il  y  avait  désaccord.  Le  pape  entendait  disposer 
I  de  l'Italie  à  sou  gré.  Récemment  n'avait-il  pas  été 
question  d'accorder  Pise  en  fief  au  roi  Jayme  II  d'Ara- 
gon 1  Une  expédition  romaine  risquait  de  bouleverser 
la  péninsule.  Sans  doute  Clément  V  avait  invité  les 
Italiens  à  accueillir  amicalement  un  prince  qui  ne 
nourrissait  que  le  désir  de  jouer  un  rôle  jjacificateur 
(!'='■  sept.  1310),  mais  agissait-il  avec  sincérité?  Une 
bulle  du  19  août  1310  avait  concédé  au  roi  Robert  de 
Naples  le  rectorat  de  la  Romagne,  comme  si  l'on  i)ou- 
vait  craindre  le  retour  de  cette  riche  province  à  l'Em- 
pire. La  défiance  du  S. -Père  apparaissait  dans  les  ser- 
ments imi)osés  au  roi  des  Romains  d'abord  à  Hague- 
nau,  puis  plus  perceptiblement  à  Lausanne  (11  oct. 
1310);  Henri  avait  prêté  fidélité  à  l'Église,  confirmé 
tous  les  privilèges  concédés  à  celle-ci  par  ses  prédéces- 
seurs, garanti  l'intégrité  des  États  pontificaux  et  pro- 
mis de  n'y  exercer  aucun  acte  de  juridiction.  La  pré- 
sence de  légats  dans  l'armée  allemande  inspirait-elle 
confiance  ou  n'était-ce  qu'un  i)rétexte  pour  surveiller 
les  actes  du  souverain  plus  enicacement?  Henri,  plus 
tard,  se  plaindra  du  cardinal  .Arnaud  de  l'augères  et 
j  sollicitera  son  rappel. 

!  Dans  la  réalité,  malgré  ses  meilleures  intentions, 
1  l'entrée  de  l'empereur  en  Italie  réveilla  aussitôt  la 
haine  des  factions  gibelines  et  guelfes  qui  désolaient  le 
Iiays.  La  guerre  sévit.  Les  pires  déboires  survinrent  à 
Rome.  Quand  Henri  y  pénétra,  les  troui)es  napoli- 
taines lui  interdirent  l'entrée  du  Borgo  et  l'accès  à  la 
basilique  S. -Pierre,  oi^i  obligatoirement  les  trois  cardi- 
I  naux  délégués  devaient  procéder  a'u  couronnement 
impérial.  Il  fallut  conquérir  le  terrain  pied  à  pied  et, 
l'opération  reconnue  impossible,  sommer  les  légats  de 
célébrer  le  sacre  au  Latran  (29  juin  1312). 

Des  instructions  parvenues  de  la  Cour  pontificale  et 
communiquées  par  les  consécrateurs  enlevèrent  ses  der- 
nières illusions  à  Henri  VIL  Le  pape  exigeait  la  conclu- 

H.  —  XII.  -  36  - 


1123 


CLÉMENT  V 


1124 


sion  d'un  armistice  avec  Robert  de  Naples  et  la  pro-  ' 
messe  de  ne  point  prendre  les  armes  contre  lui.  D'au- 
tres conditions  parurent  inadmissibles  à  Henri  VII, 
entre  autres  celle  de  i)rèter  serment  de  fidélité.  Il  pro- 
testa de  son  indépendance  vis-à-vis  du  pouvoir  de 
l'Église;  bien  plus,  il  déclara  le  roi  Robert  coupable  de 
lèse-majesté  et  déchu  de  sa  couronne  (26  avr.  1313). 
Une  ligue  fut  conclue  avec  Gênes,  Pise,  le  roi  de  Tri- 
nacrie  et  les  gibelins  d'Italie,  dans  le  but  d'envahir  le 
royaume  de  Naples. 

Clément  V  avait  le  devoir  de  secourir  le  vassal  de 
l'Église  :  une  bulle  du  12  juin  1313  promulgua  l'ex- 
communication contre  quiconque  attaquerait  le  roi 
Robert.  Henri  VII  n'en  continua  pas  moins  à  réunir 
une  flotte  nombreuse  afin  d'investir  Naples.  Sa  mort 
inopinée  (24  août  1313)  favorisa  les  vues  du  S. -Père. 
La  décrétale  Romani  principes  (1.  II,  tit.  ix,  in  Clem.) 
proclama  que  les  serments  prêtés  par  le  défunt  tant 
avant  qu'après  son  couronnement  avaient  le  caractère 
de  fidélité,  et  la  Constitution  Pastoralis  cura  (1.  II,  tit. 
XI,  c.  2,  in  Clem.)  que  Robert  de  Naples  n'était  pas  jus- 
ticiable de  l'empereur,  vu  qu'il  n'habitait  pas  l'Empire 
et  dépendait  de  l'Église.  Durant  l'interrègne,  le  pape 
administrerait  l'Empire,  en  vertu  de  la  suprématie 
qu'il  possédait  sur  lui.  Conformément  aux  doctrines 
professées  par  Clément  V,  Robert  de  Naples  fut 
nommé  vicaire  en  Italie  le  14  mars  1314  (Regestiim 
démentis  papae  V,  n.  10321). 

Sources.  —  Les  documents  concernant  les  relations  de 
Clément  V  et  d'Henri  VII  ont  été  réunis  par  J.  Schwalm, 
Constitutiones  et  acla  publica...,  iv,  2  part.,  dans  M.  G.  H., 
sect.  IV,  Leges,  Hanovre,  1906-11.  —  Les  Regesta  Imperii, 
VI,  Innsbruck,  1933,  rédigés  par  V.  Samanek,  sont  utiles  à 
consulter.  —  Une  relation  de  l'expédition  romaine  a  été 
écrite  par  Nicolas  de  Ligny,  évéque  de  Butrinto;  v.  l'édition 
insérée  dans  É.  Baluze,  op.  cit.,  m,  Paris,  1921,  p.  491-561. 

Travaux.  —  Fr.  Schneider,  Kaiser  Ileinrich  VII.,  Leip- 
zig, 1928.  —  H.  H.  Feine,  Die  Approbation  der  Luxembur- 
gisclien  Kaiser  in  ifiren  Reclitstormen  an  der  Kurie,  dans 
Zeitsclir.  der  Savigny-Stiftung  fiir  Recfttsgeschiciite,  Kan. 
Abt.,  LViii,  1938,  p.  364-97.  —  M.  Thilo,  Das  Recht  der 
Entscheidung  ùber  Krieg  und  Frieden  ini  Streite  Kaiser 
Heinrichs  VII.  mit  der  romischen  Kurie,  Berlin,  1938.  — 
A.  Cutolo,  Arrigo  VII  e  Roberto  d'Angio,  dans  Archivio 
storico  per  le  prouincie  napoletane,  xviii,  1932,  p.  5-30,  31- 
155.  —  R.  Davidsohn,  Geschictite  von  Florenz,  m,  Berlin, 
1912.  —  R.  Caggese,  Roberto  d'Angio  e  suoi  tempi,  i,  Flo- 
rence, 1922.  —  A.  Hauck,  Kirchengeschichte  Deutschlands, 
v,  Berlin,  1911-20. 

3°  Clément  V  et  la  Hongrie.  —  Dans  les  premières  an- 
nées du  pontificat,  plusieurs  concurrents  briguaient  la 
couronne  et  occasionnaient  des  dissensions  regretta- 
bles et  pernicieuses  au  pays.  Le  pape  jeta  son  choix  sur 
Charobert  et  i)our  l'imposer  s'en  remit  au  cardinal 
Gentile  da  Wontefiore.  Le  légat  partit  le  19  oct.  1307  et 
sacra  roi  le  candidat  pontifical,  à  Bude,  le  15  juin  1309. 

Monumenta  Vaticana  Hungariae,  ii,  Acta  legationis 
cardinalis  Gentilis  (1307-11),  Budapest,  1885.  —  E.  Horn, 
La  mission  diplomatique  d'un  franciscain,  dans  Éludes 
franciscaines,  xxxvii,  1925,  p.  405-18  (exposé  sans  préten- 
tion scientifique).  —  É.  Baluze,  op.  cit.,  ii,  40-42.  —  A.  de 
Regibus,  Le  contese  degli  Angioini  di  Napoli  per  il  trono  di 
Vngheria  (1290-1310),  dans  Rivista  di  storia  del  diritto 
italiario,  1934,  p.  38-85,  264-305. 

4"  Le  S. -Siège  et  l'Italie.  —  En  Toscane,  le  parti 
guelfe  s'étant  scindé  en  deux  fractions  rivales  —  les 
blancs  qui  se  compromettaient  avec  les  gibelins,  et  les 
noirs  qui  jiratiquaient  le  pur  guelflsme  —  Clément  V 
tenta,  sur  le  conseil  du  cardinal  Napoléon  Orsini,  de  ré- 
concilier ces  frères  ennemis.  Il  délégua  Guillaume  Du- 
rant le  jeune,  évêque  de  Mende,  et  Pelfort  de  Rabas- 
tens,  abbé  de  Lonibez,  en  Toscane,  dans  la  Marche 
d'Ancône,  dans  le  duché  de  Spolète,  en  Romagne,  à 
Pérouse,  ii  Todi...,  avec  mission  de  pacifier  ces  diverses 
contrées.  Les  rapports  adressés  au  pape  par  les  deux  | 


'  nonces  —  ils  partirent  le  23  août  1305  et  quittèrent 
>  l'Italie  vers  Pâques  de  l'année  suivante  révèlent 
leur  impuissance  totale  à  apaiser  les  troubles.  Pro- 
clamaient-ils des  trêves,  personne  ne  les  observait. 
Florence  même  et  Lucques  se  refusaient  à  cesser  le 
siège  de  Pistoie,  refuge  des  blancs.  Constatant  l'inca- 
pacité des  nonces  à  faire  respecter  ses  ordres.  Clé- 
ment V  leur  substitua  Napoléon  Orsini.  Le  choix  de  ce 
personnage,  connu  pour  ses  sympathies  gibelines,  était 
peu  heureux.  Les  Florentins  lui  interdirent  l'entrée  de 
leur  ville  et  ne  levèrent  pas  le  siège  de  Pistoie.  Ils  ma- 
nifestèrent leur  étonnement  que,  contrairement  à  une 
longue  tradition,  l'Église  ne  soutînt  pas  leur  cause.  A 
Bologne,  le  légat  ne  tarda  pas  à  se  rendre  odieux  —  le 
22  mai  1306,  la  foule  se  répand  dans  les  rues  et  pousse 
des  cris  séditieux  :  «  Mort  au  cardinal!  mettons  le  feu  à 
sa  maison.  »  On  lui  reprochait  ses  liaisons  avec  les 
blancs  et  les  comtes  de  Panico.  Réfugié  à  Imola,  Or- 
sini cita  les  officiers  de  la  ville  à  venir  justifier  leur 
conduite  et,  après  avoir  constaté  leur  absence,  pro- 
nonça l'excommunication.  Les  Florentins  et  les  Bolo- 
nais ne  laissèrent  point  tranquille  le  légat  et,  par  leurs 
menées,  l'obligèrent  à  gagner  Arezzo  où  il  échoua 
encore. 

Les  mémoires  rédigés  par  Guillaume  Durant  et  Pelfort  de 
Rabastens,  des  lettres  et  divers  actes  relatifs  à  leur  mission 
ont  été  publiés  par  R.  Davidsohn,  Forschungen  zur  Ge- 
schichte  von  Florenz,  ni,  Berlin,  1901,  p.  287-321;  E.  Gôller, 
Zur  Geschichte  der  italienischen  Légation  Durantis  des 
Jiingeren  von  Mende,  dans  Rômische  Quartalschrift,  xix, 
1905,  p.  14-24;  Schûtte,  Vatikanische  Aklenstiicke  zur 
italienischen  Légation  des  Duranti  und  Pilefort,  dans  Bei- 
tràge  zum  Osterprogramm  1909  des  kônigl.  kathol.  Gymna- 
siums  zu  Leobschiitz.  —  ,\.  Veronesi,  La  legazione  del  cardi- 
nale Napoleone  Orsini  in  Bologna  nel  1306,  dans  Atti  e 
memorie  delta  Reale  deputazione  di  storia  patria  per  le  pro- 
vincie  di  Romagna,  III«  série,  xxvii,  1910,  p.  79-133.  —  V. 
Vitale,  //  dominio  delta  parte  guelfa  in  Bologna  (  1280-1327 ), 
Bologne,  1901,  p.  103-05.  —  J.  Huyskens,  Kardinal  Napo- 
léon Orsini,  Marburg,  1903.  —  R.  Predelli,  /  Zifcri  commemo- 
riale  delta  repubblica  di  Venezia,  Regesti,  i,  Venise,  1876-96, 
p.  278-99  (récit  du  cardinal  Orsini  envoyé  au  doge). 

Si  Clément  V  avait  paru  adopter  en  Toscane  une 
politique  gibeline,  c'est  qu'il  craignait  les  visées  des 
marquis  d'Esté  sur  Bologne.  Jugeant  les  noirs  inca- 
pables de  les  combattre  victorieusement,  il  s'était  allié 
occasionnellement  avec  les  blancs,  plus  puissants  que 
leurs  adversaires.  De  même,  il  appréhenda  les  projets 
trop  ambitieux  des  Florentins. 

Au  sujet  de  Ferrare,  le  pape  déploya  une  rare  éner- 
gie. A  la  suite  de  la  mort  d'Azzo  d'Esté  (31  janv.  1308), 
ses  frères  Aldevrandino  et  Francesco  disputèrent  son 
héritage  à  leur  neveu  naturel  Fresco.  Une  guerre  s'en- 
suivit entre  les  rivaux  et  tourna  à  l'avantage  du  jeune 
homme.  Le  marquis  Francesco  se  plaignit  au  S. -Siège. 
Clément  V  n'ignorait  pas  que  Fresco  n'avait  triomphé 
que  grâce  aux  secours  envoyés  par  les  Vénitiens.  Il  y 
avait  danger  à  perdre  le  Ferrarais  où,  pour  prix  de  son 
intervention,  la  République  réclamait  déjà  une  ces- 
sion de  territoire.  Le  pape  envoya  en  Haute-Italie 
deux  nonces,  chargés  d'une  part  de  se  faire  livrer  Fer- 
rare  par  Fresco  et,  de  l'autre,  d'obtenir  le  retrait  de  la 
garnison  que  Venise  y  entretenait.  N'ayant  point  été 
écoutés,  les  deux  envoyés  constituèrent  une  armée  qui 
rentra  par  surprise  à  Ferrare  (5  oct.  1308).  Le  succès 
remporté  fut  vite  compromis  :  les  \'énitiens,  auxquels 
Fresco  avait  abandonné  tous  ses  droits,  harcelèrent 
I  tellement  les  troupes  de  l'Église  que  celles-ci  capitu- 
lèrent (déc.  1308). 

Clément  V  désavoua  la  capitulation,  excommunia 
les  Vénitiens  et  ordonna  de  prêcher  la  croisade  contre 
eux.  Le  cardinal  .\rnaud  de  Pellegrue  réussit  à  rentrer 
dans  P'errare  (27-28  août  1309),  après  le  massacre  des 
I  N'énitiens. 


m 


1125 


CLÉMENT  V 


I  12() 


Loin  rl'implorcr  son  pardon,  la  Fiépubliquo  conti- 
nua la  guerre.  De  nouvelles  sanctions  prises  par  le  S.- 
Siège  ne  tardèrent  pas  à  ruiner  son  commerce.  La  paix 
se  signa  en  L313  et  replaça  Ferrare  sous  la  tutelle  de 
l'Église.  Il  ne  restait  plus  qu'à  bien  gouverner  une 
cité  turbulente,  inconstante  et  toujours  prête  à  la  sédi- 
tion. Le  vicomte  de  Bruniquel,  nommé  vicaire  général 
le  10  mai  1310,  se  fit  détester.  Le  meurtre  de  Fran- 
cesco  d'Esté  (24  août  1312)  acheva  d'exaspérer  la  po- 
pulation. Clément  V  préféra  céder  le  vicariat  au  roi 
Robert  de  Naples.  Son  initiative  ne  porta  pas  de  fruit, 
et  les  otliciers  napolitains  soulevèrent  l'aversion  contre 
eux;  en  1317  ils  seront  chassés  et  les  marquis  d'Esté 
rappelés. 

B.  Fontana,  Documenti  vaticani  di  un  plébiscita  in  Ferrara 
nel  principio  del  secolo  XIV  e  deW  idea  deW  indipendenza  ita- 
liana  nelle  mente  dei  romani  pontifici,  Ferrare,  1887  (texte 
du  serment  de  fidélité  prêté  par  les  Ferrarais  à  Clément  V 
en  1310).  —  R.  Predelll,  I  libri  commemoriali  délia  repiib- 
blica  di  Venezia,  Reyesti,  Venise,  1876-96.  —  G.  Soranzo, 
La  guerra  fra  Venezia  e  la  Santa  Sede  per  il  dominio  di 
Ferrara  (1308-13),  Città  di  Castello,  1905.  —  A.  F.itel, />er 
Kirchenstaat  unter  Klemens  V.,  Leipzig,  1907. 

Les  parents  ou  alliés  de  Clément  V,  comme  Ray- 
mond Athon  d'Aspet,  Bertrand  de  Got,  Arnaud  Ber- 
nard de  Pressac  et  Bertrand  de  Savignac,  préposés 
aux  rectorats  de  la  Romagne,  de  la  Marche  d' An- 
cône,  de  Massa  Trabaria,  de  Città  di  Castello  et  d'Ur- 
bino,  de  la  Campanie  et  de  Spolète,  ou  ne  résidèrent 
pas  ou  exercèrent  peu  habilement  leurs  charges.  Leur 
qualité  d'étrangers  leur  aliéna  la  sympathie  publique. 
Raymond  Athon  d'Aspet  périt  tragiquement  aux  en- 
virons de  Modène.  L'escorte  bolonaise,  qui  l'accom- 
pagnait pour  effectuer  le  transfert  d'une  somme  im- 
portante de  florins,  fut  exterminée;  les  agresseurs  lui 
firent  subir  à  lui-même  un  cruel  supplice  :  après  lui 
avoir  tranché  la  tête,  des  Modénols  traînèrent  dans  les 
rues  de  leur  cité  son  cadavre  attaché  à  la  queue  d'un 
roussin  (É.  Baluze,  op.  cit.,  ii,  93,  100). 

Dans  le  Patrimoine  de  S. -Pierre  l'absence  de  la 
papauté  eut  des  répercussions  désastreuses.  Des 
tyrans,  grands  ou  petits,  cherchèrent  à  se  tailler  des 
seigneuries  aux  dépens  de  l'État  pontifical.  Clément  V 
eut  le  tort  de  confier  les  fonctions  de  recteur  à.  des 
compatriotes  qui,  au  lieu  de  pacifier  le  pays,  ne  cher- 
chèrent qu'à  s'enrichir  et  à  exciter  contre  eux  la  haine 
publique.  Amanieu  d'Albret  reçut  des  pouvoirs  exor- 
bitants; autorisé  à  disposer  des  recettes,  il  fut  dis- 
pensé de  rendre  des  comptes!  Aussi  se  permit-il  de 
pressurer  ses  administrés.  Exaspérés,  ceux-ci  lui  firent 
opposition.  Afin  de  les  soumettre,  Amanieu  d'Albret 
imagina  de  recourir  aux  gibelins,  ce  qui  détermina  les 
guelfes  à  prendre  les  armes.  L'imprudent  recteur 
s'aperçut  trop  tard  de  la  méprise  qu'il  avait  commise 
et  réclama  son  rappel  en  1311.  Son  successeur,  Gailhard 
de  Faugères,  ne  se  rendit  pas  en  Italie  et  se  choisit 
pour  lieutenant  Bernard  de  Coucy,  qui  acheva,  par 
sa  politique  gibeline,  de  mettre  la  province  à  feu  et  à 
sang.  Forteresses  et  châteaux  que  possédait  l'Église  ne 
tardèrent  pas  à  tomber  entre  les  mains  de  tyrans 
locaux.  Par  malheur,  les  Romains  profitèrent  de 
l'anarchie  qui  régnait  partout  pour  arrondir  leurs 
domaines  au  détriment  du  S. -Siège  :  tour  à  tour  Tos- 
canella,  Amelia,  Vetralla  et  autres  localités  reconnu- 
rent leur  juridiction.  Clément  V  exigea,  en  vain,  la 
restitution  du  bien  de  l'Église  (27  janv.  1313).  Bref, 
à  sa  mort,  le  Patrimoine  se  trouva  en  proie  à  la  guerre 
civile  et  à  la  sédition. 

-M.  .\ntonelli,  Vna  relazione  del  vicario  del  Patrimonio  a 
Giovanni  XXII  in  Avignone,  dans  Archiuio  délia  reale 
Società  romana  di  .iloria  patria,  xvm,  189,5,  p.  447;  Una  ribel- 
lione  conlro  il  vicario  del  Patrimonio,  ibid.,  XX,  1897,  p.  178; 
Vicende  délia  dominazione  pontiftcia  nel  Patrimonio  di  San 
Pietro  in  Tuscia  dalla  traslaztone  délia  S.  Sede  alla  restau- 


razione  delV  Albornoz,  ibid.,  xxv,  190.3,  p.  .355-67;  Fstratti 
dei  registri  del  Patrimonio  del  secolo  Jirv,  ibid.,  xli,  1918, 
p.  59-85  (comptes  de  Pierre  (iuilhem  et  de  Bernard  de 
Coucy). 

5°  Relations  avec  ['Aragon.  —  A  lire  les  dépêches  des 
ambassadeurs  aragonais  accrédités  à  la  Cour  pontifi- 
cale. Clément  V  n'aurait  pas  tari  de  louanges  àl'adresse 
de  Jayme  II  et  n'aurait  parlé  de  lui  que  les  larmes  aux 
yeux.  Certes,  le  pape  entretint  les  meilleurs  rapports 
avec  le  souverain  :  il  lui  accorda  des  décimes  pour 
continuer  l'extermination  des  Sarrasins  qui  peuplaient 
encore  la  péninsule  Ibérique,  lui  assura  l'héritage  des 
templiers  au  profit  des  hospitaliers  et  usa  du  droit  de 
réserve  afin  que  le  clergé  lui  fût  entièrement  soumis. 
Mais  Clément  était  spécieux.  La  maison  d'Aragon 
cherchait,  au  xiv^  s.,  à  agrandir  sa  sphère  d'influence 
en  Italie.  Déjà  l'une  de  ses  branches  régnait,  depuis  les 
Vêpres  siciliennes  (1282),  sur  l'île  de  Trinacrie.  Jamais 
le  pape  ne  reconnut  la  spoliation  perpétrée  au  détri- 
ment des  Angevins,  ses  vassaux,  et  se  montra  cons- 
tamment hostile  à  Frédéric  IL  II  sut  gré  à  Jayme  II 
de  ne  point  le  seconder  dans  les  opérations  militaires 
décidées  contre  Robert  de  Naples,  d'un  commun 
accord  avec  Henri  VII.  Quand  des  négociations  s'ou- 
vrirent au  sujet  de  la  cession  de  Pise  à  Jayme  II,  le 
pape  eut  l'art  de  les  prolonger  outre  mesure  jusqu'à  ce 
qu'elles  devinssent  inutiles.  Il  ne  lui  concéda  même 
pas  la  faveur  instamment  réclamée  d'être  représenté 
par  un  Aragonais  dans  le  Sacré-Collège. 

J.  Vincke,  Der  Kampf  Jakobs  II.  und  Aljons  IV.  uoit 
Aragon  uni  einen  Landeskardinal,  dans  Zeitschr.  der  Savi- 
gny-Stiflung  fur  RechtsgeschicMe,  Kan.  Abt.,  xxi,  1932, 
p.  1-20.  —  H.  Finke,  Acta  Aragonensia,  Berlin,  1908-25, 
3  vol.  —  E.  Berger,  Jacques  II  d'Aragon,  le  S.-Siège  et  la 
France,  dans  Journal  des  savants,  1908,  p.  281-94,  348-59. 

6"  Clément  V  et  l'Orient.  —  Le  pape  songea-t-il 
sérieusement  à  organiser  une  croisade?  Quoique  son 
bullaire  abonde  en  prescriptions  à  ce  sujet,  M.  Lize- 
rand  (op.  cit.,  293-303)  a  penché  pour  la  négative  et 
traité  l'activité  pontificale  «  d'effort  littéraire  ».  Ses 
arguments  sont  loin  d'être  péremptoires,  tant  la  per- 
sonnalité du  pape  demeure  toujours  mystérieuse. 
Cependant  l'on  peut  relever  à  son  actif  plus  qu'un 
effort  littéraire.  En  1308,  il  confia  la  surveillance  de 
la  Méditerranée  orientale  aux  Hospitalievs,  qui  ar- 
mèrent effectivement  une  flotille  destinée  à  arrai- 
sonner les  navires  suspects  de  contrebande.  La  même 
année  il  ijrohiba  tout  commerce  avec  l'Égypte.  Grâce 
à  un  prêt  de  90  000  florins  avancés  par  le  pape.  Foul- 
ques de  Villaret  prépara  une  expédition  contre  l'île 
de  Rhodes  et  s'en  empara  le  15  août  1310.  Cet  exploit 
permit  aux  Hospitaliers  de  barrer  la  route  maritime 
d'Asie  Mineure  aux  bâtiments  de  guerre  ou  de  com- 
merce. 

Fr.  Heidelberger,  Kreuzzugsversucbe  um  die  Wende  des 
XIII.  Jahrh.,  Berlin,  1911,  p.  24-62. 

Auparavant  les  événements  survenus  à  Chypre 
créèrent  de  graves  soucis  à  Clément  V  :  à  la  suite  d'une 
révolution  de  palais  (26  avr.  1306),  Henri  II  de  Lusi- 
gnan  avait  été  renversé  du  pouvoir  et  Amaury,  prince 
de  Tyr,  auquel  les  conjurés  l'avaient  attribué,  avait 
sollicité  la  sanction  pontificale  à  la  dépossession  de 
son  frère.  Le  pape  mesura  l'étendue  du  danger  qui 
menaçait  la  chrétienté  dont  le  petit  royaume  consti- 
tuait un  des  derniers  remparts  contre  les  Turcs.  Sui- 
vant sa  méthode  favorite.  Clément  ne  se  pressa  point 
de  se  prononcer  et  chargea  Nicolas,  archevêque  de 
Thèbes,  et  un  de  ses  chapelains,  le  gascon  Raymond  de 
Piis,  de  porter  une  décision  (23  janv.  1308).  En  réa- 
lité Raymond  prit  seul  la  direction  des  affaires,  mais 
embarqué  tardivement  à  Marseille  il  n'aborda  que  le 
3  janv.  1310  à  Rhodes.  De  nouveaux  incidents  com- 


112  7 


I  r2s 


pliquèrenlsa  mission  :  Amaury  avait  déporté  Henri  II 
en  Arménie,  chez  son  beau-frère  Oschin.  Le  nonce  se 
flatta  de  faire  signer  un  pacte  entre  les  deux  frères, 
suivant  lequel  Amaury  se  contenterait  de  gouverner 
le  royaume  de  Chypre,  moyennant  le  don  d'une  somme 
d'argent  importante.  L'assassinat  d'Amaury  (5  juin 
1310)  obligea  le  nonce  à  se  rendre  de  nouveau  en  Armé- 
nie, afin  d'obtenir  la  libération  d'Henri  II,  détenu  en 
captivité.  Après  des  pourparlers  nombreux  et  parfois 
orageux,  un  traité  fut  signé,  le  4  août,  entre  le  roi,  pri- 
sonnier, et  la  veuve  d'Amaury.  Le  nonce,  assisté  du 
légat  Pierre  de  Pleine-Cassagne,  n'était  pas  au  bout 
de  ses  peines,  car  le  roi  d'Arménie  complotait  de  garder 
Henri  II  après  avoir  assuré  la  libération  de  sa  sœur, 
la  princesse  de  Tyr,  qui  servait  d'otage.  L'évasion 
d'Henri  II  débrouilla  la  situation  inopinément  et  lui 
permit  de  reprendre  le  pouvoir. 

Ch.  Perrat,  Un  diplomate  gascon  au  lï/P  '  s.,  Raymond  de 
Piis,  nonce  de  Clément  V  en  Orient,  dans  Mél.  d'archéol.  et 
d'hist.,  XLiv,  1927,  p.  35-90  (en  appendice,  l'auteur  a  im- 
primé un  rapport  du  nonce  sur  sa  mission  adressé  au  car- 
dinal Rufïat).  —  De  Mas-Latrie,  Ilist.  de  Vile  de  Chypre 
sous  le  règne  des  i>rinces  de  la  maison  de  Lusignan,  Paris, 
1852-61. 

Clément  V  donna  une  véritable  impulsion  à  l'évan- 
gélisation  des  masses  païennes  peuplant  l'Orient  et 
l'Extrême-Orient.  11  répondit  aux  vœux  ex])rimés  par 
Raymond  Lull  à  l'occasion  de  la  convocation  du  con- 
cile de  Vienne,  en  créant  des  chaires  d'hébreu,  de 
syriaque  et  d'arabe  dans  six  universités.  Ainsi  les 
futurs  missionnaires  seraient  mieux  préparés  à  leur 
ministère  et  pourraient  entrer  plus  facilement  en 
contact  avec  les  poijulations  qu'ils  visiteraient.  Rien 
n'égale  le  développement  du  christianisme  en  Chine  à 
cette  éiioque.  Jean  de  Montecorvino  déploya  un  zèle 
si  intensif  que  le  pape  le  désigna  comme  archevêque 
de  Pékin  et  lui  donna  d'abord  sept,  puis  dix  suffra- 
gants  (1312).  Vers  1314,  les  frères  mineurs  |)ossédaient 
jusqu'à  cinquante  couvents  en  Chine. 

Heyd,  Hist.  du  commerce  du  Levant  au  Moyen  Age,  ii, 
Paris,  1885.  —  Delaville-Leroux,  La  France  en  Orient  au 
-V/F«  .S'.,  Paris,  1885;  Les  hospitaliers  en  Terre  sainte  et  à 
Chypre,  Paris,  1904.  —  G.  Gohibovich,  Biblioteca  biobiblio- 
grafica  délia  Terra  santa  e  delV  Oriente  jrancescano,  Qua- 
racchi,  1920,  m. 

7"  Clément  V  et  Philippe  le  Bel.  —  La  vieille  thèse 
de  la  servilité  du  pape  vis-à-vis  du  roi  de  France 
connaît  encore  des  partisans,  tel  Élisabeth  Kraacl<, 
auteur  d'une  dissertation  intitulée  Rom  oder  Avignon? 
Die  rômische  Frage  iinter  der  Pàpsten  Clemens  V.  imd 
Johann  XXII.,  Marbourg,  1928.  Personne  ne  nie  que 
Philippe  le  Hel  n'ait  cherché  à  peser  sur  la  volonté  pon- 
tificale, mais  d'excellents  connaisseurs  du  xiv  s., 
comme  Schneider  et  E.  Stengel,  ont  réagi  contre  l'opi- 
nion longtemps  accréditée.  En  dépit  de  certains  racon- 
tars colportés  par  des  contemporains  mécontents  des 
actes  de  Clément  \',  il  semble  plus  conforme  à  la  réa- 
lité de  se  représenter  celui-ci  comme  un  homme  pru- 
dent, craintif  certes,  ennemi  des  décisions  cassantes, 
mais  habile  temporisateur,  souple,  capable  de  profiter 
des  moindres  circonstances  pour  se  libérer  de  la  pres- 
sion exercée  sur  lui  par  le  roi,  à  propos  surtout  du 
procès  de  Honiface  VIII  et  de  celui  des  Templiers. 
Nous  n'exposerons  pas  ici  les  phases  diverses  des  deux 
célèbres  affaires  (v.  les  art.  Honiface  VIII  et  Tem- 
pliers); nous  nous  bornerons  à  débrouiller,  autant 
que  faire  se  peut,  quelques  problèmes  embarrassants 
qu'elles  posent. 

La  liquidation  du  procès  de  Boniface  VIII  a  scan- 
dalisé certains  historiens.  La  bulle  Rex  gloriae  virlii- 
lum  (27  avr.  1311),  innocentant  Philippe  le  Bel  et  dé- 
clarant qu'un  zèle  bon  et  juste  —  nos  boniim  pronun- 
cinmus.  nique  jnslnnr  (Ref/rslum.  n.  7501)  l'avait 


mft,  leur  a  paru  un  acte  de  lâcheté  et  d'ignominie  (F. 
'  Rocquain,  La  papauté  au  Moyen  .Age,  Paris,  1881, 
;  p.  287;  Ch.-V.  Langlois,  dans  VHisi.  de  France  de 
Lavisse,  m,  II«  part..  173).  De  récents  auteurs  (V. 
Martin,  Les  origines  du  gallicanisme,  Paris,  1939. 
p.  197)  et  Levis-Mirepoix  (Philippe  le  Bel,  Paris,  1936) 
i  ont  cherché  à  reviser  des  jugements  aussi  excessifs.  Si 
la  personnalité  du  roi  de  France  demeure  enveloppée 
de  mystère,  on  ne  peut  nier  qu'existaient  en  lui  une 
piété  profonde  et  un  réel  désir  de  servir  l'Église.  Des 
témoins  de  qualité,  les  cardinaux  Napoléon  Or.sini, 
Jean  le  Moine,  Pierre  et  Jacques  Colonna,  Landolfo 
Brancacci,  Bérenger  Frédol,  ont  loué  les  intentions  du 
prince  au  cours  des  auditions  qui  eurent  lieu  à  Avi- 
gnon en  avr.  1311.  Sans  doute  ils  lui  étaient  dévoués, 
mais  il  faut  reconnaître  que  les  contemporains  avaient 
■  conçu  une  fâcheuse  opinion  sur  les  mœurs,  la  foi  et  la 
j  légitimité  de  Boniface  VIll;  dès  lors  Philippe  le  Bel  a 
I  pu,  en  dehors  de  motifs  politiques,  entrer  en  différend 
i  avec  lui  par  «  scrupules  de  conscience  ».  L'abbé  de 
S.-Médard,  envoyé  en  mission  à  Rome  en  1295,  l'avait 
mis  au  courant  des  «  erreurs,  horreurs  et  héré.sies  »  que 
l'opinion  attribuait,  même  en  Italie,  au  Souverain 
i  pontife.  D'après  ses  dires,  cinq  membres  du  Sacré- 
!  Collège,  qui  n'étaient  pas  entrés  en  conflit  comme  les 
Colonna  avec  Boniface  VIII,  avaient  sollicité  l'inter- 
1  vention  de  Philippe  le  Bel  en  faveur  de  la  «  Ste  Église 
I  de  Dieu  »;  ils  ne  reprochaient  pas  au  pape  son  liberti- 
I  nage  ou  son  incrédulité,  mais  sa  violence.  Enfin,  les 
défenseurs  de  sa  mémoire  agissent  de  façon  surpre- 
nante :  au  lieu  de  prouver  la  fausseté  des  accusations 
qu'ils  réprouvent,  on  les  voit  user  d'arguties  et  de 
subtilités  juridiques  et  plaider  la  non-recevabilité  des 
témoins  à  charge.  Clément  V  pouvait  donc,  afin  de 
suspendre  un  procès  qui  s'éternisait,  donner  une  satis- 
!  faction  au  roi  de  France,  en  blanchissant  la  conduite 
!  de  celui-ci  et  en  l'attribuant  «  à  sa  ferveur  pour  la  foi 
catholique  ».  Sur  un  point  essentiel,  il  réduisit  à  néant, 
;  avec  habileté,  la  thèse  suivant  laquelle  Benoît  Caetani 
aurait  été  un  intrus;  la  bulle  de  canonisation  de  Céles- 
tin  V  (5  mai  1313)  lui  enleva  toute  base  plausible, 
car  elle  légitimait  l'élection  de  Boniface  VIII  et  la 
validité  de  la  renonciation  de  son  prédécesseur,  en 
déclarant  celui-ci  saint  sous  le  nom  de  Pierre  de  Mor- 
rone. 

Des  traits  d'indépendance  sont  incontestables  chez 
Clément  V.  Lorsque  Guillaume  de  Plaisians  ose  le 
prendre  à  parti  dans  le  consistoire  tenu  à  Poitiers  en 
I  1308  et  s'efforce  d'imposer  la  condamnation  des  Tem- 
I  pliers,  le  pape  se  raidit  contre  les  menaces  proférées  à 
I  son  adresse  :  «  Saint-Père,  Saint-Père,  disait  l'agent 
j  royal,  faites  vite;  autrement  le  roi  ne  pourrait  s'em- 
I  pêcher  et,  s'il  le  pouvait,  ses  barons  ne  pourraient 
1  pas  s'empêcher  et,  si  ses'barons  le  pouvaient,  les  peu- 
ples de  ce  glorieux  royaume  ne  pourraient  pas  s'em- 
1  pêcher  de  venger  eux-mêmes  l'injure  du  Christ... 
i  .\gissez  donc,  agissez.  .\ut  rement  il  nous  faudrait  vous 
i  parler  un  autre  langage.  »  (iilles  .Aycelin,  archevêque 
I  de  Narbonne,  ajouta  avec  plus  de  i)erfidie  :  «  Le  prélat 
I  qui  néglige  d'étoufi'er  l'erreur,  c'est  comme  s'il  s'en 
î  rendait  coupable  ■>  (Ch.-\'.  Langlois,  dans  le  Journal 
des  savants,  1908,  p.  429). 

La  résistance  de  Clément  V  fléchit  par  la  suite  sous 
la  pression  formidable  que  les  ministres  de  Philippe 
le  Bel  exercèrent  sur  lui  et  par  crainte  de  la  poursuite 
I  du  procès  de  Boniface  VIII.  Toutefois  le  i)ape  ne 
I  condamna  pas  les  Templiers  et  se  limita  à  les  suppri- 
mer par  voie  de  provision;  de  [)lus,  leurs  biens  échu- 
rent aux  Hospitaliers  de  S. -Jean  de  Jérusalem,  sauf 
i  dans  les  royaumes  d'Aragon,  de  Castille,  de  Portugal 
i  et  de  Majorque  où  ils  passèrent  aux  mains  des  ordres 
!  nationaux  en  lutte  contre  les  Sarrasins.  Si  le  roi  de 
I  France  avait  poursuivi  la  ruine  de  l'ordre  dans  le  but 


J129 


CLÉMENT  \ 


CLÉMENT  VI 


1130 


de  s'enrichir  de  ses  dépouilles  et  de  remédier  à  sa 
détresse  financière,  la  décision  prise  au  concile  de 
Vienne  dut  cruellement  le  surprendre. 

VI.  Mort  du  pape.  —  Une  maladie  ditïicile  à  défi- 
nir —  les  textes  mentionnent  une  discrasia,  c.-à-d.  la 
fièvre  —  affligea  Clément  V  pendant  toute  la  durée  de 
son  pontificat  et  explique  en  partie  ses  actes.  Le 30  août 
1306  son  état  devint  si  grave  que  son  entourage  lui 
cacha  la  mort  du  vice-chancelier  et  qu'aucun  cardinal, 
sauf  quatre  de  ses  parents,  ne  lui  rendit  visite.  En 
déc,  la  fièvre  le  tenaillait  encore.  Au  roi  d'Angleterre 
qui  s'inquiétait  de  sa  santé,  le  malade  annonçait,  le  22, 
qu'il  était  entré  en  convalescence.  A  Philippe  le  Bel,  il 
écrivait  :  «  La  force  du  mal  a  été  telle  qu'elle  m'a  pres- 
que conduit  aux  portes  de  la  mort  >  (É.  Baluze,  op.  cit., 
m,  61).  Le  2  janv.  1307,  son  état  étant  devenu  plus 
satisfaisant,  il  fixa  aux  cardinaux  le  8  comme  date  de 
réception.  A  partir  de  1309,  les  crises  se  répétèrent  à 
de  plus  brefs  intervalles.  En  1313  et  en  1314  le  mal 
empira.  Clément  V  s'imagina  qu'il  éprouverait  quelque 
soulagement  dans  un  changement  d'air  et  songea  à 
regagner  sa  terre  natale.  La  soufl'rance  le  terrassa  en 
route  et  occasionna  sa  mort,  le  20  avr.  1314,  vers  l'au- 
rore, à  Roquemaure  (Gard).  Son  corps  fut  transporté 
à  Uzeste  (Gironde),  où  le  cardinal  Gailhard  de  la 
Mothe  lui  fit  ériger  un  tombeau.  Le  chroniqueur  Pépin 
rapporte  que  le  cadavre  fut  à  demi  brûlé  par  la  chute 
de  cierges  durant  une  nuit  (É.  Baluze,  op.  cit.,  ii,  47, 
93,  170,  230;  J.  de  Laurière  et  E.  Miintz,  Le  tombeau 
de  Clément  V  à  Uzeste,  dans  Mém.  de  la  Soc.  des  anti- 
quaires de  France,  vin,  1887-88.  p.  275-92). 

BuLLAiRE.  —  Le  bullaire  de  Clément  V  a  été  édité  par 
les  bénédictins  du  Mont-Cassin,  Regestum  démentis  papae  V 
ex  Vaticanis  archetypis...  nunc  primum  edilum  cura  et 
.•studio  monacliorum  0.  S.  B.,  Rome,  1884-92,  8  vol.  Il  est 
loin  d'être  complet  et  ne  contient  pas  les  lettres  secrètes 
qui  ont  été  perdues.  —  É.  Baluze  (op.  cit.,  m)  a  publié  bon 
nombre  de  ses  lettres,  mais  les  a  mal  datées  parfois.  Vic- 
time d'une  erreur  qui  lui  est  commune  avec  la  plupart  des 
érudits  du  xvn«  et  du  xviii«  s.,  il  compta  les  années  du  pon- 
tificat à  partir  du  jour  de  l'élection  et  non  à  partir  du  cou- 
ronnement qui  eut  lieu  le  14  nov.  1305;  cf.  N.  de  Wailly, 
Des  recherches  sur  la  véritable  date  de  quelques  bulles  de  Clé- 
ment V,  dans  l'Auxiliaire  catholique,  i,  1845,  p.  137-46. 

Numismatique.  —  La  réédition  de  Baluze  (i,  585-86) 
donne  la  reproduction  des  monnaies  de  Clément  V. 

Travaux.  —  Il  manque  encore  une  bonne  biographie  du 
pape.  La  bibliographie  assez  considérable  qui  le  concerne  a 
été  dressée  par  G.  Lizerand  (Clément  V  et  Philippe  le  Bel, 
Paris,  1910),  mais  elle  se  signale  par  des  inexactitudes.  Les 
rectifications  et  additions  qui  s'imposent  ont  été  insérées 
dans  la  9"  éd.  de  G.  Mollat.  Les  papes  d'Avignon,  Paris,  1950. 
Le  livre  de  C.  Wenck,  Clemens  V.  und  Heinrich  VIL,  Halle, 
1882,  a  toujours  conservé  sa  valeur.  Quant  à  celui  déjà  cité 
de  G.  Lizerand,  les  erreurs  de  dates  y  sont  fréquentes;  l'ou- 
\Tage  doit  être  utilisé  avec  beaucoup  de  prudence;  les  textes 
édités  en  appendice  pèchent  par  de  mauvaises  lectures. 

G.  Mollat. 

13.  CLÉMENT  VI,  pape  (7  mai  1342-6  déc. 
1352).  L  Origine  et  études.  IL  Sermons.  III.  Honneurs 
ecclésiastiques.  IV.  L'archevêché  de  Rouen.  V.  Le 
cardinalat.  VI.  L'élection  pontificale.  VIL  Le  chef  de 
l'Église  :  1»  La  centralisation  de  l'Église.  2"  La  fisca- 
lité. 3°  La  Cour  pontificale.  4»  Clément  VI  et  l'art. 
VIII.  Principaux  événements  :  1°  La  peste  de  1348. 
2">  Les  Juifs  et  les  flagellants.  3°  Le  jubilé  à  Rome  en 
1350.  IX.  La  discipline  ecclésiastique.  X.  Le  diplo- 
mate :  l»  Relations  avec  les  rois  de  Majorque  et 
d'Aragon.  2"  Relations  avec  le  roi  de  Castille.  3"  La 
guerre  de  Cent  .\ns.  4"  Conséquences  de  la  guerre  de 
Cent  Ans  en  Angleterre.  5°  Clément  VI  et  la  France. 
6»  Clôture  du  conflit  de  l'Église  et  de  rEmi)ire.  7"  La 
politique  italienne.  8"  La  question  d'Orient.  XL  La 
mort. 

L  Origine  ht  iîi  udes.  —  Cleineiii  \  1  était  le  becoiid 
Ills  de  Pierre  Roger,  qui  devint  seigneur  de  Rosiers 


d'Egletons  (Corrèze)  en  1333,  et  de  Guillemette  de 
Mestre.  Il  naquit  en  1291,  à  Maumont  (Corrèze),  et 
reçut  lors  de  son  baptême  le  nom  de  Pierre.  Dès  l'âge 
de  dix  ans,  ses  parents  le  firent  entrer  au  monastère 
bénédictin  de  La  Chaise-Dieu  (Hte-Loire).  L'abbé  et 
Pierre  de  Mortemart  l'envoyèrent  à  Paris  étudier  la 
théologie.  Lui-même  nous  a  renseigné  sur  le  lieu  de  sa 
demeure;  c'était  rue  du  P'ouarre  où  il  vécut  en  com- 
Ijagnie  de  Guillaume  Court. 

La  maîtrise  en  théologie  lui  fut  octroyée  par  faveur 
jjoiitificale,  sur  l'intervention  du  roi  Charles  le  Bel,  le 
23  mai  1323.  Pierre  Roger  commenta  le  quatrième 
livre  des  Sentences  de  Pierre  Lombard,  glosa  la  Cons- 
titution de  Jean  XXII,  Quia  qiwrumdam  mentes,  prit 
part  à  des  joutes  théologiques  avec  François  de  Mey- 
i  ronnes  et  Pierre  Auriol,  batailla  contre  le  nominalisme 
j  et  le  Defensor  pacis  de  Jean  de  Janduii  et  de  Marsile  de 
Padoue.  Sa  passion  pour  les  livres  était  si  intense 
qu'il  ne  pouvait  en  être  longtemps  sépare.  Sa  culture 
était  très  variée  et  s'étendait  aux  Pères  grecs  et  latins 
autant  qu'aux  auteurs  modernes.  Ses  préférences 
allaient  principalement  à  S.  ,\ugustin,  puis  à  S.  Gré- 
goire le  (Irand,  à  S.  Bernard  et  à  S.  Thomas  d'Aquin 
dont  il  vantait  avec  admiration  la  lumineuse  clarté. 
Parmi  les  auteurs  profanes,  il  fréquenta  Valère 
Maxime,  Cassiodore  et  Sénèque.  Inutile  d'ajouter  qu'il 
connaissait  parfaitement  la  Ste  Écriture  :  toutefois 
celle-ci  n'avait  d'attrait  pour  lui  que  parce  qu'elle  lui 
fournissait  des  textes  servant  à  justifier  ses  artifices 
oratoires.  D'exégèse  on  ne  trouve  nulle  trace  chez  lui, 
pas  plus  d'ailleurs  que  chez  ses  contemporains. 

Ê.  Baluze,  Vitae  paparum  Auenionensium,  éd.  G.  Mollat, 
Paris,  1914-27,  i,  ii  (cf.,  appendice  du  t.  ii,  l'arbre  généalo- 
gique des  Rosiers).  —  E.  Roux,  Les  Auvergnats  en  Provence. 
Les  papes  d'Avignon  Clément  VI  et  Grégoire  XI,  dans  Alma- 
nacli  de  Brioude,  1943,  p.  11-48  (en  hors-texte,  portraits  des 
deux  pontifes  peints  à  Rome  en  1770  et  conservés  dans 
l'église  d'Agnat).  —  E.  Chatelain-H.  Denifle,  Chartularium 
universitaiis  Parisiensis,  ii,  Paris,  1889-97.  —  F.  Micolon, 
Un  frère  de  Clément  VI  :  Guillaume  Roger  de  Beaufort, 

j  vicouite  de  la  Mothe,  Brioude,  1936.  —  P.  Fournier  a  publié 
une  courte  biographie  de  Clément  VI  dans  //.  L.  Fr., 
xxxvii,  1938,  p.  209-38.       M. -II.  Laurent,  Guillaume  des 

'  Rosières  et  la  bibliollièque  pontificale  à  l'époque  de  Clément  VI, 
dans  Mél.  A.  Pelzer,  Louvain,  1947,  p.  579-603.  —  A.  Maier, 
Der  literarische  Nachlass  des  Petrus  Rogerii  (Clemens  VI.)  in 
der  Borghesiana,  dans  Recherches  de  théol.  ancienne  et  médié- 
vale, xv-xvi. 

IL  Sermons.  —  Pierre  Roger  dut  moins  la  célébrité 
à  sa  science  théologique  qu'à  son  talent  d'orateur.  Les 
chroniqueurs  sympathiques  ou  antipathiques  à  la 
lignée  des  papes  d'Avignon  le  tenaient  pour  un  grand 
I  prédicateur.   Un   auditeur   de   marque,  l'empereur 
I  Charles  IV,  demeurait  encore  sous  le  charme  de  sa 
j  parole,  quand  il  écrivait  ses  mémoires. 
1      Pierre  Roger  prêcha  beaucoup.  Nous  possédons  en- 
j  core  près  de  quatre-vingt-dix  de  ses  sermons,  panégy- 
riques ou  discours. 

On  trouvera  l'énumération  de  ceux-ci  dans  G.  Mollat, 
L'œuvre  oratoire  de  Clément  VI,  dans  Archives  d'hist.  doctr. 
et  litt.  du  Moyen  Age,  ni,  1928,  p.  239-274.  —  Schmitz, 
Un  sermon  inconnu  de  Pierre  Roger  (Clément  VI)  :  Le 
carême  selon  S.  Benoît,  dans  Revue  hénéd.,  XLiv,  1932,  p.  71- 
74;  Les  sermons  et  discours  inédits  de  Clément  VI,  ibid., 
XLi,  1929,  p.  15-34.  —  H.  Laurent,  Pierre  Roger  et  S.  Tho- 
mas d'Aquin,  dans  Revue  thomiste,  nouv.  série,  xiv,  1931, 
p.  157-73  (donne  le  texte  des  sermons  sur  S.  Thomas). 

Les  sermons  de  Pierre  Roger  sont  tous  conçus  sur 
un  plan  uniforme,  suivant  la  stricte  méthode  scolas- 
lique.  Leur  contexture  n'a  rien  d'original  et  répond 
aux  règles  proposées  aux  clercs  dans  le  traité  De  dilu- 
tidionc  sermonuin.  Le  prédicateur  se  i)laisait  en  expli- 
cations de  mots,  en  applications  morales,  en  divisions 
et  subdivisions  subtiles,  en  raisonnements  s'enchai- 
I  naut  hannonieuseinenl  et  pitlorcsquemenl  de  façon 


1131 


CLÉMENT  VI 


1132 


à  forcer  l'attention  des  auditeurs,  voire  à  les  fatiguer 
à  la  longue,  en  assonances  multiples  et  savamment 
combinées.  Sa  doctrine  n'offre  rien  de  saillant  et  cons- 
titue comme  une  synthèse  de  l'enseignement  universi- 
taire de  son  époque  et  comme  l'expression  de  l'opi- 
nion moyenne,  empreinte  de  prudence  et  de  sagacité. 
L'orateur  n'hésite  pas  à  censurer  les  mœurs  ecclésias- 
tiques de  son  temps  et  dépeint  les  clercs  dévorés  par 
l'ambition,  adonnés  à  des  pratiques  superstitieuses, 
pétris  d'avarice,  incapables  dans  leurs  sermons  de 
dire  la  vérité. 

Les  discours  prononcés  durant  son  pontificat 
offrent  un  intérêt  majeur  :  ils  abondent  en  allusions  à 
des  faits  contemporains  que  l'on  chercherait  vaine- 
ment ailleurs.  Les  événements  politiques  importants 
y  sont  mis  en  relief.  Le  pape,  en  outre,  parle  familière- 
ment en  consistoire  aux  cardinaux  et  leur  livre  ses  des-  | 
seins  intimes  ainsi  que  les  raisons  secrètes  de  ses  déci- 
sions. Il  s'y  révèle  souvent  habile  diplomate,  sait 
flatter  les  ambassadeurs  qui  l'approchent  et  envelop- 
per ses  refus  de  jolies  consolations.  A  l'occasion^  la 
franchise  ne  lui  est  pas  étrangère  :  aux  mandataires 
du  versatile  Louis  de  Bavière  qui  présentent  sa  sou- 
mission est  posée  une  sorte  d'ultimatum  :  «  Nous  vous 
le  disons  :  choisissez  aujourd'hui  ce  qui  vous  plaît.  » 

III.  Honneurs  ecclésiastiques.  —  La  possession 
de  bénéfices  permit  à  Pierre  Roger  de  mener  une 
vie  studieuse  :  ce  furent  les  prieurés  de  S.-Pantaléon, 
en  Corrèze,  de  Savigny  au  diocèse  de  Lyon  et  de  S.- 
Baudil  dans  celui  de  Nîmes  (24  avr.  1324).  La  riche 
abbaye  de  Fécamp  (23  juin  1326)  lui  garantit  d'abon- 
dants revenus.  Jean  XXII  la  lui  retira  pour  l'élever 
sur  le  siège  d'Arras,  le  3  déc.  1328.  Le  29  janv.  1329, 
il  lui  concéda  la  faculté  de  recevoir  la  consécration 
épiscopale  d'un  prélat  de  son  choix.  Quelques  mois 
après,  le  24  nov.,  il  le  nommait  archevêque  de  Sens. 

La  faveur  pontificale  eut  sans  doute  pour  origine  le 
renom  d'orateur  que  Pierre  Roger  s'était  acquis. 
Quand  Philippe  VI  de  Valois  convoqua,  au  château  de 
Vincennes,  une  assemblée  des  prélats  et  des  barons 
du  royaume  pour  le  7  déc.  1329,  afin  de  porter  remède 
aux  conflits  de  juridiction,  l'épiscopat  français  ne  crut 
pas  mieux  faire  qu'en  confiant  à  l'archevêque  de  Sens 
la  défense  de  ses  droits.  Le  choix  s'annonçait  judi- 
cieux, car  son  porte-parole  jouissait  de  la  confiance  du 
prince,  qui  l'avait  envoyé  en  Angleterre,  en  1328, 
avec  Bouchard  de  Montmorency,  citer  Édouard  III  à 
prêter  hommage  en  raison  du  duché  d'Aquitaine. 
L'Anglais  fit  attendre  sa  réponse.  Pierre  Roger,  qui 
la  rapporta  en  France,  reçut  mandat  de  saisir  le  duché 
jusqu'à  la  prestation  d'hommage.  Le  texte  du  dis- 
cours qu'il  prononça  à  Vincennes  le  22  déc.  a  passé 
tout  entier  dans  le  Libellas  de  Pierre  Bertrand  super 
juridictione  ecclesiastica  et  temporali  (la  meilleure 
édition  est  celle  de  Pithou  :  Les  libertés  de  l'Église 
gallicane,  éd.  Durand  de  Maillane,  m,  Paris,  1771, 
p.  460-79). 

L'orateur,  qui  puisa  sa  doctrine  dans  le  traité  De 
origine  jurisdictionum  de  Durand  de  Saint-Pourçain, 
enveloppa  ses  raisonnements  dans  des  phrases  sonores, 
avec  une  habileté  consommée.  Tout  en  flattant  Phi- 
lippe VI,  il  soutint  la  thèse  de  la  supériorité  de  la  juri- 
diction spirituelle  sur  la  temporelle  ex]30sée  jadis  dans 
la  bulle  Unam  sanctam,  pourtant  désavouée  par  Clé- 
ment V,  mais  il  eut  soin  de  rester  dans  les  généralités 
et  de  ne  point  entrer  dans  des  détails  scabreux.  Son 
long  discours  impressionna  vivement  le  roi,  qui  laissa 
les  choses  en  l'état. 

Le  14  déc.  1330,  Jean  XXII  récompensait  le  défen- 
seur des  droits  de  l'Église  par  le  don  de  l'archevêché  de 
Rouen,  aux  revenus  beaucoup  suijérieurs  à  ceux  de  Sens. 

J.  Lestocquoy,  Les  éuèques  d'Arras,  dans  Mémoires  de  la  i 
Commission  départ,  des  monuments  historiques  du  Pas-de-  \ 


Calais,  iv.  —  H.  Bouvier,  Ilist.  de  l'Église  et  de  l'ancien 
archidiocèse  de  Sens,  ii,  Paris,  1906.  —  O.  Martin,  L'assem- 
blée de  Vincennes  de  1329  et  ses  conséquences.  Étude  sur  les 
conflits  entre  la  juridiction  laïque  et  la  juridiction  ecclésias- 
tique au  XIV'  s.,  Paris,  1909,  p.  124-49;  l'auteur  a  longue- 
ment analysé  le  discours  de  Pierre  Roger. 

IV.  L'archevêché  de  Rouen.  —  Durant  son  épis- 
copat  à  Rouen,  c.-à-d.  de  1330  au  18  déc.  1338,  Pierre 
Roger  déploya  une  rare  activité  dans  des  domaines 
bien  dilîérents,  comme  la  prédication,  la  théologie  et 
l'art  diplomatique,  sans  négliger  ses  devoirs  de  pasteur. 
La  papauté  le  mit  à  contribution  autant  que  Phi- 
lippe VI,  dont  il  devint  conseiller.  En  1330,  il  assiste 
aux  pourparlers  qui  ont  lieu  au  bois  de  Vincennes  avec 
des  délégués  anglais  au  sujet  de  l'Aquitaine  et  qui  se 
terminent  le  8  mai  par  la  signature  d'une  convention 
I  (E.  Déprez,  Les  préliminaires  de  la  guerre  de  Cent  Ans, 
Paris,  1902,  p.  58-59).  Quand  Jean  XXII  émet  une 
opinion  contestable  sur  la  vision  béatiflque,  Phi- 
lippe VI  s'émeut;  Pierre  Roger  est  chargé  de  le  calmer 
et  de  lui  montrer  les  textes  qu'a  rassemblés  le  pape.  En 
1333,  il  fait  partie  de  la  commission  qui  examine  les 
opinions  suspectes  émises  par  Thomas  Walleis  et  Du- 
rand de  Saint-Pourçain,  et  se  rend  auprès  du  roi  pour 
légitimer  la  condamnation  des  articles  extraits  de 
leurs  ouvrages  (H.  L.  Fr.,  xxxiv,  590-602). 

En  févr.  1332  Pierre  Roger  se  trouvait  à  Avignon  et 
prêchait  dans  la  chapelle  pontificale  le  1'^''  dimanche  de 
carême  (8  mars).  A  cette  époque,  il  dirigeait  l'ambas- 
sade venue  pour  traiter  de  la  croisade.  Le  19  févr.,  il 
avait  exposé  les  projets  de  Philippe  de  Valois  en  con- 
sistoire (G.  Mollat,  op.  et  toc.  cit.,  247,  255).  Toutes 
les  requêtes  royales  n'ayant  pas  été  agréées,  de 
nouvelles  offres,  conformes  aux  conditions  stipulées 
par  Jean  XXII,  furent  présentées  entre  le  l"  août 
1332  et  le  24  mai  1333.  Cette  fois,  Pierre  Roger,  muni 
de  la  procuration  du  roi  de  France  délivrée  les  20  et 
22  mars,  fit  connaître,  avec  ses  collègues,  l'engage- 
ment que  prenait  celui-ci  d'assumer  le  commande- 
ment du  saint  voyage  ou  de  se  faire  suppléer  par  le 
dauphin,  et  de  consacrer  aux  frais  de  l'expédition  le 
produit  total  des  décimes  levées  dans  la  chrétienté 
pendant  six  ans.  Le  10  juill.,  il  débita  un  discours  en 
consistoire  {ibid.,  258).  Le  26  juill.,  une  bulle  insti- 
tuait le  roi  capitaine  général  de  la  croisade  (G.  Mollat, 
Lettres  communes  de  Jean  XXH,  xiii,  n.  61202). 
Jean  XXII  décréta  en  outre  que  l'archevêque  de 
Rouen  la  prêcherait  toutes  les  fois  que  le  prince  l'en 
requerrait  et  il  le  mandata  avec  le  métropolitain  de 
Sens  pour  surveiller  la  gestion  des  fonds  nécessaires  au 
financement  du  ])assage  outre  mer  (8  et  16  sept.;  G. 
Mollat,  Lettres  communes  de  Jean  XXII,  n.  61415, 
63872).  Il  autorisa  aussi  le  prélat  à  se  croiser  le  20  sept. 
(ibid.,  n.  61455). 

Le  l^"^  oct.  1333,  sur  un  grand  échafaud  dressé  au 
Pré-aux-Clercs,  Pierre  Roger  «  prescha,  devant  tous  les 
prélaz  du  royaulme  et  grand  partie  dez  barons,  du 
saint  voyage  d'oultremer  »  (Chronique  parisienne  ano- 
ni/me,  dans  Mént.  de  la  Soc.  de  l'itist.  de  Paris,  x,  1884, 
p.  154).  A  la  suite  de  la  cérémonie,  Philippe  VI  prit  la 
croix.  Le  31  juill.  1335,  l'archevêque  de  Rouen  parla 
encore  (E.  Déprez,  op.  cit.,  99). 

L'année  1334  fut  passablement  mouvementée  pour 
lui.  En  avr.  commencent  des  pourparlers  avec  deux 
ambassadeurs  anglais.  r;)urant  près  de  trois  mois 
Pierre  Roger  y  assista  en  qualité  de  représentant  de 
Philippe  de  Valois.  Il  fit  aussi  subir  un  interrogatoire 
à  des  partisans  de  Robert  d'Artois.  En  déc.  il  séjour- 
nait à  Avignon  où  Jean  XXII  était  mort  le  4,  avec 
mission  de  renseigner  Philii)pc  \ï  sur  la  marche  de 
'  l'élection  du  nouveau  i)ape  (E.  Déprez,  up.  cit.,  103- 
i  101). 

1      Après  avoir  fait  connaître"'  au  nouvel  élu  (Be- 


1133 


CLÉMENT  VI 


1134 


noît  XII)  l'impossibilité  dans  laquelle  il  se  trouvait  de 
partir  pour  la  Terre  sainte,  à  l'heure  où  la  trêve  con- 
clue avec  l'Angleterre  expirait,  Philippe  VI  nourrit 
l'espoir  d'obtenir  des  subsides  du  clergé.  Pierre  Roger 
conçut  des  doutes  sur  le  bon  vouloir  du  S. -Père.  Avant 
de  partir  avec  les  ambassadeurs  dépêchés  près  de  lui, 
il  sollicita  la  recommandation  du  cardinal  Bertrand 
de  IMontfavès  (lettre  du  19  févr.  1337,  dans  H.  L.  Fr., 
XXXVI,  576).  Revenu  en  France,  il  ne  put  qu'annoncer 
au  roi  que  Benoît  XII  n'accorderait  rien  (G.  Daumet, 
Lettres  closes,  patentes  et  curiciles  de  Benoît  XII,  n.  284). 
Malgré  cela,  il  sonda  son  maître,  sur  le  désir  du  pape, 
pour  savoir  si  un  projet  de  médiation  entre  l'Angle- 
terre et  la  France  serait  accepté.  Le  12  juin,  le  S. -Père 
s'inquiétait  de  ne  pas  recevoir  de  réponse  et,  le  24,  in- 
sistait pour  que  Pierre  Roger  s'évertuât  à  empêcher 
une  déclaration  de  guerre  entre  les  deux  pays  (ibid., 
n.  342,  335).  Renseigné  enfin,  il  désigna  comme  négo- 
ciateurs les  cardinaux  Pedro  Gomez  et  Bertrand  de 
Montfavès  (ibid.,  n.  304-34).  Pierre  Roger  se  rendit 
vers  le  mois  d'août  à  Arras,  afin  de  se  rencontrer  avec 
des  plénipotentiaires  anglais  (E.  Déprez,  op.  cit.,  201). 
Le  10  nov.,  lui  parvenait  l'injonction  d'expédier  rapi- 
dement à  Avignon  les  comptes  de  recettes  et  de  dé- 
penses tenus  par  les  bourgeois  auxquels  Philippe  de 
Valois  avait  commis  le  soin  de  lever  les  décimes  des- 
tinées à  la  croisade.  Benoît  XII  craignait  que  l'impôt 
ne  fût  détourné  de  son  but.  Pierre  Roger  tarda  à 
adresser  son  rapport  et  encourut  les  reproches  «  de  né- 
gligence et  d'incurie  ».  Le  pape  parla  même  d'un  mé- 
pris de  ses  ordres,  tout  en  n'y  voulant  pas  croire.  Le 
mémoire  qui  lui  parvint  le  satisfit  selon  toute  appa- 
rence, puisqu'aucune  réclamation  ne  suivit  sa  lettre 
courroucée  (G.  Daumet,  op.  cit.,  n.  378,  443,  499). 
Bien  plus,  le  19  déc.  1338,  Benoît  annonçait  à  l'arche- 
vêque de  Rouen  sa  promotion  cardinalice  {ibid., 
n.  540).  Si  celle-ci  avait  tardé,  c'était  à  cause  de  Phi- 
lippe VI  qui  répugnait  à  se  séparer  de  son  conseiller. 
Pierre  Roger  avait,  en  efîet,  rendu  un  insigne  service  à 
son  maître,  en  prononçant,  le  25  févr.  1338,  un  dis- 
cours légitimant  la  confiscation  du  duché  d'Aquitaine 
et  censurant  en  termes  durs  l'alliance  scellée  par 
Louis  de  Bavière  avec  le  roi  d'Angleterre  (G.  Mollat, 
L'œuvre  oratoir